Un plouc chez les bobos - Page 44

  • Tao de la mollesse : Hollande terrasse Martine Aubry et Elizabeth Teissier

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    La France assiste, pleine d’espérance inquiète, à la grande revanche des mous. François Hollande – dénoncé par la dure Francois-hollande.pngde dure Martine Aubry comme le caoutchouteux héros de la gauche guimauve – a triomphé dimanche dernier; plus personne ne l’ignore, sinon la voyante extralucide Elizabeth Teissier qui a vu la patronne du PS emporter la primaire.

    Sur la rive droite, dans l’ombre, courte il est vrai, du président Sarkozy, c’est un autre mou qui se lève, l’indécoiffable François Fillon. Ce premier ministre de récessive apparence ne cesse de dire le contraire de son maître élyséen et affiche ses ambitions avec une discrète obstination.

    Voilà ce provincial à l’élégance impeccablement funèbre qui se porte candidat dans la capitale à la prochaine élection législative de juin 2012. Et il fait savoir que ce siège, n’est, si l’on ose dire, qu’un tremplin pour sauter en 2014 sur le fauteuil du maire de Paris, Bertrand Delanoë ne se représentant pas. Or, tout le monde le sait depuis Chirac, l’Hôtel de Ville peut vous catapulter encore plus haut. Le mollasson de la droite prouve qu’il ne manque pas de ressort.

    Pour les politiciens français qui battent la campagne, la lecture du Tao-Te-King – le livre du Tao écrit par Lao Tseu – s’impose. Ils y apprendront que, huit siècles avant la naissance de François Hollande, ce sage chinois avait prévu sa victoire sur Martine Aubry en calligraphiant cette sentence:

     «Ce qui est mou triomphe de ce qui est dur.»

    Il est d’autres maximes taoïstes dont les candidats à la présidence française devraient faire leur miel. Celle-ci, par exemple:

    «L’homme qui parle beaucoup est souvent réduit au silence.»

     Nicolas Sarkozy en sait quelque chose. Plus il se répand dans les médias, moins les sondages lui sont favorables.

    Le président s’efforce d’ailleurs de se montrer plus discret. Mais à l’impassible, nul n’est tenu, le Vibrionnant moins que tout autre. Et que l’on ne compte pas sur lui pour suivre cet autre conseil de Lao Tseu:

    «Lorsqu’on a fait de grandes choses et obtenu la gloire, il faut se retirer à l’écart.»

    Tous les prétendants seraient bien avisés de faire leur ce principe du Tao:

     «Le sage vit dans la conscience des difficultés et n’en souffre pas.»

    Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Comment ne pas éprouver une vive douleur lorsque les casseroles politico-financières se mettent à déborder à gros bouillons? Cela demanderait au politicien plusieurs réincarnations pour parvenir à surmonter le cruel sentiment d’abandon qui le transperce lorsque les mauvaises nouvelles se succèdent à un rythme effréné.

    «Les emmerdes volent toujours en escadrille»,

    disait Jacques Chirac qui, lui, a démontré au cours de ses douze ans de règne qu’il pratiquait le Tao avec bonheur, en appliquant ce précepte empreint de sapience:

     «Il n’est rien qui ne s’arrange par la pratique du non-agir.»

    Jean-Noël Cuénod

     

  • François Hollande candidat contre Nicolas Sarkozy: l’édito du Plouc.

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    Désormais candidat officiel du Parti socialiste, François Hollande va s’atteler dès lundi à sa première tâche, à savoir recoller les morceaux du Parti socialiste français. Certes, le résultat qu’il a obtenu dimanche à l’issue de l’ultime tour de la primaire de la gauche semble assez large pour l’aider à atteindre ce premier objectif. Car seul un PS uni derrière lui peut envisager la victoire pour l’Elysée au printemps prochain.

    Or, cette union fraîchement acquise a été récemment mise à mal. Les débats du premier tour et celui du second s’étaient bien déroulés, jusqu’à jeudi. Ce jour-là, malgré sa bonne prestation de la veille devant les caméras de France 2, Martine Aubry a constaté qu’elle n’avait pas réussi à faire la différence avec Hollande. Elle s’est donc répandue en attaques personnelles virulentes contre son rival socialiste, pensant capter ainsi des voix à la gauche de la gauche. En vain. Mais le venin qu’elle a instillé dans le corps socialiste continuera à faire son effet. Les forces de dissolution se révèlent souvent plus fortes que celles de coagulation dans la vie politique française.

    François Hollande devra donc user de toutes les ressources de sa diplomatie pour soigner le PS et réduire le pouvoir de nuisance de Martine Aubry. L’ancien patron des socialistes pourra-t-il réconcilier ce parti avec lui-même, lui qui n’y était pas parvenu avant le calamiteux congrès de Reims en 2008? Toutefois, grâce à cette primaire qui a réuni dimanche près de trois millions d’électeurs, le président de la Corrèze dispose aujourd’hui d’une légitimité nationale qu’il ne possédait pas hier. Et cela peut vous changer un homme.

    En face, Nicolas Sarkozy a entamé sa mue. De président impopulaire, il va se transformer en candidat pugnace. C’est son rôle préféré. Mais l’élection de 2012 ne ressemblera en rien à celle de 2007. Sarkozy traînera un bilan qui est jugé négatif par la plupart des Français, même par ceux qui ont voté pour lui il y a bientôt cinq ans. L’actuel président ne pourra plus brandir l’étendard de la rupture et devra se couler dans la posture du rassembleur. Or, il n’y est jamais parvenu, malgré ses efforts récents. François Hollande, en revanche, paraît meilleur dans ce rôle, même si Nicolas Sarkozy soulignera à gros traits son inexpérience gouvernementale, alors que lui fait partie de décideurs mondiaux.

    Hollande devra donc recoller les morceaux du PS, puis ceux de la France, en persuadant les classes moyennes qu’il peut leur faire entrevoir un espoir d’éclaircie. Avec cette primaire qui a donné une crédibilité nouvelle au PS français, le candidat socialiste a gagné une étape. Mais pour arracher le maillot jaune à Sarkozy, il lui faudra en remporter bien d’autres. Et éviter les coups tordus.

    Jean-Noël Cuénod

  • Ségolène Royal, Martine Aubry et François Hollande: le coup de poignard de la reine déchue

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     Dimanche soir, la France pleurait au rythme des sanglots versés par Ségolène Royal, reine déchue avec ses pauvres 7% d’électeurs au premier tour de la primaire du PS. Trois jours après, elle revient sur scène en provoquant la seule surprise de cet avant second tour. Quitte à ne plus être reine, autant couronner elle-même le futur prétendant socialiste à l’Elysée.

     Elle n’a pas laissé longtemps ce plaisir à Montebourg qui faisait assez «ravi de la crèche» avec ses 17% de votants qu’il n’espérait pas conquérir.

     

    En soutenant son ancien compagnon François Hollande — alors que tout portait à croire qu’elle choisirait Martine Aubry — Ségolène Royal lui a donné un coup de pouce qui peut se révéler décisif, en même temps qu’elle poignardait dans le dos celle qui l’avait écartée de la direction du PS. Car ses 7% d’électeurs pèsent plus que les 17% d’Arnaud Montebourg qui, lui aussi, soutient François Hollande, mais à titre personnel, sans donner de consignes de votes à ses supporteurs. De toute façon, le «troisième homme» a reçu un grand nombre de voix provenant de l’extrême gauche. Or, les militants rouge vif ne se déplaceront certainement pas au second tour pour départager deux sociaux-démocrates. Quant aux autres électeurs de Montebourg, ils se partageront entre François Hollande et Martine Aubry, au gré de leurs intérêts ou de leurs opinions.

     

    En revanche, les partisans de Ségolène Royal sont affectivement très attachés à leur héroïne. Dans les réunions socialistes, elle traîne son long manteau de dévotes et de dévots qui ont pour elle le regard des adorateurs de la Madone. Si elle soutient le père de ses enfants, nul doute que ces «royalistes» se feront aussitôt «Hollandais».

     

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

    (Editorial paru dans 24 Heures vendredi 14 octobre 2011 et réactualisé)

     

  • Hollande-Aubry: tout n’est pas rose dans la primaire du PS

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    La primaire… Toute la France mâche ce mot. Même la droite salue cette initiative du Parti socialiste de l’Hexagone. Sauf Nicolas Sarkozy qui la juge contraire à l’esprit gaulllien. Mais en l’occurrence, c’est moins la gauche que le président visait que son premier ministre François Fillon — chaud partisan de la primaire — qui l’agace de plus en plus.

    Avec 2,7 millions d’électeurs, le Parti socialiste a donc réussi son pari. Du moins jusqu’à maintenant. Il reste à savoir si l’étalage des arguments et des postures ne va pas plutôt servir à Nicolas Sarkozy pour assurer sa réélection à la présidence de la République en 2012. Il connaît désormais toutes les failles de son futur adversaire socialiste. Cela dit, le débat de mercredi soir sur France 2 entre Martine Aubry et François Hollande n'a pas dû lui apprendre grand-chose. Sauf, que les deux adversaires socialistes partagent à la fois le même programme et une inimitié réciproque. Ce qui ne relève pas de l'information exclusive.

    Tout n’est pas rose dans la primaire du Parti socialiste français. Ses effets positifs remplissent actuellement colonnes et micros. Ses effets négatifs n’en subsistent pas moins. L’organisation de la primaire a permis au PS de se sortir des magouilles internes qui présidaient au choix de son candidat. Mais ce mode de désignation détruit la substance même d’un parti politique, comme l’a relevé le professeur Rémi Lefebvre (Sciences-Po à Lille) dans une tribune libre publiée en mai 2010 par Le Monde Diplomatique:
    «C’est cette conception du parti comme creuset politique, lieu de délibération, d’éducation et de mobilisation qui se démonétise aujourd’hui (…) A quoi bon militer dans un parti si rien ne distingue le militant du sympathisant? Si les frontières du dedans et du dehors du parti disparaissent?»

    Face aux crises du capitalisme, le socialisme démocratique aurait pu tenir lieu d’alternative, à la condition que sa définition et ses objectifs fussent réexaminés à l’aune de l’effondrement du socialisme autoritaire. Le Parti socialiste français, de par son importance, aurait dû devenir ce creuset où l’alternative nouvelle se forme. Il n’a pas su ou voulu le faire. Au lieu de ménager un espace où l’avenir peut se dessiner, le PS a préféré construire des écuries électorales.

    Certes, Arnaud Montebourg a apporté une touche un peu originale. Mais ses propositions tenaient aussi de cette «pensée marketing» à laquelle doit se plier tout candidat à une élection très personnalisée. La démondialisation semble-t-elle à la mode? Montebourg s’en proclame aussitôt le héraut. Mais comment y parvenir dans le cercle national où se déroule l’élection présidentielle? Le programme du chef de l’aile gauche socialiste est, à cet égard, tellement flou qu’il se fait récupérer par Marine Le Pen et son Front national.

    Le PS a choisi la primaire pour moteur de sa régénérescence électorale. Mais cette «fabrique de personnalités» signe aussi sa dégénérescence comme force de proposition alternative au capitalisme.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • RE-SENTIMENT

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                                                                                     RE-SENTIMENT

     

     


                                                                            Long Royaume des Tourbes
                                                                            A l'horizon ventru
                                                                            Et tout veiné de brun

                                                                            Des labours enfumés
                                                                            Se hissent vers les hommes
                                                                            Des senteurs opulentes
                                                                            A la danse puissante
                                                                            Telle celle des femmes
                                                                            A la chair de moisson

                                                                            Mais tôt ou tard la Terre
                                                                            Se fendra fruit mûr
                                                                            Sous la poigne du feu
                                                                            Et des croix pousseront
                                                                            Comme des épineux

     

                                                      Jean-Noël Cuénod

     

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  • Le stalinisme, une passion française

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     Et Staline pour nous est présent pour demain Staline.jpg
    Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur
    La confiance est le fruit de son cerveau d’amour
    La grappe raisonnable tant elle est parfaite.

    Ces vers grotesques ont dégoutté de la plume de l’un des plus grands poètes français de tous les temps, Paul Eluard. Cette Ode à Staline, publiée en 1950, illustre la passion qu’une part importante de la France a vouée à l’un des tyrans les plus sanguinaires de l’Histoire.
    Un livre vient d’être publié sur cette dévotion qui a marqué au fer rouge des générations d’intellectuels français, Heil de Gaulle! Histoire brève et oubliée du stalinisme en France (Editions Vuibert). Ses auteurs: les historiens Paul Lidsky et Jean-Marie Goulemot. Pour l’instant, cet ouvrage aussi bien écrit que documenté est accueilli par un silence assourdissant dans les médias d’outre-Jura. La patte du Petit Père  des peuples pèserait-elle encore sur les bonnes et mauvaises consciences?

    Le titre - Heil de Gaulle! - se réfère au slogan débité à la fin des années 1940 par la presse communiste, qui n’hésitait pas à chausser de très gros sabots.
    Des sabots taillés à la serpe par Jdanov, le «sinistre» de la culture du gouvernement stalinien. Pensée manichéenne, violence verbale, mensonges éhontés faisaient partie de son arsenal. Comment de brillants esprits ont-ils pu oublier leur intelligence dès que la question soviétique était abordée? Le rôle important qu’a tenu le Parti communiste français dans la Résistance ainsi que le tribut payé par l’URSS à la lutte contre Hitler expliquent bien des choses.

    «Au sortir de la guerre, 25% des élèves des Ecoles normales supérieures (ndlr: les «fabriques» de professeurs) sont membres du PCF ou des jeunesses communistes», relèvent Lidsky et Goulemot. Pour ces jeunes gens, il s’agissait parfois de faire oublier les choix malheureux de leurs parents pendant la collaboration. Si les communistes ont tenu une place essentielle au sein du combat intérieur contre l’occupant nazi, il a tout de même été nécessaire d’effacer le fait que le PCF n’est massivement entré en résistance qu’au moment de l’attaque allemande contre l’URSS. Auparavant, les dirigeants communistes négociaient discrètement avec l’occupant la reparution de L’Humanité.

    StalineLivre.jpgPour les auteurs de Heil de Gaulle!, les racines de cette fascination sont ancrées dans l’Histoire de France: «Le marxisme-léninisme construit la Révolution française comme le modèle originel de toute révolution (…) Cette importance accordée à la Révolution de 1789 par l’historiographie soviétique elle-même a convaincu certains que la France était la fille aînée de la République des Soviets, d’où l’alignement jusqu’à la caricature sur l’URSS (…)»

    Le stalinisme est-il mort? En tout cas, il bouge encore, avertissent les deux historiens: «Il s’est disséminé et a profondément imprégné l’extrême gauche, qui s’en défend. Elle le dénonce sans se rendre compte qu’elle en adopte souvent le sectarisme.»


    Jean-Noël Cuénod

     

    (Texte paru jeudi 6 octobre 2011  (version complète) en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en rubrique "Perspective" (version légèrement abrégée) de la Tribune de Genève) 

  • « René L’Enervé »: Jean-Michel Ribes s’énerve trop tard

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    Paris se gondole au Théâtre du Rond-Point à Paris. Maître des lieux et formidable homme de spectacle, Jean-Michel Ribes vogue vers le succès avec son «Opéra-bouffe et tumultueux» intitulé «René l’Enervé». Salles pleine et éclats de rire.

    Sur le plan formel, la performance de Ribes, auteur et metteur en scène, du compositeur Reinhardt Wagner, ainsi que de tous ses acteurs-chanteurs et musiciens est époustouflante. Du grand opéra-bouffe comme on les aimait jadis. «René l’Enervé» est l’agité qui s’agrippe à son fauteuil présidentiel de plus en plus branlant. Il fallait bien consacrer un «Opéra-bouffe» à celui qui a goinfré ses amis au Fouquet’s. Tout le camp Sarkozy est ainsi croqué avec épouses successives et conseillers calamiteux. Les adversaires de René se partagent entre Gaufrette et Ginette, avec un Coiffeur International qui aime beaucoup les dames. Allez savoir pourquoi, le voilà foudroyé juste au moment où il allait «coiffer au poteau» les deux opposantes. Il y a aussi une charge contre les écolos-bobos et, surtout, les inquiétants "Cons nationaux" au front aussi bas que national.

    Le Plouc et sa Plouquette, comme les autres spectateurs, ont ri. Un rire un rien teinté de jaune. Tout d’abord, «René l’Enervé» est tellement plaqué sur les circonstances du moment qu’il en reste anecdotique. Or, Sarkozy n’est que le symptôme d’un mal plus profond. En braquant les feux sur sa seule petite personne, l’essentiel est laissé dans l’ombre. Si le personnage principal avait été plus dégagé de sa gangue d’actualité, il aurait acquis une dimension plus universelle, mieux à même de mettre au jour les entrailles de ce capitalisme rapace qui ronge le corps social. Même si Reinhardt Wagner est à l'évidence influencé par Hanns Eisler, l'un des compositeurs de Bertold Brecht, nous restons fort éloignés de l'auteur de la "Résistible ascension d'Arturo Ui". 

    En outre, cogner sur Nicolas Sarkozy au moment où tout le monde tape sur lui, y compris dans son propre camp, rend la satire plus plate. Cet acharnement sarkophobe peut d’ailleurs faire l’effet inverse et, en fin de compte, rendre sympathique l’Enervé de l’Elysée. Si cet Opéra-bouffe avait été créé il y a deux ans, cela aurait eu une tout autre allure. Il aurait provoqué plus de controverses intéressantes qu’aujourd’hui. Bref, avec son «René l’Enervé», Jean-Michel Ribes s’est énervé trop tard.

    Toutefois, le spectacle en lui-même vaut d’être vu.

    « René L’Enervé » jusqu’au 29 octobre, Théâtre du Rond-Point, salle Renaud-Barrault à 21 h. ; dimanche à 15 h. relâche les lundis.

    Jean-Noël Cuénod

    Voici d’ailleurs une vidéo pour vous en faire une petite idée.


    René l'énervé au Rond-Point : les premières images par WebTV_du_Rond-Point

  • La France rurale n’est plus ce qu’elle était

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    La perte par la droite française de «son» Sénat ne se limite pas à un coup de Trafalgar électoral. Il s’agit d’une vague de fond qui vient de loin. Elle traduit les profonds changements de cette France rurale que l’on croyait immuable, malgré les bouleversements subis par le monde agricole au XXe siècle. Au-delà des divisions au sein du camp sarkozyste qui ont facilité la tâche de la gauche, le vote de dimanche illustre la rébellion couvant dans les bourgs et villages depuis plusieurs années.

    Au printemps 2008, un an après l’accession de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, la grogne commençait déjà à se faire entendre dans son propre camp. Pendant la campagne municipale, j’avais interviewé Pierre Giry, le maire de Nontron, sous-préfecture de la Dordogne. Malgré son appartenance au parti sarkozyste UMP, il laissait exploser sa colère à la suite de la suppression du tribunal de sa petite ville: «A aucun moment, la mairie n’a été consultée. Tout ça s’est fait dans notre dos!» Il récusait déjà l’étiquette de sarkoyzste: «Je suis gaulliste, un point c’est tout.»

    Ce qui s’est produit à Nontron a été répété ailleurs. Même centralisme arrogant. Même autoritarisme méprisant. Que l’on soit ou non membre de l’UMP ne change rien à l’affaire, tant qu’on n’est pas dans les petits papiers du président. Des petits papiers que l’on prépare lors des cocktails à Neuilly mais non pas au cours des vins d’honneur d’une sous-préfecture périgordine.

    Trois ans et demi plus tard, ces modestes élus de la France terrienne – qui forment la majorité des grands électeurs du Sénat – se sont vengés dans l’isoloir. Quitte à voter pour l’adversaire socialiste.

    Sur le plan sociologique, les élus ruraux ont suivi les changements opérés dans la campagne française avec l’apparition des «rurbains» ou des «néoruraux», ces citadins qui ont décidé de s’établir au bon air ou, souvent, de revenir dans leur village d’origine. Il faut y voir, entre autres causes, l’«effet TGV», qui a raccourci considérablement les distances entre Paris et la province, et le télétravail. Aujourd’hui, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques, les agriculteurs représentent moins de 8% de la population rurale.

    L’élu du village est donc souvent un cadre, un ouvrier, un employé, un instituteur à la retraite ou en activité. Son comportement électoral se distingue de moins en moins de celui des citoyens vivant dans les grandes villes. «Acquis traditionnellement à la droite, le vote rural est devenu de moins en moins automatique au contact d’une population venue des villes, investie dans le milieu associatif plus favorable à la gauche», relève dans son blogue Eric de la Chesnais, journaliste au Figaro (voici le lien)
    A cela s’ajoutent les nouveaux moyens de communication qui intensifient les échanges entre villes et campagnes. La France rurale n’est plus ce qu’elle était. Nicolas Sarkozy est en train de l’apprendre à son détriment.

     

    Jean-Noël Cuénod

    Et si vous venez à Paris ce week-end, montez donc à la Butte-aux-Cailles, charmant village du XIIIe arrondissement qui abrite de nombreux artistes. Ils y ouvrent leur atelier samedi et dimanche. En vedette, la magnifique peintre et sculptrice Mireille Bailly-Coulange dont voici l'invitation.

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  • Sarkozy sème la chicaya entre profs et ouvriers

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    Il n’a pas pu s’en empêcher. C'est plus fort que lui. Un démon démangeur l'habite. En réponse à la claque historique de dimanche aux élections sénatoriales et à l’étonnante union sacrée, mardi, entre les enseignants des écoles publiques et privées contre sa politique scolaire, le président Nicolas Sarkozy n’a rien trouvé de mieux que de sombrer, une fois de plus, dans la provocation.

    Au moment où les profs de la «laïque» et de la «catho» défilaient ensemble dans les villes de son pays, le président français a pris à témoin, contre les enseignants, les ouvriers d’une usine en Picardie: «Mon devoir est d’abord de penser aux ouvriers et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale (…). Les fonctionnaires ont un travail difficile, mais ont un statut qui les protège. Vous, vous êtes exposés. »

    Si la France éprouve tellement de peine à exporter ses produits, la cause réside, en partie, dans une formation scolaire et professionnelle moins performante qu’ailleurs. Au plus fort de l’impitoyable concurrence internationale, les atouts majeurs s’appellent «écoles», «universités», «centres d’apprentissage». Et le rôle que tient le professeur est aussi essentiel que celui joué par l’ouvrier, le cadre, le délégué commercial. Opposer une catégorie à l’autre est non seulement contre-productif mais aussi malsain. Au moment où le monde tangue, ce n’est pas le moment d’embrigader les ouvriers contre les profs. Au lieu de l’unité qu’un véritable chef de l’Etat devrait prôner, il attise la chicaya, fomente la dispute, ourdit la mésentente.

    Par ses feux de bouche, Sarkozy nous montre qu’il est désormais candidat et ressort ses recettes pimentées de 2007. Mais, depuis, bien des choses ont changé. Et l’ancien candidat est devenu le premier président de droite à perdre le Sénat et à mobiliser contre lui l’école des laïcards et celle des jésuites. Cela inciterait à l’humilité. Un mot intraduisible en sarkozien.

    Jean-Noël Cuénod

    Voici la vidéo complète de l'allocution du président de la République devant les ouvriers de cette usine picarde.


    Allocution informelle devant les ouvriers du... par elysee

  • ETOILE DE DAVID

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     Notre vie suit

                                                                            Le long chemin des nombres

       Invisible et lumineux

       Caravane dirigée

       Par la sagesse du fou

       Dont le cœur est un sextant

     

       D’oasis en mirages

       Elle touche au but

       Et saura que l’oasis

       Est devenu mirage

       Et le mirage, oasis

       Vérités des vérités :

                                      L’Eternel présent.

     

     

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  • La Ve République est-elle une machine à fabriquer des fous et des tordus?

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    La Ve République est-elle une machine à fabriquer des fous et des tordus? En exerçant le tri sélectif dans les poubelles de l’actualité française, on serait tenté de répondre par un «oui» las et agacé.
     
    Certes, l’Hexagone ne détient nullement le monopole des casseroles. En Suisse aussi, nous avons nos vilains petits tas de secrets collectifs qui ressortent lorsqu’un coin de tapis est soulevé par inadvertance ou malignité journalistique. Et ne parlons pas de Berlusconi qui a transformé l’Italie en batterie de cuisine complète avec accessoires. Mais ce qui étonne en France, c’est le nombre et la variété des affaires qui émergent de façon quotidienne. Les épisodes illustrant cette déraison d’Etat où les fous utilisent les tordus et réciproquement sont abondants.
     
    Les tordus jouent les intermédiaires entre la politique et l’économie. Leur fonction: aider les uns à parvenir ou à rester au pouvoir, et les autres à défendre leurs intérêts. Les belles envolées morales glissent sur eux sans mouiller leur plumage. L’humanité n’a pas encore inventé de système politique pour s’en passer complètement. Les tordus savent se rendre indispensables. Mais si leur place devient trop envahissante, c’est tout l’équilibre social qui peut s’effondrer dans une corruption généralisée qui transformerait la société en espace destiné aux règlements de comptes.
     
    Quant aux fous, ils ne sont certes pas indispensables. Mais on les voit souvent au sommet de l’Etat. C’est d’ailleurs à ces altitudes que la tête leur tourne tellement qu’ils sentent pousser sur elle une couronne.
     
     Le danger est de voir les fous utiliser un nombre croissant de tordus pour financer leur soif de pouvoir. Ce qui rend les tordus encore plus actifs et encore plus nécessaires.
     
    Si cette synergie paraît particulièrement intense en France, c’est dû, en partie, aux institutions de la Ve République. Dans nulle autre démocratie un seul homme est nanti d’autant de pouvoirs que le président français. En ajoutant les mille ans de monarchie qui ont fait cette nation, chacun comprend qu’il y a de quoi se prendre pour un Louis XIV en costume trois-pièces lorsqu’on foule en propriétaire les tapis de l’Elysée.
     
    La Ve République a bien rempli son rôle, en permettant au général de Gaulle de sortir son pays du sanglant bourbier colonial. Aujourd’hui, ce pouvoir exorbitant est devenu néfaste, transformant les présidents en rois fainéants – ne rien faire pour durer – ou en empereurs capricieux, fascinés par leur sentiment de toute-puissance.
     
    Dès lors, la question des institutions ne saurait être considérée comme un débat superflu quand gronde une crise financière sans précédent. Les oripeaux monarchiques entravent la France dans sa marche. Il est temps que les tordus retournent à leur arrière-boutique et que les fous redescendent sur terre.
     

    Jean-Noël Cuénod
     
    (Ce texte a paru jeudi 22 septembre 2011 dans cette version en rubrique « Réflexion » de 24 Heures et en version légèrement raccourcie en rubrique « Perspective » de la Tribune de Genève.)

  • Fais ta prière, Troy Davis

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    Fais ta prière, Troy Davis. Ta mort est programmée à 23 heures GMT. Programmée. Car aux Etats-Unis, on programme la mort, comme un rendez-vous avec son médecin. Saut que cette fois-ci, le bourreau à blouse d’infirmier va t’inoculer dans tes veines un remède radical qui supprime toutes les souffrances, à titre définitif.

     

    Fais ta prière, Troy Davis. Car il vaut mieux que tu croies en la vie après la mort. Sinon, j’imagine ton angoisse devant ce néant qui, chaque minute, chaque seconde, se rapproche à pas comptés.
    Car, il vaut mieux que tu croies dans la justice divine, puisque celle des hommes, dans cette démocratie américaine qui se veut exemplaire, est aveuglée par l’erreur. Sept témoins sur neuf qui t’accusaient avouent aujourd’hui qu’ils ont subi le chantage des policiers. Ils voulaient un coupable, là maintenant. Tout de suite. Contre toi, aucune preuve matérielle. Ah si, une seule mais déterminante: ta peau. Noire. Et celle du policier tué, blanche.

     

    Accrochée à sa violence comme un camé à son stupéfiant, la justice américaine n’y a vu que du rouge.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    L'exécution a été retardée de plus de quatre heures, dans l'attente d'une décision de la Cour suprême des Etats-Unis, qui a finalement autorisé sa mise à mort. Le décès a été constaté à 23H08 (03H08 GMT jeudi), une quinzaine de minutes après le début de l'exécution (afp).

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  • DSK a de la peine à se déboutonner

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    Treize millions de téléphages au début, quatorze millions à la fin. Dominique Strauss-Kahn peut se vanter d’avoir battu Nicolas Sarkozy, dimanche soir lors de son demi-effeuillage devant Claire Chazal à TF1. En tout cas, dans la bataille des audiences télévisuelles. Jeudi 10 février dernier, l’actuel président n’avait réuni que 8,3 millions de téléspectateurs lors de l’émission Paroles de Français menée de main de valet par Jean-Pierre Pernaut sur cette même chaîne TF1 dédiée au vernissage d’escarpins présidentiels et assimilés. En revanche, il est impossible de départager Chazal de Pernaut dans le championnat de la lèche toutes catégories. Disons qu’ils ont fait match nul.

    Il est vrai qu’en matière de flagornerie, Jean-Pierre Pernaut paraît imbattable. Son talent pour négocier les virages, surtout à droite, son art consommé de rester dans les petits papiers des grands et d’évoquer la Foire aux célibataires d’Uzès pour faire paravent aux rues en colère resteront un exemple pour tous les jeunes journalistes soucieux d’être introduits au sein sain du Saint des Saints.

    C’est dire si Claire Chazal a mis le paquet pour tenter de déboutonner Dominique Strauss-Kahn. «Alors que s’est-il passé dans la chambre 2806 avec la femme de chambre?» «Une relation inappropriée». Qu’en termes pudiques ces choses-là sont énoncées! Un journaliste mal élevé aurait demandé: «Qu’est-ce qu’une relation inappropriée?». Mais Claire Chazal est bien éduquée et laisse Strauss-Kahn plaider sa défense en soulignant l’absence de violence attestée par le procureur lui-même. C’est Le Monde - vive la presse écrite ! – qui posera la bonne question : «Comment une relation de neuf minutes, non tarifée, entre un homme aisé et une femme de chambre peut-elle avoir lieu sans une forme de contrainte ?» Bonne question mais sans réponse.

     

    Claire Chazal trouve alors qu’il n’y a pas assez d’émotion dans tous ça: «Avez-vous souffert?» Sur ce boulevard, DSK roule en Ferrari (aucune allusion à l’autre clone de Chazal de TF1): «J’ai eu peur, j’ai eu très peur. J’ai été piétiné, humilié, avant même de pouvoir dire un mot. Quand vous êtes pris dans les mâchoires de cette machine, vous avez l’impression qu’elle peut vous broyer». Dominique Strauss-Kahn se rappelle alors le dernier conseil de sa femme Anne Sinclair: «A ce moment-là, tu te places au bord des larmes, mais sans laisser tomber une goutte. Faut quand même pas en faire trop. N’oublie pas hein?» A l’évocation de l’enfer judiciaire new-yorkais, on voit une vaguelette clapoter au bord des cils strauss-kahniens. Sans pour autant tomber. Du grand art.

    Claire Chazal attend que DSK termine sa séquence émotion. On évoque, vite, la plainte de Tristane Banon. Mais surtout, ne pas s’y attarder puisque c’est justement ça qui fait mal. Et on remet une couche d’émotion avec Anne Sinclair, l’épouse courageuse – et qui, ça tombe bien, est l’une des meilleures amies de Claire Chazal. Beau numéro de violon tzigane pour restaurant russe: «C’est une femme exceptionnelle. J’ai eu une chance folle de l’avoir à mes côtés.»

    Attention, il ne faut pas oublier la séquence «hypercompétence économique»! «Que pensez-vous de la crise de l’euro ?» Là, DSK se fait gros matou ronronnant de bonheur. De gamin pris la main au panier, le voilà transformé en professeur dictant ce qu’il faut penser de la monnaie européenne, de la dette, de la stagnation, des politiques de relance. Du nanan. Il s’agit aussi de créer dans le cœur des Français un vif regret: «Tu vois Germaine, ce type-là aurait pu nous sortir de la merde. Ah, quel gâchis!» C’est alors que l’on glisse tout en douceur vers les ambitions, encore lointaines mais qui se dessinent déjà dans les mirages de sa traversée du désert. Avec ce mot de la fin dûment répété: «On verra».

    Jean-Noël Cuénod

  • LA FORET SANS LIMITE

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                                                                             LA FORET SANS LIMITE

                                                                          Rêve d'une forêt sans limite
                                                                          Femme à la peau de lune et de jasmin

                                                                          Rejette ton drap d'un mouvement vif
                                                                          Que tes cuisses respirent sans linceul
                                                                          Et laissent les serpents de la brise
                                                                          Exercer leurs travaux de caresses

                                                                          Ecoute le chant du chèvrefeuille
                                                                          Il fait battre le coeur de ton sommeil
                                                                          C'est la voix des parfums de la terre
                                                                          Qui s'élève vers la nuit des temps

                                                                          Accepte l'hommage des racines
                                                                          Leurs entrelacs sera notre berceau
                                                                          Comme il fut naguère notre tombeau
                                                                          C'est le sang de l'humus qui s'écoule
                                                                          De la blessure perpétuelle
                                                                          Pour irriguer les champs de ton ventre

                                                                         Rêve d'une forêt sans limite
                                                                         Pour y promener l'enfant du soleil

     

                                                                          Jean-Noël Cuénod

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  • Délinquance: l’angélisme de gauche à droite

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    La Suisse a connu un été délinquant. La plus petite des grandes nations commence à perdre ce privilège que tous lui enviaient, la sûreté de ses rues. Naguère encore, les dirigeants de gauche haussaient les épaules à l’évocation de ce problème. «Il sera résolu de lui-même si l’on s’attaque vraiment aux injustices sociales», soupiraient-ils. Aujourd’hui, les responsables socialistes, du moins en France, ne tiennent plus ce langage et caressent les policiers dans le sens du passepoil. Il faut dire que le PS détenant la plupart des villes d’outre-Jura, les élus socialistes ont subi une cure quotidienne de réalisme.

    A cet angélisme de la gauche, qui est en train de battre de l’aile, succède un angélisme de la droite, tout aussi irréaliste. Cet été, nous avons ouï magistrats pontifiants et autres politiciens pour micros nous expliquer que si la délinquance galope, c’est en raison de la mansuétude de nos tribunaux. En durcissant les peines, elle sera gommée de notre joli paysage et Heidi pourra à nouveau se promener sur les quais d’Ouchy ou des Pâquis sans traverser une forêt de mains baladeuses et voleuses.

    Fariboles! En France, les parlementaires pondent en batterie des lois répressives sous l’impulsion du coq élyséen et la main des juges se fait de plus en plus lourde. En pure perte. Certes, le nombre de cambriolages tend à s’infléchir. Il faut sans doute y voir les effets d’une sécurisation accrue des domiciles privés, à l’instigation des assurances. En revanche, les violences aux personnes en France ne cessent d’augmenter depuis plusieurs décennies, selon le Ministère de l’intérieur.
    De même, la justice des Etats-Unis dispose de l’arsenal législatif — avec la peine de mort, notamment — le plus répressif de toutes les démocraties. Et dans ce pays également, la criminalité flambe.

    En fait, la dissuasion pénale est surtout efficace à l’endroit des gens honnêtes qui ont commis des infractions par négligence, tels les délits routiers. Le délinquant intentionnel, lui, a peur du policier bien plus que du juge. Donc, la police de proximité — détruite en France par l’angélisme de droite — est l’une des réponses efficaces à la délinquance de rue. Une police qui émane exclusivement de l’Etat, seul détenteur du monopole de la violence légitime. Toutes les privatisations plus ou moins rampantes qui l’affectent affaiblissent cette légitimité en confiant l’intérêt général à des intérêts privés, avec tous les risques de dérives que cela suppose.

    Toutefois, que les anges de gauche et de droite ne rêvent plus: la délinquance zéro n’existera jamais, à moins d’instaurer la plus oppressante des dictatures. Et encore, même en cette occurrence le résultat ne sera pas garanti. Depuis Adam et Eve, l’humain a toujours éprouvé le malin plaisir de transgresser les interdits.

    Jean-Noël Cuénod

    (Ce texte a paru jeudi 15 septembre 2011 en version complète en rubrique « Réflexion » de 24 Heures et en version légèrement raccourcie en rubrique « Perspective » de la Tribune de Genève)

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  • Crise grecque: mais qu'ils la ferment!

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    N. Sarkozy, la langue française et la crise... par bichoii

    Ce montage vidéo créé par Le Post.fr illustre parfaitement la confusion semée par la crise grecque. Durant tout l'été et aujourd'hui encore, les dirigeants politiques européens ont multiplié les propos lénifiants: "Une faillite de la Grèce? Mais personne n'y songe un seul instant!" Tu parles! Ils n'ont que ça en tête, nos responsables qui le sont de moins en moins. Et chaque fois qu'ils veulent calmer le jeu boursier, celui-ci s'emballe. Plus ils en rajoute une couche dans l'apaisement, plus la crise se creuse. Leur parole vaut encore moins que le papier des actions des banques françaises. Mais qu'ils se taisent donc!

     Les pontes de la finance et les experts de l'économie ne se montrent pas plus convaincants. Les uns affirment que la Grèce doit sortir de l'euro; les autres répliquent en affirmant qu'une telle décision tournerait à la catastrophe générale. Tout le monde cause et personne ne sait. De son paradis loufoque, Pierre Dac laisse tomber cette maxime: "Ceux qui l'ouvrent avant de la fermer feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir".

    Aucun chef d'orchestre n'apparaît dans cette cacophonie. Ou plutôt, il y en a trop. Ce qui revient au même. Seul compte le profit immédiat que peuvent soutirer les pirates du capitalisme financier en pariant sur ce système que les ordres informatiques rendent encore plus incontrôlable.  Dans ce casino sans croupier, il y a toujours des gros malins pour empocher la mise. Quitte à la perdre le lendemain.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

  • Les musulmans, autres victimes du Nine-Eleven

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    Les 2976 hommes et femmes qui ont péri dans les Twin Towers le 11 septembre 2001 ne sont pas les seules victimes de feu Oussama Ben Laden et de ses 19 séides qui ont détourné et piloté les avions pour les lancer contre leurs objectifs. Les terroristes islamistes ont aussi pourri la vie des millions de musulmans vivant en Occident et ne demandant qu’une chose: faire prospérer leur famille en bonne intelligence avec les voisins.

    Du jour au lendemain, le regard sur eux a changé. Ils sont devenus les adversaires de l’intérieur, la cinquième colonne du terrorisme mondial ; au pire des ennemis irréductibles, au mieux des suspects encombrants. A cet égard, les scènes de joie qui ont éclaté à Beyrouth, à Gaza et dans de nombreuses villes arabes ont causé au moins autant de tort aux musulmans que les attentats eux-mêmes.

    Ainsi, même s’il cherche à effacer ce sentiment, Le Plouc ne peut s’empêcher de songer à l’islam chaque fois qu’il doit subir les interminables mesures de sécurité dans les aéroports ou les bâtiments officiels. Bien sûr, il relativise aussitôt, Le Plouc. Se dit qu’il ne faut pas confondre l’islam majoritaire et pacifique avec l’islam ultraminoritaire et radical. Mais le mal est fait. La confusion, malgré tout, s’insinue; la moindre barbe hérisse le poil et la bourka le défrise.

    Auparavant, la mosquée était vue comme un lieu de prière parmi d’autres dans nos rues européennes. Désormais, en passant devant elle, ces questions s’insinuent: «Prient-ils ou complotent-ils? Le prédicateur prône-t-il la concorde ou prêche-t-il la violence?». Le Plouc les chasse aussitôt. Il se dit qu’après tout les pseudo-évangélistes américains et les intégristes papistes doivent être jetés au fond du même sac d’opprobre que les nazislamistes. Mais rien à faire. La méchante petite musique islamophobe revient dans les oreilles.

    A cet égard, le but visé par Ben Laden et les islamoterroristes a pleinement réussi. Le fossé entre musulmans et non-musulmans n’a jamais été aussi profond. D’autant plus qu’en réponse au rejet dont ils sont victimes, certains fidèles de l’islam en ont rajouté dans l’application stricte de leurs préceptes, notamment à l’encontre des femmes. Et en réponse à cette réponse, les non-musulmans ont monté encore d’un cran leur hostilité contre la religion du prophète Mohamed.

    Pourtant, dans notre société mondialisée, les communautés sont condamnées à cohabiter. Pour ce faire, la seule solution durable est d’instaurer ou de renforcer la laïcité, puis de la faire respecter par tous. Et si quelqu’un en déniche une meilleure que celle-ci, qu’il ne se gêne surtout pas pour la proposer!


    Jean-Noël Cuénod

     

  • Jacques Chirac de l’immunité à l’impunité

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    Chirac.jpg

    Le regard perdu vers la mort, le vieillard assiste à sa déchéance. Ces photos de Jacques Chirac publiées cet été dans la presse -  à la recherche aussi désespérée que désespérante de sujets - ont serré le cœur des Français.

     Bien entendu, ces clichés ne doivent rien au hasard. Claude Chirac, la fille de son père, est trop experte en manipulations médiatiques pour laisser le destin faire son œuvre photographique. Il s’agissait de mettre en condition le public pour que l’absence programmée de Chirac à son procès ne fasse pas scandale. Opération réussie. Lorsque Me Jean Veil, le fils de l’ancienne ministre, a brandi le certificat médical attestant que l’ancien président de la République n’est plus capable de suivre des audiences, chacun a convenu qu’une telle comparution était aussi inhumaine qu’inutile. La décision des juges du Tribunal correctionnel de Paris d’autoriser Jacques Chirac à se faire représenter par ses défenseurs n’a souffert aucune discussion. D’autant plus que ces débats judiciaires portent sur des faits remontant à quinze ans. Lorsque Chirac occupait – en se goinfrant – la mairie de Paris.

    Cela dit, les proches de l’Ex auraient pu s’abstenir de se lancer dans un numéro de basse voltige hypocrite, auquel Le Plouc a assisté lors de l’ouverture de ce procès qui se déroule désormais sans l’accusé principal. Affirmer avec des trémolos, que Chirac a toujours voulu se faire juger, relève de l’indécence. Il n’a cessé d’esquiver les coups de la justice. Pendant douze ans, le Pacha de l’Elysée était protégé par son immunité présidentielle. Impossible d’y renoncer? Pas du tout. L’alors chef de l’Etat aurait pu décliner ce droit, s’il souhaitait vraiment clamer son innocence devant les juges. De même, ses avocats – ou ceux de ses coaccusés – ont multiplié les recours en tous genres, jouant ainsi la montre à l’instar des footeux qui catapultent le ballon au-delà des tribunes.

    Jacques Chirac est aujourd’hui un grand-père malade qui fut un président, sinon brillant, du moins suffisamment avisé pour éviter à la France de sombrer dans la guerre d’Irak. Il a droit à notre sympathique compassion. Mais de grâce, qu’on ne nous fasse pas prendre ce vieux renard pour une oie blanche.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

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  • TOUT REVIT

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      TOUT REVIT

    Que retirer
    De ce magma
    De sang de larmes
    De cris d’angoisses?

    Cette pépite
    Que l’homme oublie?
    Ce filon d’or
    Qu’il perd de vue?

    Tout se dérobe
    A nos regards
    Tout se disperse
    A notre appel

    L’ennemi glisse
    Venin gluant
    Il nous enjôle
    Baiser mortel

    De nos colères
    Il tirera
    Son bénéfice
    Et son miel

    A ses enchères
    Il cédera
    Au plus offrant
    Notre révolte

    A l’abattoir
    Nous marcherons
    En écoutant
    Ses chansonnettes

    Où sont nos soifs
    De libre étreinte?
    Où sont nos faims
    De pains rompus?

    Comment porter
    Le fer le feu?
    Comment percer
    Le ventre l’abcès?

    Dans les entrailles
    Des médias
    Plonger les mains
    En surmontant
    La pestilence
    En transformant
    Le haut-le-cœur
    En haut le corps
    L’amour battant
    Apparaîtra

    Foi éternelle
    Que notre doute
    Toujours aiguise.

     

    Jean-Noël Cuénod (poème tiré de "Circonstances" - Editions Samizdat - Grand-Saconnex)

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  • Le supergag fiscal des ultrariches : passer du bouton de culotte à la pièce d’un sou.

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    Seize multimilliardaires français viennent de se fendre d’un appel paru dans le « Nouvel Observateur » afin de proposer à leur Etat de taxer les contribuables les plus nantis,  parmi lesquels figurent leurs précieuses personnes. En voici la reproduction dans ce lien hypertexte.

    Le nom de ces seize signataires, encore tout ébouriffés par leur audace, est publié en bas de ce texte. On y lira ceux de Christophe de Margerie, le patron de Total à la moustache hérissée, et de Liliane Bettencourt, que l’on ne présente plus.

    En fait, ces ultrariches français ont copié le richissime et avisé Warren Buffett qui a signé un appel du même tonneau dans le « New York Times » du 14 août. Cela dit, nos Che Guevara des coffres-forts prennent soin de ne pas aller aussi loin que Buffett qui, lui, réclame une véritable réforme fiscale pour faire payer les plus hauts revenus. Le Club des 16 se contente d’une taxe « exceptionnelle », un peu à la manière de l’impôt sécheresse en 1976, c’est-à-dire une contribution à, surtout, ne pas renouveler. Et cette taxe « exceptionnelle » sera « calculée dans des proportions raisonnables ». Il ne faut quand même pas pousser mémé Bettencourt dans les orties fiscales !

    Bref, les ultrariches proposent, en matière d’impôts, de passer de l’aumône d’un bouton de culotte au don d’une pièce d’un sou. Et se font, avec cet appel, un bon petit rafraîchissement d’image.

    Pourtant, s’ils désirent vraiment participer à l’effort financier de la France, les membres du Club des 16 n’ont pas besoin d’attendre une nouvelle loi fiscale et peuvent dès maintenant prendre les dispositions qui… s’imposent.  Afin de les aider dans cette tâche, il est vrai nouvelle pour eux, voici quelques conseils.

    - Au lieu de payer les coûteux services de spécialistes en « optimisation fiscale », qu’ils omettent, ici ou là, d’inscrire sur leur déclaration quelques unes des nombreuses déductions  dont ils bénéficient.
    - Le Club des 16 pourrait, collectivement, rapatrier en France leurs biens, ou ceux de leurs sociétés, qui  se dorent dans les paradis fiscaux.
    - Ainsi, le patron de Total Christophe de Margerie pourrait décider que son groupe payera enfin des impôts en France.
    - Les ultrariches pourraient aussi mettre leur fortune au service de causes humanitaires, à l’instar de leurs congénères américains. Par exemple, en créant une fondation pour financer massivement la réhabilitation de certaines banlieues -  non, pas Neuilly-sur-Seine, Madame Bettencourt !


    Jean-Noël Cuénod

    Et voici les membres du Club des 16:

    Jean-Paul Agon, PDG de L’Oréal ; Liliane Bettencourt, actionnaire de L’Oréal ; Antoine Frérot, PDG de Veolia Environnement ; Denis Hennequin, PDG d’Accor ; Marc Ladreit de Lacharrière, président de Fimalac ; Maurice Lévy, PDG de Publicis ; Christophe de Margerie, PDG de Total ;  Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale ; Claude Perdriel, président du conseil de surveillance du Nouvel Observateur ; Jean Peyrelevade, président de Leonardo & Co France ; Franck Riboud, PDG de Danone ; Stéphane Richard, PDG d’Orange ; Louis Schweitzer, président de Volvo et d’AstraZeneca ; Marc Simoncini, président de Meetic, fondateur de Jaïna Capital ; Jean-Cyril Spinetta, président d’Air France-KLM, président du conseil de surveillance d’Areva ; Philippe Varin, président du directoire de PSA Peugeot Citroën.

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