12/12/2015

La sculptrice Catherine Bouroche a rejoint ses nuages

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 Comment sculpter un élément aussi dépourvu de densité qu’un nuage ? Catherine Bouroche avait réussi ce tour, non de force, mais de douceur. Cette douceur plus vigoureuse, plus pleine de vie que toutes les apparences de la puissance. Cette grande sculptrice française a rejoint ses nuages. Elle nous a laissé sur la terre, vendredi matin à Paris, sa ville de résidence, alors que la Galerie ART-Aujourd’hui lui consacre actuellement une exposition en compagnie des œuvres de Gianbattista Bresciani, Nadine Cosentino et Jean-Marc Ehanno[1]

 Née en 1942 à Casteljaloux (Lot-et-Garonne), Catherine Bouroche a obtenu en 1965 son diplôme de l’Ecole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art à Paris. Trois ans plus tard, elle s’est installée dans son atelier, rue Pradier dans le XIXe arrondissement parisien. De 1975 à 1977, elle a réalisé des œuvres monumentales pour plusieurs établissements scolaires.

L’année 1992 marque un tournant dans son œuvre. Elle scelle sa rencontre avec le plexiglas qui lui permet d’exprimer son univers onirique peuplé de formes légères, nébuleuses mais denses, éclairé ça et là de touches d’humour.

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Le peintre Philippe Rillon – qui anime la Galerie ART-Aujourd’hui avec Marianne Rillon et Daniel Chassagne – a bien décrit le travail de la sculptrice :

 Catherine Bouroche, tout en délicatesse et légèreté, aime interroger et surprendre nos regards et nos esprits. Jamais ses nuages ne suggèrent des orages ou des drames. Tiens, il pleut...! C'est pas grave! Les nuages traversent la fenêtre, on peut les attraper, les caresser, ils sont lisses, prendre leur empreinte, les mettre en cage, ouvrir la cage, les ausculter, les disséquer, rien de grave! Et le ciel, lui, est limpide et clair comme la plaque de verre ou le miroir qui le signifie. Chez Catherine Bouroche, ciels et nuages sont "idéaux". Ils sont une invitation au voyage.

 Dans son œuvre, rien de répétitif. Chaque nuage a son «être» qui lui est propre. Il vit sa vie de nuage, l’air de rien. Ou plutôt l’air de tout. Puisque tout est air, tout est vide entre les particules de la matière. La vapeur a une solidité que lui envierait la pierre. L’apparence des choses est un faux-semblant. Catherine Bouroche définit les contours du vrai-semblant.

Puissent les nuages lui tenir chaud.

 Jean-Noël Cuénod

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[1] Exposition «Temps calme, beau fixe… » jusqu’au 20 décembre 2015 à la Galerie ART-Aujourd’hui,  8 rue Alfred-Stevens 75009 Paris ; site : http://galerie-art-aujourdhui.com

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09/12/2015

Le Front national et la nostalgie de la famille politique

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Parmi les multiples raisons qui font le succès du Front national, il en est une qui mérite d’être examinée. Elle a trait à la notion de famille politique. Ce n’est pas le caractère nettement népotiste de ce parti – il n’est pas d’exemple dans les pays démocratiques d’un parti aussi colonisé par une seule famille – qui nous intéresse en l’occurrence, mais cet « être ensemble » qui fait d’une formation politique un lieu de convivialité sociale.

 Faire de la politique, ce n’est pas seulement défendre des projets destinés à améliorer le gouvernement des êtres et des choses et à mettre un bulletin dans l’urne.

C’est aussi accomplir ces petites besognes militantes qui vont de la gestion des réseaux sociaux (l’époque du collage des timbres est un peu dépassée), du porte-à-porte dans les immeubles (le pire des accueils y côtoie le plus chaleureux), au collage d’affiches (qui peut tourner en baston). C’est aussi participer aux réunions de section (de cellule à l’époque du communisme triomphant) dans l’arrière-salle des bistrots, à la préparation des meetings (mais qui a oublié de brancher la sono, hein ?)

Cet ensemble d’activités crée un esprit de famille, de famille politique, une chaleur collective, une convivialité qui, en France, a fait la force, jadis, du Parti communiste, mais aussi, contrairement à ce que l’on croit, des partis gaullistes (sous leurs différentes dénominations) et socialiste (sous leur ancien nom, SFIO– Section française de l’Internationale ouvrière).

Le tournant de 1962

En instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel en 1962, le général de Gaulle a centré toute la vie politique sur ce moment électoral. En effet, la France est le pays démocratique où le pouvoir est le plus concentré dans les seules mains du chef de l’Etat. Cela fait du président, un Louis XIV électif. Tout découle de cette élection, notamment les législatives. Dès lors, les partis de gouvernement se sont mués en écuries présidentielles. Petit à petit, le projet politique a été remplacé par les stratégies de communication. Une mentalité de type marketing s’est installée, c’est-à-dire que l’écurie présidentielle adapte son projet en fonction de l’air du temps et non pas en vertu des nécessités de l’époque. On cherche à se distinguer médiatiquement par des petites phrases mais le fond de l’action politique est devenu flou et quasi-interchangeable. C’est ainsi que les socialistes François Hollande et Manuel Valls appliquent des mesures semblables à celles que pourraient prendre n’importe quel leader de la droite libérale.

Evacuation du politique. Evacuation des militants

Cette évacuation du politique a pour corollaire celle des militants qui n’ont plus leur place dans ce dispositif désormais réservé aux professionnels de la communication et aux permanents.

Quant à ce nid de militants dévoués et souvent efficaces qu’était le Parti communiste français, il a été emporté dans la chute de l’empire soviétique. Or, ces militants rouges faisaient aussi vivre ces banlieues que l’on dit aujourd’hui déshéritées et qui ne l’étaient pas tant que ça dans les années 1960 et 70. Ces communistes de la base aidaient les gens à remplir leurs formulaires, à se mouvoir dans les méandres de l’administration, les conseillaient pour faire valoir leurs droits. Ils exerçaient aussi un sorte de contrôle social lorsque tel ou tel habitant troublait le quartier: «Dis donc camarade, tu pourrais mettre ta télé moins fort le soir ; tes voisins doivent se lever tôt pour aller bosser».

Aujourd’hui, ces militants communistes ont été remplacés par des dealers ou des intégristes de l’islam qui peuvent d’ailleurs être les deux à la fois.

 Le Front national occupe le terrain

Les héritiers – de plus en plus lointains – du gaullisme et du socialisme démocratique ayant abandonné, et la politique et les militants, le Front national s’est empressé d’occuper le terrain ainsi délaissé. En une année, le FN a doublé le nombre de ses militants passant de 40 000 à 83 000 actuellement. Certes, tous les partis mentent de façon infantile sur ce genre de statistiques et on ne voit pas par quel miracle déontologique les frontistes échapperaient à ce vice commun. Mais il est manifeste que les adhésions progressent fortement au bénéfice de ce parti. Il n’est qu’à voir leurs permanences souvent bien remplies.

En suivant leur congrès et leurs manifestations, il est frappant de constater la convivialité qui y règne. L’esprit «famille politique» s’est éteint à droite et à gauche, le voilà ranimé à la flamme du Front national. Ce parti ne considère pas le militant comme une quantité négligeable et lui donne un rôle à jouer, des missions à accomplir. Faire vibrer la toile des réseaux sociaux est nécessaire mais pas suffisant. Au fur et à mesure que s’étend la virtualité induite par les nouvelles technologies, le besoin de rapports humains et directs s’accroît. Le FN l’a bien compris.

Cela dit, ce militantisme retrouvé est mobilisé en faveur de causes néfastes pour la société, telle l’exclusion, la xénophobie et le racisme qui restent le fond de la mentalité FN comme le démontre la lecture des prises de positions des élus de base sur Twitter et Facebook.

Pour opposer résistance à ce mouvement, il est indispensable que les partis de gauche et de la droite libérale retrouvent le chemin du militantisme et changent leur logiciel d’écurie présidentielle pour le remplacer par celui d’un vrai parti où l’humain n’est pas qu’une fleur de rhétorique mais en constitue la substantifique moelle. Bien du pain sur une longue planche !

 

Jean-Noël Cuénod

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06/12/2015

En France, malgré la vague bleu Marine, tout n’est pas joué

 

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Constat initial du premier tour des élections régionales françaises: l’Hexagone s’installe dans le tripartisme avec un bloc nationaliste à 27-28% représenté par le FN, un bloc libéral (Les Républicains et les centristes de l’UDI), juste un peu en-dessous du Front national, et un bloc social-démocrate (le PS et les radicaux de gauche) à 23-24%. Cette configuration, la Suisse la connaît bien avec l’UDC, les radicaux-libéraux et les démocrates-chrétiens, ainsi que le troisième larron socialiste. On pourrait un jour ou l’autre, la retrouver en Grande-Bretagne si UKIP parvient, malgré la loi électorale britannique, à s’insérer dans le traditionnel duel entre conservateurs et travaillistes.

Elle traduit la nouvelle donne sociologique provoquée par le brutal brassage des cartes de l’économie globalisée. Les électeurs qui travaillent comme patrons ou salariés dans des secteurs essentiellement actifs sur le marché national craignent d’être déclassés par la concurrence sauvage de la mondialisation; tout ce qui vient de l’étranger – accords européens, migrants, réfugiés – est perçu comme une source de danger. Danger pour son travail. Danger pour la sécurité avec les récents attentats. Danger pour ses habitudes de vie. Ce groupe d’électeurs est forcément sensible aux chants des sirènes lepénistes, blochériennes ou europhobes.

Les électeurs qui, au contraire, comme patrons ou salariés s’activent dans des secteurs qui ne craignent pas la concurrence mondialisée, ne peuvent pas se reconnaître dans cet esprit de fermeture. Une fermeture qu’ils estiment périlleuses pour leurs propres intérêts. Ils privilégient donc les partis libéraux comme, en Suisse, le PLR (et le PDC avec, parfois, une teinte sociale) et en France, Les Républicains et l’UDI.

Il y a donc deux droites de force à peu près égale avec pour troisième pôle, les socialistes qui développent à la fois un discours d’ouverture et de protection. Parfois, ce discours est audible. Souvent, il ne l’est pas. Néanmoins, on constate, tant en France qu’en Suisse, que, malgré leur baisse de régime – forte en France, faible en Suisse – les socialistes tiennent le coup dans une période qui leur est très défavorable. Après tout, avec 24%, le PS français est très loin de disparaître du paysage politique. Et si l’on ajoute les 10% des autres partis voisins (Front de Gauche et écologistes), la gauche française atteint 34%, soit plus que le bloc FN et le boc LR-UDI.

 Sarkozy joue très gros

 Revenons en France et à ce premier tour des régionales. Deuxième constat : rien n’est encore joué. Certes, le Front national arrive en tête dans six régions sur treize, ce qui est énorme et dépasse même les plus flatteuses estimations. Toutefois, pour l’emporter au second tour, il n’a aucune réserve de voix. Son électorat s’est fortement mobilisé au premier tour et il ne peut guère compter sur les abstentionnistes pour engranger de nouveaux suffrages. Son seul espoir est le maintien au second tour des socialistes et de la droite LR et centristes arrivés en deuxième et troisième positions. Mais si l’un des deux suivants se désistent ou fusionnent avec l’autre, les chances de victoire du FN seront alors réduites à peu de choses.

Rappelons que les listes qui ont obtenu au moins 10% ont le droit de se maintenir. A 5% au moins, elles peuvent fusionner avec une liste qualifiée pour le second tour.

Les socialistes ont paru très confus dans leurs explications. Il apparaît que si dans certains cas, ils préconisent la fusion avec la liste LR-centristes, voire le désistement, pour s’opposer au FN, dans d’autres, ils semblent enclins à se maintenir.

Nicolas Sarkozy – qui avait sa tête des mauvais jours – a annoncé devant les caméras que les candidats LR ne désisteront pas en faveur d’un socialiste et qu’il n’y aurait aucune fusion de liste. Et déjà, la discorde survient avec son allié Jean-Christophe Lagarde, le patron des centristes de l’UDI qui, lui, demande à ses candidats de se retirer en cas de duel entre le FN et le PS pour faire barrage aux frontistes. La cohabitation entre LR, très marquée à droite par Sarkozy, et les centristes devient de plus en plus malaisée.

Pour l’ancien président de la République ce premier tour a des allures de défaites. Tout d’abord, le parti qu’il dirige n’arrive que deuxième derrière le FN et ses listes ne sont en tête que dans quatre régions sur treize. S’il parvient à renverser la situation au second tour, cette défaite sera oubliée. Mais si ce résultat médiocre se confirme la semaine prochaine, alors le leadership de Sarkozy sera fortement remis en cause à la tête du parti LR où l’ancien locataire de l’Elysée ne manque pas de rivaux. Dès lors, son opération «reconquête» à l’élection présidentielle de 2017 risque fort d’échouer. Cette semaine, Sarkozy joue très gros.

Pour le président François Hollande, si le Front national parvient à conquérir une ou deux régions (sans doute le Nord-Picardie pour Marine Le Pen et Alpes-Provence-Côte d’Azur pour sa nièce Marion Maréchal-Le Pen), Nicolas Sarkozy en sortira très affaibli. D’une part, tout le monde parlera de la victoire historique des frontistes même si le parti LR remporte plus de régions. D’autre part, le succès du clan Le Pen démontrera que la stratégie sarkozyste de placer la droite libérale sur le même terrain que l’extrême droite était vouée à l’échec.

Mais François Hollande jouera-t-il avec la flamme du FN en persuadant les socialistes de se maintenir au second tour au risque de faire élire un (ou plutôt une !) frontiste. Ce cynisme risque de lui coûter fort cher, au sein même de son propre camp.

 Jean-Noël Cuénod

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03/12/2015

L’Etat dans tous ses états d’urgence

 

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Le président François Hollande et son premier ministre Manuel Valls (photo Média-Info-Presse) sont tellement satisfaits de l’état d’urgence qu’ils veulent l’inscrire dans la Constitution française et porter sa durée maximale à six mois (trois mois actuellement).

Valls a établi devant les médias un premier bilan de cette urgence dans tous ses états: «Nous sommes à plus de 2000 perquisitions administratives qui ont été menées depuis la mise en place de l'état d'urgence. Elles ont permis de saisir 320 armes, dont une trentaine d'armes de guerre. Plus de 250 procédures judiciaires ont été initiées suite à ces perquisitions, plus de 210 personnes ont été placées en garde à vue».

 En quoi consiste l’état d’urgence? Les préfets peuvent ordonner le couvre-feu, instituer, selon la loi de 1955 adoptée au début de la guerre d’Algérie, «des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est règlementé» et interdire de séjour «toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit l’action des pouvoirs publics».

Le ministre de l’Intérieur a le droit d’assigner à résidence toute personne qu’il estime dangereuse pour l’ordre public ainsi qu’avec les préfets, à fermer les salles de spectacle, débits de boisson et lieux de réunions.

Ledit ministre et ses préfets ont aussi la possibilité d’ordonner des perquisitions de police à domicile – dites administratives car se déroulant sans le contrôle d’un juge –  de jour et de nuit.

Et enfin, une disposition peu évoquée mais particulièrement inquiétante permet au ministre de l’Intérieur et aux préfets de prendre toute mesure pour contrôler la presse et les médias.

 Déjà les premières dérives apparaissent. Une ferme de maraîchers bio dans le Périgord Vert a été perquisitionnée pendant des heures et fouillée dans les moindres recoins. S’attendait-on à y découvrir des ceintures de carottes explosives? Bien entendu, les policiers n’ont rien trouvé et sont repartis comme ils étaient venus. Pourquoi cette perquisition? Ces fermiers qui militent pour l’agriculture écologique n’ont pas le plus petit lien avec le terrorisme. Les policiers ont simplement signalé à ces jeunes paysans qu’ils avaient participé, il y a trois ans, à une manif contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ce qui fait d’eux des suspects, bien sûr.

D’autres militants écologistes ont été assignés à résidence. Une famille de Seine-Saint-Denis a été traumatisée par l’apparition de policiers qui ont débarqué dans son appartement par erreur… Pendant ce temps-là, un vrai islamoterroriste, bien dangereux, bien radicalisé, bien armé, Salah Abdeslam en l’occurrence, court toujours malgré l’état d’urgence.

 Les bavures de ce genre vont s’accumuler, car lorsque les autorités ont la bride sur le cou, elles ont toujours tendance à s’emballer et à faire n’importe quoi. Y compris régler des comptes avec les militants opposés à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui sont quand même un tout petit moins dangereux que les barbus sanguinaires.

 La France vivait un moment rare dans son Histoire, à savoir le soutien populaire aux forces de l’ordre. En multipliant les dérives suscitées par l’état d’urgence, ce soutien risque fort de disparaître. Or, policiers et gendarmes en ont plus que jamais besoin pour mener leurs missions.

 Que l’Etat protège les institutions et les citoyens par des mesures exceptionnelles, c’est indispensable. Mais ces mesures, elles doivent le rester, exceptionnelles, au risque de vider la démocratie et l’Etat de droit de leur substance. Or, la démocratie, l’Etat de droit, la liberté individuelle, la liberté de la presse ce sont justement les valeurs que veulent abattre l’Etat islamique et les intégristes musulmans. Veut-on leur faciliter la tâche en les abandonnant ?

Au lieu de graver dans le marbre gaullien de la Constitution une sorte de permanence de l’urgence, il serait plus utile, pour combattre le terrorisme, de donner aux gendarmes et policiers les moyens en personnel et en matériel qu’on leur promet toujours mais qu’on leur octroie rarement.

 Et puis, est-il vraiment utile de rendre constitutionnels autant de pouvoirs de contrainte, au moment où le clan Le Pen et l’extrême droite risquent d’être portés à l’Elysée ?

 

Jean-Noël Cuénod

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29/11/2015

Climat et terrorisme invités d’horreur de COP 21

 

 

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A peine est-il remis de l’attentat du 13 novembre, que Paris accueille 150 chefs d’Etat participant à la conférence COP21 qui vise à limiter le réchauffement climatique. Passons sur la mobilisation massive des forces de l’ordre, déjà suroccupées par la traque aux terroristes, et les recommandations contradictoires du gouvernement français qui incite les Parisiens à prendre les transports publics en les rendant gratuits pendant deux jours, tout en leur demandant de renoncer à les utiliser pour ne pas les engorger. Mais alors, pourquoi avoir décidé de leur gratuité?

En matière de blague belge, Paris vaut Bruxelles. D’autant plus que les médias français ont couvert d’opprobre la Belgique après les attentats. Avant de se rendre compte, mais du bout des lèvres, que les autorités françaises portaient, elles aussi une grande part de responsabilité.

 

La lutte contre le terrorisme devrait aussi s’inviter à COP21 et pas seulement sous la forme de milliers de policiers déployés dans la capitale et sa région. Les pays industrialisés ont développé une dépendance aux énergies pétrolières et gazières qui tient de l’addiction pathologique (pas trop logique non plus d’ailleurs). Or, les émissaires et autres imams au verbe de sang sont envoyés, payés, soutenus notamment par l’Arabie Saoudite. Grâce aux revenus gargantuesques générés par son opulent sous-sol, la monarchie saoudienne s’efforce ­– souvent avec succès  – d’imposer au reste des pays musulmans sunnites sa théologie wahhabite, une forme particulièrement arriérée, intolérante et violente de l’islam.

Le wahhabisme interdit toute interprétation du Coran et de la sunna (tradition) qui doivent être abordés au pied de la lettre, sans réflexion. Les recherches pour tenter de comprendre les multiples significations que recèlent ces textes sacrés sont interdites, de même que toute innovation. Il faut lire la lettre, uniquement la lettre, car l’esprit est de trop. L’intelligence, la réflexion sont des agents diaboliques. Dès lors, l’ésotérisme est proscrit et toute la richesse des exégèses soufies vouée aux flammes de Shaïtan. D’ailleurs, les wahhabites considèrent les soufis (membres des confréries ésotériques de l’islam) mais aussi les chiites comme n’étant pas des musulmans.

 Le nom de la secte wahhabite est tiré de celui de son fondateur Mohamed ben Abdelwahhab, né vers 1703 au nord de l’actuelle Arabie Saoudite. Sa vision incroyablement étriquée de l’islam a longtemps été méprisée par la plupart des savants musulmans; elle a même été rejetée par le propre père de son concepteur.  Abdelwahhab tire sa doctrine littéraliste de l’école la plus fermée de l’islam sunnite, le hanbalisme. Il lui donne une vision encore plus intégriste que celle d’origine.

Son alliance avec un émir d’envergure locale – Mohamed ibn Saoud – va changer son destin. Et celui de l’Arabie. L’émir ibn Saoud et le prêcheur intégristes Abdelwahhab concluent un pacte aux termes duquel les deux hommes se partagent le pouvoir. A  Saoud, le règne politique, à Abdelwahhab, la police religieuse. Le sabre est sanctifié par le prêche. L’un conforte l’autre. Pour sceller cet accord, l’émir donne sa fille en mariage au prêcheur.

Nantie d’un corpus idéologique des plus simplistes qui favorise le recrutement des fanatiques, cette alliance du sabre et du Coran permettra d’unifier les tribus arabes sous la gouverne d’ibn Saoud et servira de base au futur Royaume d’Arabie Saoudite. Par la suite, la Grande-Bretagne a instrumentalisé le clan Saoud-Abdelwahhab contre l’empire ottoman et encouragé la propagande wahhabite pour semer la division au sein de cet empire.

Après la Première Guerre mondiale, l’empire ottoman s’est effondré, permettant à la famille ibn Saoud de conquérir le Hedjaz qui comprend La Mecque et Médine. Cette famille devient protectrice de ces lieux saints ce qui ouvre à la secte wahhabite des horizons inespérés.  Avec la fusion du Hedjaz et du Nejd, le nouveau Royaume d’Arabie Saoudite est fondé en 1932. Les descendants d’Abdelwahhab demeurent les gardiens des mœurs sectaires et ceux d’ibn Saoud restent les propriétaires du pouvoir politique. On ne change pas une équipe qui gagne.

 Le pouvoir saoudien sera conforté par les Etats-Unis qui lui assurent leur protection, lors de la rencontre le 14 février 1945, sur le croiseur américain USS Quincy, entre le roi ibn Saoud et le président Roosevelt qui venait d’assister à la conférence de Yalta. L’Arabie Saoudite craint l’émergence des mouvements nationalistes laïques arabes et même des partis communistes en création au Moyen-Orient. Elle cherche donc à s’abriter sous le parapluie américain. Washington voit alors d’un très bon œil la propagation du wahhabisme dans cette région du monde, afin de faire contrepoids à l’influence de Moscou.

 Le wahhabisme va continuer à s’implanter dans les pays sunnites et bientôt dans les banlieues européennes, notamment en France et en Belgique. C’est cette idéologie puritaine, sectaire, intolérante et violente qui est diffusée en Europe par des imams et dans des mosquées richement dotés par le pouvoir saoudien. Sa diffusion est rendue encore plus aisée par le contenu très rudimentaire des prêches.  Goebbels faisait de la rusticité des mots d’ordre (on ne saurait parler d’arguments!), la clef des succès nazis. C’est le même processus que nous voyons aujourd’hui à l’œuvre avec la secte d’origine saoudienne.

Désormais, l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Emirats Arabes Unis font partie de la coalition contre l’Etat Islamique en Syrie. Mais ce sont ces mêmes pétromonarchies qui lui ont mis le pied à l’étrier en le finançant à ses débuts. Surtout, l’Etat Islamique partage avec elle la même idéologie. Ce sont elles, les pétromonarchies, qui ont armé le cerveau des futurs terroristes de Paris.

 Malgré ce constat, les pays démocratiques continuent à subventionner massivement l’Arabie Saoudite et ses émirats voisins par leur addiction pétromaniaque. Alors, pourquoi ne pas sauter sur l’occasion offerte par COP21 pour élaborer un plan d’action digne de ce nom et sortir de notre pétrodépendance? Nous ferions d’une pierre deux coups, en limitant le réchauffement climatique et en privant de ressources des monarchies qui restent nos ennemies idéologiques.

Malheureusement, notre cupidité a tissé tellement de liens commerciaux avec elles que ce souhait risque fort de rester à l’état de vœu pieux.

Jean-Noël Cuénod

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21/11/2015

ETAT D’URGENCE

 

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Les barbes de sang ont distribué la nuit

A la volée semailles de néant pillé

 

Le serpent des cris et des larmes est lâché

Ses anneaux se contorsionnent dans les rues

Roulent sur les chairs digèrent les boulevards

Et suivent la course des barbes de sang

 

En un éclair nous ne sommes plus des humains

Nous n’avons ni nom ni visage ni amour

Passé trépassé, présent absent, avenir ?

A venir dans les viseurs des barbes de sang

 

Rien n’est apaisé mais le bruit s’éteint

Des écharpes de douleur traînent dans Paris

La fureur s’est choisie un autre horizon

Il règne un silence à écorcher les oreilles

 

Sous le soleil de novembre les pavés luisent

Sur leur dos un bout de papier virevolte

D’un saut dans la flaque le moineau rétablit

Bon ordre des choses juste place des êtres

 

La France est toujours une chanson de Trénet

 

Jean-Noël Cuénod

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16/11/2015

Attentats de Paris : union à la base, désunion au sommet

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Après les attentats de Paris, la caste[1] politique semble plus déconnectée que jamais des «autres» qu’elle censée administrer. A la base, les initiatives se multiplient pour rendre hommage aux  victimes, se réconforter mutuellement, élever des petits autels laïques place de la République, déposer des souvenirs, des marques de fraternité sur les lieux des crimes islamoterroristes. Malgré la peur, malgré l’interdiction de rassemblement décrétée par l’état d’urgence, des milliers de Parisiens ont ressenti dimanche l’urgente nécessité de se regrouper en déambulant place de la République, ne serait-ce que pour faire peuple.

Car un peuple, ça ne se fait pas d’un claquement de doigts. Les assemblages collectifs ont de multiples visages souvent contradictoires. Lorsque la masse d’individus prend forme, qu’elle partage un but généreux qui devient une évidence pour tous, cette alchimie collective transcende les individus. La masse devient un être. Le peuple est né. Bien entendu, si le but n’est pas généreux mais haineux, nous n’avons pas de peuple, mais une populace. Dimanche, place de la République, c’était le peuple qui a voulu être présent. C’est un beau mot, peuple. Dommage qu’ils soient souillés par les démagogues.

A la base, c’est donc l’union nationale qui est réclamée et pratiquée. Mais le sommet n’en a cure et préfère la désunion. Le temps de décence a fondu sous la chaleur des projecteurs. Nicolas Sarkozy s’est aussitôt posé en président-bis, le regard fixé sur la ligne bleue de 2017. Estrosi en remet une couche contre les réfugiés syriens «infiltrés par Daech», dans ses efforts constants pour se situer encore plus à l’extrême droite que sa rivale aux régionales Marion Maréchal-Le Pen. Et l’on en passe, des pires et des moins bonnes. Grand Ballet des hypocrites. Chaque parti clame qu’il suspend la campagne électorale mais la fait vibrer de plus belle sur les réseaux sociaux. On calcule sa posture. Jusqu’où aller trop loin dans le discours clivant ? D’autres n’ont même pas ce souci et y vont gaiement dans la provoc, sachant que sur Twitter, celui qui gueule le plus fort et le plus vite a gagné. Les larmes de crocodile sèchent vite.

Jean-Noël Cuénod



[1] Caste politique et non pas classe. Rappelons la définition de la caste: groupe social hiérarchisé, endogame et héréditaire.

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14/11/2015

Au matin du carnage, Paris atrocement vide et silencieux  

 

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Sous un ciel pommelé dont on devine à peine des touches de bleu azur, Paris ne parvient pas à se réveiller de son cauchemar nocturne. Combien de morts ? 120 ? 127 ? Mais est-ce que l’on comptabilise les douleurs ? Colonne de droite ? Colonne de gauche ?

 Il règne sur la place d’Italie ce silence qui suit le déchirement du drap. Ou le coup de fusil qui abat la tourterelle. Personne ne vaque. Aucune voiture ne roule avec ce grondement si particulier de tambour sur les pavés. La place d’Italie est un boxeur KO debout aux yeux rendus vides par l’enchaînement des uppercuts, des jabs, des crochets.

 Une chanson qui dit un mal inguérissable / Plus triste qu’à minuit la place d’Italie écrivait Aragon séparé de son Paris par l’Occupation nazie. Ce matin à 9 heures, la place d’Italie avait cette mine des jours mauvais.

Durant la nuit et au matin, les Parisiens se sont cherchés, au téléphone, sur Internet, via Facebook : « Où es-tu ? » « Es-tu rentré ? » « Tout va bien ? » La Toile est tendue d’angoisses pour la sœur, le frère, l’ami, le cousin ou la cousine qui, peut-être, se trouvait juste là, Boulevard Voltaire ou dans le quartier, lorsque les barbus invoquant leur idole de sang et de haine ont semé la mort.

 Paris se ressaisira, bien sûr. Il en a vu d’autres. Tellement. Entre la tourmente révolutionnaire, les barricades de 1830 et 1848, la Commune et les massacres par les Versaillais, la botte allemande, le soulèvement d’août 1944, les Algériens noyés dans la Seine en 1961, les Français mort pour défendre la cause de ces mêmes Algériens en 1962 à Charonne – tout près de l’une des attaques de cette nuit–, les pavés de Mai-68 et la mort de ce Mai-68 en janvier dernier à Charlie-Hebdo. Des pires épreuves, Paris s’est relevé. Et se relèvera encore et toujours.

Mais là, maintenant, il vit pleinement sa douleur comme une sorte de lourde méditation.

Le pire serait que le pays se déchire. Là encore, Aragon, aux pires heures de la France, avait chanté cette unité sans laquelle il n’est pas de vie collective possible (La Rose et le Réséda) :

 Quand les blés sont sous la grêle

 Fou qui fait le délicat

 Fou qui songe à ses querelles

 Au coeur du commun combat

 

Jean-Noël Cuénod

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09/11/2015

Le contre-exemple de l’Etat Islamique et la pensée magique des nationalistes

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Le nationalisme donne des solutions dépassées à des questions mal formulées. Mais il pose au moins le problème majeur de notre temps, celui de la souveraineté d’où découlent tous les autres: la politique environnementale et climatique, la lutte contre la guérilla islamoterroriste mondialisée, la régulation des puissances financières, la fiscalisation des multinationales, l’utilisation de l’énergie, le droit du travail et les migrations.

L’attrait qu’exerce le nationalisme prend des formes très diverses selon les histoires, les cultures et les traditions. Mais partout, ou presque, il progresse. De la Russie poutinienne à la Turquie erdoganne, en passant par la surenchère chauvine entre Sarkozy et Marine Le Pen en France, la voie solitaire et sans issue du blochérisme en Suisse, l’islamophobie bobo aux Pays-Bas, la xénophobie galopante en Scandinavie l’intégrisme catholique en Pologne, les nostalgies fascisantes en Hongrie, pour se limiter au continent européen.

A l’origine de cette forte progression, deux incapacités historiques. Celle de la social-démocratie à tirer les leçons de l’échec soviétique et à analyser la globalisation de l’économie; celle du libéralisme «classique» à réguler les forces supranationales déchaînées par le capitalisme financier.

Plus rien ne sera « comme avant», lorsque les frontières permettaient à chaque Etat de développer en solitaire sa propre économie, ses institutions judiciaires, ses relations sociales en fonction de la volonté d’un peuple inscrit dans un cercle bien délimité. Certes, il y a toujours eu des échanges, des traités, indispensables poumons économiques, mais ils ne remettaient pas en question la souveraineté de l’Etat.

Cette souveraineté a été attaquée sur plusieurs fronts. Le développement de l’économie mondialisée et le capitalisme financier déchaîné ont entraîné des bouleversements spectaculaires sur le plan de l’environnement, voire, selon la plupart des experts en la matière, du climat. Sur le plan culturel aussi, les repères habituels ont été emportés par la tourmente que le développement anarchique des nouvelles technologies a intensifiée. Les Etat artificiellement créés par la colonisation, comme l’Irak et la Syrie, se sont effondrés et les régimes du Moyen-Orient, aux institutions étatiques faibles, sont aux abois.

Sur leurs ruines, l’Etat Islamique a inventé une nouvelle souveraineté. Ou plutôt une souveraineté supranationale qui s’exerce au-delà des frontières et même par delà les continents puisque des régions aux mains de terroristes libyens et nigérians lui ont fait allégeance. Disons que l’Etat Islamique l’a «inventée» au sens juridique du terme «inventeur» qui qualifie celui qui a découvert un trésor. Le «trésor», si l’on peut dire, en question étant l’ancienne notion de califat remise au goût (ou au dégoût) du jour. Dans un mélange de maîtrise des nouveaux outils technologiques, de propagande très élaborée et de mentalité médiévale, l’Etat Islamique a bel et bien mis au point une forme de pouvoir bien mieux adaptée à la mondialisation que les Etats dans leur forme actuelle.

Défi environnemental et climatique, défi financier et fiscal, défi des migrations, défi technologique, défi terroriste… Devant cette masse de gants à relever les Etats occidentaux perdent le peu de latin qui leur reste. Les institutions supranationales actuelles ont également raté le coche. L’Organisation des Nations-Unies reste un «machin», comme le disait de Gaulle, dans l’esprit d’un grand nombre de citoyens du monde. Quant à l’Union européenne, elle a loupé son virage démocratique. Si le Parlement européen dispose d’un peu plus de pouvoirs qu’auparavant, il n’en reste pas moins un acteur mineur. Les citoyens de l’UE ne peuvent pas compter sur lui pour influer sur les décisions prises par la technostructure bruxelloise et les chefs de gouvernement des pays membres.

Dès lors, la tentation est grande pour un nombre croissant d’électeurs de délaisser ces superstructures perçues comme inefficaces, antidémocratiques et de se mobiliser pour redonner un nouveau souffle à la souveraineté nationale. Ils veulent ainsi retrouver cet espace bien délimité au sein duquel leur volonté de citoyens pouvait s’exprimer. Sur ce sentiment fort légitime, les partis nationalistes surfent avec l’aisance d’un Robby Naish. Mais leurs arguments relèvent surtout de la pensée magique. Impossible de remonter le temps, même si l’on en éprouve la plus vive envie.

Le réchauffement climatique se moque des douaniers. Les nuages de pollution ne s’arrêtent pas aux bornes frontières. Lutter seul contre le terrorisme relève du suicide collectif. Réclamer en solitaire une juste contribution fiscale aux multinationales ne provoque qu’un surcroît d’évasion fiscale. Eriger des murs devant ceux qui fuient aujourd’hui le terrorisme et demain les catastrophes climatiques est aussi efficace que d’opposer une digue de paille à un torrent.

Aucun des problèmes cruciaux que nous devons affronter aujourd’hui ne peut être traité au seul échelon d’une nation, aussi grande fût-elle. Dès lors, le mot d’ordre « arrière toute » lancé par les nationalistes en non seulement menteur mais surtout irresponsable.

L’Etat Islamique est en train de construire un autre type de souveraineté d’essence terroriste et totalitaire. Les nations démocratiques doivent donc, à leur tour, inventer une supra ou meta-souveraineté qui aurait, à la fois, la taille idoine pour relever les défis que nous énumérions et la légitimité populaire sans laquelle il n’est pas de démocratie possible.

Faut-il s’appuyer sur les structures existantes, comme l’Union européenne, afin de les transformer en véritable organe démocratique de supra-souveraineté ? Doit-on élaborer une stratégie pour construire une autre structure ? Voilà les questions qui devraient être discutées au sein des partis politiques. Et s’ils s’obstinent à n’être que des écuries électorales, qu’ils soient remplacés par d’autres organisations d’un type nouveau. Il est essentiel que ce mouvement de fond vers une supra-souveraineté démocratique parte de la base. Le sommet, lui, dort du sommeil de l’injuste.

 Jean-Noël Cuénod

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04/11/2015

Il y a 20 ans, Yitzhak Rabin…

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Ancien premier ministre, Yitzhak Rabin a prononcé un vibrant discours pour la paix, place des Rois-d’Israël à Tel-Aviv, en cette soirée du 4 novembre 1995. Avec l’assistance, il vient de chanter l’hymne du Mouvement pour la paix israélien Shir LaShalom afin de clore le rassemblement. Homme d’arme, il dirigeait l’Etat-Major lors de la Guerre des Six-Jours. Homme de Paix, il a signé les Accords d’Oslo avec son adversaire de toujours Yasser Arafat. Yitzhak Rabin s’apprête à regagner sa voiture lorsqu’il est assassiné  à coups de pistolet semi-automatique par le fanatique religieux Yigal Amir. Quarante minutes plus tard, l’une des plus grandes figures d’Israël s’éteint sur la table d’opération, atteint au poumon et vidé de son sang (Photo de Rabin en train de chanter Shir LaShalom, juste avant d'être assassiné).

Si c’est l’intégriste Amir qui a tenu le Beretta, d’autres l’ont moralement armé. Pendant les mois précédant l’attentat, une campagne de haine inouïe contre Rabin avait été fomentée par l’extrême-droite et le Likoud de Benjamin Netanyahou. Lors de leurs meetings les va-t-en-guerre brandissaient des pancartes présentant Yitzhak Rabin en uniforme SS ou portant le keffieh palestinien. Ou en cible visée par un snipper.

Force est de reconnaître qu’Amir a réussi son coup. Il voulait tuer la paix. Vingt ans après, elle semble plus que jamais inaccessible. Certes, on ne saurait réduire l’actuelle situation à la seule disparition de Yitzhak Rabin. Mais elle y a joué un rôle essentiel. Brillant général de l’armée israélienne ­­– qui s’était notamment illustré durant la Guerre d’Indépendance en 1948 -1949 à la tête de la brigade Harel du Palmach, l’unité de choc des Juifs de la Palestine mandataire – Rabin était mieux placé que quiconque pour promouvoir la paix. Un peu comme un autre général, Charles de Gaulle, dont le passé militaire avait convaincu l’armée française de ne pas s’opposer à la fin des combats en Algérie.

Aujourd’hui, Israéliens et Palestiniens se sont installés dans cette guerre qui dure depuis 67 ans. Plus personne dans cette région ne semble souhaiter la paix. Des économies, des liens sociaux se sont tissés dans cet état de conflit récurent. Les pacifistes de tous bords sont donc considérés au mieux comme des empêcheurs de survivre en rond, au pire comme des traîtres à leur camp.

La solution dite « des deux Etats », l’un Palestinien et l’autre Israélien, est rejetée par l’actuel gouvernement et par une grande partie des Israéliens qui voient dans un Etat Palestinien, une machine de guerre contre Israël. Mais la solution d’un Etat israélien régnant sur les terres palestiniennes semble encore plus périlleuse pour Israël, en raison de l’accroissement démographique de la population musulmane et des sources permanentes de conflit que cela entraîne. Bref, tout le monde paraît se contenter de cette existence menée « à l’aveugle » et au jour le jour, tout en sachant qu’elle ne saurait se prolonger indéfiniment.

Pour l’instant, le gouvernement israélien peut faire fi de l’avis des autres pays en développant ses colonisations en Palestine, puisqu’il s’appuie sur la puissance américaine. Mais rien n’est éternel en ce bas monde, pas même le soutien de Washington.

Le danger pour Israël – seule démocratie du Moyen-Orient, faut-il le rappeler ? ­– réside dans la lassitude qui s’installe progressivement dans les opinions publiques un peu partout dans le monde. Déjà, le président Obama se montre plus préoccupé par la Chine et l’Extrême-Orient que par Israël et la Palestine. Et de la lassitude à l’indifférence, il n’y a qu’un pas. Sur qui, alors, Israël pourra-t-il compter ?

Au moment où il a été tué, Yitzhak Rabin portait dans son portefeuille, une feuille sur laquelle étaient rédigées les paroles de Shir LaShalom (voir la vidéo). La paix, dit ce chant, la paix parce qu’ «on ne nous ressuscitera pas / Du fond de la fosse obscure».

 Jean-Noël Cuénod

 

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02/11/2015

Victoire de l’ottomaniaque poutinifié Erdogan et défaite de la laïcité

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 Après la victoire d’Erdogan aux élections législatives turques, la chose la plus surprenante est… la surprise des médias ! Une fois de plus, ils ont donné foi aux sondages qui ont remplacé les horoscopes dans la pensée journalistique. Avec la même efficacité ; si, un jour ou l’autre, il leur arrive de ne pas se tromper pas, c’est surtout grâce à un heureux concours de circonstances.

Comment l’AKP du président Recep Tayyip Erdogan pouvait-il ne pas emporter ces élections ? Presse muselée, journalistes sous menaces permanentes, opposition empêchée de tenir ses meetings, stratégie de la peur du gouvernement… La liste des pressions exercées par le pouvoir islamo-conservateur est longue.

Mais avait-il besoin de cela pour triompher ? Chaque fois qu’un pays se trouve dans une situation de conflit à ses frontières, le peuple préfère ne pas changer de chef, ne serait-ce que pour éviter les périodes de transition à un moment où des décisions de guerre doivent être prises. En outre, son parti AKP demeure très implanté dans la « Turquie profonde », celle des campagnes, mais aussi auprès d’une partie des classes moyennes qui se sont enrichies sous Erdogan.

Les médias européens ont cru que les délires ottomaniaques d’Erdogan (photo) – qui s’est fait construire à Ankara un palais de 200 000 m2 à 350 millions de dollars – et ses exactions répétées contre la presse allaient nuire à son parti. Or, ces pratiques ne révulsent que la partie la plus occidentalisée de l’électorat turc– celle qui a l’oreille des médias européens. Et elle est loin de former la majorité. Les autres électeurs, soit n’y prêtent pas attention, soit y voient l’exercice rassurant d’un pouvoir autoritaire et protecteur.

 En fait, la Turquie d’Erdogan suit l’exemple de la Russie version Poutine en instaurant à son tour une « démocrature ». Le pouvoir consulte le peuple – après conditionnement préalable de façon à éviter les mauvaises surprises – afin de lui extorquer un mandat en blanc qui permettra au clan au pouvoir d’imposer sa politique sous un léger verni démocratique. La poutinification est appelée à se répandre sur la planète.

 Un sale coup contre la laïcité

 Depuis treize ans qu’ils sont aux affaires, Erdogan et l’AKP ont entrepris « un lent et raisonné dérèglement » de la laïcité en Turquie. Sur les ruines de l’empire ottoman, Mustafa Kemal Atatürk avait fondé la Turquie moderne en séparant l’islam du pouvoir politique et en supprimant en 1924 le califat, institution qui réunissait dans les mains de l’empereur ottoman, les pouvoirs spirituel et temporel de l’islam dont il était le garant de l’unité en tant que successeur (calife en arabe) du prophète Mohammed. En autorisant le port du voile islamique dans les lieux publics et au parlement, en combattant la mixité dans les logements universitaires, en faisant la promotion du turc ancien, en augmentant le nombre d’écoles confessionnelles, en restreignant les vente d’alcool, Erdogan a, progressivement, changé la Turquie pour la ramener vers l’Orient et l’éloigner de l’Occident.

Dans ses rêves plus ou moins avoués, le président turc souhaiterait retourner à ce califat qui a assuré à la Turquie sa domination sur le Moyen-Orient pendant des siècles. Sur ce plan, au moins, il partage la vision « califale » de l’Etat Islamique ; pour lui Daech est plus un concurrent qu’un ennemi… Ah, devenir Calife à la place du Calife autoproclamé al-Baghdadi !

En attendant de s’enturbanner tout à fait, Recep Tayyip Erdogan a désormais les mains encore plus libres qu’auparavant pour intensifier ses manœuvres d’étranglement contre ce qui reste de laïcité dans son pays.

 

 Jean-Noël Cuénod

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30/10/2015

Pourquoi nous sommes devenus de méchants gueulocrates

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Ringarde, la démocratie… Place à la gueulocratie ! Obtenir des voix, c’est bien ; donner  de la voix, c’est mieux. Plus de 70% des électeurs suisses ont voté pour des partis opposés à l’UDC. Même si le parti xénophobe a gagné onze sièges aux récentes élections fédérales, ses opinions ne sont partagées que par 29% des votants. C’est beaucoup, certes. Mais c’est tout de même beaucoup moins que 71%, non ? Eh bien en gueulocratie, cette arithmétique ne compte pas ! Comme d’ailleurs les autres exercices basés sur la raison, tels que cette réflexion si peu glamour ou ces échanges d’arguments si rasoir.

 Même si elle est minoritaire, l’UDC impose son agenda, ses exigences, sa politique et ses hommes (ses hommes, car il n’y a guère de femmes chez les xénophobes, 11 députées sur 65). C’est lui qui gueule le plus fort, donc c’est lui le gagnant. C’est simple, la gueulocratie. Pas besoin de s’embêter avec des calculs. Le monde est compliqué ? Pas grave. On le transforme en truc tout simple, tout carré par la seule magie de la gueule. On n’est quand même pas là pour résoudre les problèmes, on est là pour surfer sur eux et rafler les bonnes places.

 En France, même topo. La gueularde en chef du Front national a déjà gagné toutes les élections avant même d’y participer. Que va dire Marine ? Que va faire Marine ? Que pense Marine ? Que mange Marine ? Que boit Marine ? Que fume Marine ? Qui voit-elle ? Qui écoute-t-elle ? Que lit-elle ? Plus besoin d’élections. De toute façon, c’est sa politique qui sera appliquée, par elle ou par d’autres. Les médias servent de gueulomètre. Celui qui fait le plus de bruit, aura le plus de temps de gueule, donc le plus de pouvoir.

 La gueulocratie sonne le grand retour de la méchanceté. Finies les jolies idées bien humanistes, toutes roses, toutes gnangnan. On peut enfin faire jaillir au grand jour nos idées bien brunâtres qui clapotaient tout au fond de notre mauvaise conscience. Désormais, je peux cracher sans vergogne sur les migrants qui crèvent au bord de nos richesses, sur ces salopards de pauvres trop bronzés, sur tout ce qui ne ressemble pas à mon petit moi si grand.

 Restons simple puisque tout nous y engage. Pourquoi sommes-nous devenus des méchants gueulards ? Parce qu’il n’y a désormais plus de politique, mais que des professionnels de la politique qui sont là pour occuper le pouvoir et non en faire quelque chose. Ils ont déteint sur nous. Et voilà nos sociétés européennes transformées en vaste gueuloir.  

L’ultracapitalisme galopant a pulvérisé tout ce qui pouvait lui faire obstacle et, en premier lieu, l’Etat, donc la politique. Retrouver les limites de cet Etat protecteur est voué à l’échec. Le temps de l’imperméabilité nationale est aussi révolu que le gramophone à pavillon. Il faudrait que se construise un autre type de souveraineté pour brider le cheval fou, une méta-souveraineté. L’Union européenne aurait pu en être une. Elle a raté le coche de l’Histoire. Plus rien à l’horizon, que ces gueulocrates qui l’ouvrent pour mieux nous enfermer dans des frontières fantasmatiques.

 

Jean-Noël Cuénod

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25/10/2015

Mais où sont-ils donc passés les hommes?

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Entendez-vous sonner la nuit

Au fond des impasses assoupies ?

Les nuages sont déchiquetés

Par la ronce des rayons lunaires

Le vent des barbelés s’est levé

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que poubelles vidées

Fugitifs fantômes de rongeurs

Filant glissant comme des reproches

 

Entendez-vous sonner la nuit

Au-dessus du fleuve gras et gris ?

Les rives et les ponts sont dissous

Par l’acide du crachin jaunâtre

L’eau des venins a tourbillonné

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois qu’entrepôts désertés

Ombres épaisses des rafiots

Dansant grinçant comme des menaces

 

Entendez-vous sonner la nuit

Sur les éclats brisés de nos rêves ?

La peau de la ville est écorchée

Par nos courses d’aveugles errants

La terre des tombes est semée

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que voitures brûlées

Squelettes fardés par la fumée

Puants béants comme des injures

 

Entendez-vous sonner la nuit

Près des silhouettes endormies ?

Les murs sont lavés de lumière

Par la salive des réverbères

Le feu va dérouler ses tapis

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que débandade en bande

Vieux masques jetés à la hâte

Flottants coulants comme des regrets

 

Entendez-vous sonner la nuit ?

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?      

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

Poème extrait d’ENTRAILLES CELESTES paru chez Edilivre, disponible à la Galerie ART-Aujourd’hui, 8 rue Alfred-Stevens Paris 9ème arrondissement ou directement chez l’éditeur par internet :

 http://www.edilivre.com/entrailles-celestes-20bca8a41a.ht...

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19/10/2015

Elections fédérales: l’UDC vainqueur mais pour quoi faire ?

 Le parti UDC a donc gagné les élections, comme prévu. Pour l’instant, il réclame un second siège au Conseil fédéral. Son importance numérique autorise cette revendication. Mais pour quoi faire ?

Maurer.jpgRappelons, car on a tendance à l’oublier sur la photo du gouvernement, que son seul représentant est, pour l’instant, le ministre de la Défense Ueli Maurer. Son action à la tête de l’armée est à l’image de son charisme de sac à pain oublié dans une guérite.

Sous sa direction, l’armée suisse n’a cessé de voir ses effectifs se réduire à la vitesse de la fonte des glaciers alpestres. Peut-être est-ce une bonne chose sur le plan financier et budgétaire. Mais c’est tout de même curieux de constater que l’auteur de cette cure de minceur soit un nationaliste fervent, héraut d’une défense forte, issu d’un parti qui veut transformer la Suisse en forteresse assiégée. Une cure qui intervient au moment même où l’Europe subit les assauts du terrorisme et assiste au regain de militarisme en Russie. Quant à l’achat d’avions de combat Gripen que Maurer a voulu imposer, il a explosé en vol, le peuple suisse l’ayant refusé par plus de 53% de voix en mai 2014.

 A quoi sert Ueli Maurer pour la Suisse ? A rien. Et pour l’UDC ? A rien non plus.

 De même, lorsqu’il fut élu en 2004, avant d’en être éjecté trois ans plus tard par l’Assemblée fédérale, Christoph Blocher, s’est principalement illustré en semant la zizanie au sein de gouvernement. Le patron de l’UDC avait alors démontré son incapacité foncière à se hausser à la stature d’homme d’Etat. Bref, le bilan des blochériens au gouvernement relève de la calamité.

 Le défi que doit affronter la Suisse désormais, c’est le franc fort. Pour un pays dont l’industrie ne vit que grâce aux exportations, la situation se révèle on ne peut plus périlleuse. Or, à cause de l’initiative de l’UDC du 9 février contre la libre circulation des Européens, nos relations avec nos voisins et clients de l’Union sont altérées. Le bras de fer qui oppose la Suisse aux 28 pays de l’UE nécessite un Conseil fédéral fort et uni. Avec deux UDC au gouvernement, ce serait plutôt mal parti.

Comment les deux partis de la droite, les libéraux et ultralibéraux du PLR  et les xénophobes de l’UDC pourraient-ils trouver un terrain d’entente, alors que sur ce plan au moins, tout les oppose ? Et si, par miracle, ils y parvenaient, les deux ministres UDC risqueraient fort de passer pour des mous manipulés, incapables de faire passer les idées du parti xénophobe dans la réalité. Ce qui créera un sacré rodéo dans les réunions internes.

 Il est un chapitre au moins sur lequel les deux droites s’entendront, ce sera pour s’attaquer aux acquis sociaux. Mais alors le Parti socialiste, qui a tout de même assez bien résisté aux élections de dimanche, se refera une stature de combattant de la cause des travailleurs et occupera cette scène médiatique que l’UDC a su monopoliser pendant des lustres.

 Dans tous les cas de figure, la présence renforcée du parti xénophobe au Conseil fédéral risque de poser bien des difficultés, encore plus à l’UDC elle-même qu’aux autres partis. Le parti blochérien a gagné en agitant l’émotion née des vagues migratoires. Certes, les bons sentiments ne font pas une politique, mais les mauvais non plus. Seule la raison  est à même de résoudre les équations complexes du monde présent. Jusqu’à maintenant, l’UDC n’a pas démontré qu’elle en était bien pourvue.

 

 Jean-Noël Cuénod

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16/10/2015

Madame Le Pen, Herr Blocher, dessinez-moi un judéo-chrétien !

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En Helvétie et en Gaulle, l’extrême-droite semble partie pour triompher dans les urnes, dimanche prochain, lors des élections fédérales suisses et en décembre, à l’occasion des régionales françaises. Les deux principaux partis xénophobes, l’UDC de la bande à Blocher et le Front national du clan Le Pen, ont pour propagande commune, «la défense de nos sociétés judéo-chrétiennes» contre les étrangers dont la pire engeance est représentée par les musulmans.

Le fait que le Coran soit imprégné de notions juives et chrétiennes, qu’il se réfère tant à la Torah qu’aux Evangiles ne leur a pas traversé l’esprit. Qu’on le veuille ou non, l’islam fait partie du monde judéo-chrétien. A sa façon. En contestant les interprétations des juifs et des chrétiens, mais en se fondant sur de semblables notions. Bah, en matière de propagande, on ne s’arrête pas à ce genre de détails !

L’important, ce n’est pas le fond mais le bruit du mot. «Judéo-chrétien», ça claque bien à l’oreille. Remarquez que les ancêtres idéologiques des nationalistes d’aujourd’hui, auraient banni la partie «judéo» du mot pour ne glorifier que son aspect «chrétien». A présent, pour faire plus convenable, on ajoute «judéo». Mais on n’en pense pas moins…

Au moment où les blochéro-lepénistes veulent fermer les portes de la France et de la Suisse au nez des réfugiés qui fuient les islamoterroristes, voyons un peu ce que disent les textes judéo-chrétiens sur la principale hantise des nationalistes, à savoir l’accueil des étrangers. 

Le Premier Testament ou Tanakh (Bible hébraïque), tout d’abord.

Exode XXII,21 ;Exode XXIII, 9 ; Lévitique XIX, 33 : Deutéronome XXIV, 14 :

«Tu ne maltraiteras point l’étranger et tu ne l’opprimeras point car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte».   

 Deutéronome XXVII, 19 :

«Maudit soit celui qui porte atteinte au droit de l’étranger, de l’orphelin et de la veuve.»

 Lévitique XIX, 34

 « Tu aimeras l’étranger comme toi-même.»

 Lévitique XXIV, 22 :

 «Vous aurez le même droit, l’étranger ou l’autochtone ; car je suis l’Éternel, votre Dieu.»

 Lévitique XXV, 35 :

 « Si ton frère devient pauvre, et que sa main fléchisse près de toi, tu le soutiendras ; tu feras de même pour celui qui est étranger et qui demeure dans le pays afin qu’il vive avec toi. »

 Deutéronome XIV, 28-19 :

 « Au bout de trois ans, tu sortiras toute la dîme de tes produits pendant cette année et tu la déposeras là où tu résideras. Alors viendront le Lévite, qui n’a ni part ni héritage avec toi, l’étranger, l’orphelin et la veuve, qui résideront avec toi ; ils mangeront et se rassasieront, afin que l’Éternel ton Dieu te bénisse dans toute l’œuvre que tu entreprendras de tes mains. »

 Deutéronome XVI, 14 :

 « Tu te réjouiras à l’occasion de cette fête, toi, ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, et le Lévite, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui résideront avec toi. »

 Le Nouveau Testament ensuite

 Mathieu XXV, 31-46 :

« Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli; nu, et vous m'avez vêtu; malade, et vous m'avez visité; en prison, et vous êtes venus à moi. » 

(…)

« Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche: « Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire, j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli; nu, et vous ne m'avez pas vêtu; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. » 

Acte des Apôtres II, 11 :

« Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Epître au Colossiens III, 11 p:

 « Il n’y a plus de Grec et de Juif, d’israélite et de païen, il n’y a pas de barbare, de sauvage, d’esclave, d’homme libre, il n’y a que le Christ : en tous il est tout ». 

 Alors, les blochéro-lepénistes, toujours « judéo-chrétiens » ?

 

Jean-Noël Cuénod

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12/10/2015

Le Plouc cause dans le poste et recette de l’intellectuel rôti au beuze

 

 

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Samedi, l’émission de Marie-Christine Vallet, «Micro-Européen» sur France-Info était consacrée aux intellectuels qui vibrionnent dans les médias à propos des menaces, supposées ou réelles, sur l’identité française. Deux journalistes européens ont été invités à causer dans le poste : Martina Meister du quotidien allemand Die Welt et votre serviteur humble mais pas soumis, Jean-Noël Cuénod, représentant le mensuel La Cité.

 Ces débats sur l’identité française se déroulent souvent dans des émissions d’amuseurs télévisuels qui n’ont pour étalons des valeurs morales que les courbes de leur audimat. Ils font donc tout pour pousser l’intello de service à donner de sa pensée une caricature grossière. L’important, c’est le beuze sur les ondes et les réseaux sociaux. Mais alors que viennent-ils faire dans cette galère, les intellectuels ?

 Vous pouvez écouter l’émission, en cliquant ici. Et en attendant, voici en exclusivité intergalactique, la recette de l’intellectuel rôti au beuze.

  • Choisissez un intellectuel bien tendre et bon tchatcheur.
  • Jetez-le dans une poêle enduite d'un corps gras de ricaneurs professionnels.
  • Saisissez-le à feu vif.
  • Arrosez-le d’actualité, si possible avec des giclées de sujets éloignés de ses compétences. Moins il en sait, plus il dira de sottises. Et ce sont les sottises qui donnent du goût à la sauce
  • Retournez-le de temps en temps pour qu’il entre en contradiction avec lui-même, ce qui le fera sortir de son jus.
  • Coupez-lui la parole dès qu’il développe une idée qui dépasse les 140 signes, la limite à ne pas dépasser pour le four de marque Twitter.
  • Flambez-le à la provocation, c’est alors que l’intellectuel peut être desservi à point.

 

Jean-Noël Cuénod

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09/10/2015

La Tunisie, un Nobel de la Paix qui exaspère les extrémistes

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Le Prix Nobel de la Paix a rarement été aussi mérité. Le «quartet» qui a sauvé la transition démocratique de la Tunisie a été récompensé par les jurés norvégiens.

 A l’automne 2013, la Tunisie – qui s’était débarrassée deux ans auparavant de la dictature du clan Ben Ali – menace de s’effondrer.  Deux figures de la gauche laïque – Chokri Belaïd et Mohamed Brami – sont assassinés, respectivement, le 6 février et le 25 juillet 2013, à l’aide d’une même arme, un revolver Beretta 9 mm. Ces deux assassinats ont été, par la suite, revendiqués par Boubaker al-Hakim alias Abou Mouqatel, un Franco-tunisien dont le groupe islamofasciste a fait allégeance à l’Etat islamique.

Ces crimes djihadistes provoquent un tsunami politique, alors que les Tunisiens tentent de former un gouvernement stable et d’établir une Constitution démocratique. Pour sauver ce qui pouvait encore l’être, quatre organisations sociales ont œuvré en commun, à savoir l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), son adversaire traditionnel, le syndicat patronal UTICA, la Ligue tunisienne des droits de l’homme et l’Ordre national des avocats.

Le «quartet» n’a pas lâché les partis politiques de tous bords, laïques et islamistes, jusqu’à ce qu’ils acceptent de respecter la feuille de route qui conduira la Tunisie à adopter sa nouvelle Constitution, sans encombre. Cette initiative, née de la société civile, a sauvé ce pays. Ni plus ni moins. Cela valait le Nobel de la Paix. Au moins.

 Gageons que cette attribution à la Tunisie nouvelle de la plus prestigieuse distinction de la planète va en exaspérer plus d’un.  Voici un petit florilège des grincements de dents.

  • L’Etat islamique, la Tunisie représentant son insupportable cauchemar. En tant que seule nation arabe à vivre en démocratie et dans le respect de l’égalité entre femmes et hommes, les islamoterroristes la considèrent comme un scandale permanent à éradiquer au plus vite.
  • Les monarchies pétrolières qui craignent que l’exemple tunisien donne de fâcheuses idées de démocratie et d’égalité des sexes à leurs peuples anesthésiés par les polices religieuses et les liens de dépendance envers les dispensateurs de la manne énergétique.
  • Les extrême-nationalistes européens, furieux qu’un pays arabe échappe à leurs clichés propagandistes d’un monde musulman monolithique et uniquement voué au terrorisme. Plus ou moins ouvertement, ils espèrent que la Tunisie tombera un jour dans l’escarcelle djihadiste. 
  • Les clans proches danciens dictateurs des Etats arabes qui, pendant des décennies ont été soutenus par l’Occident, grâce à ce chantage : sans nous, c’est le chaos islamiste qui règnera. L’échec de la démocratie en Egypte leur a donné quelque espoir. Mais l’exemple tunisien est là pour les contredire.

 C’est dire si la Tunisie nouvelle ne manque pas d’ennemis. Ses institutions sont encore fragiles. 5500 jeunes Tunisiens se sont engagés dans les rangs de l’Etat islamique, selon l’ONU. Daech a d’ailleurs pris pied en Libye voisine. Et surtout la pauvreté s’accroît, notamment après les attentats au Musée national du Bardo, le 18 mars dernier, qui a mis à mal l’industrie touristique tunisienne et avec elle, tous les secteurs qui en dépendent comme la construction et le commerce.

Remettre le Prix Nobel de la Paix à la Tunisie démocratique, c’est bien. La soutenir économiquement, ce serait très bien. Annuler sa dette publique, ce serait encore mieux.

 Jean-Noël Cuénod 

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08/10/2015

Et si la femme était l’avenir de l’islam?

 

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Il existe de multiples diagnostics pour décrypter la succession de convulsions violentes qui secoue le monde ici et là et tout particulièrement au Moyen-Orient. Une piste est peu suivie, celle de la confrontation entre l’émancipation de la femme et les forces du patriarcat.

Avec des périodes de haut et de bas, le patriarcat s’est imposé comme la référence principale de la plupart des sociétés humaines, même si d’autres formes de relations entre les genres ont prévalu dans certaines contrées et à certaines époques. En Suisse et chez ses voisins, la «tutelle masculine» sur la femmes s’est renforcée dans les législations au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle. L’homme était le Chef de famille avec un C des plus majuscules. A la femme, le rôle d’assistante et de ménagère. En Suisse, il a fallu attendre la révision du Code civil de 1988 pour que ce schéma soit définitivement bouté hors des lois mais... pas toujours, hors des têtes.

            L’évolution vers l’émancipation de la femme est lente, sujette à retours en arrière. Toutefois, depuis la dernière moitié du XXe siècle, il est indéniable qu’en Occident, elle a fait des progrès. Néanmoins, le vieux monde patriarcal ne se tient pas pour battu. Il organise ici ou là ses résistances. Dans les sociétés où, de par la culture, les us et coutumes, voire les conditions climatiques, le rôle de la femme était moins subalterne qu’ailleurs, les contre-offensives patriarcales se font plutôt rares et lorsqu’elles s’engagent, c’est à fleurets mouchetés.

Mais il en est d’autres où le poids des traditions permet aux forces du patriarcat de s’exprimer avec virulence. C’est le cas de la plupart des pays musulmans à des degrés diverses intensités. Certes, d’autres régions du monde, d’autres religions considèrent les femmes sur le mode mineur. Mais force est de reconnaître que c’est dans les pays musulmans — à la belle exception de la Tunisie — que le patriarcat déchaîne ses forces. Elles sont désormais bien connues, les exactions de Boko Haram — qui a enlevé 2000 femmes et très jeunes filles au Nigéria, selon Amnesty International, pour les réduire à l’esclavage sexuel — et celles de l’Etat islamique qui en fait de même à encore plus grande échelle. Certes, il serait faux d’associer tout l’islam à ces terroristes, mais c’est tout de même au nom de leur foi qu’ils agissent ainsi. Et ces actes barbares trouvent aussi un terrain fertile dans les coutumes qui placent la femme à un rang inférieur.

 

Qu’on ne s’y trompe pas, le refus de l’Occident par l’islamoterrorisme, ce n’est pas seulement celui des anciennes puissances coloniales. C’est aussi — et sans doute surtout — le rejet de ce féminisme qui s’est développé dans nos contrées.

Il appartient aux musulmans, et à eux seuls, de reconsidérer la place de la femme dans leur conception du monde pour que leurs sociétés soient enfin pacifiées. Le chemin pour y parvenir est semé de pièges que les forces du patriarcat ne manqueront pas de tendre. Ce patriarcat qui mène un combat d’autant plus sanglant qu’il est d’arrière-garde. Alors, que les musulmans se posent cette question: et si la femme était l’avenir d’un islam renouvelé? En attendant laissons le poète Aragon conclure avec cet extrait du Fou d’Elsa:

 L’avenir de l’homme c’est la femme
Elle est la couleur de son âme
Elle est sa rumeur et son bruit
Et sans Elle il n’est qu’un blasphème.

 Jean-Noël Cuénod

Editorial du mensuel suisse La Cité octobre 2015 http://lacite.website/

Photo: une femme enlève sa burqa dans une zone qui a été libérée de l'Etat islamique par les Kurdes

11:55 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : islam, féminisme, terrorisme | |  Facebook | | |

05/10/2015

Crise des réfugiés : les Etats-Unis coupables mais pas responsables

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Douze millions de Syriens en errance entre leur dictateur et les égorgeurs de l’Etat islamique. Quatre millions d’entre eux sont parvenus à quitter leur terre de feu. La plupart ont gagné les pays voisins, souvent de tailles modestes. Ainsi, le Liban – 5,8 millions d’habitants – en abrite… 1,1 million. Et dire que nos Blochériens aux âmes noueuses glapissent de trouille devant les 500 réfugiés Syriens que le Conseil fédéral a accepté de recevoir ces prochains mois! Aveuglés par nos richesses, nous autres Suisses avons-nous perdu tout sens des réalités du monde ?

 Il faut dire qu’au bal des faux-culs, l’Helvète n’est pas le seul à valser, loin de là. Passons sur les pétromonarchies qui n’ont pas levé le petit doigt bagué de diamant pour aider les Syriens en fuite. Ceux-ci, il est vrai, n’ont nulle envie de se rendre en Arabie Saoudite ; ils savent bien qu’entre ce Royaume à essence et l’Etat islamique, il n’y a qu’une différence de degrés et non pas de nature, l’un et l’autre défendant la même vision intégriste d’un islam réduit à la portion médiévale.

 Quant à l’Allemagne, elle a vu dans ces réfugiés syriens – appartenant souvent aux classes moyennes et éduquées – une aubaine pouvant compenser son déficit démographique, avant de fermer brusquement ses portes. Cruelle décision après avoir suscité autant d’espoirs. L’Allemagne, présentée il y a peu comme un modèle de vertu solidaire, a désormais rejoint Volkswagen et ses tests falsifiés au cimetière des illusions perdues.

 Il y aurait encore plus à dire sur les réactions des Européens de l’Est qui, aujourd’hui, rejettent ces réfugiés dont ils partageaient le même sort il n’y a pas si longtemps.

 Mais ce bal, ce sont tout de même les Etats-Unis qui le mènent avec un entrain travoltesque. En intervenant en Irak en 2003, sous prétexte de détruire des armes de destruction massive mais massivement inexistante, Washington et ses néoconservateurs voulaient redessiner un Moyen-Orient à leur main et imposer la démocratie par la force. Il s’agissait aussi d’effacer les traces des anciennes puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne, qui avaient créé l’Irak et la Syrie, deux Etats artificiels. Sur ce dernier point, les visées des «néocons», comme ils se nomment eux-mêmes, ont été couronnées de succès mais certainement pas dans le sens souhaité. S’il n’y a plus de frontière entre l’Irak et la Syrie, c’est que l’Etat islamique occupe désormais les deux côtés de la ligne Sykes-Picot. En guise d’un Moyen-Orient s’ébrouant sur les paisibles prairies démocratiques et gentiment dévoué aux intérêts politico-économiques étatsuniens, le gigantesque brassage de cartes engagé par Deubelyou Bush a fait naître le monstrueux Etat islamique qui porte la guerre partout, y compris en Europe.

 C’est en pleine conscience que Washington a jeté la planète dans la fournaise moyen-orientale. La France et son président Jacques Chirac avaient pourtant prédit en détails les événements catastrophiques qu’une intervention étatsunienne allait entraîner. En guise de réponse, Washington a changé le nom des frites de ses cantines, les french fries étant rebaptisées freedom fries. Pour le coup, les «néoscons» avaient tout à fait mérité leur french suffix.

Les Etats-Unis sont donc les premiers coupables de la situation actuelle. Mais ils ne s’en estiment nullement responsables. La fameuse formule lancée par l’alors ministre française Georgina Dufoix dans l’affaire du sang contaminé – «responsable mais pas coupable»– est ainsi retournée outre-Atlantique en «coupables mais pas responsables». En effet, la vague de réfugiés n’émeut guère les Etatsuniens qui n’ont accueilli que 1800 Syriens depuis 2011. Devant les vifs reproches que cette indifférence a soulevés, Obama a promis que son pays allaient en recevoir 10 000 d’ici à septembre 2016. Outre que les promesses rendent les fous joyeux, comme l’on dit à Genève (qui n’est avare ni de promesses ni de fous, mais c’est une autre histoire), ce chiffre reste bien modeste pour une nation aussi vaste, aussi puissante et aussi riche. A comparer au million de Syriens qui se tassent dans le petit Liban. Et au Québec qui s’est organisé pour en abriter 3. 650 d’ici à décembre prochain.

 En bonne justice, Washington devrait assumer le plus gros des charges provoquées par sa politique moyen-orientale. Mais il ne se trouvera personne pour lui présenter l’addition.

 

Jean-Noël Cuénod

15:09 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : réfugiés, droit d'asile, syrie, terrorisme | |  Facebook | | |

03/10/2015

TEMPS MINERAL

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Lampée d’eau salée goût d’algue au fond de la gorge

Sur le sable un petit crabe court à sa perte

Et subira bientôt la loi du talon

 

Les rouleaux passent et repassent sur ton corps

L’océan est un monstrueux copulateur

Mais sa semence n’engendre que des galets

Qui se réchauffent dans les sables utérins

 

L’oiseau bleu ne se détache plus du ciel

La trace de son vol s’est dissoute dans l’air

Au sol absolue solitude des pierres

Le cœur absent nous vivons un temps minéral

 

Jean-Noël Cuénod

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