Politique internationale

  • Après le coronavirus nCOV, quelles souverainetés ?

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    Le coronavirus 2019-nCov, que son nom de code nimbe d’un inquiétant mystère, actualise la part maudite de la mondialisation. Eh oui, le libre-échange n’apporte pas que des électrobidules qui tuent le temps ! Il exporte aussi des virus qui tuent tout court. Cette épidémie ajoutée au dérèglement climatique posent la question de la souveraineté. Ou plutôt des souverainetés.

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  • Chine: le virus religieux inquiète le Parti communiste

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    A chacun son virus. Nous craignons le coronavirus venu de Chine. Les communistes chinois, eux, veulent désactiver un autre « virus » : la religion. Désormais, taoïstes, bouddhistes, musulmans, protestants et catholiques sont soumis au contrôle direct du Parti communiste. Comment dit-on Big Brother en Chinois ?

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  • Iran-Trump : une hystérie à 176 morts. Et plus ?

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    A première vue, l’hystérisation imposée par Trump dans son conflit avec l’Iran a réussi. Surtout, après les aveux du gouvernement de Téhéran: c’est bien un tir accidentel de la défense anti-aérienne iranienne qui a frappé un Boeing de la compagnie Ukraine International Airlines causant la mort de 176 personnes. L’ennui avec cette stratégie du fou, c’est qu’elle est incontrôlable par définition.

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  • La social-écologie contre le risque écofasciste

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    Depuis septembre, l’Australie est ravagée par des incendies à la chaîne. Son premier ministre libéral Scott Morrison est devenu l’exemple-type du gouvernant incapable de comprendre les défis du dérèglement climatique. Face à l’incurie des dirigeants, les forces politiques pro-nature cherchent ou vont chercher à prendre le pouvoir. Pour le meilleur ou pour le pire.

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  • Terrorisme islamiste : un bilan de guerre

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    En quarante ans, le terrorisme islamiste a provoqué la mort de plus de 170 000 femmes, enfants et hommes sur la planète. La France est le pays de l’Union Européenne le plus touché. Principales victimes : les musulmans eux-mêmes. Le laboratoire d’idées Fondapol, de tendance libérale, a dressé le bilan de cette guerre aux multiples visages.

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  • Trump: «Chérie, j’ai rétréci l’Amérique!»

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    Incorrigibles, les chefs d’Etat! Ils sont élus pour nous conduire au Sud (ou au Nord). Et c’est au Nord (ou au Sud) qu’ils nous mènent. La droite française avait voté De Gaulle pour maintenir les colonies. Et c’est la décolonisation qu’elle a obtenue. Trump ne déroge pas: Make America Great Again postillonnait-il. Make America small again, lui répond l’écho venu du Kurdistan syrien. 

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  • Antisémitisme: pourquoi l’Est perd-il le Nord ?

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    Affiche de feue la DDR

    L’attentat contre la Synagogue de Halle – qui a provoqué la mort de deux personnes – confirme la virulence de l’antisémitisme dans la partie orientale de l’Allemagne. Dans son «manifeste», le terroriste fait sienne l’idéologie nazie. L’Est perdrait-il le Nord ?

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  • Bolsonaro le Trumpical ou la banalité du mâle

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    Vers quels abysses nous feront-ils plonger, ces sordides pourceaux qui gouvernent les Etats-Unis, le Brésil, les Philippines ou d’autres pays ? Nostalgique de la torture et de la dictature, le Trumpical Bolsonaro s’est particulièrement illustré en marge du G7, allant jusqu’à avaliser des attaques contre l’apparence physique de Brigitte Macron. Et si ces barbarocrates nous tendaient un miroir ?

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  • Massacre à l’américaine : les comptes de la folie ordinaire

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    Les massacres de masse sont devenus banalité aux Etats-Unis. Drapeaux étoilés en berne, prières collectives, flammes frémissantes des bougies, sanglots sincères mêlés aux larmes de crocodile du président Trump. Les rituels post-tueries sont désormais bien rôdés. Ils se déroulent en ce moment même, après les deux tueries du week-end au Texas et dans l’Ohio.

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  • Greta Thunberg : Onfray odieux tout puissant !

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    Michel Onfray : « Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion - ni sourire ni rire. »

    Noircir ses cibles pour mieux prendre la lumière. Michel Onfray n’est ni le premier ni le dernier à user de ce système. Après Dieu et Freud, entre autres, il vient de prendre pour tête de Turc une Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg qui a réussi là où des bataillons d’adultes avaient échoué: mobiliser des foules de tous pays pour s’opposer au dérèglement climatique.

    Contre l’adolescente, ce tout puissant médiacrate qui a son rond de serviette au Point, à France-Culture notamment, a sécrété sur son blogue un texte où l’odieux le dispute au navrant. Son contenu est disponible en entier ici. Vous y trouverez peu d’arguments et beaucoup de mépris.

     

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  • Trump, Kim and Co : l’emblème contre le symbole

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    Les gros médias semblent disposer d’une inépuisable réserve de jobardises. En cette matière (grasse), ils se sont tout particulièrement distingués lors de la rencontre, hier, entre Trump et Kim Jong-Un en mettant à leurs sauces écœurantes le mot « symbole ». Or, ce coup du pub’ ne doit rien au symbole et tout à l’emblème. Les confondre, c’est mettre dans le même sac l’intelligence et la propagande.

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  • La politesse, un acte révolutionnaire

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    Le Plouc va vous entretenir d’un truc vachement ringard, la politesse. Décalée, dépassée, délaissée, la politesse, dans une société médiamercantile qui atomise les nouveaux esclaves en une myriade de communautés hostiles, voire ennemies au sein même des nations. Se situant à l’inverse de cette tendance, la politesse est donc devenue un acte révolutionnaire.(Dessin de Phil Umbdenstock - DNA)

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  • L’écologie, la gauche et la fin des pastèques

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    Même la France verdit son discours politique. Signe que quelque chose dans l’air a changé. Pas l’air lui-même, toujours aussi pollué. Mais un vent favorable semble se lever en faveur d’une économie préservant la nature. Ou, plutôt, d’une économie sauvegardant l’humanité au sein de la nature. Qui, elle, s’en sortira toujours, ne serait-ce qu’en éliminant un prédateur trop menaçant.

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  • Voter Parti animaliste, est-ce bête ?

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    C’est la petite surprise des Européennes en France. Le Parti animaliste a recueilli près d’un demi-million de voix (2,2%) malgré le silence des médias. Sa liste fait jeu égal avec celle du Parti communiste et en surpasse d’autres qui ont bénéficié d’une meilleure couverture médiatique. De nombreux  «partis frères» de la planète défendent la même cause. Le vote animaliste, pas si bête que ça?

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  • Européennes : Macron perd et rafle la mise

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    Le Rassemblement national arrive donc en tête des listes françaises pour le Parlement européen. Mais il recule par rapport en 2014 et, surtout, sa patronne Marine Le Pen fait beaucoup moins bien que la Lega  de Mario Salvini, son rival nationaliste. Le Capo dei Capi  des xénophobes européens, ce sera lui. Quant à Macron, il perd son pari de devancer RN. Mais rafle quand même la mise.

     

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  • Les maux des mots en politique

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    Rien de tel qu’une campagne électorale pour constater à quel point les mots ont été vidés de leur substance première afin d’être rempli d’insignifiances. Les termes de « capitalisme » ou « aliénation» souffrent, notamment, de ces maux des mots. Le virus coupable s’appelle « euphémisation ».

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  • A quand la Révolution ?

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    Où que l’on porte son regard sur les paysages politiques de la planète, c’est le vide. Voilà qui n’est pas pour rien dans la déprime générale qui accable les peuples.

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  • Le tirage au sort en démocratie, qu’est-ce ?

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    La crise des Gilets Jaunes en France remet en cause les institutions politiques. Parmi les futurs modes d’expression des citoyens, le tirage au sort est de plus en plus évoqué. Rencontre avec le politologue Gil Delannoi, auteur d’un ouvrage sur ce thème qui vient de paraître.

    La crise des Gilets Jaunes en France a démontré à quel point la démocratie représentative est malade. Si le RIC – référendum d’initiative citoyenne, équivalent de notre initiative populaire – est la réforme-phare de l’actuel grand débat initié par le président Emmanuel Macron, un autre mode de représentation politique est de plus en plus évoqué, le tirage au sort. Il ne s’agit pas de remplacer l’urne par le cornet à dés mais d’envisager le recours au tirage au sort pour désigner des citoyens dans certaines instances, à côté ou avec les actuels chambres parlementaires de tous niveaux, local, régional ou national, voire dans d’autres domaines, universitaires par exemple.

    En France, le politologue Gil Delannoi étudie les différents modes de tirage au sort depuis plusieurs années. Il va publier un nouvel ouvrage sur la question Le Tirage au sort – Comment l’utiliser (SciencesPo-Les Presses, collection Nouveaux Débats) qui sortira mercredi en librairie. Nous l’avons rencontré à Paris.

    Les principales qualités du tirage au sort ? «Il permet une représentation précise et diversifiée de la population. Il satisfait au principe d’égalité et d’impartialité. Il ne faut pas sous-estimer la sérénité qui se dégage de ce processus de désignation puisqu’il ne nécessite aucun combat électoral coûteux et belliqueux. A côté du système de représentation par élection – et non pas à la place – il permet de dégager une autre vision de la société, ce qui peut faire émerger d’autres propositions», explique ce professeur de théorie politique à Sciences Po.  

    Donner une telle place au hasard, c’est faire la part belle aux incompétents, non? «C’est un faux problème», rétorque Gil Delannoi. «Certes, personne ne veut se faire arracher une dent par un dentiste tiré au sort. Mais, en l’occurrence il s’agit d’un cas qui requiert une technicité particulière, ce qui n’a rien à voir avec la vie politique. Chacun est capable de juger moralement et politiquement selon sa propre expérience de la vie et de la société. Je vous rappelle qu’il ne faut présenter aucune compétence particulière pour briguer un siège au parlement».

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    Trois types de tirage au sort et tricamérisme

    Comment pratiquer le tirage au sort ? Tout commence par déterminer la taille de sa base, en fonction de ce qu’on attend de ce mode de désignation. Le professeur Delannoi voit trois options : sans qualification, avec qualification, sur candidature.

    Dans le premier cas, le tirage au sort s’effectue, en règle générale, sur la base des listes électorales ; ce mode convient particulièrement aux assemblées de délibération politique locales, régionales ou nationales.

    Dans le second, la base est fixée selon l’âge, la résidence, le niveau d’éducation ou alors en fonction de la réussite de certains tests, même faciles. On peut imaginer une sorte de permis de tirage équivalent à un permis de conduire afin de tester les connaissances rudimentaires en matière d’éducation civique.

    Dans le troisième cas de figure, le fait de poser sa candidature de manière active est, en soi, un critère de qualification par la volonté d’engagement qu’elle démontre.

    Dans son livre, Gil Delannoi détaille les principaux modes pour déterminer la base du tirage  et leur utilisation spécifique. Dans la seconde partie, il émet une série de propositions concrètes pour introduire une dose de tirage au sort dans les institutions politiques françaises, en prévoyant notamment de vastes réformes du Sénat. Parmi ses idées, citons celle visant à instaurer le tricamérisme parlementaire : à côté du Sénat et de l’Assemblée nationale, siègerait une Assemblée populaire désignée par tirage au sort ; elle serait consultative, contrairement aux deux autres. Outre le vote d’avis consultatif, elle disposerait d’un droit d’initiative en matière de législation et la possibilité de questionner le gouvernement et d’auditionner les hauts fonctionnaires. «Pour qu’elle soit vraiment représentative, tout en permettant les débats de se dérouler sans trop de difficultés, elle devrait accueillir entre 1500 et 2500 membres», ajoute le professeur.

    En Europe, comme en Suisse, nos vieilles démocraties ont besoin d’un bon coup de fouet. Le tirage au sort représente-t-il une solution possible? Le débat est sur la table, et pas seulement en France.

    Jean-Noël Cuénod

     

  • Après les Gilets Jaunes, les Gilets Verts

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    Soutenues par près de deux millions de pétitionnaires, quatre associations menacent de traîner l’Etat français en justice pour son «inaction» dans la lutte contre le réchauffement climatique. Interview de l’une des initiatrices de cette campagne, Marie Toussaint.

    Après le mouvement inédit des Gilets Jaunes, qui est loin d’être terminé, voici maintenant le foudroyant succès d’une campagne française pour la justice climatique, intitulée «L’affaire du Siècle». Elle est soutenue par une pétition qui a récolté près de deux millions de signatures depuis le 18 décembre dernier.

    Cette pétition appuie l’action en justice lancée par quatre organisations – la Fondation pour la nature et l'homme de Nicolas Hulot, Oxfam France, Greenpeace France et Notre Affaire à Tous – qui dénoncent l’ «inaction» de l’Etat français en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Elles saisissent le Tribunal administratif de Paris pour que la justice contraigne la France – sous astreinte de 100 000 euros par jour – à respecter ses engagements en la matière. C’est une première en France. Mais le recours à genre de procédures devient de plus en plus fréquent dans le monde (lire ci-dessous).

    La Génération Climat donne donc de la voix. Ecoutons-la par le truchement de Marie Toussaint, présidente de l’une des associations à l’initiative de cette action, Notre Affaire à Tous, et juriste en droit international de l'environnement.

    – Pensez-vous que la justice soit vraiment le bon terrain pour livrer cette bataille?

    – Dans d'autres pays, le juge a décidé de contraindre les politiques. Le juge français a d’ailleurs déjà reconnu les carences de l'Etat dans plusieurs cas de santé et d'environnement, notamment l'amiante, le sang contaminé, la pollution des sols... Nous mobilisons la force du droit pour sauver le climat. Nous agissons par tous les moyens nécessaires car la situation est grave. Et le fait de rendre les gouvernements responsables juridiquement de leurs actes en matière d’action climatique est un nouveau levier, de plus en plus décisif, à la disposition des citoyens. Derrière l’action juridique – qui peut paraître impérieuse – je considère qu’il s’agit surtout d’une volonté d’idéal, une aspiration à autre chose qu’un monde funeste écrit à l’avance. La France est le pays où sont nés les droits humains. Si elle veut respecter cet héritage, elle doit tenir compte de la dégradation de l'environnement. Aujourd’hui, le texte de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 intégrerait la protection face aux dérèglements climatiques!

    – En quelques jours, votre action a été soutenue par près de deux millions de pétitionnaires, comment allez-vous capitaliser ce succès populaire en terme politique, voire électoral? 

    – Le succès de la pétition laffairedusiecle.net révèle une aspiration civique. C'est une réappropriation démocratique. Cette vague sans précédent sonne la fin des grands discours sans engagement concrets. Citoyennes et citoyens attendent désormais des actes. Ce que j’appelle la Génération Climat a décidé de prendre pleinement son destin en main. La responsabilité de nos associations, c'est d'abord de mener à bien la démarche juridique engagée et d'obtenir des actes concrets pour protéger le climat. Nous sommes pleinement conscients de notre responsabilité; elle s’inscrit à plus long terme que les futures échéances électorales.

    – Le mouvement des Gilets Jaunes a commencé par le rejet de la taxe frappant le carburant, c’est-à-dire contre une mesure favorable à l’écologie. Entre votre action et celle des Gilets Jaunes, pensez-vous qu’il peut y avoir convergence ou la divergence prévaudra-t-elle? 

    – La taxe carbone a été le détonateur d'une mobilisation ayant pour cibles principales l'injustice sociale et fiscale. Des cibles qui sont également les nôtres. Ce que nous avons pu retenir des discours des Gilets Jaunes, c’est qu’ils étaient également sensibilisés et préoccupés, parfois au premier plan, par la question de la dégradation de l’environnement.

    Il serait terriblement simpliste et réducteur d’opposer fin du mois et fin du monde. L'injustice sociale nourrit la dégradation de l'environnement, les plus riches détruisent la planète : 10% de l'humanité émet 50% des émissions de gaz à effet de serre et seulement vingt-cinq firmes et leurs filiales sont responsables de 71% des émissions de gaz à effet de serre depuis 1988. Le réchauffement climatique accroît les inégalités et les injustices. Nos terroirs disparaissent; les plus pauvres souffrent en premier des pollutions; ils habitent, par exemple, les zones inondables. Combattre pour la justice sociale, c’est aussi œuvrer en faveur de la justice climatique; c’est ce que portent nombre de gilets jaunes.

    900 procès climatiques dans le monde

    L’ONU recense environ 900 procès climatiques actuellement en cours d’examen par les tribunaux de plusieurs pays. En voici quelques-uns.

    – Etats-Unis. Vingt-et-un jeunes Américains de l’association Our Children’s Trust ont saisi la Cour Suprême contre l’ «inaction climatique» de l’Administration Trump. La procédure est suspendue

    – Allemagne. En 2015, un paysan péruvien accuse RWE, entrepreneur allemand en énergie carbonée, de contribuer à faire fondre les glaciers andins, provoquant des risques d’inondation dans les villages de sa région. La Cour d’appel d’Ham en Allemagne a accepté d’examiner sa demande. La décision n’est pas encore prise.

    – Pays-Bas. Le 9 octobre dernier, sur requête de la Fondation Urgenda, la Cour d’appel de La Haye a sommé le gouvernement néerlandais de réduire de 25% les émissions de gaz carbonique dans ce pays. Autre procès climatique: onze mille coplaignants ont récemment exigé que le pétrolier néerlandais change de stratégie et se réoriente vers les énergies renouvelables. La procédure est en cours.

    – Belgique. L’association L’Affaire Climat a réuni, en date du 9 janvier 2019 (les inscriptions se poursuivent), 54.426 codemandeurs afin de saisir la justice belge pour qu’elle impose le respect des engagements pris en faveur du climat aux quatre autorités compétentes du Royaume, à savoir les Régions Bruxelles-Capitale, wallone, flamande et l’Etat fédéral. Cette procédure a été lancée en 2014 mais elle a été ralentie notamment pour une question relative à la langue dans laquelle l’action en justice devait être menée. C’est finalement le français qui a été choisi. Les plaidoiries se dérouleront à l’automne 2020.

    – Pakistan. En janvier 2018, un tribunal de Lahore a imposé au gouvernement la création d’un institut pour observer la mise en œuvre des politiques climatiques, à la suite d’un recours déposé par un agriculteur.

    Article paru le 5 janvier 2019 dans la  Tribune de Genève et  24 Heures et légèrement enrichi.

    Jean-Noël Cuénod

    MERCI AUX COMMENTATEURS DE NE PAS UTILISER CE BLOGUE POUR S'ECHANGER DES NOMS D'OISEAUX.

  • Nouveaux fascismes et vide politique (IV)

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    L'Ur-fascisme dénoncé par Umberto Eco

    Deux attitudes opposées mènent à la même impasse : confondre la période actuelle avec celle qui prévalait entre-deux-guerres et croire qu’en 1945, le fascisme a disparu avec la mort de Hitler et Mussolini.

    La situation présente est née d’un tsunami qui a balayé toute la planète : la mondialisation numérique et sauvage. Elle a non seulement détruit des métiers dont la plupart n’ont pas été remplacés par d’autres activités économiques, elle a surtout transformé le peuple en une myriade de communautés diverses repliées sur leurs origines ethniques, religieuses, culturelles, voire sur leurs réseaux sociaux, placées sous la férule de la consommation. Dès lors, il n’est plus de conscience de classe qui pourrait coaguler les diverses catégories de travailleurs. Seule la très haute bourgeoisie – qui, elle, profite pleinement de la mondialisation – a conservé sa conscience de classe en transmettant à ses rejetons les codes nécessaires pour perpétuer sa domination.

    Le citoyen est remplacé par le client. Alors, comme le veut le vieil adage commercial, le client serait-il roi ? Ah non, faut pas pousser ! Par le pouvoir de la télévision qui a programmé les disques durs cérébraux depuis plus d’un demi-siècle, le client éprouve l’impression du choix. Mais celui-ci lui est dicté par la publicité et renforcé encore par les algorithmes[1]. Si l’on veut attribuer une couronne au client, ce serait celle de Roi des … Non, vous ne me ferez pas dire ce « mot que ma mère m’a rigoureusement interdit de nommer ici » (Georges Brassens) !

    La transformation du citoyen en client a pour effet de l’enfermer dans un statut strictement individuel : « Je choisis ( j’ai l’illusion de choisir) en fonction de mes propres envies (c’est-à-dire celles qu’un réseau complexe d’influences m’a dictées), sans me soucier des autres. » Ainsi séparé, l’ex-citoyen ne dispose plus des moyens collectifs pour assurer la défense de ses intérêts réels (et non pas ceux suggérés par l’environnement publicitaire). Cet individualisme illusoire qui le séduit a pour effet de lui faire perdre son autonomie par rapport aux dirigeants qui maîtrisent sa vie, en tant que patrons ou en tant que fournisseurs de biens. Ce qui est tout, sauf paradoxal.

    Fin des services publics et début des sévices sur le public

    Cet ex-citoyen-néo-client pouvait naguère s’appuyer sur les services publics assurés par l’Etat. Mais l’idéologie de la mondialisation n’en veut pas car elle les perçoit comme autant d’obstacles sur sa route. D’où la grande mode des privatisations qui a commencé dès l’ère Reagan-Thatcher. Elle a eu pour conséquence de supprimer tous les services qui ne sont pas directement rentables à court terme. On en constate aujourd’hui les ravages en France avec ces villes, ces villages, ces campagnes rétrogradées dans les sous-catégories « zone rurale » ou « périurbaine » qui perdent écoles, bureaux postaux, perception, commerces, administration de proximité, tribunaux, hôpitaux, médecins et dont les panneaux « à vendre » décorent de tristesse des maisons à l’abandon.

    Ces populations délaissées rejoignent, quand elles le peuvent, les métropoles régionales pour tenter de trouver du boulot. Elles y subissent une autre déconvenue : au centre-ville, les logements sont hors de prix. Dès lors, elles s’entassent dans les banlieues, souvent éloignées de leur lieu de travail, si du moins elles ont eu la chance d’être embauchées.

    Ces frustrations sont d’autant plus insupportables que, souvent, impôts et taxes augmentent. C’est qu’il faut bien chercher dans les poches de celles et ceux qui ne peuvent pas jouer à saute-frontière, ces fonds que les grands producteurs de la richesse mondialisée transfèrent dans les paradis fiscaux ! Outre la fraude pure et simple – ou plutôt impure et compliquée –, les puissances économiques multinationales exercent l’optimisation fiscale qui utilise les failles des réglementations en restant dans les normes légales.

    « Optimisation » fiscale et « pessimisation » sociale

    Pour les Etat, le manque à gagner causé par ces pratiques se révèle colossal. D’après un article des Echos(à consulter ici), les Etats membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) perdent chaque année entre 86 et 207 milliards d’euros par an ; pour la France, la perte est estimée annuellement entre 30 et 60 milliards, ce qui représente le coût de construction de 418.702 immeubles de logement social[2].

    La Suisse s’est montrée particulièrement performante en matière de paradis fiscal. Les pressions américaines, puis européennes sont finalement parvenues à modérer les effets du secret bancaire. Mais les Etats américains comme le Delaware, le Wyoming et le Nevada ont pris le relai. D’autres ont suivi.De plus, les transferts par internet permettent de faire bouger les fonds de façon quasi-instantanée.

    Pourquoi les Etats, la France par exemple, restent impuissants pour contrecarrer ces pertes abyssales ? Tout d’abord, on a vu que la concurrence pour le moins-disant fiscal entre les Etats est rude. Si la Suisse devient moins attractive, les Etats-Unis, les Pays-Bas, le Luxembourg, Taïwan, Singapour, les îles océaniques feront l’affaire.

     Ensuite – et surtout – la mondialisation a vidé les Etats de leur substance. Ils ne pèsent pas lourd face aux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui maîtrisent le nouveau secteur de l’économie numérique sur l’ensemble de la planète et font de l’optimisation fiscale aussi aisément que Monsieur Jourdain faisait de la prose. Ces GAFAM échappant à tout contrôle démocratique, les vrais décideurs économiques se situent donc hors d’atteinte du débat politique. Ce vide, les actuels dirigeants tentent de le combler par des postures, des discours et de la comm’, se transformant ainsi en communauté réduite aux caquets et ne faisant qu’ajouter aux frustrations et aux colères.

    Nouveaux fascismes et fascisme originel : la leçon du professeur Eco

    La situation d’aujourd’hui est donc bien différente de celle des années 1930, même s’il existe de nombreux points communs entre les deux. Le maillage de l’économie numérique sur la planète a radicalement changé la donne.

    Mais croire que le fascisme est définitivement mort et enterré sous les décombres de Berlin en 1945 est tout aussi illusoire. Il existait sous d’autres dénominations avant d’être incarné par le parti créé par Mussolini en 1921 et son idéologie perdure sous des masques divers d’où notre choix en faveur du pluriel pour définir ces fascismes.

    Comme nous l’avons effleuré lors d’un précédent papier, le philosophe et linguiste Umberto Eco a théorisé la notion d’Ur-Fascisme, le fascisme originel (traduit le plus souvent à tort en français par « fascisme éternel ») dans un article paru en 1995 dans la New York Review of Books (à lire ici en entier). Il y a répertorié les quatorze principales caractéristiques du fascisme à toutes les époques :

    1. Le culte de la tradition
    2. Refus du monde moderne
    3. L’irrationalisme et culte de l’action pour l’action
    4. Le désaccord, l’esprit critique, est une trahison
    5. Refus radical de la différence, raciste par définition
    6. L’appel aux classes moyennes frustrées
    7. L’obsession du complot
    8. Exalter la force de l’ennemi puis la vaincre
    9. Le pacifisme est une collusion avec l’ennemi
    10. L’élitisme de masse
    11. Le culte du héros
    12. Puissance = culte du machisme = mépris pour les femmes
    13. Les individus n’ont pas de droit, seul le peuple...
    14. Invention d’une nouvelle langue, lexique pauvre, syntaxe élémentaire.

    Les fascismes suivent souvent ce cheminement : culture de la nostalgie d’un passé prestigieux ; désignation d’un ou plusieurs boucs-émissaires ; désinformation systématique, démagogie en vue de flatter le peuple pour parvenir au pouvoir ; sitôt cet objectif atteint, gouvernement autoritaire.

    L’actuel vide politique des Etats démocratiques risque fort d’être rapidement rempli par les mouvements néofascistes, englobés sous la frileuse et paresseuse appellation de « populistes ». Les pays à structures étatiques faibles sont, bien entendu, les premiers à être exposés : l’Italie, la Slovaquie, la Hongrie et d’autres. La France paraît moins fragile mais le poids du Rassemblement national est tel qu’il pourrait la faire basculer. Pour d’autres Etats à structures plus solides, la tâche des nouveaux fascistes sera particulièrement ardue, par exemple aux Etats-Unis.

    Si l’on suit les définitions d’Umberto Eco de l’Ur-fascisme, Donald Trump y correspond trait pour trait. En ce sens, il représente la figure exemplative de l’Ur-fasciste contemporain. Néanmoins, ses pouvoirs sont limités par les remarquables et solides institutions étatsuniennes protégées par la balance des pouvoirs et contre-pouvoirs. La presse et les élections sont libres, le Congrès est divisé entre un Sénat républicain et une Chambre des représentants démocrate et trumpohobe, la justice demeure indépendante. Il semble donc impossible qu’une forme ou une autre de fascisme puisse s’y installer.

    Toutefois, il serait imprudent d’écarter tout danger potentiel. La société des Etats-Unis est aujourd’hui aussi divisée qu’elle l’était à l’aube de la Guerre de Sécession. Donald Trump s’est entièrement emparé du Parti républicain alors que le Parti démocrate s’est radicalisé sur le plan social tout en devenant le réceptacle de celles et ceux qui exècrent Trump, notamment les femmes qui ont battu le record du nombre d’élues au Congrès. Désormais, les passerelles entre républicains et démocrates – qui leur permettaient de dialoguer malgré tout et de maintenir la cohésion nationale – s’effondrent une à une. Dès lors, des troubles graves risquent fort de s’ensuivre, avec, dans la foulée, l’adoption de mesures d’exception pour renforcer le pouvoir du président qui, ainsi, pourrait enfin imposer son idéologie ur-fasciste. Ce n’est pas le scénario le plus plausible, certes. Mais on ne saurait l’écarter d’emblée.

    Pour clore, laissons la conclusion à Umberto Eco dans son long article dans la New York Review of Books :

    « Nous devons rester en alerte, pour que le sens de ces mots ne soit pas à nouveau oublié. L’Ur-fascisme est toujours parmi nous, parfois sous des déguisements. Ce serait si simple, pour nous, s’ils apparaissaient sur la scène mondiale en proclamant ‘Je vais rouvrir Auschwitz, je veux voir les Chemises noires parader de nouveau sur les places italiennes’. La vie n’est pas si simple. L’Ur-fascisme peut revenir sous les atours les plus innocents. Notre devoir est de le démasquer et de pointer du doigt chacune de ses nouvelles expressions, tous les jours et partout dans le monde ».

    Jean-Noël Cuénod

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    Nostalgiques italiens saluant le buste de Mussolini

    [1]  Résumé de la définition livrée par Wikipédia : Les algorithmes effectuent des calculs à partir de grandes masses de données (les big data). Ils réalisent des classements, sélectionnent des informations, et en déduisent un profil, en général de consommation, qui est ensuite utilisé ou exploité commercialement.

    [2]D’après la Banque des Territoires, le coût de construction moyen d’un immeuble à vocation sociale était de 145.300 euros en 2016 

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