07/03/2014

Sarkozy, Copé and Co ou la vertigineuse descente aux enfers de la droite française

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Il y a quelque chose de fascinant, d’effarant mais aussi d’angoissant à assister à la vertigineuse descente aux enfers de l’UMP, le parti de la droite française de gouvernement.

 

C’est tout d’abord, le calamiteux président de l’UMP Jean-François Copé qui est accusé par le magazine «Le Point», qu’on ne saurait qualifier de brûlot gauchiste, d’avoir favorisé, avec l’argent de son parti, la boîte de communication appartenant à deux de ses proches, à hauteur de huit millions d’euros. Or, l’UMP avait supplié ses adhérents de la renflouer pour onze millions. La réplique de Copé s’est révélée lamentable. Pour faire contre-feu, il a annoncé le dépôt d’un projet de loi pour assurer la transparence des partis. Malheureusement, cette loi existe déjà et Copé s’y était opposé au moment de son adoption au parlement!

 

C’est ensuite, le conseiller d’extrême-droite de Sarkozy, Patrick Buisson, qui avait enregistré l’alors président de la République, à l’insu de ce dernier. Ces conversations ne relèvent rien d’autres que la vulgarité fricarde de la Sarkosphère, la dinguerie Buissonière et le mépris que le ci-devant locataire de l’Elysée vouait à certains de ces ministres. Mais ces conversations captées sur un dictaphone de poche auraient pu aussi dévoiler des secrets relevant de la sécurité nationale. Et à ce propos–puisque ces bandes semblent se promener un peu partout (Qui les diffuse? En voilà une question qu’elle est bonne, comme dirait Coluche !) ­– l’avenir nous réserve peut-être de mauvaises surprises.

 

C’est enfin Nicolas Sarkozy lui-même, qui est décidément un homme très écouté. Les juges d’instruction parisiens Serge Tournaire et René Grouman sont chargés d’enquêter sur des accusations de «corruption», visant l’éventuel soutien financier que Kadhafi aurait apporté à Sarkozy lors de sa campagne présidentielle de 2007. Dans ce contexte, les magistrats décident de placer sous écoutes l'ancien président, ainsi que deux de ses anciens ministres de l'intérieur, Claude Guéant et Brice Hortefeux. En soi, l’information est étonnante: c’est la première fois qu’une telle mesure est prise à propos d’un ex-chef de l’Etat en France.

Mais il y a plus explosif encore: ces écoutes montrent que Nicolas Sarkozy et son avocat Me Thierry Herzog sont très bien renseignés sur un autre dossier qui concernait l’ancien président – l’affaire Bettencourt – grâce à un haut magistrat de la Cour de cassation. Celui-ci a informé le camp sarkozyste sur l'évolution des tendances au sein de cette Cour, grâce à son accès à l’intranet de la juridiction.

Ces transcriptions évoquent un échange particulièrement délicat, entre Me Herzog et Sarkozy. L’avocat indique à son client que le magistrat, proche de la retraite, souhaite que l’ancien président use de son influence afin de le propulser conseiller d’Etat à Monaco, une sinécure de rêve.

 

Le gouvernement socialiste semble incapable de sortir la France de son marasme qui est au moins aussi moral que social et économique. Son principal opposant, l’UMP, s’effondre dans une série de scandales consternants, au moment même où son champion Sarkozy prépare sa reconquête de l’Elysée en 2017.  L’ex-président s’apprête sans doute à créer son propre parti sur les décombres de l’UMP. Ce tour de prestidigitation lui permettrait d’éviter d’en passer par d’humiliantes «primaires» en 2017. Mais il ne saurait le débarrasser du magma d’affaires qui colle à ses semelles.

 

Pendant ce temps, Marine Le Pen compte les points, entre deux bouffées de cigarette électronique.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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13/07/2010

Sarkozy ressort les «officines» du placard

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En français, le mot officine désigne une pharmacie et représente ces locaux lumineux où des mains expertes transforment des toxiques en médicament. En patois élyséen, les « officines » - elles sont toujours plurielles et enguillemetées – figurent ces recoins sombres où des mains habiles transforment des rumeurs en toxiques.

 

 
Cela faisait quelques mois que Nicolas Sarkozy les avait mises au placard. Il les a ressorties lundi à l’occasion de son spectacle télévisé sur France 2 où il tenait le rôle de l’HyperPrésident UltraOutragé et SuperCalomnié. Citons cette réplique tirée de la scène où il affronte le Cyberdémon Médiapart et sa langue numérique mais venimeuse : « Je ne suis pas naïf, je vois bien que derrière tout ça, il y a des officines ».

 


On les imagine bien ces « officines », au sein desquelles se réunissent dans le remugle du tabac froid des individus à l’imper mastic, aux lunettes fumées, au verbe fumeux, au teint froissé et marchant façon crabe avec l’allure de ces Interlopes qui  vous proposaient vers Pigalle des catalogues de filles à poil, à la douce époque où la pudeur rendait encore le porno attrayant.

 


« Les officines », Sarkozy les avait dénoncées à maintes reprises dans l’affaire Clearstream pour stigmatiser Villepin. Personne ne sait exactement ce qu’elles signifient. Agences de renseignement privées ? Bureaux d’espions ? Arrière-salles de journaux ? Tout cela à la fois ? L’imprécision de leurs contours rend ces ectoplasmes méphitiques encore plus terrifiants. Invisibles mais présentes, « les officines » ne poursuivent qu’un but : empêcher le Vibrionnant de réformer. Ce sont elles qui rédigent d’une dextre crochue les articles déplaisants, qui colportent et papotent, qui beuzent et jasent. Ennemi insaisissable qui rend bien des services lorsqu’il s’agit d’amuser la galerie.


Jean-Noël Cuénod

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01/07/2010

La France a la nausée au cœur

Le pouvoir politique français subit actuellement le plus raffiné des supplices chinois : avec une inéluctable régularité, les affaires tombent comme autant de gouttes sur le crâne du supplicié. L’affaire Bettencourt – devenue désormais Woerth-Bettencourt – offre à elle seule tout un gisement de dossiers connexes qui exhalent un remugle politico-financier que les prochains bols d’air vacanciers ne parviendront pas à dissiper.

 


Certes, les socialistes utilisent cette situation pour attaquer le gouvernement, mais sans faire preuve d’une pugnacité féroce. Ils savent bien que cette grande nausée qui soulève le cœur des Français ne leur profitera guère. Car, les sarkozystes auront beau jeu de rappeler les turpitudes de l’ère Mitterrand. C’est donc l’idéologie du «tous pourris» qui triomphe, pour le plus grand bonheur du Front National qui sera la seule formation politique à percevoir les dividendes de cette entreprise de démolition morale. Pourquoi ? Les raisons en sont multiples. Hasardons quelques hypothèses.
Les extrêmes en politique ont toujours utilisé le mode guerrier pour mobiliser leurs troupes, ce qui correspond à une certaine cohérence militaire, induit par le verbe «mobiliser». On ne fait pas mouvoir des foules avec l’eau tiède de la pondération mais avec des promesses d’affrontements. A l’extrême-gauche, le prolétariat se mettait en ordre de marche pour la lutte des classes. A l’extrême-droite, les nationalistes fourbissaient leurs armes pour la lutte des «races».

 

Aujourd’hui, l’effondrement de l’empire soviétique, la globalisation ultralibérale du monde ont bouleversé la donne. L’extrême-gauche ne tient plus le rôle de réceptacles des mécontentements qu’elle jouait naguère encore. Agissant en ordre dispersé, sans programme unitaire et, surtout, sans grille de lecture de la réalité présente, elle souffre d’un handicap encore plus lourd : les travailleurs que l’extrême-gauche représentait ont perdu la conscience de former une classe homogène. Sans cette conscience d’appartenir à un ensemble, il n’y a plus de classe et, partant, plus de lutte de classe, au moins dans le sens où on l’entendait jadis. Peut-être, cette conscience de classe renaîtra-t-elle un jour sous diverses formes. Mais nous n’en sommes pas encore là. Dès lors, l’extrême-gauche n’est plus à même de canaliser les coups de colère du peuple.

 
L’extrême-droite devient donc l’unique réceptacle où se déversent les colères. A la lutte des «races» de ses ancêtres idéologiques, elle a substitué la lutte «ethnoculturelle», à la connotation moins «Deuxième Guerre mondiale». Au combat contre les «tous pourris» succédera, ipso facto, la chasse au bouc émissaire. Le Juif, hier, l’immigré musulman aujourd’hui. Et cette exclusion suscite déjà, au sein des immigrés, des réflexes d’autodéfense identitaire qui accentueront encore les affrontements de type ethnoculturel.

 


La grande nausée qui traverse la France de ses mauvais frissons risque fort de dégénérer en mal plus profond.

 

Jean-Noël Cuénod

C'est le site d'information Médiapart, présidé par l'ancien directeur du Monde Edwy Plenel qui a publié le plus d'information à ce propos. Voici un lien avec les articles qu'il a publiés sur l'affaire Woerth-Bettencourt.

 

00:20 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : affaires, woerth, bettencourt, politique, argent, font national | |  Facebook | | |