28/12/2011

VIVE EAU

DSachot1.jpg

Une onde vibrante
Parcourt les eaux du ciel
Pour créer la Terre

 

          ***  

 

Le règne de l’eau
Ne connaît aucune rive
Puissance sans fond

 

          ***


Le sel d'un instant
Se dissout dans la pluie
De tes caresses

 

          ***

Il pleut sur ma peau
Des gouttes de ta nuit
Qui étend sa main.

 

Jean-Noël Cuénod (la photo est tirée du remarquable blogue édité par le photographe Dominique Sachot (site:http://doque.over-blog.com)

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25/12/2011

Cancer social et triste passions des préférences

Le Plouc apprend en lisant l'excellent blogue de l'ami Souaille qu'il existe une notion de « préférence cantonale » développée sans doute par ces politibraillards de bistrot qui semblent faire la loi à Piogre. Jadis, le père Le Pen avait illustré ainsi cette pensée visionnaire : « Je préfère mes filles à mes nièces, mes nièces à mes cousines, mes cousines à mes voisines et mes voisines à des étrangères ».  Il a donc élaboré le slogan de la « préférence nationale ». Montant d'un degré, les sarkozystes militent maintenant pour la « préférence européenne ». Mais avec les politibraillards de Piogre, on tombe dans l'escalier : voilà la « préférence cantonale ».

 

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Instaurons la « préférence communale », puis la « préférence de quartier ». Continuons avec la « préférence d'immeuble » qui n'est qu'une étape avant la « préférence d'étage », puis la « préférence d'appartement. » La suite logique en est la «préférence individuelle ».

 

 Allons encore plus, loin, avec la « préférence organique ». Un organe revendique d'être privilégié par rapport aux autres. Il est apparu en premier dans le fœtus, prétend-il. C'est alors que les cellules se mettent à leur tour à se combattre les unes contre les autres, au nom de la « préférence cellulaire ».

Cela s'appelle le cancer. Bon Noël quand même.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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22/12/2011

La faim, un massacre invisible et quotidien

Cannes 2011, au Sommet du G20. Les organismes d'entraide tentent d'extirper la meute journalistique de son obsession, à savoir la crise de l'euro. Mais la petite voix de ces organisations non-gouvernementales (ONG) ne parvient guère à percer dans le tintamarre orchestré par un expert en bruits médiatiques, Nicolas Sarkozy, temporaire Roi du monde à la tête du G20.

 

Toutefois, en tendant bien l'oreille, le journaliste dûment accrédité peut percevoir le message des ONG, à savoir que les soucis des Européens prennent une place démesurée comparés à ce constat effrayant dressé, entre autres, par Mauricio Cunha qui dirige une quarantaine de programmes humanitaires au Nordeste brésilien:

 «920 millions d'hommes et de femmes - dont 200 millions d'enfants - se couchent chaque soir sans avoir mangé durant la journée. Et le Sommet de Cannes n'a abordé cette réalité que de façon accessoire».

 

Dans son dernier livre, «Destruction massive - Géopolitique de la faim» (Seuil), Jean Ziegler se fait le relais de ceux qui luttent contre la famine et la malnutrition. L'ancien rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation et actuel vice-président du Comité consultatif au Conseil des droits de l'homme de l'ONU décrit l'état des lieux de la faim qui n'a cessé de croître.

 Les principales victimes sont les enfants dont les neurones se forment durant les cinq premières années de leur existence. Si pendant cette période cruciale, les petits ne reçoivent pas «une nourriture adéquate, suffisante et régulière», ils resteront des mutilés cérébraux à vie. C'est donc des nations entières dont le développement est ainsi mis en péril. Dès lors, parler en l'occurrence d'un «massacre de masse» n'est pas exagéré.

 

Notre société média-mercantile invente des bidules électroniques toujours plus complexes. Elle est magnifique d'efficacité dans le futile, le superflu et l'accessoire. Mais quand il s'agit de s'attaquer au premier des scandales, celui de la malnutrition, son imagination créatrice se tarit aussitôt. Le concept n'est pas vendeur, voyez-vous.

 

Les prédateurs de la faim sont nombreux mais identifiables, entre les riches dirigeants des pays pauvres - qui préfèrent alimenter leurs comptes en Suisse plutôt que le garde-manger de leurs concitoyens - et les spéculateurs qui, après s'être livrés à la prédation dans le domaine boursier, usent des mêmes techniques spéculatives dans le marché agroalimentaire. Après avoir mis à sac la finance en 2008, ils vont en faire de même dans l'alimentation.

Et pourquoi se gêneraient-ils? La famine tue tous les jours mais en silence.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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17/12/2011

L'Europe nouvelle vogue sans les peuples

La crise de la dette a donc donné naissance à une Europe à l'accent allemand. Le nouveau traité européen qui devrait être présenté à la ratification des 26 Etats (la Grande-Bretagne s'est retirée du jeu) en mars marque une régression démocratique qui ne paraît guère émouvoir les politiciens du continent. Le principe de sa création a été arrêté à Bruxelles les 8 et 9 décembre, dans l'urgence, lors de l'un des multiples «Sommets de la dernière chance». Ce texte est en cours d'élaboration ultrarapide, puisqu'il devrait être achevé dans quinze jours.

 

Evidemment, tout va plus vite en boutant les peuples hors du champ des décisions. «Les consulter? Vous n'y songez pas... Le feu de la crise menace de brûler toute l'Union et ses billets d'euros. On n'a pas le temps de finasser. Laisser faire les pompiers!»

 

Le danger avec les pompiers, c'est que leurs lances à eau causent parfois plus de dégâts que les flammes. A cause de ce nouveau traité, c'est la démocratie qui risque fort d'être noyée.

 

Le texte en gestation accélérée prévoit que la Commission européenne surveillera les politiques budgétaires des Etats signataires et décidera de lancer des sanctions contre les pays qui sortiront des clous. Ainsi, des commissaires qui n'ont aucune légitimité populaire examineront la copie des parlementaires nationaux qui, eux, ont été élus par le peuple. Si les députés ne décident même plus de la politique budgétaire de leur Etat, on se demande à quoi ils peuvent bien servir. A part, bien sûr, interdire le port de la burqa qui est un objet dont l'importance vitale n'échappe à personne.

 

En outre, chaque Etat devra inclure dans sa Constitution la «règle d'or» de l'équilibre budgétaire. La Cour de justice de l'Union européenne du Luxembourg examinera si l'article constitutionnel est conforme ou non avec le traité. Les juges qui composent cette juridiction sont nommés par leur gouvernement et ne passent donc pas par l'onction citoyenne. Ce sont plus des fonctionnaires que des magistrats, au sens où nous l'entendons en Suisse.

 

S'il est un domaine qui doit rester l'apanage exclusif des peuples, c'est bien la Constitution. Or, en cette occurrence, ils sont priés de ne pas s'en occuper. Le traité germano-européen leur impose la «règle d'or» et ce sont des juges-fonctionnaires qui décideront en fin de compte.

 

L'Union européenne n'a jamais brillé par son sens de la démocratie. Mais avec le traité qui se prépare, cette situation va empirer. Bruxelles a voulu prendre une voie médiane et bâtarde entre la fédération et la confédération, entre la délégation des pouvoirs façon helvétique et l'association d'Etats indépendants. L'Union européenne aura finalement bricolé un rafiot qui s'éloigne de plus en plus de la rive des citoyens.

Jean-Noël Cuénod

13:26 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : crise, bruxelles, ue | |  Facebook | | |

16/12/2011

Carlos ou le crépuscule des vieux terroristes

Carlos.jpgAu cours d’une interminable soirée jeudi, la Cour d’assises spéciale de Paris a condamné le terroriste vénézuélien Illich Ramirez Sanchez dit Carlos (photo Keystone) à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 18 ans. Il a été reconnu coupable de quatre attentats commis en France dans les années 80, provoquant 11 morts et 150 blessés. Cette campagne sanglante avait pour but de faire libérer la compagne allemande de Carlos, Magdalena Kopp, ainsi que son camarade tessinois Bruno Breguet.

 

Avant la lecture du verdict, Carlos a déchaîné un flot verbeux dans la salle d’audience. Pendant cinq heures d’affilée, l’accusé a dit tout le mal qu’il pensait des procureurs et, dans un sabir franco-espagnol, a détaillé ses conceptions politiques, sorte de magma islamo-stalinien. Puis, il a chanté sa gloire en manière d’opéra que l’on pourrait intituler «le crépuscule des vieux terroristes».

 

Sa défense pathétique consiste à se glorifier d’attentats en général et de les réfuter lorsque la justice se réfère à des cas précis. Ainsi, Carlos nie toutes les opérations qui font l’objet de son acte d’accusation. Il s’agit de peindre sa légende et de poursuivre la guérilla de la procédure que des aveux rendraient impossible. Car, bien entendu, Ramirez Sanchez interjette appel contre ce jugement.

 

Il sait que ses chances d’obtenir une peine moins lourde sont quasi-nulles. Mais son objectif est de s’offrir une nouvelle tribune et parader devant son dernier carré de partisans dont le maître d’œuvre est le comique sulfureux Dieudonné. Toutefois à chaque procès, son public s’amaigrit. Il vit le drame ridicule des vedettes décaties qui s’agrippent aux rideaux du théâtre.

 

«Je n’ai honte de rien, je n’ai jamais trahi, je n’ai jamais dénoncé», s’exclame-t-il avant de lire un document qui le fait pleurer: le testament de Kadhafi. Les victimes de Carlos, elles, n’auront même pas eu droit à un regard.

18:48 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : terrorisme, procès, dieudonné | |  Facebook | | |

15/12/2011

Chirac condamné: le président-roi perd sa couronne

Après la condamnation de Jacques Chirac dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, BFM TV a saisi les premières réactions. Le Plouc, qui a assisté au procès, se fend de cet édito.

La condamnation de Jacques Chirac à deux ans de prison avec sursis marque une rupture dans la conception française du pouvoir présidentiel. Charles de Gaule, le créateur de l’actuelle Constitution, a transformé le président en monarque républicain. Il conservait de la République, l’onction démocratique et prenait à la monarchie, la sacralité du trône. Afin qu’il régnât au plus haut des cieux tricolores, il fallait que le chef de l’Etat fût protégé des vils embarras de la vie quotidienne, telles les procédures judiciaires. Dès lors, durant tout son règne, l’immunité la plus étanche le protégeait des enquêtes pénales. De fait, des générations de magistrats se sont cassé le nez à ce mur jusqu’alors infranchissable.

 

Grâce à la ténacité des juges d’instruction, cet obstacle a été franchi pour la première fois. Un ancien président n’est pas encore un justiciable comme les autres, toutefois, il n’est plus intouchable. La fonction présidentielle continue sa lente mais inexorable descente vers la désacralisation. L’actuel président Nicolas Sarkozy avait amorcé ce mouvement par son comportement de nouveau riche montreur de Rolex. La condamnation de Chirac l’accentue. Le prochain président — quel qu’il soit — risque fort de perdre sa couronne.

 

Ce jugement démontre aussi l’indépendance des juges «du siège» par rapport aux magistrats du Parquet censés conduire l’accusation. Dans cette affaire, le Parquet avait réclamé la relaxe (acquittement) de Chirac et des autres accusés.

 

Jean-Noël Cuénod

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13/12/2011

Les aphorismes du Plouc(3)

  • Le Plouc n'a pas besoin de regarder au sol pour éviter l'étron canin qui menace ses pas.
  •  
  • Le Plouc porte en lui une nostalgie qui ne lui appartient pas.
  •  
  • Le Plouc aime à se faufiler entre les tombes. Il y rencontre une foule de gens tout à fait estimables. Paul Valéry avait son Cimetière Marin, Le Plouc se contente de son Cimetière marrant.
  •  
  • Quant le gel durcit la terre, Le Plouc met de l'Afrique dans ses sens.
  •  
  • Dieu est un grand humoriste derrière l'Eternel.

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08/12/2011

Tendre et cruel tango de la vie et de la mort

Nous vivons des temps agités, paraît-il. Certes, aucune époque n'a connu le calme des matins zen. Mais la nôtre a ceci de particulier qu'elle diffuse l'image de sa geste frénétique tous azimuts grâce aux cyberbidules. Ce qui accroît d'autant cette danse de Saint-Guy globalisée.

 

Politiciens dissimulant leur impuissance sous une brume de postillons, «pipoles» sautillant de micros en caméras pour répéter sur un ton hystérique leurs banalités communicantes, banquiers sans visage hier, sans scrupule aujourd'hui, financiers fous poussant le monde sur le toboggan des crises... Soudain, toutes ces marionnettes s'effondrent dans l'immobilité. Une seule phrase a tranché leurs fils: «Je vais mourir».

 

Un livre de l'écrivain, poète et chanteur vaudois et genevois, Pierre Alain remet avec une douce ironie nos pendules détraquées à l'heure de la mort. Ce qui est tout sauf triste; on s'amuse beaucoup en lisant ses Tribulations de Père la Lune parues aux Editions Publi-Libris. Après avoir vécu - au sens plein du terme - la mort de sa mère centenaire, le Père la Lune, qui n'est autre que l'auteur, apprend que son corps abrite un adversaire nommé cancer.

 

Il prend alors le lecteur par la main pour lui faire visiter sa vie. Qui vaut vraiment la peine d'être vécue. Car il en aura vu des paysages, Pierre Alain. Monté très jeune à Paris, il obtiendra de jolis succès dans la chanson et une flopée de disques d'or. Le valdo-genevois côtoie Claude François, Johnny Hallyday, Michel Polnareff, Jacques Dutronc, passe du Lapin Agile au Tire-Bouchon et moult autres cabarets. Entre les expériences érotiques d'un Paris en folie dans les années 60 - sans oublier Le Havre qui, en matière de débauches acrobatiques, peut en remontrer à la capitale - et les instants de pure plénitude où l'être tout entier appartient à la joie cosmique, Pierre Alain a dansé le tendre et cruel tango de la vie avec son rêve comme bandonéoniste.

 

L'amour sauve tout. L'amour de sa mère qui ne cesse de jaillir. L'amour de sa femme Christianne. Contre ces forces irradiantes, le désespoir se ratatine et s'assèche. La poésie est là qui veille elle aussi et qui transforme une tasse de thé en univers chatoyant. Pierre Alain ne manque pas de savoir-vivre.

 

«Perit ut vivat», mourir pour vivre, dit la traditionnelle sagesse. La mort oblige à réunir tout ce qui, en nous, est épars. Lambeaux de songes, colères mal éteintes, expériences multiples, rêves dont on ne sait s'ils sont réels ou chimériques tissent notre être. Bruit, fausses valeurs, nous empêchent de prendre conscience des liens qui font tenir ensemble ces multiples nous-mêmes. Nos morceaux d'existence glissent alors au fil du temps et nous voilà à sec.

Heureusement, la mort est là qui veille et nous rappelle à l'ordre en nous forçant à trier entre le rare essentiel et l'abondant accessoire. Sans elle que serait la vie?

 

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 8 décembre 2011 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en rubrique "Perspective" (version un peu raccourcie) de la Tribune de Genève)

 

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04/12/2011

Théâtre à Lyon: Besame mAcho!

Le Plouc vous recommande chaudement cette magnifique troupe italo-lyonnaise, SOLELUNA animée par le trio des Carpintieri: Aude, Milena et Giorgio. Ces drôles de paroissiens crèchent au Théâtre de l'Etoile Royale, 17 rue Royale, Lyon 1er, situé à un jet de poularde demi-deuil de la Mère Brasier. Voici leur prochain spectacle qui s'annonce drôle, grinçant et intelligent.

Besame Macho - Cie Soleluna - flyer verso r-duit.jpg

 

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01/12/2011

Moult obstacles devant la «Françallemagne»

Dubout.jpg«Convergence franco-allemande». C'est la formule préférée du président Sarkozy en cet automne où les mauvaises nouvelles économiques tombent au rythme des feuilles de marronniers. En fait de convergence, il s'agit plutôt d'un alignement de la France sur l'Allemagne. Paris s'efforce de rester dans la roue du maillot jaune de l'Union européenne et ne conteste plus à Berlin son rôle de leader. Sarkozy cherche désormais à l'imiter en espérant créer un condominium sur l'Europe, une sorte de «Françallemagne» à la Charlemagne qui dicterait sa loi au reste des pays de l'Union, rétrogradés au rang de figurants plus ou moins intelligents. Nombre de politiciens et politologues français aiment à illustrer cet espoir en usant du cliché: «le couple franco-allemand, moteur de l'Europe».

 

Drôle de ménage où Madame porte la culotte et Monsieur, la brosse à reluire. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy font de plus en plus penser à ces couples dessinés par Dubout qui met en scène d'imposantes matrones traînant derrière elles un petit mari grimaçant et sautillant.

 

Plusieurs obstacles se dressent devant la création de cette «Françallemagne». Tout d'abord, les Français se montrent plus déterminés que les Allemands à pousser plus loin leurs marivaudages. Du haut de son sommet, l'Allemagne tend à considérer la France comme un pays du Sud aussi paresseux et endetté que les autres. Alors que ses voisins du Nord démontrent une belle solidité économique et une admirable constance dans l'effort. Pourquoi Berlin privilégierait-il une entente avec Paris plutôt qu'avec Amsterdam ou Stockholm?

 

Sur le plan diplomatique, les vues allemandes et françaises ont souvent divergé, on l'a vu avec la guerre en Libye où Paris a trouvé à Londres l'appui que Berlin lui a refusé sans prendre de gants.

 

L'organisation économique des deux pays n'a guère de points communs. L'Allemagne est restée une puissance industrielle avec un tissu dense d'entreprises moyennes qui constituent le fer de lance des exportations. Rien de tel en France qui voit mourir son industrie jour après jour et dont les PME n'exportent guère. Par sa «convergence franco-allemande», le président Sarkozy cherche d'ailleurs à puiser dans l'exemple germanique l'impulsion nécessaire au redressement industriel. Mais l'Allemagne l'aidera-t-elle dans cette entreprise au risque de créer de nouveaux concurrents? Une France réduite, comme aujourd'hui, aux services convient bien mieux à Berlin.

Il en va de même dans les rapports sociaux. Multiples syndicats aux maigres troupes en France; peu de centrales mais aux effectifs nombreux en Allemagne. Culture de la rupture d'un côté du Rhin, culture du compromis sur l'autre rive.

 

La «Françallemagne» illustre la nostalgie française de la puissance perdue. Paris a tenté de la réanimer, au moins partiellement, par le truchement d'une Europe forte politiquement. Ce fut l'échec. Elle essaie désormais de s'appuyer sur l'Allemagne pour donner un peu de corps à son rêve devenu inaccessible.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

09:55 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : angela merkel, nicolas sarkozy | |  Facebook | | |

30/11/2011

SEL

                                                                       

                                                                  Regarde là

                                                                  Lumière Lumière vive

                                                                  Qui vais-je attendre ?

                                                                  Un destin passe

                                                                                  repasse

                                                                                  trépasse

 

                                                                 Le matin délicieux s'écoule

                                                                 Miel vertueux

                                                                 Mêlé au vin des ténèbres

 

                                                                Viens-tu à mon secours, âme qui vive ?

                                                               Descends dans ta chair

                                                               Qu'elle palpite enfin, cette chienne

                                                               Qu'elle me crève

                                                                           me rêve

                                                                           me sève

 

                                                             De part en part ses griffes

                                                             Fouaillent mon ventre

                                                             Puanteur de roses séchées dans le sang

                                                            La terre ne reconnaît plus ce cadavre

                                                            Voué à l'eau à l'oubli à la lune

 

                                                           Viens-tu à mon secours, âme qui vive ?

                                                           Fais pleuvoir ton sang

                                                           Sur la rigole des mes rides

                                                           Sur le tapis de mes cris

                                                           Sang ou vinaigre, qu'importe

                                                          Je suis tellement sel.

 

Jean-Noël Cuénod

(En écoutant le Quintett op. 57 de Chostakovitch par Marta Argerich et ses amis)

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28/11/2011

AUDIO Le Plouc cause dans le poste: criminalité spectaculaire et exploitation politique.

Le Plouc a causé dans le poste, samedi 26 novembre 2011 à 8 h. 10, à France-Culture (ce qui, pour un Plouc, va de soi) dans l'émission de Jean-Marc Four "Secrets des Sources". Il s'agissait de décortiquer l'exploitation politique et médiatique des crimes spectaculaire comme celui que la petite Agnès a subi récemment. Voici donc l'enregistrement.
Franceculture.jpg

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27/11/2011

Les aphorismes du Plouc(2)

* Dieu, c'est l'Eternel fuyant

 

* Quand l'Eternel rejoint l'infini, l'horloge parlante fait la sourde oreille.

 

* Avec autant d'impuissance que de tristesse, Le Plouc voit ses voisins frapper, cogner à des portes qui n'existent pas.

 

* Le Plouc assiste aux combats de boxe comme un protestant se rend au bordel: avec honte et délectation.

 

* Le Moi est une prison sans certitude.

 

* Le Plouc aimerait avoir l'infini des femmes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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25/11/2011

Procureur général: c'est Coquoz qu'il nous faut!

Le Plouc quitte sa tanière parisienne pour ramener sa fraise en pleine saison des pruneaux et se mêler de ce qui ne le regarde plus: l'élection du procureur général par le Grand Conseil de Piogre, le 1er décembre. Il faut dire que plus de vingt ans passés sur les bancs inconfortables de la presse judiciaire genevoise, ça laisse des traces.

Des deux prétendants, Le Plouc n'en connaît bien qu'un seul, le juge Christian Coquoz, présenté par les démocrates-chrétiens, soutenu par les socialistes et les verts. D'Olivier Jornot, candidat libéral-radical, il ne sait que deux choses: ce juriste n'a jamais été magistrat et a participé avec un talent redoutable à l'assassinat de cette vieille institution républicaine qu'était le jury populaire. De l'avis général, Olivier Jornot est un député à l'intelligence acérée et un avocat brillant. Mais Le Plouc a suffisamment hanté le Bourg-de-Four pour affirmer que ces deux qualités ne suffisent pas à faire un bon procureur général, surtout en cette période où le Parquet craque de toutes parts et menace de s'effondrer sous le poids de la gabegie.

Or, le juge Coquoz, lui, dispose de toutes les aptitudes requises pour prendre la tête du Ministère public au pire moment. Sa compétence ne fait pas l'ombre d'un doute. Il a démontré au sein du Ministère public de la Confédération son efficacité d'enquêteur dans les maquis de la finance criminelle internationale. A la tête de la police genevoise, il a dû gérer des situations rendues impossibles par la faiblesse du Conseil d'Etat et la ruse tactique des syndicalistes policiers. Christian Coquoz n'a pas hésité à démissionner afin de sortir d'une situation devenue inextricable, au lieu de s'accrocher à son fauteuil. En tant que magistrat, Christian Coquoz n'est pas un tendre mais il n'hésite pas à réprimer les criminels en col blanc et même d'astrakans. De toute façon, ce n'est pas de la tendresse que l'on demande à un PG. Mais plutôt le contraire.

Pour restaurer le Parquet, c'est donc Coquoz qu'il nous faut.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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24/11/2011

La criminalité, fait divers ou fait de société?

 

 

Cité protestante exemplaire du Massif central français dont les habitants ont sauvé de la barbarie nazie près de 5000 juifs, Le Chambon-sur-Lignon est placé sous le feu des projecteurs à la suite d'un horrible drame. Agée de 13 ans, Agnès y a été assassinée par un lycéen déjà poursuivi pour le viol d'une adolescente de 16 ans. Libéré provisoirement après quatre mois de détention, le garçon avait été scolarisé dans un établissement mixte du Chambon-sur-Lignon.

En pleine campagne électorale, la classe politique a exploité cette affaire qui a soulevé l'émotion générale en France. Le Parti socialiste dénonce un «échec français» en matière de récidive alors que le gouvernement s'agite avec sa frénésie coutumière dès qu'une tragédie médiatique survient. Il va aussitôt déposer sa septième loi sur la récidive en sept ans.

Or, la récidive n'est pas un «échec français» contrairement à ce qu'affirment les socialistes. Quant à l'empilement des lois par Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur puis président, il relève de la pensée magique. On pond une loi. Et le problème est résolu. Quant aux moyens financiers pour appliquer ces textes multiples et parfois contradictoires, la question ne se pose même pas en temps de crise de la dette. Or, comparée à la Suisse, la France donne peu de moyens à ses juges. Selon une étude récente du Conseil de l'Europe, alors que chaque Français débourse 57.7 euros pour sa justice, le Suisse verse 140.5 euros en faveur de la sienne. La République voisine dénombre 1,4 tribunal pour 100 000 habitants contre six tribunaux chez nous. La Confédération n'a pas éradiqué la récidive pour autant. La personnalité humaine sera toujours insaisissable, sauf à imaginer un monde infernal où chacun serait contrôlé jusqu'à la fine pointe de ses rêves. Surfant sur le crime, Marine Le Pen n'a pas manqué, elle aussi, d'exploiter l'assassinat d'Agnès en réclamant le retour de la peine de mort. La société prendrait alors le risque insensé de tuer des innocents. Aux Etats-Unis, les organisations abolitionnistes ont recensé depuis 1977 quatre cas certains de condamnés à mort exécutés dont innocence a été, par la suite, démontrée. Pour appliquer le châtiment suprême, il faut des juges infaillibles, disait Victor Hugo.

Dans cette récupération politique des crimes, les médias, surtout télévisuels, tiennent un rôle considérable. Seule l'émotion éclabousse le petit écran. Et le fait divers est ainsi artificiellement monté en fait de société. Il devient le signe de notre époque. Or, la barbarie fait partie intégrante de l'humanité en tous lieux et en tout temps. Les tueurs d'enfants sévissaient au Moyen-Age; il en va de même aujourd'hui et il en ira ainsi demain. Certes, face au crime, on ne saurait rester les bras croisés. Mais dans ce domaine, il faut de la réflexion plus que de l'agitation, de l'humilité plus que des effets de micro. C'est sans doute trop demander.

 

Jean-Noël Cuénod

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22/11/2011

Décès de Danielle Mitterrand: elle fut la première «première dame»

DanielleMitterrand.jpg La France est en deuil de sa première «première dame». Avant Danielle Mitterrand, les femmes des présidents de la République étaient vouées à la confection des blanquettes de veau à l’ancienne, comme Yvonne de Gaulle ou à l’encouragement des peintres contemporains, à l’instar de Claude Pompidou. Elles étaient priées de jouer les potiches à l’Opéra lors des visites de chefs d’Etat. Et c’est tout. Pas question qu’elle mette leur grain de sel politique dans la tambouille de leur seigneur et maître.

 

Danielle Mitterrand a bouleversé cet ordre machiste des choses. Militante, elle fut avant que son mari ne devienne président, militante, elle est restée. Quitte à gêner parfois l’action de François Mitterrand à la tête de l’Etat. Elle a donc pris l’exemple d’Eleanore Roosevelt, première dame américaine, qui était le véritable bras droit de son mari Franklin Delano.

 

En France, seule Bernadette Chirac a suivi cette voie. Même si elles ne se ressemblent en rien, les deux femmes ne manquent d’ailleurs pas de points communs, entre l’engagement politique et la direction d’organisations humanitaires. Elles ont su utiliser la surface médiatique offerte par leur position pour promouvoir des idées et des causes personnelles. Cela dit, rien n’est irréversible. Alors que Nicolas Sarkozy a prôné la modernité dès son arrivée au pouvoir, force est de constater que l’actuelle première dame française s’est coulée dans un moule plus conventionnel, se contentant de faire de la figuration intelligente lors des voyages officiels et de promouvoir ses artistes préférés auprès du ministre de la Culture. Qui n’est autre que le neveu par alliance de Danielle Mitterrand.

 

Ce rôle de «première dame» n’a pour seule légitimité que la nostalgie monarchique éprouvée par certains peuples républicains. Mais diantre, comment appellera-t-on le mari de la future présidente de la République?

 

 

Jean-Noël Cuénod

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20/11/2011

Les aphorismes du Plouc

  • Le Plouc s'amuse à constater que les Suisses attribuent aux Genevois les défauts que ceux-ci reprochent aux Français.

 

  • Le Plouc est toujours étonné lorsqu'on lui demande l'heure. "On ne demande pas l'heure, on prend son temps", répond-il invariablement.

 

  • Le Plouc ne regarde pas à la dépense lorsqu'il s'achète une conduite.

 

  • Le Plouc se prend en main afin de ne plus penser comme un pied.

 

  • Le Plouc a dit: "Il faut toujours péter plus haut que son cul. C'est pour l'homme le seul moyen de ne pas trop puer".

 

  • Pour connaître la vérité, les juges d'instruction remplissent les prisons. "Pauvres types", soupire le Plouc, "ne savent-ils pas que dans l'enfermement, l'enfer me ment?"

 

  • Quand le Plouc en a ras le bol, il prend soin de ne pas le vider. Il est bon de conserver une petite colère par devers soi, en prévision des jours trop paisibles.

 

  • Le Plouc ne garde pas une poire pour la soif. Dès qu'elle tombe de la branche, il la déguste aussitôt. A force d'être gardée et regardée, la poire pourrit.

 

  • "Aimer vraiment une femme", dit le Plouc, "c'est accepter de paraître ridicule devant elle".

 

  • Le Plouc est un grand distrait, il lui arrive souvent d'oublier de mourir.

 

  • La moustache du Plouc ne frétille pas quand la mouette crie sa mort dans la brume.

 

  • Le Plouc ne cherche plus ses racines; il s'en nourrit en les oubliant.

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

           

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17/11/2011

L'extrême-gauche française est-elle la plus bête du monde?

«La France a la droite la plus bête du monde», clamait dans les années 50 le dirigeant socialiste Guy Mollet. Aujourd'hui, la bêtise aurait-elle changé de camp outre-Jura? Alors que le Parti socialiste et François Hollande ont bien géré l'épisode de la primaire, la «gauche de la gauche» leur a aussitôt infligé de violentes attaques verbales, faisant  ainsi chorus avec la droite, pour le plus grand bonheur de Nicolas Sarkozy, candidat non encore déclaré mais déjà en campagne.

 

Que les porte-flingues de l'UMP tirent sur Hollande, il n'est rien de plus normal. Ils sont dans leur rôle et participent au jeu habituel d'une campagne présidentielle. Après tout la saison des pruneaux vient de commencer. Mais, au moment où les soldats de Sarkozy enclenchaient leur mitraille, ils ne s'attendaient peut-être pas à recevoir l'appui des partisans de la gauche non socialiste.

 

Une fois de plus, le chef du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, s'est distingué. A l'occasion d'une interview donnée au Journal du Dimanche, il use contre Hollande d'une formule que même Jean-François Copé, le patron de l'UMP, n'a pas puisée dans son sac en peau de vache:

«Pourquoi choisir, pour entrer dans la saison des tempêtes, un capitaine de pédalo comme Hollande

Ce faisant, le patron de l'extrême gauche française cautionne l'image de politicien faible et irrésolu que Sarkozy et les siens s'efforcent de diffuser tous azimuts.

 

Certes, en termes de suffrages, Mélenchon ne pèse pas grand-chose, environ 5%. Mais Nicolas Sarkozy ne manquera pas de transformer en atout cette formule choc contre le candidat socialiste; comme l'actuel président a exploité les propos de Martine Aubry, tenus au cours de la primaire, qui faisaient de Hollande le symbole de
la «gauche molle». Bien entendu, Jean- Luc Mélenchon est conscient des dégâts qu'il provoque au sein de la gauche.


Ce «révolutionnaire en peau de lapin», comme le surnomme le banquier du centre-gauche Jean Peyrelevade, préfère voir Nicolas Sarkozy rempiler à la tête de l'Elysée. La victoire de François Hollande, obtenue malgré lui, marginaliserait encore plus son Front de gauche. Alors que celle du candidat de la droite permettrait à cette «gauche de la gauche» de se poser en formule de rechange de l'opposition.

 

Mélenchon ne parvient pas à se départir de cet esprit boutiquier qui caractérise nombre de formations politiques, de gauche comme de droite. Avec son pédalo «hollandais», Mélenchon prend le risque de participer au naufrage de la gauche à l'élection présidentielle. Mais peu lui importe l'intérêt général de son camp, seul compte celui de sa petite épicerie.

 

Que veut la «gauche de la gauche»? Le Grand Soir? Nous vivons le temps des petits matins. Devenir majoritaire? Ce n'est pas demain la veille. Participer à un gouvernement de gauche? Ce serait se diluer dans le sirop social-démocrate.

Alors, tout bien pesé, la condition d'éternelle opposante lui paraît la plus confortable.

 

Jean-Noël Cuénod

(Texte publié jeudi 17 novembre 2011 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et, en version légèrement raccourcie, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève.)

 

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14/11/2011

La politique à l’heure des psys: sur le divan de la scène

Le divan est devenu l’outil indispensable des politiciens. Ce n’est pas nouveau, me direz-vous. L’Histoire fourmille de ces chefs d’Etat qui l’ont élevé au rang d’accessoire à leurs étreintes avec des maîtresses amicales, vénales ou fatales voire létales   comme l’illustre ce brave président français Félix Faure — tombé en 1899 au champ du bonheur dans les bras d’une demi-mondaine qui ne faisait pas les choses à moitié.

Toutefois, ce n’est point de cet usage galant qu’il s’agit en l’occurrence mais de son emploi comme instrument de la cure psychanalytique. C’est le divan vu par Freud et non par Strauss-Kahn. Car désormais, la politique est examinée, analysée, soupesée sous l’angle de la psychologie. Ce n’est point les idées qui nous intéressent aujourd’hui, mais le bocal dans lequel elles barbotent avec une agilité toujours plus réduite.

La primaire du Parti socialiste en offre de multiples exemples. Ainsi, durant les discussions entre les deux tours, le thème des 60 000 emplois dans l’enseignement sortis du chapeau de François Hollande a été certes débattu, mais c’est surtout cette question qui revenait: comment les quatre enfants de l’ex-couple Royal-Hollande réagiront-ils? Convaincront-ils maman de voter quand même pour papa? Comment choisira-t-elle entre celui qui l’a quittée et celle qui l’a trahie?

L’agressivité de Martine Aubry à l’égard de François Hollande a été également considérée de façon psychologisante. Les commentateurs politiques faisaient remonter cette animosité à une trentaine d’années, lorsque François Hollande tentait de devenir le fils spirituel de Jacques Delors, le père de Martine Aubry et ancien numéro 1 de l’Union européenne. Elle n’aurait pas supporté cette usurpation filiale.

A droite aussi, la «psypolitique» règne. L’UMP vit au rythme du taux de testostérones de Nicolas Sarkozy. Baisse-t-il? Le moral des troupes présidentielles tombe aussitôt dans les chaussettes. Grimpe-t-il? Le voilà qui remonte, dopé par cette bonne nouvelle qui agit comme une sorte de Viagra mental.

Le psychologue a donc remplacé le philosophe. Jadis, les socialistes se situaient par rapport à Marx, les libéraux puisaient leur inspiration dans l’œuvre du Vaudois Benjamin Constant. Même les radicaux français et romands avaient leur philosophe, Alain.

Aujourd’hui, les idées ne servent plus guère les politiciens, car leur marge de manœuvre pour les appliquer se réduit comme une peau de chagrin souverainiste. Le pouvoir réel, celui qui influence la vie quotidienne, est éclaté entre les instances supranationales, les marchés financiers, les agences de notation. Il n’a plus de visage.

Or, nous avons tous besoin que le pouvoir s’incarne. Faute de mieux, on se rabat vers les visages connus, ceux de nos politiciens. Comme leurs idées nous intéressent de moins en moins, puisque l’on mesure leur impuissance, il nous reste leurs histoires personnelles.
Jusqu’au jour où ces contes à voter couchés ne nous suffiront plus.

12:46 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : freud, hollande, aubry | |  Facebook | | |

12/11/2011

La Suisse, bouc émissaire de Sarkozy

sarkolingot.JPGPourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il attaqué nommément la politique fiscale de la Suisse en concluant le G20 de Cannes? Pour le président français — futur candidat à sa succession — il s’agissait avant tout de cacher à son opinion publique la pauvreté des résultats dans l’éradication des paradis fiscaux, malgré ses multiples tartarinades.

Attaquer les autres places financières du continent — Luxembourg ou Londres — aurait été trop inconfortable. Il est toujours délicat de vilipender un membre de l’Union européenne qui peut se mettre en travers de la France lors de tractations internes à l’UE.

Quant à reprocher aux molosses chinois et américain leurs propres paradis fiscaux — Hongkong et Macao pour l’un, Delaware, Nevada et Wyoming pour l’autre — vous n’y pensez pas! Le yorkshire helvète fait bien mieux l’affaire. Il a juste la bonne taille. Assez gras pour être dévoré par les médias internationaux, mais sans disposer d’une grande gueule garnie de crocs acérés.

Les attaques contre le secret bancaire helvétique venant de dirigeants tels que Sarkozy sont d’autant plus hypocrites que les partis politiques et grandes firmes françaises et autres y ont recouru dans un passé récent. Côté pile, on sollicite les banques helvétiques, côté face — j’allais écrire «côté farce» — on les transforme en boucs émissaires.

En fait. il n’y a aucune volonté politique réelle de supprimer tous les paradis fiscaux. Chacun veut conserver les siens bien au chaud tout en stigmatisant l’un ou l’autre de ces havres argentés, ce qui permet de se dresser, à peu de frais, en parangon de la transparence financière.

Devant cette situation, les pays anglo-saxons se frottent les mains en espérant que les clients étrangers des banques suisses — apeurés par le tintamarre sarkozyste — choisiront leurs propres établissements. Genève ne détient-elle pas la première place mondiale dans la gestion de fortune avec 27% des actifs gérés? Or, Londres se situe au deuxième rang (24%) en embuscade et Luxembourg (14%), au troisième.

A ce jeu-là, tout le monde y trouve son compte, sauf la Confédération bien entendu. Nicolas Sarkozy gonfle son jabot, ébouriffe ses plumes devant les électeurs français. Et les concurrents de la banque suisse se débarrassent d’un encombrant rival.
Notre pays paie, une fois de plus, son isolement alors que la mondialisation fait rage. L’absence d’une politique étrangère digne de ce nom devient un luxe que nous ne pouvons plus nous offrir
.
C’est entendu, l’existence des paradis financiers est une aubaine pour tous les fraudeurs. Et l’on voit avec la Grèce dans quel gouffre insondable la fraude peut faire plonger un pays. Mais jeter en enfer un seul paradis ne fera pas progresser la justice fiscale d’un iota.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 10 novembre 2011 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version un peu raccourcie en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

 

 

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