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  • Retraites en France et colères planétaires

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    Depuis un an la France vit un état de guerre civile d’intensité faible mais continue. Certes, il n’y a pas de camps opposés organisés militairement. Mais la persistance des manifs démontre que nous nous situons au-delà d’une crise sociale. Toutefois, la France est loin d’être seule en ce cas. Serait-elle le signe européen d’un malaise «mondialisé»? Serait-ce le retour des Etats-Nations?

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  • Les retraites laissent la gauche française sans voix

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    Pour Yannick Jadot, la réforme des retraites, ce ne devrait pourtant pas être de la petite bière!

    Il faut bien tendre l’oreille pour percevoir ce que la gauche française propose en matière de réforme des retraites. Elle a participé au cortège du 5 décembre, certes. Mais elle ne brille pas par ses propositions. La timidité des Verts est à cet égard, disons, éloquente.

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  • La retraite sonnée par Macron relance les syndicats

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    Pour défendre les salariés avec un minimum de savoir-faire et d’expertise, organiser des manifs spectaculaires et sans violence, c’est tout bête, mais au fond rien ne vaut les syndicats ! En France, la première journée de grève et de cortège contre la réforme Macron des retraites en a apporté la démonstration.

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  • Le Sapeur Jupiter au pied du mur du 5-Décembre

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    Le calendrier n’affiche pas encore «5 décembre» que ce jour devient déjà date historique. Il se transforme même en «Mur» au pied duquel Macron se voit contraint une fois de plus de jouer les Sapeurs Jupiter. L’image du mur choisie par les médias pour qualifier la future grève des transports et des enseignants illustre bien l’impasse dans laquelle se trouve la France.

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  • Ce stupéfiant capitalisme qui met le feu aux banlieues

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    Sous les cendres de L’Arche, cette école du cirque à Chanteloup-les-Vignes, le capitalisme stupéfiant continue à couver. La violence qui éclate régulièrement dans ces cités – dont le nom bucolique tient de la cruelle ironie – a souvent pour cause la seule économie qui tourne à plein régime. Mais en France, qui prendra la première décision qui devrait s’imposer, à savoir légaliser les drogues?

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  • Greta Thunberg : Onfray odieux tout puissant !

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    Michel Onfray : « Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion - ni sourire ni rire. »

    Noircir ses cibles pour mieux prendre la lumière. Michel Onfray n’est ni le premier ni le dernier à user de ce système. Après Dieu et Freud, entre autres, il vient de prendre pour tête de Turc une Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg qui a réussi là où des bataillons d’adultes avaient échoué: mobiliser des foules de tous pays pour s’opposer au dérèglement climatique.

    Contre l’adolescente, ce tout puissant médiacrate qui a son rond de serviette au Point, à France-Culture notamment, a sécrété sur son blogue un texte où l’odieux le dispute au navrant. Son contenu est disponible en entier ici. Vous y trouverez peu d’arguments et beaucoup de mépris.

     

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  • Poésie à lire et à ouïr: POUR VINCENT LAMBERT

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    Jeudi 11 juillet, Vincent Lambert est parvenu au bout de sa vie. Les polémiques sur l’euthanasie et les conditions liées à la fin de vie se poursuivront. Il reste le souvenir d’un homme libéré des souffrances de ce monde.

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  • Vincent Lambert et le désarroi du XXIème siècle

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    Vincent Lambert s’en va vers sa fin corporelle. Après un arrêt de la Cour de cassation, les médecins de l’hôpital de Reims ont annoncé, mardi, l’arrêt des traitements le maintenant en vie. Au-delà du déchirement familial entre les parents d’un côté, l’épouse et une partie de la fratrie de l’autre, notre XXIème siècle se rend compte que face à la mort, il semble plus démuni que le Moyen-Age.

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  • La politesse, un acte révolutionnaire

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    Le Plouc va vous entretenir d’un truc vachement ringard, la politesse. Décalée, dépassée, délaissée, la politesse, dans une société médiamercantile qui atomise les nouveaux esclaves en une myriade de communautés hostiles, voire ennemies au sein même des nations. Se situant à l’inverse de cette tendance, la politesse est donc devenue un acte révolutionnaire.(Dessin de Phil Umbdenstock - DNA)

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  • Affaire Vincent Lambert : où est l’amour ?

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    Faut-il laisser Vincent Lambert s’en aller ou le maintenir en survie artificielle ? Où est l’amour, la compassion dans ce chaos médiatique où chacun y va de son avis, d’autant plus péremptoire qu’il est fondé sur l’ignorance ? Une chose au moins est certaine : cette affaire en dit long sur l’état de notre société.

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  • Les maux des mots en politique

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    Rien de tel qu’une campagne électorale pour constater à quel point les mots ont été vidés de leur substance première afin d’être rempli d’insignifiances. Les termes de « capitalisme » ou « aliénation» souffrent, notamment, de ces maux des mots. Le virus coupable s’appelle « euphémisation ».

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  • Quatre Français sur dix espèrent la révolution

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    Depuis la crise des Gilets Jaunes, les Français ont la tête près du bonnet phrygien. Un récent sondage IFOP diffusé par le site libéral Atlantico le confirme : 39% d’entre eux estiment que la révolution est le meilleur moyen pour changer la situation que traverse actuellement l’Hexagone.

    L’intérêt particulier de ce sondage réside dans le fait qu’une batterie de questions relatives aux sentiments des citoyens vis-à-vis de leurs dirigeants a été posée, non seulement en France mais aussi dans cinq autres Etats européens : Allemagne, Autriche, Italie, Espagne et Pologne (cliquez ici pour obtenir ce sondage en entier). La comparaison est donc aisée: la France est le seul pays à souhaiter l’émergence d’une vague révolutionnaire. Les autres Européens se montrent nettement moins enthousiasmés par l’arrivée du Grand Soir. L’option révolutionnaire est choisie par 20% des Allemands, 14% des Autrichiens, 13% des Espagnols, 28% des Italiens et 14% des Polonais.

    L’option réformiste pour changer les choses est plébiscitée par 81% des Polonais et 79% des Espagnols, largement approuvée par 60% des Italiens, 62% des Autrichiens et 57% des Allemands. En revanche, elle n’est espérée que par 50% des Français.

    Une révolution aux couleurs indécises

    440px-Revolution_Nationale_propaganda_poster.jpgIl reste à déterminer la couleur politique que pourrait prendre cette révolution hexagonale. Et là, tout se complique : 67% des électeurs prêts à voter France Insoumise (extrême gauche) aux prochaines élections européennes et 71% de ceux qui choisiront la liste Rassemblement National (extrême droite) adoptent l’option révolutionnaire. Difficile de trouver un plat commun pour la révolution à la mode Mélenchon et la révolution sauce Le Pen!

    Il est vrai qu’à l’intérieur de l’Hexagone, l’idée de révolution est nimbée d’une aura romantique et que les Français de droite comme de gauche aiment à se poser en rebelles et révolutionnaires, même si le plus souvent ils oublient d’enlever leurs charentaises en prenant cette posture.

    Il est vrai aussi que tous les profonds changements de l’ordre politique se sont produits dans un contexte de violence, soit par la révolution ou le coup d’Etat (1789, 1793, 1795, 1799, 1830, 1848, 1852), soit à la suite d’une guerre (1814, 1870, 1946, 1958). Dès lors, la violence est perçue en France de façon positive, comme un facteur de changement pour celles et ceux qui ne voient aucune solution pour sortir de leur marasme social, alors que dans d’autres contrées la mémoire collective a conservé des épisodes révolutionnaires des sentiments de peur, voire de répulsion.

    La preuve de cet attrait pour le mot « révolution » dans la langue française, c’est que même les contre-révolutionnaires l’utilisent ! Le régime de Vichy s’est efforcé d’effacer les traces de la Révolution française et de la République mais sous la bannière de la « Révolution nationale ».

    Alors quelle révolution ces « quatre Français sur dix » appellent-ils de leurs vœux ? Et c’est là que la chatte tricolore a mal au pied[1]. A en croire ce sondage, le gros des troupes « révolutionnaires » se trouve surtout parmi les électeurs du Rassemblement National et dans une mesure légèrement moindre, chez ceux de la France Insoumise. Entre l’obsession xénophobe de Marine Le Pen et l’internationalisme confus de Jean-Luc Mélenchon, les positions de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche semblent inconciliables. Pourtant, les « révolutionnaires » des deux camps pourraient, du moins à première vue, se retrouver sur un point : la haine commune du capitalisme libéral.

    Ce n’est pas nouveau : il y a toujours eu une composante anticapitaliste dans les mouvements fascistes, du moins à leurs débuts. Et les glissements entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite se sont déjà produits dans l’Histoire, jamais pour le meilleur et toujours pour le pire. Mussolini en est un exemple comme Doriot et d’autres. Mais développer un discours vaguement anticapitalisme est une chose, passer aux actes en une autre. La préférence identitaire pour protéger les travailleurs estampillés Français prônée par le clan Le Pen n’est pas compatible avec la régularisation des travailleurs sans-papiers défendue par Mélenchon et son parti.

    Autre écueil de taille : l’action politique des deux partis d’opposition radicale reste enfermée dans les frontières hexagonales. Or, construire la révolution dans un seul pays, on a déjà donné, merci Staline ! Et de toute façon, le monde interconnecté et interdépendant qui est le nôtre rend impossibles les 1789, du moins à la petite échelle des Etats européens. Par conséquent, espérer l’émergence aujourd’hui d’un programme révolutionnaire – sans guillemets cette fois-ci – sur de telles bases tient de la farce.

    La tentation nihiliste

    L’option révolutionnaire saluée par quatre Français sur dix ne relève donc pas du choix mais exprime plutôt la rage : on a tout essayé, les réformes de gauche, de droite, du centre et le chômage est toujours massif, la France décroche des pays de la première division européenne, la bureaucratie étouffe toujours en même temps que les services publics utiles désertent les campagnes, la petite bourgeoisie mal payée est persuadée de son glissement inéluctable vers la pauvreté.

    La tentation de tout foutre en l’air, de tout bloquer, de tout dégager, de casser pour casser est tellement intense qu’un nombre croissant de Français y succombent. Dans cette autocratie élective qu’est la France, c’est au président de la Royaublique de répondre. Et il ne peut répondre qu’à côté de la plaque car, placé aussi haut, il ne peut ni entendre, ni comprendre, ni se faire entendre. Macron, c’est un chef d’orchestre qui est tellement éloigné de ses musiciens que ces derniers ne peuvent que jouer chacun leur partition dans le plus grand désordre.

    La rage est donc loin d’être éteinte et la fièvre jaune du samedi soir va sans doute persister. Il suffira d’un mort, ce qu’à Dieu ne plaise, ou d’un événement gravissime pour que d’autres sifflent la fin de la partie. Qui ? Le président avec l’appui des forces armées ? Ou les forces armées sans le président ? Ce pire-là n’est pas certain mais qui peut dire qu’il restera pour l’Eternité dans la sphère des impossibilités ? Un sondage Odoxa que vient de publier le site de L’Express (lire l’article en cliquant ici) avance que la moitié des Français seraient favorables à la nomination d’un militaire à la tête du pays. Alors, à ce moment-là, ce sera peut-être une révolution qui éclatera. Mais sans doute pas au sens où l’entendent les « quatre Français révolutionnaires sur dix ».

    Jean-Noël Cuénod

     

    [1]Gens d’outre-Foron, ne cherchez pas plus loin, c’est une expression vaudoise.

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  • Les habits neufs du «complot judéo-maçonnique»

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    Chassé après la chute du nazisme, le voilà qui revient avec de nouveaux habits, un gilet jaune complétant parfois sa garde-robe: l’inusable «complot judéo-maçonnique». L’exemple le plus récent de sa vigueur retrouvée a été apporté, la semaine passée, par une douzaine de Gilets Jaunes qui ont dévasté le Temple maçonnique de Tarbes (vidéo ci-dessous), juste après l’agression antisémite contre Alain Finkielkraut.

    L’antisémitisme et l’antimaçonnisme marchent souvent la griffe dans la griffe. Force est de reconnaître que certains Gilets Jaunes sont devenus les porte-injures de ces deux jumeaux monstrueux.  Certes, la grande majorité de celles et ceux qui ont fait part de leur légitime colère sur les ronds-points ne tombent pas dans cette ornière. Mais pourquoi n’ont-ils pas exprimé une réprobation plus vive, plus ferme face à ce qui n’est plus une dérive mais une infiltration des vieilles idéologies fascisantes au sein d’un nouveau mouvement social ?

    Les usurpateurs du gilet jaune s’associent aujourd’hui à d’autres meutes qui, depuis plus d’un siècle, font du «complot judéo-maçonnique» leur fonds de boutique, à savoir les catholiques intégristes, les fascistes, les nazis, la salafistes et autres islamistes, sans oublier Staline qui, avec sa «nuit des poètes assassinés» et son «complot des blouses blanches»[1], a bien mérité de la cause antisémite ; de son côté, Lénine avait interdit la Franc-Maçonnerie en Russie dès la réussite de son putsch en 1917.

    Ce «complot judéo-maçonnique» est apparu vers la fin du XIXe siècle dans le sillage du Syllabus (8 décembre 1864) de sinistre mémoire, dans lequel le pape Pie IX exprime sa haine contre la liberté de conscience, la liberté tout court, le protestantisme, la démocratie, la république, bref tout ce qui constitue les «idées modernes» et qui laissera pendant très longtemps des traces toxiques dans les consciences catholiques.

     C’est l’un des ancêtres des infox et autres «fake news», l’écrivassier mystificateur Gabriel-Antoine Jogand-Pagès, dit Léo Taxil, qui a popularisé le «complot judéo-maçonnique» dans une série d’ouvrages parus entre 1886 et 1895, faisant des Loges, l’œuvre de Lucifer. Deux ans plus tard, sur le point d’être démasqué, Léo Taxil avouera que ses écrits relevaient du canular. Mais ce revirement ne nuira nullement au succès du «complot judéo-maçonnique».

    Celui-ci s’exporte fort bien au Proche-Orient où il est repris par l’un des penseurs musulmans les plus influents de l’époque, Rashîd Ridâ, dans une série de textes parus entre 1903 et 1911[2]. Il fulminera d’ailleurs une fatwa destinée à servir d’argument théologique dans la lutte de l’islam contre «la pieuvre judéo-maçonnique». Aujourd’hui, ses thèses sont toujours reprises par les salafistes et d’autres milieux islamistes, tel le Hamas qui, dans sa charte, s’attaque aux Juifs et aux Francs-Maçons.

    Le sommet du «complot»: le «Protocole des Sages de Sion» 

    Le «complot judéo-maçonnique» viendra au secours du «Protocole des Sages de Sion» qui décrit le pouvoir occulte qu’exercerait les Juifs sur le monde, notamment par le truchement des Loges maçonniques. Cet ouvrage a intoxiqué la planète, jusqu’au Japon. Il a servi d’aliment propagandiste à Hitler, à Goebbels et à tous les antisémites. Or, depuis de vilaines lurettes, il est prouvé que ce document est un faux forgé en 1901 par Matthieu Golovinski agent de l’Okhrana, service secret de la Russie tsariste, une sorte d’ancêtre du KGB. Toutefois, cela n’empêche pas ces «Protocoles» d’être pris pour, si j’ose dire, paroles d’Evangile dans les pays musulmans et les milieux catholiques intégristes, encore maintenant.

    L’érotisme de la mystification

      Pourquoi cette persistance dans l’erreur ? Les raisons sont multiples; parmi elles, le génie propagandiste de l’appareil papiste, avec ses multiples relais au sein des milieux sociaux et intellectuels les plus divers aux XIXe et XXe siècles.

    L’attrait de l’amalgame fait aussi mouche dans les pensées moches : si de nombreux Juifs ont été initiés à la Franc-Maçonnerie, il n’y a jamais eu d’association entre les institutions juives et les Loges maçonniques. Le B’nai B’rith – organisation juive présentée à tort par les complotistes comme un «pont» entre judaïsme et Franc-Maçonnerie – est entièrement indépendante des Obédiences.

     Cela dit, au fil des persécutions dont ils furent victimes concomitamment, il est probable que des liens de solidarité se soient noués dans l’adversité entre Francs-Maçons et Juifs, sans pour autant que l’on puisse évoquer un quelconque «complot». On a vu de tels liens se tisser dans la région du Chambon sur Lignon pendant l’Occupation, entre les protestants, anciens persécutés, et les Juifs pourchassés par Vichy.

    Autre argument soulevé pour stigmatiser Juifs et Francs-Maçons : leurs réseaux serviraient à ourdir des magouilles politico-financières. On trouvera toujours des Juifs, des Francs-Maçons, comme des protestants, des catholiques, des athées, des agnostiques, des gens de toutes nations et de toutes cultures pour se livrer à ce genre d’activité corruptrice, vieille comme l’apparition de l’humain sur terre. Mais il faut aussi reconnaître que les Obédiences maçonniques ont fait le ménage contre ce genre de dérives dès les années 1990. On aimerait en dire autant du Vatican concernant la pédocriminalité au sein de son clergé. 

    Enfin, tous les rites excitent la curiosité, surtout ceux pratiqués, non pas dans le secret – les librairies ésotériques offrent une large documentation à ce propos – mais dans la discrétion. Tel est le cas de la Franc-Maçonnerie. Et sur cette curiosité, on peut bâtir des succès de librairie ou de flamboyants bobards. Vous ajoutez les rites de la religion juive, vous touillez le tout et vous obtenez une mixture séduisante pour tous les déçus de la réalité.

    Le mensonge enfile sa mini-jupe alors que le réel endosse sa robe de bure. Difficile de lutter contre l’érotisme de la mystification.

    Jean-Noël Cuénod

    [1]Le 12 août 1952, treize poètes et écrivains juifs furent fusillés à la Loubianka par Beria sur ordre de Staline ; le «complot des blouses blanches» visait les médecins juifs et annonçait d’autres assassinats «antisionistes» ; c’est la mort de Staline qui a donné un coup d’arrêt à ce processus.

    [2]«Le Croissant et le Compas, Islam et Franc-Maçonnerie : de la fascination à la détestation» de Thierry Zarcone (Editions Dervy, 2015)


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  • Le tirage au sort en démocratie, qu’est-ce ?

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    La crise des Gilets Jaunes en France remet en cause les institutions politiques. Parmi les futurs modes d’expression des citoyens, le tirage au sort est de plus en plus évoqué. Rencontre avec le politologue Gil Delannoi, auteur d’un ouvrage sur ce thème qui vient de paraître.

    La crise des Gilets Jaunes en France a démontré à quel point la démocratie représentative est malade. Si le RIC – référendum d’initiative citoyenne, équivalent de notre initiative populaire – est la réforme-phare de l’actuel grand débat initié par le président Emmanuel Macron, un autre mode de représentation politique est de plus en plus évoqué, le tirage au sort. Il ne s’agit pas de remplacer l’urne par le cornet à dés mais d’envisager le recours au tirage au sort pour désigner des citoyens dans certaines instances, à côté ou avec les actuels chambres parlementaires de tous niveaux, local, régional ou national, voire dans d’autres domaines, universitaires par exemple.

    En France, le politologue Gil Delannoi étudie les différents modes de tirage au sort depuis plusieurs années. Il va publier un nouvel ouvrage sur la question Le Tirage au sort – Comment l’utiliser (SciencesPo-Les Presses, collection Nouveaux Débats) qui sortira mercredi en librairie. Nous l’avons rencontré à Paris.

    Les principales qualités du tirage au sort ? «Il permet une représentation précise et diversifiée de la population. Il satisfait au principe d’égalité et d’impartialité. Il ne faut pas sous-estimer la sérénité qui se dégage de ce processus de désignation puisqu’il ne nécessite aucun combat électoral coûteux et belliqueux. A côté du système de représentation par élection – et non pas à la place – il permet de dégager une autre vision de la société, ce qui peut faire émerger d’autres propositions», explique ce professeur de théorie politique à Sciences Po.  

    Donner une telle place au hasard, c’est faire la part belle aux incompétents, non? «C’est un faux problème», rétorque Gil Delannoi. «Certes, personne ne veut se faire arracher une dent par un dentiste tiré au sort. Mais, en l’occurrence il s’agit d’un cas qui requiert une technicité particulière, ce qui n’a rien à voir avec la vie politique. Chacun est capable de juger moralement et politiquement selon sa propre expérience de la vie et de la société. Je vous rappelle qu’il ne faut présenter aucune compétence particulière pour briguer un siège au parlement».

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    Trois types de tirage au sort et tricamérisme

    Comment pratiquer le tirage au sort ? Tout commence par déterminer la taille de sa base, en fonction de ce qu’on attend de ce mode de désignation. Le professeur Delannoi voit trois options : sans qualification, avec qualification, sur candidature.

    Dans le premier cas, le tirage au sort s’effectue, en règle générale, sur la base des listes électorales ; ce mode convient particulièrement aux assemblées de délibération politique locales, régionales ou nationales.

    Dans le second, la base est fixée selon l’âge, la résidence, le niveau d’éducation ou alors en fonction de la réussite de certains tests, même faciles. On peut imaginer une sorte de permis de tirage équivalent à un permis de conduire afin de tester les connaissances rudimentaires en matière d’éducation civique.

    Dans le troisième cas de figure, le fait de poser sa candidature de manière active est, en soi, un critère de qualification par la volonté d’engagement qu’elle démontre.

    Dans son livre, Gil Delannoi détaille les principaux modes pour déterminer la base du tirage  et leur utilisation spécifique. Dans la seconde partie, il émet une série de propositions concrètes pour introduire une dose de tirage au sort dans les institutions politiques françaises, en prévoyant notamment de vastes réformes du Sénat. Parmi ses idées, citons celle visant à instaurer le tricamérisme parlementaire : à côté du Sénat et de l’Assemblée nationale, siègerait une Assemblée populaire désignée par tirage au sort ; elle serait consultative, contrairement aux deux autres. Outre le vote d’avis consultatif, elle disposerait d’un droit d’initiative en matière de législation et la possibilité de questionner le gouvernement et d’auditionner les hauts fonctionnaires. «Pour qu’elle soit vraiment représentative, tout en permettant les débats de se dérouler sans trop de difficultés, elle devrait accueillir entre 1500 et 2500 membres», ajoute le professeur.

    En Europe, comme en Suisse, nos vieilles démocraties ont besoin d’un bon coup de fouet. Le tirage au sort représente-t-il une solution possible? Le débat est sur la table, et pas seulement en France.

    Jean-Noël Cuénod

     

  • Complot, Cancre et Damnés de la Terre plate

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    Les théories philosophiques les mieux charpentées, les arguments politiques les plus sensés, les données économiques les plus incontestables, les évidences les plus lumineuses s’effondrent lorsque paraît le Cancre. Aucune idée, aucun fait, aucune démonstration ne peut ébranler la toute-puissance de son ignorance.

    Le Cancre, ce n’est pas le dernier de la classe qui rêvasse près du radiateur, ce n’est pas un homme, ni un groupe, ni une classe sociale, ni une caste. C’est une force, un archétype qui éblouit les humains de son soleil noir.

    Son mode d’expression préféré reste le Complot. Pour le Cancre, le Complot lui permet de faire l’intelligent sans avoir besoin d’épuiser ses neurones. L’imbécile, c’est celui qui tente de voir le monde tel qu’il est. Il se fait avoir, ce benêt. Incapable de voir les ressorts cachés. Ou pis, il fait lui-même partie du Complot. Le Cancre a réponse à tout. Et c’est même à ça qu’on le reconnaît.

    Le Cancre est partout chez lui. Il touitte à la Maison Blanche, devient César à Rome, empereur au Brésil et a son rond de serviette à l’Elysée; d’autres lieux de pouvoirs l’accueillent comme une vieille méconnaissance. Il lui arrive aussi de griller ses merguez sur un rond-point revêtu d’un gilet jaune. Une récente enquête de l’IFOP (disponible en cliquant sur cette zone) est à cet égard particulièrement consternante : le complotisme est, par rapport au reste de la population française systématiquement plus élevé chez celles et ceux qui se réclament de ce mouvement. Un exemple parmi d’autres ; 41% des sondés se déclarant gilets jaunes sont persuadés que les Illuminati forment « une société secrète qui cherche à manipuler la population » contre 27% pour l’ensemble des Français, ce qui est tout de même beaucoup). Et si vous rigolez à l’évocation de cet énorme bobard, c’est que vous êtes un Illuminato. Imparable ! Que voulez-vous répondre à ça ? Rien. Il est fort le Cancre, vous dis-je. Trop fort. Et s’il vous dit que notre planète est plate, rien ne sert de le ramener sur terre, il ne croit qu’à ce qu’il croit voir. D’ailleurs, un Français sur dix et douze millions d’Américains partagent son «opinion», comme l’explique le site National Geographic (disponible en cliquant sur cette zone).

    «Complot, la terre ronde! Complot, vous dis-je!»

    Les gilets jaunes ne sont pas les seuls à se montrer perméables à ce genre de crachin complotiste, loin de là. Si le Cancre obtient de tels succès, il le doit à un grand nombre de causes dont celle-ci n’est pas la moindre : la parole politique qui, à force d’être vidée de sa substance par les communicants (fidèles adeptes du Cancre), ne peut plus être prise au sérieux. Dès lors, tout est possible, surtout le plus invraisemblable.

    Devant cette série de triomphes du Cancre, il est de bon ton d’en accuser internet. C’est oublier que le complotisme est vieux comme l’apparition de l’homme sur la planète. Ni l’invention de l’imprimerie, ni la diffusion de la radio, ni l’implantation des téléviseurs, ni l’économie du numérique ne l’ont créé. Elles ont permis au Cancre de semer plus vite ses infox ; elles ont aussi favorisé la diffusion de leurs contrepoisons.

    Le Cancre, ce n’est pas l’ordinateur ou le smartphone. Le Cancre, c’est moi.

    Moi qui me fais séduire par le mensonge et qui rejette la vérité comme une vielle peau sans attrait. Et puis, on ne la trouve jamais, cette vérité. Croit-on la saisir, qu’elle s’échappe. Non seulement elle est moche mais elle fuit, la gueuse. Vite, un mensonge pour remplir mon Vide !

    Sur le lit de l’extase vite asséché, le Cancre creuse l’horreur. Chacun le sait désormais. Mais ce savoir n’est d’aucune utilité. Les mêmes bobards qui ont servi de piédestal aux dictateurs et d’étincelles aux guerres, nous sont resservis aujourd’hui, à peine actualisés. L’antisémitisme galopant nous le démontre. Avant 1940, nul ne pouvait connaître la Shoah. Désormais, personne ne peut l’ignorer. Cela n’empêche pas les Soral-Dieudonné, les néofascistes et les salafistes de répéter les vieux discours de Drumont et de Hitler, avec et sans gilets jaunes.

    Raison et déraison

    La puissance du Cancre semble insurmontable. Le repli sous sa tente rationnelle en fesse-bouquant dans l’entre-soi paraît donc bien tentant. Ce serait offrir au Cancre une victoire trop facile, ce qui rendrait le déboulonnage de sa statue encore plus malaisé. Pour s’opposer à la marche du Cancre vers notre malheur, il faudra tenir compte de la force de l’irrationnel pour la capter dans le bon sens, celui de la raison. Il y a de l’irrationnel dans toutes pensées, car nous sommes être de raison et de déraison en même temps. C’est la raison qui nous permet d’organiser le réel. C’est la déraison qui nous pousse à ne pas s’en contenter. Dans le meilleur des cas, elle nous incite à améliorer le réel, à le rendre encore plus vivable. Dans le pire, elle nous pousse à le détruire, à le rendre invivable.

    La vérité seule, est décharnée. C’est la poésie qui lui rend sa carnation, qui fait d’elle non plus un squelette mais un séduisant être de chair. Cela dit, la poésie n’a rien d’un cosmétique pour thanatopracteur. Elle créé l’air qui permet à la raison de respirer. L’humain, tout raisonnable qui soit, a besoin d’archétypes bâtisseurs de mythes pour se développer. La raison raisonnante voulait chasser les archétypes et leurs mythes. Ils reviennent déformés comme autant masques pour le Cancre. La poésie doit donc les restituer dans leur état originel pour qu’ils servent de moteur à la raison. Rassembler ce qui est épars, en nous et dans la société, pour retrouver l’harmonie entre raison et déraison. Assécher ce marais fait de tourbe et de chaos. Et le Cancre sera mis en échec. Au moins, pour un temps.

    Jean-Noël Cuénod

  • L’antisémitisme et le reflux de la marée jaune

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    Au fur et à mesure que la marée enroule son reflux, les monstres apparaissent sur la plage. Le mouvement des Gilets Jaunes est donc parvenu à ce stade. Les insultes antisémites et les menaces de mort que certains d’entre eux ont fait déferler sur Alain Finkielkraut samedi après-midi en apporte la confirmation. (voir la vidéo ci-dessous)

    D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un événement isolé. Les réactions antisémites deviennent de plus en plus fréquentes dans les cortèges, à mesure que les premiers gilets jaunes quittent les défilés et sont remplacés par des voyous de poils, de barbes et de couleurs diverses : anarchistes autoritaires du Black-Bloc, fachos du GUD et salafistes de l’islam politique. Alors Le Plouc, hasarde cette lettre ouverte à celles et ceux qui voient jaune.

    Mesdames et Messieurs les Gilets Jaunes, elle est devenue inaudible, votre excuse classique avancée systématiquement à la suite de ce que vous nommez façon litote « des débordements » : Ces-actes-n’ont-rien-à-voir-avec-notre-mouvement-et-nous-les-condamnons . Les manifestants qui défilent en sachant que les antisémites, les racistes et les violents mènent le bal acceptent d’entrer dans leur danse et deviennent dès lors leurs complices. Ce n’était pas vrai au début du mouvement ; ce l’est devenu maintenant.

    Mesdames et Messieurs les Gilets Jaunes, il va falloir choisir votre camp. En continuant à défiler lors de ces opérations noyautées, vous cautionnez les « casseurs » et autres Black-Blocs qui n’ont d’autres buts que d’assouvir leur haine systémique ainsi que les fachos les plus illuminés qui sèment le désordre pour inciter les forces armées à chasser le pouvoir démocratique.

    En renonçant maintenant à ces défilés sans issue, vous disposez encore de la légitimité nécessaire pour donner un second souffle à votre mouvement en créant une force populaire qui s’exprime de façon rationnelle. C’est moins sympa que les merguez grillées sur les ronds-points mais nettement plus efficace à long terme.

    Pour l’instant vos efforts en ce sens n’ont pas été couronnés de succès, c’est le moins que l’on puisse dire. La politique réclame un apprentissage plus ardu que vous ne le pensiez ; vous découvrez la puissance et la nuisance des ego sitôt entrés dans l’Arène. Mais vous n’êtes qu’au début de votre aventure. Vous avez amorcé un mode de contestation novateur en exprimant une colère sociale que les puissants refusaient d’entendre depuis des décennies. Alors, de grâce, ne détruisez pas votre mouvement et ne le laissez pas sombrer dans le caniveau. Lorsque la foule se coagule en force politique constructive, elle devient peuple; lorsqu'elle se laisse aller à la brutalité destructrice, elle régresse à l'état de populace.

    Jean-Noël Cuénod

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  • Passer du Drapeau-Rouge au Gilet-Jaune

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    Les couleurs d’un mouvement social et politique en disent beaucoup sur les revendications qui le portent mais aussi sur les ressorts cachés qui le meuvent. Parfois, une couleur dit une chose et son contraire. Il en va ainsi des Gilets-Jaunes qui ont remplacé le rouge comme symbole de la colère.

    Tout d’abord, saluons le coup de génie qui a fait de ce banal gilet de sécurité oublié dans le coffre d’une bagnole, l’étendard d’une nouvelle forme d’insurrection. Le fait qu’il soit jaune tiendrait donc du hasard. Aurait-il été bleu, rouge ou vert, ce gilet de sécurité, que la colère aurait changé de couleur. Certes. Toutefois, la couleur d’un mouvement social et politique est aussi le produit de l’inconscient collectif. Elle est choisie par lui et en retour, elle l’influence.

    Pour un vieux militant syndicaliste, choisir le jaune pour arborer ses revendications tient de l’hérésie la plus incompréhensible. Le « jaune », naguère encore, c’était le briseur de grève, l’ouvrier traître à sa classe, le Judas qui vendait les siens au patron pour trente deniers. D’ailleurs, c’est revêtu d’un manteau jaune que les peintres médiévaux représentent celui qui a balancé le Christ à ses bourreaux (notre illustration : « Le Baiser de Judas » du Giotto, cers 1305, que l’on peut admirer à la Chapelle Scrovegni à Padoue). Alors que l’Antiquité avait le jaune en odeur de sainteté car il représentait l’or, la richesse et la puissance, le Moyen-Age en a fait la couleur de la traîtrise et du sujet à rejeter par la collectivité[1]. Pourquoi ? Les historiens d’art se perdent en conjectures. L’explication la plus plausible tient à la symbolique du soufre qui se présente sous la forme de cristaux jaunes. Or, le Moyen-Age – qui a cultivé tout particulièrement la peur de l’Enfer – associait le soufre à Satan. Ce symbole provient vraisemblablement de la Bible qui met en scène le soufre comme instrument de la punition divine. C’est sous une pluie de soufre que Sodome fut consumée. Le chapitre 18 du Livre de Job décrit une impressionnante série de punitions qui frappera « le méchant » dont celle-ci n’est pas la moindre : On répandra du soufre sur son domaine. Dis comme cela, cet épandage sulfureux ne semble guère relever du châtiment effroyable. Or, dans la symbolique biblique, c’est le pire puisqu’il signifie l’anéantissement. Pour désinfecter les lieux qui ont accueilli des cadavres, on utilisait du soufre.

    Mais dans la symbolique, un élément ne porte jamais qu’une seule signification. Il en comporte plusieurs, à la manière des poupées russes. Et même, une chose peut aussi signifier son contraire par glissement progressifs. Il faut donc aborder les symboles, non pas à la manière du tiers exclu (l’être n’est pas le non-être) mais à celle du tiers inclus (il y a de l’être dans le non-être et du non-être dans l’être). Vous me suivez toujours ? Parfait !

    Le jaune médiéval est la face mortifère de cette couleur. C’est le jaune de la peau du cadavre. C’est la lumière trompeuse de la vanité, l’anti-lumière de l’Ange déchu qui a voulu être dieu à la place de Dieu. Du jaune de Judas au « jaune » des briseurs de grève, il y a donc filiation.

    Le Gilet-Jaune a la tête près du bonnet rouge

    images.pngMais le jaune possède aussi sa face inverse, porteuse de vie, couleur du soleil et des blés mûrs. Le Dictionnaire des Symbolesde Jean Chevalier et Alain Gheerbrant (Bouquins/Robert Laffont) donne de la couleur jaune cette description qui correspond, ma foi, fort bien à nos Gilets-Jaunes :

     Intense, violent, aigu jusqu’à la stridence ou bien ample et aveuglant comme une coulée de métal en fusion, le jaune est la plus chaude, la plus expansive, la plus ardente des couleurs, difficile à éteindre, et qui déborde toujours des cadres où l’on voudrait l’enserrer.

    Depuis trois mois, le jaune est donc devenu la couleur de la colère, dévolue jusqu’alors au rouge. Cela dit, il existe entre les deux couleurs bien des passerelles.

    Au XVIIe siècle en Bretagne, les paysans portaient un bonnet rouge lors de leurs révoltes antifiscales. Couvre-chef repris en 2013 par le mouvement dit des « Bonnets rouges », surtout actifs en Bretagne et dans l’Ouest de la France, mouvement qui n’est pas sans lien avec celui des Gilets-Jaunes.

    A en croire Wikipédia, citant un archiviste-paléographe[2], le drapeau rouge était levé au XVIIIe siècle (loi du 20 octobre 1789) par une troupe afin de prévenir les émeutiers qu’elle ne fera pas de prisonnier. Ce qui explique ce vers de La Marseillaise : Contre nous de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé.Mais progressivement, le rouge va changer de camp au cours de l’ère révolutionnaire par les émeutiers eux-mêmes, en guise de dérision comme il est souvent le cas. C’est lors de la Révolution de 1848 que le drapeau rouge devient définitivement la marque des socialistes et du mouvement ouvrier, jusqu’à nos jours.

    Mais depuis, le rouge a pâli alors que le jaune a pris la couleur des fièvres sociales. Sur le plan symbolique, le passage de l’une à l’autre de ces deux couleurs s’explique fort bien. En alchimie, le soufre (jaune) est associé au feu (rouge) ; jadis, les allumettes soufrées permettait de faire du feu. De même, le soleil apparaît jaune vu de la Terre mais c’est un astre de feu. Jaune et rouge sont donc complémentaires.

     Aujourd’hui, il est possible de traduire politiquement cette complémentarité, ce qui était impossible lorsque l’idéologie socialiste et le syndicalisme possédaient le monopole du mouvement social, le rouge révolutionnaire rejetant le jaune des briseurs de grève.

    Dès lors, l’utilisation de la couleur jaune pour représenter l’actuel mouvement marque une rupture historique : ce ne sont plus les organisations de la gauche traditionnelle qui mènent le bal contestataire. Les Gilets-Jaunes expriment ainsi leur volonté de se situer en dehors des clivages idéologiques classiques : ni le bleu de la droite, ni le rouge de la gauche, ni même le violet qui pourraient les unir.

    Toutefois, l’utilisation de la symbolique des couleurs n’a rien d’anodin dans la mobilisation des peuples et celle de leur inconscient collectif. Et si le mouvement ne trouve pas son expression politique pour changer le cours des choses, le jaune des Gilets pourrait signifier la stérilité des déserts.

    Jean-Noël Cuénod

    [1]Le concile de Latran en 1215 a ordonné aux Juifs de porter sur leur vêtement une rouelle jaune, ce qui a inspiré les nazis et les pétainistes avec le port de l’étoile de même couleur.

    [2]Jean-Bernard Lacroix, Troubles et criminalité de 1789 à l’an VI, La Révolution dans les Basses-Alpes, Annales de Haute-Provence, bulletin de la société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, no 307, 1er trimestre 1989, 108e année, p. 154.

     

     

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  • Gilets Jaunes et lutte des classes

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    Le sociologue Luc Rouban vient de publier la première étude qui permet de mieux cerner les caractéristiques sociales et politiques des acteurs de la grave crise que traverse la France.

    La lutte des classes éteinte et le clivage gauche-droite dépassé ? L’économie numérique et globalisée était censée balayer ces deux vieux concepts. Les voilà qui reprennent de vives couleurs. Ou plutôt une seule, jaune, comme celle des gilets dont se parent les acteurs de la crise politico-sociale la plus importante que la France ait connu depuis des décennies. C’est l’une des leçons à tirer d’une étude particulièrement approfondie sur le phénomène des Gilets Jaunes. Elle vient de paraître par le truchement du « Baromètre de la confiance politique » de janvier, régulièrement publié par le CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po à Paris) depuis 2009.  Cette analyse fouillée est due au sociologue français Luc Rouban, directeur de recherches à Sciences Po.

    Si la lutte des classes et le clivage gauche-droite perdurent, c’est tout de même sous de nouvelles formes ; celles que le phénomène des Gilets Jaunes est en train d’inventer. L’auteur de ce travail nous les explique.

    – Luc Rouban, le mouvement des Gilets Jaunes paraît si disparate dans ses opinions qu’il semble très difficile de le cerner socialement et politiquement. Comment avez-vous procédé pour surmonter cet écueil ?

    – Il est difficile de mener des enquêtes sur le mouvement des gilets jaunes du fait de son éparpillement sur le territoire et de la diversité de ses participants. On se heurte à une vraie difficulté méthodologique. Pour contourner cet obstacle, j'ai choisi d'étudier en détail à travers la vague 10 du « Baromètre de la confiance politique » du Cevipof, qui a été réalisée en décembre 2018, le profil et les valeurs de celles et de ceux qui soutenaient le mouvement. Car ce dernier prend tout son sens politique dans les soutiens qu'il mobilise. De plus, tout le monde ne peut participer, ne serait-ce que pour des raisons matérielles, aux diverses manifestations. L'enquête montre d'ailleurs que ce mouvement est considéré par 72% des enquêtés comme un mouvement qui porte les revendications de nombreux Français. Il s'agit bien d'un conflit par procuration.

     – Dans votre travail, les soutiens les plus actifs aux Gilets Jaunes se montrent fort critiques vis-à-vis du capitalisme mais sans que cela semble profiter au plus important leader anticapitaliste, Jean-Luc Mélenchon. Marine Le Pen n’a pas un programme particulièrement anticapitaliste, pourtant elle est la seule responsable d’un grand parti politique (Rassemblement National ex-FN) à pouvoir capter le soutien des Gilets Jaunes. Comment expliquer ce paradoxe ?

    –– La critique du capitalisme est très forte en moyenne chez tous les enquêtés, même si elle est plus forte chez ceux qui soutiennent le plus les gilets jaunes. Il apparaît clairement, malgré cela qu'aucun mouvement politique, même fortement anticapitaliste comme La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, ne peut capter ce mouvement. Le RN de Marine Le Pen est moins anticapitaliste que La France insoumise mais il l'est quand même ; ses électeurs sont hostiles au libéralisme économique à 65% contre 85% de ceux de Jean-Luc Mélenchon.  De même, le Rassemblement National se prononce contre les élites gouvernementales, jugées complices d'une mondialisation financière désastreuse pour les petits salariés et les petits indépendants, contre l'Europe de Bruxelles et pour un système politique ménageant bien plus de place au référendum, toutes revendications pouvant aussi être défendues par Jean-Luc Mélenchon. Mais contrairement à lui et à sa France Insoumise, le RN se montre défavorable à l’immigration. Or, il ne faut pas négliger ce constat, à savoir que les soutiens les plus radicaux aux gilets jaunes se montrent eux aussi les plus opposés à l'immigration.

    – Dès lors, assisterait-on à une sorte de fusion entre les idées d’extrême-gauche (anticapitaliste) et d’extrême-droite (xénophobe) qui pourrait donner naissance à une nouvelle force politique ?

    – Ce mouvement organise une convergence entre les anticapitalistes, les souverainistes de gauche et de droite et des électeurs du RN. Le point commun à tous les soutiens les plus fermes du mouvement est qu'ils s'ancrent dans les catégories populaires ou les petites classes moyennes, alors que ceux qui sont le plus opposés au mouvement appartiennent très largement aux catégories supérieures, cadres ou professions libérales. C'est pourquoi j'ai parlé d'un retour de la lutte des classes. S'il y a convergence, c'est donc dans la dénonciation du système social français et de ses inégalités. Mais, sinon, le clivage gauche-droite reste toujours bien vivant. Il y a un populisme de droite et un populisme de gauche. L'une des grandes différences entre les deux porte sur la question de l'immigration mais aussi sur la question du rapport à la science. Celle-ci est beaucoup plus critiquée par le populisme de droite que par celui de gauche. Donc, il sera difficile pour ce mouvement de créer une force politique homogène.

     – Vous mettez en exergue une appétence particulière des soutiens aux Gilets Jaunes pour la démocratie référendaire. Pensez-vous que le gouvernement d’Emmanuel Macron pourra continuer à faire l’impasse sur le RIC (Référendum d’initiative citoyenne, équivalent de nos initiatives populaires), l’une des principales revendications des Gilets Jaunes ?

    – Cette demande de démocratie référendaire est devenue générale en France et dépasse le soutien aux gilets jaunes. Il semble bien, cependant, que le président Macron ait écarté l'hypothèse d'un RIC dans la Constitution française lorsqu'il a parlé du lancement du "grand débat national" avec les élus locaux, en soulignant que cela pourrait nourrir la démagogie. Il est indéniable que l'absence d'avancée sur le terrain référendaire pourrait raviver les tensions à l'issue du "grand débat". La solution serait alors d'élargir les possibilités de référendum telles qu'elles existent aujourd'hui sans passer par un RIC.

    Interview parue dans la Tribune de Genève et 24 Heures vendredi 1erfévrier 2019

    Jean-Noël Cuénod

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  • Peuple ou tribus ? Elite ou ploutocratie ?

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    « Nous sommes le peuple ! » clament les Gilets Jaunes. « Nous sommes le peuple ! » rétorquent les Foulards Rouges. En France, tout le monde il est fâché, tout le monde il est peuple. Et tout le monde, il déteste l’élite.

    Peuple… Elite… Lorsque des mots fleurissent aux lèvres avec une telle luxuriance, il y a quelque chose de suspect qui se trame. Ces usages intempestifs tendent à les vider de leur substance. Et si le peuple avait disparu ? Et si l’élite n’était plus qu’un ectoplasme ?

    Tout d’abord, qu’est-ce qu’un peuple ? Dès cette question posée, les choses se gâtent et les crânes se grattent. La plupart des dictionnaires en donnent cette définition de base : Ensemble des individus constituant une nation vivant sur un même territoire et soumis aux mêmes lois, aux mêmes institutions politiques.

    Vision bourgeoise, répliquerait Lénine (lui-même bourgeois, mais passons…) Pas question de mélanger les torchons patronaux avec les serviettes prolétaires. Le peuple, c’est l’addition des ouvriers, des employés et des petits paysans contre le non-peuple formé par les bourgeois qui maîtrisent les outils de production à leur profit. Entre les deux, il y a la masse informe de la petite bourgeoisie constituée d’artisans et de commerçants qui se casent dans l’un ou l’autre camp au gré des vicissitudes historiques.

    Vision marxiste, éructerait Victor Orban, le premier ministre hongrois qui préfère sans doute, et de loin, cette définition : Ensemble de personnes qui, n'habitant pas un même territoire mais ayant une même origine ethnique ou une même religion, ont le sentiment d'appartenir à une même communauté. Pour lui, c’est l’ethnie[1]qui prime. Ainsi, a-t-il accordé la nationalité hongroise et le droit de vote à des Roumains, des Slovaques, des Ukrainiens et des Serbes qui ne vivent pas en Hongrie mais font partie des minorités magyares à l’intérieur des pays voisins.

    On peut aussi préférer cette vision républicaine du peuple : Ensemble de personnes qui se constituent en une entité détentrice de la souveraineté sur un territoire donné.

    Et il en est bien d’autres…

    Pourtant, à y réfléchir, existe-t-il encore un peuple dans nos pays, notamment au sein de l’Hexagone ? Les Gilets Jaunes ne représentent qu’une partie des Français. Pas ou très peu de Gilets Jaunes au sein du « peuple des banlieues ». Pas ou très peu de Gilets Jaunes parisiens. Les Foulards Rouges, qui ne peuvent plus voir le jaune en couleur, sont tout aussi fondé à revendiquer la marque « Peuple ».

    A la place d’un peuple coagulé par un ensemble de valeurs morales, philosophiques, sociales, nous avons une superposition de tribus de plus en plus étrangères les unes aux autres. Elles ont leur propre agenda, comme l’on dit dans les émissions politiques branchées (le journalisme, autre tribu !), leurs propres angoisses, leurs propres soucis. La tribu des cathos s’oppose à celles des gays ou des bobos. Les tribus se réclamant de l’islam se sentent exclues par d’autres. En retour, celles-ci accusent les tribus de l’islam de les agresser. La souffrance des salariés modestes de la tribu rurale laisse indifférents celle des djeunes en banlieue qui errent dans l’ennui et leur rage ne rejoint pas celle éprouvée par la tribu des artisans endettés dans leur lotissement. La tribu des vieux claudique sans que celle des trentenaires, sirotant du spritz en terrasse, leur jette un regard. La tribu des nantis voyage en première et ne partage rien avec les autres, pas même les toilettes de l’avion.

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    Après l’effacement du peuple, l’élite introuvable

    Quant à l’élite, même chanson triste. Elle aussi ne manque pas de définitions chamarrées : Ce qu'il y a de meilleur dans un ensemble composé d'êtres ou de choses ou alors celle-ci : Minorité d'individus auxquels s'attache, dans une société donnée, à un moment donné, un prestige dû à des qualités naturelles ou à des qualités acquises.

    Il y a dans la notion d’élite, l’idée de modèle, d’exemple qui tire un ensemble de personnes vers le haut, vers plus d’intelligence, plus de courage, plus de tolérance, plus de science. Aujourd’hui, les médiacrates sont considérés comme formant l’élite la plus reconnue par le public. Pourtant, malgré tous mes efforts, je n’arrive pas à être « tiré vers le haut » par Monsieur Hanouna. De même, les discours de Monsieur Macron n’instillent pas en moi un surcroît d’intelligence ou de science.

    Autre élite considérée généralement comme telle, celle sécrétée par l’argent. C’est elle qui détient les clés du pouvoir réel sur nos vies. Il ne s’agit donc pas d’une élite mais d’une ploutocratie – soit l’exercice du pouvoir par l’argent – qui, loin de tirer quiconque vers le haut, s’efforce au contraire d’imperméabiliser ses frontières sociales.

    Il existerait bien une élite, constituée par les grands scientifiques dont bien peu connaissent le nom et les artistes talentueux qui ne sont pas invités sur les plateaux télés. Mais leur manque de visibilité médiatique empêche qu’ils soient ainsi considérés. Dès lors, ils ne peuvent « tirer vers le haut » qu’un nombre restreint d’individus. C’est mieux que rien, mais c’est tout.

    La superposition des tribus comblant le vide laissé par le peuple et la substitution de l’élite par la ploutocratie nous préparent des lendemains qui déchantent.

    Pour sortir de cette situation, il faudrait que de ce magma se dégage un groupe humain – une élite véritable – apte à mettre en lumière les points communs à toutes ces tribus et à créer, sur cette base, de nouveaux mythes mobilisateurs qui coaguleraient les tribus dans l’ensemble « peuple ». Car c’est par les mythes que les humains avancent en marchant sur les décombres des mythes anciens.

    Les mythes ne sont pas des légendes, ils constituent une force de coagulation qui tend à former un être collectif. En les créant ou les recréant, l’élite se tiendrait enfin au service du peuple.

    Jean-Noël Cuénod

    [1]L’ethnie, c’est le nom que se donne la race lorsqu’elle pratique la contrebande.

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  • Le Grand Débat de Macron écrit en langue morte (VERSION ACTUALISÉE)

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    Ecrite en langue morte, la « Lettre aux Français » du président Macron ne pouvait que manquer de souffle. Contrairement aux « Soufflaculs» de Nontron (photo), sous-préfecture du Périgord Vert, héros sans culotte de cette fête aussi annuelle que pétaradante[1].

    Puisque nous sommes au Périgord, autrement dit la Dordogne, restons-y en ce jour où le coup d’envoi du Grrrand Débat NNNNational est donné. Certes, c’est en Normandie qu’Emmanuel Macron a lancé son remue-méninges. Mais causons Dordogne, puisque ce département est particulièrement touché par la vague des Gilets Jaunes.

    Le contraire serait surprenant pour ceux qui y vivent, même temporairement : les services publics se raréfient jusqu’à extinction complète dans de larges zones ; même des bourgs importants sont en peine de médecins et surtout n’ayez pas l’étrange idée d’y subir un AVC ou un infarctus ; les écoles se ferment dans de nombreux villages, comme paupières sur les yeux d’un agonisant ; pour se rendre à la poste et au guichet de banque, il faut prendre sa voiture alourdie de taxes et empuantie de diesel.

    Air connu, me chanterez-vous. Mais le pouvoir parisien ne l’entend pas, ni de cette oreille ni d’une autre d’ailleurs. Il préfère siffler sa ritournelle intitulée « On ne change pas de cap » même s’il s’agit aujourd’hui pour Jupiter de faire l’empathique. Mais jouer les humbles en escarpins devant des godasses crottées, ça ne marche pas. Ce n’est pas la fadasse missive macronienne qui va bouleverser ce triste état de fait. Dès lors, un grand rassemblement de Gilets Jaunes est prévu samedi prochain à Périgueux.

    Malgré ses appels au secours, Emmanuel Macron ne devra pas compter sur l’aide des maires périgordins. Réunis en assemblée générale de leur union départementale, mercredi 9 janvier à Périgueux, ils se sont montrés « très réservés », à l’égard du vaste remue-méninges hexagonal, comme le signale le site de la radio France Bleu Périgord.

    André Laignel – ancien secrétaire d’Etat socialiste, premier magistrat d’Issoudun (Indre) et vice-président de l’Association des maires de France – était l’invité de ses confrères de la Dordogne. Alors que le gouvernement tente de mobiliser les élus locaux pour mener à bien le grand débat, Laignel a renvoyé l’exécutif dans ses 22 mètres (nous sommes en terre de rugby), selon France Bleu Périgord : « C’est un débat entre les citoyens et l’Etat, les maires ne sont pas partie prenante. Bien entendu, si l’on nous demande une salle dans notre commune, nous la mettrons à disposition. Mais en aucun cas – contrairement à ce que laisse croire parfois le gouvernement – nous ne sommes associés à la préparation de ce débat. »

    Le maire LR de Neuvic, François Roussel se situe sur la même longueur d’onde, dans les tons plus aigus : « C’est de l’enfumage total ! ». Même du côté macronien, on ne cache guère son désarroi. Ainsi, le maire La République En Marche du ravissant village de Saint-Crépin-de-Richemont se gratte l’occiput. Il va organiser le débat mais trouve l’exercice plutôt ardu : « Les problèmes des Gilets Jaunes, ce sont des problèmes individuels. Pour une commune, c’est difficile d’y répondre.»

    Les élus locaux rendent à Emmanuel Macron la monnaie de sa pièce. Outre, qu’il a boudé le congrès des maires de France – une indélicatesse qui laisse des traces – son gouvernement n’a cessé de tondre les communes. Avec la suppression de la taxe d’habitation, il les a privées d’une importante pompe à phynances qui n’a pas été compensée par d’autres ressources ; avec celle des emplois aidés, il a mis fin à de nombreux projets sociaux dans les villages les plus pauvres. Comme les Gilets Jaunes, les maires – ces grognards de la République – se sentent méprisés par la morgue élyséenne.

    Emmanuel Macron se vantait d’avoir toujours un coup d’avance sur ses adversaires. Mais c’était avant. Avant les Gilets Jaunes. Maintenant, il a systématiquement un coup de retard. Un coup de retard, lorsqu’il abandonne ses taxes sur le carburant au moment où l’insurrection jaune est passée à une contestation plus politique. Un coup de retard, avec son grand débat alors que c’est l’ensemble des institutions de la Ve République qui est aujourd’hui remis en cause, de fond en comble. Non seulement de la part des Gilets Jaunes mais aussi par les deux tiers des Français, selon un sondage Opinion Way.

    Langue morte que celle de Macron, disions-nous en commençant ce papier. Langue de communicant qui ne communique plus rien.

    Jean-Noël Cuénod

     

    [1]Pour celles et ceux qui lèveraient le nez sur cette célébration carnavelesque, qu’ils sachent que la « Fête des Soufflaculs de Nontron » est inscrite à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. Elle se pratique aussi de l’autre côté de l’Hexagone, à Saint-Claude, dans le Jura français, haut-lieu des maîtres pipiers.

     

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