Un plouc chez les bobos - Page 49

  • Les voeux du Plouc pour 2011

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    Que la Paix descende dans les coeurs. Lumineuse année 2011. Le Plouc vous envoie tous ses voeux, ainsi que ce poème.

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  • Noël: la prière du Plouc

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    LumiereNoel.jpgQuinousdépasse
    Toi qui as connu
    La trahison et le mensonge
    L’injustice et l’opprobre
     La torture et la mort
    Afin de révéler au monde
    La vérité, la justice et la vie

    A moi qui ne suis que lâcheté
    Inspire-moi la force d’âme


    D'être humble lorsque  tout nous induit à la vanité
    De donner lorsque tout nous invite à la cupidité
    De respecter lorsque tout nous pousse à l’insulte
    De pardonner lorsque tout nous engage à la vengeance


    De tendre la main à ceux qui me la refusent
    D’aimer le prochain comme le lointain
    D’ouvrir des brèches dans les barbelés
    De rester libre quand les murs se dressent

    Et d’offrir à la raison le sang de ton Amour.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

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  • De Marine Le Pen à Mélenchon en passant par l’extrême droite suisse : vraie et fausse laïcité

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    Avec une redoutable efficacité, Marine Le Pen s’est emparée du drapeau de la laïcité pour s’indigner des prières musulmanes qui débordent sur la voie publique dans certains quartiers des grandes villes françaises. A Paris, c’est toute la rue Myrha, à la Goutte d’Or, qui se trouve interdite à la circulation entre 13 h. et 15 h. lors de la grande prière du vendredi. Ni la préfecture de Police qui dépend du ministre de l’Intérieur Hortefeux, ni le maire socialiste du XVIIIème arrondissement n’ont réagi à cette entorse évidente aux principes laïques de la République française.

    Selon ces autorités, tant que les deux nouvelles mosquées en projet ne sont pas construites, elles ne peuvent empêcher ces prières sous peine de déclencher des échauffourées. C’est typiquement le genre d’argument qui fait le lit de l’extrême droite. Il appartient à une communauté religieuse de prendre les mesures nécessaires pour ne pas troubler l’ordre public. Et si elle le trouble — ce qui est le cas en l’occurrence— l’Etat doit intervenir afin de conserver à l’espace public sa neutralité confessionnelle sans laquelle il n’y a pas de cohabitation harmonieuse entre les différentes religions.
    Les socialistes et les sarkozystes ont offert à Marine Le Pen un fagot de verges pour se faire fouetter.

    Ainsi, la laïcité se trouve-t-elle au centre du débat en France, mais aussi en Suisse et dans tous les pays d’Europe où l’islam est présent. Il convient donc de rappeler en quoi elle consiste.

    Il s’agit avant tout de mettre la tolérance en actes, de la traduire dans les faits quotidiens, d’écarter les institutions confessionnelles de l’exercice du pouvoir politique, de déterminer les lieux et les conditions où elles peuvent exercer leurs cultes sans semer la discorde et de ménager un espace public où chacun, quelles que soient ses convictions, se sent libre de vaquer.

    Mais il faut se garder des fausses laïcités qui circulent pour servir de véhicule à des idées qui sont tout sauf tolérantes. Marine Le Pen et le Front national — il en va de même pour l’extrême droite suisse — utilisent le masque de la laïcité pour mieux vendre l’islamophobie, l’intolérance religieuse et le rejet des boucs émissaires. Il s’agit, non pas d’instaurer la paix confessionnelle, mais au contraire d’agiter le peuple avant de s’en servir pour gagner des voix.

    Il existe aussi une fausse laïcité qui est promue, elle, par l’extrême gauche. En France, elle est incarnée notamment par Jean-Luc Mélenchon, le patron du Parti de Gauche. Elle se pare du masque laïque pour, en fait, imposer une sorte d’athéisme officiel et limiter au maximum la pratique religieuse. Chez le député européen Mélenchon, cette tendance est moins apparente dans ses programmes - qui usent d'une rhétorique laïque plus classique - que dans ses interventions médiatiques où ses feux de bouche font office de bûcher. 

    Or, la laïcité n’a pas pour fonction de promouvoir l’athéisme, mais la liberté de conscience. L’athéisme est une philosophie, respectable comme d’autres, qui ne saurait bénéficier d’un monopole d’Etat. Le souvenir des repressions staliniennes antireligieuses devrait servir de leçons.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Pour une alliance des humanistes

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    En Suisse, en France, en Suède, aux Pays-Bas et dans bien d’autres pays européens, l’extrême droite empile les succès. On peut fustiger le peuple pour ses choix déplorables, vitupérer l’époque comme le fourreur dans le poème d’Aragon, dénoncer dérives et dérapages savamment contrôlés ou se lamenter à longueur d’éditoriaux, c’est peine perdue. Pis, ces déplorations ne font qu’amplifier l’écho des extrémistes.

    Il vaut mieux tenter de comprendre les techniques de communication utilisées par ces talentueux manipulateurs d’opinion. Et mesurer tout d’abord l’avance prise en Suisse par l’UDC et ses avatars sur les partis de droite et de gauche qui restent fidèles à l’axe humaniste, essence de notre Constitution.

    D’emblée, ces formations politiques présentent un handicap par rapport à l’extrême droite. Elles développent un discours qui fait appel à la raison, à la réflexion, à la pondération. En face, c’est l’émotion qui empreint le propos ; c’est «la hargne, la grogne et la rogne» ¬- comme le dénonçait déjà de Gaulle - qui fait office d’idéologie ; c’est la peur qui est sans cesse mobilisée. Rudes adversaires, on en conviendra. Qu’elles paraissent démodées, tristounettes, sans reliefs les affiches des partis de la gauche et de la droite démocratiques! Slogans muets, placards invisibles, discours inaudibles tel est le lot de cette propagande saupoudrée de poussière.
    Dans ces conditions, faire passer dans le public un message de raison et d’humanisme réclamerait encore plus de talent que celui des publicitaires et communicants de l’extrême.

    Désormais, en matière de communication, l’ère des braves militants dévoués qui rédigent leurs «éléments de langage» sur un coin de table ou des copains publicitaires qui donnent un coup de main en passant est révolue. On peut le regretter, mais c’est ainsi, l’amateurisme en matière de propagande appartient au passé. Or, de tels dispositifs coûtent fort cher. Et tous les partis ne disposent pas, contrairement à l’UDC du milliardaire Blocher, d’un richissime dirigeant acceptant de mettre la main au portefeuille avec entrain.

    Dès lors, pourquoi les formations de la droite et de la gauche démocratiques ne constitueraient-elles pas une «alliance des humanistes» qui permettrait de mettre en commun les fonds nécessaires à la constitution d’un groupe de communicants et de publicitaires à même de proposer les meilleures techniques pour faire passer dans le public les messages dont elles sont porteuses. Il ne s’agirait, en aucun cas de créer un front uni — d’ailleurs impossible à constituer entre des sociaux-démocrates et des libéraux — qui ne ferait que renforcer l’extrême droite en la présentant comme seule alternative.

    Le but serait de créer un laboratoire d’idées afin que chaque parti humaniste puisse utiliser, conformément à ses spécificités idéologiques, les moyens de propagande les plus performants.


    Jean-Noël Cuénod

     

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  • Livre-objet d'art: Le Plouc et son pote peintre lancent leur souscription

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    Nous sommes heureux de vous proposer aujourd'hui de participer à la souscription carcasse.jpg
    que nous organisons à l'occasion de la parution de l'ouvrage :
    "Car casse ou La mort dans l'âme ?"

    Pierre Guerchet-Jeannin Peintre
    60 rue de Domrémy
    75013 à Paris - France
    Jean-Noël Cuénod écrivain
    8, rue Simonet, 75013 Paris - France
    Site internet & C.V. : http://guerchet-jeannin.fr
    Livre comprenant 19 photos et une linogravure de Pierre Guerchet-Jeannin
    et des textes de Jean-Noël Cuénod

    Format 25x25x4cm
    Composition numérique réalisée par Flavie Jeannin
    Impression numérique/offset sur papiers Rives Tradition 250gr.
    chemise Keaycolour Bourgogne 300gr
    dans un étui métal oxydé préparé avec le concours de J.P. Dall'Anese
    Tirage à 45 exemplaires numérotés vendu au prix de 240€ ou de 330 francs suisses.

    Prix à la souscription : 200€ ou 275 francs suisses jusqu'au 25 décembre 2010.
    Publication prévue fin décembre 2010.
    - Si vous souhaitez recevoir l'ouvrage par La poste,
    ajoutez la somme de 20€/livre pour la France, 25€/livre pour l'Europe ou 34,50 francs suisses par
    livre.
    Bon de Souscription (à conserver) Date :
    Je soussigné……………………………………………………………….
    passe commande de l'ouvrage "Car casse où La mort dans l'âme ?"
    pour………….. exemplaire(s), plus frais d'envoi…
    Soit la somme de……………

    Règlement par chèque à l'ordre de Pierre Guerchet-Jeannin ou de Jean-Noël Cuénod
    - Pour la Suisse, prière d'envoyer vos versements ou virements au CCP 12-34334-4
    au nom de : Christine Zwingmann 3, chemin des Lupins CH-1292 Chambésy.(Genève)
    Bon de Souscription
    A nous retourner avant le 25 décembre 2010

    Genevois & Parisgourdin - écrivain & poète,
    Jean-Noël Cuénod… Rit de rien - Vit la vie - Mord la mort…

    Vous verrez, c'est en bien vivant qu'il rudoie le final…
    Avec lui, la camarde cafarde, dehors la mort, la fin n'en est plus une…
    Oxyde la vie, tires et tapes et tords.
    Rouille le fer s'affaissant doucement vers le sol, se désintègre et s'intègre…
    et si la destruction est en nous, la construction aussi…
    Depuis toujours et c'est ainsi que le monde est en équilibre…

    Pierre Guerchet-Jeannin

    Arpenteur des rues et des champs, Parisien & Occitan qui, par son art, oxyde le temps

    Pierre Guerchet-Jeannin… Rit de tout – Mord la Vie à mort.

    Peintre, sculpteur, mosaïste, graveur, tout ce qui est forme prend vie
    et tout ce qui est vie prend forme par son regard et ses mains.
    Pierre a aussi accroché à ses yeux un appareil photo.
    Pendant quarante ans en battant les fourrés d’ici ou là et, surtout,
    ceux de Montcléra dans le Lot, il a sorti du néant des bouts de tôle
    que Soeur la Rouille avait transformés en oeuvre d’art.

    Jean-Noël Cuénod

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  • WikiLeaks et la transparence opaque

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    Triomphe de la transparence, progrès de la démocratie, exemple d’irresponsabilité, initiative pleine de périls, 11 Septembre diplomatique? Tout et son contraire a été dit à propos de WikiLeaks, ce site de la Toile qui a transmis 251 287 messages du gouvernement des Etats-Unis à cinq grands journaux.

    Relevons tout d’abord qu’aucun de ces documents n’est classé «top-secret». Ils sont soit «confidentiels», «secrets», voire sans mention. Les «vrais» secrets restent à l’abri des regards. Ce qui explique l’absence de révélations fracassantes, du moins jusqu’à maintenant. Certes, ces divulgations vont placer les ambassadeurs américains en position délicate vis-à-vis des chefs d’Etat qu’ils ont critiqués. Sans doute, certains d’entre eux devront-ils changer de capitale. Mais ces vexations ne pèsent pas grand-chose en regard des intérêts politico-économiques.

    Notons que WikiLeaks s’est trouvé en position de mettre la main sur ces documents parce que les Etats-Unis sont une démocratie. Il n’aurait pas pu le faire dans les nombreuses dictatures de la planète dont l’opacité est,elle, bien assurée.
    Cet épisode ne révélerait-il pas plutôt cet oxymore qui semble caractériser notre société, à savoir la «transparence opaque»?
    Le concepteur de WikiLeaks lui-même, Julian Assange – qui vient d’être arrêté en Grande-Bretagne - ne fait-il pas preuve d’opacité quant aux véritables buts qu’il poursuit au nom de la transparence? On ne sait pas grand-chose de lui, ni de sa démarche.

    La «transparence opaque» nous suit partout, même au supermarché. Consultez les notices qui garnissent le moindre tube de moutarde, le plus modeste pot de yoghourt, vous y lirez les explications les plus détaillées sur leur composition. Reste à savoir si l’on comprend grand-chose à ce galimatias. L’une des ruses actuelles consiste justement à noyer l’individu dans un flot d’informations plus ou moins utiles afin que l’essentiel échappe au regard des populations. WikiLeaks constitue un parfait exemple de ce phénomène.

    Que l’ambassadeur américain juge que les nuits du président italien sont décidément bien agitées ou que le roi d’Arabie Saoudite considère le dictateur iranien avec autant d’aménité que s’il s’agissait d’un cobra serpentant vers ses babouches, voilà qui ne nous apprend pas grand-chose.

    En revanche, à part quelques spécialistes hautement qualifiés, le grand public ignore toujours le nom des dirigeants des «hedge funds» qui organisent la panique sur l’euro pour contraindre les Etats européens vulnérables à payer des intérêts toujours plus élevés. Leurs citoyens devront s’acquitter de hausses d’impôts, subir des baisses de salaire ou des licenciements. Les classes moyennes s’appauvriront et les pauvres tomberont dans la misère. Mais dans ce domaine, réclamer la transparence relève de l’utopie.

    Jean-Noël Cuénod

    Sur cette vidéo du "Télégramme de Brest", le journaliste Rémy Ourdan explique pourquoi "Le Monde" a accepté les messages captés par WikiLeaks.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Paris enfin sous la neige

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    BarraultNeiged4dec10.jpg

    Comme les loups de Serge Reggiani, les flocons sont entrés dans Paris cette nuit. Après avoir fait sombrer Genève, Lausanne et la plupart des villes romandes dans le chaos, la neige s’est enfin occupée du cas parisien. Mais avec une mesure qu’elle n’avait pas observée dans les cités lacustres. Dans une agglomération surchauffée de douze millions d’habitants, pour ne pas se dégrader en pluie, les flocons doivent se serrer les cristaux. A défaut d’autre chose… Mais enfin, elle tient bien le coup, cette neige naturalisée parisienne, et la fine pellicule blanche se transforme en moquette non pas immaculée, mais, disons, couleur isabelle. Et comme nous sommes samedi, les encombrements routiers demeurent limités.

    A la Butte-aux-Cailles, petit village au cœur du XIIIème arrondissement, la neige organise un voyage dans le passé. Les voitures, rares en temps habituel, ont disparu. Le passage Barrault (photo), si l’on efface les scooters en hibernation, n’a pas bougé depuis des siècles. Une ombre apparaît petit à petit derrière le rideau de perles grises des flocons. Le Plouc pourrait y reconnaître la démarche chaloupée d’un Verlaine plein d’absinthe. Il hantait souvent ces lieux lorsque le poète séjournait à l’asile de Sainte-Anne tout proche. Aujourd’hui, ce clochard alcoolique est devenu fréquentable puisqu’il a sa place dans le quartier, à l’endroit où la première Montgolfière - en vol libre et portant des humains - s’est posée le 21 novembre 1783. L’âme du poète s’est envolée, elle, depuis tant de lunes que Verlaine est devenu le nom d’une station de bus.

    A la Butte-aux-Cailles, il y a autant, sinon plus, de bistrots qu’autrefois. C’est d’ailleurs la principale industrie locale. Les fumeurs font le trottoir en grelottant, en sautillant sur place comme des marionnettes balourdes, avant de jeter leur sèche devenue mouillée d’un geste rageur et de regagner la chaleur du café. Leurs mégots trouent de gris la couche neigeuse et font pschiiiiiit comme une promesse électorale.

    Et voilà que la neige devient pluie…

    Jean-Noël Cuénod

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  • Pourquoi l’extrême droite est innommable

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    Au sens premier, l’extrême droite de ce début de XXIe siècle est innommable. Toutes les désignations dont on l’affuble demeurent insatisfaisantes. Populiste? Ce nom vague ne signifie rien. Est populiste celui qui s’adresse au peuple et cherche à le satisfaire. C’est le lot de tous les démocrates. Nationaliste? Ses appels à l’identité nationale pourraient incliner à lui choisir ce qualificatif. Mais il demeure trop restrictif. L’extrême droite, c’est plus que le simple retour à la nation.

    Comme son ascendant direct de l’entre-deux-guerres, peut-elle être appelée fasciste? Non, même si elle emprunte certains aspects du fascisme. L’enfant ressemble un peu à son père, mais il a sa personnalité propre et ne saurait être confondu avec lui.

    Certes, l’extrême droite actuelle accomplit une besogne semblable à celle du fascisme. Face à une crise provoquée par les déréglementations financières, la cupidité des groupes financiers, la rapacité des «marchés», les extrêmes droites passée et présente détournent la colère du peuple vers des boucs émissaires, les Juifs hier, les immigrés aujourd’hui.

    Dans cette optique, ces boucs émissaires ont un avantage sur les acteurs réels de la crise, ils présentent un visage quotidien, facilement identifiable. Se défouler sur un Juif ou un immigré est plus aisé que sur un «marché financier» ectoplasmique. Ce qui explique pourquoi les mouvements d’extrême droite ont toujours trouvé de puissants appuis financiers auprès des milieux fauteurs de troubles économiques. Et si l’ire que ces prédateurs ont provoquée allait se diriger contre eux? Vite, un bouc émissaire!

    Mais, à part ces traits communs, il manque à l’extrême droite du XXIe siècle un élément fondamental pour devenir un mouvement fasciste ou même néofasciste. Elle n’organise pas de milices armées, ne tente pas de prendre le pouvoir par la force, et reste dans les bornes de la démocratie. Pour l’instant, le suffrage universel lui convient à merveille.

    La force de l’actuelle extrême droite ne résiderait-elle pas dans cette impossibilité à la nommer exactement, à lui donner un nom? Le fascisme se faisait reconnaître par ses drapeaux et ses uniformes. L’extrême droite du XXIe siècle préfère le flou et le passe-partout. Son action est d’autant plus inquiétante. Petit à petit, elle enlève des pans de ce qui faisait la morale démocratique, à savoir l’égalité s’opposant à la discrimination, le respect de la dignité de chaque humain, quel qu’il soit.

    L’exemple le plus parlant de cette décomposition de la morale démocratique a été offert par l’Amérique de Bush qui n’a pas eu besoin d’une dictature pour légaliser la torture. L’extrême droite d’aujourd’hui, c’est cela: l’Etat de droit en lente décomposition, la haine au compte-gouttes, le racisme à doses homéopathiques, mais régulières.


    Jean-Noël Cuénod

    (Ce texte est paru en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures)

  • Dur et bref retour du Plouc vers le journalisme fédéral

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    Aimez-vous l’aviron? Oui ? Alors le journalisme fédéral est fait pour vous. Car dans cette discipline – en l’occurrence ce substantif ne manque pas de substance – il faut ramer. Et même souquer ferme. Le journaliste fédéral ne doit pas rechigner à se frotter à la rude école des galériens.

    Depuis son arrivée à Paris, Le Plouc avait oublié ces servitudes. En France, les ministres savent lâcher à la meute journalistique un ou deux os qui vont vous faire un bouillon médiatique, rarement consistant mais toujours parfumé. Et leurs collègues genevois les imitent à la perfection. Franchie la Versoix, les politiciens helvétiques ne vous lancent rien pour satisfaire l’appétit des lecteurs. Sinon une langue en bois brut, même pas joliment chantournée. Pas de quoi en faire un plat.

    Donc, lorsque l’ambassade de Suisse a téléphoné au Plouc pour lui annoncer l’arrivée à Paris  du conseiller fédéral Johann Schneider-Amman, il en est tombé de son bottacul : « Schneider qui ? Ammann quoi ? » Consternation au bout du fil.
     
    Vite, un mensonge : « Monsieur Schneider euh Houlmann ? Non Ammann ! Oui voilà, Schneider-Ammann, mais voyons je ne connais que lui bien sûr ! C’est le … le conseiller fédéral chargé du Département de… euh, oui oui, c’est ça l'économie. »

    Voilà qui commence bien. Le Plouc avait tout simplement oublié l’existence de ce conseiller fédéral. Quelle honte ! Quel mauvais Suisse ! Rattrapons notre retard grâce à Internet. Bof, on ne peut pas dire que le conseiller Schneider-Ammann déchire la Toile…

    Le pire restait à venir. L’ambassade de Suisse annonce qu’après avoir rencontré la ministre française Christine Lagarde, ledit conseiller fédéral recevra la presse, dans l’annexe du ministère des Finances, sis 80 rue de Lille au cœur de l’ultrachic VIIème arrondissement qui a pour maire Rachida Dati.
    Les journalistes suisses de Paris sont donc massés dans ce boudoir très Marie-Antoinette qui a dû en voir de belles. Et sous toutes les coutures. La porte s’ouvre. Christine Lagarde surgit en majesté avec son casque de cheveux immaculés et cuirassée par son tailleur argent (une ministre des Finances ne pouvait faire moins).

    «Mais où sont les éléments de langage?» La ministre s’adresse sotto voce à l’un de ses collaborateurs. Qui, le regard tendu à la recherche de ces «éléments de langage» égarés, prend un air un peu inquiet. Moins inquiet tout de même qu’un quinquagénaire lunetté à l’allure grise répondant ton sur ton à son costume et aux nuages qui plombent Paris. A l’évidence, il se demande ce que, Diable, il peut bien faire en cet antre qui sent la poussière aristocrate. Et même le soufre.

     Ce quinquagénaire marchant dans l’ombre de la ministre française de l’Economie et des Finances n’est autre que son confrère suisse, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann qui paraît bien pâle devant le bronzage éblouissant de la ministre française. Elle fait songer à la Déesse Athéna, sortie  tout armée du crâne de Zeus. Lui, ressemble à un conseiller paroissial  de la Reformierte Kirchgemeinde de Sumiswald. Le temps de débiter tout le bien qu’elle pense de ce cher conseiller fédéral et d’annoncer qu’elle viendra en Suisse, la ministre tourne ses talons aiguilles en laissant un sillage de Chanel numéro 5.

    Nous voilà donc entre Suisses. Retour à grosses semelles vers le journalisme fédéral. Laborieusement, le conseiller Schneider-Ammann nous dit qu’il n’a, au fond, rien à nous dire. Les « éléments de langage » égarés par Christine Lagarde auraient pu lui servir. Hélas, il n’y a pas plus d’ "éléments" que de "langage" dans ce boudoir qui n'a jamais autant mérité son nom. 
    La sueur commence à perler au front des journalistes. Et chacun de presser de questions ce malheureux Johann Schneider-Ammann. Comme une huitre, le conseiller fédéral se ferme. Il  y a un semblant d’ouverture vers le G20. On s’y engouffre. Le Plouc a la curieuse idée de poser cette question stupide :

    - La France serait-elle pour la Suisse une sorte de cheval de Troie pour entrer dans le G20 ?

    Le conseiller fédéral lance un regard affolé vers Le Plouc et se tourne vers ses conseillers :

    - Un quoi ? Mais ça veut dire quoi ça ?

    On essaie en allemand. Sans plus de succès. Les conseillers marmonnent. Il comprend encore moins. Une vague lueur s’allume. Et répond sur un ton réprobateur:

    -  Non,  non nous n’agirons jamais comme ça avec la France.

    Soulagé, le conseiller fédéral a terminé sa corvée et s’esquive, laissant les journalistes à leur perplexité.

    Si le cheval de Troie a bien servi aux Grecs pour emporter la place, il n’a été d’aucune utilité au Plouc dans sa chasse à courre aux « éléments de langage ».


    Jean-Noël Cuénod

  • L’UDC amuse la galerie, pendant ce temps…

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    Et voilà, comme on s’y attendait, l’initiative UDC a été acceptée par la majorité des Suisses, ou plutôt des Alémaniques. Puisque ce sont eux qui tiennent le haut du pavé. C’est la loi du nombre et celle de la démocratie, rien à dire. Ou si peu. Les Romands demeurent cette quantité négligeable s’agitant à peine dans l’ombre pansue de la Mama helvétique qui nous fait ses angoisses séniles sur son tas d’or.

     

    Que l’actuel Code pénal suffise amplement à réprimer les criminels étrangers ou suisses, cela n’avait pas d’importance. Il s’agissait d’exprimer les haines qu’une monstre trouille fait naître dans les cœurs repus. Rien ne sera réglé. Ni la criminalité. Ni la délinquance. Ni l’insécurité. Et les fauteurs de troubles bancaires, eux, ne risquent rien. Ils sont bien Suisses, bien propres, bien blancs. Les conséquences de leurs actes s’appellent faillites, chômages, injustices. Mais la justice ne saurait s’intéresser à eux. Et puisque la majorité alémanique du peuple avalise cette politique, alors tout va bien dans la plus triste des Suisses.

    Jean-Noël Cuénod

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  • Vivre en douce dans la folie du monde

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    DelannoiEchoArcenciel.JPGImpression d’une subjectivité certaine ou constat d’une certaine réalité? Ceux que l’on persiste à nommer les «fous» semblent de plus en plus nombreux sur les trottoirs des grands boulevards ou dans les couloirs anxiogènes du métro parisien.

     Il y a les «hyperagités» dont on évite le regard de crainte qu’ils ne vous le captent pour entamer un impossible dialogue, les véhéments qui crient contre une injustice indicible et tous les autres qui traînent à leur suite d’inquiétants silences. Sans oublier les ombres qui, oreillettes vissées, marchent d’un pas saccadé en écoutant leur baladeur, l’œil flou et tendu, regard sans regard. Il paraît que ceux-là ne sont pas «fous» mais simplement très pressés d’arriver quelque part.

    Dans le Paris d’aujourd’hui, devenu plus beau musée du monde, l’humeur n’est pas à la contemplation mais à la rumination morose et frénétique. Sur le présentoir des vendeurs de journaux, le mot «malaise» est usé jusqu’à sa trame effilochée. «Malaise des banlieues». «Malaise dans la police». «Malaise au gouvernement». «Malaise des jeunes». «Malaise des seniors» (on ne dit plus vieux, pourquoi? Par superstition? Pour conjurer la mort proche?).

    Un problème intervient-il n’importe où, n’importe comment, qu’il se traduit aussitôt en terme de «malaise». Il faut croire que nous avons tous «mal à notre aise».
    Désormais, on ne voyage pas, on bouge. Surtout, ne pas s’arrêter, de peur d’être submergé par les vagues de l’angoisse. Oubliée la pensée de Pascal: «J’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.»

    En ce désert surpeuplé et fiévreux, les âmes fourbues découvrent parfois des oasis. La nôtre a pour paysage un livre, un vrai, avec sa tendre odeur d’encre et de papier. Son titre: «L’Echo et l’Arc-en-ciel» paru aux Editions Berg International à Paris. Son auteur: Gil Delannoi. Politologue et professeur à Sciences Po, ce Français est connu dans les médias comme spécialiste des théories sur la nation. Ce livre ne se situe pas aux antipodes de ses ouvrages habituels mais se glisse plutôt dans une autre dimension: celle de l’état poétique.

    «L’Echo et l’Arc-en-ciel» est un voyage immobile qui visite l’instant avec une heureuse lenteur. «Tenir l’instant par la main», ainsi que préconise Gil Delannoi. Virgile, Shakespeare, Neruda, Horace, les poètes chinois et japonais, Bach, Mozart, le sommet aux effluves d’herbes surplombant la mer sont autant de témoins qui ne s’imposent pas mais servent de guides aimables. Il est difficile de décrire un tel livre. Disons que cet ouvrage dédié à l’attention nous invite à vivre en douce au milieu de la folie du monde.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • Sarkozy, la tête à l’envers

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    nicolas-sarkozy.jpg

    Nicolas Sarkozy ne comprend décidément rien au fonctionnement des médias. Lui qui passait pour les maîtriser de façon machiavélique, il s’en est fait d’irréductibles ennemis. Comme les juges, les professeurs et tous ces corps intermédiaires qu’il méprise sans chercher à les comprendre. Des corps intermédiaires qui ne vont cesser de lui balancer des peaux de bananes jusqu’au verdict de l’élection présidentielle en 2012.

    Le général de Gaulle, lui aussi, voulait établir un rapport direct entre sa personne et le peuple. Mais comparer cette grande figure à l’actuel roitelet élyséen serait par trop cruel. N’est pas de Gaulle qui veut.  D’ailleurs le Général, s’il n’aimait guère les journalistes,  ne s’abaissait jamais à les insulter. Il respectait  même ceux qui le brocardaient avec talent comme le « Canard Enchaîné » qu’il appelait « le volatile » avec une certaine tendresse.

    En traitant de « pédophiles », les journalistes qui avaient osé lui poser des questions sur l’affaire de Karachi – ce qui était la moindre des choses de leur part – Nicolas Sarkozy a surtout démontré à quel point ce dossier l’affole et lui met la tête à l’envers. Et alors, le public de se demander : « S’il réagit comme ça, c’est qu’il a peur de la vérité. » Peut-être que Sarkozy n’a joué aucun rôle dans l’affaire de Karachi. Mais par ce « pétage de plomb », il a lui-même instillé le doute, bien mieux que le plus vachard des brûlots.

    Cela dit, s’il a provoqué une certaine émotion dans les médias français, ce feu de bouche élyséen n’a pas non plus soulevé des torrents de fureur. Ce qui n’est pas forcément un indicateur favorable pour le président. Il a lâché une gugusserie de plus. On hausse les épaules en soupirant et on passe à autre chose. Si même ses dérapages deviennent insignifiants, le locataire de l’Elysée peut se faire des soucis quant à la reconduction de son bail.

    Et voilà Nicolas Sarkozy dégradé en Berlusconi. A ce propos, ces deux intéressants personnages se sont livrés en spectacle lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne. Voici la vidéo des duettistes.

    Jean-Noël Cuénod

     

  • TRAVAIL DE L’EVIDENCE

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    Flamme.jpg
    L’ombre cache ses nombres
    Dans les replis de l’humain
    Porteur de la vérité
    Serviteur du mensonge
    Ignorant tout du Trésor

    Il suffit d’une braise
    Animée par le souffle
    Et l’incendie ravage
    Le maquis intérieur
    Rasées, les illusions !

    Mais le feu ne s’éteint pas
    Son éclat dissimule
    Autant que la pénombre

    Errance à travers nuit
    Errance à travers flamme
    Patient labeur de la mue
    La chenille du regard
    S’efface dans la cendre

    Que l’Oeil enfin se déploie !
    Et devienne maître
    De la clarté obscure

    Alors, les nombres devront
    Se rendre à l’évidence

    Jean-Noël Cuénod

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  • Long regard et grandes oreilles : de Richelieu à Sarkozy

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    SarkoRichelieu.jpg
    Dans la France d’Ancien Régime, le «cabinet noir» désignait ce lieu secret du Palais à l’abri duquel le monarque compulsait les lettres suspectes que les agents de la poste royale — qui lisaient soigneusement le courrier des courtisans —avaient estimées suffisamment compromettantes pour que l’auguste regard descendît jusqu’à elles. Dans ces missives détournées, les complots politiques marivaudaient avec les intrigues galantes. A cet égard, la France n’a guère changé.
     
    Né sous Richelieu au début du XVIIème siècle, le «cabinet noir» a figuré comme l’un des symboles les plus évocateurs de la monarchie absolue. La marquise de Sévigné a souvent pesté contre cet antre du long regard. Aussi l’une des premières mesures de la Révolution fut-elle de l’abolir. Mais rapidement, la curiosité d’Etat a repris le dessus et le Directoire a «républicanisé» le «cabinet noir» dès 1796. Le motif invoqué alors est celui qu’avancent les gouvernements aujourd’hui: cette surveillance n’a d’autre but que de sauvegarder la Nation.
     
     Mais de la protection de l’Etat à la curiosité de son chef, la frontière paraît aussi floue que sinueuse. Une certitude demeure: les régimes passent, les «cabinets noirs» restent. La seule différence réside dans les modes d’interception. On ne décachette plus les lettres à la vapeur, on pose moins de «bretelles» sur le réseau téléphonique; on capte les ondes des portables, on dévie les courriels. Autres temps, autres techniques, mêmes moeurs.
    Amour et pouvoir 
     
    A en croire plusieurs médias d’outre-Jura, la France de Nicolas Sarkozy n’a entamé aucune rupture d’avec ces vilaines manières. Le Canard Enchaîné accuse le président français de superviser lui-même la surveillance de certains journalistes. Lorsque des rumeurs avaient circulé à propos de son couple au printemps dernier, les mêmes soupçons avaient pesé sur l’Elysée.
    Soyons justes, Sarkozy n’a pas inventé les «grandes oreilles». Le président socialiste François Mitterrand en a usé et abusé. Et la Suisse a elle aussi recouru à l’écoute attentive des journalistes et autres ombres suspectes de la Confédération durant la grisaille de la Guerre Froide.
    Quant aux Américains, ils ont avec le vaste réseau «Echelon» de quoi ouïr tous les babils de la planète. Toutefois, ce système ultraperfectionné n’a pas permis d’éviter les attentats du 11 septembre 2001.
     
    Ce qui caractérise les «écoutes» françaises au fil des siècles réside dans l’importance prise par les relations amoureuses au sein de la sphère politique, comme si les secrets d’alcôve restaient imbriqués dans les secrets d’Etat.
    Sans doute faut-il y voir l’une des nombreuses résurgences de la monarchie. Tous les regards de la Cour se braquaient sur le Roi, support des fantasmes. Par effet de miroir, le Roi portait le sien sur ses sujets, fût-ce dans leur intimité. Ainsi, le corps du Roi et celui de la Nation demeuraient-ils liés.
    Jean-Noël Cuénod

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  • La grâce refusée à Bernard Rappaz : les bonnes raisons et l'impératif de la vie

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    Sans surprise, le Grand Conseil valaisan a donc rejeté la grâce de Bernard Rappaz par 113 voix contre 14. Les députés disposent de toutes les bonnes raisons du monde pour prendre une telle décision.

     

    - Comment développer un Etat de droit cohérent si un condamné utilise la grève de la faim pour contester un jugement ?

     

    - Si tous les justiciables se mettaient ainsi à contester les décisions des tribunaux, le retour à la loi de la jungle serait assuré.

     

    - Attenter à sa vie pour éviter les rigueurs des lois démocratiquement établies relève du chantage à la collectivité.

     

    - Un chantage qui consacre l’inégalité entre les citoyens, puisque les uns se plient au bien commun alors que d’autres s’y dérobent.

     

    Toutes ces excellentes et légitimes raisons, pourtant, s’effacent devant l’impératif d'une vie humaine à sauvegarder.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • Editorial: l’adieu à la rupture selon Sarkozy

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    Il est difficile d’imaginer autobut plus spectaculaire. En annonçant, en juin dernier, la nomination d’un nouveau gouvernement, Nicolas Sarkozy pensait donner un coup de fouet à l’action gouvernementale après les affaires Woerth-Bettencourt et la réforme des retraites. Cinq mois plus tard, voilà le président français contraint par les députés de son parti, l’UMP, à reconduire, hier, François Fillon à Matignon, et à accepter le retour aux affaires d’un poids lourd chiraquien, Alain Juppé. Le fouet est tombé des mains de Sarkozy. Et le premier ministre s’en est aussitôt emparé.

    Ce remaniement mollasson signifie la fin de la rupture sarkozyste et de l’omniprésidence ainsi que le retour de l’actuel président dans le sillon des institutions. Avant lui, aucun élu suprême de la Ve République – y compris le général de Gaulle – ne s’était transformé à ce point en «super-premier ministre», décidant de tout et dans tous les détails, ravalant le chef de son gouvernement au rang de collaborateur subalterne.

     A ce jeu, l’«omniprésident» s’est épuisé en multipliant les erreurs sur le plan intérieur, entre la calamiteuse gestion des affaires Woerth, le maintien de l’impopulaire bouclier fiscal et le passage en force, sans aucune pédagogie, de la réforme des retraites. Désormais, les rôles traditionnels seront distribués. Au président le soin de représenter la France à l’étranger, notamment à la tête du G20 pendant un an. Au premier ministre, la tâche de mener à bien la politique intérieure.

    Enfant de Neuilly, cette banlieue privilégiée de Paris, Nicolas Sarkozy est en train de payer sa méconnaissance de la France qui compte, celle de la province. Sans précaution, il a voulu bousculer ce vieux peuple rebelle et conservateur. Or, même la droite qui le soutenait préfère maintenant François Fillon, qu’elle reconnaît pour l’un des siens et qui la réconforte par sa tranquille assurance.

     

    Jean-Noël Cuénod

    (Editorial paru lundi 15 novembre 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

  • Editorial: l’adieu à la rupture selon Sarkozy

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    Il est difficile d’imaginer autobut plus spectaculaire. En annonçant, en juin dernier, la nomination d’un nouveau gouvernement, Nicolas Sarkozy pensait donner un coup de fouet à l’action gouvernementale après les affaires Woerth-Bettencourt et la réforme des retraites. Cinq mois plus tard, voilà le président français contraint par les députés de son parti, l’UMP, à reconduire, hier, François Fillon à Matignon, et à accepter le retour aux affaires d’un poids lourd chiraquien, Alain Juppé. Le fouet est tombé des mains de Sarkozy. Et le premier ministre s’en est aussitôt emparé.

    Ce remaniement mollasson signifie la fin de la rupture sarkozyste et de l’omniprésidence ainsi que le retour de l’actuel président dans le sillon des institutions. Avant lui, aucun élu suprême de la Ve République – y compris le général de Gaulle – ne s’était transformé à ce point en «super-premier ministre», décidant de tout et dans tous les détails, ravalant le chef de son gouvernement au rang de collaborateur subalterne.

     A ce jeu, l’«omniprésident» s’est épuisé en multipliant les erreurs sur le plan intérieur, entre la calamiteuse gestion des affaires Woerth, le maintien de l’impopulaire bouclier fiscal et le passage en force, sans aucune pédagogie, de la réforme des retraites. Désormais, les rôles traditionnels seront distribués. Au président le soin de représenter la France à l’étranger, notamment à la tête du G20 pendant un an. Au premier ministre, la tâche de mener à bien la politique intérieure.

    Enfant de Neuilly, cette banlieue privilégiée de Paris, Nicolas Sarkozy est en train de payer sa méconnaissance de la France qui compte, celle de la province. Sans précaution, il a voulu bousculer ce vieux peuple rebelle et conservateur. Or, même la droite qui le soutenait préfère maintenant François Fillon, qu’elle reconnaît pour l’un des siens et qui la réconforte par sa tranquille assurance.

     

    Jean-Noël Cuénod

    (Editorial paru lundi 15 novembre 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

  • Service militaire obligatoire: la Suisse suivra-t-elle le mauvais exemple français ?

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    soldats.jpgLe Parti socialiste suisse a donc inscrit la suppression de l’armée à son programme et tant que celle-ci durera, le PSS propose de remplacer le service militaire obligatoire par un service volontaire. Pour les citoyens qui ont dû subir pendant des années les ordres stupides aboyés par des officiers aux neurones rares, l’idée paraît séduisante. Elle est pourtant fort mal venue.

    Sous la présidence de Jacques Chirac, la France a supprimé en 1997 le service militaire obligatoire (conscription). Plus précisément, elle l’a suspendu, la conscription pouvant être rétablie si la situation du pays l’exige. Pour tenter de combler le vide ainsi créé, les jeunes Françaises et Français sont appelés à participer à une seule journée — de 8 h. 30 à 17 h. — consacrée au thème «Défense et Citoyenneté». Cette manière de «course d’école» n’a rien de commun avec un «service national» quel qu’il soit.

    Certes, avant 1997, la conscription ne correspondait plus à grand-chose en France. En outre, les besoins de l’armée ont changé. Elle préfère de bons professionnels en nombre réduit plutôt que des bataillons d’amateurs tire-au-flanc. Le service obligatoire n’est donc plus un impératif pour atteindre des objectifs purement militaires.

    Il n’en demeure pas moins que sans lui, la Suisse perdrait l’une des rares occasions qui obligent des citoyens d’origines, de cultures, de langues, de religions diverses à collaborer, à s’entraider, à partager. Pester contre les corvées est aussi un élément fédérateur dans une société aussi hétérogène que la nôtre.

    Comme l’écrit Pierre Daninos, «le service militaire est une période où l’on mange très mal, mais qui nourrit les conversations pour toute la vie»! Il représente aussi un rite collectif de passage à l’âge adulte qui permet de donner à la société un de ces repères balayés par l’actuelle mondialisation sauvage.

     

    Aujourd’hui, ce creuset social manque cruellement à la France dont le modèle républicain d’intégration vole en éclats. Plusieurs voix, à droite comme à gauche, s’élèvent outre-Jura pour proposer des solutions destinées à combler cette lacune... Au moment même où les socialistes suisses s’apprêtent à jeter la conscription aux oubliettes!

    Abolir le service militaire obligatoire est une chose. Supprimer le creuset social qu’il représente en est une autre. Pourquoi ne pas concevoir un «service citoyen» destinés à renforcer les autorités municipales, cantonales ou fédérales, à épauler les œuvres d’entraide? Ce ne sont pas les tâches qui manquent. Il devrait concerner tous les jeunes, quel que soit leur sexe. Faut-il le rendre obligatoire? Oui, dans la mesure où cette contrainte s’appliquerait à toutes et à tous — sauf motifs médicaux — de façon égalitaire. Personne ne devrait échapper à cette prise de conscience que nous appartenons tous à une collectivité, au-delà de nos origines.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Le jour où de Gaulle est vraiment mort

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     Le 9 novembre 1970, peu avant 20 h. un chêne s’abat au domaine de la Boisserie à Collombey-les-deux-Eglises. En vingt minutes, le général de Gaulle est terrassé par une crise cardiaque. Chaque Français de plus de quarante ans se rappelle aujourd’hui ce qu’il faisait au moment où la nouvelle de sa mort a frappé ses oreilles. Il en va ainsi de tous les grands moments historiques.

     degaulle.jpgPour Le Plouc, le jour où Charles de Gaulle est vraiment mort remonte au 8 janvier 2008. Nicolas Sarkozy organise alors sa première conférence de presse à l’Elysée. Impressionné, Le Plouc a mis son plus beau costume pour ne pas trop faire tache sous les ors et les lustres de la grande salle de l’Elysée.

     

    Il imagine l’imposante silhouette du Général donnant ses célèbres conférences de presse menée de main de maître. C’est là que le fondateur de la Cinquième République, avec un art consommé du théâtre, a expliqué comment il allait sortir la France de son cauchemar algérien, pourquoi lui, l’homme de la France Libre, se dressait contre l’allié américain et comment il entendait faire de la France une puissance nucléaire.

     

    Mais voilà Le Plouc tiré de sa rêverie dans les altitudes. Entre deux tics d’épaule, le président Sarkozy lâche cette sentence: « Avec Carla, c’est du sérieux ! »Sarkocarla2.jpg

     

    La vraie rupture était consommée. Passant du théâtre classique à la discothèque, la grandeur de la France devenait une vieille lune.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • Rousseau, Sarkozy, Hu Jintao et le Foron

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    Pour remercier Nicolas Sarkozy de son accueil impérial, le président chinois Hu Jintao a célébré les penseurs français, citant le premier d’entre eux, Jean-Jacques Rousseau. Oui, NOTRE Rousseau cantonal, qui, au bas de sa signature ne manquait pas d’ajouter, « Citoyen de Genève ». Histoire de démontrer qu’il appartenait au gratin rouge et jaune.


    Sans doute Sarkozy a-t-il été surpris : «Pourquoi c’te Chinois est-ce qu’il cite-t-il un vieux champion d’Europe de natation ?» Il faut dire que l’Hyperomni n’a pas encore fini de colorier « Le Contrat Social » que lui a offert Carla. C’est Michel Rousseau qui va être étonné lorsqu’il recevra la légion d’honneur au titre de l’amitié franco-chinoise !


    Mais revenons à Jean-Jacques, naturalisé Français par la volonté de Pékin. Cette annexion est-elle si baroque ? Après tout, s’il était resté à Genève, Rousseau serait devenu un horloger sachant rédiger des lettres bien tournées et non ce penseur qui a secoué le monde jusqu’à la Chine contemporaine. Alors, serait-il définitivement Hexagonal ? Non. Un Français de l’époque, élevé dans une monarchie absolue et au sein d’une religion unique, n’aurait pu connaître ce foisonnement antagonique d’idées qui traversait Genève et ses environs. Son propos comme son style en aurait été forcément différents. Et c’est cette musique particulière qui a fait le succès de Rousseau en dehors des frontières. Rousseau a séduit Paris parce que, Genevois, il apportait un ton qui tranchait sur celui des autres écrivains. Mais sans Paris, il n’y aurait pas eu Rousseau.


    Considéré de Chine, le Foron ne constitue même pas un ruisseau, tout juste un filet d’eau, invisible à l’œil nu et bridé ; il ne saurait séparer Foron.JPGque des microbes. 

    Jean-Noël Cuénod

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