Un plouc chez les bobos - Page 47

  • Vertigineuses confidences d’un juge de la Wehrmacht

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    portrait-de-werner-otto-muller-hill-dr.jpgHaïssant Hitler et ses brutes brunes, Werner Otto Müller-Hill (ci-contre son portrait dessiné par son fils) occupait la charge de juge militaire à la Wehrmacht durant toute la Deuxième Guerre mondiale. De 1944 jusqu’à la défaite allemande de mai 1945, cet officier et magistrat a confié à son journal personnel ses sentiments et ses ressentiments. Ces chroniques d’une débâcle annoncée sont désormais accessibles à tous et en français grâce aux Editions Michalon qui viennent de publier ce « Journal de guerre d’un juge militaire allemand 1944-1945 », traduit et annoté par Jean-Paul Colin.

    Ce vertigineux témoignage nous offre, au moins, trois leçons. Tout d’abord, Werner Otto Müller-Hill confirme une fois de plus que l’extermination des Juifs n’est pas passée inaperçue en Allemagne, même sous Hitler. Le juge militaire ne peut pas écouter les radios étrangères, ne lit que la presse du régime – qu’il ne cesse de vomir. Pourtant, le 30 septembre 1945, il écrit : «Le capitaine S., qui avait sous ses ordres, en Pologne, la Kommandantur d’une gare, me racontait que, dans la localité en question, arrivait chaque jour un train de marchandises d’à peu près 50 wagons remplis de Juifs qui étaient ensuite gazés et brûlés. Ces trains, sur ordre du Führer, avaient la priorité sur les transports militaires.»

    Ensuite, le comportement du juge militaire Müller-Hill illustre la force de l’obéissance, ce long fleuve tourmenté. Cet ancien avocat n’a jamais adhéré au NSDAP, le parti inique devenu unique. Défenseur de nombreux Juifs, il perdra sa clientèle qui s’est retrouvée interdite d’accès aux tribunaux, avant d’être déportée en vue de la «solution finale». C’est donc par nécessité alimentaire qu’il deviendra magistrat militaire dans un Conseil de Guerre de l’armée allemande, dès le début du conflit mondial. Son travail se borne à juger des soldats. Toutefois, ce juriste en uniforme fait partie des mécaniciens de cette grande machine qu’il abhorre et dont il sait qu’elle roule à tombeaux ouverts contre tous les murs. Mais dans un régime totalitaire aussi perfectionné, nul n’est maître de son destin. Une démission serait considérée comme une désertion – douze balles dans la peau – et la fuite condamnerait sa famille à la misère et aux persécutions. Sans doute, s’est-il trouvé bien d’autres Allemands forcés, comme lui, de servir ceux qu’ils méprisaient et dont ils savaient, en parfaite lucidité, la déchéance prochaine. S’ils avaient pu échanger leurs colères par Internet, facebook ou twitter, le nazisme aurait-il duré aussi longtemps ?

    Enfin, lorsque l’officier de justice décrit son travail au sein du Conseil de Guerre et l’usage qu’il fait de la procédure pour contrer les décisions inhumaines prises par ses supérieurs, même contre leurs propres hommes, des zones de droit apparaissent au sein d’un monde de non-droit. Ces zones semblent dérisoires au regard de la monstruosité nazie. Elles serviront, cependant, de fondation pour bâtir une véritable démocratie et un Etat de droit digne de ce nom, au sein de la République fédérale.

     

    Jean-Noël Cuénod

    (Ce texte est paru jeudi 28 avril 2011 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures.)

     

  • Le grillon nous annonce la sécheresse

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    grillon.jpgPendant ses quinze jours de congé au cœur du Périgord Vert, Le Plouc s’est gorgé de magrets, de bergerac, de cognac. Et de soleil intense. Pas une goutte de pluie. Juste quelques larmes de rosée qui perlent au petit matin lorsque le merle fait ses trilles. Que voilà une bonne nouvelle, me direz-vous. Eh bien, non ! La situation est plutôt inquiétante. La sécheresse pointe son museau craquelé.

    Vient-elle de Météo France, cette prévision ? Si tel était le cas, il n’y aurait pas lieu de s’alarmer. Non, hélas, cette prédiction est émise par une source beaucoup plus fiable : le grillon.

    Ce sont les amis du Plouc, paysans du Périgord, qui ont recueilli l’avis de ces devins, dignes membres de la famille des orthoptères ensifères : « Lorsque le grillon creuse la sortie de son nid côté nord, la sécheresse est assurée pour tout l’été ». Cet insecte industrieux n’a pas le caractère insouciant de sa cousine stridulante, la cigale. Il prévoit, suppute et agit en fonction de sa prescience. Au nord, la fraîcheur est, sinon assurée, du moins probable. Donc, visons le septentrion.

    Les potes périgordins ont passé des jours entiers à quatre pattes pour lorgner les trous de grillon. Et se rejoignent dans ce terrible constat : toutes les sorties sont orientées au nord. Donc, sécheresse il y aura. D’ores et déjà, nombre de paysans se ruent sur le foin et la paille. Les prix grimpent. Et l’angoisse suit le même chemin. « Aura-t-on de quoi nourrir les troupeaux ? »

     Fesse-bouc peut bien fesse-bouquer comme un malade et Internet, beuzzer façon diarrhée bovine, la technologie ultraglobalisée ne sert pas à grand-chose lorsque le grillon rend ses oracles.


    Jean-Noël Cuénod

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  • Pâques (4): Jésus Christ et ses mille visages

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    Alors que la fête de Pâques surgit en même temps que les bourgeons, le Ressuscité rend visite à nos mémoires infidèles. Qui est-il, ce Fils de l’Homme? Il est unique et pourtant multiforme. A chacun son Christ. Selon les lieux, époques et convictions personnelles, le voilà Empereur ou anarchiste.

    Longtemps, la notion de Christ-Roi s’est imposée. Les théologiens soulignaient ainsi l’une des trois fonctions qu’ils lui attribuaient : prophète, prêtre et roi. Par sa mission royale, il devait apporter le règne de la justice à l’humanité. Mais au fil du temps, la notion de Christ-Roi a connu les inévitables déformations que la malice humaine se plaît à infliger aux plus nobles figures.
     
    Afin de donner plus d’assise aux trônes séculiers, le roi devenant Christ s’est substitué au Christ devenant Roi. Il s’en est suivi une cohorte d’usurpateurs couronnés, régnant sur leurs sujets, souvent pour le pire et rarement pour le meilleur. Alors que le Christ voulait libérer l’homme de la servitude, les puissants l’ont aussitôt couvert de chaînes, au nom même du Christ.

    A cette image de Fils du Tout-Puissant, a répondu celle de Jésus représentant la souffrance, la détresse, la faiblesse. «La Crucifixion» du mainGrunewald.jpgRetable d’Issenheim peinte par Matthias Grünewald (1475? - 1528) — que l’on peut admirer au Musée Unterlinden de Colmar — en apporte la plus saisissante illustration: les lèvres exsangues de Jésus sont tordues en un cri silencieux de douleur et les doigts crispés vers le ciel semblent accuser le Père. Le Fils subit dans sa seule personne, toutes les tortures passées, présentes et à venir. Le Christ n’est plus le Roi dans toute sa majesté mais la Victime dans toute sa misère.
     
    La raison tonnant en son cratère au XVIIIème siècle, un autre Jésus est alors apparu, plus humain, faisant œuvre de justice et de mesure, plus que de miracles et de prophétie. Un Christ républicain et modéré, protestant et libéral. Aussi faux et aussi vrai que les autres.

    Le plus sanguinaire des siècles, le XXème, a mis en scène un Christ révolutionnaire mais sans violence. Celui du bouleversant poème «Douze» (ou «Les Douze») qu’Alexandre Blok a écrit en janvier 1918 dans la fièvre de la révolution bolchevique à Petrograd; il se termine par ces vers:

    Ils avancent ainsi d’un pas conquérant
    A l’arrière - le chien affamé
    A l’avant - avec le drapeau sanglant
    Et par-delà la tempête, invisible
    Et pour toutes les balles, invulnérable
    Avec une douce allure en surplomb des tempêtes
    Avec toute une floraison en perles de neige
    Et sa petite couronne de roses blanches
    A l’avant, Jésus-Christ.

    (Traduction d’Olivier Kachler parue aux Editions Allia).

     Trois ans après, le poète russe meurt, désespéré par la révolution trahie.
    Avec ses mille visages, le Christ reste libre. On ne le définit pas. On l’aime. Et c’est tout.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Pâques (3): la Résurrection à Fukushima

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    Pâques, c’est Noël débarrassé de ses Chalandes pour grandes surfaces et sa sensiblerie mercantile. C’est la vraie fête chrétienne qui déborde du christianisme, comme un vin généreusement offert, puisqu’elle fait vivre cette question qui touche tous les humains : comment cohabiter avec la mort? Que l’on croit ou non au récit de la Résurrection du Christ reste secondaire. L’important n’est pas la lettre mais le cœur palpitant de l’Esprit.

    La Résurrection n’est pas, à mon humble avis — dans ce domaine, tous les avis sont humbles par vocation — le triomphe de la vie sur la mort. Il n’y a pas concurrence, bataille, guerre, compétition qui aboutiraient à la défaite de l’une et à la victoire de l’autre.

    La Résurrection remet la mort à sa place, celle d’un lieu de passage qui permet à la vie de s’épurer, de se ressourcer, de renaître, de changer de formes tout en restant elle-même, fondamentalement. La mort fortifie la vie. Elle est ce vide sans lequel il serait impossible de garnir un vase de fleurs. Pour le démontrer, l’Eternel s’est fait mortel, Dieu a revêtu sa peau d’homme, en acceptant le pire de la condition humaine, la trahison, l’injustice, la douleur morale, la torture physique, l’angoisse devant le trépas, la solitude des ultimes instants. Malgré les innombrables tentatives pour le défigurer, pour l’embarquer sous les bannières de la haine, pour l’embrigader pour les causes les moins nobles, la figure du Christ injurié, battu, mourant, ressuscitant demeure inaltérée, 2000 ans après le passage sur la Terre de cet être de Lumière. Le vrai — peut-être le seul — miracle du Christ est d’avoir triomphé de l’usure du temps et de la caricature des hommes. Devenu symbole, Jésus demeure à jamais souffrant, cherchant et consolateur.

    Il vit dans ces 304 travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima qui, connaissant les risques majeurs pour leur vie, s’exposent à des irradiations afin de juguler les fuites radioactives provoquées par le séisme du 11 mars. A leur propos, l’ingénieur en physique nucléaire français Bruno Chareyron constate:
    A partir du moment où à l’extérieur de la centrale, il y a déjà des taux de radiation de 4 millions de fois plus élevés que le niveau naturel, cela signifie qu’en quelques heures de présence les personnes ainsi exposées peuvent subir des doses potentiellement mortelles à court terme (...).De ce point de vue, leur combat est un sacrifice.

    Non seulement ces héros anonymes risquent la mort mais encore, ils sont menacés de subir les souffrances provoquées par des cancers. Pourquoi se sacrifient-ils ainsi? Il serait vain de parler à leur place. Leur action suffit à porter témoignage.

    Venant d’une culture différente, ces Japonais ne connaissant peut-être rien de l’Evangile. Mais ils le vivent. Le Christ, c’est le meilleur de l’homme en acte.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • Gabriel Tortella s'envole vers le Grand Horloger

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    Gabriel_Tortella_jpg.jpg

    Dans la nuit de dimanche à lundi, Gabriel Tortella s’est envolé vers le Grand Horloger. Le monde des montres a perdu celui qui était tout à la fois, son Fou et son Roi. Créateur, animateur, âme et moteur de la Tribune des Arts, Gabriel a fait rire et trembler les princes de cet univers où la précision mécanique la plus exigeante se lie avec passion au luxe le plus raffiné. Le mot « montre » dit bien des choses. La montre… montre non seulement l’heure mais aussi le caractère de celle ou celui qui la porte. Elle rend artiste le quotidien.

     

     Gabriel l’a bien compris, d’où le succès de la Tribune des Arts et aussi de ses autres entreprises dans le domaine horloger. Il fallait un œil italien pour distinguer ce que les Suisses produisent de plus beau sur cette planète. Car, même s’il fut naturalisé helvète, Gabriel fut Rital et le restera. Un somptueux et fallstafique Rital, jusqu’au bout de ses éclats de joie, de colère, de générosité. Difficile, en effet, de quitter son bureau sans avoir reçu de sa part de quoi garnir une épicerie transalpine en jambon de Parme, huile d’olive, salamis, mortadelle, grissini. Gabriel donnait comme il respirait.

     

    A la mémoire du Plouc reviennent des vagues de souvenirs… Tortella à son bureau dans l’immeuble de la Tribune de Genève en train de faire des bisous au téléphone à la dir’com’ d’une grande boîte de luxe, tout en engueulant sur son Natel un responsable d’imprimerie. Parfois, l’imprimeur recevait des bisous et la dir’ com’ subissait une avalanche de reproches. Mais ce n’était pas grave. C’était Gabriel et puis voilà. On passait tout à Gabriel. Parce que c’était lui et qu’il était unique, tache de couleur vive sur un monde gris acier… Tortella épuisant des himalayas de kleenex en écoutant sa femme Paloma – merveilleuse pianiste – en train d’interpréter Liszt à la Salle des Abeilles à l’Athénée… Tortella regardant d’un air désespéré d’incompris éternel Le Plouc qui tentait de le convaincre de l’accompagner dans une course de montagne en Gruyères. Jamais Le Plouc n’a réussi à le faire marcher. Mais lui savait fort bien faire marcher les autres.

     

    Gabriel, solaire et généraux, nous a laissé à l’ombre.

     

    Jean-Noël Cuénod 

  • Pâques 2011(2): VERS L’INVISIBLE

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    DronneChalard.JPG

    Homme portant
    Les entrailles
    Tous ses muscles
    En révolte

    Charpente
    Au travail

    Par la charrue
    Des prophètes
    Marquer la boue
    Sillon de sang

    Charpente
    Etablie

    Retrouver l’eau
    Prendre le vent
    Et naviguer
    A l’estime.

     

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Pâques 2011 (1): ce pardon qui a mauvaise presse

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    Après la découverte des crimes, les micros affamés se tendent vers les proches, les amis, les familles. A chaque fois revient cette phrase, ou plutôt ce cri de douleur: «Impossible de pardonner!» Et comment pourrait-il en aller autrement? Un être cher vous est arraché par la violence, par la perversité, par la cruauté sans borne et il faudrait pardonner au monstre?

    Parler de pardon en de telles circonstances est inaudible: «On viole, on torture, on tue et on se fait pardonner? Trop facile!»

    Le pardon a de plus en plus mauvaise presse dans les médias. Il est perçu comme la marque d’une faiblesse coupable devant le mal, d’un état d’âme fait de lâcheté et de complicité. L’acte le plus pur célébré par les Evangiles est devenu un sentiment vil et stupide.

    Sans doute, est-ce la marque d’une époque qui se déchristianise et de l’inversion des valeurs en ce début de XXIème siècle qui élève au rang de vertus ce que naguère nous considérions comme des vices: la cupidité et l’égoïsme, entre autres. D’autres raisons expliquent ce mépris de fer pour le pardon, la ronde infernale des faits-divers. Chaque jour lance à la volée son lot d’horreurs. Sont-elles plus nombreuses aujourd’hui que jadis? Rien n’est moins certain. La lecture de la chronique judiciaire au XIXème démontrerait plutôt le contraire. Mais les crimes d’antan ne franchissaient guère les frontières. Désormais, leurs récits font le tour du monde à la vitesse du son.

    De plus, après la Shoah, chacun sait maintenant qu’une société de haute culture peut puiser en elle la barbarie nécessaire pour tenter — avec une froide méthode — d’éliminer une partie de l’humanité. Comment pardonner à Hitler? Le seul fait d’aborder cette question nous révulse.

    Vilipender les monstres rassure. Plus on leur jette de pierres, plus on s’éloigne de notre culpabilité. C’est oublier que nous avons tous une part de monstruosité en nous. En la projetant sur le criminel, je crois m’en débarrasser. Dangereuse illusion. Le monstre est toujours, là, tapi dans l’ombre. Dans mon ombre. Prêt à surgir.

    Pardonner, c’est donc en premier lieu se pardonner. C’est-à-dire prendre conscience de la possibilité d’un monstre en nous. Ne pas le rejeter mais le transformer en une force positive et créatrice. Cette alchimie intérieure réclame un effort sur soi, alors que tout dans cette société du bruit nous en dissuade. Mais le jeu en vaut la chandelle, puisqu’il s’agit d’apprendre à tourner une page douloureuse pour re-vivre.

    Pardonner n’est en aucun cas passer le crime par pertes et profits. C’est au contraire
    le désigner et le juger comme tel. Le pardon est une force qui permet de se libérer de son statut de victime. Un statut qui est aussi une prison.

    Jean-Noël Cuénod

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  • Les deux faces de l'extrême-droite

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    Tout au long de son histoire, l’extrême-droite présente deux faces. Ou plutôt, il existe deux extrêmes-droites d’origine différente.

    doriot.jpgEn France, l’extrême-droite de Charles Maurras (photo à droite) et de l’Action Française n’avait guère de points communs avec celle du principal parti fasciste de l’entre-deux-guerres, le PPF de Charles-Maurras.jpgl’ex-communiste Jacques Doriot (photo à gauche). Maurras avait réuni autour de lui moult représentants de l’aristocratie intellectuelle, Maurice Barrès, Jacques Bainville, Léon Daudet. On y cultivait la fleur de lys. Le style était élégant et la moustache, cirée.

    Pendant ce temps, sur une autre galaxie, le chef du PPF Doriot turbinait en usine et possédait pour quartiers de noblesse ceux de Saint-Denis, cette ville de la banlieue ouvrière de Paris dont il fut le maire. Un écrivain passé comme lui de gauche à l’extrême-droite, Ramon Fernandez, le décrit ainsi: «Doriot est grand, gros et fort; il sue beaucoup» (cité par Dominique Fernandez dans «Ramon» paru aux Editions Grasset). Chez Maurras, personne n’aurait eu l’idée de suer.

    Ces deux extrêmes-droites qui se méprisaient se retrouveront dans la collaboration durant l’occupation nazie de la France, non sans que plusieurs maurrassiens refusent le nazisme pour s’engager à Londres aux côtés du général de Gaulle.

    marine-le-pen2.jpgToutes proportions gardées, le congrès de Tours du Front national en janvier dernier a fait émerger au grand jour ces deux extrêmes-droites. D’un côté, les partisans de Bruno Gollnisch, des jeunes gens aux crânes rasés, à la mise coûteuse, portant souvent des noms à particules. De l’autre, plus nombreux mais moins bien organisés, les supporteurs de Marine Le Pen, à l’allure nettement plus prolétarienne. Dans les discours aussi, la différence se fait sentir, alors que Gollnisch salue le souvenir de l’émeute antirépublicaine du 6 février 1934, Marine Le Pen célèbre la République. L’un en appelle à la tradition chrétienne, l’autre à la laïcité. La tendance «sociale» l’a donc emporté sur la mouvance «traditionnelle».
     Si Marine Le Pen parvient à réunir ces deux extrêmes-droites, le Front national deviendra, de façonbruno-gollnisch.jpg durable, une force politique majeure. Mais cette cohabitation est prête à voler en éclats aux premiers coups de Trafalgar, car ses bases demeurent fragiles du fait même de cette hétérogénéité sociale.

    On retrouve aussi, sous d’autres formes, ces deux extrêmes-droites à Genève, avec le MCG au discours nettement plus social que celui de l’UDC qui reste fort soumis aux intérêts économiques.
    Malgré leurs différences d’origine, les deux extrêmes-droites partagent une idéologie commune, celle qui privilégie un cercle humain contre les autres, perçus comme des entités à rejeter. Cercle aristocratique ou élitaire pour l’une, cercle nationaliste et populaire pour l’autre. Quand les deux cercles se superposent, l’extrême-droite unie devient un adversaire redoutable pour la démocratie. Mais dès qu’ils ne coïncident plus, elle implose.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • L'oeil bleu d'avril

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    Humeur radieuse
    D’un avril au goût de lait
    Et de grenadine 

     

     

     oeilbleu.jpg

     

     L'œil bleu de la rue
    Regarde sous les jupes
    Du temps qui passe

     

    Lumière d’avril
    Et l’odeur d’oignons grillés
    Dans l’escalier

     

     

    Le ver de terre
    Apporte un grain de soleil
    Dans le fumier

     

    Lune derviche
    Et la nuit bouillonne
    De tous ses étangs

     

     

    Jean-Noël Cuénod

  • La France raccourcit ses « juppettes »

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    Rappelez-vous, elles étaient surnommées les «juppettes», ces femmes ministres du premier gouvernement d’Alain Juppé. Jacques Chirac venait d’être élu président de la République et avait placé à Matignon celui qu’il appelait «le meilleur d’entre nous».

    Il fallait frapper un grand coup, de façon à marquer la fin des interminables années Mitterrand. Alors, Alain Juppé nomma douze ministres et secrétaires d’Etat appartenant au genre féminin sur quarante-deux détenteurs de maroquin. Jamais, les politiciennes n’avaient obtenu autant de postes gouvernementaux.

     Les photographes et cadreurs furent convoqués pour immortaliser par l’image ce gouvernement «enjuppé».
    Mais la lune de miel tourna bien vite en éclipse. Installées ministres le 17 mai 1995, les «juppettes» furent virées le 7 novembre de la même année. Moins d’un semestre! Les manifs et les grèves contre le plan de réformes des retraites (déjà!) et de la sécurité sociale provoquèrent une tempête qu’Alain Juppé tenta de calmer par l’installation d’un nouveau gouvernement. Les «juppettes» se transformèrent aussitôt en string. Sur douze ministres, seules trois femmes réussirent à conserver leur portefeuille.
    L’actuel premier ministre reproduit le même scénario. La malédiction des «juppettes» continue. Sitôt élu à l’Elysée, Nicolas Sarkozy place le début de son règne sous le signe de la diversité. Sur ordre du nouveau président, François Fillon adoube sept femmes, sur quinze ministres. Et cette fois-ci, ces dames n’héritent pas que de vagues secrétariats d’Etat mais reçoivent de véritables ministères d’autorité: Rachida Dati à la Justice, Michèle Alliot-Marie à l’Intérieur, Christine Lagarde à l’Agriculture puis aux Finances, Roselyne Bachelot à la Santé.

     Toutefois, de remaniement en remaniement — et de reniement en reniement — la place des femmes s’est réduite comme une peau de chagrin. Avec la mouture la plus récente, il ne reste plus que Christine Lagarde à disposer d’un maroquin prestigieux et, dans une moindre mesure, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’environnement mais avec un périmètre plus restreint que celui de son prédécesseur Jean-Louis Borloo. Il faut dire que Michèle Alliot-Marie, bombardée ministre des affaires étrangères, avait fait sombrer la diplomatie française. Son limogeage était donc inévitable. Mais l’Elysée aurait pu promouvoir une autre femme à un poste important. Sarkozy et Fillon n’ont pas retenu l’idée.

    Morale amorale: lorsque la tempête politique secoue le bateau gouvernemental, les hommes font bloc et rejettent les femmes à la mer. Les politiciennes sont tolérées par temps calme, c’est même joli toutes ces «juppettes» à la proue du navire. Mais lorsque les choses deviennent sérieuses, les pantalons reprennent le dessus. Ce qui ne les empêchera pas de ramasser une veste lors des prochaines élections.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    Ce texte est paru jeudi 31 mars 2011 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève (version courte) et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures (version complète).

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  • Le Théâtre 14 met Shakespeare en Bouteille

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    Affiche_Tout_est_bien.gifVous disposez encore de tout le mois d’avril pour ne pas rater cette comédie au Théâtre 14-Jean-Marie Serreau à Paris. Aidé par son assistante Estelle Simon, le metteur en scène Pierre Beffeyte y met Shakespeare en Bouteille, dans cette pièce peu jouée, « Tout est bien qui finit bien.» En effet, le sublime Romain Bouteille y tient le rôle du Fou. Tous ceux qui ont encore plein les oreilles de ses sketches vitriolesques au « Café de la Gare », devraient laisser en plan leurs besognes, pour courir au Théâtre 14. 

    Cet éternel garnement en a lancé, des pavés ! Et si ce Romain fort gaulois a créé avec Coluche – qui lui doit tout comme il l’a reconnu à maintes reprises   le « Café de la Gare » en 1968, ce n’est pas pour des prunes. Ou alors pour des pruneaux dans la gueule des flics de tous ordres et désordres.

    Grâce à « Tout est bien qui finit bien », Romain Bouteille continue à faire son insolent solaire et son impertinent pertinent. Cette comédie un brin foutraque a été écrite par Shakespeare dans un encrier sans doute empli de « pure malt », car on y divague entre genres divers, mélo, farce et satire.

    Le Divin William étant au-delà de toutes les époques, chacun pourra transposer cette pièce dans le théâtre politique actuel où les chargés de com’ ont remplacé les courtisans, l’esprit en moins, la lourdeur en plus. Et le Fou Romain Bouteille ne cesse de clamer que le roi est nu. Mais que le monarque soit ou non à poil ne change rien, pourvu que les langues flagorneuses y trouvent l’espace nécessaire à leur pratique.
    Tant que l’on peut se servir en le servant, le roi est toujours habillé.

    Jean-Noël Cuénod

     

    Renseignements.

    « Tout est bien qui finit bien » de William Shakespeare, jusqu’au 30 avril 2011

    Adaptation et mise en scène : Pierre Beffeyte, assisté par Estelle Simon

    Diane : Alexandra Chouraqui (en alternance avec Rachel Arditi)

    Le Fou : Romain Bouteille

    Hélène de Narbonne : Julia Duchaussoy
     
    Le Roi de France et le Duc de Florence : Sébastien Finck

    Seigneur : René-Alban Fleury

    Parolle : Christophe Guillon

    Renaud aîné : Emmanuel Guillon

    Renaud Cadet : Franck Lorrain

    Marianna : Estelle Simon

    Bertrand de Roussilllon : Maxime d’Aboville (en alternance avec Benoît Solès)

    La comtesse de Roussillon et la veuve : Chantal Trichet

    Lafeu : Yvan Varco

    Théâtre 14-Jean-Marie Serreau, 20 avenue Marc-Sangnier, Paris XIV ; téléphone : +33 1 45 45 49 77 ; courriel : theatre14@wanadoo.fr

     

  • Procès Pierre Perret contre "Nouvel Obs": l'honneur et les sous

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    La suite du procès qu’intente Pierre Perret au Nouvel Observateur et à sa journaliste Sophie Delassein à la XVIIe Chambre correctionnelle de Paris n’a pas ménagé les méninges du Plouc, hier. Le chanteur a-t-il piqué la métaphore des truites et des cuisses féminines au poète andalou Federico García Lorca? Où est l’homme qui a vu l’homme qui a vu la femme du conducteur du bus qui a transporté l’écrivain Paul Léautaud en novembre 1953?

    Les témoins de notre consœur ont noyé les juges dans le marais sans fond des détails inutiles. Ils appartenaient soit aux amis de Georges Brassens – surnommés les «tontonmaniaques» – gardiens jaloux de la «moustache chantante», soit aux dévots de Paul Léautaud, les «léautologues», héritiers d’un écrivain qui refusait toute descendance, fût-elle littéraire.

     

    Président de l’association Auprès de mon arbre, Pierre Schoeller a été choqué par certains passages du livre de Perret, A Cappella, concernant Brassens: «On ne dit pas ça sur le dos d’un mort. Georges Brassens, c’est Georges Brassens. Pierre Perret n’est que Pierre Perret. » Peut-être, mais là n’est pas la question. Perret a-t-il plagié Brassens, comme la journaliste du "Nouvel Obs" lui en fait le reproche? Le témoin devient plus prudent: «Je ne dirais pas les choses ainsi. Certains ont pu estimer que Perret, c’était du sous-Brassens. »

     Paul Léautaud est-il entré dans la cabane au Canada?

    Passons à l’écrivain Paul Léautaud. La journaliste affirme que le chanteur ne l’a jamais rencontré, contrairement à ce qu’il prétend dans deux ouvrages. Les «léautologues» – dont le remarquable chroniqueur Delfeil de Ton, qui travaille aussi auNouvel Observateur– soulignent moult contradictions, confusions de dates et incongruités dans les propos de Pierre Perret. Ainsi, le chanteur évoque un spectacle de Line Renaud auquel Léautaud aurait assisté: «C’est aussi vraisemblable que Julien Gracq se rendant à Las Vegas pour écouter Johnny Hallyday», soupire Jean-Jacques Lefrère, médecin et historien amateur. «Vous imaginez Léautaud supportant plus de quinze secondes Line Renaud chanter Ma Cabane au Canada ?C’est à se tordre!» grince Delfeil de Ton.

     

    Toutefois, aucun «léautologue» ne remet en cause la dédicace que Paul Léautaud a donnée à Pierre Perret, ni même le fait que les deux se sont peut-être rencontrés, une ou deux fois, même s’ils en doutent. Or, la journaliste était péremptoire: Perret n’avait jamais vu l’écrivain. Dès lors, elle paraît fort mal partie pour démontrer la véracité de son affirmation.

     

    Sur le plan pénal,le Nouvel Observateur et sa journaliste ne risquent qu’une peine symbolique. Mais il n’en va pas de même sur le plan civil. Pierre Perret réclame à l’hebdomadaire 280 000 fr. au titre de la réparation du préjudice moral. «Et pour mon honneur, ce n’est pas cher payé!» a ajouté le chanteur. Les juges rendront leurs décisions à une date ultérieure. Leautaud.jpgEt pendant ce temps-là, l'âme de Paul Léautaud ricane.

     

    Editorial
    AH, LES BEAUX DUELS D'ANTAN!

    Jadis, les questions d’honneur se réglaient sur le pré, au petit matin, entre témoins amis et corneilles attentives. Naguère, les écrivains et acteurs mécontents giflaient les critiques insolents ou les frappaient à la sortie des rédactions, à l’instar de Jean Marais rossant le journaliste collabo Alain Laubreaux. 

     
    Maintenant, c’est dans la salle d’audience, sombre et poussiéreuse, que les ego blessés entendent obtenir guérison. Et comme onguent, ils réclament de l’argent. Beaucoup d’argent. Il n’est pas sédatif plus puissant ni antibiotique plus désinfectant.
    Après avoir assisté au procès de Pierre Perret contre le
    Nouvel Observateur, nous ne cachons plus notre nostalgie des beaux duels d’antan et des rixes littéraires. L’économie d’une justice tant sollicitée y trouvait son compte et l’honneur, sa réparation. Le sang coulait, certes. Au moins la salive était-elle épargnée. 

    Puisque désormais tout litige doit forcément passer par les mains des juges, il était donc inévitable que Pierre Perret lavât son honneur devant cette XVIIe Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris, qui fait de l’affront à nettoyer sa spécialité. L’impression personnelle que nous retirons de ces débats bien parisiens est que Pierre Perret a été injustement mis en cause par l’hebdomadaire qui l’a traité d’imposteur et de pilleur. Le chanteur et poète a été atteint dans la fibre de sa mémoire. «Cela fait deux ans que j’en souffre, de cet article», a-t-il déclaré aux juges. 

     Toutefois, la longueur des débats, la méticulosité des avocats et des magistrats remuant un souvenir, soulevant une date, soupesant un détail font contraste avec ces dossiers qui n’aboutissent jamais ou ces procès bouclés dans la hâte quand ils ne sont pas bâclés. Et l’observation ne concerne pas que la France. Il y a bien une justice à deux vitesses, voire plus. Quant aux artistes, il vaut mieux écouter leurs chansons poétiques que leurs complaintes juridiques.

     

    Jean-Noël Cuénod

    (Compte-rendu et éditorial paru jeudi 24 mars 2011 dans 24 Heures)

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  • Pierre Perret contre Guy Béart: du rififi chez les poètes

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    pierre-perret-jpg_17961.jpgLes poètes de la chanson française affichent cette camaraderie virile qui sied aux navigateurs de Guy-Beart.jpggros temps. Voilà pour la devanture. Mais, dans l’arrière-boutique, les langues vipérines vibrionnent. Les règlements de comptes entre coteries succèdent aux dérèglements de mécomptes entre ego froissés.
     
    Tel est le contexte qui éclaire le procès en diffamation qu’intente le chanteur Pierre Perret à l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur et à l’une de ses journalistes, Sophie Delassein. Les débats ont commencé, mardi 22 mars, à la XVIIe Chambre correctionnelle au Tribunal de grande instance parisien. Ils ont tourné en affrontement entre Pierre Perret et un témoin fort accusateur, Guy Béart, auteur-compositeur-interprète.

    Dans un article particulièrement venimeux, paru le 29 janvier 2009 et intitulé «Perret et le pot aux roses», notre consœur accuse l’auteur de Blanche d’avoir pillé Georges Brassens, d’autres poètes et surtout d’avoir inventé ses conversations avec l’écrivain Paul Léautaud entre 1954 et 1956. Elle est péremptoire: «Perret n’a jamais rencontré Léautaud. » Or, le chanteur a maintes fois évoqué ses rencontres avec l’écrivain dans un livre paru en 1972, Adieu Monsieur Léautaud, et un autre, A cappella, plus récent, qui a fait l’objet de l’article du "Nouvel Obs".

    Les amis de Brassens sont les ennemis de Pierre Perret

    Selon la journaliste, c’est Guy Béart, lors d’un entretien téléphonique, qui l’a conduite à mener une «enquête serrée» sur les affirmations de Perret. Elle a aussi reçu l’appui de fervents connaisseurs de Paul Léautaud et de l’Association des amis de Georges Brassens, groupe qui déteste Pierre Perret, celui-ci ayant écrit quelques lignes peu aimables sur son héros.
     
    L’avocat de Pierre Perret, Me Francis Szpiner, une des vedettes du Barreau parisien, s’adresse à Sophie Delassein en lui rappelant qu’en 1972, le célèbre critique Angelo Rinaldi, membre de l’Académie française, écrivait dans les colonnes du Nouvel Obs tout le bien qu’il pensait du livre de Pierre Perret consacré à Paul Léautaud.

    Me Szpiner: - Alors, Madame Delassein, pourquoi n’avez-vous pas demandé son avis à un critique aussi avisé qu’Angelo Rinaldi, ancien journaliste de l‘hebdomadaire qui vous emploie?

    Sophie Delassein: - C’est vous qui dites que Rinaldi est avisé…

    Me Szpiner, levant ses petits bras au ciel en écarquillant les yeux: -Ah Madame vous avez une hiérarchie des sources à laquelle je rends hommage!

    Pour démontrer qu’il connaissait bel et bien Paul Léautaud, Pierre Perret remet aux juges deux ouvrages que l’écrivain lui avait offerts. L’un porte cette dédicace écrite à la plume d’oie par Léautaud: «A Pierre Perret, avec des années de retard et mes cordialités. » L’autre est un condensé de l’œuvre de Stendhal où l’on remarque qu’une enveloppe adressée le 4 janvier 1955 à Paul Léautaud a été coupée en quatre pour servir de signet: «Léautaud a voulu ainsi marquer les pages que je devais lire de ce livre qu’il avait préfacé», explique le chanteur aux juges.
     
    "Les Suisses ne connaissent pas les chansons de Pierre Perret"

    Si Pierre Perret porte avec vivacité ses 76 étés, Guy Béart, lui, déplace ses 80 ans avec plus de lenteur. Et doit témoigner assis. Ce qui ne modère nullement la hargne qu’il porte à son «confrère» en l’accusant d’avoir piqué deux vers à Federico Garcia Lorca: «Un vers, ça va; deux vers bonjour les dégâts!» Alors qu’il produisait une émission télévisée, Guy Béart aurait été contraint par l’écrivain Frédéric Dard à inviter Pierre Perret: «C’est faux. Ils n’étaient pas amis. Frédéric Dard vivait en Suisse. Et personne ne connaît les chansons de Pierre Perret là-bas…» s’insurge-t-il en un grand geste rejetant l’Helvétie aux confins de l’Ouzbékistan ou de la Patagonie méridionale. Pourquoi tant de haine? «Je n’en sais fichtre rien. Il ne peut pas m’encadrer depuis nos débuts à La Colombe», nous a confié Pierre Perret lors d’une interruption d’audience.

    Aujourd’hui, la journaliste du "Nouvel Obs" présentera comme témoins les spécialistes de Léautaud. L’écrivain étant mort en 1956, appellera-t-on les tables tournantes à la barre?


    ECLAIRAGE

    Léautaud surgit d’outre-tombe


    On ne lit guère Paul Léautaud (1872-1956) aujourd’hui. On a tort. Son Journal littéraire est un chef-d’œuvre qui éclaire la première moitié du XXe siècle des lettres françaises, écrit d’une plume concise, précise, impitoyable. Tenu en haute estime par Paul Valéry et André Gide, Léautaud a travaillé durant trente-trois ans comme secrétaire général du Mercure de France. Il a ainsi publié le premier poème de Guillaume Apollinaire.
     
    Sous le nom de plume de Maurice Boissard, Léautaud rédigeait aussi des critiques théâtrales d’une sécheresse toxique qui ont mis sur le flanc bien des auteurs. Clochard dans l’allure et aristocrate dans l’âme, l’écrivain cultivait son mépris des hommes et son amour des chats dans un taudis empestant l’urine féline à Fontenay, près de Paris. Paul Léautaud est devenu célèbre tardivement en 1950, lorsque Robert Mallet lui a consacré une série d’entretiens radiophoniques qui a connu un succès d’audience considérable. Son ton sarcastique et sa verve voltairienne ont séduit la France qui venait de subir l’Occupation.

    Qu’aurait-il pensé de ce procès? Citons cet extrait de ses chroniques théâtrales: «Il fut un temps où on savait se venger d’un bon mot par un autre bon mot, rendre épigramme pour épigramme. » Les juges entendront-ils les ricanements d’outre-tombe de ce clochard céleste?


    Jean-Noël Cuénod


    Version complète de la chronique judiciaire parue mardi 22 mars 2011 dans 24 Heures.

  • Le Jasmin et le retour des Etats-Nations

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    Les peuples du Proche-Orient qui se soulèvent contre leurs tyrans ne brandissent ni le drapeau rouge de la révolution internationaliste, ni celui, vert, de l’islamisme radical panarabe. Les Tunisiens, Egyptiens, Algériens agitent la bannière de leurs Etats respectifs. Et les rebelles libyens ont ressorti l’ancien emblème banni par Kadhafi après son arrivée au pouvoir (Photo).rebelleslibye.jpg

    Ce choix, apparemment anodin, marque la persistance de la notion d’Etat-Nation dans les consciences, voire de son retour, tant elle semblait rangée au musée par la globalisation qui, en apparence, a transformé les villes en villages et les Etats en provinces. Brandir son drapeau devient ou redevient un acte révolutionnaire et n’est plus le seul symptôme d’une hystérie de nature footballistique.

    Cela signifie-t-il que la globalisation n’a rien modifié dans les rapports entre peuples, Etats, institutions mondiales? En aucun cas. Le monde a bel et bien changé «de pôle et d’épaule» — dixit le poète Aragon — depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la mise en réseaux informatiques de la planète et l’intensification des échanges qui en est résulté.

    L’Etat-Nation est en passe de changer d’aspect mais il n’a pas été supprimé pour autant. Il reste l’un des éléments principaux de ce puzzle mondial qui se constitue. Dans son remarquable ouvrage «La Voie» qui vient de paraître chez Fayard, le penseur français Edgar Morin aborde, parmi bien d’autres thèmes, la question de l’Etat telle qu’elle se pose maintenant:

    «S’il faut que se constitue une conscience de Terre-Patrie (...) il faut aussi promouvoir le développement du local dans le global». Parmi les voies qu’il distingue, malgré son pessimisme, pour assurer un avenir à l’humanité, Edgar Morin évoque la tension entre «mondialisation» et«démondialisation»: «Il faut à la fois mondialiser et démondialiser (...) La démondialisation signifie le retour d’une autorité des Etats, abandonnée dans les privatisations au profit d’un capitalisme déterritorialisé, comportant le retour aux services publics».

    Si des formes nouvelles de gouvernance mondiale doivent trouver désormais une légitimité qui leur fait défaut — afin de régler des problèmes politiques, économiques ou écologiques qui ne peuvent être traités qu’à grande échelle — il n’en demeure pas moins que l’Etat-Nation reste le lieu adéquat pour établir le lien entre les solidarités de proximité et la vastitude mondialisée.

    En Europe, les succès des partis nationaux-populistes illustrent cette volonté des électeurs à ne pas être dépossédé de ce «lieu adéquat». Ils expriment un malaise qui est bien réel mais en offrant des solutions ineptes qui ne conduisent qu’à l’exclusion et à la haine. Aux partis de la droite libérale et de la gauche de gouvernement de reprendre ce drapeau national qu’ils ont laissé tomber.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • La Naïve, comédie douce et dure

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    Visiteurs d’un soir à Paris, fuyez les  grandes machines du spectacle pour vous glisser dans un petit théâtre de quartier ou de banlieue et voguer à la découverte de ces auteurs et comédiens qui ne sont pas – pas encore ? – faisandés par le chaud-bise, ce pourrisseur des âmes en voie de pipolification aiguë.

    Le Théâtre du Funambule à Montmartre fait partie de ces lieux authentiques. Jusqu’au 30 mars, il présente  « La Naïve », remarquable comédie mise en scène par son auteur, le Napolitain Fabio Marra. A la fois, douce et dure, tendre et cruelle, amère et sucrée, elle évoque une famille napolitaine qui se débat dans la pauvreté avec un sens du tragique irrigué par la bonne humeur. L’ombre est d’autant plus épaisse  dans les pays solaires.

    Comme toujours, tout repose sur les épaules d’une femme, Anna (photo), seule à porter son petit monde qui ne cesse de la naive.JPGtrahir. Jusqu’à point d’heure, sans se départir de son indécrottable optimisme, elle s’échine sur sa machine à coudre pour nourrir les siens et rendre belle la vie de son jeune époux - dont la petite moustache aime à chatouiller les peaux féminines - Federico (joué par l’auteur-metteur en scène). Ce  ci-devant garçon coiffeur lit chaque jour les offres d’emploi en priant un ciel capricieux de ne point trouver de travail. De son côté, Caterina,  la meilleure amie d’Anna, ne cesse de débiner ce mari volage, avec une insistance troublante.

    La naïve et courageuse Anna doit aussi s’occuper de son père, Gennaro, sale gosse de soixante ans. Et voilà que débarquent le frère d’Anna, Stefano, et son épouse, Sofia, qui arbore ses cuisses comme un drapeau. Tous les ingrédients du drame sont réunis, avec une fin qu’il convient de taire qui démontre, une fois de plus, que toute vérité n’est pas bonne à dire.

     La pièce jouée en napolitain doit être encore plus savoureuse. Toutefois, même en français, les accents de cette ville de tous les extrêmes parviennent à percer, comme une pointe d’ail dans des spaghettis aux palourdes.

    Jean-Noël Cuénod

     

    Distribution : Sonia Palau (Anna), Selin Oktay (Caterina), Fabio Marra (Federico),  Georges d'Audignon ( Monsieur Gennaro),  Aurélien Gomis (Stefano), Claire Boyé (Sofia)  Auteur et Mise en scène: Fabio Marra

    Renseignements pratiques.

    « La Naïve » est présentée du lundi au mercredi, jusqu’au 30 mars, au Théâtre du Funambule, 53, rue des Saules à Montmartre (75018 Paris). Téléphone +33 1 42 23 88 83. Site : www.funambule-montmartre.com

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  • Les libéraux prêts à vendre leur âme pour un plat de lentilles municipales

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    « Il faut être réaliste ». Cette phrase du renoncement, le président du Parti libéral l’a soupirée ce matin sur les ondes de One FM en tendant une main molle à l’UDC. Ainsi, le parti de Monique Bauer-Lagier, de feu le grand procureur Raymond Foëx, du constitutionnaliste Jean-François Aubert va s’allier avec l’extrême droite en reniant les idées dont il fut le héraut depuis Benjamin Constant : l’ouverture d’esprit, l’exercice de la raison, le respect absolu de la liberté d’autrui, l’amour de la patrie qui ne se conjugue jamais avec la haine de l’autre.

     Et tout cela pour un malheureux plat de lentilles municipales. Bien entendu, les extrémistes se feront un plaisir de plumer la volaille libérale, comme  les communistes l’ont fait dans les années 40 avec le gallinacé socialiste.

     

    Les libéraux sont prêts à sacrifier leur honneur pour éviter la défaite. Ils sont assurés, tant du déshonneur que de la défaite, du moins celle de leurs idéaux. Si toutefois les libéraux genevois de 2011 en ont encore.

     
    Avec cette alliance contre nature, les libéraux y gagneront peut-être un siège. Ils y perdront plus sûrement leur âme.

    Jean-Noël Cuénod

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  • Le Jasmin et le retour des Etats-Nations

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    Les peuples du Proche-Orient qui se soulèvent contre leurs tyrans ne brandissent ni le drapeau rouge de la révolution internationaliste, ni celui, vert, de l’islamisme radical panarabe. Les Tunisiens, Egyptiens, Algériens agitent la bannière de leurs Etats respectifs. Et les rebelles libyens – qui subissent bien des revers dans l’indifférence générale -  ont ressorti l’ancien emblème banni par Kadhafi après son arrivée au pouvoir.

    Ce choix, apparemment anodin, marque la persistance de la notion d’Etat-Nation dans les consciences, voire de son retour, tant elle semblait rangée au musée par la globalisation qui, en apparence, a transformé les villes en villages et les Etats en provinces. Brandir son drapeau devient ou redevient un acte révolutionnaire et n’est plus le seul symptôme d’une hystérie de nature footballistique.

    Cela signifie-t-il que la globalisation n’a rien modifié dans les rapports entre peuples, Etats, institutions mondiales? En aucun cas. Le monde a bel et bien changé «de pôle et d’épaule» — dixit le poète Aragon — depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la mise en réseaux informatiques de la planète et l’intensification des échanges qui en est résulté.

     L’Etat-Nation est en passe de changer d’aspect mais il n’a pas été supprimé pour autant. Il reste l’un des éléments principaux de ce puzzle mondial qui se constitue. Dans son remarquable ouvrage «La Voie» qui vient de paraître chez Fayard, le penseur français Edgar Morin aborde, parmi bien d’autres thèmes, la question de l’Etat telle qu’elle se pose maintenant:

    «S’il faut que se constitue une conscience de Terre-Patrie (...) il faut aussi promouvoir le développement du local dans le global». Parmi les voies qu’il distingue, malgré son pessimisme, pour assurer un avenir à l’humanité, Edgar Morin évoque la tension entre «mondialisation» et«démondialisation»: «Il faut à la fois mondialiser et démondialiser (...) La démondialisation signifie le retour d’une autorité des Etats, abandonnée dans les privatisations au profit d’un capitalisme déterritorialisé, comportant le retour aux services publics».

    Si des formes nouvelles de gouvernance mondiale doivent trouver désormais une légitimité qui leur fait défaut — afin de régler des problèmes politiques, économiques ou écologiques qui ne peuvent être traités qu’à grande échelle — il n’en demeure pas moins que l’Etat-Nation reste le lieu adéquat pour établir le lien entre les solidarités de proximité et la vastitude mondialisée.

    En Europe, les succès des partis nationaux-populistes illustrent cette volonté des électeurs à ne pas être dépossédé de ce «lieu adéquat». Ils expriment un malaise qui est bien réel mais en offrant des solutions ineptes qui ne conduisent qu’à l’exclusion et à la haine. Aux partis de la droite libérale et de la gauche de gouvernement de reprendre ce drapeau national qu’ils ont laissé tomber.

    Jean-Noël Cuénod

    En bonus, voilà la vidéo d'une conférence données par Edgar Morin dans les locaux du Palais Bourbon où il explique les réformes à entreprendre pour rendre l'avenir vivable.

  • Comment endiguer la vague Marine Le Pen

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    marine-le-pen Langue.jpgQuel que soit le candidat socialiste, Marine Le Pen apparaît en tête du premier tour de la présidentielle 2012 en France, à en croire deux sondages de l’Institut Harris Interactive. Le dernier révèle même que Nicolas Sarkozy pourrait ne pas être qualifié pour le sprint final. Dès lors, une averse de réactions politiciennes inonde les médias.

     
    Les uns s’acharnent à démonter les ressorts de ce sondage pour en dénoncer les vices cachés. C’est une attitude aussi efficace que de balancer à la poubelle le baromètre qui vous annonce un temps exécrable pour dimanche. Les autres s’affolent et renchérissent en matière de xénophobie sur le discours du Front national. Ainsi, la députée UMP Chantal Brunel a répété, façon merle des Indes, les propos de Marine Le Pen promettant de bouter hors des eaux européennes les Libyens et autres immigrés qui auraient l’étrange dessein d’échapper aux massacres et à la famine. Voilà donc le message de la frontiste banalisé par l’ancienne porte-parole officielle du parti sarkozyste.

     

    Quant aux socialistes, personne ne les entend. Ils marchent à côté de leurs escarpins en priant un ciel incertain que leur sauveur Dominique Strauss-Kahn daigne descendre de son Olympe washingtonien pour se confronter à la rugueuse réalité hexagonale.

     
    Marine Le Pen vit actuellement ces moments de grâce où quoi que fassent ou disent ses adversaires, elle engrange des suffrages. Un bémol tout de même dans le concert pour Front national solo, ces sondages flatteurs interviennent trop tôt, treize mois avant l’élection présidentielle. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait pu se hisser au second tour par surprise, personne ou presque ne l’attendait à cette place. Aujourd’hui, chacun est averti des risques encourus.

     
    Toutefois, même si la vague Marine n’a pas encore englouti l’Elysée, il n’en demeure pas moins que l’extrême-droite se renforce partout en Europe. Il faut donc s’attendre à ce qu’un jour ou l’autre, ici ou là, les partis racistes et xénophobes l’emportent. Contrairement aux années 1930, ils ne disposent pas de milices armées et ne se mobilisent pas contre la démocratie. Les traiter de «fascistes» relève donc de l’anachronisme. Il appartient maintenant aux partis qui rejettent toute politique basée sur l’exclusion de tirer les leçons de ce constat: les idéologies du XXème siècle — communisme, social-démocratie, libéralisme — sont mortes.

    Sur ces ruines, il faut reconstruire une pensée politique qui prenne en compte la globalisation, le besoin de protection d’une population européenne toujours plus vieille, la sauvegarde de l’environnement. L’extrême-droite évoque ces problématiques en offrant des solutions sans issue. Aux partis de l’ «arc humaniste» de tracer des voies nouvelles. Le peuple se détournera des démagogues dès qu’il aura la certitude qu’on le prend, pour une fois, au sérieux.

     

    Jean-Noël Cuénod

    Ce texte est paru jeudi 10 mars en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et, en version plus courte, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève. 

  • Jacques Chirac échappe une fois de plus à la justice

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    Le Plouc avait commencé à vous entretenir du procès Chirac. Mais hier, hop, plus de procès! Voilà donc, destiné aux internautes, le papier paru ce mercredi 9 mars dans la Tribune de Genève et 24 Heures. En fin d'article, vous pourrez voir et ouïr la vidéo du reportage de BFMTV sur cette étrange journée au Palais de Justice de Paris.

    Jacques Chirac sera-t-il jugé un jour? On peut en douter. mardi, le juge Dominique Pauthe, qui dirige la XIe Chambre correctionnelle de Paris, a annoncé qu’il reportait le procès de l’ancien président de la République.

    Il a bien avancé une date de reprise, le 20   juin prochain, mais il ne s’agit que d’une audience de fixation du calendrier des débats. Or, les avocats de Chirac et des coaccusés – ses amis politiques en grande partie – ont d’ores et déjà brandi des agendas dont la plénitude contraste avec la vacuité du casier judiciaire de l’ex-chef de l’Etat. Aucun ne sera disponible à cette date, «hélas», ont-ils soupiré en chœur avec des mines de chattemites et une sincérité que chacun appréciera à sa juste mesure.

    Le principal conseil de Chirac, Me Jean Veil — le fils de l’ancienne ministre Simone Veil —, a même déclaré au président Pauthe, soulevant des grondements réprobateurs dans la salle: «En juin, nous serons entrés en période électorale et il me semble inenvisageable d’examiner cette affaire dans un tel contexte. » Alors quand? Après les élections de 2012? Autant dire aux calendes grecques. L’ancien président aurait alors 80 ans.

    «Ce n'est pas républicain, Monsieur!»

    Et puis, Jacques Chirac n’est pas candidat, pourquoi le procès ne se poursuivrait-il pas en période électorale? «Ce ne serait pas républicain, Monsieur!» nous a rétorqué un avocat. Voilà qui clôt le débat.

    Ce report du procès a pour origine la décision de la XIe Chambre correctionnelle de transmettre à la Cour de cassation la «question prioritaire de constitutionnalité» (QPC) déposée par Me Leborgne, avocat de Rémy Chardon, l’ancien directeur du cabinet de Chirac. Cette QPC ne concernait qu’un seul des deux volets du dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris. Mais le président Pauthe a décidé avec ses assesseurs de ne pas disjoindre les deux causes et de reporter l’ensemble du dossier.

    Souvent soupçonné

    Accusé d’avoir fait rémunérer des permanents de son parti, le RPR, par la ville de Paris lorsqu’il en était le maire, Chirac bénéficie donc, une fois de plus, d’un répit. Suspecté dans de nombreuses affaires politico-judiciaires depuis une vingtaine d’années, il est toujours parvenu à éviter d’être jugé. Douze magistrats instructeurs ont enquêté à son propos mais leurs dossiers ont été étouffés par les habiles manœuvres procédurières de ses brillants avocats et aussi grâce à la mansuétude du Parquet (l’accusation) qui, en France, dépend hiérarchiquement du gouvernement.

    De plus, pendant douze ans, Jacques Chirac a bénéficié de l’immunité présidentielle, ce qui a rallongé d’autant les procédures. Seules deux affaires d’emplois fictifs ont pu parvenir jusqu’à l’audience de jugement, les deux dont, justement, le procès vient d’être reporté.

    Commentaire d’un de nos confrères parisiens à la sortie du Palais de Justice: «Voilà qui fera encore grimper Marine Le Pen dans les sondages.»

     

    Jean-Noël Cuénod

    Procès Chirac: Vidéo de BFMTV

  • En marge du procès Chirac : les « satellites allumés »

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    Nous réserverons à la partie « papier » de la Tribune de Genève et de 24 Heures, les aspects sérieux du procès de Jacques Chirac - accusé, lorsqu’il était maire de Paris, d’avoir rémunéré des permanents de son parti, le RPR, avec les sous de ses contribuables. Dans son blogue, Le Plouc s’intéressera aux « satellites allumés » qui tentent d’accrocher l’orbite de cette affaire.


    Parmi les parties civiles – c’est-à-dire les personnes lésées – figurent des associations qui luttent contre la corruption ou défendent les citoyens. Mais deux particuliers très particuliers sont parvenus à se glisser sur ce banc. Pourquoi ne se constitueraient-ils pas parties civiles puisque ces deux « satellites allumés » sont contribuables de la Ville de Paris ? Et à ce titre, ils se déclarent lésés. Heureusement pour les nerfs du président Pauthe qui dirige les débats, les 2 211 295 autres Parisiens n’ont pas suivi cet exemple. La loi française se révèle fort laxiste en la matière. A peu près n’importe qui, disant n’importe quoi, pour aboutir n’importe où, peut se parer du titre de partie civile et participer au procès.


    Visiblement, les deux zozos en question ne cherchent qu’une seule chose : disposer de leur quart d’heure de célébrité promis par Andy Warhol. Le spectacle qu’ils ont offert, lundi en ouverture du procès Chirac, relève donc du théâtre de l’absurde. Ainsi, ces énergumènes se sont-ils prononcés sur la « question prioritaire de constitutionnalité » posée par Me Leborgne, l’avocat de l’ancien directeur du cabinet de Jacques Chirac. Un sujet ardu et d’une rare technicité. Imaginez un quidam n’ayant jamais lu une partition de solfège de sa vie et encore moins touché un piano qui, soudain, veut interpréter une sonate d’Alban Berg. Et vous aurez une idée de la prestation de nos contribuables.


    Mais les « satellites allumés » n’ont aucune peur du ridicule. Ils pérorent,  jacassent, cacardent et caquettent accrochés au micro, trop heureux de savourer ce moment où la France les regarde. Lassé, le président veut les interrompre. Les « satellites » clignotent de rage et hurlent à la censure. Deux gendarmes les saquent de la salle d’audience, au soulagement général. L’un d’entre eux se laisse tomber. Et les agents doivent se mettre à plusieurs pour le traîner à terre hors du prétoire.  Le spectacle est terminé. Mais les deux compères promettent de revenir.


     Le ridicule n’a jamais tué. Mais il peut nous faire mourir d’ennui.

     

    Jean-Noël Cuénod