02/03/2012

Du désir d’être républicain en France

Le Suisse qui vit en France est frappé par l’usage constant – parfois un brin abusif – de l’adjectif «républicain». Un bon débat ne saurait être que «républicain». Traduisons: les échanges entre adversaires politiques se sont révélés vifs, tout en restant dans les limi- tes de la courtoisie. Doit-on comprendre qu’un débat «monarchiste» tournerait forcément à la foire d’empoigne?

Telle attitude est célébrée comme «républicaine», notamment lorsqu’un maire socialiste reçoit le président Sarkozy. Ce qui relève moins de l’exploit surhumain que de la simple application des institutions dont les deux protagonistes sont, à leur échelle respective, les magistrats.

Il y a aussi les partis «républicains» – l’UMP, le PS, les diverses formations centristes, le Front de gauche – et les autres, principalement le Front national. Certes, le parti de la famille Le Pen comprend dans ses rangs quelques monarchistes. Mais il ne prétend pas installer le comte de Paris sur le trône de France. On peut contester sa vision, dénoncer son racisme et sa violence sous-jacente. Toutefois, il fait partie du paysage politique de la république, et l’en exclure ne réduit nullement sa nocivité.

Pourquoi cette obsession «républicaine»? En quoi le régime actuel serait-il menacé? La France des rois paraît bien lointaine… Lointaine? Vraiment? Pas autant qu’il n’y paraît. Depuis le premier roi chrétien des Francs, Clovis Ier, en 481, jusqu’au dernier empereur, Napoléon III, déchu le 4   septembre 1870, la France a vécu 1373 ans en régime monarchique sous des dynasties et des formes diverses, avec deux parenthèses républicaines de 1792 à 1804 puis de 1848 à 1852. En revanche, elle n’a connu la république que durant 153 ans.

En France, la république ne va donc pas de soi. D’où la persistance de comportements politiques et sociaux qui restent imprégnés d’esprit monarchique. Passons sur les fastes élyséens, ils sautent aux yeux. Mais on relève ces attitudes monarchisantes à de plus modestes échelons. Ainsi, même socialistes, certains présidents de Conseils généraux (départements) ou maires de grandes villes se voient en vicomtes poudrés.

Cette particularité recèle plusieurs avantages. Elle fait naître un «désir de république» qui semble s’étioler en Suisse. La tension entre l’idéal républicain et la persistance du comportement monarchique se révèle stimulante en ce qu’elle induit les Français à répondre à la question que nous autres, Suisses, ne nous posons plus: que signifie «être républicain»?

Au moment où le capitalisme mondialisé et son exploitation des nouvelles technologies favorisent l’individualisme et la séparation des humains en micro-unités, il est essentiel de comprendre les mécanismes qui font vivre ensemble une pluralité d’individus. Le roi symbolisait cette unité dans sa personne. La république la représente dans son esprit. Encore faut-il le faire vivre, cet esprit.

 

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru jeudi 1er mars en rubrique "Réflexion" à 24 Heures et, en version un peu plus courte, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève) 

 Et voici en vidéo un chant des plus républicains avec la place de la République sous toutes ses contures. Son titre est-il prémonitoire?

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28/02/2012

La politique genevoise se noie dans un verre d’eau

Doux Jésus, quel barouf ! En pleine pérégrination dans le Périgord, le plouc apprend, par des voies internettes, l’épisode de ce verre d’eau staufférien qui a mis le feu aux poudres. Ce qui est très fort pour un verre d’eau et prouve, une fois de plus, que les lois de la chimie ne se vérifient plus lorsqu’elles sont plongées dans le chaudron du Grand Conseil de Piogre-les-Bains.

Certes, il aurait mieux valu que nos deux députés dépités vidassent leur querelle à la buvette en éclusant quelques décis de blanc, de rouge ou de rosé au lieu de se contenter de ce triste liquide. Mais enfin l’important est que l’enthousiasme pour la chose politique ne soit pas douché par ces feux de bouche. Après tout, ce n’est pas la première fois que la politique genevoise se noie dans un verre d’eau. Et Genève tient enfin sa flotte de guerre.

VIDEO: ET VOICI LA GOUTTE QUI A FAIT DEBORDER LE VASE

 

Jean-Noël Cuénod 

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27/02/2012

Triomphe de « The Artist » aux « Oscar » : du jardin à la française à Dujardin à l’américaine

 Pour les ressortissants de quelques planètes éloignées qui viendraient à débarquer sur notre bonne vieille Terre, rappelons que « The Artist » qui, comme son titre l’indique est d’origine française, a raflé cinq « Oscar ». Triomphe total. Avec deux « premières ». Il devient le premier film non-anglo-saxon à recevoir le sacre de « meilleur film » et Jean Dujardin est le premier français à être couronné « meilleur acteur ». Même Georges Clooney, représentant de la maison veveysane  Nestlé, est battu. Et Bride Patte a eu beau faire des pieds et des mains, il est ressorti manchot de cette cérémonie oscarolâtre.

 Mais loin de démontrer que Hollywood s’est enfin détaché de la contemplation fascinée de son monstrueux nombril, ce succès massif confirme qu’il reste accroché à son Narcisse.

Tout d’abord, les Etats-Unis ont récompensé un film français, certes, mais muet. Tout un programme. Les Américains aiment les Gaulois mais à condition qu’ils ferment leur grande gueule. Ces damnés socialistes – car tous les Français le sont, même Sarkozy, la famille Bettencourt et le Comte de Paris - ,  on ne saurait les entendre et encore moins les écouter.

Ensuite,  le thème du film, caressant dans le sens du vison la nostalgie de l’âge d’or de Hollywood, ne pouvait que flatter la vanité américaine. L’hommage était d’autant plus savoureux qu’il venait d’ailleurs.

Enfin, de nombreux internautes d’outre-Atlantique assurent maintenant que le véritable héros  de cette aventure n’a pas reçu d’Oscar. Il s’agit de Harvey Weinstein, le distributeur américain de « The Artist », qui a exécuté rituellement toutes ses danses de la pluie pour décrocher cette averse de récompenses. Et voilà les yankees rassurés : c’est bien l’un des leurs qui se trouve à l’origine de la razzia.

Ce n’est donc pas la France qui a été récompensée, mais Hollywood qui s’est autocélébré dans le regard d’une autre. Du jardin à la française à Dujardin à l’américaine.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Et voici la vidéo consacrée au triomple de Jean Dujardin


"And the Oscar goes to Jean Dujardin" par lemondefr
Jean-Noël Cuénod

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25/02/2012

Le présimonarque Nicolas Sarkozy saisi par la référendite

Nicolas Sarkozy a passé tout son premier – et peut-être dernier – quinquennat à éviter les référendums. Car, en France, c’est le chef de l’Etat qui décide si le peuple peut ou non se prononcer sur un sujet majeur de la vie nationale.

La gauche en voulait un pour s’opposer à la privatisation de la poste française. Refus immédiat. Les eurosceptiques en souhaitaient un autre afin que le peuple ratifiât le Traité de Lisbonne, qui modifiait les institutions de l’Union européenne. Pour l’Elysée, pas question de risquer un nouveau vote négatif après celui qui avait causé la mort prématurée de la Constitution européenne lors du référendum de 2005. Les syndicats en exigeaient un troisième sur la réforme des retrai- tes. Ils ont voté, mais avec leurs pieds, en manifestant, sans le moindre succès d’ailleurs.

Et puis, voilà, dès l’annonce de sa candidature le «présimonarque» est foudroyé par une crise de référendite aussi soudaine qu’aiguë! Il placera son second quinquennat – si second quinquennat – sous le signe de la parole enfin donnée au peuple, en usant du référendum comme d’un talisman destiné à le réconcilier avec le succès.

Dans l’esprit du candidat président, le référendum serait une arme en sa possession pour surmonter les obstacles dressés par les syndicats sur la route de ses réformes. Il veut ainsi jouer les «élites» – parmi lesquelles Sarkozy range les organisations ouvrières – contre le peuple.

Cette tactique pourrait se révéler payante dans un pays qui dispose d’une longue expérience de la démocratie directe. Ce n’est pas du tout le cas de la France. A part quelques exemples bien particuliers, les rares référendums organisés outre-Jura se sont conclus de la même manière: les électeurs ont voté pour ou contre le gouvernement, sans égard pour la question qui leur était posée. Compte tenu des institutions actuelles, il ne peut guère en aller autrement, quel que soit le président.

En effet, il y a en France confusion entre le plébiscite et le référendum. Dans le premier cas, l’exécutif pose une question au peuple. Dans le second, c’est le peuple qui – par la récolte d’un nombre de signatures donné – se pose une question à lui-même. A l’évidence, ce que l’on nomme en France «référendum» est, en fait, un plébiscite. Or les électeurs ne répondent pas de la même manière dans l’un ou l’autre cas. Lorsque le «haut» questionne le «bas», le «bas» a tendance non pas à répondre à la question posée, mais à interpeller le «haut». Lorsque le «bas» se pose à lui-même une question, en bonne logique, il y répond.

L’Hexagone peut fort bien instiller de la démocratie directe dans ses rouages. Mais cela ne se fera pas de but en blanc. Il faudra, auparavant, procéder à une profonde réforme des institutions pour créer un véritable référendum, en trouvant des modalités d’application qui soient conformes au génie particulier de la France.

Jean-Noël Cuénod

(Texte paru jeudi 23 février 2012 dans cette version en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version plus courte en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

 VIDEO: France-Soir a promené son micro sur les trottoirs de Paris pour connaître l'opinion des passants (réfrigérés) sur le référendum sauce Sarko

23/02/2012

Les oiseaux et les oiseux

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Un son étrange vient du ciel. Un son qui remue quelque chose de très ancien au fond des tripes, provoque des frissons préhistoriques, catapulte hors du temps. Il s'amplifie, s’avance vers la maison. Et le son prend corps. Des escadrilles de grues cendrées forment de gigantesques V sur l’écran des nuages. Le son qu’elles émettent provient du battement régulier de leurs ailes et de leurs cris incessants. Deux formations viennent du Sud-Ouest, une autre du Sud-Est. Elles se mélangent en dessinant une circonférence et tournent en rond pendant plusieurs minutes. Puis, les migrateurs se remettent en V pour se diriger vers le Nord.

Oui, vers le Nord. Le printemps débarque. C’est la grande nouvelle de la journée. Les grues cendrées annoncent la renaissance de la lumière. Eternel retour du réel véritable.

Le réel factice, lui, vibrionne comme à son habitude. Entre glapissements médiatiques et assassinats massifs, il va son train d’enfer. Que de flots de sang et de salive pour nous faire croire à son existence alors qu’il n’est que le reflet des vanités cupides qui encombrent les hommes !

Le plouc deviendra-t-il un jour assez sage pour ne plus écouter les oiseux et suivre les oiseaux?


Jean-Noël Cuénod


(Photo prise jeudi 23 février à 15 h 35 à Saint-Sulpice-de-Mareuil au Périgord Vert)

21:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : printemps, actualité | |  Facebook | | |

17/02/2012

Twitter et Facebook n'ont pas tué le «grand métingue»

 L'intérêt suscité par cette passion française que constitue l'élection présidentielle dépasse les frontières de l'Hexagone. Les journalistes étrangers se font inscrire en masse auprès des deux principaux partis, le PS et l'UMP. Les télévisions russes, brésiliennes, chinoises, japonaises suivent les candidats à la trace . Et que dire des médias provenant de pays voisins!

 

Ce phénomène s'explique, bien sûr, par l'extrême personnalisation de la politique outre-Jura. Il est plus aisé de mettre en scène des acteurs en chair et en os que des concepts idéologiques. Mais si les étrangers suivent avec tant de ferveur les épisodes de ce feuilleton électoral, c'est aussi parce qu'il leur sert de laboratoire. Il apparaît ainsi que les nouveaux moyens de communication offerts par l'internet - les réseaux sociaux de Twitter et Facebook, surtout - n'ont nullement chassé les bonnes vieilles méthodes pour marteler sa propagande.

 

Ainsi, les meetings restent essentiels pour aider à la montée en puissance d'un candidat. Le «grand métingue» cher aux prolos rouges du XIXe siècle demeure plus vivant que jamais. Lors de la campagne présidentielle de 2007, Ségolène Royal avait raté son premier rassemblement. Elle n'a plus été en mesure de remonter le courant par la suite. A contrario, François Hollande a réussi le sien au Bourget, et le voilà conforté dans les sondages.

 

Son adversaire, Nicolas Sarkozy, a soigneusement planifié ses meetings.
Le premier se tient aujourd'hui à Annecy. Les organisateurs attendent 4000 sympathisants à la salle Arcadium. Dimanche, on s'élève d'un cran. Le candidat Sarkozy rendra dans la deuxième ville de France, Marseille. Son rassemblement se déroulera au parc Chanot, qui peut contenir 6000 personnes. Les déplacements s'égrèneront ensuite comme des chapelets de fortes paroles. Le point culminant sera atteint dimanche 11 mars. Nicolas Sarkozy se lancera ce jour-là dans un «gigamétingue» à Villepinte - ville de la banlieue parisienne dont la maire est apparentée communiste. Les dirigeants de l'UMP tablent sur la présence 60 000, voire 80 000 militants dûment échauffés.

 

Une autre tactique vieille comme la démocratie connaît un regain de vigueur, le porte-à-porte, soit tirer des sonnettes pour débiter des sornettes. Mais attention, il s'agit d'un porte-à-porte scientifiquement élaboré, portant le label «Maison-Blanche», comme nous l'a expliqué Pierre Moscovici, qui dirige la campagne de François Hollande: «Sur les conseils de l'équipe de Barack Obama, nous allons former 15 000 volontaires au porte-à-porte, qui en feront de même dans leurs lieux d'activité. Nous toucherons ainsi directement six millions d'électeurs.»

 

Les nouveaux moyens de communication ne remplacent donc pas les autres instruments de propagande, mais ils complètent la trousse à outils du candidat.

Jean-Noël Cuénod

VIDEO. Pour le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélanchon, le "métingue" est son terrain de prédilection. Voici un exemple capté le 1er décembre dernier à Talence, près de Bordeaux.

 
Meeting de Bordeaux, discours de Jean-Luc... par PlaceauPeuple

17:44 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

15/02/2012

Le dernier pari de Nicolas Sarkozy

 

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Aventurier d’Etat, Nicolas Sarkozy entame son dernier pari en se lançant dans le grand saut électoral. Puisque l’actuel «présimonarque» français a fait acte de candidature, après avoir entretenu un faux suspens destiné à faire frémir la Toile.

Comment pouvait-on douter d’une telle décision? D’abord, les juges d’instruction attendent la fin de son immunité présidentielle pour lui poser quelques questions sur le financement de la campagne de Balladur en 1995 et celui de sa propre propagande électorale en 2007. Ensuite, Sarkozy éprouve une telle passion du paraître qu’il ne saurait abandonner la lumière sans combattre de toute son énergie, fût-elle désespérée. Conformément à son tempérament, il tente de jouer à «face, j’ gagne; pile, j’ perds pas».

Sarkozy se trouve dans la position de l’animal blessé qui redouble d’agressivité envers les fauves rôdant autour de sa tanière élyséenne. Ses talents d’improvisateur, sa promptitude tactique et sa méchanceté politique trouveront l’espace nécessaire pour se déployer. L’homme au Kärcher entre les dents a démontré dans le passé tout son savoir-faire. Pour ceux qui l’ont enterré trop vite, le réveil risque de faire mal aux gencives.

Toutefois, le Teigneux de la République sait que la guillotine du scrutin peut lui trancher le col. Et les blessures symboliques n’en sont pas moins durablement douloureuses. Giscard d’Estaing en offre l’exemple vivant, quoique parcheminé. Le traumatisme de sa défaite en 1981 fut tel que, pour survivre dans la mémoire des Français, il en est réduit à écrire des romans lestes et, pour demeurer immortel, il a dû quémander un siège à l’Académie. Le Rutilant Suprême ne saurait se satisfaire d’aussi obscurs expédients.
 
Si son bail à l’Elysée n’est pas reconduit, Nicolas Sarkozy prendra l’avenir à témoin pour dépasser sa défaite. Car, même s’il murmure le contraire aux oreilles des journalistes amis, l’Hyperactif ne se contentera pas de siroter un smoothie banane au bord d’une piscine comme un vulgaire Copé. Il fera entendre sa voix tous azimuts.
Si le sort de la France s’améliore avec le nouvel élu, Nicolas Sarkozy affirmera haut et fort que sa politique, pour impopulaire qu’elle fût, s’est révélée bénéfique. C’est donc sciemment qu’il a ordonné des remèdes amers avec effet retard bienfaisant. Son successeur – citons, au hasard, François Hollande – n’est qu’un vil profiteur qui récolte des blés qu’il n’a point semés. Sarkozy, le glorieux battu, sera le vrai vainqueur aux yeux de l’Histoire.

A contrario, si la France devient encore plus souffrante sous le règne de son successeur, Sarkozy n’hésitera pas à chanter sur toutes les antennes la chanson du «J’ vous l’avais bien dit». Et à se poser en recours.
Il prétend aujourd’hui qu’en cas de défaite nous n’entendrons plus parler de lui… Tu parles!


Jean-Noël Cuénod

PS: pour les Sarkofans, voici le lien qui leur permettra de se rendre sur le site Fesse-bouc du nouveau candidat

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10/02/2012

L’écologie disparaît de la campagne

La catastrophe nucléaire de Fukushima, c’était l’an passé. Autant dire il y a un siècle. Même en France où l’écologie ne suscite pas autant de passion que dans les pays de culture protestante, la protection de l’environnement devenait alors une ardente obligation.


Le Parti Europe Ecologie- Les Verts se considérait comme la future troisième force de la République voisine. Après tout, les écolos gaulois n’avaient-ils pas obtenu 16% aux élections européennes de 2009 et 12% aux élections régionales l’année suivante?

 
Aujourd’hui, changement de paysage radical, l’environnement a déserté la campagne présidentielle française. Certes, la crise de l’euro, les fermetures d’entreprises, le chômage qui grimpe et le pouvoir d’achat qui sombre expliquent en grande partie ce désintérêt.


Il faut y ajouter la faiblesse confondante de la candidate des Verts. Eva Joly se traîne entre 2% et 3% des intentions de vote, soit 10% de moins que le potentiel électoral de son parti. En choisissant, lors de leur primaire, l’ancienne magistrate au détriment du «télécrate» Nicolas Hulot, les écologistes français ont préféré s’ancrer à gauche plutôt que de céder aux tentations de la société du spectacle.


Noble intention, certes, mais elle fait fi de cette réalité: les Français ne sont pas prêts à ouïr les sermons d’une paroissienne luthérienne, même si elle porte des lunettes qui font rire.


En voulant sauvegarder leur pureté idéologique, les Verts français ont raté l’occasion de rendre audible un discours sur la crise économiquequi soit différent de celui des autres partis et de peser sur les choix politiques du prochain quinquennat.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru vendredi 10 février dans 24 Heures)

 

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02/02/2012

Marine Le Pen gagnante, sauf en cas de victoire

A deux mois et demi du premier tour de l’élection présidentielle française, Marine Le Pen paraît gagnante dans tous les cas de figures. Enfin presque, comme nous l’allons voir.

Le scénario le moins probable serait qu’elle ne parvienne pas à réunir les 500 signatures d’élus exigées pour concourir au Grand Prix de l’Elysée. La candidate du Front national (FN) serait en droit de crier au déni de démocratie, et son discours contre le système «UMPS» (contraction d’UMP et de PS) prendrait consistance. La diva de l’extrême droite embourgeoisée aurait beau jeu de dénoncer les manœuvres conjointes des deux grands partis français.Dès lors, l’abstention atteindrait un taux vertigineux, le mécontentement populaire se transformerait en colère avec tous les risques de désordres sociaux que cela comporte. Le président sorti de ces urnes en carton-pâte perdait une part importante de sa légitimité.

Si elle réunit les 500 paraphes et qu’elle réalise un bon score au premier tour sans pour autant se qualifier pour le second, elle prendra encore un peu plus de grade et se posera en recours pour une droite qui risque fort d’être déboussolée, même en cas de victoire de Sarkozy.

Et si elle se propulse au second tour? A en croire l’hebdomadaire Marianne qui ne cite pas ses sources, Nicolas Sarkozy et François Hollande auraient en main un sondage aussi secret qu’explosif qui donnerait la candidate du FN au coude-à-coude avec l’actuel président. Sarkozy pourrait ainsi être battu par la frontiste dès le premier tour, comme le fut, en 2002,  le socialiste Lionel Jospin. Jean-Marie Le Pen, père de Marine et du Front national, avait alors affronté «en finale» Jacques Chirac, qui l’emporta très nettement avec plus de 82% des suffrages.

Si Le Pen fille rééditait cet exploit, son score serait, selon toute vraisemblance, bien supérieur aux 17,79% qu’avait obtenus le chef frontiste. François Hollande gagnerait certes, mais ne parviendrait pas à atteindre le même résultat que Chirac dix ans auparavant. Dès lors, Marine Le Pen deviendrait vraiment le deuxième personnage de la vie politique française, ce que son père n’a jamais été en mesure de réaliser, même en 2002.L’UMP serait réduite en miettes.

Ses élus les plus modérés partiraient vers le MoDem du centriste François Bayrou – autre vainqueur dans cette configuration. Quant à l’aile droite, elle s’envolerait aussitôt vers le nid frontiste.

Marine Le Pen serait donc toujours gagnante, sauf en cas de victoire. Une fois présidente, elle devrait appliquer son programme en sortant la France de l’euro, réduisant ainsi l’épargne des Français à un franc aussi nouveau que dévalué. Ou alors jeter ses propositions aux orties et décevoir profondément les électeurs.

Vaincre dans ces conditions, quelle tuile!

Jean-Noël Cuénod

Et voici une vidéo qui évoque ce sujet: comment réunir les 500 signatures d'élus pour être officiellement canidat à l'Elysée?


Présidentielle: La chasse aux signatures est... par canal32-wizdeo

13:02 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : le pen, élection présidentielle française, vidéo | |  Facebook | | |

31/01/2012

NIDIFICATION

 

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                                                          Parfum feu de bois humide

                                                          Irisée brise d'automne

                                                          Mes morts mes morts qu'elle emporte

                                                          Sont si légers qu'ils traversent

                                                          Mon corps comme des palombes

                                                          Prenant cap vers leurs Afriques

                                                          En un coup d'aile orchestré

 

                                                         Mes morts mes morts disparaissent

                                                         Seul sur le quai de la brise

                                                         Je rumine mon sursis

                                                         Mais toujours mes morts mes morts

                                                         Reviennent dans mon ventre

                                                         Pour y construire leur nid.

.

 

Jean-Noël Cuénod

11:42 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

26/01/2012

Anne Sinclair, la reine de l’info pour pas un rond?

Le lancement à Paris par Anne Sinclair de l’édition française du Huffington Post – en compagnie de la fondatrice américaine de ce site d’information – a remporté un succès médiatique qui n’étonnera personne, compte tenu de la notoriété de l’ancienne star de TF1. Mais, après le champagne de l’inauguration, nombre de journalistes parisiens ont la gueule de bois. La cause de ce malaise? Les contributions gratuites des blogueurs et des 200 personnalités qui écriront dans ce nouveau journal numérique. Pour les internautes, l’accès y est d’ailleurs lui aussi gratuit, les recettes étant générées par la publicité.

 


Alors, Anne Sinclair, reine française de l’info pour pas un rond? Directrice éditoriale, elle ne reçoit pas de salaire. «Je suis intéressée aux résultats, s’il y en a», précise-t-elle. Cette gratuité agace d’autant plus que Huffington Post – «HuffPo» pour les intimes – brasse des millions aux Etats-Unis. Créé en 2005 par Arianna Huffington, qui y avait investi un million de dollars, «HuffPo» a été vendu 315 millions de dollars à AOL – groupe américain de services sur internet – en février 2011. Toutefois, Arianna Huffington est restée à la tête de ce site qui s’est étendu au Canada, à la Grande-Bretagne, à la France et gagnera l’Italie et l’Espagne.

 

 Quel que soit le pays, le concept est le même: un minimum d’investissement dans le secteur rédactionnel pour un maximum d’exploitation de ce qu’internet peut offrir en contenus gratuits: réseaux sociaux, liens avec des articles provenant d’autres sites ou journaux, blogs et tribunes libres. Ainsi, l’édition américaine accueille… 9000 blogueurs, dont maintes célébrités et moult experts. Arianna Huffington indique que 95% de ces contributeurs ne reçoivent aucune rétribution. Quant aux 5% restants, le mystère demeure. Chaque mois, «HuffPo» accueille 28 millions de visiteurs uniques, un trésor pour la publicité.

 


Aux Etats-Unis, la méthode Huffington a été stigmatisée, notamment, par Bill Keller, l’ancien rédacteur en chef du New York Times, qui accuse «HuffPo» «de prendre des mots écrits par d’autres, de les emballer sur son site et d’en tirer un profit qui, normalement, aurait dû revenir à ceux qui ont généré le matériel rédactionnel». Pourtant, force est de reconnaître qu’Arianna Huffington a eu l’intelligence de comprendre plus vite que d’autres le fonctionnement de l’internet et qu’elle n’a pas inventé la cybergratuité. La plupart des sites pompent ici ou là du contenu sans bourse délier.


 Cela dit, ce phénomène est train d’évoluer. Comme l’indique une remarquable enquête de Dan Israel pour le site @rrêt sur image, (lien de l'enquête) un nombre croissant de blogueurs et de contributeurs reçoivent désormais une rémunération. Avec l’effervescence des premières années, les blogueurs se souciaient peu d’être payés, éblouis qu’ils étaient par ce nouvel outil. Aujourd’hui, ils commencent à tendre la sébile. Le miracle de la cybergratuité n’est pas éternel.

 

Jean-Noël Cuénod

Et voici la vidéo de la conférence d'Anne Sinclair et Arianna Huffington

 

09:58 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : anne sinclair, huffington, video | |  Facebook | | |

24/01/2012

Nicolas Sarkozy reçoit un sacré coup de mou

 

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Un meeting réussi ne fait pas le printemps présidentiel, certes. Toutefois, dimanche au Bourget, il s’est bien passé quelque chose. D’où cette impression diffuse que le destin a basculé, impression qui sera peut-être balayée le 22 avril, lorsque les Français glisseront leur bulletin dans l’urne. Tant d’événements peuvent encore survenir.

 

Mais aujourd’hui, François Hollande a repris la main et Nicolas Sarkozy a subi un sacré coup de mou. Les meetings de janvier demeurent essentiels dans les campagnes présidentielles françaises. Ils en constituent la rampe de lancement. Ou le candidat prend son envol. Ou il se casse le nez. Le 14 janvier 2007, le prétendant Sarkozy avait organisé une cérémonie hollywoodienne à la Porte de Versailles en mobilisant 50 000 fans, mis en scène par le télé réalisateur Didier Froehly. Du grand spectacle de pro. En comparaison, le meeting de Ségolène Royal faisait sortie de classe sous la gouverne d’une institutrice, jolie mais terriblement nunuche. On connaît le résultat.

 


Cinq ans plus tard, la mollesse a changé de camp. Dans la halle du Bourget, au cœur de la banlieue parisienne défavorisée, François Hollande emporte la foule par son verbe tantôt chaleureux, tantôt tranchant. Au même moment, le président Sarkozy adresse ses vœux à un millier de Guyanais et, sous l’œil des caméras, s’installe maladroitement dans une pirogue en prenant un air pincé, à côté de son ministre Guéant dont l’allure rendrait neurasthénique le plus démonstratif des setters irlandais.

 


Nicolas Sarkozy doit donc changer de tactique. Jusqu’à maintenant, il comptait sur les erreurs de son adversaire socialiste pour le battre, à la manière d’un joueur de tennis en petite forme. A ce jeu-là, l’actuel président perdra le trophée de l’Elysée. S’il attend trop pour se déclarer officiellement candidat, Sarkozy risque fort d’aggraver la déprime qui règne au sein de ses partisans.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru dans 24 Heures de mercredi 25 janvier 2012)

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23/01/2012

François Hollande: un «Flanby» à pâte dure

François Hollande a réussi son premier grand meeting, dimanche au Palais des expositions du Bourget. Ce n’est certes pas surprenant. L’ancien patron du PS est un habitué de ce genre d’opération et demeure l’un des rares bons orateurs de l’actuelle classe politique française.

 Ce qui est plus étonnant est son retour à la hausse dans le plus récent sondage, celui que BVA a mis sur pied pour la presse quotidienne régionale, avant-hier. Durant ces dernières semaines pourtant, sa cote ne cessait de s’effriter. Comment expliquer ce réveil du candidat socialiste à l’élection présidentielle française, avant même que sa campagne ne passe à la vitesse supérieure? Deux facteurs principaux l’expliquent.


Tout d’abord, la France accumule les mauvaises performances économiques: pertes du triple A, hausse du chômage. Les réponses apportées par le président Sarkozy – notamment lors de son «sommet social» aux maigres résultats – ne paraissent pas se situer à la hauteur des difficultés, aux yeux d’un nombre croissant de Français.


Ensuite, par ses attaques personnelles constantes, agressives et souvent maladroites, le camp du président a «virilisé» l’image jusqu’alors mollassonne de François Hollande. En faisant du socialiste l’homme à abattre, l’UMP a diffusé l’idée du «vote utile» au sein de tous ceux – et ils sont nombreux – qui veulent chasser Nicolas Sarkozy du Palais de l’Elysée. A cet égard, la ministre Nadine Morano s’est particulièrement distinguée, si l’on ose dire, par ses remarques très «gros sel». En voulant dénoncer «Hollande le mou», en braquant leur force de tir sur lui seul, les communicants sarkozystes ont réussi ce miracle, transformer «Flanby» en pâte dure.

Jean-Noël Cuénod

 

(Editorial paru dans la Tribune de Genève lundi 23 janvier 2012)

 

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19/01/2012

Place au VIP (Very Important Panda) ! Plutôt Huan-Huan que Mamadou

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Sur la piste de Roissy, dimanche, cent journalistes, un ministre français, un ambassadeur chinois, deux préfets, deux parlementaires, la Garde républicaine et des escouades de policiers réservent à Huan-Huan et Yuan-Zi  un accueil de stars. Ces fiancés - qui viennent de descendre de leur avion-cargo - ont droit à tous les égards dus à leur qualité de pandas géants délégués par le gouvernement chinois afin de complaire au président Sarkozy. «Il a fallu déployer des trésors de diplomatie pour qu'ils viennent enfin chez nous», souligne la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, des étoiles plein les yeux.

Ces VIP (Very Important Panda) logent désormais dans leur résidence de luxe au zoo de Beauval, près des châteaux de la Loire (photo: hôtel-de-ville de Saint-Aignan, près du zoo). Un espace de 2,5 hectares est réservé à leur seul usage, planté de bambous, agrémenté de ruisseaux et de cascades. Afin que Huan-Huan et Yuan-Zi se sentent à l'aise, le propriétaire a fait aménager une installation pour créer du brouillard artificiel. Et les bâtiments érigés dans cette zone disposent d'une toiture en forme de pagode afin que les deux immigrés ne soient point trop dépaysés. Leur assurance-vie a coûté 110 000 euros au zoo, qui a dû verser près de 1,5 million d'euros à un organisme chinois pour recevoirces deux «trésors nationaux chinois» en prêt durant dix ans. Si les amours du couple se concluent par un heureux événement, la Chine recevra chaque année 480 000 euros.

Pendant ce temps, Mamadou et sa femme Aminata rament entre l'Afrique et l'Europe sur leur rafiot de fortune. Ou plutôt d'infortune. A la merci d'un coup de vent, d'un contrôle policier et de la rapacité des passeurs de clandestins. S'ils en réchappent et parviennent à Genève, Lausanne, Marseille ou Paris, le seul accueil ministériel qu'ils recevront sera assuré par les policiers de Guéant ou les gardes-frontière suisses. Et là, ce sera l'internement dans des cellules qui n'ont rien à voir avec le palace des pandas.

Si Aminata et Mamadou passent malgré tout entre les mailles du filet, ils grossiront les rangs des travailleurs au noir, entre la plonge au bistrot et la brouette de chantier. Pour habiter, ils auront le choix: un coin de parking, les logements d'urgence qui sentent le vomi ou, s'ils ont de la chance, dix mètres carrés à partager dans un squat. Ah, si Aminata et Mamadou, au lieu d'être humains, clandestins et Maliens, étaient pandas, invités et Chinois, ils recevraient la sollicitude attendrie des Européens... Ils sont tellement choux, ces mignons nounours! Mais, faute de ressembler à des peluches vivantes, les malheureux n'ont droit, au mieux, qu'à l'indifférence du passant et, au pire, qu'au racisme de l'imbécile.

 Le déchaînement de sensiblerie qui a emporté les médias à l'arrivée de Huan-Huan et Yuan-Zi montre à quel point les valeurs morales en Europe sont dégradées. Une société qui réserve le luxe à des pandas et l'opprobre à des humains fuyant la famine se montre aussi indigne que méprisable.

 

Jean-Noël Cuénod

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17/01/2012

LES COPINAGES DU PLOUC: Faits d'Hiver, un festival de la danse qui ne tourne pas en rond

Si vos pas de deux ou vos grands jetés vous propulsent à Paris, ne manquez pas le Festival Faits d'Hiver, consacré à la danse contemporaine. Il se tient dès maintenant jusqu'au 11 février et comprend huit spectacles qui se dérouleront dans six lieux différents dont le Théâtre de la Bastille. Par ce lien, vous disposez de tous les renseignements pratiques sur le déroulement de cette intéressante manifestation dirigée par Christophe Martin, également directeur artistique de Micadanses.

 La caractéristique de ce festival réside dans l'importance donnée à la création. On y danse donc, mais pas en rond.

Et pour vous faire une petite idée de la chose, voici une vidéo qui vaut tous les discours.

 

 

14:38 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : chorégraphie, danse contemporaine, paris | |  Facebook | | |

13/01/2012

La France à la recherche du président "triple A"

La perte du triple A de la France était attendue, elle n’en constitue pas moins une punition sévère pour Nicolas Sarkozy, qui achève son mandat dans les pires conditions sur le plan économique. Est-il mort politiquement, comme lui-même le laissait entendre, il y a quelques mois, en évoquant la dégradation de la note française?

Tout d’abord, il ne faut jamais enterrer un politicien français. Cette espèce particulière semble posséder, à l’égal des chats, neuf vies. Au moins. Alain Juppé est là pour le démontrer.

Ensuite, Sarkozy donne toute la mesure de son énergie lorsqu’il est assiégé par l’adversité. Ce coup du sort va sans doute agir sur lui à la manière d’un produit dopant. Il mènera sa campagne présidentielle avec encore plus d’agressivité qu’auparavant. Les missiles voleront plus bas que jamais.

Enfin, l’alternative offerte par ses adversaires n’enthousiasme pas les Français. François Hollande et les socialistes n’ont pour l’instant guère expliqué leur programme, ou alors de façon confuse, comme ce fut le cas avec la réforme du quotient familial. Marine Le Pen grimpe dans les sondages, mais personne ne la voit prendre en main le destin économique de la France. Taper sur les immigrés musulmans est une chose, sortir une vieille nation de l’ornière en est une autre.

Il reste François Bayrou qui, lui aussi, a réussi une percée spectaculaire dans les sondages. Incontestablement, le patron du MoDem (centriste d’opposition) a conduit son début de campagne de façon convaincante en dénonçant la désindustrialisation de la France. Sur le plan économique, il a démontré sa crédibilité en décrivant les ravages de la dette, dès 2007. Mais Bayrou reste un homme seul. Face aux gros bataillons sarkozystes et socialistes, les troupes de son MoDem font petite figure.

Avec angoisse, les électeurs français cherchent encore un président triple A.

 

Jean-Noël Cuénod

(Texte de l'édito paru samedi 14 janvier 2012)

23:37 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : aaa, france, sarkozy, hollande, le pen, bayrou | |  Facebook | | |

12/01/2012

La Hongrie d’Orban, son inquiétante Constitution et le silence européen


En octobre 1999, lorsque l’extrême droite du FPÖ avait participé à la coa- lition gouvernementale en Autriche, l’Union européenne était montée sur ses grands chevaux. Paris, Londres, Berlin ne trouvaient pas de mots assez durs pour stigmatiser cette présence brunâtre. Toutefois, les ministres du FPÖ ne cherchaient pas à modifier les lois fondamentales de leur pays.

Aujourd’hui, saisissant contraste: la Hongrie a adopté une Constitution qui contient des ferments extrémistes inquiétants, et Bruxelles ne bronche guère, sinon par une pâle résolution de protestation au Parlement européen. Certes, la Commission a proposé, hier, aux gouvernements de l’Union de supprimer un milliard d’euros d’aides à la Hongrie, mais c’est principalement pour la punir de laisser filer son déficit public et de ne pas accorder d’indépendance à sa Banque centrale. L’une des rares personnalités à tirer la sonnette d’alarme est le centriste français Jean-Louis Bourlanges, professeur à Sciences Po Paris et ancien eurodéputé.

Il faut dire que la Hongrie avait grand besoin d’une Constitution puisque, malgré sa participation à l’Union européenne, son texte fondamental remontait à… 1949, lorsque ce pays suffoquait sous la botte de Staline. Mais, au lieu de procéder à une consultation populaire, le gouvernement du conservateur nationaliste Viktor Orban a fait adopter sa Constitution par le parlement ordinaire, sans même créer une assemblée constituante élue à cet effet. Il s’est contenté d’envoyer, au début du processus, un questionnaire tous-ménages.

Ainsi, le mariage homosexuel et l’avortement se trouvent-ils bannis par ce texte fondamental. Les parlementaires sont donc liés pour un temps indéfini dans deux domaines en pleine évolution. Ce n’est pas tout, loin de là. L’indépendance de la justice n’est plus garantie, de même que celle de la Cour constitutionnelle, dont les compétences ont été revues à la baisse. La liberté de la presse n’est plus protégée en tant que droit de l’individu à en bénéficier et ne figure que sous la forme d’une vague promesse de l’Etat à la respecter. Or le gouvernement Orban a multiplié les attaques contre les médias depuis plusieurs mois. Quant à l’interdiction des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou celle d’introduire la peine de mort, elles passent à la trappe.

Enfin, ce texte se caractérise par une revendication nationaliste exacerbée en octroyant le droit de vote aux Magyars qui vivent hors des frontières hongroises et qui auront obtenu la citoyenneté, sans même devoir résider en Hongrie. Cela ne manquera pas de réveiller de vieilles rancœurs chez d’autres membres de l’Union européenne, la Roumanie et la Slovaquie, qui abritent d’importantes minorités hongroises.

Viktor Orban est en train de concentrer tous les pouvoirs dans ses seules mains. Pendant ce temps, Bruxelles ne s’inquiète que pour ses deniers.

Jean-Noël Cuénod

 

Pour en savoir plus, voici le site (disponible en magyar et en anglais)

09:51 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

05/01/2012

DANSE DENSE

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Un seul brin d'herbe

Qui danse bouleverse

Le corps du Cosmos

Lune pleine d’âmes

Qui attendent les orages

Pour enfin renaître

Ecoute en toi l’aube

Qui se lève dans un cri

De drap déchiré

L’œuf tient le monde

Le ciel est sa coquille

Et Dieu est son jaune

Au centre du centre

Tout se ressemble s’assemble

Et se fond sans fin

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 

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01/01/2012

Sarkozy a présenté ses vœux brouillés

L'an passé, Sarkozy se voulait encore l'hyperomni qui allait bouleverser toutes les barrières placées entre la France et la modernité: «L'année 2011 s'annonce pleine de promesses». En effet, pleine de ses promesses non-tenues. Et dans ce même discours, il se félicitait de ce que la récession fût «plus courte» que dans d'autres pays. Un an plus tard, chacun a pu mesurer la brièveté de cette récession.

Pour 2012, le président et quasi-candidat, revêtu d'un complet gris très foncé, a pris un ton plus austère. La pompe élyséenne s'est voulue funèbre. C'est en ce morose apparat que Nicolas Sarkozy a présenté au peuple de France ses vœux brouillés.

Brouillés par deux informations parasitaires, tombées dans les dernières heures de 2011. La première: le déficit commercial de la France a plongé, passant en un an de 55 à 75 milliards d'euros. «C'est la faute à la crise qui touche toute la planète», a plaidé Sarkozy lors de son discours. Mais alors, par quel miracle la voisine allemande affiche-t-elle un excédent de 154 milliards? Second sarkoparasite: la France compte désormais 2 844 800 chômeurs; elle n'avait plus subi pareil score depuis 1999. La barre symbolique des trois millions sera sans doute franchie dans la première moitié de 2012.

Or, l'élection présidentielle, qui se déroulera dans cinq mois se jouera sur cette question. Nicoléon Sarkonaparte a donc revêtu son uniforme de Maître des batailles pour l'emploi. A cet effet, il organisera le 18 janvier un grand sommet social, avec les syndicats et organisations patronales: «Nous écouterons. Et nous déciderons».

En fait, tout semble déjà décidé comme le laissent entendre les vœux présidentiels. Sans mentionner le nom de la chose, il annonce clairement l'instauration de la TVA sociale, ce qui consiste à faire payer par l'impôt indirect une partie des cotisations sociales. L'idée est de baisser le coût du travail afin de rendre l'économie française plus compétitive et frapper ainsi les exportations. Reste à savoir si cette TVA sociale ne va pas grever encore plus le budget des ménages déjà mis à mal par les restrictions diverses.

Mais si le principal est décidé que restera-t-il à négocier avec les partenaires sociaux? Des clopinettes, comme d'habitude. Car depuis cinq ans, Sarkozy n'a pas dérogé à sa méthode: imposer ses décisions en calmant les ardeurs revendicatives par des «sommets» ou des «Grenelle» qui sont au dialogue social ce que furent les villages Potemkine à l'urbanisme. Cela dit, en multipliant les passages en force, Sarkozy s'affaiblit dans les sondages.

Ces vœux présidentiels qui manquent de fraîcheur seront sans doute restés sur l'estomac des Français. Leur déprime semble d'autant plus profonde que les adversaires de Nicolas Sarkozy n'offrent pas une alternative enthousiasmante. François Hollande patine, Marine Le Pen éructe, François Bayrou vaticine, Eva Joly grince et Jean-Luc Mélenchon clabaude. Bonne année quand même.

 Jean-Noël Cuénod

ET VOICI LES VOEUX PRESIDENTIELS EN VIDEO POUR CEUX QUI LES AURAIENT MANQUES!

19:00 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : nicolas sarkozy, politique, france, chômage, vidéo | |  Facebook | | |

31/12/2011

ADIEU FRANGIN

Adieu frangin. Tu ne verras pas 2012. Mardi 20 décembre au soir, tu es parti ailleurs. Vendredi 30, nous avons célébré ton départ au Temple de Vandoeuvres. L'hommage du Plouc à son frère Bernard Cuénod, ancien député et maire de Corsier.

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11:06 | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |