Un plouc chez les bobos - Page 41

  • Nicolas Sarkozy et les « musulmans d'apparence »

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    Le candidat-président Nicolas Sarkozy aime la France qui se lève tôt. Cette affection est d'autant plus méritoire que lui-même n'est pas « du matin » comme le démontre sa dernière balourdise. En prenant leur petit-déjeuner ce lundi, les auditeurs de France-Info ont pu ouïr l'Hyperomni bredouiller à propos des militaires assassinés par le terroriste Mohamed Merah :

    « Je rappelle que deux de nos soldats étaient - comment dire ? - musulmans, en tout cas d'apparence, puisque l'un était catholique. D'apparence... Comme on dit : de la diversité visible. »

     Tout d'abord, s'il devait passer l'examen de français qu'il a imposé début janvier aux candidats à la naturalisation, il n'est pas sûr que Sarkozy obtienne son passeport. Ensuite, enfermé dans sa bulle - certes portative - élyséenne, le présimonarque reste prisonnier des vieux clichés. Non, tous les Arabes ne sont pas musulmans et dans leur grande majorité, les musulmans ne sont pas Arabes. D'ailleurs le pays qui compte le plus de fidèles de l'Islam est l'Indonésie. En outre, il existe des Européens de souche qui se sont convertis à la religion du Coran comme feu Maurice Béjart.

    A force de simplifier leur discours, persuadés que leur auditoire est composé d'imbéciles, les politiciens se prennent les pieds dans le tapis persan.

    Si l'habit ne fait pas le moine, le bronzage ne fait pas l'imam !  

     

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    VIDEO : Nicolas Sarkozy en plein exercice de natation verbale.

     

  • Après les massacres de Toulouse et Montauban: rétablir la République

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    Les massacres de Montauban et de Toulouse soulèvent en France et hors de l’Hexagone une émotion d’une rare intensité. Mais que faire de cette émotion? Tout d’abord, ne pas se bercer d’illusions. Il y aura d’autres Mohamed Merah, le suspect de ces tueries, et d’autres Anders Breivik, le Norvégien qui a tué 77 jeunes socialistes de son pays l’été dernier. On ne saurait éradiquer la folie meurtrière qui fait partie de l’humanité dans tout ce qu’elle a de complexe, de tortueux et de torturé.


    Faut-il baisser les bras devant cette fatalité? Certes non, car ces atrocités fulgurantes font apparaître des failles dans les sociétés où elles éclatent. Si l’on ne peut rien contre la folie, en revanche, il est impératif de remédier à ces failles. Ainsi, comme le signalait le candidat centriste François Bayrou, les massacres de Toulouse démontrent avec quelle facilité on peut faire son petit marché des armes de guerre. Cela prouve, une fois de plus, que des zones entières sont devenues opaques aux yeux de la République française. De même, les principes de base de la vie sociale en démocratie semblent opaques au regard de certains Français – très minoritaires, certes – englués comme Merah dans l’idéologie salafiste version violente qui rêve d’un retour à l’époque du prophète Mahomet. L’erreur criminelle serait de les confondre avec l’immense majorité des musulmans qui n’aspirent qu’à vivre en paix.


    Dès lors, abattre ces murs qui se sont élevés entre la France et certains de ses ressortissants devient urgent. C’est donc la République, avec toutes ses valeurs – qui sont aussi les nôtres en Suisse – qu’il convient de restaurer dans tous les territoires, trop longtemps laissés à l’abandon. Tant que des petits chefs de gangs contrôleront les allées, voire les immeubles, de certaines cités et tant que l’enseignement laissera dans l’ornière des milliers de jeunes, la République restera lettre morte
     

     

    Jean-Noël Cuénod

    (Editorial paru dans la Tribune de Genève de jeudi 22 mars 2012)

  • Après le massacre d'enfants juifs à Toulouse

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    On n'en aura donc jamais fini. Jamais fini avec la haine raciste. Jamais fini avec le sang juif versé. Jamais fini avec la traque antisémite. Après le massacre à l'école Ozar Hatorah à Toulouse, la seule réponse est l'amour et la seule attitude,  le respect devant l'indicible douleur des familles.

    Et pour tous, cet extrait du poème « A tous les enfants » de Boris Vian.

    A tous les enfants qui sont partis le sac à dos
    Par un brumeux matin d'avril
    Je voudrais faire un monument
    A tous les enfants
    Qui ont pleuré le sac au dos
    Les yeux baissés sur leurs chagrins
    Je voudrais faire un monument
    Pas de pierre, pas de béton
    Ni de bronze qui devient vert
    Sous la morsure aiguë du temps
    Un monument de leur souffrance
    Un monument de leur terreur
    Aussi de leur étonnement
    Voilà le monde parfumé,
    Plein de rires, plein d'oiseaux bleus
    Soudain griffé d'un coup de feu   (...)

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  • Jean-Luc Mélenchon: révélation et retour à la normale

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    Jean-Luc Mélenchon devient la grande - sinon la seule - révélation de la campagne présidentielle française. Naguère encore, le candidat du Front de Gauche se traînait à 5% des intentions de vote. Aujourd'hui, il dépasse les 10% et a réussi à mobiliser des dizaines de milliers de partisans, hier, place de la Bastille. Surprenant? Non. Croire que la «gauche de la gauche» française s'était écroulée en même temps que le mur de Berlin relève d'une méconnaissance de l'histoire de France. L'idée de l'égalité à tous les niveaux n'est née ni dans l'Allemagne de Marx, ni dans la Russie de Lénine, mais au sein de la France de Gracchus Babeuf, premier penseur du communisme durant la Révolution commencée en 1789. Ce fil rouge a traversé tous les régimes avec plus ou moins de succès, plus ou moins de visibilité. A côté d'une gauche réformiste, il a toujours existé en France une gauche révolutionnaire.

    En quittant le PS pour créer son Parti de Gauche, puis en faisant une OPA sur les décombres du Parti communiste, Jean-Luc Mélenchon a voulu s'inscrire dans cette tradition historique qui, pendant longtemps, a été captée - pour ne pas dire usurpée - par les communistes autoritaires. Aujourd'hui, il incarne cette gauche révolutionnaire en toute légitimité. La «révélation Mélenchon» signifie surtout un retour à la normale dans la vie politique française.

    De prime abord, cette montée de la «gauche de la gauche» devrait nuire au candidat socialiste à la présidence François Hollande. En effet, si Jean-Luc Mélenchon continue sa progression, il risque fort d'empêcher Hollande de terminer le premier tour en tête. Mais parvenu en deuxième position, le prétendant du PS pourra compter sur le report sans doute massif - compte tenu de leur rejet absolu de Sarkozy - des électeurs de Mélenchon. Ce qui était une mauvaise affaire au premier tour se transformerait alors en aubaine pour le sprint final.

     

    Jean-Noël Cuénod

    (Editorial paru lundi 19 mars 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

    Et voici le grand métingue de Mélenchon en vidéo, comme si vous y étiez! 

  • Les guerres à l'intérieur de la guerre d'Algérie

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     A LA SUITE DU DERNIER BLOGUE: LE PLOUC S'EST RETROUVE BEAUCOUP MOINS SEUL QU'IL NE LE CRAIGNAIT. MERCI A TOUS LES AMIS QUI SONT VENUS AU SALON DU LIVRE DE PARIS POUR LE "QUINQUENNAT D'UN PLOUC CHEZ LES BOBOS".

     

    Le 18 mars 1962, les Accords d'Evian ont mis fin à sept ans et demi de guerre coloniale en Algérie dont la souveraineté sera proclamée le 5 juillet 1962, après 132 ans de domination française. A l'intérieur de la guerre d'indépendance proprement dite, d'autres guerres internes se sont imbriquées. Des guerres qui, aujourd'hui encore, font sentir leurs effets.

    Côté algérien, ces «guerres dans la guerre» peuvent être schématisées en deux grands épisodes. Le premier a opposé deux entités indépendantistes, le Mouvement national algérien (MNA) et le Front de libération nationale (FLN). Le premier a été créé par Messali Hadj qui, depuis 1927, luttait contre l'autorité française. Le second a été fondé par des jeunes indépendantistes - souvent d'anciens messalistes - le 1er novembre 1954. Par une série d'attentats perpétrés ce jour-là, le FLN a initié la guerre d'indépendance. Conflits de génération, désaccords stratégiques, ambitions personnelles des dirigeants expliquent cette opposition.

     Entre 1956 et 1961, lorsque le MNA sera définitivement supplanté par le FLN, les règlements de comptes se sont multipliés entre les deux factions indépendantistes. Ils auraient causé la mort de 10 000 Algériens appartenant aux deux camps.

    La seconde guerre interne a opposé au sein du FLN, «l'armée des frontières» - bien équipée par l'Egypte nassérienne - aux «moudjahidines» des maquis intérieurs fort démunis. A l'indépendance, Ben Bella s'est appuyé sur l'«armée des frontières» pour instaurer son pouvoir malgré l'opposition des maquis intérieurs qui se sont fait voler la victoire. Le programme démocratique du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) a été aussitôt déchiré.

    Etouffés par la tyrannie, ces conflits internes ont ressurgi à la fin des années 80 et abouti à la sanglante décennie 90 dont l'Algérie n'a pas encore fini de cicatriser toutes les plaies. Ces «guerres dans la guerre» ont donc empêché l'instauration d'un régime véritablement démocratique en Algérie. Elles ont aussi permis à la caste militaire de monopoliser le pouvoir et de confisquer la manne pétrolière.

    Côté français, les «guerres dans la guerre» ont opposé les gaullistes aux partisans de l'Algérie française et même les chefs militaires entre eux. C'est ainsi que les généraux Salan, Challe, Jouhaud et Zeller - le «quarteron» fustigé par de Gaulle - ont failli faire basculer la France entière dans la guerre civile, lors de leur putsch d'avril 1961 à Alger.

    Les attentats antigaullistes de l'OAS - l'organisation des partisans de l'Algérie française - et les convulsions de la décolonisation expliquent, au moins en partie, le caractère autoritaire de la Ve République dont le président est nanti de pouvoirs d'une ampleur exceptionnelle dans une démocratie.

    Si la France commence maintenant à se pencher sur ce passé,l'Algérie s'y refuse encore. L'exercice serait pourtant salutaire. Les non-dits ne pourrissent-ils pas aussi les nations?

     

    Jean-Noël Cuénod

    VIDEO: LES PREMIERS PAS DE LA NEGOCIATION D'EVIAN. LA DELEGATION ALGERIENNE EST PLACEE SOUS LA PROTECTION DE L'ARMEE SUISSE ET DE LA POLICE GENEVOISE. LE CHEF NEGOCIATEUR CÔTE ALGERIEN SE NOMME KRIM BELKACEM. OPPOSANT A BOUMEDIENNE QUI PREND LE POUVOIR A ALGER EN 1965 A LA SUITE D'UN COUP D'ETE MILITAIRE, KRIM BELKACEM A ETE ASSASSINE A FRANCFORT EN 1970.

  • Ne laissez pas le plouc tout seul au Salon du Livre de Paris !

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    Le plouc vient de publier chez Slatkine le journal de son quinquennat bien à lui, « Quinquennat d'un plouc chez les bobos ». Et voilà que son éditeur a organisé une séance de signatures au Salon du Livre de Paris, pour démarrer la sortie du bouquin.

     

    Quand ? Samedi 17 mars 2012, de 15 h. à 17 h.

     

     Où ? A la Porte de Versailles, Parc des Expositions, Pavillon 1 Paris XVe (Métro 12, arrêt Porte de Versailles ; métro 8, arrêt Balard)

     

    Quel stand ? Celui des éditeurs suisses - ASDEL qui se trouve sur le plan du Salon au V46.

     

    Le plouc est saisi par une angoisse sourde mais non muette : et si personne ne venait là-bas ? Donc, n'hésitez pas à faire salon avec ce plouc. Même s'il s'agit bien de ce Salon du Livre et non du Salon de l'Agriculture (c'est mieux, il y a moins de ministres ruminants).

     

    La couverture du « Quinquennat d'un plouc chez les bobos » a été créée par Hermann, l'éditorialiste du crayon de la « Tribune de Genève ». Les dessins des pages intérieures ont été réalisés par le peintre et sculpteur Bernard Thomas-Roudeix - membre éminent du mouvement d'artistes La Peau de l'Ours - et la préface a été rédigée par Edwy Plenel, fondateur de « Médiapart » et ancien directeur du « Monde ».

     

    Voici la présentation du bouquin.

     

    2007. Nicolas Sarkozy commence son quinquennat en feu d'artifice : nuit people au Fouquet's où rien ne nous sera épargné, pas même Mireille Mathieu, et croisière de milliardaire Bolloré sur tranche.

     

    Tout en bas de l'échelle du prestige, Jean-Noël Cuénod commence le sien, de quinquennat, comme correspondant permanent à Paris de La Tribune de Genève et de 24 Heures. Pas de Fouquet's, mais Paris à pied pour cause de grève ; pas de yachts, mais gaz lacrymogène pour cause d'émeute, à Villiers-le-Bel. Comparé à la bling-blinguerie ambiante et régnante, ledit correspondant se sent plouc. Un plouc dans cette curieuse tribu parisienne appelée les « bobos ».

     

    Voici son journal de bord durant ces premières années dans Sarkoland. On y verra bien sûr Nicoléon Sarkonaparte et son grand Magic Sarko Circus, sans oublier - mais comment l'oublier? - DSK et son show chaud.

     

     Mais le plouc a aussi rencontré la pauvreté au ras du bitume, la joie terrienne et céleste de la province. Entre larmes, rire et colère, un but : essayer de comprendre ce pays si proche et si lointain.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

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  • Alerte Média! Le marronnier de la Treille a sorti sa première feuille

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    Le Plouc s'est équipé d'iPad sonnant et trébuchant. Sommet de l'aliénation contemporaine, cet objet envoûtant retentit d'une petite sirène et allume son écran dès qu'une information patachniaque jaillit du cerveau d'un communiquant électoral ou d'autres cyberturlupins. DRING! «Marine Le Pen a ses 500 signatures». PIN-PON! «Sarkozy retire la nationalité française à ses exilés fiscaux». TRIIIIT! «L'Angleterre bat la France au Tournoi des VI Nations».

     

    Et là, maintenant, à la minute: DRING DRING DRING! «TdG C'est le printemps! Le marronnier officiel genevois a sorti sa feuille». Sur un trottoir de la rue Bobillot dans le XIIIe arrondissement parisien, la Treille fleurit mon iPad de plouc (les iPloucs ne sont pas encore sortis chez Apple). Un autre monde s'installe. Celui de ce Piogre avec son feuilleton servettien, sa Tour Baudet en folie, son Palais de Justice râleur, ses travaux routiers qui relèvent de la psychopathologie aiguë. Mais aussi avec son Salève (oui, oui, les Savoyards, je sais, je sais) qui fait carrières, son fourbi alpestre et ses arbres somptueux.

    Le cœur se serre un peu. L'annonce de la première feuille du marronnier de la Treille était du ressort exclusif d'un gentil collègue, Jean-Jacques Marteau, décédé en juillet 2008. Il en a fait le rendez-vous incontournable de la Genève de toujours sous ses milles masques.

    Lorsque, venant tout essoufflé à la rédaction, tenant encore son casque de scooter à la main, Jean-Jacques annonçait: «ça y est! Elle est sortie! C'est le printemps», on savait que le grand moment était arrivé. Le ciel de Calvin dût-il s'effondrer sur nos têtes impies, la «Tribune» ‑ plus Julie que jamais - allait réserver une place de choix à cet événement qui revient chaque année mais que l'on ne saurait rater. Un «marronnier» donc. Comme dans n'importe quelles rédactions de n'importe quelles villes qui, toutes, célèbrent un événement de ce genre rythmant la vie collective. Sauf qu'à Piogre, le marronnier est dépouillé de ses guillemets. C'est une affaire sérieuse. Que dis-je, de la plus haute importance.

    Comme à Genève, rien n'est simple et que tout se complique, une lutte sourde grondait chaque année entre le Sautier du Grand Conseil - le seul à pouvoir consigner l'arrivée du printemps avec toute l'autorité du pouvoir législatif - et Jean-Jacques Marteau. Chacun possédait son marronnier. Il y avait - il y a toujours - l'officiel. Et celui de Jean-Jacques, dit le «marronnier fou», car il faisait pousser sa première feuille au beau milieu des pires frimas. Ce qui permettait à Marteau d'annoncer l'arrivée du printemps au mois de janvier et ne manquait pas de faire grossir le volume des lettres de lecteurs.

    A Paris, le combat entre le marronnier officiel et le marronnier fou me manque. Moins tout de même que notre Jean-Jacques Marteau (photo), précocejj_marteau_fideprud_01.jpg défenseur de la nature, des bébés phoques et des fleurs en bouton.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Nicolas Sarkozy mange de la viande halal enragée

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    SarkoHalal.jpg

     

     

    Ragoût rituélique ou vache folle? En tout cas, Nicolas Sarkozy est en train de bouffer de la viande halal enragée. Courant avec toute la fougue de ses petites jambes derrière les grosses bottes de Marine Le Pen, le candidat à sa succession a donc lui aussi réclamé du gouvernement - mais n'est-ce pas le sien? - qu'il procède à «l'étiquetage des viandes en fonction de la méthode d'abattage». Il y a quinze jours, le même Sarkozy affirmait que la polémique sur la viande halal (abattue selon le rite musulman) «n'avait pas lieu d'être».

     

     Pourquoi ce revirement? Le candidat-président explique que désormais, cette question figure au premier rang des préoccupations de ses électeurs. Le chômage qui grimpe, les salaires qui stagnent, les entreprises qui se font la malle, les scientifiques qui font la leur, le moral qui plonge, la dette qui enfle, tout cela n'est que de la gnognotte comparé à ce sujet qui met la France sur le grill: la viande halal.

     

    Certes, dans les banlieues autour des grandes villes françaises, trouver une boucherie qui ne soit pas musulmane relève de la mission sinon impossible, du moins difficile. Mais à qui la faute? Au boucher qui est parti? A celui qui lui a succédé? Aux clients? Ou aux autorités qui ont concentré l'immigration d'origine musulmane dans les cités de la périphérie?

     

    De plus, il est probable que les consommateurs non-musulmans aient pu acheter, sans le savoir, de la viande abattue selon le rituel islamique, un jour ou l'autre. Comme les musulmans ont ingurgité, ici ou là, de la gélatine de porc en mangeant des yaourts. Les uns n'ont pas soudainement récité des sourates du Coran après l'ingestion d'une entrecôte halal; les autres ne sont pas devenus subitement athées en avalant leur yoghourt matinal.

     

    Dans cette infâme bouillie électoraliste, le pire est venu du premier ministre François Fillon, d'ordinaire plus mesuré dans ses propos. Il a demandé aux autorités religieuses musulmanes, mais aussi juives, d'abandonner leurs «traditions ancestrales» d'abattage des animaux qui correspondaient «dans le passé à des problèmes d'hygiène» aujourd'hui résolus.

     

     Tout d'abord, cette déclaration primo-ministérielle traduit une abyssale inculture en matière religieuse. Les raisons hygiéniques sont secondaires en matière de prescriptions juives ou musulmanes. Elles ont surtout pour but de conduire le fidèle à se concentrer sur le Dieu unique dans toutes les dimensions de son être et de ses activités les plus quotidiennes. Dès lors, demander aux musulmans ou aux juifs d'abandonner la nourriture halal ou casher, équivaut à leur proposer de s'amputer d'une partie essentielle de leur identité

     

    Ensuite, la «sortie» de François Fillon dénote un manque étonnant de sens tactique. Après s'être mis à dos les musulmans, le clan Sarkozy prend le risque de froisser la communauté juive de France, la plus importante en Europe.

     

    Avant de parler religion, les politiciens feraient bien de se mettre un bœuf - halal, cachère ou laïc - sur la langue.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • Honneur à Anne Perrier, poète de la force secrète

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    annePerrier.jpgRien n’est plus éloigné de l’univers poétique d’Anne Perrier que ce ministère très parisien de la Culture dont les longs couloirs dégagent un remugle d’ambitions recuites et de courtisaneries déçues. Mais ne faisons pas la fine bouche. Ce n’est pas tous les jours que la France officielle honore un poète suisse majeur, la Lausannoise Anne Perrier en l’occurrence. Une foule dense d’invités s’est donc pressée, hier rue de Valois – à un jet de Mona Lisa du Louvre – pour assister à la remise par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand du Grand Prix national de la Poésie.


    En l’absence de la poète, retenue à Lausanne par son grand âge, c’est sa petite-fille Marine Hutter qui a reçu ce prix prestigieux qui fut attribué à Francis Ponge, Aimé Césaire, Edmond Jabès, Yves Bonnefoy et notre compatriote Philippe Jaccottet, entre autres. Anne Perrier est la première femme à l’obtenir, précise Silvia Baron Supervielle, présidente du jury de ce Grand Prix.


    Il est fort rare que la France officielle s’intéresse à la littérature romande. Cette reconnaissance d’Anne Perrier est-elle une hirondelle annonçant le printemps après un long hiver d’indifférence? Un bref échange avec le ministre Frédéric Mitterrand induit à la prudence: «Mais enfin, Ramuz (prononcez: «Ramuze») est publié dans La Pléiade! Et Jacques Chessex (prononcez: «Chessexe») est bien diffusé chez nous». Monsieur le Ministre peut-il citer d’autres auteurs suisses? «Ah, c’est dommage… Jean-Luc Godard n’a pas écrit de romans!»


    Mais laissons ces futilités ministérielles pour en venir à cette évocation parisienne de l’œuvre poétique d’Anne Perrier qui est traduite en huit langues dont l’albanais, le chinois, le vietnamien. Et avant toute chose, lisons-la. Les Editions Empreintes, en collection «Poche-Poésie», ont récemment publié Le Voyage, suivi de Le Livre d’Ophélie, Le Joueur de Flûte et L’Unique Jardin. Pour l’écrivain français Alain Lévêque, qui a dit un poème de l’auteur couronné, «Anne Perrier est une musicienne du silence». L’Universitaire lausannoise Doris Jakubec lui fait écho: «Pour elle, les objets de la nature forment des points d’ancrage pour s’élever vers la spiritualité. Une spiritualité qui évolue dans la liberté et, si possible, la beauté».


    La poésie d’Anne Perrier est parcourue par une force d’autant plus agissante qu’elle est secrète. Elle fait songer au Rhône, ce passager clandestin qui pousse sa vie, caché sous la peau du Léman. Simple sa poésie? Disons qu’elle coule de source. Elle va à l’essentiel. Cette essence-ciel, qui sourd de la terre. Ecoutons Anne Perrier dans cet extrait d’«Heures» tiré du Livre d’Ophélie:


    Moi l’envolée

    J’ai perdu dans les airs la trace des oiseaux

    Moi l’écoulée

    En dormant j’ai perdu la voix des passeurs d’eau

    Je suis le chant qui s’en va tout seul

    Entre terre et ciel.

     

    Jean-Noël Cuénod

  • Hypersexualisation des fillettes: de l'enfant roi à l'argent fou

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    Fillettes aux poses lascives, gamines qui se prennent pour des femmes fatales à peine sorties du berceau, Marilyn Monroe de bac à sable… Aucun barrage moral n’arrête l’industrie de la mode et de l’image. L’hypersexualisation des fillettes dénoncée par la sénatrice française Chantal Jouanno ne saurait être prise à la légère. Les vendeurs de clichés et de chiffons, les parents complices ou passifs volent aux petits ce que l’humain a de plus précieux, son enfance.

    Que cette mode soit née aux Etats-Unis où règne la pudibonderie la plus coincée n’est qu’un paradoxe apparent. On se donne bonne conscience en fustigeant certains comportements sexuels des adultes, tout en laissant les enfants devenir le jouet des intérêts mercantiles. Dans le monde de l’hyperpuissance, l’argent purifie tout. Et puisque les politiciens de ce pays citent la Bible à propos de tout et surtout de rien, rappelons ce sage précepte de l’Ecclésiaste: «Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux. » Le temps de l’enfance était sacré; il ne l’est plus.

    De même, il n’est pas étonnant que ce phénomène naisse à une époque qui a couronné l’enfant roi. Tout converge vers ce petit placé sur un piédestal inadapté à sa taille. A la moindre fessée, c’est la Cour d’assises qui menace. A la plus anodine réprimande, c’est la police qui est saisie. L’enfance est devenue l’obsession d’une société où la vieillesse abonde et où la jeunesse se fait rare. L’enfant est transformé en prolongement des adultes et de leurs désirs de revanche. Il n’est plus un petit d’homme mais une petite grande personne. De cette monomanie, le mercantilisme a fait son miel.

    Notre société qui célèbre l’enfant roi est surtout celle qui sacrifie à l’argent fou. Il appartient au pouvoir politique de lui faire entendre raison, afin de ne pas créer une communauté d’adultes désaxés et frustrés de leur enfance.

    Jean-Noël Cuénod

    (Editorial paru mardi 6 mars 2012 dans la Tribune de Genève)

    VIDEO: Concours de mini-miss en France.


    Après Miss France, les mini miss par LeNouvelObservateur

  • Du désir d’être républicain en France

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    Le Suisse qui vit en France est frappé par l’usage constant – parfois un brin abusif – de l’adjectif «républicain». Un bon débat ne saurait être que «républicain». Traduisons: les échanges entre adversaires politiques se sont révélés vifs, tout en restant dans les limi- tes de la courtoisie. Doit-on comprendre qu’un débat «monarchiste» tournerait forcément à la foire d’empoigne?

    Telle attitude est célébrée comme «républicaine», notamment lorsqu’un maire socialiste reçoit le président Sarkozy. Ce qui relève moins de l’exploit surhumain que de la simple application des institutions dont les deux protagonistes sont, à leur échelle respective, les magistrats.

    Il y a aussi les partis «républicains» – l’UMP, le PS, les diverses formations centristes, le Front de gauche – et les autres, principalement le Front national. Certes, le parti de la famille Le Pen comprend dans ses rangs quelques monarchistes. Mais il ne prétend pas installer le comte de Paris sur le trône de France. On peut contester sa vision, dénoncer son racisme et sa violence sous-jacente. Toutefois, il fait partie du paysage politique de la république, et l’en exclure ne réduit nullement sa nocivité.

    Pourquoi cette obsession «républicaine»? En quoi le régime actuel serait-il menacé? La France des rois paraît bien lointaine… Lointaine? Vraiment? Pas autant qu’il n’y paraît. Depuis le premier roi chrétien des Francs, Clovis Ier, en 481, jusqu’au dernier empereur, Napoléon III, déchu le 4   septembre 1870, la France a vécu 1373 ans en régime monarchique sous des dynasties et des formes diverses, avec deux parenthèses républicaines de 1792 à 1804 puis de 1848 à 1852. En revanche, elle n’a connu la république que durant 153 ans.

    En France, la république ne va donc pas de soi. D’où la persistance de comportements politiques et sociaux qui restent imprégnés d’esprit monarchique. Passons sur les fastes élyséens, ils sautent aux yeux. Mais on relève ces attitudes monarchisantes à de plus modestes échelons. Ainsi, même socialistes, certains présidents de Conseils généraux (départements) ou maires de grandes villes se voient en vicomtes poudrés.

    Cette particularité recèle plusieurs avantages. Elle fait naître un «désir de république» qui semble s’étioler en Suisse. La tension entre l’idéal républicain et la persistance du comportement monarchique se révèle stimulante en ce qu’elle induit les Français à répondre à la question que nous autres, Suisses, ne nous posons plus: que signifie «être républicain»?

    Au moment où le capitalisme mondialisé et son exploitation des nouvelles technologies favorisent l’individualisme et la séparation des humains en micro-unités, il est essentiel de comprendre les mécanismes qui font vivre ensemble une pluralité d’individus. Le roi symbolisait cette unité dans sa personne. La république la représente dans son esprit. Encore faut-il le faire vivre, cet esprit.

     

    Jean-Noël Cuénod

    (Ce texte est paru jeudi 1er mars en rubrique "Réflexion" à 24 Heures et, en version un peu plus courte, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève) 

     Et voici en vidéo un chant des plus républicains avec la place de la République sous toutes ses contures. Son titre est-il prémonitoire?

  • La politique genevoise se noie dans un verre d’eau

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    Doux Jésus, quel barouf ! En pleine pérégrination dans le Périgord, le plouc apprend, par des voies internettes, l’épisode de ce verre d’eau staufférien qui a mis le feu aux poudres. Ce qui est très fort pour un verre d’eau et prouve, une fois de plus, que les lois de la chimie ne se vérifient plus lorsqu’elles sont plongées dans le chaudron du Grand Conseil de Piogre-les-Bains.

    Certes, il aurait mieux valu que nos deux députés dépités vidassent leur querelle à la buvette en éclusant quelques décis de blanc, de rouge ou de rosé au lieu de se contenter de ce triste liquide. Mais enfin l’important est que l’enthousiasme pour la chose politique ne soit pas douché par ces feux de bouche. Après tout, ce n’est pas la première fois que la politique genevoise se noie dans un verre d’eau. Et Genève tient enfin sa flotte de guerre.

    VIDEO: ET VOICI LA GOUTTE QUI A FAIT DEBORDER LE VASE

     

    Jean-Noël Cuénod 

  • Triomphe de « The Artist » aux « Oscar » : du jardin à la française à Dujardin à l’américaine

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     Pour les ressortissants de quelques planètes éloignées qui viendraient à débarquer sur notre bonne vieille Terre, rappelons que « The Artist » qui, comme son titre l’indique est d’origine française, a raflé cinq « Oscar ». Triomphe total. Avec deux « premières ». Il devient le premier film non-anglo-saxon à recevoir le sacre de « meilleur film » et Jean Dujardin est le premier français à être couronné « meilleur acteur ». Même Georges Clooney, représentant de la maison veveysane  Nestlé, est battu. Et Bride Patte a eu beau faire des pieds et des mains, il est ressorti manchot de cette cérémonie oscarolâtre.

     Mais loin de démontrer que Hollywood s’est enfin détaché de la contemplation fascinée de son monstrueux nombril, ce succès massif confirme qu’il reste accroché à son Narcisse.

    Tout d’abord, les Etats-Unis ont récompensé un film français, certes, mais muet. Tout un programme. Les Américains aiment les Gaulois mais à condition qu’ils ferment leur grande gueule. Ces damnés socialistes – car tous les Français le sont, même Sarkozy, la famille Bettencourt et le Comte de Paris - ,  on ne saurait les entendre et encore moins les écouter.

    Ensuite,  le thème du film, caressant dans le sens du vison la nostalgie de l’âge d’or de Hollywood, ne pouvait que flatter la vanité américaine. L’hommage était d’autant plus savoureux qu’il venait d’ailleurs.

    Enfin, de nombreux internautes d’outre-Atlantique assurent maintenant que le véritable héros  de cette aventure n’a pas reçu d’Oscar. Il s’agit de Harvey Weinstein, le distributeur américain de « The Artist », qui a exécuté rituellement toutes ses danses de la pluie pour décrocher cette averse de récompenses. Et voilà les yankees rassurés : c’est bien l’un des leurs qui se trouve à l’origine de la razzia.

    Ce n’est donc pas la France qui a été récompensée, mais Hollywood qui s’est autocélébré dans le regard d’une autre. Du jardin à la française à Dujardin à l’américaine.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    Et voici la vidéo consacrée au triomple de Jean Dujardin


    "And the Oscar goes to Jean Dujardin" par lemondefr
    Jean-Noël Cuénod

  • Le présimonarque Nicolas Sarkozy saisi par la référendite

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    Nicolas Sarkozy a passé tout son premier – et peut-être dernier – quinquennat à éviter les référendums. Car, en France, c’est le chef de l’Etat qui décide si le peuple peut ou non se prononcer sur un sujet majeur de la vie nationale.

    La gauche en voulait un pour s’opposer à la privatisation de la poste française. Refus immédiat. Les eurosceptiques en souhaitaient un autre afin que le peuple ratifiât le Traité de Lisbonne, qui modifiait les institutions de l’Union européenne. Pour l’Elysée, pas question de risquer un nouveau vote négatif après celui qui avait causé la mort prématurée de la Constitution européenne lors du référendum de 2005. Les syndicats en exigeaient un troisième sur la réforme des retrai- tes. Ils ont voté, mais avec leurs pieds, en manifestant, sans le moindre succès d’ailleurs.

    Et puis, voilà, dès l’annonce de sa candidature le «présimonarque» est foudroyé par une crise de référendite aussi soudaine qu’aiguë! Il placera son second quinquennat – si second quinquennat – sous le signe de la parole enfin donnée au peuple, en usant du référendum comme d’un talisman destiné à le réconcilier avec le succès.

    Dans l’esprit du candidat président, le référendum serait une arme en sa possession pour surmonter les obstacles dressés par les syndicats sur la route de ses réformes. Il veut ainsi jouer les «élites» – parmi lesquelles Sarkozy range les organisations ouvrières – contre le peuple.

    Cette tactique pourrait se révéler payante dans un pays qui dispose d’une longue expérience de la démocratie directe. Ce n’est pas du tout le cas de la France. A part quelques exemples bien particuliers, les rares référendums organisés outre-Jura se sont conclus de la même manière: les électeurs ont voté pour ou contre le gouvernement, sans égard pour la question qui leur était posée. Compte tenu des institutions actuelles, il ne peut guère en aller autrement, quel que soit le président.

    En effet, il y a en France confusion entre le plébiscite et le référendum. Dans le premier cas, l’exécutif pose une question au peuple. Dans le second, c’est le peuple qui – par la récolte d’un nombre de signatures donné – se pose une question à lui-même. A l’évidence, ce que l’on nomme en France «référendum» est, en fait, un plébiscite. Or les électeurs ne répondent pas de la même manière dans l’un ou l’autre cas. Lorsque le «haut» questionne le «bas», le «bas» a tendance non pas à répondre à la question posée, mais à interpeller le «haut». Lorsque le «bas» se pose à lui-même une question, en bonne logique, il y répond.

    L’Hexagone peut fort bien instiller de la démocratie directe dans ses rouages. Mais cela ne se fera pas de but en blanc. Il faudra, auparavant, procéder à une profonde réforme des institutions pour créer un véritable référendum, en trouvant des modalités d’application qui soient conformes au génie particulier de la France.

    Jean-Noël Cuénod

    (Texte paru jeudi 23 février 2012 dans cette version en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version plus courte en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

     VIDEO: France-Soir a promené son micro sur les trottoirs de Paris pour connaître l'opinion des passants (réfrigérés) sur le référendum sauce Sarko

  • Les oiseaux et les oiseux

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    Un son étrange vient du ciel. Un son qui remue quelque chose de très ancien au fond des tripes, provoque des frissons préhistoriques, catapulte hors du temps. Il s'amplifie, s’avance vers la maison. Et le son prend corps. Des escadrilles de grues cendrées forment de gigantesques V sur l’écran des nuages. Le son qu’elles émettent provient du battement régulier de leurs ailes et de leurs cris incessants. Deux formations viennent du Sud-Ouest, une autre du Sud-Est. Elles se mélangent en dessinant une circonférence et tournent en rond pendant plusieurs minutes. Puis, les migrateurs se remettent en V pour se diriger vers le Nord.

    Oui, vers le Nord. Le printemps débarque. C’est la grande nouvelle de la journée. Les grues cendrées annoncent la renaissance de la lumière. Eternel retour du réel véritable.

    Le réel factice, lui, vibrionne comme à son habitude. Entre glapissements médiatiques et assassinats massifs, il va son train d’enfer. Que de flots de sang et de salive pour nous faire croire à son existence alors qu’il n’est que le reflet des vanités cupides qui encombrent les hommes !

    Le plouc deviendra-t-il un jour assez sage pour ne plus écouter les oiseux et suivre les oiseaux?


    Jean-Noël Cuénod


    (Photo prise jeudi 23 février à 15 h 35 à Saint-Sulpice-de-Mareuil au Périgord Vert)

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  • Twitter et Facebook n'ont pas tué le «grand métingue»

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     L'intérêt suscité par cette passion française que constitue l'élection présidentielle dépasse les frontières de l'Hexagone. Les journalistes étrangers se font inscrire en masse auprès des deux principaux partis, le PS et l'UMP. Les télévisions russes, brésiliennes, chinoises, japonaises suivent les candidats à la trace . Et que dire des médias provenant de pays voisins!

     

    Ce phénomène s'explique, bien sûr, par l'extrême personnalisation de la politique outre-Jura. Il est plus aisé de mettre en scène des acteurs en chair et en os que des concepts idéologiques. Mais si les étrangers suivent avec tant de ferveur les épisodes de ce feuilleton électoral, c'est aussi parce qu'il leur sert de laboratoire. Il apparaît ainsi que les nouveaux moyens de communication offerts par l'internet - les réseaux sociaux de Twitter et Facebook, surtout - n'ont nullement chassé les bonnes vieilles méthodes pour marteler sa propagande.

     

    Ainsi, les meetings restent essentiels pour aider à la montée en puissance d'un candidat. Le «grand métingue» cher aux prolos rouges du XIXe siècle demeure plus vivant que jamais. Lors de la campagne présidentielle de 2007, Ségolène Royal avait raté son premier rassemblement. Elle n'a plus été en mesure de remonter le courant par la suite. A contrario, François Hollande a réussi le sien au Bourget, et le voilà conforté dans les sondages.

     

    Son adversaire, Nicolas Sarkozy, a soigneusement planifié ses meetings.
    Le premier se tient aujourd'hui à Annecy. Les organisateurs attendent 4000 sympathisants à la salle Arcadium. Dimanche, on s'élève d'un cran. Le candidat Sarkozy rendra dans la deuxième ville de France, Marseille. Son rassemblement se déroulera au parc Chanot, qui peut contenir 6000 personnes. Les déplacements s'égrèneront ensuite comme des chapelets de fortes paroles. Le point culminant sera atteint dimanche 11 mars. Nicolas Sarkozy se lancera ce jour-là dans un «gigamétingue» à Villepinte - ville de la banlieue parisienne dont la maire est apparentée communiste. Les dirigeants de l'UMP tablent sur la présence 60 000, voire 80 000 militants dûment échauffés.

     

    Une autre tactique vieille comme la démocratie connaît un regain de vigueur, le porte-à-porte, soit tirer des sonnettes pour débiter des sornettes. Mais attention, il s'agit d'un porte-à-porte scientifiquement élaboré, portant le label «Maison-Blanche», comme nous l'a expliqué Pierre Moscovici, qui dirige la campagne de François Hollande: «Sur les conseils de l'équipe de Barack Obama, nous allons former 15 000 volontaires au porte-à-porte, qui en feront de même dans leurs lieux d'activité. Nous toucherons ainsi directement six millions d'électeurs.»

     

    Les nouveaux moyens de communication ne remplacent donc pas les autres instruments de propagande, mais ils complètent la trousse à outils du candidat.

    Jean-Noël Cuénod

    VIDEO. Pour le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélanchon, le "métingue" est son terrain de prédilection. Voici un exemple capté le 1er décembre dernier à Talence, près de Bordeaux.

     
    Meeting de Bordeaux, discours de Jean-Luc... par PlaceauPeuple

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  • Le dernier pari de Nicolas Sarkozy

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    Aventurier d’Etat, Nicolas Sarkozy entame son dernier pari en se lançant dans le grand saut électoral. Puisque l’actuel «présimonarque» français a fait acte de candidature, après avoir entretenu un faux suspens destiné à faire frémir la Toile.

    Comment pouvait-on douter d’une telle décision? D’abord, les juges d’instruction attendent la fin de son immunité présidentielle pour lui poser quelques questions sur le financement de la campagne de Balladur en 1995 et celui de sa propre propagande électorale en 2007. Ensuite, Sarkozy éprouve une telle passion du paraître qu’il ne saurait abandonner la lumière sans combattre de toute son énergie, fût-elle désespérée. Conformément à son tempérament, il tente de jouer à «face, j’ gagne; pile, j’ perds pas».

    Sarkozy se trouve dans la position de l’animal blessé qui redouble d’agressivité envers les fauves rôdant autour de sa tanière élyséenne. Ses talents d’improvisateur, sa promptitude tactique et sa méchanceté politique trouveront l’espace nécessaire pour se déployer. L’homme au Kärcher entre les dents a démontré dans le passé tout son savoir-faire. Pour ceux qui l’ont enterré trop vite, le réveil risque de faire mal aux gencives.

    Toutefois, le Teigneux de la République sait que la guillotine du scrutin peut lui trancher le col. Et les blessures symboliques n’en sont pas moins durablement douloureuses. Giscard d’Estaing en offre l’exemple vivant, quoique parcheminé. Le traumatisme de sa défaite en 1981 fut tel que, pour survivre dans la mémoire des Français, il en est réduit à écrire des romans lestes et, pour demeurer immortel, il a dû quémander un siège à l’Académie. Le Rutilant Suprême ne saurait se satisfaire d’aussi obscurs expédients.
     
    Si son bail à l’Elysée n’est pas reconduit, Nicolas Sarkozy prendra l’avenir à témoin pour dépasser sa défaite. Car, même s’il murmure le contraire aux oreilles des journalistes amis, l’Hyperactif ne se contentera pas de siroter un smoothie banane au bord d’une piscine comme un vulgaire Copé. Il fera entendre sa voix tous azimuts.
    Si le sort de la France s’améliore avec le nouvel élu, Nicolas Sarkozy affirmera haut et fort que sa politique, pour impopulaire qu’elle fût, s’est révélée bénéfique. C’est donc sciemment qu’il a ordonné des remèdes amers avec effet retard bienfaisant. Son successeur – citons, au hasard, François Hollande – n’est qu’un vil profiteur qui récolte des blés qu’il n’a point semés. Sarkozy, le glorieux battu, sera le vrai vainqueur aux yeux de l’Histoire.

    A contrario, si la France devient encore plus souffrante sous le règne de son successeur, Sarkozy n’hésitera pas à chanter sur toutes les antennes la chanson du «J’ vous l’avais bien dit». Et à se poser en recours.
    Il prétend aujourd’hui qu’en cas de défaite nous n’entendrons plus parler de lui… Tu parles!


    Jean-Noël Cuénod

    PS: pour les Sarkofans, voici le lien qui leur permettra de se rendre sur le site Fesse-bouc du nouveau candidat

  • L’écologie disparaît de la campagne

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    La catastrophe nucléaire de Fukushima, c’était l’an passé. Autant dire il y a un siècle. Même en France où l’écologie ne suscite pas autant de passion que dans les pays de culture protestante, la protection de l’environnement devenait alors une ardente obligation.


    Le Parti Europe Ecologie- Les Verts se considérait comme la future troisième force de la République voisine. Après tout, les écolos gaulois n’avaient-ils pas obtenu 16% aux élections européennes de 2009 et 12% aux élections régionales l’année suivante?

     
    Aujourd’hui, changement de paysage radical, l’environnement a déserté la campagne présidentielle française. Certes, la crise de l’euro, les fermetures d’entreprises, le chômage qui grimpe et le pouvoir d’achat qui sombre expliquent en grande partie ce désintérêt.


    Il faut y ajouter la faiblesse confondante de la candidate des Verts. Eva Joly se traîne entre 2% et 3% des intentions de vote, soit 10% de moins que le potentiel électoral de son parti. En choisissant, lors de leur primaire, l’ancienne magistrate au détriment du «télécrate» Nicolas Hulot, les écologistes français ont préféré s’ancrer à gauche plutôt que de céder aux tentations de la société du spectacle.


    Noble intention, certes, mais elle fait fi de cette réalité: les Français ne sont pas prêts à ouïr les sermons d’une paroissienne luthérienne, même si elle porte des lunettes qui font rire.


    En voulant sauvegarder leur pureté idéologique, les Verts français ont raté l’occasion de rendre audible un discours sur la crise économiquequi soit différent de celui des autres partis et de peser sur les choix politiques du prochain quinquennat.

     

    Jean-Noël Cuénod

    (Editorial paru vendredi 10 février dans 24 Heures)

     

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  • Marine Le Pen gagnante, sauf en cas de victoire

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    A deux mois et demi du premier tour de l’élection présidentielle française, Marine Le Pen paraît gagnante dans tous les cas de figures. Enfin presque, comme nous l’allons voir.

    Le scénario le moins probable serait qu’elle ne parvienne pas à réunir les 500 signatures d’élus exigées pour concourir au Grand Prix de l’Elysée. La candidate du Front national (FN) serait en droit de crier au déni de démocratie, et son discours contre le système «UMPS» (contraction d’UMP et de PS) prendrait consistance. La diva de l’extrême droite embourgeoisée aurait beau jeu de dénoncer les manœuvres conjointes des deux grands partis français.Dès lors, l’abstention atteindrait un taux vertigineux, le mécontentement populaire se transformerait en colère avec tous les risques de désordres sociaux que cela comporte. Le président sorti de ces urnes en carton-pâte perdait une part importante de sa légitimité.

    Si elle réunit les 500 paraphes et qu’elle réalise un bon score au premier tour sans pour autant se qualifier pour le second, elle prendra encore un peu plus de grade et se posera en recours pour une droite qui risque fort d’être déboussolée, même en cas de victoire de Sarkozy.

    Et si elle se propulse au second tour? A en croire l’hebdomadaire Marianne qui ne cite pas ses sources, Nicolas Sarkozy et François Hollande auraient en main un sondage aussi secret qu’explosif qui donnerait la candidate du FN au coude-à-coude avec l’actuel président. Sarkozy pourrait ainsi être battu par la frontiste dès le premier tour, comme le fut, en 2002,  le socialiste Lionel Jospin. Jean-Marie Le Pen, père de Marine et du Front national, avait alors affronté «en finale» Jacques Chirac, qui l’emporta très nettement avec plus de 82% des suffrages.

    Si Le Pen fille rééditait cet exploit, son score serait, selon toute vraisemblance, bien supérieur aux 17,79% qu’avait obtenus le chef frontiste. François Hollande gagnerait certes, mais ne parviendrait pas à atteindre le même résultat que Chirac dix ans auparavant. Dès lors, Marine Le Pen deviendrait vraiment le deuxième personnage de la vie politique française, ce que son père n’a jamais été en mesure de réaliser, même en 2002.L’UMP serait réduite en miettes.

    Ses élus les plus modérés partiraient vers le MoDem du centriste François Bayrou – autre vainqueur dans cette configuration. Quant à l’aile droite, elle s’envolerait aussitôt vers le nid frontiste.

    Marine Le Pen serait donc toujours gagnante, sauf en cas de victoire. Une fois présidente, elle devrait appliquer son programme en sortant la France de l’euro, réduisant ainsi l’épargne des Français à un franc aussi nouveau que dévalué. Ou alors jeter ses propositions aux orties et décevoir profondément les électeurs.

    Vaincre dans ces conditions, quelle tuile!

    Jean-Noël Cuénod

    Et voici une vidéo qui évoque ce sujet: comment réunir les 500 signatures d'élus pour être officiellement canidat à l'Elysée?


    Présidentielle: La chasse aux signatures est... par canal32-wizdeo

  • NIDIFICATION

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    oiseaufeu.jpg

     

     

                                                              Parfum feu de bois humide

                                                              Irisée brise d'automne

                                                              Mes morts mes morts qu'elle emporte

                                                              Sont si légers qu'ils traversent

                                                              Mon corps comme des palombes

                                                              Prenant cap vers leurs Afriques

                                                              En un coup d'aile orchestré

     

                                                             Mes morts mes morts disparaissent

                                                             Seul sur le quai de la brise

                                                             Je rumine mon sursis

                                                             Mais toujours mes morts mes morts

                                                             Reviennent dans mon ventre

                                                             Pour y construire leur nid.

    .

     

    Jean-Noël Cuénod

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