29/04/2012

IN FINE

 

Je cherche à tâton

La main du guide

Mais je ne saisis

Qu'un bout de nuit

Mes pas s'égarent

Sur les collines

Dans le silence

A flanc de coteau

 

Je suis perdu

Et me retrouve

Enfin et en fin

Jean-Noël Cuénod

PS: Merci à tous les amis du plouc de ne pas l'avoir laissé seul comme un veau au Salon du Livre de Genève

23:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

27/04/2012

Salon du Livre: ne laissez pas le plouc seul comme un veau!

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Après le Salon du Livre de Paris, le plouc attaque celui de Genève où il présente deux bouquins. Par pitié, ne le laissez pas seul comme un veau qui pleure (cf. l'étiquette de camembert dessinée par l'inoubliable Benjamin Rabier) devant sa pile de livres à Palexpo.

Voici donc ses jours et heures de présence au Salon du Livre de Genève 

  •  Samedi 28 avril, de 10 h. à midi, Jean-Noël Cuénod présente son nouveau recueil de haïkus «Le Goût du Temps» au stand Samizdat i 1141 (i comme Ibsen, en face de l'exposition Courbet).  
  •  Dimanche 29 avril, de 13 h. à 14 h. 30, le même Cuenod brandit son «Quinquennat d'un plouc chez les bobos» (cinq ans de chronique dans le Paris et la France de Sarkozy) au stand Slatkine F 841.

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25/04/2012

Présidentielle 2012: le centre, espace quantique de la politique française

François Bayrou est l'une des principales victimes du premier tour de l'élection présidentielle française, ne drainant que 9,13% des voix. Il a donc perdu la moitié de ses électeurs par rapport à 2007. Pourtant, ses idées ne cessent de parcourir la campagne actuelle. Depuis plus de cinq ans, le centriste fondateur du MoDem sonne le tocsin devant le tsunami de la dette publique. Cette année, Bayrou a été le premier à pointer du doigt la désindustrialisation de son pays. Alors, pourquoi sa mayonnaise n'a-t-elle pas pris?

 L'explication immédiate est de mettre en cause la personnalité de François Bayrou qui n'a pas été capable de construire une équipe forte. La politique est à l'image du cyclisme, un sport individuel pratiqué collectivement. Même le plus doué des coureurs ne peut gagner le Tour de France sans plusieurs équipiers de valeur. Il y a du Poulidor, chez Bayrou!

 Mais il existe aussi des causes plus profondes. Tout d'abord, il n'y a pas qu'un centre en France mais plusieurs, depuis fort longtemps. Cet espace politique apparaît, en effet, comme une sorte de lieu quantique gouverné par le principe d'indétermination. Le croit-on vers la gauche? Le voilà qui penche à droite simultanément. L'espère-t-on à droite? Il surgit aussitôt à gauche. Il paraît donc bien difficile de mobiliser les électeurs avec cette géométrie variable.

 De plus, le centre a toujours été divisé. Sous la IIIe République, il était écartelé entre les formations proches de l'Eglise catholique et le Parti radical qui mangeait du curé à tous ses banquets républicains. Après la Libération, l'alliance des démocrates-chrétiens du MRP (Mouvement républicain populaire) et des radicaux a été le pivot des multiples gouvernements, alliance fragile dans une IVe République qui l'était tout autant. L'avènement de la Ve a fait voler le centre en éclats. Il n'est pas mort pour autant, mais a servi, sous diverses formes, de force supplétive au gaullisme et à ses avatars.

 Fort de sa troisième place en 2007, François Bayrou a tenté de reconstituer un parti autonome et central entre la gauche et la droite de gouvernement. Mais les divisions anciennes du centre ont alors ressurgi. Une autre forte personnalité est apparue, Jean-Louis Borloo, le patron du Parti radical. Bayrou n'était plus le représentant d'un centre unifié mais le chef de la faction démocrate-chrétienne d'un centre pluriel. L'entente entre les deux dirigeants aurait pu créer une dynamique nouvelle, après avoir surmonté les obstacles entre démocrates-chrétiens et «laïcards». Elle n'a pas été possible en raison de la démesure des ego et des intrigues de Nicolas Sarkozy qui voyait, à juste titre, sa mort politique dans cette alliance.

 

Le centre disparaîtra-t-il au fond d'un trou noir? En tout cas, sa marge de manœuvre étant étroite, le futur président, quel qu'il soit, sera bien forcé de gouverner au centre. Avec ou sans les centristes.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

François Bayrou dans son nouveau spectacle d'après-premier tour: "Grognons sous la pluie"

19:42 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : élections, bayrou, elysée, vidéos | |  Facebook | | |

24/04/2012

Le plouc sort un deuxième bouquin : des haïkus qui n'ont rien à voir avec quelque quinquennat que ce se soit.

Les Editions Samizdat, animée par Denise Mützenberg et Claire Krähenbühl, publie un nouveau recueil de poésie de ma pomme. Cette fois-ci, il s'agit de haïkus préfacés par une enseignante française en philo, spécialiste du Japon, Marianne Rillon. Les magnifiques illustrations sont dues au peintre parisien Philippe Rillon.

Ce  bouquin n'a donc rien à voir avec le « Quinquennat d'un plouc chez les bobos » (Editions Slatkine) du même Cuénod. Ledit bouquin continue d'ailleurs d'être en vente. Réclamez-le à votre libraire sur un ton comminatoire.

Le plouc participera au Salon de Genève. Voici donc ses heures de présence

  • - Samedi 28 avril, de 10 h. à midi, Jean-Noël Cuénod présente son nouveau recueil de haïkus «Le Goûtdu Temps» au stand Samizdat i 1141 (i comme Ibsen, en face de l'exposition Courbet)

 

  • - Dimanche 29 avril, de 13 h. à 14 h. 30, Jean-Noël Cuénod présente le «Quinquennat d'un plouc chez les bobos» (cinq ans de chronique dans le Paris et la France de Sarkozy) au stand Slatkine F 841.

 

En attendant, voilà le bon de souscription pour « Le Goût du Temps »

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22/04/2012

Marine Le Pen en embuscade contre Sarkozy puis Hollande

marine-le-pen Langue.jpgOutre le Parti socialiste qui, avec son candidat François Hollande, se place en grand favori du second tour de l’élection présidentielle française, l’autre vainqueur du scrutin de dimanche est le Front national et sa prétendante Marine Le Pen.
 Avec près de 20% des suffrages, elle inscrit durablement l’extrême droite au premier plan du paysage politique de l’Hexagone. Elle dépasse même son père.

 Certes, Jean-Marie Le Pen avait réussi à se qualifier pour le sprint final de la présidentielle 2002, mais avec un score moins élevé qu’elle au premier tour (17,8%). De plus, le chef d’alors du Front national bénéficiait d’un effet de surprise. Personne ne l’avait vu venir à une telle place. Sa progression ne s’était révélée fulgurante que durant les derniers jours précédant le scrutin d’avril 2002.

Tel n’est pas le cas de sa fille. Les sondages l’ont installée à une place élevée dans l’opinion depuis une année; elle était même donnée comme possible qualifiée pour le second tour. Force est de constater que le Front national en version blonde et talons hauts ne fait plus peur. La «dédiabolisation» mise en place par Marine Le Pen a réussi, malgré les récentes provocations paternelles.

Pour l’instant, la patronne du Front national a tout intérêt à tabler sur une victoire de François Hollande au second tour, ce qui la transformerait en opposante de premier plan. En outre, une défaite de Nicolas Sarkozy risque fort de faire voler en éclats l’UMP qui a montré durant ce quinquennat sa fragilité et sa tendance à la désunion. Entre la tendance humaniste qui lorgne vers le centre et celle qui penche vers le Front national, l’unité sera bien malaisée à maintenir. D’autant plus que les rivalités personnelles sont en train de pourrir l’atmosphère au sein du parti présidentiel.

Marine Le Pen espère donc ramasser les débris de l’UMP pour construire le grand parti de la droite dure. Un parti de gouvernement.

Jean-Noël Cuénod

22:50 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : élection présidentielle, france, front nationa | |  Facebook | | |

19/04/2012

présidentielle 2012: le rêve français, illusions et espoir

C'est fou ce que l'on rêve durant la campagne présidentielle française! Au fil des meetings, les candidats inscrivent dans les songes de fabuleux destins, quitte à traiter leurs adversaires de «rêveurs». Comprenne qui pourra.

 

Certes, en Suisse, le rêve ne fait pas partie de notre vocabulaire électoral. Même le plus échevelé des poètes surréalistes ne pourrait envisager un seul instant de rêver après un discours de ce brave Schneider-Amman ou un entretien avec la déprimante Eveline Widmer-Schlumpf. Quant à Blocher, il ne saurait susciter que ces cauchemars provoqués par les lourdeurs stomacales. En matière d'onirisme politique, la France est donc bien mieux pourvue. Toutefois, elle n'en détient pas le monopole.

 

Aux Etats-Unis, l'«American dream» deviendrait presqu'une marque déposée. Leur équipe de basket avait été surnommée «dream team» lors des Jeux olympiques de 1992. Et le fameux «I have a dream» du pasteur Martin Luther King résonne encore dans toutes les âmes. D'ailleurs, le rêve des Américains a excellente presse. Alors que les voisins de l'Hexagone, surtout anglo-saxons, raillent celui des Français. Le rêve d'outre-Atlantique fait rêver. Celui d'outre-Jura fait ricaner. Il y a là une certaine injustice.

 

Bien sûr, les candidats à la présidence française chantent à leurs électeurs de jolies berceuses aux illusoires refrains. Aucun d'entre eux - sinon de temps en temps François Bayrou dont la voix ne porte guère - n'a le courage d'expliquer à ses électeurs à quel point la situation de la France approche de la catastrophe.

Il est sidérant de constater que la réforme du permis de conduire et la viande halal ou pas halal ont éclipsé la hausse massive de la dette publique. Or en 2011, le service de cette dette a obligé la France à verser aux banques un montant supérieur (près de 47 milliards d'euros) au budget de l'Education nationale.

 

Toutefois, le rêve français n'est pas tissé que de calembredaines pour banquets républicains. Il a sa noblesse populaire. Et si Jean-Luc Mélenchon parvient à déplacer les foules, c'est sans doute moins à son programme plutôt fumeux qu'il le doit qu'à cet appel au rêve fraternel qu'il a su faire vibrer dans les cœurs d'une partie des Français.

 

Ce monde s'épuise à suivre les délires du capitalisme financier et à subir l'hystérie de la société de consommation - avec de moins en moins de consommateurs et de plus en plus de frustrés -, ce monde disais-je, a soif. Soif de partage et de solidarité; soif d'échanges gratuits et non plus de relations marchandes; soif de rencontres réelles et non plus de rendez-vous virtuels.

 

Un jour peut-être, les Français débarrasseront leur rêve de sa gangue d'illusions. Alors, leur pays ne fera plus ricaner. Et redonnera au monde ce qu'il lui avait jadis offert, un espoir de fraternité.

 

Jean-Noël Cuénod

12:24 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : sarkozy, hollande, bayrou, mélenchon, élection | |  Facebook | | |

12/04/2012

Secret bancaire: le grand bal des faux-culs est ouvert

A chaque élection importante dans l'un de nos pays voisins, taper sur la Suisse et son secret bancaire est devenu figure imposée. L'actuelle campagne présidentielle française ne saurait faire exception. Et c'est le grand bal des faux-culs qui commence! Car dans ce domaine, tous les protagonistes se montrent d'une hypocrisie massive.

 

La Suisse tout d'abord. Elle déploie une énergie sans faille à protéger l'anonymat de riches contribuables étrangers afin qu'ils puissent frauder le fisc de leur pays en toute impunité. On peut retourner ce problème dans tous les sens, il s'agit là d'une assistance active aux fraudeurs, ni plus ni moins. Pour tenter de masquer ce qui relève de la mentalité délinquante, la Suisse financière avance cet argument: le secret bancaire aurait été inventé pour permettre aux Allemands de mettre leurs biens à l'abri des nazis. Mais ces derniers ne sauraient servir d'éternels alibis 67 ans après leur chute.

 

Cela dit, la Suisse n'est pas la reine de ce bal des faux-culs. Que dire de la France? Côté face, ses dirigeants, tous partis confondus, n'ont pas de mots assez durs pour stigmatiser ces vilains profiteurs helvétiques. Côté pile, les mêmes politiciens courent vers les bords du Léman pour planquer les caisses noires de leurs partis. Sans oublier les grands groupes industriels français qui ont élevé l'«optimisation fiscale» au rang des beaux-arts.

 

L'Allemagne n'est pas en reste. Elle cible ses attaques sur la Suisse, mais prend bien garde de ménager les autres Etats qui pratiquent, sous des formes parfois encore plus opaques, le secret bancaire, comme la Grande-Bretagne et certains Etats nord-américains. Mais l'une fait partie de l'Union européenne et doit ainsi être ménagée, car Berlin peut toujours avoir besoin de Londres pour avancer ses pions au sein de l'UE. Et les autres appartiennent à la plus importante puissance mondiale. Il est nettement moins dangereux de cogner sur Berne que d'égratigner Washington.

 

De plus, Genève occupe la première place mondiale en matière de gestion de fortune (27% de la fortune du globe), selon Gardiner Finance LLC, devant la Grande-Bretagne et le Luxembourg. Cette position attire forcément les convoitises. Les vertueuses attaques menées en Europe et aux Etats-Unis contre le secret bancaire helvétique ont donc pour mobile réel de prendre la place d'un concurrent d'autant plus fragile qu'il se trouve - par la faute des blochériens - isolé diplomatiquement.

 

Si le secret bancaire suisse est aboli, la fraude fiscale profitera à d'autres contrées et ne sera pas tarie pour autant. Elle est consubstantielle à l'économie capitaliste qui a pour moteur l'énergie que procure la cupidité. Or, celle-ci ne peut pas se satisfaire du respect des règles fiscales et cherchera toujours à s'en affranchir. Dès lors, la fraude fiscale n'est ni un accident ni une anomalie dans notre société.

 

Jean-Noël Cuénod

 

(Texte paru jeudi 12 avril 2012 en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et "Perspective" de la Tribune de Genève)

09:40 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

08/04/2012

Les baha'is crucifiés par le pouvoir iranien

En cette période pascale, il est temps de se rappeler les crucifiés d'un régime d'oppression qui a Dieu dans la bouche et le diable dans ses actes. Dès son avènement, la dictature de Téhéran a voué une haine tenace aux fidèles d'une religion, née pourtant en Iran, qui professe le pacifisme le plus absolu, le baha'isme.

 

Ne menant aucune action antigouvernementale, ne soulevant aucun trouble, prônant la non-violence en toute occasion, les baha'is ne sont coupables aux yeux des Mollahs que d'un «crime», celui de reconnaître un prophète, Baha'u'llah, apparu après Mohamed. Or, celui-ci, selon l'islam, clôt le cycle des prophètes. Toute révélation qui lui est postérieure relève du blasphème, d'après le dogme musulman.

 

Depuis une semaine à Paris et dans d'autres grandes villes du globe les portraits géants de sept dirigeants baha'is - emprisonnés en Iran dans des conditions épouvantables - ont été placardés par l'organisation de défense des droits de l'homme «United4Iran». Donnons leur identité, puisque le régime de Téhéran fait tout pour que le monde les oublie:

 

 Fariba Kamalabadi, Jamaloddin Khanjani, Atif Naeimi, Saied Rezaie, Mahvash Sabet, Behrouz Tavakkoli et Vahid Tizfam.

 

Cette action internationale marque les 10 000 jours d'incarcération cumulés par les sept anciens responsables de la communauté baha'ie d'Iran. Ils ont été arrêtés en 2008 et condamnés chacun à 20 ans de réclusion pour «espionnage» - l'inculpation favorite des dictateurs - à la suite de procès de type stalinien.

 

La semaine passée la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde a consacré deux pages à la situation des baha'is en Iran relevant «des traitements de plus en plus impitoyables, y compris l'accroissement du nombre d'arrestations, de détentions, d'attaques violentes des domiciles privés».  Le rapport d'Amnesty international 2011 dressait le même constat (se référer au lien).

 

Naguère, les religions révélées avant l'apparition du Coran - le christianisme, le judaïsme, le zoroastrisme - étaient moins persécutées par la mollarchie. Ce n'est plus vrai maintenant, constate la Commission américaine. Si elles sont, théoriquement, reconnues et protégées par la Constitution iranienne, ces communautés deviennent «l'objet d'une discrimination croissante, d'arrestations et d'emprisonnements.» Les Iraniens convertis au christianisme sont particulièrement visés. Même certains musulmans ne sont pas épargnés, comme les soufis qui pratiquent un enseignement ésotérique dépassant l'espace borné des dogmes.

Dans l'Iran d'Ahmadinejad et du Guide Suprême, le poète perse Omar Khayyam aurait subi mille tourments. Puisse sa voix surgir un jour des ruines de cette dictature:

 

Qu'il est vil, ce cœur qui ne sait pas aimer, qui ne peut s'enivrer d'amour! Si tu n'aimes pas, comment peux-tu apprécier l'aveuglante lumière du soleil et la douce clarté de la lune?

 

Jean-Noël Cuénod

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05/04/2012

De l'autre côté du Périph'

Le Périph'est plus qu'un anneau de bagnoles tournant autour de Paris comme des poissons gris - attention certaines espèces proches des piranhas à moteur se révèlent dangereuses - dans leur bocal, plus qu'une limite, plus qu'un mur. C'est une frontière. Samedi, le plouc et la plouquette sont allés applaudir de formidables clowns-artistes «Les Paraconteurs», un duo formé par le Genevois de Paris Mathieu van Berchem et son complice Eric (Le plouc vous en parlera ultérieurement). Ils participaient au festival de clowns organisé à Bagnolet, situé à un jet de pneu brûlé de Paris.

De pneu brûlé, car dès la sortie du métro Gallieni, terminus de la ligne 3, une chaude ambiance accueille plouc et plouquette. Juste à côté du métro, sous cet énorme nœud autoroutier entre le Périph'et l'A3, un grand camp de Roms est ravagé par les flammes. Une épaisse, grasse et noire fumée envahit l'autoroute qui est aussitôt fermée. Pompiers et flics débarquent. Des meutes de petits mendiants courent en riant, se fichant pas mal des objets anéantis par le feu puisqu'eux n'ont rien. Pour ces gosses, c'est la fête. Une rupture dans la routine main tendue, chapardage, arrestation, remise dans la rue. Des femmes en jupes longues et nattes affolées tentent de réunir ce troupeau anarchique et glapissant. En vain. Les hommes, eux, regardent le spectacle, impassibles, les mains dans les poches, en supputant un relogement possible. D'autres badauds brandissent leurs smartphones pour l'enregistrer afin de faire les intéressants au bistrot. Surtout, ne pas perdre une braise de ce sinistre. Un hurlement: «Ça va exploser!». Mais ça n'explose pas. Les médias annonceront qu'une femme et un enfant ont été légèrement intoxiqués.

Plus loin, sur le chemin qui conduit au quartier de Bagnolet judicieusement intitulé «Malassis», une guimbarde part dans tous les sens et à toute vitesse. Elle heurte le muret d'un rond-point, ricoche contre le bord du trottoir, repart au milieu de la route, retourne vers le rond-point pour faire carrousel. Dans la voiture, quatre types pétés comme des pruneaux d'Agen mais pas à jeun. Une patrouille de flics passe, regarde ailleurs et s'en va aussitôt. Bienvenue à Bagnolet.

Juste de l'autre côté du Périph', c'est Paris. Un Paris coquet, vieillot avec les pavillons du quartier «La Campagne à Paris» construit en 1926. Jardinets proprets. Balcons hortensifiés. Pelousettes nettes. Rosiers pomponnés.

 

Dites-moi, de quel côté se trouve la réalité?

  

Jean-Noël Cuénod

VIDEO Cet incendie capté par le smartphone d'un témoin (BFMTV)

 

12:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : incendie vidéo | |  Facebook | | |

28/03/2012

Après les crimes de Merah, bagatelles législatives pour un massacre

Non, Nicolas Sarkozy n'a pas changé, contrairement à ce qu'il répète à chaque intervention publique. A peine le siège du tueur de Toulouse Mohamed Merah était-il terminé, que le président français a laissé libre cours à son réflexe pavlovien: un événement violent déclenche aussitôt une nouvelle loi. Il en va ainsi chaque fois que l'émotion populaire entre en ébullition.

 

Au mieux, ces bagatelles législatives pour un massacre ne servent qu'à faire du bruit médiatique et n'ont aucune conséquence. D'autant plus que les réformes brandies existent déjà dans les codes. Il suffirait de les appliquer, ce qui est moins spectaculaire et plus efficace. Mais plus coûteux aussi, puisqu'il faut dégager des moyens en effectifs et en matériel.

 

Au pire, ces «LEMI» (Lois à effet médiatique instantané) sont nuisibles en ce qu'elles lèsent la liberté individuelle de façon disproportionnée et sans que cela augmente d'un iota la sécurité collective. La dernière annonce du président-candidat est à ranger dans cette catégorie. Rappelons-en la teneur: «Toute personne qui consultera des sites Internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera punie pénalement».

 

Nicolas Sarkozy aurait pu envisager de réprimer le téléchargement de vidéos à contenu terroriste, comme cela se pratique pour les images à caractère pédopornographique. Mais non, c'est le simple fait de consulter un site qui catapultera l'internaute devant les tribunaux! Les chercheurs et les journalistes qui doivent se tenir informés des développements de la mouvance terroriste risquent d'être poursuivis eux aussi.

 

Les partisans de cette mesure rétorqueront que la loi prévoira des exceptions. Il y aura donc des justiciables qui auront le droit de surfer sur les sites terroristes et d'autres qui seront condamnés pour ce même acte. On souhaite bien du plaisir aux policiers et aux juges qui perdront un temps précieux à faire le tri ou décider si tel ou tel site appelle à la haine et à la violence.

 

Outre son caractère ubuesque, ce projet de loi dénote une inquiétante volonté de brider la liberté qui règne dans la sphère Internet. Une liberté menacée par les pouvoirs économiques - qui veulent faire payer demain sur la Toile ce qui est gratuit aujourd'hui - et les pouvoirs politiques - qui supportent mal de ne pas maîtriser cet espace. Dès lors, les causes les plus légitimes, telles que la sauvegarde des droits artistiques et la lutte contre le terrorisme, sont instrumentalisées pour grignoter progressivement le cyberespace de liberté et le réduire en peau de chagrin.

Sous le coup de l'émotion, nous sommes enclins à soutenir des lois liberticides, pensant qu'elles nous protègent.

 

 Et puis, un vilain jour, nous prenons conscience que cette liberté tant célébrée dans les discours est devenue coquille vide et qu'ainsi nous avons perdu une part essentielle de notre humanité.

 

 

Jean-Noël Cuénod

11:21 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : toukouse, terrorisme, sarkozy, internet | |  Facebook | | |

26/03/2012

Nicolas Sarkozy et les « musulmans d'apparence »

Le candidat-président Nicolas Sarkozy aime la France qui se lève tôt. Cette affection est d'autant plus méritoire que lui-même n'est pas « du matin » comme le démontre sa dernière balourdise. En prenant leur petit-déjeuner ce lundi, les auditeurs de France-Info ont pu ouïr l'Hyperomni bredouiller à propos des militaires assassinés par le terroriste Mohamed Merah :

« Je rappelle que deux de nos soldats étaient - comment dire ? - musulmans, en tout cas d'apparence, puisque l'un était catholique. D'apparence... Comme on dit : de la diversité visible. »

 Tout d'abord, s'il devait passer l'examen de français qu'il a imposé début janvier aux candidats à la naturalisation, il n'est pas sûr que Sarkozy obtienne son passeport. Ensuite, enfermé dans sa bulle - certes portative - élyséenne, le présimonarque reste prisonnier des vieux clichés. Non, tous les Arabes ne sont pas musulmans et dans leur grande majorité, les musulmans ne sont pas Arabes. D'ailleurs le pays qui compte le plus de fidèles de l'Islam est l'Indonésie. En outre, il existe des Européens de souche qui se sont convertis à la religion du Coran comme feu Maurice Béjart.

A force de simplifier leur discours, persuadés que leur auditoire est composé d'imbéciles, les politiciens se prennent les pieds dans le tapis persan.

Si l'habit ne fait pas le moine, le bronzage ne fait pas l'imam !  

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

VIDEO : Nicolas Sarkozy en plein exercice de natation verbale.

 

15:09 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : islam, terrorisme, sarkoty, campagne 2012 | |  Facebook | | |

22/03/2012

Après les massacres de Toulouse et Montauban: rétablir la République

Les massacres de Montauban et de Toulouse soulèvent en France et hors de l’Hexagone une émotion d’une rare intensité. Mais que faire de cette émotion? Tout d’abord, ne pas se bercer d’illusions. Il y aura d’autres Mohamed Merah, le suspect de ces tueries, et d’autres Anders Breivik, le Norvégien qui a tué 77 jeunes socialistes de son pays l’été dernier. On ne saurait éradiquer la folie meurtrière qui fait partie de l’humanité dans tout ce qu’elle a de complexe, de tortueux et de torturé.


Faut-il baisser les bras devant cette fatalité? Certes non, car ces atrocités fulgurantes font apparaître des failles dans les sociétés où elles éclatent. Si l’on ne peut rien contre la folie, en revanche, il est impératif de remédier à ces failles. Ainsi, comme le signalait le candidat centriste François Bayrou, les massacres de Toulouse démontrent avec quelle facilité on peut faire son petit marché des armes de guerre. Cela prouve, une fois de plus, que des zones entières sont devenues opaques aux yeux de la République française. De même, les principes de base de la vie sociale en démocratie semblent opaques au regard de certains Français – très minoritaires, certes – englués comme Merah dans l’idéologie salafiste version violente qui rêve d’un retour à l’époque du prophète Mahomet. L’erreur criminelle serait de les confondre avec l’immense majorité des musulmans qui n’aspirent qu’à vivre en paix.


Dès lors, abattre ces murs qui se sont élevés entre la France et certains de ses ressortissants devient urgent. C’est donc la République, avec toutes ses valeurs – qui sont aussi les nôtres en Suisse – qu’il convient de restaurer dans tous les territoires, trop longtemps laissés à l’abandon. Tant que des petits chefs de gangs contrôleront les allées, voire les immeubles, de certaines cités et tant que l’enseignement laissera dans l’ornière des milliers de jeunes, la République restera lettre morte
 

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru dans la Tribune de Genève de jeudi 22 mars 2012)

00:58 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : mohamed merah, terrorisme | |  Facebook | | |

19/03/2012

Après le massacre d'enfants juifs à Toulouse

On n'en aura donc jamais fini. Jamais fini avec la haine raciste. Jamais fini avec le sang juif versé. Jamais fini avec la traque antisémite. Après le massacre à l'école Ozar Hatorah à Toulouse, la seule réponse est l'amour et la seule attitude,  le respect devant l'indicible douleur des familles.

Et pour tous, cet extrait du poème « A tous les enfants » de Boris Vian.

A tous les enfants qui sont partis le sac à dos
Par un brumeux matin d'avril
Je voudrais faire un monument
A tous les enfants
Qui ont pleuré le sac au dos
Les yeux baissés sur leurs chagrins
Je voudrais faire un monument
Pas de pierre, pas de béton
Ni de bronze qui devient vert
Sous la morsure aiguë du temps
Un monument de leur souffrance
Un monument de leur terreur
Aussi de leur étonnement
Voilà le monde parfumé,
Plein de rires, plein d'oiseaux bleus
Soudain griffé d'un coup de feu   (...)

20:35 | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | |

Jean-Luc Mélenchon: révélation et retour à la normale

Jean-Luc Mélenchon devient la grande - sinon la seule - révélation de la campagne présidentielle française. Naguère encore, le candidat du Front de Gauche se traînait à 5% des intentions de vote. Aujourd'hui, il dépasse les 10% et a réussi à mobiliser des dizaines de milliers de partisans, hier, place de la Bastille. Surprenant? Non. Croire que la «gauche de la gauche» française s'était écroulée en même temps que le mur de Berlin relève d'une méconnaissance de l'histoire de France. L'idée de l'égalité à tous les niveaux n'est née ni dans l'Allemagne de Marx, ni dans la Russie de Lénine, mais au sein de la France de Gracchus Babeuf, premier penseur du communisme durant la Révolution commencée en 1789. Ce fil rouge a traversé tous les régimes avec plus ou moins de succès, plus ou moins de visibilité. A côté d'une gauche réformiste, il a toujours existé en France une gauche révolutionnaire.

En quittant le PS pour créer son Parti de Gauche, puis en faisant une OPA sur les décombres du Parti communiste, Jean-Luc Mélenchon a voulu s'inscrire dans cette tradition historique qui, pendant longtemps, a été captée - pour ne pas dire usurpée - par les communistes autoritaires. Aujourd'hui, il incarne cette gauche révolutionnaire en toute légitimité. La «révélation Mélenchon» signifie surtout un retour à la normale dans la vie politique française.

De prime abord, cette montée de la «gauche de la gauche» devrait nuire au candidat socialiste à la présidence François Hollande. En effet, si Jean-Luc Mélenchon continue sa progression, il risque fort d'empêcher Hollande de terminer le premier tour en tête. Mais parvenu en deuxième position, le prétendant du PS pourra compter sur le report sans doute massif - compte tenu de leur rejet absolu de Sarkozy - des électeurs de Mélenchon. Ce qui était une mauvaise affaire au premier tour se transformerait alors en aubaine pour le sprint final.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 19 mars 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

Et voici le grand métingue de Mélenchon en vidéo, comme si vous y étiez! 

11:28 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : campagne 2012, élection présidentielle, front de gauche, video | |  Facebook | | |

18/03/2012

Les guerres à l'intérieur de la guerre d'Algérie

 A LA SUITE DU DERNIER BLOGUE: LE PLOUC S'EST RETROUVE BEAUCOUP MOINS SEUL QU'IL NE LE CRAIGNAIT. MERCI A TOUS LES AMIS QUI SONT VENUS AU SALON DU LIVRE DE PARIS POUR LE "QUINQUENNAT D'UN PLOUC CHEZ LES BOBOS".

 

Le 18 mars 1962, les Accords d'Evian ont mis fin à sept ans et demi de guerre coloniale en Algérie dont la souveraineté sera proclamée le 5 juillet 1962, après 132 ans de domination française. A l'intérieur de la guerre d'indépendance proprement dite, d'autres guerres internes se sont imbriquées. Des guerres qui, aujourd'hui encore, font sentir leurs effets.

Côté algérien, ces «guerres dans la guerre» peuvent être schématisées en deux grands épisodes. Le premier a opposé deux entités indépendantistes, le Mouvement national algérien (MNA) et le Front de libération nationale (FLN). Le premier a été créé par Messali Hadj qui, depuis 1927, luttait contre l'autorité française. Le second a été fondé par des jeunes indépendantistes - souvent d'anciens messalistes - le 1er novembre 1954. Par une série d'attentats perpétrés ce jour-là, le FLN a initié la guerre d'indépendance. Conflits de génération, désaccords stratégiques, ambitions personnelles des dirigeants expliquent cette opposition.

 Entre 1956 et 1961, lorsque le MNA sera définitivement supplanté par le FLN, les règlements de comptes se sont multipliés entre les deux factions indépendantistes. Ils auraient causé la mort de 10 000 Algériens appartenant aux deux camps.

La seconde guerre interne a opposé au sein du FLN, «l'armée des frontières» - bien équipée par l'Egypte nassérienne - aux «moudjahidines» des maquis intérieurs fort démunis. A l'indépendance, Ben Bella s'est appuyé sur l'«armée des frontières» pour instaurer son pouvoir malgré l'opposition des maquis intérieurs qui se sont fait voler la victoire. Le programme démocratique du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) a été aussitôt déchiré.

Etouffés par la tyrannie, ces conflits internes ont ressurgi à la fin des années 80 et abouti à la sanglante décennie 90 dont l'Algérie n'a pas encore fini de cicatriser toutes les plaies. Ces «guerres dans la guerre» ont donc empêché l'instauration d'un régime véritablement démocratique en Algérie. Elles ont aussi permis à la caste militaire de monopoliser le pouvoir et de confisquer la manne pétrolière.

Côté français, les «guerres dans la guerre» ont opposé les gaullistes aux partisans de l'Algérie française et même les chefs militaires entre eux. C'est ainsi que les généraux Salan, Challe, Jouhaud et Zeller - le «quarteron» fustigé par de Gaulle - ont failli faire basculer la France entière dans la guerre civile, lors de leur putsch d'avril 1961 à Alger.

Les attentats antigaullistes de l'OAS - l'organisation des partisans de l'Algérie française - et les convulsions de la décolonisation expliquent, au moins en partie, le caractère autoritaire de la Ve République dont le président est nanti de pouvoirs d'une ampleur exceptionnelle dans une démocratie.

Si la France commence maintenant à se pencher sur ce passé,l'Algérie s'y refuse encore. L'exercice serait pourtant salutaire. Les non-dits ne pourrissent-ils pas aussi les nations?

 

Jean-Noël Cuénod

VIDEO: LES PREMIERS PAS DE LA NEGOCIATION D'EVIAN. LA DELEGATION ALGERIENNE EST PLACEE SOUS LA PROTECTION DE L'ARMEE SUISSE ET DE LA POLICE GENEVOISE. LE CHEF NEGOCIATEUR CÔTE ALGERIEN SE NOMME KRIM BELKACEM. OPPOSANT A BOUMEDIENNE QUI PREND LE POUVOIR A ALGER EN 1965 A LA SUITE D'UN COUP D'ETE MILITAIRE, KRIM BELKACEM A ETE ASSASSINE A FRANCFORT EN 1970.

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16/03/2012

Ne laissez pas le plouc tout seul au Salon du Livre de Paris !

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Le plouc vient de publier chez Slatkine le journal de son quinquennat bien à lui, « Quinquennat d'un plouc chez les bobos ». Et voilà que son éditeur a organisé une séance de signatures au Salon du Livre de Paris, pour démarrer la sortie du bouquin.

 

Quand ? Samedi 17 mars 2012, de 15 h. à 17 h.

 

 Où ? A la Porte de Versailles, Parc des Expositions, Pavillon 1 Paris XVe (Métro 12, arrêt Porte de Versailles ; métro 8, arrêt Balard)

 

Quel stand ? Celui des éditeurs suisses - ASDEL qui se trouve sur le plan du Salon au V46.

 

Le plouc est saisi par une angoisse sourde mais non muette : et si personne ne venait là-bas ? Donc, n'hésitez pas à faire salon avec ce plouc. Même s'il s'agit bien de ce Salon du Livre et non du Salon de l'Agriculture (c'est mieux, il y a moins de ministres ruminants).

 

La couverture du « Quinquennat d'un plouc chez les bobos » a été créée par Hermann, l'éditorialiste du crayon de la « Tribune de Genève ». Les dessins des pages intérieures ont été réalisés par le peintre et sculpteur Bernard Thomas-Roudeix - membre éminent du mouvement d'artistes La Peau de l'Ours - et la préface a été rédigée par Edwy Plenel, fondateur de « Médiapart » et ancien directeur du « Monde ».

 

Voici la présentation du bouquin.

 

2007. Nicolas Sarkozy commence son quinquennat en feu d'artifice : nuit people au Fouquet's où rien ne nous sera épargné, pas même Mireille Mathieu, et croisière de milliardaire Bolloré sur tranche.

 

Tout en bas de l'échelle du prestige, Jean-Noël Cuénod commence le sien, de quinquennat, comme correspondant permanent à Paris de La Tribune de Genève et de 24 Heures. Pas de Fouquet's, mais Paris à pied pour cause de grève ; pas de yachts, mais gaz lacrymogène pour cause d'émeute, à Villiers-le-Bel. Comparé à la bling-blinguerie ambiante et régnante, ledit correspondant se sent plouc. Un plouc dans cette curieuse tribu parisienne appelée les « bobos ».

 

Voici son journal de bord durant ces premières années dans Sarkoland. On y verra bien sûr Nicoléon Sarkonaparte et son grand Magic Sarko Circus, sans oublier - mais comment l'oublier? - DSK et son show chaud.

 

 Mais le plouc a aussi rencontré la pauvreté au ras du bitume, la joie terrienne et céleste de la province. Entre larmes, rire et colère, un but : essayer de comprendre ce pays si proche et si lointain.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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13/03/2012

Alerte Média! Le marronnier de la Treille a sorti sa première feuille

 

Le Plouc s'est équipé d'iPad sonnant et trébuchant. Sommet de l'aliénation contemporaine, cet objet envoûtant retentit d'une petite sirène et allume son écran dès qu'une information patachniaque jaillit du cerveau d'un communiquant électoral ou d'autres cyberturlupins. DRING! «Marine Le Pen a ses 500 signatures». PIN-PON! «Sarkozy retire la nationalité française à ses exilés fiscaux». TRIIIIT! «L'Angleterre bat la France au Tournoi des VI Nations».

 

Et là, maintenant, à la minute: DRING DRING DRING! «TdG C'est le printemps! Le marronnier officiel genevois a sorti sa feuille». Sur un trottoir de la rue Bobillot dans le XIIIe arrondissement parisien, la Treille fleurit mon iPad de plouc (les iPloucs ne sont pas encore sortis chez Apple). Un autre monde s'installe. Celui de ce Piogre avec son feuilleton servettien, sa Tour Baudet en folie, son Palais de Justice râleur, ses travaux routiers qui relèvent de la psychopathologie aiguë. Mais aussi avec son Salève (oui, oui, les Savoyards, je sais, je sais) qui fait carrières, son fourbi alpestre et ses arbres somptueux.

Le cœur se serre un peu. L'annonce de la première feuille du marronnier de la Treille était du ressort exclusif d'un gentil collègue, Jean-Jacques Marteau, décédé en juillet 2008. Il en a fait le rendez-vous incontournable de la Genève de toujours sous ses milles masques.

Lorsque, venant tout essoufflé à la rédaction, tenant encore son casque de scooter à la main, Jean-Jacques annonçait: «ça y est! Elle est sortie! C'est le printemps», on savait que le grand moment était arrivé. Le ciel de Calvin dût-il s'effondrer sur nos têtes impies, la «Tribune» ‑ plus Julie que jamais - allait réserver une place de choix à cet événement qui revient chaque année mais que l'on ne saurait rater. Un «marronnier» donc. Comme dans n'importe quelles rédactions de n'importe quelles villes qui, toutes, célèbrent un événement de ce genre rythmant la vie collective. Sauf qu'à Piogre, le marronnier est dépouillé de ses guillemets. C'est une affaire sérieuse. Que dis-je, de la plus haute importance.

Comme à Genève, rien n'est simple et que tout se complique, une lutte sourde grondait chaque année entre le Sautier du Grand Conseil - le seul à pouvoir consigner l'arrivée du printemps avec toute l'autorité du pouvoir législatif - et Jean-Jacques Marteau. Chacun possédait son marronnier. Il y avait - il y a toujours - l'officiel. Et celui de Jean-Jacques, dit le «marronnier fou», car il faisait pousser sa première feuille au beau milieu des pires frimas. Ce qui permettait à Marteau d'annoncer l'arrivée du printemps au mois de janvier et ne manquait pas de faire grossir le volume des lettres de lecteurs.

A Paris, le combat entre le marronnier officiel et le marronnier fou me manque. Moins tout de même que notre Jean-Jacques Marteau (photo), précocejj_marteau_fideprud_01.jpg défenseur de la nature, des bébés phoques et des fleurs en bouton.

 

Jean-Noël Cuénod

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08/03/2012

Nicolas Sarkozy mange de la viande halal enragée

SarkoHalal.jpg

 

 

Ragoût rituélique ou vache folle? En tout cas, Nicolas Sarkozy est en train de bouffer de la viande halal enragée. Courant avec toute la fougue de ses petites jambes derrière les grosses bottes de Marine Le Pen, le candidat à sa succession a donc lui aussi réclamé du gouvernement - mais n'est-ce pas le sien? - qu'il procède à «l'étiquetage des viandes en fonction de la méthode d'abattage». Il y a quinze jours, le même Sarkozy affirmait que la polémique sur la viande halal (abattue selon le rite musulman) «n'avait pas lieu d'être».

 

 Pourquoi ce revirement? Le candidat-président explique que désormais, cette question figure au premier rang des préoccupations de ses électeurs. Le chômage qui grimpe, les salaires qui stagnent, les entreprises qui se font la malle, les scientifiques qui font la leur, le moral qui plonge, la dette qui enfle, tout cela n'est que de la gnognotte comparé à ce sujet qui met la France sur le grill: la viande halal.

 

Certes, dans les banlieues autour des grandes villes françaises, trouver une boucherie qui ne soit pas musulmane relève de la mission sinon impossible, du moins difficile. Mais à qui la faute? Au boucher qui est parti? A celui qui lui a succédé? Aux clients? Ou aux autorités qui ont concentré l'immigration d'origine musulmane dans les cités de la périphérie?

 

De plus, il est probable que les consommateurs non-musulmans aient pu acheter, sans le savoir, de la viande abattue selon le rituel islamique, un jour ou l'autre. Comme les musulmans ont ingurgité, ici ou là, de la gélatine de porc en mangeant des yaourts. Les uns n'ont pas soudainement récité des sourates du Coran après l'ingestion d'une entrecôte halal; les autres ne sont pas devenus subitement athées en avalant leur yoghourt matinal.

 

Dans cette infâme bouillie électoraliste, le pire est venu du premier ministre François Fillon, d'ordinaire plus mesuré dans ses propos. Il a demandé aux autorités religieuses musulmanes, mais aussi juives, d'abandonner leurs «traditions ancestrales» d'abattage des animaux qui correspondaient «dans le passé à des problèmes d'hygiène» aujourd'hui résolus.

 

 Tout d'abord, cette déclaration primo-ministérielle traduit une abyssale inculture en matière religieuse. Les raisons hygiéniques sont secondaires en matière de prescriptions juives ou musulmanes. Elles ont surtout pour but de conduire le fidèle à se concentrer sur le Dieu unique dans toutes les dimensions de son être et de ses activités les plus quotidiennes. Dès lors, demander aux musulmans ou aux juifs d'abandonner la nourriture halal ou casher, équivaut à leur proposer de s'amputer d'une partie essentielle de leur identité

 

Ensuite, la «sortie» de François Fillon dénote un manque étonnant de sens tactique. Après s'être mis à dos les musulmans, le clan Sarkozy prend le risque de froisser la communauté juive de France, la plus importante en Europe.

 

Avant de parler religion, les politiciens feraient bien de se mettre un bœuf - halal, cachère ou laïc - sur la langue.

 

Jean-Noël Cuénod

11:39 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : campagne présidentielle, musulmans, juifs, laïcité | |  Facebook | | |

07/03/2012

Honneur à Anne Perrier, poète de la force secrète

 

annePerrier.jpgRien n’est plus éloigné de l’univers poétique d’Anne Perrier que ce ministère très parisien de la Culture dont les longs couloirs dégagent un remugle d’ambitions recuites et de courtisaneries déçues. Mais ne faisons pas la fine bouche. Ce n’est pas tous les jours que la France officielle honore un poète suisse majeur, la Lausannoise Anne Perrier en l’occurrence. Une foule dense d’invités s’est donc pressée, hier rue de Valois – à un jet de Mona Lisa du Louvre – pour assister à la remise par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand du Grand Prix national de la Poésie.


En l’absence de la poète, retenue à Lausanne par son grand âge, c’est sa petite-fille Marine Hutter qui a reçu ce prix prestigieux qui fut attribué à Francis Ponge, Aimé Césaire, Edmond Jabès, Yves Bonnefoy et notre compatriote Philippe Jaccottet, entre autres. Anne Perrier est la première femme à l’obtenir, précise Silvia Baron Supervielle, présidente du jury de ce Grand Prix.


Il est fort rare que la France officielle s’intéresse à la littérature romande. Cette reconnaissance d’Anne Perrier est-elle une hirondelle annonçant le printemps après un long hiver d’indifférence? Un bref échange avec le ministre Frédéric Mitterrand induit à la prudence: «Mais enfin, Ramuz (prononcez: «Ramuze») est publié dans La Pléiade! Et Jacques Chessex (prononcez: «Chessexe») est bien diffusé chez nous». Monsieur le Ministre peut-il citer d’autres auteurs suisses? «Ah, c’est dommage… Jean-Luc Godard n’a pas écrit de romans!»


Mais laissons ces futilités ministérielles pour en venir à cette évocation parisienne de l’œuvre poétique d’Anne Perrier qui est traduite en huit langues dont l’albanais, le chinois, le vietnamien. Et avant toute chose, lisons-la. Les Editions Empreintes, en collection «Poche-Poésie», ont récemment publié Le Voyage, suivi de Le Livre d’Ophélie, Le Joueur de Flûte et L’Unique Jardin. Pour l’écrivain français Alain Lévêque, qui a dit un poème de l’auteur couronné, «Anne Perrier est une musicienne du silence». L’Universitaire lausannoise Doris Jakubec lui fait écho: «Pour elle, les objets de la nature forment des points d’ancrage pour s’élever vers la spiritualité. Une spiritualité qui évolue dans la liberté et, si possible, la beauté».


La poésie d’Anne Perrier est parcourue par une force d’autant plus agissante qu’elle est secrète. Elle fait songer au Rhône, ce passager clandestin qui pousse sa vie, caché sous la peau du Léman. Simple sa poésie? Disons qu’elle coule de source. Elle va à l’essentiel. Cette essence-ciel, qui sourd de la terre. Ecoutons Anne Perrier dans cet extrait d’«Heures» tiré du Livre d’Ophélie:


Moi l’envolée

J’ai perdu dans les airs la trace des oiseaux

Moi l’écoulée

En dormant j’ai perdu la voix des passeurs d’eau

Je suis le chant qui s’en va tout seul

Entre terre et ciel.

 

Jean-Noël Cuénod

06/03/2012

Hypersexualisation des fillettes: de l'enfant roi à l'argent fou

Fillettes aux poses lascives, gamines qui se prennent pour des femmes fatales à peine sorties du berceau, Marilyn Monroe de bac à sable… Aucun barrage moral n’arrête l’industrie de la mode et de l’image. L’hypersexualisation des fillettes dénoncée par la sénatrice française Chantal Jouanno ne saurait être prise à la légère. Les vendeurs de clichés et de chiffons, les parents complices ou passifs volent aux petits ce que l’humain a de plus précieux, son enfance.

Que cette mode soit née aux Etats-Unis où règne la pudibonderie la plus coincée n’est qu’un paradoxe apparent. On se donne bonne conscience en fustigeant certains comportements sexuels des adultes, tout en laissant les enfants devenir le jouet des intérêts mercantiles. Dans le monde de l’hyperpuissance, l’argent purifie tout. Et puisque les politiciens de ce pays citent la Bible à propos de tout et surtout de rien, rappelons ce sage précepte de l’Ecclésiaste: «Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux. » Le temps de l’enfance était sacré; il ne l’est plus.

De même, il n’est pas étonnant que ce phénomène naisse à une époque qui a couronné l’enfant roi. Tout converge vers ce petit placé sur un piédestal inadapté à sa taille. A la moindre fessée, c’est la Cour d’assises qui menace. A la plus anodine réprimande, c’est la police qui est saisie. L’enfance est devenue l’obsession d’une société où la vieillesse abonde et où la jeunesse se fait rare. L’enfant est transformé en prolongement des adultes et de leurs désirs de revanche. Il n’est plus un petit d’homme mais une petite grande personne. De cette monomanie, le mercantilisme a fait son miel.

Notre société qui célèbre l’enfant roi est surtout celle qui sacrifie à l’argent fou. Il appartient au pouvoir politique de lui faire entendre raison, afin de ne pas créer une communauté d’adultes désaxés et frustrés de leur enfance.

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru mardi 6 mars 2012 dans la Tribune de Genève)

VIDEO: Concours de mini-miss en France.


Après Miss France, les mini miss par LeNouvelObservateur

09:01 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : exploitation, enfance, vidéo | |  Facebook | | |