28/09/2018

Faut-il pendre les blancs ?

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Le rappeur Nick Conrad n’était connu que par sa concierge et sa cour. Aujourd’hui, le voilà célèbre grâce à son clip à scandale intitulé « pendez les blancs ». Il a tout compris, Conrad. Pour percer dans le chaud-bise, il faut tout d’abord crever la croûte de fumier et faire le Zemmour en investissant dans le racisme bien gluant.

Petit rappel pour ceux qui viennent de débarquer de Proxima du Centaure. Le rappeur susmentionné – qui se présente en tant qu’ « artiste noir, Parisien fier et raffiné » – a commis un clip d’une petite dizaine de minutes où il met en scène le sort qu’il réserve à un blanc avec, entre autres gages de finesse, ces éloquentes paroles :  «Écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs de tout âge petits et grands. Fouettez-les fort faites-le franchement, que ça pue la mort que ça pisse le sang!» Nous parvenons à la fine pointe du sublime avec ce doux songe : « Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents ». Tel un chœur antique, les comparses du rappeur psalmodient : « Pendez-les tous ! Pendez-les blancs! »

Le clip – c’était son but – vérole les réseaux sociaux. Les médias installés le dénoncent, donnant ainsi un surcroît d’audience à la chose. Et puis, re-belote, les politiciens entament leur grand bal des faux-culs indignés, du ministre Collomb à Marine Le Pen, trop heureuse de condamner le racisme version noire.

Les sites concernés affirment que ce clip a été supprimé : pipeau à coulisse ! Le Plouc s’est contenté de gougueliser « pendez les blancs » pour retrouver en une seconde ce truc dans son intégralité.

Le ministre Collomb s’est empressé de saisir la justice. Le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « provocation publique à la commission d’un crime ou d’un délit». La police a aussitôt interrogé Nick-le-Raffiné, « en audition libre ». Donc sans menottes, ni cellule. Au grand regret du rappeur, sans doute.

Pour sa défense, Conrad invoque l’usage du second degré. Il n’a pas voulu inciter à la haine du blanc : « Dans mon clip qui n'est que de la fiction, j'ai voulu inverser les rôles de l'homme blanc et de l'homme noir et proposer une perception différente de l'esclavage », fait-il savoir dans la médiasphère.

Que son clip ne soit « que de la fiction », c’est encore heureux. Dans le cas contraire, ce n’est pas pour « provocation publique à la commission d’un crime ou d’un délit» qu’il serait poursuivi mais pour « assassinat »!

Ensuite, voyons un peu ce second degré qui est brandi façon bouclier.

Au marché de Brive-la-Gaillarde…

Il est vrai que Georges Brassens, dans sa chanson « hécatombe » n’y est pas allé de main morte contre les malheureux gendarmes, torturés par les mégères du marché de Brive-la-Gaillarde. Sa première diffusion remonte à 1952, encore à l’époque des 78 tours. En voici quelques extraits (voir aussi la vidéo sous ce texte ) :

 

En voyant ces braves pandores
Être à deux doigts de succomber
Moi, je bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées

(…)

Une autre fourre avec rudesse
Le crâne d'un de ses lourdauds
Entre ses gigantesques fesses
Qu'elle serre comme un étau.

(…)

Jugeant enfin que leurs victimes
Avaient eu leur content de gnons
Ces furies comme outrage ultime
En retournant à leurs oignons
Ces furies à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas
Leur auraient même coupé les choses
Par bonheur ils n'en avaient pas.

 

Pourtant, « Hécatombe » se situe à des années-lumière du rap de Conrad. Outre, que le racisme (la flicophobie n’est pas une expression raciste au sens strict du terme) y est absent, ce qui distingue clairement les deux textes, c’est l’humour. A écouter Brassens, on est mort, mais de rire. Soixante-six ans plus tard, sa chanson reste drôlissime. Alors qu’il serait vain de trouver la moindre trace d’humour dans « Pendez les blancs », même en cherchant bien, même en se forçant. Or, pour que le second degré fonctionne, il faut instiller au texte cette goutte d’humour qui permet de décoller le texte de sa signification immédiate. Si Nick-le-Raffiné avait vraiment voulu introduire le second degré dans son rap, ce qui reste à prouver, alors il a lamentablement échoué, faute de talent.

De même, les défenseurs du rappeur pourraient se prévaloir de cette célèbre formule rédigée par André Breton dans son « Second manifeste du surréalisme » :

L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule.

Certes, l’humour n’y apparaît pas dans toute son évidence. Néanmoins, en se reportant à l’époque – 1929 – où elle fut conçue, elle présentait cet écart qui sépare la signification immédiate du texte de son appréhension distanciée. Bien sûr, la Première Guerre mondiale avait provoqué son lot de massacres. Toutefois, à l’époque, il était difficilement concevable qu’un quidam surgisse au coin de la rue pour tirer au hasard.

Mais tout a changé. Sans doute André Breton n’aurait-il pas pu écrire sa phrase aujourd’hui. Désormais, les quidams n’hésitent pas à appliquer la formule surréaliste au pied de la lettre, sur des campus aux Etats-Unis, sur des terrasses de bistrot à Paris ou ailleurs. Dès lors, l’effet de distance n’existe plus. Cette absence d’écart rend difficile, voire impossible le second degré en un tel contexte.

« Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs », éructe Nick Conrad… Mais c’est exactement ce que Mohamed Merah a fait à l’école juive de Toulouse au matin du 19 mars 2012 ! Où est l’écart ? Où se trouve la distance ? Où se cache l’humour ? Dans quel recoin dénicher le moindre fragment de second degré ? Indéfendable, Nick-le-Raffiné !

Loin de briser les codes du racisme blanc, il les renforce en leur donnant une forme de légitimité : « Vous voyez, tout le monde est raciste, même eux. Alors pourquoi se gêner ? »

S’il n’y avait pas eu tout ce ramdam à propos du clip, Le Plouc n’aura même pas songé à l’évoquer. Le silence est la meilleure des armes pour faire taire les imbéciles.

 Mais voilà, le silence est rigoureusement incompatible avec notre société média-mercantile. Et les réactions qui miment l’indignation relèvent avant tout du marketing politico-médiatique : il s’agit de profiter du beuze pour faire propagande de sa came électorale. Quant à l’intrusion de la justice dans cette affaire, elle ne fera que nimber le rappeur raciste de la précieuse aura du « Bad Boy ».

C’est bon pour le bizness, ça, coco !

Jean–Noël Cuénod

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08/06/2018

« La nation contre le nationalisme »

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Voilà un bouquin à emporter dans vos bagages pour bronzer utile : La nation contre le nationalisme, écrit par le professeur Gil Delannoi et publié au PUF. Il balaye toutes les idées reçues qui encombrent le concept de nation et la rendent si confuse. En résumé, malgré la globalisation, la nation n’est pas devenue obsolète. De même, elle ne saurait être considérée comme néfaste a priori.

Le politologue français rappelle les distinctions établies par la Grèce antique : « demos » – le peuple en tant qu’acteur politique – « genos » – notion biologique qui se rapporte à la filiation – « ethnos » – qui est de nature culturelle avec le partage d’une langue commune[1], d’usages, de mythes. C’est cette dernière qui se rapproche le plus de la nation au sens moderne du terme.

Qu’est-ce qu’une nation ? Brève question, vaste réponse. Delannoi s’inspire de Renan pour  définir quatre modèles fondamentaux d’organisation  (formes Tribus, Cité, Empire, Nation).  Certaines Tribus, par la division du travail se sont muées en Cités. Et quelques Cités, en en conquérant d’autres, sont devenues des Empires. Renan situe ainsi la Nation dans ce processus : une Nation est une entité politique et culturelle qui succède à la tribu, la cité et l’empire sans toutefois les supprimer. La forme Nation comme forme politique s’est forgée en Europe par opposition à tout empire unificateur continental.

Gil Delannoi s’attaque au préjugé qui associe la Nation aux conceptions raciales ou ethniques : La Nation politique prévaut sur la Nation culturelle qui elle-même prévaut sur la nation ethnique. La Nation ne convient pas aux conceptions raciales. La fixité ethnique est mieux assurée par les autres formes politiques, Tribu, Cité ou Empire. En comparaison, la Nation est un espace plus abstrait, clos pour instaurer la liberté politique et la solidarité sociale.

Le nazisme contre la Nation

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Les pensées contemporaines sautent comme des moutons en troupeau de la Nation au nationalisme, puis au nazisme, présenté comme l’expression extrême du nationalisme. Erreur fondamentale selon le professeur Delannoi : le nazisme s’oppose à la conception démocratique d’une Nation d’égaux et lui substitue une conception organique d’un corps social biologique qui n’est pas plus national que tribal mais racial (…) la doctrine nazie des races ne pouvait s’accomplir que dans un empire pyramidal qui interdit toute coexistence de nations égales en droit.         

Quant au nationalisme proprement dit, il s’agit avant tout d’un véhicule ; Mussolini était un nationaliste certes, mais Gandhi aussi : Les nationalismes belliqueux sont ceux des dictatures et des régimes autoritaires. L’inverse se vérifie tout autant. Les Nations démocratiques ne se font pas la guerre[2]. La variable décisive n’est donc pas la Nation mais la présence ou l’absence de démocratie, comme régime et comme société.

La Nation née des acquis positifs de la Révolution française reste pour l’instant le seul terreau qui permet le respect des droits humains, le fonctionnement démocratique et cet ensemble d’instruments de régulation que l’on appelle Etat de droit. La Nation démocratique forme le plus sûr rempart contre les nationalismesnon-démocratiques, internes ou externes.

L’international contre le postnational

La globalisation va-t-elle effacer les frontières ? Gil Delannoi ne le pense pas en soulignant qu’elle n’a rien d’irréversible : La planète Terre étant un système fini et ses ressources énergétiques limitées, ce n’est pas seulement un arrêt dans le développement de la globalisation mais peut-être un recul qui semble s’annoncer.

Les effets de la pollution, parlons-en ; ils ignorent les frontières. Réponse du politologue : Il est vrai que ces problèmes requièrent une coopération internationale et que la nation n’est pas la bonne échelle pour les résoudre. Il défend donc la coopération entre nations démocratiques plutôt que l’abolition des frontières au profit d’une entité qui risque fort d’être impériale et donc non-démocratique :

Tout l’enjeu contemporain est d’opter pour l’international contre le postnational et contre le nationalisme chauvin et égoïste. Autrement dit, des frontières ouvertes mais flexibles selon les situations, ni fermées ni abolies.

Et l’Union européenne dans tout ça ? Si elle veut se développer et devenir démocratique, c’est en s’appuyant sur les Nations en tant que données historiques, en tant que consciences culturelles et qu’institutions politiques qu’elle a les meilleures chances d’y parvenir (…)

Pour l’instant, on ne voit guère la forme que l’UE adopte actuellement ; elle n’est ni Tribu, ni Cité, ni Empire, ni Nation. C’est une sorte d’Europe des Etats et/ou de l’euro dont on voit bien les limites.

En constatant le déferlement de passions nationales qui submerge la planète Foot ou Olympique, on se dit à la suite de Gil Delannoi que l’idée de Nation est en effet très profondément ancrée dans les populations et que ce phénomène n’est pas aussi superficiel que le suppose nombre d’intellectuels.

La Nation souveraine mise en péril par les Etats-Unis ?

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Toutefois, Le Plouc hasarderait deux objections à ce brillant et, sur la plupart des points, convaincant ouvrage. Il en a fait part au professeur Delannoi (photo Didier Goupy). Voici l’échange qui conclut ce papier.

Le Plouc : – L’extension du droit américain à la planète entière confère à l’Empire des Etats-Unis une dimension universelle qu’aucun autre Empire n’avait atteint avant lui.Désormais, nous sommes tous contraints de nous soumettre aux intérêts américains, parfois au détriment de nos intérêts nationaux. Washington n’a d’ailleurs même plus besoin de sévir a posteriori. Il suffit que Trump déclare que son pays frappera les entreprises non-américaines qui resteraient en Iran pour que le constructeur automobile français PSA annonce son retrait de la République islamique, que le groupe Total prépare ses valises à Téhéran et que les entreprises suisses basées dans ce pays refusent toute nouvelle commande.

Dès lors, comment les Nations peuvent-elles s’opposer à ce mastodonte ?

Gil Delannoi : – Dans mon lexique, il s’agit plutôt d’une domination hégémonique des Etats-Unis que d’un comportement impérial, mais c’est un détail de définition. En effet, l’hégémonie parvient souvent à s’exercer presque sans sévir en dehors de son territoire ! En ce sens elle surpasse l’Empire. On pourrait soutenir en parallèle que l’Allemagne est, d’une autre manière, hégémonique dans l’Union européenne. Pour sortir d’un tel blocage hégémonique, il faut une coalition très large ou presque unanime des « anti-système » contre « l’hégémon ». Dans un système où la puissance hégémonique coalise ou domine une moitié des acteurs en présence, celle-ci court peu de risque d’être limitée dans ses prétentions. Pourtant n’est pas impossible de résister aux Etats-Unis aujourd’hui mais cela suppose une coalition (au moins ponctuelle) des Européens avec la Chine, le Japon et quelques autres.

Il me semble que le même problème risque de se poser avec la généralisation de l’anglais comme langue de communication entre les élites planétaires (nationalistes ou non, soit dit en passant). On peut chanter les louanges du passage à l’anglais en tant que dimension cosmopolite. Pour ma part, je donne un cours en anglais et écrit dans cette langue. Cela revient néanmoins à créer deux planètes parallèles, celle des élites « anglo-fluentes » et le reste des exclus locaux. Il est vrai que le « globish » sert d’intermédiaire appauvri mais pratique.

Le Plouc : – Une nouvelle forme d’Empire est née au sein de l’économie numérique dominée par les géants de ce secteur, les fameux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui se moquent des frontières et choisissent leurs sièges principaux en fonction de la gentillesse fiscale des pays d’accueil. Dans un tel contexte, la protection des frontières ne relève-t-elle pas du leurre ?

Gil Delannoi : –Ce second point semble moins redoutable que le précédent. Les G7, 8 ou 20 pourraient très facilement se coaliser pour taxer normalement (donc sans abus de pouvoir) ces « free-riders » planétaires. On ne peut même pas les défendre au nom du marché, car la plupart d’entre eux sont en situation de monopole ou duopole. Rien n’empêche donc de limiter leur position dominante aussi bien au nom du marché que de la social-démocratie. Pourquoi non ? C’est par lâcheté, corruption ou complaisance, mais certainement pas par impuissance. Les GAFAM peuvent probablement continuer à prospérer si un seul continent les refuse, mais certainement pas au-delà. Comme ils ne visent que leur propre intérêt, les contraindre à négocier n’est pas si difficile.

Que ces entreprises échappent pour l’instant au contrôle classique de l’Etat-nation n’est pas faux, mais dans le monde impérial-chaotique du « sans frontière » qui le remplacerait, ces multinationales donneraient encore davantage le ton puisque, au lieu de rivaux pusillanimes, elles n’auraient plus aucun adversaire potentiel, sinon des concurrents commerciaux partant avec un lourd handicap à l’assaut des privilégiés de la mondialisation. L’Union européenne est l’échelle minimale d’intervention qi l’on veut peser sur de tels acteurs « hors sol ». Dans cet affrontement il me semble que les actionnaires qui ont intérêt à favoriser leur rente de situation en faveur de ces GAFAM ne sont pas aussi puissants que la coalition des Etats, lesquels sont, sans exception, pénalisés par une évasion fiscale massive et une distorsion durable de la concurrence.

Jean-Noël Cuénod

 

[1]Qu’en est-il des pays plurilinguistiques comme la Suisse ? Ce qui relie les Suisses ce n’est pas la langue – ils en ont quatre, en ne comptant pas les dialectes – ni la religion mais un héritage commun, celui de la démocratie directe qui est devenue bien plus qu’un mode de scrutin, un véritable art de vivre collectivement par les débats qu’elle suscite et l’aptitude au consensus qu’elle génère.

[2]Pour Gil Delannoi, la Première Guerre mondiale est une guerre entre impérialismes nationaux et non une guerre entre nations démocratiques.

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02/05/2018

Les Blacks-Blocs, ces houligans de la politique-spectacle

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La mayonnaise du mouvement social commençait à prendre en France. Et voilà qu’en ce 1ermai 2018, les Blacks-Blocs envoient une giclée de vinaigre pour la faire tourner. Les revendications des cheminots, étudiants, enseignants, aides-soignants sont noyées par les scènes de violence orchestrées par les cagoulés. Qui demeurent parmi les alliés les plus fidèles des pouvoirs. (photo JNC)

Les blacks-blocs sont à la politique ce que les hooligans sont au foot : des accros à la montée d’adrénaline. Il n’y a pas de black-bloquisme. Dans cette nébuleuse aux idées confuses, certains semblent se réclamer de l’anarchisme tout en arborant des portraits du Che, alors que le régime castriste n’a cessé de réprimer les anarcho-syndicalistes cubains, voire en brandissant des portraits de Marx, l’implacable ennemi de l’anarchiste Bakounine. Aucune stratégie pour élaborer une vision politique, seule compte la tactique à opérer contre les flics. En fait, les Black-Blocs ont bien capté l’air du temps : ne pas penser, ça fatigue la tête ; mais bouger, bouger, ça réveille les endorphines.

Les Black-Blocs, ce n’est pas un mouvement, c’est une plateforme pour organiser des émeutes sans lendemain et qui s’estompent comme la fumée âcre des poubelles en feu. Elle n’est pas née d’aujourd’hui, cette plateforme, puisqu’elle apparaît au cours des années 1980 en Allemagne, s’est répandue au fil des manifs contre les réunions du G8 et ses divers avatars, s’est renforcée grâce aux réseaux sociaux nés des technologies.

La première fois que Le Plouc a été confronté, en tant que reporter, aux Blacks-Blocs remonte à dimanche 1erjuin 2003. Une centaine de milliers d’altermondialistes étaient venus de toute l’Europe pour protester contre la tenue du G8 à Evian. Bien entendu, c’est à Genève que les manifs se sont déroulées, les policiers français ayant bloqué la frontière. Sous l’égide du Forum social lémanique, de nombreux groupes altermondialistes s’étaient réunis plusieurs semaines auparavant afin de débattre des moyens à mettre en œuvre pour résister à la globalisation du capitalisme financier – la taxe Tobin entre autres – et pour organiser de façon non-violente l’opposition au G8, courroie de transmission interétatique de ladite globalisation. Il fallait éviter de tomber dans la violence des émeutes qui avaient endeuillé Gênes, deux ans plus tôt. Débats parfois confus, comme c’est le cas dans un tel contexte, mais le plus souvent riches et créatifs.

Il a suffi d’une ou deux centaines de Black-blocs pour enrayer ce processus. En multipliant les provocations, les destructions de commerces, les bris de vitrines, les incendies ici et là, les polit-hooligans ont semé l’émeute au centre de Genève pendant trois jours. Oubliées les stratégies anticapitalistes et les tactiques non-violentes. On ne parlait plus que de ça: la mise à sac d’une ville. Aussitôt, l’extrême-droite s’est posée en défenderesse des petits artisans victimes des déprédations. Et les dirigeants du G8 et les grands groupes économiques ne pouvaient que se réjouir de voir sombrer dans l’indifférence les idées les plus gênantes pour eux[1]. L’extrême-droite et l’hypercapitalisme financier inscrivaient sur leurs tableaux de score les autobuts marqués en leur faveur par les cagoulés. Ce qui était vrai, il y a quinze ans, se confirme aujourd’hui. Hier comme maintenant, ces antiautoritaires autoproclamés ne cessent d’imposer leurs volontés à la masse des manifestants, aux journalistes et à tous ceux qui n’adhèrent pas à leur tactique. L’autorité, ils ne la conçoivent qu’à leur service. Comme n’importe quel politicard véreux.

Ils illustrent cette vérité vieille comme la politique : les extrémistes d’une cause en sont les plus vaillants fossoyeurs.

Jean-Noël Cuénod

 

[1]Autre point commun entre le cortège contre le G8 à Genève en juin 2003 et le 1ermai 2018 à Paris : dans les deux cas, les gouvernements ont été accusés d’avoir plus ou moins volontairement laissé les blacks-blocs agir, avant d’ordonner les assauts des forces de l’ordre. A cela, à Genève comme à Paris, la réponse a été la même : au moins, on a évité le pire contrairement à Gênes (un mort et 600 blessés).

 

 

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26/03/2018

Arnaud Beltrame, un héros républicain

 

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Au milieu de la haine sanguinaire, une figure d’amour absolu se lève. En offrant sa vie en échange des otages, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a franchi les limites que les humains fixent d’ordinaire au courage et au don de soi. Que le nom de son assassin, l’auteur de la prise d’otages de Trèbes, reste à jamais oublié. Qu’un seul  demeure, celui d’Arnaud Beltrame. Une belle trame pour l’histoire de la République et pour l’histoire de chacune et chacun.         

Personne ne saurait de se l’approprier. Arnaud Beltrame appartient désormais à la République, à chaque Français et même à chaque membre de l’humanité. Il rejoint ces héros qui sèment des grains de lumière sur nos champs de nuit. En cette époque où l’individualisme est devenu un mode de vie, l’égoïsme, une qualité, la cupidité, une vertu, le fanatisme, une religion, et l’idéal républicain, un motif d’ennui, l’exemple d’Arnaud Beltrame tombe sur cette tourbe comme un éclair dont l’éclat nous fait voir des trésors enfouis dans l’ombre. Aujourd’hui encore, l’humain est donc capable d’accomplir de tels actes. Nous en doutions, comme nous doutons de nous-mêmes et de notre route. Nous pensions que ces hauts faits appartenaient à un passé glorieux. Désormais, nous avons cette haute figure au coeur pour marcher d’un pas plus assuré. L’humain a besoin de tels héros, non pour en faire un motif d’orgueil, mais pour y puiser son inspiration.

 Le lieutenant-colonel Arnaud est à jamais vivant.

Jean-Noël Cuénod

 

   

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23/03/2018

Macron est-il soluble dans le mouvement social ?

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Hasard du calendrier, la première confrontation entre les syndicats et le président Emmanuel Macron s’est déroulée, jour pour jour, 50 ans après la création du Mouvement du 22 Mars lancé en 1968 par Daniel Cohn-Bendit à Nanterre et qui allait bouter le feu à la France deux mois plus tard. Mais la comparaison s’arrête là; entre la France d’alors et celle d’aujourd’hui, il n’y a guère de points communs.

L’actuel mouvement aurait plutôt comme modèle les grandes grèves de décembre 1995 qui avaient contraint le gouvernement Juppé à retirer ses réformes concernant les retraites, les statuts de la fonction publique et la remise en cause des régimes spéciaux dont, déjà, celui des cheminots. Autant de motifs de protestation qui ressemblent un peu à ceux d’aujourd’hui, à savoir l’arrêt des réformes que veut faire adopter le président Macron à marche forcée.

Toutefois, même avec les grèves de 1995, la comparaison atteint très vite ses limites. A l’époque, le mouvement était soutenu par la majorité de l’opinion publique française qui avait, en quelque sorte, délégué aux cheminots l’expression de la protestation générale. Or aujourd’hui, 58% des Français jugent injustifiable la grève du rail, selon Opinion Way. Certes, rien n’est plus volatil qu’un sondage. Toutefois, Emmanuel Macron a fort habilement agité le chiffon rouge de la fin du statut spécial des cheminots, pour mieux le désamorcer en conservant ce statut pour les actuels salariés, tout en faisant oublier l’essentiel, à savoir la transformation de la SNCF en société anonyme. Pour l’instant, la future SA restera en mains de l’Etat. Mais ce nouveau statut juridique rend possible la privatisation du rail dont on sait les effets néfastes qu’elle a eu en Grande-Bretagne.

Le rêve de Macron

Mais l’offensive Macron ne s’attaque pas seulement au transport ferroviaire, loin de là.

Le but de l’Elysée est clairement fixé:  insérer la France dans le capitalisme financier globalisé qui domine la planète. Après avoir réformé par ordonnance le Code du Travail, l’automne dernier, sans que les syndicats soient parvenus à l’en empêcher, Emmanuel Macron passe donc à la vitesse supérieure en demeurant fidèle à sa tactique : on écoute les uns et les autres, on leur concède quelques modifications à la marge, on ne cède rien sur l’essentiel et on lance la réforme par ordonnance afin d’accélérer le processus législatif.

Aujourd’hui, les réformes de Macron vont plus loin que celle du Code du Travail. Outre le rail, la fonction publique en général est visée: rénovation du statut de fonctionnaire, recours accrus aux employés sur contrat et rémunération au mérite.

 Macron joue maintenant son avenir. S’il parvient à passer le cap de l’opposition syndicale, un boulevard s’ouvrira devant lui et il pourra se vanter d’avoir réussi à imposer des réformes de fond alors que pendant des décennies ses prédécesseurs s’en sont montrés incapables. Il aura transformé la France selon ses vœux et conformément à ses promesses de campagne. En revanche, si la mobilisation sociale prend de l’ampleur, cet élan sera brisé et le quinquennat risque alors de sombrer, comme les précédents, dans l’impotence.

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Que Macron gagne ou perde, ce ne sera pas la joie…

Dans les deux cas, le résultat risque d’avoir un goût amer pour la plupart des Français. Si Macron gagne, ce pays sera livré – avec des capacités d’autodéfense fortement amoindries – au capitalisme financier globalisé avec son cortège de gestion inhumaine des ressources humaines, sa course au profit, la lutte de tous contre tous et l’individualisme aliénant.

Si Macron perd, tout son système s’effondre et il n’y a aucune force à gauche ou au centre crédible pour reprendre la main. Face au désordre généralisé qui risque de s’instaurer, la droite la plus réactionnaire, la plus nationaliste, la plus xénophobe pourrait alors s’imposer en instaurant un régime autoritaire qui, soit finirait par se plier aux exigences du capitalisme financier globalisé tout en maintenant la rigidité des mœurs et le racisme anti-immigré, soit imposerait des solutions de replis nationaliste et protectionniste qui rendrait la situation encore plus insupportable socialement et économiquement.

Dès lors, l’émergence d’une nouvelle force démocratique, qui n’est pas encore apparue, ne relève plus de l’espoir mais de l’urgence.

Jean-Noël Cuénod

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16/03/2018

Justice–Triste tropisme des procureurs de la Toile

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Très forts sont-ils, les procureurs de la Toile! Ils n’ont nul besoin de connaître un dossier de justice pour hurler leurs réquisitoires sur les réseaux sociaux. Moins ils connaissent une affaire et plus sonore devient leur colère.

Sans doute, s’emmerdent-ils dans la vie, ces Fouquier-Tinville du clic vengeur.  L’indignation reste l’une de ces passions tristes qui donne des teintes rougeâtres à la grisaille des jours étroits. Mais à s’indigner tout seul dans son coin, on s’encolère en rond. On se fatigue. On se lasse. C’est en meute que l’indignation se nourrit et qu’elle prospère. Les aboiements se répondent et entrent en synergie, sont absorbés par une spirale qui se propulse vers les sommets de l’émotion.

Jadis, les forts en gueule énonçaient leur verdict sans appel, accoudés au comptoir du bistrot. Leur rayon d’action s’en trouvait bien limité. Aujourd’hui, twitter, facebook et autres réseaux leur offrent l’univers sur un smartphone. Leurs sentences d’après boire font vibrer l’univers. Elles ont plus d’échos et d’éclats que les vrais jugements, tout empêtrés de nuances, qui tombent dans l’oreille des sourds, hélas non muets.

La récolte patiente des indices, les interprétations des témoignages souvent contradictoires, les méandres des rapports sociaux, les angoisses des victimes, les échappatoires des suspects, les réflexions pour tenter d’approcher une vérité qui s’éloigne comme la ligne d’horizon, l’effrayante complexité des comportements humains, tout cela forme l’humus où pousse, tant bien que mal, cette plante fragile appelée justice. Mais les procureurs du beuze n’en ont strictement rien à faire. Pour eux, la douleur des victimes n’a d’autre but que de mettre en appétit leur jouissance colérique.

Nous sommes désormais bien préparés mentalement à mener les pires des chasses aux sorcières.

Jean-Noël Cuénod

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L’éternelle Billie Holiday chante la célèbre chanson dénonçant le lynchage des Afro-Américains, Strange Fruit. Mise en musique du poème d’Abel Meeropol en 1937.

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25/02/2018

Ultralibéralisme – vers le crétinisme compétent ?

 

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Prière de ne pas confondre intelligence et compétence. Si la compétence des dominés est louée, leur intelligence, elle, est redoutée par les dominants. Et redoutable d’ailleurs. Symbole de l’intelligence encore à l’état pur, l’enfant s’exclame : « Le Roi est nu ! », alors que les courtisans – gens compétents en leur étroit domaine – voient une illusion de roi habillé de pied en cap.

Cette confusion est entretenue, tant par les dominants que par les dominés ; les uns se montrent soulagés que la connaissance du fonctionnement général d’une société ne soit pas trop diffusée afin de conserver leurs privilèges ; les autres se sentent flattés de voir leur petit bout de savoir être élevé au rang d’intelligence, leur donnant ainsi l’impression trompeuse d’appartenir à la caste de ceux qui savent vraiment.

Or, compétence et intelligence ne sont nullement synonymes. Selon les différents dictionnaires, la compétence « est la capacité que possède une personne de porter un jugement de valeur dans un domaine dont elle a une connaissance approfondie. » L’intelligence « est la faculté de comprendre la nature des choses et la signification des faits. » La substantifique moelle de l’intelligence se trouve dans son étymologie latine :  inter, soit « entre », et legere, soit « cueillir ou choisir. » Est intelligent, celui qui établit un choix entre les choses et qui relie ces choses choisies pour en tirer une signification nouvelle.

La compétence ne s’exerce que dans un domaine particulier et précis, hors duquel elle se montre incapable d’établir des choix. L’intelligence tend à embraser de plus vastes étendues et à relier des choses qui ne ressortissent pas à un seul domaine. Bien sûr, l’intelligence est forcément limitée, puisque l’humain appartient à un espace-temps limité. Mais elle tend à repousser ses limites toujours plus loin.

Les dominants ont donc intérêt à former des dominés de plus en plus compétents car les applications techniques des sciences sont toujours plus perfectionnées et réclament un savoir qui se trouve confiné dans des segments de plus en plus réduits mais qui doivent être maîtrisés de façon de plus en plus approfondie. C’est la formule-reine de notre époque : le dominé compétent sait presque tout sur presque rien !

En revanche, les dominants redoutent de former des dominés intelligents, ces dangereux emmerdeurs qui relient entre elles des choses appartenant à des domaines différents et peuvent ainsi se former une vision du monde plus vaste et plus lucide, où le dominant apparaît comme ce qu’il est – un type qui détient le pouvoir sur la vie des autres – et le dominé apparaît aussi comme ce qu’il est – un type qui se fait exploiter. De plus, la démarche vers l’intelligence est indissociable du recours au doute et à la critique, ce qui induit, un jour ou l’autre, à remettre en question les rapports de pouvoir.

Si le dominé, pour être compétent, a souvent besoin d’accumuler des diplômes au sein de sa branche. Le dominant, lui, n’est pas obligé de décrocher des « peaux d’âne » pour asseoir son pouvoir. Parmi les plus grands pontes du capitalisme numérique et globalisé nombre d’entre eux ont créé leur entreprise sans le moindre diplôme. C’est le cas de Bill Gates (Microsoft), parti de Harvard après deux ans d’étude, de Marc Zuckerberg (Facebook) et de Steeve Jobs (Apple). S’ils ont reçu des diplômes, c’est une fois leur carrière faite, à titre de l’honoris causa. Certes, d’autres ont réussi à dominer tout étant bardés de diplômes, mais ce n’est pas forcément la clef qu’il faut posséder pour ouvrir la porte du pouvoir.

Au contraire, les enseignements en technologies se trouvant toujours plus parcellisés, il ne faut peut-être ne pas en être trop encombrés si l’on veut développer une vision novatrice qui transcende les frontières du savoir pour assurer son pouvoir. A la condition, bien sûr de maîtriser les bases. 

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La culture générale, l’ennemi de l’ultralibéralisme

Alors que jadis le capitalisme industriel avait besoin de troupes nombreuses et peu formées pour assurer la production, le capitalisme numérique et globalisé, lui, doit recourir à des salariés en nombre plus réduits mais qui sont beaucoup mieux formés techniquement. Pour les dominants, le danger réside là, dans leur besoin irréfragable de recourir à des compétences toujours plus élaborées. En formant mieux, le risque est pris de développer l’esprit critique, c’est-à-dire, dans l’optique des dominants, « le mauvais esprit ». Toutefois, ce « risque », pour les dominants, peut être réduit par un fait et une politique.

Le fait, c’est que les avancées scientifiques, pour être appliquées dans l’économie, exigent des segments de compétences de plus en plus petits, comme nous l’avons déjà évoqué, ce qui nuit à l’appréhension plus globale de la société.

La politique, c’est de transformer la culture générale en peau de chagrin. L’enseignement de l’histoire, de la géographie, voire des langues anciennes est malmené pour ne pas dire vidé de sa substance ; il est considéré comme inutile. Et nous ajouterons, néfaste, du moins dans l’optique des dominants. Un dominé qui sait d’où il vient, qui connaît le substrat de sa culture, qui ne prend pas les vieilles lunes pour des faits nouveaux, qui a une vision globale de sa situation est en passe de ne plus l’être, dominé.

L’apprentissage des matières jugées inutiles relève donc de la nécessité vitale pour sauver la société du crétinisme techniquement compétent qui s’instaure.  

Jean-Noël Cuénod

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09/02/2018

Le « populisme », cet allié de la mafia des passeurs

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Quel est le point commun entre la prohibition de l’alcool, le trafic des stupéfiants et les passages clandestins de migrants ? Dans les trois cas, la répression n’a fait que développer et renforcer le pouvoir des mafias, sans résoudre aucun des problèmes qu’elle était censée éradiquer.

Au début du XXe siècle, les Ligues de tempérance lancèrent contre l’alcoolisme une guerre qui aboutit en 1919 à l’interdiction des ventes d’alcool aux Etats-Unis. Devant l’échec patent de la prohibition le gouvernement américain l’abandonna en 1933. Le bilan ? Jamais, les Américains n’ont autant bu que durant cette période. Pire, la répression policière a eu pour principal effet de permettre à la mafia de passer du stade de petit artisanat à celui de grande industrie. Avant la prohibition, les clans mafieux turbinaient chacun dans leur coin de façon artisanale. L’achat d’alcool ne pouvant s’effectuer que de façon clandestine, les mafieux ont vu là un créneau inespéré à occuper. Ils étaient infiniment mieux armés – dans tous les sens du terme – que les honnêtes commerçants pour fournir ce service. Bien entendu, les policiers ont perfectionné leur arsenal répressif. Les petits mafieux locaux ont dû s’adapter en franchissant un palier supérieur et en s’organisant sur des territoires de plus en plus vastes avec des clans de mieux en mieux structurés. A chaque progrès dans la répression correspondait une amélioration du dispositif mafieux. Cette période a fait la fortune, la gloire et la puissance des chefs Al Capone, Frank Costello, Meyer Lansky, Bugsy Siegel et Lucky Luciano.

L’échec historique et spectaculaire de la prohibition américaine n’a pas entamé d’un iota cette passion de la répression qui étreint les élus et leurs électeurs au détriment de la réflexion et du bon sens.

Nous avons répété la même faute avec le trafic des stupéfiants. Et le même processus infernal s’est enclenché automatiquement mais cette fois-ci à l’échelle mondiale. Les polices ont certes – un peu – amélioré leur collaboration transnationale mais les mafieux se sont organisés globalement de façon nettement plus efficace. Et de nouveau chaque progrès dans la répression du trafic a eu pour résultat de concentrer le maximum de pouvoir dans les mains des mafias.

Aujourd’hui, le trafic des êtres humains – faussement dénommés « migrants » alors qu’il s’agit de réfugiés – devient encore plus lucratif que celui des stups. Et les mafias ont aussitôt investi ce secteur. Selon un rapport du contre-amiral français Hervé Blejean, une seule embarcation de clandestins génère jusqu’à 380 000 euros de bénéfice pour les passeurs.

Bien entendu, les mêmes causes génèrent les mêmes effets : on élève des murs, on se barricade, on tend des barbelés, on contrôle, on surveille, on fouille et les passeurs passent à travers les mailles du filet. Plus les mailles sont resserrées, plus les mafias progressent pour les élargir ou les contourner. L’opération Sophia lancée en juin 2015 par l’Union européenne a mobilisé 22 Etats membres pour lutter contre les réseaux mafieux. Le bilan est d’une affligeante maigreur : 894 000 migrants sont arrivés sur les rivages méditerranéens de l’Europe pour la seule année 2015.

Nous réitérons inlassablement la même erreur. Erreur ? Au fond en est-ce une ? Après tout, les trafics illicites, quels qu’ils soient, n’engraissent pas que les passeurs. Leur répression créé une économie licite, elle, par les biais des agences de sécurité privées, des entreprises de matériels militaro-policiers et autres commerces qui sont liées à ces activités. Cela permet aux dirigeants politiques de faire du battage démagogique, très utile pour masquer leurs indigences.

 Et puis, les grands vainqueurs de cette débâcle demeurent les partis dits « populistes » qui disposent ainsi d’un juteux fonds de commerce électoral sans fatiguer leurs méninges. Les Le Pen en France, les Blocher en Suisse, les Orban en Hongrie, les Strache en Autriche sont les meilleurs alliés des passeurs mafieux. En appelant à élever des murs, ils assurent la prospérité de ceux qui vont les contourner.

Il faudra bien un jour que les peuples se réveillent de leur rêve tout-répressif et réfléchissent, la tête froide, à des solutions enfin réalistes pour surmonter les problèmes que tous les trafics illicites révèlent.

Jean-Noël Cuénod

16:12 Publié dans Politique internationale, social | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | |

01/02/2018

Société de la haine et de la hargne

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Robert Mitchum dans « la nuit du chasseur », un film de Charles Laughton (1955).

Rien de tel que les faits-divers pour prendre le pouls d’une société. Ils vous arrivent en pleine face, sans être enrobés de mélasse oratoire. Apparemment, ils semblent ne rien à voir les uns avec les autres. Apparemment…Ainsi, il serait malvenu, à première vue, de mettre en relation l’odieuse agression antisémite dont fut victime un garçonnet de 8 ans avec la grotesque « émeute Nutella ».

Pourtant, l’un et l’autre mis en perspective apportent sur notre réel un éclairage cru au moment où nous cherchons à fermer les yeux. Ils illustrent d’un côté, la haine sécrétée par le communautarisme, cette forme collective de l’égoïsme ambiant, et de l’autre, la hargne du « tout-pour-ma-gueule ».

La haine. – Lundi vers 18h.30, un garçonnet juif de 8 ans, dont l’appartenance religieuse était clairement identifiable par le port de la kippa, des papillotes et des franges (tsitsit) à sa ceinture, cheminait à Sarcelles pour se rendre à un cours de soutien scolaire. Une bande d’ados de 15 à 16 ans l’attendaient en se dissimulant derrière des poubelles pour le jeter au sol et le rouer de coups. Pour échapper à ce passage à tabac, le petit a eu le réflexe de se cacher sous une voiture. On imagine le traumatisme. Saisi de cette affaire, le Parquet de Pontoise a estimé que cette agression avait l’antisémitisme pour mobile.

Trois semaines auparavant, dans cette même ville de Sarcelles – 57 412 habitants, un tiers appartenant à la communauté juive et un tiers, à la musulmane – une lycéenne juive de 15 ans a été frappé au visage par un homme d’une trentaine d’années. Bien que la victime portât l’uniforme de son lycée juif au moment des faits, le mobile antisémite n’avait pas été retenu par le Parquet.

La hargne. – La semaine passée à Beauvais et ailleurs, une baisse de prix promotionnelle du pot de Nutella à Intermarché a provoqué une émeute, les chalands se battant pour s’arracher cette pâte brunâtre gavée de sucre et d’huile de palme, vendue 1,41 euro le pot au lieu de 4,70. Mardi, rebelote : cette fois-ci, Intermarché bradait les couches-culottes à moins 70%, comme pour le Nutella. Et même scène déprimante – cette fois-ci à Metz-Vallières – de clients entrant en mêlée pour remplir leur panier. Que l’on n’insinue pas, à l’instar de certains médias, qu’il s’est agit d’une ruée des pauvres sur des produits à prix cassés. Condescendance bien parisienne. Parmi les nutellavores et les damnés du Pamper’s les plus déterminés, il y avait certainement des quidams au portefeuille bien garni. Rien à voir avec une émeute de la faim.

Là, je vous sens agacé. « Mais où veut-il en venir, le Plouc ? ». A ce point-ci : ces deux séries des faits-divers illustrent l’enfermement dans lequel nous piège la société présente. Enfermement au sein d’une communauté confessionnelle, repliée sur ses quartiers, son entre-soi fait de textes religieux décontextualisés, d’une culture du complot et du bouc-émissaire. Les communautés musulmanes sont souvent montrées du doigt à ce propos. Mais elles ne sont pas les seules, loin de là, à se mouvoir dans les Bastilles communautaristes.

 L’ubérisation galopante de l’économie – qui tend à transformer le patron en client et le travailleur en prestataire de service ­­– instaure le « chacun-pour-soi » au rang d’article 1er du Code de survie et l’hypercapitalisme hors-sol développe le repli sur la cellule la plus proche. La finance voulait-elle une économie sans frontière ? Voilà une multitude de murs qui se dressent ! Frontières entre confessions (et non pas « religions », ce mot contenant la notion de « relier »), frontières entre cultures d’origine, frontières entre familles, frontières entre soi et les autres.

Dans ce monde où chacun est son propre douanier, il n’est pas étonnant que l’on perde tout sens de la vie en commun, que l’on frappe un petit garçon parce qu’il est juif et que l’on se jette comme des fous furieux sur les pots de Nutella en promo.

Jean-Noël Cuénod

 

 

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25/10/2017

#BalanceTonPorc, délation ou dénonciation ?

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Dans le sillage gadouilleux de l’affaire Weinstein et de la diffusion des témoignages de femmes contre le harcèlement sexuel, les réactions machistes ont aussitôt barboté. Les Gluants se sont mués à leur tour en victimes. De quoi ? De délation.

Alors, dénonciation ou délation ? La confusion pourrait provenir de leur étymologie latine commune, delatio. Le mot denunciatio renvoie plutôt au français « annonce » ou « déclaration » dans le sens de proclamation publique.

Aujourd’hui, dénonciation et délation ne doivent en aucun cas être fourrées dans le même sac à synonymes. C’est l’intention motrice et le but visé qui sépare radicalement l’une de l’autre.

Le délateur qui fournit des informations accusatoires sur autrui est animé, en premier lieu, par le désir pervers de nuire. S’il peut, en plus, toucher les deniers de sa trahison, c’est Noël chez Juda. La démarche du délateur est fondamentalement vile. L’information qu’il diffuse, soit publiquement, soit à une personne nantie d’un pouvoir de coercition, peut être véridique. Sous l’occupation, les Juifs signalés à la Gestapo comme tels par leur voisin ou leur concierge appartenaient bien au judaïsme. Mais énoncer cette vérité dans un tel contexte conduisait aux camps de la mort. En cette occurrence, c’est le mensonge qui était louable et la vérité, blâmable.

Cela dit, le délateur peut fort bien mentir ou diffuser une fausse rumeur. Comme celle-ci par exemple : Jean Boissel, fondateur et directeur du journal collabo Réveil du Peuple, avait affirmé le 31 janvier 1941 dans son torchon que Charles Trenet était Juif, petit-fils de rabbin et qu’il s’appelait en fait « Netter », anagramme de « Trenet ».

Si le délateur n’est pas forcément un menteur, il peut l’être. Dans tous les cas de figure, il reste un salaud. L’objectif qu’il se fixe demeure abject (assouvissement de la haine, de l’envie …)

Délation : les hyènes et le corbeau

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Les délateurs se rangent dans deux grandes catégories qui, elles aussi, peuvent être cumulées. D’une part, les hyènes ; d’autre part, le corbeau.

Les hyènes procèdent de la meute. Elles clabaudent aux trousses de leur victime, sans se cacher. C’est le cas des écrivassiers au service d’un pouvoir totalitaire ou des folliculaires qui déchaînent les haines racistes ou autres.

Le corbeau, agit seul, dans l’ombre. Il forge ses lettres délatrices dans le silence des nuits blanches et sous couvert d’un prudent anonymat. Il distille son poison façon goutte-à-goutte létal. Toutefois, il est possible de faire partie de la horde des hyènes le jour et se muer corbeau la nuit. L’un n’exclut pas l’autre. Animal hybride qui aime haïr sur tous les tableaux.

« Balancer » : une délation ?

Quid de l’indic qui balance un délinquant aux flics ? Doit-il être considéré comme un délateur ? Le Plouc penche vers la réponse négative. L’indic a pour objectif principal, non pas de nuire à autrui, mais de se glisser dans les bons papiers du policier qui, peut-être, fermera les yeux sur un délit mineur.

 « Balancer » n’est certes pas une activité digne d’éloge. Il n’en demeure pas moins que ceux qui, récemment, ont permis l’arrestation de terroristes ont rendu un sacré service à la société. Mais il est vrai qu’entre la « balance » d’aujourd’hui et le délateur sous l’occupation, la distance est celle d’un ruisselet.

La légitime dénonciation

Et le dénonciateur, comment le considérer ? S’il agit dans une intention positive et poursuit un but louable ou noble, celle ou celui qui dénonce ne saurait être assimilé à un délateur. Ainsi, la victime qui accuse publiquement un harceleur sexuel ou un violeur démasque un délinquant ou un criminel. Son annonce publique est de nature à faire cesser la poursuite d’actes qui portent une atteinte grave, voire mortelle aux personnes. Le dénonciateur ou la dénonciatrice fait mal à l’harceleur ou au violeur, mais c’est pour l’empêcher de nuire à la dignité ou à la vie de ses futures victimes. En ce cas, le bien l’emporte, ô combien, sur le mal.

Autre cas plus précis de légitime dénonciateur : le lanceur d’alerte. Il se rapporte surtout au salarié qui, ayant eu connaissance des actes délinquants, criminels ou moralement répréhensibles de son employeur, les aura dénoncés, malgré les menaces directes pesant sur son emploi. On le sait, la loi en France et en Suisse protège peu ou mal le lanceur d’alerte.

Qu’en est-il de la femme ou de l’homme qui dénonce une injustice mais touche une rémunération pour ce faire ?  Le fait de recevoir de l’argent pour poursuivre un objectif louable peut entacher la démarche du dénonciateur qui serait ainsi mu par l’appât du gain autant, voire plus, que pour redresser une situation injuste. Toutefois, il n’est pas pour autant un délateur puisque le but reste noble. L’appât du gain n’est pas vil en soi. Cela dépend du contexte et du but qui est visé.

L’air de la calomnie

Par conséquent, les machistes qui accusent les victimes de harcèlement de se lancer dans la délation ajoutent le non-sens au caractère odieux de leurs propos. Quand la victime désigne son tourmenteur, elle n’agit pas dans un but vil mais, au contraire, fait acte de courage face à celui qui a usé de son pouvoir pour la soumettre.

 Toutefois, dans la masse des dénonciations contre le harcèlement qui ont suivi l’éclatement de l’affaire Weinstein, il est possible de concevoir qu’une poignée d’entre elles pourraient relever de la calomnie (accusation diffusée en sachant qu’elle est fausse), en provoquant la mise au pilori d’un innocent. Or, la calomnie est un peu à la délation ce que la confiture est à la tartine.

Le tout-à-l’égout des réseaux sociaux rend malaisé le tri entre le bon grain de l’ivraie. Cela dit, lorsqu’une femme surmonte tous les traumatismes qu’elle a subis pour désigner en plein jour son tourmenteur, elle prend des risques tels – vis-à-vis de son bourreau, de sa famille, de son entourage professionnel et d’elle-même – que la véracité de ses dires est incontestable, sauf apport de preuves contraires.

La dénonciation est un parcours du combattant, alors que la délation relève de la course du rat.

Jean-Noël Cuénod

12:21 Publié dans social | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : #balancetonporc, harcèlement, dénonciation, délation | |  Facebook | | |

13/09/2017

Lettre au camarade inconnu

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Les lendemains chantent sur cette photo d’un ouvrier aux yeux clairs brandissant le poing. Derrière lui, son copain fumeur de pipe se marre comme s’il avait fait une bonne farce aux patrons. Nous sommes le 30 mai 1936, dans l’une des nombreuses usines parisiennes en grève après la victoire du Front populaire. Lettre à un camarade inconnu.

Cher camarade,

Je t’écris du futur. De ce futur auquel tu as sans doute voué ta vie. Il y a dans ton regard tout l’espoir du monde. Tu n’étais qu’une fiche dans le casier de l’horloge-pointeuse, te voilà, non plus sujet, mais citoyen. Pour la première fois, tu as prise sur ta vie. Ton usine, c’est toi et tes potes qui la maîtrisent en ce 30 mai 1936. Et le patron devra en passer par les négociations. C’est lui qui tremble, désormais.

 Au début du mois, le Front populaire a remporté les élections. Dans la foulée, les grands bataillons du prolétariat, enfin unis, se lancent dans la bataille sociale. Grèves dans toute la France, usines occupées. La justice et la fraternité semblent à portée de main. Après des années de luttes et de privations, de colères rentrées et de révoltes avortées, toi et les tiens approchent enfin du but. Le socialisme, ce grand soleil qui illuminait tes nuits, est débarrassé de ses brumes. Il fait chaud en ce mois de mai, comme un printemps qui n’en finirait jamais.

Dans trois mois, les premiers accords de Matignon t’offriront ce que ton père n’osait même pas rêver : les congés payés et les 40 heures de travail hebdomadaire sans diminution de salaire. Tu entends encore ton paternel : « Tu vois un peu le patron nous payer à rien foutre ? Et bosser 40 heures par semaine pour la même paye ? Mais c’est de la folie tout ça ! Ils ne voudront jamais. » Eh bien « ils » ont dû céder ! Le papa et la maman iront bientôt avec les gosses voir enfin la mer.

Bien sûr, tout ne tombe pas cuit dans le bec. Il faut se battre ; ce que le patron te donne, il cherche aussitôt un biais pour te le reprendre. Dans quelques mois, l’inflation, cette hyène affamée, va bouffer les augmentations de salaire que tu viens d’arracher.

Bien sûr, tu seras trahi à toutes les sauces durant le XXe siècle. Et par les tiens, qui plus est. Du moins, les tiens qui prendront du galon à l’usine, au syndicat, en politique.

Si tu es socialiste à la SFIO, tes élus te conduiront dans des guerres, surtout en Algérie, dont tu auras tout à perdre et rien à gagner. Et ils renonceront à combattre le capitalisme pour un plat de lentilles. Copieux d’abord, le plat de lentilles, puis se réduisant au fil des crises, avant que le Parti socialiste lui-même se dilue dans l’impotence.

Si tu es communiste, tes dirigeants couvriront les pires horreurs du goulag au nom d’une « dictature du prolétariat » qui n’est autre qu’une dictature sur le prolétariat, commise par de nouveaux bourgeois encore plus rapaces que les anciens. Au XIXe siècle, l’anarchiste Michel Bakounine avait pourtant lancé cet avertissement : Prenez le révolutionnaire le plus radical et placez-le sur le trône de toutes les Russies ou confiez-lui un pouvoir dictatorial [...] et avant un an il sera devenu pire que le Tsar lui-même.

A propos d’anar…Peut-être l’es-tu après tout ? Alors tu en baveras comme tes camarades tués à droite et à gauche, fusillés à Kronstadt par Trotski, éradiqués par Staline, massacrés par Franco et Hitler, assassinés par Mussolini, emprisonnés ici, exilés là. Les anarchistes ne tiennent guère le couteau par le manche. Ils ne t’ont pas déçu, eux. Soyons lucides, ils ne se sont pas souvent trouvés en position de décevoir quiconque.

Aujourd’hui, tes descendants sont éparpillés dans des métiers improbables et jetables. Remplacé par des décideurs hors-sol, le patron d’autrefois a disparu. On le détestait souvent. On le haïssait parfois. Mais enfin, il avait un visage.

Le futur n’est plus ce qu’il était, cher camarade. Tu seras vendu, spolié, bafoué. Mais ce moment-là, où tu brandis ton poing joyeux, personne ne pourra te le voler. Il reste inscrit pour l’éternité. Ton regard clair nous assure toujours que l’impossible est possible.

Jean-Noël Cuénod

17:18 Publié dans social | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : social, lutte, histoire | |  Facebook | | |