07/09/2017

Genève ou le déclin doré sur tranche

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Il n’y aura plus de quotidien 100% genevois, désormais. Les rédactions des pages « Suisse », « Monde », « Economie » et « Sports » de la Tribune de Genève et de 24 Heures (Lausanne) seront concentrées en une seule entité basée à Lausanne. Ne subsisteront dans les deux quotidiens que les pages locales et culturelles. Genève, ville internationale… Vraiment ?

Cette involution est tout sauf surprenante et ne constitue qu’une étape supplémentaire dans le long processus agonique du quotidien genevois créé en 1879 qui est passé des mains du groupe lausannois Edipresse en 1991 à celles du zurichois Tamedia en 2011. Que Zurich ait choisi Lausanne pour vassal principal, voilà qui n’a rien d’étonnant. Les bonnes âmes mettront la géographie en avant en excipant du caractère plus central de la capitale vaudoise. Mais cette explication ne suffit pas. La vérité est, hélas, plus rude à entendre pour nos oreilles genevoises.

Lorsque le visiteur débarque à Cointrin ou à Cornavin, il est saisi ­par les multiples travaux de constructions qui rendent la circulation problématique, le caractère cosmopolite de la ville, l’activité qui paraît prospère, les bagnoles de luxe qui engorgent le pont du Mont-Blanc. Et pourtant, Genève amorce depuis plusieurs années son déclin. Un déclin doré sur tranche. Mais un déclin tout de même.

Sur le plan de l’animation culturelle, Lausanne a bien su gérer la culture « squat », celle qui irrigue la jeunesse de toute sa vitalité. Au contraire, Genève l’a brimée et misé sur l’élite et son prestigieux Grand Théâtre. C’est bien pour conserver la culture du passé. C’est nul pour développer celle de l’avenir. Au moment où Lausanne s’est réveillée, Genève s’est endormie.

D’autres signes de déclin sont apparus. Alors que le Servette FC était l’un des plus grands clubs de foot de l’Histoire suisse, avec ses exploits en coupes européennes, il ne s’est trouvé aucune force à Genève pour le replacer à son niveau.

De même, les succès électoraux des partis démagogistes – UDC et MCG – ont illustré le mécontentement populaire devant ce déclin mais ces choix funestes ne pouvaient qu’aggraver la situation. Sur le plan national, l’UDC, notamment par les déclarations de Blocher[1], a démontré le peu de cas qu’il faisait des Romands et de leurs intérêts. Dès lors, du point de vue genevois, voter pour ce parti revient à élire un chasseur au parlement des chevreuils.  

Quant au MCG, sa haine contre les frontaliers français relève de la stupidité suicidaire. A l’étroit dans ses limites, la ville-canton a besoin de son arrière-pays savoyard et gessien pour se développer harmonieusement. Le MCG ignore encore qu’on peut changer beaucoup de choses dans le monde, mais pas la géographie. Par son pouvoir de nuisance, ce parti a contribué fortement au déclin en s’opposant à ce que Genève devienne une grande métropole transfrontalière.

Pour un média vraiment indépendant à Genève

Le triste sort réservé à la Tribune de Genève n’est donc pas séparable de ce processus de régression. Il ne sert à rien d’incriminer les « vilains Zurichois » et leurs « vassaux lausannois ». Inutile aussi de mettre nos déboires sur le compte de la révolution numérique qui a bouleversé les médias de fond en comble. Elle n’a épargné personne, cette révolution ; force est de reconnaître que d’autres ont su, bien mieux que nous, tirer leur épingle du jeu (ou les marrons du feu, c’est selon). Nous autres Genevois sommes les premiers responsables du déclin de la République et canton en général et de sa presse[2] en particulier.

Le député PDC Guy Mettan – qui a dirigé la Tribune de Genève – a déposé une motion au Grand Conseil (parlement genevois) pour tenter de s’opposer au projet de transfert rédactionnel à Lausanne et lutter en faveur d’une presse locale forte et indépendante. Heureuse et courageuse initiative qui rompt d’avec la torpeur ambiante. Il convient de la soutenir car tout est bon pour éteindre le feu au lac. Toutefois, ne nous berçons pas d’illusion. Le groupe Tamedia ne changera pas de politique et tout ce qui pourra être dit à son propos glissera comme gouttes d’eau sur les plumes des cygnes qui attendent leur pitance au pied de l’Ile Rousseau.

Si Genève veut à nouveau détenir un média qui représente la vision du monde d’une ville internationale tout en développant les informations locales et transfrontalières, elle ne doit tabler que sur elle-même en créant une plateforme médiatique qui harmonise éditions « papier » et numériques. En effet, il ne faudra pas compter sur les autres pour défendre le point de vue et les intérêts d’une cité qui ne sera jamais comme les autres, de par son Histoire si particulière.

Les talents existent. L’argent abonde. Il manque l’essentiel : la force morale.

Cette nouvelle étape dans l’agonie médiatique réveillera-t-elle « l’esprit genevois » ,dont nous nous sommes tant glorifiés naguère, pour créer cette plateforme d’information ? Le Plouc n’est guère optimiste. Mais il aimerait tant que ses concitoyens le détrompent !

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Basler Zeitung, 13 février 2014 : « Les Romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible. »

 [2] Lorsque Le Plouc était stagiaire, c’est-à-dire il y a quelques millénaires, entre 1972 et 1975, il y avait à Genève cinq quotidiens : Voix Ouvrière, Journal de Genève, La Suisse, Le Courrier, Tribune de Genève. Le quotidien socialiste Le Peuple-La Sentinelle venait de disparaître en 1971.

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10/08/2017

Pierre Maudet, double nationalité et monomanie blochérienne

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« Paris vaut bien une messe » disait Henri IV en abjurant la foi protestante pour devenir Roi de France. « Berne vaut bien le dépôt d’un passeport français » semble se dire Pierre Maudet[1], l’un des candidats du Parti libéral-radical au Conseil fédéral (gouvernement). Pour désamorcer la ridicule polémique engagée par l’extrême-droite blochérienne (UDC) qui lui reproche sa double nationalité franco-suisse, il s’est déclaré prêt à déposer son passeport français. (Photomontage Jean-Noël Cuénod)

Rappelons l’argument-matraque avancé par la section genevoise de l’UDC : s’il était élu au gouvernement fédéral, Pierre Maudet pourrait devenir «un mercenaire français»[2]. On peut fort bien servir les intérêts d’un pays tiers sans en posséder la nationalité. D’ailleurs, les merce­naires suisses au service de la France n’étaient pas… Français ! La servilité n’est pas affaire de passeport mais de mentalité. Et rien dans le parcours politique de Pierre Maudet ne permet aux blochériens d’évoquer une quelconque tendance au mercenariat.

Le Suisse James Fazy nommé préfet français

0001222691_0000281594_OG.JPGQuelques petits rappels historiques s’imposent dans ce contexte. Le fondateur de la Genève moderne, James Fazy (portrait), a tenu un rôle important dans la politique française, lors de la Révolution de 1830. Il a notamment collaboré à la rédaction des ordonnances sur la liberté de la presse auprès de Thiers. Cet éminent genevois avait même été nommé préfet de l’Isère, poste qu’il refusa pour se consacrer en toute indépendance au journalisme politique à Paris. Après son retour dans sa Genève natale, il est devenu l’une des grandes figures de l’Histoire suisse. Peut-on soutenir une microseconde qu’il fut un « mercenaire français »?

Le Suisse Louis-Napoléon Bonaparte, empereur des Français

Dans l’autre sens, son passeport à croix-blanche et son grade de capitaine artilleur de l’armée07NapolonentreFetCH.jpg suisse n’ont pas empêché le Thurgovien Louis-Napoléon Bonaparte, devenu Napoléon III, de régner sur la France pendant 22 ans. (Caricature de l'époque illustrant le futur empereur en train d'hésiter entre la France et la Suisse)

Une fois de plus, l’extrême droite cherche à engager de faux débats en s’attaquant à son adversaire, non pas sur le terrain de sa politique, mais en lui faisant un procès d’intention sur la seule base de sa double nationalité. Lorsqu’on lui désigne la lune, le blochérien ne regarde que le doigt ; pour jauger la politique d’un candidat, il se concentre sur ses papiers d’identité. Les blochériens ont coulé sur la politique suisse une chape d’obscurantisme qu’il devient urgent de détruire, non seulement pour éviter l’asphyxie intellectuelle mais aussi pour renouer avec le véritable esprit helvétique fait d’ouverture, de pondération et de générosité.

Jean-Noël Cuénod

 [1] A l’intention des non-Suisses : Pierre Maudet est conseiller d’Etat (ministre au niveau cantonal) de la République et canton de Genève. Avec d’autres candidats de son Parti libéral-radical, il brigue un poste laissé vacant au gouvernement fédéral. Le président de la Confédération en est l’un des membres. Il change chaque année.

[2] A noter que l’UDC ne veut pas non plus de la candidate libérale-radicale vaudoise Jacqueline de Quattro qui possède la double nationalité suisse et italienne.

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