laïcité, religions,Etat

  • «Notre-Dame ancre les Français dans le temps et l’espace»

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    Le politologue Gil Delannoi explique en quoi la cathédrale de Paris est un symbole central dans la formation de la France en tant que nation.

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    Lien permanent Catégories : laïcité, religions,Etat 9 commentaires
  • La gauche lâche-t-elle la laïcité ?

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    La statue de la Brise, sculpture d’Henri Koenig, devant la Rade de Genève. Image de la femme libre.

    La plupart des partis de gauche ont, en vain, appelé à voter contre la loi sur la laïcité de l’Etat à Genève (lire aussi le précédent blogue). La gauche semble donc avoir perdu son ADN laïque, non seulement à Genève mais aussi en France où maints gauchistes la jugent «bourgeoise». Un signe de plus démontrant que la gauche n’est pas sortie de son état confusionnel.

    Toute la gauche ? Non, car d’irréductibles militants résistent encore et toujours au communautarisme, telle l’ancienne députée socialiste et ex-présidente de la Licra[1]Claire Luchetta-Rentchnik qui a animé la campagne à Genève avec l’association « La laïcité, ma liberté ».

    Car c’est bien de cela que la laïcité veut nous préserver, de ce communautarisme qui s’installe aux portes de Genève, qui ronge les cités de la banlieue parisienne ou des Quartiers-Nord de Marseille et qui règne dans le « Londonistan ».

    Le communautarisme, c’est le despotisme à domicile, la prison à chaque étage. Il soumet l’individu à la loi de son groupe ethnique ou religieux – souvent les deux cumulés –, une loi qu’exerce le plus souvent la partie mâle de la famille, une loi sans autre loi que celle dictée par l’arbitraire, justifiée par la lecture biaisée et lacunaire de textes religieux.

    Le communautarisme semble toujours lié à l’islam radical ou salafiste car c’est dans ce contexte qu’il a pris des formes particulièrement spectaculaires. Mais on peut le voir à l’œuvre dans les milieux fondamentalistes d’autres religions, au sein des sectes dites « évangélistes » ou dans le catholicisme intégriste. Les formes diffèrent en fonction du statut social et culturel des groupes en question. Mais le fond reste le même. Il s’agit d’empêcher l’individu de penser par-lui même, de peur qu’il refuse le sort à lui imposé par l’implacable pouvoir du groupe. L’individu n’est qu’un rouage et non pas un être humain dans toutes ses dimensions.

    Pour le communautarisme, la liberté de conscience – qui comprend celle de changer d’opinion ou de religion – relève du scandale inadmissible. On ne quitte pas la religion du groupe, sauf à trahir les siens parfois au péril de sa vie. La laïcité étant le principe qui permet à la liberté de conscience de s’exprimer et de se développer au sein de la Cité, on comprend dès lors que les intégristes de tous poils et de toutes barbes cherchent à la combattre. On comprend moins que la gauche enfourche un tel bourricot !

    Sans doute faut-il y voir cette tendance née tout d’abord au sein du Parti démocrate américain et diffusée en France et ailleurs, notamment par Terra Nova, le laboratoire d’idées proche du PS français. Dans cette optique, il s’agit pour la gauche de ne plus fonder son action sur la classe ouvrière et les travailleurs en général mais de chercher ses nouvelles recrues auprès des minorités, parmi celles-ci, les émigrés ou plutôt leurs enfants et petits-enfants.

    La gauche a toujours soutenu la cause des travailleurs immigrés mais ceux-ci étaient alors perçus par elle comme faisant partie intégrante de cette classe ouvrière qu’elle était historiquement chargée de représenter. Aujourd’hui, dans cette nouvelle stratégie d’une certaine – et incertaine – gauche, il s’agit de défendre des communautés culturelles ou religieuses en tant que telles, avec leurs idéologies propres. Or, parmi ces conceptions communautaires figurent, entre autres, la défense du patriarcat qui fige les rapports hommes-femmes sous la forme dominants-dominés. Dès lors, en cherchant à complaire aux communautés, cette gauche en vient à oublier ce qui constitue la base même de son édifice politique : la défense des opprimés et la lutte contre leurs oppresseurs.

    La communauté religieuse a toute sa légitimité quand elle transmet sa conception des fins dernières et de la foi en une entité supérieure. Mais elle la perd dès qu’elle veut imposer ses conceptions dans l’organisation de la Cité, qu’elle cherche à empêcher ses membres de vivre en liberté et qu’elle se pose en intermédiaire obligé entre l’individu et l’Etat démocratique.

    La gauche ferait donc bien de revenir à ce qui constitue sa raison d'être : la représentation et la défense des travailleurs, quelle que soit leur nationalité, quelle que soit leur religion, quelle que soit leur culture. La défense des particularismes communautaires – qui souvent s’opposent les uns aux autres – est une voie sans autre issue que le mur.

    Jean-Noël Cuénod

    [1]Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme

  • Genève vote pour la laïcité. Et maintenant?

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    Le peuple genevois a donné un «oui» incontestable à sa loi sur la laïcité, à 55,1% des suffrages exprimés. C’est un beau jour pour la sauvegarde de la liberté de conscience. Approbation nette. Mais non pas raz-de-marée. Il faut donc que les partisans de la laïcité se penchent sur le seul élément vraiment critiquable de cette loi.

    Il s’agit en l’occurrence de l’interdiction pour les députés au Grand Conseil et conseillers municipaux de signaler leur appartenance religieuse par des signes extérieurs lorsqu’ils siègent en séance plénière (en public) ou lors de représentations officielles (1).

    Certes, ne pas arborer un signe religieux en de telles circonstances assez restreintes ne paraît pas relever de la dramatique atteinte à la liberté religieuse, sauf à faire preuve de mauvaise foi. Et les ennemis de cette loi ont démontré qu’ils en possédaient d’inépuisables réserves.

    Toutefois, cet élément présente un défaut, il rompt l’équilibre et la cohérence de cette loi. En quoi ?

    Il est normal que les représentants de l’Etat – magistrats et fonctionnaires – soient astreints à respecter la neutralité confessionnelle en ne faisant pas étalage de leur appartenance à telle ou telle communauté religieuse. Dans le contexte de leur fonction – et si cette fonction les amène à entrer en contact avec le public – ils sont des organes de l’Etat qui, à Genève, est laïque et se déclare neutre sur le plan religieux. Personne n’a contraint les fonctionnaires ou les magistrats à embrasser le service public.

    En revanche, la situation des députés au Grand Conseil ou des conseillers municipaux est différente. Ils ne représentent pas l’Etat mais le peuple dans toute sa diversité. Ils ne sont donc pas astreints à l’obligation de réserve laïque des fonctionnaires et magistrats. En briguant les suffrages de leurs concitoyens, ils font étalage de leurs conceptions philosophiques, de leurs positions idéologiques et, le cas échéant, de leur appartenance religieuse. C’est le jeu normal de la démocratie. Dès lors, cet élément de la loi se révèle par trop restrictif en regard de la liberté individuelle.

    Il faudrait s’inspirer de la situation qui règne déjà au sein de l’Instruction publique, à savoir que le port de signes religieux est interdit aux instituteurs et aux professeurs quand ils donnent leurs cours mais que leurs élèves sont libres d’en arborer. Les uns représentent l’Etat, les autres, non. Il devrait donc en aller de même concernant les fonctionnaires et les députés ou conseillers municipaux.

    Le Groupe de travail sur la laïcité n’avait pas retenu l’interdiction du port de signes religieux pour les députés ou conseillers municipaux en « plénière ». Ce point ne figure pas dans les propositions rédigées par ce Groupe qui ont largement inspiré la nouvelle loi. Il n’est apparu qu’au cours du travail législatif. La Cour constitutionnelle cantonale doit encore statuer à ce propos après avoir été saisie de deux recours. Peut-être que cet élément contestable sera expurgé de la nouvelle loi. C’est mon souhait, en tant que citoyen engagé en faveur de la laïcité et de sa nouvelle loi genevoise.

    Jean-Noël Cuénod, ancien président du Groupe de Travail Laïcité auprès du Conseil d’Etat

    (1) Ne retouche pas à mon dieu – Un bilan de la laïcité. D'où vient-elle? Où va-t-elle?– Jean-Noël Cuénod– 249 pages – Editions Slatkine