01/11/2011

Le référendum grec et la dette: la moindre des choses


Quelle catastrophe! Le premier ministre grec Papandréou annonce la tenue d’un référendum sur le plan de désendettement de son pays et voilà toutes les bourses qui s’effondrent, les chefs d’Etat de l’Union européenne qui crient à l’irresponsabilité, à la décision suicidaire. Et l’un des maîtres du monde, l’agence de notation Fitch Rating, dénonce les risques que fait courir cette consultation du peuple.

Avec le plan adopté par l’Union européenne, sous la pression de l’Allemagne, les Grecs devront se serrer encore plus la ceinture, alors que l’Eglise orthodoxe – ah, la charité chrétienne, quelle splendeur éblouissante! – et les armateurs trouveront le moyen de continuer à user de leurs extravagants privilèges, comme d’habitude. Les efforts réclamés à ce peuple sont colossaux; de plus, le plan de désendettement provoquera la perte de la souveraineté de la Grèce. La «troïka»  -  les représentants des trois principaux créanciers du pays, à savoir l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international - s’installera à demeure à Athènes afin de contrôler la politique budgétaire de la Grèce.

Paupérisation accrue, mise sous tutelle, abandon de l’indépendance nationale, tel est le programme de ce plan. Et les Grecs seraient interdits d’émettre leur avis à son propos? Ce référendum n’est pas un scandale, c’est la moindre des choses. Que le peuple soit consulté par une votation ou une élection - en cas de démission du gouvernement Papandréou - peu importe, pourvu qu'il ne soit pas bâillonné.

Actuellement, les violences de rue se propagent et s’intensifient. Sans référendum, c’est toute la marmite grecque qui risque d’exploser. Ce vote mettra aussi au pied du mur le peuple qui, selon les sondages, rejette le plan germano-européen à 59% tout en plébiscitant (72,5%) le maintien de la zone euro. La campagne référendaire expliquera en quoi, les Grecs ne peuvent pas obtenir les deux à la fois. Ils devront trancher ; seul un débat des citoyens est à même d’établir un choix qui, n’étant pas imposé d’en haut, peut être mieux accepté.

En vitupérant ce référendum et par le mépris du peuple qui semble les habiter, les dirigeants de l’Union européenne font le lit de tous leurs ennemis et ménagent à l’extrême-droite du continent de larges boulevards.
Parfois, il vaut mieux écouter le peuple que les marchés.


Jean-Noël Cuénod

 

 

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30/10/2011

La chasse aux pauvres est ouverte!

mangepoubelle.jpg

Comme à chaque automne, la chasse est ouverte, les gibiers à poils et à plumes n’ont qu’à bien se tenir. Les pauvres aussi. Car l’ouverture les concerne au premier chef. Surtout à Nogent-sur-Marne près de Paris. Le maire de cette ville a récemment signé un arrêté frappant d’une amende de 38 euros les miséreux qui fouillent dans les poubelles. «C’est une mesure d’hygiène publique», explique ce maire qui évoque les déchets que laissent sur le trottoir les poubellophages.

 Le scandale, ce sont les ordures sur la rue mais non pas la faim qui a poussé ces miséreux à trouver dans les ordures la nourriture que la société leur refuse. Monsieur le maire a ses priorités.

Les fouilleurs récidivistes seront emmenés au commissariat. En garde à vue, pour se goinfrer d’épluchures! Remarquez qu’en cellule, ils recevront au moins un sandwich. Et les policiers de la banlieue parisienne, c’est bien connu, n’ont pas d’autres gibiers de potence à poursuivre.

Les fouilleurs de poubelles sont légion à Paris. A la Butte-aux-Cailles, où crèche Le Plouc, un ferrailleur plonge méthodiquement dans toutes les poubelles du quartier. Lui, ce n’est pas la bouffe qui l’intéresse mais tout ce qui contient du métal. Et si cet ombrageux moustachu tombe sur du cuivre, au prix où il se négocie, c’est Noël qui arrive en octobre. Il fait bien attention de ne rien laisser traîner et de ne pas ajouter de déchets aux étrons canins qui parsèment le trottoir. Des crottes déposées par les roquets que promènent d’acariâtres bougresses et de ronchons sexadégénères. Qui ne manquent pas d’insulter notre ferrailleur, tout en détournant la tête lorsque Rex dépose une saucisse fumante devant la porte de la boulangerie.

Avenue d’Italie, d’autres fouilleurs de poubelles lorgnent sur les déchets laissés par les usines à bouffe amère-loque et les reliefs de pizzas à emporter. Boulevard Magenta, Le Plouc a même aperçu une file d’attente devant des poubelles d’un marché couvert. Le maire de Nogent n’a pas fini d’encaisser ses amendes. Jadis, la misère n’avait d’autre avantage que sa gratuité. Aujourd’hui, il faut payer, même pour être pauvre.


Jean-Noël Cuénod

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27/10/2011

Violences entre la France et l’Algérie, mémoire en double aveugle

Il y a cinquante ans, le 17 octobre 1961, une manifestation d’indépendantistes algériens était réprimée à Paris, dans le sang. Et en silence. Ce massacre a été occulté pendant des lustres, jusqu’au procès de Maurice Papon (1998) qui a dirigé la police parisienne entre 1958 et 1967. Cité à la barre des témoins, l’historien Jean-Luc Einaudi a saisi l’occasion de cette tribune pour réveiller la mémoire collective.

La manif de ceux que le langage de l’administration policière groupe alors sous le sigle FMA (Français musulmans d’Algérie) commence pacifiquement avec femmes, enfants et hommes endimanchés. Ils protestent contre le couvre-feu que Maurice Papon a décrété envers les musulmans de la région parisienne.

 Dans le climat de tension créé par les attentats de l’OAS (les Français d’Algérie opposés à l’indépendance) et du FLN (les indépendantistes qui prendront le pouvoir à Alger en 1962), les policiers se déchaînent. La répression dégénère en massacre. Le préfet de police Papon jettera le voile sur ces exactions en affirmant dans un communiqué que les agents ont été contraints de tirer, causant la mort de deux personnes.

Tout sera mis en œuvre pour cacher la vérité. Aujourd’hui encore, on ignore le nombre exact de victimes. Mais on sait à quel point le communiqué de Papon était mensonger. Les estimations les plus basses font état de 30 à 50 morts et les plus hautes dépassent les 200 cadavres.

Du massacre de Sétif le 8 mai 1945 à celui de Paris il y a un demi-siècle, la France éprouve une peine infinie à faire parler sa mémoire algérienne. Mais ce constat, on doit aussi le dresser à l’égard de l’Algérie indépendante. Les mouvements progressistes des années 60 ont vu un seul aspect — essentiel — de la guerre de libération menée par le FLN, à savoir la victoire sur le colonialisme. Mais les indépendantistes présentaient d’autres facettes, moins sympathiques.

 Ainsi, il est impossible de qualifier autrement que de «purification ethnico-religieuse» la politique du FLN visant à expulser les «pieds noirs» de leur terre natale, ainsi que les Juifs qui vivaient dans ce pays depuis 2000 ans.

Pour les convaincre de choisir entre «la valise ou le cercueil», les indépendantistes se sont eux aussi livrés à des massacres, comme celui du 5 juillet 1962 à Oran où un nombre encore indéterminé d’Européens d’Algérie ont été tués. De même, des attentats ciblés contre des Algériens juifs ont convaincu ces derniers qu’il fallait partir. Ainsi, lorsque le plus Algérien des musiciens traditionnels, cheikh Raymond Leyris, un Juif de Constantine, a été abattu d’une balle dans la nuque le 22 juin 1961, ses coreligionnaires — et parmi eux son gendre Enrico Macias — ont compris que le temps de l’exil était venu.

La France et l’Algérie vivent leur mémoire en double aveugle. Lorsque ces deux pays étrangers et si proches accepteront enfin de se confronter à ces ombres, leurs relations ne seront plus parasitées par les non-dits. Les nombreux Algériens qui vivent en France ne s’en porteront que mieux.

(Ce texte a paru jeudi 27 octobre 2011 en page Opinions, rubrique Perspective de la Tribune de Genève et de 24 Heures, rubrique Réflexion


Jean-Noël Cuénod

Pour mieux comprendre les rapports entre les Juifs et l'Algérie, voici une émission de France-Inter évoquant le travail d'historien de Benjamin Stora, l'un des meilleurs spécialistes français de cette question.

 

 

 

 

Les Juifs d'Algerie - Watch more Videos at Vodpod.

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26/10/2011

Continuez comme ça, Messieurs Novartis et compagnie !

En pleine crise, Novartis réalise des prouesses financières. Au troisième trimestre, le groupe pharmaceutique «suisse» s’est goinfré d’un bénéfice net de 2,8 milliards de francs, en hausse de 12%. Quant au chiffre d’affaires, il se montre coquet : 13.05 milliards de francs. Et pour récompenser leurs salariés d’avoir travaillé de façon si efficace, Messieurs Novartis et compagnie vont supprimer 1100 emplois en Suisse, surtout à Bâle et Nyon-Prangins dont le site sera fermé.

 Qu’on se rassure, Messieurs Novartis et compagnie font savoir qu’ils créeront 700 emplois mais ailleurs, dans des pays à bas salaires ; ils ajoutent dans leur communiqué : «Afin de renforcer notre position future, nous avons pris des mesures pour réduire notre base de coût. Ces mesures sont nécessaires ». Les « positions futures » de Nyon ou de Bâle n’intéressent guère ces Messieurs. Ils ne se sentent pas concernés, voyez-vous.

Continuez comme ça, Messieurs Novartis et compagnie. Continuez, avec vos semblables, à déchirer en lambeaux le tissu économique du pays qui vous a élevés, formés, nourris, qui a mis à votre disposition de coûteuses écoles, des hôpitaux dernier cri, des transports performants, de gentilles lois fiscales et un droit du travail plutôt sympathique.

Continuez comme ça. Pourquoi vous gêner ? Le pouvoir ne peut rien contre vous. D’ailleurs, il n’a nulle envie de vous chagriner. Devant vous, les citoyens sont désarmés. Vous seriez bien stupides ne pas en profiter.

 Et puis, vous avez votre inoxydable bonne conscience en bandoulière. Le Plouc est bien certain que vous ne manquez pas un feu du Premier-Août et lorsque sur nos monts le soleil annonce un brillant réveil, vos yeux se mouillent. Vous êtes des patriotes, des vrais, dont le cœur bat aux exploits de nos sportifs. Qui sait ? Peut-être que certains d’entre vous votent UDC. C’est dire à quel point vous êtes Suisses.

Continuez comme ça, Messieurs Novartis et compagnie, et, un jour, ce pays qui est encore le vôtre sera tellement amoché que vous ne le reconnaitrez plus.

 

Jean-Noël Cuénod

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23/10/2011

GENESE

 

 

Dieu j’étais je Le reste

           Homme

           Par désir

         Je suis devenu

 

Etre dans l’autre

Plaisir du miroir

Reflet fidèle

Mais à l’inverse

 

Immortel ennui de l’Un

     Coït du nombre

             Les sots

     Pleurent la chute

     Jamais je n’ai chu

                 Je

     Pars en voyage

     Pour le multiple

             Exil

                    

                           Vers la jouissance la souffrance

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

22:14 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

21/10/2011

L’Hirsute des Sables mord la poussière. Kadhafi tué sans autre forme de procès

 

 
 

Il a donc péri, l’Hirsute des Sables. Dans quelles circonstances? On ne sait pas trop. Le monde entier regarde de mauvaises vidéos captées par des smartphones atteints de Parkinson. Lynché? Abattu d’une balle dans la nuque? Fauché par une balle perdue (pas pour tout le monde)? En tout cas, l’Encombrant Kadhafi débarrasse le plancher des dromadaires. Tout était mal qui finit bien. Pas de procès gênant, surtout. Ouf!
 
A la faveur, si l’on ose dire, de cette exécution, le Ouèbe diffuse un extrait des mémoires de Condoleezza Rice, l’ancienne tête diplomatique de Deubelyou Busch (lire le lien). Elle y glose sur la passion que lui vouait l’Hirsute. Le portrait qu’elle en dresse est celui d’un malade mental au dernier degré. Ce n’est pas exactement une info hyperexclusive. On se doutait bien que Kadhafi éprouvait quelques difficultés à mettre de l’ordre dans ses neurones tordus.
 

Mais comment un type aussi malade a-t-il pu régner pendant 40 ans? Par un réseau dense de complicités, tout d’abord à l’intérieur de la Libye où les chefs de tribus ont reçu une part de la manne pétrolière. Cette manne leur a permis de tenir leurs gens et de vivre sans se contenter d’une poignée de dattes et d’un verre de lait de chamelle. Servir un fou dangereux peut se révéler profitable. Aujourd’hui, ces roitelets ont sans doute changé leur kalachnikov d’épaule en sautant à pied joint dans le bon camp.
 

Croyez-vous qu’ils ressentent l’urgente nécessité de traduire l’Hirsute devant un tribunal et d’organiser un procès qui les mettrait aussitôt en accusation?
 
Mais les complices du cinglé se situaient aussi dans les plus hautes sphères de la politique internationale. Bush a remis en selle Khadafi. Sarkozy a fait planter une tente de bédouin en plein Paris pour lui montrer à quel point la France l’appréciait.
 

Croyez-vous que les chefs d’Etat convenables auraient sauté de joie en apprenant que l’accusé Kadhafi – on imagine la plaidoirie de Me Vergès – allait rappeler toutes les papouilles qu’ils prodiguèrent au tyran de Syrte?
 
Désormais, l’Hirsute des Sables redevient poussière dans un désert plombé par le silence.

Jean-Noël Cuénod

 

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20/10/2011

Tao de la mollesse : Hollande terrasse Martine Aubry et Elizabeth Teissier

LaoTseu.jpg
La France assiste, pleine d’espérance inquiète, à la grande revanche des mous. François Hollande – dénoncé par la dure Francois-hollande.pngde dure Martine Aubry comme le caoutchouteux héros de la gauche guimauve – a triomphé dimanche dernier; plus personne ne l’ignore, sinon la voyante extralucide Elizabeth Teissier qui a vu la patronne du PS emporter la primaire.

Sur la rive droite, dans l’ombre, courte il est vrai, du président Sarkozy, c’est un autre mou qui se lève, l’indécoiffable François Fillon. Ce premier ministre de récessive apparence ne cesse de dire le contraire de son maître élyséen et affiche ses ambitions avec une discrète obstination.

Voilà ce provincial à l’élégance impeccablement funèbre qui se porte candidat dans la capitale à la prochaine élection législative de juin 2012. Et il fait savoir que ce siège, n’est, si l’on ose dire, qu’un tremplin pour sauter en 2014 sur le fauteuil du maire de Paris, Bertrand Delanoë ne se représentant pas. Or, tout le monde le sait depuis Chirac, l’Hôtel de Ville peut vous catapulter encore plus haut. Le mollasson de la droite prouve qu’il ne manque pas de ressort.

Pour les politiciens français qui battent la campagne, la lecture du Tao-Te-King – le livre du Tao écrit par Lao Tseu – s’impose. Ils y apprendront que, huit siècles avant la naissance de François Hollande, ce sage chinois avait prévu sa victoire sur Martine Aubry en calligraphiant cette sentence:

 «Ce qui est mou triomphe de ce qui est dur.»

Il est d’autres maximes taoïstes dont les candidats à la présidence française devraient faire leur miel. Celle-ci, par exemple:

«L’homme qui parle beaucoup est souvent réduit au silence.»

 Nicolas Sarkozy en sait quelque chose. Plus il se répand dans les médias, moins les sondages lui sont favorables.

Le président s’efforce d’ailleurs de se montrer plus discret. Mais à l’impassible, nul n’est tenu, le Vibrionnant moins que tout autre. Et que l’on ne compte pas sur lui pour suivre cet autre conseil de Lao Tseu:

«Lorsqu’on a fait de grandes choses et obtenu la gloire, il faut se retirer à l’écart.»

Tous les prétendants seraient bien avisés de faire leur ce principe du Tao:

 «Le sage vit dans la conscience des difficultés et n’en souffre pas.»

Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Comment ne pas éprouver une vive douleur lorsque les casseroles politico-financières se mettent à déborder à gros bouillons? Cela demanderait au politicien plusieurs réincarnations pour parvenir à surmonter le cruel sentiment d’abandon qui le transperce lorsque les mauvaises nouvelles se succèdent à un rythme effréné.

«Les emmerdes volent toujours en escadrille»,

disait Jacques Chirac qui, lui, a démontré au cours de ses douze ans de règne qu’il pratiquait le Tao avec bonheur, en appliquant ce précepte empreint de sapience:

 «Il n’est rien qui ne s’arrange par la pratique du non-agir.»

Jean-Noël Cuénod

 

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16/10/2011

François Hollande candidat contre Nicolas Sarkozy: l’édito du Plouc.

Désormais candidat officiel du Parti socialiste, François Hollande va s’atteler dès lundi à sa première tâche, à savoir recoller les morceaux du Parti socialiste français. Certes, le résultat qu’il a obtenu dimanche à l’issue de l’ultime tour de la primaire de la gauche semble assez large pour l’aider à atteindre ce premier objectif. Car seul un PS uni derrière lui peut envisager la victoire pour l’Elysée au printemps prochain.

Or, cette union fraîchement acquise a été récemment mise à mal. Les débats du premier tour et celui du second s’étaient bien déroulés, jusqu’à jeudi. Ce jour-là, malgré sa bonne prestation de la veille devant les caméras de France 2, Martine Aubry a constaté qu’elle n’avait pas réussi à faire la différence avec Hollande. Elle s’est donc répandue en attaques personnelles virulentes contre son rival socialiste, pensant capter ainsi des voix à la gauche de la gauche. En vain. Mais le venin qu’elle a instillé dans le corps socialiste continuera à faire son effet. Les forces de dissolution se révèlent souvent plus fortes que celles de coagulation dans la vie politique française.

François Hollande devra donc user de toutes les ressources de sa diplomatie pour soigner le PS et réduire le pouvoir de nuisance de Martine Aubry. L’ancien patron des socialistes pourra-t-il réconcilier ce parti avec lui-même, lui qui n’y était pas parvenu avant le calamiteux congrès de Reims en 2008? Toutefois, grâce à cette primaire qui a réuni dimanche près de trois millions d’électeurs, le président de la Corrèze dispose aujourd’hui d’une légitimité nationale qu’il ne possédait pas hier. Et cela peut vous changer un homme.

En face, Nicolas Sarkozy a entamé sa mue. De président impopulaire, il va se transformer en candidat pugnace. C’est son rôle préféré. Mais l’élection de 2012 ne ressemblera en rien à celle de 2007. Sarkozy traînera un bilan qui est jugé négatif par la plupart des Français, même par ceux qui ont voté pour lui il y a bientôt cinq ans. L’actuel président ne pourra plus brandir l’étendard de la rupture et devra se couler dans la posture du rassembleur. Or, il n’y est jamais parvenu, malgré ses efforts récents. François Hollande, en revanche, paraît meilleur dans ce rôle, même si Nicolas Sarkozy soulignera à gros traits son inexpérience gouvernementale, alors que lui fait partie de décideurs mondiaux.

Hollande devra donc recoller les morceaux du PS, puis ceux de la France, en persuadant les classes moyennes qu’il peut leur faire entrevoir un espoir d’éclaircie. Avec cette primaire qui a donné une crédibilité nouvelle au PS français, le candidat socialiste a gagné une étape. Mais pour arracher le maillot jaune à Sarkozy, il lui faudra en remporter bien d’autres. Et éviter les coups tordus.

Jean-Noël Cuénod

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14/10/2011

Ségolène Royal, Martine Aubry et François Hollande: le coup de poignard de la reine déchue

 

 Dimanche soir, la France pleurait au rythme des sanglots versés par Ségolène Royal, reine déchue avec ses pauvres 7% d’électeurs au premier tour de la primaire du PS. Trois jours après, elle revient sur scène en provoquant la seule surprise de cet avant second tour. Quitte à ne plus être reine, autant couronner elle-même le futur prétendant socialiste à l’Elysée.

 Elle n’a pas laissé longtemps ce plaisir à Montebourg qui faisait assez «ravi de la crèche» avec ses 17% de votants qu’il n’espérait pas conquérir.

 

En soutenant son ancien compagnon François Hollande — alors que tout portait à croire qu’elle choisirait Martine Aubry — Ségolène Royal lui a donné un coup de pouce qui peut se révéler décisif, en même temps qu’elle poignardait dans le dos celle qui l’avait écartée de la direction du PS. Car ses 7% d’électeurs pèsent plus que les 17% d’Arnaud Montebourg qui, lui aussi, soutient François Hollande, mais à titre personnel, sans donner de consignes de votes à ses supporteurs. De toute façon, le «troisième homme» a reçu un grand nombre de voix provenant de l’extrême gauche. Or, les militants rouge vif ne se déplaceront certainement pas au second tour pour départager deux sociaux-démocrates. Quant aux autres électeurs de Montebourg, ils se partageront entre François Hollande et Martine Aubry, au gré de leurs intérêts ou de leurs opinions.

 

En revanche, les partisans de Ségolène Royal sont affectivement très attachés à leur héroïne. Dans les réunions socialistes, elle traîne son long manteau de dévotes et de dévots qui ont pour elle le regard des adorateurs de la Madone. Si elle soutient le père de ses enfants, nul doute que ces «royalistes» se feront aussitôt «Hollandais».

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

(Editorial paru dans 24 Heures vendredi 14 octobre 2011 et réactualisé)

 

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12/10/2011

Hollande-Aubry: tout n’est pas rose dans la primaire du PS

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La primaire… Toute la France mâche ce mot. Même la droite salue cette initiative du Parti socialiste de l’Hexagone. Sauf Nicolas Sarkozy qui la juge contraire à l’esprit gaulllien. Mais en l’occurrence, c’est moins la gauche que le président visait que son premier ministre François Fillon — chaud partisan de la primaire — qui l’agace de plus en plus.

Avec 2,7 millions d’électeurs, le Parti socialiste a donc réussi son pari. Du moins jusqu’à maintenant. Il reste à savoir si l’étalage des arguments et des postures ne va pas plutôt servir à Nicolas Sarkozy pour assurer sa réélection à la présidence de la République en 2012. Il connaît désormais toutes les failles de son futur adversaire socialiste. Cela dit, le débat de mercredi soir sur France 2 entre Martine Aubry et François Hollande n'a pas dû lui apprendre grand-chose. Sauf, que les deux adversaires socialistes partagent à la fois le même programme et une inimitié réciproque. Ce qui ne relève pas de l'information exclusive.

Tout n’est pas rose dans la primaire du Parti socialiste français. Ses effets positifs remplissent actuellement colonnes et micros. Ses effets négatifs n’en subsistent pas moins. L’organisation de la primaire a permis au PS de se sortir des magouilles internes qui présidaient au choix de son candidat. Mais ce mode de désignation détruit la substance même d’un parti politique, comme l’a relevé le professeur Rémi Lefebvre (Sciences-Po à Lille) dans une tribune libre publiée en mai 2010 par Le Monde Diplomatique:
«C’est cette conception du parti comme creuset politique, lieu de délibération, d’éducation et de mobilisation qui se démonétise aujourd’hui (…) A quoi bon militer dans un parti si rien ne distingue le militant du sympathisant? Si les frontières du dedans et du dehors du parti disparaissent?»

Face aux crises du capitalisme, le socialisme démocratique aurait pu tenir lieu d’alternative, à la condition que sa définition et ses objectifs fussent réexaminés à l’aune de l’effondrement du socialisme autoritaire. Le Parti socialiste français, de par son importance, aurait dû devenir ce creuset où l’alternative nouvelle se forme. Il n’a pas su ou voulu le faire. Au lieu de ménager un espace où l’avenir peut se dessiner, le PS a préféré construire des écuries électorales.

Certes, Arnaud Montebourg a apporté une touche un peu originale. Mais ses propositions tenaient aussi de cette «pensée marketing» à laquelle doit se plier tout candidat à une élection très personnalisée. La démondialisation semble-t-elle à la mode? Montebourg s’en proclame aussitôt le héraut. Mais comment y parvenir dans le cercle national où se déroule l’élection présidentielle? Le programme du chef de l’aile gauche socialiste est, à cet égard, tellement flou qu’il se fait récupérer par Marine Le Pen et son Front national.

Le PS a choisi la primaire pour moteur de sa régénérescence électorale. Mais cette «fabrique de personnalités» signe aussi sa dégénérescence comme force de proposition alternative au capitalisme.

 

Jean-Noël Cuénod

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10/10/2011

RE-SENTIMENT

                                                                                 RE-SENTIMENT

 

 


                                                                        Long Royaume des Tourbes
                                                                        A l'horizon ventru
                                                                        Et tout veiné de brun

                                                                        Des labours enfumés
                                                                        Se hissent vers les hommes
                                                                        Des senteurs opulentes
                                                                        A la danse puissante
                                                                        Telle celle des femmes
                                                                        A la chair de moisson

                                                                        Mais tôt ou tard la Terre
                                                                        Se fendra fruit mûr
                                                                        Sous la poigne du feu
                                                                        Et des croix pousseront
                                                                        Comme des épineux

 

                                                  Jean-Noël Cuénod

 

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07/10/2011

Le stalinisme, une passion française

 Et Staline pour nous est présent pour demain Staline.jpg
Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur
La confiance est le fruit de son cerveau d’amour
La grappe raisonnable tant elle est parfaite.

Ces vers grotesques ont dégoutté de la plume de l’un des plus grands poètes français de tous les temps, Paul Eluard. Cette Ode à Staline, publiée en 1950, illustre la passion qu’une part importante de la France a vouée à l’un des tyrans les plus sanguinaires de l’Histoire.
Un livre vient d’être publié sur cette dévotion qui a marqué au fer rouge des générations d’intellectuels français, Heil de Gaulle! Histoire brève et oubliée du stalinisme en France (Editions Vuibert). Ses auteurs: les historiens Paul Lidsky et Jean-Marie Goulemot. Pour l’instant, cet ouvrage aussi bien écrit que documenté est accueilli par un silence assourdissant dans les médias d’outre-Jura. La patte du Petit Père  des peuples pèserait-elle encore sur les bonnes et mauvaises consciences?

Le titre - Heil de Gaulle! - se réfère au slogan débité à la fin des années 1940 par la presse communiste, qui n’hésitait pas à chausser de très gros sabots.
Des sabots taillés à la serpe par Jdanov, le «sinistre» de la culture du gouvernement stalinien. Pensée manichéenne, violence verbale, mensonges éhontés faisaient partie de son arsenal. Comment de brillants esprits ont-ils pu oublier leur intelligence dès que la question soviétique était abordée? Le rôle important qu’a tenu le Parti communiste français dans la Résistance ainsi que le tribut payé par l’URSS à la lutte contre Hitler expliquent bien des choses.

«Au sortir de la guerre, 25% des élèves des Ecoles normales supérieures (ndlr: les «fabriques» de professeurs) sont membres du PCF ou des jeunesses communistes», relèvent Lidsky et Goulemot. Pour ces jeunes gens, il s’agissait parfois de faire oublier les choix malheureux de leurs parents pendant la collaboration. Si les communistes ont tenu une place essentielle au sein du combat intérieur contre l’occupant nazi, il a tout de même été nécessaire d’effacer le fait que le PCF n’est massivement entré en résistance qu’au moment de l’attaque allemande contre l’URSS. Auparavant, les dirigeants communistes négociaient discrètement avec l’occupant la reparution de L’Humanité.

StalineLivre.jpgPour les auteurs de Heil de Gaulle!, les racines de cette fascination sont ancrées dans l’Histoire de France: «Le marxisme-léninisme construit la Révolution française comme le modèle originel de toute révolution (…) Cette importance accordée à la Révolution de 1789 par l’historiographie soviétique elle-même a convaincu certains que la France était la fille aînée de la République des Soviets, d’où l’alignement jusqu’à la caricature sur l’URSS (…)»

Le stalinisme est-il mort? En tout cas, il bouge encore, avertissent les deux historiens: «Il s’est disséminé et a profondément imprégné l’extrême gauche, qui s’en défend. Elle le dénonce sans se rendre compte qu’elle en adopte souvent le sectarisme.»


Jean-Noël Cuénod

 

(Texte paru jeudi 6 octobre 2011  (version complète) en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en rubrique "Perspective" (version légèrement abrégée) de la Tribune de Genève) 

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04/10/2011

« René L’Enervé »: Jean-Michel Ribes s’énerve trop tard

Paris se gondole au Théâtre du Rond-Point à Paris. Maître des lieux et formidable homme de spectacle, Jean-Michel Ribes vogue vers le succès avec son «Opéra-bouffe et tumultueux» intitulé «René l’Enervé». Salles pleine et éclats de rire.

Sur le plan formel, la performance de Ribes, auteur et metteur en scène, du compositeur Reinhardt Wagner, ainsi que de tous ses acteurs-chanteurs et musiciens est époustouflante. Du grand opéra-bouffe comme on les aimait jadis. «René l’Enervé» est l’agité qui s’agrippe à son fauteuil présidentiel de plus en plus branlant. Il fallait bien consacrer un «Opéra-bouffe» à celui qui a goinfré ses amis au Fouquet’s. Tout le camp Sarkozy est ainsi croqué avec épouses successives et conseillers calamiteux. Les adversaires de René se partagent entre Gaufrette et Ginette, avec un Coiffeur International qui aime beaucoup les dames. Allez savoir pourquoi, le voilà foudroyé juste au moment où il allait «coiffer au poteau» les deux opposantes. Il y a aussi une charge contre les écolos-bobos et, surtout, les inquiétants "Cons nationaux" au front aussi bas que national.

Le Plouc et sa Plouquette, comme les autres spectateurs, ont ri. Un rire un rien teinté de jaune. Tout d’abord, «René l’Enervé» est tellement plaqué sur les circonstances du moment qu’il en reste anecdotique. Or, Sarkozy n’est que le symptôme d’un mal plus profond. En braquant les feux sur sa seule petite personne, l’essentiel est laissé dans l’ombre. Si le personnage principal avait été plus dégagé de sa gangue d’actualité, il aurait acquis une dimension plus universelle, mieux à même de mettre au jour les entrailles de ce capitalisme rapace qui ronge le corps social. Même si Reinhardt Wagner est à l'évidence influencé par Hanns Eisler, l'un des compositeurs de Bertold Brecht, nous restons fort éloignés de l'auteur de la "Résistible ascension d'Arturo Ui". 

En outre, cogner sur Nicolas Sarkozy au moment où tout le monde tape sur lui, y compris dans son propre camp, rend la satire plus plate. Cet acharnement sarkophobe peut d’ailleurs faire l’effet inverse et, en fin de compte, rendre sympathique l’Enervé de l’Elysée. Si cet Opéra-bouffe avait été créé il y a deux ans, cela aurait eu une tout autre allure. Il aurait provoqué plus de controverses intéressantes qu’aujourd’hui. Bref, avec son «René l’Enervé», Jean-Michel Ribes s’est énervé trop tard.

Toutefois, le spectacle en lui-même vaut d’être vu.

« René L’Enervé » jusqu’au 29 octobre, Théâtre du Rond-Point, salle Renaud-Barrault à 21 h. ; dimanche à 15 h. relâche les lundis.

Jean-Noël Cuénod

Voici d’ailleurs une vidéo pour vous en faire une petite idée.


René l'énervé au Rond-Point : les premières images par WebTV_du_Rond-Point

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30/09/2011

La France rurale n’est plus ce qu’elle était

La perte par la droite française de «son» Sénat ne se limite pas à un coup de Trafalgar électoral. Il s’agit d’une vague de fond qui vient de loin. Elle traduit les profonds changements de cette France rurale que l’on croyait immuable, malgré les bouleversements subis par le monde agricole au XXe siècle. Au-delà des divisions au sein du camp sarkozyste qui ont facilité la tâche de la gauche, le vote de dimanche illustre la rébellion couvant dans les bourgs et villages depuis plusieurs années.

Au printemps 2008, un an après l’accession de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, la grogne commençait déjà à se faire entendre dans son propre camp. Pendant la campagne municipale, j’avais interviewé Pierre Giry, le maire de Nontron, sous-préfecture de la Dordogne. Malgré son appartenance au parti sarkozyste UMP, il laissait exploser sa colère à la suite de la suppression du tribunal de sa petite ville: «A aucun moment, la mairie n’a été consultée. Tout ça s’est fait dans notre dos!» Il récusait déjà l’étiquette de sarkoyzste: «Je suis gaulliste, un point c’est tout.»

Ce qui s’est produit à Nontron a été répété ailleurs. Même centralisme arrogant. Même autoritarisme méprisant. Que l’on soit ou non membre de l’UMP ne change rien à l’affaire, tant qu’on n’est pas dans les petits papiers du président. Des petits papiers que l’on prépare lors des cocktails à Neuilly mais non pas au cours des vins d’honneur d’une sous-préfecture périgordine.

Trois ans et demi plus tard, ces modestes élus de la France terrienne – qui forment la majorité des grands électeurs du Sénat – se sont vengés dans l’isoloir. Quitte à voter pour l’adversaire socialiste.

Sur le plan sociologique, les élus ruraux ont suivi les changements opérés dans la campagne française avec l’apparition des «rurbains» ou des «néoruraux», ces citadins qui ont décidé de s’établir au bon air ou, souvent, de revenir dans leur village d’origine. Il faut y voir, entre autres causes, l’«effet TGV», qui a raccourci considérablement les distances entre Paris et la province, et le télétravail. Aujourd’hui, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques, les agriculteurs représentent moins de 8% de la population rurale.

L’élu du village est donc souvent un cadre, un ouvrier, un employé, un instituteur à la retraite ou en activité. Son comportement électoral se distingue de moins en moins de celui des citoyens vivant dans les grandes villes. «Acquis traditionnellement à la droite, le vote rural est devenu de moins en moins automatique au contact d’une population venue des villes, investie dans le milieu associatif plus favorable à la gauche», relève dans son blogue Eric de la Chesnais, journaliste au Figaro (voici le lien)
A cela s’ajoutent les nouveaux moyens de communication qui intensifient les échanges entre villes et campagnes. La France rurale n’est plus ce qu’elle était. Nicolas Sarkozy est en train de l’apprendre à son détriment.

 

Jean-Noël Cuénod

Et si vous venez à Paris ce week-end, montez donc à la Butte-aux-Cailles, charmant village du XIIIe arrondissement qui abrite de nombreux artistes. Ils y ouvrent leur atelier samedi et dimanche. En vedette, la magnifique peintre et sculptrice Mireille Bailly-Coulange dont voici l'invitation.

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28/09/2011

Sarkozy sème la chicaya entre profs et ouvriers

Il n’a pas pu s’en empêcher. C'est plus fort que lui. Un démon démangeur l'habite. En réponse à la claque historique de dimanche aux élections sénatoriales et à l’étonnante union sacrée, mardi, entre les enseignants des écoles publiques et privées contre sa politique scolaire, le président Nicolas Sarkozy n’a rien trouvé de mieux que de sombrer, une fois de plus, dans la provocation.

Au moment où les profs de la «laïque» et de la «catho» défilaient ensemble dans les villes de son pays, le président français a pris à témoin, contre les enseignants, les ouvriers d’une usine en Picardie: «Mon devoir est d’abord de penser aux ouvriers et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale (…). Les fonctionnaires ont un travail difficile, mais ont un statut qui les protège. Vous, vous êtes exposés. »

Si la France éprouve tellement de peine à exporter ses produits, la cause réside, en partie, dans une formation scolaire et professionnelle moins performante qu’ailleurs. Au plus fort de l’impitoyable concurrence internationale, les atouts majeurs s’appellent «écoles», «universités», «centres d’apprentissage». Et le rôle que tient le professeur est aussi essentiel que celui joué par l’ouvrier, le cadre, le délégué commercial. Opposer une catégorie à l’autre est non seulement contre-productif mais aussi malsain. Au moment où le monde tangue, ce n’est pas le moment d’embrigader les ouvriers contre les profs. Au lieu de l’unité qu’un véritable chef de l’Etat devrait prôner, il attise la chicaya, fomente la dispute, ourdit la mésentente.

Par ses feux de bouche, Sarkozy nous montre qu’il est désormais candidat et ressort ses recettes pimentées de 2007. Mais, depuis, bien des choses ont changé. Et l’ancien candidat est devenu le premier président de droite à perdre le Sénat et à mobiliser contre lui l’école des laïcards et celle des jésuites. Cela inciterait à l’humilité. Un mot intraduisible en sarkozien.

Jean-Noël Cuénod

Voici la vidéo complète de l'allocution du président de la République devant les ouvriers de cette usine picarde.


Allocution informelle devant les ouvriers du... par elysee

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25/09/2011

ETOILE DE DAVID

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 Notre vie suit

                                                                        Le long chemin des nombres

   Invisible et lumineux

   Caravane dirigée

   Par la sagesse du fou

   Dont le cœur est un sextant

 

   D’oasis en mirages

   Elle touche au but

   Et saura que l’oasis

   Est devenu mirage

   Et le mirage, oasis

   Vérités des vérités :

                                  L’Eternel présent.

 

 

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23/09/2011

La Ve République est-elle une machine à fabriquer des fous et des tordus?

 
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La Ve République est-elle une machine à fabriquer des fous et des tordus? En exerçant le tri sélectif dans les poubelles de l’actualité française, on serait tenté de répondre par un «oui» las et agacé.
 
Certes, l’Hexagone ne détient nullement le monopole des casseroles. En Suisse aussi, nous avons nos vilains petits tas de secrets collectifs qui ressortent lorsqu’un coin de tapis est soulevé par inadvertance ou malignité journalistique. Et ne parlons pas de Berlusconi qui a transformé l’Italie en batterie de cuisine complète avec accessoires. Mais ce qui étonne en France, c’est le nombre et la variété des affaires qui émergent de façon quotidienne. Les épisodes illustrant cette déraison d’Etat où les fous utilisent les tordus et réciproquement sont abondants.
 
Les tordus jouent les intermédiaires entre la politique et l’économie. Leur fonction: aider les uns à parvenir ou à rester au pouvoir, et les autres à défendre leurs intérêts. Les belles envolées morales glissent sur eux sans mouiller leur plumage. L’humanité n’a pas encore inventé de système politique pour s’en passer complètement. Les tordus savent se rendre indispensables. Mais si leur place devient trop envahissante, c’est tout l’équilibre social qui peut s’effondrer dans une corruption généralisée qui transformerait la société en espace destiné aux règlements de comptes.
 
Quant aux fous, ils ne sont certes pas indispensables. Mais on les voit souvent au sommet de l’Etat. C’est d’ailleurs à ces altitudes que la tête leur tourne tellement qu’ils sentent pousser sur elle une couronne.
 
 Le danger est de voir les fous utiliser un nombre croissant de tordus pour financer leur soif de pouvoir. Ce qui rend les tordus encore plus actifs et encore plus nécessaires.
 
Si cette synergie paraît particulièrement intense en France, c’est dû, en partie, aux institutions de la Ve République. Dans nulle autre démocratie un seul homme est nanti d’autant de pouvoirs que le président français. En ajoutant les mille ans de monarchie qui ont fait cette nation, chacun comprend qu’il y a de quoi se prendre pour un Louis XIV en costume trois-pièces lorsqu’on foule en propriétaire les tapis de l’Elysée.
 
La Ve République a bien rempli son rôle, en permettant au général de Gaulle de sortir son pays du sanglant bourbier colonial. Aujourd’hui, ce pouvoir exorbitant est devenu néfaste, transformant les présidents en rois fainéants – ne rien faire pour durer – ou en empereurs capricieux, fascinés par leur sentiment de toute-puissance.
 
Dès lors, la question des institutions ne saurait être considérée comme un débat superflu quand gronde une crise financière sans précédent. Les oripeaux monarchiques entravent la France dans sa marche. Il est temps que les tordus retournent à leur arrière-boutique et que les fous redescendent sur terre.
 

Jean-Noël Cuénod
 
(Ce texte a paru jeudi 22 septembre 2011 dans cette version en rubrique « Réflexion » de 24 Heures et en version légèrement raccourcie en rubrique « Perspective » de la Tribune de Genève.)

09:44 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : affaires politiques, justice, magouilles | |  Facebook | | |

21/09/2011

Fais ta prière, Troy Davis

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Fais ta prière, Troy Davis. Ta mort est programmée à 23 heures GMT. Programmée. Car aux Etats-Unis, on programme la mort, comme un rendez-vous avec son médecin. Saut que cette fois-ci, le bourreau à blouse d’infirmier va t’inoculer dans tes veines un remède radical qui supprime toutes les souffrances, à titre définitif.

 

Fais ta prière, Troy Davis. Car il vaut mieux que tu croies en la vie après la mort. Sinon, j’imagine ton angoisse devant ce néant qui, chaque minute, chaque seconde, se rapproche à pas comptés.
Car, il vaut mieux que tu croies dans la justice divine, puisque celle des hommes, dans cette démocratie américaine qui se veut exemplaire, est aveuglée par l’erreur. Sept témoins sur neuf qui t’accusaient avouent aujourd’hui qu’ils ont subi le chantage des policiers. Ils voulaient un coupable, là maintenant. Tout de suite. Contre toi, aucune preuve matérielle. Ah si, une seule mais déterminante: ta peau. Noire. Et celle du policier tué, blanche.

 

Accrochée à sa violence comme un camé à son stupéfiant, la justice américaine n’y a vu que du rouge.

 

Jean-Noël Cuénod

 

L'exécution a été retardée de plus de quatre heures, dans l'attente d'une décision de la Cour suprême des Etats-Unis, qui a finalement autorisé sa mise à mort. Le décès a été constaté à 23H08 (03H08 GMT jeudi), une quinzaine de minutes après le début de l'exécution (afp).

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19/09/2011

DSK a de la peine à se déboutonner

Treize millions de téléphages au début, quatorze millions à la fin. Dominique Strauss-Kahn peut se vanter d’avoir battu Nicolas Sarkozy, dimanche soir lors de son demi-effeuillage devant Claire Chazal à TF1. En tout cas, dans la bataille des audiences télévisuelles. Jeudi 10 février dernier, l’actuel président n’avait réuni que 8,3 millions de téléspectateurs lors de l’émission Paroles de Français menée de main de valet par Jean-Pierre Pernaut sur cette même chaîne TF1 dédiée au vernissage d’escarpins présidentiels et assimilés. En revanche, il est impossible de départager Chazal de Pernaut dans le championnat de la lèche toutes catégories. Disons qu’ils ont fait match nul.

Il est vrai qu’en matière de flagornerie, Jean-Pierre Pernaut paraît imbattable. Son talent pour négocier les virages, surtout à droite, son art consommé de rester dans les petits papiers des grands et d’évoquer la Foire aux célibataires d’Uzès pour faire paravent aux rues en colère resteront un exemple pour tous les jeunes journalistes soucieux d’être introduits au sein sain du Saint des Saints.

C’est dire si Claire Chazal a mis le paquet pour tenter de déboutonner Dominique Strauss-Kahn. «Alors que s’est-il passé dans la chambre 2806 avec la femme de chambre?» «Une relation inappropriée». Qu’en termes pudiques ces choses-là sont énoncées! Un journaliste mal élevé aurait demandé: «Qu’est-ce qu’une relation inappropriée?». Mais Claire Chazal est bien éduquée et laisse Strauss-Kahn plaider sa défense en soulignant l’absence de violence attestée par le procureur lui-même. C’est Le Monde - vive la presse écrite ! – qui posera la bonne question : «Comment une relation de neuf minutes, non tarifée, entre un homme aisé et une femme de chambre peut-elle avoir lieu sans une forme de contrainte ?» Bonne question mais sans réponse.

 

Claire Chazal trouve alors qu’il n’y a pas assez d’émotion dans tous ça: «Avez-vous souffert?» Sur ce boulevard, DSK roule en Ferrari (aucune allusion à l’autre clone de Chazal de TF1): «J’ai eu peur, j’ai eu très peur. J’ai été piétiné, humilié, avant même de pouvoir dire un mot. Quand vous êtes pris dans les mâchoires de cette machine, vous avez l’impression qu’elle peut vous broyer». Dominique Strauss-Kahn se rappelle alors le dernier conseil de sa femme Anne Sinclair: «A ce moment-là, tu te places au bord des larmes, mais sans laisser tomber une goutte. Faut quand même pas en faire trop. N’oublie pas hein?» A l’évocation de l’enfer judiciaire new-yorkais, on voit une vaguelette clapoter au bord des cils strauss-kahniens. Sans pour autant tomber. Du grand art.

Claire Chazal attend que DSK termine sa séquence émotion. On évoque, vite, la plainte de Tristane Banon. Mais surtout, ne pas s’y attarder puisque c’est justement ça qui fait mal. Et on remet une couche d’émotion avec Anne Sinclair, l’épouse courageuse – et qui, ça tombe bien, est l’une des meilleures amies de Claire Chazal. Beau numéro de violon tzigane pour restaurant russe: «C’est une femme exceptionnelle. J’ai eu une chance folle de l’avoir à mes côtés.»

Attention, il ne faut pas oublier la séquence «hypercompétence économique»! «Que pensez-vous de la crise de l’euro ?» Là, DSK se fait gros matou ronronnant de bonheur. De gamin pris la main au panier, le voilà transformé en professeur dictant ce qu’il faut penser de la monnaie européenne, de la dette, de la stagnation, des politiques de relance. Du nanan. Il s’agit aussi de créer dans le cœur des Français un vif regret: «Tu vois Germaine, ce type-là aurait pu nous sortir de la merde. Ah, quel gâchis!» C’est alors que l’on glisse tout en douceur vers les ambitions, encore lointaines mais qui se dessinent déjà dans les mirages de sa traversée du désert. Avec ce mot de la fin dûment répété: «On verra».

Jean-Noël Cuénod

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17/09/2011

LA FORET SANS LIMITE

 

                                                                         LA FORET SANS LIMITE

                                                                      Rêve d'une forêt sans limite
                                                                      Femme à la peau de lune et de jasmin

                                                                      Rejette ton drap d'un mouvement vif
                                                                      Que tes cuisses respirent sans linceul
                                                                      Et laissent les serpents de la brise
                                                                      Exercer leurs travaux de caresses

                                                                      Ecoute le chant du chèvrefeuille
                                                                      Il fait battre le coeur de ton sommeil
                                                                      C'est la voix des parfums de la terre
                                                                      Qui s'élève vers la nuit des temps

                                                                      Accepte l'hommage des racines
                                                                      Leurs entrelacs sera notre berceau
                                                                      Comme il fut naguère notre tombeau
                                                                      C'est le sang de l'humus qui s'écoule
                                                                      De la blessure perpétuelle
                                                                      Pour irriguer les champs de ton ventre

                                                                     Rêve d'une forêt sans limite
                                                                     Pour y promener l'enfant du soleil

 

                                                                      Jean-Noël Cuénod

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