15/05/2012

Le plouc installe François Hollande à l'Elysée et dit adieu à Sarkozy-Bruni

SarkHollande.jpg

Et voilà. Le Plouc regagne son antre de la Butte-aux-Cailles après avoir fait ses plouqueries dans la cour de l'Elysée pour assister, mardi matin, à l'intronisation du président François Hollande et au départ du nouvel «ex» de la République, Nicolas Sarkozy. Avec son confrère et compatriote Alain Menusier, il s'est dégotté un coin bien placé, juste à côté des escaliers. Histoire de faire le badaud accrédité, en attendant les deux grands moments: l'accueil de l'entrant par le sortant, puis la sortie du sortant saluée à l'entrée par l'entrant. Vous suivez le plouc?

Avant cette transmission symbolique sur tapis rouge, les photographes et cadreurs captent l'arrivée des Invités qui traversent la cour et avalent les marches pour être introduits dans le Saint des Saints de la République égalitaire: pipoles aux lunettes noires incorporées et souriant de toutes leurs fausses dents, corps vachement constitués, trognes galonnées faisant tintinnabuler leurs médailles, ecclésiastiques chamarrés et orientaux, gorilles au veston mal ajusté sur leur flingue, à l'oreillette greffée et à la tronche de casier judiciaire, politiciens arrivés mais dans quel état ‑ il y avait même un Gaudin (maire de Marseille) qui semble avoir dépassé largement la date de péremption -, décideurs très décidés, académiciens très caducs, médiacrates cherchant leur meilleur profil. Bref, la harde habituelle des lèche-escarpins.

Puisque le Festival de Cannes commence demain, le plouc a dressé son petit palmarès des invités. Il vous l'offre - internautes chéris - en exclusivité galactique.

La plus sublime. Valérie Trierweiler foule le tapis rouge avec la grâce féline et conquérante d'une Lauren Bacall. Les photographes deviennent fou, c'est tout juste s'ils ne marchent pas sur leur langue pendante comme le loup de Tex Avery. Ils crépitent de tout leur être. Mais ils feraient bien de se méfier. Les photographes, la journaliste et compagne du nouveau président les connaît bien, pour les engueuler avec la régularité d'un métronome courroucé. Manteau blanc cassé, tailleur à l'ample jupe bleu marine, talons interminables qui met en valeur ses mollets hollywoodiens, abondante chevelure blond vénitien (demain, toutes les Parisiennes se feront teindre les cheveux) qui frémit sous la caresse des Saints de Glace, elle monte à l'assaut des marches. A leur sommet, Carla Bruni-Sarkozy attend. Tailleur pantalon noir, teint pâle, souliers plats, sourire plaqué, celle qui est encore Première Dame pour quelques secondes porte le deuil de son statut. Les deux femmes se font la bise, se tournent vers les caméras. «Valérie, Valérie par ici, par ici » crient les photographes. Pour la première fois, Carla est éclipsée.

Le plus vaniteux. Pierre Bergé fait, bien entendu, partie des invités. Comment pourrait-il en aller autrement? Juste avant de monter les marches, il hésite. Et n'y tient plus. Comme happé par un aimant, il se précipite vers les caméras pour prendre un bain de cabotinage. Ah quel nirvâna d'être filmé, photographié ! Mais les photographes se fatiguent assez vite, sous le regard attristé de Bergé qui voit se tarir sa fontaine de Jouvence.

Le plus flagorneur. Dramaturge et directeur du Théâtre du Rond-Point, Jean-Michel Ribes triture le bras de Lionel Jospin, puis celui de la philosophe Sylviane Agacinski (femme de l'ancien premier ministre) pour tenter de les immobiliser, au moins pendant quelques secondes, devant les caméras. Jospin sourit l'air un peu gêné. Sylviane Agacinski cache son agacement. Mais Ribes est heureux comme le ravi de la crèche.

Les plus discrets. Nicolas Sarkozy attend François Hollande au bas des escaliers et s'efforce de se montrer chaleureux en serrant la main de son vainqueur. Le nouveau président a au moins le bon goût d'être de taille aussi brève que l'ancien. Les deux hommes ne s'attardent pas et filent à l'intérieur. Sarkozy va remettre à Hollande les codes de l'arme nucléaire. A la sortie, le nouveau président et sa compagne saluent l'«ex» et son épouse. Et Nicolas Sarkozy prend la main de Carla pour descendre les escaliers, fait un coucou au personnel de l'Elysée, part sans se retourner et s'engouffre dans sa voiture avec chauffeur. François Hollande est déjà à l'intérieur de son palais. Une page est tournée. Il se met à pleuvoir.

Jean-Noël Cuénod

CarlaVal.jpg

09/05/2012

Une force dangereuse qui monte, le social-nationalisme

La crise européenne a fait émerger une force qui prend de l'ampleur à chaque rendez-vous électoral, le social-nationalisme. Précisons d'emblée les termes. Le mot «populisme» - utilisé à tort et à travers pour qualifier l'extrême-droite contemporaine - ne signifie rien. Dans une démocratie, les politiciens doivent forcément s'adresser au peuple, prendre en compte son avis et donc faire du «populisme».

Jusqu'à maintenant, l'extrême droite actuelle relève surtout du national-libéralisme, comme l'UDC blochérienne, le Parti du progrès norvégien, celui de la Liberté aux Pays-Bas, le N-VA flamand et d'autres formations de ce genre, actives surtout au nord de l'Europe.

Ces mouvements politiques défendent des thèmes xénophobes et racistes visant les immigrés et l'islam. Mais aucun d'entre eux ne remet en cause l'ordre démocratique; d'autant plus que, jusqu'à maintenant, ils n'ont pas à se plaindre du verdict des urnes. En outre, ils sont, pour la plupart, des partisans de l'économie libérale. Enfin, ces nationalistes libéraux n'organisent pas de milices. Il s'agit avant tout de formations bourgeoises.

L'autre extrême-droite qui se développe aujourd'hui tient un discours différent et constitue un danger bien plus vif pour la démocratie. Il s'agit du social-nationalisme, le terme de national-socialisme renvoyant à une situation allemande de l'entre-deux-guerres qui ne correspond pas à notre époque. Toutefois, comme le fascisme originel italien et allemand, dont elle est l'héritière en ligne plus ou moins directe, cette extrême-droite mêle dans son idéologie protection sociale, glorification de l'identité «raciale» et affirmation nationaliste. Elle prospère actuellement dans l'Est et le Sud-Est de l'Europe. Son représentant grec, Aube dorée, vient d'entrer au parlement d'Athènes avec 21 députés sur 300. S'appuyant sur les mêmes bases idéologiques et de semblables méthodes violentes, le Jobbik hongrois dispose de 47 parlementaires sur 386 et l'Ataka bulgare, de 21 sur 240.

Sur de nombreux points, cette extrême-droite se situe en rupture avec le national-libéralisme. Plus qu'au sein de la bourgeoisie, elle recrute dans les milieux populaires. Loin de défendre le libéralisme économique, elle le voue aux gémonies. Mais surtout, le social-nationalisme se distingue par l'emploi qu'il fait de ses milices. Aube Dorée et Jobbikdisposent de groupes organisés militairement qui investissent certains villages ou quartiers pour tabasser les immigrés et les Roms. Si le national-libéralisme reste dans les clous de la démocratie, le social-nationalisme en sort carrément. Dans un Etat de droit, le monopole de la violence légitime doit rester dans les mains d'une force neutre, agissant sous le contrôle du pouvoir judiciaire. C'est pourquoi la police et la préservation de son monopole deviennent un thème politique majeur.

Jean-Noël Cuénod

                                      CES EMBLEMES VOUS RAPPELLENT-ILS QUELQUE CHOSE? (à gauche, Aube Dorée; à droite, Ataka)

Ataka_logo_transparent.png                                aubedoréée.png                                                                                                 

18:52 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : élections, europe, grèce, extrême-droite | |  Facebook | | |

08/05/2012

François Hollande au pied de la citadelle Merkel

François Hollande n'a pas le temps de souffler. Il sera investi dans sa fonction présidentielle mardi prochain. Mais dès maintenant, les dirigeants des principaux pays européens le poursuivent de leurs appels téléphoniques. Voilà le nouveau président français sommé de prendre position sur le pacte budgétaire adopté par vingt-cinq Etats membres de l'UE. Les fameux marchés financiers s'impatientent, ce qui rend nerveux les dirigeants d'une Europe fragile.

François Hollande veut renégocier ce pacte qui prône l'austérité budgétaire. Jusqu'à maintenant, la chancelière allemande refusait même d'entrer en matière. Mais l'échec de son allié Nicolas Sarkozy, s'ajoutant aux six autres changements à la tête de pays membres de l'Union, change la donne. Désormais, Angela Merkel sait qu'elle peut connaître à son tour la défaite aux élections législatives allemandes de septembre 2013.

François Hollande a donc un petit atout à jouer afin d'ajouter au «pacte d'austérité» un volet destiné à prendre des mesures en faveur de la croissance. Alors que Nicolas Sarkozy avait brûlé toutes ses cartouches en acceptant d'emblée les positions allemandes, le nouveau président français peut arguer de sa victoire pour persuader Angela Merkel d'accepter un protocole «croissance» à ce pacte budgétaire. Mais il devra s'allier à d'autres dirigeants européens, à commencer par Mario Monti.

Certes, le président du Conseil italien souhaite, lui aussi, que l'Allemagne assouplisse sa position et accepte d'allier croissance et rigueur. Mais le libéral italien et le socialiste français parlent-ils de la même croissance? Quand l'un s'efforce de libéraliser l'économie, l'autre veut financer des grands travaux. François Hollande et Mario Monti devront donc se mettre d'accord sur leur définition du mot «croissance» avant de monter à l'assaut de la citadelle berlinoise.

 

(Cet éditorial a paru mardi 8 mai dans la Tribune de Genève. Le plouc le reprend à l'attention, notamment, de ses amis français)

15:22 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, italie, allemagne, europe, crise | |  Facebook | | |

07/05/2012

A François Hollande, le droit de décevoir

François Hollande a donc obtenu des Français le droit de les décevoir. Il en va ainsi de chaque élection au sommet dans les démocraties dumonde globalisé. Un visage nouveau apparaît, suivi d'une cohorte d'espoirs souvent contradictoires. Puis vient le temps de la désillusion lorsque le mur de la réalité économique et financière surgit au tournant. «La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante», écrivait le poète soviétique Vladimir Maïakovski.

François Hollande sait qu'il ne pourra pas profiter de cet état de grâce qui avait embelli les premiersmois de pouvoir de ses prédécesseurs.
La situation du nouveau président français est d'autant plus inconfortable qu'il doit faire face à deux éléments contradictoires.

D'une part, ses concitoyens sont de plus en plus impatients devantleur économie qui se dégrade et veulent que le chef de l'Etat leur désigne rapidement des issues de secours. D'autre part, les marges demanoeuvre des Etats sont de plus en plus étroites, compte tenu des contraintes de l'Union européenne et de l'économie globalisée, qui laissent peu de champ au pouvoir politique national. La situation est d'autant plus périlleuse pour Hollande que le président français est nanti de pouvoirs exorbitants pour un Etat démocratique. Dès lors, le flot des mécontentements se dirigera presque exclusivement vers lui.

Toutefois, François Hollande a démontré durant cette campagne qu'il savait louvoyer tout en ne perdant jamais son cap. Il se pourrait bien que ce défaut apparent, que le président sortant et sorti fustigeait, devienne une précieuse qualité face à Angela Merkel; car il faudra la convaincre d'ajouter plusieurs louches de croissance dans les austères brouets qu'elle prescrit aux Européens de l'Union.

Cela dit, le socialiste doit tout d'abord gagner la prochaine manche, les élections législatives dans un mois. La France, qui apparaît aujourd'hui fort divisée, ne pourra pas se payer le luxe d'une cohabitation.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 7 mai 2012 dans "24 Heures" et en version un peu raccourcie dans la "Tribune de Genève")

13:41 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : élection présidentielle, france | |  Facebook | | |

06/05/2012

La longue marche de François Hollande. Le destin brisé de Nicolas Sarkozy

La victoire de François Hollande est l'issue d'un processus que le nouveau président français a mis de longues années à développer. Avec une opiniâtreté que tous ses adversaires, à l'intérieur du Parti socialiste (PS) comme à l'extérieur, ont sous-estimée, il a labouré ce département radical et chiraquien qu'est la Corrèze. Il a mis 27 ans à en être le patron. Mais ce temps-là n'a pas été perdu, de même que les onze années passées à la tête du Parti socialiste. Ainsi, il a pu tisser à la fois des réseaux locaux - indispensables dans une France attachée à ses racines rurales - et nationaux.

Durant la campagne cantonale de 2008 en Corrèze - qui a précédé sa victoire à la tête de ce département - un déclic s'est produit chez François Hollande. L'intellectuel humoriste à la taille ronde, à la mise négligée et aux loupes de myopes dévoreuses de visage a cédé sa place à un homme politique sérieux, au ventre plat, à l'élégance sobre et aux lunettes à fines montures. Certes, le rôle tenu dans cette transformation par sa nouvelle compagne la journaliste Valérie Trierweiller se révèle sans doute considérable. Mais le changement n'a pas opéré qu'en surface. L'aspect physique n'était que la traduction superficielle d'une mutation plus profonde; François Hollande a pris conscience que le rêve qu'il caressait depuis longtemps sans trop y croire, pouvait prendre forme. Son ironie et son autodérision ne constituaient plus des obstacles à cette prise de conscience. Dès lors, la force tranquille mitterrandienne qu'il avait mobilisée pour vaincre à Tulle lui a servi pour triompher à Paris.

Le "mou" et les "durs"

A chaque moment, Hollande a pris la décision qu'il fallait. Il a d'emblée annoncé qu'il vouait se porter candidat à la primaire du Parti socialiste, alors que Dominique Strauss-Kahn caracolait dans tous les sondages. Dès lors, lorsque DSK a sombré au Sofitel de New-York, les autres prétendants à la primaire ont été pris au dépourvu. La première d'entre eux, Martine Aubry, la patronne du PS, ne s'est portée candidate que par défaut. Après son large succès au primaire, Hollande a su mettre le PS au service de sa cause, malgré les morsures que lui avaient infligées Martine Aubry. Le «mou» sait être dur. Et la «dure» est vite rentrée à la niche. Il en a été de même durant la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy a multiplié les coups fumants mais fumeux pour le faire sortir de ses gonds. Mais Hollande s'est bien gardé de prendre part à cette danse de Saint-Guy et n'a pas dévié de sa ligne en réitérant calmement ses propositions.

La malédiction du Fouquet's

Cela dit, François Hollande ne doit pas sa victoire qu'à ses propres mérites. Il a été servi par le président sortant qui a présenté un pâle bilan de son action. Même si les crises n'ont pas épargné le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la France s'en est bien plus mal tirée que l'Allemagne et les autres pays à culture protestante ou germanique. En outre, durant sa campagne, Nicolas Sarkozy a dit tout et son contraire, sautant d'un sujet à l'autre, n'en creusant aucun, ne proposant rien de concret, enfilant approximations et mensonges. Mais surtout, l'arrogance, la vanité, le tape-à-l'œil, les Rolex, le Fouquet's, les copains milliardaires, bref, toute cette pompe  sarkozyenne, a donné à la majorité des Français, une furieuse et irrésistible envie de sortir le sortant.

La droite en miettes

Pour la droite démocratique, l'échec est sinon cinglant, du moins patent. Elle doit éviter qu'à cette Berezina présidentielle ne succède un Waterloo législatif. Les élections des députés à l'Assemblée nationale se dérouleront dans un peu plus d'un mois, les 10 et 17 juin. Dès lors, l'UMP risque fort de payer les pots cassés d'une campagne que Sarkozy - inspiré par son mauvais génie Patrick Buisson - a arrimée à l'extrême-droite. Plus forte que jamais, Marine Le Pen va fondre son Front national dans le Rassemblement Bleu Marine qui veut accueillir l'aile droite de l'UMP. Prise entre le centre en pleine recomposition et une extrême-droite forte, la droite classique devra redoubler d'effort pour faire entendre sa voix. D'ores et déjà les manœuvres pour les élections législatives ont commencé. François Hollande doit en recevoir la confirmation de son succès de dimanche et éviter une cohabitation.

 

 L'UMP va tenter de refaire son unité, le Rassemblement de Marine Le Pen s'apprête à faire entrer des députés au Palais Bourbon et les communistes entendent bien en faire de même en persuadant leur allié Jean-Luc Mélenchon de ménager les socialistes afin que ces derniers leurs laissent une part du gâteau.

20:00 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : élections présidentielle, france, 2012 | |  Facebook | | |

05/05/2012

Campagne présidentielle française: L’Europe, mal-aimée des… Européens

L’Europe a subi une grêle de coups durant la campagne présidentielle française qui vient de s'achever.  Nicolas Sarkozy réclame la  fermeture des frontières et menace de quitter l’Espace  Schengen. Sans oublier Marine Le Pen, qui doit une grande partie de son excellent  score au premier tour à ses attaques contre la zone euro. Mais la France n’est pas  la seule à naviguer entre euroscepticisme et europhobie. La défiance des Européens  vis-à-vis de leur continent est un sentiment très largement partagé.

La faute en revient tout d’abord aux institutions de l’Union européenne. Opacité  bureaucratique, arrogance technocratique, déficit démocratique figurent parmi leurs  défauts les plus insupportables. L’Union devient un bateau ivre piloté par des  ectoplasmes.

La plupart des politiciens nationaux ont cependant, eux aussi, créé ce climat  malsain par leur hypocrisie. Exemple parmi tant d’autres, le candidat Nicolas  vilipende Bruxelles, mais le président Sarkozy reçoit avec gourmandise  les subventions agricoles de Bruxelles, dont son pays est le premier et massif  bénéficiaire.
Dans de telles conditions, on se demande par quel miracle l’Europe unie garde encore  des partisans!

L’Union se trouve au milieu du gué. Et les eaux des crises économiques la font  vaciller. Comment s’en sortir? Retourner sur ses pas, chaque pays membre retrouvant  sa complète souveraineté? Ce point de vue est partagé par les diverses formations  souverainistes qui ont actuellement le vent en poupe au sein d’une part importante  des populations concernées. Une fois passée l’émotion de ce rêve aux décors  nostalgiques, la réalité têtue surgit avec sa rudesse coutumière. Comment défaire  ce qui a été savamment tissé depuis plus d’un demi-siècle sans provoquer des  déséquilibres majeurs en pleine tourmente économique?

Les souverainistes des pays de l’Union font penser à des claustrophobes qui  sauteraient de l’avion sans parachute dans l’unique but d’échapper à leur angoisse.  Bonjour l’atterrissage!

Dès lors, l’Europe est obligée d’avancer pour échapper aux remous actuels. Dans  cette société globalisée qui est la nôtre, qu’on le veuille ou non, seuls les grands  ensembles disposent de la taille nécessaire pour défendre leurs intérêts. L’Union  européenne doit donc devenir une puissance. Pour ce faire, elle ne saurait rester  dans l’état lamentable qui est le sien aujourd’hui. Il est inacceptable qu’un seul  pays, l’Allemagne en l’occurrence, préside aux destinées du continent. Les intérêts  des Allemands, pour légitimes qu’ils soient, ne concordent pas forcément avec ceux  des autres Européens.

Cela signifie donc que l’Europe doit progresser vers le fédéralisme. L’humanité n’a  encore rien trouvé de mieux pour assurer à des peuples de cultures différentes la  cohésion nécessaire à leur développement.

Jean-Noël Cuénod

 

(Cette chronique est parue en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures, jeudi 3 mai 2012

18:10 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

03/05/2012

Duel Sarkozy-Hollande: premier bilan à chaud

Que retirer de ce duel entre les deux prétendants à l'Elysée? Tout d'abord, Sarkozy n'a pas "explosé" Hollande comme il l'avait annoncé. Toutefois, le candidat socialiste n'a pas pour autant terrassé son rival de l'UMP. En filant la métaphore footballistique, disons que ce match s'est déroulé au centre du terrain avec deux défenses avancées, ne laissant pas beaucoup d'espace où le jeu puisse se développer. A un Sarkozy hargneux et grincheux, a répondu un Hollande tellement soucieux de ne pas commettre de faux pas qu'il en paraîssait constipé. De ce point de vue-là, Sarkozy a fait passer plus d'émotion. Mais cela ne l'a pas rendu plus sympathique pour autant.

Ce débat ne va sans doute pas bouleverser la situation, trois jours avant le second tour, dimanche. Ce qui d'ailleurs avantagerait le socialiste qui caracole en tête de tous les sondages.

 Sur le plan économique, François Hollande a non seulement tenu le coup mais il a paru mieux affuté que son adversaire parfois brouillon... Un comble pour un président sortant, c'est son challenger qui semblait plus compétent! Mais dans le domaine de l'immigration, Sarkozy l'a emporté en plongeant Hollande dans ses contradictions. Il faut dire que le président UMP a embobiné son rival en confondant immigration légale et immigration clandestine. Vieille tactique de l'avocat: "Quand ze vois que mon affaire est mal partie, z'embrouille, z'embrouille!" expliquait - avec ce cheveu sur la langue qui manquait cruellement à son crâne dégarni - le grand plaideur Edgar Faure, ministre quasi-inamovible des quatrième et cinquième Républiques.

Sarkozy a donc embrouillé au grand dam de Hollande, du moins sur l'immigration. Le président-candidat a sans doute convaincu quelques frontistes de voter pour lui. Mais sera-ce suffisant pour combler son retard? 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Les conclusions des deux rivaux à la fin du bras-de-fer.

 

02/05/2012

Le Pen fille et son cocktail bleu Marine

Le plouc s'est donc tapé, mardi les trois 1er-Mai, tout d'abord celui de Marine Le Pen entre le Palais-Royal et l'Opéra Garnier, ensuite le Sarkoshow au Trocadéro et enfin le défilé syndical, vers la Bastille. Tous trois ont bénéficié d'une forte affluence. Les métingues en plein air redeviennent ce qu'ils étaient jadis, des rendez-vous indispensables dans l'agenda électoral.

Le plus intéressant reste celui de la famille Le Pen et de sa petite entreprise qui connaît un succès considérable. On pourrait même le qualifier de "croissant" si le terme ne faisait pas trop songer à un minaret. Comme son père, la Marine nationale vogue avec aisance sur le flot des foules. Attendant que l'UMP explose, elle se prépare à récolter les débris de la droite dite "classique" pour devenir l'opposante numéro de François Hollande dont elle espère la victoire. Elle votera blanc, proclame-t-elle. Mais c'est un blanc teinté de rose.

Tout au long de son discours, Le Pen fille nous a présenté son cocktail bleu marine dont le plouc vous donne la recette en inexclusivité Coctail-Bleu-Marine.jpgmondiale:

  • une pincée de laïcité
  • une giclée d'esprit républicain
  • une cuillerée à soupe de social
  • une poignée de xénophobie
  • une rasade d'islamophobie
  • une louche de démagogie

Agitez tous ces ingrédients, réchauffez avant chaque élection et consommez sans la moindre modération.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Devant la journaliste Anne-Sophie Lapix, Marine Le Pen s'est montrée nettement moins à l'aise que devant l'Opéra, comme en témoigne cette vidéo prise sur Canal + dimanche 15 janvier 2012.

 

 

18:22 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : video, front national, marine le pen, élections, france | |  Facebook | | |

29/04/2012

IN FINE

 

Je cherche à tâton

La main du guide

Mais je ne saisis

Qu'un bout de nuit

Mes pas s'égarent

Sur les collines

Dans le silence

A flanc de coteau

 

Je suis perdu

Et me retrouve

Enfin et en fin

Jean-Noël Cuénod

PS: Merci à tous les amis du plouc de ne pas l'avoir laissé seul comme un veau au Salon du Livre de Genève

23:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

27/04/2012

Salon du Livre: ne laissez pas le plouc seul comme un veau!

veauquipleure.jpg

Après le Salon du Livre de Paris, le plouc attaque celui de Genève où il présente deux bouquins. Par pitié, ne le laissez pas seul comme un veau qui pleure (cf. l'étiquette de camembert dessinée par l'inoubliable Benjamin Rabier) devant sa pile de livres à Palexpo.

Voici donc ses jours et heures de présence au Salon du Livre de Genève 

  •  Samedi 28 avril, de 10 h. à midi, Jean-Noël Cuénod présente son nouveau recueil de haïkus «Le Goût du Temps» au stand Samizdat i 1141 (i comme Ibsen, en face de l'exposition Courbet).  
  •  Dimanche 29 avril, de 13 h. à 14 h. 30, le même Cuenod brandit son «Quinquennat d'un plouc chez les bobos» (cinq ans de chronique dans le Paris et la France de Sarkozy) au stand Slatkine F 841.

17:07 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/04/2012

Présidentielle 2012: le centre, espace quantique de la politique française

François Bayrou est l'une des principales victimes du premier tour de l'élection présidentielle française, ne drainant que 9,13% des voix. Il a donc perdu la moitié de ses électeurs par rapport à 2007. Pourtant, ses idées ne cessent de parcourir la campagne actuelle. Depuis plus de cinq ans, le centriste fondateur du MoDem sonne le tocsin devant le tsunami de la dette publique. Cette année, Bayrou a été le premier à pointer du doigt la désindustrialisation de son pays. Alors, pourquoi sa mayonnaise n'a-t-elle pas pris?

 L'explication immédiate est de mettre en cause la personnalité de François Bayrou qui n'a pas été capable de construire une équipe forte. La politique est à l'image du cyclisme, un sport individuel pratiqué collectivement. Même le plus doué des coureurs ne peut gagner le Tour de France sans plusieurs équipiers de valeur. Il y a du Poulidor, chez Bayrou!

 Mais il existe aussi des causes plus profondes. Tout d'abord, il n'y a pas qu'un centre en France mais plusieurs, depuis fort longtemps. Cet espace politique apparaît, en effet, comme une sorte de lieu quantique gouverné par le principe d'indétermination. Le croit-on vers la gauche? Le voilà qui penche à droite simultanément. L'espère-t-on à droite? Il surgit aussitôt à gauche. Il paraît donc bien difficile de mobiliser les électeurs avec cette géométrie variable.

 De plus, le centre a toujours été divisé. Sous la IIIe République, il était écartelé entre les formations proches de l'Eglise catholique et le Parti radical qui mangeait du curé à tous ses banquets républicains. Après la Libération, l'alliance des démocrates-chrétiens du MRP (Mouvement républicain populaire) et des radicaux a été le pivot des multiples gouvernements, alliance fragile dans une IVe République qui l'était tout autant. L'avènement de la Ve a fait voler le centre en éclats. Il n'est pas mort pour autant, mais a servi, sous diverses formes, de force supplétive au gaullisme et à ses avatars.

 Fort de sa troisième place en 2007, François Bayrou a tenté de reconstituer un parti autonome et central entre la gauche et la droite de gouvernement. Mais les divisions anciennes du centre ont alors ressurgi. Une autre forte personnalité est apparue, Jean-Louis Borloo, le patron du Parti radical. Bayrou n'était plus le représentant d'un centre unifié mais le chef de la faction démocrate-chrétienne d'un centre pluriel. L'entente entre les deux dirigeants aurait pu créer une dynamique nouvelle, après avoir surmonté les obstacles entre démocrates-chrétiens et «laïcards». Elle n'a pas été possible en raison de la démesure des ego et des intrigues de Nicolas Sarkozy qui voyait, à juste titre, sa mort politique dans cette alliance.

 

Le centre disparaîtra-t-il au fond d'un trou noir? En tout cas, sa marge de manœuvre étant étroite, le futur président, quel qu'il soit, sera bien forcé de gouverner au centre. Avec ou sans les centristes.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

François Bayrou dans son nouveau spectacle d'après-premier tour: "Grognons sous la pluie"

19:42 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : élections, bayrou, elysée, vidéos | |  Facebook | | |

24/04/2012

Le plouc sort un deuxième bouquin : des haïkus qui n'ont rien à voir avec quelque quinquennat que ce se soit.

Les Editions Samizdat, animée par Denise Mützenberg et Claire Krähenbühl, publie un nouveau recueil de poésie de ma pomme. Cette fois-ci, il s'agit de haïkus préfacés par une enseignante française en philo, spécialiste du Japon, Marianne Rillon. Les magnifiques illustrations sont dues au peintre parisien Philippe Rillon.

Ce  bouquin n'a donc rien à voir avec le « Quinquennat d'un plouc chez les bobos » (Editions Slatkine) du même Cuénod. Ledit bouquin continue d'ailleurs d'être en vente. Réclamez-le à votre libraire sur un ton comminatoire.

Le plouc participera au Salon de Genève. Voici donc ses heures de présence

  • - Samedi 28 avril, de 10 h. à midi, Jean-Noël Cuénod présente son nouveau recueil de haïkus «Le Goûtdu Temps» au stand Samizdat i 1141 (i comme Ibsen, en face de l'exposition Courbet)

 

  • - Dimanche 29 avril, de 13 h. à 14 h. 30, Jean-Noël Cuénod présente le «Quinquennat d'un plouc chez les bobos» (cinq ans de chronique dans le Paris et la France de Sarkozy) au stand Slatkine F 841.

 

En attendant, voilà le bon de souscription pour « Le Goût du Temps »

GdT1.jpg

16:58 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, haïkus, japon, salon du livre, genève | |  Facebook | | |

22/04/2012

Marine Le Pen en embuscade contre Sarkozy puis Hollande

marine-le-pen Langue.jpgOutre le Parti socialiste qui, avec son candidat François Hollande, se place en grand favori du second tour de l’élection présidentielle française, l’autre vainqueur du scrutin de dimanche est le Front national et sa prétendante Marine Le Pen.
 Avec près de 20% des suffrages, elle inscrit durablement l’extrême droite au premier plan du paysage politique de l’Hexagone. Elle dépasse même son père.

 Certes, Jean-Marie Le Pen avait réussi à se qualifier pour le sprint final de la présidentielle 2002, mais avec un score moins élevé qu’elle au premier tour (17,8%). De plus, le chef d’alors du Front national bénéficiait d’un effet de surprise. Personne ne l’avait vu venir à une telle place. Sa progression ne s’était révélée fulgurante que durant les derniers jours précédant le scrutin d’avril 2002.

Tel n’est pas le cas de sa fille. Les sondages l’ont installée à une place élevée dans l’opinion depuis une année; elle était même donnée comme possible qualifiée pour le second tour. Force est de constater que le Front national en version blonde et talons hauts ne fait plus peur. La «dédiabolisation» mise en place par Marine Le Pen a réussi, malgré les récentes provocations paternelles.

Pour l’instant, la patronne du Front national a tout intérêt à tabler sur une victoire de François Hollande au second tour, ce qui la transformerait en opposante de premier plan. En outre, une défaite de Nicolas Sarkozy risque fort de faire voler en éclats l’UMP qui a montré durant ce quinquennat sa fragilité et sa tendance à la désunion. Entre la tendance humaniste qui lorgne vers le centre et celle qui penche vers le Front national, l’unité sera bien malaisée à maintenir. D’autant plus que les rivalités personnelles sont en train de pourrir l’atmosphère au sein du parti présidentiel.

Marine Le Pen espère donc ramasser les débris de l’UMP pour construire le grand parti de la droite dure. Un parti de gouvernement.

Jean-Noël Cuénod

22:50 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : élection présidentielle, france, front nationa | |  Facebook | | |

19/04/2012

présidentielle 2012: le rêve français, illusions et espoir

C'est fou ce que l'on rêve durant la campagne présidentielle française! Au fil des meetings, les candidats inscrivent dans les songes de fabuleux destins, quitte à traiter leurs adversaires de «rêveurs». Comprenne qui pourra.

 

Certes, en Suisse, le rêve ne fait pas partie de notre vocabulaire électoral. Même le plus échevelé des poètes surréalistes ne pourrait envisager un seul instant de rêver après un discours de ce brave Schneider-Amman ou un entretien avec la déprimante Eveline Widmer-Schlumpf. Quant à Blocher, il ne saurait susciter que ces cauchemars provoqués par les lourdeurs stomacales. En matière d'onirisme politique, la France est donc bien mieux pourvue. Toutefois, elle n'en détient pas le monopole.

 

Aux Etats-Unis, l'«American dream» deviendrait presqu'une marque déposée. Leur équipe de basket avait été surnommée «dream team» lors des Jeux olympiques de 1992. Et le fameux «I have a dream» du pasteur Martin Luther King résonne encore dans toutes les âmes. D'ailleurs, le rêve des Américains a excellente presse. Alors que les voisins de l'Hexagone, surtout anglo-saxons, raillent celui des Français. Le rêve d'outre-Atlantique fait rêver. Celui d'outre-Jura fait ricaner. Il y a là une certaine injustice.

 

Bien sûr, les candidats à la présidence française chantent à leurs électeurs de jolies berceuses aux illusoires refrains. Aucun d'entre eux - sinon de temps en temps François Bayrou dont la voix ne porte guère - n'a le courage d'expliquer à ses électeurs à quel point la situation de la France approche de la catastrophe.

Il est sidérant de constater que la réforme du permis de conduire et la viande halal ou pas halal ont éclipsé la hausse massive de la dette publique. Or en 2011, le service de cette dette a obligé la France à verser aux banques un montant supérieur (près de 47 milliards d'euros) au budget de l'Education nationale.

 

Toutefois, le rêve français n'est pas tissé que de calembredaines pour banquets républicains. Il a sa noblesse populaire. Et si Jean-Luc Mélenchon parvient à déplacer les foules, c'est sans doute moins à son programme plutôt fumeux qu'il le doit qu'à cet appel au rêve fraternel qu'il a su faire vibrer dans les cœurs d'une partie des Français.

 

Ce monde s'épuise à suivre les délires du capitalisme financier et à subir l'hystérie de la société de consommation - avec de moins en moins de consommateurs et de plus en plus de frustrés -, ce monde disais-je, a soif. Soif de partage et de solidarité; soif d'échanges gratuits et non plus de relations marchandes; soif de rencontres réelles et non plus de rendez-vous virtuels.

 

Un jour peut-être, les Français débarrasseront leur rêve de sa gangue d'illusions. Alors, leur pays ne fera plus ricaner. Et redonnera au monde ce qu'il lui avait jadis offert, un espoir de fraternité.

 

Jean-Noël Cuénod

12:24 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : sarkozy, hollande, bayrou, mélenchon, élection | |  Facebook | | |

12/04/2012

Secret bancaire: le grand bal des faux-culs est ouvert

A chaque élection importante dans l'un de nos pays voisins, taper sur la Suisse et son secret bancaire est devenu figure imposée. L'actuelle campagne présidentielle française ne saurait faire exception. Et c'est le grand bal des faux-culs qui commence! Car dans ce domaine, tous les protagonistes se montrent d'une hypocrisie massive.

 

La Suisse tout d'abord. Elle déploie une énergie sans faille à protéger l'anonymat de riches contribuables étrangers afin qu'ils puissent frauder le fisc de leur pays en toute impunité. On peut retourner ce problème dans tous les sens, il s'agit là d'une assistance active aux fraudeurs, ni plus ni moins. Pour tenter de masquer ce qui relève de la mentalité délinquante, la Suisse financière avance cet argument: le secret bancaire aurait été inventé pour permettre aux Allemands de mettre leurs biens à l'abri des nazis. Mais ces derniers ne sauraient servir d'éternels alibis 67 ans après leur chute.

 

Cela dit, la Suisse n'est pas la reine de ce bal des faux-culs. Que dire de la France? Côté face, ses dirigeants, tous partis confondus, n'ont pas de mots assez durs pour stigmatiser ces vilains profiteurs helvétiques. Côté pile, les mêmes politiciens courent vers les bords du Léman pour planquer les caisses noires de leurs partis. Sans oublier les grands groupes industriels français qui ont élevé l'«optimisation fiscale» au rang des beaux-arts.

 

L'Allemagne n'est pas en reste. Elle cible ses attaques sur la Suisse, mais prend bien garde de ménager les autres Etats qui pratiquent, sous des formes parfois encore plus opaques, le secret bancaire, comme la Grande-Bretagne et certains Etats nord-américains. Mais l'une fait partie de l'Union européenne et doit ainsi être ménagée, car Berlin peut toujours avoir besoin de Londres pour avancer ses pions au sein de l'UE. Et les autres appartiennent à la plus importante puissance mondiale. Il est nettement moins dangereux de cogner sur Berne que d'égratigner Washington.

 

De plus, Genève occupe la première place mondiale en matière de gestion de fortune (27% de la fortune du globe), selon Gardiner Finance LLC, devant la Grande-Bretagne et le Luxembourg. Cette position attire forcément les convoitises. Les vertueuses attaques menées en Europe et aux Etats-Unis contre le secret bancaire helvétique ont donc pour mobile réel de prendre la place d'un concurrent d'autant plus fragile qu'il se trouve - par la faute des blochériens - isolé diplomatiquement.

 

Si le secret bancaire suisse est aboli, la fraude fiscale profitera à d'autres contrées et ne sera pas tarie pour autant. Elle est consubstantielle à l'économie capitaliste qui a pour moteur l'énergie que procure la cupidité. Or, celle-ci ne peut pas se satisfaire du respect des règles fiscales et cherchera toujours à s'en affranchir. Dès lors, la fraude fiscale n'est ni un accident ni une anomalie dans notre société.

 

Jean-Noël Cuénod

 

(Texte paru jeudi 12 avril 2012 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et "Perspective" de la Tribune de Genève)

09:40 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

08/04/2012

Les baha'is crucifiés par le pouvoir iranien

En cette période pascale, il est temps de se rappeler les crucifiés d'un régime d'oppression qui a Dieu dans la bouche et le diable dans ses actes. Dès son avènement, la dictature de Téhéran a voué une haine tenace aux fidèles d'une religion, née pourtant en Iran, qui professe le pacifisme le plus absolu, le baha'isme.

 

Ne menant aucune action antigouvernementale, ne soulevant aucun trouble, prônant la non-violence en toute occasion, les baha'is ne sont coupables aux yeux des Mollahs que d'un «crime», celui de reconnaître un prophète, Baha'u'llah, apparu après Mohamed. Or, celui-ci, selon l'islam, clôt le cycle des prophètes. Toute révélation qui lui est postérieure relève du blasphème, d'après le dogme musulman.

 

Depuis une semaine à Paris et dans d'autres grandes villes du globe les portraits géants de sept dirigeants baha'is - emprisonnés en Iran dans des conditions épouvantables - ont été placardés par l'organisation de défense des droits de l'homme «United4Iran». Donnons leur identité, puisque le régime de Téhéran fait tout pour que le monde les oublie:

 

 Fariba Kamalabadi, Jamaloddin Khanjani, Atif Naeimi, Saied Rezaie, Mahvash Sabet, Behrouz Tavakkoli et Vahid Tizfam.

 

Cette action internationale marque les 10 000 jours d'incarcération cumulés par les sept anciens responsables de la communauté baha'ie d'Iran. Ils ont été arrêtés en 2008 et condamnés chacun à 20 ans de réclusion pour «espionnage» - l'inculpation favorite des dictateurs - à la suite de procès de type stalinien.

 

La semaine passée la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde a consacré deux pages à la situation des baha'is en Iran relevant «des traitements de plus en plus impitoyables, y compris l'accroissement du nombre d'arrestations, de détentions, d'attaques violentes des domiciles privés».  Le rapport d'Amnesty international 2011 dressait le même constat (se référer au lien).

 

Naguère, les religions révélées avant l'apparition du Coran - le christianisme, le judaïsme, le zoroastrisme - étaient moins persécutées par la mollarchie. Ce n'est plus vrai maintenant, constate la Commission américaine. Si elles sont, théoriquement, reconnues et protégées par la Constitution iranienne, ces communautés deviennent «l'objet d'une discrimination croissante, d'arrestations et d'emprisonnements.» Les Iraniens convertis au christianisme sont particulièrement visés. Même certains musulmans ne sont pas épargnés, comme les soufis qui pratiquent un enseignement ésotérique dépassant l'espace borné des dogmes.

Dans l'Iran d'Ahmadinejad et du Guide Suprême, le poète perse Omar Khayyam aurait subi mille tourments. Puisse sa voix surgir un jour des ruines de cette dictature:

 

Qu'il est vil, ce cœur qui ne sait pas aimer, qui ne peut s'enivrer d'amour! Si tu n'aimes pas, comment peux-tu apprécier l'aveuglante lumière du soleil et la douce clarté de la lune?

 

Jean-Noël Cuénod

18:37 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

05/04/2012

De l'autre côté du Périph'

Le Périph'est plus qu'un anneau de bagnoles tournant autour de Paris comme des poissons gris - attention certaines espèces proches des piranhas à moteur se révèlent dangereuses - dans leur bocal, plus qu'une limite, plus qu'un mur. C'est une frontière. Samedi, le plouc et la plouquette sont allés applaudir de formidables clowns-artistes «Les Paraconteurs», un duo formé par le Genevois de Paris Mathieu van Berchem et son complice Eric (Le plouc vous en parlera ultérieurement). Ils participaient au festival de clowns organisé à Bagnolet, situé à un jet de pneu brûlé de Paris.

De pneu brûlé, car dès la sortie du métro Gallieni, terminus de la ligne 3, une chaude ambiance accueille plouc et plouquette. Juste à côté du métro, sous cet énorme nœud autoroutier entre le Périph'et l'A3, un grand camp de Roms est ravagé par les flammes. Une épaisse, grasse et noire fumée envahit l'autoroute qui est aussitôt fermée. Pompiers et flics débarquent. Des meutes de petits mendiants courent en riant, se fichant pas mal des objets anéantis par le feu puisqu'eux n'ont rien. Pour ces gosses, c'est la fête. Une rupture dans la routine main tendue, chapardage, arrestation, remise dans la rue. Des femmes en jupes longues et nattes affolées tentent de réunir ce troupeau anarchique et glapissant. En vain. Les hommes, eux, regardent le spectacle, impassibles, les mains dans les poches, en supputant un relogement possible. D'autres badauds brandissent leurs smartphones pour l'enregistrer afin de faire les intéressants au bistrot. Surtout, ne pas perdre une braise de ce sinistre. Un hurlement: «Ça va exploser!». Mais ça n'explose pas. Les médias annonceront qu'une femme et un enfant ont été légèrement intoxiqués.

Plus loin, sur le chemin qui conduit au quartier de Bagnolet judicieusement intitulé «Malassis», une guimbarde part dans tous les sens et à toute vitesse. Elle heurte le muret d'un rond-point, ricoche contre le bord du trottoir, repart au milieu de la route, retourne vers le rond-point pour faire carrousel. Dans la voiture, quatre types pétés comme des pruneaux d'Agen mais pas à jeun. Une patrouille de flics passe, regarde ailleurs et s'en va aussitôt. Bienvenue à Bagnolet.

Juste de l'autre côté du Périph', c'est Paris. Un Paris coquet, vieillot avec les pavillons du quartier «La Campagne à Paris» construit en 1926. Jardinets proprets. Balcons hortensifiés. Pelousettes nettes. Rosiers pomponnés.

 

Dites-moi, de quel côté se trouve la réalité?

  

Jean-Noël Cuénod

VIDEO Cet incendie capté par le smartphone d'un témoin (BFMTV)

 

12:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : incendie vidéo | |  Facebook | | |

28/03/2012

Après les crimes de Merah, bagatelles législatives pour un massacre

Non, Nicolas Sarkozy n'a pas changé, contrairement à ce qu'il répète à chaque intervention publique. A peine le siège du tueur de Toulouse Mohamed Merah était-il terminé, que le président français a laissé libre cours à son réflexe pavlovien: un événement violent déclenche aussitôt une nouvelle loi. Il en va ainsi chaque fois que l'émotion populaire entre en ébullition.

 

Au mieux, ces bagatelles législatives pour un massacre ne servent qu'à faire du bruit médiatique et n'ont aucune conséquence. D'autant plus que les réformes brandies existent déjà dans les codes. Il suffirait de les appliquer, ce qui est moins spectaculaire et plus efficace. Mais plus coûteux aussi, puisqu'il faut dégager des moyens en effectifs et en matériel.

 

Au pire, ces «LEMI» (Lois à effet médiatique instantané) sont nuisibles en ce qu'elles lèsent la liberté individuelle de façon disproportionnée et sans que cela augmente d'un iota la sécurité collective. La dernière annonce du président-candidat est à ranger dans cette catégorie. Rappelons-en la teneur: «Toute personne qui consultera des sites Internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera punie pénalement».

 

Nicolas Sarkozy aurait pu envisager de réprimer le téléchargement de vidéos à contenu terroriste, comme cela se pratique pour les images à caractère pédopornographique. Mais non, c'est le simple fait de consulter un site qui catapultera l'internaute devant les tribunaux! Les chercheurs et les journalistes qui doivent se tenir informés des développements de la mouvance terroriste risquent d'être poursuivis eux aussi.

 

Les partisans de cette mesure rétorqueront que la loi prévoira des exceptions. Il y aura donc des justiciables qui auront le droit de surfer sur les sites terroristes et d'autres qui seront condamnés pour ce même acte. On souhaite bien du plaisir aux policiers et aux juges qui perdront un temps précieux à faire le tri ou décider si tel ou tel site appelle à la haine et à la violence.

 

Outre son caractère ubuesque, ce projet de loi dénote une inquiétante volonté de brider la liberté qui règne dans la sphère Internet. Une liberté menacée par les pouvoirs économiques - qui veulent faire payer demain sur la Toile ce qui est gratuit aujourd'hui - et les pouvoirs politiques - qui supportent mal de ne pas maîtriser cet espace. Dès lors, les causes les plus légitimes, telles que la sauvegarde des droits artistiques et la lutte contre le terrorisme, sont instrumentalisées pour grignoter progressivement le cyberespace de liberté et le réduire en peau de chagrin.

Sous le coup de l'émotion, nous sommes enclins à soutenir des lois liberticides, pensant qu'elles nous protègent.

 

 Et puis, un vilain jour, nous prenons conscience que cette liberté tant célébrée dans les discours est devenue coquille vide et qu'ainsi nous avons perdu une part essentielle de notre humanité.

 

 

Jean-Noël Cuénod

11:21 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : toukouse, terrorisme, sarkozy, internet | |  Facebook | | |

26/03/2012

Nicolas Sarkozy et les « musulmans d'apparence »

Le candidat-président Nicolas Sarkozy aime la France qui se lève tôt. Cette affection est d'autant plus méritoire que lui-même n'est pas « du matin » comme le démontre sa dernière balourdise. En prenant leur petit-déjeuner ce lundi, les auditeurs de France-Info ont pu ouïr l'Hyperomni bredouiller à propos des militaires assassinés par le terroriste Mohamed Merah :

« Je rappelle que deux de nos soldats étaient - comment dire ? - musulmans, en tout cas d'apparence, puisque l'un était catholique. D'apparence... Comme on dit : de la diversité visible. »

 Tout d'abord, s'il devait passer l'examen de français qu'il a imposé début janvier aux candidats à la naturalisation, il n'est pas sûr que Sarkozy obtienne son passeport. Ensuite, enfermé dans sa bulle - certes portative - élyséenne, le présimonarque reste prisonnier des vieux clichés. Non, tous les Arabes ne sont pas musulmans et dans leur grande majorité, les musulmans ne sont pas Arabes. D'ailleurs le pays qui compte le plus de fidèles de l'Islam est l'Indonésie. En outre, il existe des Européens de souche qui se sont convertis à la religion du Coran comme feu Maurice Béjart.

A force de simplifier leur discours, persuadés que leur auditoire est composé d'imbéciles, les politiciens se prennent les pieds dans le tapis persan.

Si l'habit ne fait pas le moine, le bronzage ne fait pas l'imam !  

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

VIDEO : Nicolas Sarkozy en plein exercice de natation verbale.

 

15:09 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : islam, terrorisme, sarkoty, campagne 2012 | |  Facebook | | |

22/03/2012

Après les massacres de Toulouse et Montauban: rétablir la République

Les massacres de Montauban et de Toulouse soulèvent en France et hors de l’Hexagone une émotion d’une rare intensité. Mais que faire de cette émotion? Tout d’abord, ne pas se bercer d’illusions. Il y aura d’autres Mohamed Merah, le suspect de ces tueries, et d’autres Anders Breivik, le Norvégien qui a tué 77 jeunes socialistes de son pays l’été dernier. On ne saurait éradiquer la folie meurtrière qui fait partie de l’humanité dans tout ce qu’elle a de complexe, de tortueux et de torturé.


Faut-il baisser les bras devant cette fatalité? Certes non, car ces atrocités fulgurantes font apparaître des failles dans les sociétés où elles éclatent. Si l’on ne peut rien contre la folie, en revanche, il est impératif de remédier à ces failles. Ainsi, comme le signalait le candidat centriste François Bayrou, les massacres de Toulouse démontrent avec quelle facilité on peut faire son petit marché des armes de guerre. Cela prouve, une fois de plus, que des zones entières sont devenues opaques aux yeux de la République française. De même, les principes de base de la vie sociale en démocratie semblent opaques au regard de certains Français – très minoritaires, certes – englués comme Merah dans l’idéologie salafiste version violente qui rêve d’un retour à l’époque du prophète Mahomet. L’erreur criminelle serait de les confondre avec l’immense majorité des musulmans qui n’aspirent qu’à vivre en paix.


Dès lors, abattre ces murs qui se sont élevés entre la France et certains de ses ressortissants devient urgent. C’est donc la République, avec toutes ses valeurs – qui sont aussi les nôtres en Suisse – qu’il convient de restaurer dans tous les territoires, trop longtemps laissés à l’abandon. Tant que des petits chefs de gangs contrôleront les allées, voire les immeubles, de certaines cités et tant que l’enseignement laissera dans l’ornière des milliers de jeunes, la République restera lettre morte
 

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru dans la Tribune de Genève de jeudi 22 mars 2012)

00:58 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : mohamed merah, terrorisme | |  Facebook | | |