07/05/2012

A François Hollande, le droit de décevoir

François Hollande a donc obtenu des Français le droit de les décevoir. Il en va ainsi de chaque élection au sommet dans les démocraties dumonde globalisé. Un visage nouveau apparaît, suivi d'une cohorte d'espoirs souvent contradictoires. Puis vient le temps de la désillusion lorsque le mur de la réalité économique et financière surgit au tournant. «La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante», écrivait le poète soviétique Vladimir Maïakovski.

François Hollande sait qu'il ne pourra pas profiter de cet état de grâce qui avait embelli les premiersmois de pouvoir de ses prédécesseurs.
La situation du nouveau président français est d'autant plus inconfortable qu'il doit faire face à deux éléments contradictoires.

D'une part, ses concitoyens sont de plus en plus impatients devantleur économie qui se dégrade et veulent que le chef de l'Etat leur désigne rapidement des issues de secours. D'autre part, les marges demanoeuvre des Etats sont de plus en plus étroites, compte tenu des contraintes de l'Union européenne et de l'économie globalisée, qui laissent peu de champ au pouvoir politique national. La situation est d'autant plus périlleuse pour Hollande que le président français est nanti de pouvoirs exorbitants pour un Etat démocratique. Dès lors, le flot des mécontentements se dirigera presque exclusivement vers lui.

Toutefois, François Hollande a démontré durant cette campagne qu'il savait louvoyer tout en ne perdant jamais son cap. Il se pourrait bien que ce défaut apparent, que le président sortant et sorti fustigeait, devienne une précieuse qualité face à Angela Merkel; car il faudra la convaincre d'ajouter plusieurs louches de croissance dans les austères brouets qu'elle prescrit aux Européens de l'Union.

Cela dit, le socialiste doit tout d'abord gagner la prochaine manche, les élections législatives dans un mois. La France, qui apparaît aujourd'hui fort divisée, ne pourra pas se payer le luxe d'une cohabitation.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 7 mai 2012 dans "24 Heures" et en version un peu raccourcie dans la "Tribune de Genève")

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03/05/2012

Duel Sarkozy-Hollande: premier bilan à chaud

Que retirer de ce duel entre les deux prétendants à l'Elysée? Tout d'abord, Sarkozy n'a pas "explosé" Hollande comme il l'avait annoncé. Toutefois, le candidat socialiste n'a pas pour autant terrassé son rival de l'UMP. En filant la métaphore footballistique, disons que ce match s'est déroulé au centre du terrain avec deux défenses avancées, ne laissant pas beaucoup d'espace où le jeu puisse se développer. A un Sarkozy hargneux et grincheux, a répondu un Hollande tellement soucieux de ne pas commettre de faux pas qu'il en paraîssait constipé. De ce point de vue-là, Sarkozy a fait passer plus d'émotion. Mais cela ne l'a pas rendu plus sympathique pour autant.

Ce débat ne va sans doute pas bouleverser la situation, trois jours avant le second tour, dimanche. Ce qui d'ailleurs avantagerait le socialiste qui caracole en tête de tous les sondages.

 Sur le plan économique, François Hollande a non seulement tenu le coup mais il a paru mieux affuté que son adversaire parfois brouillon... Un comble pour un président sortant, c'est son challenger qui semblait plus compétent! Mais dans le domaine de l'immigration, Sarkozy l'a emporté en plongeant Hollande dans ses contradictions. Il faut dire que le président UMP a embobiné son rival en confondant immigration légale et immigration clandestine. Vieille tactique de l'avocat: "Quand ze vois que mon affaire est mal partie, z'embrouille, z'embrouille!" expliquait - avec ce cheveu sur la langue qui manquait cruellement à son crâne dégarni - le grand plaideur Edgar Faure, ministre quasi-inamovible des quatrième et cinquième Républiques.

Sarkozy a donc embrouillé au grand dam de Hollande, du moins sur l'immigration. Le président-candidat a sans doute convaincu quelques frontistes de voter pour lui. Mais sera-ce suffisant pour combler son retard? 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Les conclusions des deux rivaux à la fin du bras-de-fer.

 

22/04/2012

Marine Le Pen en embuscade contre Sarkozy puis Hollande

marine-le-pen Langue.jpgOutre le Parti socialiste qui, avec son candidat François Hollande, se place en grand favori du second tour de l’élection présidentielle française, l’autre vainqueur du scrutin de dimanche est le Front national et sa prétendante Marine Le Pen.
 Avec près de 20% des suffrages, elle inscrit durablement l’extrême droite au premier plan du paysage politique de l’Hexagone. Elle dépasse même son père.

 Certes, Jean-Marie Le Pen avait réussi à se qualifier pour le sprint final de la présidentielle 2002, mais avec un score moins élevé qu’elle au premier tour (17,8%). De plus, le chef d’alors du Front national bénéficiait d’un effet de surprise. Personne ne l’avait vu venir à une telle place. Sa progression ne s’était révélée fulgurante que durant les derniers jours précédant le scrutin d’avril 2002.

Tel n’est pas le cas de sa fille. Les sondages l’ont installée à une place élevée dans l’opinion depuis une année; elle était même donnée comme possible qualifiée pour le second tour. Force est de constater que le Front national en version blonde et talons hauts ne fait plus peur. La «dédiabolisation» mise en place par Marine Le Pen a réussi, malgré les récentes provocations paternelles.

Pour l’instant, la patronne du Front national a tout intérêt à tabler sur une victoire de François Hollande au second tour, ce qui la transformerait en opposante de premier plan. En outre, une défaite de Nicolas Sarkozy risque fort de faire voler en éclats l’UMP qui a montré durant ce quinquennat sa fragilité et sa tendance à la désunion. Entre la tendance humaniste qui lorgne vers le centre et celle qui penche vers le Front national, l’unité sera bien malaisée à maintenir. D’autant plus que les rivalités personnelles sont en train de pourrir l’atmosphère au sein du parti présidentiel.

Marine Le Pen espère donc ramasser les débris de l’UMP pour construire le grand parti de la droite dure. Un parti de gouvernement.

Jean-Noël Cuénod

22:50 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : élection présidentielle, france, front nationa | |  Facebook | | |

19/03/2012

Jean-Luc Mélenchon: révélation et retour à la normale

Jean-Luc Mélenchon devient la grande - sinon la seule - révélation de la campagne présidentielle française. Naguère encore, le candidat du Front de Gauche se traînait à 5% des intentions de vote. Aujourd'hui, il dépasse les 10% et a réussi à mobiliser des dizaines de milliers de partisans, hier, place de la Bastille. Surprenant? Non. Croire que la «gauche de la gauche» française s'était écroulée en même temps que le mur de Berlin relève d'une méconnaissance de l'histoire de France. L'idée de l'égalité à tous les niveaux n'est née ni dans l'Allemagne de Marx, ni dans la Russie de Lénine, mais au sein de la France de Gracchus Babeuf, premier penseur du communisme durant la Révolution commencée en 1789. Ce fil rouge a traversé tous les régimes avec plus ou moins de succès, plus ou moins de visibilité. A côté d'une gauche réformiste, il a toujours existé en France une gauche révolutionnaire.

En quittant le PS pour créer son Parti de Gauche, puis en faisant une OPA sur les décombres du Parti communiste, Jean-Luc Mélenchon a voulu s'inscrire dans cette tradition historique qui, pendant longtemps, a été captée - pour ne pas dire usurpée - par les communistes autoritaires. Aujourd'hui, il incarne cette gauche révolutionnaire en toute légitimité. La «révélation Mélenchon» signifie surtout un retour à la normale dans la vie politique française.

De prime abord, cette montée de la «gauche de la gauche» devrait nuire au candidat socialiste à la présidence François Hollande. En effet, si Jean-Luc Mélenchon continue sa progression, il risque fort d'empêcher Hollande de terminer le premier tour en tête. Mais parvenu en deuxième position, le prétendant du PS pourra compter sur le report sans doute massif - compte tenu de leur rejet absolu de Sarkozy - des électeurs de Mélenchon. Ce qui était une mauvaise affaire au premier tour se transformerait alors en aubaine pour le sprint final.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 19 mars 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

Et voici le grand métingue de Mélenchon en vidéo, comme si vous y étiez! 

11:28 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : campagne 2012, élection présidentielle, front de gauche, video | |  Facebook | | |

12/10/2011

Hollande-Aubry: tout n’est pas rose dans la primaire du PS

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La primaire… Toute la France mâche ce mot. Même la droite salue cette initiative du Parti socialiste de l’Hexagone. Sauf Nicolas Sarkozy qui la juge contraire à l’esprit gaulllien. Mais en l’occurrence, c’est moins la gauche que le président visait que son premier ministre François Fillon — chaud partisan de la primaire — qui l’agace de plus en plus.

Avec 2,7 millions d’électeurs, le Parti socialiste a donc réussi son pari. Du moins jusqu’à maintenant. Il reste à savoir si l’étalage des arguments et des postures ne va pas plutôt servir à Nicolas Sarkozy pour assurer sa réélection à la présidence de la République en 2012. Il connaît désormais toutes les failles de son futur adversaire socialiste. Cela dit, le débat de mercredi soir sur France 2 entre Martine Aubry et François Hollande n'a pas dû lui apprendre grand-chose. Sauf, que les deux adversaires socialistes partagent à la fois le même programme et une inimitié réciproque. Ce qui ne relève pas de l'information exclusive.

Tout n’est pas rose dans la primaire du Parti socialiste français. Ses effets positifs remplissent actuellement colonnes et micros. Ses effets négatifs n’en subsistent pas moins. L’organisation de la primaire a permis au PS de se sortir des magouilles internes qui présidaient au choix de son candidat. Mais ce mode de désignation détruit la substance même d’un parti politique, comme l’a relevé le professeur Rémi Lefebvre (Sciences-Po à Lille) dans une tribune libre publiée en mai 2010 par Le Monde Diplomatique:
«C’est cette conception du parti comme creuset politique, lieu de délibération, d’éducation et de mobilisation qui se démonétise aujourd’hui (…) A quoi bon militer dans un parti si rien ne distingue le militant du sympathisant? Si les frontières du dedans et du dehors du parti disparaissent?»

Face aux crises du capitalisme, le socialisme démocratique aurait pu tenir lieu d’alternative, à la condition que sa définition et ses objectifs fussent réexaminés à l’aune de l’effondrement du socialisme autoritaire. Le Parti socialiste français, de par son importance, aurait dû devenir ce creuset où l’alternative nouvelle se forme. Il n’a pas su ou voulu le faire. Au lieu de ménager un espace où l’avenir peut se dessiner, le PS a préféré construire des écuries électorales.

Certes, Arnaud Montebourg a apporté une touche un peu originale. Mais ses propositions tenaient aussi de cette «pensée marketing» à laquelle doit se plier tout candidat à une élection très personnalisée. La démondialisation semble-t-elle à la mode? Montebourg s’en proclame aussitôt le héraut. Mais comment y parvenir dans le cercle national où se déroule l’élection présidentielle? Le programme du chef de l’aile gauche socialiste est, à cet égard, tellement flou qu’il se fait récupérer par Marine Le Pen et son Front national.

Le PS a choisi la primaire pour moteur de sa régénérescence électorale. Mais cette «fabrique de personnalités» signe aussi sa dégénérescence comme force de proposition alternative au capitalisme.

 

Jean-Noël Cuénod

23:48 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : primaire ps, élection présidentielle | |  Facebook | | |