02/02/2017

Fillon et le syndrome de la Rolex

 

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Chacun se rappelle l’aérienne formule de Chirac : «Les emmerdes volent en escadrille». Pour François Fillon, ce n’est plus une escadrille qui le vise mais un pont aérien avec tapis de bombes. Lorsqu’il ne s’enferre pas dans de nouveaux mensonges, c’est un média qui sort le dernier scoupe ravageur. Qui sera suivi d’autres.

Lorsqu’une campagne politique déraille dès son début, il est bien difficile de la remettre sur les rails. La faute initiale du candidat de la droite «loden-mocassins à glands» ne concerne pas Pénélope et ses emplois fantômes mais son programme de démantèlement de la sécurité sociale, suivi d’un rétropédalage très laborieux.

Alors qu’il fut premier ministre pendant cinq ans, Fillon n’a toujours pas compris que s’attaquer à la sécu en France, c’est allumer un barbecue de vaches sacrées sur la place centrale de Bénarès.

Dès lors, toutes les accusations qu’il a subies par la suite ont été encore plus vivement ressenties par les citoyens qui tremblent pour leur système de soins. D’autant plus que les prêches austères de ce Savonarole bien coiffé étaient démentis par les largesses qu’il s’octroyait ainsi qu’à sa famille. Sang et larmes pour les poires, champagne et caviar pour ma pomme.

Cela dit, l’affaire Fillon n’est qu’un épisode parmi d’autres dans la grande saga qui lie, souvent pour le pire, argent et pouvoir. Eternelle question mais qui, aujourd’hui, prend une acuité particulière.

Avant que les Trente Glorieuses n’emballent le monde occidental dans le Tout-Economique et sa société de surconsommation, une sorte de statut non-écrit régnait dans de nombreuses démocraties européennes : les magistrats, les députés, les ministres étaient mal payés mais jouissaient d’une position prestigieuse aux yeux du public. Certes, il s’est toujours trouvé des petits malins et des gros corrompus dans ces hautes sphères mais dans l’ensemble, les détenteurs du pouvoir respectaient cette manière de contrat social. Bonne renommée valait mieux que ceinture dorée.

Il en allait de même pour d’autres émetteurs d’influence au sein de l’Etat, comme les instituteurs et professeurs. Ils ne roulaient qu’à vélo mais au village, dans le quartier, chacun levait son chapeau à leur passage. Pour leurs voisins, ils étaient des Messieurs. Pour la plupart de ces hommes de pouvoir et de savoir, le prestige suffisait à leur donner une belle estime de soi et leur permettre d’avancer dans la vie du pas assuré de celui qui se sait reconnu.

Aujourd’hui, ce genre de considération est balayée par l’unique valeur qui ne soit pas relative, celle incarnée par le Veau d’Or. Moïse n’a pas fini de briser de rage les Tables de la Loi.

Le publicitaire Séguéla fut naguère vilipendé pour avoir énoncé, à propos de Sarkozy, sa célébrissime tirade: «Un président qui, à 50 ans, n'a pas de Rolex a raté sa vie.» Il ne formulait pourtant qu’une évidence. Les écoliers ricanent maintenant devant leur prof qui gagne en un mois, ce qu’un dileur empoche en trois jours. Quant aux politiciens, s’ils font du vélo, c’est pour la galerie écolo. Ces hommes, ces femmes qui ont souvent accompli de longues études, voient leurs anciens condisciples faire fortune dans la haute finance ou les grands groupes industriels, alors qu’ils doivent se contenter de revenus qui, en comparaison, relèvent de la roupie de sansonnet. D’où les empilements de mandats. Et les magouilles pour rendre plus valorisantes leurs rémunérations. Histoire de ne pas paraître trop plouc dans les réunions des anciens de HEC ou d’autres grandes écoles.

L’affaire Fillon n’est pas seulement la faillite d’un homme, ni même d’une caste politique. Elle est la conséquence directe de l’effondrement des cadres moraux voulu par la société de l’hypercapitalisme.

Jean-Noël Cuénod

Et pour détendre un peu l’atmosphère, voilà la vidéo d’une chanson de Frédéric Fromet «Femme de François Fillon». A se tordre ! 


Femme de François Fillon - La chanson de... par franceinter

 

15:55 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : fillon, politique, france, affaire, vidéo | |  Facebook | | |

14/05/2011

Le témoin inconnu de l’affaire Bettencourt

L’affaire Bettencourt s’est fondue dans le chaudron des médias, remplacée par d’autres turpitudes outre-Jura. Mais elle continue à faire le bonheur du théâtre, de l’édition et même du cinéma. Deux projets cinématographiques s’inspirent de cette saga du fric et de la frime. L’un conçu par Edouard Baer qui aimerait confier le rôle de Liliane Bettencourt à... Jean Rochefort (voir ci-dessous la vidéo d'Europe 1) — on se réjouit d’assister à pareille fête — et l’autre concocté par le producteur Thomas Langmann, avec Jeanne Moreau— elle le vaudrait bien — pour incarner l’héritière de L’Oréal.

Ces projets prendront-ils vie sur le grand écran? En tout cas, la pièce de Laurent Ruquier, Parce que je la vole bien, fait d’ores et déjà courir Paris au Théâtre Saint-Georges. De même, le dessinateur Riss, directeur de Charlie Hebdo, et le journaliste Laurent Léger ont publié aux Editions Les Echappés un album de bande dessinée intitulé Tout le monde aime Liliane. Quant aux livres à elle consacrés, la pyramide qu’ils forment découragerait le plus papivore des lecteurs.

Dans cette catégorie, l’un des meilleurs bouquins vient de sortir des presses de Robert Laffont. Son titre: Un milliard de secrets. Son auteur: Marie-France Etchegoin, rédactrice en chef au Nouvel Observateur. Son propos n’est pas de décortiquer les mécanismes politico-financiers et les relations entre L’Oréal et Nestlé — ce livre reste à écrire — mais de mettre en scène le huis clos qui s’est déroulé dans l’hôtel particulier des Bettencourt, rue Delabordère à Neuilly qui est à Paris ce que Cologny et Pully sont à Genève et Lausanne. En un poil moins chic tout de même.

Marie-France Etchegoin accorde une grande place aux rôles tenus par le père de Liliane Bettencourt, Eugène Schueller, dans le financement de partis fascistes français et par le mari de l’héritière, le ministre André Bettencourt, auteur d’articles antisémites dans la presse collaborationniste avant de rejoindre la Résistance.

Parmi les nombreux personnages croqués dans Un milliard de secrets, un témoin jusqu’alors ignoré déboule sur la scène avec ses petites pattes: Thomas, le teckel à poil dur de Liliane Bettencourt qui mange dans une gamelle ciselée des repas bio servis par un majordome, dispose d’un garde du corps (à deux pattes) et même d’une rampe d’accès au lit de sa maîtresse. Mais au-delà du ridicule de la situation, cette importance de Thomas — qui, lui au moins, n’a rien d’un imposteur contrairement au héros de Jean Cocteau — traduit bien notre époque. Le teckel est sans doute le seul être vivant auprès de la milliardaire à ne pas être «tenu par les liens du commerce et de l’argent». La fortune Bettencourt est telle que tous ceux qui en jouissent et en souffrent ne peuvent entretenir de rapports sains avec leur entourage, même familial.

 Dans ce désert affectif, l’héritière Bettencourt rejoint les SDF dont les chiens sont les seuls à ne pas leur en vouloir d’être pauvres.


Jean-Noël Cuénod

(Texte par en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures jeudi 12 mai 2011)


"Nous voulons faire un film polémique" par Europe1fr

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