Laïcité

  • Chine: le virus religieux inquiète le Parti communiste

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    A chacun son virus. Nous craignons le coronavirus venu de Chine. Les communistes chinois, eux, veulent désactiver un autre « virus » : la religion. Désormais, taoïstes, bouddhistes, musulmans, protestants et catholiques sont soumis au contrôle direct du Parti communiste. Comment dit-on Big Brother en Chinois ?

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  • Auschwitz et cette mémoire qui flanche

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    Septante-cinq ans après la libération des déportés à Auschwitz par les 59e et 60e armées soviétiques placées sous le commandement du maréchal Ivan Stepanovitch Koniev[1], les agressions antisémites sont en hausse partout en Europe. Aurions-nous la mémoire qui flanche ?

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  • L’islamisme radical fait son chemin d’Annemasse

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    La conversion de Paul sur son chemin de Damas. Palma le Jeune (1550-1628) Musée du Prado

    La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a répertorié 150 quartiers qui subissent en France l’emprise de l’islamisme radical. Dans la liste des villes concernées figure Annemasse, située à quelques minutes du centre de Genève et des organisations internationales. D’autres cités proches de la Suisse sont également concernées : Bourg-en-Bresse, Oyonnax et Bourgoin-Jallieu.

     

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  • LAÏCITÉ - LOI DE 1905 : Macron ne désarme pas !

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    «Les promesses rendent les fous joyeux» dit-on à Genève. Macron l’avait affirmé le 18 mars dernier, lors de son grand raout avec les intellectuels : il renonçait à toucher à la Loi de 1905 qui garantit en France la séparation entre l’Etat et les religions. Mais la réformite macronienne et son cuisant prurit l’ont emporté sur l’engagement: le président français va relancer la réforme de cette loi.

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  • Laïcité confortée et précisée à Genève

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    Le port des signes religieux pour les élus n’était pas l’unique objet de l’arrêt de la Chambre constitutionnelle genevoise (lire le précédent blogue[1]). Deux autres points ont été examinés par les magistrats ; ils confirment la Loi sur la Laïcité de l’Etat tout en la précisant. Il s’agit des manifestations religieuses en place publique et restrictions du port de signes religieux ostentatoires.

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  • Voile, croix et kippa pour les élus genevois

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    La Chambre Constitutionnelle de la Cour de Justice genevoise a annulé l’interdiction faite aux députés du Grand Conseil et aux conseillers municipaux de porter des signes religieux. Les magistrats et les fonctionnaires y restent soumis. D’autres dispositions de la Loi sur la Laïcité de l’Etat sont avalisées par la justice.

     

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  • Terrorisme islamiste : un bilan de guerre

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    En quarante ans, le terrorisme islamiste a provoqué la mort de plus de 170 000 femmes, enfants et hommes sur la planète. La France est le pays de l’Union Européenne le plus touché. Principales victimes : les musulmans eux-mêmes. Le laboratoire d’idées Fondapol, de tendance libérale, a dressé le bilan de cette guerre aux multiples visages.

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  • La liberté religieuse mise à mal en Algérie

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    Le christianisme subit une série d’actes répressifs de la part du gouvernement algérien qui fait fi de sa propre constitution. Le protestantisme est particulièrement visé. Le pouvoir, contesté par la rue depuis de longs mois, utilise-t-il les protestants comme boucs émissaires pour détourner l’attention du peuple très majoritairement musulman ?

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  • Les pièges du voile islamique

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    Shapark Shajarizadeh a été condamnée à deux ans de prison ferme et à 18 ans de « sursis probatoire » (!) pour avoir ôté son tchador en public lors d’une manifestation.

    La récente polémique ourdie par un élu régional à Dijon qui a verbalement agressé une mère de famille musulmane a fait gonfler le voile islamique. Et nous voilà cinglant une fois de plus vers le rivage des émotions sans prendre garde aux écueils qui piègent les marins politico-médiatiques, ces piètres barreurs.

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  • Grand Remplacement? Un délire à prendre au sérieux

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    Grand Remplacement, remigration, racisme, laïcité

    Une tribu informe mais menaçante et dominatrice, appelée «Elites», a ourdi la mondialisation pour procéder au Grand Remplacement des populations «de souche» européenne par des Arabes et des Africains. Il faut donc initier un mouvement inverse, la «remigration», pour bouter hors d’Europe ces «envahisseurs». Délire raciste? Bien sûr. Mais il se répand. Jadis, il a généré les pires catastrophes.

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  • L’islamophobie… idéologie ou diagnostic ?

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    La récente polémique créée par les propos tronqués attribués au philosophe Henri Peña-Ruiz fait partie de ces manipulations twitteresques qui s’incrustent désormais dans le débat politique. Malgré son caractère artificiel, elle a au moins le mérite de révéler toutes les ambiguïtés liées au mot «islamophobie». 

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  • Les habits neufs du «complot judéo-maçonnique»

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    Chassé après la chute du nazisme, le voilà qui revient avec de nouveaux habits, un gilet jaune complétant parfois sa garde-robe: l’inusable «complot judéo-maçonnique». L’exemple le plus récent de sa vigueur retrouvée a été apporté, la semaine passée, par une douzaine de Gilets Jaunes qui ont dévasté le Temple maçonnique de Tarbes (vidéo ci-dessous), juste après l’agression antisémite contre Alain Finkielkraut.

    L’antisémitisme et l’antimaçonnisme marchent souvent la griffe dans la griffe. Force est de reconnaître que certains Gilets Jaunes sont devenus les porte-injures de ces deux jumeaux monstrueux.  Certes, la grande majorité de celles et ceux qui ont fait part de leur légitime colère sur les ronds-points ne tombent pas dans cette ornière. Mais pourquoi n’ont-ils pas exprimé une réprobation plus vive, plus ferme face à ce qui n’est plus une dérive mais une infiltration des vieilles idéologies fascisantes au sein d’un nouveau mouvement social ?

    Les usurpateurs du gilet jaune s’associent aujourd’hui à d’autres meutes qui, depuis plus d’un siècle, font du «complot judéo-maçonnique» leur fonds de boutique, à savoir les catholiques intégristes, les fascistes, les nazis, la salafistes et autres islamistes, sans oublier Staline qui, avec sa «nuit des poètes assassinés» et son «complot des blouses blanches»[1], a bien mérité de la cause antisémite ; de son côté, Lénine avait interdit la Franc-Maçonnerie en Russie dès la réussite de son putsch en 1917.

    Ce «complot judéo-maçonnique» est apparu vers la fin du XIXe siècle dans le sillage du Syllabus (8 décembre 1864) de sinistre mémoire, dans lequel le pape Pie IX exprime sa haine contre la liberté de conscience, la liberté tout court, le protestantisme, la démocratie, la république, bref tout ce qui constitue les «idées modernes» et qui laissera pendant très longtemps des traces toxiques dans les consciences catholiques.

     C’est l’un des ancêtres des infox et autres «fake news», l’écrivassier mystificateur Gabriel-Antoine Jogand-Pagès, dit Léo Taxil, qui a popularisé le «complot judéo-maçonnique» dans une série d’ouvrages parus entre 1886 et 1895, faisant des Loges, l’œuvre de Lucifer. Deux ans plus tard, sur le point d’être démasqué, Léo Taxil avouera que ses écrits relevaient du canular. Mais ce revirement ne nuira nullement au succès du «complot judéo-maçonnique».

    Celui-ci s’exporte fort bien au Proche-Orient où il est repris par l’un des penseurs musulmans les plus influents de l’époque, Rashîd Ridâ, dans une série de textes parus entre 1903 et 1911[2]. Il fulminera d’ailleurs une fatwa destinée à servir d’argument théologique dans la lutte de l’islam contre «la pieuvre judéo-maçonnique». Aujourd’hui, ses thèses sont toujours reprises par les salafistes et d’autres milieux islamistes, tel le Hamas qui, dans sa charte, s’attaque aux Juifs et aux Francs-Maçons.

    Le sommet du «complot»: le «Protocole des Sages de Sion» 

    Le «complot judéo-maçonnique» viendra au secours du «Protocole des Sages de Sion» qui décrit le pouvoir occulte qu’exercerait les Juifs sur le monde, notamment par le truchement des Loges maçonniques. Cet ouvrage a intoxiqué la planète, jusqu’au Japon. Il a servi d’aliment propagandiste à Hitler, à Goebbels et à tous les antisémites. Or, depuis de vilaines lurettes, il est prouvé que ce document est un faux forgé en 1901 par Matthieu Golovinski agent de l’Okhrana, service secret de la Russie tsariste, une sorte d’ancêtre du KGB. Toutefois, cela n’empêche pas ces «Protocoles» d’être pris pour, si j’ose dire, paroles d’Evangile dans les pays musulmans et les milieux catholiques intégristes, encore maintenant.

    L’érotisme de la mystification

      Pourquoi cette persistance dans l’erreur ? Les raisons sont multiples; parmi elles, le génie propagandiste de l’appareil papiste, avec ses multiples relais au sein des milieux sociaux et intellectuels les plus divers aux XIXe et XXe siècles.

    L’attrait de l’amalgame fait aussi mouche dans les pensées moches : si de nombreux Juifs ont été initiés à la Franc-Maçonnerie, il n’y a jamais eu d’association entre les institutions juives et les Loges maçonniques. Le B’nai B’rith – organisation juive présentée à tort par les complotistes comme un «pont» entre judaïsme et Franc-Maçonnerie – est entièrement indépendante des Obédiences.

     Cela dit, au fil des persécutions dont ils furent victimes concomitamment, il est probable que des liens de solidarité se soient noués dans l’adversité entre Francs-Maçons et Juifs, sans pour autant que l’on puisse évoquer un quelconque «complot». On a vu de tels liens se tisser dans la région du Chambon sur Lignon pendant l’Occupation, entre les protestants, anciens persécutés, et les Juifs pourchassés par Vichy.

    Autre argument soulevé pour stigmatiser Juifs et Francs-Maçons : leurs réseaux serviraient à ourdir des magouilles politico-financières. On trouvera toujours des Juifs, des Francs-Maçons, comme des protestants, des catholiques, des athées, des agnostiques, des gens de toutes nations et de toutes cultures pour se livrer à ce genre d’activité corruptrice, vieille comme l’apparition de l’humain sur terre. Mais il faut aussi reconnaître que les Obédiences maçonniques ont fait le ménage contre ce genre de dérives dès les années 1990. On aimerait en dire autant du Vatican concernant la pédocriminalité au sein de son clergé. 

    Enfin, tous les rites excitent la curiosité, surtout ceux pratiqués, non pas dans le secret – les librairies ésotériques offrent une large documentation à ce propos – mais dans la discrétion. Tel est le cas de la Franc-Maçonnerie. Et sur cette curiosité, on peut bâtir des succès de librairie ou de flamboyants bobards. Vous ajoutez les rites de la religion juive, vous touillez le tout et vous obtenez une mixture séduisante pour tous les déçus de la réalité.

    Le mensonge enfile sa mini-jupe alors que le réel endosse sa robe de bure. Difficile de lutter contre l’érotisme de la mystification.

    Jean-Noël Cuénod

    [1]Le 12 août 1952, treize poètes et écrivains juifs furent fusillés à la Loubianka par Beria sur ordre de Staline ; le «complot des blouses blanches» visait les médecins juifs et annonçait d’autres assassinats «antisionistes» ; c’est la mort de Staline qui a donné un coup d’arrêt à ce processus.

    [2]«Le Croissant et le Compas, Islam et Franc-Maçonnerie : de la fascination à la détestation» de Thierry Zarcone (Editions Dervy, 2015)


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  • La gauche lâche-t-elle la laïcité ?

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    La statue de la Brise, sculpture d’Henri Koenig, devant la Rade de Genève. Image de la femme libre.

    La plupart des partis de gauche ont, en vain, appelé à voter contre la loi sur la laïcité de l’Etat à Genève (lire aussi le précédent blogue). La gauche semble donc avoir perdu son ADN laïque, non seulement à Genève mais aussi en France où maints gauchistes la jugent «bourgeoise». Un signe de plus démontrant que la gauche n’est pas sortie de son état confusionnel.

    Toute la gauche ? Non, car d’irréductibles militants résistent encore et toujours au communautarisme, telle l’ancienne députée socialiste et ex-présidente de la Licra[1]Claire Luchetta-Rentchnik qui a animé la campagne à Genève avec l’association « La laïcité, ma liberté ».

    Car c’est bien de cela que la laïcité veut nous préserver, de ce communautarisme qui s’installe aux portes de Genève, qui ronge les cités de la banlieue parisienne ou des Quartiers-Nord de Marseille et qui règne dans le « Londonistan ».

    Le communautarisme, c’est le despotisme à domicile, la prison à chaque étage. Il soumet l’individu à la loi de son groupe ethnique ou religieux – souvent les deux cumulés –, une loi qu’exerce le plus souvent la partie mâle de la famille, une loi sans autre loi que celle dictée par l’arbitraire, justifiée par la lecture biaisée et lacunaire de textes religieux.

    Le communautarisme semble toujours lié à l’islam radical ou salafiste car c’est dans ce contexte qu’il a pris des formes particulièrement spectaculaires. Mais on peut le voir à l’œuvre dans les milieux fondamentalistes d’autres religions, au sein des sectes dites « évangélistes » ou dans le catholicisme intégriste. Les formes diffèrent en fonction du statut social et culturel des groupes en question. Mais le fond reste le même. Il s’agit d’empêcher l’individu de penser par-lui même, de peur qu’il refuse le sort à lui imposé par l’implacable pouvoir du groupe. L’individu n’est qu’un rouage et non pas un être humain dans toutes ses dimensions.

    Pour le communautarisme, la liberté de conscience – qui comprend celle de changer d’opinion ou de religion – relève du scandale inadmissible. On ne quitte pas la religion du groupe, sauf à trahir les siens parfois au péril de sa vie. La laïcité étant le principe qui permet à la liberté de conscience de s’exprimer et de se développer au sein de la Cité, on comprend dès lors que les intégristes de tous poils et de toutes barbes cherchent à la combattre. On comprend moins que la gauche enfourche un tel bourricot !

    Sans doute faut-il y voir cette tendance née tout d’abord au sein du Parti démocrate américain et diffusée en France et ailleurs, notamment par Terra Nova, le laboratoire d’idées proche du PS français. Dans cette optique, il s’agit pour la gauche de ne plus fonder son action sur la classe ouvrière et les travailleurs en général mais de chercher ses nouvelles recrues auprès des minorités, parmi celles-ci, les émigrés ou plutôt leurs enfants et petits-enfants.

    La gauche a toujours soutenu la cause des travailleurs immigrés mais ceux-ci étaient alors perçus par elle comme faisant partie intégrante de cette classe ouvrière qu’elle était historiquement chargée de représenter. Aujourd’hui, dans cette nouvelle stratégie d’une certaine – et incertaine – gauche, il s’agit de défendre des communautés culturelles ou religieuses en tant que telles, avec leurs idéologies propres. Or, parmi ces conceptions communautaires figurent, entre autres, la défense du patriarcat qui fige les rapports hommes-femmes sous la forme dominants-dominés. Dès lors, en cherchant à complaire aux communautés, cette gauche en vient à oublier ce qui constitue la base même de son édifice politique : la défense des opprimés et la lutte contre leurs oppresseurs.

    La communauté religieuse a toute sa légitimité quand elle transmet sa conception des fins dernières et de la foi en une entité supérieure. Mais elle la perd dès qu’elle veut imposer ses conceptions dans l’organisation de la Cité, qu’elle cherche à empêcher ses membres de vivre en liberté et qu’elle se pose en intermédiaire obligé entre l’individu et l’Etat démocratique.

    La gauche ferait donc bien de revenir à ce qui constitue sa raison d'être : la représentation et la défense des travailleurs, quelle que soit leur nationalité, quelle que soit leur religion, quelle que soit leur culture. La défense des particularismes communautaires – qui souvent s’opposent les uns aux autres – est une voie sans autre issue que le mur.

    Jean-Noël Cuénod

    [1]Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme

  • Genève vote pour la laïcité. Et maintenant?

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    Le peuple genevois a donné un «oui» incontestable à sa loi sur la laïcité, à 55,1% des suffrages exprimés. C’est un beau jour pour la sauvegarde de la liberté de conscience. Approbation nette. Mais non pas raz-de-marée. Il faut donc que les partisans de la laïcité se penchent sur le seul élément vraiment critiquable de cette loi.

    Il s’agit en l’occurrence de l’interdiction pour les députés au Grand Conseil et conseillers municipaux de signaler leur appartenance religieuse par des signes extérieurs lorsqu’ils siègent en séance plénière (en public) ou lors de représentations officielles (1).

    Certes, ne pas arborer un signe religieux en de telles circonstances assez restreintes ne paraît pas relever de la dramatique atteinte à la liberté religieuse, sauf à faire preuve de mauvaise foi. Et les ennemis de cette loi ont démontré qu’ils en possédaient d’inépuisables réserves.

    Toutefois, cet élément présente un défaut, il rompt l’équilibre et la cohérence de cette loi. En quoi ?

    Il est normal que les représentants de l’Etat – magistrats et fonctionnaires – soient astreints à respecter la neutralité confessionnelle en ne faisant pas étalage de leur appartenance à telle ou telle communauté religieuse. Dans le contexte de leur fonction – et si cette fonction les amène à entrer en contact avec le public – ils sont des organes de l’Etat qui, à Genève, est laïque et se déclare neutre sur le plan religieux. Personne n’a contraint les fonctionnaires ou les magistrats à embrasser le service public.

    En revanche, la situation des députés au Grand Conseil ou des conseillers municipaux est différente. Ils ne représentent pas l’Etat mais le peuple dans toute sa diversité. Ils ne sont donc pas astreints à l’obligation de réserve laïque des fonctionnaires et magistrats. En briguant les suffrages de leurs concitoyens, ils font étalage de leurs conceptions philosophiques, de leurs positions idéologiques et, le cas échéant, de leur appartenance religieuse. C’est le jeu normal de la démocratie. Dès lors, cet élément de la loi se révèle par trop restrictif en regard de la liberté individuelle.

    Il faudrait s’inspirer de la situation qui règne déjà au sein de l’Instruction publique, à savoir que le port de signes religieux est interdit aux instituteurs et aux professeurs quand ils donnent leurs cours mais que leurs élèves sont libres d’en arborer. Les uns représentent l’Etat, les autres, non. Il devrait donc en aller de même concernant les fonctionnaires et les députés ou conseillers municipaux.

    Le Groupe de travail sur la laïcité n’avait pas retenu l’interdiction du port de signes religieux pour les députés ou conseillers municipaux en « plénière ». Ce point ne figure pas dans les propositions rédigées par ce Groupe qui ont largement inspiré la nouvelle loi. Il n’est apparu qu’au cours du travail législatif. La Cour constitutionnelle cantonale doit encore statuer à ce propos après avoir été saisie de deux recours. Peut-être que cet élément contestable sera expurgé de la nouvelle loi. C’est mon souhait, en tant que citoyen engagé en faveur de la laïcité et de sa nouvelle loi genevoise.

    Jean-Noël Cuénod, ancien président du Groupe de Travail Laïcité auprès du Conseil d’Etat

    (1) Ne retouche pas à mon dieu – Un bilan de la laïcité. D'où vient-elle? Où va-t-elle?– Jean-Noël Cuénod– 249 pages – Editions Slatkine

  • Une loi sur la laïcité pour garantir la liberté de conscience

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    Dimanche 10 février prochain, les citoyennes et les citoyens genevois diront si la République et canton doit ou non se doter d’une loi sur la laïcité. Je me permets d’intervenir dans ce débat en tant qu’ancien président du Groupe de Travail sur la laïcité.

    « La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre »public.Cette définition classique de la laïcité situe parfaitement l’enjeu de la votation du 10 février : le peuple genevois veut-il adopter une loi qui protège la liberté de conscience, la liberté de croire en Dieu, dans les Dieux ou de ne croire ni à l’un ni aux autres et qui fixe les règles dans les relations entre l’Etat et les organisations religieuses ?

    «Personne ne veut attaquer la liberté de conscience dans notre paisible République et canton» ronronneront certains. Aujourd’hui, peut-être. Mais demain ? Une loi n’est pas faite uniquement pour répondre aux urgences. Elle vise aussi – et surtout – à organiser demain. N’oublions pas que cette liberté de conscience à laquelle nous autres Genevois sommes tant attachés est aussi fragile que la démocratie. Elle n’est pas inscrite de toute éternité dans les gènes d’un pays. Il s’agit de la fortifier afin qu’elle puisse résister aux tempêtes de l’avenir.

    Est-elle vraiment nécessaire, cette loi? Elle se révèle indispensable. Dans la mesure où le principe de la laïcité est inscrit dans la Constitution genevoise depuis le 1erjuin 2013, il était impensable qu’il ne soit pas rendu vivant par l’apport d’une loi. Un principe constitutionnel qui n’aurait pas sa traduction dans un texte législatif serait aussi dépourvu de réalité qu’un ectoplasme embrumant les discours officiels.

    L’absence de base légale d’un article constitutionnel ouvre la porte à tous les arbitraires dans la mesure où l’on peut lui faire dire n’importe quoi, par malveillance ou par maladresse. L’un des exemples les plus criants de la nécessité d’une loi sur la laïcité nous a été apporté par un épisode resté dans toutes les mémoires.

    En 2015, des écoliers genevois de 5 à 7 ans devaient chanter dans l’opéra de Benjamin Britten, L’Arche de Noé. Mais la Direction de l’enseignement obligatoire, organe du Département de l’Instruction publique, fit couler ce projet, dans un premier temps. Une juriste avait estimé que cette participation écolière violait le principe constitutionnel de laïcité, compte tenu de la référence biblique de l’œuvre! Dans mon blogue, j’avais alors écrit qu’à ce compte-là, il fallait interdire de chanter le « Cé qu’è lainô » dans les écoles genevoises, formule reprise ensuite par la conseillère d’Etat chargée du Département de l’Instruction publique. Celle-ci, en effet, a annulé cette interdiction et profité de l’occasion pour remettre les pendules laïques à l’heure dans son ministère.

     Si la laïcité avait été encadrée, explicitée, mise sur rails par une loi, il est évident que la Direction en question n’aurait pas pu donner au principe constitutionnel une extension aussi aberrante.

    Telle qu’elle est rédigée, la loi sur la laïcité permet de parer à ce genre de risques. Certains critiqueront tel ou tel détail de ce texte. Mais qu’ils ne jettent pas le bébé laïque avec l’eau de son bain. Il est toujours possible de modifier une loi. Il se révèle beaucoup plus ardu, et surtout plus arbitraire, d’appliquer un article constitutionnel en l’absence de texte législatif.

    C’est l’ensemble de ce projet qu’il faut considérer. Il donnera aux organisations religieuses qui respectent l’ordre démocratique suisse les moyens de vivre de façon autonome, sans être contraint de demander des fonds à des organismes étrangers, grâce à l’instauration de la contribution religieuse volontaire, service payant pour ces communautés confessionnelles.  Il définira clairement, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui comme le démontre l’épisode de L’Arche de Noé, la notion de neutralité de l’Etat ainsi que la présence des organisations religieuses sur le domaine public dont les prescriptions actuelles sont trop datées. Ce texte éclaircit non seulement les missions des aumôneries au sein des hôpitaux publics, des établissements médico-sociaux et des lieux de privation de liberté, mais elle les élargit en prévoyant la possibilité d’un accompagnement d’ordre philosophique en plus des accompagnements d’ordre religieux.

    Cette loi ne s’attaque à aucune religion. Au contraire, elle permet la libre expression des croyances dans le cadre de l’ordre démocratique suisse. Mais elle garantit aussi la libre expression des incroyances.

    Sous prétexte que l’alinéa 2 de l’article 7 du projet de loi stipule que le visage doit être visible dans les administrations, établissements publics et tribunaux, d’aucuns prétendent qu’il s’agit d’une intolérable atteinte à l’islam. Or, tel n’est pas le cas si l’on se réfère à l’avis d’un imam diffusé par l’un des plus importants sites musulmans français (https://www.doctrine-malikite.fr): «Aucun verset du Coran, ni texte de la sunna n’existe qui oblige le Niqâb (voile intégral) à la femme musulmane».

    De même, si le projet de loi demande aux magistrats exécutifs et judiciaires, aux fonctionnaires et aux élus de s’abstenir «de signaler leur appartenance religieuse par des signes extérieurs», cela ne s’adresse pas qu’aux musulmans mais aux fidèles de toutes religions. Le but ainsi visé est de ne pas troubler par le port de symboles l’indispensable neutralité confessionnelle de l’Etat.

    La laïcité est avant tout un état d’esprit qui tend à mettre la tolérance en actes.

    Jean-Noël Cuénod, ancien président du Groupe de Travail Laïcité auprès du Conseil d’Etat

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  • Vol de nuit sur la laïcité

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    Vol de nuit sur la laïcité à l’Assemblée nationale. Dans les dernières heures de mardi et les premières de mercredi, 180 députés (sur 577) rescapés du marathon parlementaire ont accepté, entre deux attaques de paupières, d’exclure totalement les institutions religieuses du répertoire des représentants d’intérêt (lobbyiste en franglais). De justesse : 88 voix contre 85.

    Certes, ce vote ne clôt pas définitivement la question puisque la navette parlementaire entre Sénat et Assemblée nationale n’est pas terminée. Néanmoins, l’exclusion des associations cultuelles de la liste des lobbys risque fort d’être actée en fin de parcours.

    Petit rappel : la loi sur la transparence de la vie économique, dite Loi Sapin II, prévoit l’établissement d’une liste des représentants d’intérêts, les fameux lobbyistes. Ce répertoire numérique, selon la loi, « assure l'information des citoyens sur les relations entre les représentants d'intérêts et les pouvoirs publics ». II est diffusé par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Encore maintenant, ce répertoire inclut les associations cultuelles – sans « r » et qui, parfois, n’en manquent pas ! – ou plus clairement dit, les institutions confessionnelles. Néanmoins, une exception est prévue par la loi, lorsque ces associations de type religieux sont en relation avec le ministre des Cultes, celui de l’Intérieur en l’occurrence, ce qui semble logique. Mais pour tous les autres types de relations entre institutions confessionnelles et organes du pouvoir, les associations cultuelles doivent être enregistrées dans le répertoire. Il en va ainsi, par exemple, lorsqu’un évêque veut aborder avec le ministre de la Justice, la question de la procréation médicalement assistée (PMA) et défendre le point de vue de son Eglise à ce sujet.

     Si le vote de la nuit de mardi et mercredi est finalement confirmé, les institutions confessionnelles seront donc totalement exclues de la liste des représentants d’intérêts et leurs relations avec les puissances publiques resteront confinées dans la discrétion.

    Le député Raphaël Schellenberger (LR) a bien résumé le courroux qui a agité les chasubles : « Il nous semble particulièrement incompréhensible de mettre les religions et les représentants des cultes au même banc que des lobbyistes qui défendent des intérêts particuliers ». Réplique de son collègue socialiste Jean-Louis Bricout : « On connaît la capacité de ces associations cultuelles à influer, comme les autres associations, sur les décisions publiques. Elles doivent donc être placées par la loi au même rang que les autres représentants d’intérêts et ne doivent jouir d’aucun privilège particulier. »

    Laïcité et transparence : le juste milieu

    Tout d’abord, rappelons-le, être lobbyiste ou, plutôt, représentant d’intérêts (la formule suisse est plus rugueuse mais plus exacte : groupe de pression) n’a rien d’infâmant. Certes, les magouilles diverses ourdies par les industries agrochimiques, notamment, ont donné du lobby une image détestable. Mais à côté d’elles figurent parmi les groupes de pression, œuvres d’entraide, fondations pour défendre l’environnement, associations humanitaires, tous gens bien comme il faut, propres dans leur tête et leur cœur. Nombre de ces entités ne défendent pas des intérêts économiques privés mais poursuivent des buts d’intérêt général et social.  Il n’y a donc rien d’infâmant à ce que l’Eglise catholique romaine, l’Eglise protestante unie de France, l’Eglise orthodoxe, les communautés juives, musulmanes ou bouddhistes figurent sur le répertoire des représentants d’intérêts.

    Les institutions confessionnelles doivent-elles être considérées comme des lobbys comme les autres ? Comme les autres, non ; comme des lobbys, oui.  Certes, les associations cultuelles ne seront jamais des groupements « comme les autres » puisqu’elles véhiculent un message qui relie l’humain à la transcendance et qu’elles prescrivent des normes morales sur lesquelles sont basées en grande partie celles de la société. D’ailleurs, aucun lobby n’est « comme les autres » ; ils ont tous leurs caractéristiques propres. Mais aucun d’entre eux ne représentent toute la société et il en va de même pour les institutions religieuses. Elles défendent une approche particulière de la vie en société et s’efforcent de promouvoir leur propre conception de la vie sociale. Elles sont donc bien un lobby ou un groupe de pression dans la mesure où elles cherchent à influencer le cours de la politique à divers échelons. Ce qui est parfaitement légitime. C’est non seulement leur droit de le faire mais leur devoir de citoyens, car le processus démocratique de prises de décisions nécessite que plusieurs voix, discordantes ou non, se fassent entendre. Mais pour que ce processus ne dérive pas dans les magouilles, les tractations de coulisses et l’emprise cléricale sur la politique, il convient de le protéger par des mesures de transparence. Que l’on identifie clairement ceux qui demandent quelque chose et ceux qui sont en mesure de le leur accorder.

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    Et les francs-maçons ?

    Certes, il convient de se méfier de la transparence qui, poussée à ses extrémités peut rendre nos existences invivables. Toutefois, un répertoire des représentants d’intérêts ne saurait être considéré comme une manœuvre liberticide dans la mesure où elle n’atteint pas la vie privée des personnes qui pourraient être concernées. (Dessin de Zep pour une brochure consacrée à la laïcité dans la République et canton de Genève).

    Dès lors, le répertoire des représentants d’intérêt tel qu’il est en France n’a rien à voir avec l’obligation de se déclarer franc-maçon pour devenir député, comme le canton du Valais avait voulu le faire en Suisse, en vain heureusement. En effet, le répertoire français n’établit aucune différence, aucune discrimination entre les représentants d’intérêt. Leur vie privée n’est pas lésée. Personne n’est jeté en pâture.

     En revanche, en obligeant des candidats à se déclarer franc-maçon on porte atteinte à leur vie privée de façon discriminatoire puisque cette obligation ne vise que la franc-maçonnerie. Ainsi, les catholiques-conservateurs qui avaient voulu imposer cette obligation en Valais avaient pris garde de ne pas mentionner l’Opus Dei et ne visaient que les francs-maçons et quelques clubs de service qui n’avaient été ajoutés que pour tenter de noyer le poisson maçonnique.

    Or, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme, qui avait jugé un cas similaire survenu en Italie, est claire : la discrimination découle du fait de traiter de manière différente, sauf justification objective et raisonnable, des personnes placées en la matière dans des situations comparables.

    Dans le répertoire des représentants d’intérêt, tout le monde est considéré de façon égale, contrairement au cas que nous citions qui discriminait l’appartenance à une association par rapport à d’autres. Ajoutons qu’il serait tout à fait normal que des obédiences maçonniques fussent inscrites sur ce registre, elles aussi.

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    La laïcité, une chance pour les aspirants à la chrétienté

    Celles et ceux qui veulent exclure les institutions religieuses du répertoire des lobbys se disent choqués de voir leur église être considérée comme n’importe quel autre groupe de pression car elles seraient investies d’un caractère spirituel qui transcenderaient les contradictions sociales, économiques et politiques. (Dessin de Bernard Thomas-Roudeix)

    Avant d’hasarder sa réplique, Le Plouc tient à dire d’où il parle, pour causer comme en 1968. Il est chrétien, franc-maçon au Rite Ecossais Rectifié, issu d’une famille protestante réformée ou plutôt, se considère comme un aspirant à la chrétienté, le Christ ayant mis la barre à une telle hauteur que ce n’est pas demain la veille que Le Plouc sera en mesure de l’imiter. Un modèle, le Christ. Pas un chef de parti qui réclame le versement d’une carte d’adhérent.

    Le Plouc reste ébloui par le récit évangélique d’un Dieu Tout-Puissant qui se fait Toute-Faiblesse pour aider les humains à vaincre la mort. Récit unique dans l’histoire de l’humanité dont la force traverse l’espace et le temps.

    Ce récit divin, les institutions religieuses du christianisme – quelles qu’elles soient – n’ont pas cessé de le dégrader en le trainant dans les coulisses des pouvoirs politiques, sociaux et économiques, en faisant de la hiérarchie ecclésiastique une lutte des ego (mais non pas des égaux !), en déclenchant des guerres séculaires et sanglantes. Dès lors, ces églises ne sont que les avortons dégénérés de l’Eglise corps du Christ qui n’a ni chef ni clan, mais une seule aspiration, l’Amour qui transcende la mort.

     Pour l’aspirant à la chrétienté, la laïcité n’est pas une fatalité, c’est la chance unique d’empêcher ces églises d’intervenir directement dans le champ politique et de poursuivre ainsi leur trahison du récit christique.

    Certes, ces églises qui ont fait chuter leur majuscule n’ont pas commis que des horreurs et des lueurs divines se sont échappées de leur indignité. Ne l’oublions pas, de ses rangs sont sortis des organismes d’entraide qui ont secouru les victimes des injustices et de la misère ; aujourd’hui encore qui, à part les églises, défend vraiment la cause des migrants ? Voilà qui doit être porté à leur crédit.

    Il n’en demeure pas moins que ses églises sans majuscule sont humaines, trop humaines pour prétendre échapper à la loi commune. Et il en va, bien sûr, de même pour toutes les autres institutions confessionnelles.

    En outre, il existe une spécificité gallicane de l’Eglise catholique française. Dans le passé, elle s’est montrée particulièrement intolérante et envahissante sur le plan politique : croisade des Albigeois, massacre de la Saint-Barthélemy, dragonnades, soutien sans faille au Trône contre la République, adhésion tardive (mais réelle, cela dit) à la démocratie, la liste est longue. De même, plusieurs associations musulmanes s’efforcent elles aussi d’investir le champ politique pour imposer leur conception particulière de la vie en société.  

    Par conséquent, commettre une entorse à la laïcité telle que l’exclusion des associations cultuelles du registre des lobbys, c’est un peu donner à un alcoolique un bonbon à la liqueur.

    Jean-Noël Cuénod

     

     

     

     

     

     

     

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  • Le voile islamique à toute vapeur

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    Est-il possible de débattre sur le port du voile islamique sans se déchirer ? Non sans doute, à ouïr la polémique en cascade née de l’intervention publique, tout voile dehors, de Maryam Pougetoux, présidente de l’UNEF (Union nationale des Etudiants de France) à l’Université de Paris-Sorbonne.

    « Atteinte intolérable à la laïcité ! » accusent les adversaires de la syndicaliste étudiante. « Scandaleuse réaction de nature islamophobe ! » contre-attaquent ses défenseurs. Dans les deux camps, l’intelligence a fait désertion, semble-t-il. Intelligence, c’est-à-dire capacité à relier les choses entre elles.  

    Révélateur de cet état d’abrutissement médiatique dans lequel nous sommes englués, tout le monde a oublié les propos que tenaient la dirigeante de l’UNEF pour ne garder en mémoire que ce bout de tissu dont elle s’est affublée. A la façon du taureau obnubilé par le chiffon rouge que le torero agite devant son mufle, nous fonçons tête baissée.

    Alors, tentons de faire le tri, sans se bercer d’illusion : la flûte de la raison sera submergée par les grosses caisses des indignations réciproques. Prenons cette modeste démarche comme un exercice d’hygiène mentale par temps pollués.  

    Tout d’abord, il convient, une fois de plus, de rappeler les trois piliers fondamentaux de la laïcité, au lieu de lui faire dire n’importe quoi, à savoir séparation de l’Etat des institutions confessionnelles, garantie de la liberté de conscience et neutralité de l’Etat à l’égard de toutes les confessions.

    Par conséquent, lorsque Mme Pougetoux répond aux questions du journaliste de la chaîne télévisée M6 en étant voilée, la laïcité n’est pas violée. Elle représente un syndicat, organe non-étatique, et peut se présenter comme elle l’entend. La clameur publique aurait-elle retentit avec autant d’ardeur si elle avait arboré une croix huguenote, une médaille de la Vierge ou une étoile de David ?  

    En revanche, à l’intérieur de son organisation, des militants seraient parfaitement en droit de lui reprocher son accoutrement, signe d’une appartenance confessionnelle qui n’est pas partagée par tous les adhérents, ceux-ci se trouvant ainsi propulsés dans un contexte religieux, étranger aux buts du syndicat.

    Mais il ne s’agirait alors que d’une affaire interne au syndicat. Lorsque le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb reproche à Maryam Pougetoux de porter le voile, il sort de son rôle de représentant de l’Etat. Cela ne le regarderait que s’il était membre de l’UNEF ou que si Mme Pougetoux était fonctionnaire, ce qui n’est le cas ni de l’un (depuis au moins de nombreuses décennies !), ni de l’autre. Collomb ne fait qu’utiliser une de ses vieilles ficelles politicardes : allumer un feu pour que sa fumée occulte les vrais problèmes.

    Cela dit, il ne faudrait pas que la dirigeante du syndicat nous prenne pour des truffes hallal. Ce n’est pas un simple foulard discrètement disposé sur ses cheveux qu’elle a choisi de mettre, mais une vêture qui couvre la tête et le corps comme une sorte d’uniforme. En France – et particulièrement dans le contexte qui est le sien depuis les attentats et la montée de l’islam radical – cette tenue n’est pas que religieuse, elle relève de l’emblème politique. Et c’est bien un message de cette nature que Maryam Pougetoux a voulu faire passer : « J’interviens sur le champ social français en tant que musulmane engagée et déterminée à promouvoir l’islam politique. » Peu importe les dénégations que pourraient émettre la dirigeante syndicale, c’est ce que chacun aura traduit du langage corporel qu’elle utilise. C’est une attitude qui doit aussi être appréhendée en fonction d’un autre contexte, celui de l’infiltration de militants salafistes à l’intérieur des syndicats[1].

    Toutefois, Maryam Pougetoux est en droit de faire étalage de ses choix politiques, cela relève de la liberté d’expression la plus basique. Répétons-le, ce n’est qu’aux autres membres de l’UNEF de lui en faire éventuellement le reproche, en fonction des règles internes du syndicat. Nous sommes dans le même cas de figure que le port par un représentant syndical d’un maillot à l’effigie du Che ou d’une chemise frappée de la faucille et du marteau.

    Le voile qui chiffonne Charlie-Hebdo

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    Si la présidente de l’UNEF-Paris-Sorbonne est libre de s’entortiller dans son voile et d’affirmer son appartenance à l’islam politique, d’autres citoyens disposent de la même liberté pour lui reprocher son engagement ou s’en moquer. Charlie-Hebdo a usé de ce droit en mettant en « une » la caricature de Maryam Pougetoux. Aussitôt, l’hebdomadaire a essuyé une pluie d’accusations injustifiées.

    Cette couverture relève-t-elle de l’« islamophobie » ? Ce mot est tellement farci d’ambiguïtés qu’il vaudrait mieux ne pas l’utiliser. Après tout, comme n’importe quelle opinion, chacun peut critiquer une confession, sans que ses fidèles se sentent automatiquement attaqués. Mais le mot « phobie » peut être pris dans le sens « haine pathologique » ce qui risque de le faire déborder du bassin des idées vers les pelouses pelées du racisme. Ce n’est plus seulement la religion qui est critiquée, cela relève de la légitime expression ; c’est aussi l’appartenance ethnique supposée de ses fidèles qui est visée, cela relève de l’illégitime discrimination.

    Si on vilipende le pape en tant que religieux, nous restons dans le débat critique. Si on l’attaque en tant qu’Argentin, nous faisons acte de xénophobie.

    Dans sa « une »,Charlie-Hebdo se moque de Maryam Pougetoux uniquement dans sa fonction de dirigeante de l’UNEF et en tant qu’elle fait la promotion d’une confession particulière. Dès lors, accuser l’hebdomadaire d’« islamophobie » n’est pas pertinent.

    Dans cette polémique en cascade, il ressort que le ministre de l’intérieur n’a pas à se prononcer sur l’appartenance confessionnelle d’une citoyenne ou d’un citoyen, puisqu’il est le garant de la neutralité de l’Etat en la matière. Il ressort aussi que Charlie-Hebdo est parfaitement dans sa vocation de journal anticlérical en raillant le voile islamique d’une dirigeante syndicale.

    Jean-Noël Cuénod

     

    [1]Lire le blogue « Un Plouc chez les Bobos » du 30 novembre 2017 : « Comment les salafistes infiltrent les syndicats ».

  • Penser à l’après-Ramadan

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    Aux yeux de la justice, Tariq Ramadan reste présumé innocent et l’analyse ADN de la robe d’une des plaignantes ne changera pas ce statut, jusqu’au prononcé d’un jugement définitif. Aux yeux des musulmans, la situation se présente sans doute de façon fort différente.

    Si cette analyse constate l’existence d’un rapport sexuel entre l’islamologue et l’une de ses accusatrices, il appartiendra aux juges de déterminer si ces rapports étaient ou non consentis. Mais selon l’islam, même en cas de consentement, une faute grave aurait été perpétrée, définie sous le terme de «Zinâ’», soit les actes sexuels commis hors mariage assimilés à la fornication. Le site MuslimFr.com décrit le poids de ce péché en citant le verset 32 de la sourate XVII du Coran: «Ne vous approchez pas de la fornication. C’est une abomination et une voie pleine d’embûches». Commentaire de ce site: «Ce qui est à noter de ce passage du Qour’aane (Coran-ndlr), c’est qu’Allah n’y interdit pas seulement la fornication. Il interdit même de s’en approcher.» C’est dire à quel point l’adultère est rejeté par les doctrines islamiques.

    Dès lors, si le rapport sexuel entre le prédicateur – qui est marié – et son accusatrice est avéré, que vaudra la parole de celui qui a prêché la fidélité dans les liens du mariage et dénoncé les turpitudes des uns et des autres ? Comment réagiront les milliers de jeunes musulmans qui, dans toute l’Europe, ont été conquis par le verbe, le charme et la pensée du prédicateur ? Sans doute se sentiraient-ils trahis, floués et surtout déstabilisés. Un de leurs principaux modèles s’effondrerait, laissant la place aux passions tristes qui peuvent conduire vers des actes extrêmes.

    Tariq Ramadan s’est voulu le concepteur d’un islam européen compatible avec les valeurs démocratiques de l’Europe. Mais bien avant que n’éclate l’actuel scandale, cette étoile avait perdu de son éclat. Ses liens avec le Qatar et les Frères musulmans ont décrédibilisé ses propos. Sous l’apparence charismatique d’un réformateur que nombre de musulmans européens attendaient et attendent encore, se cachait un conservateur qui tentait d’habiller de teintes chatoyantes un islam rigoriste, incapable d’inscrire cette religion dans notre modernité.

    Il appartient désormais aux citoyens musulmans de Suisse, de France, de Belgique et d’ailleurs de trouver en eux les ressources nécessaires pour transformer en force positive les frustrations qui vont naître de cette situation. Personne ne pourra le faire à leur place.

    Jean-Noël Cuénod

    Editorial paru en version un peu plus courte dans la Tribune de Genèveet 24 Heures de vendredi 20 avril 2018.

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  • La faute de l’abbé Macron

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    A la Conférence des Evêques de France, le président a donné, en bon jésuite, des gages aux partisans de la laïcité. Mais en évoquant le lien qu’il convient de « réparer » entre l’Eglise catholique et la République, le président a pris le risque de réveiller le diable clérical qui ne dort que d’une corne dans les bénitiers.

    Emmanuel Macron a donc provoqué une belle polémique lundi dernier ; elle surgit fort opportunément pour distraire le public des grèves à géométrie variable et autres motifs de grogne sociale. Il ne faut jamais sous-estimer le génie médiatico-tactique de Macronpiter. Certes, il n’a pas prononcé son discours dans l’unique but de faire diversion. Mais enfin, cet effet collatéral, même de courte durée, est toujours bon à prendre en période agitée.

    Il faut lire – ou écouter – jusqu’au bout ce long propos (voir la vidéo de son allocution en entier à la fin de ce texte) pour admirer l’art macronien de faire semblant de distribuer des gages aux groupes les plus antagoniques. Des gages qui point n’engagent. Sauf ceux qui veulent bien s’engager à être gagés.

    Ainsi pour lisser les plumes violettes du corvidé épiscopal, l’abbé Macron déploie tous les effets chatoyants de sa langue de buis :

    Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. Et il ne semble ni sain ni bon que le politique se soit ingénié avec autant de détermination soit à les instrumentaliser, soit à les ignorer, alors que c’est d’un dialogue et d’une coopération d’une toute autre tenue, d’une contribution d’un tout autre poids à la compréhension de notre temps et à l’action dont nous avons besoin pour faire que les choses évoluent dans le bon sens.

    Le pape François, rappelant les injonctions de l’Evangile, défend-il le droit des migrants ? L’abbé Macron place habilement le Pontifex Maximus dans son jeu :

    C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons. Le pape a donné un nom à cet équilibre, il l’a appelé « prudence », faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d’accueillir mais également à celle politique et juridique d’héberger et d’intégrer. C’est le cap de cet humanisme réaliste que j’ai fixé.

    Cela dit, ce n’est pas du tout le sort des migrants qui empêche de dormir l’important électorat catholique de la droite et du Front national. En revanche, les choix en matière de procréation médicalement assistée (PMA) ou de gestation pour autrui (GPA) les mettent furieusement en émoi. Et les évêques comptaient bien que le président leur donne des assurances à ce sujet. Ils se sont montrés peut-être déçus mais sans que les partisans de la PMA puissent y trouver matière à pavoiser.

    C’est d’ailleurs, en bonne logique, le passage le plus emberlificoté, le plus fumeux du discours présidentiel. Macron utilise la vieille formule d’Edgar Faure (avocat, président du Conseil sous la IVe République et ministre sous la Ve) : «Quand je suis en difficulté, j’embrouille, j’embrouille, j’embrouille!» Mission accomplie. Personne ne peut déduire sa position à partir de tels propos.

    D’un côté, le président invite les évêques à revenir sur terre :

    Nous sommes aussi confrontés à une société où les formes de la famille évoluent radicalement, où le statut de l’enfant parfois se brouille et où nos contemporains rêvent de fonder des cellules familiales de modèle traditionnel à partir de schémas familiaux qui le sont moins.

    D’un autre, il leur offre une piste d’atterrissage qui peut leur convenir :

    Je dis simplement que là aussi il faut trouver la limite car la société est ouverte à tous les possibles, mais la manipulation et la fabrique du vivant ne peuvent s’étendre à l’infini sans remettre en cause l’idée même de l’homme et de la vie.

    Conscient que son intervention ne sera pas bénie par les partisans de la laïcité à la française, Emmanuel Macron installe un contre-feu à leur intention :

    Je ne demanderai à aucun de nos concitoyens de ne pas croire ou de croire modérément. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je souhaite que chacun de nos concitoyens puisse croire à une religion, une philosophie qui sera la sienne, une forme de transcendance ou pas, qu’il puisse le faire librement mais que chacune de ces religions, de ces philosophies puisse lui apporter ce besoin au plus profond de lui-même d’absolu.

    Mon rôle est de m'assurer qu'il y ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. C'est cela la laïcité ni plus ni moins, une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d'évoquer.

    Mais ces précautions oratoires prononcées en péroraison ne sauraient faire oublier la faute initiale de l’abbé Macron, à savoir ces deux phrases lourdes de sens historiques et juridiques qu’il prononce au début de son intervention (in caput venenum, pour une fois !) en s’adressant au président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier :

    Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer.

    Quel lien ? Depuis la loi de 1905 séparant l’Etat de l’Eglise, ce lien n’a pas été « abîmé », il a été rompu. Et à moins de jeter au feu infernal cette loi fondant la laïcité en France, il n’appartient à aucun prélat, à aucun président de la République de le « réparer ». Que l’Etat entretienne avec les représentants des institutions confessionnelles ou philosophiques des relations, c’est-à-dire des échanges entre entités indépendantes, rien n’est plus normal. Mais Macronpiter est trop conscient du poids des mots, trop maître de son langage pour avoir utilisé le mot fort de « lien » par étourderie. Il ne pouvait pas ignorer l’effet de ce terme sur les catholiques et sur ceux qui ne relèvent pas de l’institution romaine. En l’utilisant, il a voulu rappeler que le président de la République avait pris note de la place particulière de cette Eglise au sein de la France et de l’importance du paramètre catholique dans le processus de décision politique.

    En toute conscience, il accepte le risque de redonner une bonne dose de légitimité au cléricalisme catholique qui n’a guère perdu de sa virulence. Sur le plan historique, il s’est montré en France particulièrement combatif, voire guerrier, car il a souvent été contesté à l’intérieur même du pays, par les cathares au Moyen-Âge, les protestants réformés à la Renaissance, les républicains à la Révolution, puis au cours du XIXe siècle. Cela laisse des traces. Contrairement à ce que pourrait faire penser la baisse de fréquentation des messes, le catholicisme militant reste fort efficace lorsqu’il s’agit de se mobiliser et de mobiliser ses troupes pour combattre sur le champ politique. Les manifs contre le mariage gay l’ont bien démontré.

    Le repli sur sa communauté culturelle ou confessionnelle est une tendance forte qui tente de répondre au monde globalisé. En parant l’une d’entre elle d’un « lien » particulier avec l’Etat, Macron risque d’entraîner une surenchère communautariste qui sera néfaste pour tout le monde.

    Jean-Noël Cuénod

    ESPACE VIDEO

     

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  • Cérémonies pour combattre l'islam politique

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    «Aujourd’hui, Emmanuel Macron doit répondre aux attentes les plus vives du pays». Pour le politologue français Stéphane Rozès – président de CAP (Conseils, Analyses, Perspectives) et enseignant à Sciences-Po et HEC (Hautes Etudes Commerciales) – le président français affronte le moment le plus dramatique depuis son élection.

    Mercredi 28 mars, deux cérémonies ont offert l’occasion de trouver les mots pour refonder la cohésion nationale. La première s’est déroulée aux Invalides pour rendre hommage à celui qui est devenu un héros de la République, le colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame qui a donné sa vie pour sauver celle d’une otage, lors de l’attentat de Trèbes, vendredi. Aux Invalides, Emmanuel Macron a désigné cet «ennemi insidieux qui exige de chaque citoyen un regain de vigilance et de civisme». Car «ce ne sont pas seulement les organisations terroristes, les armées de Daech, les imams de haine et de mort que nous combattons. Ce que nous combattons, c'est aussi cet islamisme souterrain (...) qui sur notre sol endoctrine par proximité et corrompt au quotidien»

    La seconde cérémonie s’est tenue sous forme d’une marche blanche entre Nation et un immeuble du XIe arrondissement parisien, lieu où Mireille Knoll a été assassinée lundi. Deux suspects ont été arrêtés ; l’un d’entre eux aurait crié «Allahou Akbar» au moment de tuer l’octogénaire; le Parquet a retenu le caractère antisémite de ce crime. Agée de 85 ans, Mme Knoll avait échappé de justesse à la rafle du Vel d’Hiv en 1942 (13 000 juifs y avaient été internés en vue de leur déportation) et avait épousé un survivant de la Shoah. 

    Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) avait organisé cette marche blanche, en avertissant la France Insoumise et le Front national qu'ils n'y étaient pas les bienvenus. L'un  des fils de la défunte avait annoncé, au micro de Jean-Jacques Bourdin, qu'au contraire, ce cortège était ouvert à tous. Si dans l'ensemble, la marche blanche s'est déroulée dans la dignité, deux incidents ont griffé cette cohésion bien affichée. Tout d'abord, les élus frontistes présents ont été copieusement hués et Marine Le Pen a dû être exfiltrée du défilé par ses gardes du corps. Le Plouc a assisté à une scène semblable à la hauteur du 247 boulevard Voltaire, mais cette fois-ci à l'encontre de Jean-Luc Mélenchon dont la présence a déclenché des réactions de haine spectaculaire; un homme particulièrement excité, juste à côté du Plouc, a même hurlé "à mort Mélenchon!" Le patron de la France Insoumise a donc été exfiltré à son tour. 

        «Malgré leurs différences, ces deux événements sont liés», relève Stéphane Rozès. D’ailleurs, le président français a inclus Mireille Knoll dans son discours en hommage au colonel Beltrame : «Assassinée parce qu'elle était juive» et victime du même «obscurantisme barbare» que le gendarme assassiné par le djihadiste de l'Aude,  Dans les deux cas, la cohésion nationale est mise en cause.

    Pour le politologue Stéphane Rozès, Emmanuel Macron doit désormais mettre les points sur les «i» ajoute le politologue: 

    «Jusqu’à maintenant, le président n’avait pas clairement énoncé sa conception de la nation, de la vie en République et en matière de laïcité, comme si cette explication devait susciter plus de tension que de clarté. Après de tels événements, il ne peut plus différer cette grande explication sur la façon dont nous en France allons vivre ensemble au sein de cette République qui, dans sa politique et sa mystique, s’est toujours voulue une et indivisible».

    Face à l’islam politique, la laïcité en première ligne

    Constat de Stéphane Rozès: «Force est de reconnaître que sous cet angle, les choses ne fonctionnent pas convenablement. Il y a une attente de clarification dans le pays pour savoir ce que pense vraiment le président de la laïcité, condition essentielle de la bonne entente entre les religions et entre les citoyens. Le respect de la laïcité, c’est la séparation entre le spirituel et le temporel, notion rejetée par l’islam politique. Le pays a vraiment besoin de savoir comment le président envisage la mise en œuvre de la laïcité, envisagée bien à tort par certains comme relevant de l’islamophobie.»

    L’attentat de Trèbes démontre que les causes du terrorisme en France ne sont plus à chercher au Moyen-Orient; elles sont endogènes… «En effet, nous quittons la géopolitique avec l’effondrement de Daech en Syrie et en Irak pour revenir à la politique nationale. Nous ne pouvons plus éviter cette question: qu’est-ce qui relie une nation? Et avancer cette réponse : ce qui assemble, c’est le partage de valeurs communes et non pas le repli sur une religion ou une communauté.»

    Un combat tous azimuts

    Le président Macron a bien sûr évoqué les moyens techniques, policiers, judiciaires à mettre en œuvre pour lutter contre le terrorisme. Sujets certes essentiels mais pas suffisants, selon Stéphane Rozès:

     «Il ne faudrait pas faire l’impasse sur la lutte idéologique à mener contre le séparatisme d’avec le reste de la France que l’islam politique veut imposer aux musulmans. Nombre d’entre eux réclament d’ailleurs une réponse ferme de l’Etat contre le salafisme et les Frères musulmans, ces deux aspects de l’islam politique».

    Stéphane Rozès n’oublie pas les questions d’ordre social: «Il est frappant de comparer le parcours de vie du lieutenant-colonel Beltrame avec celui de son assassin. Ils sont aux antipodes. L’un a été élevé dans un environnement stable où la transmission des valeurs a été assurée. L’autre a vécu dans un milieu familial complètement désarticulé». La lutte contre le terrorisme commence dès l’école maternelle a déclaré, en substance, le président Macron aux Assises consacrée mardi 27 mars à l’enseignement de la prime enfance.

    De toute évidence, le contexte social ne saurait constituer une excuse au djihadisme. Mais c’est l’un des paramètres à prendre en compte dans cet affrontement avec l’islam politique. Un affrontement de longue haleine.

    Jean-Noël Cuénod

    Version actualisée et augmentée d’un article paru mercredi 28 mars dans les éditions Ouèbe et papier de la Tribune de Genève et de 24 Heures. Dernière actualisation: jeudi 29 mars à 14h. 04

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