11/07/2012

Les aphorismes du plouc (6). De vie et de mort

  • Il faut savoir chanter ses angoisses pour les dissoudre.

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  • Un seul point fixe: la mort.
  • Je vois des oiseaux traverser ma mort
  • Le cercueil est une matrice; la matrice est un cercueil.
  • Le plouc mourra en pleine possession de sa curiosité.
  • Le plouc cherche sa poussière d'étoile : « Je la trouverai, dussé-je faire couler en moi le vitriol.»
  • Quand l'espoir meurt, naît l'espérance.

Jean-Noël Cuénod

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06/07/2012

Les aphorismes du plouc (5)

  • Le jour où une tribu accepta pour chef le plus malhonnête d'entre les siens plutôt que le plus costaud, l'Humanité a franchi un pas décisif vers la civilisation.

 

  • " Le mental est une forge à illusions, détourne-t-en! ", clame le Donneur de Leçons. " L'éteindre serait une illusion de plus ", raille le plouc qui passe son chemin.

 

  • C'est fou ce que l'austérité est attirante lorsqu'on a la gueule de bois!

 

  • L'ascétisme ne vaut que s'il conduit à la volupté.

 

  • Le roquet devient molosse si l'on prend garde à ses aboiements.

 

 

  • La justice humaine, toujours, danse sur le fil de l'arbitraire.

 

 

  • La sagesse est le sucre d'or de la vieillesse.

 

  • En explicitant trop, on explique moins.

 

  • Méfiez-vous de l'orateur qui vous annonce : « Je n'irai pas par quatre chemins ». L'expérience vous avertit qu'il en prendra un cinquième, beaucoup plus long.

 

Jean-Noël Cuenod 

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03/07/2012

Histoire de chat : la rédemption d'un délinquant du 9-3

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Le matou, dont vous pouvez admirer les crocs ci-dessus, présente un casier judiciaire chargé. Mais son exemple apporte l'éclatante démonstration qu'en ce bas monde, la rédemption peut transformer un lascar en bobo, un va-nu-pattes du 9-3 en nanti du 7-5.

Encore chaton, ce mastard - qui pèse aujourd'hui dix kilos de muscles, d'os, de poils et de croquettes - jouait les terreurs dans une école de Saint-Denis, ville de ce département de la Seine-Saint-Denis qui fut créé de toutes pièces en 1968 par le pouvoir gaulliste afin de briser administrativement les municipalités communistes qui entouraient Paris. Dans les médias, ce département n'a droit qu'à son matricule, 93, avec un 9 et 3 détachés.

Abandonné, le jeune félin devenu SDF avait fait le vide autour de lui. Et agressait tous les animaux qui avaient la mauvaise idée de lui disputer les déchets apportés régulièrement par une  dame du voisinage. Les molosses, les rats, les autres matous, tous devaient subir les rigueurs griffues et mordantes de sa loi. Affolée par ce diable noir et blanc (ou plutôt noir et sale), la bienfaitrice conçut le funeste dessein de l'euthanasier. Par chance, le matou fut pris en charge par une remarquable pianiste de Saint-Denis, Caroline Cuny. Comme il fallait s'y attendre, le monstre a semé la panique parmi la ribambelle d'animaux rescapés de l'abandon qui cohabitent avec la musicienne. Elle s'est donc retournée vers le plouc et la plouquette pour lui garder provisoirement la Bestiole, le temps de lui trouver une famille d'accueil.

A côté d'un chat, même Mitterrand n'aurait pu rivaliser en matière de manipulation. Le lascar a donc investi le domicile plouquesque, petit, minuscule même,  mais pourvu d'une cour intérieure qui ferait un terrain de chasse intéressant. En premier lieu, il déploie son offensive de charme vers la plouquette : yeux mi-clos, ronronnement sonore, pattes de velours en sautant sur les genoux de la belle. Puis, le matou conduit son assaut vers le plouc. Après avoir séduit la princesse, il faut convaincre le gros mâle de la maison. Et c'est le grand jeu, frottis-frottas sur les jambes, regard adorateur du genre : « Prends-moi chez toi, je serai ton ombre soumise, ton page fidèle, ô grand roi de la Butte-aux-Cailles ». Cinq minutes après, le voyou de Saint-Denis a trouvé sa famille d'accueil à Paris. Ce que chat veut, Dieu l'exige.

Baptisé Phélix - le « Ph », c'est pour faire plus bobo qu'un simple « F » - le matou est devenu un ancien pauvre en un frémissement de moustaches : « A moi, les coussins. Tous les coussins, surtout ceux en soie. A moi, les langoustes. A moi, le lit, le divan. » Quant la table est dressée, le néo-bobo s'installe à côté des assiettes pour piocher dans les plats, toujours avec la patte gauche. Les invités sont étonnés de prime abord, voire un brin scandalisés. Mais ils s'y font. Bien forcés. Et au café, si l'attention n'est pas braquée sur sa Seigneurie, Celle-ci se met à miauler. Phélix ne supporte pas de jouer les seconds rôles et encore moins de faire de la figuration. Le roi, maintenant, c'est lui.

Mais on n'oublie pas si facilement la misère passée. De vieux réflexes surgissent. Le même chat qui exige une eau pure pour accompagner ses croquettes, se jette sur une poubelle bien pleine, la détrousse, la met sens dessus-dessous, déchire les sacs, les vide, balance les boîtes de conserve pour se goinfrer d'une arrête de sardine.

C'est ça le luxe du luxe : s'offrir des plaisirs de pauvre en pleine opulence.felixdanslelacdessignes.JPG

 (Photo ci-contre, Phélix dansant le Lac des Singes dans le Périgord Vert)

Jean-Noël Cuénod

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02/07/2012

Les aphorismes du plouc (4)

 

  • "Cruel est le destin de l'homme soumis aux lois de la pesanteur et aux pesanteurs de la loi", soupire le plouc, saoûl à rouler au sol et traîné par une main policière.

 

  •  C'est en buvant que le plouc devient imbuvable.

 

  •  Chaque fois que le plouc veut piloter son destin, il le noie.

 

  •  Prendre le large et ne jamais le rendre.

 

  •  Le plouc se gratte la tête en murmurant: "Pourquoi les rêvolutions finissent-elles souvent en cauchemarolutions?"

 

  •  Le sang du futur est inodore.

 

  •  Les applaudissements font toujours un bruit de pluie.

 

  •  Les clés sont des âmes en penne.

 Jean-Noël Cuénod

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29/06/2012

Procès Jérôme Kerviel : les limites du pipole judiciaire

 

 

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Jacques Vergès et l'avocat genevois Raymond Nicolet ont inventé le procès de rupture. Le but : harceler les juges en tant qu'instruments du pouvoir politique et jouer la provocation pour placer le système judiciaire devant ses contradictions. Me David Koubbi  a mis au point, lui, le procès pipole.  Il s'agit moins de se faire entendre que de se faire voir. L'agressivité face aux juges n'est qu'une répétition pour le seul vrai grand procès, celui qui se déroule devant les caméras. Agressivité brouillonne d'ailleurs. Le procès en appel de Jérôme Kerviel  a permis à Me Koubbi, défenseur de l'ex-courtier de la Société Générale, de donner un exemple ahurissant de cette stratégie paillettes.

Lors de la dernière journée, jeudi, cet avocat du strass en stress, a soigné le scénario. Appuyé sur une canne, l'œil gauche garni d'un énorme coquard, Me Koubbi  a traversé les longs couloirs du Palais de Justice de Paris flanqué de Kerviel et, surtout, de Tristane Banon, dûment pipolisée par sa plainte contre DSK. Que faisait-elle dans cet aréopage ? La romancière est également défendue par Me Koubbi. Voilà qui créé des liens. Bien entendu, les paparazzi en ont bavé des pixels. Gros succès côté caméras.

Le plouc a donc assisté à ce triste cirque mené dans la chaleur humide d'un Paris qui grelottait avant-hier encore.  Placés tout en haut de la salle d'audience, les journalistes twittent avec l'ardeur de leur consoeur et Première Dame de France.  Une question les taraude : où Koubbi a -t-il attrapé un tel œil au beurre noir (qui tire plutôt sur le grenat) ? Une journaliste affirme qu'il a été frappé dans une rue de Paris au cours d'une altercation avec le conducteur d'un scooter. On a les blessures de guerre qu'on peut... En tout cas, l'effet est saisissant et Tristane Banon se fait réserver la première place dans les travées réservées au public.

Et l'affaire ? Quelle affaire ? Il n'y a pas d'affaire. Il n'y a que de la mousse. La plaidoirie de Me Koubbi en apporte la brumeuse démonstration.  Elle part dans tous les sens. Une formule claque-t-elle ? On la répète façon mantra. Avant même de terminer une démonstration, on en commence une autre qui, elle demeure tout aussi inachevée. Et ainsi de suite. Le pauvre plouc a le tournis. Le Fan-Club applaudit. Les forêts de micros vibrent comme sous l'effet de la tempête. Me Koubbi apparaît en vainqueur. Mais le 24 octobre, ce ne seront pas les caméras qui rendront le verdict.

 

Jean-Noël Cuénod

Ils aiment tellement les zimages qu'on va leur faire encore un petit plaisir.

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27/06/2012

De l'UDC au Front national, les masques tombent

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L'ennui avec les masques, c'est qu'ils tiennent trop chaud et ont une fâcheuse tendance à glisser, laissant ainsi entrevoir le véritable visage. Cette malencontreuse tendance s'observe chez deux des principaux spécimens de l'extrême droite européenne, l'UDC Suisse et le Front national français. Il s'agit de faits en apparence secondaires mais qui, en s'accumulant, démontrent que les partis de l'extrême droite actuelle ont de plus en plus de mal à cacher leur héritage politico-culturel qui est celui du fascisme des années 30.

 

Récemment, un membre du parti blochérien de la ville de Zurich a prôné la Nuit de Cristal contre les mosquées. Il faisait ainsi allusion à la Reichskristallnacht du 9 au 10 novembre 1938, lorsque les nazis ont brûlé en Allemagne 200 synagogues et tué une centaine de Juifs.

 

En mars dernier, une militante du Front national d'Annemasse et ardente supportrice de l'UDC avait publié des photos faisant l'apologie du nazisme avec cette exclamation: «God bless Hitler !». Elle n'aurait fait ça que pour «réveiller les consciences», à l'en croire. En tout, cas cette personne nous a clairement indiqué où se situaient ses références morales.

 

Dans les deux cas, bien sûr, les dirigeants de l'UDC et du Front national ont condamné ces excès de langage. Ou de franchise. Pour se dédouaner, le discours de l'UDC et du FN est toujours le même: nous n'avons rien à voir avec le fascisme et le nazisme. Fort bien. Mais alors pour quelles raisons, des personnages obsédés par ces idéologies se trouvent-ils dans leurs rangs? Par hasard ou par affinité?

 

Il est une preuve supplémentaire que les masques de l'extrême droite, non seulement glissent mais encore, tombent. Le groupe UDC au Grand Conseil zurichois - il ne s'agit donc pas d'un isolé qui s'agite dans son bocal - a déposé une motion visant à distinguer deux sortes de Suisses, les naturalisés et les Helvètes de souche. Pourquoi se limiter à deux catégories? Pourquoi pas trois, quatre, cinq? Et si l'on adoptait le système des castes?

 

Certes, cette motion «apartheid» a été sèchement rejetée par une large majorité de députés. Mais dans un premier temps, les Vert'Libéraux zurichois l'avaient soutenue, même s'ils l'ont finalement combattue. Les mesures les plus discriminatoires ne sont plus forcément considérées comme monstrueuses, même dans les rangs de partis réputés modérés.

 

Notre époque n'a guère de points communs avec les années brunes. Mais les deux périodes sont marquées par les crises économiques avec tous les dangers d'exaspération sociale qu'elles comportent. Le fascisme d'hier n'aura pas les mêmes formes que celui qui s'annonce de plus en plus clairement. Mais les mêmes idéologies de haine, de racisme, de recherche frénétique du bouc émissaire, de rejet, de fermeture entraîneront les mêmes effets et nous conduiront, si nous n'y prenons pas garde, à de semblables catastrophes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

18:56 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : politique française, politique suisse, extrême droite | |  Facebook | | |

22/06/2012

Des ministres en odeur de sainteté électorale

Les Français se disent peuple le plus cartésien de la terre, excipant que Descartes est né chez eux. L'argument ne paraît guère cartésien. Mais ce n'est pas grave. Descartes ne l'était pas non plus, et les Français, encore moins. Si être cartésien signifie se gouverner au seul moyen de la raison, alors rien n'en est plus éloigné que la vie politique de l'Hexagone, toute nimbée de rêves, de coquecigrues, de passions amoureuses et de symbolique archimonarchique.

Prenons, par exemple, le traitement réservé aux ministres français qui ont combattu - ou non - aux élections législatives. Ce sujet intrigue l'excellente consœur Laurence Naef. Elle pose des questions cartésiennes. Mais les réponses ne sauraient relever de l'étroit carcan de la rationalité.  Première interrogation: «Des ministres viennent de se présenter dans des circonscriptions pour être élus députés. N'y a-t-il confusion des pouvoirs entre le législatif et l'exécutif?»

Par le truchement de Montesquieu, la France a inventé (avec Locke, soyons justes) la séparation des pouvoirs mais elle s'est bien gardée de l'appliquer. Donc, outre-Jura, ce souci bien helvétique n'en est pas un. Ensuite, le ministre élu député ne siégera pas à l'Assemblée nationale. Son siège sera occupé par son suppléant qui a été élu avec lui sur le même «ticket». Cela dit, sur les affiches électorales, c'est la bobine du titulaire qui s'est étalée, alors que celle du suppléant a occupé l'espace d'un timbre-poste. L'électeur est donc persuadé qu'il a voté pour une star de la politique mais c'est un conseiller municipal de Lamotte-Beuvron qui le représentera au Palais Bourbon.

Laurence me pose cette nouvelle question: «Les médias affirment que ces ministres se sont présentés devant les électeurs afin d'être légitimés par le peuple. En cas de défaite, ils devront démissionner. Mais alors, les autres ministres, ceux qui ont évité le scrutin, seraient-ils moins légitimes?»

Tout d'abord, la démission «obligatoire» des ministres battus n'est pas une contrainte légale. C'est une simple habitude créée par le gouvernement Juppé en 1995. Chaque nouveau premier ministre la reprend à son compte pour jouer les rigoureux devant les caméras.

Concernant la légitimité, la chose est plus complexe. Il faut remonter au Sacre des Rois de France en la Cathédrale de Reims. Le monarque était oint par un mélange de Saint Chrême et d'huile miraculeuse de la Sainte Ampoule. Ce n'est qu'embardoufflé de ce sacré corps gras que le Roi devenait légitime aux yeux du peuple. La couronne n'était qu'un accessoire. Il fallait que l'Esprit divin enduisît le corps du Roi pour que la magie du pouvoir puisse s'exercer.

Depuis, la France a remplacé les Saintes Huiles par une margarine nommée Suffrage universel. Mais le principe reste le même. Laurence a remarqué que plusieurs ministres ont renoncé à briguer un siège au parlement. Alors, seraient-ils moins légitimes? Sur le plan tristement légal, ils ne le sont ni plus ni moins que les autres. Mais le membre du gouvernement qui a été oint par le peuple irradie d'une aura médiatique plus lumineuse que celle de ses collègues moins ardents au combat électoral.

Certes, le mérite n'est parfois pas bien grand. Le plus souvent, les états-majors politiciens réservent aux ministres candidats au parlement des circonscriptions faciles dans lesquelles même un sapajou serait élu pourvu qu'il possède la carte du bon parti. Mais peu importe. L'important, c'est de se battre ou de faire semblant. Car les Français n'aiment pas les politiciens qui se planquent dès l'apparition d'une urne.

Le sort de Dominique de Villepin en apporte l'éclatante démonstration. Voilà un garçon doté de multiples talents, y compris celui d'apprécier Char - chose rare chez les politiciens français d'aujourd'hui qui confondent le poète avec un véhicule à traction hippomobile. Le Flamboyant a affronté Bush et ses Texans au front bas, Colin Powell et ses fioles trafiquées. Mais se lancer dans la bagarre électorale était au-dessus de ses forces. Il fait songer à un prince qui, allergique aux Huiles même Saintes, n'aurait pu se faire oindre et serait, de ce fait, interdit d'accéder à la plus haute marche du pouvoir. Villepin, lui, est allergique au peuple. Alors, le peuple s'est détourné de lui en haussant les épaules.

Inspirés par ce contre-exemple, les ministres qui ont fait «coitus interruptus» aux dernières élections faute d'avoir trouvé circonscription à leur pied, devront, un jour ou l'autre, recevoir cette onction populaire. Ils pourront ainsi continuer à se rêver en Roi.

ILLUSTRATION: Songe d'une nuit de député.

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20/06/2012

Valérie, Ségolène, François et Twitter: joindre le futile au désagréable

 

Mardi 12 juin 2012 restera marqué dans l'Histoire de France comme le jour où le futile l'a définitivement emporté sur l'utile.

 

Ce jour-là, le nouveau président de la République prononce au Conseil économique, social et environnemental un discours essentiel sur la direction qu'il entend donner à son quinquennat quand nous vivons une série de crises économiques sans précédent. Il lâche cette phrase lourde de conséquences pour un socialiste: «La croissance ne naîtra pas de dépenses publiques supplémentaires au moment où les Etats connaissent un endettement élevé.»

 

Mais alors d'où naîtra-t-elle? «Elle peut surgir d'une volonté commune, celle que l'Europe peut affirmer, de mettre en place des instruments nouveaux - euro-obligations, instruments financiers -, notre imagination peut être grande», poursuit François Hollande dans son allocution.

 

En temps normal, l'importance de ces propos n'aurait pas échappé aux journalistes. Les éditorialistes se seraient fendus de commentaires plus ou moins bien sentis. Les uns auraient demandé comment organiser la relance sans dépenses publiques. Les autres auraient entrevu les mesures d'austérité qui se profilent avec un titre du genre: «Français, apprêtez-vous à serrer votre ceinture!» Dans les colonnes des quotidiens, sur les plateaux de télévision et de radio, les économistes ou des diplomates auraient tenté de répondre à cette question qui découle du discours de Hollande: «Comment faire accepter à l'Allemagne les euro-obligations, dans la mesure où Berlin, par la mutualisation des risques des pays européens, devrait payer plus d'intérêts qu'il n'en verse actuellement?»

 

Mais comme nous vivons des temps anormaux, ce débat ne s'est pas tenu, et les propos de Hollande ont été réduits à l'état de brèves. Pourtant, ce sujet nous concerne au premier chef. Impossible de trouver thème plus utile. C'était sans compter sur la puissance hégémonique du futile et de son instrument le plus perfectionné: Twitter.

Ce même mardi, la compagne de François Hollande, Valérie «Twitterweiler», a lancé son fameux twitt de soutien à l'adversaire de Ségolène Royal à la députation de La Rochelle. La nou- velle femme du président qui poignarde virtuellement l'ancienne. Comment voulez-vous que le sort de la France et de l'Europe puisse entrer en concurrence avec ce vaudeville en 140 signes (nombre maximum que peut absorber Twitter)? Impossible!

 

L'événement était d'autant plus alléchant qu'il joignait le futile au désagréable, du moins pour Ségolène Royal, qui en a perdu son siège. Un comble à La Rochelle.

Bien entendu, le consommateur de médias, toujours aussi faux cul, incrimine la presse dans cette hiérarchie aberrante des informations. Pourtant, le vrai coupable, c'est lui. S'il ne se jetait pas sur la futilité dès qu'elle surgit avec ses bas résilles, les médias la relégueraient dans leurs bas-fonds.

 

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Voici la vidéo du discours complet prononcé par François Hollande et qui a été médiatiquement occulté par le Twitt de la Première Dame contre la Première Femme

 
Discours de François Hollande devant le conseil... par publicsenat

18/06/2012

Comment Nicolas Sarkozy a tué l'UMP

L'UMP est morte. Ou du moins, la forme actuelle de cette vaste formation de la droite démocratique française a été anéantie par l'ancien président Nicolas Sarkozy. La ligne qu'il a imposée à son parti depuis le discours de Grenoble le 30 juillet 2010 s'est révélée mortifère. En «collant» au discours du Front national, il n'a fait que rendre acceptables les thèses xénophobes dans l'esprit d'un nombre croissant d'électeurs et semer la désunion au sein de son propre camp.

 

Par sa constitution même, l'UMP ne pouvait pas supporter une telle dérive. Créée en 2002, l'Union pour un mouvement populaire est la réunion des deux principaux courants de la droite française, d'une part le RPR héritier du gaullisme conservateur, d'autre part l'UDF - DL europhile, centriste, sociale et libérale. En tirant cette toile délicate vers l'extrême droite, Nicolas Sarkozy l'a déchirée sans espoir de la recoudre telle qu'elle était. Dès lors, c'est toute la droite, du centre à l'extrême, qui va se recomposer sur les ruines de l'UMP. A ce propos, le congrès de ce parti en novembre prochain sera passionnant à suivre.

 

Même si elle a abouti à la double défaite de la présidentielle et des législatives, la ligne droitière de Sarkozy demeure soutenue par nombre d'élus et de sympathisants de l'UMP, notamment dans l'Est. On ne saurait donc exclure l'apparition d'un pôle d'extrême droite qui grouperait le FN et les éléments xénophobes de l'UMP.

La partie gaulliste ex-RPR devrait retrouver ses bases conservatrices tout en rejetant les idéologies racistes qui sont incompatibles avec sa profession de foi. Mais ce néogaullisme ne saurait reconquérir ses électeurs sans l'apport d'un pôle centriste social libéral.

 

Or, le centre a bien du mal à exister en France. Sa reconstitution est pourtant indispensable afin que le néogaullisme ne soit pas réduit au face-à-face avec une extrême droite qui se trouve en pleine phase ascendante.

 Jean-Noël Cuénod

Petit exercice de reconstitution du centre (les matheux auront reconnu le cercle d'Euler). Bon courage!

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17/06/2012

François Hollande über alles!

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Le président François Hollande ne pouvait rêver meilleur résultat aux élections législatives françaises. Son Parti socialiste détient à lui seul la majorité absolue de la nouvelle Assemblée nationale. Il n'aura donc pas besoin des quelque vingt députés «verts» pour faire passer ses réformes. Quant au Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il est bien diminué. Avec une petite dizaine de députés, il ne comptera guère et ne pourra même pas former un groupe. Mélenchon était le caillou dans la chaussure de Hollande, le voilà rejeté à son destin de gravier.

Les socialistes détiennent désormais tous les leviers de commande. Majoritaires au Sénat, majoritaires absolus à l'Assemblée nationale, majoritaires dans les départements (6 sur 10 sont dirigés par des élus du PS), majoritaires écrasants dans les régions (21 sur 22). L'ennui, avec une telle domination, est que le parti présidentiel ne peut que perdre une si flatteuse position aux prochaines élections, notamment aux municipales en 2014.

François Hollande dispose ainsi d'une stature qui lui permet de parler haut, hors de France. Il va sans doute devenir le leader de l'Europe du Sud face à Angela Merkel, championne de l'Europe du Nord. Pour l'Hexagone, c'est une situation périlleuse certes, mais tout de même plus porteuse d'espoir que celle de pâle second de l'Allemagne qui était la sienne sous Nicolas Sarkozy.

Le débat européen continuera à opposer la France, tenante de la relance économique, à l'Allemagne, gardienne de l'orthodoxie budgétaire. François Hollande peut désormais exciper du soutien massif de son peuple pour avancer ses pions face à Angela Merkel. Mais le président français sait bien qu'un compromis est inévitable et il n'est pas homme à jouer les jusquauboutistes. Sa victoire lui donne l'assurance nécessaire, à la fois de pousser son avantage face à la chancelière fédérale et de faire accepter le compromis franco-allemand au parlement.

D'ailleurs, les positions entre Hollande et Merkel ne sont pas si opposées que cela. Mardi dernier, au Conseil économique, social et environnemental, le président français a bien averti que la relance économique ne pouvait pas naître de la dépense publique. La phrase est passée inaperçue dans les médias français, tout émoustillés par l'affaire Tweeterweiler. Mais elle constitue une rupture historique dans le discours, jusqu'alors keynésien, des socialistes.

Des mesures de restriction budgétaire se préparent donc en France. Grâce à sa victoire aux législatives, François Hollande pourra les faire voter par le parlement. Mais il devra alors faire face au mécontentement qui risque de s'exprimer dans les rues ou par le truchement de grèves sauvages. Le dialogue social promis par le nouveau pouvoir deviendra une ardente nécessité.

Jean-Noël Cuénod

 

15/06/2012

Requiem pour Bayrou. La France est orpheline de son centre

 

 

 Les élections législatives françaises signeront-elles l'acte du décès politique de François Bayrou? La capacité de résurrection du démocrate-chrétien béarnais ne saurait être sous-estimée. L'ancien ministre peut encore rebondir. Mais on n'en dira pas autant de son parti, le MoDem.

 

Depuis cinq ans, Bayrou a tenté de construire un pôle centriste indépendant de la droite et de la gauche. Depuis la création de la Ve République, le centre - sous ses diverses dénominations - a toujours servi d'alliés au parti gaulliste et à ses avatars RPR, puis UMP. Il apportait à cette formation autoritaire, souverainiste et dirigiste, un contrepoids modéré, ouvert sur le monde et libéral. Malgré les idées intéressantes qu'il agitait, le MoDem n'a pas réussi à s'imposer comme un acteur majeur sur la scène politique française.

 

Il en va de même pour les autres formations centristes qui n'avaient pas suivi François Bayrou dans son aventure du MoDem. Hervé Morin et son Nouveau Centre, Jean-Louis Borloo et son Parti radical, Jean-Pierre Raffarin et sa tendance humaniste au sein du parti sarkozyste se moquaient de Bayrou et prônaient l'alliance avec l'UMP. Or, leurs mouvements sont aujourd'hui au moins aussi moribonds que le MoDem. Ces centristes mous avaient choisi de faire carrière gouvernementale sous le règne de Sarkozy. Les gamelles ministérielles réjouissant aujourd'hui d'autres museaux plus roses, ils se trouvent dépourvus.

 

De plus, leur voix ne compte plus du tout au sein de l'UMP qui adopte les thèmes du Front national, voire son idéologie. Dans un tel contexte, le centrisme devient un corps étranger au sein de cette droite en voie de radicalisation. Avec un MoDem en coma dépassé et des formations réduites à l'état d'ectoplasmes, la France est ainsi vidée de son centre.

 

Cette situation risque d'être préjudiciable à la République voisine. En effet, une entente devient de plus en plus probable entre le Front national de Marine Le Pen et l'UMP dont le secrétaire général Jean-François Copé répète en boucle que la patronne du FN «n'est pas son père». Sous-entendu, avec elle, il sera possible de causer. D'ailleurs, la base de l'UMP pousse à la roue en faveur d'un accord entre son parti et le Front national.

 

Lorsque le Parti socialiste au pouvoir ordonnera des restrictions budgétaires impopulaires, vers qui se tournera-t-il? Les Verts? Ils n'ont ni maturité politique ni poids électoral. Le Front de Gauche et les communistes? Ils se suicideraient en soutenant de telles mesures. La majorité socialiste devra donc affronter - en solitaire et sans marge de manœuvre - un bloc nationaliste qui rivalisera de haine et de démagogie. Il faudra bien alors réinventer cet impossible centre afin de créer une zone tampon.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Cette vidéo du spirituel Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen centriste et surtout remarquable politologue, nous en dit un peu plus sur ce centre qui a perdu sa boussole.


Conception du centrisme en France par ATTACHEE-PRESSE13

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12/06/2012

Valérie Tweeterweiler torpille la Royal en plein port de La Rochelle

Après cinq ans de vie commune avec les Bobos, le plouc reste émerveillé par l'imagination de cette tribu en matière de couillonnades. Il pensait avoir tout vu durant le règne de Nicoléon Sarkonaparte. Mais quelques semaines après son couronnement, celui de Sa Simplicité Hollandaise promet de le dépasser dans cet art si difficile de faire rire le monde et ses environs immédiats.

Valérie Tweeterweiler, Première Dame, vient d'envoyer un tweet mortel à l'ex-compagne de Sa Simplicité qui se bat pour obtenir le siège de députée en Charente-Maritime. Olivier Falorni, l'adversaire de la Royal au port de La Rochelle (1), est issu, comme Ségolène, du Parti socialiste. Dans ce combat fratricide, Sa Simplicité Hollandaise a choisi de soutenir l'Ex, suivi en cela par les instances du PS. La patronne rose Martine Aubry s'est d'ailleurs déplacée dans la cité portuaire pour supporter - dans tous les sens du terme - Ségolène Royal.

C'est à l'occasion de ce déplacement de la Méremptoire que Valérie Tweeterweiler a choisi de planter un couteau virtuel dans le dos de son ancienne rivale. Dans un tweet qui a crevé la Toile et battu tous les records de bruits médiatiques, elle a annoncé, mardi à 11 h 56, son soutien à l'adversaire de l'Ex abhorrée:

"Courage à Olivier Falorni qui n'a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d'années dans un engagement désintéressé".

Voilà la France prise au milieu d'un crêpage de chignons entre les deux femmes, l'ancienne et la nouvelle, de son président. Qui a vraiment l'air malin. Sa Simplicité voulait rassembler les Français. Il ne parvient même pas à faire le ménage chez lui.

L'idéologie social-nationaliste gangrène une grande partie de la droite en France et en Europe, la Grèce continue à sombrer, l'Espagne est en train de la suivre, l'Italie donne des signes de faiblesse, l'euro survit sous perfusion, le régime syrien massacre son peuple à ciel ouvert, le capitalisme financier continue sa folle prédation. Mais avant d'aborder ces broutilles, le président, du haut de Sa Simplicité, doit se plonger dans les eaux troubles du port de La Rochelle. Un port en eau profonde.

Jean-Noël Cuénod

  • (1) «La Royale», c'est ainsi que l'on surnomme la marine de guerre française.

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Valérie Trierweiler : 1 interview et..... par LeNouvelObservateur

09/06/2012

Le plouc fait son poète

 

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Voici tout frais pondu, le nouveau bouquin du plouc, "Le Goût du Temps", des haïkus - c'est-à-dire des poèmes de formes courtes - illustrés par le peintre français Philippe Rillon qui préside le mouvement d'artistes "La Peau de l'Ours". La préface a été rédigée par son épouse Marianne, enseignante de philosophie dans la région parisienne et passionnée par le Japon où le haïku est né. "Le Goût du Temps" est édité par Samizdat et a reçu le soutien de la Ville de Genève. Samizdat est animé par la merveilleuse Denise Mützenberg. Avec sa soeur Claire Krähenbühl, elle se dépense sans compter pour la cause de la poésie.

Vous ne risquez pas de lire quoique ce soit à propos de ce bouquin dans la presse. A part quelques heureuses exceptions qui se reconnaîtront, les confrères du plouc ne sont pas du tout portés vers la poésie. Jugez donc par vous-mêmes en lisant "Le Goût du Temps".

13:42 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, haïkus, arts | |  Facebook | | |

06/06/2012

François Hollande victime d'«élysopathie»?

François Hollande voulait être un «président normal». C'est raté. Un mois après son élection, le voilà rejeté hors du cercle de la normalité. Ce qui est normal, compte tenu de la lourde charge symbolique qui pèse sur les épaules d'un président de la République française.

 

 Lors de sa première intervention télévisée, mardi 29 mai, il aurait prononcé 108 fois les mots «je» et «moi, je», selon des journalistes. Un linguiste français, Jean Véronis, a dénombré 22 «je» pour mille mots. François Hollande dépasse même Nicolas Sarkozy (17 pour mille) et s'approche de Dieu - c'est-à-dire François Mitterrand -, le recordman absolu (24 pour mille).

 

Ainsi, la malédiction de l'Elysée a-t-elle frappé une fois de plus. Car le diagnostic est sans pitié: François Hollande présente les premiers symptômes d'«élysopathie». Ce mal se caractérise par sa progression foudroyante: les chevilles enflent, le crâne gonfle, la myopie politique se transforme au fil du quinquennat en cécité, et la surdité gagne chaque jour du terrain. Seul l'organe de la parole n'est pas affecté. Au contraire, il se déploie façon perroquet.

 

 

Sur le plan psychique, le malheureux patient est sujet à des hallucinations. Chaque fois qu'il se rase, l'«élysopathe» voit Napoléon surgir du miroir. Chaque fois qu'il contemple son nombril, l'univers le salue avec révérence.

 

 

A l'exception peut-être de Georges Pompidou, décédé trop tôt en fonction, tous les présidents de la Ve République furent atteints. Même le généralTN-3402-Photo-officielle-du-President-De-Gaulle.jpg de Gaulle, dont on aurait pu penser que la stature historique le mettrait à l'abri de cette affection. En raison d'une atteinte aiguë d «élysopathie», il n'avait rien vu venir en Mai-68. (photo: élysopathe historique)

IM-3405-Photo-officielle-du-President-Giscard-D-Estaing.jpg Passons sur Giscard, dont l'«élysopathie» brillait comme sa calvitie sous le grand lustre du palais présidentiel. (photo: élysopathe luminescent)

 

Mitterrand fut un «élysopathe» assumé, tellement soucieux de prolonger les délices du pouvoir qu'il a cultivé le non-agir propre à la sagesse chinoise.TN-3403-Photo-officielle-du-President-Mitterrand.jpg (Photo: élysopathe mandarin)

Grand connaisseur de l'Asie, Chirac, «élysopathe» glouton, l'a suivi sur cette voie qui concilie Tao et tête de veau sauce gribiche. (photo: gastro-élysopathe )

 

IM-3401-Photo-officielle-du-President-Chirac.jpgA contrario, Nicolas Sarkozy a développé une «élysopathie» énervée. Mais énervante aussi. Lassés, les Français lui ont prescrit un arrêt de travail prolongé. (photoIM-3400-Photo-officielle-du-President-Sarkozy.jpg: élysopathe hystérique)

 

 

François Hollande (photo: élysopathe pluriel) n'a donc pu éviter de contracter ce virus, malgré les précautions prises,  tels voyages en train et en voiture, sans recours à la flotte aérienne. Mais ces mesures prophylactiques n'ont pas servi à endiguer la propagation des cellules malignes dites «moi-je» dans le nouvel organisme présidentiel.photo-officielle-hollande-bataillon-de-hollande.jpg

 

 

Il serait pourtant nécessaire que François Hollande trouve une potion magique pour terrasser ce mal. Car les temps ont changé. Le président annoncera bientôt de sévères mesures d'économie. Et celui qui s'est fait élire en se présentant comme un rassembleur devra réapprendre à dire «nous».

 

 

Jean-Noël Cuénod

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30/05/2012

Police - justice: sortir du dilemme gauche-droite

delachaux.jpgLa délinquance est un précipité de tous les éléments qui forment une société. Ainsi, pour prendre conscience de la manière dont les grandes villes européennes vivent l'économie globalisée, la lecture d'un excellent polar est-elle un précieux recours. A titre d'exemple, citons celui que vient de publier Patrick Delachaux, un ancien policier genevois: Grave panique, paru aux Editions Zoé.

 

Envoyé dans la région parisienne lors d'une mission d'Europol, le narrateur est confronté à des rapports entre population et forces de l'ordre qui n'ont guère de points communs avec ce qu'il a vécu pendant dix-sept ans de police de proximité dans les rues de Genève. En Seine-Saint-Denis - ce département du Grand Paris qui accumule les handicaps -, les «keufs» sont perçus comme des soldats d'occupation. Et lorsqu'en bon flic genevois, soucieux de tisser des liens pour les transformer en tuyaux, Patrick Delachaux veut dire bonjour à des lascars de La Courneuve, il se fait incendier par ses collègues français. On ne cause pas à l'ennemi.

 

Entre les mafias chinoises, les clans de Français d'origine maghrébine et africaine, des féodalités nouvelles se construisent dans l'ombre. Le racisme politicard façon Le Pen (traduction en langage helvète: Blocher; avec une sous-variante genevoise: Stauffer) en fait son beurre rance.

 

 Voici donc le défi que doit relever la police française du XXIe siècle: tenter de détricoter ces féodalités pour que la République puisse reconquérir ses terrains perdus. Et cela ne se fera ni à grands coups de gueule extrémistes ni par les castagnettes de la langue de bois.

 

Après dix ans de règne sur la sécurité publique - en tant que ministre de l'Inté- rieur, puis président -, Nicolas Sarkozy nous a montré ce qu'il fallait surtout ne pas faire, à savoir jouer les policiers contre les juges, pulvériser la police de proximité, stigmatiser une population. Sur ces ruines, tout est à reconstruire pour le président Hollande. Un quinquennat n'y suffira pas. Mais, au moins, que le nouveau gouvernement remette la justice-police sur les rails!

 

 Il devra, avant toute chose, dépasser le faux dilemme droite-gauche. Pour la droite, fidèle au credo sarkozyen, les conditions sociales et économiques ne tiennent aucun rôle, seule compte la responsabilité individuelle. Pour la gauche, conforme au canon jospinien, la responsabilité individuelle se dilue dans les conditions sociales et économiques. La droite privilégie la répression, et la gauche, la prévention. C'est soit l'un, soit l'autre.

 

Or, prévention et répression forment les deux faces d'une même médaille; les séparer, c'est se condamner à l'inefficacité, comme l'ont prouvé la décennie Sarkozy, mais aussi les années Mitterrand-Jospin.

 

 Pour que la République se rétablisse là où elle est remplacée par les gangs, il faut soigner et cogner.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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28/05/2012

PRE-SENTIMENT - PENTECÔTE

 

Pentecôte.jpg

 

 

Long Royaume des Tourbes

A l'horizon ventru

Et tout veiné de brun

 

Des labours enfumés

Se hissent vers les hommes

Des senteurs opulentes

A la danse puissante

Telle celle des femmes

A la chair de moisson

 

Mais tôt ou tard la Terre

Se fendra fruit mûr

Sous la poigne du feu

Et des croix pousseront

Comme des épineux

                                                                                                   Jean-Noël Cuénod

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26/05/2012

Merci France Clidat

Ce vendredi après-midi, à l'Eglise Saint-Pierre de Montrouge à Paris XIVe, les funérailles d'une immense pianiste ont été célébrées.France  Clidat, décédée jeudi 17 mai à 80 ans, repose maintenant au Père-Lachaise. Ingrate, la France avait un peu oublié celle qui a porté l'interprétation de Liszt vers les sommets. Affublée d'un surnom cucul-la-praline et surtout réducteur,  "Madame Liszt", France Clidat fut enfermée dans cette case avec interdiction médiatique d'en sortir. Or, elle a magnifiquement servi Satie, Debussy, Chabrier, Granados, Albeniz, Chopin, Rachmaninoff et tant d'autres.
Le plouc et sa plouquette ont garde au cœur cette inoubliable soirée de l'été 2009 où dans l'Eglise de Nontron, modeste sous-préfecture perigordine, France Clidat a donné un lumineux récital . Ce soir ayez  une pensée pour cette belle artiste qui offert tant de bonheur aux mélomanes durant ses 2700 concerts à travers le monde. Il reste à écouter les quelques quarante disques qu'elle a gravés et à surfer sur son site www.franceclidat.com.
Jean-Noël Cuénod

 

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24/05/2012

Mélenchon a-t-il raison de défier Marine Le Pen?

Les deux extrémistes de la politique française sont en train de réaliser une belle opération médiatique. En défiant Marine Le Pen sur ses terres d'Hénin-Beaumont en vue des législatives de juin, Jean-Luc Mélenchon fait autant de publicité pour son Front de gauche que pour le Front national qu'il honnit. Outre-Jura, on ne parle plus que de ce pugilat, devenu le grand évé- nement des élections parlementaires.

 

Cette partie de catch permet ainsi aux antagonistes de faire de l'ombre aux principales formations, l'UMP et le Parti socialiste. Sur le plan tactique, les deux extrêmes se rendent donc mutuellement service. Mais sur le plan stratégique, Jean-Luc Mélenchon a-t-il raison de défier la dirigeante frontiste?

 

Le chef du Front de gauche est condamné à la victoire. S'il perd contre Marine Le Pen, il lui permettra d'augmenter encore sa popularité. Toujours soucieux de voler au secours du succès, les politiciens de la droite de l'UMP n'hésiteront plus à valser dans les bras de la blonde frontiste.

 

Elue à l'Assemblée nationale, Marine Le Pen pourrait alors devenir la prin- cipale opposante au gouvernement socialiste. L'OPA qu'elle rêve de lancer sur l'UMP en serait facilitée. L'axe de la droite française se déplacerait vers son extrémité. Avec une droite dominée par le Front national, les discours de haine raciste - masquant les véritables problèmes sociaux et économiques - prendront encore plus d'ampleur et la France se verrait encore plus divisée. Or, ce pays rongé par la dette et dont l'industrie menace ruine ne saurait se payer un tel luxe.

 

Jean-Luc Mélenchon ne part pas vaincu d'avance, bien au contraire puisque les sondages prédisent sa victoire au second tour. Mais sondage ne vaut pas suffrages. De plus, en cas de défaite à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen ne manquera pas de se poser en victime d'un «système» qui aura dû mobiliser toutes ses forces - de l'extrême gauche à l'UMP - pour l'empêcher de siéger à l'Assemblée nationale.

Cette tactique à la Calimero a maintes fois permis au FN de se présenter comme la véritable opposition au pouvoir. Une défaite de Marine Le Pen contre Mélenchon diminuerait sa capacité de nuisance, certes, mais pendant une brève période.

 

Avec ce match qu'il nous propose, Jean-Luc Mélenchon réduit la lutte contre l'extrême droite à un combat de personnalités. Or l'important est d'assécher le marais aux voix du Front national en donnant aux électeurs tentés par le vote frontiste des perspectives de sortie de crise, l'espoir d'un redémarrage de la France. Cet objectif réclame l'élaboration d'une stratégie de réponses systématiques aux pro- blèmes - faux et vrais - que pose la propagande frontiste.

 

Or la tactique du coup médiatique choisie par Jean-Luc Mélenchon épuise les énergies, ce qui ne s'accorde pas avec ce travail de fond contre le Front.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO Débat sur France2 jeudi 23 février 2012. Bonjour l'ambiance.


Mélenchon - Le Pen : le débat d'un non débat en... par LeNouvelObservateur 

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22/05/2012

Mesemrom, le naturel de l'UDC revient au galop

Chasser le naturel, il revient au galop. Les dirigeants blochériens s'étaient pourtant donné bien du mal pour faire oublier leur patrimoine idéologique de couleur brunâtre. Certes, leurs vomitives affiches éclaboussaient régulièrement nos murs. Mais dans les assemblées parlementaires, ils s'efforçaient de donner le change, de peindre aux couleurs suisses une idéologie raciste fondamentalement étrangère à l'esprit confédéral. Toutefois, malgré sa propagande bête et méchante, l'UDC ne semblait pas dangereuse pour la démocratie.

Est-ce toujours le cas? Il est désormais légitime de se poser la question. La section genevoise de l'UDC exige du Conseil d'Etat qu'il saisisse le procureur général afin de dissoudre Mesemrom, l'association de défense des Roms de passage à Genève. Motif? Elle conteste devant la justice les amendes infligées aux Roms pour mendicité. L'UDC - Genève ne prétend pas que Mesemrom est une organisation terroriste ou une association criminelle. Non, le simple fait d'aider les mendiants à contester légalement leurs amendes justifierait l'une des décisions les plus lourdes de conséquences dans une démocratie, à savoir la dissolution d'une association.

A ce moment-là, pourquoi ne pas interdire les associations d'automobilistes qui conseillent à leurs membres de contester des amendes qu'ils estiment injustifiées? Poussons encore plus loin la logique de l'UDC, pourquoi ne procéderait-on pas à sa dissolution pour incitation à la haine raciale? Evidemment, une telle mesure serait antidémocratique, mais pas plus que l'appel blochérien à l'interdiction de Mesemrom. A force de jouer avec le feu, l'UDC risque de se brûler. Et dans ce genre d'incendie la démocratie ne sort jamais indemne.

Rappelons-nous ce poème de Martin Niemöller, pasteur de l'Eglise confessante allemande déporté par les nazis à Dachau:

Lorsqu'ils sont venus chercher les communistes

Je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.

Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes

Je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.

Lorsqu'ils sont venus chercher les Juifs

Je n'ai rien dit, je n'étais pas Juif.

Puis ils sont venus me chercher

Et il ne restait plus personne pour protester.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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21/05/2012

L'athée François Hollande bientôt fait chanoine

C'est le quotidien «La Croix» - il le tient sans doute des sources les plus célestes - qui l'annonce. Deux jours après l'élection de François Hollande, le Chapitre de la basilique Saint-Jean-de-Latran a envoyé une lettre au nouveau président de la République française l'invitant à Rome pour y prendre possession de son titre de «Premier et Unique Chanoine honoraire de l'Archibasilique majeure de Saint-Jean-de-Latran» et déposer son fessier républicain laïc sur la stalle qui lui est réservé. Depuis Henri IV, tous les chefs d'Etat français reçoivent cette charge. 

Chacun se rappelle l'usage médiatique que fit son prédécesseur de cette installation papiste, en aspergeant les médias de son Kärcher d'eau bénite.

Hollande ayant d'autres chanoines à fouetter, on ignore s'il archihonorera de son archiprésence l'Archibasilique. Ce serait dommage qu'il nous fasse rater l'occasion de voir un athée déclaré, partisan du mariage des gays et vivant dans le péché avec une créature journalistique elle-même divorcée, devenir Chanoine de Latran. Cela nous ferait archirigoler, surtout en imaginant la tête de Christine Boutin, archigrenouille de bénitier, qui en avalerait de rage le Saint-Suaire.

Lorsqu'il fut intronisé Chanoine de Saint-Jean-de-Latran, Nicolas Sarkozy avait lancé cette homélie papelarde:

«Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé».

Son successeur ‑ en célébrant la mémoire de Jules Ferry qui a créé, en France, l'école laïque, obligatoire et gratuite ‑ lui a répondu à un quinquennat de distance, le jour de son installation à la tête de la République (voir ci-dessous la vidéo):

«Si le savoir n'est pas le monopole du maître, celui-ci  ‑ le maître, le professeur, l'enseignant ‑ doit garder la responsabilité d'en ordonner le sens».

Ainsi, l'Eglise se voit-elle remise au milieu du village mais ôtée du centre de l'Etat.

 

Jean-Noël Cuénod


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