21/03/2017

Marine Le Pen, sa guerre de retard contre le djihadisme

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Si au soir du 7 mai, Marine Le Pen est élue présidente de la France, les djihadistes pourront faire sauter les bouchons de jus de pomme allal. Sa prestation de mardi soir lors du grand débat de TF1 a démontré, une fois de plus, à quel point son discours monomaniaque sur la frontière est inadapté pour affronter le terrorisme (dessin d'Acé)

Pour s’opposer à l’islamisme radical, la tenancière du clan Le Pen réitère son mantra : récupérer la maîtrise totale des frontières nationales. Ce qui est une illusion ­pour plusieurs raisons. Illusion d’autant plus dangereuse qu’elle peut donner aux citoyens un fallacieux sentiment de sécurité.

Primo, cette « maîtrise totale » est impossible à garantir sérieusement. Aucun Etat n’y est parvenu. Même en 1944, au plus fort des affrontements entre les nazis et les résistants savoyards, la Gestapo n’avait pas pu rendre imperméable la frontière franco-suisse dans la région genevoise. Et même le Mur de Berlin ne fut pas étanche à 100%, puisqu’entre 1961 et 1989, 5 075 personnes réussirent à s'évader de l'Est pour rejoindre Berlin-Ouest.

Secundo, Marine Le Pen refuse de tenir compte de cette réalité : les candidats à l’islamoterrorisme n’ont pas forcément besoin de passer une frontière puisque, pour la plupart, ils vivent en France et en ont la nationalité.

Tertio, cette crispation pathétique sur une frontière mythologisée est le signe que la frontiste a une guerre de retard vis-à-vis du djihadisme. Les idéologues de l’islamisme radical font la promotion de l’Oumma, ce sentiment d’appartenance à une communauté de foi qui transcende les frontières. Or, pour des jeunes en déshérence (provenant des milieux les plus divers), cette notion est porteuse de séduction. Ils appartiennent enfin à une immense famille sans frontière. C’est la force de l’Etat islamique que de s’appuyer sur cette notion d’Oumma pour créer une sorte de nation par-delà les nations. «Où que tu sois, tu es mon sujet», suggère cette idéologie totalitaire.

Dès lors, pour l’islamoterrorisme, la frontière est moins un obstacle qu’une opportunité. Elle lui permet d’utiliser les différences de procédures judiciaires et de méthodes policières entre les Etats pour se glisser entre différents pays pour y semer la terreur. De plus, les pesanteurs bureaucratiques de chaque Etat s’additionnent provoquant de graves défaillances dans la coordination entre des forces de sécurité nationales qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble.

La lutte contre le terrorisme ne saurait se satisfaire de discours simplistes. Il s’agit d’un combat à long terme à mener sur tous les fronts : social, politique, idéologique, diplomatique, policier, judiciaire, militaire. Marine Le Pen a prouvé mardi soir, sur ce chapitre essentiel de sa rhétorique, toute l’étendue de son incompétence.

Jean-Noël Cuénod

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17/03/2017

Présidentielle: la France livrée aux cratopathes

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La monarchie républicaine possède au moins un avantage sur l’autre, la vraie. Pour s’en débarrasser, nul besoin de couper des têtes, elle en est dépourvue. Avec cette présidentielle 2017, voilà un pays, la France livrée à ses cratopathes. Rappelons-le, la cratopathie (cratos=pouvoir, pathos=maladie) a pour effet de vider les têtes et de remplir les grandes gueules.

C’est dans le langage que la cratopathie exerce ces ravages en premier lieu. Orwell l’a dit mieux que personne : la première tâche que s’assigne le pouvoir totalitaire est de transformer la langue, de la plier à ses contraintes, de l’appauvrir pour mieux rendre idiots ses sujets, d’en extirper sa substantifique moelle poétique pour la dévitaliser, car la poésie cachant de multiples significations dans les replis de ses vers, elle doit être réduite à la platitude de l’inique sens unique.

 De grands cratopathes comme Hitler, Staline et Mao ont porté à cette castration du verbe une attention toute particulière. Il est d’ailleurs très symptomatique de constater qu’en tant que poète Mao-Tsé-Toung composait des textes en style classique, alors que tyran, il déniait aux autres écrivain le droit d’en écrire.

Trump, le grand saut des sots

La cratopathie et la Nov’langue orwellienne étaient donc, jusqu’à un passé récent, réservées aux dictatures. Mais voilà que le mal atteint désormais nos démocraties. A cet égard, l’élection de Trump a constitué une « première ». Certes, la parole politique a toujours été sujette à caution. «Les promesses rendent les fous joyeux», comme l’on dit à Genève. Toutefois, Donald Trump l’a réduite à néant, en hurlant des insanités, balbutiant des injures, disant tout, n’importe quoi et son contraire, se faisant une gloire d’être imprévisible, ne connaissant de ses dossiers que les 140 caractères limitant ses tweets. Devant cette trogne qui éructe ses barbarismes incohérents, le monde est saisi de vertige.

Tous les pays d’Europe sont, peu ou prou, affectés par la cratopathie. Toutefois, sur notre continent, c’est en France que cette épidémie sévit avec le plus d’intensité. La plupart des principaux protagonistes de l’ahurissante campagne présidentielle 2017 osent vraiment tout.  Et c’est à ça qu’on les reconnaît, dirait Michel Audiard.

François Fillon, la cratopathie foudroyante

L’exemple le plus consternant de cratopathie en mode foudroyant est, de toute évidence, offert par François Fillon. Il suffit de rappeler ses plus mémorables sorties : «Imagine-t-on (à propos de Sarkozy) le général de Gaulle mis en examen ?» «Si je suis mis en examen, je retirai ma candidature à la présidence». «Je suis mis en examen et je maintiens ma candidature» ; sans oublier les cascades de mensonges quotidiens tellement énormes qu’ils sont démentis le lendemain.

Avec de tels boulets, il plombe son parti dit «Les Républicains». Mais de l’intérêt de son camp, il s’en fiche comme de son premier costume Arnys. Et s’il est tout de même élu, comment compte-t-il gouverner avec toutes ses casseroles qui feront un boucan d’enfer au moindre de ses gestes ? De telles considérations glissent comme des gouttes de pluie sur sa  veste forestière à 5000 euros. Le bien du pays ? Vous voulez rire ! Le cratopathe veut le pouvoir pour le pouvoir, c’est tout, c’est obsessionnel, compulsif, addictif, orgasmique. Si vous n’êtes pas cratopathes, vous ne pouvez pas comprendre.

Fillon se réclame du gaullisme. Qu’il se rappelle l’attitude de son général préféré ; lors de la campagne électorale de 1965, il a interdit à son entourage de diffuser la photo de François Mitterrand recevant la francisque des mains de Pétain. Selon les propos rapportés par Alain Peyrefitte, De Gaulle ne voulait pas porter atteinte à la fonction présidentielle au cas où Mitterrand l’occuperait un jour. C’était en 1965, donc… Autant dire, il y a un millénaire.

Hamon et Mélenchon, la cratopathie sourde et aveugle

La cratopathie a traversé le fleuve de salive électorale pour atteindre la rive gauche. Hamon et Mélenchon disposent à peu près du même volume d’électeurs (de 10 à 15%). Cette division rend impossible la présence de la gauche au second tour et possible la victoire de Marine Le Pen. Devant deux périls de cette ampleur, des responsables politiques normaux, se diraient : «On ne peut pas se piffer. Mais on ravale nos rancœurs et on fait cause commune pour faire front contre le Front et obtenir une chance de figurer au second tour». Mais voilà, la gauche, comme la droite, n’a plus comme dirigeants que des irresponsables politiques anormaux, habités par la cratopathie. La cause du peuple ? Cause toujours, tu m’intéresses ! Enfin, non tu ne m’intéresses plus…

Marine Le Pen, la cratopathie gonflée

Marine Le Pen, elle, a la cratopathie gonflée. Elle donne des leçons de morale à tout l’univers, alors que son Front vachement national siphonne les fonds européens à un point tel que la justice en a été alertée. Le FN est devenu, rappelle «Le Canard Enchaîné», le parti le plus poursuivi de France.  En comparaison, Fillon fait petit casserolier. Le vieux Le Pen fustigeait la «Ripoublique». Le Front l’a conquise, cette «Ripoublique», avant même d’arriver au pouvoir. Très fort. Et pour l’instant, ces poursuites judiciaires n’entament guère le crédit de Marine Le Pen. Pour l’instant…

Emmanuel Macron, la cratopathie effervescente

Emmanuel Macron a la cratopathie juvénile et effervescente. Plus subtile aussi que celle qui accable les autres. Cela dit, le pouvoir, Macron ne pense qu’à ça, quitte à planter tous les couteaux du monde dans tous les dos qui passent à sa portée. Mais en gardant toujours le sourire. François Hollande peut en témoigner. Le futur ex-président n’en est toujours pas revenu.

Il a le crime politique élégant, ce jeune homme. Et il ratisse large. Dans un marais, il se fait grenouille. Dans un nid, il gazouille. En banlieue, le voilà lascar de luxe. Devant la flamme du Soldat Inconnu, il y va de son étincelle. Jaurès lui arrache des larmes de bonheur et Barrès inspire ses collines. Vous êtes un patron, il annonce la diminution de l’impôt sur les sociétés (de 33,3% à 25%). Vous êtes un rurbain ? Il vous promet aussitôt d’exonérer de la taxe d’habitation 80%  des familles. Vous êtes un libéral ? Il réduira de 15 milliards d’euros les dépenses liées à l’assurance-maladie. Vous êtes une infirmière qui bondit d’effroi en apprenant un tel projet ? Smiling Macron vous rassure aussitôt en frisant son regard céleste : le secteur hospitalier ne sera pas concerné. Vous l’attendez là ? Il est ici. Vous l’attendez ici ? Il est ailleurs. A gauche, à droite, au centre, au zénith, au nadir. Aucune particule d’espace ne lui échappe.

Et comment fera-t-il, lui aussi, pour gouverner sans majorité claire et avec autant de supporteurs contradictoires ? De tous les cratopathes, Emmanuel Macron est le moins caricatural mais le plus retors, le plus ficelle. Le pouvoir pour le pouvoir toujours et encore. On verra après.

Pour l’instant, son sourire s’installe partout comme les moustaches de Plekszy-Gladz dans l’album de Tintin «L’Affaire Tournesol». Un sourire qui, par cette omniprésence en devient aussi inquiétant que celui de Joker dans le film «Batman».

Jean-Noël Cuénod 

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22/02/2017

Bayrou centre sur Macron !

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 Lucide, François Bayrou ne briguera pas l’Elysée. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. En septembre dernier, le patron du Modem étrillait Emmanuel Macron. Aujourd’hui, il soutient sa candidature à la présidentielle en lui proposant une alliance.

En choisissant le siège du son parti centriste, le MoDem, pour faire sa conférence de presse, François Bayrou avait donné un petit signe, ce mercredi après-midi. Il y a plus solennel comme cadre pour annoncer que l’on se porte candidat à la Suprême Magistrature. En revanche, pour expliquer que l’on renonce à concourir tout en lançant une proposition d’alliance avec l’un des principaux concurrents de l’épreuve, le lieu était adéquat.

Visiblement, se présenter une quatrième fois démangeait l’« éternel troisième ». Mais la menace d’une victoire possible de Marine Le Pen a servi d’onguent émollient à ce prurit compétiteur. Sans doute aussi, la prudence a sa part dans ce choix. Partir si tard dans la campagne, avec tous les frais que cela suppose pour un résultat qui s’annonçait plus ou moins médiocre, pouvait mettre en cause l’existence même de son MoDem.

Cela dit, lorsque François Bayrou dénonce « la parole politique qui ne vaut plus rien », il doit s’inclure dans cette critique. En septembre dernier, lors d’une interview diffusée par BFMTV, il n’avait pas de mots assez durs pour qualifier Emmanuel Macron, stigmatisé comme « l’homme des puissances financières ». Voici un passage assez croquignolet :

« Il y a là une tentative qui a déjà été faite plusieurs fois par plusieurs grands intérêts financiers et autres, qui ne se contentent pas d'avoir le pouvoir économique, mais qui veulent avoir le pouvoir politique. On a déjà essayé plusieurs fois… On a déjà essayé en 2007 avec Nicolas Sarkozy, et ça n'a pas très bien marché. On a essayé en 2012 avec Dominique Strauss-Kahn… Et ce sont les mêmes forces qui veulent réussir avec Macron ce qu'elles ont raté avec Strauss-Kahn ».

On peut considérer ce revirement sous deux angles. Soit, on qualifie Bayrou de girouette qui grince n’importe comment. Soit on considère qu’il a eu le courage de surmonter sa méfiance de vieux paysan catholique vis-à-vis de l’argent en choisissant de soutenir « l’homme des puissances financières » contre « la femme des puissances obscures ».

Pour sauver la face, Bayrou a proposé à Macron une alliance ponctuée de quatre exigences qui ne mangent pas de pain : primo, créer une « véritable alternance » en rejetant « un recyclage des vieilles idées », secundo, « rédiger une loi de moralisation de la vie publique », tertio, revaloriser de la rémunération du travail pour les salariés et les indépendants, quarto, introduire la proportionnelle aux élections législatives. Toutes ces propositions, Emmanuel Macron peut les signer sans barguigner, elles vont toutes dans son sens. Et bien entendu, l’ex- « homme des puissances financières » a accepté cette alliance quelques minutes après avoir été lancée.

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Cela dit, pour spectaculaire qu’elle soit, cette entente n’en demeure pas moins fragile. Le MoDem a perdu sa substance militante et ne compte, selon les estimations des médias, qu’entre 10 000 et 15 000 membres. Quant au mouvement En Marche de Macron, il revendique 192 000 adhérents. Mais comme on peut s’y inscrire en quelques clics, ce nombre peut tout aussi bien se dégonfler en un clin d’œil. Ou de souris. Or, jusqu’à maintenant, aucun président n’a été élu sans l’aide de grandes machines électorales. Le centriste Giscard d’Estaing – dont le profil est un peu semblable à celui de Macron – l’avait, certes, emporté en 1974 mais grâce à Jacques Chirac qui lui avait apporté, clef en main, le soutien du puissant mouvement gaulliste.

Toutefois, les temps ont changé. Les grands appareils politiques se sont grippés, à gauche comme à droite. Ils n’ont plus auprès des électeurs l’aura qui fut la leur, naguère encore.

  C’est le pari que tente Macron, avec Bayrou comme garant moral : donner au social-libéralisme une incarnation politique dont l’attractivité soit basée sur les nouvelles formes de sociabilité crées par la technologie communicante. Il est jouable, ce pari. Cela dit, à trop miser sur le virtuel, on risque de perdre de vue le réel.

Jean-Noël Cuénod

LA VIDEO DE LA CONFERENCE DE PRESSE DE BAYROU

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19/02/2017

La police est un art

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Avec l’affaire Théo, la police française subit une crise de plus. Pour tenter de comprendre le phénomène, il faut tout d’abord accepter d’entrer dans un monde complexe et bannir deux réactions aussi fausses que traditionnelles : réduire les policiers à un corps de brutes racistes ou les idolâtrer au point de les placer au-dessus des lois (Dessin d’Acé).

Comme localier, puis chroniqueur judiciaire, reporter et enfin correspondant à Paris, le Plouc a fréquenté les policiers pendant quarante ans,en Suisse, en France, en Belgique et en Italie principalement. Délicate cohabitation faite de méfiance réciproque et d’acceptation mutuelle.

Rien n’est plus complexe qu’assurer l’ordre public dans une démocratie. Les accusations de « servir le pouvoir en place » fusent d’emblée. Que ce pouvoir soit de gauche, du centre ou de droite. Le flic… Ce sempiternel suspect qui est toujours présent quand on n’a pas besoin de lui et systématiquement absent en cas d’urgence.

Il est le plus souvent pris entre des feux croisés. Sa hiérarchie, particulièrement en France, exerce des pressions contradictoires en exigeant « du chiffre », quitte à gonfler les statistiques en multipliant les contrôles d’identité, la chasse aux petits délinquants en laissant de côté les gros, source d’ennuis sans fin avec leur cohorte d’avocats. Les contrôles d’identité s’exercent vers la population qui est considérée a priori comme « dangereuse », en premier lieu les jeunes. Le contrôle au faciès n’est jamais bien loin. Selon l’« Enquête sur l’accès aux droits », publiée début 2017 par le Défenseur français des droits, « les hommes perçus comme Arabes/Magrébins ou Noirs (…) rapportent être de 6 à 11 fois plus concernés par des contrôles fréquents (plus de cinq fois en cinq ans) que le reste de la population » (accès au lien du document).

Cette pression de la hiérarchie provoque des tensions toujours plus intenses entre policiers et jeunes Français issus d’une immigration ancienne ou récente. Ces tensions induisent un cycle de haine qui pourrit le climat depuis des décennies. Ponctuellement, les « cités sensibles » le sont tellement, sensibles, qu’elles explosent. Ou alors, les policiers tombent, au péril de leur vie, dans des guets-apens organisés par les petits caïds.

Les commissariats Fort Knox

Des deux côtés, les insultes montent en mayonnaise. Une partie croissante des flics cèdent aux sirènes du Front national  ­– selon une étude du CEVIPOF (Sciences-Po à Paris)  d’octobre 2016, 57% des policiers se disent prêts à voter pour Marine Le Pen à la présidentielle – dont l’idéologie se répand dans leurs rangs. Ce qui, bien entendu, ne fait qu’envenimer une situation déjà bien dégradée.  

La hiérarchie, elle, songe surtout à garder ses fesses au chaud. Quant au pouvoir politique, que ce soit sous Chirac, Sarkozy ou Hollande, il se contente de distribuer des médailles aux policiers méritants, sans remettre en cause cette « politique du chiffre » qui mène à la catastrophe.

Dans cette espèce de guerre larvée entre deux camps, comment voulez-vous que les renseignements de terrain puissent remonter vers la police, puis la justice ? Certes, les fonctionnaires de police judiciaire savent se ménager une clientèle chez les indics. Mais, en bonne police, ce devrait être à l’ensemble des personnels de faire remonter les renseignements. Il arrive à ma mémoire d’ancien localier à Genève que nombre d’affaires résolues avaient eu, à la source, un tuyau ramassé dans la rue par un agent de terrain. Evidemment, claquemurés dans un commissariat tellement bunkerisé qu’en comparaison Fort Knox ferait presque auberge de jeunesse, lesdits agents ne risquent pas d’être submergés par les infos du bitume (photo : le commissariat de Villiers-le-Bel, ville de la banlieue de Paris qui avait essuyé plusieurs jours d’émeute en novembre 2007).

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Assécher le marais stupéfiant

Compte tenu de la situation présente, on ne saurait lâcher des policiers de proximité dans les quartiers les plus chauds. C’est tout un programme à long terme qu’il faudrait élaborer pour que, progressivement, les forces de la République puissent réinvestir ces lieux dans lesquels elle ne peut aujourd’hui pénétrer qu’en formation de combat, lorsque tout est à feu et à sang. Cette réappropriation républicaine passe par l’assèchement des trafics de drogue et autres qui dominent ces cités dites « sensibles » et leur impose la tyrannie des caïds de tous calibres. Or, seule la dépénalisation de l’usage des stupéfiants ferait s’écrouler ce marché souterrain. Mais, en France du moins, ce message ne passe toujours pas. Il faudra pourtant bien s’y résoudre, après cinquante ans d’échecs cinglants de toutes les politiques répressives en la matière.

Il faut aussi que la société française développe une vision plus saine et moins infantile de sa police. Un jour, elle l’encense et lui fait des bisous place de la République. Un autre, elle la traite plus bas que terre. Qu’elle prenne conscience, cette société, que la police est un art et non une science, malgré les nouvelles technologies. Un art bien plus subtil qu’on ne le croit. Il requiert à la fois de la fermeté et de l’empathie, du sang-froid en toutes circonstances, une bonne estime de soi pour ne pas être déstabilisé par les injures, sans oublier cette lucidité qui permet de savoir quand il faut fermer les yeux  – lorsqu’une intervention amène plus de troubles que de bienfaits pour le quartier –  et quand il faut les ouvrir pour frapper lorsque cela est nécessaire. Or, des policiers de ce genre ne tombent pas du ciel. Le pouvoir devra mettre la main à la poche pour leur assurer la formation adéquate. Une formation qui aura aussi pour objet principal de renforcer l’esprit républicain afin de donner à la police les anticorps nécessaires pour résister aux influences frontistes.

La police doit être respectée, il en va de la cohésion sociale. Mais le respect, ça se mérite. La société ne saurait accepter que son délégué à la violence légitime piétine les lois qu’il est chargé de faire respecter.

Jean-Noël Cuénod 

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07/02/2017

François Fillon: Calvin redevient Français

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Lors de sa conférence de presse, François Fillon a constaté que certaines mœurs politiques ne sont aujourd’hui plus acceptées par les Français. Il y a mis du temps! Ajoutons d’emblée, qu’il n’est pas, de loin, le seul politicien à accuser un tel retard à l’allumage moral. Mais pour un candidat qui brigue l’Elysée, ce manque de lucidité est tout de même inquiétant.

Il démontre ainsi que, décidément, les plus hauts responsables de l’Hexagone continuent à vivre dans leur bulle. Et lorsqu’elle crève, ils tombent de l’armoire. A moins que ce ne soit l’armoire qui leur tombe sur la tête.

Pourtant, cela fait tout de même une dizaine d’années que les Français sont devenus plus exigeants en matière de morale politique. Les conséquences de l’affaire Bettencourt ont sans doute tenu un rôle important dans l’échec de Nicolas Sarkozy en 2012. Et l’affaire Cahuzac a plombé le début du quinquennat Hollande. Certes, ces dossiers s’oublient plus ou moins vite. Mais il en reste désormais quelque chose dans la conscience publique.

La France des élus n’a pas encore adhéré aux vertus scandinaves. Mais elle sait maintenant que l’emploi, même légal, des fonds publics à usage familial insupporte les citoyens qui sont confrontés à la difficulté à trouver ne serait-ce qu’un stage pour leurs enfants. D’autant plus que la population est priée – par le candidat François Fillon ­– de se serrer la ceinture. Si l’on promet l’austérité, autant prêcher par l’exemple, sinon l’électeur s’en va déserter l’isoloir ou butiner ailleurs.

Quelques gouttes d’éthique protestante sont ainsi giclées dans les rouages d’une machine électorale qui n’a guère l’habitude de recevoir un tel adjuvant. Sous les yeux écarquillés de Fillon, les temps ont changé. La transparence devient tendance et sera bientôt exigence. Les Français l’ont oublié, mais enfin «notre» Calvin est né sur leur sol ! 

Jean-Noël Cuénod

Editorial paru dans la Tribune de Genève et 24 Heures de mardi 7 février 2017

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02/02/2017

Fillon et le syndrome de la Rolex

 

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Chacun se rappelle l’aérienne formule de Chirac : «Les emmerdes volent en escadrille». Pour François Fillon, ce n’est plus une escadrille qui le vise mais un pont aérien avec tapis de bombes. Lorsqu’il ne s’enferre pas dans de nouveaux mensonges, c’est un média qui sort le dernier scoupe ravageur. Qui sera suivi d’autres.

Lorsqu’une campagne politique déraille dès son début, il est bien difficile de la remettre sur les rails. La faute initiale du candidat de la droite «loden-mocassins à glands» ne concerne pas Pénélope et ses emplois fantômes mais son programme de démantèlement de la sécurité sociale, suivi d’un rétropédalage très laborieux.

Alors qu’il fut premier ministre pendant cinq ans, Fillon n’a toujours pas compris que s’attaquer à la sécu en France, c’est allumer un barbecue de vaches sacrées sur la place centrale de Bénarès.

Dès lors, toutes les accusations qu’il a subies par la suite ont été encore plus vivement ressenties par les citoyens qui tremblent pour leur système de soins. D’autant plus que les prêches austères de ce Savonarole bien coiffé étaient démentis par les largesses qu’il s’octroyait ainsi qu’à sa famille. Sang et larmes pour les poires, champagne et caviar pour ma pomme.

Cela dit, l’affaire Fillon n’est qu’un épisode parmi d’autres dans la grande saga qui lie, souvent pour le pire, argent et pouvoir. Eternelle question mais qui, aujourd’hui, prend une acuité particulière.

Avant que les Trente Glorieuses n’emballent le monde occidental dans le Tout-Economique et sa société de surconsommation, une sorte de statut non-écrit régnait dans de nombreuses démocraties européennes : les magistrats, les députés, les ministres étaient mal payés mais jouissaient d’une position prestigieuse aux yeux du public. Certes, il s’est toujours trouvé des petits malins et des gros corrompus dans ces hautes sphères mais dans l’ensemble, les détenteurs du pouvoir respectaient cette manière de contrat social. Bonne renommée valait mieux que ceinture dorée.

Il en allait de même pour d’autres émetteurs d’influence au sein de l’Etat, comme les instituteurs et professeurs. Ils ne roulaient qu’à vélo mais au village, dans le quartier, chacun levait son chapeau à leur passage. Pour leurs voisins, ils étaient des Messieurs. Pour la plupart de ces hommes de pouvoir et de savoir, le prestige suffisait à leur donner une belle estime de soi et leur permettre d’avancer dans la vie du pas assuré de celui qui se sait reconnu.

Aujourd’hui, ce genre de considération est balayée par l’unique valeur qui ne soit pas relative, celle incarnée par le Veau d’Or. Moïse n’a pas fini de briser de rage les Tables de la Loi.

Le publicitaire Séguéla fut naguère vilipendé pour avoir énoncé, à propos de Sarkozy, sa célébrissime tirade: «Un président qui, à 50 ans, n'a pas de Rolex a raté sa vie.» Il ne formulait pourtant qu’une évidence. Les écoliers ricanent maintenant devant leur prof qui gagne en un mois, ce qu’un dileur empoche en trois jours. Quant aux politiciens, s’ils font du vélo, c’est pour la galerie écolo. Ces hommes, ces femmes qui ont souvent accompli de longues études, voient leurs anciens condisciples faire fortune dans la haute finance ou les grands groupes industriels, alors qu’ils doivent se contenter de revenus qui, en comparaison, relèvent de la roupie de sansonnet. D’où les empilements de mandats. Et les magouilles pour rendre plus valorisantes leurs rémunérations. Histoire de ne pas paraître trop plouc dans les réunions des anciens de HEC ou d’autres grandes écoles.

L’affaire Fillon n’est pas seulement la faillite d’un homme, ni même d’une caste politique. Elle est la conséquence directe de l’effondrement des cadres moraux voulu par la société de l’hypercapitalisme.

Jean-Noël Cuénod

Et pour détendre un peu l’atmosphère, voilà la vidéo d’une chanson de Frédéric Fromet «Femme de François Fillon». A se tordre ! 


Femme de François Fillon - La chanson de... par franceinter

 

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17/01/2017

Macron, rockstar qui déchire sa race

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Impressionnant, le métinge d’Emmanuel Macron, samedi à Lille ! (Photo JNC) Le Plouc s’est rendu dans la capitale des Hauts-de-France pour voir comment fonctionne cette rockstar qui déchire sa race, comme le disent les vieux quand ils veulent faire djeunes. Une Macromania qui déchire aussi la classe politique.

Le Zénith lillois – qui a accueilli Macron et son mouvement En Marche, samedi en fin d’après-midi – contient 7000 places, ramenées à 5000. La vaste salle a été remplie rapidement. Une masse de partisans ou de curieux n’ont pas pu trouver place et sont restés dehors sous un crachin grésileux.

 A chaque étape de sa campagne, « Gueule d’Ange » remplit les plus vastes salles. Qu’on le déteste, qu’on l’adore ou qu’on soit indifférent, force est de reconnaître l’existence d’un phénomène Macron. D’autant plus que les gradins du Zénith ont été pris d’assaut par un grand nombre de ces jeunes, d’ordinaire présentés comme étrangers à la politique. Parmi l’assistance, il se trouvait aussi pléthore d’enseignants qui ont ovationné l’orateur dès qu’il abordait des thèmes chers à leur cœur. Et lorsque l’Habile a promis que, lui élu, il allait revaloriser leur rémunération, ce ne fut pas seulement un triomphe, mais un délire macromaniaque, carrément ! Le corps enseignant, la grande clientèle électorale du PS, s’est-il trouvé un nouveau port d’attache après l’effondrement socialiste ? C’est probable. Voilà qui ne doit pas améliorer le moral des dirigeants de la rue de Solférino qui est aussi dévasté que ce champ de bataille, cher à Henry Dunant.

« Gueule d’Ange » sait tirer

Bulle de savon ? Feu d’artifice d’un soir ? Amorce d’un mouvement de fond ? L’actualité a déjoué tous les pronostics, donc point de prédiction. Lorsque Macron siégeait encore au gouvernement Valls, Le Plouc avait écrit que le jeune ministre devait quitter rapidement son ministère des Finances s’il voulait participer à la présidentielle mais qu’il ne disposait que d’un fusil à un coup pour atteindre son objectif. Jusqu’à maintenant « Gueule d’ange » a démontré qu’il savait tirer. Contrairement à Manuel Valls, il a sauté du pédalo Hollande suffisamment tôt pour ne pas rester englué et pour planifier sa campagne dans de bonnes conditions.

La tactique macronienne consiste à distiller son programme, petit à petit. Il fait l’inverse de Bruno Lemaire, qui, à la primaire de la droite, avait assommé ses électeurs avec un pavé de mille pages. Tellement assommés, les électeurs, qu’ils sont restés évanouis au moment de voter.

Macron, lui, sort un bouquin de 200 pages légères, intitulé « Révolution » – en France tout le monde est révolutionnaire, surtout les conservateurs – qui nous dit tout sur sa grand-maman et ses grandes idées. Non pas un catalogue de propositions mais une amorce de « storytelling » qui en français signifie « amuse-gogos » ou, en version plus salée, « flatte-couillons ». Ses propositions, il préfère les égrener au fil des villes-étapes de sa campagne (Pour le métinge lillois, vous avez le fil de ses interventions sur le compte Twitter @Cuenod).

Faire une campagne « jeune » ne signifie pas renoncer aux bonnes vieilles grosses ficelles. Comme Chirac – un expert jusqu’alors inégalé quoique souvent imité – Macron sert à son public ce que celui-ci souhaite avaler. Avec lui, pas d’hésitation, c’est fromage ET dessert, gauche ET droite. Il fait applaudir François Mitterrand, le général de Gaulle, né à Lille, Martine Aubry, maire de la ville et son prédécesseur Pierre Mauroy, mais aussi Xavier Bertrand, le président de droite des Hauts-de-France et Roger Salengro, ministre lillois du Front populaire qui s’était suicidé en novembre 1936 à cause d’une ignoble campagne de calomnies orchestrée par les journaux d’extrême-droite. Emmanuel Macron ne se contente pas de surplomber le clivage gauche-droite, il plante ses pieds dans les deux camps. Comme la chauve-souris de La Fontaine, Je suis oiseau, voyez mes ailes. Je suis souris, vivent les rats ! » « Bienveillant » tel est le mot d’ordre véhiculé par ses partisans.

L’alcoolisme au Nord, Macron est-il à l’Ouest ?

Et lorsqu’il évoque les ravages du tabagisme et de l’alcoolisme dans les régions du Nord de la France dévastée par la mondialisation, le public ne semble pas lui en tenir rigueur, même s’il se fait rouler dans l’opprobre par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. D’ailleurs, cette attaque conjointe de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite a plutôt pour effet de le placer en ennemi principal des extrêmes, ce qui est favorable à son positionnement politique. De plus, cette « sortie » d’apparence maladroite peut casser son image trop lisse et fait de lui un adepte, toujours en apparence, de ce « parler vrai » qui fait saliver les micros.

A Lille, cette métropole d’une région en souffrance économique, « Gueule d’ange » a déployé ses ailes pour porter secours aux chômeurs. Il y a détaillé ses propositions inspirées par cette « flexisécurité » qui a bien réussi dans les pays scandinaves. Là, nous sommes au cœur du social-libéralisme avec cette proposition nouvelle : remplacer les charges sociales par l’impôt, avec une couverture sociale égale pour les indépendants, les chômeurs et les travailleurs précaires. Ce ne sont plus les salariés et les employeurs qui casquent, mais le contribuable par le truchement d’un impôt, la CSG (Contribution sociale généralisée) que tout le monde paye. Le revenu net se rapproche donc du revenu brut. Le salarié a l’apparence d’une augmentation de salaire et l’employeur voit ses charges se dégonfler. Pour le social-libéralisme à la Macron, c’est une opération doublement gagnante. D’une part, les entrepreneurs pourront davantage investir. D’autre part, les salariés auront plus de pouvoir d’achat. Deux causes nécessaires pour faire repartir la machine à donner du travail. Les patrons sont contents, leurs salariés aussi et le chômage va baisser, que demande le peuple ?

 On pourrait lui objecter qu’au lieu d’investir, les dirigeants d’entreprise seraient tentés de profiter de l’aubaine pour gâter leurs actionnaires. Quant au pouvoir d’achat des salariés, il ne tarderait guère à être rongé par la hausse des prix. Dans ces conditions, la machine à donner du travail risque fort d’être grippée, une fois de plus. Mais le Magicien a certainement une parade. C’est d’ailleurs ce qui fait sa force. Il a réponse à tout. Use du charme de son physique et de son verbe mais aussi de la force de sa culture, qui est réelle, contrairement aux bourrins qui braient dans la classe politique.

Toujours concernant le chômage, Emmanuel Macron propose de créer un service public de la formation continue qui aura pour but de donner une qualification, adaptée aux besoins de l’économie, à chaque chômeur. La proposition a fait un tabac fumant auprès des sympathisants lillois du Zénith.

L’Europe au coeur

L’un des points forts du discours macronien reste cette Europe dont ses partisans brandissent le drapeau à côté de celui de la France. La chose est plutôt rare dans un métinge en Hexagone. C’est peut-être indice montrant que nombre de ses partisans font partie de cette catégorie de Français qui profitent de la mondialisation, comme entrepreneurs ou comme salariés dans les secteurs de pointe. Allez déployer la bannière européenne dans un métinge du Front national et vous m’en direz des nouvelles ! A Lille, Macron a plaidé pour une Europe de la Défense et il commence à dévoiler son plan pour rebouter l’Union : engager une réflexion dans l’ensemble des pays membres, par consultations en ligne des citoyens européens. Le but : fixer les grandes orientations de l’UE pour cinq ou dix ans et les proposer en votation populaire afin de commencer le processus de relégitimation de l’Europe. Preuve que, lui aussi, Macron a de la Suisse dans les idées.

Sur la sécurité, « Gueule d’Ange » se démarque de Manuel Valls « Gueule d’Acier ». Il récuse le mot « guerre » pour qualifier la situation de la France face à l’islamoterrorisme. La guerre suppose l’affrontement avec un ennemi bien précis. Macron préfère parler de lutte contre un mal qui tire sa force de son caractère protéiforme. Une lutte à développer à plusieurs niveaux et dans de multiples domaines, à l’intérieur de la France comme ailleurs. Mais là, Emmanuel Macron ne fait que répéter ce que l’on a mille fois entendu. Il est nettement plus inventif en matière économique ou d’organisation européenne. Que voulez-vous, Macron sent plus la lotion après-rasage que la poudre.

Environnement ? C’est le néant

Economie, Europe, éducation, travail, chômage… Mais rien concernant l’environnement, ce qui est tout de même stupéfiant en pleine saison de pics de pollution. Sans doute, Emmanuel Macron a-t-il estimé que ce sujet n’était pas le plus porteur à Lille. Mais Le Plouc prend les paris que si le Caméléon aux yeux bleus se trouvait dans la Vallée de l’Arve, il débiterait son argumentaire antipollution avec solutions incorporées.

L’une des forces d’Emmanuel Macron est de savoir capter des fonds. Comme ancien jeune prodige de la Banque Rothschild & Cie, c’est la moindre des choses. Organisation de dîners à 7500 euros (le maximum autorisé en campagne électorale) pour riches partisans, mais aussi financement participatif pour récolter les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. A une échelle française beaucoup plus modeste, Macron utilise la méthode Hillary Clinton (financement par les grands décideurs économiques) et celle de l’adversaire de cette dernière au sein du Parti démocrate, Bernie Senders (financement participatif). On retrouve là aussi, la stratégie gauche ET droite de Macron :  il tape les riches ET les pauvres.         

S’y ajoute un prêt bancaire – il ne manque pas de relais dans la finance ­– pour parvenir au plafond de 16 851 000 euros, limite autorisée pour les participants au premier tour de la présidentielle.

Ramassera-t-il les socialistes ?

Pour l’instant, tout roule à la perfection pour « Gueule d’Ange ». Les médias sont à ses pieds et une grande partie du public est enthousiasmée par sa personnalité et son côté, « je prends les bonnes idées à droite et à gauche ». Les jeunes notamment sont indifférents aux querelles droite-gauche qui leur paraissent relever de la chikaya anecdotique plus que d’un vrai débat.

 Mais ce qui fonde aujourd’hui sa force peut faire sa faiblesse. Lorsqu’il devra préciser vraiment son programme, Macron subira des attaques plus ciblées, donc plus efficaces qui chercheront à le pousser dans un camp ou un autre, à sortir ce loup flou, du bois de l’ambiguïté pour le flinguer à découvert. Et puis, l’engouement des médias est aussi passager qu’un rayon de soleil dans l’hiver parisien. Selon la jolie formule de Jean-François Kahn : on lèche, on lâche, on lynche. Pour l’instant, les médias lèchent beaucoup. Cela prédirait-il un lynchage de même intensité ? Macron s’y prépare sans doute.

Autre faiblesse, son mouvement En Marche compte près de 150 000 membres. Mais on y adhère en un seul clic sur le site EM. Cela signifie que l’on peut se désengager tout aussi facilement. Et l’on sait la fragilité des mouvements politiques qui ne repose que sur un seul homme. Toutefois, il n’est pas impossible que le Parti socialiste soit finalement obligé de le soutenir, soit parce que la primaire socialiste ne parvient pas à réunir un nombre suffisamment élevé de votants, ce qui affaiblirait considérablement le gagnant, soit en cas de victoire de l’un des représentants de l’aile gauche du PS, Montebourg ou Hamon, ce qui ferait fuir une grande partie des membres de l’appareil du Parti, alors tentés de voler vers la victoire de Macron. D’ailleurs, derrière le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb – qui a un flair sans pareil pour sentir le vent ­– un nombre croissant d’élus PS se sont d’ores et déjà ralliés à la cause macronienne. Récemment Jean-Marc Ayrault a adoubé

Emmanuel Macron «homme de gauche ». On prépare le terrain, dirait-on. Dès lors, le pari de « Gueule d’Ange » de figurer au second tour reste très aléatoire, mais il ne paraît pas impossible.

Jean-Noël Cuénod

 ESPACE VIDEO

Cette vidéo captée par Huffington Post diffuse un moment assez cocasse du métinge de Lille

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17/12/2016

Pic de pollution et abîmes politiques

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Dans le métro, le bus, la file d’attente au supermarché ou à la poste, sur le trottoir, à la terrasse du bistrot, tous toussent à Paris. Cette année, la toux n’est pas que l’expression de la saisonnière épidémie de rhume. Les pics de pollution qui se succèdent sont les principaux compositeurs de cet oratorio laryngé.

Les pieds de la Tour Eiffel baignent dans la poussière vaporeuse des particules fines ; sur les hauteurs de Montmartre, la cuvette parisienne déborde de cette inondation sèche. Les causes sont bien connues : circulation automobile, guimbardes qui roulent au diésel et dans une mesure moindre, chauffage au bois. Mais y remédier, c’est au-dessus des forces du pouvoir politique.

Les pauvres remèdes prescrits par la Mairie de Paris se révèlent d’une redoutable inefficacité. Supplier les automobilistes de ne pas prendre leur bagnole ou, au moins, de conduire raisonnablement équivaut à tousser dans un violon. La circulation alternée ­ne change rien. Vendredi, le boulevard Blanqui était aussi encombré de véhicules toussophores que d’ordinaire. Même la gratuité des transports en commun n’est qu’une goutte d’air dans un océan de pollution.

L’agence nationale Santé publique France s’époumone à signaler le danger : chaque année, la pollution provoque la mort prématurée de 48 000 personnes dont 34 000 seraient évitables si des mesures antipollution énergiques étaient prises. Après le tabac et l’alcool, l’air toxique est la troisième cause de mort prématurée. On peut s’abstenir de boire ou de fumer. On ne saurait s’arrêter de respirer.

Malgré ces mises en garde, la région parisienne (la métropole lyonnaise est presque dans le même bain ) continue à voir les pics de pollution s’allonger comme le nez d’un politicien en campagne électorale. Chaque acteur se renvoie la patate carbonisée : « C’est pas moi, c’est l’autre ». Donc, rien ne bouge.

La maire de Paris Anne Hidalgo (PS) stigmatise l’automobiliste banlieusard. « La pureté de l’air est un luxe de Bobos que je ne peux pas me payer ; bien obligé de prendre ma bagnole pour aller au boulot », lui rétorque-t-il aussitôt. Quant aux transports publics, mieux vaut éviter le sujet, si l’on ne veut pas énerver le banlieusard. Les retards chroniques des RER ont pris une telle ampleur qu’à plusieurs reprises, la justice des Prudhommes a condamné la SNCF à indemniser des salariés licenciés pour manque de ponctualité. La maire parisienne réplique alors qu’il faut se plaindre à la Région Ile-de-France présidée par son adversaire politique Valérie Pécresse (LR). Laquelle dégage aussitôt en direction de la SNCF. Celle-ci sort sa réponse toute faite : elle n’a pas assez de sous pour investir dans la rénovation du matériel. Les regards convergent ipso facto vers le gouvernement qui se tourne vers Bercy. Lequel annonce que les caisses étant vides, il devient urgent de ne rien faire.

Cette situation démontre à quel point un Etat centralisé peut provoquer, paradoxe apparent, l’éparpillement des responsabilités. Tout est ramené au Centre qui a tellement de chats à fouetter qu’il en perd son fouet et se mure dans une impotence bavarde. La classe politique ne manque pas d’air, dit-on. Nous, si.

Jean-Noël Cuénod

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02/12/2016

François Hollande: la malédiction française

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François Hollande est donc le premier président français de la Ve République à ne pas solliciter un nouveau mandat, sans que la mort – comme ce fut le cas pour Georges Pompidou – n’intervienne. Mais il n’est pas le seul à avoir subi les jeux de massacre de la présidence. Pas un seul chef d’Etat n’a été épargné. Plongée dans l’histoire du masochisme élyséen.

Même la plus grande figure historique de la France du XXe siècle a reçu son lot de baffes. En décembre 1958, Charles de Gaulle est élu président de la République par un collège de grands électeurs (plus de 80.000 parlementaires et autres élus). Comme un vulgaire sénateur. Enfin presque. Dimanche 28 octobre 1962, il gagne son référendum qui attribue au suffrage universel direct le soin de désigner le chef de l’Etat. La France bascule définitivement vers le système présidentiel et la personnalisation du pouvoir. Désormais, le président est oint par la légitimité populaire comme l’Assemblée nationale, tout en disposant, contrairement au parlement, des leviers de commande de l’exécutif.

La première élection présidentielle par le peuple tout entier est donc fixée au 5 et 19 décembre 1965.

Certes, il y avait déjà eu une élection d’un président de la République par scrutin populaire le 10 décembre 1848. Mais à l’époque, seuls les Messieurs avaient la possibilité de glisser dans l’urne le bulletin de leur choix. Or, en 1965, les femmes disposaient aussi du droit de vote qu’elles avaient obtenu à la Libération en 1944. Il faut dire aussi que l’élection de 1848 n’avait pas laissé que de bons souvenirs. Son vainqueur, Louis-Napoléon Bonaparte – neveu suisse du Grand Autre – s’est transformé en empereur quatre ans plus tard à la suite d’un coup d’Etat qui a guillotiné la IIe République.

Charles-le-Balloté

En novembre 1965, donc un mois avant l’élection, un sondage IFOP donne le général de Gaulle, vainqueur dès le premier tour, avec 61%. Et comment pourrait-il en aller autrement ? Le président en exercice a sorti la France de l’enfer algérien, redonné à son pays une place majeure sur la scène internationale, remis l’économie en état de marche et, sous couleur de décolonisation, maintenu l’influence prépondérante de Paris sur le continent africain.

Face à lui, François Mitterrand, incarnation de la IVe République honnie, et Jean Lecanuet, un démocrate-chrétien peu connu hors de son parti MRP, ne font pas le poids. De Gaulle ne se donne pas la peine de faire campagne. Il renonce même à son temps de parole à la télévision qui devient alors l’acteur majeur pour convaincre le public

(Vidéo: François Mitterrand rame devant les caméras de 1965!)


Au soir du 5 décembre, Charles de Gaulle est sonné. Le Général est mis en ballotage par Mitterrand, ce traineur de casseroles, et Lecanuet, ce clone provincial de Kennedy.

Arrivé en deuxième position, François Mitterrand a su fédérer autour de lui toute la gauche, des radicaux jusqu’aux communistes, en passant par les deux partis socialistes (SFIO et PSU). Quant à Jean Lecanuet, le troisième homme, il a privé de Gaulle de nombreuses voix du centre-droit en se faisant le défenseur de l’Alliance atlantique que de Gaulle juge trop liée aux Etats-Unis. Peut-être aussi, les rapatriés d’Algérie l’ont-ils préféré à la Grande Zohra qu’ils accusent d’avoir trahi leur cause.

Le second tour oppose donc le Général à François Mitterrand. Vu avec nos lunettes actuelles, le score obtenu par de Gaulle semble net 55% contre 45%. Mais à l’époque, ce résultat est pris pour une gifle infligée au « sauveur du pays ». Comment continuer à prétendre incarner la France, alors que l’on ne représente qu’un peu plus de la moitié de ses citoyens ? Le Canard Enchaîné se… déchaîne : « Charles-le-Balloté », « Monsieur Tiers[1] ». Des proches du Général témoigneront plus tard de sa grosse déprime. Il voit dans ce score étriqué la marque d’une désinvolte ingratitude. Trois ans après, Mai-68 éclate. Et en 1969, Charles de Gaulle interrompt son second mandat en démissionnant après avoir été désavoué par son référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat. En fait, il ne se sera jamais vraiment remis de qu’il a ressenti comme une mauvaise élection en 1965.

Le septennat de Georges Pompidou a, lui aussi, été interrompu mais par sa mort en 1974, après quatre ans de pouvoir. Cela dit, ses relations houleuses avec son premier ministre Chaban-Delmas, cacique du gaullisme, auraient pu laisser présager une fin de mandat inconfortable.

Giscard, le premier sortant sorti

Son successeur, Valéry Giscard d’Estaing, est le premier président sortant à être sorti. Pourtant, sous son septennat, nombre de réformes populaires, et parfois audacieuses, ont été votées, telles la loi libéralisant l’avortement. Mais ces succès sont éclipsés par plusieurs affaires politico-financières qui touchent son entourage et même sa propre personne. Le Canard Enchaîné révèle que Giscard a reçu une plaquette de diamants de la part de Bokassa, le sanguinaire dictateur centraficain. Lors de la campagne électorale de 1981, des mains ennemies avaient collé sur le portrait en affiche de Giscard d’Estaing des yeux en forme de diamants. Sans doute des mains socialistes, voire même gaullistes. Car si, après le premier tour de la présidentielle, Jacques Chirac, arrivé troisième, appelle, du bout des lèvres, à voter Giscard pour le second tour, son parti RPR fera une campagne souterraine qui a sans doute contribué à l’élection de François Mitterrand, comme le proclamera plus tard dans ses mémoires, Valéry Giscard d’Estaing.

Celui-ci avait battu Mitterrand en 1974. Et c’est donc à lui qu’il devra remettre les clefs de l’Elysée en 1981. On se souvient du départ de Giscard d’Estaing, ridiculement mis en scène (voir vidéo) à la télévision.

Mitterrand sauvé par une défaite

Humiliation suprême pour Giscard, son rival François Mitterrand parviendra, lui, à se faire réélire. Mais grâce à une … cuisante défaite. Le 16 mars 1986, le parti de Jacques Chirac, RPR, remporte les élections législatives. C’est la première cohabitation entre un président de gauche et un premier ministre de droite. Dès lors, dans l’optique de la présidentielle de 1988, ce n’est plus Mitterrand qui porte les responsabilités gouvernementales. Mais comme il reste à son poste de président, il fera jouer toutes les ficelles à sa disposition. Et Dieu sait si elles sont nombreuses ! Il va donc nous ficeler Chirac comme un rôti de bœuf. Et le premier ministre sortira tout cuit du four élyséen. En 1988, le président socialiste décroche un second mandat. Mais l’aurait-il obtenu s’il n’avait pas perdu les élections législatives de 1986 ? On peut en douter.

Chirac mal élu au premier tour

Finalement, Jacques Chirac obtiendra sa revanche en devenant président de la République en mai 1995. Aussitôt, la machine à recevoir des claques se met en marche. Son premier ministre Juppé provoque des grèves monstres par ses réformes de la sécurité sociale et de la retraite. Chirac, qui dispose pourtant d’une large majorité au parlement, dissout l’Assemblée nationale en avril 1997 et se tire ainsi une balle dans le pied. Le président perd les élections qu’il a lui-même provoquées ! C’est une cohabitation à l’envers qui s’instaure avec un président de droite et un premier ministre de gauche. Pendant cinq ans, Jacques Chirac regardera le socialiste Lionel Jospin gouverner en imposant ses réformes, comme les 35 heures de travail hebdomadaire, la couverture médicale universelle et le PACS.

Pour Chirac, sa réélection en 2002 est tout sauf assurée. La France va plutôt bien sur le plan économique et enregistre même une légère baisse du chômage. Mais une série de faits-divers sont exploités par la chaîne TF1, proche de Chirac. Jospin ne voit pas le danger et fait une très mauvaise campagne sur l’insécurité alors qu’il se voit déjà à l’Elysée. Au premier tour, le 17 avril 2002, le candidat socialiste est éliminé au profit de Jean-Marie Le Pen, parvenu à la deuxième place. Mais Jacques Chirac n’a guère brillé et n’obtient que 19,88% des suffrages. A l’époque, c’est le plus mauvais score au premier tour d’un président sortant. Finalement, la mobilisation du centre-droit et de la gauche contre Le Pen, permettront à Chirac de l’emporter largement. Il doit donc son élection plus à un incroyable concours de circonstances qu’à ses propres mérites.

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Le palais des mille et une claques

Le quinquennat (Chirac a raccourci la présidence de 7 à 5 ans) de Nicolas Sarkozy est encore dans toutes les mémoires. Inutile donc d’y revenir sinon pour rappeler les boas que le mari de Carla Bruni a dû avaler. Alors que François Hollande, candidat socialiste, ne suscitait guère l’enthousiasme, Sarkozy a tout de même perdu contre lui en 2012. Et l’on sait le sort humiliant qui est le sien, après sa récente élimination au premier tour de la primaire de la droite.

Il y a donc une malédiction qui s’abat sur les présidents français. S’ils sont réélus, c’est par raccroc. S’ils sont battus, ils ne peuvent plus revenir au pouvoir. Et pourtant, les masochistes ne manquent pas pour conquérir ce Palais des mille et une claques.

Ce système, qui consiste à mettre un maximum de pouvoirs dans les mains d’un seul homme, fait converger vers celui-ci tous les espoirs et donc toutes les déceptions et enfin toutes les colères. C’est un métier de fou. Et à voir l’état de la France, il serait temps d’adopter un régime plus raisonnable, moins autocentré, avec une répartition des pouvoirs plus démocratiques. Les présidents s’en porteront mieux et leurs citoyens aussi.

Jean-Noël Cuénod

 

 

[1] Allusion au fait qu’en comptant les abstentions, le président n’a été élu qu’avec un tiers du corps électoral. Ce sobriquet renvoie aussi à la figure détestée de « Monsieur Thiers », soit Adolphe Thiers, premier président de la IIIe République, qui avait ordonné le massacre des insurgés de la Commune en mai 1871.

 

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28/11/2016

Contre Fillon, Marine Le Pen en Jeanne d’Arc prolo

« C'est le pire programme de casse sociale qui ait jamais existé ! » Marine Le Pen donne le ton d’emblée lundi matin au micro d’Europe1. Elle sera la Jeanne d’Arc des prolétaires français contre François Fillon. La gauche, elle, contemple ses nombreux nombrils en éruption.

Le succès de François Fillon à la primaire de la droite est d’une telle ampleur qu’il est devenu, dans son camp, le seul dispensateur des gamelles. Dès lors, ceux qui le trouvaient trop libéral, trop catho, trop conservateur feront désormais bloc derrière lui. Pour mener sa politique, il aura un vaste appareil à sa main et pléthore de courtisans à sa botte.

Et quelle politique ! Car Marine Le Pen touche juste, hélas, lorsqu’elle dénonce une « casse sociale » sans précédent.

Au fil de la Ve République, la droite de gouvernement a toujours fait attention de tempérer un tant soit peu sa politique en faveur des classes possédantes et conservatrices qui l’avaient élue au pouvoir. De Gaulle avait signé en 1967, « la participation des salariés aux fruits de l'expansion des entreprises ». Giscard s’est lancé dans des réformes sociétales qui auraient pu être le fait d’un gouvernement de gauche, telle la loi sur l’avortement. Jacques Chirac a été élu en promettant de réduire la « fracture sociale ». Promesse non tenue, certes, mais l’avoir énoncée traduisait au moins un certain souci de ne pas s’adresser qu’aux nantis. Même Sarkozy n’avait pas osé toucher aux 35 Heures, malgré ses tartarinades ultracapitalistes.

François Fillon, lui, jette les derniers masques effilochés du gaullisme social. Son mentor Philippe Seguin doit se retourner dans sa tombe. En lisant son programme (une légère recherche Google suffit à le trouver ), on y apprend que Fillon avantage systématiquement les ménages aisés[1], supprime l’Impôt sur la fortune[2], augmente la TVA (taux normal) de 20 à 22% afin de compenser la baisse des charges patronales. Or, la TVA est un impôt particulièrement injuste socialement puisque chacun l’assume au même taux.

Mais il y a encore plus pernicieux. Outre la suppression des 35 Heures, Fillon lancera un assaut quasi-thatchérien contre les organisations de salariés en supprimant le monopole syndical au premier tour des élections professionnelles, ce qui aura pour effet de favoriser les candidatures individuelles qui, ainsi, n’auront plus besoin de l’affiliation à un syndicat. Fillon veut donc rendre encore plus faibles les syndicats français qui sont déjà mauvais état. Or, on sait la difficulté que connaît la France à organiser un véritable dialogue social, faute, justement, de syndicats vitaminés. Fillon ne veut avoir en face de lui qu’une organisation, sans tiers inopportun, soit le MEDEF (pour les non-Français, l’organisation patronale) afin de mener une sympathique collaboration entre lui et ceux qui l’auront fait élire.

Devant ce programme d’une agressivité antisociale inouïe, les syndicats semblent anesthésiés. Or, c’est pourtant leur existence qui est en jeu. Quant à la gauche, elle ne parvient pas à sortir la tête de son tout-à-l’égo et son électroencéphalogramme a la platitude des mornes plaines. Face à une offensive antisociale de grande envergure, vers qui les classes populaires vont-elles se tourner à la présidentielle 2017 ? Poser la question, c’est y répondre. Si les partis de gauche continuent leur marche vers le suicide collectif, ils seront éliminés dès le premier tour. Et lors d’un second tour entre François Fillon et Marine Le Pen, il est fort possible que la patronne du Front national reçoive moult suffrages provenant des électeurs de gauche révulsés par le programme Fillon. On aura beau dire que la touche populaire du discours frontiste n’est que de la frime propagandiste, que dans le sud de la France le Front sauce Marion Maréchal-Le Pen développe une politique ultralibérale, ce discours ne passera pas, tant sont fortes les menaces que font peser les propositions Fillon sur les équilibres sociaux.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Relèvement du plafond de l'avantage fiscal tiré du quotient familial, de 1510 euros à… 3.000, soit un cadeau fiscal aux familles nanties de 10 milliards d'euros.

[2] Signalons en passant que même la Suisse connaît un impôt sur la fortune.

17:41 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : fillon, marinelepen, france, présidentielle2017 | |  Facebook | | |

23/11/2016

Fillon et Juppé, un vrai désert… rural !

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Connaissez-vous Champeaux-la-Chapelle-Pommier ? Non ? Vous avez tort. Avec ses deux Eglises romanes et son Château des Bernardières, cette commune vaut le détour. Elle présente aussi un autre aspect, plus troublant.

Avec ses 148 habitants, elle se situe au centre du Périgord Vert, au Nord du Département de la Dordogne, dans le canton de Brantôme. On y cultive son verger. On y chasse la palombe. On y traque les sangliers qui vous massacrent les cultures, ces sagouins de cochons ! Ses bois touffus de châtaigniers, de chênes, de pins, ses sentiers où les noisetiers égrènent leurs chapelets, ses prés d’un vert tellement lumineux qu’il font pâlir le soleil, cachent un désert qui n’est pas fait de sable mais de vide républicain.

Tranquilles, les Champenois ? Tranquilles car on n’est pas des furieux dans le coin. Tranquilles mais la colère rentrée comme un sanglot qu’on étouffe. Toutefois, elle commence à sortir, cette colère, et à prendre le chemin des urnes. Au premier tour des élections régionales de 2010, la liste du Front national parvenait tout juste à dépasser la barre des 5% à Champeaux-La-Chapelle-Pommier. Lors de la même élection en 2015, le candidat frontiste y est arrivé largement en tête avec 46,27% des voix. Une progression supérieure à 40% en cinq ans !

Or, l’extrême-droite n’a pas de racine sur cette terre périgordine dont les habitants ont été façonnés par le radicalisme anticlérical, le communisme rural et le gaullisme social. Le Parti socialiste avait progressivement capté le vote communiste en déclin. Pendant des années, le Front national ne mordait pas sur cet électorat profondément républicain.

« On cherche médecins, désespérément ! »

Les choses ont commencé à changer à la fin de la première décennie 2000. Pourquoi ? Celui qui ne désigne qu’une cause est certain de se tromper. Mais lorsqu’on partage un pineau avec les habitants du lieu, un motif de plainte revient souvent sur la toile cirée : « Ici, c’est le désert. Il n’y a plus rien. Tenez, à Mareuil (un bourg de plus de 1000 habitants) – ils en sont réduits à planter une banderole pour chercher un médecin ! » (Voir la photo).

 Il y a une trentaine d’années, j’allais le dimanche chercher ma tarte chez le boulanger de Champeaux. Tout le village embaumait le gâteau juste sorti du four. Quant à la poste, elle était à côté, à Rudeau. Puis, la poste a fermé. Et le boulanger s’en est allé à Nontron, la sous-préfecture. Les gendarmes ? On pouvait se rendre à leur poste de Mareuil, il y a encore quelques années. Aujourd’hui, la caserne est bouclée. Ailleurs, des classes ferment et des écoles menacent de disparaître. La justice ? Naguère, Nontron disposait de son Tribunal d’Instance. C’était pratique pour trancher les différends entre propriétaires forestiers ou régler les nombreuses embrouilles de voisinages. Et puis, ça faisait vivre les commerces et les bistrots. Depuis la réforme Dati, le Tribunal est rayé de la carte judiciaire et la salle d’audience n’accueille plus que des concerts. Les dossiers des justiciables de la région s’empilent au Palais de Justice de Périgueux, déjà fort embouteillé.

L’essence du problème

La moindre démarche administrative provoque la perte d’une journée pour accomplir les 40 ou 50 kilomètres qui séparent ces villages de Périgueux, le chef-lieu du Département. Et comme il manque TOUJOURS une pièce ou un document, c’est une journée supplémentaire qui sera fichue. Bonjour la facture de carburant !

Internet ? N’en bénéficient que ceux dont la ligne est « éligible » par un opérateur. Les autres – la majorité – sont bons pour ramer au lieu de surfer.

Bref, le désert rural s’est désormais installé dans le Périgord Vert qui n’est d’ailleurs pas forcément le plus mal loti de la province. Car ce phénomène se vérifie un peu partout dans ces immenses espaces qui s’étendent entre les métropoles régionales surpeuplées. Que disent les candidats à l’élection présidentielle ? Sous Sarkozy, le désert rural n’a cessé de s’accroître. Mais la gauche avec Hollande n’a pas fait mieux. Quant aux deux candidats de la droite, Alain Juppé et François Fillon, on ne peut pas dire qu’ils prêchent dans le désert rural ! Il faut fouiller dans leurs programmes pour trouver bien peu de biscuits. Aucun d’entre eux n’a prévu un chapitre entier sur la ruralité.

Fillon et Juppé peut diserts sur le désert

Chez Fillon, des mesurettes figurent sous la rubrique « collectivités locales », mais qui recouvre aussi les grandes villes. La moins anodine de ses propositions : « Donner aux communes une véritable autonomie fiscale, c’est-à-dire des ressources fiscales propres dont elles puissent faire varier les taux. » Une méthode à l’Helvétique mais qui est formulée en termes tellement vagues qu’elle a la consistance d’une motte de beurre oubliée au soleil.

Chez Juppé, c’est pire. En rubrique « numérique », on déniche une vague promesse d’améliorer la couverture du haut débit sur tout le territoire.

Il ne fait aucun doute que Marine Le Pen, elle, va s’engouffrer dans la brèche laissée béante par les autres dirigeants pour s’adresser à ces ruraux qui sont sortis des radars politiciens.

Au-delà des ennuis quotidiens qu’il suscite, le désert rural sape aussi, peut-être surtout, le moral. L’impression d’être abandonné, délaissé, ignoré, méprisé prend le dessus. Quand on parle des banlieues, les médias évoquent « ces territoires perdus de la République ». Il est d’autres « territoires perdus de la République ». Leurs habitants ne brûlent pas de voitures. Mais ils votent Front national. On peut les désapprouver. Mais on doit les comprendre.

Jean-Noël Cuénod

18:01 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : juppé, fillon, présidentielle2017, france, ruralité | |  Facebook | | |

21/11/2016

Le bedeau Fillon et ses cathos-trotskistes

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Le triomphe de François Fillon au premier tour de la primaire de droite marque la revanche du mouvement anti-mariage gay. Ce digne représentant de la France des diocèses a misé, mieux que ses adversaires, sur les réseaux du catholicisme qui restent d’importants pourvoyeurs de voix, outre-Jura. Il a reçu l’actif soutien du mouvement Sens Commun, ces cathos-trotskistes qui ont pratiqué l’entrisme au sein du Parti dit « Les Républicains » (LR).

Réaliste, l’ancien premier collaborateur de Sarkozy sait qu’il ne peut pas abolir la loi sur le mariage homosexuel, même si ce n’est pas l’envie qui lui manque. Mais de tous les candidats de la droite – l’extrême-droite comprise, à part le caricatural Poisson –, c’est lui a développé le plus nettement la rhétorique anti-gay. A maintes reprises durant sa campagne, il a promis d’interdire l'adoption plénière aux couples homosexuels.

Parmi les réseaux les plus efficaces, Fillon a pu compter dès septembre sur le soutien du mouvement Sens Commun. Fondé en décembre 2013, il est composé de jeunes gens bien coiffés, bien nés, bien élevés, bien baptisés, bien organisés, bien formés intellectuellement et portant parfois des noms de trombones à coulisse. Une grande partie d’entre eux sont issus des manifs contre le mariage homosexuel. Leur ancien président, Sébastien Pilard, et leur porte-parole, Madeleine Bazin de Jessey — furent les figures les plus en vue des Veilleurs, ces jeunes cathos intégristes qui priaient devant le ministère de la Justice pour qu’une intervention divine vienne interrompre le cours satanique de la Loi Taubira.

Afin de donner un contenu plus terrestre à leur action, ces Taubirophobes ont créé Sens Commun qui ne compterait, selon son site, que 9000 adhérents. Mais au nombre, ils préfèrent la cohérence idéologique. Se développer dans le seul but de grossir le volume des cartes d’adhérents n’a guère de sens pour…Sens Commun. Il s’agit surtout d’assurer à ses partisans une forte ossature politique pour qu’ils soient à même d’investir les postes à responsabilité au sein du parti LR.

Le site de Sens Commun est, à cet égard, fort explicite. Il revendique « 22 élus départementaux et régionaux et plus de 250 élus municipaux ainsi que de très nombreuses personnes œuvrant au sein des Républicains, tant au Conseil National que dans les Comités de circonscription ou encore au sein des délégations de fédération sur l’ensemble du territoire. » Le nouveau président de Sens Commun, Christophe Billan, est d’ailleurs membre du Secrétariat national du parti LR.

Les trotskistes français avaient appliqué la même tactique à l’endroit du Parti socialiste durant les années 1980. L’actuel premier secrétaire du PS, Cambadélis, en est un exemple ainsi que Lionel Jospin et Julien Dray entre autres.

Il est probable que Sens Commun parviendra encore à gravir les échelons du parti de la droite de gouvernement. Il a déjà trouvé son cheval de Troie, en la personne de l’ex-premier ministre : « Nous saluons avec joie la qualification de François Fillon au second tour de la primaire, illustration de sa droiture, cohérence et dignité » a proclamé ce mouvement dans un communiqué.

En abandonnant Sarkozy pour soutenir Fillon, Sens Commun a, semble-t-il, misé sur le bon cheval.

Jean-Noël Cuénod

17:13 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fillon, sarkozy, présidentielle, france, catholiques | |  Facebook | | |

27/10/2016

L’inquiétant divorce entre l’Etat et ses forces de l’ordre

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Des policiers qui manifestent en cagoule contre le gouvernement comme des activistes du Black Block… Ce spectacle s’est déroulé à Paris et dans d’autres villes françaises. Lorsqu’une scène de divorce éclate entre l’Etat et les détenteurs par procuration de sa violence légitime, il y a toujours de quoi s’inquiéter.

Certes, par le passé, les fonctionnaires de police ont déjà défilé dans la rue, notamment lorsque Robert Badinter et Christiane Taubira étaient gardes des Sceaux. Mais leur grogne se tournait principalement vers un ministre représentant la justice, dénoncée de façon sempiternelle comme « laxiste ». Aujourd’hui, si les policiers en colère visent aussi le « laxisme des juges », ils fourrent dans le même sac d’opprobre le gouvernement, leur hiérarchie et même leurs syndicats qui s’efforceraient plus de les calmer que de les défendre. En France, ce phénomène s’est déjà constaté dans d’autres secteurs avec les « coordinations » émanant de la base et débordant les syndicats.

La réaction classiquement complotiste à ce genre de phénomène est d’y voir la main, ou plutôt « la patte » – pour reprendre l’expression du premier secrétaire socialiste Jean-Christophe Cambadélis – du Front national comme organisateur de la révolte. Naguère, le patronat dénonçait le Parti communiste comme source des troubles sociaux. Jadis, l’Eglise catholique vilipendait la Franc-Maçonnerie coupable d’avoir dirigé la Révolution française. Réaction dangereuse dans la mesure où, désignant un bouc émissaire agissant ex machina pour semer le désordre, elle occulte les véritables maux qui ne viennent pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Le Front national va certainement récolter les raisins de la colère policière. Mais il n’a pas attendu les mouvements policiers de cet automne pour en tirer sa piquette. Une étude du CEVIPOF (Sciences-Po à Paris), publiée en décembre 2015, démontrait que 51,5% des policiers et militaires ont voté FN l’an passé contre 30% en 2012.

La colère des policiers couvait depuis plusieurs années : travaillant dans des conditions souvent indignes, mal payés, peu considérés par la hiérarchie qui leur donne des ordres contradictoires (à méditer en France, cette formule de l’Armée suisse : ordre + contrordre= désordre !), taillable et corvéable à merci et désormais cibles, non seulement des terroristes, mais des voyous qui cherchent à les assassiner en leur tendant des guets-apens. Nul besoin du FN pour se mettre en colère !

La grande faute du gouvernement socialiste est d’avoir cru qu’oindre les policiers de belles paroles et leur faire miroiter d’émouvantes promesses suffiraient à les rendre patients. Hélas, les améliorations ont bien du mal à descendre jusqu’à la base, freinées qu’elles sont par un appareil hiérarchique pesant. Dès lors, agacés par ces discours lénifiants qui ne trouvaient aucune traduction sur le terrain, les policiers ont explosé. C’était couru d’avance.

Gonflé, Sarkozy !

Toutefois, à la source des maux actuels, on ne trouve ni François Hollande, ni le premier ministre Valls, ni le ministre de l’Intérieur Cazeneuve mais le ci-devant président Nicolas Sarkozy. L’ancien « premier flic de France » tente, avec sa frénésie coutumière, de profiter de la situation pour se poser en défenseur de la police. Vraiment, Sarko ose tout, et c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît ! Quelles sont les principales revendications des policiers, outre l’anonymat dans certaines procédures et la mise au même niveau que les gendarmes en matière de légitime défense ? L’augmentation des effectifs et l’arrêt de l’absurde politique du chiffre. Or, dans les deux cas, l’ancien chef de l’Etat français est en cause.

Sarkozy et Cazeneuve se sont jetés des statistiques à la tête concernant le nombre d’emplois supprimés dans la police. Qu’en est-il vraiment ? L’estimation la plus fiable est tirée d’un rapport de l’Assemblée nationale daté du 9 octobre 2014 que l’on peut lire en cliquant ici. Il en ressort que durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy les effectifs policiers ont baissé de 6 093 postes. C’est surtout, sa « culture du résultat », sa « politique du chiffre » qui ont exercé leurs  ravages dans la police. Certes, il est fort légitime d’améliorer le taux d’élucidation des affaires. Mais en fixant des objectifs « d’en haut », à la française, sans tenir compte de la base, le président Sarkozy a abouti à la déplorable situation actuelle.

Les échelons supérieurs de l’usine à gaz hiérarchique reçoivent les objectifs fixés par le gouvernement et les font descendre vers les échelons inférieurs sans trop s’en préoccuper. L’important, à ce haut niveau, étant de participer à la lutte des places et non de se soucier de la piétaille. Dès lors, les policiers de base sont accablés d’objectifs souvent incohérents, compte tenu de la réalité du terrain. Que se passe-t-il souvent ? Les responsables des commissariats demandent à leur troupe de cibler les affaires faciles « qui font du chiffre » au détriment d’autres plus longues, plus difficiles à élucider ; il s’agit alors de dissuader les victimes de porter plainte. Résultat : mécontentement de la population et frustration des policiers. « La justice poursuit le crime mais en boîtant » pour reprendre l’expression de feu Raymond Foëx, procureur général genevois.

Police-justice, le lieu des malentendus

Il existe un autre mal policier, plus profond et bien plus ancien que l’époque « SarkHollande », à savoir l’incompréhension entre policiers et magistrats. Depuis la nuit des temps, les premiers accusent les seconds de « laxisme » en sortant ici ou là moult chiffres ébouriffants. S’il convient de prendre les statistiques en général avec circonspection, il faut d’autant plus s’en méfier en matière pénale ; les situations y sont tellement complexes qu’elles ne sont guère quantifiables. Ces chiffres-là ne donnent que des idées toujours vagues et souvent fausses.

Avec cette prudente réserve que nous venons d’invoquer, constatons que les prisons françaises sont pleines à craquer (106% de taux d’occupation). Entre 2000 et 2012, le nombre de condamnations pour violences volontaires a augmenté de 62% selon l’Observatoire français de la délinquance et des réponses pénales. Il ajoute que cette hausse n’est pas due à une explosion des méfaits mais plutôt à une meilleure prise en compte par la société et à une réponse pénale plus ferme qu’auparavant.

L’impression de « laxisme » semble surtout provoquée par le fait que nombre de jugements pénaux ne sont pas exécutés. Ainsi, au 1er avril 2016 ­– nul poisson à l’horizon, rassurez-vous ! –  7.300 peines fermes prononcées au Tribunal de grande instance de Bobigny étaient en attente d'exécution, faute de personnel. On comprend dès lors, la rage des policiers qui sont nargués par les délinquants qu’ils ont arrêtés, qui ont été condamnés et qui, malgré cela, restent en liberté. Mais c’est bien à tort que leur rage est dirigée contre les magistrats. Ils sont les premières victimes d’un système complexe qui réclamerait, pour avoir un semblant d’efficacité, un personnel bien plus nombreux.

En fait, cette incompréhension entre policiers et magistrats trahit l’hypertrophie centralisatrice de l’Etat en France qui multiplie les rouages administratifs. Dans d’autres pays, les corps intermédiaires entre police et justice sont moins nombreux. L’une et l’autre connaissent donc mieux leurs missions respectives et leurs problèmes spécifiques.

La révolte policière est, au sens premier du terme, une affaire d’Etat.

Jean-Noël Cuénod

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30/08/2016

La droite aïoli se prend les pieds dans le burqini

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Valls, Sarkozy et les municipalités de la droite aïoli se sont pris les pieds dans le burqini. La ficelle était pourtant bien épaisse. Le Conseil d’Etat (équivalent en Suisse du Tribunal administratif fédéral) a donc annulé la décision prise par le maire LR de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) d’interdire le burqini sur les plages de son territoire. Les intégristes musulmans ont aujourd’hui beau jeu de crier victoire. Leur piège provocateur a parfaitement fonctionné. En plaçant cette question sur le plan du droit, les élus de droite et le gouvernement Valls leur ont fait une superbe passe dans les seize mètres… Et boum, tir en pleine lucarne !

Avant d’examiner la décision du Conseil d’Etat et ses conséquences, quelques considérations générales sur cette vestition hydro-islamiste. Que le burqini emblématise la régression des droits de la femme, c’est une évidence, même en pays musulmans. Le Plouc a bourlingué au Maroc dans les années 70, est parti en reportages à Alger en 1974 et 1988. A cette époque, le port du burqini aurait provoqué les rires et les moqueries des jolies «gazelles» qui bronzaient en maillot de bain deux pièces sans que des barbons barbus s’en offusquassent.

Revêtir un burqini n’est jamais un libre choix, quoiqu’en disent celles qui le portent. Il s’agit de cacher le corps féminin du regard des mâles, considérés comme des animaux incapables de maîtriser les élans priapiques de leur concupiscence satanique. C’est la plus détestable image des relations entre hommes et femmes qui soit.

Si la France a réagi de façon aussi «burqiniphobe», contrairement à certains pays voisins comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, c’est qu’elle a développé depuis des siècles la galanterie de cour qui a influencé toute sa société. Cette galanterie est faite de séduction légère, de badinerie réciproque, de joutes oratoires, de courtoisie taquine. La femme y règle son jeu et l’homme se plaît à s’y conformer. Transformer le corps féminin en une sorte de saucisson à la pelure de Néoprène est incompatible avec cette relation qui donne tant d’agrément aux relations humaines. Que les peuples qui ont le français en partage y tiennent, quoi de plus normal ? Mais éradiquer le burqini par la voie règlementaire, c’est une autre paire de manche. Elle a rapidement trouvé ses limites au Conseil d’Etat (voir ci-dessous l’extrait le plus important des considérants de cette juridiction).

La rapide généralisation du burqini induit à penser qu’il y avait anguille sous roche et qu’il s’agissait pour les intégristes musulmans de montrer qu’ils faisaient « corps à part » avec le reste de la société française. En cherchant à provoquer la réaction des autorités, pour mieux se draper dans la toge victimaire, ils ont réussi leur coup. Le burqini a reçu la bénédiction de la justice française qui, en l’occurrence, n’a fait qu’appliquer la loi.

Faut-il alors introduire un texte spécifique, voire changer la Constitution pour interdire une tenue de bain, comme l’a proclamé, lundi, Nicolas Sarkozy ? Le simple fait de poser cette question montre que nous nageons en pleine folie. La Constitution règle les grands principes mais ne doit pas s’abaisser à traiter des questions d’ordre textile au risque de diluer lesdits grands principes dans l’accessoire et le dérisoire.

 Si l’on suit cette pente vertigineuse, on peut s’attendre au pire pour notre liberté individuelle. Les intégristes musulmans pourraient alors se sentir en droit de faire interdire les minijupes, le string, les cuissettes (pour les Hexagonaux, il s’agit de l’expression suisse-romande pour le mot franglais short). Le droit serait ainsi transformé en vaste champ de bataille religieux.

Pour combattre le burqini, le dialogue dans la fermeté et la persuasion restent les meilleures armes. Il faut expliquer les raisons qui président à notre rejet de cet emblème de la servitude. Certes, cela fait moins de bruit dans les médias, c’est moins gratifiant pour le politicien en mal de « beuze ». Mais, petit à petit, au fil des discussions, avec le temps, le burqini retrouvera la seule place qui lui est légitime : la poubelle.

 Jean-Noël Cuénod

 

Principaux extraits de la décision du Conseil d’Etat annulant l’interdiction du burquini

 

(…)Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée. Dans ces conditions, le maire ne  pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la  plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre  public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle (…)

18:55 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : burqini, islam, france, sarkozy, valls | |  Facebook | | |

04/05/2008

Faut-il tuer le mot «socialisme»

1894325202.jpgDéputé-maire de la ville d’Evry dans la région parisienne, Manuel Valls (45 ans) est l’  « éléphanteau » qui barrit le plus fort dans le marigot socialiste français. Il vient de publier un bouquin «Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche!» (éditeur : Robert Laffont) qui a le mérite de sortir le PS d’outre-Jura de sa torpeur idéologique. Certes, le propos n’a rien d’un texte doctrinal. Il s’agit d’un livre d’entretien (avec le journaliste Claude Askolovitch, du «Nouvel Observateur») qui préfère le raccourci saisissant à l’analyse fouillée. On attend toujours l’ouvrage de fond qui se consacrera à l’aggiornamento du socialisme démocratique vis-à-vis de la nouvelle donnée géopolitique imposée par la mondialisation. Et vu le niveau actuel du débat au sein de ce parti, il serait surprenant que cet ouvrage naisse dans le contexte du PS français.

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16:15 Publié dans Livres, Politique française | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |