27/08/2012

Montagne et Mesure de l’homme

 

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(En forme d’oiseau en plein envol, le petit lac d’Huiton ou d’Iton, sous la Plaine Morte)

Pour la première fois depuis ses cinq années passées à Paris, le plouc a retrouvé les Alpes valaisannes pendant quelques jours passés en randonnées au-dessus de Montana, vers ces éminences aux noms qui sonnent comme des songes lointains : Cry d’Er, Bellalui, Tubang, sans oublier la Plaine Morte et son glacier au masque gris et la superbe vision smaragdine du lac Tseuzier, créé par le barrage du Rawyl.

La montagne remet les choses et les êtres à leur place, à commencer par soi-même. Vivre dans une capitale vous donne une vision tordue de la vie. L’humain y est partout le maître absolu et la nature n’est qu’un décor servile, à l’exemple de ses pauvres arbres parisiens tenus prisonniers par des grilles de fer que compissent chiens et hommes. Dès lors, politiciens et médiacrates peuvent bien affirmer, en se gonflant le jabot, que « l’homme doit être la mesure de toute chose », là-haut, c’est la montagne qui mesure l’homme.  C’est elle la plus forte. Et si l’humain l’oublie, elle se charge de le lui rappeler de la plus définitive des façons.

Non, l’homme n’est pas la mesure de toute chose. Il est intégré dans un ensemble dont il n’est qu’un élément. A force d’apparaître comme séparé de la nature, il devient séparé de lui-même puisqu’il ignore ainsi ce lien qui fait partie de son être, qu’il le veuille ou non.

Dans les capitales, les ego enflent. En montagne, ils dégonflent et apparaissent pour ce qu’ils sont, des baudruches disparaissant dans les tourbillons du torrent.

Et pour terminer, cette petite chose en forme de haïku :

Torpeur de midi

Sur le crâne du Tubang

L’aigle attend son heure.

 

Jean-Noël Cuénod

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17/08/2012

Le plouc lauréat au Festival Rilke

Le plouc reçoit ce vendredi soir au Château Mercier à Sierre, le prix que son livre de haïkus "Le Goût du Temps" a reçu au concours de poésie au Festival Rainer Maria Rilke et cède le clavier à sopn excellent collègue Etienne Dumont (article paru mercredi dans la Tribune de Genève et 24 Heures) :

Le Festival Rilke aura lieu pour la cinquième année à Sierre, du 17 au 19   août. Pourquoi Sierre? Parce que le poète allemand a passé ses dernières années à Veyras, tout près de là. La manifestation ne se veut pas passéiste pour autant. La preuve! En 2012, les voix romandes, de Thierry Romanens à Aliose, secoueront les "Notes sur la mélodie des choses". Il y aura aussi du slam, chose tout à fait inconnue lorsque Rilke quitta ce monde en 1926.

La poésie classique garde bien sûr ses droits. Il y a eu une double compétition, en français et en allemand. Dans notre langue, c'est Philippe Delaveau qui l'a emporté avec "Ce que disent les vents", paru chez Gallimard. Notre collaborateur Jean-Noël Cuénod a remporté le second prix grâce au "Goût du temps", édité par Samizdat à Genève. L'occasion de lui demander les règles du jeu. «Ce concours ne se fait pas sur manuscrit. Le texte doit avoir été publié. Les organisateurs s'adressent aux différentes maisons, ce qui écarte les poèmes imprimés à compte d'auteur. »

Sorti en avril, l'ouvrage de Jean-Noël se compose de haïkus. «J'écris un de ces poèmes japonais en dix-sept syllabes chaque jour. Je le vois comme une discipline. J'ai dépassé les 4000. Il s'agit là d'un petit choix de 200 textes, illustrés par Philippe Rillon. Les mauvais jours donnent les meilleurs vers. » Et pour quelle raison Samizdat? «Parce que je leur avais déjà donné un livre. C'est pour moi une question d'amitié et de confiance. »

Note:www. festivalrilke. ch

Et voici pour finir trois poèmes en forme de haïkus consacrés à l'été et tirés du "Goût du Temps"

Sueur de l'été
Sur la peau de la route
Qui frémit d'aise.

L'odeur du foin
A la secrète odeur
Du sein maternel

Lune épaisse et rouge
Qui attend son heure
Comme l'ivrogne son verre.

 

 Jean-Noël Cuénod

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14/08/2012

Olivier Breisacher: une belle plume sportive s'est envolée.

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Ce soir, le plouc pense très fort à ses camarades de la rubrique sportive qui viennent de perdre Olivier Breisacher, décédé dimanche à la suite d'un accident en Espagne, ainsi qu'aux proches et à la famille de ce remarquable collègue. Il est inhumé aujourd'hui au cimetière israélite de Madrescht près de Bienne.

D'autres diront mieux sa passion pour le tennis, le hockey sur glace et tous les sports, sans oublier les échecs. Olivier Breisacher avait compris toute l'exigence du journalisme sportif qui réclame d'autant plus de précision que l'événement à relater est observé par des milliers d'aficionados, tous plus experts les uns que les autres. Il dépassait le compte rendu pour le transformer en analyse. Mettre en évidence ce que ni les spectateurs, ni les caméras n'avaient remarqué, telle était la force d'Olivier. Ce faisant, il nous donnait à tous, y compris les journalistes non-sportifs, une sacrée leçon.

A Paris, étrange bourgade qui ignore le hockey sur glace, le plouc se jetait sur les articles d'Olivier pour suivre Genève-Servette et l'équipe suisse dont il analysait les matches avec une lucidité sans concession. Et voilà... Il nous manque déjà. La belle plume sportive s'est envolée dans le vent chaud d'août.

 

Jean-Noël Cuénod

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11/08/2012

Sarkozy fait son jogging sur le chemin de Damas

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« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre », écrivait Pascal qui, sans doute, ne songeait pas à Nicolas Sarkozy en ciselant cette formule. Pourtant, elle semble avoir été conçue à son intention. Pour l’Ex, rester à l’écart des caméras est une épreuve trop rude. Le Vibrion du Cap Nègre a donc fait son intéressant en débitant d’inquiétantes sottises à propos de la Syrie.

N’y tenant plus, l’ancien président a consulté son carnet d’adresses pour téléphoner à l’un des chefs de l’opposition syrienne. Selon les agences, les deux hommes « sont convenus qu’il y a de grandes similitudes avec la crise libyenne ».  En d’autres termes, il faut que le président François Hollande remue son popotin corrézien et envisage une intervention militaire en Syrie, sur le modèle de l’opération en Libye.

Point n’est besoin d’être énarque pour se rendre compte que les situations syriennes et libyennes n’ont rien de commun. La Syrie compte 23 millions d’habitants et la Libye, un peu plus de 6 millions.

Sur le plan militaire, les deux pays ne sauraient être comparés. L’armée syrienne est l’une des mieux équipées des nations arabes grâce à son fidèle allié moscovite et possède des armes chimiques. L’armée libyenne était désorganisée et moins bien pourvue en armement. Il a fallu tout de même sept mois pour la battre.

Sur le plan diplomatique, la Libye était isolée, ce qui a permis à la France et à la Grande-Bretagne de recevoir le blanc-seing du Conseil de Sécurité pour soutenir les insurgés par des bombardements. La Syrie, elle, a pour alliés deux poids lourds du Conseil de Sécurité, la Russie et la Chine. Sans compter l’Iran qui soutiendra jusqu’au bout le régime Assad.

Sur le plan géopolitique, les différences sont criantes. La Lybie ne se trouve pas dans une zone de guerre. La Syrie, elle, est placée sur la ligne de front du conflit israélo-arabe. Une intervention militaire en Syrie risquerait fort d’embraser le Liban et d’y créer un nouveau foyer de guerre civile entre les Libanais sunnites favorables à leurs coreligionnaires, les insurgés syriens, et les Libanais chiites qui prendraient fait et cause pour le clan Assad qui appartient à une branche du chiisme, les alaouites. Ce conflit ne manquerait pas de s’étendre à l’Irak où les relations entre chiites et sunnites sont tendues. Dans ces conditions, on voit mal comment Israël ne serait pas concerné. Et si l’Iran entre dans le bal, c’est tout le Proche-Orient qui prendra feu.

En outre, qui soutiendrait-on chez les insurgés ? Ils paraissent divisés. Et certains d’entre eux émettent des déclarations plutôt préoccupantes, comme Mohamed Sensaoui qui commande un groupe de rebelles syriens : « Notre but est d’instaurer un  Etat islamique qui englobera les musulmans du Liban, de Turquie et des autres pays limitrophes de la Syrie » (cf. « Libération » du 4 août dernier). On voit aujourd’hui au Mali quel usage Al Qaeda au Maghreb islamique est en train de faire de l’armement généreusement répandu par la France en Libye. Est-on si pressé de recommencer une telle expérience dans la zone la plus explosive de la planète ?

La France n’est plus la puissance de jadis qui détenait mandat sur la Syrie. Alors, que cherche Sarkozy avec ses agitations estivales ? Paris partirait-il seul au combat? Voilà qui relève de la mauvaise plaisanterie. Ferait-il alliance avec d’autres capitales pour une intervention militaire ? Et avec qui, grands dieux ? Aucun dirigeant ne voudrait mettre le doigt dans un tel engrenage.

Voguant vers l’Orient très compliqué avec des idées très simples, Nicolas Sarkozy a sans doute voulu tâter le terrain pour - qui sait ? –envisager son éventuel retour en politique. Mais il vaudrait mieux, pour le respect des institutions républicaines, que Sarkozy se calme en s’exerçant à d’autres activités vacancières. Le pédalo, par exemple.

 

Jean-Noël Cuénod

    

Photo : Nicolas Sarkozy aurait-il oublié qu’il avait remis en selle le dictateur syrien Bachar el Assad lors de la création de son ectoplasmique Union pour la Méditerranée ?

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04/08/2012

Quand le geste prend corps au Festival Mimos

 

Chaque année depuis 1983, Périgueux consacre une semaine au Festival du mime et du geste - appelé Mimos - qui attire dans la capitale du Périgord quelque 50 000 spectateurs et 250 artistes. L'organisation y est exemplaire et l'ambiance, détendue mais concentrée (le mime est un art exigeant). Cette année, il s'est déroulé du 30 juillet au 4 août. Comme en Avignon, Mimos possède son «in» - spectacles dans des théâtres et sous chapiteau - et son «off», réservé aux scènes de rue.

Le plouc y a ses habitudes et interrompt son régime à base de foie gras, de Monbazillac et de promenade dans le Périgord Vert pour suivre plusieurs de ces spectacles «in» et «off».

theatre_du_mouvement_02.JPGCommençons par le «in». Le comédien Yves Marc a présenté un curieux objet théâtral, à savoir un spectacle en forme de conférence - à moins que cela ne soit l'inverse - intitulé «Ce corps qui parle». Le résultat est enthousiasmant. Yves Marc  (photo) démontre à quel point le langage n'est pas réservé qu'à la parole et précise que notre visage recèle 240 000 possibilités différentes d'expression. C'est même tout le corps qui s'exprime, parfois à notre insu, quitte à révéler à l'interlocuteur des secrets que le langage s'acharnait à recouvrir sous des amas de mots. Yves Marc s'appuie à la fois sur son expérience de mime et de comédien mais aussi sur de solides connaissances médicales et scientifiques. Joignant la parole au geste, Yves Marc prend diverses postures pour expliquer son propos, provoquant chez son public un rire attentif.

Afin d'illustrer la force du geste en politique, le plouc convoque un souvenir qui remonte à la fin des années 60 ou au début des années 70, lors d'un débat de la télévision française opposant Jean Lecanuet - démocrate-chrétien, plusieurs fois ministre, «troisième homme» de la présidentielle de 1965 et chaud partisan de l'Europe unie - à Maurice Couve de Murville - ancien ministre des Affaires étrangères, ultime premier ministre du général de Gaulle et eurosceptique.

Devant les caméras, Lecanuet ne cesse d'arborer ce sourire à la Kennedy qui enchante les sacristies et énamoure  les bonnes sœurs. Couve de Murville, lui, a revêtu sa mine HSP (haute société protestante) et son costume à fines rayures de coupe londonienne. Lecanuet chante les louanges de l'Europe. Son adversaire le... couve d'un air légèrement dégoûté, le laisse dire, puis incline sa tête vers son épaule gauche et d'un revers de main en balaie quelques minuscules poussières. Tout est dit. Voilà Jean Lecanuet et son babil réduits à l'état de molécules insignifiantes.

systeme_castafiore_04.JPG

C'est dans un tout autre monde que la compagnie «Système Castafiore» - de la danseuse Marcia Barcellos et du musicien Karl Biscuit - nous propulse avec «Les chants de l'Umaï» (photo). Un monde aux figures étranges et qui semblent correspondre aux quatre éléments plus un cinquième - la quintessence chère à Rabelais. Seule en scène, Marcia Barcellos s'intègre dans un dispositif vidéo complexe formé de deux écrans qui mélangent formes familières (rochers, montagnes, plaines...) et images fantastiques. Elle danse, chante de curieuses mélopées et créé un univers où le rêve devient l'essence suprême, la quintessence, qui enrobe toutes les autres. Le monde ne serait-il donc qu'illusion, comme le dit la sagesse hindoue? Peu importe, l'important est la vie sous toutes ses formes et dans tous ses états.

Ce spectacle offre des moments de beauté bouleversante; toutefois, il mériterait d'être resserré. Ses longueurs nuisent à l'envoûtement.

Point de beauté chez la chorégraphe Erna Omarsdottir, mais beaucoup de bouleversements avec son délire islandais intitulé «Teach us to outgrow our madness» (apprenez-nous à dépasser notre folie). Une folie exprimée par cinq furies scandinaves qui hurlent, se contorsionnent, sautent, s'étreignent, se battent, palabrent dans un micro sous une avalanche de décibels. D'ailleurs, les spectateurs reçoivent des tampons auriculaires afin d'épargner leurs tympans. Voilà donc un spectacle où il faut se boucher les oreilles pour écouter des sons et où les mimes bavardent dans les micros! Que dire de cette épreuve scénique? Rien, si ce n'est que pour aborder la folie mieux vaut lire ou relire Antonin Artaud.

Les plus belles surprises de Mimos, le plouc les a dénichées dans le «off», loin des effets spéciaux et des paires de baffles qui se perdent. Les artistes de la rue ont opportunément rappelé que le mime exprime un maximum d'intensité avec un minimum de moyens.

Le couple anglais du «Circle of two» a séduit un public qui s'est massé en nombre place du Marché au Bois. Un montreur d'automate sort de sa caisse une poupée dont il est amoureux. Sa partenaire donne la parfaite illusion d'un pantin de bois qui lui joue mille tours. Les enfants rient mais fuient sous les jupes de maman lorsque la poupée, déréglée, se précipite vers eux avec son sourire figé et inquiétant et ses yeux qui ne clignent jamais. Ce spectacle intitulé «Bambolina & Dodo» a conjugué humour, poésie et magie pendant vingt minutes de retour à l'enfance.

La plus belle expérience nous a été offerte par une saisissante danseuse japonaise, Barbara Murata Tomomi qui est venue d'Asie, à ses frais. Dans « Katawaré », elle joue avec son double, un masque confectionné à son effigie, et entreprend cette quête du moi vers le soi, de l'ego vers son être, qui passe par l'amour, la haine et tous les états intermédiaires. La danse dépasse, après les avoir réunis, tous les éléments épars et opposés qui s'agitent en nous.

A la fin, un chant en appelle à la révolution. Laquelle? Celle qui marque l'Histoire ou celle à conduire pour parvenir à cette unité d'être, qui fait de chacun un humain vraiment libre et non plus le jouet de ses contradictions?

 

Jean-Noël Cuénod

Voici un extrait vidéo du spectacle « Katawaré » et retenez ce nom : Barbara Murata Tomomi.

 

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01/08/2012

1er Août: Sur nos monts quand le sommeil...

 

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Le plouc cherche en vain de quoi allumer son feu. Il faut dire que dans le Périgord Vert où il coince une bulle d'enfer, le 1er août est un jour comme les autres. En cette canicule, l'idée ne viendrait à personne d'enflammer un bûcher et de chanter «Sur nos monts quand le sommeil/ Efface un brillant réveil» en agitant son lampion rouge à croix blanche.

Il reste au plouc les souvenirs de ses 1er-Août d'antan qu'enfant il fêtait d'ailleurs sur terre... savoyarde, au Salève, lorsque les tenanciers du restaurant de l'Observatoire, au-dessus de la Grande Gorge, faisaient crépiter un grand feu helvétique à l'intention des centaines de Genevois qui grimpaient sur la seule montagne à leur disposition afin de venir faire les Suisses en France. L'Observatoire organisait aussi un bal de façon à marier 1er-Août et 14-Juillet.

Foin de nostalgie. Histoire de se marrer un brin entre un discours - pas triotique mais presque - et des feux artificieux, le plouc vous offre ces quelques extraits du tordant «Dictionnaire impertinent de la Suisse», paru chez Slatkine, rédigé par Guy Mettan, actuel député et ancien patron de la «Tribune de Genève», et Christophe Büchi, correspondant de la «NZZ» (Neue Zürcher Zeitung).

Allemand (langue): selon la Constitution fédérale, une des quatre langues nationales suisses. Dommage que les Romands ne la parlent pas. La plupart des Suisses allemands, non plus d'ailleurs.

Röstigraben: gouffre sans fond qui séparerait les Romands des Alémaniques. Comme le Loch Ness, personne ne l'a vu mais tout le monde en parle. Surtout les dimanches soir de votations.

Welches: petite peuplade indisciplinée, exotique mais sympathique, qui habite à l'ouest du Röstigraben et qu'on appelle aussi Romands. Seraient parfaits s'ils étaient Alémaniques.

Alémaniques: peuplade mal connue habitant sur la rive droite de la Sarine et dont le but essentiel est d'embêter les gentilles tribus latines de la rive gauche en s'exprimant dans un idiome incompréhensible (voir Schwytzertütsch). On l'a compris, les Alémaniques habitent du mauvais côté du Röstigraben. Synonymes: Bourbines, Staufifres, Suisses Totos.

Saint-Bernard: chien suisse connu pour son alcoolisme et dont la particularité consiste à porter un petit tonneau d'eau de vie autour du cou, dans le but prétendu de secourir les victimes d'avalanche. Aujourd'hui, le Saint-Bernard secourt surtout les magasins de souvenirs.

Alper/Désalper: les musulmans ont le pèlerinage à la Mecque, les Suisses ont l'alpe et la désalpe. La montée à l'alpage et la désalpe figurent, en effet, au nombre des exercices spirituels que tout Suisse bien né se doit de pratiquer au moins une fois dans sa vie, s'il veut aller au paradis.

Premier Août: Fête nationale suisse qui a la particularité d'être uniquement nocturne car jusqu'en l'an 2000, il n'était pas question de chômer le jour de la Fête nationale. Depuis que le Premier Août est férié, les mœurs se sont relâchées et on a pris l'habitude d'allumer force feu d'artifice made in China. Le rituel, bien rôdé, consiste à 1/écouter des discours 2/allumer des feux et 3/rentrer se coucher pas trop tard pour être à l'heure au travail le lendemain.

A propos de discours, Guy Mettant donnera le sien ce soir à Presinge, village situé dans ce qui reste de la campagne genevoise.

Jean-Noël Cuénod

 

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26/07/2012

L'Iran poursuit méthodiquement ses persécutions religieuses

Les persécutions religieuses ne cessent de croître en Iran. L'actuel régime nazislamiste use de la force brutale et procède aussi à l'éradication culturelle des groupes et communautés qui lui déplaisent. La plus récente victime connue a pour nom Aziz Samandari, un informaticien de 40 ans, qui a été arrêté le 7 juillet dernier. Il est incarcéré à la prison d'Evin, sise au nord de Téhéran, pénitencier réservé aux prisonniers politiques. Son père l'avait précédé il y a juste vingt ans, avant d'y être pendu le 18 mars 1992. Les Samandari père et fils ont commis un «crime» impardonnable aux yeux des damnés du turban: professer la foi baha'ie, une religion qui a la non-violence pour principe d'action. Les ayatollahs lui reprochent d'avoir été créée en Iran par Baha'u'llah au XIXe siècle. Or, pour les musulmans, Mohamed clôt le cycle de la prophétie et aucune religion révélée ne peut légitimement apparaître à la suite de l'islam. Dès lors, si les juifs et les chrétiens sont - théoriquement - tolérés en Iran, il n'en va pas de même pour les baha'his qui sont systématiquement poursuivis.

 

Cela dit, fort de 300 000 fidèles en Iran (chiffre communiqué par la communauté internationale de cette religion), le baha'isme  ne peut être aisément effacé par la dictature chiite. Dès lors, la tyrannie cléricale tente de l'éradiquer culturellement en interdisant aux baha'his l'accès aux universités. Pour leur permettre de recevoir tout de même un enseignement supérieur, le père d'Aziz Samandari a participé à la fondation d'un institut. Il l'a payé de sa vie. Impliqué, lui aussi, dans cet «Institut baha'i pour l'enseignement supérieur», son fils a donc été incarcéré pour le même motif. En outre sept baha'is, au moins, ont été condamnés, il y a peu, à des peines de 4 à 5 ans de prison, à la suite d'une descente de police dans les locaux de cet institut. (Le site ci-joint donne de plus amples renseignements).

 

En outre, les persécutions du régime s'abattent aussi sur des communautés qui, selon la loi islamique, devraient être «protégées». Ainsi, les protestants iraniens sont-ils visés. Leur pasteur Youssef Nadarkhani attend depuis octobre 2009 d'être exécuté pour avoir quitté l'islam et converti des musulmans au christianisme. Sa condamnation à mort a été suspendue. Il devra repasser en jugement le 8 septembre prochain.

 

Les confréries ésotériques, comme les «tariqa» soufies, sont également pourchassées car l'islam qu'elles proposent est considéré comme «déviant» par le clergé chiite. S'attachant à l'esprit plus qu'à la lettre, les ordres soufis ne peuvent que déplaire au pouvoir qui considère la religion, non comme une voie vers la vérité, mais en tant qu'instrument destiné au bourrage de crâne. Accusés de penser trop librement, quelque cent derviches gonabadi ont été arrêtés durant l'automne 2011.

 

D'une manière plus générale, ce rapport 2012 d'Amnesty International décrit l'étendue de la répression en Iran.

 

Les moyens pour s'opposer à la dictature nazislamiste restent limités. Mais Téhéran est soucieux de son image, comme la plupart des pays dans un monde globalisé. C'est là le point faible de la dictature enturbannée. Dès lors, la circulation de plus en plus intense de ce genre d'informations devient l'une des rares armes pour entamer, ne serait-ce qu'à long terme, sa superbe.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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21/07/2012

Circoncision: antisémitisme chafouin et islamophobie hypocrite

 La circoncision est donc déclarée illégale par un Tribunal allemand. Et voilà que par effet de contagion, une clinique zurichoise lui a emboîté le pas et qu'un hôpital saint-gallois s'apprête à l'imiter. Cela fait des milliers d'années qu'elle est pratiquée par les juifs et près de quatorze siècles par les musulmans. Si elle était nuisible à la santé, cela se saurait, depuis un tel laps de temps! En outre, de nombreuses études scientifiques - notamment celle-ci - assurent qu'elle peut limiter les maladies sexuellement transmissibles. Dès lors, les raisons médicales sur lesquelles s'appuient les juges allemands paraissent aussi fumeuses que fumistes. Sur cette lancée, pourquoi n'ont-ils pas interdit la Sainte Cène des Eglises protestantes sous le prétexte que le vin bu par les pratiquants serait de nature à provoquer l'alcoolisme?

Et comme l'écrit fort justement l'excellent collègue Denis Etienne dans la «Tribune de Genève» de samedi 21 juillet 2012, on ne saurait confondre la circoncision - prescription religieuse mais aussi médicale dans certains cas - avec l'excision qui a pour but d'amputer la femme de son plaisir et qu'aucune religion, y compris l'islam, n'ordonne.

Personne ne barbotant dans le cerveau des magistrats teutons, il est impossible de connaître les motivations réelles de leur décision. Une chose au moins apparaît: ils n'ont pas mesuré les dégâts que ce genre de jugement peut provoquer à une époque où le racisme déferle tous azimuts.

 Les juifs et les musulmans se voient donc, une fois de plus, discriminés. Certes, nous sommes très loin des pogroms, rafles et autres ratonnades avec un tel jugement. Mais sous le masque de chirurgien qu'ont pris les juges allemands, il est difficile de ne pas y voir le visage de l'antisémitisme chafouin et de l'islamophobie hypocrite. Il faut toujours se méfier lorsque le pouvoir judiciaire se pique de science. Il s'arroge un rôle qui n'est pas le sien. Et cette dérive peut mener aux pires égarements. Que le juge reste à sa place.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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15/07/2012

SPECIAL COPINAGE! "Daydream" ou "Rêveries" revisité par un ami belge

SPECIAL COPINAGE! Le plouc cède son clavier (dans tous les sens du terme) à un lecteur du "Blogue d'un plouc chez les Bobos". Il s'agit de l'auteur-compositeur belge Guy de Bels qui a sorti une nouvelle adaptation de Rêveries (amis de Clo-Clo bonsoir) appelé chez les Angles, Saxons et assimilés sous le titre: Daydream.Voici sa présentation et in fine un petit son pour vous faire une idée.

Tout le monde a dansé au moins une fois sur le tube de The Wallace Collection, Daydream. Ce succès qui a fait la notoriété de la formation belge est tiré de l'album Laughing Cavalier enregistré en 1969 dans les fameux studios des Beatles, Abbey Road.
Le titre , déjà repris par Claude François sous le titre Rêveries, connaît aujourd'hui une nouvelle adaptation officielle écrite et orchestrée par Guy De Bels, auteur-compositeur musicien une belle histoire affective entre une institutrice et son élève interprétée par Babylone un jeune chanteur belge,également pianiste talentueux diplômé du conservatoire royal.



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11/07/2012

Les aphorismes du plouc (6). De vie et de mort

  • Il faut savoir chanter ses angoisses pour les dissoudre.

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  • Un seul point fixe: la mort.
  • Je vois des oiseaux traverser ma mort
  • Le cercueil est une matrice; la matrice est un cercueil.
  • Le plouc mourra en pleine possession de sa curiosité.
  • Le plouc cherche sa poussière d'étoile : « Je la trouverai, dussé-je faire couler en moi le vitriol.»
  • Quand l'espoir meurt, naît l'espérance.

Jean-Noël Cuénod

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06/07/2012

Les aphorismes du plouc (5)

  • Le jour où une tribu accepta pour chef le plus malhonnête d'entre les siens plutôt que le plus costaud, l'Humanité a franchi un pas décisif vers la civilisation.

 

  • " Le mental est une forge à illusions, détourne-t-en! ", clame le Donneur de Leçons. " L'éteindre serait une illusion de plus ", raille le plouc qui passe son chemin.

 

  • C'est fou ce que l'austérité est attirante lorsqu'on a la gueule de bois!

 

  • L'ascétisme ne vaut que s'il conduit à la volupté.

 

  • Le roquet devient molosse si l'on prend garde à ses aboiements.

 

 

  • La justice humaine, toujours, danse sur le fil de l'arbitraire.

 

 

  • La sagesse est le sucre d'or de la vieillesse.

 

  • En explicitant trop, on explique moins.

 

  • Méfiez-vous de l'orateur qui vous annonce : « Je n'irai pas par quatre chemins ». L'expérience vous avertit qu'il en prendra un cinquième, beaucoup plus long.

 

Jean-Noël Cuenod 

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03/07/2012

Histoire de chat : la rédemption d'un délinquant du 9-3

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Le matou, dont vous pouvez admirer les crocs ci-dessus, présente un casier judiciaire chargé. Mais son exemple apporte l'éclatante démonstration qu'en ce bas monde, la rédemption peut transformer un lascar en bobo, un va-nu-pattes du 9-3 en nanti du 7-5.

Encore chaton, ce mastard - qui pèse aujourd'hui dix kilos de muscles, d'os, de poils et de croquettes - jouait les terreurs dans une école de Saint-Denis, ville de ce département de la Seine-Saint-Denis qui fut créé de toutes pièces en 1968 par le pouvoir gaulliste afin de briser administrativement les municipalités communistes qui entouraient Paris. Dans les médias, ce département n'a droit qu'à son matricule, 93, avec un 9 et 3 détachés.

Abandonné, le jeune félin devenu SDF avait fait le vide autour de lui. Et agressait tous les animaux qui avaient la mauvaise idée de lui disputer les déchets apportés régulièrement par une  dame du voisinage. Les molosses, les rats, les autres matous, tous devaient subir les rigueurs griffues et mordantes de sa loi. Affolée par ce diable noir et blanc (ou plutôt noir et sale), la bienfaitrice conçut le funeste dessein de l'euthanasier. Par chance, le matou fut pris en charge par une remarquable pianiste de Saint-Denis, Caroline Cuny. Comme il fallait s'y attendre, le monstre a semé la panique parmi la ribambelle d'animaux rescapés de l'abandon qui cohabitent avec la musicienne. Elle s'est donc retournée vers le plouc et la plouquette pour lui garder provisoirement la Bestiole, le temps de lui trouver une famille d'accueil.

A côté d'un chat, même Mitterrand n'aurait pu rivaliser en matière de manipulation. Le lascar a donc investi le domicile plouquesque, petit, minuscule même,  mais pourvu d'une cour intérieure qui ferait un terrain de chasse intéressant. En premier lieu, il déploie son offensive de charme vers la plouquette : yeux mi-clos, ronronnement sonore, pattes de velours en sautant sur les genoux de la belle. Puis, le matou conduit son assaut vers le plouc. Après avoir séduit la princesse, il faut convaincre le gros mâle de la maison. Et c'est le grand jeu, frottis-frottas sur les jambes, regard adorateur du genre : « Prends-moi chez toi, je serai ton ombre soumise, ton page fidèle, ô grand roi de la Butte-aux-Cailles ». Cinq minutes après, le voyou de Saint-Denis a trouvé sa famille d'accueil à Paris. Ce que chat veut, Dieu l'exige.

Baptisé Phélix - le « Ph », c'est pour faire plus bobo qu'un simple « F » - le matou est devenu un ancien pauvre en un frémissement de moustaches : « A moi, les coussins. Tous les coussins, surtout ceux en soie. A moi, les langoustes. A moi, le lit, le divan. » Quant la table est dressée, le néo-bobo s'installe à côté des assiettes pour piocher dans les plats, toujours avec la patte gauche. Les invités sont étonnés de prime abord, voire un brin scandalisés. Mais ils s'y font. Bien forcés. Et au café, si l'attention n'est pas braquée sur sa Seigneurie, Celle-ci se met à miauler. Phélix ne supporte pas de jouer les seconds rôles et encore moins de faire de la figuration. Le roi, maintenant, c'est lui.

Mais on n'oublie pas si facilement la misère passée. De vieux réflexes surgissent. Le même chat qui exige une eau pure pour accompagner ses croquettes, se jette sur une poubelle bien pleine, la détrousse, la met sens dessus-dessous, déchire les sacs, les vide, balance les boîtes de conserve pour se goinfrer d'une arrête de sardine.

C'est ça le luxe du luxe : s'offrir des plaisirs de pauvre en pleine opulence.felixdanslelacdessignes.JPG

 (Photo ci-contre, Phélix dansant le Lac des Singes dans le Périgord Vert)

Jean-Noël Cuénod

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02/07/2012

Les aphorismes du plouc (4)

 

  • "Cruel est le destin de l'homme soumis aux lois de la pesanteur et aux pesanteurs de la loi", soupire le plouc, saoûl à rouler au sol et traîné par une main policière.

 

  •  C'est en buvant que le plouc devient imbuvable.

 

  •  Chaque fois que le plouc veut piloter son destin, il le noie.

 

  •  Prendre le large et ne jamais le rendre.

 

  •  Le plouc se gratte la tête en murmurant: "Pourquoi les rêvolutions finissent-elles souvent en cauchemarolutions?"

 

  •  Le sang du futur est inodore.

 

  •  Les applaudissements font toujours un bruit de pluie.

 

  •  Les clés sont des âmes en penne.

 Jean-Noël Cuénod

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29/06/2012

Procès Jérôme Kerviel : les limites du pipole judiciaire

 

 

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Jacques Vergès et l'avocat genevois Raymond Nicolet ont inventé le procès de rupture. Le but : harceler les juges en tant qu'instruments du pouvoir politique et jouer la provocation pour placer le système judiciaire devant ses contradictions. Me David Koubbi  a mis au point, lui, le procès pipole.  Il s'agit moins de se faire entendre que de se faire voir. L'agressivité face aux juges n'est qu'une répétition pour le seul vrai grand procès, celui qui se déroule devant les caméras. Agressivité brouillonne d'ailleurs. Le procès en appel de Jérôme Kerviel  a permis à Me Koubbi, défenseur de l'ex-courtier de la Société Générale, de donner un exemple ahurissant de cette stratégie paillettes.

Lors de la dernière journée, jeudi, cet avocat du strass en stress, a soigné le scénario. Appuyé sur une canne, l'œil gauche garni d'un énorme coquard, Me Koubbi  a traversé les longs couloirs du Palais de Justice de Paris flanqué de Kerviel et, surtout, de Tristane Banon, dûment pipolisée par sa plainte contre DSK. Que faisait-elle dans cet aréopage ? La romancière est également défendue par Me Koubbi. Voilà qui créé des liens. Bien entendu, les paparazzi en ont bavé des pixels. Gros succès côté caméras.

Le plouc a donc assisté à ce triste cirque mené dans la chaleur humide d'un Paris qui grelottait avant-hier encore.  Placés tout en haut de la salle d'audience, les journalistes twittent avec l'ardeur de leur consoeur et Première Dame de France.  Une question les taraude : où Koubbi a -t-il attrapé un tel œil au beurre noir (qui tire plutôt sur le grenat) ? Une journaliste affirme qu'il a été frappé dans une rue de Paris au cours d'une altercation avec le conducteur d'un scooter. On a les blessures de guerre qu'on peut... En tout cas, l'effet est saisissant et Tristane Banon se fait réserver la première place dans les travées réservées au public.

Et l'affaire ? Quelle affaire ? Il n'y a pas d'affaire. Il n'y a que de la mousse. La plaidoirie de Me Koubbi en apporte la brumeuse démonstration.  Elle part dans tous les sens. Une formule claque-t-elle ? On la répète façon mantra. Avant même de terminer une démonstration, on en commence une autre qui, elle demeure tout aussi inachevée. Et ainsi de suite. Le pauvre plouc a le tournis. Le Fan-Club applaudit. Les forêts de micros vibrent comme sous l'effet de la tempête. Me Koubbi apparaît en vainqueur. Mais le 24 octobre, ce ne seront pas les caméras qui rendront le verdict.

 

Jean-Noël Cuénod

Ils aiment tellement les zimages qu'on va leur faire encore un petit plaisir.

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00:19 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : tristane banon, photos, people | |  Facebook | | |

27/06/2012

De l'UDC au Front national, les masques tombent

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L'ennui avec les masques, c'est qu'ils tiennent trop chaud et ont une fâcheuse tendance à glisser, laissant ainsi entrevoir le véritable visage. Cette malencontreuse tendance s'observe chez deux des principaux spécimens de l'extrême droite européenne, l'UDC Suisse et le Front national français. Il s'agit de faits en apparence secondaires mais qui, en s'accumulant, démontrent que les partis de l'extrême droite actuelle ont de plus en plus de mal à cacher leur héritage politico-culturel qui est celui du fascisme des années 30.

 

Récemment, un membre du parti blochérien de la ville de Zurich a prôné la Nuit de Cristal contre les mosquées. Il faisait ainsi allusion à la Reichskristallnacht du 9 au 10 novembre 1938, lorsque les nazis ont brûlé en Allemagne 200 synagogues et tué une centaine de Juifs.

 

En mars dernier, une militante du Front national d'Annemasse et ardente supportrice de l'UDC avait publié des photos faisant l'apologie du nazisme avec cette exclamation: «God bless Hitler !». Elle n'aurait fait ça que pour «réveiller les consciences», à l'en croire. En tout, cas cette personne nous a clairement indiqué où se situaient ses références morales.

 

Dans les deux cas, bien sûr, les dirigeants de l'UDC et du Front national ont condamné ces excès de langage. Ou de franchise. Pour se dédouaner, le discours de l'UDC et du FN est toujours le même: nous n'avons rien à voir avec le fascisme et le nazisme. Fort bien. Mais alors pour quelles raisons, des personnages obsédés par ces idéologies se trouvent-ils dans leurs rangs? Par hasard ou par affinité?

 

Il est une preuve supplémentaire que les masques de l'extrême droite, non seulement glissent mais encore, tombent. Le groupe UDC au Grand Conseil zurichois - il ne s'agit donc pas d'un isolé qui s'agite dans son bocal - a déposé une motion visant à distinguer deux sortes de Suisses, les naturalisés et les Helvètes de souche. Pourquoi se limiter à deux catégories? Pourquoi pas trois, quatre, cinq? Et si l'on adoptait le système des castes?

 

Certes, cette motion «apartheid» a été sèchement rejetée par une large majorité de députés. Mais dans un premier temps, les Vert'Libéraux zurichois l'avaient soutenue, même s'ils l'ont finalement combattue. Les mesures les plus discriminatoires ne sont plus forcément considérées comme monstrueuses, même dans les rangs de partis réputés modérés.

 

Notre époque n'a guère de points communs avec les années brunes. Mais les deux périodes sont marquées par les crises économiques avec tous les dangers d'exaspération sociale qu'elles comportent. Le fascisme d'hier n'aura pas les mêmes formes que celui qui s'annonce de plus en plus clairement. Mais les mêmes idéologies de haine, de racisme, de recherche frénétique du bouc émissaire, de rejet, de fermeture entraîneront les mêmes effets et nous conduiront, si nous n'y prenons pas garde, à de semblables catastrophes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

18:56 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : politique française, politique suisse, extrême droite | |  Facebook | | |

22/06/2012

Des ministres en odeur de sainteté électorale

Les Français se disent peuple le plus cartésien de la terre, excipant que Descartes est né chez eux. L'argument ne paraît guère cartésien. Mais ce n'est pas grave. Descartes ne l'était pas non plus, et les Français, encore moins. Si être cartésien signifie se gouverner au seul moyen de la raison, alors rien n'en est plus éloigné que la vie politique de l'Hexagone, toute nimbée de rêves, de coquecigrues, de passions amoureuses et de symbolique archimonarchique.

Prenons, par exemple, le traitement réservé aux ministres français qui ont combattu - ou non - aux élections législatives. Ce sujet intrigue l'excellente consœur Laurence Naef. Elle pose des questions cartésiennes. Mais les réponses ne sauraient relever de l'étroit carcan de la rationalité.  Première interrogation: «Des ministres viennent de se présenter dans des circonscriptions pour être élus députés. N'y a-t-il confusion des pouvoirs entre le législatif et l'exécutif?»

Par le truchement de Montesquieu, la France a inventé (avec Locke, soyons justes) la séparation des pouvoirs mais elle s'est bien gardée de l'appliquer. Donc, outre-Jura, ce souci bien helvétique n'en est pas un. Ensuite, le ministre élu député ne siégera pas à l'Assemblée nationale. Son siège sera occupé par son suppléant qui a été élu avec lui sur le même «ticket». Cela dit, sur les affiches électorales, c'est la bobine du titulaire qui s'est étalée, alors que celle du suppléant a occupé l'espace d'un timbre-poste. L'électeur est donc persuadé qu'il a voté pour une star de la politique mais c'est un conseiller municipal de Lamotte-Beuvron qui le représentera au Palais Bourbon.

Laurence me pose cette nouvelle question: «Les médias affirment que ces ministres se sont présentés devant les électeurs afin d'être légitimés par le peuple. En cas de défaite, ils devront démissionner. Mais alors, les autres ministres, ceux qui ont évité le scrutin, seraient-ils moins légitimes?»

Tout d'abord, la démission «obligatoire» des ministres battus n'est pas une contrainte légale. C'est une simple habitude créée par le gouvernement Juppé en 1995. Chaque nouveau premier ministre la reprend à son compte pour jouer les rigoureux devant les caméras.

Concernant la légitimité, la chose est plus complexe. Il faut remonter au Sacre des Rois de France en la Cathédrale de Reims. Le monarque était oint par un mélange de Saint Chrême et d'huile miraculeuse de la Sainte Ampoule. Ce n'est qu'embardoufflé de ce sacré corps gras que le Roi devenait légitime aux yeux du peuple. La couronne n'était qu'un accessoire. Il fallait que l'Esprit divin enduisît le corps du Roi pour que la magie du pouvoir puisse s'exercer.

Depuis, la France a remplacé les Saintes Huiles par une margarine nommée Suffrage universel. Mais le principe reste le même. Laurence a remarqué que plusieurs ministres ont renoncé à briguer un siège au parlement. Alors, seraient-ils moins légitimes? Sur le plan tristement légal, ils ne le sont ni plus ni moins que les autres. Mais le membre du gouvernement qui a été oint par le peuple irradie d'une aura médiatique plus lumineuse que celle de ses collègues moins ardents au combat électoral.

Certes, le mérite n'est parfois pas bien grand. Le plus souvent, les états-majors politiciens réservent aux ministres candidats au parlement des circonscriptions faciles dans lesquelles même un sapajou serait élu pourvu qu'il possède la carte du bon parti. Mais peu importe. L'important, c'est de se battre ou de faire semblant. Car les Français n'aiment pas les politiciens qui se planquent dès l'apparition d'une urne.

Le sort de Dominique de Villepin en apporte l'éclatante démonstration. Voilà un garçon doté de multiples talents, y compris celui d'apprécier Char - chose rare chez les politiciens français d'aujourd'hui qui confondent le poète avec un véhicule à traction hippomobile. Le Flamboyant a affronté Bush et ses Texans au front bas, Colin Powell et ses fioles trafiquées. Mais se lancer dans la bagarre électorale était au-dessus de ses forces. Il fait songer à un prince qui, allergique aux Huiles même Saintes, n'aurait pu se faire oindre et serait, de ce fait, interdit d'accéder à la plus haute marche du pouvoir. Villepin, lui, est allergique au peuple. Alors, le peuple s'est détourné de lui en haussant les épaules.

Inspirés par ce contre-exemple, les ministres qui ont fait «coitus interruptus» aux dernières élections faute d'avoir trouvé circonscription à leur pied, devront, un jour ou l'autre, recevoir cette onction populaire. Ils pourront ainsi continuer à se rêver en Roi.

ILLUSTRATION: Songe d'une nuit de député.

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20/06/2012

Valérie, Ségolène, François et Twitter: joindre le futile au désagréable

 

Mardi 12 juin 2012 restera marqué dans l'Histoire de France comme le jour où le futile l'a définitivement emporté sur l'utile.

 

Ce jour-là, le nouveau président de la République prononce au Conseil économique, social et environnemental un discours essentiel sur la direction qu'il entend donner à son quinquennat quand nous vivons une série de crises économiques sans précédent. Il lâche cette phrase lourde de conséquences pour un socialiste: «La croissance ne naîtra pas de dépenses publiques supplémentaires au moment où les Etats connaissent un endettement élevé.»

 

Mais alors d'où naîtra-t-elle? «Elle peut surgir d'une volonté commune, celle que l'Europe peut affirmer, de mettre en place des instruments nouveaux - euro-obligations, instruments financiers -, notre imagination peut être grande», poursuit François Hollande dans son allocution.

 

En temps normal, l'importance de ces propos n'aurait pas échappé aux journalistes. Les éditorialistes se seraient fendus de commentaires plus ou moins bien sentis. Les uns auraient demandé comment organiser la relance sans dépenses publiques. Les autres auraient entrevu les mesures d'austérité qui se profilent avec un titre du genre: «Français, apprêtez-vous à serrer votre ceinture!» Dans les colonnes des quotidiens, sur les plateaux de télévision et de radio, les économistes ou des diplomates auraient tenté de répondre à cette question qui découle du discours de Hollande: «Comment faire accepter à l'Allemagne les euro-obligations, dans la mesure où Berlin, par la mutualisation des risques des pays européens, devrait payer plus d'intérêts qu'il n'en verse actuellement?»

 

Mais comme nous vivons des temps anormaux, ce débat ne s'est pas tenu, et les propos de Hollande ont été réduits à l'état de brèves. Pourtant, ce sujet nous concerne au premier chef. Impossible de trouver thème plus utile. C'était sans compter sur la puissance hégémonique du futile et de son instrument le plus perfectionné: Twitter.

Ce même mardi, la compagne de François Hollande, Valérie «Twitterweiler», a lancé son fameux twitt de soutien à l'adversaire de Ségolène Royal à la députation de La Rochelle. La nou- velle femme du président qui poignarde virtuellement l'ancienne. Comment voulez-vous que le sort de la France et de l'Europe puisse entrer en concurrence avec ce vaudeville en 140 signes (nombre maximum que peut absorber Twitter)? Impossible!

 

L'événement était d'autant plus alléchant qu'il joignait le futile au désagréable, du moins pour Ségolène Royal, qui en a perdu son siège. Un comble à La Rochelle.

Bien entendu, le consommateur de médias, toujours aussi faux cul, incrimine la presse dans cette hiérarchie aberrante des informations. Pourtant, le vrai coupable, c'est lui. S'il ne se jetait pas sur la futilité dès qu'elle surgit avec ses bas résilles, les médias la relégueraient dans leurs bas-fonds.

 

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Voici la vidéo du discours complet prononcé par François Hollande et qui a été médiatiquement occulté par le Twitt de la Première Dame contre la Première Femme

 
Discours de François Hollande devant le conseil... par publicsenat

18/06/2012

Comment Nicolas Sarkozy a tué l'UMP

L'UMP est morte. Ou du moins, la forme actuelle de cette vaste formation de la droite démocratique française a été anéantie par l'ancien président Nicolas Sarkozy. La ligne qu'il a imposée à son parti depuis le discours de Grenoble le 30 juillet 2010 s'est révélée mortifère. En «collant» au discours du Front national, il n'a fait que rendre acceptables les thèses xénophobes dans l'esprit d'un nombre croissant d'électeurs et semer la désunion au sein de son propre camp.

 

Par sa constitution même, l'UMP ne pouvait pas supporter une telle dérive. Créée en 2002, l'Union pour un mouvement populaire est la réunion des deux principaux courants de la droite française, d'une part le RPR héritier du gaullisme conservateur, d'autre part l'UDF - DL europhile, centriste, sociale et libérale. En tirant cette toile délicate vers l'extrême droite, Nicolas Sarkozy l'a déchirée sans espoir de la recoudre telle qu'elle était. Dès lors, c'est toute la droite, du centre à l'extrême, qui va se recomposer sur les ruines de l'UMP. A ce propos, le congrès de ce parti en novembre prochain sera passionnant à suivre.

 

Même si elle a abouti à la double défaite de la présidentielle et des législatives, la ligne droitière de Sarkozy demeure soutenue par nombre d'élus et de sympathisants de l'UMP, notamment dans l'Est. On ne saurait donc exclure l'apparition d'un pôle d'extrême droite qui grouperait le FN et les éléments xénophobes de l'UMP.

La partie gaulliste ex-RPR devrait retrouver ses bases conservatrices tout en rejetant les idéologies racistes qui sont incompatibles avec sa profession de foi. Mais ce néogaullisme ne saurait reconquérir ses électeurs sans l'apport d'un pôle centriste social libéral.

 

Or, le centre a bien du mal à exister en France. Sa reconstitution est pourtant indispensable afin que le néogaullisme ne soit pas réduit au face-à-face avec une extrême droite qui se trouve en pleine phase ascendante.

 Jean-Noël Cuénod

Petit exercice de reconstitution du centre (les matheux auront reconnu le cercle d'Euler). Bon courage!

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17/06/2012

François Hollande über alles!

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Le président François Hollande ne pouvait rêver meilleur résultat aux élections législatives françaises. Son Parti socialiste détient à lui seul la majorité absolue de la nouvelle Assemblée nationale. Il n'aura donc pas besoin des quelque vingt députés «verts» pour faire passer ses réformes. Quant au Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il est bien diminué. Avec une petite dizaine de députés, il ne comptera guère et ne pourra même pas former un groupe. Mélenchon était le caillou dans la chaussure de Hollande, le voilà rejeté à son destin de gravier.

Les socialistes détiennent désormais tous les leviers de commande. Majoritaires au Sénat, majoritaires absolus à l'Assemblée nationale, majoritaires dans les départements (6 sur 10 sont dirigés par des élus du PS), majoritaires écrasants dans les régions (21 sur 22). L'ennui, avec une telle domination, est que le parti présidentiel ne peut que perdre une si flatteuse position aux prochaines élections, notamment aux municipales en 2014.

François Hollande dispose ainsi d'une stature qui lui permet de parler haut, hors de France. Il va sans doute devenir le leader de l'Europe du Sud face à Angela Merkel, championne de l'Europe du Nord. Pour l'Hexagone, c'est une situation périlleuse certes, mais tout de même plus porteuse d'espoir que celle de pâle second de l'Allemagne qui était la sienne sous Nicolas Sarkozy.

Le débat européen continuera à opposer la France, tenante de la relance économique, à l'Allemagne, gardienne de l'orthodoxie budgétaire. François Hollande peut désormais exciper du soutien massif de son peuple pour avancer ses pions face à Angela Merkel. Mais le président français sait bien qu'un compromis est inévitable et il n'est pas homme à jouer les jusquauboutistes. Sa victoire lui donne l'assurance nécessaire, à la fois de pousser son avantage face à la chancelière fédérale et de faire accepter le compromis franco-allemand au parlement.

D'ailleurs, les positions entre Hollande et Merkel ne sont pas si opposées que cela. Mardi dernier, au Conseil économique, social et environnemental, le président français a bien averti que la relance économique ne pouvait pas naître de la dépense publique. La phrase est passée inaperçue dans les médias français, tout émoustillés par l'affaire Tweeterweiler. Mais elle constitue une rupture historique dans le discours, jusqu'alors keynésien, des socialistes.

Des mesures de restriction budgétaire se préparent donc en France. Grâce à sa victoire aux législatives, François Hollande pourra les faire voter par le parlement. Mais il devra alors faire face au mécontentement qui risque de s'exprimer dans les rues ou par le truchement de grèves sauvages. Le dialogue social promis par le nouveau pouvoir deviendra une ardente nécessité.

Jean-Noël Cuénod

 

15/06/2012

Requiem pour Bayrou. La France est orpheline de son centre

 

 

 Les élections législatives françaises signeront-elles l'acte du décès politique de François Bayrou? La capacité de résurrection du démocrate-chrétien béarnais ne saurait être sous-estimée. L'ancien ministre peut encore rebondir. Mais on n'en dira pas autant de son parti, le MoDem.

 

Depuis cinq ans, Bayrou a tenté de construire un pôle centriste indépendant de la droite et de la gauche. Depuis la création de la Ve République, le centre - sous ses diverses dénominations - a toujours servi d'alliés au parti gaulliste et à ses avatars RPR, puis UMP. Il apportait à cette formation autoritaire, souverainiste et dirigiste, un contrepoids modéré, ouvert sur le monde et libéral. Malgré les idées intéressantes qu'il agitait, le MoDem n'a pas réussi à s'imposer comme un acteur majeur sur la scène politique française.

 

Il en va de même pour les autres formations centristes qui n'avaient pas suivi François Bayrou dans son aventure du MoDem. Hervé Morin et son Nouveau Centre, Jean-Louis Borloo et son Parti radical, Jean-Pierre Raffarin et sa tendance humaniste au sein du parti sarkozyste se moquaient de Bayrou et prônaient l'alliance avec l'UMP. Or, leurs mouvements sont aujourd'hui au moins aussi moribonds que le MoDem. Ces centristes mous avaient choisi de faire carrière gouvernementale sous le règne de Sarkozy. Les gamelles ministérielles réjouissant aujourd'hui d'autres museaux plus roses, ils se trouvent dépourvus.

 

De plus, leur voix ne compte plus du tout au sein de l'UMP qui adopte les thèmes du Front national, voire son idéologie. Dans un tel contexte, le centrisme devient un corps étranger au sein de cette droite en voie de radicalisation. Avec un MoDem en coma dépassé et des formations réduites à l'état d'ectoplasmes, la France est ainsi vidée de son centre.

 

Cette situation risque d'être préjudiciable à la République voisine. En effet, une entente devient de plus en plus probable entre le Front national de Marine Le Pen et l'UMP dont le secrétaire général Jean-François Copé répète en boucle que la patronne du FN «n'est pas son père». Sous-entendu, avec elle, il sera possible de causer. D'ailleurs, la base de l'UMP pousse à la roue en faveur d'un accord entre son parti et le Front national.

 

Lorsque le Parti socialiste au pouvoir ordonnera des restrictions budgétaires impopulaires, vers qui se tournera-t-il? Les Verts? Ils n'ont ni maturité politique ni poids électoral. Le Front de Gauche et les communistes? Ils se suicideraient en soutenant de telles mesures. La majorité socialiste devra donc affronter - en solitaire et sans marge de manœuvre - un bloc nationaliste qui rivalisera de haine et de démagogie. Il faudra bien alors réinventer cet impossible centre afin de créer une zone tampon.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Cette vidéo du spirituel Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen centriste et surtout remarquable politologue, nous en dit un peu plus sur ce centre qui a perdu sa boussole.


Conception du centrisme en France par ATTACHEE-PRESSE13

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