12/06/2012

Valérie Tweeterweiler torpille la Royal en plein port de La Rochelle

Après cinq ans de vie commune avec les Bobos, le plouc reste émerveillé par l'imagination de cette tribu en matière de couillonnades. Il pensait avoir tout vu durant le règne de Nicoléon Sarkonaparte. Mais quelques semaines après son couronnement, celui de Sa Simplicité Hollandaise promet de le dépasser dans cet art si difficile de faire rire le monde et ses environs immédiats.

Valérie Tweeterweiler, Première Dame, vient d'envoyer un tweet mortel à l'ex-compagne de Sa Simplicité qui se bat pour obtenir le siège de députée en Charente-Maritime. Olivier Falorni, l'adversaire de la Royal au port de La Rochelle (1), est issu, comme Ségolène, du Parti socialiste. Dans ce combat fratricide, Sa Simplicité Hollandaise a choisi de soutenir l'Ex, suivi en cela par les instances du PS. La patronne rose Martine Aubry s'est d'ailleurs déplacée dans la cité portuaire pour supporter - dans tous les sens du terme - Ségolène Royal.

C'est à l'occasion de ce déplacement de la Méremptoire que Valérie Tweeterweiler a choisi de planter un couteau virtuel dans le dos de son ancienne rivale. Dans un tweet qui a crevé la Toile et battu tous les records de bruits médiatiques, elle a annoncé, mardi à 11 h 56, son soutien à l'adversaire de l'Ex abhorrée:

"Courage à Olivier Falorni qui n'a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d'années dans un engagement désintéressé".

Voilà la France prise au milieu d'un crêpage de chignons entre les deux femmes, l'ancienne et la nouvelle, de son président. Qui a vraiment l'air malin. Sa Simplicité voulait rassembler les Français. Il ne parvient même pas à faire le ménage chez lui.

L'idéologie social-nationaliste gangrène une grande partie de la droite en France et en Europe, la Grèce continue à sombrer, l'Espagne est en train de la suivre, l'Italie donne des signes de faiblesse, l'euro survit sous perfusion, le régime syrien massacre son peuple à ciel ouvert, le capitalisme financier continue sa folle prédation. Mais avant d'aborder ces broutilles, le président, du haut de Sa Simplicité, doit se plonger dans les eaux troubles du port de La Rochelle. Un port en eau profonde.

Jean-Noël Cuénod

  • (1) «La Royale», c'est ainsi que l'on surnomme la marine de guerre française.

ESPACE VIDEO

 
Valérie Trierweiler : 1 interview et..... par LeNouvelObservateur

09/06/2012

Le plouc fait son poète

 

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Voici tout frais pondu, le nouveau bouquin du plouc, "Le Goût du Temps", des haïkus - c'est-à-dire des poèmes de formes courtes - illustrés par le peintre français Philippe Rillon qui préside le mouvement d'artistes "La Peau de l'Ours". La préface a été rédigée par son épouse Marianne, enseignante de philosophie dans la région parisienne et passionnée par le Japon où le haïku est né. "Le Goût du Temps" est édité par Samizdat et a reçu le soutien de la Ville de Genève. Samizdat est animé par la merveilleuse Denise Mützenberg. Avec sa soeur Claire Krähenbühl, elle se dépense sans compter pour la cause de la poésie.

Vous ne risquez pas de lire quoique ce soit à propos de ce bouquin dans la presse. A part quelques heureuses exceptions qui se reconnaîtront, les confrères du plouc ne sont pas du tout portés vers la poésie. Jugez donc par vous-mêmes en lisant "Le Goût du Temps".

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06/06/2012

François Hollande victime d'«élysopathie»?

François Hollande voulait être un «président normal». C'est raté. Un mois après son élection, le voilà rejeté hors du cercle de la normalité. Ce qui est normal, compte tenu de la lourde charge symbolique qui pèse sur les épaules d'un président de la République française.

 

 Lors de sa première intervention télévisée, mardi 29 mai, il aurait prononcé 108 fois les mots «je» et «moi, je», selon des journalistes. Un linguiste français, Jean Véronis, a dénombré 22 «je» pour mille mots. François Hollande dépasse même Nicolas Sarkozy (17 pour mille) et s'approche de Dieu - c'est-à-dire François Mitterrand -, le recordman absolu (24 pour mille).

 

Ainsi, la malédiction de l'Elysée a-t-elle frappé une fois de plus. Car le diagnostic est sans pitié: François Hollande présente les premiers symptômes d'«élysopathie». Ce mal se caractérise par sa progression foudroyante: les chevilles enflent, le crâne gonfle, la myopie politique se transforme au fil du quinquennat en cécité, et la surdité gagne chaque jour du terrain. Seul l'organe de la parole n'est pas affecté. Au contraire, il se déploie façon perroquet.

 

 

Sur le plan psychique, le malheureux patient est sujet à des hallucinations. Chaque fois qu'il se rase, l'«élysopathe» voit Napoléon surgir du miroir. Chaque fois qu'il contemple son nombril, l'univers le salue avec révérence.

 

 

A l'exception peut-être de Georges Pompidou, décédé trop tôt en fonction, tous les présidents de la Ve République furent atteints. Même le généralTN-3402-Photo-officielle-du-President-De-Gaulle.jpg de Gaulle, dont on aurait pu penser que la stature historique le mettrait à l'abri de cette affection. En raison d'une atteinte aiguë d «élysopathie», il n'avait rien vu venir en Mai-68. (photo: élysopathe historique)

IM-3405-Photo-officielle-du-President-Giscard-D-Estaing.jpg Passons sur Giscard, dont l'«élysopathie» brillait comme sa calvitie sous le grand lustre du palais présidentiel. (photo: élysopathe luminescent)

 

Mitterrand fut un «élysopathe» assumé, tellement soucieux de prolonger les délices du pouvoir qu'il a cultivé le non-agir propre à la sagesse chinoise.TN-3403-Photo-officielle-du-President-Mitterrand.jpg (Photo: élysopathe mandarin)

Grand connaisseur de l'Asie, Chirac, «élysopathe» glouton, l'a suivi sur cette voie qui concilie Tao et tête de veau sauce gribiche. (photo: gastro-élysopathe )

 

IM-3401-Photo-officielle-du-President-Chirac.jpgA contrario, Nicolas Sarkozy a développé une «élysopathie» énervée. Mais énervante aussi. Lassés, les Français lui ont prescrit un arrêt de travail prolongé. (photoIM-3400-Photo-officielle-du-President-Sarkozy.jpg: élysopathe hystérique)

 

 

François Hollande (photo: élysopathe pluriel) n'a donc pu éviter de contracter ce virus, malgré les précautions prises,  tels voyages en train et en voiture, sans recours à la flotte aérienne. Mais ces mesures prophylactiques n'ont pas servi à endiguer la propagation des cellules malignes dites «moi-je» dans le nouvel organisme présidentiel.photo-officielle-hollande-bataillon-de-hollande.jpg

 

 

Il serait pourtant nécessaire que François Hollande trouve une potion magique pour terrasser ce mal. Car les temps ont changé. Le président annoncera bientôt de sévères mesures d'économie. Et celui qui s'est fait élire en se présentant comme un rassembleur devra réapprendre à dire «nous».

 

 

Jean-Noël Cuénod

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30/05/2012

Police - justice: sortir du dilemme gauche-droite

delachaux.jpgLa délinquance est un précipité de tous les éléments qui forment une société. Ainsi, pour prendre conscience de la manière dont les grandes villes européennes vivent l'économie globalisée, la lecture d'un excellent polar est-elle un précieux recours. A titre d'exemple, citons celui que vient de publier Patrick Delachaux, un ancien policier genevois: Grave panique, paru aux Editions Zoé.

 

Envoyé dans la région parisienne lors d'une mission d'Europol, le narrateur est confronté à des rapports entre population et forces de l'ordre qui n'ont guère de points communs avec ce qu'il a vécu pendant dix-sept ans de police de proximité dans les rues de Genève. En Seine-Saint-Denis - ce département du Grand Paris qui accumule les handicaps -, les «keufs» sont perçus comme des soldats d'occupation. Et lorsqu'en bon flic genevois, soucieux de tisser des liens pour les transformer en tuyaux, Patrick Delachaux veut dire bonjour à des lascars de La Courneuve, il se fait incendier par ses collègues français. On ne cause pas à l'ennemi.

 

Entre les mafias chinoises, les clans de Français d'origine maghrébine et africaine, des féodalités nouvelles se construisent dans l'ombre. Le racisme politicard façon Le Pen (traduction en langage helvète: Blocher; avec une sous-variante genevoise: Stauffer) en fait son beurre rance.

 

 Voici donc le défi que doit relever la police française du XXIe siècle: tenter de détricoter ces féodalités pour que la République puisse reconquérir ses terrains perdus. Et cela ne se fera ni à grands coups de gueule extrémistes ni par les castagnettes de la langue de bois.

 

Après dix ans de règne sur la sécurité publique - en tant que ministre de l'Inté- rieur, puis président -, Nicolas Sarkozy nous a montré ce qu'il fallait surtout ne pas faire, à savoir jouer les policiers contre les juges, pulvériser la police de proximité, stigmatiser une population. Sur ces ruines, tout est à reconstruire pour le président Hollande. Un quinquennat n'y suffira pas. Mais, au moins, que le nouveau gouvernement remette la justice-police sur les rails!

 

 Il devra, avant toute chose, dépasser le faux dilemme droite-gauche. Pour la droite, fidèle au credo sarkozyen, les conditions sociales et économiques ne tiennent aucun rôle, seule compte la responsabilité individuelle. Pour la gauche, conforme au canon jospinien, la responsabilité individuelle se dilue dans les conditions sociales et économiques. La droite privilégie la répression, et la gauche, la prévention. C'est soit l'un, soit l'autre.

 

Or, prévention et répression forment les deux faces d'une même médaille; les séparer, c'est se condamner à l'inefficacité, comme l'ont prouvé la décennie Sarkozy, mais aussi les années Mitterrand-Jospin.

 

 Pour que la République se rétablisse là où elle est remplacée par les gangs, il faut soigner et cogner.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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28/05/2012

PRE-SENTIMENT - PENTECÔTE

 

Pentecôte.jpg

 

 

Long Royaume des Tourbes

A l'horizon ventru

Et tout veiné de brun

 

Des labours enfumés

Se hissent vers les hommes

Des senteurs opulentes

A la danse puissante

Telle celle des femmes

A la chair de moisson

 

Mais tôt ou tard la Terre

Se fendra fruit mûr

Sous la poigne du feu

Et des croix pousseront

Comme des épineux

                                                                                                   Jean-Noël Cuénod

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26/05/2012

Merci France Clidat

Ce vendredi après-midi, à l'Eglise Saint-Pierre de Montrouge à Paris XIVe, les funérailles d'une immense pianiste ont été célébrées.France  Clidat, décédée jeudi 17 mai à 80 ans, repose maintenant au Père-Lachaise. Ingrate, la France avait un peu oublié celle qui a porté l'interprétation de Liszt vers les sommets. Affublée d'un surnom cucul-la-praline et surtout réducteur,  "Madame Liszt", France Clidat fut enfermée dans cette case avec interdiction médiatique d'en sortir. Or, elle a magnifiquement servi Satie, Debussy, Chabrier, Granados, Albeniz, Chopin, Rachmaninoff et tant d'autres.
Le plouc et sa plouquette ont garde au cœur cette inoubliable soirée de l'été 2009 où dans l'Eglise de Nontron, modeste sous-préfecture perigordine, France Clidat a donné un lumineux récital . Ce soir ayez  une pensée pour cette belle artiste qui offert tant de bonheur aux mélomanes durant ses 2700 concerts à travers le monde. Il reste à écouter les quelques quarante disques qu'elle a gravés et à surfer sur son site www.franceclidat.com.
Jean-Noël Cuénod

 

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24/05/2012

Mélenchon a-t-il raison de défier Marine Le Pen?

Les deux extrémistes de la politique française sont en train de réaliser une belle opération médiatique. En défiant Marine Le Pen sur ses terres d'Hénin-Beaumont en vue des législatives de juin, Jean-Luc Mélenchon fait autant de publicité pour son Front de gauche que pour le Front national qu'il honnit. Outre-Jura, on ne parle plus que de ce pugilat, devenu le grand évé- nement des élections parlementaires.

 

Cette partie de catch permet ainsi aux antagonistes de faire de l'ombre aux principales formations, l'UMP et le Parti socialiste. Sur le plan tactique, les deux extrêmes se rendent donc mutuellement service. Mais sur le plan stratégique, Jean-Luc Mélenchon a-t-il raison de défier la dirigeante frontiste?

 

Le chef du Front de gauche est condamné à la victoire. S'il perd contre Marine Le Pen, il lui permettra d'augmenter encore sa popularité. Toujours soucieux de voler au secours du succès, les politiciens de la droite de l'UMP n'hésiteront plus à valser dans les bras de la blonde frontiste.

 

Elue à l'Assemblée nationale, Marine Le Pen pourrait alors devenir la prin- cipale opposante au gouvernement socialiste. L'OPA qu'elle rêve de lancer sur l'UMP en serait facilitée. L'axe de la droite française se déplacerait vers son extrémité. Avec une droite dominée par le Front national, les discours de haine raciste - masquant les véritables problèmes sociaux et économiques - prendront encore plus d'ampleur et la France se verrait encore plus divisée. Or, ce pays rongé par la dette et dont l'industrie menace ruine ne saurait se payer un tel luxe.

 

Jean-Luc Mélenchon ne part pas vaincu d'avance, bien au contraire puisque les sondages prédisent sa victoire au second tour. Mais sondage ne vaut pas suffrages. De plus, en cas de défaite à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen ne manquera pas de se poser en victime d'un «système» qui aura dû mobiliser toutes ses forces - de l'extrême gauche à l'UMP - pour l'empêcher de siéger à l'Assemblée nationale.

Cette tactique à la Calimero a maintes fois permis au FN de se présenter comme la véritable opposition au pouvoir. Une défaite de Marine Le Pen contre Mélenchon diminuerait sa capacité de nuisance, certes, mais pendant une brève période.

 

Avec ce match qu'il nous propose, Jean-Luc Mélenchon réduit la lutte contre l'extrême droite à un combat de personnalités. Or l'important est d'assécher le marais aux voix du Front national en donnant aux électeurs tentés par le vote frontiste des perspectives de sortie de crise, l'espoir d'un redémarrage de la France. Cet objectif réclame l'élaboration d'une stratégie de réponses systématiques aux pro- blèmes - faux et vrais - que pose la propagande frontiste.

 

Or la tactique du coup médiatique choisie par Jean-Luc Mélenchon épuise les énergies, ce qui ne s'accorde pas avec ce travail de fond contre le Front.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO Débat sur France2 jeudi 23 février 2012. Bonjour l'ambiance.


Mélenchon - Le Pen : le débat d'un non débat en... par LeNouvelObservateur 

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22/05/2012

Mesemrom, le naturel de l'UDC revient au galop

Chasser le naturel, il revient au galop. Les dirigeants blochériens s'étaient pourtant donné bien du mal pour faire oublier leur patrimoine idéologique de couleur brunâtre. Certes, leurs vomitives affiches éclaboussaient régulièrement nos murs. Mais dans les assemblées parlementaires, ils s'efforçaient de donner le change, de peindre aux couleurs suisses une idéologie raciste fondamentalement étrangère à l'esprit confédéral. Toutefois, malgré sa propagande bête et méchante, l'UDC ne semblait pas dangereuse pour la démocratie.

Est-ce toujours le cas? Il est désormais légitime de se poser la question. La section genevoise de l'UDC exige du Conseil d'Etat qu'il saisisse le procureur général afin de dissoudre Mesemrom, l'association de défense des Roms de passage à Genève. Motif? Elle conteste devant la justice les amendes infligées aux Roms pour mendicité. L'UDC - Genève ne prétend pas que Mesemrom est une organisation terroriste ou une association criminelle. Non, le simple fait d'aider les mendiants à contester légalement leurs amendes justifierait l'une des décisions les plus lourdes de conséquences dans une démocratie, à savoir la dissolution d'une association.

A ce moment-là, pourquoi ne pas interdire les associations d'automobilistes qui conseillent à leurs membres de contester des amendes qu'ils estiment injustifiées? Poussons encore plus loin la logique de l'UDC, pourquoi ne procéderait-on pas à sa dissolution pour incitation à la haine raciale? Evidemment, une telle mesure serait antidémocratique, mais pas plus que l'appel blochérien à l'interdiction de Mesemrom. A force de jouer avec le feu, l'UDC risque de se brûler. Et dans ce genre d'incendie la démocratie ne sort jamais indemne.

Rappelons-nous ce poème de Martin Niemöller, pasteur de l'Eglise confessante allemande déporté par les nazis à Dachau:

Lorsqu'ils sont venus chercher les communistes

Je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.

Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes

Je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.

Lorsqu'ils sont venus chercher les Juifs

Je n'ai rien dit, je n'étais pas Juif.

Puis ils sont venus me chercher

Et il ne restait plus personne pour protester.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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21/05/2012

L'athée François Hollande bientôt fait chanoine

C'est le quotidien «La Croix» - il le tient sans doute des sources les plus célestes - qui l'annonce. Deux jours après l'élection de François Hollande, le Chapitre de la basilique Saint-Jean-de-Latran a envoyé une lettre au nouveau président de la République française l'invitant à Rome pour y prendre possession de son titre de «Premier et Unique Chanoine honoraire de l'Archibasilique majeure de Saint-Jean-de-Latran» et déposer son fessier républicain laïc sur la stalle qui lui est réservé. Depuis Henri IV, tous les chefs d'Etat français reçoivent cette charge. 

Chacun se rappelle l'usage médiatique que fit son prédécesseur de cette installation papiste, en aspergeant les médias de son Kärcher d'eau bénite.

Hollande ayant d'autres chanoines à fouetter, on ignore s'il archihonorera de son archiprésence l'Archibasilique. Ce serait dommage qu'il nous fasse rater l'occasion de voir un athée déclaré, partisan du mariage des gays et vivant dans le péché avec une créature journalistique elle-même divorcée, devenir Chanoine de Latran. Cela nous ferait archirigoler, surtout en imaginant la tête de Christine Boutin, archigrenouille de bénitier, qui en avalerait de rage le Saint-Suaire.

Lorsqu'il fut intronisé Chanoine de Saint-Jean-de-Latran, Nicolas Sarkozy avait lancé cette homélie papelarde:

«Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé».

Son successeur ‑ en célébrant la mémoire de Jules Ferry qui a créé, en France, l'école laïque, obligatoire et gratuite ‑ lui a répondu à un quinquennat de distance, le jour de son installation à la tête de la République (voir ci-dessous la vidéo):

«Si le savoir n'est pas le monopole du maître, celui-ci  ‑ le maître, le professeur, l'enseignant ‑ doit garder la responsabilité d'en ordonner le sens».

Ainsi, l'Eglise se voit-elle remise au milieu du village mais ôtée du centre de l'Etat.

 

Jean-Noël Cuénod


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20/05/2012

Chelsea gagne la Ligue des Champions et le plouc pense à José Carron

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A un ancien de la Tribune de Genève, José Carron, journaliste savoyard, décédé à 56 ans le 24 mars 2010.

Sacré José. Les étoiles de ta nouvelle dimension ont vibré comme jamais. Si du moins le mot « jamais » signifie quelque chose dans l'Eternité. Pour la première fois, Chelsea, ton équipe, a remporté la Ligue des Champions. Je revois l'écharpe aux couleurs de ton club que tu arborais avec un petit sourire en coin aux conférences de rédaction de la «Julie », chaque fois que ton cher Chelsea enlevait un titre. Mais en Ligue des Champions, la couleur bleue de ton équipe virait le plus souvent au noir. Alors, tu avais comme une onde de tristesse dans le regard. Oh, pas longtemps. Tu trouvais toujours un bon mot pour retomber sur tes pattes de chat débonnaire.

Ce soir, j'ai regardé la finale. En ton souvenir. Parce que, vois-tu, Chelsea, je m'en fous un peu. Ah, si tu avais vu ce match... Mais je déraille ! Ce match, non seulement tu l'as vu mais tu y as participé en direct. La tête de Drogba qui propulse la balle des filets du Bayern à la 88e minute, c'est toi. Son tir au but qui a donné la victoire finale aux Anglais, c'est encore toi. Et quand le Munichois Robben rate le pénalty, c'est toujours toi qui a freiné son pied au bon moment.  Ou plutôt au mauvais moment pour lui. Allez, je t'ai reconnu, vieux farceur !

 

Jean-Noël Cuénod

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18/05/2012

Calvin s'invite au gouvernement de François Hollande

 

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Le plouc avait pondu un texte intitulé La France deviendrait-elle protestante? le 15 juillet 2010. Deux ans plus tard on peut se demander si Jean Calvin n'est pas devenu enfin prophète en son pays natal. Lors de sa première séance, jeudi de l'Ascension, le gouvernement du président François Hollande a fait figure vertueuse. Le chef de l'Etat et tous les ministres ont diminué leur rémunération de 30%. Le président et le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, percevront, chacun, 14 910 euros mensuels (18 000 francs) et les ministres 9940 euros (12 000 francs) par mois.

De même, chaque membre du nouveau gouvernement a signé une charte déontologique afin d'éviter les errements qui ont plombé le quinquennat Sarkozy. Les ministres devront remettre à l'Etat les cadeaux d'une valeur supérieure à 150 euros et refuser les invitations privées émanant d'un gouvernement étranger ou de personnes physiques ou morales en relation avec leur ministère. De même, la charte prohibe les conflits d'intérêts. L'affaire Woerth-Bettencourt a marqué les esprits.

Fin du bling-bling

Ces mesures symboliques signalent que la retenue a succédé au bling-bling. Elles annoncent surtout qu'après s'être serré la ceinture le nouveau gouvernement s'apprête à en faire de même avec celle des Français, en respectant les différents crans. Les gros contribuables et les grands groupes seront plus comprimés que les citoyens modestes et les petites entreprises.

Nommé mercredi, le gouvernement dirigé par Jean-Marc Ayrault respecte toutes les sensibilités du Parti socialiste, avec des dosages très subtils afin de tenir en respect tous ceux qui, à l'intérieur du gouvernement, pourraient freiner la politique du nouveau président. Ainsi, l'encombrant Laurent Fabius se tiendra-t-il tranquille aux Affaires étrangères et l'impétueux Vincent Peillon et le sécuritaire Manuel Valls ont reçu ce qu'ils désiraient, à savoir l'Education nationale pour l'un et l'Intérieur pour l'autre.

Personne ne peut se sentir lésé, pas même Martine Aubry qui, n'ayant pas Matignon, a jugé que le plus prestigieux des ministères se situerait encore au-dessous de Sa Dignité. Elle voit tout de même deux de ses proches - Marylise Lebranchu (réforme de l'Etat) et François Lamy (politique de la Ville) - installés à des postes importants.

L'arrivée de la "tueuse de Jospin"

Outre que ce cabinet Ayrault fait apparaître plusieurs visages nouveaux - sur trente-quatre membres du gouvernement, seuls cinq ont déjà occupé cette fonction -, sa caractéristique principale demeure la parité absolue - 17 ministres femmes, 17 ministres hommes, une première.

La grande surprise vient de la nomination de la députée apparentée socialiste Christiane Taubira, une Guyanaise de 60 ans, au Ministère clé de la justice. Au premier tour de l'élection présidentielle de 2002, elle s'était présentée sous l'étiquette des radicaux de gauche, et avait obtenu 2,32% des voix, un score qui avait contribué à la défaite historique de Lionel Jospin, alors premier ministre socialiste. Il faut dire que ce dernier avait refusé l'accord que lui proposait la Guyanaise, qui, dès lors, avait décidé de maintenir sa candidature.

Ce gouvernement traduit surtout l'extrême habileté de François Hollande;il reste cet incomparable architecte des synthèses, ce qui lui a permis de rester pendant onze ans à la tête d'un Parti socialiste français où fourmillent de multiples courants et d'innombrables ambitions personnelles. Le nouveau président est parvenu à ménager sur son bac la chèvre, le chou et, surtout, les intérêts du timonier. Le défi principal de son quinquennat relevant de l'économie, Hollande a créé à sa main un solide pôle social-démocrate composé de Pierre Moscovici (Finances-Economie), Michel Sapin (Travail-Emploi), Marisol Touraine (Affaires sociales) et Jérôme Cahuzac (Budget). Ce pôle appliquera les périlleuses mesures destinées à relancer l'industrie tout en réduisant la dette.

Hamon et Montebourg tenus en laisse

Cela dit, le président socialiste doit aussi compter avec l'aile gauche de son parti. Dès lors, il a nommé les deux principaux représentants de cette tendance, Arnaud Montebourg (Redressement productif) et Benoît Hamon (Economie sociale). Mais ce duo plus rouge que rose est placé sous le contrôle des principaux ministres «économiques» du pôle social-démocrate. François Hollande fait ainsi d'une pierre deux coups. D'une part, il oblige ses sociaux-démocrates à tenir compte de l'avis des «rouges» et à ne pas faire fi de l'aspect «justice sociale» des réformes; d'autre part, Montebourg et Hamon se voient contraints de respecter la solidarité gouvernementale lorsque le temps des mesures impopulaires sera venu. Et il ne saurait tarder.

Pour François Hollande, la prochaine étape sera de transformer sa majorité présidentielle en majorité parlementaire. Il cherchera à obtenir la majorité absolue afin de ne pas être contraint par les Verts et le Front de Gauche à redessiner les plans de ce bel édifice.

Jean-Noël Cuénod

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16/05/2012

François Hollande, l'Europe au cœur.

Rien n'a été épargné à François Hollande, mardi, durant sa journée d'installation à la présidence de la République française. La pluie et la giboulée durant sa montée des Champs-Elysées. La foudre sur son avion au départ du vol vers Berlin. Voilà pour la météo.

 

Quant à l'économie, le baromètre annonce un temps tout aussi maussade. Les statistiques font état d'une croissance nulle durant le premier trimestre. La dette publique française a été corrigée à la hausse. Elle atteint 86% du produit intérieur brut (PIB) au lieu des 85,8% qui avaient été primitivement estimés. Et la zone euro tremble devant l'effondrement de la Grèce.

 

Si l'on excepte les débuts de la présidence du général de Gaulle en 1958 - qui devait affronter la guerre d'Algérie et les risques de conflit civil en métropole - jamais chef de l'Etat de la Ve République n'a subi une telle avalanche de mauvaises nouvelles en inaugurant son arrivée au pouvoir.

 

Après sa campagne présidentielle décevante où la démagogie a occulté la pédagogie, la France doit enfin se frotter aux vrais problèmes, sans se raconter des contes et comptes à rêver debout.

 

Mais la clé des solutions ne saurait être forgée qu'à Paris. La France n'est plus maîtresse de sa monnaie et son destin est arrimé à l'Europe, qu'elle le veuille ou non. Ainsi François Hollande a-t-il consacré à l'Union une partie importante de son discours d'investiture. Il y a d'ailleurs intégré une proposition de... Nicolas Sarkozy, à savoir l'instauration de la réciprocité dans les échanges entre l'Union européenne et ses partenaires commerciaux. L'objectif n'est pas de fermer les frontières de l'Europe, ce qui nuirait à la reprise; il s'agit d'exiger une certaine justice dans les rapports économiques.

 

Le nouveau président ne manque pas d'idées pour relancer l'Europe. Mais s'il se limite à faire couple avec l'Allemagne, il court à l'échec. Après le «Merkozy» de petite mémoire, les autres pays européens risquent fort de rejeter le «Merkhollande».

 Jean-Noël Cuénod

 

(Cet éditorial est paru mercredi 16 mai 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures; publié sur ce blogue à l'attention des amis français du plouc)

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15/05/2012

Le plouc installe François Hollande à l'Elysée et dit adieu à Sarkozy-Bruni

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Et voilà. Le Plouc regagne son antre de la Butte-aux-Cailles après avoir fait ses plouqueries dans la cour de l'Elysée pour assister, mardi matin, à l'intronisation du président François Hollande et au départ du nouvel «ex» de la République, Nicolas Sarkozy. Avec son confrère et compatriote Alain Menusier, il s'est dégotté un coin bien placé, juste à côté des escaliers. Histoire de faire le badaud accrédité, en attendant les deux grands moments: l'accueil de l'entrant par le sortant, puis la sortie du sortant saluée à l'entrée par l'entrant. Vous suivez le plouc?

Avant cette transmission symbolique sur tapis rouge, les photographes et cadreurs captent l'arrivée des Invités qui traversent la cour et avalent les marches pour être introduits dans le Saint des Saints de la République égalitaire: pipoles aux lunettes noires incorporées et souriant de toutes leurs fausses dents, corps vachement constitués, trognes galonnées faisant tintinnabuler leurs médailles, ecclésiastiques chamarrés et orientaux, gorilles au veston mal ajusté sur leur flingue, à l'oreillette greffée et à la tronche de casier judiciaire, politiciens arrivés mais dans quel état ‑ il y avait même un Gaudin (maire de Marseille) qui semble avoir dépassé largement la date de péremption -, décideurs très décidés, académiciens très caducs, médiacrates cherchant leur meilleur profil. Bref, la harde habituelle des lèche-escarpins.

Puisque le Festival de Cannes commence demain, le plouc a dressé son petit palmarès des invités. Il vous l'offre - internautes chéris - en exclusivité galactique.

La plus sublime. Valérie Trierweiler foule le tapis rouge avec la grâce féline et conquérante d'une Lauren Bacall. Les photographes deviennent fou, c'est tout juste s'ils ne marchent pas sur leur langue pendante comme le loup de Tex Avery. Ils crépitent de tout leur être. Mais ils feraient bien de se méfier. Les photographes, la journaliste et compagne du nouveau président les connaît bien, pour les engueuler avec la régularité d'un métronome courroucé. Manteau blanc cassé, tailleur à l'ample jupe bleu marine, talons interminables qui met en valeur ses mollets hollywoodiens, abondante chevelure blond vénitien (demain, toutes les Parisiennes se feront teindre les cheveux) qui frémit sous la caresse des Saints de Glace, elle monte à l'assaut des marches. A leur sommet, Carla Bruni-Sarkozy attend. Tailleur pantalon noir, teint pâle, souliers plats, sourire plaqué, celle qui est encore Première Dame pour quelques secondes porte le deuil de son statut. Les deux femmes se font la bise, se tournent vers les caméras. «Valérie, Valérie par ici, par ici » crient les photographes. Pour la première fois, Carla est éclipsée.

Le plus vaniteux. Pierre Bergé fait, bien entendu, partie des invités. Comment pourrait-il en aller autrement? Juste avant de monter les marches, il hésite. Et n'y tient plus. Comme happé par un aimant, il se précipite vers les caméras pour prendre un bain de cabotinage. Ah quel nirvâna d'être filmé, photographié ! Mais les photographes se fatiguent assez vite, sous le regard attristé de Bergé qui voit se tarir sa fontaine de Jouvence.

Le plus flagorneur. Dramaturge et directeur du Théâtre du Rond-Point, Jean-Michel Ribes triture le bras de Lionel Jospin, puis celui de la philosophe Sylviane Agacinski (femme de l'ancien premier ministre) pour tenter de les immobiliser, au moins pendant quelques secondes, devant les caméras. Jospin sourit l'air un peu gêné. Sylviane Agacinski cache son agacement. Mais Ribes est heureux comme le ravi de la crèche.

Les plus discrets. Nicolas Sarkozy attend François Hollande au bas des escaliers et s'efforce de se montrer chaleureux en serrant la main de son vainqueur. Le nouveau président a au moins le bon goût d'être de taille aussi brève que l'ancien. Les deux hommes ne s'attardent pas et filent à l'intérieur. Sarkozy va remettre à Hollande les codes de l'arme nucléaire. A la sortie, le nouveau président et sa compagne saluent l'«ex» et son épouse. Et Nicolas Sarkozy prend la main de Carla pour descendre les escaliers, fait un coucou au personnel de l'Elysée, part sans se retourner et s'engouffre dans sa voiture avec chauffeur. François Hollande est déjà à l'intérieur de son palais. Une page est tournée. Il se met à pleuvoir.

Jean-Noël Cuénod

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09/05/2012

Une force dangereuse qui monte, le social-nationalisme

La crise européenne a fait émerger une force qui prend de l'ampleur à chaque rendez-vous électoral, le social-nationalisme. Précisons d'emblée les termes. Le mot «populisme» - utilisé à tort et à travers pour qualifier l'extrême-droite contemporaine - ne signifie rien. Dans une démocratie, les politiciens doivent forcément s'adresser au peuple, prendre en compte son avis et donc faire du «populisme».

Jusqu'à maintenant, l'extrême droite actuelle relève surtout du national-libéralisme, comme l'UDC blochérienne, le Parti du progrès norvégien, celui de la Liberté aux Pays-Bas, le N-VA flamand et d'autres formations de ce genre, actives surtout au nord de l'Europe.

Ces mouvements politiques défendent des thèmes xénophobes et racistes visant les immigrés et l'islam. Mais aucun d'entre eux ne remet en cause l'ordre démocratique; d'autant plus que, jusqu'à maintenant, ils n'ont pas à se plaindre du verdict des urnes. En outre, ils sont, pour la plupart, des partisans de l'économie libérale. Enfin, ces nationalistes libéraux n'organisent pas de milices. Il s'agit avant tout de formations bourgeoises.

L'autre extrême-droite qui se développe aujourd'hui tient un discours différent et constitue un danger bien plus vif pour la démocratie. Il s'agit du social-nationalisme, le terme de national-socialisme renvoyant à une situation allemande de l'entre-deux-guerres qui ne correspond pas à notre époque. Toutefois, comme le fascisme originel italien et allemand, dont elle est l'héritière en ligne plus ou moins directe, cette extrême-droite mêle dans son idéologie protection sociale, glorification de l'identité «raciale» et affirmation nationaliste. Elle prospère actuellement dans l'Est et le Sud-Est de l'Europe. Son représentant grec, Aube dorée, vient d'entrer au parlement d'Athènes avec 21 députés sur 300. S'appuyant sur les mêmes bases idéologiques et de semblables méthodes violentes, le Jobbik hongrois dispose de 47 parlementaires sur 386 et l'Ataka bulgare, de 21 sur 240.

Sur de nombreux points, cette extrême-droite se situe en rupture avec le national-libéralisme. Plus qu'au sein de la bourgeoisie, elle recrute dans les milieux populaires. Loin de défendre le libéralisme économique, elle le voue aux gémonies. Mais surtout, le social-nationalisme se distingue par l'emploi qu'il fait de ses milices. Aube Dorée et Jobbikdisposent de groupes organisés militairement qui investissent certains villages ou quartiers pour tabasser les immigrés et les Roms. Si le national-libéralisme reste dans les clous de la démocratie, le social-nationalisme en sort carrément. Dans un Etat de droit, le monopole de la violence légitime doit rester dans les mains d'une force neutre, agissant sous le contrôle du pouvoir judiciaire. C'est pourquoi la police et la préservation de son monopole deviennent un thème politique majeur.

Jean-Noël Cuénod

                                      CES EMBLEMES VOUS RAPPELLENT-ILS QUELQUE CHOSE? (à gauche, Aube Dorée; à droite, Ataka)

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08/05/2012

François Hollande au pied de la citadelle Merkel

François Hollande n'a pas le temps de souffler. Il sera investi dans sa fonction présidentielle mardi prochain. Mais dès maintenant, les dirigeants des principaux pays européens le poursuivent de leurs appels téléphoniques. Voilà le nouveau président français sommé de prendre position sur le pacte budgétaire adopté par vingt-cinq Etats membres de l'UE. Les fameux marchés financiers s'impatientent, ce qui rend nerveux les dirigeants d'une Europe fragile.

François Hollande veut renégocier ce pacte qui prône l'austérité budgétaire. Jusqu'à maintenant, la chancelière allemande refusait même d'entrer en matière. Mais l'échec de son allié Nicolas Sarkozy, s'ajoutant aux six autres changements à la tête de pays membres de l'Union, change la donne. Désormais, Angela Merkel sait qu'elle peut connaître à son tour la défaite aux élections législatives allemandes de septembre 2013.

François Hollande a donc un petit atout à jouer afin d'ajouter au «pacte d'austérité» un volet destiné à prendre des mesures en faveur de la croissance. Alors que Nicolas Sarkozy avait brûlé toutes ses cartouches en acceptant d'emblée les positions allemandes, le nouveau président français peut arguer de sa victoire pour persuader Angela Merkel d'accepter un protocole «croissance» à ce pacte budgétaire. Mais il devra s'allier à d'autres dirigeants européens, à commencer par Mario Monti.

Certes, le président du Conseil italien souhaite, lui aussi, que l'Allemagne assouplisse sa position et accepte d'allier croissance et rigueur. Mais le libéral italien et le socialiste français parlent-ils de la même croissance? Quand l'un s'efforce de libéraliser l'économie, l'autre veut financer des grands travaux. François Hollande et Mario Monti devront donc se mettre d'accord sur leur définition du mot «croissance» avant de monter à l'assaut de la citadelle berlinoise.

 

(Cet éditorial a paru mardi 8 mai dans la Tribune de Genève. Le plouc le reprend à l'attention, notamment, de ses amis français)

15:22 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, italie, allemagne, europe, crise | |  Facebook | | |

07/05/2012

A François Hollande, le droit de décevoir

François Hollande a donc obtenu des Français le droit de les décevoir. Il en va ainsi de chaque élection au sommet dans les démocraties dumonde globalisé. Un visage nouveau apparaît, suivi d'une cohorte d'espoirs souvent contradictoires. Puis vient le temps de la désillusion lorsque le mur de la réalité économique et financière surgit au tournant. «La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante», écrivait le poète soviétique Vladimir Maïakovski.

François Hollande sait qu'il ne pourra pas profiter de cet état de grâce qui avait embelli les premiersmois de pouvoir de ses prédécesseurs.
La situation du nouveau président français est d'autant plus inconfortable qu'il doit faire face à deux éléments contradictoires.

D'une part, ses concitoyens sont de plus en plus impatients devantleur économie qui se dégrade et veulent que le chef de l'Etat leur désigne rapidement des issues de secours. D'autre part, les marges demanoeuvre des Etats sont de plus en plus étroites, compte tenu des contraintes de l'Union européenne et de l'économie globalisée, qui laissent peu de champ au pouvoir politique national. La situation est d'autant plus périlleuse pour Hollande que le président français est nanti de pouvoirs exorbitants pour un Etat démocratique. Dès lors, le flot des mécontentements se dirigera presque exclusivement vers lui.

Toutefois, François Hollande a démontré durant cette campagne qu'il savait louvoyer tout en ne perdant jamais son cap. Il se pourrait bien que ce défaut apparent, que le président sortant et sorti fustigeait, devienne une précieuse qualité face à Angela Merkel; car il faudra la convaincre d'ajouter plusieurs louches de croissance dans les austères brouets qu'elle prescrit aux Européens de l'Union.

Cela dit, le socialiste doit tout d'abord gagner la prochaine manche, les élections législatives dans un mois. La France, qui apparaît aujourd'hui fort divisée, ne pourra pas se payer le luxe d'une cohabitation.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 7 mai 2012 dans "24 Heures" et en version un peu raccourcie dans la "Tribune de Genève")

13:41 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : élection présidentielle, france | |  Facebook | | |

06/05/2012

La longue marche de François Hollande. Le destin brisé de Nicolas Sarkozy

La victoire de François Hollande est l'issue d'un processus que le nouveau président français a mis de longues années à développer. Avec une opiniâtreté que tous ses adversaires, à l'intérieur du Parti socialiste (PS) comme à l'extérieur, ont sous-estimée, il a labouré ce département radical et chiraquien qu'est la Corrèze. Il a mis 27 ans à en être le patron. Mais ce temps-là n'a pas été perdu, de même que les onze années passées à la tête du Parti socialiste. Ainsi, il a pu tisser à la fois des réseaux locaux - indispensables dans une France attachée à ses racines rurales - et nationaux.

Durant la campagne cantonale de 2008 en Corrèze - qui a précédé sa victoire à la tête de ce département - un déclic s'est produit chez François Hollande. L'intellectuel humoriste à la taille ronde, à la mise négligée et aux loupes de myopes dévoreuses de visage a cédé sa place à un homme politique sérieux, au ventre plat, à l'élégance sobre et aux lunettes à fines montures. Certes, le rôle tenu dans cette transformation par sa nouvelle compagne la journaliste Valérie Trierweiller se révèle sans doute considérable. Mais le changement n'a pas opéré qu'en surface. L'aspect physique n'était que la traduction superficielle d'une mutation plus profonde; François Hollande a pris conscience que le rêve qu'il caressait depuis longtemps sans trop y croire, pouvait prendre forme. Son ironie et son autodérision ne constituaient plus des obstacles à cette prise de conscience. Dès lors, la force tranquille mitterrandienne qu'il avait mobilisée pour vaincre à Tulle lui a servi pour triompher à Paris.

Le "mou" et les "durs"

A chaque moment, Hollande a pris la décision qu'il fallait. Il a d'emblée annoncé qu'il vouait se porter candidat à la primaire du Parti socialiste, alors que Dominique Strauss-Kahn caracolait dans tous les sondages. Dès lors, lorsque DSK a sombré au Sofitel de New-York, les autres prétendants à la primaire ont été pris au dépourvu. La première d'entre eux, Martine Aubry, la patronne du PS, ne s'est portée candidate que par défaut. Après son large succès au primaire, Hollande a su mettre le PS au service de sa cause, malgré les morsures que lui avaient infligées Martine Aubry. Le «mou» sait être dur. Et la «dure» est vite rentrée à la niche. Il en a été de même durant la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy a multiplié les coups fumants mais fumeux pour le faire sortir de ses gonds. Mais Hollande s'est bien gardé de prendre part à cette danse de Saint-Guy et n'a pas dévié de sa ligne en réitérant calmement ses propositions.

La malédiction du Fouquet's

Cela dit, François Hollande ne doit pas sa victoire qu'à ses propres mérites. Il a été servi par le président sortant qui a présenté un pâle bilan de son action. Même si les crises n'ont pas épargné le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la France s'en est bien plus mal tirée que l'Allemagne et les autres pays à culture protestante ou germanique. En outre, durant sa campagne, Nicolas Sarkozy a dit tout et son contraire, sautant d'un sujet à l'autre, n'en creusant aucun, ne proposant rien de concret, enfilant approximations et mensonges. Mais surtout, l'arrogance, la vanité, le tape-à-l'œil, les Rolex, le Fouquet's, les copains milliardaires, bref, toute cette pompe  sarkozyenne, a donné à la majorité des Français, une furieuse et irrésistible envie de sortir le sortant.

La droite en miettes

Pour la droite démocratique, l'échec est sinon cinglant, du moins patent. Elle doit éviter qu'à cette Berezina présidentielle ne succède un Waterloo législatif. Les élections des députés à l'Assemblée nationale se dérouleront dans un peu plus d'un mois, les 10 et 17 juin. Dès lors, l'UMP risque fort de payer les pots cassés d'une campagne que Sarkozy - inspiré par son mauvais génie Patrick Buisson - a arrimée à l'extrême-droite. Plus forte que jamais, Marine Le Pen va fondre son Front national dans le Rassemblement Bleu Marine qui veut accueillir l'aile droite de l'UMP. Prise entre le centre en pleine recomposition et une extrême-droite forte, la droite classique devra redoubler d'effort pour faire entendre sa voix. D'ores et déjà les manœuvres pour les élections législatives ont commencé. François Hollande doit en recevoir la confirmation de son succès de dimanche et éviter une cohabitation.

 

 L'UMP va tenter de refaire son unité, le Rassemblement de Marine Le Pen s'apprête à faire entrer des députés au Palais Bourbon et les communistes entendent bien en faire de même en persuadant leur allié Jean-Luc Mélenchon de ménager les socialistes afin que ces derniers leurs laissent une part du gâteau.

20:00 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : élections présidentielle, france, 2012 | |  Facebook | | |

05/05/2012

Campagne présidentielle française: L’Europe, mal-aimée des… Européens

L’Europe a subi une grêle de coups durant la campagne présidentielle française qui vient de s'achever.  Nicolas Sarkozy réclame la  fermeture des frontières et menace de quitter l’Espace  Schengen. Sans oublier Marine Le Pen, qui doit une grande partie de son excellent  score au premier tour à ses attaques contre la zone euro. Mais la France n’est pas  la seule à naviguer entre euroscepticisme et europhobie. La défiance des Européens  vis-à-vis de leur continent est un sentiment très largement partagé.

La faute en revient tout d’abord aux institutions de l’Union européenne. Opacité  bureaucratique, arrogance technocratique, déficit démocratique figurent parmi leurs  défauts les plus insupportables. L’Union devient un bateau ivre piloté par des  ectoplasmes.

La plupart des politiciens nationaux ont cependant, eux aussi, créé ce climat  malsain par leur hypocrisie. Exemple parmi tant d’autres, le candidat Nicolas  vilipende Bruxelles, mais le président Sarkozy reçoit avec gourmandise  les subventions agricoles de Bruxelles, dont son pays est le premier et massif  bénéficiaire.
Dans de telles conditions, on se demande par quel miracle l’Europe unie garde encore  des partisans!

L’Union se trouve au milieu du gué. Et les eaux des crises économiques la font  vaciller. Comment s’en sortir? Retourner sur ses pas, chaque pays membre retrouvant  sa complète souveraineté? Ce point de vue est partagé par les diverses formations  souverainistes qui ont actuellement le vent en poupe au sein d’une part importante  des populations concernées. Une fois passée l’émotion de ce rêve aux décors  nostalgiques, la réalité têtue surgit avec sa rudesse coutumière. Comment défaire  ce qui a été savamment tissé depuis plus d’un demi-siècle sans provoquer des  déséquilibres majeurs en pleine tourmente économique?

Les souverainistes des pays de l’Union font penser à des claustrophobes qui  sauteraient de l’avion sans parachute dans l’unique but d’échapper à leur angoisse.  Bonjour l’atterrissage!

Dès lors, l’Europe est obligée d’avancer pour échapper aux remous actuels. Dans  cette société globalisée qui est la nôtre, qu’on le veuille ou non, seuls les grands  ensembles disposent de la taille nécessaire pour défendre leurs intérêts. L’Union  européenne doit donc devenir une puissance. Pour ce faire, elle ne saurait rester  dans l’état lamentable qui est le sien aujourd’hui. Il est inacceptable qu’un seul  pays, l’Allemagne en l’occurrence, préside aux destinées du continent. Les intérêts  des Allemands, pour légitimes qu’ils soient, ne concordent pas forcément avec ceux  des autres Européens.

Cela signifie donc que l’Europe doit progresser vers le fédéralisme. L’humanité n’a  encore rien trouvé de mieux pour assurer à des peuples de cultures différentes la  cohésion nécessaire à leur développement.

Jean-Noël Cuénod

 

(Cette chronique est parue en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de 24 Heures, jeudi 3 mai 2012

18:10 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

03/05/2012

Duel Sarkozy-Hollande: premier bilan à chaud

Que retirer de ce duel entre les deux prétendants à l'Elysée? Tout d'abord, Sarkozy n'a pas "explosé" Hollande comme il l'avait annoncé. Toutefois, le candidat socialiste n'a pas pour autant terrassé son rival de l'UMP. En filant la métaphore footballistique, disons que ce match s'est déroulé au centre du terrain avec deux défenses avancées, ne laissant pas beaucoup d'espace où le jeu puisse se développer. A un Sarkozy hargneux et grincheux, a répondu un Hollande tellement soucieux de ne pas commettre de faux pas qu'il en paraîssait constipé. De ce point de vue-là, Sarkozy a fait passer plus d'émotion. Mais cela ne l'a pas rendu plus sympathique pour autant.

Ce débat ne va sans doute pas bouleverser la situation, trois jours avant le second tour, dimanche. Ce qui d'ailleurs avantagerait le socialiste qui caracole en tête de tous les sondages.

 Sur le plan économique, François Hollande a non seulement tenu le coup mais il a paru mieux affuté que son adversaire parfois brouillon... Un comble pour un président sortant, c'est son challenger qui semblait plus compétent! Mais dans le domaine de l'immigration, Sarkozy l'a emporté en plongeant Hollande dans ses contradictions. Il faut dire que le président UMP a embobiné son rival en confondant immigration légale et immigration clandestine. Vieille tactique de l'avocat: "Quand ze vois que mon affaire est mal partie, z'embrouille, z'embrouille!" expliquait - avec ce cheveu sur la langue qui manquait cruellement à son crâne dégarni - le grand plaideur Edgar Faure, ministre quasi-inamovible des quatrième et cinquième Républiques.

Sarkozy a donc embrouillé au grand dam de Hollande, du moins sur l'immigration. Le président-candidat a sans doute convaincu quelques frontistes de voter pour lui. Mais sera-ce suffisant pour combler son retard? 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Les conclusions des deux rivaux à la fin du bras-de-fer.

 

02/05/2012

Le Pen fille et son cocktail bleu Marine

Le plouc s'est donc tapé, mardi les trois 1er-Mai, tout d'abord celui de Marine Le Pen entre le Palais-Royal et l'Opéra Garnier, ensuite le Sarkoshow au Trocadéro et enfin le défilé syndical, vers la Bastille. Tous trois ont bénéficié d'une forte affluence. Les métingues en plein air redeviennent ce qu'ils étaient jadis, des rendez-vous indispensables dans l'agenda électoral.

Le plus intéressant reste celui de la famille Le Pen et de sa petite entreprise qui connaît un succès considérable. On pourrait même le qualifier de "croissant" si le terme ne faisait pas trop songer à un minaret. Comme son père, la Marine nationale vogue avec aisance sur le flot des foules. Attendant que l'UMP explose, elle se prépare à récolter les débris de la droite dite "classique" pour devenir l'opposante numéro de François Hollande dont elle espère la victoire. Elle votera blanc, proclame-t-elle. Mais c'est un blanc teinté de rose.

Tout au long de son discours, Le Pen fille nous a présenté son cocktail bleu marine dont le plouc vous donne la recette en inexclusivité Coctail-Bleu-Marine.jpgmondiale:

  • une pincée de laïcité
  • une giclée d'esprit républicain
  • une cuillerée à soupe de social
  • une poignée de xénophobie
  • une rasade d'islamophobie
  • une louche de démagogie

Agitez tous ces ingrédients, réchauffez avant chaque élection et consommez sans la moindre modération.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Devant la journaliste Anne-Sophie Lapix, Marine Le Pen s'est montrée nettement moins à l'aise que devant l'Opéra, comme en témoigne cette vidéo prise sur Canal + dimanche 15 janvier 2012.

 

 

18:22 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : video, front national, marine le pen, élections, france | |  Facebook | | |