14/11/2015

Au matin du carnage, Paris atrocement vide et silencieux  

 

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Sous un ciel pommelé dont on devine à peine des touches de bleu azur, Paris ne parvient pas à se réveiller de son cauchemar nocturne. Combien de morts ? 120 ? 127 ? Mais est-ce que l’on comptabilise les douleurs ? Colonne de droite ? Colonne de gauche ?

 Il règne sur la place d’Italie ce silence qui suit le déchirement du drap. Ou le coup de fusil qui abat la tourterelle. Personne ne vaque. Aucune voiture ne roule avec ce grondement si particulier de tambour sur les pavés. La place d’Italie est un boxeur KO debout aux yeux rendus vides par l’enchaînement des uppercuts, des jabs, des crochets.

 Une chanson qui dit un mal inguérissable / Plus triste qu’à minuit la place d’Italie écrivait Aragon séparé de son Paris par l’Occupation nazie. Ce matin à 9 heures, la place d’Italie avait cette mine des jours mauvais.

Durant la nuit et au matin, les Parisiens se sont cherchés, au téléphone, sur Internet, via Facebook : « Où es-tu ? » « Es-tu rentré ? » « Tout va bien ? » La Toile est tendue d’angoisses pour la sœur, le frère, l’ami, le cousin ou la cousine qui, peut-être, se trouvait juste là, Boulevard Voltaire ou dans le quartier, lorsque les barbus invoquant leur idole de sang et de haine ont semé la mort.

 Paris se ressaisira, bien sûr. Il en a vu d’autres. Tellement. Entre la tourmente révolutionnaire, les barricades de 1830 et 1848, la Commune et les massacres par les Versaillais, la botte allemande, le soulèvement d’août 1944, les Algériens noyés dans la Seine en 1961, les Français mort pour défendre la cause de ces mêmes Algériens en 1962 à Charonne – tout près de l’une des attaques de cette nuit–, les pavés de Mai-68 et la mort de ce Mai-68 en janvier dernier à Charlie-Hebdo. Des pires épreuves, Paris s’est relevé. Et se relèvera encore et toujours.

Mais là, maintenant, il vit pleinement sa douleur comme une sorte de lourde méditation.

Le pire serait que le pays se déchire. Là encore, Aragon, aux pires heures de la France, avait chanté cette unité sans laquelle il n’est pas de vie collective possible (La Rose et le Réséda) :

 Quand les blés sont sous la grêle

 Fou qui fait le délicat

 Fou qui songe à ses querelles

 Au coeur du commun combat

 

Jean-Noël Cuénod

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09/11/2015

Le contre-exemple de l’Etat Islamique et la pensée magique des nationalistes

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Le nationalisme donne des solutions dépassées à des questions mal formulées. Mais il pose au moins le problème majeur de notre temps, celui de la souveraineté d’où découlent tous les autres: la politique environnementale et climatique, la lutte contre la guérilla islamoterroriste mondialisée, la régulation des puissances financières, la fiscalisation des multinationales, l’utilisation de l’énergie, le droit du travail et les migrations.

L’attrait qu’exerce le nationalisme prend des formes très diverses selon les histoires, les cultures et les traditions. Mais partout, ou presque, il progresse. De la Russie poutinienne à la Turquie erdoganne, en passant par la surenchère chauvine entre Sarkozy et Marine Le Pen en France, la voie solitaire et sans issue du blochérisme en Suisse, l’islamophobie bobo aux Pays-Bas, la xénophobie galopante en Scandinavie l’intégrisme catholique en Pologne, les nostalgies fascisantes en Hongrie, pour se limiter au continent européen.

A l’origine de cette forte progression, deux incapacités historiques. Celle de la social-démocratie à tirer les leçons de l’échec soviétique et à analyser la globalisation de l’économie; celle du libéralisme «classique» à réguler les forces supranationales déchaînées par le capitalisme financier.

Plus rien ne sera « comme avant», lorsque les frontières permettaient à chaque Etat de développer en solitaire sa propre économie, ses institutions judiciaires, ses relations sociales en fonction de la volonté d’un peuple inscrit dans un cercle bien délimité. Certes, il y a toujours eu des échanges, des traités, indispensables poumons économiques, mais ils ne remettaient pas en question la souveraineté de l’Etat.

Cette souveraineté a été attaquée sur plusieurs fronts. Le développement de l’économie mondialisée et le capitalisme financier déchaîné ont entraîné des bouleversements spectaculaires sur le plan de l’environnement, voire, selon la plupart des experts en la matière, du climat. Sur le plan culturel aussi, les repères habituels ont été emportés par la tourmente que le développement anarchique des nouvelles technologies a intensifiée. Les Etat artificiellement créés par la colonisation, comme l’Irak et la Syrie, se sont effondrés et les régimes du Moyen-Orient, aux institutions étatiques faibles, sont aux abois.

Sur leurs ruines, l’Etat Islamique a inventé une nouvelle souveraineté. Ou plutôt une souveraineté supranationale qui s’exerce au-delà des frontières et même par delà les continents puisque des régions aux mains de terroristes libyens et nigérians lui ont fait allégeance. Disons que l’Etat Islamique l’a «inventée» au sens juridique du terme «inventeur» qui qualifie celui qui a découvert un trésor. Le «trésor», si l’on peut dire, en question étant l’ancienne notion de califat remise au goût (ou au dégoût) du jour. Dans un mélange de maîtrise des nouveaux outils technologiques, de propagande très élaborée et de mentalité médiévale, l’Etat Islamique a bel et bien mis au point une forme de pouvoir bien mieux adaptée à la mondialisation que les Etats dans leur forme actuelle.

Défi environnemental et climatique, défi financier et fiscal, défi des migrations, défi technologique, défi terroriste… Devant cette masse de gants à relever les Etats occidentaux perdent le peu de latin qui leur reste. Les institutions supranationales actuelles ont également raté le coche. L’Organisation des Nations-Unies reste un «machin», comme le disait de Gaulle, dans l’esprit d’un grand nombre de citoyens du monde. Quant à l’Union européenne, elle a loupé son virage démocratique. Si le Parlement européen dispose d’un peu plus de pouvoirs qu’auparavant, il n’en reste pas moins un acteur mineur. Les citoyens de l’UE ne peuvent pas compter sur lui pour influer sur les décisions prises par la technostructure bruxelloise et les chefs de gouvernement des pays membres.

Dès lors, la tentation est grande pour un nombre croissant d’électeurs de délaisser ces superstructures perçues comme inefficaces, antidémocratiques et de se mobiliser pour redonner un nouveau souffle à la souveraineté nationale. Ils veulent ainsi retrouver cet espace bien délimité au sein duquel leur volonté de citoyens pouvait s’exprimer. Sur ce sentiment fort légitime, les partis nationalistes surfent avec l’aisance d’un Robby Naish. Mais leurs arguments relèvent surtout de la pensée magique. Impossible de remonter le temps, même si l’on en éprouve la plus vive envie.

Le réchauffement climatique se moque des douaniers. Les nuages de pollution ne s’arrêtent pas aux bornes frontières. Lutter seul contre le terrorisme relève du suicide collectif. Réclamer en solitaire une juste contribution fiscale aux multinationales ne provoque qu’un surcroît d’évasion fiscale. Eriger des murs devant ceux qui fuient aujourd’hui le terrorisme et demain les catastrophes climatiques est aussi efficace que d’opposer une digue de paille à un torrent.

Aucun des problèmes cruciaux que nous devons affronter aujourd’hui ne peut être traité au seul échelon d’une nation, aussi grande fût-elle. Dès lors, le mot d’ordre « arrière toute » lancé par les nationalistes en non seulement menteur mais surtout irresponsable.

L’Etat Islamique est en train de construire un autre type de souveraineté d’essence terroriste et totalitaire. Les nations démocratiques doivent donc, à leur tour, inventer une supra ou meta-souveraineté qui aurait, à la fois, la taille idoine pour relever les défis que nous énumérions et la légitimité populaire sans laquelle il n’est pas de démocratie possible.

Faut-il s’appuyer sur les structures existantes, comme l’Union européenne, afin de les transformer en véritable organe démocratique de supra-souveraineté ? Doit-on élaborer une stratégie pour construire une autre structure ? Voilà les questions qui devraient être discutées au sein des partis politiques. Et s’ils s’obstinent à n’être que des écuries électorales, qu’ils soient remplacés par d’autres organisations d’un type nouveau. Il est essentiel que ce mouvement de fond vers une supra-souveraineté démocratique parte de la base. Le sommet, lui, dort du sommeil de l’injuste.

 Jean-Noël Cuénod

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04/11/2015

Il y a 20 ans, Yitzhak Rabin…

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Ancien premier ministre, Yitzhak Rabin a prononcé un vibrant discours pour la paix, place des Rois-d’Israël à Tel-Aviv, en cette soirée du 4 novembre 1995. Avec l’assistance, il vient de chanter l’hymne du Mouvement pour la paix israélien Shir LaShalom afin de clore le rassemblement. Homme d’arme, il dirigeait l’Etat-Major lors de la Guerre des Six-Jours. Homme de Paix, il a signé les Accords d’Oslo avec son adversaire de toujours Yasser Arafat. Yitzhak Rabin s’apprête à regagner sa voiture lorsqu’il est assassiné  à coups de pistolet semi-automatique par le fanatique religieux Yigal Amir. Quarante minutes plus tard, l’une des plus grandes figures d’Israël s’éteint sur la table d’opération, atteint au poumon et vidé de son sang (Photo de Rabin en train de chanter Shir LaShalom, juste avant d'être assassiné).

Si c’est l’intégriste Amir qui a tenu le Beretta, d’autres l’ont moralement armé. Pendant les mois précédant l’attentat, une campagne de haine inouïe contre Rabin avait été fomentée par l’extrême-droite et le Likoud de Benjamin Netanyahou. Lors de leurs meetings les va-t-en-guerre brandissaient des pancartes présentant Yitzhak Rabin en uniforme SS ou portant le keffieh palestinien. Ou en cible visée par un snipper.

Force est de reconnaître qu’Amir a réussi son coup. Il voulait tuer la paix. Vingt ans après, elle semble plus que jamais inaccessible. Certes, on ne saurait réduire l’actuelle situation à la seule disparition de Yitzhak Rabin. Mais elle y a joué un rôle essentiel. Brillant général de l’armée israélienne ­­– qui s’était notamment illustré durant la Guerre d’Indépendance en 1948 -1949 à la tête de la brigade Harel du Palmach, l’unité de choc des Juifs de la Palestine mandataire – Rabin était mieux placé que quiconque pour promouvoir la paix. Un peu comme un autre général, Charles de Gaulle, dont le passé militaire avait convaincu l’armée française de ne pas s’opposer à la fin des combats en Algérie.

Aujourd’hui, Israéliens et Palestiniens se sont installés dans cette guerre qui dure depuis 67 ans. Plus personne dans cette région ne semble souhaiter la paix. Des économies, des liens sociaux se sont tissés dans cet état de conflit récurent. Les pacifistes de tous bords sont donc considérés au mieux comme des empêcheurs de survivre en rond, au pire comme des traîtres à leur camp.

La solution dite « des deux Etats », l’un Palestinien et l’autre Israélien, est rejetée par l’actuel gouvernement et par une grande partie des Israéliens qui voient dans un Etat Palestinien, une machine de guerre contre Israël. Mais la solution d’un Etat israélien régnant sur les terres palestiniennes semble encore plus périlleuse pour Israël, en raison de l’accroissement démographique de la population musulmane et des sources permanentes de conflit que cela entraîne. Bref, tout le monde paraît se contenter de cette existence menée « à l’aveugle » et au jour le jour, tout en sachant qu’elle ne saurait se prolonger indéfiniment.

Pour l’instant, le gouvernement israélien peut faire fi de l’avis des autres pays en développant ses colonisations en Palestine, puisqu’il s’appuie sur la puissance américaine. Mais rien n’est éternel en ce bas monde, pas même le soutien de Washington.

Le danger pour Israël – seule démocratie du Moyen-Orient, faut-il le rappeler ? ­– réside dans la lassitude qui s’installe progressivement dans les opinions publiques un peu partout dans le monde. Déjà, le président Obama se montre plus préoccupé par la Chine et l’Extrême-Orient que par Israël et la Palestine. Et de la lassitude à l’indifférence, il n’y a qu’un pas. Sur qui, alors, Israël pourra-t-il compter ?

Au moment où il a été tué, Yitzhak Rabin portait dans son portefeuille, une feuille sur laquelle étaient rédigées les paroles de Shir LaShalom (voir la vidéo). La paix, dit ce chant, la paix parce qu’ «on ne nous ressuscitera pas / Du fond de la fosse obscure».

 Jean-Noël Cuénod

 

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02/11/2015

Victoire de l’ottomaniaque poutinifié Erdogan et défaite de la laïcité

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 Après la victoire d’Erdogan aux élections législatives turques, la chose la plus surprenante est… la surprise des médias ! Une fois de plus, ils ont donné foi aux sondages qui ont remplacé les horoscopes dans la pensée journalistique. Avec la même efficacité ; si, un jour ou l’autre, il leur arrive de ne pas se tromper pas, c’est surtout grâce à un heureux concours de circonstances.

Comment l’AKP du président Recep Tayyip Erdogan pouvait-il ne pas emporter ces élections ? Presse muselée, journalistes sous menaces permanentes, opposition empêchée de tenir ses meetings, stratégie de la peur du gouvernement… La liste des pressions exercées par le pouvoir islamo-conservateur est longue.

Mais avait-il besoin de cela pour triompher ? Chaque fois qu’un pays se trouve dans une situation de conflit à ses frontières, le peuple préfère ne pas changer de chef, ne serait-ce que pour éviter les périodes de transition à un moment où des décisions de guerre doivent être prises. En outre, son parti AKP demeure très implanté dans la « Turquie profonde », celle des campagnes, mais aussi auprès d’une partie des classes moyennes qui se sont enrichies sous Erdogan.

Les médias européens ont cru que les délires ottomaniaques d’Erdogan (photo) – qui s’est fait construire à Ankara un palais de 200 000 m2 à 350 millions de dollars – et ses exactions répétées contre la presse allaient nuire à son parti. Or, ces pratiques ne révulsent que la partie la plus occidentalisée de l’électorat turc– celle qui a l’oreille des médias européens. Et elle est loin de former la majorité. Les autres électeurs, soit n’y prêtent pas attention, soit y voient l’exercice rassurant d’un pouvoir autoritaire et protecteur.

 En fait, la Turquie d’Erdogan suit l’exemple de la Russie version Poutine en instaurant à son tour une « démocrature ». Le pouvoir consulte le peuple – après conditionnement préalable de façon à éviter les mauvaises surprises – afin de lui extorquer un mandat en blanc qui permettra au clan au pouvoir d’imposer sa politique sous un léger verni démocratique. La poutinification est appelée à se répandre sur la planète.

 Un sale coup contre la laïcité

 Depuis treize ans qu’ils sont aux affaires, Erdogan et l’AKP ont entrepris « un lent et raisonné dérèglement » de la laïcité en Turquie. Sur les ruines de l’empire ottoman, Mustafa Kemal Atatürk avait fondé la Turquie moderne en séparant l’islam du pouvoir politique et en supprimant en 1924 le califat, institution qui réunissait dans les mains de l’empereur ottoman, les pouvoirs spirituel et temporel de l’islam dont il était le garant de l’unité en tant que successeur (calife en arabe) du prophète Mohammed. En autorisant le port du voile islamique dans les lieux publics et au parlement, en combattant la mixité dans les logements universitaires, en faisant la promotion du turc ancien, en augmentant le nombre d’écoles confessionnelles, en restreignant les vente d’alcool, Erdogan a, progressivement, changé la Turquie pour la ramener vers l’Orient et l’éloigner de l’Occident.

Dans ses rêves plus ou moins avoués, le président turc souhaiterait retourner à ce califat qui a assuré à la Turquie sa domination sur le Moyen-Orient pendant des siècles. Sur ce plan, au moins, il partage la vision « califale » de l’Etat Islamique ; pour lui Daech est plus un concurrent qu’un ennemi… Ah, devenir Calife à la place du Calife autoproclamé al-Baghdadi !

En attendant de s’enturbanner tout à fait, Recep Tayyip Erdogan a désormais les mains encore plus libres qu’auparavant pour intensifier ses manœuvres d’étranglement contre ce qui reste de laïcité dans son pays.

 

 Jean-Noël Cuénod

14:59 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : #turquie #islam #laïcité #erdogan | |  Facebook | | |

30/10/2015

Pourquoi nous sommes devenus de méchants gueulocrates

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Ringarde, la démocratie… Place à la gueulocratie ! Obtenir des voix, c’est bien ; donner  de la voix, c’est mieux. Plus de 70% des électeurs suisses ont voté pour des partis opposés à l’UDC. Même si le parti xénophobe a gagné onze sièges aux récentes élections fédérales, ses opinions ne sont partagées que par 29% des votants. C’est beaucoup, certes. Mais c’est tout de même beaucoup moins que 71%, non ? Eh bien en gueulocratie, cette arithmétique ne compte pas ! Comme d’ailleurs les autres exercices basés sur la raison, tels que cette réflexion si peu glamour ou ces échanges d’arguments si rasoir.

 Même si elle est minoritaire, l’UDC impose son agenda, ses exigences, sa politique et ses hommes (ses hommes, car il n’y a guère de femmes chez les xénophobes, 11 députées sur 65). C’est lui qui gueule le plus fort, donc c’est lui le gagnant. C’est simple, la gueulocratie. Pas besoin de s’embêter avec des calculs. Le monde est compliqué ? Pas grave. On le transforme en truc tout simple, tout carré par la seule magie de la gueule. On n’est quand même pas là pour résoudre les problèmes, on est là pour surfer sur eux et rafler les bonnes places.

 En France, même topo. La gueularde en chef du Front national a déjà gagné toutes les élections avant même d’y participer. Que va dire Marine ? Que va faire Marine ? Que pense Marine ? Que mange Marine ? Que boit Marine ? Que fume Marine ? Qui voit-elle ? Qui écoute-t-elle ? Que lit-elle ? Plus besoin d’élections. De toute façon, c’est sa politique qui sera appliquée, par elle ou par d’autres. Les médias servent de gueulomètre. Celui qui fait le plus de bruit, aura le plus de temps de gueule, donc le plus de pouvoir.

 La gueulocratie sonne le grand retour de la méchanceté. Finies les jolies idées bien humanistes, toutes roses, toutes gnangnan. On peut enfin faire jaillir au grand jour nos idées bien brunâtres qui clapotaient tout au fond de notre mauvaise conscience. Désormais, je peux cracher sans vergogne sur les migrants qui crèvent au bord de nos richesses, sur ces salopards de pauvres trop bronzés, sur tout ce qui ne ressemble pas à mon petit moi si grand.

 Restons simple puisque tout nous y engage. Pourquoi sommes-nous devenus des méchants gueulards ? Parce qu’il n’y a désormais plus de politique, mais que des professionnels de la politique qui sont là pour occuper le pouvoir et non en faire quelque chose. Ils ont déteint sur nous. Et voilà nos sociétés européennes transformées en vaste gueuloir.  

L’ultracapitalisme galopant a pulvérisé tout ce qui pouvait lui faire obstacle et, en premier lieu, l’Etat, donc la politique. Retrouver les limites de cet Etat protecteur est voué à l’échec. Le temps de l’imperméabilité nationale est aussi révolu que le gramophone à pavillon. Il faudrait que se construise un autre type de souveraineté pour brider le cheval fou, une méta-souveraineté. L’Union européenne aurait pu en être une. Elle a raté le coche de l’Histoire. Plus rien à l’horizon, que ces gueulocrates qui l’ouvrent pour mieux nous enfermer dans des frontières fantasmatiques.

 

Jean-Noël Cuénod

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25/10/2015

Mais où sont-ils donc passés les hommes?

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Entendez-vous sonner la nuit

Au fond des impasses assoupies ?

Les nuages sont déchiquetés

Par la ronce des rayons lunaires

Le vent des barbelés s’est levé

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que poubelles vidées

Fugitifs fantômes de rongeurs

Filant glissant comme des reproches

 

Entendez-vous sonner la nuit

Au-dessus du fleuve gras et gris ?

Les rives et les ponts sont dissous

Par l’acide du crachin jaunâtre

L’eau des venins a tourbillonné

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois qu’entrepôts désertés

Ombres épaisses des rafiots

Dansant grinçant comme des menaces

 

Entendez-vous sonner la nuit

Sur les éclats brisés de nos rêves ?

La peau de la ville est écorchée

Par nos courses d’aveugles errants

La terre des tombes est semée

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que voitures brûlées

Squelettes fardés par la fumée

Puants béants comme des injures

 

Entendez-vous sonner la nuit

Près des silhouettes endormies ?

Les murs sont lavés de lumière

Par la salive des réverbères

Le feu va dérouler ses tapis

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que débandade en bande

Vieux masques jetés à la hâte

Flottants coulants comme des regrets

 

Entendez-vous sonner la nuit ?

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?      

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

Poème extrait d’ENTRAILLES CELESTES paru chez Edilivre, disponible à la Galerie ART-Aujourd’hui, 8 rue Alfred-Stevens Paris 9ème arrondissement ou directement chez l’éditeur par internet :

 http://www.edilivre.com/entrailles-celestes-20bca8a41a.ht...

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19/10/2015

Elections fédérales: l’UDC vainqueur mais pour quoi faire ?

 Le parti UDC a donc gagné les élections, comme prévu. Pour l’instant, il réclame un second siège au Conseil fédéral. Son importance numérique autorise cette revendication. Mais pour quoi faire ?

Maurer.jpgRappelons, car on a tendance à l’oublier sur la photo du gouvernement, que son seul représentant est, pour l’instant, le ministre de la Défense Ueli Maurer. Son action à la tête de l’armée est à l’image de son charisme de sac à pain oublié dans une guérite.

Sous sa direction, l’armée suisse n’a cessé de voir ses effectifs se réduire à la vitesse de la fonte des glaciers alpestres. Peut-être est-ce une bonne chose sur le plan financier et budgétaire. Mais c’est tout de même curieux de constater que l’auteur de cette cure de minceur soit un nationaliste fervent, héraut d’une défense forte, issu d’un parti qui veut transformer la Suisse en forteresse assiégée. Une cure qui intervient au moment même où l’Europe subit les assauts du terrorisme et assiste au regain de militarisme en Russie. Quant à l’achat d’avions de combat Gripen que Maurer a voulu imposer, il a explosé en vol, le peuple suisse l’ayant refusé par plus de 53% de voix en mai 2014.

 A quoi sert Ueli Maurer pour la Suisse ? A rien. Et pour l’UDC ? A rien non plus.

 De même, lorsqu’il fut élu en 2004, avant d’en être éjecté trois ans plus tard par l’Assemblée fédérale, Christoph Blocher, s’est principalement illustré en semant la zizanie au sein de gouvernement. Le patron de l’UDC avait alors démontré son incapacité foncière à se hausser à la stature d’homme d’Etat. Bref, le bilan des blochériens au gouvernement relève de la calamité.

 Le défi que doit affronter la Suisse désormais, c’est le franc fort. Pour un pays dont l’industrie ne vit que grâce aux exportations, la situation se révèle on ne peut plus périlleuse. Or, à cause de l’initiative de l’UDC du 9 février contre la libre circulation des Européens, nos relations avec nos voisins et clients de l’Union sont altérées. Le bras de fer qui oppose la Suisse aux 28 pays de l’UE nécessite un Conseil fédéral fort et uni. Avec deux UDC au gouvernement, ce serait plutôt mal parti.

Comment les deux partis de la droite, les libéraux et ultralibéraux du PLR  et les xénophobes de l’UDC pourraient-ils trouver un terrain d’entente, alors que sur ce plan au moins, tout les oppose ? Et si, par miracle, ils y parvenaient, les deux ministres UDC risqueraient fort de passer pour des mous manipulés, incapables de faire passer les idées du parti xénophobe dans la réalité. Ce qui créera un sacré rodéo dans les réunions internes.

 Il est un chapitre au moins sur lequel les deux droites s’entendront, ce sera pour s’attaquer aux acquis sociaux. Mais alors le Parti socialiste, qui a tout de même assez bien résisté aux élections de dimanche, se refera une stature de combattant de la cause des travailleurs et occupera cette scène médiatique que l’UDC a su monopoliser pendant des lustres.

 Dans tous les cas de figure, la présence renforcée du parti xénophobe au Conseil fédéral risque de poser bien des difficultés, encore plus à l’UDC elle-même qu’aux autres partis. Le parti blochérien a gagné en agitant l’émotion née des vagues migratoires. Certes, les bons sentiments ne font pas une politique, mais les mauvais non plus. Seule la raison  est à même de résoudre les équations complexes du monde présent. Jusqu’à maintenant, l’UDC n’a pas démontré qu’elle en était bien pourvue.

 

 Jean-Noël Cuénod

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16/10/2015

Madame Le Pen, Herr Blocher, dessinez-moi un judéo-chrétien !

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En Helvétie et en Gaulle, l’extrême-droite semble partie pour triompher dans les urnes, dimanche prochain, lors des élections fédérales suisses et en décembre, à l’occasion des régionales françaises. Les deux principaux partis xénophobes, l’UDC de la bande à Blocher et le Front national du clan Le Pen, ont pour propagande commune, «la défense de nos sociétés judéo-chrétiennes» contre les étrangers dont la pire engeance est représentée par les musulmans.

Le fait que le Coran soit imprégné de notions juives et chrétiennes, qu’il se réfère tant à la Torah qu’aux Evangiles ne leur a pas traversé l’esprit. Qu’on le veuille ou non, l’islam fait partie du monde judéo-chrétien. A sa façon. En contestant les interprétations des juifs et des chrétiens, mais en se fondant sur de semblables notions. Bah, en matière de propagande, on ne s’arrête pas à ce genre de détails !

L’important, ce n’est pas le fond mais le bruit du mot. «Judéo-chrétien», ça claque bien à l’oreille. Remarquez que les ancêtres idéologiques des nationalistes d’aujourd’hui, auraient banni la partie «judéo» du mot pour ne glorifier que son aspect «chrétien». A présent, pour faire plus convenable, on ajoute «judéo». Mais on n’en pense pas moins…

Au moment où les blochéro-lepénistes veulent fermer les portes de la France et de la Suisse au nez des réfugiés qui fuient les islamoterroristes, voyons un peu ce que disent les textes judéo-chrétiens sur la principale hantise des nationalistes, à savoir l’accueil des étrangers. 

Le Premier Testament ou Tanakh (Bible hébraïque), tout d’abord.

Exode XXII,21 ;Exode XXIII, 9 ; Lévitique XIX, 33 : Deutéronome XXIV, 14 :

«Tu ne maltraiteras point l’étranger et tu ne l’opprimeras point car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte».   

 Deutéronome XXVII, 19 :

«Maudit soit celui qui porte atteinte au droit de l’étranger, de l’orphelin et de la veuve.»

 Lévitique XIX, 34

 « Tu aimeras l’étranger comme toi-même.»

 Lévitique XXIV, 22 :

 «Vous aurez le même droit, l’étranger ou l’autochtone ; car je suis l’Éternel, votre Dieu.»

 Lévitique XXV, 35 :

 « Si ton frère devient pauvre, et que sa main fléchisse près de toi, tu le soutiendras ; tu feras de même pour celui qui est étranger et qui demeure dans le pays afin qu’il vive avec toi. »

 Deutéronome XIV, 28-19 :

 « Au bout de trois ans, tu sortiras toute la dîme de tes produits pendant cette année et tu la déposeras là où tu résideras. Alors viendront le Lévite, qui n’a ni part ni héritage avec toi, l’étranger, l’orphelin et la veuve, qui résideront avec toi ; ils mangeront et se rassasieront, afin que l’Éternel ton Dieu te bénisse dans toute l’œuvre que tu entreprendras de tes mains. »

 Deutéronome XVI, 14 :

 « Tu te réjouiras à l’occasion de cette fête, toi, ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, et le Lévite, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui résideront avec toi. »

 Le Nouveau Testament ensuite

 Mathieu XXV, 31-46 :

« Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli; nu, et vous m'avez vêtu; malade, et vous m'avez visité; en prison, et vous êtes venus à moi. » 

(…)

« Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche: « Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire, j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli; nu, et vous ne m'avez pas vêtu; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. » 

Acte des Apôtres II, 11 :

« Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Epître au Colossiens III, 11 p:

 « Il n’y a plus de Grec et de Juif, d’israélite et de païen, il n’y a pas de barbare, de sauvage, d’esclave, d’homme libre, il n’y a que le Christ : en tous il est tout ». 

 Alors, les blochéro-lepénistes, toujours « judéo-chrétiens » ?

 

Jean-Noël Cuénod

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12/10/2015

Le Plouc cause dans le poste et recette de l’intellectuel rôti au beuze

 

 

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Samedi, l’émission de Marie-Christine Vallet, «Micro-Européen» sur France-Info était consacrée aux intellectuels qui vibrionnent dans les médias à propos des menaces, supposées ou réelles, sur l’identité française. Deux journalistes européens ont été invités à causer dans le poste : Martina Meister du quotidien allemand Die Welt et votre serviteur humble mais pas soumis, Jean-Noël Cuénod, représentant le mensuel La Cité.

 Ces débats sur l’identité française se déroulent souvent dans des émissions d’amuseurs télévisuels qui n’ont pour étalons des valeurs morales que les courbes de leur audimat. Ils font donc tout pour pousser l’intello de service à donner de sa pensée une caricature grossière. L’important, c’est le beuze sur les ondes et les réseaux sociaux. Mais alors que viennent-ils faire dans cette galère, les intellectuels ?

 Vous pouvez écouter l’émission, en cliquant ici. Et en attendant, voici en exclusivité intergalactique, la recette de l’intellectuel rôti au beuze.

  • Choisissez un intellectuel bien tendre et bon tchatcheur.
  • Jetez-le dans une poêle enduite d'un corps gras de ricaneurs professionnels.
  • Saisissez-le à feu vif.
  • Arrosez-le d’actualité, si possible avec des giclées de sujets éloignés de ses compétences. Moins il en sait, plus il dira de sottises. Et ce sont les sottises qui donnent du goût à la sauce
  • Retournez-le de temps en temps pour qu’il entre en contradiction avec lui-même, ce qui le fera sortir de son jus.
  • Coupez-lui la parole dès qu’il développe une idée qui dépasse les 140 signes, la limite à ne pas dépasser pour le four de marque Twitter.
  • Flambez-le à la provocation, c’est alors que l’intellectuel peut être desservi à point.

 

Jean-Noël Cuénod

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09/10/2015

La Tunisie, un Nobel de la Paix qui exaspère les extrémistes

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Le Prix Nobel de la Paix a rarement été aussi mérité. Le «quartet» qui a sauvé la transition démocratique de la Tunisie a été récompensé par les jurés norvégiens.

 A l’automne 2013, la Tunisie – qui s’était débarrassée deux ans auparavant de la dictature du clan Ben Ali – menace de s’effondrer.  Deux figures de la gauche laïque – Chokri Belaïd et Mohamed Brami – sont assassinés, respectivement, le 6 février et le 25 juillet 2013, à l’aide d’une même arme, un revolver Beretta 9 mm. Ces deux assassinats ont été, par la suite, revendiqués par Boubaker al-Hakim alias Abou Mouqatel, un Franco-tunisien dont le groupe islamofasciste a fait allégeance à l’Etat islamique.

Ces crimes djihadistes provoquent un tsunami politique, alors que les Tunisiens tentent de former un gouvernement stable et d’établir une Constitution démocratique. Pour sauver ce qui pouvait encore l’être, quatre organisations sociales ont œuvré en commun, à savoir l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), son adversaire traditionnel, le syndicat patronal UTICA, la Ligue tunisienne des droits de l’homme et l’Ordre national des avocats.

Le «quartet» n’a pas lâché les partis politiques de tous bords, laïques et islamistes, jusqu’à ce qu’ils acceptent de respecter la feuille de route qui conduira la Tunisie à adopter sa nouvelle Constitution, sans encombre. Cette initiative, née de la société civile, a sauvé ce pays. Ni plus ni moins. Cela valait le Nobel de la Paix. Au moins.

 Gageons que cette attribution à la Tunisie nouvelle de la plus prestigieuse distinction de la planète va en exaspérer plus d’un.  Voici un petit florilège des grincements de dents.

  • L’Etat islamique, la Tunisie représentant son insupportable cauchemar. En tant que seule nation arabe à vivre en démocratie et dans le respect de l’égalité entre femmes et hommes, les islamoterroristes la considèrent comme un scandale permanent à éradiquer au plus vite.
  • Les monarchies pétrolières qui craignent que l’exemple tunisien donne de fâcheuses idées de démocratie et d’égalité des sexes à leurs peuples anesthésiés par les polices religieuses et les liens de dépendance envers les dispensateurs de la manne énergétique.
  • Les extrême-nationalistes européens, furieux qu’un pays arabe échappe à leurs clichés propagandistes d’un monde musulman monolithique et uniquement voué au terrorisme. Plus ou moins ouvertement, ils espèrent que la Tunisie tombera un jour dans l’escarcelle djihadiste. 
  • Les clans proches danciens dictateurs des Etats arabes qui, pendant des décennies ont été soutenus par l’Occident, grâce à ce chantage : sans nous, c’est le chaos islamiste qui règnera. L’échec de la démocratie en Egypte leur a donné quelque espoir. Mais l’exemple tunisien est là pour les contredire.

 C’est dire si la Tunisie nouvelle ne manque pas d’ennemis. Ses institutions sont encore fragiles. 5500 jeunes Tunisiens se sont engagés dans les rangs de l’Etat islamique, selon l’ONU. Daech a d’ailleurs pris pied en Libye voisine. Et surtout la pauvreté s’accroît, notamment après les attentats au Musée national du Bardo, le 18 mars dernier, qui a mis à mal l’industrie touristique tunisienne et avec elle, tous les secteurs qui en dépendent comme la construction et le commerce.

Remettre le Prix Nobel de la Paix à la Tunisie démocratique, c’est bien. La soutenir économiquement, ce serait très bien. Annuler sa dette publique, ce serait encore mieux.

 Jean-Noël Cuénod 

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08/10/2015

Et si la femme était l’avenir de l’islam?

 

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Il existe de multiples diagnostics pour décrypter la succession de convulsions violentes qui secoue le monde ici et là et tout particulièrement au Moyen-Orient. Une piste est peu suivie, celle de la confrontation entre l’émancipation de la femme et les forces du patriarcat.

Avec des périodes de haut et de bas, le patriarcat s’est imposé comme la référence principale de la plupart des sociétés humaines, même si d’autres formes de relations entre les genres ont prévalu dans certaines contrées et à certaines époques. En Suisse et chez ses voisins, la «tutelle masculine» sur la femmes s’est renforcée dans les législations au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle. L’homme était le Chef de famille avec un C des plus majuscules. A la femme, le rôle d’assistante et de ménagère. En Suisse, il a fallu attendre la révision du Code civil de 1988 pour que ce schéma soit définitivement bouté hors des lois mais... pas toujours, hors des têtes.

            L’évolution vers l’émancipation de la femme est lente, sujette à retours en arrière. Toutefois, depuis la dernière moitié du XXe siècle, il est indéniable qu’en Occident, elle a fait des progrès. Néanmoins, le vieux monde patriarcal ne se tient pas pour battu. Il organise ici ou là ses résistances. Dans les sociétés où, de par la culture, les us et coutumes, voire les conditions climatiques, le rôle de la femme était moins subalterne qu’ailleurs, les contre-offensives patriarcales se font plutôt rares et lorsqu’elles s’engagent, c’est à fleurets mouchetés.

Mais il en est d’autres où le poids des traditions permet aux forces du patriarcat de s’exprimer avec virulence. C’est le cas de la plupart des pays musulmans à des degrés diverses intensités. Certes, d’autres régions du monde, d’autres religions considèrent les femmes sur le mode mineur. Mais force est de reconnaître que c’est dans les pays musulmans — à la belle exception de la Tunisie — que le patriarcat déchaîne ses forces. Elles sont désormais bien connues, les exactions de Boko Haram — qui a enlevé 2000 femmes et très jeunes filles au Nigéria, selon Amnesty International, pour les réduire à l’esclavage sexuel — et celles de l’Etat islamique qui en fait de même à encore plus grande échelle. Certes, il serait faux d’associer tout l’islam à ces terroristes, mais c’est tout de même au nom de leur foi qu’ils agissent ainsi. Et ces actes barbares trouvent aussi un terrain fertile dans les coutumes qui placent la femme à un rang inférieur.

 

Qu’on ne s’y trompe pas, le refus de l’Occident par l’islamoterrorisme, ce n’est pas seulement celui des anciennes puissances coloniales. C’est aussi — et sans doute surtout — le rejet de ce féminisme qui s’est développé dans nos contrées.

Il appartient aux musulmans, et à eux seuls, de reconsidérer la place de la femme dans leur conception du monde pour que leurs sociétés soient enfin pacifiées. Le chemin pour y parvenir est semé de pièges que les forces du patriarcat ne manqueront pas de tendre. Ce patriarcat qui mène un combat d’autant plus sanglant qu’il est d’arrière-garde. Alors, que les musulmans se posent cette question: et si la femme était l’avenir d’un islam renouvelé? En attendant laissons le poète Aragon conclure avec cet extrait du Fou d’Elsa:

 L’avenir de l’homme c’est la femme
Elle est la couleur de son âme
Elle est sa rumeur et son bruit
Et sans Elle il n’est qu’un blasphème.

 Jean-Noël Cuénod

Editorial du mensuel suisse La Cité octobre 2015 http://lacite.website/

Photo: une femme enlève sa burqa dans une zone qui a été libérée de l'Etat islamique par les Kurdes

11:55 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : islam, féminisme, terrorisme | |  Facebook | | |

05/10/2015

Crise des réfugiés : les Etats-Unis coupables mais pas responsables

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Douze millions de Syriens en errance entre leur dictateur et les égorgeurs de l’Etat islamique. Quatre millions d’entre eux sont parvenus à quitter leur terre de feu. La plupart ont gagné les pays voisins, souvent de tailles modestes. Ainsi, le Liban – 5,8 millions d’habitants – en abrite… 1,1 million. Et dire que nos Blochériens aux âmes noueuses glapissent de trouille devant les 500 réfugiés Syriens que le Conseil fédéral a accepté de recevoir ces prochains mois! Aveuglés par nos richesses, nous autres Suisses avons-nous perdu tout sens des réalités du monde ?

 Il faut dire qu’au bal des faux-culs, l’Helvète n’est pas le seul à valser, loin de là. Passons sur les pétromonarchies qui n’ont pas levé le petit doigt bagué de diamant pour aider les Syriens en fuite. Ceux-ci, il est vrai, n’ont nulle envie de se rendre en Arabie Saoudite ; ils savent bien qu’entre ce Royaume à essence et l’Etat islamique, il n’y a qu’une différence de degrés et non pas de nature, l’un et l’autre défendant la même vision intégriste d’un islam réduit à la portion médiévale.

 Quant à l’Allemagne, elle a vu dans ces réfugiés syriens – appartenant souvent aux classes moyennes et éduquées – une aubaine pouvant compenser son déficit démographique, avant de fermer brusquement ses portes. Cruelle décision après avoir suscité autant d’espoirs. L’Allemagne, présentée il y a peu comme un modèle de vertu solidaire, a désormais rejoint Volkswagen et ses tests falsifiés au cimetière des illusions perdues.

 Il y aurait encore plus à dire sur les réactions des Européens de l’Est qui, aujourd’hui, rejettent ces réfugiés dont ils partageaient le même sort il n’y a pas si longtemps.

 Mais ce bal, ce sont tout de même les Etats-Unis qui le mènent avec un entrain travoltesque. En intervenant en Irak en 2003, sous prétexte de détruire des armes de destruction massive mais massivement inexistante, Washington et ses néoconservateurs voulaient redessiner un Moyen-Orient à leur main et imposer la démocratie par la force. Il s’agissait aussi d’effacer les traces des anciennes puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne, qui avaient créé l’Irak et la Syrie, deux Etats artificiels. Sur ce dernier point, les visées des «néocons», comme ils se nomment eux-mêmes, ont été couronnées de succès mais certainement pas dans le sens souhaité. S’il n’y a plus de frontière entre l’Irak et la Syrie, c’est que l’Etat islamique occupe désormais les deux côtés de la ligne Sykes-Picot. En guise d’un Moyen-Orient s’ébrouant sur les paisibles prairies démocratiques et gentiment dévoué aux intérêts politico-économiques étatsuniens, le gigantesque brassage de cartes engagé par Deubelyou Bush a fait naître le monstrueux Etat islamique qui porte la guerre partout, y compris en Europe.

 C’est en pleine conscience que Washington a jeté la planète dans la fournaise moyen-orientale. La France et son président Jacques Chirac avaient pourtant prédit en détails les événements catastrophiques qu’une intervention étatsunienne allait entraîner. En guise de réponse, Washington a changé le nom des frites de ses cantines, les french fries étant rebaptisées freedom fries. Pour le coup, les «néoscons» avaient tout à fait mérité leur french suffix.

Les Etats-Unis sont donc les premiers coupables de la situation actuelle. Mais ils ne s’en estiment nullement responsables. La fameuse formule lancée par l’alors ministre française Georgina Dufoix dans l’affaire du sang contaminé – «responsable mais pas coupable»– est ainsi retournée outre-Atlantique en «coupables mais pas responsables». En effet, la vague de réfugiés n’émeut guère les Etatsuniens qui n’ont accueilli que 1800 Syriens depuis 2011. Devant les vifs reproches que cette indifférence a soulevés, Obama a promis que son pays allaient en recevoir 10 000 d’ici à septembre 2016. Outre que les promesses rendent les fous joyeux, comme l’on dit à Genève (qui n’est avare ni de promesses ni de fous, mais c’est une autre histoire), ce chiffre reste bien modeste pour une nation aussi vaste, aussi puissante et aussi riche. A comparer au million de Syriens qui se tassent dans le petit Liban. Et au Québec qui s’est organisé pour en abriter 3. 650 d’ici à décembre prochain.

 En bonne justice, Washington devrait assumer le plus gros des charges provoquées par sa politique moyen-orientale. Mais il ne se trouvera personne pour lui présenter l’addition.

 

Jean-Noël Cuénod

15:09 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : réfugiés, droit d'asile, syrie, terrorisme | |  Facebook | | |

03/10/2015

TEMPS MINERAL

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Lampée d’eau salée goût d’algue au fond de la gorge

Sur le sable un petit crabe court à sa perte

Et subira bientôt la loi du talon

 

Les rouleaux passent et repassent sur ton corps

L’océan est un monstrueux copulateur

Mais sa semence n’engendre que des galets

Qui se réchauffent dans les sables utérins

 

L’oiseau bleu ne se détache plus du ciel

La trace de son vol s’est dissoute dans l’air

Au sol absolue solitude des pierres

Le cœur absent nous vivons un temps minéral

 

Jean-Noël Cuénod

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29/09/2015

Le Plouc sur EUROPE1 – La justice française dans tous ses état

 

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(Photo : manif de juges et de gardiens contre la réforme du Code de procédure pénale en septembre 2014)

Détenus libérés en raison de la lenteur de la procédure, octogénaire poursuivi pour avoir aidé son épouse, malade et victime de douleurs inapaisables à finir ses jours, les juges français sont à nouveau mis en cause. Relation de cause à effet ? Contrairement à la Suisse, la France ne fait pas partie des Etats européens les plus généreux à l’égard de ses tribunaux.

Autre chose qui n’a rien à voir : comment le ministre français Macron – accusé de libéralisme par ses adversaires au sein du Parti socialiste – est-il perçu à l’étranger ? Tels étaient les thèmes abordés par le «Club de la Presse étrangère», l’une des séquences de l’émission de Sophie Larmoyer, Carnet du Monde, sur Europe1, dimanche. Avec Ana Navarro Pedro, correspondante du magazine portugais Visao et Jean-Noël Cuénod, rédacteur en chef et correspondant à Paris du mensuel La Cité.

Fichier audio à écouter quand bon vous semblera.


podcast
   
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25/09/2015

FORCES

 

 

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Inéluctable comme une feuille morte

La nuit fait main basse sur la forêt

 

Devenus invisibles les buissons

Craquent frémissent frissonnent crient et chantent

 

La lumière noire des frondaisons

Eteint les lumineux cadavres stellaires

 

Les fougères abritent d’étranges crimes

Charrues à poils drus les sangliers labourent

Avant d’être tués les lapins copulent

Les chevreuils préparent leurs noces de sang

Et le brâme du cerf pétrifie les sources

 

Heure animale où l’homme n’est rien

Témoin inutile que nul n’interroge

 

 

Jean-Noël Cuénod

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23/09/2015

1956

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 Je vous parle d’un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître. Mais dont ils feraient bien d’en méditer les leçons.

1956. Cette année-là, une avalanche d’événements déferle du vénérable poste de radio pour s’étaler sur la table familiale. Le petit garçon de 7 ans et demi que j’étais, saisit, sans les comprendre, les discussions qui s’engagent entre adultes. La France, déjà empêtrée en Algérie, se lance avec la Grande-Bretagne et Israël dans une guerre contre l’Egypte sur le canal de Suez. Les monarchies pétrolières menacent de fermer le robinet à essence. Mais ce n’est pas cette perspective qui trouble les parents. Après tout, qui a une voiture dans le quartier ? En tout cas, chez nous, les moyens de locomotion se limitent au vélo et au tram 12.

Non, l’inquiétude parentale prend naissance de l’autre côté du Rideau de fer. Staline est mort depuis trois ans et enterré par le rapport Khrouchtchev depuis février. Mais il bouge encore. Et rudement. En Pologne, mais surtout en Hongrie des soulèvements éclatent contre l’ogre soviétique. La radio suisse romande décrit les combats qui se déroulent à Budapest avec force détails. Le 10 novembre, tout est fini. L’insurrection hongroise est écrasée.

 En quelques jours, 200 000 réfugiés déferlent sur l’Ouest de l’Europe. A elle seule, la petite Suisse – le recensement fédéral de 1950 dénombre 4 714 992 habitants – en accueille 12 000 (Photo prise en Suisse à Buchs dans un centre d’accueil).  Dans l’urgence, tout est mobilisé pour recevoir ces familles qui n’ont eu le temps que d’emporter le triste nécessaire, dans le meilleur des cas. Pas de Blocher, pas de Freysinger pour geindre que la barque est pleine. Pourtant, la Suisse de cette époque travaille dur pour des salaires modestes. La prospérité, ce sera pour le début des années 60.

 Dans les conversations d’adulte, une formule revient souvent : « Et dire que l’hiver commence ! » L’Europe avait traversé en février 1956 une vague de froid sans précédent. Genève a grelotté à – 21 degrés ; sa Rade était gelée. Souvenir de cygnes battant de l’aile, les pattes prises dans les glaces.

 Alors, comment aider ces réfugiés, qui viennent du froid politique, à affronter le froid météorologique ? Dans mon école, les instituteurs et les parents se mobilisent pour récolter des manteaux d’enfants, des pulls, des écharpes, des cagoules, des grosses chaussettes hâtivement tricotées. Autre souvenir, celui des grandes tables disposées dans un coin de la classe et jonchées de vêtements d’hiver prêts à partir pour la Croix-Rouge. Cinq ans après, Servette remportera le championnat de Suisse de foot en alignant trois ex-réfugiés hongrois : Pazmandy, Mackay et Nemeth.

 Trop facile, la comparaison entre les Hongrois qui se faufilaient entre les lames du Rideau de Fer pour échapper à la terreur soviétique et ceux d’aujourd’hui qui rejettent, armes au poing, les Syriens qui fuient la terreur islamiste. Trop facile, car nous aussi, en Suisse, en France, nous avons bien changé.

 

Jean-Noël Cuénod 

14:46 | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : réfugiés, asile politique, terrorisme | |  Facebook | | |

21/09/2015

Les grandes migrations et les deux angélismes

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 Nous sommes donc entrés dans l’ère des grandes migrations. Ce n’est certes pas la première fois que la planète connaît ces «remue-peuple». Mais à chaque fois, nous redécouvrons la lune et tombons de notre fauteuil sous l’effet d’une surprise pourtant fort prévisible. Aujourd’hui, les migrations massives sont le fait des ressortissants du Moyen-Orient qui cherchent à échapper aux massacres de l’Etat.

Mais demain, ce sont d’autres mouvements de population, sans doute encore plus importants, qui se dirigeront vers des contrées mieux préservées par la météo, à savoir ceux provoqués par le réchauffement climatique. C’est dire si nous ne sommes pas sortis de l’auberge migratoire. Or, devant cette ère qui ne fait que débuter, l’angélisme de droite et l’angélisme de gauche battent des ailes pour mieux fuir les problèmes.

 L’angélisme de droite, tout d’abord.

Il consiste à renforcer les contrôles aux frontières et à élever des murailles en espérant que le flux migratoire sera endigué et qu’il s’infiltrera plutôt chez les voisins. Lesquels risquent fort d’être mécontents et d’user de moyens de rétorsion, ne serait-ce qu’en facilitant la venue chez nous de ceux que nous voulons rejeter chez eux. Dans un tel contexte, le chemin solitaire balisé en Suisse par les blochériens ou en France par les frontistes, ne mène qu’à des impasses. 

La politique du mur relève de l’illusion démagogique, comme l’exemple des Etats-Unis, parmi bien d’autres, le démontre. Washington a dépensé six milliards de dollars pour ériger sur sa frontière mexicaine d’immenses barrières truffées de gadgets électroniques dans le but de tarir l’immigration clandestine. Or, l’U.S. Governement Accountability Office – l’agence qui évalue pour le Congrès l’efficacité des mesures prises par le gouvernement étatsunien – en a constaté l’échec: ces «digues» réputées infranchissables ont été traversées plus de 3000 fois en trois ans.

 En fait, ces obstacles profitent surtout aux trafiquants de la traite humaine. Plus les frontières sont fermées, plus les réfugiés ont besoin d’organisation de passeurs professionnels pour les franchir. Les mafieux disent merci aux angélistes de droite qui leur assurent ainsi une rente de situation encore plus juteuse que celle générée par le trafic de stupéfiant.

Et en fin de compte, les angélistes de droite devront affronter le réel au lieu de se complaire dans la pensée magique de l’imperméabilité des frontières : sont-ils prêts à rejeter vers la mort des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes qui fuient les massacres des islamoterroristes?

 L’angélisme de gauche, ensuite.

 Il consiste à croire qu’il faut accueillir les réfugiés sans restriction aucune, sans contrôle, sans préparation en espérant que, finalement, tout s’arrangera grâce au bon-vouloir des uns, des autres. Et en croyant que cette situation n’affectera nullement le cours de notre train-train. Les lendemains qui chantent ne manquent jamais de fausses notes hélas.

Sous-estimer les conséquences de ces vagues de réfugiés sur les populations locales, c’est faire le lit de la xénophobie et du racisme. Se sentant abandonné par le pouvoir politique face aux bouleversements économiques, sociaux et culturels que les nouveaux arrivés susciteront immanquablement, le peuple se réfugiera vers les illusions entretenues par les extrémistes de droite.

 Il faut donc voir enfin les choses en face : il est impossible humainement de rejeter ceux qui fuient les massacres de l’islamoterrorisme mais nous devons aussi prendre conscience que notre vie en sera changée, qu’on le veuille ou non. C’est ce travail d’introspection collective que chaque pays d’Europe, Suisse comprise bien sûr, devrait entreprendre.

 La première mesure à prendre serait de constater l’incapacité de l’Union européenne à apporter la moindre solution à ce problème. Or, aucun Etat ne peut, à lui seul, gérer les flux migratoires, c’est au moins cette leçon que l’actuelle crise migratoire nous aura apprise. Les décisions incohérentes de l’Allemagne d’Angela Merkel – un jour, j’ouvre mes frontières en invitant les réfugiés ; un autre jour je les referme en rejetant les demandeurs d’asile – l’ont bien démontré. Ni Bruxelles ni les Etats n’étant en mesure d’agir efficacement, il reste le bricolage au jour le jour, ce qui est tout sauf satisfaisant. Pour l’instant, il faudra «faire avec», faute de mieux.

 Nos dirigeants bricolos devront sortir de leur trousse à outils, l’indispensable négociation. Car fermer ses frontières en laissant les voisins se débrouiller n’est pas envisageable à long terme, sauf à provoquer une série de crises locales qui s’ajouteraient à la masse des difficultés. Les Etats devront donc discuter entre eux pour se répartir ces réfugiés qu’il faut bien loger quelque part. Dans le meilleur des cas – et en faisant montre d’un bel optimisme que tout contredit actuellement –, c’est une nouvelle Europe qui pourrait alors prendre forme, sur des bases plus saines.

 Les dirigeants politiques ne sont pas des chamans capables à eux seuls de conjurer les forces souterraines pour diriger les flux migratoires. Le peuple a aussi sa partie à jouer. Pour l’instant, dès que l’on rappelle les richesses produites par les réfugiés en France, surtout en Suisse et ailleurs en Europe, les oreilles se ferment. A l’instar du fils de réfugié hongrois Nicolas Sarkozy, on ne veut voir dans les demandeurs d’asile que les quémandeurs d’aides sociales. C’est oublier que nombre d’entre eux disposent de diplômes, parlent plusieurs langues et ont fait preuve, en bravant les dangers mortels, d’une sacrée force de caractère. Dès lors, l’image du réfugié comme éternel assisté n’est que ce qu’elle est, à savoir un cliché trompeur.

 L’autre peur populaire est celle de l’islam. Ces Syriens qui frappent à nos portes grossiraient le nombre des musulmans en Europe et risqueraient de faire de l’islam une religion dominante. Relevons tout d’abord que les réfugiés de Syrie sont à l’image de leur pays qui est composé de plusieurs communautés religieuses.

Ensuite, les musulmans syriens qui ont dû fuir en catastrophe l’Etat islamique ont tous les motifs du monde pour détester l’intégrisme qu’il personnifie. Par conséquent, ils peuvent, au contraire, contribuer à contrer la propagande intégriste dans les mosquées européennes. A cet égard, leur apport peut être particulièrement précieux et constitue même une chance pour les pays européens. Le vécu de ses victimes est le plus implacable des réquisitoire contre Daech.

 Une autre crainte est celle de voir des islamoterroristes infiltrés au sein des réfugiés. Cette crainte ne doit être ni sous-estimée ni surestimée. Après tout, durant la guerre froide, des agents soviétiques se sont glissés parmi les candidats au refuge en Europe et aux Etats-Unis. Pourquoi l’Etat islamique n’en ferait-il pas autant? C’est pourquoi, il est nécessaire de contrôler autant que faire se peut les candidats à l’asile. Mais là aussi, un Etat ne peut, en solo, assurer cet indispensable travail de police et de renseignement ; il doit se coordonner avec les structures de contrôle des pays voisins. Cela dit, un élément est de nature à relativiser l’importance des agents infiltrés : hélas, l’Etat islamique et les autres groupes islamoterroristes disposent déjà de nombreux relais dans les pays européens, comme l’ont prouvé les attentats en France et en Grande-Bretagne. Dès lors, la nécessité d’introduire des agents infiltrés n’est guère nécessaire pour Daech et les mouvements de même acabit.

 Conclusion : au lieu de trembler de trouille ou de faire le Ravi de la crèche, il faut tenter de faire d’une situation périlleuse, un facteur de chance.  C’est ainsi qu’au fil de l’Histoire toutes les sociétés humaines sont parvenues à intégrer les flux migratoires.

 

Jean-Noël Cuénod

11:47 | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : #réfugiés #asile #terrorisme #europe | |  Facebook | | |

14/09/2015

Dire ou ne pas dire que l’on est franc-maçon (fin)

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 Après l’échec de la mesure antimaçonnique projetée par le bureau du Grand Conseil valaisan (lire les textes précédents), il semble judicieux de savoir de quoi l’on parle en évoquant le « secret maçonnique ». Nous avons examiné les deux premiers secrets, celui des rites et celui des délibérations. Voici le dernier.

Le troisième secret dit « objectif » qui est observé en Loge est relatif à l’appartenance de ses membres à la Franc-Maçonnerie. Sa première raison d’être – guère d’actualité, du moins pour le moment – tient à la sécurité. Il faut rappeler que dans les pays catholiques, les francs-maçons étaient considérés comme des parias, passibles de l’excommunication. Jusqu'à la mort de Franco, l’Espagne fasciste a persécuté les francs-maçons, ce qui n’est pas si lointain que cela. Tous les dictateurs les ont pourchassés : Hitler les a conduits dans les camps de la mort, Mussolini les a traqués, Pétain les a exclus de la vie civile, Staline leur a réservé ses goulags. Aujourd’hui encore, le Hamas stigmatise dans sa charte le « complot judéo-maçonnique », le fantasme préféré des fascistes et des nazis des années 1930.

En Suisse, un groupuscule d’extrême droite dirigé par le colonel Fonjallaz avait lancé en 1937 une initiative populaire visant à interdire la Maçonnerie et toutes les sociétés dites « secrètes ».  Le peuple étant conscient que c’étaient ses libertés à lui que l’extrême-droite cherchait à atteindre en visant la Franc-Maçonnerie, cette initiative fut balayée par le corps électoral. Cela dit, elle avait tout de même recueilli une majorité de suffrages dans le canton catholique de Fribourg. C’est dire si la vie professionnelle et sociale des francs-maçons vivant dans ces contrées pouvait devenir inconfortable.

 Actuellement, personne en Suisse et dans les autres pays du continent ne risque sa vie et sa liberté en se déclarant Franc-Maçon. Faut-il pour autant se dévoiler ? Dans son « Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie », Daniel Ligou répond résolument par la négative:

 (...) Si ce secret n’existe pas, on risque d’y voir entrer des profanes animés du seul désir de se prévaloir ensuite de cette qualité par simple vanité. Or, la Maçonnerie est le lieu privilégié de la remise en question non seulement de soi-même mais des valeurs régnant dans la Société. L’absence de secret risque d’en faire une sorte de Rotary auquel il est de bon ton d’appartenir, déviation dangereuse qui ne semble pas avoir épargné les Maçonneries des pays où l’on est volontiers connu comme Maçon. Une Maçonnerie qui se confondrait avec l’ « Establishment » aurait perdu une bonne part de sa vertu initiatique.

 

 Selon Daniel Ligou, la Franc-Maçonnerie n’est pas une association parmi d’autres. Elle est un ordre initiatique, dépositaire des plus anciennes traditions. Le secret d’appartenance - avec les deux autres secrets dits « objectifs » - serait selon cet auteur l’un des éléments parmi d’autres pour préserver le caractère singulier de cette confrérie.

La volonté de ne pas divulguer son appartenance à la franc-maçonnerie peut avoir plusieurs causes. Le souci de ne pas être ostracisé sur le plan professionnel ou social, si l’on évolue dans un milieu antimaçonnique, peut en être un. Mais il ne faut pas négliger un autre aspect, celui de préserver son jardin…secret. L’initiation maçonnique est vécue de façon très diverse par chaque individu qui l’a choisie. Il s’agit d’un vécu intime, difficilement communicable. Or, cette préservation de l’intimité est d’autant plus précieuse que tout nous conduit dans l’actuelle société à la nier. La transparence est nécessaire mais elle n’est pas sans limite, au risque de devenir totalitaire.

Cela dit, dans une société surmédiatisée, tout finit par se savoir. Dès lors, autant affirmer son adhésion à la Franc-Maçonnerie afin d’éviter les rumeurs ainsi que la fabrication de mystères qui n’en sont pas et peuvent donner de la Franc-Maçonnerie une image faussée. C’est le choix que j’ai fait. Mais encore une fois, cette décision ne doit pas être imposée, sous peine d’enclencher un mécanisme périlleux pour la liberté individuelle.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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11/09/2015

Le Grand Conseil valaisan rejette la proposition contre la Franc-Maçonnerie (2)

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 Par 55 voix contre 53 et 5 abstentions, le Grand Conseil valaisan a rejeté, ce vendredi en fin d’après-midi, la proposition de son bureau visant à exiger que les députés dirigeants une Loge dévoilent leur appartenance maçonnique. Décision prise de justesse certes. Mais décision surprenante dans la mesure où le parlement de ce canton s’acheminait vers une large adoption, seul le Parti libéral-radical ayant déclaré son opposition, la gauche ne semblant guère intéressée. Les remous médiatiques provoqués par cette proposition a sans doute dû faire réfléchir certains députés qui n’en avaient pas mesuré toutes les conséquences.

Pour l’UDC – qui a fait très pâle figure lors des débats ­– la défaite est cinglante. C’est elle qui est à l’initiative de ce projet liberticide, avec le soutien des démocrates-chrétiens. Mais le faible écart démontre l’importance de rester sur ses gardes. Les blochériens ne s’en tiendront pas là.

 D’où l’importance également de se débarrasser de toutes les crétineries que les antimaçons colportent sur les secrets maçonniques. Nous avions abordé précédemment le secret des rites, abordons aujourd’hui le deuxième, celui qui protège les délibérations en Loge.

On ne répand pas à l’extérieur, les propos échangés à l’intérieur. Ce deuxième secret est à la liberté d’expression, ce que le levain est au pain. Sans lui, les discussions au sein d’un Atelier (synonyme de Loge maçonnique) auraient la platitude des crêpes !

En effet, le franc-maçon qui prend la parole en suspectant que ses propos seront diffusés hors les murs, ne pourra s’empêcher de recourir à l’autocensure. Il n’osera pas énoncer ce qui pourrait être considéré comme une sottise ou une incongruité dans un contexte « profane ». De toute façon, il est dans ce domaine une certitude : toute parole rapportée par un tiers est déformée ; de relais en relais, ce qui était à l’origine un ver de terre dans une salade devient un serpent-minute dans un régime de banane. Le bouche-à-oreille déforme systématiquement le message initial. Le secret des délibérations a aussi pour but de désarmer la rumeur.

Le franc-maçon peut alors sortir du rôle social qui est le sien dans le monde « profane » pour dire ce qu’il pense, sans maquillage. Il accomplira ainsi quelques pas de plus vers son Etre véritable, sans les masques qui troublent sa vision.

 Dans un tel contexte, la transparence risque de prendre une tournure tyrannique en imposant le conformisme des pensées. On pourrait objecter à cela qu’un franc-maçon qui n’ose pas émettre publiquement une pensée fait montre de couardise ou de manque de confiance dans ses propos. Mais là n’est pas la question : l’Atelier est un laboratoire.  Le mot même « atelier » renvoie à la notion de travail avec tout cela suppose d’essais manqués, de tentatives avortées avant de produire l’objet final. En Loge aussi, on essaie, on tente, on émet une idée, on se rend compte de son imperfection, on la modifie. Le secret des délibérations couvre aussi le droit de se contredire. Le franc-maçon qui s’exprime sait que celles et ceux qui l’écoutent ne le railleront pas et le blâmeront encore moins.

Les rituels et les traditions maçonniques imposent - j’allais dire sécrètent - l’absolu respect de l’autre. Nous sommes hors du temps profane. Les combats quotidiens sont suspendus. La Loge est un des rares lieux où chaque humain sait que ce qu’il dit ne sera pas retourné contre lui, mais pour lui. Il en va autrement dans la vie « profane » où la parole attribuée à telle ou telle personne peut devenir une arme qui la vise.

 La pensée dite est un peu semblable à l’embryon qui croît à l’intérieur de la future mère. Elle doit se développer à l’abri de la clarté. Et c’est lorsque le temps est venu qu’elle peut voir le jour.

Tout ce qui se dit et préside à une décision de la Loge doit être tenu dans l’ombre propice de la fraternité. En revanche, le fruit de ces délibérations n’est pas soumis à l’obligation absolue du secret. Un Atelier ou une obédience (fédération de Loges) peut fort bien – si cela est jugé utile par ses membres – rendre publics ses travaux lorsqu’ils sont achevés.

La franc-maçonnerie doit donner au monde profane des signes de son existence afin de contribuer à la bonne marche de la société. Elle s’abrite des regards de cette dernière pour vivre pleinement et librement l’initiation mais elle n’en est pas isolée de façon permanente. En outre, la franc-maçonnerie doit également se faire connaître pour capter l’attention des profanes qui se sentent attirés par l’initiation qu’elle propose.

 La Loge est une peau qui recouvre ses membres. La peau protège les organes des agressions extérieures. Mais elle leur permet aussi de respirer.

 

Prochain texte : le secret d’appartenance

 

Jean-Noël Cuénod

19:13 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : franc-maçonnerie, liberté, udc, blocher | |  Facebook | | |

10/09/2015

Le secret maçonnique, mythe ou réalité? Mythe et réalité!

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 Que de billevesées, calembredaines et autres couillonnades n’ont-elles pas été prononcées à propos du secret maçonnique au fil des siècles. Il serait vain d’essayer d’en tarir le flot insane. Risquons-nous tout de même à tenter l’aventure, puisque nous avions annoncé cette démarche lors de nos deux précédents textes sur le projet antimaçonnique en Valais. Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer, comme le disait Guillaume le Taciturne.

 En se référant au remarquable « Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie » de Robert Ligou, il existe trois types de secret maçonnique, à savoir :

 - le secret des rites ;

- le secret des délibérations ;

- le secret d’appartenance ;

 Abordons le premier, le secret des rites. Selon « Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française », le mot « secret » vient du substantif latin secretum qui signifie, tout d’abord « lieu écarté » mais qui est aussi associé aux « mystères du culte ». Il décrit également les « pensées et les faits qui ne doivent pas être révélés ».  L’adjectif secretus veut dire, à la fois, « séparé », « à part ». « isolé », « caché », « rare ».

Introduit au XIIème siècle dans la langue française, le mot « secret » avait pour définition première, un ensemble de connaissances réservées à quelques uns. Ces connaissances étaient consignées par un « secrétaire ».

 On constate que l’origine même de ce vocable est étroitement liée à la Franc-Maçonnerie. En effet, la Loge des Francs-Maçons opératifs – c’est-à-dire les bâtisseurs des cathédrales médiévales dont les usages ont inspiré la Franc-Maçonnerie moderne apparue au début du XVIIIe siècle – se déroulait en un « lieu écarté » du chantier, sous forme, par exemple, de hutte formée de planches et de branchages. Et c’est toujours en un « lieu écarté » que les Francs-Maçons d’aujourd’hui se réunissent.

 Pendant leur assemblée, appelée souvent Tenue, les francs-maçons se séparent de l’espace profane pour vivre un temps différent dans une ambiance qui se veut fraternelle. Cette séparation est l’un des rares moments où le temps perd son caractère tyrannique. La femme ou l’homme se voit ainsi libéré(e) de la pesanteur des préoccupations quotidiennes. Son esprit peut aborder les questions fondamentales nées du mystère de la vie. En se séparant du bruit de la société, le silence fait naître en lui ce désir de se connaître dans son identité permanente et lui permet de vivre intensément le moment présent, sans souci du passé ni du futur.

Pour y parvenir, il faut engager une dynamique de groupe. Elle est élaborée par une série de symboles et de rituels dont le premier, celui qui fait d’un « profane[1] » un franc-maçon, a pour objet la cérémonie de réception ou d’initiation. Celle-ci diffère selon les différents rites maçonniques mais une même trame les réunit.

Imaginerait-on une telle assemblée comprenant des spectateurs «profanes »? Comme ces personnes ne comprendraient rien de ce qu’ils croient voir, ce ne serait qu’éclats de rire, plus ou moins étouffés.  Les Tenues seraient transformées en pantalonnades et en manqueraient singulièrement, de tenue !  Elles n’auraient plus aucune portée, plus aucune valeur pour celui qui est « reçu » ou « initié ». En montrant – ou en filmant – la réception ou l’initiation, on ne montrerait, en fait, rien du tout. Ce qui fait son sel - à savoir le vécu intérieur ressentit par celle ou celui qui est reçu(e) franc-maçon – n’est pas visible. Le vrai secret maçonnique réside dans cette expérience, dans ce vécu et il est, de ce fait, totalement incommunicable et ne peut donc pas être trahi.

Mais si cette cérémonie était filmée, si elle était dévoilée dans ses moindres détails, le candidat n’aurait plus cet effet de surprise qui ferait de cette cérémonie un moment marquant dans sa vie. C’est ce choc qui trace, en lui, une frontière entre  « avant » et « après » ce jour d’initiation ou de réception, qui le pousse à devenir un chercheur, un insatisfait des vérités servies toutes cuites et prêtes à l’emploi.

 De même, il existe quantité de livres qui décrivent les rituels maçonniques par le menu, c’est dire le caractère relatif de ce secret et des autres concernant la Maçonnerie ! Toutefois, le dommage qui résulterait de la lecture d’un rituel par un candidat à la Maçonnerie paraît moins important que dans le cas de figure précédent. L’image donne la dangereuse illusion de représenter la vérité objective. On peut la voir sans la décrypter, ce qui n’est pas possible avec un texte. L’écrit évoque mais ne montre pas. Il suscite un effet de distance que l’image tend à supprimer. Le dévoilement d’un rite par l’écrit ne donne au lecteur qu’une sorte de squelette. Or, du squelette à l’individu accompli, il y a une différence notable que chacun peut aisément mesurer. Le lecteur d’un rituel se trouve dans une position semblable à celle de l’acteur qui compulse le texte d’une pièce sans la vivre. C’est seulement lorsqu’il sera en scène que l’acteur éprouvera toutes les dimensions que recèle le texte.

 Le secret des rites se révèle déterminant sur un autre plan. Tout secret provoque un effet de « soudure » liant tous ceux qui se trouvent dans la confidence. En ce sens, le secret est fédérateur. Bien entendu - et comme dans toute entreprise humaine - ce caractère peut être dévoyé. Le secret légitime et respecté pour le bien de la communauté concernée risque alors de servir à des fins corruptrices, immorales, voire illégales. Il faut que l’on en soit conscient, car personne ni aucun groupe, fut-il maçonnique, peut se prétendre à l’abri de ces déviations. Le secret des rites maçonnique - destiné à protéger le mystère et donc la force d’évocation de l’initiation - n’est pas l’omertà. Et ceux qui font la confusion se sortent d’eux-mêmes de la franc-maçonnerie.

 Prochain texte : le secret des délibérations

 Jean-Noël Cuénod



[1] Profane, étymologiquement signifie « celui qui est devant un lieu consacré » (pro-fanum en latin)

11:59 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |