15/01/2016

Kippa ou pas kippa ?

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 La kippa décoiffe donc les médias français. Après l’agression d’un enseignant juif à Marseille, le président du Consistoire israélite de cette ville, Zvi Ammar a conseillé à ses ouailles de ne pas porter la kippa dans la rue, afin de ne pas servir de cibles aux islamistes intégristes et autres antisémites.

Le Grand Rabbin de France Haïm Korsia a critiqué cette décision tout en y décelant un appel au secours. Les agressions antisémites progressent en France. Nombre de Français de religion juive se sentent en insécurité dans leur pays et s’installent en Israël.

Certaines réactions d’auditeurs radiophoniques ont critiqué le port de la kippa, signe confessionnel qui n’aurait pas sa place sur la voie publique. A l’instar du voile ou de la croix, elle serait considérée comme un emblème à n’utiliser qu’entre les murs de sa maison ou de la synagogue. «Cachez cette kippa que la laïcité ne saurait voir!»

 Cette réaction trahit les idées fausses qui circulent à propos d’une laïcité mise à toutes les sauces, même les plus indigestes.

La laïcité a pour objet principal de séparer le pouvoir politique des institutions religieuses et d’assurer la neutralité confessionnelle de l’Etat. Mais les religions ont parfaitement le droit de s’exprimer publiquement, à l’instar de tout groupe humain, tels les partis, les syndicats, les associations, comme le garantit l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme (lire ci-dessous). Pourquoi interdirait-on à une communauté religieuse, ce qu’on autorise à un mouvement politique ? La seule réserve étant de respecter les lois et l’ordre public. Ce qui valable pour tous, politiques ou pas, religieux ou pas. Un juif a le droit de se promener avec sa kippa, comme la musulmane avec le foulard islamique ou le chrétien avec son collier porteur d’une croix, le nostalgique du castrisme avec son T-shirt à l’effigie du Che.

La kippa n’est pas un signe d’appartenance, c’est un signe d’humilité qui rappelle qu’il y a au-dessus de soi une puissance supérieure, comme l’a expliqué le Grand Rabbin de France. La porter relève surtout de la coutume. Un juif peut ou non s’en coiffer dans la rue. Lors des offices à la synagogue, il est prescrit, aux hommes et aux femmes, de se couvrir la tête mais pas forcément avec une kippa.

Alors, puisque ce n’est pas une obligation, ne tentons pas le diable antisémite, et que les juifs laissent leur kippa à la maison, semblent dire certains intervenants qui vibrionnent sur les réseaux sociaux. Insupportable recul devant l’intolérance ! On cède sur la kippa et demain sur quoi d’autres ?

Et pourquoi interdire la burka et pas la kippa ? Tout simplement parce que l’un et l’autre n’ont aucun point commun. Le voile intégral, imposé par les versions les plus intégristes de l’islam, cache la totalité d’un humain appartenant à un seul genre : féminin. Ce visage rendu invisible porte atteinte aux liens sociaux les plus fondamentaux. Il interdit tout échange entre les êtres. Cette pratique conduit donc à une négation de l’humanité, ni plus ni moins. Rien à voir avec un modeste et discret bout de tissu rond posé au sommet du crâne.

 Porter une kippa, ce n’est pas refuser l’autre, c’est assumer publiquement sa foi en une transcendance. De même, celui qui épingle un insigne de parti, expose ses opinions politiques sans pour autant rejeter ses interlocuteurs. Ceux qui se sentent rejetés ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes et à leur manque de tolérance.

Et si cet insigne arboré est une croix gammée? Celui qui le porte n’affirme pas une opinion mais signifie son appartenance à la plus puissante organisation criminelle de l’Histoire. En ce cas, on peut vraiment parler d’un acte de rejet de sa part. Mais il s’agit, comme avec la burka, d’une situation extrême. Des exceptions qui ne confirment aucune règle.

 

 Jean-Noël Cuénod

 

Article 9. Convention européenne des droits de l’homme

 Alinéa 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

 Alinéa 2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.

 

LE PLOUC CAUSE DANS LE POSTE

La Kippa, la porter ou pas ? Cette question sera abordée sur Europe1 par l'émission "Club de la presse étrangère" que Sophie Larmoyer anime entre 11h. 45 et 12h. 20, ce dimanche 17 janvier. Avec la correspondante à Paris de Visao, Ana Navarro Pedro, et ma pomme, représentant le mensuel La Cité

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12/01/2016

Exclusif! L'hommage de la ministre Fleur Pellerin à David Bowie, vu par le dessinateur Acé

Le Plouc n’a rien à dire sur la mort de David Bowie. Pas son verre de blanc. Mais il cède volontiers la place au dessin du jeune ACÉ qui se fait l’interprète de Fleur Pellerin, la ministre française de la – on ne rit pas ! – Culture. Rappelons que ladite a été incapable de citer un seul titre de livre signé Patrick Modiano, lorsque ce célèbre romancier français avait reçu le Prix Nobel de littérature en 2014. (JNC)

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08/01/2016

Kim Jong-un ou la défaite de l'école bernoise!

kim,corée du nord,bombe a,bombe h

Sur cette planète, deux chefs d’Etat parlent le bärndütsch.

Aparté destiné aux non-suisses : il s’agit d’un dialecte tudesque, situé entre la laryngite aiguë et le cri de la corneille courroucée, utilisé par les habitants de la majorité germanophone du canton de Berne.

Reprenons : il y a donc deux chefs d’Etat qui causent ce redoutable langage. D’une part, le président de la Confédération helvétique pour l’an 2016, le Bernois Johann Schneider-Ammann, ce qui n’est pas surprenant ; d’autre part, le dictateur de la stalinienne Corée du Nord, Kim Jong-un, ce qui l’est plus. Si les deux dirigeants se rencontrent un jour, ils n’auront pas besoin d’interprètes : Gruessdi, Kimi, wie geits ? Süper, Johanni, wie drr Chouche im Chuchichaeschtli ! (Dessin: Pierre Dubois)

 Il faut dire qu’enfant Kim Jong-un a subi le sort que tous les petits Romands redoutent : être dressé dans une école bernoise. Selon Le Matin d’il y a deux ans, il a résidé en Suisse de 1991 à 1998, soit entre l’âge de huit et quinze ans. Son séjour en Helvétie a été entourée par un silence de barbelé ; il était inscrit dans les établissements scolaires sous un nom d’emprunt et chaperonné par de faux « parents » dévoués au véritable paternel, l’alors tyran Kim Jong-il, amoureux de la Suisse et fondu de fondue… Amateur aussi de secret bancaire, puisque le clan Kim aurait planqué près de deux milliards de francs dans nos coffres.

On sait tout de même que Kim Jong-un a fréquenté l’école publique de Steinhölzli à Liebefeld, de 1998 à 2001. Depuis lors, il a poursuivi son périple helvétique dans des établissements secondaires.  Peut-être à l’école internationale de Gümlingen. Il y était décrit comme un amateur de basket et de natation, grand fan des films de Jean-Claude van Damme et de voitures sportives. Il faut dire qu’entre un essai nucléaire et une exécution de rival potentiel, son papounet lui avait offert une Mercédès adaptée à sa taille de garçonnet de trois ans.

 C’est sur les bancs des classes primaires qu’il a appris le dialecte bernois et l’allemand. Plus tard, il se perfectionnera en anglais et acquerra les rudiments de la langue française.

Depuis Kim Jong-un a fait son chemin en succédant à son père et à son grand-père. Désormais, c’est lui qui a le droit d’exécuter tous ceux qui ne se sont pas courbés assez vite à son passage. Il le fait à coups de canon de DCA, ce qui est beaucoup plus rigolo et plus moderne qu’une banale pendaison.

Tout le monde le sait, le Suprême Joufflu a fêté ses 33 ans en faisant la bombe. La bombe H, en l’occurrence. La plus puissante. Et le voilà qui menace la terre et ses environs de ses foudres mortifères. Un dingue. Mais un dingue thermonucléaire.

Force est de constater que le dressage bernois n’est pas paré de toutes les vertus, contrairement à ce que soutenait mon père, il y a quelques millénaires, en menaçant de m’expédier outre-Sarine à chaque mauvais carnet. La Suisse – qui a donné au monde trois de ses plus grands pédagogues, Johann Heinrich Pestalozzi, Jean-Jacques Rousseau et Jean Piaget – a donc lamentablement échoué à faire du Dodu Irascible un citoyen raisonnable et modéré, prompt au compromis et rompu au respect de la collégialité.

Notre pays ne lui a même pas inoculé ces virus occidentaux qui vous rendent le plus extrémiste des enragées en groupie de Lady Gaga. Et pourtant, la Suisse y était parvenue avec les deux frères ainés qui ont suivi le même parcours bernois (et aussi genevois dans leur cas) que l’Epais Nucléocrate. Ils vivent aujourd’hui à l’étranger, l’un parce qu’il a préféré Disneyland aux casernes coréennes et l’autre parce qu’il a troqué les hymnes martiaux contre le rock anglais.

Espérons qu’à son tour, Kim Jong-un confiera sa future progéniture à l’école bernoise. Afin que cette fois-ci, elle parvienne enfin à fondre la dynastie Kiminelle dans le mol magma du chocolat fondu.

 

Jean-Noël Cuénod

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06/01/2016

De l’état d’urgence à l’Etat policier, fausses et vraies polémiques

 

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La présidence Hollande et le gouvernement Valls, usant de leur babil ligneux, ont forgé un nouvel oxymore, l’urgence permanente. Si cette figure de style est appropriée au langage poétique, traduite en jargon politique, elle cache de périlleux projets sous un voile d’ambiguïté.

Depuis les attentats de novembre, l’exécutif français cherche à pérenniser l’état d’urgence en l’inscrivant dans les lois et la Constitution. Nous sommes en guerre contre l’islamoterrorisme. Il faut donc s’adapter à la situation nouvelle. Peu importe, les fioritures juridiques. Les libertés individuelles passent au second plan.

 Sur ce train de mesures qui s’enfonce à tombeaux ouverts dans le tunnel, les professionnels de la polémique ont, une fois de plus, visé les mauvais wagons. Ils s’acharnent sur la déchéance de nationalité que François Hollande veut graver dans la Constitution. La nationalité française serait enlevée aux terroristes qui auraient retourné leurs armes contre leur propre pays.

Les socialistes sont particulièrement divisés sur cette question. Pour les uns, cette mesure ne concernerait que les binationaux, puisque les textes internationaux interdisent à un pays de créer des apatrides. Faux, rétorquent d’autres en s’appuyant sur le professeur de droit constitutionnel Michel Lascombe. La France a signé – mais non pas ratifié – les deux textes internationaux concernés (la Convention de l’ONU de 1961 et la Convention du Conseil de l’Europe de 1997). Ne les ayant pas ratifiées, l’Etat français n’a donc pas à les appliquer et pourrait enlever leur passeport au « mono-nationaux ». Mais l’aile qui bat le plus à gauche ne se soucie pas de ses nuances ; elle refuse toute déchéance de nationalité au nom de l’idéal républicain.

La droite est moins partagée et soutient, sans trop le clamer, la déchéance pour les binationaux. Mais de cette rive politique, des voix se sont élevées contre le projet, comme celles de Patrick Devedjian, Hervé Mariton et Benoît Apparu, tous élus LR peu suspects d’angélisme gauchiste. Il n’y a que l’extrême droite qui est unanime pour réclamer une déchéance de nationalité « appliquée plus largement » à en croire Florian Philippot. Appliquée à tous les binationaux, même innocents ?

Pour rendre encore plus embrouillé ce projet fumeux, des voix éparses tentent de remplacer la déchéance de nationalité par l’ « indignité nationale », une vieille disposition qui s’appliquait aux collabos de Vichy à la Libération. C’est dire si elle ne colle pas aux réalités du XXIe siècle.

 Ils s’en tamponnent le kamis!

 La vigueur de cette polémique est pour le moins exagérée. La déchéance de nationalité ne concernerait que des terroristes qui, de toute façon, ont brûlé leur passeport français. Quant à l’indignité nationale, ils s’en tamponnent le kamis. L’efficacité de ces mesures contre le terrorisme est donc à égale au zéro absolu.

 Mais de là à crier à l’assassinat de la République, il y a un abîme. Après tout, la déchéance de nationalité est déjà prévue dans les lois actuelles à l’encontre de ceux qui sont devenus Français par naturalisation. On ne saurait dire que cette mesure a mis en péril la démocratie. D’autant plus que la gauche de la gauche avait proposé, naguère, le retrait du passeport français aux exilés fiscaux.

 Ce tintamarre cache d’autres mesures gouvernementales qui, elles, sont autrement plus dangereuses pour l’Etat de droit et qui ne concernent pas qu’une poignée de terroristes mais pourraient atteindre chaque citoyen.

 Le gouvernement socialiste envisage de rendre permanentes plusieurs mesures qui ne sont prévues qu’en état d’urgence. Certes, ces projets de lois ne sont pas tous à rejeter ; certains s’imposent même, compte tenu de la situation. Mais d’autres donnent au pouvoir politique et à la police des prérogatives dangereuses pour la liberté individuelle. Elles offrent aux représentants de l’Etat – préfets et procureurs – des pouvoirs exorbitants au regard des normes démocratiques et ce, au détriment des juges.

 Ainsi, jusqu’à maintenant seul un juge – indépendant du gouvernement – avait le droit d’ordonner des perquisitions domiciliaires pendant la nuit. Désormais, un procureur – soumis au gouvernement – pourra procéder à ces perquisitions. L’exécutif invoque la sécurité et la rapidité pour expliquer cette mesure. Calembredaine ! Les juges peuvent faire des permanences de nuit tout comme les procureurs. C’est une question d’organisation interne au sein des juridictions qui n’a pas besoin d’être résolue par la loi.

 De même, selon ces projets législatifs, les policiers pourront fouiller bagages et voitures s’ils ont « des raisons sérieuses de penser » qu’il pourrait y avoir, peut-être, un vague soupçon de terrorisme. Un conseil aux barbus : rasez-vous ! De même, les policiers auront le droit de contrôler l’identité de n’importe qui, n’importe quand, sans qu’il y ait la moindre présomption d’infraction. Conséquence : les contrôles au faciès vont se multiplier, ce qui ne manquera pas d’encourager les jeunes ainsi visés à écouter les semeurs de djihad d’une oreille complaisante.

 Plus de pouvoirs à l’Etat, moins aux juges

 D’une manière générale, ces dispositions augmentent les pouvoirs des agents du gouvernement – préfets, procureurs, policiers – au détriment des magistrats indépendants. Or, la France ne laisse à ces derniers qu’une part de plus en plus réduite et seuls les contre-pouvoirs sont à même d’endiguer la puissance de l’autorité politique. L’état d’urgence nous a montré que les représentants de l’Etat ne sont pas tous animés par le sens du bien commun, voir par le bon sens tout court. Souvenons-nous que les perquisitions et assignations à résidence permises par l’état d’urgence ont été trop souvent utilisées pour museler les militants écologistes pendant COP 21. Des « suspects » qui n’avaient pas le moindre lien avec le terrorisme.

Les islamoterroristes cherchent avant tout à abattre la démocratie et l’Etat de droit considérés comme œuvres impies. En transformant l’état d’urgence en Etat policier, nous leur facilitons le travail et leur donnons raison.

Tout détenteur d’un pouvoir ne résiste jamais longtemps à la tentation d’en abuser.

 

Jean-Noël Cuénod

15:54 | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : terrorisme, france, nationalité, islamisme | |  Facebook | | |

31/12/2015

De 2015 à 2016

 

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Un texte en guise d’adieu à cette année 2015, empreinte de douleurs et de colère. En guise de salut à 2016, où perce un point lumineux. Mirage ou réalité? A vous de le décider. Soyez heureux!

(Le poème ci-dessous a déjà été diffusé sur ce blogue le 30 août 2011 sous le titre "Tout revit". Repris aujourd'hui, car il semble bien s'adapter à la situation présente).

 

Que retirer

De ce magma

De sang de larmes

De cris d’angoisses?

 

Cette pépite

Que l’homme oublie?

Ce filon d’or

Qu’il perd de vue?

 

Tout se dérobe

A nos regards

Tout se disperse

A notre appel

 

L’ennemi glisse

Venin gluant

Il nous enjôle

Baiser mortel

 

De nos colères

Il tirera

Son bénéfice

Et son miel

 

A ses enchères

Il cédera

Au plus offrant

Notre révolte

 

A l’abattoir

Nous marcherons

En écoutant

Ses chansonnettes

 

Où sont nos soifs

De libre étreinte?

Où sont nos faims

De pains rompus?

 

Comment porter

Le fer le feu?

Comment percer

Le ventre l’abcès?

 

Dans les entrailles

Des médias

Plonger les mains

En surmontant

La pestilence

 

En transformant

Le haut-le-cœur

En haut le corps

L’amour battant

Apparaîtra

 

Foi éternelle

Que notre doute

Toujours aiguise.

 

Jean-Noël Cuénod

15:30 | Lien permanent | Commentaires (38) | Tags : #nouvelan, #2016 #poésie | |  Facebook | | |

29/12/2015

Quand la gauche du PS français proposait la déchéance de la nationalité pour… les exilés fiscaux

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L’aile gauche du Parti socialiste français continue à faire pression sur le Manuel Valls et François Hollande (photos) pour qu’ils renoncent à inscrire dans la Constitution la déchéance de la nationalité française pour les double-nationaux reconnus définitivement coupables de terrorisme. La polémique enfle. Voilà le président socialiste accusé à l’intérieur de son propre camp de s’asseoir sur les principes les plus sacrés de la République, de s’inspirer des lois pétainistes et de faire le jeu de l’extrême-droite.

 Le plus marrant est que cette même aile gauche du PS avait proposé la déchéance de nationalité pour les Français qui sont partis à l’étranger et ne s’acquittent d’aucun impôt en France. C’est le député Yann Galut qui avait fait cette proposition – restée sans lendemain – en décembre 2012, peu après le tonitruant asile fiscal en Belgique de l’acteur Depardieu.

Aujourd’hui, ce même député qui voulait ôter le passeport français au exilés fiscaux s’oppose à ses camarades de l’exécutif qui veulent le retirer au terroriste. Il fait, en effet, partie des plus fervents détracteurs du projet Hollande-Valls.

Alors, les exilés fiscaux sont-ils plus dangereux que les terroristes? A un journaliste du Figaro qui lui demandait de s’expliquer sur ses deux positions, le député Gallut répond : La principale et fondamentale différence c'est qu'à l'époque ma proposition s'appliquait à tous les Français, et pas en fonction de leurs origines.

Cette laborieuse explication tombe à plat: compte tenu des textes internationaux, un Français qui n’a qu’un seul passeport ne peut pas être déchu de sa nationalité, car il est interdit de créer des apatrides. Donc, la proposition Gallut, visant les exilés fiscaux, comme celle de l’exécutif, ciblant les terroristes, ne peuvent s’appliquer l’une et l’autre qu’à des double-nationaux. Dès lors, lorsqu’il prétend que son idée se serait appliquée à tous les Français, le député dit n’importe quoi.

 Si on juge que la déchéance de nationalité porte une atteinte fondamentale aux principes qui forment la citoyenneté de la République française, elle doit être rejetée dans tous les cas de figure, exilés fiscaux, terroristes ou autres. Si on l’estime acceptable, elle peut alors être appliquée à l’une ou l’autre catégorie de criminels ou de délinquants. Mais contrairement aux positions d’une grande partie de la gauche socialiste, on ne saurait à la fois exciper des grands principes dans un cas et en faire fi dans un autre.

 Jean-Noël Cuénod

Le Plouc vient de sortir chez Nouvelle Presse Editions son nouveau bouquin 2015 Journal d’une année à tort et à travers

Vous pouvez vous le procurer de plusieurs façons (prix : 22 francs ou 20 euros, port compris) :

 – Le commander directement chez Nouvelle Presse Editions par courriel à l’adresse :

editions@nouvellepresse.org

- ou par lettre : Nouvelle Presse Éditions Case postale 1103 CH-1211 Genève 26

- ou par téléphone de Suisse : 022 800 14 30 ou de l’étranger : 00 41 22 800 14 30

Rappelons que les frais de port sont inclus dans le prix d’achat.

 

Vous pouvez aussi l’acheter chez Payot Libraire ou alors dans l’une des librairies suivantes en Suisse romande :

— Nouvelles Pages, Rue Saint-Joseph 15, 1227 Carouge; site : www.nouvellespages.ch

— Librairie du Boulevard, Rue de Carouge 34, 1205 Genève, site : www.librairieduboulevard.ch

— Rameau d'Or, Boulevard Georges-Favon 17, 1204 Genève ; site : www.rameaudor.ch

— Librairie L'Olivier, Rue de Fribourg 5, 1201 Genève ; site : www.icamge.ch

— Le Parnasse, Rue de la Terrassière 6, 1207 Genève ; site : leparnasse@vtxnet.ch

— Librairie La Fontaine, EPFL, Rolex Learning Center, 1015 Lausanne ; site : www.lelivre.ch

— Librairie L'Etage, Rue du Lac 44, 1400 Yverdon-les-Bains ; site : www.l-etage.ch

— Albert Le Grand, Rue du Temple 1, 1700 Fribourg ; site : www.albert-le-grand.ch

— Page d'encre, Rue des Bâts 4, 2800 Delémont ; site : www.page-d-encre.ch

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27/12/2015

Le Plouc sur France-Info et… chez Payot !

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 En 2015, les correspondants de la presse étrangère en poste à Paris n’ont pas chômé. Pour son émission « Micro Européen », diffusée sur les ondes de France-Info,  Marie-Christine Vallet en a donc invité deux, Anaïs Ginori, de la Repubblica et votre Plouc, Jean-Noël Cuénod (La Cité, Tribune de Genève, 24 Heures). Ils ont donc tiré le bilan de cette « année terrible », samedi 26 décembre.

Anaïs Ginori a publié un livre « Le kiosquier de CHARLIE », aux éditions Equateur ; il narre l’un des épisodes les plus saillants de 2015, l’attentat contre l’hebdomadaire satirique et l’HyperCasher.

Et votre serviteur en a commis un autre, « 2015, Journal d’une année à tort et à travers » aux Editions Nouvelle Presse. Ce bouquin est désormais disponible chez Payot Libraire dès le 29 décembre (voir ci-dessous les nombreuses façons de se procurer l’ouvrage).

Voici donc l’émission « Micro-Européen »

 http://www.franceinfo.fr/player/resource/753113-1686733#

 Vous pouvez vous procurez 2015 JOURNAL D’UNE ANNEE A TORT ET A TRAVERS – Nouvelle Presse Editions – de plusieurs façons (prix : 22 francs ou 20 euros, port compris) :

– Le commander directement chez Nouvelle Presse Editions par courriel à l’adresse :

editions@nouvellepresse.org

- ou par lettre : Nouvelle Presse Éditions Case postale 1103 CH-1211 Genève 26

- ou par téléphone de Suisse : 022 800 14 30 ou de l’étranger : 00 41 22 800 14 30

 Rappelons que les frais de port sont inclus dans le prix d’achat.

 

Vous pouvez aussi l’acheter dans les librairies Payot Libraire ainsi que dans celles-ci :

 — Nouvelles Pages, Rue Saint-Joseph 15, 1227 Carouge; site : www.nouvellespages.ch

Librairie du Boulevard, Rue de Carouge 34, 1205 Genève, site : www.librairieduboulevard.ch

Rameau d'Or, Boulevard Georges-Favon 17, 1204 Genève ; site : www.rameaudor.ch

Librairie L'Olivier, Rue de Fribourg 5, 1201 Genève ; site : www.icamge.ch

Le Parnasse, Rue de la Terrassière 6, 1207 Genève ; site : leparnasse@vtxnet.ch

Librairie La Fontaine, EPFL, Rolex Learning Center, 1015 Lausanne ; site : www.lelivre.ch

Librairie L'Etage, Rue du Lac 44, 1400 Yverdon-les-Bains ; site : www.l-etage.ch

Albert Le Grand, Rue du Temple 1, 1700 Fribourg ; site : www.albert-le-grand.ch

Page d'encre, Rue des Bâts 4, 2800 Delémont ; site : www.page-d-encre.ch

 

 Jean-Noël Cuénod

13:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : #2015 #politique #terrorisme #fn | |  Facebook | | |

23/12/2015

Le journal de l'année 2015 vient de sortir!

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2015, JOURNAL D’UNE ANNEE A TORT ET A TRAVERS (Nouvelle Presse Editions)… C’est le titre du dernier bouquin du Plouc qui sort aujourd'hui. Certaines années symbolisent un changement d’époque. 1905, grandes découvertes en physique d’Albert Einstein; 1956, émeute en Hongrie réprimée par l’Empire soviétique et fin des vieux colonialismes franco-britanniques avec le débarquement à Suez; 1968, libération des mœurs; 1991, fin de l’URSS.

2015 marquera la prise de conscience par l’Europe en général et la France en particulier de la guerre que mène l’islamoterrorisme contre les démocraties.

En 2015, il s’est produit d’autres événements, comme la mise au pas de la Grèce par l’Union européenne et ses créanciers, la montée des nationalismes en Suisse, en France, en Scandinavie, dans l’Est européen.

 Voici réunis les textes parus au fil des jours dans des éditoriaux ou des blogues, réécrits à la forme pour s’adapter au style requis par le livre «papier» mais sans en modifier le fond. 

 Vous pouvez vous procurez 2015 JOURNAL D’UNE ANNE A TORT ET A TRAVERS – Nouvelle Presse Editions – de plusieurs façons (prix : 22 francs ou 20 euros, port compris) :

 – Le commander directement chez Nouvelle Presse Editions par courriel à l’adresse :

editions@nouvellepresse.org

 - ou par lettre : Nouvelle Presse Éditions Case postale 1103 CH-1211 Genève 26

 - ou par téléphone de Suisse : 022 800 14 30 ou de l’étranger : 00 41 22 800 14 30

 

Rappelons que les frais de port sont inclus dans le prix d’achat.

 

Vous pouvez aussi l’acheter dans une des librairies suivantes en Suisse romande :

 — Nouvelles Pages, Rue Saint-Joseph 15, 1227 Carouge; site : www.nouvellespages.ch

 — Librairie du Boulevard, Rue de Carouge 34, 1205 Genève, site : www.librairieduboulevard.ch

 — Rameau d'Or, Boulevard Georges-Favon 17, 1204 Genève ; site : www.rameaudor.ch

 — Librairie L'Olivier, Rue de Fribourg 5, 1201 Genève ; site : www.icamge.ch

 — Le Parnasse, Rue de la Terrassière 6, 1207 Genève ; site : leparnasse@vtxnet.ch

 — Librairie La Fontaine, EPFL, Rolex Learning Center, 1015 Lausanne ; site : www.lelivre.ch

 — Librairie L'Etage, Rue du Lac 44, 1400 Yverdon-les-Bains ; site : www.l-etage.ch

 — Albert Le Grand, Rue du Temple 1, 1700 Fribourg ; site : www.albert-le-grand.ch

 — Page d'encre, Rue des Bâts 4, 2800 Delémont ; site : www.page-d-encre.ch

 Joyeux Noël et bonne lecture.

 Jean-Noël Cuénod

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14/12/2015

Les régionales françaises : tous gagnants, tous perdants

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Etranges élections régionales en France où tous les protagonistes ont de quoi sourire et pleurer. Le Front national était au porte du pouvoir régional avant le second tour de dimanche. Une à trois régions lui semblaient prenables. En fin de course, il n’en aura aucune. Les frontistes perdent l’occasion de régner sur des grandes régions de 4 ou 5 millions d’habitants. Cela aurait constitué pour eux – et surtout pour leur patronne Marine Le Pen (Photo Lexpress) – un tremplin de choix pour l’élection présidentielle de 2017.

Caramba, encore raté ! La malédiction du second tour continue à éteindre la flamme FN. Comme en mars dernier, lors des élections départementales, les candidats de l’extrême-droite font un malheur au premier tour ; un malheur tel, que les abstentionnistes de la droite LR et de la gauche se réveillent en sursaut (républicain) au second tour.

Ce second tour a réservé une belle claque au clan Le Pen. Tante Marine caracolait en tête avec quinze points d’avance sur Xavier Bertrand (LR) au premier tour. Une semaine après, c’est elle qui est devancée par le même candidat de la droite républicaine de… quinze points, Bertrand ayant bénéficié d’un report de voix massif de toute la gauche, des communistes aux socialistes en passant par les Verts. Même scénario en Provence-Alpes-Côte d’Azur où la nièce Marion Maréchal-Le Pen a été largement battue par le LR Christian Estrosi qui a, lui aussi, bénéficié de l’appui décisif de la gauche. Or, la candidate frontiste était largement sortie en tête au premier tour.

Plus de six millons et demi de voix pour le FN

Toutefois, le Front national a également de quoi sourire. Dimanche, il a battu de 200 000 voix supplémentaires (6.600.253 suffrages sur l’ensemble du territoire) son record historique obtenu par Marine Le Pen à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle. Il a surtout démontré qu’il était partout implanté et que sa dynamique n’était pas seulement mue par la famille Le Pen.

Enfin, le Front national a changé le paysage politique de la France, désormais divisée en trois forces plus ou moins égales.

Pour le parti LR les raisons de maugréer ne manquent pas. Après son succès aux élections départementales et l’impopularité spectaculaire du gouvernement socialiste, il était parti pour rafler la quasi-totalité des douze régions de l’Hexagone (sans la Corse, ni l’Outre-mer). Or, il en a finalement décroché sept et a dû en céder cinq au Parti socialiste, laissé pour moribond dans les ornières médiatiques. Maigre butin, d’autant plus que trois régions – Nord-Picardie, Alsace-Champagne-Ardennes, Provence-Alpes-Côte d’Azur – n’ont été obtenues par les candidats LR que grâce à l’apport des électeurs de gauche. Nicolas Sarkozy qui s’était battu contre le « Front républicain » avec les socialistes et la gauche a donc été sauvé de la déroute par ce même « Front républicain ».

Sarkozy doit rendre des comptes

Nul doute que ses nombreux rivaux vont lui réclamer des comptes et l’attaquer sur ses dérives extrème-droitières. Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire se montreront intraitables à son égard, dans l’optique de la primaire qui désignera l’an prochain le candidat de la droite à la présidentielle de 2017. Un autre rival interne de Sarkozy a pris du galon, Xavier Bertrand qui a terrassé la présidente du FN Marine Le Pen grâce aux voix de gauche. Or, le patron du parti LR ne lui a pas facilité la tâche, c’est le moins que l’on puisse dire, en vilipendant la gauche durant l’entre-deux-tours. Les deux hommes, on le sait, se détestent, Sarkozy ayant traité Bertrand, devant des journalistes, de « petit assureur médiocre et bon à rien ». Après avoir réussi à faire bloc autour de lui, à droite et à gauche, en région Nord-Picardie, le « petit assureur » a pris de l’assurance. Un souci de plus pour l’ex-président de la République qui voit ses rêves de reconquête de l’Elysée bien compromis.

Mais le parti LR peut aussi se targuer d’avoir pris tout de même sept régions, alors qu’il n’en détenait qu’une seule (l’Alsace) jusqu’à maintenant. La plus grande victoire LR a été obtenue en Ile-de-France où Valérie Pécresse a battu le président socialiste de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, ce qui n’est pas un mince exploit après 17 ans de pouvoir à gauche. Mais c’est surtout François Fillon, adversaire interne de Sarkozy, qui peut en tirer avantage, Valérie Pécresse étant son alliée.

Quant aux socialistes, ils subissent une défaite de plus. Ils détenaient 21 régions sur 22 selon l’ancien découpage. Désormais, ils n’en comptent plus que cinq sur douze (hors Corse et Outre-Mer) avec les nouvelles grandes régions. Mais voilà, ces cinq régions sauvées sont perçues comme de véritables victoires dans la mesure où personne n’aurait misé sur un tel score, il y a seulement quelques semaines. L’impopularité du gouvernement socialiste semblait un éceuil insurmontable. Et si les enquêtes d’opinion gratifiaient le président François Hollande d’un regain de satisfaction après les attentats du 13 novembre, cette situation ne semblait pas devoir se traduire dans les urnes.

Très fragile bonne séquence pour le PS

Le Parti socialiste a donc sauvé les meubles, sans gloire certes, mais c’est mieux que rien. La tactique de Valls et Hollande visant faire le forcing auprès des électeurs de gauche pour qu’ils votent en faveur des candidats LR contre les frontistes a atteint son but à court terme – le Front national n’a pas de région – et peut-être à long terme, en faisant apparaître François Hollande comme le rempart le plus efficace contre le Front national lors la présidentielle de 2017.

Après les succès de la diplomatie française à COP21, le regain de popularité qui succédé aux attentats et ces élections qui n’ont pas tourné à la catastrophe, la séquence actuelle n’est pas si mauvaise que cela pour le gouvernement socialiste. Il reste à savoir si la courbe du chômage ne va pas réduire en miettes cette timide espérance.

 Jean-Noël Cuénod

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12/12/2015

La sculptrice Catherine Bouroche a rejoint ses nuages

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 Comment sculpter un élément aussi dépourvu de densité qu’un nuage ? Catherine Bouroche avait réussi ce tour, non de force, mais de douceur. Cette douceur plus vigoureuse, plus pleine de vie que toutes les apparences de la puissance. Cette grande sculptrice française a rejoint ses nuages. Elle nous a laissé sur la terre, vendredi matin à Paris, sa ville de résidence, alors que la Galerie ART-Aujourd’hui lui consacre actuellement une exposition en compagnie des œuvres de Gianbattista Bresciani, Nadine Cosentino et Jean-Marc Ehanno[1]

 Née en 1942 à Casteljaloux (Lot-et-Garonne), Catherine Bouroche a obtenu en 1965 son diplôme de l’Ecole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art à Paris. Trois ans plus tard, elle s’est installée dans son atelier, rue Pradier dans le XIXe arrondissement parisien. De 1975 à 1977, elle a réalisé des œuvres monumentales pour plusieurs établissements scolaires.

L’année 1992 marque un tournant dans son œuvre. Elle scelle sa rencontre avec le plexiglas qui lui permet d’exprimer son univers onirique peuplé de formes légères, nébuleuses mais denses, éclairé ça et là de touches d’humour.

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Le peintre Philippe Rillon – qui anime la Galerie ART-Aujourd’hui avec Marianne Rillon et Daniel Chassagne – a bien décrit le travail de la sculptrice :

 Catherine Bouroche, tout en délicatesse et légèreté, aime interroger et surprendre nos regards et nos esprits. Jamais ses nuages ne suggèrent des orages ou des drames. Tiens, il pleut...! C'est pas grave! Les nuages traversent la fenêtre, on peut les attraper, les caresser, ils sont lisses, prendre leur empreinte, les mettre en cage, ouvrir la cage, les ausculter, les disséquer, rien de grave! Et le ciel, lui, est limpide et clair comme la plaque de verre ou le miroir qui le signifie. Chez Catherine Bouroche, ciels et nuages sont "idéaux". Ils sont une invitation au voyage.

 Dans son œuvre, rien de répétitif. Chaque nuage a son «être» qui lui est propre. Il vit sa vie de nuage, l’air de rien. Ou plutôt l’air de tout. Puisque tout est air, tout est vide entre les particules de la matière. La vapeur a une solidité que lui envierait la pierre. L’apparence des choses est un faux-semblant. Catherine Bouroche définit les contours du vrai-semblant.

Puissent les nuages lui tenir chaud.

 Jean-Noël Cuénod

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[1] Exposition «Temps calme, beau fixe… » jusqu’au 20 décembre 2015 à la Galerie ART-Aujourd’hui,  8 rue Alfred-Stevens 75009 Paris ; site : http://galerie-art-aujourdhui.com

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09/12/2015

Le Front national et la nostalgie de la famille politique

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Parmi les multiples raisons qui font le succès du Front national, il en est une qui mérite d’être examinée. Elle a trait à la notion de famille politique. Ce n’est pas le caractère nettement népotiste de ce parti – il n’est pas d’exemple dans les pays démocratiques d’un parti aussi colonisé par une seule famille – qui nous intéresse en l’occurrence, mais cet « être ensemble » qui fait d’une formation politique un lieu de convivialité sociale.

 Faire de la politique, ce n’est pas seulement défendre des projets destinés à améliorer le gouvernement des êtres et des choses et à mettre un bulletin dans l’urne.

C’est aussi accomplir ces petites besognes militantes qui vont de la gestion des réseaux sociaux (l’époque du collage des timbres est un peu dépassée), du porte-à-porte dans les immeubles (le pire des accueils y côtoie le plus chaleureux), au collage d’affiches (qui peut tourner en baston). C’est aussi participer aux réunions de section (de cellule à l’époque du communisme triomphant) dans l’arrière-salle des bistrots, à la préparation des meetings (mais qui a oublié de brancher la sono, hein ?)

Cet ensemble d’activités crée un esprit de famille, de famille politique, une chaleur collective, une convivialité qui, en France, a fait la force, jadis, du Parti communiste, mais aussi, contrairement à ce que l’on croit, des partis gaullistes (sous leurs différentes dénominations) et socialiste (sous leur ancien nom, SFIO– Section française de l’Internationale ouvrière).

Le tournant de 1962

En instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel en 1962, le général de Gaulle a centré toute la vie politique sur ce moment électoral. En effet, la France est le pays démocratique où le pouvoir est le plus concentré dans les seules mains du chef de l’Etat. Cela fait du président, un Louis XIV électif. Tout découle de cette élection, notamment les législatives. Dès lors, les partis de gouvernement se sont mués en écuries présidentielles. Petit à petit, le projet politique a été remplacé par les stratégies de communication. Une mentalité de type marketing s’est installée, c’est-à-dire que l’écurie présidentielle adapte son projet en fonction de l’air du temps et non pas en vertu des nécessités de l’époque. On cherche à se distinguer médiatiquement par des petites phrases mais le fond de l’action politique est devenu flou et quasi-interchangeable. C’est ainsi que les socialistes François Hollande et Manuel Valls appliquent des mesures semblables à celles que pourraient prendre n’importe quel leader de la droite libérale.

Evacuation du politique. Evacuation des militants

Cette évacuation du politique a pour corollaire celle des militants qui n’ont plus leur place dans ce dispositif désormais réservé aux professionnels de la communication et aux permanents.

Quant à ce nid de militants dévoués et souvent efficaces qu’était le Parti communiste français, il a été emporté dans la chute de l’empire soviétique. Or, ces militants rouges faisaient aussi vivre ces banlieues que l’on dit aujourd’hui déshéritées et qui ne l’étaient pas tant que ça dans les années 1960 et 70. Ces communistes de la base aidaient les gens à remplir leurs formulaires, à se mouvoir dans les méandres de l’administration, les conseillaient pour faire valoir leurs droits. Ils exerçaient aussi un sorte de contrôle social lorsque tel ou tel habitant troublait le quartier: «Dis donc camarade, tu pourrais mettre ta télé moins fort le soir ; tes voisins doivent se lever tôt pour aller bosser».

Aujourd’hui, ces militants communistes ont été remplacés par des dealers ou des intégristes de l’islam qui peuvent d’ailleurs être les deux à la fois.

 Le Front national occupe le terrain

Les héritiers – de plus en plus lointains – du gaullisme et du socialisme démocratique ayant abandonné, et la politique et les militants, le Front national s’est empressé d’occuper le terrain ainsi délaissé. En une année, le FN a doublé le nombre de ses militants passant de 40 000 à 83 000 actuellement. Certes, tous les partis mentent de façon infantile sur ce genre de statistiques et on ne voit pas par quel miracle déontologique les frontistes échapperaient à ce vice commun. Mais il est manifeste que les adhésions progressent fortement au bénéfice de ce parti. Il n’est qu’à voir leurs permanences souvent bien remplies.

En suivant leur congrès et leurs manifestations, il est frappant de constater la convivialité qui y règne. L’esprit «famille politique» s’est éteint à droite et à gauche, le voilà ranimé à la flamme du Front national. Ce parti ne considère pas le militant comme une quantité négligeable et lui donne un rôle à jouer, des missions à accomplir. Faire vibrer la toile des réseaux sociaux est nécessaire mais pas suffisant. Au fur et à mesure que s’étend la virtualité induite par les nouvelles technologies, le besoin de rapports humains et directs s’accroît. Le FN l’a bien compris.

Cela dit, ce militantisme retrouvé est mobilisé en faveur de causes néfastes pour la société, telle l’exclusion, la xénophobie et le racisme qui restent le fond de la mentalité FN comme le démontre la lecture des prises de positions des élus de base sur Twitter et Facebook.

Pour opposer résistance à ce mouvement, il est indispensable que les partis de gauche et de la droite libérale retrouvent le chemin du militantisme et changent leur logiciel d’écurie présidentielle pour le remplacer par celui d’un vrai parti où l’humain n’est pas qu’une fleur de rhétorique mais en constitue la substantifique moelle. Bien du pain sur une longue planche !

 

Jean-Noël Cuénod

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06/12/2015

En France, malgré la vague bleu Marine, tout n’est pas joué

 

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Constat initial du premier tour des élections régionales françaises: l’Hexagone s’installe dans le tripartisme avec un bloc nationaliste à 27-28% représenté par le FN, un bloc libéral (Les Républicains et les centristes de l’UDI), juste un peu en-dessous du Front national, et un bloc social-démocrate (le PS et les radicaux de gauche) à 23-24%. Cette configuration, la Suisse la connaît bien avec l’UDC, les radicaux-libéraux et les démocrates-chrétiens, ainsi que le troisième larron socialiste. On pourrait un jour ou l’autre, la retrouver en Grande-Bretagne si UKIP parvient, malgré la loi électorale britannique, à s’insérer dans le traditionnel duel entre conservateurs et travaillistes.

Elle traduit la nouvelle donne sociologique provoquée par le brutal brassage des cartes de l’économie globalisée. Les électeurs qui travaillent comme patrons ou salariés dans des secteurs essentiellement actifs sur le marché national craignent d’être déclassés par la concurrence sauvage de la mondialisation; tout ce qui vient de l’étranger – accords européens, migrants, réfugiés – est perçu comme une source de danger. Danger pour son travail. Danger pour la sécurité avec les récents attentats. Danger pour ses habitudes de vie. Ce groupe d’électeurs est forcément sensible aux chants des sirènes lepénistes, blochériennes ou europhobes.

Les électeurs qui, au contraire, comme patrons ou salariés s’activent dans des secteurs qui ne craignent pas la concurrence mondialisée, ne peuvent pas se reconnaître dans cet esprit de fermeture. Une fermeture qu’ils estiment périlleuses pour leurs propres intérêts. Ils privilégient donc les partis libéraux comme, en Suisse, le PLR (et le PDC avec, parfois, une teinte sociale) et en France, Les Républicains et l’UDI.

Il y a donc deux droites de force à peu près égale avec pour troisième pôle, les socialistes qui développent à la fois un discours d’ouverture et de protection. Parfois, ce discours est audible. Souvent, il ne l’est pas. Néanmoins, on constate, tant en France qu’en Suisse, que, malgré leur baisse de régime – forte en France, faible en Suisse – les socialistes tiennent le coup dans une période qui leur est très défavorable. Après tout, avec 24%, le PS français est très loin de disparaître du paysage politique. Et si l’on ajoute les 10% des autres partis voisins (Front de Gauche et écologistes), la gauche française atteint 34%, soit plus que le bloc FN et le boc LR-UDI.

 Sarkozy joue très gros

 Revenons en France et à ce premier tour des régionales. Deuxième constat : rien n’est encore joué. Certes, le Front national arrive en tête dans six régions sur treize, ce qui est énorme et dépasse même les plus flatteuses estimations. Toutefois, pour l’emporter au second tour, il n’a aucune réserve de voix. Son électorat s’est fortement mobilisé au premier tour et il ne peut guère compter sur les abstentionnistes pour engranger de nouveaux suffrages. Son seul espoir est le maintien au second tour des socialistes et de la droite LR et centristes arrivés en deuxième et troisième positions. Mais si l’un des deux suivants se désistent ou fusionnent avec l’autre, les chances de victoire du FN seront alors réduites à peu de choses.

Rappelons que les listes qui ont obtenu au moins 10% ont le droit de se maintenir. A 5% au moins, elles peuvent fusionner avec une liste qualifiée pour le second tour.

Les socialistes ont paru très confus dans leurs explications. Il apparaît que si dans certains cas, ils préconisent la fusion avec la liste LR-centristes, voire le désistement, pour s’opposer au FN, dans d’autres, ils semblent enclins à se maintenir.

Nicolas Sarkozy – qui avait sa tête des mauvais jours – a annoncé devant les caméras que les candidats LR ne désisteront pas en faveur d’un socialiste et qu’il n’y aurait aucune fusion de liste. Et déjà, la discorde survient avec son allié Jean-Christophe Lagarde, le patron des centristes de l’UDI qui, lui, demande à ses candidats de se retirer en cas de duel entre le FN et le PS pour faire barrage aux frontistes. La cohabitation entre LR, très marquée à droite par Sarkozy, et les centristes devient de plus en plus malaisée.

Pour l’ancien président de la République ce premier tour a des allures de défaites. Tout d’abord, le parti qu’il dirige n’arrive que deuxième derrière le FN et ses listes ne sont en tête que dans quatre régions sur treize. S’il parvient à renverser la situation au second tour, cette défaite sera oubliée. Mais si ce résultat médiocre se confirme la semaine prochaine, alors le leadership de Sarkozy sera fortement remis en cause à la tête du parti LR où l’ancien locataire de l’Elysée ne manque pas de rivaux. Dès lors, son opération «reconquête» à l’élection présidentielle de 2017 risque fort d’échouer. Cette semaine, Sarkozy joue très gros.

Pour le président François Hollande, si le Front national parvient à conquérir une ou deux régions (sans doute le Nord-Picardie pour Marine Le Pen et Alpes-Provence-Côte d’Azur pour sa nièce Marion Maréchal-Le Pen), Nicolas Sarkozy en sortira très affaibli. D’une part, tout le monde parlera de la victoire historique des frontistes même si le parti LR remporte plus de régions. D’autre part, le succès du clan Le Pen démontrera que la stratégie sarkozyste de placer la droite libérale sur le même terrain que l’extrême droite était vouée à l’échec.

Mais François Hollande jouera-t-il avec la flamme du FN en persuadant les socialistes de se maintenir au second tour au risque de faire élire un (ou plutôt une !) frontiste. Ce cynisme risque de lui coûter fort cher, au sein même de son propre camp.

 Jean-Noël Cuénod

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03/12/2015

L’Etat dans tous ses états d’urgence

 

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Le président François Hollande et son premier ministre Manuel Valls (photo Média-Info-Presse) sont tellement satisfaits de l’état d’urgence qu’ils veulent l’inscrire dans la Constitution française et porter sa durée maximale à six mois (trois mois actuellement).

Valls a établi devant les médias un premier bilan de cette urgence dans tous ses états: «Nous sommes à plus de 2000 perquisitions administratives qui ont été menées depuis la mise en place de l'état d'urgence. Elles ont permis de saisir 320 armes, dont une trentaine d'armes de guerre. Plus de 250 procédures judiciaires ont été initiées suite à ces perquisitions, plus de 210 personnes ont été placées en garde à vue».

 En quoi consiste l’état d’urgence? Les préfets peuvent ordonner le couvre-feu, instituer, selon la loi de 1955 adoptée au début de la guerre d’Algérie, «des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est règlementé» et interdire de séjour «toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit l’action des pouvoirs publics».

Le ministre de l’Intérieur a le droit d’assigner à résidence toute personne qu’il estime dangereuse pour l’ordre public ainsi qu’avec les préfets, à fermer les salles de spectacle, débits de boisson et lieux de réunions.

Ledit ministre et ses préfets ont aussi la possibilité d’ordonner des perquisitions de police à domicile – dites administratives car se déroulant sans le contrôle d’un juge –  de jour et de nuit.

Et enfin, une disposition peu évoquée mais particulièrement inquiétante permet au ministre de l’Intérieur et aux préfets de prendre toute mesure pour contrôler la presse et les médias.

 Déjà les premières dérives apparaissent. Une ferme de maraîchers bio dans le Périgord Vert a été perquisitionnée pendant des heures et fouillée dans les moindres recoins. S’attendait-on à y découvrir des ceintures de carottes explosives? Bien entendu, les policiers n’ont rien trouvé et sont repartis comme ils étaient venus. Pourquoi cette perquisition? Ces fermiers qui militent pour l’agriculture écologique n’ont pas le plus petit lien avec le terrorisme. Les policiers ont simplement signalé à ces jeunes paysans qu’ils avaient participé, il y a trois ans, à une manif contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ce qui fait d’eux des suspects, bien sûr.

D’autres militants écologistes ont été assignés à résidence. Une famille de Seine-Saint-Denis a été traumatisée par l’apparition de policiers qui ont débarqué dans son appartement par erreur… Pendant ce temps-là, un vrai islamoterroriste, bien dangereux, bien radicalisé, bien armé, Salah Abdeslam en l’occurrence, court toujours malgré l’état d’urgence.

 Les bavures de ce genre vont s’accumuler, car lorsque les autorités ont la bride sur le cou, elles ont toujours tendance à s’emballer et à faire n’importe quoi. Y compris régler des comptes avec les militants opposés à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui sont quand même un tout petit moins dangereux que les barbus sanguinaires.

 La France vivait un moment rare dans son Histoire, à savoir le soutien populaire aux forces de l’ordre. En multipliant les dérives suscitées par l’état d’urgence, ce soutien risque fort de disparaître. Or, policiers et gendarmes en ont plus que jamais besoin pour mener leurs missions.

 Que l’Etat protège les institutions et les citoyens par des mesures exceptionnelles, c’est indispensable. Mais ces mesures, elles doivent le rester, exceptionnelles, au risque de vider la démocratie et l’Etat de droit de leur substance. Or, la démocratie, l’Etat de droit, la liberté individuelle, la liberté de la presse ce sont justement les valeurs que veulent abattre l’Etat islamique et les intégristes musulmans. Veut-on leur faciliter la tâche en les abandonnant ?

Au lieu de graver dans le marbre gaullien de la Constitution une sorte de permanence de l’urgence, il serait plus utile, pour combattre le terrorisme, de donner aux gendarmes et policiers les moyens en personnel et en matériel qu’on leur promet toujours mais qu’on leur octroie rarement.

 Et puis, est-il vraiment utile de rendre constitutionnels autant de pouvoirs de contrainte, au moment où le clan Le Pen et l’extrême droite risquent d’être portés à l’Elysée ?

 

Jean-Noël Cuénod

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29/11/2015

Climat et terrorisme invités d’horreur de COP 21

 

 

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A peine est-il remis de l’attentat du 13 novembre, que Paris accueille 150 chefs d’Etat participant à la conférence COP21 qui vise à limiter le réchauffement climatique. Passons sur la mobilisation massive des forces de l’ordre, déjà suroccupées par la traque aux terroristes, et les recommandations contradictoires du gouvernement français qui incite les Parisiens à prendre les transports publics en les rendant gratuits pendant deux jours, tout en leur demandant de renoncer à les utiliser pour ne pas les engorger. Mais alors, pourquoi avoir décidé de leur gratuité?

En matière de blague belge, Paris vaut Bruxelles. D’autant plus que les médias français ont couvert d’opprobre la Belgique après les attentats. Avant de se rendre compte, mais du bout des lèvres, que les autorités françaises portaient, elles aussi une grande part de responsabilité.

 

La lutte contre le terrorisme devrait aussi s’inviter à COP21 et pas seulement sous la forme de milliers de policiers déployés dans la capitale et sa région. Les pays industrialisés ont développé une dépendance aux énergies pétrolières et gazières qui tient de l’addiction pathologique (pas trop logique non plus d’ailleurs). Or, les émissaires et autres imams au verbe de sang sont envoyés, payés, soutenus notamment par l’Arabie Saoudite. Grâce aux revenus gargantuesques générés par son opulent sous-sol, la monarchie saoudienne s’efforce ­– souvent avec succès  – d’imposer au reste des pays musulmans sunnites sa théologie wahhabite, une forme particulièrement arriérée, intolérante et violente de l’islam.

Le wahhabisme interdit toute interprétation du Coran et de la sunna (tradition) qui doivent être abordés au pied de la lettre, sans réflexion. Les recherches pour tenter de comprendre les multiples significations que recèlent ces textes sacrés sont interdites, de même que toute innovation. Il faut lire la lettre, uniquement la lettre, car l’esprit est de trop. L’intelligence, la réflexion sont des agents diaboliques. Dès lors, l’ésotérisme est proscrit et toute la richesse des exégèses soufies vouée aux flammes de Shaïtan. D’ailleurs, les wahhabites considèrent les soufis (membres des confréries ésotériques de l’islam) mais aussi les chiites comme n’étant pas des musulmans.

 Le nom de la secte wahhabite est tiré de celui de son fondateur Mohamed ben Abdelwahhab, né vers 1703 au nord de l’actuelle Arabie Saoudite. Sa vision incroyablement étriquée de l’islam a longtemps été méprisée par la plupart des savants musulmans; elle a même été rejetée par le propre père de son concepteur.  Abdelwahhab tire sa doctrine littéraliste de l’école la plus fermée de l’islam sunnite, le hanbalisme. Il lui donne une vision encore plus intégriste que celle d’origine.

Son alliance avec un émir d’envergure locale – Mohamed ibn Saoud – va changer son destin. Et celui de l’Arabie. L’émir ibn Saoud et le prêcheur intégristes Abdelwahhab concluent un pacte aux termes duquel les deux hommes se partagent le pouvoir. A  Saoud, le règne politique, à Abdelwahhab, la police religieuse. Le sabre est sanctifié par le prêche. L’un conforte l’autre. Pour sceller cet accord, l’émir donne sa fille en mariage au prêcheur.

Nantie d’un corpus idéologique des plus simplistes qui favorise le recrutement des fanatiques, cette alliance du sabre et du Coran permettra d’unifier les tribus arabes sous la gouverne d’ibn Saoud et servira de base au futur Royaume d’Arabie Saoudite. Par la suite, la Grande-Bretagne a instrumentalisé le clan Saoud-Abdelwahhab contre l’empire ottoman et encouragé la propagande wahhabite pour semer la division au sein de cet empire.

Après la Première Guerre mondiale, l’empire ottoman s’est effondré, permettant à la famille ibn Saoud de conquérir le Hedjaz qui comprend La Mecque et Médine. Cette famille devient protectrice de ces lieux saints ce qui ouvre à la secte wahhabite des horizons inespérés.  Avec la fusion du Hedjaz et du Nejd, le nouveau Royaume d’Arabie Saoudite est fondé en 1932. Les descendants d’Abdelwahhab demeurent les gardiens des mœurs sectaires et ceux d’ibn Saoud restent les propriétaires du pouvoir politique. On ne change pas une équipe qui gagne.

 Le pouvoir saoudien sera conforté par les Etats-Unis qui lui assurent leur protection, lors de la rencontre le 14 février 1945, sur le croiseur américain USS Quincy, entre le roi ibn Saoud et le président Roosevelt qui venait d’assister à la conférence de Yalta. L’Arabie Saoudite craint l’émergence des mouvements nationalistes laïques arabes et même des partis communistes en création au Moyen-Orient. Elle cherche donc à s’abriter sous le parapluie américain. Washington voit alors d’un très bon œil la propagation du wahhabisme dans cette région du monde, afin de faire contrepoids à l’influence de Moscou.

 Le wahhabisme va continuer à s’implanter dans les pays sunnites et bientôt dans les banlieues européennes, notamment en France et en Belgique. C’est cette idéologie puritaine, sectaire, intolérante et violente qui est diffusée en Europe par des imams et dans des mosquées richement dotés par le pouvoir saoudien. Sa diffusion est rendue encore plus aisée par le contenu très rudimentaire des prêches.  Goebbels faisait de la rusticité des mots d’ordre (on ne saurait parler d’arguments!), la clef des succès nazis. C’est le même processus que nous voyons aujourd’hui à l’œuvre avec la secte d’origine saoudienne.

Désormais, l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Emirats Arabes Unis font partie de la coalition contre l’Etat Islamique en Syrie. Mais ce sont ces mêmes pétromonarchies qui lui ont mis le pied à l’étrier en le finançant à ses débuts. Surtout, l’Etat Islamique partage avec elle la même idéologie. Ce sont elles, les pétromonarchies, qui ont armé le cerveau des futurs terroristes de Paris.

 Malgré ce constat, les pays démocratiques continuent à subventionner massivement l’Arabie Saoudite et ses émirats voisins par leur addiction pétromaniaque. Alors, pourquoi ne pas sauter sur l’occasion offerte par COP21 pour élaborer un plan d’action digne de ce nom et sortir de notre pétrodépendance? Nous ferions d’une pierre deux coups, en limitant le réchauffement climatique et en privant de ressources des monarchies qui restent nos ennemies idéologiques.

Malheureusement, notre cupidité a tissé tellement de liens commerciaux avec elles que ce souhait risque fort de rester à l’état de vœu pieux.

Jean-Noël Cuénod

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21/11/2015

ETAT D’URGENCE

 

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Les barbes de sang ont distribué la nuit

A la volée semailles de néant pillé

 

Le serpent des cris et des larmes est lâché

Ses anneaux se contorsionnent dans les rues

Roulent sur les chairs digèrent les boulevards

Et suivent la course des barbes de sang

 

En un éclair nous ne sommes plus des humains

Nous n’avons ni nom ni visage ni amour

Passé trépassé, présent absent, avenir ?

A venir dans les viseurs des barbes de sang

 

Rien n’est apaisé mais le bruit s’éteint

Des écharpes de douleur traînent dans Paris

La fureur s’est choisie un autre horizon

Il règne un silence à écorcher les oreilles

 

Sous le soleil de novembre les pavés luisent

Sur leur dos un bout de papier virevolte

D’un saut dans la flaque le moineau rétablit

Bon ordre des choses juste place des êtres

 

La France est toujours une chanson de Trénet

 

Jean-Noël Cuénod

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16/11/2015

Attentats de Paris : union à la base, désunion au sommet

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Après les attentats de Paris, la caste[1] politique semble plus déconnectée que jamais des «autres» qu’elle censée administrer. A la base, les initiatives se multiplient pour rendre hommage aux  victimes, se réconforter mutuellement, élever des petits autels laïques place de la République, déposer des souvenirs, des marques de fraternité sur les lieux des crimes islamoterroristes. Malgré la peur, malgré l’interdiction de rassemblement décrétée par l’état d’urgence, des milliers de Parisiens ont ressenti dimanche l’urgente nécessité de se regrouper en déambulant place de la République, ne serait-ce que pour faire peuple.

Car un peuple, ça ne se fait pas d’un claquement de doigts. Les assemblages collectifs ont de multiples visages souvent contradictoires. Lorsque la masse d’individus prend forme, qu’elle partage un but généreux qui devient une évidence pour tous, cette alchimie collective transcende les individus. La masse devient un être. Le peuple est né. Bien entendu, si le but n’est pas généreux mais haineux, nous n’avons pas de peuple, mais une populace. Dimanche, place de la République, c’était le peuple qui a voulu être présent. C’est un beau mot, peuple. Dommage qu’ils soient souillés par les démagogues.

A la base, c’est donc l’union nationale qui est réclamée et pratiquée. Mais le sommet n’en a cure et préfère la désunion. Le temps de décence a fondu sous la chaleur des projecteurs. Nicolas Sarkozy s’est aussitôt posé en président-bis, le regard fixé sur la ligne bleue de 2017. Estrosi en remet une couche contre les réfugiés syriens «infiltrés par Daech», dans ses efforts constants pour se situer encore plus à l’extrême droite que sa rivale aux régionales Marion Maréchal-Le Pen. Et l’on en passe, des pires et des moins bonnes. Grand Ballet des hypocrites. Chaque parti clame qu’il suspend la campagne électorale mais la fait vibrer de plus belle sur les réseaux sociaux. On calcule sa posture. Jusqu’où aller trop loin dans le discours clivant ? D’autres n’ont même pas ce souci et y vont gaiement dans la provoc, sachant que sur Twitter, celui qui gueule le plus fort et le plus vite a gagné. Les larmes de crocodile sèchent vite.

Jean-Noël Cuénod



[1] Caste politique et non pas classe. Rappelons la définition de la caste: groupe social hiérarchisé, endogame et héréditaire.

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14/11/2015

Au matin du carnage, Paris atrocement vide et silencieux  

 

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Sous un ciel pommelé dont on devine à peine des touches de bleu azur, Paris ne parvient pas à se réveiller de son cauchemar nocturne. Combien de morts ? 120 ? 127 ? Mais est-ce que l’on comptabilise les douleurs ? Colonne de droite ? Colonne de gauche ?

 Il règne sur la place d’Italie ce silence qui suit le déchirement du drap. Ou le coup de fusil qui abat la tourterelle. Personne ne vaque. Aucune voiture ne roule avec ce grondement si particulier de tambour sur les pavés. La place d’Italie est un boxeur KO debout aux yeux rendus vides par l’enchaînement des uppercuts, des jabs, des crochets.

 Une chanson qui dit un mal inguérissable / Plus triste qu’à minuit la place d’Italie écrivait Aragon séparé de son Paris par l’Occupation nazie. Ce matin à 9 heures, la place d’Italie avait cette mine des jours mauvais.

Durant la nuit et au matin, les Parisiens se sont cherchés, au téléphone, sur Internet, via Facebook : « Où es-tu ? » « Es-tu rentré ? » « Tout va bien ? » La Toile est tendue d’angoisses pour la sœur, le frère, l’ami, le cousin ou la cousine qui, peut-être, se trouvait juste là, Boulevard Voltaire ou dans le quartier, lorsque les barbus invoquant leur idole de sang et de haine ont semé la mort.

 Paris se ressaisira, bien sûr. Il en a vu d’autres. Tellement. Entre la tourmente révolutionnaire, les barricades de 1830 et 1848, la Commune et les massacres par les Versaillais, la botte allemande, le soulèvement d’août 1944, les Algériens noyés dans la Seine en 1961, les Français mort pour défendre la cause de ces mêmes Algériens en 1962 à Charonne – tout près de l’une des attaques de cette nuit–, les pavés de Mai-68 et la mort de ce Mai-68 en janvier dernier à Charlie-Hebdo. Des pires épreuves, Paris s’est relevé. Et se relèvera encore et toujours.

Mais là, maintenant, il vit pleinement sa douleur comme une sorte de lourde méditation.

Le pire serait que le pays se déchire. Là encore, Aragon, aux pires heures de la France, avait chanté cette unité sans laquelle il n’est pas de vie collective possible (La Rose et le Réséda) :

 Quand les blés sont sous la grêle

 Fou qui fait le délicat

 Fou qui songe à ses querelles

 Au coeur du commun combat

 

Jean-Noël Cuénod

11:46 | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : #parisattacks #fusilladeparis #terrorisme | |  Facebook | | |

09/11/2015

Le contre-exemple de l’Etat Islamique et la pensée magique des nationalistes

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Le nationalisme donne des solutions dépassées à des questions mal formulées. Mais il pose au moins le problème majeur de notre temps, celui de la souveraineté d’où découlent tous les autres: la politique environnementale et climatique, la lutte contre la guérilla islamoterroriste mondialisée, la régulation des puissances financières, la fiscalisation des multinationales, l’utilisation de l’énergie, le droit du travail et les migrations.

L’attrait qu’exerce le nationalisme prend des formes très diverses selon les histoires, les cultures et les traditions. Mais partout, ou presque, il progresse. De la Russie poutinienne à la Turquie erdoganne, en passant par la surenchère chauvine entre Sarkozy et Marine Le Pen en France, la voie solitaire et sans issue du blochérisme en Suisse, l’islamophobie bobo aux Pays-Bas, la xénophobie galopante en Scandinavie l’intégrisme catholique en Pologne, les nostalgies fascisantes en Hongrie, pour se limiter au continent européen.

A l’origine de cette forte progression, deux incapacités historiques. Celle de la social-démocratie à tirer les leçons de l’échec soviétique et à analyser la globalisation de l’économie; celle du libéralisme «classique» à réguler les forces supranationales déchaînées par le capitalisme financier.

Plus rien ne sera « comme avant», lorsque les frontières permettaient à chaque Etat de développer en solitaire sa propre économie, ses institutions judiciaires, ses relations sociales en fonction de la volonté d’un peuple inscrit dans un cercle bien délimité. Certes, il y a toujours eu des échanges, des traités, indispensables poumons économiques, mais ils ne remettaient pas en question la souveraineté de l’Etat.

Cette souveraineté a été attaquée sur plusieurs fronts. Le développement de l’économie mondialisée et le capitalisme financier déchaîné ont entraîné des bouleversements spectaculaires sur le plan de l’environnement, voire, selon la plupart des experts en la matière, du climat. Sur le plan culturel aussi, les repères habituels ont été emportés par la tourmente que le développement anarchique des nouvelles technologies a intensifiée. Les Etat artificiellement créés par la colonisation, comme l’Irak et la Syrie, se sont effondrés et les régimes du Moyen-Orient, aux institutions étatiques faibles, sont aux abois.

Sur leurs ruines, l’Etat Islamique a inventé une nouvelle souveraineté. Ou plutôt une souveraineté supranationale qui s’exerce au-delà des frontières et même par delà les continents puisque des régions aux mains de terroristes libyens et nigérians lui ont fait allégeance. Disons que l’Etat Islamique l’a «inventée» au sens juridique du terme «inventeur» qui qualifie celui qui a découvert un trésor. Le «trésor», si l’on peut dire, en question étant l’ancienne notion de califat remise au goût (ou au dégoût) du jour. Dans un mélange de maîtrise des nouveaux outils technologiques, de propagande très élaborée et de mentalité médiévale, l’Etat Islamique a bel et bien mis au point une forme de pouvoir bien mieux adaptée à la mondialisation que les Etats dans leur forme actuelle.

Défi environnemental et climatique, défi financier et fiscal, défi des migrations, défi technologique, défi terroriste… Devant cette masse de gants à relever les Etats occidentaux perdent le peu de latin qui leur reste. Les institutions supranationales actuelles ont également raté le coche. L’Organisation des Nations-Unies reste un «machin», comme le disait de Gaulle, dans l’esprit d’un grand nombre de citoyens du monde. Quant à l’Union européenne, elle a loupé son virage démocratique. Si le Parlement européen dispose d’un peu plus de pouvoirs qu’auparavant, il n’en reste pas moins un acteur mineur. Les citoyens de l’UE ne peuvent pas compter sur lui pour influer sur les décisions prises par la technostructure bruxelloise et les chefs de gouvernement des pays membres.

Dès lors, la tentation est grande pour un nombre croissant d’électeurs de délaisser ces superstructures perçues comme inefficaces, antidémocratiques et de se mobiliser pour redonner un nouveau souffle à la souveraineté nationale. Ils veulent ainsi retrouver cet espace bien délimité au sein duquel leur volonté de citoyens pouvait s’exprimer. Sur ce sentiment fort légitime, les partis nationalistes surfent avec l’aisance d’un Robby Naish. Mais leurs arguments relèvent surtout de la pensée magique. Impossible de remonter le temps, même si l’on en éprouve la plus vive envie.

Le réchauffement climatique se moque des douaniers. Les nuages de pollution ne s’arrêtent pas aux bornes frontières. Lutter seul contre le terrorisme relève du suicide collectif. Réclamer en solitaire une juste contribution fiscale aux multinationales ne provoque qu’un surcroît d’évasion fiscale. Eriger des murs devant ceux qui fuient aujourd’hui le terrorisme et demain les catastrophes climatiques est aussi efficace que d’opposer une digue de paille à un torrent.

Aucun des problèmes cruciaux que nous devons affronter aujourd’hui ne peut être traité au seul échelon d’une nation, aussi grande fût-elle. Dès lors, le mot d’ordre « arrière toute » lancé par les nationalistes en non seulement menteur mais surtout irresponsable.

L’Etat Islamique est en train de construire un autre type de souveraineté d’essence terroriste et totalitaire. Les nations démocratiques doivent donc, à leur tour, inventer une supra ou meta-souveraineté qui aurait, à la fois, la taille idoine pour relever les défis que nous énumérions et la légitimité populaire sans laquelle il n’est pas de démocratie possible.

Faut-il s’appuyer sur les structures existantes, comme l’Union européenne, afin de les transformer en véritable organe démocratique de supra-souveraineté ? Doit-on élaborer une stratégie pour construire une autre structure ? Voilà les questions qui devraient être discutées au sein des partis politiques. Et s’ils s’obstinent à n’être que des écuries électorales, qu’ils soient remplacés par d’autres organisations d’un type nouveau. Il est essentiel que ce mouvement de fond vers une supra-souveraineté démocratique parte de la base. Le sommet, lui, dort du sommeil de l’injuste.

 Jean-Noël Cuénod

18:29 | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : #etatislamique #démocratie #souveraineté | |  Facebook | | |

04/11/2015

Il y a 20 ans, Yitzhak Rabin…

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Ancien premier ministre, Yitzhak Rabin a prononcé un vibrant discours pour la paix, place des Rois-d’Israël à Tel-Aviv, en cette soirée du 4 novembre 1995. Avec l’assistance, il vient de chanter l’hymne du Mouvement pour la paix israélien Shir LaShalom afin de clore le rassemblement. Homme d’arme, il dirigeait l’Etat-Major lors de la Guerre des Six-Jours. Homme de Paix, il a signé les Accords d’Oslo avec son adversaire de toujours Yasser Arafat. Yitzhak Rabin s’apprête à regagner sa voiture lorsqu’il est assassiné  à coups de pistolet semi-automatique par le fanatique religieux Yigal Amir. Quarante minutes plus tard, l’une des plus grandes figures d’Israël s’éteint sur la table d’opération, atteint au poumon et vidé de son sang (Photo de Rabin en train de chanter Shir LaShalom, juste avant d'être assassiné).

Si c’est l’intégriste Amir qui a tenu le Beretta, d’autres l’ont moralement armé. Pendant les mois précédant l’attentat, une campagne de haine inouïe contre Rabin avait été fomentée par l’extrême-droite et le Likoud de Benjamin Netanyahou. Lors de leurs meetings les va-t-en-guerre brandissaient des pancartes présentant Yitzhak Rabin en uniforme SS ou portant le keffieh palestinien. Ou en cible visée par un snipper.

Force est de reconnaître qu’Amir a réussi son coup. Il voulait tuer la paix. Vingt ans après, elle semble plus que jamais inaccessible. Certes, on ne saurait réduire l’actuelle situation à la seule disparition de Yitzhak Rabin. Mais elle y a joué un rôle essentiel. Brillant général de l’armée israélienne ­­– qui s’était notamment illustré durant la Guerre d’Indépendance en 1948 -1949 à la tête de la brigade Harel du Palmach, l’unité de choc des Juifs de la Palestine mandataire – Rabin était mieux placé que quiconque pour promouvoir la paix. Un peu comme un autre général, Charles de Gaulle, dont le passé militaire avait convaincu l’armée française de ne pas s’opposer à la fin des combats en Algérie.

Aujourd’hui, Israéliens et Palestiniens se sont installés dans cette guerre qui dure depuis 67 ans. Plus personne dans cette région ne semble souhaiter la paix. Des économies, des liens sociaux se sont tissés dans cet état de conflit récurent. Les pacifistes de tous bords sont donc considérés au mieux comme des empêcheurs de survivre en rond, au pire comme des traîtres à leur camp.

La solution dite « des deux Etats », l’un Palestinien et l’autre Israélien, est rejetée par l’actuel gouvernement et par une grande partie des Israéliens qui voient dans un Etat Palestinien, une machine de guerre contre Israël. Mais la solution d’un Etat israélien régnant sur les terres palestiniennes semble encore plus périlleuse pour Israël, en raison de l’accroissement démographique de la population musulmane et des sources permanentes de conflit que cela entraîne. Bref, tout le monde paraît se contenter de cette existence menée « à l’aveugle » et au jour le jour, tout en sachant qu’elle ne saurait se prolonger indéfiniment.

Pour l’instant, le gouvernement israélien peut faire fi de l’avis des autres pays en développant ses colonisations en Palestine, puisqu’il s’appuie sur la puissance américaine. Mais rien n’est éternel en ce bas monde, pas même le soutien de Washington.

Le danger pour Israël – seule démocratie du Moyen-Orient, faut-il le rappeler ? ­– réside dans la lassitude qui s’installe progressivement dans les opinions publiques un peu partout dans le monde. Déjà, le président Obama se montre plus préoccupé par la Chine et l’Extrême-Orient que par Israël et la Palestine. Et de la lassitude à l’indifférence, il n’y a qu’un pas. Sur qui, alors, Israël pourra-t-il compter ?

Au moment où il a été tué, Yitzhak Rabin portait dans son portefeuille, une feuille sur laquelle étaient rédigées les paroles de Shir LaShalom (voir la vidéo). La paix, dit ce chant, la paix parce qu’ «on ne nous ressuscitera pas / Du fond de la fosse obscure».

 Jean-Noël Cuénod

 

11:40 | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : vidéo, israël, palestine, moyen-orient, paix | |  Facebook | | |

02/11/2015

Victoire de l’ottomaniaque poutinifié Erdogan et défaite de la laïcité

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 Après la victoire d’Erdogan aux élections législatives turques, la chose la plus surprenante est… la surprise des médias ! Une fois de plus, ils ont donné foi aux sondages qui ont remplacé les horoscopes dans la pensée journalistique. Avec la même efficacité ; si, un jour ou l’autre, il leur arrive de ne pas se tromper pas, c’est surtout grâce à un heureux concours de circonstances.

Comment l’AKP du président Recep Tayyip Erdogan pouvait-il ne pas emporter ces élections ? Presse muselée, journalistes sous menaces permanentes, opposition empêchée de tenir ses meetings, stratégie de la peur du gouvernement… La liste des pressions exercées par le pouvoir islamo-conservateur est longue.

Mais avait-il besoin de cela pour triompher ? Chaque fois qu’un pays se trouve dans une situation de conflit à ses frontières, le peuple préfère ne pas changer de chef, ne serait-ce que pour éviter les périodes de transition à un moment où des décisions de guerre doivent être prises. En outre, son parti AKP demeure très implanté dans la « Turquie profonde », celle des campagnes, mais aussi auprès d’une partie des classes moyennes qui se sont enrichies sous Erdogan.

Les médias européens ont cru que les délires ottomaniaques d’Erdogan (photo) – qui s’est fait construire à Ankara un palais de 200 000 m2 à 350 millions de dollars – et ses exactions répétées contre la presse allaient nuire à son parti. Or, ces pratiques ne révulsent que la partie la plus occidentalisée de l’électorat turc– celle qui a l’oreille des médias européens. Et elle est loin de former la majorité. Les autres électeurs, soit n’y prêtent pas attention, soit y voient l’exercice rassurant d’un pouvoir autoritaire et protecteur.

 En fait, la Turquie d’Erdogan suit l’exemple de la Russie version Poutine en instaurant à son tour une « démocrature ». Le pouvoir consulte le peuple – après conditionnement préalable de façon à éviter les mauvaises surprises – afin de lui extorquer un mandat en blanc qui permettra au clan au pouvoir d’imposer sa politique sous un léger verni démocratique. La poutinification est appelée à se répandre sur la planète.

 Un sale coup contre la laïcité

 Depuis treize ans qu’ils sont aux affaires, Erdogan et l’AKP ont entrepris « un lent et raisonné dérèglement » de la laïcité en Turquie. Sur les ruines de l’empire ottoman, Mustafa Kemal Atatürk avait fondé la Turquie moderne en séparant l’islam du pouvoir politique et en supprimant en 1924 le califat, institution qui réunissait dans les mains de l’empereur ottoman, les pouvoirs spirituel et temporel de l’islam dont il était le garant de l’unité en tant que successeur (calife en arabe) du prophète Mohammed. En autorisant le port du voile islamique dans les lieux publics et au parlement, en combattant la mixité dans les logements universitaires, en faisant la promotion du turc ancien, en augmentant le nombre d’écoles confessionnelles, en restreignant les vente d’alcool, Erdogan a, progressivement, changé la Turquie pour la ramener vers l’Orient et l’éloigner de l’Occident.

Dans ses rêves plus ou moins avoués, le président turc souhaiterait retourner à ce califat qui a assuré à la Turquie sa domination sur le Moyen-Orient pendant des siècles. Sur ce plan, au moins, il partage la vision « califale » de l’Etat Islamique ; pour lui Daech est plus un concurrent qu’un ennemi… Ah, devenir Calife à la place du Calife autoproclamé al-Baghdadi !

En attendant de s’enturbanner tout à fait, Recep Tayyip Erdogan a désormais les mains encore plus libres qu’auparavant pour intensifier ses manœuvres d’étranglement contre ce qui reste de laïcité dans son pays.

 

 Jean-Noël Cuénod

14:59 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : #turquie #islam #laïcité #erdogan | |  Facebook | | |