23/11/2018

POESIE à lire et à ouïr - TRACES

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Pour ce samedimanche qui s’avance. Un poème à lire et à ouïr. Et à caresser dans le sens du poil. (photo JNC)
 

A LIRE

La nuit s’enfonce dans la forêt
Prédatrice à pas de lynx sur la neige
Silence des oiseaux et des renards
Immobilité des hardes et des hordes
Epées aux fourreaux crocs sous les babines
Hors de portée des armes la nuit
Cette nuit à nulle autre pareille
 
Toutes les traces mènent à la peur
Toute la forêt tend sa jugulaire
Se soumettre se démettre et s’omettre
La mort plutôt que l’attente gelée
La mort plutôt que le ciel muet
La mort plutôt que la lune engloutie
 
Même le feu gît au sein de la glace
Comprimé réprimé et déprimé
Il suffirait d’une seule parole
Une seule pour attirer l’éclair
Et embraser de joie nos horizons

Jean-Noël Cuénod

A OUÏR


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20/10/2018

Poème à lire et à ouïr: TRACES

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Pour ce samedimanche qui s’avance. Un poème à lire et à ouïr. Et à caresser dans le sens du poil.

A LIRE

 La nuit s’enfonce dans la forêt

Prédatrice à pas de lynx sur la neige

Silence des oiseaux et des renards

Immobilité des hardes et des hordes

Epées aux fourreaux crocs sous les babines

Hors de portée des armes la nuit

Cette nuit à nulle autre pareille

 

Toutes les traces mènent à la peur

Toute la forêt tend sa jugulaire

Se soumettre se démettre et s’omettre

La mort plutôt que l’attente gelée

La mort plutôt que le ciel muet

La mort plutôt que la lune engloutie

 

Même le feu gît au sein de la glace

Comprimé réprimé et déprimé

Il suffirait d’une seule parole

Une seule pour attirer l’éclair

Et embraser de joie nos horizons

Jean-Noël Cuénod

A OUÏR
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17/09/2018

Poésie à lire et à ouïr : PROCESSUS

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Cette sculpture en bronze de Philippe Pasqua, intitulée Face Off, est installée dans le superbe parc de Chamarande en Essonne. (Photo JNC)

A LIR

Frais pondu, un poème à lire et à ouïr comme cela vous chante.

 

Croque-mort et pain de vie

 

Le blé enterre le soleil

Deuil et noce en un seul souffle

Si tu rêves de ciel

Enfonce-toi dans la glèbe

Pénètre-la en son cœur

Dans une étreinte de flamme

 

Tu rencontreras le monstre

Et tu te reconnaîtras

L’âme-or passe par le sol

Pour tirer le feu des pierres

Le monstre alors sera l’ange

Et la racine du blé

Qui bande vers le ciel

 

Croque-mort et pain de vie

Jean-Noël Cuénod

ET A OUÏR


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25/08/2018

Poésie à lire et à ouïr – REFLUX

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Photo JNC

Retour vers la poésie. Pour s’efforcer de désensabler les oreilles et laver les yeux. Voilà qui ne manque pas de sel. A lire et à ouïr.

Le vent des terres s’épuise

Et meurt dans les bras de la mer

Tout est résolu par le sel

La pulsation des marées

Reprend le chant du cœur éteint

L’incorpore pour s’élancer

Vers l’octave supérieure

 

Même les bruits des humains

Se fracassent contre ce rythme

Misérables débris de son

Sombrant dans le néant des sables

Et la voracité des crabes

 

Sourds à la musique vitale

Les humains restent sur la rive

Sans eux la fête continue

La grande étreinte symphonique

S’accomplit au sein de la mer

Noces grises voilées de vert

Jean-Noël Cuénod

A OUÏR AUSSI


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18/08/2018

Poésie à lire et à ouïr – RIRE FOU

poésie, poème

Récente ponte du Plouc. Poème à lire et à ouïr dans l’espace libre de l’été. Que le torrent emporte vos songes pour en faire un océan. 

 Le fou rire des torrents

Rend la montagne démente

Tant de morts accumulés

Dans sa carcasse d’ascète

Tant de vies buissonnantes

Sur ses flancs de reine-mère

                  *

Les plus anciens délires

Jaillissent comme des sources

Fraîches et préhistoriques

Sous la poigne des orages

Sa peau transpercée d’éclairs

Met la folie au zénith

                  *

 Délaissée par le ciel

Abandonnée par la plaine

Elle n’attend plus rien

Du monde et des éléments

De l’esprit et des nuées

Plus rien que l’union

Du ciel et de la plaine

De tous les âges en elle

Dans l’éclat d’un rire fou

                                                                       Jean-Noël Cuénod

AUDIO 

C'est ici!


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18/07/2018

Poésie à lire et à hurler: PANIQUE

 

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Les flons-flons de la fête du ballon rond s’estompent comme les sons d’une fanfare qui s’en va loin de la Grand’place du village. Reste la panique. Panique devant le délirant cynisme des irresponsables de ce monde qui nous mènent droit sur le mur. Contents, heureux, fiers sont-ils de nous y conduire toutes sirènes hurlantes.

 Roule roule vers le mur vide

 

La plaine glisse sous tes pieds

Ta bouche ouverte gobe les mouches

Ta peau luisante frémit dans l’air

Ta carcasse fend la poussière

Tu cours plus vite que les mirages

Fantômes qui font trembler les routes

 

Un parfum de mort embaume l’été

Odeur de chèvrefeuille étranglé

Etranglé par le soleil couchant

Qui veut nous entraîner dans sa chute

Le monde hurle sauve-qui-peut

 

Roule roule vers le mur vide

Jean-Noël Cuénod

 

 

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03/07/2018

Poésie à lire et à écouter: MAIN

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Escale sur les terres de la poésie. Poème tout frais pondu. Si vous le voulez. A lire ou à ouïr. Ou les deux. Le son est à la fin du texte. Cliquer sur l'icône.


Tendre la main trop tendre, la main

S’agite dans les cendres glacées

Fouaille fouille farfouille frotte

Et s’écorche s’accroche s’arrache

Se détache de l’ombre du corps

Elle va vient vie sa vie la main

Mue par le vertige elle palpite

Comme un cœur dépourvu de sang

Comme un oiseau sans plume sans cri

Qui vole, sans mémoire du nid

 

Tendre la main, trop tendre la main

Tout ce qu’elle triture est glacé

Le vieux soleil n’y peut rien

Sans feu sans lieu sans loi sans foi

Les hommes ont éteint leurs yeux

Faibles lampes jetées au rebut

La main hors corps les cherche toujours

Incapable de faire autrement

Et se heurte aux fenêtres froides

A l’immense silence des steppes

 

Tendre la main trop tendre, la main

Saisissez-la comme une hypothèse

Sa fragilité vous sauvera

La force a tellement d’apparences

Parmi ses mirages un miracle

Un miracle à prendre sur le champ

Sinon il se refera mirage

Un miracle à prendre sur le chant

Pour que la main devienne oiseau

Et que son cri se fasse étincelle

Jean-Noël Cuénod


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23/05/2018

Art – Le Plouc et un ami peintre primés !

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L’artiste Pierre Guerchet-Jeannin et Le Plouc (Jean-Noël Cuénod, auteur des textes) ont reçu le Prix du Jury 2018 au Salon « Sous Couverture » consacré aux éditions d’art. L’ouvrage primé est un livre-objet d’art intitulé « Car casse ou la mort dans l’âme ? » Le Plouc met en vente (240 euros) quelques exemplaires qui lui restent. Si vous êtes intéressés, vous pouvez lui adresser un courriel : jean-noel.cuenod@orange.fr.

Le Salon « Sous Couverture » s’est tenu du 28 avril au 6 mai derniers à Saint-Antonin-Noble-Val dans le Tarn-et-Garonne. Le prix a été obtenu à l’unanimité des jurés. A eux merci !

N’hésitez pas à faire un tour sur le site du peintre et graveur Pierre Guerchet-Jeannin

http://www.guerchet-jeannin.fret sur celui de son épouse, artiste elle aussi, http://www.guerchet-jeannin.fr

Présentation du livre-objet d’art  

"Car casse ou La mort dans l'âme ?"composé de 19 photos, d'une linogravurede Pierre Guerchet-Jeanninet des textes de Jean-Noël Cuénoda été tiré en offset/numériquesur les presses de l'imprimerie Advence à Paris, Francesur papiers Rives Tradition 250grchemise Keaycolour Bourgogne 300grRéalisation graphique Flavie Jeannin ; textes en caractères Haas helvética & Destroy.

Etui en acier oxydé, verni,avec la participation de Jean-Pierre Dall'Anese.

Tirage limité à 45 exemplaires numérotés de 1 à 45 (240 euros l’exemplaire)et 7 exemplaires hors-série, numérotés de I à VII.

Jean-Noël Cuénod

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02/04/2018

Qu’un Christ se lève…

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En ce jour pascal où la vie surmonte la mort, ce truc à lire si vous le voulez. Passez toutes et tous de belles Fêtes de Pâques. (Christ de Chagall tiré de sa série Exodus)

 La chemise du ciel se déchire

Eclair de sang de son sol transpercé

Poitrine ouverte sur le cœur à nu…

                     ***

Nous marchions sans yeux tête basse

En secouant nos chaînes d’un air las

Leurs morsures ne nous faisaient plus souffrir

Pourquoi donc arracher cet héritage

Imprimé au fer rouge sur nos chairs ?

Ne pas prendre le risque de respirer

D’être aspiré par le vital vertige

Pour éviter la mort nous périssions

A tout petit feu à tout petits pas

                    ***

Parfois nous entrions dans la colère

Pour en rouler les rochers sur nos routes

Rage sans espérance sitôt éteinte

Tout reprenait son cours quotidien

Certains dansaient en rythme avec leurs chaînes

Comme des ours à l’anneau dans le nez

Pour tuer le temps se donner de l’air

Sans y croire s’ébattre sans se battre

Remplir en vain une vie toujours vide

                   ***

Mais qu’un Christ se lève de cette tourbe

Et le chant du monde change de voix

La chemise du ciel se déchire

Eclair de sang de son, sol transpercé

Poitrine ouverte sur le cœur à nu

Palpitant comme un animal traqué

Traqué et riche de ses mille vies

                  ***

Fourmis d’étincelles sur notre peau

La morsure des chaînes fait mal enfin

Jean-Noël Cuénod

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09/01/2018

Poésie – VIN NOCTURNE

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L’ombre fraternelle de la nuit

Ramène dans les plis de son manteau

Tous nos ancêtres au souffle d’étoiles

 

Rêves des humains vengés vendangés

Bousculés en grappes dans le pressoir

Pétris broyés malaxés triturés

Rêves en jus épais sucré amer

Nous buvons l’âme distillée des morts

Pour avoir la force d’ouvrir la porte

Et le courage d’en franchir le seuil

Jean-Noël Cuénod 

 

DERNIER OUVRAGE - "En Etat d'urgence" de Jean-Noël Cuénod, Grand Prix des Jeux Floraux du Béarn 2017 Editions La Nouvelle Pléiade.

Disponible: Librairie Le Parnasse 6 rue de la Terrassière, 1207 Genève, Suisse
Et partout ailleurs sur le site de l’éditeur La Nouvelle Pléiade en cliquant sur ce lien:

http://www.psf-letrave.fr/ds/nos-editions/989/jean-noel-c...

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19/12/2017

Poésie – TACHE DE SILENCE

 

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Juste un laps de poésie aujourd’hui. Le Plouc vient de pondre ça. Vous en faites des choux, des pâtés, des riens, de tout ce que vous voulez ou ne voulez pas.
Autre ponte: celui de son bouquin
"En Etat d'urgence" (Grand Prix de poésie des Jeux floraux du Béarn 2017) paru eux Editions de La Nouvelle Pléiade.

L’ouvrage est disponible à Genève :
Librairie Le Parnasse 6 rue de la Terrassière, 1207 Genève, Suisse
Et partout ailleurs sur le site de l’éditeur La Nouvelle Pléiade en cliquant sur ce lien :

http://www.psf-letrave.fr/ds/nos-editions/989/jean-noel-cuenod/ 

 

 

TACHE DE SILENCE

Tache de silence sur le pré

Le matin se tient aux aguets

Noisetiers, chênes, ruisseau, herbes

Forment un seul corps tout puissant

L’un après l’autre jouent ses organes

S’étirent ses muscles et sa peau

 

Bientôt ma chair en pourriture

Deviendra l’un de ses aliments

Et mon souffle rejoindra les vents

 

A quoi bon courir sus au coupable ?

Plutôt transmettre mon peu de vie

Elle est encore pailletée de feu

Elle ne brûle plus elle pénètre

Elle coulera dans d’autres veines

Sur le pré le silence s’est tu.

Jean-Noël Cuénod

 

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23/11/2017

Le Plouc « En état d’urgence » vient de sortir !

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Le nouveau recueil de poésie pondu par Jean-Noël Cuénod, vient de sortir des presses de La Nouvelle Pléiade après avoir reçu le Grand Prix de Poésie des Jeux floraux 2017 à Pau. Le Plouc cède le clavier à Vital Heurtebise, président de « Poètes sans frontières » et auteur de la préface. A lui, grand merci.

Le poète vrai assume une double fonction, une fonction sociale : il est témoin de son temps, il en dénonce et combat les excès. Il est alors le « veilleur au créneau », et une fonction spirituelle : il apporte un message par lequel le lecteur se sent transporté en esprit, il est alors « éveilleur d’âmes ». Les deux fonctions peuvent d’ailleurs se retrouver dans un même texte, sur un même sujet.

Jean-Noël Cuénod assume cette double fonction !

Journaliste de profession et de surcroît…poète, comment ne se sentirait-il pas agressé par les horreurs de notre belle actualité ! Quand le journaliste ne peut que « balbutier les évènements » dans un article objectif, certes, mais peu propice à l’expression de sentiments personnels, la poésie, par contre, est bien cette « parenthèse de vie ouverte dans l’existence » et que l’on ne referme pas sans avoir crié toute sa révolte, sans avoir hurlé de la douleur d’autrui, sans avoir condamné la haine, la violence et le meurtre perpétué par des fous.

« En état d’urgence », écrit après l’attentat du Bataclan, marque le chemin du poète d’une pierre noire, un chemin déjà et depuis longtemps jalonné de pierre semblables. Le poète ne cessera jamais de croire en l’Homme mais au prix de combien de désillusions ! Une vague d’amour passera toujours et repassera sur nos désespérances, et s’il n’en reste rien « qu’un peu de sel à nos âmes » remercions en le poète : il nous a montré la voie de l’honneur.

Vital Heurtebize Président de « Poètes sans frontières »

 OÙ SE PROCURER LE BOUQUIN ?

 « En Etat d’Urgence » (15 euros) peut être commandé sur le site de Poètes sans frontières – L’Etrave en cliquant sur le lien hypertexte suivant :

 http://www.psf-letrave.fr/ds/nos-editions/989/-en-etat-d-...

 A Genève, il est disponible à la Libraire Le Parnasse, 6 rue de la Terrassière (Rive-Eaux-Vives, cyberadresse : leparnasse@vtxnet.ch)

 Plusieurs lectures-danses autour de ce livre sont prévues à Genève et à Paris pour le début 2018. Nous vous tiendrons au courant.

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17/11/2017

Conte Délirant signé Le Plouc & Burlingue

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Grâce à l’excellent éditeur Alain Miquel, Le Plouc a rencontré un compagnon de délire, Burlingue, alias Xavier Bureau, un dessinateur qui allie poésie, cocasserie, folie et talent. Rien que ça. Il va exposer à Paris à La Galerie des Patriarches, (12 rue des Patriarches, Ve arrondissement) du 23 novembre au 20 janvier[1]. Le vernissage se déroulera mercredi qui vient, soit le 22 novembre. Si vous êtes l’Hexagonale Capitale, poussez vos pas jusque-là, vous ne le regretterez pas.

Ci-dessus, une gouache de Burlingue « Cavalcade » qui a inspiré au Plouc ce conte délirant.

CAVALCADE  

J’ai le mal de terre. Tous ces virages à tordre les boyaux du diable, ces épingles à cheveux qui vous défrisent, ces tournants qui vous tourneboulent. Il faut monter, que voulez-vous. Ne pas se contenter de la plaine pleine de vide. Là-haut, c’est mieux. C’est toujours mieux, là-haut. La vue y est dégagée. Mais dégagée pour aller où ? Hein ? Pour le savoir, il faut monter. Pas d’autre issue. Et on ne monte pas en ligne droite. Jamais. Impossible. Le plus novice des mulets le sait bien. Désignez-lui le sommet. Et il vous tracera le chemin. Mais en zigzag. La nausée, c’est le prix à payer pour s’extirper des émouvants marais mouvants du pays d’en-bas.

Un puissant parfum de patchouli me fout la gerbe. L’odeur jaillit de la terre comme un geyser odorant. D’étranges visions palpitent dans l’air épais transformé en vaste écran de cinéma.

Les femmes ? Où sont les femmes ? Je ne les vois pas ! Ah si, en voilà une, en tête du cortège, danseuse sur le cul d’un cheval de parade à la queue enrubannée. La belle – certes, je ne la vois pas bien mais elle ne peut être que belle, toutes les femmes sont belles quand elles dansent. Où en étais-je ? Elle me rend chèvre, cette Cavalcade... La belle, disais-je, brandit haut une ombrelle. Pour l’équilibre. Pas pour le soleil. Elle le précède, le soleil, tenu par un Africain en babouches, juste un peu plus loin. Les jambes nues de la danseuse forment un 4. Je me mettrai bien en 4 pour satisfaire ses 4 volontés aux 4 coins du monde. Elle est l’âme du corps animal. D’un coup d’ombrelle, elle ferait vaciller la planète. La force est dans la grâce, voyez-vous ? Non. Vous ne voyez rien. Bien sûr…

Et le grand crétin en habit d’aristo qui la suit peut bien faire le chef avec son tricorne vissé sur sa tête de piaf, ses gestes véhéments et son jarret tendu, il n’est qu’un pantin qui reste de bois. Le chef serait plutôt l’Indien, avec sa cascade de plumes, tirant sur sa pipe sous un dais pour envoyer des signaux de fumée à un mystérieux correspondant. Juché sur son rhinoféroce blindé, l’Indien n’a plus besoin d’être chef. Il a dompté le corps animal et sait que seule la danseuse dirige l’univers. Il lui reste les plumes, certes. Pour faire joli. Sans plus.

Le paon suit. Sternum faraud mais roue pliée. Pas même une roue de secours. Pas du tout une roue de secousse. Paon digne mais paon de peu.

 Et ce geyser de patchouli qui rejaillit encore plus fort… Si le ciel avait des aisselles, elles auraient cette odeur tenace, nauséeuse, capiteuse, stomacale. Fourrer son nez dans les aisselles du ciel… But de cette montée cavalcade ? En guise de touffes poilues, les nuages. Sous les nuages, la peau bleue souple comme la membrane d’un organe palpitant.

Avant de renifler, il faut monter, monter en serpentant. Nous sommes tous des boas. Nos langues bifides captent les molécules divines dans les jets de patchouli. Le film continue sur l’écran du parfum.

 Un Louis XIV se balance dans son carrosse décapotable. Son engeance sera décapitée. Il n’en perd pas la tête pour autant. Il faut bien une tête pour porter la perruque, non ? C’est la perruque qui fait le roi. Plus de tête, plus de perruque. Plus de perruque, plus de roi. C’est net, simple tranché. Louis XVI ne l’avait pas compris. Où avait-il la tête ?

Encore une femme, nous sommes sauvés ! Habillée comme une comtesse russe qui aurait pris le thé chez Tchekhov, elle conduit de son fessier magistral le dinosaure devenu doux comme un agnelet pour carte postale. Le monstre ne bouffe même pas l’agaçant roquet qui le devance. Castratrice, la comtesse russe ! Elles se sont fait la malle, les couilles du mâle. « Où est le mal ? » s’exclame la comtesse. « Il n’a même pas eu mal. Un petit couinement préhistorique et hop, les testicules ont rejoint l’espace quantique. Mon dino est désormais indéterminé. Mort et vivant à la fois. Ici et ailleurs en même temps. Un dino de Schrödinger » La comtesse russe a bien envie d’en faire de même avec Tchekhov qui a la chance d’être tout à fait mort.

 L’automobiliste en crayon à moteur négocie son virage. Mais vous connaissez les virages… Redoutables partenaires ! Le virage l’attend donc au tournant. Le juge, le jauge et ne laissera le crayonmobile poursuivre sa route que s’il signe un exploit. N’importe quel exploit.

Tiré par une jument noire qui se cabre, le carrosse vide ressemble à un corbillard qui aurait laissé partir son cercueil. A moins que la cavale n’ait pris le mort aux dents.

L’hyène cycliste est en position de sprinteuse. Et pourquoi n’y aurait-il pas d’hyène cycliste ? Nous avons bien eu jadis, au temps sartrien, une hyène dactylographe. Le vélo fait partie de l’hygiène des hyènes. Pourquoi tant d’hyènes dans le monde ? Ah ça, c’est une autre histoire… Ici, il n’y en a qu’une, qui cherche à dépasser tout le monde de façon subreptice. Une vraie hyène, quoi !

Entre l’hyène cycliste et le filiforme qui court en dansant, il paraît perdu, le mégacéphale sans cou, sans épaules dont les bras et les jambes surgissent de sa tronche inquiète. Il est dépassé par les événements et ça le rend morose. C’est dur de se voir dépassé par plus rapide que soi. Mais l’être par les événements, quel sort funeste ! Vous voilà seul, sans événements. Vous n’êtes même pas dans un désert. Car un désert, c’est encore un événement. Vous n’êtes même plus un événement pour vous-même. Vous flottez dans un vide indéfini, infini. Fini, vous êtes.

Chevauché par un autre Louis XIV emplumé, le coq géant caquette son agacement. Il s’en va piquer les minces fesses du filiforme, rien que pour passer sa colère d’être cornaqué par l’empanaché. Et puis, il ne peut pas y avoir deux Louis XIV. Cela ferait un Louis XXVIII. Et il n’y jamais eu de Louis XXVIII, relisez bien votre manuel d’histoire. Lorsque la cavalcade aura atteint ses sommets, il faudra couper la tête à ces deux Louis. Nous aurons ainsi un Louis 0. Et tout rentrera dans le désordre.

Soyons juste et impartial. L’ire du coq a peut-être une autre origine. Un ange à roulettes piloté par un diablotin souffle de la double trompe dans le cul du gallinacé agacé. Il y a de quoi mécontenter le plus placide des monarques de la basse-cour, non ? D’ailleurs, même ceux de la haute-cour détestent qu’un ange – même à roulettes, même conduit par un sous-diable – leur souffle de la double trompe au prose ; ça leur donne des vers.

Un souverain oriental portant barbe assyrienne, suivi de son esclave porteur d’ombre, traine toge et robe dans la poussière des chemins. Il s’en fiche. Ses esclaves feront la lessive. Un jour nous retournerons tous, esclaves et souverains, à la poussière originelle. En attendant, il y a ceux qui nettoient et ceux qui sont nettoyés. Nous ne sommes pas tous nés de la même poussière. Certaines sont plus légères que d’autres et lorsque le vent souffle, elles vont au ciel. L’égalité des poussières n’est pas encore à l’ordre du jour. Ni de la nuit.

 Le dinosaure qui suit le souverain oriental n’a pas de barbe, même assyrienne et arbore sur son dos saurien une crête de punk tout à fait démodée. Sait-il que depuis des lustres (en plastique, pas en cristal) les Sex Pistols ont débandé ? Mais non, il n’en sait rien, le dinosaure ! Vous avez vu l’étroitesse de son crâne ? Pas de quoi abriter des nichées de neurones.  Il n’est bon qu’à tirer la langue en même temps qu’un char portant un vase antique garni de fleurs du même âge et surmonté d’un dais dont les montants ne tiennent que par la force du Saint-Esprit. Il faut bien qu’il serve à quelque chose, le Saint-Esprit.

 Sain d’esprit, tel est Neptune chevauchant un paquebot. Pas que beau, le Neptune, bodybuildé, surtout. Sain de corps aussi. Les muscles roulent sous la peau comme des courants sous-marins. Dans cette chair abondante, des mystères aquatiques se meuvent avec force et délicatesse. De son trident, Neptune fera surgir des monstres marins lorsqu’avec la Cavalcade, il sera parvenu tout en haut, là où la mer et le ciel ne font plus qu’une même soupe d’âmes.

 Le fou mandoliniste, échappé sans doute d’un carnaval belge, danse les yeux fermés. Pourquoi belge ? N’avez-vous pas remarqué le lion flamand qui lui colle aux fesses d’un air narquois ?

Comme tous les fous – les vrais, pas ceux qui se prennent pour des rois – son troisième œil, bien ouvert, suffit à lui montrer le chemin. C’est le seul qui permet de voir l’invisible. Il est préférable de laisser les deux autres yeux dans leur nuit, lorsqu’on veut atteindre le sommet où tous les mondes se rejoignent. Nécessité de la cécité.

 Un chien ferme la marche, tête basse, à la recherche d’une odeur perdue. Et un dragon, queue entre les jambes, regarde en arrière la plaine qui s’éloigne et s’estompe dans la poussière du soleil. Il me contemple courant en vain derrière ce cortège. Et je reste seul, seul, seul dans une plaine sans parfum.

 Jean-Noël Cuénod

[1] La Galerie est ouverte du jeudi au samedi, tous les renseignements se trouvent sur le site www.galeriedespatriarches.fr ; adresse électronique : galeriedespatriarches@gmail.com.

 

 

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06/09/2017

MAUDIRE ET MOTS DIRE

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Un poème qui vient de sortir. Prenez-le, si tel est votre désir.

 Prendre les mots par la main

Par les pieds par les oreilles

Par tous les bouts qui dépassent

Oui même là et là

Les dresser pour les placer

Dans la clairière du temps

Rangs serrés garde-à-vous fixe

Pas un mot plus haut que l’autre

Qu’ils fassent silence complet

Qu’ils soient maudits sans mot dire

 

Ils ont commis tant de crimes

Ourdi tant de trahisons

Précipité tant de chutes

Annoncé tant de défaites

Désignant sage le fou

Laissant le sage sans voix

Glorifiant le poltron

Humiliant l’homme-droit

Adorant tous les reflets

Haïssant tous les soleils

 

Les mots sont tous enduits

De mélasse et de mensonges

Pour capturer notre esprit

Et nous le rendre poisseux

Que nul n’échappe à leur glu

A leur sirop de fiel

Amertume doucereuse

Confuse confiserie

De l’or ils font de la boue

Alchimistes à l’envers

 

D’eux plus rien à tirer

Nul besoin de jugement

Abattons-les sur-le-champ

Non c’est mieux noyons-les

Dans la rivière d’acides

Qu’aucun d’entre eux n’en réchappe

Le feu qu’ils ont étouffé

Ne peut plus les consumer

Alors que le feu liquide

Les ronge jusqu’à la moelle

Jean-Noël Cuénod

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30/07/2017

Mimos (3):la voie des sans-voix

 

THOMAS MONCKTON-Only Bones � Gemma Tweedie_03.jpg

Mimos, le Festival international du mime et du geste, a remisé ses costumes samedi soir. Durant cette semaine quelque 82 000 spectateurs ont ri, pleuré, rêvé au cours des 24 spectacles offerts par le «in» et les 124 proposés par le «off» dans de nombreux espaces publics de Périgueux. Cette fréquentation est semblable à celle constatée l’an passé. Le succès de ce Festival ne se dément pas.

Pourtant, le mime reste le petit poucet que les Hautes Instances de la Culture contemplent d’un œil indifférent du sommet de leurs majuscules. Elles n’accordent à cet art sublime qu’une aumône distraite. Il est vrai que le mime, par son authenticité et sa prise directe sur le public, paraît bien éloigné de la «sphère Bling-Bling» au sein de laquelle évoluent lesdites Instances. Ainsi, Mimos ­–plus grand festival du mime d’Europe ­– doit se débrouiller avec un modeste budget de 425 000 euros. Les collectivités locales sont de plus en plus pressurées par l’Etat central qui – gâteau sur la cerise – tarit leurs ressources fiscales ; elles éprouvent donc des difficultés croissantes à aider un festival qui, pourtant, fait connaître Périgueux et la France dans le monde entier.

Le mime doit d’autant plus être soutenu qu’il permet des échanges culturels intenses sans qu’ils soient arrêtés par la barrières des langues. C’est un art de toutes les époques, franchissant tous les espaces. C’est la voie des sans-voix.

THOMAS MONCKTON-Only Bones © AurÈlia Tassafi_03.jpg

Mimos tombe sur un os. Et même plusieurs.

Dans ce troisième et dernier billet sur Mimos 2017 nous retiendrons deux prestations, celle du Néo-Zélandais de Finlande Thomas Monckton (Only Bones, photos Gemma Tweedie et Aurélie Tassafi)) et de la compagnie grenobloise Tout en vrac avec sa pétulante performeuse Noémie Ladouce (La Cuisinière).

Une scène d’un mètre carré, une lampe aux éclairages de couleurs. Et voilà l’univers de Thomas Monckton. On comprend rapidement le choix du titre – Only Bones – en voyant les doigts immenses du mime se mouvoir sous une lumière bleu-électrique comme s’il s’agissait de squelettes de poissons nageant dans des abysses impénétrables. Le corps n’est pas seulement un instrument, c’est un être en soi, qui n’est pas rattaché à Thomas Monckton mais qui vit sa propre existence, autonome. Il est tout ce que l’on veut animal, plante, jeu vidéo. Le son est aussi sollicité; la rencontre entre le bruit et le geste produit des effets hilarants. Le mime joue de façon fascinante sur la mobilité de ses traits et élève la grimace au rang des beaux-arts. On aimerait redevenir enfant pour grimacer avec lui. Mais voilà, il nous manque quelque chose pour remonter en enfance. Ce «quelque chose», Monkton le possède. C’est un artiste.

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Mimos : une Noémie pas si Ladouce que ça !

Elle en a de l’énergie, Noémie Ladouce ! (Photo Jean-Noël Cuénod) Et pas si douce que ça… Elle est La Cuisinière de la compagnie Tout en Vrac qui possède une technique de plateau et des artificiers de première force.  La scène évoque la molle ambiance de la fin des années 1950, lorsque la société consommation commençait à répandre ses gadgets crétins mais sans pour autant libérer la femme, contrairement à la «réclame» de feu Moulinex. La meilleure partie de l’humanité s’en trouvait donc doublement aliénée.

La Cuisinière tente de réaliser la recette qu’un transistor éructe entre deux publicités. Elle n’est pas douée mais pleine de bonne volonté. Ce mélange entre l’incompétence et la volonté, – même bonne, surtout bonne ­– développe une mécanique de la catastrophe tout à fait réjouissante. Entre les jets d’eau, les flammes, les pétards, c’est toute la cuisine qui s’effondre dans un éclat de rire général. Mais la Femme reprend le dessus. Jetée, la robe sage. Dénouée, le chignon gnian-gnian. Voici la vamp qui, cigarette au bec, défie le monde du haut des ruines de sa cuisine. Ouf, le désordre est rétabli !

Jean-Noël Cuénod  

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29/07/2017

Mimos (2): Baccalà…et le verbe se fait chair 

I

COMPAGNIA BACCALA_Pss Pss � Otto Moretti_01.jpg

ll y a tout juste un an, disparaissait le clown suisse Dimitri dans son canton d’origine, le Tessin. Lui qui a donné à son art une dimension poétique jamais été atteinte auparavant aurait été heureux de voir deux de ses anciens élèves – sa compatriote Camilla Pessi et le Sicilien Simone Fassari – recevoir une telle ovation debout, vendredi soir, au Festival Mimos à Périgueux.

Ce n’est certes pas la première fois que ces deux artistes de la compagnie suisse Baccalà reçoivent un tel accueil; ils «tournent» sur les cinq continents et douze prix ont couronné leur talent. Toutefois, l’ovation à l’Odyssée de Périgueux avait une saveur particulière puisqu’elle était déclenchée par les spectateurs qui suivent Mimos – dont la belle édition 2017 touche à sa fin – et, par conséquent, apprécient tout particulièrement le mime.

Le couple italo-suisse a fondé en 2004 la Compagnia Baccalà, en souvenir peut-être des origines de Simone, la «baccalà alla siciliana» étant le plat de morue iconique de son île. Depuis 2008, Camilla Pessi et Simone Fassari se sont adjoints les conseils du musicien-comédien Valerio Fassari, devenu leur régisseur. Pour le spectacle qu’ils ont présenté à Mimos cette année – Pss Pss – la mise en scène a été réglée par Louis Spagna.

Pss, pss, c’est l’onomatopée chuchotée pour attirer discrètement l’attention. C’est aussi l’invitation à participer au grand jeu de l’humanité, celui du couple: complicité, contradiction, bouderie, colère, bonheur, trahison, retrouvailles, pardons réciproques avec, parfois, la présence de tiers qui servent plus à souder le couple qu’à le détruire. Toute cette gamme sans fin, le duo la parcourt par bonds et gambades, sans parole mais avec des gestes tellement éloquents qu’ils en deviennent des mots bien plus originaux que ceux qui tapissent le bruit de fond quotidien. Avec Baccalà, le verbe se fait vraiment chair.

Rien n’est plus difficile que d’évoquer la tendresse, la pudeur, l’espièglerie, la douceur des sentiments tout en provoquant le rire. Pas le rire chichiteux qui n’agite que les culs de poule en forme de bouche. Non, le vrai rire désopilant. Le rire explosif de l’enfant.

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Dimitri (photo) savait, ô combien, réunir tous ces paramètres. Mieux : il a réussi à transmettre cette maîtrise. Camilla Pessi et Simone Fassari en apportent la démonstration. Le couple fait donc partie de ces nombreux artistes formés par la célèbre Scuola Teatro Dimitri que le grand clown a créée à Verscio en 1975 avec sa femme Gunda et qui a permis à la Suisse italophone de progresser en matière, non seulement de cirque, mais aussi de théâtre professionnel, tout en l’ouvrant sur le monde.

Réglée, la mise en scène, disions-nous. C’est l’épithète qui convient car les pas, les gestes, les mimiques, les hallucinantes acrobaties au trapèze s’enchaînent comme des rouages complexes dans le ventre d’une horloge. Pourtant, il n’y a rien de mécanique dans les échanges entre les deux mimes qui laissent toujours leur spectacle ouvert à la spontanéité. Une spectatrice rit-elle de façon inhabituelle? Un incident survient-il? Baccalà l’incorpore aussitôt dans le spectacle. Cette synergie entre improvisation et préparation méticuleuse donne à Pss, Pss une saveur incomparable.

Après de nombreux rappels et l’ovation debout, le public a lentement gagné la sortie, à regret, encore émerveillé. Dans les coulisses, on a cru entendre le rire de Dimitri.

Jean-Noël Cuénod

 Pour vous donner une petite idée, cette vidéo du spectacle Pss Pss

 

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26/07/2017

Mimos (1) : Josef Nadj en poète de l’Origine

ATELIER 3_1. Penzum � Pascal Seixas_03.jpg

Mimos, le Festival international des arts du mime et du geste à Périgueux, célèbre cette année son trente-cinquième anniversaire. Il a commencé hier et se terminera samedi. L’an passé, ce rendez-vous de la poésie en mouvement avait subi l’onde de choc des attentats. Cette année, le traumatisme est surmonté. Les barbes de sang n’empêcheront pas l’art libre de se déployer dans les cœurs, par les corps.

Une performance particulièrement impressionnante, celle du grand chorégraphe Josef Nadj et de sa complice sur scène, la contrebassiste Joëlle Léandre (hier et ce soir à 18 h. au Palace, Périgueux). Elle a pour titre Penzum (photo Pascal Seixas). Le visage dissimulé par une sorte de masque africain, revêtu d’une robe noire de tulle faisant apparaître son corps blanc et musclé, Nadj prend possession d’un grand écran de papier sur lequel il dessinera au moyen d’un morceau de charbon. A ses côtés, la contrebassiste arbore un masque en aluminium d’aspect féminin. Le reste de sa tenue est neutre. Mais c’est elle, avec son instrument utilisé en mélodie ou en percussion, qui va dicter sa loi au danseur. Présence d’autant plus oppressante qu’elle est discrète.

Josef Nadj va tracer sur le grand carré de papier un papillon géant et un animal rupestre. Entre les deux, le danseur tirera ensuite des séries de traits au gré de son improvisation dansée. Au gré aussi de son angoisse dont il essaye de se libérer.

Le propos de Josef Nadj est de rendre hommage au poète hongrois Jozsef Attila (1905-1937). Sa chorégraphie est inspirée par l’amour impossible du poète, atteint de schizophrénie, pour sa psychothérapeute Flora Kozmut. Celle-ci aurait prescrit à son patient de lui écrire des lettres, en guise de thérapie. Si l’amour de Joszef Attila fut vif, la thérapie épistolaire de sa Dame inaccessible n’a pas été couronnée de succès. Le poète s’est suicidé en se jetant sous un train, même si l’hypothèse d’un accident n’a jamais été abandonnée. L’année de sa mort – 1937 – il a dédié à Flora Kozmut un poème intitulé en magyar Megméressél ! (Remerciements !) En voici un extrait :

Elle, saveur de l’eau pure,
Elle qui rentre dans ma bouche,
Elle qui m’appelle à la maison,
Elle où dans ses yeux un poulain joue.

Comme dans toutes les œuvres d’art authentiques, on peut trouver dans Penzum de Josef Nadj bien d’autres significations que celles retenues par l’auteur. Cette performance musicale-chorégraphique-plastique évoque aussi l’origine des humains, la Grande Origine, l’époque mythique d’avant la différenciation des sexes, d’avant la séparation d’avec l’animal, lorsque l’homme-femme ne faisait qu’une âme-chair avec l’univers.

Afin de laisser tous ses effets à la surprise, nous ne dévoilerons pas la fin car ce spectacle tournera encore dans d’autres contrées. Elle est émouvante et sublime, cette fin. Disons que l’humain y apparaît dans toute sa splendeur animale.

Mimos : deux découvertes asiatiques au Off

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Mimos aussi à son Off. Mimes et danseurs investissent toute la ville de Périgueux pour présenter scénettes et spectacles de rue. Au gré des promenades, nous avons découvert deux jeunes artistes venus de l’Extrême-Orient, le Japonais Tsubasa Watanabe[1] et la Coréenne Sun-A Lee[2] (Photos:Jean-Noël Cuénod)

Avec la méticulosité d’un sumotori, Watanabe prépare l’espace avant d’entamer sa prestation intitulée Hidden Place : une corde formant cercle et au centre d’icelui, un rectangle créé par les deux baguettes et les deux fils qui feront danser le diabolo, accessoire ou plutôt partenaire du mime. La comparaison avec le sumo s’arrête là : Tsubasa Watanabe a la minceur souple et nerveuse d’une liane. Tout dans cette performance est légèreté. A l’intérieur du cercle tracé par l’artiste, l’air même perd son épaisseur. Tout y devient possible. Il vole, le diabolo et nous avec lui.

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La danseuse et chorégraphe coréenne Sun-A Lee, avec son solo Jayeon-E-Ro, parle la langue du corps pour s’insérer dans le décor naturel : buissons du parc, pièce d’eau, gazon. Iguane, truite, mouette, félin ? Sun-A Lee devient une espèce nouvelle qui ne se limite pas au règne animal. Nouvelle, l’espèce ? Ou alors tellement ancienne que nous en avons perdu la mémoire.

Le geste, c’est la parole des origines. Nous retombons sur nos pattes.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Aujourd’hui à 12h.30 Place André-Maurois (Périgueux) ; 15h. place de la Vertu et 16h. place de l’ancien Hôtel-de-Ville.

[2] Aujourd’hui à 13h. et à 16h.30 au Jardin du Musée Vesunna ; demain jeudi à 16h.30 et 19h. au Jardin des Arènes.

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09/06/2017

Trump l’éléphant fou dans le bazar oriental

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Au moment l’ancien directeur du FBI James Comey l’accuse, le président Trump continue à piétiner les porcelaines du bazar moyen-oriental et risque de faire sombrer tout l’Occident dans un conflit qui n’est pas le sien, à savoir la guerre intra-musulmane entre sunnisme et chiisme, forme contemporaine de l’antagonisme millénaire arabo-perse.(Dessin d'Acé)

Et rien à voir avec ce qui précède: Le Plouc a reçu le Grand Prix de Poésie à Pau.

L’éléphant fou échappé à grands barrissements de la Maison Blanche pèse désormais de tout son poids en faveur des sunnites menés par l’Arabie Saoudite, alors que l’affrontement entre les deux grandes confessions de l’islam a pris une ampleur nouvelle. Suspecté de se montrer trop accommodant avec les chiites Iraniens, le Qatar a été mis au ban des nations par les Emirats arabes unis, Bahreïn, l'Égypte et le Yémen à l’instigation du maître de la manœuvre, le régime saoudien. Le motif avancé par Ryad pour expliquer la quarantaine du Qatar – à savoir que cet émirat favoriserait le terrorisme – ne trompe personne.

Dans son sermon antiterroriste adressé au Qatar, l’Arabie Saoudite est aussi crédible qu’une mère maquerelle prêchant l’abstinence sexuelle à l’une de ses pensionnaires. C’est donc bien le rapprochement, fantasmé ou réel, du Qatar avec l’Iran chiite qui est en cause.

En outre, le terrorisme sunnite de l’Etat Islamique a frappé mercredi Téhéran au cœur même du pouvoir chiite, causant la mort de treize personnes. Comme si les terroristes de Daech voulaient donner un signal aux Saoudiens en leur rappelant qu’une cause sacrée les unissait : combattre le chiisme.

Obama avait rééquilibré la position des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran, sans pour autant abandonner les intérêts de son pays auprès des monarchies arabes. Trump a démoli ce savant équilibre en soutenant pleinement le régime saoudien au détriment de l’Iran. Certes, l’Arabie Saoudite a dû payer cet engagement au prix fort, en signant au bénéfice des Etats-Unis pour 380 milliards de dollars en contrats dont 110 milliards d’armement. Armement qui, d’ailleurs, risque un jour ou l’autre de servir contre le fidèle allié américain, Israël.

Le président américain a agité ces contrats en signe de victoire. Une victoire qui risque fort d’être de dupes. Car avec quel argent les Saoudiens vont-ils honorer ces mirifiques projets ? Le déficit saoudien a dépassé les 84 milliards de dollars et la dette publique du Royaume s’alourdit à la suite de l’effondrement constant des cours du pétrole et des campagnes militaires en Syrie et au Yémen. Comme l’on dit à Genève, « les promesses rendent joyeux les fous ». Surtout, les fols éléphants…

Le but que semble – la prudence est de mise – poursuivre Dingo Donald serait de susciter un changement de régime en Iran, en mettant la pression sur ce pays. Au moment où les Iraniens ont massivement réélu à la présidence de la République le modéré Hassan Rohani, dans l’espoir de renouer avec l’Occident, le Pachyderme n’a rien trouvé de mieux que de leur fermer la porte au nez, en soutenant Ryad contre Téhéran. Ce faisant, Washington a apporté aux ennemis de l’Occident, aux conservateurs iraniens et aux tyranniques gardiens de la Révolution un soutien inespéré. Si changement de régime il y avait en Iran, ce serait sans doute au détriment des partisans de l’ouverture à l’Occident. Bien joué, le Mammouth !

La mollarchie iranienne n’est pas plus sympathique que les monarchies arabes, loin de la là. Mais force est de constater que le terrorisme qui nous frappe reste le fait de pays ou de groupes qui se réclament du sunnisme. Pendant longtemps, les pétromonarchies ont financièrement soutenu nos plus implacables ennemis et ils continuent aujourd’hui à les nourrir de leur idéologie salafiste, antisémite, liberticide et antidémocratique.

Les démocraties occidentales n’ont donc aucun intérêt à intervenir dans le conflit entre sunnites et chiites, ni d’un côté ni de l’autre. Il n’y a, dans cette affaire, que des coups à prendre. Dans son Médecin malgé lui, Molière avait tout compris en s’exprimant par le truchement de Sganarelle:

Vous êtes un impertinent de vous ingérer dans les affaires d’autrui. Apprenez que Cicéron dit : Qu’entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt.  

Jean-Noël Cuénod

Le Plouc reçoit le Grand Prix de Poésie à Pau

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Le Grand Prix de Poésie des XXIIIème Jeux Floraux du Béarn a été attribué à Jean-Noël Cuénod –– autrement dit votre Plouc – samedi 3 juin 2017 pour son manuscrit encore inédit En Etat d’Urgence. Ce concours est placé sous l’égide du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, de la Ville de Pau et la revue de poésie L’Etrave.

Outre la coupe remise audit Plouc par Jean Lacoste – adjoint à la culture du maire de Pau un certain François Bayrou – cette distinction permettra à ce manuscrit d’être édité par La Nouvelle Pléiade.

Moult mercis à la présidente des Jeux Floraux du Béarn, la poétesse Floriane Clery et à Vital Heurtebize, président de Poètes sans Frontières et président d’honneur de la Société des Poètes Français, inlassable et efficace militant de la cause poétique.

 

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23/05/2017

Les petits de Manchester

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Les petits de Manchester

 Etincelles la nuit au cœur

            

            Les petits de Manchester

            Les petits de Manchester

            Les petits de Manchester

 

Sont partis dans les gerbes d’étoiles

En emportant l’enfance éternelle

Nous voilà maintenant orphelins

De ces petits devenus immenses

Pour leur bourreau à jamais l’oubli

Pas même l’aumône de la haine

Jean-Noël Cuénod

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15/04/2017

8 BÉATITUDES pour PÂQUES 17 

Christ,lumière,mort,vie

Que vous possédiez ou non la foi, ne passez pas à côté de ce voyage, celui de Jésus le Christ ; c’est du vôtre qu’il s’agit. Injustice, injure, torture, trahison, abandon, angoisse, indifférence, mépris, mort… Autant d’étapes franchies par le Fils de l’Homme. Laissez dans l'ornière les églises et leurs dérives. Que vous guide le nombre 8.

A lire ci-dessous et/ou à ouïr ce fichier audio du poème dit par l'auteur

 
podcast

Et danse le Christ danse danse

Dense est la pluie sur nos cendres

Sombre haleine exhalée du sol

Soleil de sel chauffant l’humus

Humide des vieilles colères

Choléra serpent des ruines

Runes griffées sur les pierres

Pire menace à l’horizon

 

Et danse le Christ danse danse

Dense est la moiteur de la chair

Parchemin où la peur s’écrit

Cri surgit du cœur de la gorge

Forge des paroles de fer

Fertilité du champ des morts

« Morts ! Laissez les morts s’enterrer »

Terre Terre voici la vie !

 

Et danse le Christ danse danse

Dense est la vie au sein des morts

Meurt et revit dans le souffle

Souffre en creusant ton souterrain

Sous tes reins palpite le monde

Monde monstre qui fouille

Farfouille dans les coffres forts

L’or pour le transformer en clous

 

Et danse le Christ danse danse

Dense est la neuvième heure

Heurs malheurs bonheurs dans le neuf

Neuf où tout sera consommé

Consumé, ce présent vieux

Plus vieux que tous les passés

Trépassés aux mémoires vives

Rive où le futur n’a nul port

 

Et danse le Christ danse danse

Dense est le noyau du ciel

Scellé dans le centre du sol

Soleil noir des nuits sanguines

Sang même sang qui s’écoulait

Coulait de tes mains déjà mortes

Mordues par tous les clous du monde

Onde du sang ciel et sol

 

Et danse le Christ danse danse

Dense est le son au fond des âges

Sagesse sans fin ni lieu

Lien qui libère et relie

Relit les signes de ta main

Maintient cap de Bonne-Espérance

Errance pour mieux veiller

Réveiller la voix la voie

 

Et danse le Christ danse danse

Dense est le pain de nos sueurs

Sœurs d’eau de sel à fleur de peau

Pauvre et léger, le fils de l’Homme

Comme un parfum d’herbe brûlée

Braise en gerbe sur nos forêts

Furets porteurs de feu d’enfance

En tous sens perdus retrouvés

 

Et danse le Christ danse danse

Dense est le vin notre partage

Sage rage de ton Judas

Justice soit rendue au traître

Maître qui a rendu possible

L’impossible divinité

De l’humanité en dérive

Rêve désormais éveillé.

 

Jean-Noël Cuénod

15:53 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : christ, mort, vie, humanité | |  Facebook | | |