Un plouc chez les bobos - Page 48

  • Le Plouc fait le poireau chez Dior

    Imprimer

    Le Plouc chez Dior… N’importe quoi ! Et pourtant, la mission est claire. Sombrement claire. Il faut couvrir, vendredi,  le défilé parisien du couturier de luxe, le premier en quinze ans à se dérouler sans le styliste John Galliano, viré pour propos antisémites par la Grande Maison de Haute Couture (ou Haute Maison de Grande Couture, comme on voudra). Et voilà Le Plouc propulsé par la foule devant l’entrée du Musée Rodin où s’est déroulée la présentation des ultimes nippes hypes dessinées par l’ami d’Hitler et des boissons fortes. Bien entendu, les gorilles à oreillette ont rejeté Le Plouc dans l’anonymat de la rue de Varenne, en compagnie de plusieurs centaines de  journalistes, photographes et porteurs de caméra obligés, comme lui, de faire le poireau pour des prunes.

    Dans cette masse médiatique, Le Plouc y croise une superbe consœur au regard sibérien qui débite à la kalachnikov son texte devant la caméra de TV Moscou. Enrayée, la kalachnikov. La journaliste a dû recommencer sa prestation à sept reprises. Non loin, une fashionista japonaise fait sensation  grâce au porte-jarretelles  qu’elle s’est fait tatouer sur ses cuisses de sauterelles. Mais que dire de cette abondante sexagénaire Américaine en minijupe panthère façon Berthe Berrurier ? Là on quitte la taille sauterelle pour aborder le calibre baobab.  Cette dame – une vedette de la mode nouillorquaise, me susurre-t-on - porte un très joli chapeau sorti tout droit de la poubelle du kebabier de Garges-lès-Gonesse. Avec une immense plume bleu - flashy.

     Il faut dire flashy, paraît-il, c’est très trendy. Vous ne pouvez pas comprendre, vous ne parlez pas le patois du septième arrondissement…

    Des mannequins qui semblent terriblement s’emmerder dans la vie déambulent comme des somnambules, vacillant sur les tiges de bambous qui leur font office de gambettes, ces tiges étant fichées dans des « stiletto » (stiletti ?) himalayesques. Ces zombies femelles sont accompagnées par des gardes de leurs corps portant lunettes de soleil griffées et tenues de camouflages dans les dégradés de rose. A faire mourir toute une armée. De rire.

    Des vociférations s'élèvent. Les photographes se précipitent dans leur direction. Suivis par les porteurs de caméras. Suivis par les porteurs de micros. Suivis par les porteurs de matraques qui sifflent comme des damnés. L'objet de l'émeute? Un groupe de jeunes gars qui s'apergent d'alcool en gueulant: "Bernard Arnault, viens nous servir à boaaaaaaaaareu!" Mais le patron de LVMH et propriétaire de Dior n'a pas jugé opportun de se pointer au défilé. Les flics secouent un peu les loustics qui glapissent: "Eh mais c'est une farce, m'enfin!" La tension baisse: "Il paraît que c'est le groupe Action Discrète qui prépare une émission de Canal Plus", informe un photographe à l'intention de ses copains.

    Et voilà, le plus beau, Igor. Le Plouc vous l’a pris en photo. Il vient de fêter ses 21 ans, Igor.  Et brandit en l’honneur de Igor.jpgGalliano une pancarte enluminée de mimosa portant : « The King is gone ». Il s’entoure d’une cape en laine de mouton qui en est tout retourné et d’une tunique, en son genre, en peau de vache. « La peau de vache, c’est une allusion à Dior qui a lourdé Galliano ? » fait Le Plouc. Igor se marre : « Pfff, elle est bonne celle-là. J’y avais pas pensé. » Courte, la tunique. Elle permet ainsi à Igor d’exhiber ses cuisses et ses mollets poilus qui mettent en valeur sa paire de godasses en peau de fauve synthétique avec pour hauts talons, des cornes de gazelles. Le truc tout en nuances, quoi!

    Conclusion : Les gorilles ont bien fait de jeter Le Plouc. Le défilé dans la rue s’est révélé nettement plus drôle que le vrai.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

  • Quand la France « lepénise » la Suisse

    Imprimer

    Naguère encore, les médias français n’accordaient pas le moindre intérêt à la Suisse, tache blanche au milieu de la carte européenne. Puis, les initiatives et référendums blochériens ont capté le paresseux regard des journalistes hexagonaux. De ce traitement médiatique prescrit outre-Jura, l’image de la Suisse est ressortie distordue. La déformation a succédé à l’ignorance.

    Vue de France, la Confédération s’est transformée en repaires de racistes invétérés, de xénophobes frénétiques, en pays habité par des Harpagon crispés sur leurs cassettes emplies de ducats scintillants et tintinnabulants. Dans la foulée, le Front National et les Le Pen père et fille se sont emparés du «modèle suisse» pour le glorifier, suscitant un surcroît de malentendus. Comment s’est opérée cette déformation? Par l’usage systématiquement sélectif que font les médias tricolores des résultats de nos votations. Voici quelques exemples.

    Juin 2008, l’initiative de l’UDC pour procéder à la naturalisation par les urnes est rejetée à près de 64% des Suisses. Impact médiatique en France: nul.


    Février 2009, près de 60% des citoyens accepte d’étendre à la Bulgarie et à la Roumanie la libre circulation entre la Suisse et les pays de l’Union européenne. Impact médiatique en France: nul.

    Novembre 2009, l’initiative de l’UDC contre les minarets est votée à une majorité de 57,5%. Impact médiatique en France: considérable.

    Novembre 2010, l’initiative de l’UDC pour le renvoi des criminels étrangers emporte 53% des suffrages. Impact médiatique en France: important.

    Ainsi, chaque fois que l’extrême droite suisse est battue, les journalistes voisins veulent ignorer cette information. Mais lorsqu’elle gagne, ils mettent sa victoire en exergue. Cela fait l’affaire du Front national qui a beau jeu d’affirmer que notre pays est en voie de «lepénisation» galopante.

    Pourquoi les médias français agissent-ils ainsi? En raison de «l’effet d’excitation» qui a remplacé la traditionnelle «hiérarchie de l’information» dans le choix des rédactions.

     Expliquer que les Suisses acceptent d’étendre la libre circulation aux Bulgares et aux Roumains — ce qui n’allait pas de soi — est certes intéressant, mais une telle information réclame un effort d’explication que n’apprécient guère les médias voués à l’instantané. Alors, qu’un vote contre les minarets suscite d’emblée des réactions, sans que le journaliste soit obligé de se creuser la tête. Nous ne sommes plus informés mais excités. Et ce phénomène dépasse les frontières de l’Hexagone.

     

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 8 commentaires
  • La Libye, la Suisse et la sarkodiplomatie

    Imprimer

    Kadhafi.JPG
    L’Histoire ne se répète jamais, elle bégaye parfois et ricane souvent. Il y a quelques mois à peine, l’Hirsute des Sables tonitruait à l’ONU pour réclamer le dépeçage de la Suisse entre la France, l’Italie et l’Allemagne. Aujourd’hui, c’est son pouvoir qui part en lambeaux. L’Est de la Libye est tombé aux mains des insurgés, l’Ouest est en train de suivre, l’étau se resserre sur Tripoli. L’Infâme aura au moins respecté une promesse, celle de faire couler le sang. Un médecin français évalue les massacres du Kadhafou à 2000 morts.
    Et dire que le fils Kadhafi s’est plaint des brutalités de la police genevoise, lors de son arrestation pour avoir, avec sa femme, maltraité ses domestiques ! Ceux qui avaient alors voué aux gémonies la justice genevoise, lui reprochant son manque de diplomatie à l’égard de  l’honorable rejeton du respectable dirigeant libyen, ont l’air fin maintenant. Quant à l’ex-président de la Confédération Merz, il n’a pas fini de remonter son pantalon, après les humiliantes – et contre-productrices – excuses qu’il avait prodiguées pour tenter, en vain, de libérer l’otage suisse que Kadhadingue avait jeté dans ses geôles.
     
    Et Kouchner, le ci-devant ministre des affaires qui lui sont restées définitivement étrangères, à quoi ressemble-t-il maintenant ? Certes,  Sarkozy est parvenu à dénicher presque pire que lui à la tête de ce qui n’est plus la diplomatie française. Mais il ne faudrait pas oublier que le porteur de riz du quai d’Orsay avait  placé la Libye et la Suisse sur le même pied et poussé l’insulte en accusant notre pays de prendre Tripoli en otage. Un comble de stupidité, le seul otage dans cette affaire étant Suisse et embastillé en Libye !
    Les responsables au pouvoir, en Italie et en France notamment, qui n’ont cessé de caresser l’Hirsute des Sables dans le sens de la crinière feraient bien d’examiner leurs mains. Il est malaisé d’en détacher les taches de sang.
    Jean-Noël Cuénod

  • OUROBOROS

    Imprimer

    ouroboros_col.jpgOUROBOROS

     

     


    Guide-moi vers cette contrée où seul
    Règne le Grand Serpent qui déroule
    Ses anneaux de velours mortifère
    Gardien sans partage du diamant
    Aux frémissantes veines de venin

    En se mordant la queue il emporte
    La vie et la fixe dans le cycle
    Unique contre-poison : ton amour

    Jean-Noël Cuénod

  • La «Sarkophobie» dans les grands corps de l'Etat

    Imprimer

    Quel serait l’avenir du directeur général d’une entreprise, si à force de décisions hasardeuses, de discours à l’emporte-pièces, de hargne systématique, il avait provoqué le ressentiment et l’opposition de ses cadres supérieurs? Nul doute que le conseil d’administration lui offrirait un joli parachute doré avant de le balancer dans la nature.

    Le président français se trouve aujourd’hui dans une situation semblable, même s’il est assuré de rester à l’Elysée, au moins jusqu’en 2012. En quatre ans de présidence, Nicolas Sarkozy a créé à la tête des administrations de l’Etat une ambiance délétère. Le récent mouvement de protestation des juges et procureurs  n’est qu’un symptôme aigu d’un malaise plus étendu.

    Les juges

    L’un après l’autre, le président Sarkozy a fustigé les grands commis de l’Etat. Les juges et procureurs ont été particulièrement vilipendés et ce,petitspois.jpg dès le début de sa présidence. Ils les trouvaient sortis du même moule universitaire et se ressemblant tous «comme des petits pois» (photo: un tribunal vu de l'Elysée). Il est vrai que pour devenir magistrat, il faut suivre les mêmes études de droit que ses futurs collègues. Il est assez difficile d’instruire un dossier judiciaire avec un brevet de charpentier ou un diplôme d’ingénieur.

    Les préfets

    Nicolas Sarkozy s’est ensuite attaqué au corps préfectoral. A la suite d’une manif qui s’était déroulée dans le calme mais au cours de laquelle le nom de Sarkozy avait été hué à proximité des oreilles présidentielles, le préfet de la Manche a été aussitôt viré. Son collègue du Var a été lui aussi muté, sans doute à la suite d’une sombre affaire d’égout qui concernait la belle-famille du président. Enfin, le préfet de l’Isère a été spectaculairement limogé après les événements violents qui se sont produits à Grenoble en juillet dernier. Ce haut-fonctionnaire était très apprécié mais Sarkozy a pris le premier coupable à disposition. Bras armés du gouvernement, les préfets sont condamnés au mutisme. Toutefois, leurs murmures sarkophobes n’en bruissent pas moins dans les rédactions.

    Les diplomates

    Les diplomates n’ont pas échappé à la distribution de gifles présidentielles, notamment à propos de la révolution tunisienne. Mais l’un d’entre eux, Yves Aubin de la Messuzière, s’est rebiffé en publiant une tribune libre dans «Libération». Il y révélait que le gouvernement était parfaitement informé «des dérives du système Ben Ali». Encore eût-il fallu lire les dépêches des diplomates.


    Le PS, atout de Sarkozy

    En dénigrant ceux qui le servent, Nicolas Sarkozy table sur le ressentiment populaire vis-à-vis des élites. Cette tactique s’est révélée payante en 2007. Mais il est douteux qu’elle porte autant de fruits en 2012. A force de taper sur les grands commis, il risque d’inciter le peuple à viser celui qui en est le chef.
    Mais Sarkozy détient encore un atout, le Parti socialiste qui, par ses guérillas internes, est en train de lui asphalter un boulevard vers sa réélection.

     

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 7 commentaires
  • Un devoir pour tous les démocrates : arroser la révolution en Tunisie

    Imprimer

    Comme le « Printemps des peuples européens » en 1848, le « Printemps des peuples arabes » réussira pleinement là, échouera ici, marquera un progrès dans un autre pays, avortera dans un autre. En 1847-48, seule la Suisse était parvenue à créer des institutions démocratiques durables. Après quatre ans de République, la France avait sombré dans le Second Empire et a dû attendre 18 ans pour retomber dans les bras de Marianne. Mais dans toutes les nations, le ferment de la liberté avait été introduit. Sa germination fut parfois très lente.

    Actuellement, le peuple égyptien s’est débarrassé de Moubarak. Mais l’armée reste solidement au pouvoir. Compte tenu de l’importance stratégique de l’Egypte, on voit mal comment il pourrait en aller autrement. Il est à espérer que la puissance militaire fera progresser les institutions démocratiques et endiguera l’intégrisme. C’est le scénario de type turc. Mais il y a aussi un scénario de type Moubarak II, à savoir que les affaires retournant au calme, l’armée au pouvoir sombre une fois de plus dans le clanisme cleptocratique.

    Il faut espérer, bien sûr, qu’une démocratie solide s’implante en Egypte. Mais les conditions pour parvenir à cet objectif ne paraissent pas encore réunies. Une démocratie à l’ombre des chars d’assaut reste forcément limitée.

    La Tunisie, en revanche, semble mieux partie pour devenir le premier pays arabe authentiquement démocratique. Avec sa classe moyenne forte et homogène, son taux d’alphabétisation élevé, la Tunisie dispose aussi d’un atout de taille : elle ne constitue pas un enjeu stratégique majeur contrairement à l’Egypte. Les Etats-Unis lui ficheront la paix.

    Il faut donc soutenir activement le pays dans lequel la démocratie et l’Etat de droit ont le plus de chance de se développer de façon pérenne, à savoir la Tunisie. Elle servirait ainsi de pôle de référence pour tout le monde arabe.

     Ce soutien doit se traduire, non en conseils et autres paroles verbales, mais en organisant une sorte de boycott à l’envers en faveur de la Tunisie, c’est-à-dire privilégier cette nation comme lieu de vacances, acheter des vêtements d’origine tunisienne, choisir des denrées de ce pays, bref faire tourner son économie. Nous devons arroser la Révolution tunisienne.

    Jean-Noël Cuénod

  • Le tract des juges de Nanterre contre Sarkozy

    Imprimer

    Jugeprévostdesprez.jpgPar un temps radieux, Le Plouc s’est enterré dans les sous-sols de Paris pour rejaillir à la surface, telle une vieille taupe, à Nanterre-Préfecture. Direction : le Tribunal correctionnel afin d’y assister au coup d’envoi du procès qu’intentent des victimes du Mediator au fabricant de ce produit, Jacques Servier, patron des laboratoires éponymes.

    Première impression de déjà-vu par rapport à l’affaire Bettencourt : même tribunal, même procédure bizarre, la citation directe, et même présidente, la pugnace Isabelle Prévost-Desprez (photo). Cette fois-ci, les coups d’éclat d’audience n’ont pas été provoqués par les avocats mais par la présidente qui, à l’ouverture des débats, a lu le tract que l’Assemblée générale extraordinaire des magistrats de Nanterre venait de concocter pour vouer aux gémonies Nicolas Sarkozy et dénoncer ses mises en cause de la magistrature. Eh oui, un tract pondu à l’issue d’une AG, comme en Mai-68 ! Et non par des étudiants aux cheveux anarchistes et aux blousons maoïstes mais par des magistrats en robe noire et rabat blanc. Si on avait dit ça au Plouc, il y a 43 ans…

    Le voici donc in extenso, ce tract, expression de la colère des juges d’un tribunal particulièrement éprouvé par les restrictions budgétaires. Merci au confrère Pierre Rancé, excellent chroniqueur judiciaire d'Europe1, qui nous l'a procuré (les soulignages et la graisse des caractères sont le fait des magistrats rédacteurs)

    LES MAGISTRATS, GREFFIERS ET FONCTIONNAIRES DU TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE NANTERRE, REUNIS EN ASSEMBLEE GENERALE EXTRAORDINAIRE :

    •  Regrettent que la douleur des proches de Laëtitia Perrais ait donné lieu à une instrumentalisation de la part des plus hautes autorités de l’Etat ;

     

    • S’indignent du fait que ces mêmes autorités stigmatisent les magistrats et fonctionnaires tout en occultant l’état réel des services de justice et la responsabilité du gouvernement qui leur refuse les moyens de fonctionner dignement et accumule les réformes législatives non financées et souvent contradictoires ;

     

    • Rappellent que le Comité européen pour l’évaluation de la justice a, fin 2010, rétrogradé la France du 35ème au 37ème rang sur 47 pays européens pour la part du budget consacrée à la justice ;

     

    • Soulignent qu’à Nanterre, la situation des services d’application des peines est particulièrement tendue où un poste de juge de l’application des peines est vacant et où 1460 mesures ne peuvent être suivies ; que le vice-procureur responsable de la division de l’exécution des peines est partant sans remplacement ; qu’au tribunal pour enfant manquent un poste de magistrat, un poste de greffier et un poste d’agent.

    Les magistrats, greffiers et fonctionnaires du Tribunal de grande instance de Nanterre, rappelant leur attachement au principe constitutionnel de l’indépendance de l’autorité judiciaire, n’accepteront pas de servir de boucs émissaires dans le cadre d’une démarche démagogique visant à masquer la réalité d’une situation profondément dégradée, bien connue des acteurs du monde judiciaire comme des pouvoirs publics.


    Afin d’alerter l’opinion publique sur la situation de la justice en France dont les justiciables sont les premières victimes, ils s’associent au mouvement national et décident de la poursuite du renvoi des affaires non urgentes.

    Lien permanent 6 commentaires
  • Voyages des ministres, la bulle et les bulles

    Imprimer

    Devenir ministre en France vous introduit dans un monde magique. Vous voilà lové dans la chaleur d’une bulle sur laquelle le quotidien glisse comme une flaque sale sur la vitrine d’une bijouterie. Dans cet univers enchanté, le métro 13 surpeuplé, les rackets à Clichy-sous-Bois, la dernière classe d’un village creusois qui se ferme, les médecins qu’on appelle en vain au fin fond de la Dordogne, les SDF qui grelottent sur le trottoir, les chômeurs qui s’énervent à Pôle Emploi se métamorphosent en quelques lignes d’un rapport que personne n’aurait l’idée de lire.

    Pourquoi briserait-on ce charme? Au paradis ministériel, les enfers n’ont point leur place. Les statistiques se révèlent toujours encourageantes et l’action du gouvernement reste positive, quoi qu’il advienne.

    Dans cette bulle, le ministre oublie ces deux contingences ennuyeuses: la décence et le bon sens. Se faire inviter par un dictateur durant ses vacances de Noël? Voler au-dessus de la Tunisie en pleine révolution, aux frais d’un ami du tyran, quoi de plus normal? Après tout, le Grand Maître de la Bulle en personne a passé les premiers jours de sa présidence sur le yacht d’un richissime homme d’affaires qui l’avait invité. Sans la moindre arrière-pensée, bien sûr.

    L’ennui avec la bulle, c’est qu’elle vous en fait commettre, des bulles. Naguère encore, les Français acceptaient, en râlant, que leurs gouvernants prissent leurs aises. Aujourd’hui, ils éprouvent une furieuse envie de faire crever cette bulle devenue maudite. La crise qui persiste et l’impuissance du pouvoir face à la tourmente de la mondialisation ont changé la grogne en colère.

    Qui en récoltera les raisins? Ayant gambadé durant des lustres dans la bulle et se perdant en disputes égolâtres, les socialistes paraissent fort mal placés. S’ils ne redeviennent pas crédibles, le vote en faveur de Marine Le Pen en 2012 s’annonce massif.

    (Cet éditorial est paru jeudi 10 février 2011 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

     

    Jean-Noël Cuénod

    Voici la vidéo filmée par Europe1 et captée par le Télégramme de Brest. On y apprend que la ministre des affaires étrangères passe aux aveux après des jours de dénégations.

     

  • Bernard Thomas-Roudeix ou les troublantes merveilles de l’art défiguratif

    Imprimer

    BernardThomaRoudeixdegout.jpgSi votre TGV vous lâche à Paris, ne ratez pas l’exposition d’un artiste qui va au bout de nos rêves, le peintre sculpteur et céramiste Bernard Thomas-Roudeix. Elle se déroule à Sèvres, tout près de Paris dans un lieu nommé SEL (Sèvres-Espace-Loisirs). Ce qui convient fort bien à Thomas-Roudeix, l’homme et son œuvre n’ayant rien de fade. Elle se terminera le 6 mars.

    Il est toujours un peu ridicule – et agaçant pour celui qui en est victime – d’enfermer un artiste dans une catégorie. Figuratif ? Abstrait ? Bernard Thomas-Roudeix n’est ni l’un, ni l’autre. Disons que son art est défiguratif. La figure humaine ou animale est déconstruite pour se reconstruire en révélant l’enfant tapi dans l’ombre de celle ou celui qui regarde la sculpture. (illustration de droite, "Le Dégoût" de Bernard Thomas-Roudeix)

     

    Une œuvre de Thomas-Roudeix, c’est la vague de l’inconscient qui laisse sur la plage de la conscience des bribes de trésors dérobés par des pirates, le rêve d’un gosse turbulent façonné par les mains les plus expertes qui soient. Le songe multicolore de l’un de ces sales gamins qui crient en pleine messe de couronnement que le roi est à poils et la reine itou. Thomas-Roudeix est un Mai-68 perpétuel. (illustration ci-dessous, "le Fumeur décomposé" de Bernard Thomas-Roudeix)

    La force de cet artiste à l’anarchisme cruel et joyeux réside dans sa parfaite maîtrise technique acquise aux Beaux-Arts à Paris et peaufinée dans la restauration des monuments historiques. Il peut ainsi re-présenter ce qui, en d’autres mains, serait irreprésentable. Quel autre artiste est en mesure, comme lui, de sculpter de la fumée ?

    Dans cette ère du « tout se vaut », comme le dit son ami et peintre Philippe Rillon,BernardThomasRoudeixfumeur-decompose.jpg où les kooneries et autres fabritudes nous les brisent menus, Bernard Thomas-Roudeix fait tache. Il rappelle, l’insolent, que l’art et la poésie dérivent tous deux du verbe « faire ». Il y a donc les faiseurs qui ne font que du vent et les poètes qui, en « faisant » vraiment, le sculptent.


    Jean-Noël Cuénod

    Sites à consulter

    La Peau de l’Ours, mouvement d’artistes dont Bernard Thomas-Roudeix est membre:

     http://lapeaudelours.free.fr

    Le blogue de Philippe Rillon : http://rillon.blog.lemonde.fr

     Celui de l’artiste : http://thomas-roudeix.com

    Le site de l'expo: www.sel-sevres.prg

    Pratique

    Sèvres-Espace-Loisirs – SEL est situé 47 Grand-Rue à Sèvres dans les Hauts-de-Seine. Horaires – Lundi et mardi : de 14 h. à 21 h. ; mercredi : de 10 h. à 18 h. ; samedi et dimanche : de 16 h. 30 à 21 h. Téléphone : 00 33 1 41 14 32 32. 

  • L’Occident et son irréaliste «realpolitik»

    Imprimer

    La Révolution du Jasmin, soufflant de Tunisie vers l’Egypte et au-delà, présente quelques traits communs avec le «printemps des peuples» qui a secoué les trônes de notre continent en 1847-1848. Partie de Suisse, cette première révolution véritablement européenne avait gagné ensuite la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie.

     Cet élan commun vers plus de liberté et de justice prenait dans chaque pays des formes différentes et a connu des fortunes diverses : réussite complète en Suisse, succès temporaire en France – la République ayant sombré dans le Second Empire quatre ans plus tard - échec ailleurs. Peut-être en ira-t-il de même de l’actuel soulèvement du monde arabe.

    Autre trait commun entre les printemps des peuples arabes et européens, les classes moyennes se sont soulevées car les castes dirigeantes entravaient leur développement, ce qui est d’ailleurs le schéma classique de moult révolutions. Là s’arrêtent les comparaisons entre lieux et siècles fort différents. Mais là commence la remise en cause de l’irréaliste «realpolitik» de l’Occident.

    Durant la Guerre froide, chacun des deux camps soutenait «ses» dictateurs. Puis, dès l’effondrement de l’empire soviétique, les Etats-Unis lâchèrent la bride aux Etats latino-américains. Ceux-ci ont alors entamé leur marche vers la démocratie, par différentes voies.

    Rien de tel au Proche-Orient. Les Etats-Unis et leurs supplétifs européens ont pris la succession des Soviétiques dans de nombreux Etats arabes, dont le principal, l’Egypte, clé de voûte de tout le Proche-Orient. Khrouchtchev soutenait la dictature nassérienne. Les présidents américains en ont fait de même avec la tyrannie de Moubarak. C’est qu’au spectre rouge, avait succédé l’épouvantail vert de l’islamoterrorisme. En bonne «realpolitik», on ne fait pas les difficiles et les angélistes chichiteux, on se bouche le nez en tenant à bout de bras les potentats sanguinaires et cléptocrates. Pour l’Occident, les Ben Ali et les Moubarak avaient peut-être tous les défauts, mais ils présentaient l’avantage suprême de s’ériger en remparts contre Ben Laden et le terrorisme islamiste.

    Beaux remparts en vérité! Cette politique a eu pour principal effet d’associer la démocratie occidentale aux pires dictatures, donnant ainsi l’impression à ces classes moyennes arabes — dont l’Occident allait même jusqu’à nier l’existence— que la liberté leur était confisquée par ceux-là même qui s’en glorifiait.

    Au lieu de soutenir les démocrates arabes, l’Occident a choisi de fermer les yeux sur l’oppression dont ils étaient les victimes, de crainte qu’en laissant la fenêtre ouverte à un filet d’air de liberté, la tempête islamiste ne s’engouffre dans la maison arabe, emportant tout sur son passage. Derrière cette «realpolitik» devenue bien irréaliste depuis quelques semaines, il y avait ce préjugé teinté de racisme: «les Arabes ne sont pas faits pour la démocratie». En 1848, les rois et princes disaient la même chose de leurs peuples. On a vu la suite.

     

    Jean-Noël Cuénod

    VIDEO

    Actuellement, la chasse aux journalistes est ouverte au Caire comme en témoigne le correspondant permanent d'Euronews dans la  capitale égyptienne.

  • La revanche de la tortue Bernadette sur le lièvre Chirac

    Imprimer

    Les ennuis judiciaires pleuvent sur un vieux monsieur de 78 ans, Jacques Chirac. Dans ces pénibles circonstances, Bernadette Chirac occupe chiracmetro.jpgdésormais le premier rôle, alors que sa vie durant elle a été tenue dans l’ombre par son mari, lièvre bondissant. Naguère encore, l'impétueux Chirac avait donné à sa femme un surnom à la mesure de son impatience, « la Tortue ». Eh bien, aujourd’hui la Tortue a rattrapé le Lièvre ! Contrairement à son léporidé lagomorphe un peu feignasse sur les bords, Jean de La Fontaine reste indépassable.

     Des rumeurs sur la santé de Chirac s’insinuent-elles dans les colonnes du Journal du Dimanche ? La Tortue sort aussitôt de sa carapace pour organiser la riposte. C’est elle qui mène à chef les plans de bataille médiatique avant le procès de Chirac en Correctionnelle. Et son mari, accablé par les ans et la perte déprimante du pouvoir, la suit avec une passivité toute nouvelle. Lui dit-elle de sortir dans la rue afin de se faire interviewer et montrer ainsi sa bonne mine devant les caméras ? Le lièvre perclus de rhumatisme s’exécute en grimaçant un sourire. Faut-il secouer les amis pour qu’ils se fendent de commentaires élogieux sur la santé chiraquienne ? C’est toujours la Tortue qui se démène.

    Jadis, elle s’essoufflait à suivre son mari filant à grandes enjambées vers une journaliste blonde à complimenter, un fessier bovin à flatter, une main électrice à serrer, un pâté fermier à engloutir, un préfet fidèle à décorer, un verre de brouilly à descendre, un ambassadeur oriental à entortiller, un parlement grognon à enfumer. Aujourd’hui, la Tortue tient sa revanche.

    Elle a beaucoup agacé – Le Canard Enchaîné lui avait donné comme sobriquet « Chichi Impératrice ». Son côté dame patronnesse agitant sesbernadetteChi.jpg pièces jaunes n’a pas fait oublier les fameux « frais de bouche » du couple Chirac qui ont coûté bonbon à la mairie de Paris. Même si la justice a donné son absolution.

    Mais l’image de cette femme restée, vaille que vaille, à côté de son homme et le soutenant dans l’épreuve alors qu’il est affaibli inspire plus que le respect, une certaine affection. La Tortue est devenue Tigresse.


    Jean-Noël Cuénod

  • L'INSTANT DES INSTANTS

    Imprimer

    galaxie.jpgGlisser dans l'essence
    Du simoun

    Approcher le noyau
    Lumineux
    Or d'au-delà du temps

    Espace
    D'au-delà de l'espoir

    Vide plein
    Sans lieu sans lien

    Prendre enfin
    Ce Présent éternel
    Dans ma main
    D'aveugle illuminé
    Et d'homme
    Mort à tous ses destins

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 11 commentaires
  • Epuration religieuse et folie de la pureté

    Imprimer

     

    C’est fou comme les politiciens adorent les termes hygéniques... Un mot surtout revient de façon — si l’on ose écrire! — récurrente: «épuration».

    Sous le nazisme, l’ «épuration raciale» était prônée sur les ondes jusqu’à la transformer en obsession nationale. Staline, lui, a rempli ses Goulags avec «l’épuration de classe». A la Libération, les pays qui avaient été occupés par l’Allemagne hitlérienne ont recouru à l’ «épuration des collabos» qui a parfois conduit à l’exécution sommaire d’innocents par des résistants de la dernière minute. Durant les guerres de l’ex-Yougoslavie, c’est «l’épuration ethnique»—l’adjectif «racial» étant trop connoté— qui a prévalu.

    Aujourd’hui, la tendance est à l’ «épuration religieuse». Le 7 janvier dernier, après l’attentat islamiste contre l’église copte d’Alexandrie qui a causé la mort de 21 chrétiens égyptiens, le président français Sarkozy a utilisé cette formule en stigmatisant «un plan particulièrement pervers d’épuration du Moyen-Orient, d’épuration religieuse».

    Nicolas Sarkozy n’exagère pas. Les persécutions antichrétiennes se multiplient à un tel rythme, qu’il faut désormais qualifier d’ «épuration religieuse», cette vague de «christianophobie» qui submerge les nations arabes. Le site «missionchretienne.net» constate pour la seule année 2009: «Sur cinquante Etats où les chrétiens sont le plus persécutés, trente-cinq sont des pays où l’islam est majoritaire». Ainsi au Yémen, neuf travailleurs humanitaires ont été kidnappés par des hommes armés. Six d’entre eux n’ont toujours pas été retrouvés. Les corps des trois autres ont été découverts, atrocement mutilés. En Somalie, toujours en 2009, onze chrétiens ont été sauvagement assassinés. L’Iran en a emprisonné 85.
    Dès lors, les critiques acerbes des Etats musulmans contre la votation suisse sur les minarets ou la loi française interdisant le port de la burka sur la voie publique rappellent la célèbre interpellation du Christ rapportée par les Evangiles: «Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans le puits de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton puits à toi, tu ne la remarques pas!»

    Cela dit, dans une mesure bien moindre qu’au Proche-Orient, «l’épuration religieuse» apparaît aussi comme une tentation dans les pays d’Europe. Tant Blocher que Marine Le Pen veulent bannir les mosquées de nos paysages. On commence par les minarets, et après?

    Toute «épuration» déclinée sur le mode politique et religieux relève de cette folie de la pureté qui a conduit l’humanité aux pires horreurs de son Histoire. La blancheur immaculée tourne souvent au rouge sang. Le seul rempart contre l’ «épuration religieuse» est l’instauration de la laïcité comme espace de neutralité confessionnelle. Les pays de l’islam ne sont pas forcément condamnés à ignorer cette notion.

     Après tout, la Turquie, même avec un parti musulman conservateur au pouvoir, a cantonné le religieux dans sa sphère. Demain, si la Tunisie réussit sa révolution démocratique, elle pourra, espérons-le, traduire pour ses voisins le mot «laïcité» en arabe.

    Jean-Noël Cuénod

    (Ce texte est paru dans cette version en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version légèrement raccourcie en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève.)

     

  • L'immigration, utilisée à gauche et à droite

    Imprimer

    Accusé de diffamation et de discrimination raciale – ce qu’il conteste – le polémiste français Eric Zemmour a fait l’objet d’un procès à la XVIIe Chambre correctionnelle de Paris. Au cours de ces débats judiciaires, Zemmour a mis le doigt, non sans pertinence, sur les ambiguïtés de la gauche par rapport à l’antiracisme et, par voie de conséquence, à l’immigration.Zemmour.jpg

    Voici, en résumé, son argumentation: lorsque, au milieu des années 1980, le Parti socialiste a adhéré à l’idéologie libérale et chanté les vertus de la société de marché, plus grand-chose ne le distinguait de la droite; pour conserver une apparence de gauche, le PS a développé son discours antiraciste de façon massive; l’antiracisme est devenu son marqueur identitaire de gauche, faisant ainsi oublier sa capitulation devant l’idéologie libérale.

    La coïncidence des dates entre la conversion des socialistes français au libéralisme et le soutien accru du PS aux organisations antiracistes est, en effet, troublante. Certes, les socialistes ont toujours combattu le racisme. Mais ils ont particulièrement mis en avant ce combat dès l’époque en question. Si Eric Zemmour, comme à son habitude, force le trait, il y a sans doute un fond de vérité dans son propos.
    De l’autre côté de l’échiquier politique, la stigmatisation des immigrés a été systématiquement utilisée à des fins de propagande. Par le Front national surtout, mais aussi dans une moindre mesure par le camp de Nicolas Sarkozy, période Kärcher.

    Dans les deux cas, il y a eu instrumentalisation de l’immigration, soit directement, soit par le truchement de l’antiracisme. Or, en jouant avec ces phénomènes à des fins électorales ou partisanes, on les travestit, empêchant ainsi de réfléchir objectivement à leur sujet.

    Pourtant, il est essentiel que nos sociétés européennes développent une réflexion riche, profonde, non partisane à propos de l’immigration et du racisme. La mondialisation est désormais un fait. Comment l’aborder? En élevant des murs comme le préconisent les partis nationalistes? Compte tenu de l’interdépendance généralisée de la planète, autant se protéger d’une crue avec son mouchoir. Ne rien faire et remettre ces problèmes ennuyeux à demain, à l’instar des partis gouvernementaux? C’est offrir aux démagogues de l’extrême droite un boulevard royal. Elaborer de nouvelles règles de vie commune entre des populations qui viennent d’horizons différents prendra du temps. Et c’est un travail qui concerne toute la société et non pas seulement les politiciens.

    Cela exige à la fois une prise de conscience de la propre histoire de son peuple et une ouverture d’esprit à l’autre qui ne signifie pas abandon de son identité mais enrichissement de sa culture. Autant se mettre à l’œuvre sans tarder, sans instrumentalisation partisane.


    (Ce texte est paru dans cette version en rubrique "Réflexion" dans 24 Heures et de façon légèrement raccourcie en rubrique "Perspective" dans la Tribune de Genève).


    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 15 commentaires
  • Front national en congrès (suite et fin): Marine Le Pen et son pain noir

    Imprimer

    Marine Le Pen a mangé sa brioche. Elle est devenue hier présidente du Front national, par sa présence médiatique et surtout grâce à l’aura que son père conserve au sein de l’extrême droite française. Mais sur sa planche, il lui reste à entamer une grosse miche de pain noir. Tout d’abord, elle devra refaire l’unité de son parti. Or, malgré les jolies fadaises débitées par les dirigeants frontistes, la guerre de succession entre la fille du Chef et l’ex-dauphin Bruno Gollnisch a laissé des traces sanglantes dans les esprits.

    Ensuite, elle devra développer une stratégie qui sera moins aisée à définir qu’il n’y paraît. Pour l’instant, la nouvelle présidente frontiste se refuse à envisager une alliance avec l’UMP qu’elle accuse de tous les maux et vilipende encore plus que le Parti socialiste. Or, aucune formation politique ne peut gouverner seule en France. Même les gaullistes, au plus fort de leur triomphe,  ont dû s’allier aux Républicains indépendants de Giscard. Dès lors, comment peut-elle revendiquer le pouvoir sur tous les tons en refusant de se donner les moyens de la victoire ?

    Certes, elle cherche pour l’instant à élargir la surface politique du Front national et, pour ce faire, il faut jouer les durs et rejeter toute éventualité d’accord, quitte à prendre le risque de s’isoler. Mais il arrivera un moment où, si elle veut vraiment parvenir au pouvoir, Marine Le Pen devra composer avec d’autres forces politiques. Elle sera bien obligée de dire avec qui le FN compte gouverner. Et ce passage des diatribes aux pourparlers sera fort délicat à négocier. La patronne frontiste devra expliquer ce revirement à ses troupes chauffées à blanc. Si elle sait prendre ce virage, Marine Le Pen pourrait alors vraiment peser sur la politique française.

     

    Jean-Noël Cuénod

    (Editorial paru lundi 17 janvier 2011 dans 24 Heures et, en version légèrement abrégée, dans la Tribune de Genève)

     

    Lien permanent 4 commentaires
  • Front national en congrès (4) : fin en foire d’empoigne

    Imprimer

    Deux incidents graves ont éclaté alors que le congrès du FN tire à sa fin. Farid Smahi, qui se proclamait samedi encore avec fierté « Arabe du Front national », a publiquement protesté, vers 14 h. contre son éviction du Bureau politique par Marine Le Pen, la nouvelle présidente frontiste. Il est affligé d’une tare rédhibitoire : Smahi est partisa de Bruno Gollnisch « Pour moi le FN, c’est fini. J’ai été utilisé comme l’Arabe de service. C’est terminé, basta. Je déchire ma carte ! » a-t-il déclaré au Plouc avant d’être jeté manu militari par le service d’ordre hors du Centre Vinci.

    A propos du service d’ordre frontiste, il s’est illustré samedi soir en expulsant un journaliste de France24 qui s’était glissé au gala du FN sans y être invité. Sa carte de presse lui a été confisquée par les gros bras lepénistes. Le journaliste affirme avoir été frappé, ce qui nie Jean-Marie Le Pen qui ajoute, en guise d’ultime provoc’ : « Il a dit être juif. En tout cas ça ne se remarquait pas sur son visage, ni sur son nez ! »

    Le vernis de respectabilité est vraiment très léger. Martine Le Pen s’est pourtant démenée pour en mettre une couche. En vain, semble-t-il.

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 10 commentaires
  • Front national en congrès (3) : un tiers des frontistes pour Gollnisch

    Imprimer



    Dimanche 16 janvier, fin de matinée. Les congressistes et les journalistes qui suivent le congrès du Front national à Tours sont coupés de l’extérieur par d’imposantes forces de l’ordre qui protègent l’imposant Centre Vinci. La présence des frontistes dans la ville qui a vu naître le Parti communiste français suscite des remous sur les rives de la Loire et du Cher. Samedi, quelque 2000 manifestants ont scandé des slogans anti-Le Pen au centre de Tours. Comme nous l’avons signalé dans le texte précédent, une partie des protestataires a voulu s’approcher du Centre Vinci. Les gendarmes mobiles l’ont refoulée en usant de grenades lacrymogènes et ont interpellé 22 antifrontistes. Trois blessés ont reçu des soins après les heurts avec les agents.

    A 10 h. ce matin, les dirigeants du FN ont proclamé les résultats sans aucun suspens, l’élection de Marine Le Pen à la présidence du parti étant annoncée dès hier. Il ne manquait que les chiffres, les voici. Nombre de votants : 17 127 ; Marine Le Pen : 11 546 suffrages ; Bruno Gollnisch : 5 522.
    Celui-ci a fait aussitôt allégeance à la nouvelle présidente, tout en soulignant qu’elle devait compter avec ses troupes représentant un tiers des adhérents qui ont voté et près de la moitié des membres du comité central, soit le « parlement » du parti.

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 1 commentaire
  • Front national en congrès (2) : Pour Le Pen, c’est l’ovation finale

    Imprimer


    Samedi 15 janvier, fin d’après-midi. Une centaine de personnes manifestent contre le congrès du Front national, devant le Centre Vinci à Tours qui est protégé par de nombreuses forces de police. Une échauffourée éclate. Les agents en tenue d’assaut dégagent l’entrée du Centre à coups de grenades lacrymogènes. Certains antifrontistes sont embarqués dans un fourgon de police. Des jeunes militants du FN encouragent les agents : « Allez les Bleus ». Puis, les protestataires se replient.

    Pendant ce temps, dans l’immense auditoire François 1er, Jean-Marie Le Pen prononce son dernier discours en tant que président du FN. Les 2000 délégués brandissent des drapeaux tricolores et scandent son nom dans une ambiance faite de rage et de dévotion. Rage contre « ces barbares qui sont en nos murs ». Dévotion envers le vieux Chef qui s’approche de son destin.

    Deux thèmes parcourent cette harangue de façon obsessionnelle : la décadence et l’islam.
    Prenant son pupitre des deux mains comme pour le soulever et le jeter à la face des démons mondialistes, Le Pen rugit:

    « En un demi-siècle, à quelle déchéance a été réduit notre pays ? Il suffit de dresser un portrait de notre décadence pour constater que les heures les plus sombres de notre Histoire, les politiciens lâches ou médiocres n’ont cessé d’en favoriser la venue pour aujourd’hui et pour notre avenir immédiat. »

    Décadence de la scolarité, tout d’abord : « A l’enseignement fédérateur d’une communauté nationale forte, car fière de ce qu’elle est et sachant d’où elle vient, a succédé un enseignement au rabais avec pour conséquence qu’en France un habitant sur six est illettré. »

    Décadence de la méritocratie républicaine : « A ce principe qui voulait que chacun obtienne en fonction de ses qualités et de ses mérites, se sont substitués la culture de l’excuse pour les délinquants (…), le clientélisme pour couvrir de faveurs certaines catégories de la population afin d’en obtenir les suffrages et la reproduction des élites, érigée en système qui permet à ses enfants de fréquenter les meilleurs établissements au détriment de ceux qui l’auraient bien plus mérité mais ne disposent pas de relations utiles. »

    Décadence de l’économie, accompagnée d’une bonne louche de nostalgie : « La France que j’ai connue jeune était prospère (…). La politique française des trente dernières années a, pour sa part réduit la paysannerie à néant (…). L’industrie, quant à elle, est décimée, victime d’une concurrence internationale inéquitable et de délocalisations continues (…) Pour la première fois, le remboursement des intérêts de la dette est devenu le premier budget de l’Etat ».

    Décadence de la religion, avec un petit clin d’œil aux catholiques intégristes : « Quarante ans de lâcheté et de haine de la Nation ont ainsi suffi à transformer une France chrétienne et laïque en une France incroyante en voie d’islamisation (…) La trahison est venue des élites ecclésiastiques n’hésitant pas à s’acoquiner avec les représentants des lobbies philosophiques ou politiques dont l’objectif affiché était pourtant l’anéantissement de la spiritualité chrétienne, tenue pour réactionnaire. » Ce chapitre est particulièrement ovationné par les congressistes.

    Mine de rien, la religion – non pas en tant qu’aspiration spirituelle mais comme marqueur identitaire – forme la charnière centrale de l’allocution du Chef. « La nature a horreur du vide et le vide spirituel est aujourd’hui peu à peu comblé par un islam importé principalement par les immigrés venus d’Afrique du Nord et d’Afrique noire ».

    Chaque fois qu’il aborde « l’islamisation de la France », l’orateur déclenche les huées d’une foule mue par un réflexe pavlovien. « Nous ne haïssons personne », disait au Plouc une brave dame. Mais la haine se porte bien dès qu’on l’agite en collectivité.

    Le constat que Le Pen dresse de la France en particulier et de l’Occident en général, chacun peut le faire. L’indéniable dégradation de l’enseignement et des services publics ne peut que plonger les classes moyennes dans l’angoisse de régresser socialement. Mais réduire ce phénomène à une question identitaire et à l’ « islamisation de la France » ne résoudra rien, sinon à nous détourner de la recherche des véritables causes de la mondialisation sauvage.

    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 3 commentaires
  • Le Front national en congrès (1): la vieillesse d'un Chef

    Imprimer



    Samedi 15 janvier, début d’après-midi. Voilà donc Le Plouc et sa Plouquette débarquant à Tours, ville qui accueille le congrès du Front national. Un congrès historique puisque son fondateur, Jean-Marie Le Pen passe la main. Enfin presque. Car élevé à la dignité de président d’honneur du parti de l’extrême droite française, sa main manipulera encore les ficelles. D’ailleurs, l’octogénaire qui se veut encore bondissant a pris soin d’assurer sa succession. Sa fille, Marine, sera la gérante principale du fonds de commerce familial.

    2000 délégués du FN et 400 journalistes fourmillent dans les intestins de ce mammouth bétonné que représente le Centre Vinci. Alors à quoi, à qui ressemble un frontiste ? A rien, à personne. Ou plutôt à tout le monde. Si vous vous attendiez à des bataillons de crânes rasés à la mine patibulaire mais presque accompagnés par des pensionnaires du Couvent des Oiseaux en jupes plissées, vous serez déçu. Entre le comptable rondouillard qui en a toujours une bonne à vous raconter, le cadre sup’ très sup’, le prolo en baskets épuisées, la retraitée à la permanente azurée qui piapiate avec ses copines, l’ancien d’Indo et de l’Algérie qui arbore ses médailles, l’étudiante branchi-brancha et le paysan et sa dame habillés en dimanche un samedi, l’extrême droite française a la gueule de tout un chacun. Ce qui est tout sauf rassurant. Et illustre la normalisation des idées frontistes qui, naguère encore, faisaient office d’épouvantail.

    Alors, le Front national est-il devenu un parti comme les autres ? Non. Un point – qui n’est pas de détail – marque sa différence : le culte du Chef. Dès que Jean-Marie Le Pen se dirige vers l’auditorium François-1er pour monter à la tribune dans une envolée à la juvénilité très appliquée, les jeunes frontistes échangent des regards, se dressent, frappent dans leur main, crient « Le Pen, Le Pen » ou « Jean-Marie, Jean-Marie » et les 2000 congressistes offrent au Chef une ovation debout, avec des mines confites en dévotion. Chaque fois que Le Pen prend la parole, fait sentir son ironie ou monte en puissance dans ses propos, c’est la même scène qui se répète. Sentiment d’assister à un office religieux avec ses « debout », « assis », « debout », « assis » qui se succèdent liturgiquement. Personne ne s’est agenouillé, mais cela ne saurait tarder.

    A 16 h. Jean-Marie Le Pen délivrera son message d’adieu en tant que président. Sortez vos missels !


    Jean-Noël Cuénod

    Lien permanent 13 commentaires
  • Quand la délinquance française débarque en Suisse romande

    Imprimer

     France-Soir lui consacre une pleine page et Le Figaro, un important article. La presse d’outre-Jura découvre avec stupeur ce phénomène: la délinquance française débarque en Suisse romande, principalement à Genève et dans des localités vaudoises comme Le Sentier.

    Le phénomène, pourtant, n’est pas nouveau. Les milieux marseillais, lyonnais et italo-grenoblois ont été attirés par les lumières dorées de nos rivages dès les années 50. Mais la truanderie d’alors respectait, sinon des «principes», le terme serait malvenu, du moins certaines règles dictées avant tout par la prudence: on ne tue pas les flics, on use d’un nombre limité d’armes, on évite de mettre à feu et à sang les objectifs visés.

    Leurs héritiers en banditisme ne s’embarrassent plus de telles considérations; la sauvagerie a remplacé la règle. Prise d’otage, usage d’explosifs et d’armes de guerre, les malfrats de l’Hexagone ne font dans la dentelle que dessinée à la kalachnikov.

    Bien entendu, les sectateurs de l’UDC se sont emparés de ce phénomène pour aussitôt réclamer que la Suisse sorte de l’espace Schengen et suive l’exemple de la Grande-Bretagne et de l’Irlande qui collaborent avec Schengen tout en conservant le contrôle de leurs frontières. L’extrême droite oublie juste un léger détail: la Suisse n’est pas entourée par la mer. Chaque jour, 75 000 frontaliers passent la frontière à Genève et dans le canton de Vaud. 

     Bien avant l’entrée de la Suisse dans Schengen, les gardes-frontière procédaient déjà à des contrôles par sondage. Etablir une surveillance stricte à la frontière n’aboutirait qu’à asphyxier notre économie. En outre, sur le plan de la sécurité, sortir de Schengen risquerait de se révéler catastrophique. La frontière franco-romande n’a jamais été rendue étanche, même durant l’Occupation. Les malfrats de la banlieue lyonnaise passeront à travers ce filet aux mailles forcément larges comme ils l’ont fait avant et après Schengen.

    Si elle sort de cet Espace, la Suisse risque de perdre un atout majeur, l’accès à la banque de données commune des polices européennes, le système SIS. Or, le renseignement et l’échange international d’informations sont devenus le nerf de la guerre contre cette délinquance désormais sans frontière. Dès lors, en faisant sortir la Suisse de Schengen, l’UDC rendrait un fier service aux criminels et accroîtrait l’insécurité. Il reste à espérer que ce n’est pas là le but recherché!

    Cela signifie-t-il que tout va bien dans le meilleur espace Schengen possible? A l’évidence, la réponse est négative. Les autorités cantonales et fédérales doivent absolument faire pression sur la France afin que celle-ci prenne enfin des mesures efficaces dans les banlieues lyonnaises et cesse de supprimer des postes au sein de sa police. Force est de reconnaître que la méthode Sarkozy en matière de sécurité est un fiasco. Genève et Vaud sont en train d’en payer le prix fort.

    Jean-Noël Cuénod

    (Version plus longue de la chronique parue jeudi 13 janvier 2011 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures.)

    LE PLOUC SE REND SAMEDI ET DIMANCHE AU CONGRES DE TOURS DU FRONT NATIONAL. IL VOUS TIENDRA AU COURANT DE LA SUCCESSION DE JEAN-MARIE LE PEN DES DEMAIN.

    Lien permanent 29 commentaires