15/05/2013

Emeute du PSG : le foot parisien entre Qatar et Clignancourt

 

PSG.jpgLe football occupe à Paris une place étrange. Dimanche passé, lorsque le Paris Saint-Germain (PSG) a conquis son titre de champion de France – ce qui n’était plus arrivé depuis dix-neuf ans –, les rues populaires du XIIIe arrondissement ne vibraient d’aucune ferveur particulière. Elles frissonnaient plutôt sous l’effet d’un printemps glacial. On imagine sans peine l’explosion de joie qui aurait parcouru tout Marseille, des quartiers Nord au Vieux-Port, si l’OM avait remporté le championnat.

 

Le lendemain soir, c’est une mau- vaise fièvre qui a saisi Paris, et plus particulièrement le Trocadéro. L’équipe du PSG devait y recevoir son trophée et, loin de la liesse, c’est l’émeute qui a éclaté dans ces beaux quartiers. Passons sur la nauséabonde récupération politique des événements par l’UMP et la pitoyable transformation de bedonnants conservateurs en agitateurs «djeunes» qui tapent sur le gouvernement en épargnant les casseurs. Il est vrai qu’on prend moins de coups à ce petit jeu de massacre.

 

Le plus intéressant réside dans la provenance sociale et géographique des émeutiers. L’un d’entre eux, au micro de France-Info, met cartes sur table: «On est venu fêter la victoire des Clignancourt. C’est un prétexte, en fait. C’est un prétexte pour faire la guerre sur les Champs (ndlr: les Champs-Elysées). On va tout casser. On s’en fout du foot.» Pourquoi cette allusion à Clignancourt? Il s’agit de l’un des derniers quartiers parisiens restés populaires.

 

L’émeute exprimerait-elle la rage du peuple «d’en bas» contre les «bobos», cette nouvelle classe des bourgeois bohèmes mondialisés qui tient désormais le haut du pavé (et bientôt tous les pavés) à Paris? Il faut se garder des apparences et des conclusions hâtives. Après tout, parmi les casseurs, il y avait aussi des jeunes gens bien coiffés et à la mise onéreuse qui sont gentiment rentrés chez papa-maman à Neuilly après s’être défoulés avec la «racaille». Toutefois, on ne saurait écarter l’aspect social de cette revanche de Clignancourt sur le Trocadéro.

 

De création récente (il a été fondé en 1970), le PSG reste un club hors-sol, contrairement à l’Olympique de Marseille qui soude sa ville depuis 1899. Son rachat par le fonds souverain du Qatar a encore accentué cet aspect. Le club parisien constitue un élément parmi d’autres dans le marketing de ce petit émirat qui voit grand, comme l’explique magistralement un livre qui vient d’être publié chez Fayard, Le vilain petit Qatar, de Jacques- Marie Bourget et Nicolas Beau.

 

C’est ainsi que le club de la capitale française est devenu le panneau publicitaire d’un émirat proche-oriental qui soutient à la fois les Frères musulmans et le Credit Suisse (le fonds souverain du Qatar en est l’un des principaux actionnaires). On appelle ça «mondialisation». Et, pour reprendre l’expression locale, Clignancourt «n’en a rien à battre», d’une telle équipe.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE AUDIO

L'interview des "Clignancourt" sur France-Info

15:59 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : psg, football, qatar, paris, émeute, violence | |  Facebook | | |