15/09/2011

Délinquance: l’angélisme de gauche à droite

La Suisse a connu un été délinquant. La plus petite des grandes nations commence à perdre ce privilège que tous lui enviaient, la sûreté de ses rues. Naguère encore, les dirigeants de gauche haussaient les épaules à l’évocation de ce problème. «Il sera résolu de lui-même si l’on s’attaque vraiment aux injustices sociales», soupiraient-ils. Aujourd’hui, les responsables socialistes, du moins en France, ne tiennent plus ce langage et caressent les policiers dans le sens du passepoil. Il faut dire que le PS détenant la plupart des villes d’outre-Jura, les élus socialistes ont subi une cure quotidienne de réalisme.

A cet angélisme de la gauche, qui est en train de battre de l’aile, succède un angélisme de la droite, tout aussi irréaliste. Cet été, nous avons ouï magistrats pontifiants et autres politiciens pour micros nous expliquer que si la délinquance galope, c’est en raison de la mansuétude de nos tribunaux. En durcissant les peines, elle sera gommée de notre joli paysage et Heidi pourra à nouveau se promener sur les quais d’Ouchy ou des Pâquis sans traverser une forêt de mains baladeuses et voleuses.

Fariboles! En France, les parlementaires pondent en batterie des lois répressives sous l’impulsion du coq élyséen et la main des juges se fait de plus en plus lourde. En pure perte. Certes, le nombre de cambriolages tend à s’infléchir. Il faut sans doute y voir les effets d’une sécurisation accrue des domiciles privés, à l’instigation des assurances. En revanche, les violences aux personnes en France ne cessent d’augmenter depuis plusieurs décennies, selon le Ministère de l’intérieur.
De même, la justice des Etats-Unis dispose de l’arsenal législatif — avec la peine de mort, notamment — le plus répressif de toutes les démocraties. Et dans ce pays également, la criminalité flambe.

En fait, la dissuasion pénale est surtout efficace à l’endroit des gens honnêtes qui ont commis des infractions par négligence, tels les délits routiers. Le délinquant intentionnel, lui, a peur du policier bien plus que du juge. Donc, la police de proximité — détruite en France par l’angélisme de droite — est l’une des réponses efficaces à la délinquance de rue. Une police qui émane exclusivement de l’Etat, seul détenteur du monopole de la violence légitime. Toutes les privatisations plus ou moins rampantes qui l’affectent affaiblissent cette légitimité en confiant l’intérêt général à des intérêts privés, avec tous les risques de dérives que cela suppose.

Toutefois, que les anges de gauche et de droite ne rêvent plus: la délinquance zéro n’existera jamais, à moins d’instaurer la plus oppressante des dictatures. Et encore, même en cette occurrence le résultat ne sera pas garanti. Depuis Adam et Eve, l’humain a toujours éprouvé le malin plaisir de transgresser les interdits.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 15 septembre 2011 en version complète en rubrique « Réflexion » de 24 Heures et en version légèrement raccourcie en rubrique « Perspective » de la Tribune de Genève)

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13/09/2011

Crise grecque: mais qu'ils la ferment!


N. Sarkozy, la langue française et la crise... par bichoii

Ce montage vidéo créé par Le Post.fr illustre parfaitement la confusion semée par la crise grecque. Durant tout l'été et aujourd'hui encore, les dirigeants politiques européens ont multiplié les propos lénifiants: "Une faillite de la Grèce? Mais personne n'y songe un seul instant!" Tu parles! Ils n'ont que ça en tête, nos responsables qui le sont de moins en moins. Et chaque fois qu'ils veulent calmer le jeu boursier, celui-ci s'emballe. Plus ils en rajoute une couche dans l'apaisement, plus la crise se creuse. Leur parole vaut encore moins que le papier des actions des banques françaises. Mais qu'ils se taisent donc!

 Les pontes de la finance et les experts de l'économie ne se montrent pas plus convaincants. Les uns affirment que la Grèce doit sortir de l'euro; les autres répliquent en affirmant qu'une telle décision tournerait à la catastrophe générale. Tout le monde cause et personne ne sait. De son paradis loufoque, Pierre Dac laisse tomber cette maxime: "Ceux qui l'ouvrent avant de la fermer feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir".

Aucun chef d'orchestre n'apparaît dans cette cacophonie. Ou plutôt, il y en a trop. Ce qui revient au même. Seul compte le profit immédiat que peuvent soutirer les pirates du capitalisme financier en pariant sur ce système que les ordres informatiques rendent encore plus incontrôlable.  Dans ce casino sans croupier, il y a toujours des gros malins pour empocher la mise. Quitte à la perdre le lendemain.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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11/09/2011

Les musulmans, autres victimes du Nine-Eleven

Les 2976 hommes et femmes qui ont péri dans les Twin Towers le 11 septembre 2001 ne sont pas les seules victimes de feu Oussama Ben Laden et de ses 19 séides qui ont détourné et piloté les avions pour les lancer contre leurs objectifs. Les terroristes islamistes ont aussi pourri la vie des millions de musulmans vivant en Occident et ne demandant qu’une chose: faire prospérer leur famille en bonne intelligence avec les voisins.

Du jour au lendemain, le regard sur eux a changé. Ils sont devenus les adversaires de l’intérieur, la cinquième colonne du terrorisme mondial ; au pire des ennemis irréductibles, au mieux des suspects encombrants. A cet égard, les scènes de joie qui ont éclaté à Beyrouth, à Gaza et dans de nombreuses villes arabes ont causé au moins autant de tort aux musulmans que les attentats eux-mêmes.

Ainsi, même s’il cherche à effacer ce sentiment, Le Plouc ne peut s’empêcher de songer à l’islam chaque fois qu’il doit subir les interminables mesures de sécurité dans les aéroports ou les bâtiments officiels. Bien sûr, il relativise aussitôt, Le Plouc. Se dit qu’il ne faut pas confondre l’islam majoritaire et pacifique avec l’islam ultraminoritaire et radical. Mais le mal est fait. La confusion, malgré tout, s’insinue; la moindre barbe hérisse le poil et la bourka le défrise.

Auparavant, la mosquée était vue comme un lieu de prière parmi d’autres dans nos rues européennes. Désormais, en passant devant elle, ces questions s’insinuent: «Prient-ils ou complotent-ils? Le prédicateur prône-t-il la concorde ou prêche-t-il la violence?». Le Plouc les chasse aussitôt. Il se dit qu’après tout les pseudo-évangélistes américains et les intégristes papistes doivent être jetés au fond du même sac d’opprobre que les nazislamistes. Mais rien à faire. La méchante petite musique islamophobe revient dans les oreilles.

A cet égard, le but visé par Ben Laden et les islamoterroristes a pleinement réussi. Le fossé entre musulmans et non-musulmans n’a jamais été aussi profond. D’autant plus qu’en réponse au rejet dont ils sont victimes, certains fidèles de l’islam en ont rajouté dans l’application stricte de leurs préceptes, notamment à l’encontre des femmes. Et en réponse à cette réponse, les non-musulmans ont monté encore d’un cran leur hostilité contre la religion du prophète Mohamed.

Pourtant, dans notre société mondialisée, les communautés sont condamnées à cohabiter. Pour ce faire, la seule solution durable est d’instaurer ou de renforcer la laïcité, puis de la faire respecter par tous. Et si quelqu’un en déniche une meilleure que celle-ci, qu’il ne se gêne surtout pas pour la proposer!


Jean-Noël Cuénod

 

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09/09/2011

Jacques Chirac de l’immunité à l’impunité

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Le regard perdu vers la mort, le vieillard assiste à sa déchéance. Ces photos de Jacques Chirac publiées cet été dans la presse -  à la recherche aussi désespérée que désespérante de sujets - ont serré le cœur des Français.

 Bien entendu, ces clichés ne doivent rien au hasard. Claude Chirac, la fille de son père, est trop experte en manipulations médiatiques pour laisser le destin faire son œuvre photographique. Il s’agissait de mettre en condition le public pour que l’absence programmée de Chirac à son procès ne fasse pas scandale. Opération réussie. Lorsque Me Jean Veil, le fils de l’ancienne ministre, a brandi le certificat médical attestant que l’ancien président de la République n’est plus capable de suivre des audiences, chacun a convenu qu’une telle comparution était aussi inhumaine qu’inutile. La décision des juges du Tribunal correctionnel de Paris d’autoriser Jacques Chirac à se faire représenter par ses défenseurs n’a souffert aucune discussion. D’autant plus que ces débats judiciaires portent sur des faits remontant à quinze ans. Lorsque Chirac occupait – en se goinfrant – la mairie de Paris.

Cela dit, les proches de l’Ex auraient pu s’abstenir de se lancer dans un numéro de basse voltige hypocrite, auquel Le Plouc a assisté lors de l’ouverture de ce procès qui se déroule désormais sans l’accusé principal. Affirmer avec des trémolos, que Chirac a toujours voulu se faire juger, relève de l’indécence. Il n’a cessé d’esquiver les coups de la justice. Pendant douze ans, le Pacha de l’Elysée était protégé par son immunité présidentielle. Impossible d’y renoncer? Pas du tout. L’alors chef de l’Etat aurait pu décliner ce droit, s’il souhaitait vraiment clamer son innocence devant les juges. De même, ses avocats – ou ceux de ses coaccusés – ont multiplié les recours en tous genres, jouant ainsi la montre à l’instar des footeux qui catapultent le ballon au-delà des tribunes.

Jacques Chirac est aujourd’hui un grand-père malade qui fut un président, sinon brillant, du moins suffisamment avisé pour éviter à la France de sombrer dans la guerre d’Irak. Il a droit à notre sympathique compassion. Mais de grâce, qu’on ne nous fasse pas prendre ce vieux renard pour une oie blanche.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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30/08/2011

TOUT REVIT

  TOUT REVIT

Que retirer
De ce magma
De sang de larmes
De cris d’angoisses?

Cette pépite
Que l’homme oublie?
Ce filon d’or
Qu’il perd de vue?

Tout se dérobe
A nos regards
Tout se disperse
A notre appel

L’ennemi glisse
Venin gluant
Il nous enjôle
Baiser mortel

De nos colères
Il tirera
Son bénéfice
Et son miel

A ses enchères
Il cédera
Au plus offrant
Notre révolte

A l’abattoir
Nous marcherons
En écoutant
Ses chansonnettes

Où sont nos soifs
De libre étreinte?
Où sont nos faims
De pains rompus?

Comment porter
Le fer le feu?
Comment percer
Le ventre l’abcès?

Dans les entrailles
Des médias
Plonger les mains
En surmontant
La pestilence
En transformant
Le haut-le-cœur
En haut le corps
L’amour battant
Apparaîtra

Foi éternelle
Que notre doute
Toujours aiguise.

 

Jean-Noël Cuénod (poème tiré de "Circonstances" - Editions Samizdat - Grand-Saconnex)

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28/08/2011

Le supergag fiscal des ultrariches : passer du bouton de culotte à la pièce d’un sou.

Seize multimilliardaires français viennent de se fendre d’un appel paru dans le « Nouvel Observateur » afin de proposer à leur Etat de taxer les contribuables les plus nantis,  parmi lesquels figurent leurs précieuses personnes. En voici la reproduction dans ce lien hypertexte.

Le nom de ces seize signataires, encore tout ébouriffés par leur audace, est publié en bas de ce texte. On y lira ceux de Christophe de Margerie, le patron de Total à la moustache hérissée, et de Liliane Bettencourt, que l’on ne présente plus.

En fait, ces ultrariches français ont copié le richissime et avisé Warren Buffett qui a signé un appel du même tonneau dans le « New York Times » du 14 août. Cela dit, nos Che Guevara des coffres-forts prennent soin de ne pas aller aussi loin que Buffett qui, lui, réclame une véritable réforme fiscale pour faire payer les plus hauts revenus. Le Club des 16 se contente d’une taxe « exceptionnelle », un peu à la manière de l’impôt sécheresse en 1976, c’est-à-dire une contribution à, surtout, ne pas renouveler. Et cette taxe « exceptionnelle » sera « calculée dans des proportions raisonnables ». Il ne faut quand même pas pousser mémé Bettencourt dans les orties fiscales !

Bref, les ultrariches proposent, en matière d’impôts, de passer de l’aumône d’un bouton de culotte au don d’une pièce d’un sou. Et se font, avec cet appel, un bon petit rafraîchissement d’image.

Pourtant, s’ils désirent vraiment participer à l’effort financier de la France, les membres du Club des 16 n’ont pas besoin d’attendre une nouvelle loi fiscale et peuvent dès maintenant prendre les dispositions qui… s’imposent.  Afin de les aider dans cette tâche, il est vrai nouvelle pour eux, voici quelques conseils.

- Au lieu de payer les coûteux services de spécialistes en « optimisation fiscale », qu’ils omettent, ici ou là, d’inscrire sur leur déclaration quelques unes des nombreuses déductions  dont ils bénéficient.
- Le Club des 16 pourrait, collectivement, rapatrier en France leurs biens, ou ceux de leurs sociétés, qui  se dorent dans les paradis fiscaux.
- Ainsi, le patron de Total Christophe de Margerie pourrait décider que son groupe payera enfin des impôts en France.
- Les ultrariches pourraient aussi mettre leur fortune au service de causes humanitaires, à l’instar de leurs congénères américains. Par exemple, en créant une fondation pour financer massivement la réhabilitation de certaines banlieues -  non, pas Neuilly-sur-Seine, Madame Bettencourt !


Jean-Noël Cuénod

Et voici les membres du Club des 16:

Jean-Paul Agon, PDG de L’Oréal ; Liliane Bettencourt, actionnaire de L’Oréal ; Antoine Frérot, PDG de Veolia Environnement ; Denis Hennequin, PDG d’Accor ; Marc Ladreit de Lacharrière, président de Fimalac ; Maurice Lévy, PDG de Publicis ; Christophe de Margerie, PDG de Total ;  Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale ; Claude Perdriel, président du conseil de surveillance du Nouvel Observateur ; Jean Peyrelevade, président de Leonardo & Co France ; Franck Riboud, PDG de Danone ; Stéphane Richard, PDG d’Orange ; Louis Schweitzer, président de Volvo et d’AstraZeneca ; Marc Simoncini, président de Meetic, fondateur de Jaïna Capital ; Jean-Cyril Spinetta, président d’Air France-KLM, président du conseil de surveillance d’Areva ; Philippe Varin, président du directoire de PSA Peugeot Citroën.

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23/08/2011

L'affaire Strauss-Kahn se termine en pantalonnade

Ainsi, le district attorney (procureur) Cyrus Vance junior a-t-il abandonné ses accusations contre Dominique Strauss-Kahn. Tout ce cirque à grand spectacle pour se terminer en pantalonnade! Enfin si l’on ose dire, puisque, justement, c’est l’absence de pantalon qui a servi d’ouverture à cette mauvaise farce américaine. Quant à celle qui affirme avoir été violée, Naffissatou Diallo, elle s’apprête à réclamer à DSK de grosses indemnités. En France, tout se termine par des chansons. Aux Etats-Unis, tout se conclut par des chantages.

Cet épisode montre d’ailleurs à quel point la justice des Etats-Unis peut sombrer dans l’incohérence. DSK risque de payer des indemnités devant la justice civile pour des faits qui ne sont pas poursuivis par la justice pénale. C’est arrivé à l’ex-vedette du football américain O.J. Simpson. Acquitté du meurtre de sa femme et de son amant, Simpson avait été condamné à verser 33,5 millions de dollars en dommages-intérêts au père dudit amant. L’innocent – du moins selon la vérité judiciaire, la seule qui importe dans ce contexte – indemnise donc sa victime que la justice pénale ne reconnaît pas pour telle. On ne fustigera jamais assez l’abus de bourbon lors de la rédaction des lois états-uniennes.

Pour les socialistes, ce rebondissement ne fait pas leur affaire, bien qu’ils manifestent leur hypocrite soulagement devant ce dénouement. Si Strauss-Kahn déclare se présenter à l’élection présidentielle, toute l’organisation des primaires d’octobre volera en éclats. Normalement, les candidatures sont bouclées. Mais comment refuser à DSK – fort de son expérience unique en matière de politique économique – de briguer l’Elysée, s’il le souhaite?

Cela dit, cette hypothèse ne paraît guère plausible. Même si DSK n’est pas poursuivi par la justice new-yorkaise, cette affaire a déchiré son image. C’est moins l’accusation de viol en elle-même – les déclarations de Naffissatou Diallo sont décrédibilisées par ses mensonges – qui accable l’ex-patron du FMI que son train de vie saoudien, le luxe indécent de sa résidence surveillée, les honoraires plantureux de ses avocats et sa propension à tomber dans les pièges dès qu’un jupon frémit à la brise.

Dominique Strauss-Kahn pourrait alors se poser en mentor de Martine Aubry - avec laquelle il avait conclu un pacte de soutien mutuel - lors de la primaire qui désignera le candidat socialiste à l’Elysée. C’est incontestablement un atout pour la patronne du PS. DSK deviendrait le «Deus ex machina» de la France martinisée, si, bien sûr, la fille de Jacques Delors est élue à l’Elysée, ce qui est très loin d’être le cas.

Un attelage Strauss-Kahn-Hollande est peu probable, puisque les deux hommes se situent sur le même terrain de la compétence économique et de la réforme fiscale. «François Hollande, c’est un peu DSK mais avec les ennuis en moins», ironisait – avant l’épisode new-yorkais – la journaliste du «Point» Sylvie Pierre-Brossolette.

Un tandem DSK-Martine Aubry comblera-t-il le retard de la première secrétaire du PS vis-à-vis de François Hollande qui caracole dans les sondages? Ce n’est pas du tout certain. Tout d’abord, Hollande colle au sentiment général des Français en se présentant comme un «président normal». Après le quinquennat de Sarkozy et sa tintinnabulante fricardise, une grande partie des électeurs ne souhaitent guère remettre au pouvoir, fût-ce indirectement, un autre membre – DSK en l’occurrence - de la caste dorée sur Porsche dont les conditions de vie sont tellement éloignées du reste de la population qu’elle est incapable d’en saisir les attentes.

Demeure l’indéniable compétence de Strauss-Kahn en matière de politique économique et financière. Son passage à la direction du Fonds monétaire internationale a été salué comme une réussite. S’il est un politicien français qui connaît les rouages de la finance, c’est bien DSK. Mais justement, à force de les pratiquer, Strauss-Kahn n’en est-il pas trop proche? Ne va-t-il pas abonder dans le sens des puissances financières par cet effet de proximité?

Durant sa présence au ministère des Finances sous Jospin, Strauss-Kahn a appliqué une politique favorable aux banques et aux sociétés financières qui a fait douter de ses convictions de gauche. Ce social-démocrate à l’étiquette pâlie fonctionne selon le logiciel libéral. Mais a-t-on besoin vraiment de ce logiciel-là qui, crise après crise, démontre sa nocivité? DSK risque fort d’avoir une guerre politico-financière de retard. Contrairement aux apparences, même avant son «affaire», Strauss-Kahn n’était pas le meilleur prétendant socialiste à la présidentielle.

Reste à savoir si les autres candidats du PS défendent des idées nouvelles en matière de régulation des puissances financières. Pour l’instant, tel n’est pas le cas. Ce qui n’est  pas étonnant dans la mesure où une telle régulation ne peut s’accomplir qu’à l’échelon international. Cela réduit d’ailleurs l’intérêt réel de l’élection présidentielle française, mais n’empêchera pas la campagne qui commence de produire une mousse médiatique abondante.


Jean-Noël Cuénod

VIDEO Et maintenant, rigolons un bon coup avec l'affaire DSK telle qu'elle est racontée sur Europe 1 par Nicolas Canteloup et Laurent Gerra.

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19/08/2011

METHODE

                                                                                         

rocher-humain-500426.jpg

 (Photo: Gilbert Jullien)

                                                                                           METHODE


                                                                                  Se fondre dans la poitrine
                                                                                  De la forêt

                                                                                  Se concilier la grâce
                                                                                  Des ronciers

                                                                                  S’humilier sous la poigne
                                                                                  Des falaises

                                                                                 S’endormir au flanc du roc
                                                                                 Puis au réveil
                                                                                 Se fendre pour retrouver l’Un.

                                                                                  Jean-Noël Cuénod

Le Plouc a publié un bouquin de poésie, « Circonstances ». Il est disponible aux
Editions Samizdat
Denise Mützenberg
8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand-Saconnex
Tél. 022 734 05 92 Etranger : 00 41 22 734 05 92
sampoesie@gmail.com
http://www.editionsamizdat.ch

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10/08/2011

La dette, l’émeute, l’impôt

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 La petite part nantie des populations européennes se raconte de jolies fables, comme le promeneur en forêt hostile sifflote pour se donner du courage: les actuelles émeutes qui ensanglantent la Grande-Bretagne ne sont le fait que de voyous qui s’ennuient l’été et se mettent à piller les magasins au lieu de participer à des tournées de beach-volley. Ces flambées n’auraient-elles donc rien à voir avec la situation économique qui s’enfonce dans les marais calamiteux ?

Mais alors pourquoi éclatent-elles maintenant, ces émeutes et non pas à un autre moment? Les voyous ont toujours existé – c’est même une constante de la vie sociale – mais ils ne mettent pas des villes à feu et à sang de façon permanente. Derrière les effets d’aubaine des délinquants qui se vantent d’avoir volé un ordinateur ou des gamins qui jettent des Molotov aux flics en guise de dernier jeu à la mode, il y a l’immense «paumerie» d’une génération élevée dans le culte de la consommation, mais ne disposant plus des moyens pour y sacrifier. La frustration alors prend des proportions émeutières. La pub  avait promis des écrans plasma pour tous. Et voilà que ces objets alléchants s’éloignent de ces jeunes formatés pour consommer. La rage est à la mesure des espoirs semés.

 Les rues éclatent de colère, ici ou là, pour des motifs fort différents. Mais le bruit de fond est le même partout: les élites possédantes perdent chaque jour un peu de leur légitimité; la porte est ainsi ouverte à la colère collective.

Autre bruit de fond et même de fonds: la Dette, avec un D majuscule comme Désastre. Elle ne se contente plus de descendre en flamme quelques nations méditerranéennes; elle plombe toute la planète. Même des pays où elle ne pèse guère, comme la Suisse, sont touchés. Leur monnaie atteint des altitudes stratosphériques – si on avait dit au Plouc qu’un jour, il faudrait septante-cinq centimes pour s’offrir un dollar… - ce qui est parfait pour payer son pétrole mais catastrophique pour vendre ses montres.

Jusqu’à maintenant, les multimilliardaires se moquaient de la dette. C’était la masse des pauvres et les classes moyennes qui la payaient. Un Etat embêtait-il les fortunés au nom du Fisc? Le Saint Bénéfice était aussitôt placé ailleurs aux Paradis. Et les Paradis ne manquaient pas.

L’ennui pour les riches, c’est que les pauvres sont à sec; quant aux classes moyennes, elles dégringolent. De plus, les voilà qui rechignent de plus en plus à payer. Pour l’instant, tout va bien pour les multimilliardaires. Les bonus continuent à s’accumuler à  l’ombre des palmiers fiscaux. Ils oublient un détail, la Dette est prise d’un appétit de plus en plus dévorant. Les Etats, eux, doivent continuer à payer toutes leurs infrastructures aussi coûteuses qu’indispensables. S’il n’y a plus moyens d’entretenir les routes où nos amis les riches vont-ils faire rugir leur Hummer Luxury? Si les hôpitaux ferment, où feront-ils soigner leur prostate hors de prix?

Alors, si les pauvres et les classes moyennes ne peuvent plus passer à la caisse, qui le fera à leur place? Les Martiens? Si la situation continue à se détériorer de crise en crise, si les émeutes se transforment en désordres sociaux généralisés, les Etats seront placés devant cette alternative, soit laisser le monde se dégrader encore plus, soit s’unir pour contraindre les possédants à se déposséder d’un peu de leur superflu.

La facture de la Dette, il faudra bien quelqu’un pour la payer. A moins de créer un paradis fiscal sur Proxima du Centaure.

 

Jean-Noël Cuénod

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06/08/2011

Perte du triple A : l’hyperpuissance des Etats-Unis est morte

Le symbole se révèle aussi fort que l’effondrement du Mur de Berlin. En dégradant la note triple A de la dette américaine, l’agence de notation Standard & Poor’s a rendu manifeste ce qui était une réalité sous-jacente: l’hyperpuissance des Etats-Unis est morte. Une période de l’histoire – qui a commencé en 1991 avec la fin de l’Empire soviétique – est close. Une nation dont la monnaie vaut désormais moins que celle d’un pays, la Suisse, de huit millions d’habitants ne peut plus prétendre régenter l’économie et la politique mondiales en solitaire.

Bush junior avec ses aventures militaires d’une rare idiotie a donné le coup de grâce à cet imperium. Il faut dire qu’un peuple qui a placé à sa tête – à deux reprises – un politicien aussi nul, n’est plus en mesure intellectuelle d’imposer sa marque dominante sur la planète. Mais le successeur de mini-Bush porte lui aussi une responsabilité dans cette défaite américaine. En 2008, lors de la crise financière, Barack Obama a raté l’occasion de procéder à la régulation des marchés financiers qui sont devenus désormais incontrôlables par les pouvoirs politiques. Il aurait pu l’imposer à ce moment-là, lorsque les banques et les sociétés financières réclamaient à genoux l’aide publique pour les sortir de la catastrophe. Les Etats-Unis et tous les autres pouvoirs politiques leur ont versé des sommes colossales -  puisées auprès des contribuables des classes moyennes - pour se refaire une santé. Mais sans leur fixer contraintes et contrôles. Requinquées, les puissances financières sont reparties de plus belle vers de nouveaux profits, sans autre souci que de satisfaire le démentiel appétit de leurs dirigeants. Nous sommes en train de payer leurs factures.

Alors qui va remplacer la puissance américaine? La Chine? Son heure n’est pas encore venue. Empêtrée dans ses contradictions internes – une dictature stalinienne et un capitalisme sauvage, des villes richissimes et des campagnes misérables, des multimilliardaires et des crève-la-faim – la République populaire reste très fragile. L’Union européenne? Vous rigolez! La Russie? Personne n’y songe. Les pays émergents? Lesquels?

Pour l’instant, la puissance dominante est représentée par les organismes financiers – agences de notation, grandes banques, sociétés d’assurance. Mais savoir faire du fric ne suffit pas pour organiser la vie commune des peuples. Surtout lorsque ce fric, on se le garde dans ses coffres!

PS : Voici une excellente définition des agences de notation offerte par le magazine Alternatives Economiques.


Jean-Noël Cuénod  

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05/08/2011

Affaire Lagarde-Tapie: la France malade de son élite politique

Certes, les deux affaires sont de nature fort différente. Mais tout de même! Au nom de la France, Nicolas Sarkozy propulse Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI). Patatras! Voilà DSK accusé de viol à New-York. Pour le remplacer, le président français parvient à persuader le FMI de nommer sa ministre Christine Lagarde. Caramba, encore raté! Depuis hier, elle est visée par une enquête pénale en «complicité de détournement de biens publics» et «de faux». L’Elysée prend soin de claironner que cette accusation n’empêchera pas la directrice du FMI de poursuivre ses activités.

Sur le plan technique, le pouvoir français a raison. Cette instruction ne remet pas en cause la présence de Mme Lagarde à la tête des finances mondiales. Sur le plan politique, il se moque du monde.

Si Christine Lagarde est mise en examen, comment peut-on soutenir que cette position lui permettra d’être au meilleur de sa forme pour venir au secours d’une économie mondiale qui menace d’exploser à tout moment? L’avocat de Christine Lagarde se veut rassurant: l’enquête durera longtemps avant d’aboutir à un résultat. C’est bien là le problème.

Au lieu de consacrer tout son temps et toute son énergie à piloter les finances de la planète, Mme Lagarde devra régulièrement se mobiliser pour assurer sa défense. Sa nomination à la direction du FMI a été conclue avec une insoutenable légèreté.

Cet épisode démontre aussi à quel point la France est malade de son élite politique. Entre affaires à connotation sexuelle et dossiers politico-financiers, nombre de ses responsables doivent répondre de leurs actes devant la justice. Ils se placent tous au bénéfice de la présomption d’innocence, oubliant que, selon l’adage romain, la femme de César doit être irréprochable.

 C’est encore plus vrai lorsque Mme César dirige les finances mondiales!

(Ce texte est paru en éditorial dans la Tribune de Genève de vendredi 5 août 2011 et en commentaire dans 24 Heures du même jour).

VIDEO

Le 10 mai 2011 au micro d'Europe 1, Bernard Tapie affirme qu'il n'est pas inquiet et l'ancien président de l'OM passe le ballon judiciaire à Christine Lagarde.

 

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03/08/2011

Les découvertes du Plouc: un Haut-Médoc qui vaut le détour

En vacances dans le Périgord Vert, le Plouc a entamé sa descente vers l’Océan en traversant la paradisiaque et anglophile région d’Aubeterre, ponctuée par un arrêt sympathique dans un restaurant perdu au milieu de la verdure saintongeaise, «La Laiterie» à Fouilloux (souvenir ému d’une côte de veau aux cèpes cuite juste ce qu’il faut).

Arrivés à Blaye, le Plouc et la Plouquette ont embarqué sur le ferry qui traverse l’estuaire de la Gironde pour rejoindre sur l’autre rive, Lamarque. Là commencent les choses sérieuses avec ces noms qui font rêver: Pauillac, Moulis, Saint-Julien, Margaux. Et Haut-Médoc. Dans cettedernière région, travaille une famille de petits producteurs de grand talent, les Bonastre, propriétaires et créateurs du Château Hennebelle. C’est Martial qui a fondé en 1918 ce patrimoine viticole de 11 hectares situé à Margaux, vers Lamarque, dont les vignes sont plantées sur ce sol graveleux qui fait la richesse de cet incomparable terroir. Aujourd’hui, le descendant en ligne directe de Martial, Pierre Bonastre (photo), a repris de son père le Château Hennebelle. «Et la suite est assurée», relève le vigneron en un large sourire.bonastre.JPG

Le vin ressemble toujours à celui qui le fait. Hennebelle ne fait pas exception. Il est discret, robuste et sympathique à l’image de Pierre Bonastre. D’après la Plouquette, qui est la reine du palais, le Hennebelle 2003 s’annonce aujourd’hui velouté, rond, avec une pointe de cuir et un soupçon de tabac. Le 2002 est plus vif, plus riche en alcool, long en bouche, avec des notes poivrées. La caractéristique générale du Château Hennebelle reste son aspect bien charpenté. Il fait songer à ces églises romanes qui sont semées entre les Charente, la Dordogne et la Gironde.

Son encépagement: 50% de merlot, 40% de Cabernet Sauvignon, 5% de Cabernet Franc, le reste étant constitué de Petit Verdot et d’une pointe de Malbec.

Contrairement à nombre de ses confrères du Bordelais, Pierre Bonastre n’a pas été saisi par la folie des prix qui restent d’une étonnante sagesse avec, par exemple, la bouteille de 2001 à 7.50 euros. Le Château Hennebelle présente le meilleur rapport qualité-prix du Haut-Médoc.

Si vos pas vous conduisent au bord de l’estuaire, accomplissez donc un petit détour vers Pierre Bonastre. Un détour fort modeste, puisque son chais se trouve au bord de la route de Pauillac, en sortant de Lamarque. Et dégustez le Hennebelle avec la modération que vous jugerez bon d’observer.


Jean-Noël Cuénod

 

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27/07/2011

TERRE A TERRE

TERRE A TERRE

 


Belle comme l’aube de mai
La haine étend sa voûte
Le troupeau passe sous son joug
Ignorant tout des étoiles
Qui offrent aux yeux levés
Des maîtres, la voix de la voie
L’étroit passage de la paix
Mais les regards de la horde
Se perdent dans les fougères

S’allument les lames des hommes
Lambeaux de chair et d’étendards
Echos du sang dans la fumée

L’heure des tribus a sonné
Troupeau disloqué divorcé
Chemins désormais divergents
Sous les étoiles muettes
Sans maître pour les comprendre

 

Jean-Noël Cuénod

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25/07/2011

Attentat en Norvège: la pureté, objet de tous les délires.

Ainsi, le terroriste norvégien qui vient de semer la mort à Oslo serait à la fois extrémiste de droite, franc-maçon, rosicrucien et fondamentaliste chrétien, toutes appartenances incompatibles entre elles. Les francs-maçons ont été persécutés par tous les régimes fascistes et ceux prônant le communisme autoritaire (à l’exception de Cuba). De même, le fondamentalisme chrétien n’est pas soluble dans les Ordres ésotériques, comme la Rose-Croix, qu’il voue aux gémonies. Cette incohérence dans la démarche de l’assassin démontre qu’Anders Behring Breivik est avant tout un fou; c’est comme tel qu’il doit être présenté.

Mais la folie meurtrière ne brûle pas n’importe où. Il lui faut un climat idoine, une idéologie sécrétée par des porte-parole qui sans passer aux actes, donnent aux fous l’étincelle qui boutera le feu à leur délire. Ce climat propice est favorisé par une idée-force qui a provoqué bien des massacres dans l’Histoire: la pureté. Refus de tout mélange, obsession du retour à un passé mythique, idolâtrie de la virginité en constituent ses aliments de base.

Au XVe siècle, l’Espagne fut traversée par l’idéologie de la «limpieza de sangre» - la pureté du sang – qui servit de prétexte aux massacres de juifs et de musulmans convertis au christianisme et suspectés par les chrétiens d’origine d’avoir conservé en secret la foi de leurs pères.

Née au XIXe siècle en Europe – notamment en France dans le contexte de l’affaire Dreyfus - la pureté de la race a été développée par le fascisme en Italie et, surtout, par le nazisme en Allemagne-Autriche. Même convertis au christianisme, les Juifs devaient être massacrés, ce qui n’est pas sans trait commun avec la «limpieza de sangre», apparue cinq siècles auparavant.

La pureté de classe a, elle, été inventée par Staline au moment où il a éradiqué la vieille garde de Lénine, accusée d’«intellectualisme bourgeois», afin de laisser la place à de jeunes prolétaires formés à sa main. Cette «pureté de classe» a provoqué de façon délibérée la famine en Ukraine lors de la campagne contre les paysans à l’aisance toute relative (les «koulaks»).

Aujourd’hui, la folie de la pureté s’attaque au multiculturalisme, comme le démontrent les propos de Breivik. Le multiculturalisme est un fait. Et un fait qui n’est pas nouveau. Même lorsque les communications ne s’accomplissaient qu’à voile ou à cheval, les cultures ont toujours échangé entre elles, dans l’entente ou la confrontation. Une culture imperméable, cela n’existe pas.

Les tenants du racisme et de la xénophobie en Suisse, avec leurs affiches gluantes de haine, feraient bien de méditer le sinistre exemple de Breivik.


Jean-Noël Cuénod

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20/07/2011

Devenez apprentis fainéants!

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Vous êtes en vacances. Mot superbe qui coule du latin vacare, littéralement «être sans». Ce n’est pas le moment de vous encombrer de vos décombres. Restez donc «sans». Sans ces cent trucs en trop. Se dépouiller, c’est enlever les pouilleries. Ecoutez la vie qui va et vient en vous. Vent des vagues. Vagues de vent. Cette voix, c’est la vôtre. En vrai. Celle qui serpente en vous, nue et menue. C’est le moment de capter cette source souterraine.

 


Ne plus entendre toutes ces voix glapissantes et inutiles qui empoissent vos oreilles, qui les remplissent, encore et toujours, afin que votre cerveau soit gavé comme le foie d’un canard au Périgord. Ah c’est bien bon le foie gras! Mais le cerveau gras est indigeste.
Dissipez ce bruit incessant ; il sourd par mille canaux que vomissent les électrobidules. Des électrobidules dernier cri, bien sûr. Car les électrobidules crient pour couvrir tout ce qui peut surgir en vous de créatif, d’imaginaire, tout ce qui peut surgir en vous de vous-mêmes.
Cette voix, nue et menue, vous la percevez maintenant. Qu’en faire? Etre à son chevet, tout d’abord. Laissez glisser en vous son filet tantôt chaud, tantôt frais. C’est alors que vous en ferez quelque chose.

 


Ce «faire», c’est la poésie. Si ce mot vient du grec poein qui signifie «faire», ce n’est pas pour des prunes. Ou plutôt ce peut être aussi pour des prunes, pourquoi pas? Qu’avons-nous contre les prunes? Je vous le demande! Mais nous nous égarons. Il faut dire que c’est si bon de s’égarer. On y retrouve parfois son chemin.

 


En lisant le mot «poésie», surgissent à votre pensée un crayon et une feuille ou un clavier et un écran. Mais ce n’est pas là un passage obligé. La poésie se contente fort bien de s’animer en vous sans autre objet que de vivre l’instant présent, en étant présent dans cet instant.
L’instant, faites en votre éternité. Et vous serez poète. Ou rien du tout, si vous n’aimez pas les titres, les étiquettes et ces petites boîtes où l’on vous classe en attendant de vous installer dans une autre boîte, en sapin.

 


Pour bien travailler à percevoir votre voix, nue et menue et à en faire un instant éternel, il vous faudra beaucoup de paresse. Voilà un apprentissage que l’on peut accomplir en vacances. Apprenez donc à devenir un fainéant. Avec cette mission assignée à tout fainéant par définition, à savoir «faire le néant».

 


Faire le néant… Mais quel boulot! Quelle entreprise! Quelle aventure! Pour créer du rien et faire de ce rien quelque chose, il faut être Dieu, au minimum! L’avenir sourit à ceux qui se lèvent tôt, disent les fabricants de réveils. Mais le Temps appartient à ceux qui le prennent. A ceux qui s’abreuvent à leur voix nue et menue et qui, en ne faisant rien, ont fait œuvre d’eux-mêmes.

 


En guise de salut estival, voilà ce quatrain d’Arthur Rimbaud tiré du poème «Bonne pensée du matin» (Derniers Vers).

 


A quatre heures du matin, l’été,
Le sommeil d’amour dure encore.
Sous les bosquets l’aube évapore
L’odeur du soir fêté.

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13/07/2011

Nicolas Sarkozy se débat dans le piège libyen

sarkozy_armee_modernisation_.jpgCe qui devait prendre l’allure d’une simple promenade aérienne de quelques jours au-dessus des dunes libyennes s’est donc transformé en cauchemar ensablé pour la France de Nicolas Sarkozy. Il en va toujours ainsi. Les guerres commencent fraîches et joyeuses. Et puis les clameurs casquées se sont à peine estompées que la fleur au fusil se fane aussitôt.

Il est probable que les unités de renseignements de l’armée française aient été intoxiquées par des «tuyaux» pollués qui ont sous-estimé la capacité de résistance de Kadhafi et de son clan. Il est certain que cette intervention française a été improvisée de façon brouillonne. Poussé par la fièvre médiatique que lui avait communiquée le téléphilosophe Bernard-Henri Lévy, le président Nicolas Sarkozy s’était lancé dans l’aventure libyenne sans même en avertir son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé.

Cela dit, le président ne pouvait pas s’abstenir. Le souvenir du génocide au Rwanda est encore trop vif en France. Malgré son impréparation, l’opération française a permis de sauver du massacre les habitants de Benghazi. Qu’aurait-on dit si Paris avait laissé faire Kadhafi sans broncher? Et la France s’est trouvée bien seule en Europe pour endiguer la folie meurtrière du tyran de Tripoli.

Le piège s’est donc refermé. Impossible de reculer et d’abandonner les opérations militaires, ce serait livrer une grande partie des Libyens à la tuerie. Impossible de poursuivre pendant longtemps un effort de guerre que la France du XXIe siècle n’est plus en mesure de soutenir. Le premier ministre français affirme qu’«une solution politique prend forme en Libye». C’est la seule issue possible.

A la condition que cette solution écarte le clan Kadhafi. Un maintien du tyran ou de ses proches porterait un coup très rude, voire fatal aux révoltes démocratiques arabes.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru dans la Tribune de Genève de mercredi 13 juillet 2011)

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07/07/2011

La saga DSK et les zombies sidérés

Nous vivons des temps fabuleux. Au sens premier de ce terme qui vient du latin fabula, soit «fable» en français. Naguère encore, les séries télévisées s’inspiraient de la réalité. Aujourd’hui, la réalité copie les séries télévisées. L’an passé, le feuilleton Woerth-Bettencourt avait de quoi nous esbaudir, nous autres les gobeurs d’images, en faisant parade de ses rebondissements, son Scapin avec enregistreur incorporé, son Turlupin pour vieilles dames emperlousées, sa Gérontine aux mille châteaux, sa digne fille indigne, son ministre intègre et désintégré.

C’était de la jolie confection française. Mais la grosse production américaine a relégué cette saga de Neuilly-sur-Seine dans ces greniers où l’on entrepose les dentelles du temps jadis. L’affaire DSK, c’est tout de même autre chose en matière de coups de théâtre.

Premier épisode: le riche, vilain et pervers, souille de son ADN élitaire l’immigrée pauvre et méritante. La plaignante est alors dépeinte comme un Sainte coranique ayant bravé les océans pour y trouver de quoi nourrir son enfant.

Deuxième épisode: la voilà prostituée, complice de trafiquants et menteuse professionnelle.

Troisième épisode: celui que les tabloïds new-yorkais surnommaient le «perv» se mue en victime d’un odieux complot, en agneau immaculé promis au poignard sacrificiel.

 Quatrième épisode: déboule sur la scène française, une plaignante, fille d’une «camarade» de DSK, qui saisit la justice huit après. Strauss-Kahn redevient aussi noir que les truffes qui ont garni ses pâtes lors de son festif repas de libération.

Plus la fable est énorme, plus son succès est assuré. Dans ce contexte, la vérité — qui manque de talent, c’est bien connu — reste une emmerdeuse avec ses zones grisâtres où le salaud cohabite avec le brave type, où la femme pauvre se débrouille comme elle le peut pour s’en sortir. Impossible d’être sidérés par un tel scénario.
Nous voilà donc réduits à l’état de zombies errant à la recherche d’un rebondissement. Pendant ce temps, le monde globalisé tourne à l’envers. Les Etats-Unis s’enfoncent dans la dette et s’apprêtent à y engloutir la planète, la Chine fait un grand écart toujours plus douloureux pour relier Staline au capitalisme, l’Europe Unie se désunit, la Russie s’empoutine.

Faut-il voir dans la monopolisation strauss-kahnienne, un complot de plus ourdi par des financiers sans visage qui tissent cette tapisserie médiatique pour faire paravent à leurs manœuvres? Là encore, la vérité est sans doute plus banale. Même les décideurs les plus hauts placés ne comprennent plus rien à la complexité du monde globalisé. La finance est désormais un marteau sans maître, comme celui du poète René Char. Sans maître mais pas sans profiteurs. Qui d’ailleurs risquent de recevoir un coup sur la tête à la prochaine crise. La puissance capitaliste ne s’incarne plus dans les «200 familles» et ces trognes patronales dans lesquelles étaient fichés les cigares-totem.

Aujourd’hui, devant l’impossibilité de déchiffrer le réel, l’âme humaine, par un mouvement naturel, s’attache aux contes à rêver couché et délaisse les comptes à dormir debout.

Jean-Noël Cuénod

ET maintenant, un peu de détente avec cette vidéo sur la campagne présidentielle française qui, paraît-il, fait bien rigoler l'équipe de François Hollande.


Fun - 2012, Mission Elysée par Ali-Fredo

 

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01/07/2011

Dominique Strauss-Kahn et la justice américaine : entre brutalité et loyauté

Dans son blogue, Le Plouc s’était montré dubitatif concernant la justice américaine et la guerre qu’elle suscite entre l’accusation et la défense. Il doit aujourd’hui souligner un autre de ses aspects qui n’enlève d’ailleurs rien à sa brutalité intrinsèque : la loyauté.

Si l’accusation agit, au cours des premiers jours de la procédure, comme un char Patton qui écrase tout sur son passage, elle n’en demeure pas moins contrainte à respecter certains principes.

L’un d’entre eux bénéficiera peut-être à Dominique Strauss-Kahn. Le district attorney (procureur chargé de soutenir l’accusation) Cyrus Vance junior aurait trouvé des indices mettant en doute la fiabilité de la femme de chambre qui accuse DSK de viol. En effet, l’accusation a l’obligation de donner au jury tous les éléments de l’enquête, y compris ceux déchargeant l’accusé. Si le procureur cache un atout dans sa manche, il perdra la partie, le procès étant annulé.

Le rôle du procureur est de convaincre le jury – au-delà du « doute raisonnable » - que les preuves qu’il a récoltées démontrent la culpabilité de l’accusé. Dans l’Etat de New-York en tout cas, si un seul des vingt-trois jurés doute de la culpabilité de l’accusé, celui-ci est alors acquitté. L’accusation doit donc se présenter au tribunal avec un dossier « bétonné » comme l’Empire State Building et éviter les témoins ou plaignants douteux.  Le poste de district attorney étant soumis à élection populaire, ce magistrat ne saurait accumuler les échecs devant le jury. Ils feraient très mauvais genre.
Dans l’affaire DSK, le procureur Vance multiplie les actes d’enquête afin d’éviter d’être « explosé » en audience publique par le talentueux et très cher Benjamin Brafman, défenseur de Strauss-Kahn, ce qui pourrait lui coûter sa réélection. Si la plaignante présente des failles dans sa personnalité ou ses propos, il vaut mieux alors réduire la voilure de l’accusation et transiger avec la défense.

Cette « obligation de loyauté » est-elle toujours respectée ? Il existe des affaires où la police d’un Etat américain n’a pas fourni les preuves qu’elle détenait et qui se sont achevées par un verdict entaché d’erreur judiciaire. Mais dans la plupart des cas de ce genre, la faute en revient à l’avocat de la défense qui a manqué d’énergie, de talent ou de motivation pour accomplir son travail de façon satisfaisante. On retrouve ainsi l’inégalité que secrètent les procédures américaines. Les pauvres qui ne peuvent pas  payer les honoraires d’un bon défenseur risquent plus que les autres de tomber dans le piège de l’erreur judiciaire.

 « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ». Depuis La Fontaine, il n’y a rien de nouveau sous le soleil voilé de la justice.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Suisses et protestants dans les rues de Paris

«Paris vaut bien une messe», aurait soupiré Henri IV — à moins que ce ne fût son fidèle Sully — avant d’abjurer la foi réformée le 25 juillet 1593, étape obligée pour s’asseoir sur le trône de France. C’est dire si la capitale restera toujours marquée par le catholicisme, qui fut l’élément moteur de la plus absolue des monarchies. Pourtant, à l’ombre du soleil royal et papiste, les protestants ont œuvré pour le bien de la France.


Notre consœur Anne Cendre — qui fut correspondante à Londres de la «Tribune de Genève» — vient de sortir aux Editions Labor et Fides un ouvrage fort instructif à ce propos, intitulé «Promenades protestantes à Paris». Elle y a relevé près d’une centaine de rues portant le nom de protestants. Sur les quelque 5000 que compte la Ville Lumière, cela semble peu. Mais la trace réformée est présente dans tous les arrondissements, à l’exception du IIe.


Le lecteur apprendra ainsi que le baron Haussmann, le préfet et urbaniste qui a créé le Paris moderne sous le Second Empire, cultivait sa foi réformée. Il avait épousé la digne représentante d’une grande famille vaudoise, Octavie de La Harpe, dont le père était pasteur à Bordeaux. Son boulevard frôle l’Opéra Garnier et traverse les IXe et VIIIe arrondissements.


On remarque d’ailleurs que certaines voies parisiennes sonnent de façon familière aux oreilles romandes: rues Petitot, de Candolle, Léopold-Robert, Benjamin Constant, Henri Dunant, Necker, de Staël, Pestalozzi, Le Corbusier, sans oublier Jean Calvin, ce Français que ses compatriotes prennent pour un Suisse. En effet, parmi les protestants qui ont fait Paris et la France figurent nombre de Suisses et de ces binationaux que le Front national et l’UDC poursuivent de leur sotte vindicte. Ces personnalités ont porté haut le renom de la France et de la Suisse, sans diminuer l’éclat de l’une et de l’autre.


Toutefois, la France, même laïque, même athée, demeure profondément catholique, ou plutôt césaro-papiste. Si l’on excepte l’ex-protestant Henri IV, le seul chef d’Etat français à professer la foi réformée fut Gaston Doumergue, président de la République de 1924 à 1931 (il n’a d’ailleurs pas de rue à son nom à Paris, sauf erreur). A l’époque de la Troisième République, cette charge, avant tout honorifique, ne prêtait guère à conséquence.


En revanche, les réformés ont souvent occupé un nombre de postes ministériels de premier plan, hors de proportion avec leur poids démographique (2 à 3% de la population française). Mais chaque fois qu’un politicien issu d’une famille protestante sortait du lot — Michel Rocard et Lionel Jospin, entre autres — il a trouvé un obstacle sur sa route vers la magistrature suprême. Coïncidence? Sans doute.
Il n’en demeure pas moins que le pouvoir français aime à utiliser les talents protestants, à la condition que ces parpaillots restent à leur place, celle d’éminences très grises.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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27/06/2011

Mireille Bailly-Coulange, la sculptrice de la Lumière

 

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Elle sculpte la lumière, la grande artiste Mireille Bailly-Coulange. Son matériau n’est ni le marbre, ni la pierre mais le polyméthacrylate de méthyle, autrement dit l’Altuglas ou Plexiglas dont la transparence et la densité lui permettent de travailler la lumière. Ce faisant, elle a développé son concept d’«intailles lumineuses». Travaillant au moyen de fraises de métallurgiste, elle sculpte à l’intérieur du matériau, réalisant des fresques et des sculptures dont la lumière naît à l’intérieur de la masse.

Cette lumière intérieure n’est pas seulement une technique. Elle guide la démarche philosophique et initiatique de l’artiste qui est avant tout une  «travailleuse de la Lumière»; celle qui baigne l’univers extérieur et intérieur. Lumière physique et Lumière cosmique coulent d’une seule source. Laquelle? A vous, de la découvrir. L’artiste vous indique le chemin. Mais il ne va pas l’accomplir à votre place. Contempler une œuvre n’est pas l’expression morne et passive de la consommation. C’est un acte positif qui engage, malaxe celui qui regarde, secoue sa paresse et le fait rêver mais non pas rêvasser. Le regardeur recompose, rassemble ce qui, en lui, était épars pour s’initier à l’évidence.

Car l’évidence se mérite. Elle ne tombe pas du ciel. Elle monte du cœur vers la conscience. Le regardeur doit faire le lit de l’évidence, avant qu’elle ne s’y couche. Alors, et alors seulement, la nuit de noces peut commencer entre lui et l’œuvre.

Mireille Bailly-Coulange est aussi peintre et, grâce à ses talents de coloriste, elle sert aussi la lumière avec d’autres outils.

Son inspiration est formée de ses songes actifs et met en mouvement les symboles et les archétypes qui parlent à l’inconscient individuel et collectif. La conscience découvre ainsi d’autres territoires dont la nuit n’est faite que de multiples lumières

Si vous passez à Paris, n’hésitez pas à prendre langue avec l’artiste (numéro de téléphone de l’étranger: 00 33 1 45 80 96 30; de France: 01 45 80 96 30); elle vous ouvrira généreusement les portes de son atelier, sis 26 rue Bobillot dans le XIIIe arrondissement de Paris, tout près de la Butte-aux-Cailles. On peut surfer pour se donner une petite idée de son travail sur ce site:

http://www.adagp.fr/FR/image_fset.php?it=4&iid=2191

En outre, elle expose actuellement un magnifique triptyque de vitraux (voir photo) illustrant la danse, jusqu’au 2 octobre au Château de la chapelle d’Angillon, près de Bourges, à l’occasion d’une exposition consacrée au centenaire des Ballets russes (commissaires: comte Jean d’Ogny, Jocelyne Meunier et Jean-Bernard Cahours d’Aspry)

… Et contemplez l’œuvre de Mireille Bailly-Coulange avec vos trois yeux.

 

Jean-Noël Cuénod

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