11/05/2013

Esclavage: Comment réparer l’irréparable?

 

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Comment indemniser les descendants d’esclaves? Comment réparer l’irréparable? Ces questions ont surgi, hier, en France, à l’occasion de la Journée nationale consacrée à la mémoire de l’esclavage et son abolition. La tendance impulsée par les Etats-Unis à saisir la justice comme lieu de réparation des injustices historiques a ses limites. Avec le génocide, l’esclavagisme est l’un des pires crimes que l’humain puisse commettre contre ses semblables. Dès lors, aucun arrêt de Cour ne saurait servir à l’horreur d’attestation de solde pour tout compte.

La justice n’est pas un substitut à l’action politique et à l’enseignement historique; toutefois, elle est capable de tenir son rôle lorsque les crimes de masse ont été commis à une époque point trop reculée. Les responsabilités peuvent encore être établies et les faits mis au jour; les témoins ou leurs descendants directs sont encore vivants.

Mais il existe un certain niveau de dilution dans le temps qui rend l’action en justice inopérante. Imaginerait-on les descendants suisses des huguenots réclamer des indemnités à la France? Dans le cas de l’esclavage, cette responsabilité se révèle particulièrement diluée. La traite humaine n’a pas été le fait que de la France, de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis. Toutes les nations ont participé à cette économie de l’esclavagisme, en Europe mais aussi en Asie, aux Amériques, dans le monde musulman. Dès lors, rechercher des responsabilités, au sens juridique du terme, ne ferait qu’ouvrir la boîte de Pandore des haines réciproques.

Vouloir réparer l’irréparable, c’est se donner bonne conscience pour éviter de réparer ce qui peut l’être ici et maintenant, en menant une politique active contre les discriminations à l’embauche et en contrant systématiquement la propagande de l’extrême droite.

Jean-Noël Cuénod

 

NB :

L’illustration en tête du texte est tirée de ce site : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/servitude.htm

ESPACE VIDEO

Le président François Hollande célèbre la Journée du 10 mai au Jardin du Luxembourg et explique sa position sur l'indemnisation par la France des victimes de l'esclavage (FranceTV Info).

 

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09/05/2013

Trois grands créateurs à la force fragile exposent à la Galerie Art Aujourd’hui

 

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Uppercut, direct du gauche, crochet au foie. Pour sa deuxième exposition, la nouvelle galerie parisienne Art Aujourd’hui – sise 8 rue Alfred-Stevens, à un jet de porte-jarretelles de Pigalle – fait fort. Les trois artistes que Marianne Rillon et son équipe exposeront de samedi 11 mai à dimanche 9 juin ne sont pas du genre guimauve. Ils plongent à pleines mains dans le bouillon fangeux de notre époque pour en retirer des pépites et en exprimer l’essence débarrassée de sa gangue. Formeraient-ils le gang de la gangue? Petite présentation des trois suspects.

 

Les lecteurs du Plouc connaissent l’impressionnant peintre-sculpteur Bernard Thomas-Roudeix (1) qui vit à Paris. Il fait partie des trois artistes exposés (illustration ci-dessus: "L'élégance du fumeur"). Il va toujours plus loin dans son art défiguratif qui procède de ce «lent et raisonné dérèglement des sens» préconisé par Rimbaud, indispensable préparation à l’«état de poésie» décrit par Georges Haldas. Il s’empare du réel apparent pour le fouailler jusqu’aux entrailles et mettre au jour sa mécanique secrète. L’humour, le grotesque sont les armes de la révolte qui sourd chez Thomas-Roudeix comme un fleuve profond. Chez ses personnages, l’animal reste proche et surgit dès que l’homme social baisse sa garde. A cette rusticité dans l’expression, répond l’apparence lisse de la céramique émaillée, technique que Bernard Thomas-Roudeix maîtrise d’alchimique façon. Le lisse et le rugueux ne s’annulent pas mais, au contraire, s’interpénètrent dans les méandres des membres, organes, lianes, ossements qui font de chaque sculpture un corps étrange et familier.

 

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Le peintre Bernard Le Nen (illustration: "Le Dessin") palpite au cœur des Cévennes. Il en retire des personnages aussi inquiétants que vous-mêmes. Et si vous les trouvez tordus, c’est que vous l’êtes aussi. Car, Le Nen peint les miroirs de votre enfance qui renvoie comme reflet votre mufle d’adulte. Réfléchissez un peu aux miroirs, cela vous changerait un peu! Les créatures du peintre prennent possession. De vous. Des autres. Des paysages. De la terre. Du ciel. Ils s’insinuent en vous et ne lâchent plus votre gorge. La peinture de Bernard Le Nen vous transforme. En monstre? Mais vous l’êtes déjà! Au contraire, monstre, vous le serez moins qu’avant. Le Nen fait de la dé-monstration.

 

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Artiste d’origine allemande, devenu Français et vivant à Paris, Jörg Hermle prend, lui aussi, l’homme à témoin (illustration: "Réseau rétabli"). A témoin de ses propres vices, de sa cupidité rapace, de son égoïsme foncier. Partant de ce monde incohérent, Hermle reconstruit la cohérence dans ses œuvres. Il réunit ce qui, en l’homme, est épars. Si vous leur prêtez longue attention, ses personnages perdront, petit à petit, leurs traits grotesques et simiesques. Sous la croûte de veulerie, la chair aimante apparaîtra. C’est aussi cela, la dé-figuration: rendre à la figure son éternelle fraîcheur.

 

Le point commun qui relie les trois membres du gang de la gangue? La force fragile. Force de la vie, fragilité de l’homme.

 

Jean-Noël Cuénod

 

(1)    Bernard Thomas-Roudeix a illustré les pages intérieures d’un mien bouquin : « Quinquennat d’un plouc chez les Bobos » (Editions Slatkine)

 

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

 

Galerie Art-Aujourd’hui, 8 rue Alfred-Stevens, 75009 Paris Tél +33 1 71 37 93 51, Métro Pigalle, ouverte du jeudi au dimanche de 15 h. à 21 h. ou sur rendez-vous, site : www.galerie-art-aujourdhui.com

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08/05/2013

Un an de France hollandaise (2): comment le président "normal" est-il devenu "anormalement" impopulaire?

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Une pluie battante a baptisé le quinquennat de François Hollande. Un an plus tard, l’avalanche des mauvaises nouvelles tombe sur ses épaules. Il est devenu le président français le plus impopulaire de la Ve République après douze mois de pouvoir, battant même son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

 

Le sondage (CSA) le plus calamiteux est intervenu lundi dernier. Si l’élection présidentielle se tenait maintenant, François Hollande subirait le même sort que Lionel Jospin en 2002: il ne passerait pas le premier tour et serait battu par Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. Certes, sondage n’est pas suffrage mais cette succession de revers ne peut qu’affaiblir l’autorité présidentielle.

 

Cela dit, cette impopularité était programmée, même si son ampleur a de quoi étonner. En effet, François Hollande doit moins son élection à l’adhésion des électeurs à son projet et à sa personne qu’au rejet dont le président sortant Sarkozy était l’objet. Au printemps 2012, les Français ont voté «contre» un candidat et non pas «pour» son adversaire. D’ailleurs, le score du second tour (51,64% — 48,36%) s’est révélé plus serré que ne l’avaient prédit les sondages. Dès lors, les électeurs n’ont accordé aucun état de grâce au nouveau président. Tous les éléments négatifs - hausse vertigineuse du chômage, baisse du pouvoir d’achat, désindustrialisation massive - ont été portés à sa charge. L’argument socialiste de l’«héritage déplorable» laissé par la droite jusqu’alors aux commandes du pays, n’a pas convaincu.

 

A cette impopularité incendiaire, l’affaire Cahuzac a ajouté un baril d’essence. Et le cortège des autres dossiers politico-financiers a jeté la «République exemplaire» voulue par François Hollande dans la fosse commune des promesses non tenues. Toutefois, si un jour le chômage décroît, il y a fort à parier que les scandales seront oubliés.

 

A tous ces maux, s’ajoute une incertitude: les Français ne savent toujours pas à quel président ils ont affaire.

 Serait-ce l’homme des reculades qui accepte l’austère pacte budgétaire européen après en avoir souligné les périls majeurs pour la croissance?

L’instituteur débordé par les cancres en laissant ses ministres clamer tout et son contraire dès qu’un micro leur passe sous le nez?

Le prestidigitateur qui s’emmêle dans ses finesses en tentant vainement de sauver les hauts fourneaux de Florange?

 Le chef de guerre qui a sauvé le Mali du désastre islamiste par ses promptes et fermes décisions?

 Le négociateur qui a réussi à réformer en partie l’emploi grâce au dialogue social, ce qui n’est pas un mince exploit en France?

 

Ces aspects opposés de son action empêchent de distinguer le cap que le président Hollande compte faire prendre à son pays. Cette image est d’autant plus troublée qu’il avait axé sa campagne sur la volonté de «rassembler les citoyens» pour devenir un président «normal». Or, la France paraît plus divisée que jamais, non seulement sur le mariage gay mais aussi à propos de l’Europe, des choix économiques et sociaux.

 

On a supposé un peu vite que Nicolas Sarkozy était le principal acteur de cette culture de la discorde. En fait, les Français n’ont besoin de personne pour sombrer en de stériles querelles internes.

 

Jean-Noël Cuénod

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06/05/2013

Un an de France hollandaise : la Ve République est hors d’usage

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L’uniforme du général de Gaulle n’est plus adapté aux modestes mesures de ses successeurs les plus récents (dessin: Acé) . En cinq ans, Nicolas Sarkozy n’était pas parvenu à entrer dans ce costume taillé pour un homme hors du commun à l’occasion d’une situation historique exceptionnelle, la guerre d’Algérie et la décolonisation.

 

Aujourd’hui, c’est François Hollande qui se noie dans les oripeaux de la Ve République, après un an d’exercice présidentiel.

 

Dans aucune autre démocratie, le chef de l’Etat ne détient autant de pouvoirs qu’en France. Même le président de la superpuissance américaine doit composer avec son Congrès qui se montre souvent rétif, voire hostile. François Hollande, lui, est maître de son parlement et de son gouvernement. Une partie essentielle de la justice - les Parquets - est hiérarchiquement soumise à son ministre de la Justice, autant dire à lui-même. Paradoxe apparent, cette hypertrophie aboutit à la paralysie. Dès qu’un phénomène est poussé à l’exagération, il dégénère en son contraire. Trop de pouvoirs entraînent l’impotence.

 

Le président français étant responsable de tous et comptable de tout, il devient l’unique cible vers laquelle convergent toutes les flèches. Et son propre camp n’est pas le moins prompt à décocher ses traits. Le peuple n’a donc nul besoin de se sentir responsable de son destin puisqu’il dispose d’une tête de Turc à trancher tous les cinq ans. Il peut même actionner chaque jour ou presque sa guillotine virtuelle, les sondages se chargeant d’en aiguiser la lame.Dès lors, n’osant plus entreprendre de réformes fondamentales, le président se réfugie derrière les écrans de fumée de la politique communicante.

 

La Ve République est devenue un fardeau pour la France, un fardeau qui l’empêche de se montrer réactive dans la tourmente de la mondialisation. Certes, changer de République est un processus qui réclame du temps et de la concertation. Mais autant ne pas trop tarder à l’amorcer.

 

Jean-Noël Cuénod

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03/05/2013

Le 1er Mai parisien le plus déprimant du Plouc

muguet_fane.jpg Un brin de muguet fané à la boutonnière, Le Plouc a donc traîné ses bottes dans tout Paris en ce 1er Mai. Le plus sinistre de toute sa longue carrière. Le moins enthousiasmant. Le plus déprimant. Le moins roboratif. Le plus gris. Le moins ensoleillé. Et surtout, le plus éclaté. Terminé, le grand défilé unitaire des syndicats qui drainait les foules dans la fumée des merguez grillées.

 

Certes, Force Ouvrière a toujours fait défilé à part en célébrant les fusillés de la Commune (1871) au Mur des Fédérés. Mais enfin, la plus grande partie du monde ouvrier battait le pavé de Paris, toutes tendances confondues.

Cette année, FO n’est plus la seule à faire bande à part. La CFDT et les autres syndicats réformistes s’expatrient dans la banlieue de Reims pour bien souligner leur refus de participer au cortège parisien de la CGT et de ses alliés qui accomplit le classique parcours révolutionnaire Bastille-Nation.

 

Pourquoi cette bouderie de la CFDT? Pour troquer le beaujolpif contre du champagne? Ou alors, le nouveau patron cédétiste, Laurent Berger, a-t-il voulu s’y faire sacrer, avec onction de Saint Chrême et de Sainte Ampoule, comme un vulgaire Roi de France? La réalité est moins pétillante et plus prosaïque. La CFDT et les autonomes ont signé avec le patronat le pacte de compétitivité voulu par le président Hollande, alors que la CGT, SUD, Solidaires et d’autres le rejettent en criant à la trahison de classe. Des militants de la CGT ont donc brûlé un drapeau de la CFDT, traitée de «collabo» des patrons. D’où la colère du bon Berger et de son troupeau.

 

Bien d’autres 1er Mai se sont déroulés à Paris. A l’Opéra, par exemple, avec celui du clan Le Pen et sa trinité blonde: le grand-père Jean-Marie, la fille Marine et la petite-fille Marion, la députée. Sous l’impulsion de la patronne du Front national, les fachos sont tenus à l’écart. Pas question de vendre des fanzines racistes ou de distribuer des tracts antisémites. Mais chez ces gens-là, le naturel revient au trot et au galop. Dès que Marine Le Pen sent du mou dans l’assistance – moins nombreuse que l’an passé (3000 au lieu de 10 000 personnes) – hop, elle entonne le couplet sur l’immigration. Le succès est garanti. Même Sarkozy et Hollande sont moins hués. Un slogan fuse: «Du PQ pour les sans-papiers!» Dans les rangs, les blagues racistes se répandent avant d’être réprimées: chut, il faut écouter la cheffe!

 

De l’autre côté de la Seine, à la Fontaine Saint-Michel, les «antifa» manifestent contre le Front national. On retraverse la Seine, vers la Bastille, les climato-complotistes défilent contre la «géoingénierie». Retour rive gauche, pour léviter avec les raéliens, partisans du «paradisme qui annonce la fin du travail». Le Plouc craint fort que cette fin soit déjà décrétée par l’«enférisme» de la finance sauvage.

 

Quant au Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il n’a guère figuré dans le cortège le plus proche de son idéologie, celui de la CGT, assez peu fourni lui aussi. Toutes les forces mélenchonienne sont mobilisées par la grande manif de la gauche anti-Hollande, dimanche 5 mai. Voilà qui est bien plus important que de participer à un traditionnel défilé syndical.

 

Et nous passons sur les autres micro-défilés. Chacun a donc fait son petit 1er Mai rien qu’à lui, dans son coin, en cultivant un frileux entre-soi. Jambon-beurre chez les frontistes. Brochette hallal chez les cégétistes. Voilà le 1er Mai 2013 : indigeste et pluvieux. Plus vieux, surtout.

 

Jean-Noël Cuénod

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02/05/2013

Quand les juges français font le mur

 

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Les médias parisiens grimpent au mur depuis qu’ils ont découvert celui que le Syndicat de la magistrature réservait - selon sa propre terminologie - «aux cons» (cf. le dessin de l'excellent Acé). Pour cette organisation de gauche minoritaire au sein des magistrats français, il s’agissait d’épingler dans son local le portrait de tous ceux, politiciens ou autres, qu’elle rangeait sous cette vaste étiquette.

 

Même si elle a pris un tour outrageusement disproportionné, cette anecdote met en lumière les relations perverses et hypocrites qui se nouent entre justice et politique.

 

En France, le magistrat de l’ordre judiciaire est nommé par le Conseil supérieur de la magistrature, sur proposition du ministre de la Justice. Pour les postes les plus élevés (Cour de cassation, premier président de Cour d’appel, président de Tribunal de grande instance), c’est le chef de l’Etat qui les désigne, sur proposition du Conseil supérieur. Celui-ci est formé de magistrats élus par leurs pairs et de personnalités extérieures nommées par diverses instances publiques.

 

Théoriquement, l’appartenance politique ne doit tenir aucun rôle dans la nomination des magistrats et les partis sont bannis de ce processus. Le juge doit être vierge de toute appartenance partisane. L’article 10 de l’ordonnance définissant leur statut interdit aux magistrats, «toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions».

 

Le contraste avec la Suisse est saisissant. Dans le canton de Vaud, les juges sont élus par le Grand Conseil sur proposition de partis. A Genève, c’est le corps électoral qui les désigne, en fonction de listes politiques. De même, les juges fédéraux sont choisis par les deux chambres du parlement; leur appartenance politique figure sur le site du Tribunal fédéral.

 

En France, le juge est considéré comme une entité hors-sol, une sorte d’être éthéré qui, grâce à l’ampleur de sa robe bordée d’hermine, plane au-dessus des vicissitudes humaines. Instillée par le gaullisme, la méfiance française vis-à-vis des partis politiques a renforcé cette pudibonderie de l’appartenance partisane.

 

Or, juger est un acte éminemment politique, puisqu’il relève de l’organisation de la cité. On attend du juge qu’il se montre impartial mais sans être désincarné. Un juge qui n’aurait pas d’idées politiques serait même dangereux dans la mesure où il montrerait ainsi son incapacité à porter un… jugement sur la société qui l’entoure. Un magistrat digne de ce nom a donc forcément des opinions politiques. Autant que les citoyens les connaissent.

 

 Cette transparence l’induit d’ailleurs à prendre garde que ses choix personnels publiquement assumés n’envahissent pas sa faculté de juger. L’exemple français de ce «mur des cons» nous démontre que, chassée du monde des juges, la politique revient en prenant des formes à la fois malsaines et ridicules.

 

Jean-Noël Cuénod

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27/04/2013

AILE

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Il te manque l’autre essentiel
La femme que tu ne connais pas
Mais que tu pressens comme un soleil
Masqué par le buisson des nuages
Au ventre ce vide spasmodique
Grande marée des convulsions
Et ta vie durant tu vas errant
En quête d’elle et de son parfum

Mais ton combat sera long sans elle
Car ta promise n’est pas un dû
Au milieu des humains en marche
Tu affronteras la solitude
Avec d’autres tu prendras plaisir
Avec d’autres tu perdras boussole
Pour mieux retrouver ton chemin
Entre mirages et oasis

Homme va dévorer tes matins
Tu dois commettre encor tant d’erreurs

 

Jean-Noël Cuénod

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25/04/2013

Le droitisme souffle sur l’hivernal printemps français

 

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«Le gauchisme, maladie infantile du communisme», écrivait Lénine. En cet hivernal printemps français - traversé par les giboulées des manifs antimariage gay qui tournent à l’homophobie et à la contestation violente de la présidence socialiste - la formule pourrait changer de rive: «Le droitisme, maladie sénile du conservatisme.»

 

Malgré des buts et des idéaux diamétralement opposés, les gauchistes d’hier et les droitistes d’aujourd’hui ont en commun certains traits. Lesquels? Idéologies radicales, volonté d’affrontement physique avec la police, organisation sous forme de nébuleuses et non sous celle de mouvements structurés à la façon des partis traditionnels.

 

L’actuelle contestation conservatrice en France fait réapparaître à la surface des mouvements qui ne relèvent ni de l’UMP ni du Front national. Il s’agit des rejetons de cette droite catholique, intégriste, bourgeoise qui, au fond d’elle-même, n’a jamais accepté la Révolution et la République, pour laquelle la séparation de l’Eglise romaine et de l’Etat français reste un scandaleux divorce. Cette droite traditionaliste applaudissait jadis Pétain avec son retour à la terre, «qui, elle, ne ment pas», et conspuait le général de Gaulle dans son entreprise de décolonisation.

 

Elle est la résurgence de la droite légitimiste que l’on croyait définitivement éteinte par la prépondérance des autres droites, orléaniste (les libéraux ou centristes) et bonapartiste (les héritiers du gaullisme). On constate aujourd’hui la persistance de ce phénomène décrit dès 1954 par l’historien René Rémond. Du fait de cette longue histoire, il paraît hasardeux de ne voir en ce contre-Mai 68 qu’une traduction française du Tea Party américain.

 

Les droitistes veulent rompre avec le discours social et laïque de Marine Le Pen, avec laquelle ils se sentent bien peu d’affinités. De même, l’UMP actuelle - qui végète dans l’état de mort cérébrale - ne peut guère leur inspirer que du mépris. Toutefois, comme les gauchistes de jadis, les droitistes ne semblent pas en mesure de créer une force autonome apte à prendre, seule, le commandement de la droite. Selon le politologue Jean-Yves Camus (lire aussi nos éditions de lundi), quelque 5000 militants composent cette mouvance. Ce n’est donc pas à ce niveau que les droitistes vont agir.

 

Ils seront sans doute le moteur - ou l’une de ses pièces essentielles - de la recomposition de la droite. A ce titre, leur action consistera surtout à influencer les partis établis. Après tout, nombre de dirigeants des actuelles formations de la gauche sont d’anciens gauchistes. Pourquoi les droitistes de l’hivernal printemps 2013 ne feraient-ils pas la pluie et le beau temps au sein du Front national, devenu principale force de la droite ou d’une UMP qui renaîtrait de ses cendres? Le courant Gollnisch au sein du FN et la Droite forte, l’une des tendances de l’UMP, sont prêts à les accueillir.

 

Jean-Noël Cuénod

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23/04/2013

Mariage gay et passions tristes

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(Dessin d'Acé. François Hollande ne compte sans doute pas sur le mariage pour tous pour se refaire une santé dans les sondages)

 

 

Le mariage pour tous est définitivement voté par l’Assemblée nationale française. Les recours que déposeront les adversaires de la loi auprès du Conseil constitutionnel semblent aléatoires. Mais dans la rue la mobilisation continue. De grandes manifs contre le mariage homosexuel se dérouleront à Paris les dimanches 5 et 26 mai.
 
 
La droite parlementaire a trouvé dans cette proposition socialiste un abcès de fixation qui dépasse désormais son objet initial. Mais elle est souvent débordée par les groupuscules d’extrême droite les plus virulents et ne sait plus s’il faut calmer le jeu ou souffler sur les braises. Apaiser, au risque d’être taxé de mollesse. Attiser, au risque d’être brûlé.
 
 
Cette question du mariage gay a aussi révélé les passions tristes - comme les appelait Spinoza - qui traversent la France: amour du passé, haine du présent, angoisse de l’avenir. Pour cette partie de la population, la famille de toujours - un père, une mère, un enfant comme le proclament les pancartes antimariage gay - est l’axe autour duquel tourne son monde. On ne saurait donc le toucher en quoi que ce soit, sous peine de destruction.
 
 
Cette réforme est aussi perçue comme un avatar diabolique de la globalisation des échanges économiques. A cet égard, si les sujets sont complètement différents et ne portent pas sur les mêmes enjeux, il existe certains points communs entre les manifestants de droite contre le mariage gay et les manifestants de gauche, l’an passé, contre la réforme des retraites. Ces deux positions démontrent à quel point la France éprouve de la peine à entrer dans le XXIe siècle. Alors que bien d’autres pays ont réformé leurs retraites et adopté le mariage gay sans trop de remous, l’Hexagone résiste encore et toujours, à l’image d’Astérix et son village gaulois. On peut certes comprendre ce rejet de la société globalisée. Mais en la niant, les Français s’interdisent de l’affronter et d’en contrecarrer les effets délétères.
 
Jean-Noël Cuénod

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17/04/2013

"Pépère" Hollande montre ses muscles

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«Pépère est-il à la hauteur?» «Monsieur Faible». Ces deux récents titres de couverture des hebdomadaires Le Point et L’Express sont, comme il se doit, accompagnés de photos montrant un François Hollande situé quelque part entre «Lou Ravi» de la crèche et le vieil écolier penaud et benêt. Même dans le camp du président français, la sauce hollandaise paraît insipide.

 

Le général-président guerroyant au Mali et poursuivant les terroristes jusqu’au fond des trous de fennec laisse place à un Fabrice del Dongo errant à Waterloo dans les fumées d’une bataille qui le dépasse.

 

Les adversaires de François Hollande – à l’extérieur et à l’intérieur de son camp – feraient pourtant bien de se méfier. Tout au long de sa car- rière, le président socialiste n’a cessé d’être sous-estimé et a su utiliser à son profit cette fausse vision de son personnage.

 

Martine Aubry, la principale rivale de Hollande au sein du Parti socialiste, et l’ancien président Nicolas Sarkozy sont tombés dans ce piège. Les mesures que vient de prendre le chef de l’Etat contredisent d’ailleurs l’image «flanby» complaisamment entretenue par la plupart des médias qui ont la mémoire d’une mouche.

 

Il faut tout de même une certaine poigne pour exiger que les ministres déballent leur patrimoine devant une opinion française qui hait les riches tout en les enviant. Une poigne qui doit se faire encore plus ferme envers les parlementaires et les présidents de collectivités territoriales, qui, si le projet de lois de Hollande est voté, devront également publier leurs biens. A ouïr les cris de douleur qui retentissent au Sénat et à l’Assemblée nationale, à gauche comme à droite, cet effeuillage se mue en écorchage. Car l’argent est à la France ce que le sexe est à l’Amérique, un fantasme qui doit rester caché derrière les paravents. Comme l’a titré Libération, Hollande a fait sauter un tabou.

 

De même, en pressant l’Assemblée nationale d’avancer le vote final de la loi sur le mariage gay à mardi prochain, alors qu’il était prévu fin mai, le président Hollande prouve que «Flanby» ne manque pas de piment. D’ailleurs, la droite catholique qui se mobilise depuis des mois contre ce projet ne cesse de traiter Hollande de dictateur depuis qu’il a décidé de faire adopter le «mariage pour tous» à marche forcée.

Désormais, le président Hollande devra poursuivre cette voie. Il voulait devenir un président rassembleur et consensuel. Les institutions qu’il préside l’en empêchent. L’exécutif concentre l’essentiel du pouvoir; toute tentative de le partager est aussitôt interprétée comme une marque de faiblesse. Or, dès qu’un régime fort donne un tel signe, il devient lapin poursuivi par la meute.

 

François Hollande voulait diriger «avec», il devra présider «contre». Contre ses adversaires et souvent contre ses amis.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE DOCUMENTATION

Voici le lien qui vous permettra de lorgner sur le patrimoine de chaque ministre français. Bonne visite, gratuitement offerte par le plouc.

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14/04/2013

Marseille Notre-Dame de la Came


La basilique Notre-Dame de la Garde domine Marseille. Mais dans les quartiers Nord de la métropole portuaire, c’est Notre-Dame de la Came qui dicte sa loi. Maire d’une partie de cette zone, la sénatrice socialiste Samia Ghali ne cesse de sonner le tocsin contre l’emprise que les trafiquants exercent sur la deuxième ville de France et le cinquième port européen. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a renforcé les dispositifs policiers. Avec un certain succès. Mais la mainmise de la criminalité n’est pas levée pour autant. Car la police n’est qu’une partie de la solution d’un problème qui dépasse le seul aspect criminel.

 

Il y a tout d’abord le poids de l’Histoire. Marseille et le crime organisé ont eu souvent partie liée. Durant l’entre-deux-guerres, le clan Spirito et Carbone a mis l’antique Massalia en coupe réglée. Après la Libération, c’est le clan des frères Antoine et Mémé Guérini qui a repris les affaires. Quant à la drogue, Marseille était l’une des principales plates-formes de la French Connection dans les années 70.

 

Il y a aussi le poids social. La drogue est devenue l’une des principales sources de revenus de certains quartiers, avec l’explosion du chômage et la désindustrialisation massive. Dès lors, espérer éradiquer ce cancer avec un simple renforcement de la répression revient à écoper un paquebot avec une cuillère à soupe.

 

Le coup le plus terrible à porter aux trafiquants serait de légaliser la drogue. Mais dans l’opinion politique française cette solution n’est pas acceptée. D’autant plus qu’elle ne pourrait être efficace que si l’Europe prenait la même décision avec un ensemble de mesures concertées entre les pays.

 

 Pour l’instant, le plus urgent est le réinvestissement de l’Etat - à tous les niveaux et dans tous les domaines - au coeur de ces zones qu’il a désertées. Même en ces temps de disette budgétaire, il faudra que la France «mette le paquet» pour réduire la criminalité. Et cette situation concerne aussi Genève qui n’est située qu’à 462 kilomètres du Vieux-Port.

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Interview de la sénatrice-maire Samia Ghali qui avait réclamé l'envoi de la troupe dans certains quartiers marseillais.

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10/04/2013

Le paradis fiscal risque bien d’être éternel

 L’affaire Cahuzac et les révélations de l’Offshore Leaks vont sonner le glas des paradis fiscaux, dit-on un peu partout. Le glas du secret bancaire suisse, selon toute vraisemblance. Le glas des paradis fiscaux en général, rien n’est moins sûr.

 

Si, vue de l’étranger, la Suisse figure encore parmi ces paradis où coulent le lait et le miel défiscalisés, c’est surtout en raison du secret bancaire. Mais, depuis l’adoption en février dernier de l’accord FATCA avec les Etats-Unis – qui impose aux banques suisses de transmettre au fisc américain toute information sur les comptes détenus chez nous par ses contribuables –, ce cher secret a reçu un sacré coup dans l’aile.

Il y a tout lieu de penser que l’Union européenne exigera de la Suisse un pareil accord. Elle finira bien par l’obtenir un jour ou l’autre. Une époque du secret bancaire et fiscal made in Switzerland sera dès lors achevée. La Suisse sera touchée mais n’en mourra pas pour autant.

 

 Notre pays n’est pas une monoculture financière comme Chypre ou d’autres véritables paradis fiscaux. Il a bien d’autres atouts à jouer sur la scène économique, en premier lieu l’excellence de ses formations professionnelles et universitaires.

 

Les paradis fiscaux seront-ils définitivement enterrés dans le sable des îles Caïmans? Nous faisons le pari qu’ils continueront à prospérer sous d’autres formes et en d’autres lieux. Car la fraude fiscale – ô pardon! – l’«optimisation fiscale» n’est qu’un effet et non la cause.

 

Celle-ci réside dans le capitalisme financier qui prend le pas sur le capitalisme industriel. Ce dernier doit prêter attention à son environnement social. Ford payait bien ses ouvriers afin qu’ils disposent des fonds nécessaires pour acheter les voitures qui sortaient de ses usines. Le capitalisme financier, lui, n’a pas ce genre de soucis. Il vit hors-sol, mû par la puissante et inventive énergie cupide.

Au moment où politiques, hauts fonctionnaires et magistrats élaborent lois, règlements, accords internationaux destinés à vaincre la fraude fiscale, des ingénieurs de la finance sont en train de concevoir les structures dans lesquelles les paradis fiscaux de demain pourront accueillir ces fruits juteux réservés par l’énergie cupide à ceux qui savent l’utiliser.

 

S’attaquer à l’effet plutôt qu’à la cause paraît donc illusoire. Mais, alors, comment faire rendre gorge au capitalisme financier afin qu’il restitue, au moins en partie, ce qu’il a pris à la société? Du socialisme autoritaire à la social-démocratie en passant par le libéralisme, aucun modèle n’a pu répondre à cette question. Elle constitue donc le grand défi politique et économique du XXIe siècle.

 

Si l’on continue à ne braquer son regard que sur le palmier des paradis fiscaux, on s’interdit de comprendre et, par conséquent, de maîtriser cette jungle financière sans limites.

 

Jean-Noël Cuénod

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07/04/2013

Une nouvelle galerie d'art qui préfére le savoir-faire au faire-savoir

La galerie ART Aujourd’hui vient de s’ouvrir à Paris, dans le neuvième arrondissement. Une galerie de plus ouverte par une Gwendoline qui a trouvé une manière sympa, à la fois de claquer le pognon de son mari, meubler son ennui et se faire mousser dans les salons de thé? En aucun cas.

Sculpture de Gisèle Lacroix actuellement présentée

à la Galerie ART Aujourd'hui

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L’enseignante en philosophie Marianne Rillon se situe à l’exact opposé des Gwendoline. C’est elle qui dirige cette nouvelle galerie, avec la complicité du peintre Philippe Rillon, son mari, et l’amateur d’art Daniel Chassagne. Son but: exposer des artistes qui défendent et illustrent la notion d’œuvres. Car ce que les merdias appellent «art contemporain» est en fait une entreprise de mercatique (marketing en franglais) destinée à détruire l’œuvre en tant que telle pour ne promouvoir que le concept et, surtout, l’auteur dudit concept qui, cent ans après le premier «ready made» («Roue de Vélo», 1913), continue à se soulager, l’air béat, dans l’urinoir signé Marcel Duchamp.

 

Dans son Manifeste de La Peau de l’Ours (http://lapeaudelours.free.fr/html/page_manifeste2.php) le peintre Philippe Rillon a fort bien résumé la chose:

«Sans œuvre, pas d'émotion ni de jugement esthétique possible! Réinvestir le champ du jugement et du plaisir esthétique, c'est aussi revaloriser la «notion d'œuvre» et l'œuvre elle-même, avilie aujourd'hui jusqu'à ne plus se distinguer des autres produits de la société média-mercantile».

 

Défendre l’œuvre en art, c’est prendre à rebrousse-poil notre époque média-mercantile, mélange wharolien de quart d’heure de célébrité et de comptes bancaires occultés. Elle privilégie systématiquement le faire-savoir sur le savoir-faire. Car à quoi sert le savoir-faire dans cette société où l’apparence est à la fois le fond et la surface? Pire, le savoir-faire est un gêneur car il rappelle la notion de travail dans une société qui n’a de cesse que de le détruire. Or, sans main à la pâte, sans travail patient et obstiné, il n’est point de poésie. L’étymologie grecque de ce mot «poiein» se réfère d’ailleurs directement au verbe «faire». A preuve, on n’écrit pas un poème mais on le compose, on travaille la pâte des mots. Si elles ne s’appuient pas sur cette notion de «faire», la poésie et toutes les disciplines de l’art ne sont que slogans publicitaires. Et un monde sans poésie est, au sens premier du mot, irrespirable. De l’air! De l’air! Eh bien voilà au moins une galerie qui n’en manque pas, d’air!

 

Actuellement et jusqu'au 5 mai, Marianne Rillon présente sa première expo qui a pour thème «l'aquarelle ou l'éloge de la délicatesse»: trois peintres, Gottfried Salzmann, Nicole Bottet, Wolfram et une sculptrice, Gisèle Lacroix, se partagent les quatre espaces de la galerie. Une magnifique galerie de 115 mètres carrés, à un jet de porte-jarretelle de Pigalle.

 Jean-Noël Cuénod

Renseignements pratiques: Galerie ART aujourd’hui

8 rue Alfred Stevens - 75009 Paris +33 (0) 1 71 37 93 51 - contact@galerie-art-aujourdhui.com

 

Aquarelle de Wolfram actuellement exposée à la Galerie ART Aujourd'hui

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06/04/2013

Jérôme Cahuzac et la malédiction du clan Strauss-Kahn

Chaque jour, l’affaire Cahuzac apporte son lot de nouvelles délirantes. Que l’ex-ministre du Budget veuille retrouver illico son siège de député après la catastrophe qu’il a provoquée démontre à quel point un homme de pouvoir peut perdre tout rapport avec le réel. L’une des causes – il y en a certainement plusieurs – de cette attitude stupéfiante réside dans l’ambiance qui régnait au sein du clan de Dominique Strauss-Kahn, dont Jérôme Cahuzac était l’une des importantes figures.

 

Saisis par la passion du fric, comme Monsieur le Trouhadec le fut par la débauche dans la pièce de Jules Romain, ces élus de gauche à la fibre plus boursière qu’ouvrière ont mené une double vie.

 

Côté public, ils s’ancraient au cœur de leur terroir électoral, DSK à la cité populaire de Sarcelles en banlieue parisienne; Cahuzac en sa mairie de Villeneuve-sur-Lot. Dans ce rôle, ils développaient leurs discours aux couleurs chatoyantes, alliant gestion sérieuse et intentions généreuses.

 

Côté privé, ces socialistes tendance Picsou, évoluaient dans les sphères de la finance hors-sol. Là était leur vraie vie. Celle où tout est permis.

 

Ce sentiment les a détachés du sort commun, convaincus qu’ils étaient d’appartenir à une espèce supérieure que le vulgaire ne saurait atteindre. Certes, on voulait bien lui serrer la main, à ce vulgaire, mais uniquement au cours de la liturgie électorale.

 

Cependant, lorsqu’il est nié, le réel se venge toujours. Ce qui faisait l’apparence de leur force – le sentiment d’impunité – s’est mué en faiblesse. Eblouis par eux- mêmes, ils n’ont pas vu les obstacles et ont abandonné toute prudence, toute décence. Il appartient désormais au Parti socialiste français de méditer sur ce qui est une trahison de ses origines, encore plus qu’une dérive.

 

Jean-Noël Cuénod

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Petite revue des mensonges

 

 

 

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03/04/2013

Affaire Jérôme Cahuzac: "Tous pourris", du slogan au lieu commun

«Tous pourris!» Ce n’est plus un slogan des extrémistes de gauche et de droite. C’est devenu, en France, un lieu commun.

 

 Au moment où le patron du socialisme tendance bouillabaisse Jean-Noël Guérini est plongé dans une affaire aux relents mafieux, ce dossier est relégué à l’état de péripétie par l’électrochoc Cahuzac. Pour le président Hollande qui s’était fait de la vertu un drapeau, la trahison de l’ex-ministre des impôts n’est pas une tuile, c’est toute la maison qui tombe sur sa tête.

 

Certes, il est ridicule d’affirmer que le président français connaissait les comptes cachés de Cahuzac à Genève et à Singapour. On imagine mal Hollande le nommer pourfendeur des fraudeurs fiscaux en sachant la vérité.

 

La faute gravissime de Hollande est de ne pas avoir pris au sérieux les informations diffusées par Mediapart dès le 4 décembre dernier. Ce journal numérique fondé par l’ancien directeur du Monde Edwy Plenel a démontré dans les affaires Woerth-Bettencourt et Karachi qu’il menait des enquêtes sérieuses.

 

 L’autre faute impardonnable du président est d’avoir accepté cette rocambolesque démarche du ministre des Finances Moscovici auprès du fisc suisse afin de tenter de blanchir Cahuzac. Dans ces cas-là, on saisit la justice pour mener une enquête et non pas les propres services du suspect!

Et sa troisième faute n'est pas la moins lourde. Au choc de l'affaire Cahuzac, il aurait fallu un contre-choc. La démission du gouvernement Ayrault, par exemple. Au lieu de cela, le président Hollande s'est contenté de mesurettes, la plupart déjà prévues de longue date.

 

Mais à l’UMP le paysage est tout aussi nauséeux, avec les magouilles des élections internes, la mise en examen pour «abus de faiblesse» de Nicolas Sarkozy, les attaques indignes subies par le juge d’instruction Gentil «coupable» d’avoir osé poursuivre l’ex-président, sans oublier les autres dossiers dans lesquels le nom de Sarkozy revient souvent.

 

Bien entendu, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon mènent une course effrénée au populisme. Mais est-on certain que leur placard est dépourvu de tout cadavre? Le discrédit jeté sur la classe politique est tel qu’il atteint tout le monde.

 

En fait, ce n’est même pas d’un changement de gouvernement dont la France a besoin mais d’une refonte complète de ses institutions. Ce système de monarchie élective donne un pouvoir exorbitant au président de la République et, par délégation, à ses ministres; un pouvoir quasi-absolu qui peut rendre fou, comme on le voit avec l’affaire Cahuzac. Pour résister à ce vertige élyséen, il faut avoir la stature d’un de Gaulle. On serait bien en peine de dénicher sa réplique à notre époque. Cette construction pyramidale empêche de faire naître une nouvelle relation entre élus et citoyens.

 

 Aujourd’hui, la Ve République est morte, mais elle ne le sait pas encore.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Voici la décevante intervention télévisée de François Hollande, mercredi 3 avril.


Hollande: "l'"exemplarité des responsables... par lemondefr

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02/04/2013

Le mensonge destructeur de Jérôme Cahuzac

«Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de comptes à l’étranger. Ni maintenant ni avant (…) C’est ahurissant (…) Je poursuivrai tous ceux qui reprendront cette calomnie».

 

 Depuis décembre 2012, lorsque Mediapart a révélé l’existence de son compte non déclaré à Genève, le ministre du Budget Jérôme Cahuzac a multiplié les dénégations sur tous les tons, devant tous les micros et dans toutes les instances, y compris à l’Elysée et au parlement. Pendant quatre mois, l’ex-ministre a joué l’innocence odieusement outragée. Et voilà qu’hier l’ancien chef du fisc français se met à table, enfin. S’il avait avoué d’emblée, l’affaire Cahuzac serait aujourd’hui reléguée dans l’oubli où stagnent bien d’autres dossiers politico-financiers. L’abcès aurait été vidé tout de suite, permettant au président Hollande et à son gouvernement de ne pas être éclaboussés.

 

En jouant sa comédie pendant si longtemps, l’ex-ministre a tiré contre son propre camp. Le président Hollande est ainsi ridiculisé pour avoir accordé autant de crédit au mensonge destructeur de celui qui était l’une des pièces majeures de son jeu. D’un chef d’Etat, on attend une perspicacité et une lucidité nettement au-dessus de la moyenne, puisqu’il doit conduire des négociations au plus haut niveau dans son pays et sur la scène internationale. Aujourd’hui, de quoi à l’air François Hollande après avoir été roulé dans la farine par son ancien responsable du fisc?

 

Empêtrée dans ses divisions, entravée par les dossiers judiciaires qui tournent autour de Nicolas Sarkozy, son «homme providentiel», l’UMP ne profitera guère de cet affaiblissement, au plus niveau, de l’exécutif socialiste. En revanche, Marine Le Pen et son Front national tireront sans doute bénéfice de cette aubaine, dès les élections municipales de 2014. La patronne frontiste n’a même pas besoin d’en faire trop. Les deux grands partis de gouvernement se chargent de lui faciliter la tâche.

 Jean-Noël Cuénod

Mardi à 15 h. 52, Jérôme Cahuzac diffuse ses aveux sur son blogue.

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31/03/2013

LE GRAND IMMOBILE

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Ô Eternel écoute mon silence

Parce que tout te nie je crois en toi

Tu es l’évidence que je ne vois pas

Mais qui éclaire mon chemin nocturne

Au bout de la route tu seras là

Et je te découvrirai sous mes traits

 

Grand Immobile tout autour de toi

S’agite se jette se meut s’émeut

S’étripe se triture se torture

Mais il y a cette musique en nous

Ô Eternel écoute mon silence

Jean-Noël Cuénod

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29/03/2013

Pâque, Pâques et la libération des préjugés

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Pâque juive et Pâques chrétiennes coulent de la même source. Toutes deux célèbrent la libération. Libération du joug de l’esclavage par l’Eternel. Libération du joug de la mort par la Résurrection (illustration: "La Crucifixion Blanche" de Chagall). Libération des préjugés par la réflexion. Eux aussi nous pourrissent la vie et nous obscurcissent la vue. Eux aussi nous enferment dans le prêt-à-penser, cette prison de l’esprit humain. Libération enfin de la Parole divine, trop souvent prise en otages pour des motifs de passions politiciennes, tirées de ci, de là, à gauche, à droite, à hue, à dia. Et à diable.

L’exemple donné par les adversaires du mariage gay est particulièrement illustratif de cette instrumentalisation de Dieu, fomentée non seulement par des politiciens mais aussi par des prêtres. Ni les partisans du «mariage pour tous» ni ses opposants ne trouveront dans les Evangiles un programme idéologique à leurs convenances. Nul ne saurait s’arroger le droit de faire parler Dieu ou Son Fils en faveur ou en défaveur d’un pacte d’union homosexuelle.

 

A l’époque où les Ecrits Saints ont été rédigés, l’homosexualité était, certes, strictement interdite. Mais aucun juif, aucun chrétien ne revendique aujourd’hui la mise à mort des homosexuels, comme le prescrit le Lévitique (chapitre XX, verset 13) qui n’évoque d’ailleurs que l’homosexualité masculine. Et lorsque Paul dans sa première épître aux Corinthiens (VI, 10) les bannit de l’héritage du Royaume de Dieu, ce n’est pas l’Eternel qui parle mais un homme mortel qui s’adresse à d’autres hommes mortels de son temps, avec les images, les mots et les mœurs de son temps. Si on ne remet pas les Ecritures dans leur contexte, on les condamne à devenir lettres mortes. Dieu a créé la vie, donc le mouvement. Le pasteur français Louis Pernot, que l’on peut lire avec fruit sur le site «Evangile et Liberté», a fort bien mis en lumière la nature profonde de la Bible:

«Ce n’est pas un livre qui essaie de nous expliquer gentiment ce que nous devons être, faire et croire, c’est un livre qui véhicule toute la profondeur de l’expérience humaine. Lorsqu’on le lit, on est plongé dans un livre qui vit».

Dans ce mouvement de la vie, les Ecritures nous signalent cet axe qui demeure fixe, l’Amour. Et cela seul importe, comme l’évoque l’Evangile de Marc (XII, 29 et suivants). Le premier commandement est d’aimer «le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force» et le second, d’aimer «ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là». Tout est dit. Le reste n’est que propagande.

 

Jean-Noël Cuénod

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28/03/2013

François Hollande sur France 2: une bonne prestation qui vient trop tard

 

Malgré son débit vocal beaucoup plus précipité que d’habitude, le président François Hollande a allongé d’une demi-heure son intervention télévisée, face au téléjournaliste de France 2 David Pujadas, jeudi soir. Pourtant, aucune mesure spectaculaire n’a été annoncée. La plus symbolique: lorsque la rémunération des chefs d’entreprise dépassera un million d’euros, leurs entreprises devront verser à l’Etat une taxe de 75% sur ce montant. Comme un chat, le président français retombe sur ses pattes. Ce taux de 75% avait été refusé par le Conseil constitutionnel dans le contexte de l’impôt sur le revenu payé par les ménages; il était alors considéré comme confiscatoire. Mais dans ce nouvel habillage, il devrait passer la rampe puisque cette taxe ne sera pas acquittée par les ménages mais par les sociétés ou les entreprises. En l’occurrence, Hollande démontre qu’il sait faire preuve de ténacité. Et qu’il sait aussi analyser le résultat de certaine initiative populaire en Suisse.

 

Autre élément intéressant, mais par omission: le chef de l’Etat n’a pas mentionné le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault, ce qui est rare lors d’une intervention présidentielle. Cela marque sans doute, un certain désaveu devant ce chef du gouvernement qui tient si mal ses ministres, prodigues en couacs. D’ailleurs, ils ont été dûment avertis par un François Hollande souriant mais agacé : la prochaine bévue ministérielle sera punie par une éviction séance tenante.

 

Excellent sur la guerre du Mali, le président s’est montré moins convaincant sur le plan économique. Or, il l’a maintes fois répété, ce n’est qu’à l’aune de l’emploi qu’il sera jugé à la fin de son mandat. Il a présenté les principales mesures – contrat d’emplois  pour les jeunes, pacte de compétitivité, aides diverses à la formation – prises il y a plusieurs mois en affirmant: «La boîte à outils est là. Aux entreprises de s’en servir». Or, les Français n’attendent pas de leur président qu’il détaille l’un après l’autre les outils sortis de leur boîte. Ils veulent connaître le plan général de la maison à bâtir. François Hollande n’a pas comblé cette lacune qui est la sienne depuis le début de sa présidence et se résume ainsi: absence de vision globale des mesures à prendre pour relancer la machine industrielle française.

 

Telle qu’il l’a donnée au téléspectateur jeudi, cette intervention aurait été parfaite il y a dix mois, lorsque François Hollande commençait son mandat. Aujourd’hui, elle risque fort de tomber à plat.

 

Jean-Noël Cuénod

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L'extrait de l'intervention concernant la taxe de 75% sur les rémunérations des grands patrons, dès un million d'euros.


Hollande veut mettre l'entreprise à... par LeNouvelObservateur

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François Hollande, le mauvais non-choix entre chômage et déficit


Président de la France… Quel rude métier! Sitôt le pouvoir atteint, l’impopularité vous assomme au coin d’un sondage. Ce jeudi soir devant les caméras de France 2 (20 h. 15), François Hollande devra se surpasser pour tenter de convaincre ses administrés, plus moroses que jamais, de l’existence d’une lumière au bout de cet interminable tunnel qu’ils traversent depuis plusieurs années. Le président n’a certes pas été servi par ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, qui ont laissé filer le déficit public. Celui-ci atteint désormais des sommets himalayens.

 

Mais il est impossible de courir deux lièvres marathoniens en même temps. En bonne politique, on réduit le déficit de l’Etat lorsque l’économie est au beau fixe et on investit l’argent public dans des programmes de relance lorsque le chômage sévit. En choisissant de ne pas choisir, en luttant sur deux fronts à la fois — réduire le déficit en même temps que le chômage — le président français s’est mis dans une situation impossible.

 

Au sein même de son Parti socialiste, des voix s’élèvent pour qu’il donne enfin la priorité à la seule lutte pour l’emploi, quitte à réserver la réduction du déficit à des temps meilleurs. C’est le chômage qui fait souffrir la population et divise la société. Mais avant de lancer un vaste programme de relance, la France doit d’abord convaincre l’Union européenne et, surtout, l’Allemagne de l’ardente nécessité de faire une pause dans les politiques d’austérité. Quitte à ce que François Hollande use de cette attitude qui le répugne: taper du poing sur la table.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Parmi les voix qui s'élèvent au sein du Parti socialiste français pour que François Hollande abandonne l'austérité, celle du député du XIVe arrondissement de Paris Pascal Cherki perce les oreilles élyséennes

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