23/03/2016

Après les attentats de Bruxelles, quelqu’un a-t-il vu l’Europe ?

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Jamais nous n’avons eu autant besoin d’Europe et jamais l’Union européenne n’a paru aussi impuissante. La guerre terroriste a sévi une fois de plus. A Bruxelles, au cœur de l’UE. Pour l’Etat islamique, il s’agit de frapper fort sur le maillon faible de ce monde démocratique qu’ils veulent anéantir.

Il existe, certes, des causes internes à la France et à la Belgique pour expliquer la fréquence des attentats et alertes terroristes dans ces deux pays. Mais on ne saurait s’en contenter et occulter l’état agonique des institutions européennes. Elles se sont révélées incapables de juguler le trafic d’armes intense qui fait de l’AK 47 un produit de grande consommation (on peut les acquérir sur internet, de 250 et 3000 euros, en fonction de leur qualité ou des manipulations à accomplir pour les réarmer), incapables de coordonner les services de renseignements nationaux, incapables de créer un Parquet et un FBI européens seuls à même de mener une répression cohérente et efficace contre la cinquième colonne du terrorisme.

L’impotence de l’UE est criante en matière de diplomatie. Alors que les réfugiés syriens se pressent à ses frontières pour fuir les ravages de la guerre, l’Union n’est d’aucun poids dans ce conflit devenu international. De toute façon, sans armée, comment l’Europe pourrait-elle se montrer crédible face aux Russes, aux Américains et même aux Iraniens ?

Le pire a été atteint avec l’accord entre l’Union européenne et la Turquie. N’étant pas parvenu à établir une politique d’asile pour les réfugiés, Bruxelles en a confié la gestion à Ankara qui n’est même pas membre de l’UE. Bien entendu, l’autocrate ottoman Erdogan a obtenu de l’Europe l’essentiel de ce qu’il revendiquait : trois milliards d’euros supplémentaires, en sus des trois autres déjà accordés, la libéralisation des visas pour les ressortissants turcs et l’accélération des négociations pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne.

 En quelques semaines, l’Etat turc est devenu le sauveur de l’Europe, alors que la politique d’Erdogan vise à imposer une vision rétrograde de l’islam dans son pays et à détruire les troupes kurdes, fer de lance contre l’Etat islamique avec lequel Ankara s’est d’ailleurs montré fort complaisant pendant trop longtemps. Ce n’est pas une vipère que l’Europe réchauffe dans son sein mais un boa constrictor.

Le vice d’origine

Comment l’Union européenne est-elle tombée aussi bas ? Comme toujours récitons ce mantra avant d’hasarder une réponse : tout effet politique a des causes multiples. Sans doute faut-il remonter à la genèse de la construction européenne. Dans l’esprit de ses concepteurs au début des année 50 – notamment le ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman, né Allemand et devenu Français après la restitution de l’Alsace-Lorraine –  il s’agissait de rendre impossible un nouveau conflit entre la France et l’Allemagne en mettant en commun le charbon et l’acier, ces deux poumons de la guerre à cette époque. Le Traité CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) a été ouvert à d’autres pays. L’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas l’ont rejoint et le Traité fut signé entre les six Etats le 18 avril 1951, jetant les bases de la future Europe communautaire (voir la vidéo à la fin du texte). Celle-ci s’est concrétisée par le Traité de Rome du 25 mars 1957 qui a créé la Communauté économique européenne et le Marché commun.

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Robert Schuman avait fait la couverture de Time, le 1er mars 1948.

L’union devait donc se construire par l’économie, ce qui, dans le contexte historique, s’expliquait aisément. Mais la démarche recelait un vice initial ; elle obéissait à cette sorte de marxisme mécaniste qui imprégnait la pensée politique de l’époque, même dans des milieux de droite. L’économie est l’infrastructure de la société qui fait naître, comme par reflet, la superstructure, c’est-à-dire le droit, la culture, les politiques intérieures, diplomatiques et militaires. En agissant sur l’infrastructure, on change automatiquement la superstructure. C’est simple. C’est mécanique. Mais c’est faux, comme nous le démontre la situation actuelle de l’Union européenne. Il ne suffit pas de remplir les ventres pour changer les têtes. D’ailleurs, Marx lui-même condamnait cet enchainement mécaniste pour lui préférer le rapport dialectique : l’infrastructure créé la superstructure mais celle-ci, à son tour, influence celle-là.

Dès lors, en ne s’occupant que de l’économie, l’Union européenne a laissé de côté tout ce qui fait peuple, à savoir le sentiment d’appartenir à une communauté humaine solidaire qui s’exprime par la culture, par une idéologie commune et pas seulement par des normes calibrant la courbure des concombres. Cette primauté donnée au commerce a attiré vers Bruxelles la Grande-Bretagne qui a toujours voulu transformer l’Europe en vaste zone de libre-échange, tout en conservant ses liens privilégiés avec les Etats-Unis. Une fois installés dans la place, les Britanniques ont tout fait pour diluer l’Union dans le nombre, sans que les six pays fondateurs de la CEE ne réagissent.

L’UE n’a aucune vision du monde, contrairement à la Russie poutinienne, aux Etats-Unis, à la Chine concurrente. Et à l’entité terroriste qui a pour nom Etat islamique. N’ayant aucune vision du monde, elle est incapable de développer sa diplomatie, sa politique de défense, sa sécurité intérieure et sa justice pénale.

Elle est devenue une sorte de monstre obèse qui erre à l’aveugle sur la planète en feu.

Le Brexit un espoir ou illusion ?

L’UE est donc un échec et l’on voit mal comment elle pourrait le transformer en espoir. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union, à la suite du référendum organisé par Londres le 23 juin prochain, constitue-t-elle un espoir pour reconstruire cette Europe en miettes, comme le suppose l’ancien premier ministre français Michel Rocard dans L’Opinion ?

Outre qu’il est hasardeux de parier sur l’issue d’un tel vote, le Brexit, de son seul fait, ne rendra pas l’Europe à elle-même. Mais il peut, au moins, permettre d’amorcer le développement d’une Europe à plusieurs vitesses ou « à la carte ». Les Etats voulant avancer vers leur fédéralisation se mettant alors ensemble, laissant les autres évoluer à leur rythme. Car pour associer des peuples de cultures différentes, l’humanité n’a encore rien inventé de mieux que le fédéralisme. Mais pour ce faire, il faut plus que décréter des normes sur la qualité des yaourts. Il faut développer une vision du monde commune et accepter de s’engager pour elle, au risque de sa vie. On en est bien loin.

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

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18/03/2016

AIR DU TEMPS

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Elle court et n’a pas de pieds

                       Elle saute et n’a pas de jambes

                       Elle mouline et n’a pas de bras

Elle halète et n’a pas de poumons

                       Elle pétrifie et n’a pas d’os

                       Elle écoute et n’a pas d’oreilles

Elle scrute et n’a pas d’yeux

                       Elle frissonne et n’a pas de peau

                       Elle vomit et n’a pas de ventre

Elle s’agite et n’a pas de corps

                       Elle viole et n’a pas de sexe

                       Elle commande et n’a pas de cerveau…

 …La peur

Jean-Noël Cuénod

 

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11/03/2016

La Plouquette et la Danse-Thérapie sur France-Culture

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La Plouquette – alias Christine Zwingmann-Cuénod – est l’une des principales intervenantes dans l’émission de France-Culture Sur les docks qui a été diffusée mercredi 9 mars. Vous pouvez la réécouter ou l’écouter ci-dessous. Elle a pour thème : « Après un AVC, contourner les maux de l’aphasie ». Danse-thérapeute diplômée, Christine anime un atelier à Vincennes qui a notamment pour objet de redonner le goût du mouvement et même du beau geste à celles et ceux qui souffrent des séquelles d’un AVC. C’est une reconquête du corps et de ses expressions qui se livre ainsi dans la joie, une reconquête que le remarquable documentariste Gilles Mardirossian a su illustrer avec finesse, clarté et empathie. Une très belle émission comme vous le verrez, enfin, comme vous l’écouterez. Mais la radio ne donne-t-elle pas à voir ?

Voici ce que Michel Lagneau écrit à propos du travail de Christine :

La danse est un tout, la danse est pour tous, la danse est une respiration, un rire permanent. Un large sourire, deux petits chaussons, Christine entre dans la salle, elle est « la danse ». Elle nous entraine, mime les gestes, nous implique sans hésiter, nous prend la main, elle vit avec nous, nous guide élégamment d’une manière toujours positive. Nous bougeons les bras, les jambes, les mains, les pieds, notre tête reste très mobile, Christine nous demande de nous présenter, sans parler, avec un geste élégant qui vient de nous. Ce geste est un appel. Le groupe est uni autour d’elle. A la fin nous faisons une belle révérence pour saluer cette séance….. Nous sommes alors détendus, heureux mais vannés.

Vous pouvez poursuivre vos recherches à ce propos sur les sites :

Groupe des Aphasiques d'Île-de-France (GAIF)

 Fédération Nationale des Aphasiques de France (FNAF)

Et n’hésitez pas à diffusobalader (podcaster) l’émission SUR LES DOCKS.

En guise de révérence, voici une photo de la Plouquette Christine Zwingmann prise par notre ami, le photographe Arnaud Galy, lors du spectacle consacré au centenaire de Dada qui s’est déroulé mercredi aux Chartrons à Bordeaux, sous la direction de Catherine Reillat-Pesquer.

 Jean-Noël Cuénod

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06/03/2016

Duplique à la réplique de Hani Ramadan : la laïcité et les laïcités

 

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S’il est des polémiques vaines, il n’y a jamais de débats inutiles. Réagissant au texte que j’avais publié (« Islam et laïcité, l’insoluble solubilité » du 19 février 2016) à propos de sa tribune libre dans Le Temps, Hani Ramadan a répliqué courtoisement en postant un commentaire[1]. Il y exprime sa foi ; je ne saurais la contester, dans la mesure où il respecte la mienne, celle des autres et l’absence de foi des athées. Toutefois, je préciserai deux point qui ressortent de sa réplique.

 Premier point. Hani Ramadan cherche à me mettre en contradiction avec moi-même lorsque je soutenais qu’il n’y a pas de laïcité ouverte ou fermée mais la laïcité tout court, alors que le rapport de la commission que j’avais présidée à la demande du Conseil d’Etat genevois énumère différentes pratiques de la laïcité. Mon contradicteur me permet de remettre, si j’ose dire, la maison laïque au milieu du village et de dissiper les brumes sans doute causées par une mauvaise formulation de ma part.

Il faut distinguer les principes de base qui fondent la laïcité de leur application. La laïcité repose sur deux socles : d’une part, la séparation des institutions religieuses et de l’Etat ; d’autre part, le respect de la liberté de conscience. Si l’un vient à manquer, il n’y a pas de laïcité. Par exemple, la liberté de conscience règne en Angleterre mais ce Royaume n’est pas laïque pour autant puisque son chef d’Etat est également celui de l’Eglise anglicane. Dans l’autre sens, les pays de modèle stalinien excluent la religion de la sphère politique mais rejettent la liberté de conscience. Par conséquent, ils ne sauraient sérieusement se prétendre laïques.

En revanche, il y a pluralité d’application de ce principe, en fonction de l’Histoire, des mœurs, des traditions, de la composition sociale de chaque contrée. En sens, l’application de la laïcité ne sera pas identique en France et à Genève. Chez notre voisin, elle fut le moyen choisi par la République pour asseoir définitivement la démocratie vis-à-vis des milieux monarchistes qui recevaient le soutien actif de l’Eglise catholique. A Genève, la laïcité a permis de sortir l’Etat de l’antagonisme entre protestants et catholiques. Ces deux démarches distinctes ne pouvaient donner que des applications différentes à un même principe.

 En résumé : la laïcité, comme principe, est une mais son application est multiple.

 Second point. Hani Ramadan affirme dans sa réplique (…) le Coran ne pose aucun problème d’authenticité. Il a été préservé intégralement : nous en conservons la lettre, sans en oublier l’esprit, et bien entendu, nous tenons compte du contexte dans lequel il a été révélé. Mais chaque mot du Coran est la parole même de Dieu.

 Dans l’esprit de M. Ramadan, il y aurait supériorité du Coran sur la Bible puisque lui seul est issu directement de la parole de Dieu. Notons d’emblée que cette disposition d’esprit nuit au dialogue entre musulmans et non musulmans. Comment entamer un rapport sérieux et honnête si l’on est persuadé d’avoir pour référence la parole divine en direct ? Dans cette optique, les autres ne sont que des êtres errant dans l’erreur, des brebis égarées qu’il convient d’amener à la seule Vérité, celle que Mon Livre détient. Tant que cette mentalité prévaudra chez les porte-paroles de l’Islam, le dialogue sera bien difficile, sinon impossible, à développer.

De plus, lorsque Hani Ramadan affirme que le Coran ne pose aucun problème d’authenticité, il va vite en besogne. En consultant le site musulman islamreligion.com, on se rend compte que l’élaboration du Livre s’est révélée aussi longue qu’ardue :

(…) A la mort du Prophète, des parties du Coran se trouvaient chez plusieurs membres de la communauté.  Certains ne possédaient que quelques pages, qu’ils utilisaient pour apprendre à réciter, tandis que d’autres, comme les scribes, avaient plusieurs sourates en leur possession.  Et d’autres, encore, ne possédaient qu’un morceau d’écorce ou de peau animale sur lequel n’était inscrit qu’un seul verset. À l’époque du califat d’Abou Bakr, qui fut le premier calife après la mort de Mohammed, la grande communauté musulmane se retrouva en situation de désordre civil.  De faux prophètes apparurent et plusieurs personnes perplexes et égarées, incapables de maintenir leur foi en l’absence de Mohammed, abandonnèrent l’islam.  Des batailles et des échauffourées eurent lieu et plusieurs des hommes qui avaient mémorisé le Coran y laissèrent leur vie.

Abou Bakr craignait que le Coran ne se perde, alors il consulta certains des compagnons de longue date sur l’idée d’une compilation des versets en un seul livre.  Il demanda à Zaïd ibn Thabit de superviser le tout.  Au début, Zaïd se sentit mal à l’idée de faire une chose qui n’avait pas été autorisée par le Prophète lui-même. Il accepta néanmoins de rassembler les divers manuscrits et d’aller voir ceux et celles qui avaient mémorisé le Coran pour former une compilation, le moushaf. 

Islamreligion.com ne doute pas un seul instant que le Coran soit la parole de Dieu dans sa pureté, Néanmoins, il ne dissimule pas les vicissitudes qui ont présidé à la fixation définitive du texte coranique. Dès lors, affirmer que le Coran est parole directe de Dieu est un argument d’autorité, nullement démontrable. C’est un acte de foi et comme tel il est respectable, dans la mesure où l’on ne cherche pas à l’imposer par la contrainte. De même, le fait de croire dans la double nature, divine et humaine, du Christ est un acte de foi tout comme le fait de nier l’existence de Dieu en est un.

En énonçant cela, on subit aussitôt le reproche de sombrer dans le relativisme et le «tout se vaut». Comment trouver du goût à cette soupe tiède ? En lui mettant son grain de sel personnel.

Je peux être animé par la foi en cet élan vital que les humains nomment de mille noms différents. Ma vie sera peut-être épanouie, enrichie par cette effusion poétique, par ce goût de l’absolu qui vient du cœur. Il est légitime de vouloir partager cette foi, de l’exposer. Mais dès que l’on cherche à l’imposer, Dieu devient odieux.

L’absolu est dans le cœur. Dès qu’il en sort, il devient toxique comme ces bactéries qui sont bénéfiques en restant dans leurs organes d’origine mais deviennent mortifères lorsqu’elles s’installent dans d’autres parties du corps.

 N’oublions jamais que, quelque soit l’idéal qui nous meut, nous ne sommes que des passants myopes qui tentent de se frayer un chemin dans ce monde relatif.

Se prendre au sérieux est le seul péché mortel.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] http://www.jncuenod.com ou http://www.jncuenod.blog.tdg.ch

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28/02/2016

Grâce aux réseaux sociaux, l’UDC perd une bataille mais pas sa guerre

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 Photo: Blocher dans son antre fastueux au-dessus du Lac de Zurich

Il y a quelques mois encore, les sondages prédisaient une large victoire de l’initiative de l’UDC pour le renvoi des criminels étrangers. Et c’est l’inverse qui s’est produit en ce divin dimanche ! Malgré les millions dépensés par son âme damnée, l’extrême droite blochérienne a reçu une claque retentissante. C’est un « non » franc et massif, pour paraphraser de Gaulle, qui est sorti des urnes helvètes.

Que s’est-il passé pour que nous assistions à un tel revirement dans l’opinion ? La mobilisation active sur les réseaux sociaux figure parmi les explications les plus plausibles. Sur Twitter, sur Facebook, sur d’autres plateformes, la présence des opposants à l’initiative blochérienne s’est révélée plus massive que celles de ses partisans. Venant de milieux divers – évangéliques, protestants, catholiques, ONG humanitaires, mouvements de jeunesse, partis traditionnels de la gauche, du centre et de la droite libérale – les «twittos» ont relayé les blogues et les articles détaillant les multiples mensonges forgés par l’UDC pour appuyer sa propagande. Les petits ruisseaux de l’internet font désormais les grandes rivières de l’opinion publique.

Cette salutaire prise de conscience s’est déclenchée au bon moment : ni trop tôt ni trop tard. A cet égard, l’UDC avait commis l’erreur de partir trop vite en campagne, ce qui a donné aux opposants le temps nécessaire pour démonter le mécanisme pervers de l’initiative. Ainsi, sous couleurs de renvoyer les criminels étrangers, les blochériens voulaient en réalité saboter les bases de l’Etat de droit. Pour ce faire, ils ont utilisé la justice comme cheval de Troie en prétendant que les Chambres fédérales protégeaient les criminels étrangers. Mais les opposants à l’initiative ont pu démontrer que la loi actuelle retient déjà les infractions les plus graves pour autoriser l’expulsion automatique. Le texte de l’UDC était pris pour qu’il était réellement : non pas une initiative contre la criminalité mais un projet xénophobe de plus.

La défaite de l’UDC est cuisante. Mais son plan pour s’attaquer aux droits de l’Homme reste d’actualité. L’extrême droite ne cache pas sa volonté de sortir la Suisse de Convention européenne des droits de l’homme. Cette haine du «droitdelhommisme», pour reprendre l’expression de Jean-Marie Le Pen, est partagée par tous les partis de l’extrême droite européenne. Leur argument prétendant que cette convention est une atteinte à la souveraineté populaire pourrait faire sourire, si la chose n’était pas aussi porteuse de catastrophes.

En fait, la Convention protège le peuple contre les abus de l’autorité. Et si Blocher et ses camarades veulent l’attaquer, ce n’est pas pour le bien du peuple mais pour le leur. Il s’agit pour eux de saper tout ce qui s’oppose aux discriminations et à les protéger contre les lois réprimant le racisme. 

L’UDC est bien organisée, grassement financée par Blocher et les siens. Il ne faut pas compter sur de nouvelles erreurs tactiques de sa part. A son tour, elle risque de mobiliser les réseaux sociaux comme l’ont fait ses adversaires. Blocher a perdu une bataille mais pas sa guerre.

 

Jean-Noël Cuénod 

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19/02/2016

Islam et laïcité, l’insoluble solubilité ?

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 Supputer, soupeser, scruter, apprécier, évaluer le degré de solubilité de l’islam dans la laïcité est un exercice qui revient périodiquement sur la scène médiatique. Une sorte de « marronnier » socio-théologique. Répondant à un article de Pierre Kunz, Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, a remis une pleine louche sur cette solubilité qui semble décidément insoluble, dans une « opinion » que Le Temps a fait paraître samedi 27 janvier dernier. Parmi les points forts de la prise de position de M. Ramadan (dont voici l’hypertexte), citons ce passage : « La grande civilisation de l’islam, dans son essence même, n’est doctrinalement pas soluble dans la laïcité. » (photo JNC)

Relevons tout d’abord que d’autres religions que l’islam peuvent éprouver, à divers degrés, des difficultés à faire coïncider leur doctrine, au sens strict de ce terme, avec les lois civiles. Ainsi, concernant le catholicisme romain, l’encyclique de Jean Paul II Evangelium Vitae de 1995 prescrit à son point 74 :

Les chrétiens, de même que tous les hommes de bonne volonté, sont appelés, en vertu d’un grave devoir de conscience, à ne pas apporter leur collaboration formelle aux pratiques qui, bien qu’admises par la législation civile, sont en opposition avec la Loi de Dieu (…) Cette coopération ne peut jamais être justifiée en invoquant le respect de la liberté d'autrui, ni en prenant appui sur le fait que la loi civile la prévoit et la requiert (…)

Cette encyclique visait notamment l’avortement. Elle n’empêche nullement les catholiques de respecter les lois civiles et les principes de la laïcité là où elle figure dans les textes.

 Infidèles reflets

 Le croyant, quelle que soit son appartenance, est induit à placer la Loi de Dieu, créateur des êtres et des choses, avant celle des humains, ses créatures. Pour lui, l’un est forcément au-dessus de l’autre. Toutefois, il se heurte à cette impasse : qu’est-ce que la Loi de Dieu ? Figure-t-elle dans la Bible ? Parole directe de Dieu transcrite telle quelle dans la Torah par Moïse ? Mais entre l’inspiration divine et ce que les humains, même les prophètes, en font, il y a un fossé plus large que la Mer Rouge. La Bible serait plutôt paroles d’humains qui traduisent les inspirations divines qu’ils ont reçues, infidèles reflets d’une vérité qui les dépasse. Le Christ, fils de Dieu, n’a pas écrit les Evangiles, ce sont ses apôtres qui s’en sont chargés. Dès lors, le truchement humain, de par son imperfection originelle, ne saurait transmettre la Loi de Dieu dans sa pureté et en toute sûreté.

Les maximes de la Bible doivent donc être examinées dans le contexte historique où elles sont apparues ; de même, il convient d’en interpréter les multiples symboles afin d’en saisir l’esprit. Elle est l’une des principales sources de la morale dans notre culture ; elle est le support aux méditations et à l’étude ; elle est sujette à interprétations diverses voire opposées ; elle n’est point un code régissant l’existence humaine dans tous ses détails.

Après bien des siècles de guerres et d’affrontements religieux, nos contrées l’ont finalement compris : c’est aux humains de se prendre en main pour vivre ensemble avec le moins de dysharmonie possible et d’élaborer les lois nécessaires à l’instauration de la paix sociale. La laïcité est l’un des moyens d’y parvenir. C’est celui que la République et canton de Genève s’est choisi, le peuple ayant approuvé la Constitution qui consacre la laïcité en son article 3.

 L’islam pose un problème supplémentaire : la source directement divine de son texte sacré, le Coran. Le prophète Mohamed n’est que le scribe qui écrit sous la dictée d’Allah, sans interprétation de sa part. C’est la parole de Dieu, telle quelle. Contrairement à la Bible, on ne saurait incriminer le manque de fiabilité des truchements humains dans cette diffusion de la Loi divine. Mais le croyant se heurte au même obstacle que précédemment. Si le Coran contient un ensemble de normes sociales à observer, il n’est pas pour autant un code qui définirait toutes les modalités changeantes de la vie collective. De plus, il est aussi contradictoire que la Bible, condamnant la violence ici, la justifiant là. Dès lors, la tradition musulmane a collationné les hadiths qui se réfèrent aux explications données par Mohamed ou de ses compagnons pour éclairer tel ou tel aspect de la vie des humains. Il s’en est suivi un vaste corpus de jurisprudences formé par des savants au fil du temps. Des savants certes éminents mais humains et donc faillibles. Dès lors, qu’il s’agisse du Coran, de la Bible ou d’autres textes sacrés, c’est en fin de compte l’être humain qui doit se débrouiller pour établir les règles nécessaires au bon déroulement de la vie collective. Par conséquent, on ne voit pas en quoi les musulmans seraient forcément des « empêchés de la laïcité ».

La laïcité sans ses voiles

Après avoir écrit que l’islam « n’est doctrinalement pas soluble dans la laïcité », Hani Ramadan ajoute : « Autre chose est le débat d’idées, autre chose la nécessité de vivre ensemble, et donc, pour les musulmans, d’évoluer dans un environnement laïc ». Et de citer trois types de laïcité : exclusive, intrusive et inclusive. Soit une « laïcité » – les guillemets s’imposent – qui bannirait la religion de l’espace pour imposer une sorte d’athéisme obligatoire, une « laïcité » qui donnerait à l’Etat « le pouvoir de s’immiscer dans la foi personnelle pour décider, par exemple, que le port du voile ou du niqâb (voile intégral) ne relève pas d’une pratique religieuse en islam » et une « laïcité » inclusive « avec laquelle il est possible de s’entendre. Elle invite intelligemment tous ses citoyens à respecter les lois, mais non pas à les confesser. » Formulation étrange, dans la mesure où il n’a jamais été question de « confesser » des textes législatifs émanant du Grand Conseil et des chambres fédérales !

Relevons tout d’abord, qu’il n’y a pas de laïcité ouverte, fermée, entrouverte, offensive, défensive, inclusive, exclusive, intrusive, de gauche, de droite, du centre, du haut, du bas… Il y a la laïcité, un point c’est tout. Il est toujours suspect de découper en tranches des principes, comme la liberté ou la laïcité, car on risque ainsi d’en affaiblir la portée.

La laïcité est fondée sur deux éléments indissociables, à savoir la séparation des institutions religieuses du pouvoir politique et la liberté de conscience. Elle ne bannit pas les religions de l’espace publique ; elles ont le droit de s’exprimer, à l’instar des partis politiques, des syndicats, des associations diverses. Mais, comme ces partis, ces syndicats et ces associations, les religions doivent respecter l’ordre public dont le garant est l’Etat neutre confessionnellement. La laïcité consacre le droit de chacun d’exprimer sa foi ou son athéisme. A celui qui croit au ciel de respecter celui qui n’y croit pas, et inversement. De même, personne ne peut exciper de sa religion pour se soustraire aux lois démocratiquement établies et faire fi, par exemple, de l’interdiction de discriminer les humains selon leur sexe ou leur origine.

Quid du voile intégral qui, décidemment, fait voguer les polémiques ? Pour l’Etat, la question à poser est celle-ci : cet accoutrement nuit-il à l’ordre public ? S’il en vient à la conclusion que tel n’est pas le cas, il s’abstient ; s’il constate que tel est le cas, il le prohibe, mais comme il le ferait d’un accoutrement dépourvu de toute référence religieuse. L’Etat ne dit pas « porter la burqa est contraire à l’islam », car il sortirait de son rôle, il dit « porter la burqa est un facteur de trouble sur la voie publique ». Il prendrait la même décision si, par exemple, la mode des cagoules à l’effigie d’un parti politique devait se répandre et semer le désordre.

Une « Cité des hommes sans Dieu » ?

Il y a dans le texte de Hani Ramadan, un passage qui n’a l’air de rien mais qui est de nature à nous alerter : « Toute notre vie moderne repose sur le postulat intangible selon lequel la paix sociale revient à organiser la Cité des hommes sans Dieu ». Est-ce le fait du hasard de la construction syntaxique ? On peut comprendre la formule « la Cité des hommes sans Dieu » de deux manières. Soit la Cité des hommes qui l’organisent en excluant l’idée de Dieu ; soit la Cité des athées. »  En s’adressant ainsi aux musulmans, M. Ramadan prend le risque de leur désigner la laïcité comme le monde des sans-Dieu, ce qui est inacceptable pour un adhérent à cette religion. Or, il ne s’agit pas d’organiser « la Cité des hommes sans Dieu » mais de l’organiser sans pouvoir religieux, ce qui n’est pas du tout la même chose.

La laïcité permet à une société de vivre ses différences dans l’harmonie. Mais cela requiert que toutes les parties en présences en acceptent les principes de base sans arrière-pensée, ni sous-entendu.

Jean-Noël Cuénod

 

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11/02/2016

L’écrivaine Huguette Junod : « Plus qu’assez des initiatives de l’UDC ! »

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Une fois n’est pas coutume, Le Plouc cède sa plume pour un tour. A l’excellente écrivaine genevoise Huguette Junod, en l’occurrence. Elle a rédigé pour le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève un texte remarquable contre l’initiative de l’UDC dite de mise en œuvre. Il s’agit d’appliquer le renvoi des étrangers en situation d’illégalité. Une fois de plus, l’extrême droite suisse instrumentalise la justice pour s’attaquer à son véritable « mouton noir » (animal qu’elle affectionne dans ses affiches ) : les droits des humains.

Comme Le Plouc en a lui aussi plus qu’assez de pondre des trucs sur les obsessions séniles des blochériens, il remercie Huguette de s’être acquittée de cette tâche, voilà donc son texte. Et pour ceux qui veulent se documenter, voici deux liens :

http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/interi...

https://www.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis433t.html

 J’en ai assez de courir après les initiatives de l’UDC, de plus en plus venimeuses, lancées comme des missiles qui, pour la plupart, attaquent non seulement les étrangers, mais l’Etat de droit. Je ne comprends d’ailleurs pas qu’on autorise une initiative ne respectant pas nos propres lois, ni notre fonctionnement démocratique.

  •  L’UDC a lancé sa 2e initiative de mise en œuvre en 2012, alors que le Parlement était en train de travailler en vue de l’élaboration de la loi de mise en application de la 1e (de 2010, prête fin 2015), qui donnait précisément 5 ans pour cela. L’UDC a donc court-circuité les travaux parlementaires.
  • En fait, la 2e initiative UDC est un durcissement de la 1e, et non sa « mise en œuvre ». Elle met sur le même plan les crimes et les délits. Un père ou une mère de famille, né-e à Genève, y travaillant, y payant des impôts, serait renvoyé-e d’office au 2e « délit » commis en dix ans. Seules les personnes possédant un titre de séjour seraient concernées. Cette 2e initiative n’aurait donc aucun effet sur les délits commis par les délinquants qui traversent les frontières.
  • Elle enlève également leur pouvoir aux juges, le renvoi serait automatique, en contradiction avec le droit suisse et les droits humains. Prétendre qu’un pays peut édicter les lois qu’il veut, sans tenir compte de la Déclaration des droits humains, c’est ouvrir la porte à toutes les dérives, jusqu’à la dictature. La Hongrie, la Pologne et la Croatie, pour ne parler que de l’Europe, montrent de bien mauvais exemples. C’est en effet le dernier étage de la fusée UDC : ne plus reconnaître la validité de la Cour européenne des droits de l’Homme, ce qui réduirait les droits de chaque individu. La Suisse ne pourrait alors plus défendre ses intérêts économiques ni sa politique sécuritaire. Ce serait se tirer une balle dans le pied, comme le peuple suisse l’a fait le 8 février 2014.
  • Pour diffuser sa haine des étrangers, l’UDC dispose de moyens financiers quasiment illimités, grâce aux milliards de Blocher, comme les tous-ménages envoyés récemment. Cette disproportion de moyens déséquilibre le débat démocratique.

 Tout en stigmatisant les étrangers, coupables de tous les maux (cela ne vous rappelle rien ?), l’UDC s’oppose systématiquement à l’aide économique aux pays du Tiers Monde et à la naturalisation facilitée.

 Aux éructations xénophobes des Blocher, Le Pen, Trump et autres, je préfère les propos de Montesquieu : « Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime. »

 Huguette Junod, écrivaine

 Photo : troupeau de blochériens attendant la prochaine initiative xénophobe.

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05/02/2016

La gauche anti-Hollande se met en ordre de bataille

DanyBellevilloise.jpgPour leur première réunion publique, les initiateurs qui ont lancé fin janvier «l’Appel à une primaire des gauches et de l’écologie» ont fait salle comble à La Bellevilloise, dans le populaire XXe arrondissement de Paris. Mercredi soir, plus de 700 personnes se sont massées pour écouter les initiateurs de l’Appel – dont Daniel Cohn-Bendit (photo JNC) et l’économiste Thomas Piketty  – et surtout pour débattre en exprimant leur rejet massif du président François Hollande.

 Alcooliques anonymes et couscous

 C’est d’ailleurs ce qui a marqué cette longue soirée très animée: le fossé qui sépare le gouvernement socialiste d’une grande partie de sa famille politique prend des allures d’océan. Volant un propos que lui avait soufflé l’essayiste Raphaël Glucksmann (fils de feu le philosophe), Cécile Duflot a bien illustré cet état d’esprit: «J’ai l’impression de participer à une réunion des alcooliques anonymes qui se demandent comment ils ont bien pu en arriver à voter pour Hollande en 2012!»

A des journalistes, un proche du président aurait murmuré : «Ce ne sont pas trois pékins autour d’un couscous qui vont organiser une primaire». Certes, mais l’Appel pour la primaire à gauche a récolté en quelques jours 76 200 signatures, ce qui fait beaucoup de pékins! De plus les partisans de l’Appel organisent des meetings et récoltent des fonds dans les grandes villes de province. C’est la gauche anti-Hollande qui s’organise.

Qui est-elle? On ne saurait la confiner à la «gauche de la gauche» de Jean-Luc Mélenchon. D’ailleurs, ce dernier a refusé de participer à ce mouvement. Les partisans de l’Appel comprennent aussi bien d’anciens rocardiens, des libéraux-libertaires comme Daniel Cohn-Bendit que des verts de toutes nuances, des communistes, des gauchistes. Et des militants, apparemment nombreux, du Parti socialiste qui sont parmi les plus virulents à critiquer le duo Hollande-Valls, même parmi des députés du PS, de plus en plus frondeurs. Les militants associatifs ou de simple sympathisants ont aussi donné de la voix dans ce grand déballage, sans ménager les élus, même frondeurs. Pour François Hollande, la reconquête de son socle électoral pour la présidentielle de 2017 relève de l’exploit titanesque. Sauf miracle économique.

 Et les ouvriers ? Des OPNI pour la gauche

 Dans ce contexte, la primaire à gauche semble n’être qu’un prétexte dans la mesure où il paraît difficile d’en organiser une à quinze mois de la présidentielle. Sans le dire ouvertement, la gauche anti-Hollande a intériorisé la défaite socialiste en 2017. Elle cherche donc à lancer un mouvement de réinitialisation idéologique pour mettre sur pied la future opposition.

Etonnant constat dans cette Bellevilloise, haut-lieu de la mémoire ouvrière parisienne, pas une seule fois les mots «syndicat» et «ouvrier» n’ont été prononcés. Devenus des OPNI, (objets politiques non-identifiés), Ils sont sortis des préoccupations de la gauche française, qu’elle soit pour ou contre Hollande. Conséquence directe : le Front national est le premier parti ouvrier de l’Hexagone.

 Jean-Noël Cuénod

 (Article paru vendredi 5 février 2016 dans la Tribune de Genève et 24 Heures repris dans ce blogue à l’intention, notamment, des lecteurs vivant en France)

 

 

 

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31/01/2016

La Galerie ART-Aujourd’hui lâche ses 7 anges du bizarre

 

 L’Ange du Bizarre, c’est le thème choisi par les animateurs de la galerie parisienne ART-Aujourd’hui[1] – Marianne et Philippe Rillon, Daniel Chassagne – pour qualifier l’exposition qu’ils organisent actuellement jusqu’au 27 février.

Un ange ? Plutôt 7 anges du bizarre : les peintres et dessinateurs Georges Bru, Jean-Marie Cartereau, Evelyne Gerbaud, Bernard Le Nen, Denis Pouppeville, Victor Soren et la sculptrice Pascale Proffit. 7, nombre symbole de l’unicité fondamentale entre la terre et le ciel, la matière et l’esprit que des générations de clercs ont voulu séparer. Œuvre proprement diabolique puisqu’en grec diabolein renvoie à la notion de division.

Par bonheur, les artistes et les poètes ont recollé les morceaux de la vie en rétablissant l’unité première, en effaçant d’une touche de pinceau, d’un coup de burin ou d’un trait de plume (arrachée à l’aile d’un ange qui passait par-là) l’illusoire frontière entre l’âme et le corps.

Le mot « bizarre » ne l’est pas moins, bizarre. Né du vieil italien bizzaro qui signifie « coléreux », devenu ensuite synonyme d’ « extravagant », de « brave » aussi, après un détour par l’Espagne, il partage une origine commune avec l’adjectif « bigarré ». Terme étrange (Vous avez dit étrange ? Comme c’est bizarre !), passant du rouge de colère aux couleurs multiples.

Associé à l’Ange, le Bizarre a pris une allure majuscule. Il bat des ailes entre les pages de la nouvelle d’Edgar Poe traduite par Baudelaire. Il turlupine Cocteau qui entamera contre lui un combat de velours. Et le voilà transformé en flic-poète par Charles Trénet dans son « Jardin extraordinaire ».

 

Victor_SOREN_Aimez-vous les uns les autres 2015-900euros.jpg

Qui veut faire l’ange, fait la bête. Qui veut faire l’Ange du Bizarre, fait la bête du fantasme. Comme ce cauchemar d’enfance qui revient hanter l’adulte pour lui rappeler ses terreurs initiales. Que reste-t-il de nos fantasmes lorsque la lumière s’est éteinte ? (ci-dessus, Aimez-vous les uns les autres. Victor Soren)

 B._LE_NEN_Le grand Mystificateur 130x97 acrylique sur toile 2014.jpgL’Ange du Bizarre est aussi le gardien des portes. L’une d’entre elle ouvre sur le monde des chamans qui tirent des souterrains les forces nécessaires pour s’attirer les bonnes grâces du soleil. Regardez ce Grand Mystificateur (ci-contre) de Bernard Le Nen qui fait danser les morts sous son arbre-cerveau et tire d’un œuf un petit serpent qui ne demande qu’à grandir. Dieu lui-même serait mystifié par ces sortilèges qui donnent aux hommes l’illusion qu’ils peuvent obtenir les clés du ciel sans peine, ni labeur, simplement en se confiant à quelques grands prêtres.

 

 

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Avec sa série Ailes, Ether et Limbes (ci-dessus), Jean-Marie Cartereau s’inscrit naturellement et surnaturellement dans le thème choisi. L’Ange est tout à la fois homme, animal, végétal, minéral. Il s’élève mais la tête tournée vers le bas. Ses ailes se fondent dans toutes les nuances du gris, la couleur des humains, ces enténébrés lumineux.

E._GERBAUD_18-le silence-monotype-40x30cm.jpgLe gris, c’est aussi le domaine d’Evelyne Gerbaud. Dans ce Silence (ci-contre), le personnage sans bouche tient de la femme et du mustélidé. Son regard de charbon regarde bien au-delà des mots. Dans cet espace-temps, on n’articule pas des mots, on échange des ondes.

 

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Humains et animaux se rencontrent aussi dans le même corps chez Denis Pouppeville (ci-dessous, Jeune femme et homme à roulette). Mais là, plus question de silence, c’est la truculence et le sarcasme qui balaient l’esprit de sérieux et ses poussières. Point de bizarre éthéré, ici. Mais du bizarre ravageur.

 

 

 

 

 

G.BRU_Personnage et son double. Technique mixte s_papier. 27,5 X 18,5 cm. 2014.jpg

Changement radical de monde avec Georges Bru (ci-dessus, Personnage et son double). Les contours d ses personnages sont – bizarrement – à la fois estompés et précis comme certains souvenirs enfouis qui, en ressurgissant sans crier gare, font revivre des scènes précises dans un contexte resté flou.

 

 

Pascale_Proffit_petit carré de ciel bleu  b r 4.jpg

 

Une cohorte d’anges du bizarre en trois dimensions (au moins !) sortent des mains fertiles de Pascale Proffit (ci-dessus Le petit carré de ciel bleu). La sculptrice a l’étrangeté très joyeuse. Rêverie et rire ne manquent pas d’R ni d’air. L’imaginaire et l’humour prennent à contrepied ce monde prosaïque du Prozac qui veut éteindre les douleurs à coups de mensonges et de pilules.

Ce monde-là, les Anges du Bizarre n’ont pas fini de le hanter pour le subvertir.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 



[1] Galerie ART-Aujourd’hui, 8 rue Alfred-Stevens, Paris IXe, Métro Pigalle www.galerie-art-aujourdhui.com

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27/01/2016

Christiane Taubira, bien plus qu’une démission…

IMG_2247.JPGDESSIN: ACÉ

 Voilà une nouvelle qui ne fera tomber personne de l’armoire, même normande, tant elle était attendue. Au moins depuis décembre. Christiane Taubira a donc démissionné de son poste de ministre de la Justice. Disons plutôt qu’il s’agit d’un divorce par consentement mutuel avec l’Elysée. Farouchement opposée à la déchéance de la nationalité pour les terroristes, il lui était impossible de défendre ce projet devant le parlement français. C’est d’ailleurs le premier ministre Manuel Valls qui a dû le présenter ce matin même à la Commission des lois de l’Assemblée nationale. Ajoutons en passant que cette commission était présidée par celui qui remplacera Mme Taubira à la Justice: Jean-Jacques Urvoas.

Les réactions des dirigeants politiques à ce départ démontrent à quel point le discours politique en France a sombré dans le ridicule et la caricature. A gauche, c’est à une Madone que l’on destine les coups d’encensoir les plus empanachés de parfums gras. A droite, c’est sur une Gorgone que l’on jette les paquets de boue les plus pestilentiels. Il est vrai que la désormais ancienne ministre ne laisse personne indifférent; s’il est une personnalité contrastée, c’est bien la sienne.

 Madone ou Gorgone ? Ombres et lumières

 Celle qui, comme son titre l’indiquait, a gardé les sceaux de la République française pendant près de quatre ans, a commencé sa carrière politique par militer contre elle en réclamant l’indépendance de sa contrée natale, la Guyane. Au début des années 80, la jeune politicienne, constatant que les Guyanais voulaient massivement rester Français, a renoncé au séparatisme en créant Walwari, un parti local autonomiste, aujourd’hui lié au Parti radical de gauche. Par conséquent, l’idole de l’aile gauche du Parti socialiste… n’est pas socialiste!

Du courage, de la niaque, de l’éloquence, du sens tactique et du panache, Christiane Taubira n’en manque pas. En sont convaincus, tous ceux qui l’ont vue défendre au Palais Bourbon (parfois bourbeux) la loi autorisant le mariage homosexuel au milieu des vociférations que proféraient de grimaçants députés de droite remontés comme des lapins Duracell par le curé de leur circonscription.

Si le verbe est efficace, l’action l’est moins. Et son goût pour l’improvisation baroque  laisse songeur. Un exemple parmi d’autres: en octobre dernier, à la faveur – si l’on ose dire – d’un fait-divers, elle avait annoncé une réforme visant à escorter certains détenus dangereux en congé par des policiers ou des gendarmes. Comme si les agents de la sécurité intérieure étaient sous-employés après les attentats de janvier 2015! Evidemment, plus personne ne parle aujourd’hui de cette «réforme».

En outre, son caractère autoritaire et cassant a usé quatre directeurs de cabinet, soit plus d’un par an. Cela traduit son incapacité à mener une équipe, ce qui est bien gênant pour une responsable politique.

 Urvoas, l’homme de la police ? Pas forcément

 Cela dit, sa démission dépasse de plusieurs coudées son cas personnel. Les médias ne cessent de rabâcher que François Hollande a ainsi perdu sa «caution de gauche». Cette caution, cela fait longtemps que le président français l’a égarée, depuis qu’il a accepté la politique «austéritaire» de Berlin, quelques heures seulement après son investiture à l’Elysée. Toutefois, il est vrai que le départ de Christiane Taubira permet au président de disposer d’un gouvernement entièrement à sa main.

Présenté par les médias comme «l’homme de la police», le nouveau ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas appliquera d’autant plus volontiers la politique antiterroriste de l’exécutif, qu’il en a promu la plupart des textes lorsqu’il présidait, il y a quelques heures encore, la Commission des lois de l’Assemblée nationale. C’est notamment lui qui a conçu en grande partie la législation sur le renseignement dont il fut le rapporteur. Or, dans le contexte de la lutte contre le terrorisme, ces textes offrent aux services de renseignements des pouvoirs d’intrusion dans la vie privée qui leur étaient jusqu’alors interdits et qui paraissent dangereusement invasifs. De plus, Urvoas est un proche du premier ministre Valls dont il soutient la politique musclée.

Sa nomination signerait-elle le règne de la police au sommet de la justice ? Pas forcément. Tout d’abord, Jean-Jacques Urvoas est un juriste et un constitutionnaliste de haut niveau (maître de conférence à l’Université de Bretagne occidentale) ; les magistrats et lui parlent donc la même langue. Ensuite, il s’est montré sceptique quant à la poursuite de l’état d’urgence dont il a publiquement dénoncé l’ «essouflement»  et critiqué son application lorsqu’elle a débordé le strict cadre de l’antiterrorisme. Enfin, lorsqu’un ministre de la Justice entre en exercice, il endosse la culture d’un puissant appareil qui s’est toujours opposé à ce que la police foule de ses bottes d’assaut le pré carré des juges. A ce niveau, la fonction change souvent l’homme.

 L’axe social-libéral

 Revenons au départ de Christiane Taubira qui confirme, une fois de plus, la mort du Parti socialiste français tel qu’il a été ressuscité par François Mitterrand lors du Congrès d’Epinay en 1971. La ligne social-libérale insufflée par François Hollande n’est plus compatible, non seulement avec la «gauche de la gauche», mais aussi avec une partie importante des élus et des adhérents – du moins ce qu’il en reste – du PS. En revanche, elle est conforme à celle défendue par le centre et une grande part de la droite. Il existe un axe, de facto, qui relie Emmanuel Macron et Manuel Valls (même si les deux hommes sont en concurrence) à François Bayrou, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé.

Pour l’instant, cet axe n’aboutit pas à une coalition, exercice difficile (mais pas forcément impossible) dans les institutions de la Ve République. En cas de victoire d’Alain Juppé à la présidence de la République en 2017, cet axe peut fort bien se muer en un bloc social et libéral, voire une sorte de grand Parti républicain à l’américaine, alliant l’aile droite des socialistes, les centristes et une grande partie de l’ex-UMP.

La gauche, au sens traditionnel du terme, se trouverait alors en état de décomposition avancée, ce qui, paradoxalement, peut constituer une chance pour elle. En effet, la gauche n’a actuellement plus rien à dire. Elle n’a pas eu le courage et l’intelligence de dresser les constats de décès du communisme et de la social-démocratie. Or, sans cette nécessaire et fondamentale remise en question, il ne lui sera pas possible de revenir dans l’arène politique avec les armes idéologiques indispensables à un courant politique pour revendiquer le pouvoir.  

La gauche authentique a donc aujourd’hui un urgent besoin de partir en cure d’opposition.

 Jean-Noël Cuénod

18:06 | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : #france, #politique | |  Facebook | | |

25/01/2016

Nouvelle règles régissant les commentaires de ce blogue

Un blogue, c’est une maison. Une maison qui appartient à celui qui l’anime. Il accepte ou non des invités qui commentent ses textes. Certains propriétaires se barricadent et refusent tout apport extérieur. D’autres entrouvrent leur huis virtuel. Quelques uns l’ouvrent largement. Ce qui a été le cas, jusqu’ici, du Plouc.

Mais voilà, c’est comme avec les invités. Vous avez des gens polis même s’ils se montrent critiques envers les plats que vous leur présentez. Et vous avez des goujats qui vous salopent votre intérieur, mettent leurs souliers boueux sur la table, se mouchent dans vos rideaux. Voire pire. Pendant plus de huit ans, Le Plouc a supporté à peu près tout, se limitant à ne censurer qu’en cas de violation flagrante du Code pénal suisse, notamment lors de propos racistes et antisémites. Car il faut savoir que l’auteur d’un blogue est juridiquement responsable, non seulement de ses écrits mais aussi des commentaires qui y sont associés.

Cette politique libérale s’est, en fin de compte, soldée par un échec : propos vindicatifs et injurieux, échanges acerbes entre commentateurs. Cet échec a été récemment illustré par le texte délirant d’un troll malfaisant qui, sous le prétexte d’une « plaisanterie », a exhalé toute sa haine gluante envers Le Plouc.

 Donc, changement de politique. Désormais, propos injurieux et insultants envers quiconque, mises en cause d’un commentateur par un autre, grossièretés diverses seront aussitôt supprimés et, en cas de récidive, leur auteur, bannis.

 A ceux qui crieraient à la censure, rappelons qu’ils peuvent eux-mêmes ouvrir leur blogue et assouvir comme ils le souhaitent leurs passions graphomanes, tout en assumant personnellement les risques inhérents à cette démarche.

 Vous êtes toujours les bienvenus chez Le Plouc mais maintenant, vous êtes priés de vous essuyer les chaussures avant d’entrer.

 Et merci à la très grande majorité des commentateurs qui, eux, se montrent bien élevés.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 En attendant, voilà quelques dessins de notre jeune ami Acé, particulièrement inspiré par la venue de l’actrice Pamela Anderson à l'Assemblée nationale. Elle a tenté de convaincre les députés français de faire arrêter le gavage des oies et canards. L’ex-blonde explosive d’Alerte à Malibu a remporté un vif succès auprès des photographes. On n’en dira pas autant de son intervention en anglais devant le parlement français au moment où la grippe aviaire met sur la paille nombre de producteurs dans le Sud-Ouest.

 

ALERTE AU PALAIS BOURBON

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19/01/2016

La micro-philo du Plouc. «Je suis un salaud. Je suis un saint»

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Je suis un salaud. Je suis un saint. Comme chacun de vous. Salaud, saint, alternativement. Salaud, saint en même temps. Si le regard de l’Histoire s’arrête à un temps T, je suis un salaud. Ou un Saint. Mais s’il s’arrête à un autre moment, je suis alors un saint. Ou un salaud.

Il y a des exceptions, bien sûr. Il y a toujours des exceptions qui ne confirment aucune règle, sinon celle du monde qui se plaît à contredire l’image que nous nous formons de lui. Comment trouver le moindre atome de sainteté chez les Salauds majuscules comme Hitler, Staline, Pol-Pot ? Pourtant, à un moment de leur carrière, des millions d’humains les ont considérés comme des saints. Les films d’actualité de l’époque mettent en scène l’hystérie idolâtre qui montait vers le Führer comme les convulsions d’un orgasme collectif. Et lorsque le Petit Père des Peuples a rendu son dernier souffle, même les locomotives soviétiques s’abîmaient dans les sanglots. Effets de propagande ? Certes, mais la mayonnaise communicatrice ne prend que si elle trouve un écho dans les populations visées.

A contrario, ceux qui ont été dûment répertoriés comme des saints et paraissent exempts de toute souillure seraient peut-être considérés comme des salauds, si le cours de leur vie s’était arrêté au mauvais moment. Si le Saint majuscule, François d’Assise, avait été tué lors des révoltes communales auxquelles il a pris part dans le centre de l’Italie au début du XIIIe siècle, ce jeune spadassin aurait laissé le souvenir d’une tête brûlée, prompte à courir la gueuse et à trucider l’ennemi. Soit tout le contraire de la belle figure pacificatrice qui est vénérée depuis des siècles. En cherchant des poux dans la tonsure des saints, on trouvera toujours quelques parasites douteux.

Il est si facile de devenir un salaud en se prenant pour un saint. J’adhère à un mouvement d’émancipation. Enthousiasmants idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité. Plus je m’investis dans le groupe, plus je dois donner des gages dans l’action concrète qui doit mener au pouvoir. Mais cette conquête ne se mène pas en gants blancs. Elle passe par l’exécution des basses manœuvres. Petites magouilles électoralistes, complots calomniateurs, diffusions de mensonges, pour les situations les plus bénignes.

Mais lorsque les tensions atteignent leur paroxysme, je peux être poussé à tuer. Oh, pour la bonne cause, hein ? C’est toujours pour la bonne cause, voire pour une cause sainte, que l’on massacre ou que l’on torture. «C’était pour éviter un plus grand carnage», dit le salaud qui a saintement torturé. Mais dans toute action humaine, bonne ou mauvaise, le plaisir a toujours sa part. Cette once de plaisir inévitable fait du tortionnaire animé des plus hautes aspirations, un salaud. Irrémédiablement.

Je suis un saint. Je suis un salaud. Le saint risque de s’intégrer dans un engrenage qui fera de lui un salaud. Mais le salaud peut aussi faire l’inverse, à la faveur d’une rupture dans sa vie, comme Saül de Tarse sur le chemin de Damas.

Nous sommes des êtres binaires. Si je n’intègre pas cette réalité dans ma conscience, je passe à côté de moi-même. Et si je ne contemple que mon «être-saint», je risque de perdre ma vigilance intérieure, ce qui permettra à mon «être-salaud» de prendre la direction de ma personnalité et les rênes de mon destin.  Remarquez que l’inverse– je ne contemple que mon « être-salaud » et je me fais avoir par mon « être-saint » – est nettement moins dangereux pour les autres. Mais c’est tout aussi déstabilisant pour moi-même, car je reste le jouet d’une illusion ce qui empêche ma conscience de prendre en main ma vie.

Le besoin que j’éprouve à réunir ce qui est épars en moi m’incite à dépasser le binaire pour atteindre l’unité  supérieure. Mais ce processus de dépassement réclame du temps. Il faut d’abord développer toutes les potentialités du binaire avant d’atteindre le Graal de l’unité supérieure, qu’il faudrait peut-être nommer unicité du fait de son caractère unique, lieu-moment où tout se rejoint. C’est dire si ce n’est pas demain la veille !

En attendant, dans un même souffle : je suis un salaud ; je suis un saint.

 Jean-Noël Cuénod

 Illustration : Saint Augustin et le Diable, œuvre de Michael Pacher (~1435-1498)

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17/01/2016

Kippa et pas kippa (suite et fin provisoire). Le débat à Europe1

 

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En complément au précédent blogue sur la kippa, voici l’échange qui s’est déroulé dimanche 17 janvier à Europe1 entre Ana Navarro Pedro, correspondante du magazine portugais Visao et votre serviteur, rédenchef du mensuel suisse La Cité. Echange arbitré par la patronne de l’émission « Carnet du Monde » Sophie Larmoyer (Photo).


podcast

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15/01/2016

Kippa ou pas kippa ?

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 La kippa décoiffe donc les médias français. Après l’agression d’un enseignant juif à Marseille, le président du Consistoire israélite de cette ville, Zvi Ammar a conseillé à ses ouailles de ne pas porter la kippa dans la rue, afin de ne pas servir de cibles aux islamistes intégristes et autres antisémites.

Le Grand Rabbin de France Haïm Korsia a critiqué cette décision tout en y décelant un appel au secours. Les agressions antisémites progressent en France. Nombre de Français de religion juive se sentent en insécurité dans leur pays et s’installent en Israël.

Certaines réactions d’auditeurs radiophoniques ont critiqué le port de la kippa, signe confessionnel qui n’aurait pas sa place sur la voie publique. A l’instar du voile ou de la croix, elle serait considérée comme un emblème à n’utiliser qu’entre les murs de sa maison ou de la synagogue. «Cachez cette kippa que la laïcité ne saurait voir!»

 Cette réaction trahit les idées fausses qui circulent à propos d’une laïcité mise à toutes les sauces, même les plus indigestes.

La laïcité a pour objet principal de séparer le pouvoir politique des institutions religieuses et d’assurer la neutralité confessionnelle de l’Etat. Mais les religions ont parfaitement le droit de s’exprimer publiquement, à l’instar de tout groupe humain, tels les partis, les syndicats, les associations, comme le garantit l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme (lire ci-dessous). Pourquoi interdirait-on à une communauté religieuse, ce qu’on autorise à un mouvement politique ? La seule réserve étant de respecter les lois et l’ordre public. Ce qui valable pour tous, politiques ou pas, religieux ou pas. Un juif a le droit de se promener avec sa kippa, comme la musulmane avec le foulard islamique ou le chrétien avec son collier porteur d’une croix, le nostalgique du castrisme avec son T-shirt à l’effigie du Che.

La kippa n’est pas un signe d’appartenance, c’est un signe d’humilité qui rappelle qu’il y a au-dessus de soi une puissance supérieure, comme l’a expliqué le Grand Rabbin de France. La porter relève surtout de la coutume. Un juif peut ou non s’en coiffer dans la rue. Lors des offices à la synagogue, il est prescrit, aux hommes et aux femmes, de se couvrir la tête mais pas forcément avec une kippa.

Alors, puisque ce n’est pas une obligation, ne tentons pas le diable antisémite, et que les juifs laissent leur kippa à la maison, semblent dire certains intervenants qui vibrionnent sur les réseaux sociaux. Insupportable recul devant l’intolérance ! On cède sur la kippa et demain sur quoi d’autres ?

Et pourquoi interdire la burka et pas la kippa ? Tout simplement parce que l’un et l’autre n’ont aucun point commun. Le voile intégral, imposé par les versions les plus intégristes de l’islam, cache la totalité d’un humain appartenant à un seul genre : féminin. Ce visage rendu invisible porte atteinte aux liens sociaux les plus fondamentaux. Il interdit tout échange entre les êtres. Cette pratique conduit donc à une négation de l’humanité, ni plus ni moins. Rien à voir avec un modeste et discret bout de tissu rond posé au sommet du crâne.

 Porter une kippa, ce n’est pas refuser l’autre, c’est assumer publiquement sa foi en une transcendance. De même, celui qui épingle un insigne de parti, expose ses opinions politiques sans pour autant rejeter ses interlocuteurs. Ceux qui se sentent rejetés ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes et à leur manque de tolérance.

Et si cet insigne arboré est une croix gammée? Celui qui le porte n’affirme pas une opinion mais signifie son appartenance à la plus puissante organisation criminelle de l’Histoire. En ce cas, on peut vraiment parler d’un acte de rejet de sa part. Mais il s’agit, comme avec la burka, d’une situation extrême. Des exceptions qui ne confirment aucune règle.

 

 Jean-Noël Cuénod

 

Article 9. Convention européenne des droits de l’homme

 Alinéa 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

 Alinéa 2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.

 

LE PLOUC CAUSE DANS LE POSTE

La Kippa, la porter ou pas ? Cette question sera abordée sur Europe1 par l'émission "Club de la presse étrangère" que Sophie Larmoyer anime entre 11h. 45 et 12h. 20, ce dimanche 17 janvier. Avec la correspondante à Paris de Visao, Ana Navarro Pedro, et ma pomme, représentant le mensuel La Cité

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12/01/2016

Exclusif! L'hommage de la ministre Fleur Pellerin à David Bowie, vu par le dessinateur Acé

Le Plouc n’a rien à dire sur la mort de David Bowie. Pas son verre de blanc. Mais il cède volontiers la place au dessin du jeune ACÉ qui se fait l’interprète de Fleur Pellerin, la ministre française de la – on ne rit pas ! – Culture. Rappelons que ladite a été incapable de citer un seul titre de livre signé Patrick Modiano, lorsque ce célèbre romancier français avait reçu le Prix Nobel de littérature en 2014. (JNC)

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08/01/2016

Kim Jong-un ou la défaite de l'école bernoise!

kim,corée du nord,bombe a,bombe h

Sur cette planète, deux chefs d’Etat parlent le bärndütsch.

Aparté destiné aux non-suisses : il s’agit d’un dialecte tudesque, situé entre la laryngite aiguë et le cri de la corneille courroucée, utilisé par les habitants de la majorité germanophone du canton de Berne.

Reprenons : il y a donc deux chefs d’Etat qui causent ce redoutable langage. D’une part, le président de la Confédération helvétique pour l’an 2016, le Bernois Johann Schneider-Ammann, ce qui n’est pas surprenant ; d’autre part, le dictateur de la stalinienne Corée du Nord, Kim Jong-un, ce qui l’est plus. Si les deux dirigeants se rencontrent un jour, ils n’auront pas besoin d’interprètes : Gruessdi, Kimi, wie geits ? Süper, Johanni, wie drr Chouche im Chuchichaeschtli ! (Dessin: Pierre Dubois)

 Il faut dire qu’enfant Kim Jong-un a subi le sort que tous les petits Romands redoutent : être dressé dans une école bernoise. Selon Le Matin d’il y a deux ans, il a résidé en Suisse de 1991 à 1998, soit entre l’âge de huit et quinze ans. Son séjour en Helvétie a été entourée par un silence de barbelé ; il était inscrit dans les établissements scolaires sous un nom d’emprunt et chaperonné par de faux « parents » dévoués au véritable paternel, l’alors tyran Kim Jong-il, amoureux de la Suisse et fondu de fondue… Amateur aussi de secret bancaire, puisque le clan Kim aurait planqué près de deux milliards de francs dans nos coffres.

On sait tout de même que Kim Jong-un a fréquenté l’école publique de Steinhölzli à Liebefeld, de 1998 à 2001. Depuis lors, il a poursuivi son périple helvétique dans des établissements secondaires.  Peut-être à l’école internationale de Gümlingen. Il y était décrit comme un amateur de basket et de natation, grand fan des films de Jean-Claude van Damme et de voitures sportives. Il faut dire qu’entre un essai nucléaire et une exécution de rival potentiel, son papounet lui avait offert une Mercédès adaptée à sa taille de garçonnet de trois ans.

 C’est sur les bancs des classes primaires qu’il a appris le dialecte bernois et l’allemand. Plus tard, il se perfectionnera en anglais et acquerra les rudiments de la langue française.

Depuis Kim Jong-un a fait son chemin en succédant à son père et à son grand-père. Désormais, c’est lui qui a le droit d’exécuter tous ceux qui ne se sont pas courbés assez vite à son passage. Il le fait à coups de canon de DCA, ce qui est beaucoup plus rigolo et plus moderne qu’une banale pendaison.

Tout le monde le sait, le Suprême Joufflu a fêté ses 33 ans en faisant la bombe. La bombe H, en l’occurrence. La plus puissante. Et le voilà qui menace la terre et ses environs de ses foudres mortifères. Un dingue. Mais un dingue thermonucléaire.

Force est de constater que le dressage bernois n’est pas paré de toutes les vertus, contrairement à ce que soutenait mon père, il y a quelques millénaires, en menaçant de m’expédier outre-Sarine à chaque mauvais carnet. La Suisse – qui a donné au monde trois de ses plus grands pédagogues, Johann Heinrich Pestalozzi, Jean-Jacques Rousseau et Jean Piaget – a donc lamentablement échoué à faire du Dodu Irascible un citoyen raisonnable et modéré, prompt au compromis et rompu au respect de la collégialité.

Notre pays ne lui a même pas inoculé ces virus occidentaux qui vous rendent le plus extrémiste des enragées en groupie de Lady Gaga. Et pourtant, la Suisse y était parvenue avec les deux frères ainés qui ont suivi le même parcours bernois (et aussi genevois dans leur cas) que l’Epais Nucléocrate. Ils vivent aujourd’hui à l’étranger, l’un parce qu’il a préféré Disneyland aux casernes coréennes et l’autre parce qu’il a troqué les hymnes martiaux contre le rock anglais.

Espérons qu’à son tour, Kim Jong-un confiera sa future progéniture à l’école bernoise. Afin que cette fois-ci, elle parvienne enfin à fondre la dynastie Kiminelle dans le mol magma du chocolat fondu.

 

Jean-Noël Cuénod

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06/01/2016

De l’état d’urgence à l’Etat policier, fausses et vraies polémiques

 

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La présidence Hollande et le gouvernement Valls, usant de leur babil ligneux, ont forgé un nouvel oxymore, l’urgence permanente. Si cette figure de style est appropriée au langage poétique, traduite en jargon politique, elle cache de périlleux projets sous un voile d’ambiguïté.

Depuis les attentats de novembre, l’exécutif français cherche à pérenniser l’état d’urgence en l’inscrivant dans les lois et la Constitution. Nous sommes en guerre contre l’islamoterrorisme. Il faut donc s’adapter à la situation nouvelle. Peu importe, les fioritures juridiques. Les libertés individuelles passent au second plan.

 Sur ce train de mesures qui s’enfonce à tombeaux ouverts dans le tunnel, les professionnels de la polémique ont, une fois de plus, visé les mauvais wagons. Ils s’acharnent sur la déchéance de nationalité que François Hollande veut graver dans la Constitution. La nationalité française serait enlevée aux terroristes qui auraient retourné leurs armes contre leur propre pays.

Les socialistes sont particulièrement divisés sur cette question. Pour les uns, cette mesure ne concernerait que les binationaux, puisque les textes internationaux interdisent à un pays de créer des apatrides. Faux, rétorquent d’autres en s’appuyant sur le professeur de droit constitutionnel Michel Lascombe. La France a signé – mais non pas ratifié – les deux textes internationaux concernés (la Convention de l’ONU de 1961 et la Convention du Conseil de l’Europe de 1997). Ne les ayant pas ratifiées, l’Etat français n’a donc pas à les appliquer et pourrait enlever leur passeport au « mono-nationaux ». Mais l’aile qui bat le plus à gauche ne se soucie pas de ses nuances ; elle refuse toute déchéance de nationalité au nom de l’idéal républicain.

La droite est moins partagée et soutient, sans trop le clamer, la déchéance pour les binationaux. Mais de cette rive politique, des voix se sont élevées contre le projet, comme celles de Patrick Devedjian, Hervé Mariton et Benoît Apparu, tous élus LR peu suspects d’angélisme gauchiste. Il n’y a que l’extrême droite qui est unanime pour réclamer une déchéance de nationalité « appliquée plus largement » à en croire Florian Philippot. Appliquée à tous les binationaux, même innocents ?

Pour rendre encore plus embrouillé ce projet fumeux, des voix éparses tentent de remplacer la déchéance de nationalité par l’ « indignité nationale », une vieille disposition qui s’appliquait aux collabos de Vichy à la Libération. C’est dire si elle ne colle pas aux réalités du XXIe siècle.

 Ils s’en tamponnent le kamis!

 La vigueur de cette polémique est pour le moins exagérée. La déchéance de nationalité ne concernerait que des terroristes qui, de toute façon, ont brûlé leur passeport français. Quant à l’indignité nationale, ils s’en tamponnent le kamis. L’efficacité de ces mesures contre le terrorisme est donc à égale au zéro absolu.

 Mais de là à crier à l’assassinat de la République, il y a un abîme. Après tout, la déchéance de nationalité est déjà prévue dans les lois actuelles à l’encontre de ceux qui sont devenus Français par naturalisation. On ne saurait dire que cette mesure a mis en péril la démocratie. D’autant plus que la gauche de la gauche avait proposé, naguère, le retrait du passeport français aux exilés fiscaux.

 Ce tintamarre cache d’autres mesures gouvernementales qui, elles, sont autrement plus dangereuses pour l’Etat de droit et qui ne concernent pas qu’une poignée de terroristes mais pourraient atteindre chaque citoyen.

 Le gouvernement socialiste envisage de rendre permanentes plusieurs mesures qui ne sont prévues qu’en état d’urgence. Certes, ces projets de lois ne sont pas tous à rejeter ; certains s’imposent même, compte tenu de la situation. Mais d’autres donnent au pouvoir politique et à la police des prérogatives dangereuses pour la liberté individuelle. Elles offrent aux représentants de l’Etat – préfets et procureurs – des pouvoirs exorbitants au regard des normes démocratiques et ce, au détriment des juges.

 Ainsi, jusqu’à maintenant seul un juge – indépendant du gouvernement – avait le droit d’ordonner des perquisitions domiciliaires pendant la nuit. Désormais, un procureur – soumis au gouvernement – pourra procéder à ces perquisitions. L’exécutif invoque la sécurité et la rapidité pour expliquer cette mesure. Calembredaine ! Les juges peuvent faire des permanences de nuit tout comme les procureurs. C’est une question d’organisation interne au sein des juridictions qui n’a pas besoin d’être résolue par la loi.

 De même, selon ces projets législatifs, les policiers pourront fouiller bagages et voitures s’ils ont « des raisons sérieuses de penser » qu’il pourrait y avoir, peut-être, un vague soupçon de terrorisme. Un conseil aux barbus : rasez-vous ! De même, les policiers auront le droit de contrôler l’identité de n’importe qui, n’importe quand, sans qu’il y ait la moindre présomption d’infraction. Conséquence : les contrôles au faciès vont se multiplier, ce qui ne manquera pas d’encourager les jeunes ainsi visés à écouter les semeurs de djihad d’une oreille complaisante.

 Plus de pouvoirs à l’Etat, moins aux juges

 D’une manière générale, ces dispositions augmentent les pouvoirs des agents du gouvernement – préfets, procureurs, policiers – au détriment des magistrats indépendants. Or, la France ne laisse à ces derniers qu’une part de plus en plus réduite et seuls les contre-pouvoirs sont à même d’endiguer la puissance de l’autorité politique. L’état d’urgence nous a montré que les représentants de l’Etat ne sont pas tous animés par le sens du bien commun, voir par le bon sens tout court. Souvenons-nous que les perquisitions et assignations à résidence permises par l’état d’urgence ont été trop souvent utilisées pour museler les militants écologistes pendant COP 21. Des « suspects » qui n’avaient pas le moindre lien avec le terrorisme.

Les islamoterroristes cherchent avant tout à abattre la démocratie et l’Etat de droit considérés comme œuvres impies. En transformant l’état d’urgence en Etat policier, nous leur facilitons le travail et leur donnons raison.

Tout détenteur d’un pouvoir ne résiste jamais longtemps à la tentation d’en abuser.

 

Jean-Noël Cuénod

15:54 | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : terrorisme, france, nationalité, islamisme | |  Facebook | | |

31/12/2015

De 2015 à 2016

 

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Un texte en guise d’adieu à cette année 2015, empreinte de douleurs et de colère. En guise de salut à 2016, où perce un point lumineux. Mirage ou réalité? A vous de le décider. Soyez heureux!

(Le poème ci-dessous a déjà été diffusé sur ce blogue le 30 août 2011 sous le titre "Tout revit". Repris aujourd'hui, car il semble bien s'adapter à la situation présente).

 

Que retirer

De ce magma

De sang de larmes

De cris d’angoisses?

 

Cette pépite

Que l’homme oublie?

Ce filon d’or

Qu’il perd de vue?

 

Tout se dérobe

A nos regards

Tout se disperse

A notre appel

 

L’ennemi glisse

Venin gluant

Il nous enjôle

Baiser mortel

 

De nos colères

Il tirera

Son bénéfice

Et son miel

 

A ses enchères

Il cédera

Au plus offrant

Notre révolte

 

A l’abattoir

Nous marcherons

En écoutant

Ses chansonnettes

 

Où sont nos soifs

De libre étreinte?

Où sont nos faims

De pains rompus?

 

Comment porter

Le fer le feu?

Comment percer

Le ventre l’abcès?

 

Dans les entrailles

Des médias

Plonger les mains

En surmontant

La pestilence

 

En transformant

Le haut-le-cœur

En haut le corps

L’amour battant

Apparaîtra

 

Foi éternelle

Que notre doute

Toujours aiguise.

 

Jean-Noël Cuénod

15:30 | Lien permanent | Commentaires (38) | Tags : #nouvelan, #2016 #poésie | |  Facebook | | |

29/12/2015

Quand la gauche du PS français proposait la déchéance de la nationalité pour… les exilés fiscaux

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L’aile gauche du Parti socialiste français continue à faire pression sur le Manuel Valls et François Hollande (photos) pour qu’ils renoncent à inscrire dans la Constitution la déchéance de la nationalité française pour les double-nationaux reconnus définitivement coupables de terrorisme. La polémique enfle. Voilà le président socialiste accusé à l’intérieur de son propre camp de s’asseoir sur les principes les plus sacrés de la République, de s’inspirer des lois pétainistes et de faire le jeu de l’extrême-droite.

 Le plus marrant est que cette même aile gauche du PS avait proposé la déchéance de nationalité pour les Français qui sont partis à l’étranger et ne s’acquittent d’aucun impôt en France. C’est le député Yann Galut qui avait fait cette proposition – restée sans lendemain – en décembre 2012, peu après le tonitruant asile fiscal en Belgique de l’acteur Depardieu.

Aujourd’hui, ce même député qui voulait ôter le passeport français au exilés fiscaux s’oppose à ses camarades de l’exécutif qui veulent le retirer au terroriste. Il fait, en effet, partie des plus fervents détracteurs du projet Hollande-Valls.

Alors, les exilés fiscaux sont-ils plus dangereux que les terroristes? A un journaliste du Figaro qui lui demandait de s’expliquer sur ses deux positions, le député Gallut répond : La principale et fondamentale différence c'est qu'à l'époque ma proposition s'appliquait à tous les Français, et pas en fonction de leurs origines.

Cette laborieuse explication tombe à plat: compte tenu des textes internationaux, un Français qui n’a qu’un seul passeport ne peut pas être déchu de sa nationalité, car il est interdit de créer des apatrides. Donc, la proposition Gallut, visant les exilés fiscaux, comme celle de l’exécutif, ciblant les terroristes, ne peuvent s’appliquer l’une et l’autre qu’à des double-nationaux. Dès lors, lorsqu’il prétend que son idée se serait appliquée à tous les Français, le député dit n’importe quoi.

 Si on juge que la déchéance de nationalité porte une atteinte fondamentale aux principes qui forment la citoyenneté de la République française, elle doit être rejetée dans tous les cas de figure, exilés fiscaux, terroristes ou autres. Si on l’estime acceptable, elle peut alors être appliquée à l’une ou l’autre catégorie de criminels ou de délinquants. Mais contrairement aux positions d’une grande partie de la gauche socialiste, on ne saurait à la fois exciper des grands principes dans un cas et en faire fi dans un autre.

 Jean-Noël Cuénod

Le Plouc vient de sortir chez Nouvelle Presse Editions son nouveau bouquin 2015 Journal d’une année à tort et à travers

Vous pouvez vous le procurer de plusieurs façons (prix : 22 francs ou 20 euros, port compris) :

 – Le commander directement chez Nouvelle Presse Editions par courriel à l’adresse :

editions@nouvellepresse.org

- ou par lettre : Nouvelle Presse Éditions Case postale 1103 CH-1211 Genève 26

- ou par téléphone de Suisse : 022 800 14 30 ou de l’étranger : 00 41 22 800 14 30

Rappelons que les frais de port sont inclus dans le prix d’achat.

 

Vous pouvez aussi l’acheter chez Payot Libraire ou alors dans l’une des librairies suivantes en Suisse romande :

— Nouvelles Pages, Rue Saint-Joseph 15, 1227 Carouge; site : www.nouvellespages.ch

— Librairie du Boulevard, Rue de Carouge 34, 1205 Genève, site : www.librairieduboulevard.ch

— Rameau d'Or, Boulevard Georges-Favon 17, 1204 Genève ; site : www.rameaudor.ch

— Librairie L'Olivier, Rue de Fribourg 5, 1201 Genève ; site : www.icamge.ch

— Le Parnasse, Rue de la Terrassière 6, 1207 Genève ; site : leparnasse@vtxnet.ch

— Librairie La Fontaine, EPFL, Rolex Learning Center, 1015 Lausanne ; site : www.lelivre.ch

— Librairie L'Etage, Rue du Lac 44, 1400 Yverdon-les-Bains ; site : www.l-etage.ch

— Albert Le Grand, Rue du Temple 1, 1700 Fribourg ; site : www.albert-le-grand.ch

— Page d'encre, Rue des Bâts 4, 2800 Delémont ; site : www.page-d-encre.ch

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27/12/2015

Le Plouc sur France-Info et… chez Payot !

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 En 2015, les correspondants de la presse étrangère en poste à Paris n’ont pas chômé. Pour son émission « Micro Européen », diffusée sur les ondes de France-Info,  Marie-Christine Vallet en a donc invité deux, Anaïs Ginori, de la Repubblica et votre Plouc, Jean-Noël Cuénod (La Cité, Tribune de Genève, 24 Heures). Ils ont donc tiré le bilan de cette « année terrible », samedi 26 décembre.

Anaïs Ginori a publié un livre « Le kiosquier de CHARLIE », aux éditions Equateur ; il narre l’un des épisodes les plus saillants de 2015, l’attentat contre l’hebdomadaire satirique et l’HyperCasher.

Et votre serviteur en a commis un autre, « 2015, Journal d’une année à tort et à travers » aux Editions Nouvelle Presse. Ce bouquin est désormais disponible chez Payot Libraire dès le 29 décembre (voir ci-dessous les nombreuses façons de se procurer l’ouvrage).

Voici donc l’émission « Micro-Européen »

 http://www.franceinfo.fr/player/resource/753113-1686733#

 Vous pouvez vous procurez 2015 JOURNAL D’UNE ANNEE A TORT ET A TRAVERS – Nouvelle Presse Editions – de plusieurs façons (prix : 22 francs ou 20 euros, port compris) :

– Le commander directement chez Nouvelle Presse Editions par courriel à l’adresse :

editions@nouvellepresse.org

- ou par lettre : Nouvelle Presse Éditions Case postale 1103 CH-1211 Genève 26

- ou par téléphone de Suisse : 022 800 14 30 ou de l’étranger : 00 41 22 800 14 30

 Rappelons que les frais de port sont inclus dans le prix d’achat.

 

Vous pouvez aussi l’acheter dans les librairies Payot Libraire ainsi que dans celles-ci :

 — Nouvelles Pages, Rue Saint-Joseph 15, 1227 Carouge; site : www.nouvellespages.ch

Librairie du Boulevard, Rue de Carouge 34, 1205 Genève, site : www.librairieduboulevard.ch

Rameau d'Or, Boulevard Georges-Favon 17, 1204 Genève ; site : www.rameaudor.ch

Librairie L'Olivier, Rue de Fribourg 5, 1201 Genève ; site : www.icamge.ch

Le Parnasse, Rue de la Terrassière 6, 1207 Genève ; site : leparnasse@vtxnet.ch

Librairie La Fontaine, EPFL, Rolex Learning Center, 1015 Lausanne ; site : www.lelivre.ch

Librairie L'Etage, Rue du Lac 44, 1400 Yverdon-les-Bains ; site : www.l-etage.ch

Albert Le Grand, Rue du Temple 1, 1700 Fribourg ; site : www.albert-le-grand.ch

Page d'encre, Rue des Bâts 4, 2800 Delémont ; site : www.page-d-encre.ch

 

 Jean-Noël Cuénod

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