17/01/2017

Macron, rockstar qui déchire sa race

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Impressionnant, le métinge d’Emmanuel Macron, samedi à Lille ! (Photo JNC) Le Plouc s’est rendu dans la capitale des Hauts-de-France pour voir comment fonctionne cette rockstar qui déchire sa race, comme le disent les vieux quand ils veulent faire djeunes. Une Macromania qui déchire aussi la classe politique.

Le Zénith lillois – qui a accueilli Macron et son mouvement En Marche, samedi en fin d’après-midi – contient 7000 places, ramenées à 5000. La vaste salle a été remplie rapidement. Une masse de partisans ou de curieux n’ont pas pu trouver place et sont restés dehors sous un crachin grésileux.

 A chaque étape de sa campagne, « Gueule d’Ange » remplit les plus vastes salles. Qu’on le déteste, qu’on l’adore ou qu’on soit indifférent, force est de reconnaître l’existence d’un phénomène Macron. D’autant plus que les gradins du Zénith ont été pris d’assaut par un grand nombre de ces jeunes, d’ordinaire présentés comme étrangers à la politique. Parmi l’assistance, il se trouvait aussi pléthore d’enseignants qui ont ovationné l’orateur dès qu’il abordait des thèmes chers à leur cœur. Et lorsque l’Habile a promis que, lui élu, il allait revaloriser leur rémunération, ce ne fut pas seulement un triomphe, mais un délire macromaniaque, carrément ! Le corps enseignant, la grande clientèle électorale du PS, s’est-il trouvé un nouveau port d’attache après l’effondrement socialiste ? C’est probable. Voilà qui ne doit pas améliorer le moral des dirigeants de la rue de Solférino qui est aussi dévasté que ce champ de bataille, cher à Henry Dunant.

« Gueule d’Ange » sait tirer

Bulle de savon ? Feu d’artifice d’un soir ? Amorce d’un mouvement de fond ? L’actualité a déjoué tous les pronostics, donc point de prédiction. Lorsque Macron siégeait encore au gouvernement Valls, Le Plouc avait écrit que le jeune ministre devait quitter rapidement son ministère des Finances s’il voulait participer à la présidentielle mais qu’il ne disposait que d’un fusil à un coup pour atteindre son objectif. Jusqu’à maintenant « Gueule d’ange » a démontré qu’il savait tirer. Contrairement à Manuel Valls, il a sauté du pédalo Hollande suffisamment tôt pour ne pas rester englué et pour planifier sa campagne dans de bonnes conditions.

La tactique macronienne consiste à distiller son programme, petit à petit. Il fait l’inverse de Bruno Lemaire, qui, à la primaire de la droite, avait assommé ses électeurs avec un pavé de mille pages. Tellement assommés, les électeurs, qu’ils sont restés évanouis au moment de voter.

Macron, lui, sort un bouquin de 200 pages légères, intitulé « Révolution » – en France tout le monde est révolutionnaire, surtout les conservateurs – qui nous dit tout sur sa grand-maman et ses grandes idées. Non pas un catalogue de propositions mais une amorce de « storytelling » qui en français signifie « amuse-gogos » ou, en version plus salée, « flatte-couillons ». Ses propositions, il préfère les égrener au fil des villes-étapes de sa campagne (Pour le métinge lillois, vous avez le fil de ses interventions sur le compte Twitter @Cuenod).

Faire une campagne « jeune » ne signifie pas renoncer aux bonnes vieilles grosses ficelles. Comme Chirac – un expert jusqu’alors inégalé quoique souvent imité – Macron sert à son public ce que celui-ci souhaite avaler. Avec lui, pas d’hésitation, c’est fromage ET dessert, gauche ET droite. Il fait applaudir François Mitterrand, le général de Gaulle, né à Lille, Martine Aubry, maire de la ville et son prédécesseur Pierre Mauroy, mais aussi Xavier Bertrand, le président de droite des Hauts-de-France et Roger Salengro, ministre lillois du Front populaire qui s’était suicidé en novembre 1936 à cause d’une ignoble campagne de calomnies orchestrée par les journaux d’extrême-droite. Emmanuel Macron ne se contente pas de surplomber le clivage gauche-droite, il plante ses pieds dans les deux camps. Comme la chauve-souris de La Fontaine, Je suis oiseau, voyez mes ailes. Je suis souris, vivent les rats ! » « Bienveillant » tel est le mot d’ordre véhiculé par ses partisans.

L’alcoolisme au Nord, Macron est-il à l’Ouest ?

Et lorsqu’il évoque les ravages du tabagisme et de l’alcoolisme dans les régions du Nord de la France dévastée par la mondialisation, le public ne semble pas lui en tenir rigueur, même s’il se fait rouler dans l’opprobre par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. D’ailleurs, cette attaque conjointe de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite a plutôt pour effet de le placer en ennemi principal des extrêmes, ce qui est favorable à son positionnement politique. De plus, cette « sortie » d’apparence maladroite peut casser son image trop lisse et fait de lui un adepte, toujours en apparence, de ce « parler vrai » qui fait saliver les micros.

A Lille, cette métropole d’une région en souffrance économique, « Gueule d’ange » a déployé ses ailes pour porter secours aux chômeurs. Il y a détaillé ses propositions inspirées par cette « flexisécurité » qui a bien réussi dans les pays scandinaves. Là, nous sommes au cœur du social-libéralisme avec cette proposition nouvelle : remplacer les charges sociales par l’impôt, avec une couverture sociale égale pour les indépendants, les chômeurs et les travailleurs précaires. Ce ne sont plus les salariés et les employeurs qui casquent, mais le contribuable par le truchement d’un impôt, la CSG (Contribution sociale généralisée) que tout le monde paye. Le revenu net se rapproche donc du revenu brut. Le salarié a l’apparence d’une augmentation de salaire et l’employeur voit ses charges se dégonfler. Pour le social-libéralisme à la Macron, c’est une opération doublement gagnante. D’une part, les entrepreneurs pourront davantage investir. D’autre part, les salariés auront plus de pouvoir d’achat. Deux causes nécessaires pour faire repartir la machine à donner du travail. Les patrons sont contents, leurs salariés aussi et le chômage va baisser, que demande le peuple ?

 On pourrait lui objecter qu’au lieu d’investir, les dirigeants d’entreprise seraient tentés de profiter de l’aubaine pour gâter leurs actionnaires. Quant au pouvoir d’achat des salariés, il ne tarderait guère à être rongé par la hausse des prix. Dans ces conditions, la machine à donner du travail risque fort d’être grippée, une fois de plus. Mais le Magicien a certainement une parade. C’est d’ailleurs ce qui fait sa force. Il a réponse à tout. Use du charme de son physique et de son verbe mais aussi de la force de sa culture, qui est réelle, contrairement aux bourrins qui braient dans la classe politique.

Toujours concernant le chômage, Emmanuel Macron propose de créer un service public de la formation continue qui aura pour but de donner une qualification, adaptée aux besoins de l’économie, à chaque chômeur. La proposition a fait un tabac fumant auprès des sympathisants lillois du Zénith.

L’Europe au coeur

L’un des points forts du discours macronien reste cette Europe dont ses partisans brandissent le drapeau à côté de celui de la France. La chose est plutôt rare dans un métinge en Hexagone. C’est peut-être indice montrant que nombre de ses partisans font partie de cette catégorie de Français qui profitent de la mondialisation, comme entrepreneurs ou comme salariés dans les secteurs de pointe. Allez déployer la bannière européenne dans un métinge du Front national et vous m’en direz des nouvelles ! A Lille, Macron a plaidé pour une Europe de la Défense et il commence à dévoiler son plan pour rebouter l’Union : engager une réflexion dans l’ensemble des pays membres, par consultations en ligne des citoyens européens. Le but : fixer les grandes orientations de l’UE pour cinq ou dix ans et les proposer en votation populaire afin de commencer le processus de relégitimation de l’Europe. Preuve que, lui aussi, Macron a de la Suisse dans les idées.

Sur la sécurité, « Gueule d’Ange » se démarque de Manuel Valls « Gueule d’Acier ». Il récuse le mot « guerre » pour qualifier la situation de la France face à l’islamoterrorisme. La guerre suppose l’affrontement avec un ennemi bien précis. Macron préfère parler de lutte contre un mal qui tire sa force de son caractère protéiforme. Une lutte à développer à plusieurs niveaux et dans de multiples domaines, à l’intérieur de la France comme ailleurs. Mais là, Emmanuel Macron ne fait que répéter ce que l’on a mille fois entendu. Il est nettement plus inventif en matière économique ou d’organisation européenne. Que voulez-vous, Macron sent plus la lotion après-rasage que la poudre.

Environnement ? C’est le néant

Economie, Europe, éducation, travail, chômage… Mais rien concernant l’environnement, ce qui est tout de même stupéfiant en pleine saison de pics de pollution. Sans doute, Emmanuel Macron a-t-il estimé que ce sujet n’était pas le plus porteur à Lille. Mais Le Plouc prend les paris que si le Caméléon aux yeux bleus se trouvait dans la Vallée de l’Arve, il débiterait son argumentaire antipollution avec solutions incorporées.

L’une des forces d’Emmanuel Macron est de savoir capter des fonds. Comme ancien jeune prodige de la Banque Rothschild & Cie, c’est la moindre des choses. Organisation de dîners à 7500 euros (le maximum autorisé en campagne électorale) pour riches partisans, mais aussi financement participatif pour récolter les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. A une échelle française beaucoup plus modeste, Macron utilise la méthode Hillary Clinton (financement par les grands décideurs économiques) et celle de l’adversaire de cette dernière au sein du Parti démocrate, Bernie Senders (financement participatif). On retrouve là aussi, la stratégie gauche ET droite de Macron :  il tape les riches ET les pauvres.         

S’y ajoute un prêt bancaire – il ne manque pas de relais dans la finance ­– pour parvenir au plafond de 16 851 000 euros, limite autorisée pour les participants au premier tour de la présidentielle.

Ramassera-t-il les socialistes ?

Pour l’instant, tout roule à la perfection pour « Gueule d’Ange ». Les médias sont à ses pieds et une grande partie du public est enthousiasmée par sa personnalité et son côté, « je prends les bonnes idées à droite et à gauche ». Les jeunes notamment sont indifférents aux querelles droite-gauche qui leur paraissent relever de la chikaya anecdotique plus que d’un vrai débat.

 Mais ce qui fonde aujourd’hui sa force peut faire sa faiblesse. Lorsqu’il devra préciser vraiment son programme, Macron subira des attaques plus ciblées, donc plus efficaces qui chercheront à le pousser dans un camp ou un autre, à sortir ce loup flou, du bois de l’ambiguïté pour le flinguer à découvert. Et puis, l’engouement des médias est aussi passager qu’un rayon de soleil dans l’hiver parisien. Selon la jolie formule de Jean-François Kahn : on lèche, on lâche, on lynche. Pour l’instant, les médias lèchent beaucoup. Cela prédirait-il un lynchage de même intensité ? Macron s’y prépare sans doute.

Autre faiblesse, son mouvement En Marche compte près de 150 000 membres. Mais on y adhère en un seul clic sur le site EM. Cela signifie que l’on peut se désengager tout aussi facilement. Et l’on sait la fragilité des mouvements politiques qui ne repose que sur un seul homme. Toutefois, il n’est pas impossible que le Parti socialiste soit finalement obligé de le soutenir, soit parce que la primaire socialiste ne parvient pas à réunir un nombre suffisamment élevé de votants, ce qui affaiblirait considérablement le gagnant, soit en cas de victoire de l’un des représentants de l’aile gauche du PS, Montebourg ou Hamon, ce qui ferait fuir une grande partie des membres de l’appareil du Parti, alors tentés de voler vers la victoire de Macron. D’ailleurs, derrière le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb – qui a un flair sans pareil pour sentir le vent ­– un nombre croissant d’élus PS se sont d’ores et déjà ralliés à la cause macronienne. Récemment Jean-Marc Ayrault a adoubé

Emmanuel Macron «homme de gauche ». On prépare le terrain, dirait-on. Dès lors, le pari de « Gueule d’Ange » de figurer au second tour reste très aléatoire, mais il ne paraît pas impossible.

Jean-Noël Cuénod

 ESPACE VIDEO

Cette vidéo captée par Huffington Post diffuse un moment assez cocasse du métinge de Lille

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11/01/2017

Après Charlie et l’HyperCasher, voici le monde Tefal

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Il y a deux ans, jour pour jour, Le Plouc était fourmi parmi 1,5 million d’autres, place de la République, pour célébrer la démocratie et la laïcité après les massacres islamoterroristes à la rédaction de Charlie-Hebdo et à l’HyperCasher de la Porte de Vincennes à Paris. Immense masse marchante: 4 millions de participants dans tout l’Hexagone. Plus grand rassemblement de l’Histoire moderne de la France, comme le proclame Mister Google.

Qu’allait-on faire de cette énergie humaniste ? Vers quelle turbine politique – politique au sens élevé du terme – canaliserait-on ce flux puissant ? De quel bois de haute futaie allait-on réchauffer nos ardeurs militantes ? Tous les espoirs de redressement républicain semblaient permis en ce dimanche de chaleureuse froidure. Tiens ! On a même embrassé les flics !

Et après ? Et après, rien.

Rien que d’autres attentats commis au nom d’un dieu incompris, avec l’appli Telegram pour prophète de malheur.

 La France voulait se rassembler pour faire front. Elle ne cesse de se diviser devant un Front de plus en plus national. Une enquête d’opinion menée en septembre dernier par IFOP a montré que 46% des Français musulmans se sentaient intégrés ou en bonne voie de l’être. Bonne nouvelle ? Certes … Mais de l’autre côté, 28% d’entre eux ont adopté « un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République ». Après tout ce sang qui a coulé au nom d’un Allah pour réseaux sociaux, une partie importante des pratiquants de la deuxième religion de France n’a donc toujours pas compris qu’elle devait se défaire de ce salafisme mortifère implanté par les pétro-monarchies, sous les yeux indifférents des pouvoirs publics. Ah, maintenant ils se réveillent ces pouvoirs publics ! Alors que depuis des années, le fossé entre leur centre et la périphérie a pris des allures d’océan. Mais voilà, les pauvres n’intéressent personne. Qu’ils marinent dans leur jus. Mais, voyez-vous, le jus, ça fermente, ça monte à la tête et ça vous la fait perdre.

Et que dire de ces autres territoires abandonnés ? Cet « espace rural » comme l’on dit dans les discours de l’Enarchie. Plus de médecin. Plus d’école. Plus de poste. Plus de boulanger. Rien qu’un mégamachin situé à vingt mornes bornes. Et pas de réseau, bien sûr. Ou si peu.

Alors, le « vivre-ensemble » et même le « survivre-ensemble », ce sera pour une autre vie.

La France n’est pas la seule à se déchirer. En Amérique, ses Etats n’ont jamais paru aussi désunis depuis la Guerre de Sécession. Pourtant, là aussi, un vent nouveau avait soufflé. Les jeunes démocrates avaient poussé devant un eux le vieux socialiste Bernie Senders qui avait trouvé les mots justes pour leur donner des ailes. Mais le clan Clinton a fini, non sans peine, par les arracher. Sa machine à broyer les espoirs a fonctionné à plein régime. Et pour quel résultat ! Après la victoire de Trump, la Californie menace de faire sécession. Paroles en l’air ? Sans doute, mais un tabou est tombé.

En Allemagne, l’extrême-droite reprend du poil de la Bête Immonde en harcelant Angela Merkel, coupable d’avoir ouvert la porte aux réfugiés. Les islamoterroristes ont vite fait de servir les desseins de Pegida et de l’AfD en commettant l’attentat de Berlin. L’Internationale de l’intolérance vole de succès en succès !

En France, aux Etats-Unis, en Allemagne, ailleurs, tous les élans généreux retombent comme des soufflés abandonnés dans un coin de la cuisine.  Tout se dilue dans la soupe maussade. Rien n’attache. Bienvenue dans le monde Tefal.           

Tout se perd et rien ne vous touche/ Ni mes paroles ni mes mains/ Et vous passez votre chemin/ Sans savoir ce que dit ma bouche écrivait Aragon[1]. Pour nous aider à respirer, voilà ci-dessous ce poème dans son entier, mis en musique et chanté par Jean Ferrat.

« Tout est impermanent » dit la sagesse bouddhiste. Tout est impermanent. Même la soupe maussade, même le monde Tefal. Seule la poésie est, malgré tout, permanente.

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

[1] Poème « J’entends, j’entends » tiré du recueil Les Poètes

 

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01/01/2017

Le Plouc cause 2017 dans le poste

 

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"Quelles perspectives pour 2017?"  Tel était le thème, hier, de l'émission Micro-Européen, Animée et présentée par Marie-Christine Vallet, sur France-info avec pour complices Aline Robert, rédactrice en chef du site Euractiv.fr et Le Plouc, votre serviteur.

En guise d'illustration, un tableau du Douanier Rousseau, La Guerre. Comme on le sait, ce faux naïf et vrai génie peignait sans perspective...

En cliquant sur ce lien, vous pourrez ouïr cette émission. Bonne écoute (et re-bonne année).

 Jean-Noël Cuénod

14:23 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook | | |

30/12/2016

De l’impossibilité d’adresser des vœux pour 2017

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Présenter ses bons vœux se révèle opération particulièrement laborieuse, tant les tuiles du monde semblent mal arrimées et menacent de tomber sur nos crânes. Les sondeurs d’opinion étant aussi myopes que les voyants pour horoscope, une seule certitude: rien n’est certain.

En 2017, Trump exercera sa présidence dans le brouillard le plus épais. Nous fera-t-il la divine surprise de nous décevoir en bien, comme l’on dit chez moi ? A-t-il fait sciemment l’imbécile pour attraper des voix et sitôt entré à la Maison Blanche révèlera-t-il des ressources d’intelligence qu’il s’était évertué, avec un succès éclatant, à cacher ? Cet ami des pétroliers s’abstiendra-t-il de jeter des jerricanes d’essence sur le conflit israélo-palestinien ? Brisera-t-il l’accord sur le nucléaire avec l’Iran en limitant la casse? Parviendra-t-il à ne pas perdre son bras de fer contre la Chine ? Réussira-t-il à ne pas se faire rouler dans la farine par son allié, pour ne pas dire complice, Poutine ? Trump veut mener sa politique étrangère à coup de « deals ». Cette méthode sera-t-elle plus efficace que celle utilisée par l’administration Obama ?

Nous sommes condamnés à l’espérer en se disant que le pire n’est jamais sûr.

La France aussi aura un nouveau président. Depuis la victoire surprenante de François Fillon à la primaire de la droite, personne ne prend le risque du pronostique. De toute façon, le successeur de François Hollande héritera d’une pétaudière qui menace d’exploser. L’Allemagne aura un nouveau parlement fédéral qui risque fort d’accueillir l’extrême-droite. La Grande-Bretagne aura entamé la procédure de divorce d’avec l’Union. Or, les divorces commencent souvent par une rupture à l’amiable pour se terminer dans le déballage sordide.

Le pire n’est jamais sûr, disions-nous. C’est vrai. Mais tout de même, le meilleur semble improbable. Alors, la Plouquette et le Plouc (photo au sommet de La Dôle) vous souhaitent bon vent pour nous protéger des zones de tempêtes.

Jean-Noël Cuénod

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23/12/2016

Que reste-t-il de Noël ?

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Que reste-t-il de Noël ? A première vue, peu de chose. Le père Noël des hypermarchés, de la pub Coca-cola ou de l’opticien Afflelou écrase de son gros cul de velours rouge le petit Jésus dans sa crèche. (Sublime tableau de Georges La Tour Le Nouveau Né peint vers 1648. Musée des Beaux-Arts à Rennes)

Né dans la pauvreté des réfugiés sans papier, ne trouvant asile qu’auprès des plus humbles et besogneux animaux de la ferme, Jésus ne peut pas rivaliser avec la grosse machine consommatrice, les sapins qui clignotent, les clients qui bavotent devant des vitrines débordant de richesses technologiques. Et ce n’est pas d’hier que le petit Jésus a été chassé par les marchands du Temple.

Noël, fête bâtarde. Jésus n’est pas né un 25 décembre, même le pape retraité Benoît XVI vous le confirmera. A propos de sa date de naissance, les historiens et théologiens se crêpent toujours le chignon – ou se râclent la calvitie. Il serait né plutôt au début de l’automne, d’après les plus récentes suppositions.

La fête de Noël a été forgée par l’habile pape Libère qui, vers 354, a décidé que la naissance de Jésus serait commémorée tous les 25 décembre afin de supplanter la fête de la Rome antique, le Sol Invictus, qui se déroulait à ce moment-là. Ces festivités, à l’instar de bien d’autres civilisations, célébraient le solstice d’hiver. Le retour de la lumière, quel meilleur symbole pour célébrer la venue au monde du Réparateur ? Donc, Noël a été créé par un sacré coup de marketing. Dans cette brèche, se sont engouffrées des générations de commerçants. Quant au sapin de Noël, chacun sait qu’il s’agit d’une tradition païenne d’origine germanique dûment détournée par les églises chrétiennes.

Pourtant, malgré les chants de Noël – de moins en moins français et de plus en plus américains – qui ensirotent nos oreilles sitôt franchies les portes des magasins, il reste des lambeaux de magie, comme des bouts de papiers d’emballage éparpillés sous le sapin.

Le retour de la lumière, la faiblesse confiante d’un petit, voilà qui réveille dans les cœurs un rêve caché, un retour à l’émerveillement qui change le monde. Sous cet angle de vision, Noël a développé un mythe d’une force telle qu’il a traversé les mers et les siècles. Ce mythe est celui du dieu qui s’est fait homme pour que l’homme se fasse dieu. Un dieu avec une minuscule, contrairement à ses rutilants concurrents Jupiter ou Zeus, un dieu trahi, méprisé, insulté, trahi, condamné, torturé, laissé seul face à sa mort et sombrant dans les ténèbres. Mais un dieu qui se relève, répare les crimes humains et revient à la vie, baigné dans la lumière.

Que reste-t-il de Noël ? Peu de chose. L’espérance.

Jean-Noël Cuénod

10:24 | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : noël, jésus, marketing, espérance | |  Facebook | | |

17/12/2016

Pic de pollution et abîmes politiques

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Dans le métro, le bus, la file d’attente au supermarché ou à la poste, sur le trottoir, à la terrasse du bistrot, tous toussent à Paris. Cette année, la toux n’est pas que l’expression de la saisonnière épidémie de rhume. Les pics de pollution qui se succèdent sont les principaux compositeurs de cet oratorio laryngé.

Les pieds de la Tour Eiffel baignent dans la poussière vaporeuse des particules fines ; sur les hauteurs de Montmartre, la cuvette parisienne déborde de cette inondation sèche. Les causes sont bien connues : circulation automobile, guimbardes qui roulent au diésel et dans une mesure moindre, chauffage au bois. Mais y remédier, c’est au-dessus des forces du pouvoir politique.

Les pauvres remèdes prescrits par la Mairie de Paris se révèlent d’une redoutable inefficacité. Supplier les automobilistes de ne pas prendre leur bagnole ou, au moins, de conduire raisonnablement équivaut à tousser dans un violon. La circulation alternée ­ne change rien. Vendredi, le boulevard Blanqui était aussi encombré de véhicules toussophores que d’ordinaire. Même la gratuité des transports en commun n’est qu’une goutte d’air dans un océan de pollution.

L’agence nationale Santé publique France s’époumone à signaler le danger : chaque année, la pollution provoque la mort prématurée de 48 000 personnes dont 34 000 seraient évitables si des mesures antipollution énergiques étaient prises. Après le tabac et l’alcool, l’air toxique est la troisième cause de mort prématurée. On peut s’abstenir de boire ou de fumer. On ne saurait s’arrêter de respirer.

Malgré ces mises en garde, la région parisienne (la métropole lyonnaise est presque dans le même bain ) continue à voir les pics de pollution s’allonger comme le nez d’un politicien en campagne électorale. Chaque acteur se renvoie la patate carbonisée : « C’est pas moi, c’est l’autre ». Donc, rien ne bouge.

La maire de Paris Anne Hidalgo (PS) stigmatise l’automobiliste banlieusard. « La pureté de l’air est un luxe de Bobos que je ne peux pas me payer ; bien obligé de prendre ma bagnole pour aller au boulot », lui rétorque-t-il aussitôt. Quant aux transports publics, mieux vaut éviter le sujet, si l’on ne veut pas énerver le banlieusard. Les retards chroniques des RER ont pris une telle ampleur qu’à plusieurs reprises, la justice des Prudhommes a condamné la SNCF à indemniser des salariés licenciés pour manque de ponctualité. La maire parisienne réplique alors qu’il faut se plaindre à la Région Ile-de-France présidée par son adversaire politique Valérie Pécresse (LR). Laquelle dégage aussitôt en direction de la SNCF. Celle-ci sort sa réponse toute faite : elle n’a pas assez de sous pour investir dans la rénovation du matériel. Les regards convergent ipso facto vers le gouvernement qui se tourne vers Bercy. Lequel annonce que les caisses étant vides, il devient urgent de ne rien faire.

Cette situation démontre à quel point un Etat centralisé peut provoquer, paradoxe apparent, l’éparpillement des responsabilités. Tout est ramené au Centre qui a tellement de chats à fouetter qu’il en perd son fouet et se mure dans une impotence bavarde. La classe politique ne manque pas d’air, dit-on. Nous, si.

Jean-Noël Cuénod

16:34 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pollution, paris, politique | |  Facebook | | |

13/12/2016

La Super Journée du Super Tsar Poutine

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Quelle belle journée pour Vladimir Poutine ! Un sien copain, le gazopétrolier Rex Tillerson, a été nommé chef de la diplomatie américaine de l’ère Trump. Et Alep revient dans le giron de sa chose, Bachar al-Assad, l’aviation russe ayant ouvert la voie aux troupes du vassal de Damas.

Certes, au moment où ces lignes surgissent à l’écran, des milliers de femmes, d’enfants, d’hommes sont en train d’être massacrés par les soldats de Bachar, plus vaillants aux viols et à la torture qu’au combat. Mais pour un successeur d’Yvan-le-Terrible et de Joseph Staline, le sang humain n’est qu’un fleuve parmi d’autres. Juste un peu plus rouge. C’est tout. Et puis, en russe, n'ont-ils pas la même racine, le rouge et le beau ? Beau comme ce mardi 13 décembre. 

Auparavant, les heures heureuses n’avaient pourtant pas manqué de sonner au carillon de la Tour du Salut. A commencer par la miraculeuse élection de ce cher Donald Trump, qui ne cesse de vernir les escarpins poutiniens. Moscou est-il accusé d’avoir cybermagouillé l’élection présidentielle américaine comme le soutient la CIA ? Le Congrès des Etats-Unis lance-t-il une enquête ? Au pire, elle démontrerait qu’en piratage informatique, les Russes sont champions du monde. Et puis, pourquoi s’affoler pour des élections truquées ? C’est bien une réaction de démocrates dégénérés !

Rex Tillerson étant secrétaire d’Etat américain, le chat Poutine ne va pas cesser de s’amuser avec ce gros rat plein de pétrole. Le patron du groupe pétrogazier ExxonMobil n’avait-il pas milité pour que Washington lève ses sanctions contre la Russie ?  C’est que, voyez-vous, ces stupides mesures ont fait perdre un milliard de dollars à ExxonMobil en 2014 (selon un communiqué du groupe pétrogazier en février 2015).

En 2011, Rex Tillerson et sa compagnie ExxonMobil ont signé avec le géant de l’énergie russe Rosneft  – étroitement lié à Poutine – un accord pour explorer et forer l’Arctique et la Sibérie. Bien entendu, Super Tsar avait assisté à la signature : « Les investissements directs d’ExxonMobil pourraient s’élever à 300, voire à 500 milliards de dollars », déclara-t-il à cette occasion. En juin 2013, Poutine avait tenu à remercier Rex Tillerxxon en le décorant de l’Ordre de l’Amitié, la plus haute distinction qu’un étranger puisse recevoir en Russie (photo).

Ces exploitations gazières et pétrolières auraient généré des profits hallucinants, si les maudites sanctions contre Moscou n’avaient pas été décrétées par le président Obama. Mais désormais, tout ira mieux. Le premier souci de Rex Tillerxxon sera, c’est évident, de lever ces mesures obamesques. Et comme le futur patron de la diplomatie détient des actions Exxon pour plus de 150 millions de dollars, vous imaginez la manne qui va s’abattre sur l’heureux secrétaire d’Etat lorsque son groupe pétrolier pourra enfin exploiter les richesses sibériennes sans entrave. Conflit d’intérêts ? Comme vous êtes vieux jeu ! Dans le monde de Trump, il n’y a pas de conflits d’intérêts. Il n’y a que des intérêts sans conflit. « In Gold we Trust », telle est la devise nouvelle.

Dans un proche avenir, Vladimir Poutine devra manœuvrer Tillerxxon à propos de l’Iran. Trump veut démanteler l’accord sur le nucléaire conclut entre Washington et Téhéran. L’ennui, c’est que l’Iran mollarchique est le plus précieux allié de Moscou en Syrie. Et que le groupe ExxonMobil aimerait bien s’installer au sein de la deuxième plus grande réserve pétrolière du monde. Poutine va jouer avec toutes ces contradictions américaines comme le faisait jadis Rachmaninov sur son piano. Un régal sans égal !

Pendant ce temps-là, François Fillon rétropédale sur l’assurance-maladie, Angela Merkel prépare ses élections, la Grande-Bretagne se demande comment quitter l’Europe sans en sortir, la Suisse, avec d’autres pays européens, contemple son nombril argenté en se disant « y en a point comme moi », Bruxelles verse des larmes sauriennes sur les cadavres d’Alep et l’ONU prend pour modèle la SdN de 1938. Joyeux Noël !

Jean-Noël Cuénod

18:24 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : poutine, exxon, alep, russie, tillerson, trump | |  Facebook | | |

10/12/2016

Les femmes à la reconquête des cafés machos!

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La France célébrait, vendredi, la Journée de la Laïcité. Comment se porte-t-elle? Moins bien dans la réalité que dans les discours. (Photo: groupe de femmes s'installant dans un café monopolisé par les hommes à Aubervilliers en 2013)

Ce principe, prônant la liberté de conscience et la neutralité de l’Etat vis-à-vis des communautés religieuses, est gravé dans le marbre de l’article 1 de la Constitution. Il orne toutes les allocutions politiques, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen.

Dans la réalité, c’est une autre paire de manche. L’idéologie salafiste ne cesse de porter des coups à cette laïcité qu’elle abhorre. Cette vision particulièrement rétrograde de l’islam, prône l’imitation des mœurs pratiquées par l’islam des débuts. En premier lieu, le salafisme instaure la soumission de la femme à son père, à ses frères, puis à son mari. Pas question de sortir seule dans la rue ou alors de façon fugace et dûment voilée. Et encore moins de mettre le pied dans un café. Un ancien membre des Renseignements généraux de la police française, Bernard Godard, a décrit la progression inquiétante du salafisme dans son ouvrage La question musulmane en France (Fayard). 

Cette idéologie se diffuse dans la vie quotidienne de certaines cités comme l’illustre un reportage diffusé mercredi au 20 Heures de France 2. Les caméras ont suivi deux courageuses militantes de la Brigade des Mères à Sevran, près de Paris, Nadia Remadna et Aziza Sayah. Leur but: tenter d’entrer dans un bistrot qui, comme bien d’autres, est l’apanage exclusif des hommes. Le rejet est patent. Le patron interpelle les deux femmes: «Ici, il n’y a que des hommes, le mieux c’est d’attendre dehors.» Et si la femme veut boire un café avec la cousine? «La cousine, elle reste à la maison. Ici, il n’y a pas de mixité». Les deux militantes ne s’en laissent pas compter et imposent le dialogue. Pas facile: «Ici, c’est pas Paris, c’est Sevran. C’est comme au bled». Sauf que l’on n’est pas au bled mais à une heure de la capitale en voiture!

France 2 a braqué l’attention sur Sevran qui n’est pas la seule cité à vivre cette phobie, loin de là. A Villiers-le-Bel, le groupe Genre et Ville, sous l’impulsion du maire socialiste Jean-Louis Marsac, milite aussi pour que les femmes reconquièrent l’espace public. En juillet dernier, douze militantes de ce groupe avaient investi le café «Au petit chasseur» à la clientèle uniquement masculine. Là aussi, le dialogue entre les clientes et les clients était tout sauf aisé. De nombreuses autres cités connaissent pareilles initiatives. Mais la reconquête des femmes dans l’espace public ne va toujours pas de soi. Nombre de ces militantes avouent que, seules, elles n’auraient jamais osé entrer dans ce genre d’établissement.

Les cafés ne sont pas seuls en cause. Une jeune musulmane nous avait expliqué que dans sa cité, elle devait faire profil bas, porter des pantalons, se voiler, baisser les yeux, se déplacer rapidement, ne pas flâner. Quitte à se changer sitôt arrivée à Paris pour son travail. Et à reprendre son accoutrement couleur muraille pour rentrer à la maison.

Comparée aux avancées du féminisme dans la société française depuis un demi-siècle, cette situation marque une régression que nombre de femmes ne supportent plus. Et parmi elles, de nombreuses musulmanes. Les médias commencent enfin à découvrir leur combat quotidien contre une idéologie religieuse extrémiste.

COMMENTAIRE

France, une laïcité ambiguë

«France qu’as-tu fait de ton baptême?» proclamait le pape Jean-Paul II en 1980 avant de s’envoler vers Paris. «France, qu’as-tu fait de ta laïcité?», pourrait-on lui répondre en écho. Elle a inventé le mot paru pour la première fois dans un journal de la Commune de Paris, le 11 novembre 1871. Elle l’a inscrit dans sa Constitution. Elle lui a consacré une journée, le 9 décembre.

Dans les discours de son personnel politique, la laïcité est une figure imposée dans les discours. Mais aujourd’hui, elle est mise à mal par l’idéologie salafiste qui se développe parmi les Français musulmans. Le principal fautif de cette situation est l’Etat laïc lui-même. Pendant des décennies, les gouvernements successifs ont délaissé les quartiers et les cités où s’entassaient la partie la plus pauvre de sa population, dont de nombreux musulmans. «Territoires perdus de la République», selon le cliché habituel. Territoires perdus pour la laïcité aussi.  Les autorités françaises ont laissé les prêcheurs les plus rétrogrades, les plus intolérants de l’islam accomplir leur mission, à savoir structurer idéologiquement ces populations à l’abandon et lutter pied à pied contre les idées impies qui ont pour nom liberté de conscience, démocratie, égalité entre hommes et femmes.

De même, la France officielle pratique cette laïcité qu’elle chérit tant non sans ambiguïté. Ainsi, elle subventionne l’enseignement privé ­– la plupart des écoles sont catholiques ­– pour près de 7 milliards d’euros par an. Plus haute juridiction administrative française, le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’installation de crèches dans les mairies, s’il s’agit «d’un évènement artistique, culturel ou festif». Or, il est impossible de séparer Noël du christianisme!

La laïcité doit s’appliquer à tous. Ou alors, elle périclitera, au risque de désunir nos sociétés.

Article et éditorial parus samedi 10 décembre 2016 dans la Tribune de Genève

Jean-Noël Cuénod

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04/12/2016

Ségolène Royal, un négationnisme de gauche

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Après Jean-Luc Mélenchon, Ségolène Royal a versé sur les cendres encore chaudes de Fidel Castro, son flot de larmes, samedi soir. Le feu dictateur cubain a eu droit de la part de la ministre française de l’environnement à un dithyrambe qui est la marque d’un certain négationnisme de gauche :

Il y a toujours du positif et du négatif dans les histoires, mais certains ne vont pas se rhabiller à bon compte au nom des droits de l'homme alors qu'on sait qu'ici, quand on demande des listes de prisonniers politiques, on n'en a pas. Et bien fournissez-moi des listes de prisonniers politiques, à ce moment-là on pourra faire quelque chose. Elle ne fait ainsi que perroqueter ce qu’avait prétendu Raoul Castro au moment de la visite d’Obama.

Passons sur l’abyssale stupidité de la remarque concernant cette « liste de prisonniers politiques ». Comme si les tyrans allaient publier la comptabilité de leurs crimes ! Arrêtons-nous plutôt sur la Fidelmania qui court à gauche et parfois même à droite.

Il est certain que la révolution castriste de 1959 a permis à Cuba de se débarrasser de la tutelle des mafias américaines, que l’alphabétisation s’y est développée de façon spectaculaire, de même que la santé publique. Il est aussi à craindre que lesdites mafias américaines – influentes dans les milieux anticastristes de Miami  – ne cherchent à reconquérir ce terrain perdu.

Il n’en demeure pas moins qu’un peuple n’est pas forcé de payer ces progrès sociaux par l’oppression politique. Ou alors, félicitons Mussolini d’avoir mis les trains italiens à l’heure et glorifions Hitler pour ses grands travaux[1].

Avant de débiter ses sottises cubaines pour balancer des fumées d’encens sur le goulag tropical, la ministre française aurait pu jeter un œil sur le rapport 2015-2016 d’Amnesty International qui n’est pas précisément l’organe de la réaction (on peut le consulter en cliquant ici). Le constat que dresse Amnesty sur la politique des frères Castro est accablant :

Selon la Commission cubaine des droits humains et de la réconciliation nationale (CCDHRN), plus de 8 600 militants et opposants au régime ont été placés en détention pour des motifs politiques durant l'année. Avant la visite du pape François en septembre, les autorités ont annoncé qu’elles allaient libérer 3 522 prisonniers, notamment des personnes de plus de 60 ans, des jeunes de moins de 20 ans sans antécédents pénaux, des malades chroniques et des étrangers que leur pays acceptaient de reprendre sur leur sol. L’annonce a été faite dans le journal officiel du Parti communiste, Granma. Cependant, avant et pendant la visite papale, des défenseurs des droits humains et des journalistes ont signalé une forte augmentation du nombre d’arrestations et de détentions de courte durée. La CCDHRN a recensé 882 arrestations arbitraires durant le seul mois de septembre.

La « sortie » écervelée de Ségolène Royal a suscité une gêne certaine, même à gauche, comme l’illustre ce « tweet » gazouillé par le premier secrétaire du Parti socialiste Cambadélis : « La révolution cubaine est défendable. Le régime castriste ne l'est pas. Ségolène Royal devait être dans l'enthousiasme cubain ».

Excuser les tyrans, quels qu’ils soient, c’est perpétuer la tyrannie. Un point c’est tout.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Contrairement à une idée reçue plantée dans les esprits par la propagande nazie, le programme des autoroutes allemandes a été établi par les partis démocratiques avant la venue d’Hitler au pouvoir en 1933. Un an auparavant, la première autoroute Cologne-Bonn avait été inaugurée.

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02/12/2016

François Hollande: la malédiction française

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François Hollande est donc le premier président français de la Ve République à ne pas solliciter un nouveau mandat, sans que la mort – comme ce fut le cas pour Georges Pompidou – n’intervienne. Mais il n’est pas le seul à avoir subi les jeux de massacre de la présidence. Pas un seul chef d’Etat n’a été épargné. Plongée dans l’histoire du masochisme élyséen.

Même la plus grande figure historique de la France du XXe siècle a reçu son lot de baffes. En décembre 1958, Charles de Gaulle est élu président de la République par un collège de grands électeurs (plus de 80.000 parlementaires et autres élus). Comme un vulgaire sénateur. Enfin presque. Dimanche 28 octobre 1962, il gagne son référendum qui attribue au suffrage universel direct le soin de désigner le chef de l’Etat. La France bascule définitivement vers le système présidentiel et la personnalisation du pouvoir. Désormais, le président est oint par la légitimité populaire comme l’Assemblée nationale, tout en disposant, contrairement au parlement, des leviers de commande de l’exécutif.

La première élection présidentielle par le peuple tout entier est donc fixée au 5 et 19 décembre 1965.

Certes, il y avait déjà eu une élection d’un président de la République par scrutin populaire le 10 décembre 1848. Mais à l’époque, seuls les Messieurs avaient la possibilité de glisser dans l’urne le bulletin de leur choix. Or, en 1965, les femmes disposaient aussi du droit de vote qu’elles avaient obtenu à la Libération en 1944. Il faut dire aussi que l’élection de 1848 n’avait pas laissé que de bons souvenirs. Son vainqueur, Louis-Napoléon Bonaparte – neveu suisse du Grand Autre – s’est transformé en empereur quatre ans plus tard à la suite d’un coup d’Etat qui a guillotiné la IIe République.

Charles-le-Balloté

En novembre 1965, donc un mois avant l’élection, un sondage IFOP donne le général de Gaulle, vainqueur dès le premier tour, avec 61%. Et comment pourrait-il en aller autrement ? Le président en exercice a sorti la France de l’enfer algérien, redonné à son pays une place majeure sur la scène internationale, remis l’économie en état de marche et, sous couleur de décolonisation, maintenu l’influence prépondérante de Paris sur le continent africain.

Face à lui, François Mitterrand, incarnation de la IVe République honnie, et Jean Lecanuet, un démocrate-chrétien peu connu hors de son parti MRP, ne font pas le poids. De Gaulle ne se donne pas la peine de faire campagne. Il renonce même à son temps de parole à la télévision qui devient alors l’acteur majeur pour convaincre le public

(Vidéo: François Mitterrand rame devant les caméras de 1965!)


Au soir du 5 décembre, Charles de Gaulle est sonné. Le Général est mis en ballotage par Mitterrand, ce traineur de casseroles, et Lecanuet, ce clone provincial de Kennedy.

Arrivé en deuxième position, François Mitterrand a su fédérer autour de lui toute la gauche, des radicaux jusqu’aux communistes, en passant par les deux partis socialistes (SFIO et PSU). Quant à Jean Lecanuet, le troisième homme, il a privé de Gaulle de nombreuses voix du centre-droit en se faisant le défenseur de l’Alliance atlantique que de Gaulle juge trop liée aux Etats-Unis. Peut-être aussi, les rapatriés d’Algérie l’ont-ils préféré à la Grande Zohra qu’ils accusent d’avoir trahi leur cause.

Le second tour oppose donc le Général à François Mitterrand. Vu avec nos lunettes actuelles, le score obtenu par de Gaulle semble net 55% contre 45%. Mais à l’époque, ce résultat est pris pour une gifle infligée au « sauveur du pays ». Comment continuer à prétendre incarner la France, alors que l’on ne représente qu’un peu plus de la moitié de ses citoyens ? Le Canard Enchaîné se… déchaîne : « Charles-le-Balloté », « Monsieur Tiers[1] ». Des proches du Général témoigneront plus tard de sa grosse déprime. Il voit dans ce score étriqué la marque d’une désinvolte ingratitude. Trois ans après, Mai-68 éclate. Et en 1969, Charles de Gaulle interrompt son second mandat en démissionnant après avoir été désavoué par son référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat. En fait, il ne se sera jamais vraiment remis de qu’il a ressenti comme une mauvaise élection en 1965.

Le septennat de Georges Pompidou a, lui aussi, été interrompu mais par sa mort en 1974, après quatre ans de pouvoir. Cela dit, ses relations houleuses avec son premier ministre Chaban-Delmas, cacique du gaullisme, auraient pu laisser présager une fin de mandat inconfortable.

Giscard, le premier sortant sorti

Son successeur, Valéry Giscard d’Estaing, est le premier président sortant à être sorti. Pourtant, sous son septennat, nombre de réformes populaires, et parfois audacieuses, ont été votées, telles la loi libéralisant l’avortement. Mais ces succès sont éclipsés par plusieurs affaires politico-financières qui touchent son entourage et même sa propre personne. Le Canard Enchaîné révèle que Giscard a reçu une plaquette de diamants de la part de Bokassa, le sanguinaire dictateur centraficain. Lors de la campagne électorale de 1981, des mains ennemies avaient collé sur le portrait en affiche de Giscard d’Estaing des yeux en forme de diamants. Sans doute des mains socialistes, voire même gaullistes. Car si, après le premier tour de la présidentielle, Jacques Chirac, arrivé troisième, appelle, du bout des lèvres, à voter Giscard pour le second tour, son parti RPR fera une campagne souterraine qui a sans doute contribué à l’élection de François Mitterrand, comme le proclamera plus tard dans ses mémoires, Valéry Giscard d’Estaing.

Celui-ci avait battu Mitterrand en 1974. Et c’est donc à lui qu’il devra remettre les clefs de l’Elysée en 1981. On se souvient du départ de Giscard d’Estaing, ridiculement mis en scène (voir vidéo) à la télévision.

Mitterrand sauvé par une défaite

Humiliation suprême pour Giscard, son rival François Mitterrand parviendra, lui, à se faire réélire. Mais grâce à une … cuisante défaite. Le 16 mars 1986, le parti de Jacques Chirac, RPR, remporte les élections législatives. C’est la première cohabitation entre un président de gauche et un premier ministre de droite. Dès lors, dans l’optique de la présidentielle de 1988, ce n’est plus Mitterrand qui porte les responsabilités gouvernementales. Mais comme il reste à son poste de président, il fera jouer toutes les ficelles à sa disposition. Et Dieu sait si elles sont nombreuses ! Il va donc nous ficeler Chirac comme un rôti de bœuf. Et le premier ministre sortira tout cuit du four élyséen. En 1988, le président socialiste décroche un second mandat. Mais l’aurait-il obtenu s’il n’avait pas perdu les élections législatives de 1986 ? On peut en douter.

Chirac mal élu au premier tour

Finalement, Jacques Chirac obtiendra sa revanche en devenant président de la République en mai 1995. Aussitôt, la machine à recevoir des claques se met en marche. Son premier ministre Juppé provoque des grèves monstres par ses réformes de la sécurité sociale et de la retraite. Chirac, qui dispose pourtant d’une large majorité au parlement, dissout l’Assemblée nationale en avril 1997 et se tire ainsi une balle dans le pied. Le président perd les élections qu’il a lui-même provoquées ! C’est une cohabitation à l’envers qui s’instaure avec un président de droite et un premier ministre de gauche. Pendant cinq ans, Jacques Chirac regardera le socialiste Lionel Jospin gouverner en imposant ses réformes, comme les 35 heures de travail hebdomadaire, la couverture médicale universelle et le PACS.

Pour Chirac, sa réélection en 2002 est tout sauf assurée. La France va plutôt bien sur le plan économique et enregistre même une légère baisse du chômage. Mais une série de faits-divers sont exploités par la chaîne TF1, proche de Chirac. Jospin ne voit pas le danger et fait une très mauvaise campagne sur l’insécurité alors qu’il se voit déjà à l’Elysée. Au premier tour, le 17 avril 2002, le candidat socialiste est éliminé au profit de Jean-Marie Le Pen, parvenu à la deuxième place. Mais Jacques Chirac n’a guère brillé et n’obtient que 19,88% des suffrages. A l’époque, c’est le plus mauvais score au premier tour d’un président sortant. Finalement, la mobilisation du centre-droit et de la gauche contre Le Pen, permettront à Chirac de l’emporter largement. Il doit donc son élection plus à un incroyable concours de circonstances qu’à ses propres mérites.

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Le palais des mille et une claques

Le quinquennat (Chirac a raccourci la présidence de 7 à 5 ans) de Nicolas Sarkozy est encore dans toutes les mémoires. Inutile donc d’y revenir sinon pour rappeler les boas que le mari de Carla Bruni a dû avaler. Alors que François Hollande, candidat socialiste, ne suscitait guère l’enthousiasme, Sarkozy a tout de même perdu contre lui en 2012. Et l’on sait le sort humiliant qui est le sien, après sa récente élimination au premier tour de la primaire de la droite.

Il y a donc une malédiction qui s’abat sur les présidents français. S’ils sont réélus, c’est par raccroc. S’ils sont battus, ils ne peuvent plus revenir au pouvoir. Et pourtant, les masochistes ne manquent pas pour conquérir ce Palais des mille et une claques.

Ce système, qui consiste à mettre un maximum de pouvoirs dans les mains d’un seul homme, fait converger vers celui-ci tous les espoirs et donc toutes les déceptions et enfin toutes les colères. C’est un métier de fou. Et à voir l’état de la France, il serait temps d’adopter un régime plus raisonnable, moins autocentré, avec une répartition des pouvoirs plus démocratiques. Les présidents s’en porteront mieux et leurs citoyens aussi.

Jean-Noël Cuénod

 

 

[1] Allusion au fait qu’en comptant les abstentions, le président n’a été élu qu’avec un tiers du corps électoral. Ce sobriquet renvoie aussi à la figure détestée de « Monsieur Thiers », soit Adolphe Thiers, premier président de la IIIe République, qui avait ordonné le massacre des insurgés de la Commune en mai 1871.

 

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28/11/2016

Contre Fillon, Marine Le Pen en Jeanne d’Arc prolo

« C'est le pire programme de casse sociale qui ait jamais existé ! » Marine Le Pen donne le ton d’emblée lundi matin au micro d’Europe1. Elle sera la Jeanne d’Arc des prolétaires français contre François Fillon. La gauche, elle, contemple ses nombreux nombrils en éruption.

Le succès de François Fillon à la primaire de la droite est d’une telle ampleur qu’il est devenu, dans son camp, le seul dispensateur des gamelles. Dès lors, ceux qui le trouvaient trop libéral, trop catho, trop conservateur feront désormais bloc derrière lui. Pour mener sa politique, il aura un vaste appareil à sa main et pléthore de courtisans à sa botte.

Et quelle politique ! Car Marine Le Pen touche juste, hélas, lorsqu’elle dénonce une « casse sociale » sans précédent.

Au fil de la Ve République, la droite de gouvernement a toujours fait attention de tempérer un tant soit peu sa politique en faveur des classes possédantes et conservatrices qui l’avaient élue au pouvoir. De Gaulle avait signé en 1967, « la participation des salariés aux fruits de l'expansion des entreprises ». Giscard s’est lancé dans des réformes sociétales qui auraient pu être le fait d’un gouvernement de gauche, telle la loi sur l’avortement. Jacques Chirac a été élu en promettant de réduire la « fracture sociale ». Promesse non tenue, certes, mais l’avoir énoncée traduisait au moins un certain souci de ne pas s’adresser qu’aux nantis. Même Sarkozy n’avait pas osé toucher aux 35 Heures, malgré ses tartarinades ultracapitalistes.

François Fillon, lui, jette les derniers masques effilochés du gaullisme social. Son mentor Philippe Seguin doit se retourner dans sa tombe. En lisant son programme (une légère recherche Google suffit à le trouver ), on y apprend que Fillon avantage systématiquement les ménages aisés[1], supprime l’Impôt sur la fortune[2], augmente la TVA (taux normal) de 20 à 22% afin de compenser la baisse des charges patronales. Or, la TVA est un impôt particulièrement injuste socialement puisque chacun l’assume au même taux.

Mais il y a encore plus pernicieux. Outre la suppression des 35 Heures, Fillon lancera un assaut quasi-thatchérien contre les organisations de salariés en supprimant le monopole syndical au premier tour des élections professionnelles, ce qui aura pour effet de favoriser les candidatures individuelles qui, ainsi, n’auront plus besoin de l’affiliation à un syndicat. Fillon veut donc rendre encore plus faibles les syndicats français qui sont déjà mauvais état. Or, on sait la difficulté que connaît la France à organiser un véritable dialogue social, faute, justement, de syndicats vitaminés. Fillon ne veut avoir en face de lui qu’une organisation, sans tiers inopportun, soit le MEDEF (pour les non-Français, l’organisation patronale) afin de mener une sympathique collaboration entre lui et ceux qui l’auront fait élire.

Devant ce programme d’une agressivité antisociale inouïe, les syndicats semblent anesthésiés. Or, c’est pourtant leur existence qui est en jeu. Quant à la gauche, elle ne parvient pas à sortir la tête de son tout-à-l’égo et son électroencéphalogramme a la platitude des mornes plaines. Face à une offensive antisociale de grande envergure, vers qui les classes populaires vont-elles se tourner à la présidentielle 2017 ? Poser la question, c’est y répondre. Si les partis de gauche continuent leur marche vers le suicide collectif, ils seront éliminés dès le premier tour. Et lors d’un second tour entre François Fillon et Marine Le Pen, il est fort possible que la patronne du Front national reçoive moult suffrages provenant des électeurs de gauche révulsés par le programme Fillon. On aura beau dire que la touche populaire du discours frontiste n’est que de la frime propagandiste, que dans le sud de la France le Front sauce Marion Maréchal-Le Pen développe une politique ultralibérale, ce discours ne passera pas, tant sont fortes les menaces que font peser les propositions Fillon sur les équilibres sociaux.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Relèvement du plafond de l'avantage fiscal tiré du quotient familial, de 1510 euros à… 3.000, soit un cadeau fiscal aux familles nanties de 10 milliards d'euros.

[2] Signalons en passant que même la Suisse connaît un impôt sur la fortune.

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26/11/2016

Fidel Castro, notre miroir aux alouettes

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Elle avait une sale gueule, la Révolution au début des années 1960. Celle des chars soviétiques qui avaient écrasé la Hongrie. Celle des généraux couperosés de l’Armée Rouge qui paradaient au Kremlin. Une Révolution venue du froid et y retournant illico. Soudain, sous les palmiers, une autre Révolution se levait, chaude comme un mambo.

Pour les ados qui souffraient d’acné politique, Fidel Castro et sa barbe buissonnante faisaient un sacré pied-de-nez à une autre sale gueule, celle de l’Oncle Sam, sa suffisance friquée, son libéralisme à géométrie variable, ses violences racistes et son anticommunisme qui prenait les allures liberticides du maccarthysme. Le romantisme révolutionnaire façon latino était né dans un air de guitare, léger comme la robe d’une danseuse cubaine.

Le socialisme allait croître sous les tropiques bien mieux que sous les frimas moscovites. C’était bien parti. Quel succès que celui des jeunes « barbudos » ! Battre l’armée du dictateur Batista largement subventionnée par la puissance américaine et soutenue par les mafias yankies qui avaient transformé Cuba en tripots et vide-couilles de l’Amérique du Nord, bigre, cela tenait du miracle ! D’autant plus qu’au tout début de la Révolution cubaine, l’Union soviétique regardait les révolutionnaires avec méfiance et ne leur apportait aucune aide. Dans les années 1950, Fidel Castro et son mouvement M26 (Movimiento del 26 de Julio) étaient entrés en conflit politique avec le Parti Communiste cubain. Le M26 prônait la lutte armée, alors que le PC s’y opposait afin de ne pas troubler les plans de Moscou qui avait amorcé le « dégel » avec Washington.

S’ouvrait donc l’espoir d’une troisième voie, entre le bolchévisme dans sa phase sénile et le capitalisme dans sa forme militaire (la guerre du Viet-Nam s’approchait). Une voie authentiquement révolutionnaire, joyeuse, créatrice, débarrassée des pesanteurs bureaucratiques. Fidel Castro, c’était notre miroir aux alouettes. Un chouette miroir pour alouettes juvéniles.

Miroir bien vite brisé. Parmi les premières cibles des castristes, une fois parvenus au pouvoir, figuraient les anarchistes. Le mouvement libertaire cubain a tenu un rôle important dans la défense des travailleurs, notamment par le truchement de l’anarchosyndicalisme. Ses militants ont été promptement embastillés par Castro. C’est un signe qui ne trompe pas. Lorsque les communistes autoritaires prennent les commandes, ils persécutent d’emblée les anars.

Dangereux, les anars. Ils donnent à la base des idées de liberté qui font vaciller le sommet. A goulaguiser tout de suite. Bien plus dangereux que les capitalistes. Trotski a fait massacrer les anarchistes à Kronstadt en 1921. Ils voulaient que les Soviets (conseils ouvriers) aient vraiment le pouvoir. Provocation ! « Les Soviets c’est nous, puisque nous sommes du bon côté du fusil » leur ont répliqué les bolchos. Plus tard, les anarchosyndicalistes espagnols, alors majoritaires dans le mouvement ouvrier, ont été pris entre les feux des staliniens et ceux des franquistes. Fidel Castro s’est aussitôt inscrit dans la longue liste des oppresseurs antilibertaires.

En outre, la lamentable équipée américaine de la Baie des Cochons[1] et l’embargo décrété par la Maison-Blanche ont jeté définitivement Castro dans les bras de Khrouchtchev. Cuba est devenu un satellite de plus dans la galaxie moscovite. En août 1968, Fidel Castro a applaudi bruyamment l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie, recevant pour prix de sa servilité une aide de Moscou encore plus massive.

Castro vient aujourd’hui de casser sa pipe, ou plutôt son havane, laissant les Cubains partagés entre l’admiration pour celui qui a nargué la première puissance mondiale, apporté l’alphabétisation, développé la santé publique et la haine contre le tyran qui a torturé, tué, emprisonné.

Aujourd’hui, les vieilles alouettes contemplent leur jeunesse dans les éclats éparpillés du miroir brisé.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] En avril 1961, avec l’appui des mafias américaines, soucieuses de remettre la main sur leurs casinos et leurs bordels, la CIA a organisé le débarquement de combattants anticastristes sur la côte Sud de Cuba. Les assaillants spéculaient sur un soulèvement populaire qui n’est pas venu. L’aventure s’est terminée par une défaite humiliante des anticastristes et de la centrale américaine d’espionnage.

 

 

 

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25/11/2016

QUI A ETEINT LE FEU?

Aujourd'hui avant ce samedimanche, on change de registre, on change de pied, on change d'octave. Pour changer, dare-dare, d'air et d'ère.

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Qui a éteint le feu ?

 

Cette nuit ses cendres

Donnaient signes de vie

Un souffle aurait suffi

Pour tout réanimer

L’encens de l’épicéa

Résonnait dans le val

On y célébrait même

Des messes murmurantes

Affaires d’habitude

Le cœur n’y était plus

Qu’importe il y avait

Encore ce foyer

Petit soleil nocturne

Vers qui nous tendions

Nos paumes satellites

 

Qui a éteint le feu ?

 

Il n’est plus qu’un squelette

Aux os noirs et humides

Une tache de mort

Sur le ventre du pré

Quelques mains malhabiles

Ont vainement usé

Des boîtes d’allumettes

Jetées sur le sol dur

Le froid s’étend sur nous

Pour défoncer nos corps

Des fantômes de chair

Font des processions

A quel saint se vouer ?

Il n’y a que des hommes

A la moelle gelée

 

Qui a éteint le feu ?

Jean-Noël Cuénod

 

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23/11/2016

Fillon et Juppé, un vrai désert… rural !

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Connaissez-vous Champeaux-la-Chapelle-Pommier ? Non ? Vous avez tort. Avec ses deux Eglises romanes et son Château des Bernardières, cette commune vaut le détour. Elle présente aussi un autre aspect, plus troublant.

Avec ses 148 habitants, elle se situe au centre du Périgord Vert, au Nord du Département de la Dordogne, dans le canton de Brantôme. On y cultive son verger. On y chasse la palombe. On y traque les sangliers qui vous massacrent les cultures, ces sagouins de cochons ! Ses bois touffus de châtaigniers, de chênes, de pins, ses sentiers où les noisetiers égrènent leurs chapelets, ses prés d’un vert tellement lumineux qu’il font pâlir le soleil, cachent un désert qui n’est pas fait de sable mais de vide républicain.

Tranquilles, les Champenois ? Tranquilles car on n’est pas des furieux dans le coin. Tranquilles mais la colère rentrée comme un sanglot qu’on étouffe. Toutefois, elle commence à sortir, cette colère, et à prendre le chemin des urnes. Au premier tour des élections régionales de 2010, la liste du Front national parvenait tout juste à dépasser la barre des 5% à Champeaux-La-Chapelle-Pommier. Lors de la même élection en 2015, le candidat frontiste y est arrivé largement en tête avec 46,27% des voix. Une progression supérieure à 40% en cinq ans !

Or, l’extrême-droite n’a pas de racine sur cette terre périgordine dont les habitants ont été façonnés par le radicalisme anticlérical, le communisme rural et le gaullisme social. Le Parti socialiste avait progressivement capté le vote communiste en déclin. Pendant des années, le Front national ne mordait pas sur cet électorat profondément républicain.

« On cherche médecins, désespérément ! »

Les choses ont commencé à changer à la fin de la première décennie 2000. Pourquoi ? Celui qui ne désigne qu’une cause est certain de se tromper. Mais lorsqu’on partage un pineau avec les habitants du lieu, un motif de plainte revient souvent sur la toile cirée : « Ici, c’est le désert. Il n’y a plus rien. Tenez, à Mareuil (un bourg de plus de 1000 habitants) – ils en sont réduits à planter une banderole pour chercher un médecin ! » (Voir la photo).

 Il y a une trentaine d’années, j’allais le dimanche chercher ma tarte chez le boulanger de Champeaux. Tout le village embaumait le gâteau juste sorti du four. Quant à la poste, elle était à côté, à Rudeau. Puis, la poste a fermé. Et le boulanger s’en est allé à Nontron, la sous-préfecture. Les gendarmes ? On pouvait se rendre à leur poste de Mareuil, il y a encore quelques années. Aujourd’hui, la caserne est bouclée. Ailleurs, des classes ferment et des écoles menacent de disparaître. La justice ? Naguère, Nontron disposait de son Tribunal d’Instance. C’était pratique pour trancher les différends entre propriétaires forestiers ou régler les nombreuses embrouilles de voisinages. Et puis, ça faisait vivre les commerces et les bistrots. Depuis la réforme Dati, le Tribunal est rayé de la carte judiciaire et la salle d’audience n’accueille plus que des concerts. Les dossiers des justiciables de la région s’empilent au Palais de Justice de Périgueux, déjà fort embouteillé.

L’essence du problème

La moindre démarche administrative provoque la perte d’une journée pour accomplir les 40 ou 50 kilomètres qui séparent ces villages de Périgueux, le chef-lieu du Département. Et comme il manque TOUJOURS une pièce ou un document, c’est une journée supplémentaire qui sera fichue. Bonjour la facture de carburant !

Internet ? N’en bénéficient que ceux dont la ligne est « éligible » par un opérateur. Les autres – la majorité – sont bons pour ramer au lieu de surfer.

Bref, le désert rural s’est désormais installé dans le Périgord Vert qui n’est d’ailleurs pas forcément le plus mal loti de la province. Car ce phénomène se vérifie un peu partout dans ces immenses espaces qui s’étendent entre les métropoles régionales surpeuplées. Que disent les candidats à l’élection présidentielle ? Sous Sarkozy, le désert rural n’a cessé de s’accroître. Mais la gauche avec Hollande n’a pas fait mieux. Quant aux deux candidats de la droite, Alain Juppé et François Fillon, on ne peut pas dire qu’ils prêchent dans le désert rural ! Il faut fouiller dans leurs programmes pour trouver bien peu de biscuits. Aucun d’entre eux n’a prévu un chapitre entier sur la ruralité.

Fillon et Juppé peut diserts sur le désert

Chez Fillon, des mesurettes figurent sous la rubrique « collectivités locales », mais qui recouvre aussi les grandes villes. La moins anodine de ses propositions : « Donner aux communes une véritable autonomie fiscale, c’est-à-dire des ressources fiscales propres dont elles puissent faire varier les taux. » Une méthode à l’Helvétique mais qui est formulée en termes tellement vagues qu’elle a la consistance d’une motte de beurre oubliée au soleil.

Chez Juppé, c’est pire. En rubrique « numérique », on déniche une vague promesse d’améliorer la couverture du haut débit sur tout le territoire.

Il ne fait aucun doute que Marine Le Pen, elle, va s’engouffrer dans la brèche laissée béante par les autres dirigeants pour s’adresser à ces ruraux qui sont sortis des radars politiciens.

Au-delà des ennuis quotidiens qu’il suscite, le désert rural sape aussi, peut-être surtout, le moral. L’impression d’être abandonné, délaissé, ignoré, méprisé prend le dessus. Quand on parle des banlieues, les médias évoquent « ces territoires perdus de la République ». Il est d’autres « territoires perdus de la République ». Leurs habitants ne brûlent pas de voitures. Mais ils votent Front national. On peut les désapprouver. Mais on doit les comprendre.

Jean-Noël Cuénod

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21/11/2016

Le bedeau Fillon et ses cathos-trotskistes

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Le triomphe de François Fillon au premier tour de la primaire de droite marque la revanche du mouvement anti-mariage gay. Ce digne représentant de la France des diocèses a misé, mieux que ses adversaires, sur les réseaux du catholicisme qui restent d’importants pourvoyeurs de voix, outre-Jura. Il a reçu l’actif soutien du mouvement Sens Commun, ces cathos-trotskistes qui ont pratiqué l’entrisme au sein du Parti dit « Les Républicains » (LR).

Réaliste, l’ancien premier collaborateur de Sarkozy sait qu’il ne peut pas abolir la loi sur le mariage homosexuel, même si ce n’est pas l’envie qui lui manque. Mais de tous les candidats de la droite – l’extrême-droite comprise, à part le caricatural Poisson –, c’est lui a développé le plus nettement la rhétorique anti-gay. A maintes reprises durant sa campagne, il a promis d’interdire l'adoption plénière aux couples homosexuels.

Parmi les réseaux les plus efficaces, Fillon a pu compter dès septembre sur le soutien du mouvement Sens Commun. Fondé en décembre 2013, il est composé de jeunes gens bien coiffés, bien nés, bien élevés, bien baptisés, bien organisés, bien formés intellectuellement et portant parfois des noms de trombones à coulisse. Une grande partie d’entre eux sont issus des manifs contre le mariage homosexuel. Leur ancien président, Sébastien Pilard, et leur porte-parole, Madeleine Bazin de Jessey — furent les figures les plus en vue des Veilleurs, ces jeunes cathos intégristes qui priaient devant le ministère de la Justice pour qu’une intervention divine vienne interrompre le cours satanique de la Loi Taubira.

Afin de donner un contenu plus terrestre à leur action, ces Taubirophobes ont créé Sens Commun qui ne compterait, selon son site, que 9000 adhérents. Mais au nombre, ils préfèrent la cohérence idéologique. Se développer dans le seul but de grossir le volume des cartes d’adhérents n’a guère de sens pour…Sens Commun. Il s’agit surtout d’assurer à ses partisans une forte ossature politique pour qu’ils soient à même d’investir les postes à responsabilité au sein du parti LR.

Le site de Sens Commun est, à cet égard, fort explicite. Il revendique « 22 élus départementaux et régionaux et plus de 250 élus municipaux ainsi que de très nombreuses personnes œuvrant au sein des Républicains, tant au Conseil National que dans les Comités de circonscription ou encore au sein des délégations de fédération sur l’ensemble du territoire. » Le nouveau président de Sens Commun, Christophe Billan, est d’ailleurs membre du Secrétariat national du parti LR.

Les trotskistes français avaient appliqué la même tactique à l’endroit du Parti socialiste durant les années 1980. L’actuel premier secrétaire du PS, Cambadélis, en est un exemple ainsi que Lionel Jospin et Julien Dray entre autres.

Il est probable que Sens Commun parviendra encore à gravir les échelons du parti de la droite de gouvernement. Il a déjà trouvé son cheval de Troie, en la personne de l’ex-premier ministre : « Nous saluons avec joie la qualification de François Fillon au second tour de la primaire, illustration de sa droiture, cohérence et dignité » a proclamé ce mouvement dans un communiqué.

En abandonnant Sarkozy pour soutenir Fillon, Sens Commun a, semble-t-il, misé sur le bon cheval.

Jean-Noël Cuénod

17:13 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fillon, sarkozy, présidentielle, france, catholiques | |  Facebook | | |

18/11/2016

L’Après-Trump (1). La force invincible du mensonge

escamoteur2.jpgL'escamoteur de Jérôme Bosch

Devant le mensonge, la vérité fait nain de jardin. Les faits sont moins têtus que les fantasmes et les contes à voter couché. En matière de bobards, la campagne de Trump a fait fort. Mais elle n’est qu’un épisode dans la longue histoire des impostures politiques.

Durant les derniers jours de la campagne présidentielle américaine, les internautes ont partagé sur les réseaux sociaux plus de fausses informations que de faits relatés par des journalistes professionnels, selon le site Buzzfeed.

Le Washington Post daté de jeudi publie l’interview de Paul Horner, créateur de faux sites d’information. Que dit-il? Que ses sites plus vrais que nature furent tout le temps consultés par des partisans de Donald Trump. Et Paul Horner de constater :« Ils ne vérifient rien, ils partagent tout et croient en n’importe quoi (…) ». Il se reproche aujourd’hui d’avoir contribué à faire élire Trump avec le beuze qu’il a ainsi créé à coups de fausses nouvelles.

Là, Horner se vante. Les causes de ce séisme électoral sont bien plus profondes et trahissent, en premier lieu, ce fossé que nous voyons partout se creuser entre la partie du peuple qui bénéficie de la mondialisation et celle qui la subit. Toutefois, lorsqu’une élection se joue, comme celle-ci, à peu de voix, on ne saurait négliger le rôle des menteurs comme prescripteurs de suffrages.

« Le coup de poignard dans le dos »

Si les réseaux sociaux et internet ont amplifié le mensonge comme argument massue, ils ne l’ont certes pas inventé. Tous les pouvoirs à toutes les époques ont recouru peu ou prou à l’imposture. Ainsi, à la fin de la Première guerre mondiale, la caste militaire prussienne a-t-elle fait porter le poids de la défaite allemande sur les frêles épaules des responsables politiques civils et démocrates. Tout auréolés de leur gloire militaire astiquée par des décennies de lavage de cerveau, les généraux allemands ont dénoncé « le coup de poignard dans le dos » asséné par les démocrates. Puis, assez rapidement, ce rôle de poignardeur a été attribué aux Juifs. On sait l’usage que les nazis ont fait de ce mensonge érigé en vérité suprême.

Triste fait vrai

Pourquoi le mensonge est-il plus séduisant que la vérité ? Le fait véridique, authentifié, contrôlé n’a que peu de saveur. Il n’est jamais blanc ou noir. Ses teintes grisâtres n’attirent personne. Surtout, le fait vrai est décevant : « Alors, ce n’était que ça ? » Il dégonfle les baudruches. Oui, mais voilà, on adore les baudruches. Elles sont colorées et bien rondes, volent de ci de là. Et nous font rêver. Même le cauchemar est préférable. Le cauchemar, c’est un rêve qui a mal tourné. Mais c’est quand même du rêve. Alors que le fait vrai, lui, il ne fait rêver personne. Et puis, il est compliqué, le fait vrai. La vérité n’est jamais simple, carrée. Elle est sinueuse. Tellement sinueuse qu’on ne la voit plus, perdue qu’elle est dans les brumes de notre incompréhension. Alors que le mensonge a le bon goût d’abonder dans notre sens, le fait vrai, lui, nous détrompe (déTrump ?) et nous contredit. Il est de mauvais poil. Pas aimable pour deux cents.

Trump, l’homme du nouveau système

Avec Trump, on ne s’embarrasse pas de cette vérité aussi sexy qu’un aréopage de juristes à lunettes. « Il a gagné parce qu’il était contre le Système », annone-t-on ici ou là. S’il a gagné, c’est que justement, il est entièrement plongé dans le système. Dans le nouveau système. Il ne faut pas oublier que depuis 1996, Donald Trump s’est illustré dans les shows télévisés en redonnant, notamment, des couleurs au concours Miss Univers. Mais c’est avec The Apprentice, émission de télé-réalité, qu’il a donné la pleine mesure de son talent de bonimenteur (voir la vidéo, ci-dessous).

Trump est vraiment l’homme du système qui désormais nous domine : l’infospectacle (infotainment). La politique a démontré son incapacité à maîtriser la violence de la mondialisation sauvage. Autant se réfugier dans les paillettes et trumper son ennui avec un clown, ça passe le temps avant de se fracasser contre le mur.

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

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16/11/2016

Trump et son piège chinois

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Après l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, une seule certitude : on ne va pas s’ennuyer durant son mandat. Espérons que nous serons à même d’en voir la fin. D’emblée, le président élu nous a fait un numéro de rétropédalage digne d’un Lance Armstrong d’avant les contrôles antidopages.

Le mur gigantesque à la frontière mexicaine et payé par les Mexicains eux-mêmes ? Euh, ben en fin de compte, ce seront des barbelés financés par les Américains. L’assurance-maladie d’Obama écrabouillée ? Non, non on va juste l’amender un brin. Le racisme ? C’est mal. La xénophobie ? C’est pas bien. Le machisme ? Oh, ça dépend, voyez-vous. Si c’est le mariage gay, alors OK. Mais niet pour l’avortement. Les « rednecks » avaient cru élire un mec aux burnes texanes et le voilà qui nous la joue Normand en escarpins. Il y a tromperie sur la marchandise !

Mais question fric, c’est toujours la bouteille à l’encre. Les Etats-Unis qui exigent la transparence la plus totale pour les autres pays ­– la Suisse a payé fort cher pour le savoir – ont un président dont la fortune est masquée par un épais brouillard. Il faut dire qu’il se vante d’être assez génial pour contourner son propre fisc. Cahuzac a trouvé son maître.

Et cet écran de fumée ne sera pas dissipé de si tôt. En effet, pour le temps de sa présidence, Donald Trump a confié son empire de promotion immobilière à ses enfants. C’est la première fois qu’un président américain restera lié à ses affaires durant son mandat. Ronald Reagan, les Bush et Bill Clinton avaient cédé leurs actifs à un tiers indépendant afin d’éviter de confondre leurs intérêts avec ceux de l’Etat qu’ils présidaient. Avec Trump, c’est  un véritable gisement de conflits d’intérêts qui va s’ouvrir. Situation cocasse : le nouveau président possède un hôtel situé sur un terrain appartenant à l’Etat. Il sera donc locataire et propriétaire du même immeuble.

D’autres conflits d’intérêt plus sérieux pointent à l’horizon, notamment avec des établissements russes et saoudiens. Sans oublier la Deutsche Bank. Elle est actuellement poursuivie par la justice américaine qui la menace d’une amende de 14 milliards de dollars. Mais elle est aussi la principale créancière de l’empire Trump. Cela dit, un piège encore plus dangereux guette le président américain en Chine.

Le New York Times révèle le montant astronomique des dettes accumulées par les sociétés du clan Trump : au moins 650 millions de dollars. Parmi les principaux créanciers figurent la Bank of China. Un mastodonte que le magazine Forbes présentait en 2015 comme la quatrième entreprise mondiale. Quel est l’actionnaire largement majoritaire (plus de 69% du capital-actions) de cet établissement ? La Central Huijin Investment. A qui appartient cette dernière ? Au gouvernement chinois. Donc, le gouvernement chinois est le créancier du président des Etats-Unis. Bingo !

Or, durant la campagne électorale, Donald Trump voulait mener la guerre économique à la Chine en la menaçant d’une hausse massive des droits de douane. On peut désormais imaginer ce dialogue entre l’un des fils du président et son père :

– Dis donc p’pa, j’ai reçu un coup de fil de la Bank of China. Là-bas, ils n’ont pas l’air trop contents avec tes droits de douane. Ils me rappellent discrètement qu’on a une petite ardoise chez eux. Je fais quoi?

– Bouge pas, fils, je vais causer avec l’ambassadeur chinois. On va oublier cette malheureuse histoire de taxes.

– Mais tes électeurs, ils vont pas trop gueuler?

– Et puis quoi encore ? Y en qu’un qui a le droit de gueuler ici ! Non mais !

– Ouais, t’as raison. Et pour ton anniversaire, je vais t’offrir un rétrovélo électrique !

 Jean-Noël Cuénod

19:07 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : trump, chine, dettes | |  Facebook | | |

10/11/2016

Trump met l’Europe au pied du mur…de la caserne

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Respecter l’élection de Donald Trump est la moindre des choses. Cela dit, tout vote peut être blâmé, désapprouvé, encensé ou glorifié. Cela s’appelle la liberté d’opinion, n’en déplaise aux tenants de la nouvelle pensée unique qui veulent empêcher toute discussion, tout débat pour s’aligner – garde à vous, fixe ! ­– sur l’unique avis de la majorité.

Une majorité d’ailleurs relative, puisqu’en nombre de voix[1], Hillary Clinton compte 200 000 suffrages de plus que Trump. Le système complexe des institutions américaines explique ce phénomène qui avait déjà accablé en 2000 le démocrate Al Gore et permis à George W. Busch de l’emporter pour le plus grand bonheur de l’humanité.[2]

Maintenant que le temps de la sidération est passé, il faut tirer les leçons de la victoire de Trump. Il y en a pléthore. En voici une, parmi les plus vitales pour tous les pays européens

 «Le bonjour aux armes» de l’Europe

Comme l’a fort bien dit, hier au micro de France-Info, l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin, la victoire de Trump met l’Europe au pied du mur. Du mur de la caserne. En effet, le nouveau président américain a toujours proclamé au cours de sa campagne que les Européens devaient financer leur défense et cesser de se blottir sous le parapluie militaire des Etats-Unis. Il avait d’ailleurs qualifié l’Alliance Atlantique de structure «obsolète». Certes, Trump n’ayant pas la moindre expérience de gestion politique et proclamant tout et son contraire en fonction de son public, on ignore si ces propos relèvent des paroles verbales ou de la menace concrète. Toutefois, le second terme d’alternative semble probable, dans la mesure où les précédents locataires de la Maison-Blanche tenaient, en mode mineur, le même discours.

Poutine et les missiles de Kaliningrad

Or, les menaces ne manquent pas en Europe. Poutine a installé le mois dernier des missiles Iskander, compatibles avec l’installation de têtes nucléaires, à Kaliningrad. Cette enclave russe, annexée par l’URSS en 1946, se trouvait jadis en Prusse orientale et avait pour nom, Königsberg, patrie des Chevaliers teutoniques et d’Emmanuel Kant. Elle fait frontière directe avec deux Etats membres de l’Union européenne et de l’OTAN, la Pologne et la Lituanie. Comme Poutine rêve de reconquérir les territoires perdus par l’ancienne Union soviétique, les Européens ne sauraient compter sur les seules armes de la diplomatie pour se défendre.

Erdogan bientôt Calife ?

En Turquie, Erdogan transforme chaque jour un peu plus son pays en dictature islamiste, jetant aux poubelles de l’Histoire l’héritage laïque d’Atatürk. Sa démarche semble viser cet objectif, réinstaurer le Califat ottoman sur les ruines prochaines de l’Etat islamique au Moyen-Orient et en profitant de l’affaiblissement du Royaume saoudien qui ne dispose plus de la même masse de pétrodollars que naguère pour assurer son ascendant sur le monde musulman. Une Turquie «ottomanisée» aux portes de leur continent n’est pas la meilleure des nouvelles pour les Européens. Certes, la Turquie reste membre de l’OTAN, mais si les Etats-Unis considèrent l’Alliance Atlantique comme «obsolète», cet obstacle à l’agressivité turque risque d’être levé.  

Il faut ajouter la menace islamoterroriste qui prendra d’autant plus d’ampleur que l’Etat Islamique perd du terrain en Syrie, en Irak et en Libye. Les djihadistes vont donc retourner en France, en Belgique ou ailleurs en Europe, autant de terroristes en puissance qui auront été bien formés aux techniques militaires.

L’Europe de la défense aux calendes grecques ?

Dès lors, une Europe de la défense est plus que jamais d’actualité. L’ennui, c’est que les structures actuelles de l’Union sont tellement fragiles qu’on ne saurait trop compter sur elles pour faire quoique ce soit.  C’est donc une autre Europe qu’il s’agit de bâtir, une Europe reposant plus sur la défense et la diplomatie que sur l’unique socle de l’économie. Par conséquent, les nationalistes des pays européens qui ont applaudi à l’élection de Trump, l’homme du retour aux frontières barbelées, risquent fort de déchanter. Assurer une défense crédible a toujours pesé lourdement dans les budgets nationaux. Mais le perfectionnement technique des armements atteint maintenant un tel degré que les finances nationales ne peuvent plus suivre. La France et la Grande-Bretagne – les deux seuls Etats européens à disposer d’une armée de bon niveau – ont atteint leurs limites. Dès lors, si rien ne se passe, la faiblesse militaire des pays européens risquent d’attirer encore plus qu’aujourd’hui les terroristes djihadistes. Et en ce cas, Poutine serait tenté de «sauver les Européens» en intervenants militairement sur la partie occidentale du continent. Le pire n’est jamais sûr mais il est toujours possible. 

Au grand dam des nationalistes, il faudra donc mettre la question d’une défense européenne en débat. Trump nous y oblige. Le gros obstacle sur cette route : construire une Europe de la défense réclame du temps, une denrée que nous n’avons plus en réserve.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] 59.624.426 pour la candidate démocrate contre 59.424.248 pour le républicain.

[2] Les citoyens votent pour un collège de 538 grands électeurs ; ce sont eux qui désignent le président ; chacun des Etats dispose d’un nombre variable de grands électeurs en fonction de celui de ses habitants.

17:29 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : trump, usa, poutine, erdogan, europe | |  Facebook | | |

09/11/2016

Trump président: l’annonce faite à Marine

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Impression ce matin de se réveiller dans un vide-ordure. Pourtant, on la sentait venir cette catastrophe, dans l’ambiance d’égout qui nous plombe. Donald Trump règne désormais sur la première puissance mondiale. Victoire des «petits» contre les «grands», clameront les démagogues. Lui, un «petit», ce milliardaire qui se vante de ne pas payer un cent d’impôt ? Victoire de la «base» contre les «élites» ! Parce que Trump, le médiacrate, le fils à papa, il ne fait pas partie des «élites» ? Mais il est en plein dans les «élites», le Trump ! Il marche dedans et ça lui porte bonheur. Car faire partie des élites désormais, c’est être raciste, prôner la violence, mépriser les femmes, emporter la présidence américaine sans s’être donné la peine d’élaborer un programme. Cette victoire est aussi une réaction violente contre une mondialisation qui échappe à tout le monde, sauf aux hyperriches. Mais espérer que Trump  – qui n'a aucune vision du monde – est capable de contrer ce mouvement, c'est croire que Rantanplan va décrocher le Prix Nobel de Physique.

L’élection de Donald Trump va libérer tous les démons de la société. Tous nos démons intérieurs aussi. Cette élection, c’est aussi l’annonce faite à Marine. L’Elysée est à portée de main du Front national. Le pire n’est plus possible, il est probable. Avec Poutine, Erdogan et maintenant Trump à la Maison Blanche, jamais le monde n’a été aussi imprévisible, jamais le monde n’a été aussi dangereux. Quant aux Etats-Désunis, ils sont désormais divisés en deux moitiés qui se haïssent mutuellement. La seule bonne nouvelle est l’effondrement, une fois de plus, des sondages d’opinion qui servent d’oreillers de paresse aux médias.

 

Cet effondrement moral et intellectuel est aussi aussi le nôtre. Nous avons la Rome et les Césars que nous méritons. Nous avons voulu le règne de la quantité, nous y sommes soumis. Nous avons choisi le matérialisme et la cupidité pour moteur, nous voilà embarqués plein pot vers le précipice. Les dirigeants politiques ne sont que l’expression de nous-mêmes. Si le peuple sécrète pareils tordus, c’est le signe qu’il marche de travers. Nous avons tous la tronche de Trump.

De Manille à Washington, en passant par Budapest, Vienne, Varsovie, Amsterdam, Genève, Zurich, Paris, Marseille, Londres et tant d’autres, la marée de la médiocrité ramène toujours sur nos plages du XXIe siècle, les détritus rejetés par l’Histoire : nationalisme, démagogie, racisme, identité fantasmée, fermeture du cœur et du cerveau. Des murs, des murs, partout des murs. A l’extérieur. A l’intérieur. On appelle «populistes» le ramassis de politicards qui ont, comme l’on dit dans les gazette d’une autre âge, «le vent en poupe» . «Populiste» ? Mais du peuple, ils ne veulent qu’une chose, l’agiter avant de s’en servir! Et de servir les copains, une fois parvenus aux bonnes places.    

La question des «migrants» – mot chafouin qui signifie «réfugiés» – est devenue l’obsession qui occulte toutes les questions vitales pour notre avenir : le réchauffement climatique, l’inégalité toujours plus criante entre les hyperriches et les autres, le tissu social qui devient lambeaux, les déserts ruraux asséchés par le simoun du capitalisme sauvage.

C’est tellement facile de désigner cette masse de femmes, d’hommes et d’enfants qui errent sur la planète en fuyant la faim et le feu, plutôt que de s’attaquer au système financier qui a créé ces situations. On ferme les frontières et c’est au voisin de se démerder. Le voisin fait la même chose avec d’autres voisins et ainsi de suite.  Le problème n’est pas réglé ; il est enfoui sous le tapis d’à-côté. Mais, fatalement, il reviendra. Des terroristes parmi les réfugiés ? Il y en a sans doute quelques uns au milieu de ces foules jetées sur les routes. Mais les terroristes ne s’appellent pas tous Mohamed. Ils ont aussi les cheveux blonds, un nom bien de chez nous, comme ce jeune égorgeur normand.  

Trump, le clan Le Pen, Blocher, Orban et tant d’autres ont éveillé le pire en nous. Nous vivons en ère vulgaire et serons, un jour ou l’autre, nos premières victimes.

Jean-Noël Cuénod

07:55 | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : président, etats-unis | |  Facebook | | |

27/10/2016

L’inquiétant divorce entre l’Etat et ses forces de l’ordre

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Des policiers qui manifestent en cagoule contre le gouvernement comme des activistes du Black Block… Ce spectacle s’est déroulé à Paris et dans d’autres villes françaises. Lorsqu’une scène de divorce éclate entre l’Etat et les détenteurs par procuration de sa violence légitime, il y a toujours de quoi s’inquiéter.

Certes, par le passé, les fonctionnaires de police ont déjà défilé dans la rue, notamment lorsque Robert Badinter et Christiane Taubira étaient gardes des Sceaux. Mais leur grogne se tournait principalement vers un ministre représentant la justice, dénoncée de façon sempiternelle comme « laxiste ». Aujourd’hui, si les policiers en colère visent aussi le « laxisme des juges », ils fourrent dans le même sac d’opprobre le gouvernement, leur hiérarchie et même leurs syndicats qui s’efforceraient plus de les calmer que de les défendre. En France, ce phénomène s’est déjà constaté dans d’autres secteurs avec les « coordinations » émanant de la base et débordant les syndicats.

La réaction classiquement complotiste à ce genre de phénomène est d’y voir la main, ou plutôt « la patte » – pour reprendre l’expression du premier secrétaire socialiste Jean-Christophe Cambadélis – du Front national comme organisateur de la révolte. Naguère, le patronat dénonçait le Parti communiste comme source des troubles sociaux. Jadis, l’Eglise catholique vilipendait la Franc-Maçonnerie coupable d’avoir dirigé la Révolution française. Réaction dangereuse dans la mesure où, désignant un bouc émissaire agissant ex machina pour semer le désordre, elle occulte les véritables maux qui ne viennent pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Le Front national va certainement récolter les raisins de la colère policière. Mais il n’a pas attendu les mouvements policiers de cet automne pour en tirer sa piquette. Une étude du CEVIPOF (Sciences-Po à Paris), publiée en décembre 2015, démontrait que 51,5% des policiers et militaires ont voté FN l’an passé contre 30% en 2012.

La colère des policiers couvait depuis plusieurs années : travaillant dans des conditions souvent indignes, mal payés, peu considérés par la hiérarchie qui leur donne des ordres contradictoires (à méditer en France, cette formule de l’Armée suisse : ordre + contrordre= désordre !), taillable et corvéable à merci et désormais cibles, non seulement des terroristes, mais des voyous qui cherchent à les assassiner en leur tendant des guets-apens. Nul besoin du FN pour se mettre en colère !

La grande faute du gouvernement socialiste est d’avoir cru qu’oindre les policiers de belles paroles et leur faire miroiter d’émouvantes promesses suffiraient à les rendre patients. Hélas, les améliorations ont bien du mal à descendre jusqu’à la base, freinées qu’elles sont par un appareil hiérarchique pesant. Dès lors, agacés par ces discours lénifiants qui ne trouvaient aucune traduction sur le terrain, les policiers ont explosé. C’était couru d’avance.

Gonflé, Sarkozy !

Toutefois, à la source des maux actuels, on ne trouve ni François Hollande, ni le premier ministre Valls, ni le ministre de l’Intérieur Cazeneuve mais le ci-devant président Nicolas Sarkozy. L’ancien « premier flic de France » tente, avec sa frénésie coutumière, de profiter de la situation pour se poser en défenseur de la police. Vraiment, Sarko ose tout, et c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît ! Quelles sont les principales revendications des policiers, outre l’anonymat dans certaines procédures et la mise au même niveau que les gendarmes en matière de légitime défense ? L’augmentation des effectifs et l’arrêt de l’absurde politique du chiffre. Or, dans les deux cas, l’ancien chef de l’Etat français est en cause.

Sarkozy et Cazeneuve se sont jetés des statistiques à la tête concernant le nombre d’emplois supprimés dans la police. Qu’en est-il vraiment ? L’estimation la plus fiable est tirée d’un rapport de l’Assemblée nationale daté du 9 octobre 2014 que l’on peut lire en cliquant ici. Il en ressort que durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy les effectifs policiers ont baissé de 6 093 postes. C’est surtout, sa « culture du résultat », sa « politique du chiffre » qui ont exercé leurs  ravages dans la police. Certes, il est fort légitime d’améliorer le taux d’élucidation des affaires. Mais en fixant des objectifs « d’en haut », à la française, sans tenir compte de la base, le président Sarkozy a abouti à la déplorable situation actuelle.

Les échelons supérieurs de l’usine à gaz hiérarchique reçoivent les objectifs fixés par le gouvernement et les font descendre vers les échelons inférieurs sans trop s’en préoccuper. L’important, à ce haut niveau, étant de participer à la lutte des places et non de se soucier de la piétaille. Dès lors, les policiers de base sont accablés d’objectifs souvent incohérents, compte tenu de la réalité du terrain. Que se passe-t-il souvent ? Les responsables des commissariats demandent à leur troupe de cibler les affaires faciles « qui font du chiffre » au détriment d’autres plus longues, plus difficiles à élucider ; il s’agit alors de dissuader les victimes de porter plainte. Résultat : mécontentement de la population et frustration des policiers. « La justice poursuit le crime mais en boîtant » pour reprendre l’expression de feu Raymond Foëx, procureur général genevois.

Police-justice, le lieu des malentendus

Il existe un autre mal policier, plus profond et bien plus ancien que l’époque « SarkHollande », à savoir l’incompréhension entre policiers et magistrats. Depuis la nuit des temps, les premiers accusent les seconds de « laxisme » en sortant ici ou là moult chiffres ébouriffants. S’il convient de prendre les statistiques en général avec circonspection, il faut d’autant plus s’en méfier en matière pénale ; les situations y sont tellement complexes qu’elles ne sont guère quantifiables. Ces chiffres-là ne donnent que des idées toujours vagues et souvent fausses.

Avec cette prudente réserve que nous venons d’invoquer, constatons que les prisons françaises sont pleines à craquer (106% de taux d’occupation). Entre 2000 et 2012, le nombre de condamnations pour violences volontaires a augmenté de 62% selon l’Observatoire français de la délinquance et des réponses pénales. Il ajoute que cette hausse n’est pas due à une explosion des méfaits mais plutôt à une meilleure prise en compte par la société et à une réponse pénale plus ferme qu’auparavant.

L’impression de « laxisme » semble surtout provoquée par le fait que nombre de jugements pénaux ne sont pas exécutés. Ainsi, au 1er avril 2016 ­– nul poisson à l’horizon, rassurez-vous ! –  7.300 peines fermes prononcées au Tribunal de grande instance de Bobigny étaient en attente d'exécution, faute de personnel. On comprend dès lors, la rage des policiers qui sont nargués par les délinquants qu’ils ont arrêtés, qui ont été condamnés et qui, malgré cela, restent en liberté. Mais c’est bien à tort que leur rage est dirigée contre les magistrats. Ils sont les premières victimes d’un système complexe qui réclamerait, pour avoir un semblant d’efficacité, un personnel bien plus nombreux.

En fait, cette incompréhension entre policiers et magistrats trahit l’hypertrophie centralisatrice de l’Etat en France qui multiplie les rouages administratifs. Dans d’autres pays, les corps intermédiaires entre police et justice sont moins nombreux. L’une et l’autre connaissent donc mieux leurs missions respectives et leurs problèmes spécifiques.

La révolte policière est, au sens premier du terme, une affaire d’Etat.

Jean-Noël Cuénod

18:00 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : police, justice, hollande, sarkozy | |  Facebook | | |