Un plouc chez les bobos - Page 28

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    S’ouvrir comme un tournesol

    Pour rendre vie au matin

    Notre mort est une fête

     

    Joie solaire d’éclater

    En molécules sans nombre

    De pulvériser les bornes

    Et cette prison de chair

     

    Etre ici être là être

    Insaisissable mouvant

    Empereur sans sujets

    Créateur sans créatures

                                      

    Il faut nous laisser partir

    Tant d’univers nous attendent

    Vos larmes brouillent nos pistes

    Vos prières nous enchaînent

     

    Souhaitez-nous bon vent belle âme

    Allumez notre mémoire

    Lorsque le froid vous prendra

    Tendez les mains vers nos cendres

     

    Nous serons la vie qui va

    Et qui bat d’autres campagnes

    Explorateurs éternels

    Voyageurs vers l’infini

     

    Notre mort est une fête

    Pour rendre vie au matin

    S’ouvrir comme un tournesol


    Jean-Noël Cuénod

     

    Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

     

     

     

    - Circonstances

     

     

     

    - Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

     

     

     

    Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

     

     

     

     - Matriarche (Editions Editinter Paris)

     

     

     

    - Liens (Editions Editinter Paris)

     

     

     

    - Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).



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  • Les Jeudis du Plouc : honneur aux frontaliers, immigrés et autres métèques morts pour Genève à l’Escalade

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    Le Plouc, dans sa tanière parisienne, aimerait bien fêter l’Escalade. Mais point de marmite en nougat ou au chocolat chez les pâtissiers de la bourgade francilienne. Il reste la nostalgie qui est à nouveau ce qu’elle était. Et surtout la mémoire. Notamment, celle des dix-huit hommes qui ont sacrifié leur vie pour que Genève et sa République restent libres.

     

    Le remarquable et superbe site de la Compagnie 1602 (facilement gouguelisable) présente ces héros qui venaient de tous les horizons.

     

    Hommage aux frontaliers d’origine savoyarde, gessienne et jurassienne

     

    Jean Canal, issu d’une famille de Collonges-sous-Salève et de Turin. Epicier à la grande gueule, il fut tour à tour juge dans le Pays de Gex et… prisonnier des geôles genevoises à la suite d’excès dans l’exercice de ses fonctions. Tiré de son lit par l’attaque des troupes ducales, il s’est lancé à la rencontre des ennemis qui l’ont tué près de la Porte Neuve. Il avait 60 ou 63 ans.

     

    Jean Vandel, originaire de Septmoncel dans le Jura franc-comtois. Lui aussi avait la tête près du bonnet, ce qui lui a valu d’être emprisonné à la suite de rixes. Cette expérience l’a menée à diriger… la prison genevoise. Mais pour le plus vif mécontentement de ses anciens codétenus, semble-t-il.  A 61 ans, il s’est précipité au bas de la Treille où il fut tué par l’adversaire.

     

    Louis Bandière, vient de Corly dans le Faucigny. Comme les deux premiers cités, il siégeait au Conseil des Deux Cents, l’ancêtre de notre Grand Conseil. Marchand d’étoffe et fromager, il a souvent tiré le diable par la queue. Ce qui ne l’a pas empêché de tirer aussi sur les troupes ducales. Bandière a été abattu en bas de la Cité, à l’emplacement actuel de la Fontaine de l’Escalade, à l’âge de 45 ans Dix jours après sa mort, sa femme a donné naissance à une fillette, leur cinquième enfant.

     

    Louis Gallatin, originaire du village d’Arlod, près de Bellegarde. Ce petit commerçant de 28 ans a été tué les armes à la main au passage de la Monnaie.

     

    Jacques Mercier,  né d’une famille de Saint-Claude dans le proche Jura, ce passementier très scrupuleux dans son travail, était sentinelle lorsqu’un moment d’inattention lui fut fatal à la Corraterie. Grièvement blessé, le soldat a été conduit chez son beau-frère au Grand-Mézel où il a expiré à l’aube. Mercier avait 30 ans.

     

    Martin Debolo, né à Cruseilles, avait 14 ans lorsqu’il a accompagné ses parents qui se sont établis à Genève en 1588. Sergent mousquetaire, Debolo est mort à 35 ans à la Porte Neuve.

     

    Michel Monard, originaire de Saint-Jeoire, ce tailleur et caporal de la milice avait été morigéné par les autorités car il avait joué les consommations aux Lion d’Or. Pas de jeu d’argent, même pour régler les sous-tasses, dans l’antre de Calvin ! Ce vice affreux ne l’a nullement dissuadé de prendre les armes et de donner sa vie à 40 ans, à la Corraterie.

     

    François Bousezel, dit le « Grand François », venait d’une famille de Gex. Il était un commerçant habile. Un peu trop d’ailleurs, au goût de l’autorité. Pragmatique, la République a utilisé son sens des bonnes affaires pour lever les impôts sur les possessions genevoises dans le Faucigny. Entreprise couronnée de succès, autant pour ladite République que pour le Grand François. Mousquetaire, il a été tué sous la Tertasse à l’âge de 40 ans.

     

    Jean Guignet, était également originaire de Gex. Gros travailleur, il a eu la douleur de perdre sa première femme en couches, de même que leur enfant. Il a lui aussi perdu la vie sous la Tertasse.

     

    Girard Muzy, a quitté son Viuz-en-Sallaz natal quatre ans avant l’Escalade. Ce maçon est mort à 25 ans, deux semaines après la bataille, des suites de ses blessures. 

     

     

    Hommage aux immigrés et « secondos » originaires d’Italie

     

    Pierre Cabriol, sa famille était venue du Piémont. Son enfance fut marquée par le deuil de ses parents et la pauvreté. Grâce à sa bosse du commerce, il a pu s’en sortir.  Sergent dans la milice, il a été tué à 36 ans à la Corraterie.

     

    Marc Cambiague, de son nom d’origine Cambiago. Son père, un riche soyeux de Crémone, s’est établi à Genève en 1559. A 25 ans, Marc est mort vers la Porte de la Treille.

     

    Hommage aux immigrés et « secondos » français

     

    Nicolas Bogueret, a quitté sa ville natale de Langres en Champagne, à l’âge de 34 ans, pour s’établir à Genève dont il est devenu rapidement le plus important maçon et architecte. Lors des premières alertes, il s’est éjecté de son lit pour quitter sa maison de la Cour Saint-Pierre et se précipiter, arquebuse à la main, vers la Porte de la Treille où il  été mortellement atteint à l’âge de 65 ans.

     

    Philippe Poteau, issu d’une famille de la Flandre française, était sucrier et confiseur. Il est tombé au Passage de la Monnaie, âgé de 25 ans. Son fils est né juste après le trépas.

     

    Hommage à celui qui n’était pas encore un Confédéré

     

    Jacques Billon est venu de Neuchâtel, qui, bien sûr, n’est pas encore ville suisse mais qui fut acquise à la Réforme avant Genève. On ne sait pas grand chose de lui, sauf qu’il est mort un an après l’Escalade, n’ayant jamais pu se rétablir des blessures subies durant la bataille.

     

    Hommage aux Genevois de souche

     

    Abraham de Baptista (qui, d’après son patronyme, ne devait pas être de souche très ancienne !) était serviteur du couple Piaget, riches soyeux. Dame Piaget est restée célèbre par sa présence d’esprit qui a permis de repousser les troupes ducales. Elle avait lancé aux défenseurs genevois la clé de l’allée traversante de son immeuble, ce qui leur avait permis de prendre les adversaires à revers. Abraham de Baptista a été tué à la Corraterie, à l’âge de 25 ans.

     

    Jacques Petit était un chalemardier, autrement dit un fabricant d’instruments à vent. Cet arquebusier de 41 ans est tué à son poste à la Corraterie.

     

    Daniel Humbert, jeune marchand drapier, habitait à la Rôtisserie. Il est mort, non loin de son domicile, à la Corraterie, à 22 ans selon les uns, à 24 d’après les autres.

     

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

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    Comme leurs compatriotes de 1602, ces petits Genevois qui chantent l’Escalade sont d'origines diverses.


    Chants de l'escalade par Nybliss

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  • Avec Mandela, l’Afrique au cœur du monde

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    Cette fois-ci, Nicolas Sarkozy et son scribe Henri Guaino ne peuvent plus prétendre que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. » Tous les chefs d’Etat de la planète – et même les ex à l’instar du ci-devant président français ­– se réunissent maintenant au stade de Soweto pour y honorer la mémoire de Nelson Mandela. Quelle figure autre que celle de « Madiba » pourrait aujourd’hui réunir le monde autour de son cercueil ?

     

    Certes,  Mandela a incarné la lutte de tout un peuple et le combat contre l’apartheid compte d’autres héros. Mais il reste celui qui a tendu la main à ses geôliers et initié le processus d’une réconciliation qui semblait impossible après des siècles de haine entre blancs et noirs.

    Le grand humain n’est rien sans le peuple qui l’a créé. Mais les peuples ne peuvent rien sans figure fédératrice. Le grand humain, c’est celui qui dit non quand tout incline à dire oui et qui dit oui quand tout pousse à dire non. Mandela a dit non à l’apartheid, alors que la domination blanche semblait invincible. Contre ceux des siens qui rêvaient de vengeance, il a dit oui à la réconciliation.

     

    L’Afrique occupe désormais le cœur des préoccupations des principaux décideurs de la sphère globalisée… Surtout depuis que les économistes ont désigné ce continent comme la force productrice et consommatrice de demain ! Naguère encore, elle n’intéressait personne, hormis les organisations de bienfaisance. Aujourd’hui, la voilà courtisée. On peut en ricaner avec amertume. Mais sans doute est-ce mieux ainsi. L’Afrique avait encore plus besoin de respect que de compassion.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Mandela et les hommages du vice à la vertu

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    Nelson Mandela n’a pas fini d’être enterré sous les hommages. La plupart d'entre eux sont suscités par l’émotion sincère des femmes et des hommes qui ont vu en lui un modèle. 

     

    D’autres relèvent surtout de la récupération politicienne. Ainsi, Marine Le Pen se fend-elle d’un communiqué pour saluer en Mandela « un grand patriote » et affirme - avec  ce phénoménal culot qui fait l’essentiel de sa force – que son père a toujours admiré le héros de la lutte contre l’apartheid.

    La vision d’une ancienne vidéo dans l’Espace Vidéo ci-dessous démontre l’étendue du mensonge. Jean-Marie Le Pen était très loin d’aduler Madiba.

     

    L’hommage du président de notre Confédération Ueli Maurer est de la même eau saumâtre.  Notre crocodile fédéral,  tout à son effort dans l’extraction des larmes, a sans doute oublié les propagandes immondes de son parti, l’UDC, illustrant la haine de l’étranger – ah le « mouton noir » de nos extrémistes en pantoufles !

     Il est difficile de trouver plus éloigné de Mandela que ces deux spécimens de la démagogie européenne.

     

    Voyons dans leurs propos, l’hommage du vice nationaliste à la vertu humaniste.

     

     

    Jean-Noël Cuénod

     

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    Le FN et Mandela : Les approximations de Marine... par 20Minutes

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  • Les Jeudis du Plouc: les sévices commandés de feu le général Aussaresses

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     Les Jeudis du Plouc remplaceront la chronique hebdomadaire qui paraissait dans la version papier de la Tribune de Genève et de 24 Heures. Mais le Plouc bloguera aussi les autres jours.

     

    La mort du général Paul Aussaresses a été annoncée par l’association d’anciens parachutistes militaires « Qui ose gagne », ce mercredi. Le tortionnaire qui a envoyé à la mort, selon ses propres dires, tant d’Algériens est donc décédé dans son lit à 95 ans.

     

    Le 23 novembre 2000, à 82 ans, cet officier de l’ombre – héros de la Résistance et exécuteur des basses œuvres de l’armée française en Algérie – décide de se mettre en lumière sous les projecteurs d’une interview qu’il a accordée au Monde.

     

    Aucun remord n’explique cette démarche plutôt motivée par le désir de rompre l’ennui du vétéran et la tentative de justifier l’injustifiable. Avec une apparente indifférence, le général Aussaresses révèle toutes les exactions commises sous ses ordres pendant la guerre d’Algérie : emploi systématique de la torture, assassinats, exécutions sommaires. « La torture ne m’a jamais fait plaisir mais je m’y suis résolu quand je suis arrivé à Alger (c’est-à-dire en 1957) » explique-t-il au Monde. « A l’époque, elle était déjà généralisée. Si c’était à refaire, ça m’emmerderait mais je referais la même chose, car je ne crois pas qu’on puisse faire autrement. »

     

    Il faut dire que dans l’Alger des années cinquante, les deux camps – français et indépendantistes algériens du FLN – trempent dans le sang. Les attentats du Front de libération nationale sèment la mort non seulement au sein de la population européenne, mais aussi – et surtout – dans les familles musulmanes.

    Selon les chiffres donnés par Louis Joxe, ministre des affaires algériennes du général de Gaulle durant la dernière phase du conflit (1960-1962), le terrorisme du FLN aurait provoqué la mort de 19 166 personnes, dont 2 788 européens et 16 378 musulmans. Cette forte proportion de victimes musulmanes s’explique ainsi. A l’intérieur du conflit principal entre la puissance coloniale et les partisans de l’indépendance, s’est déclenchée une guerre interne au camp algérien. Très minoritaire à l’origine, le FLN a supplanté l’autre mouvement nationaliste, le MNA de Messali Hadj, à la suite de combats sanglants et fratricides.

     

    Aussaresses a donc plaidé en faveur de la torture en mettant en exergue ce contexte. Pour lui, la torture reste le moyen le plus rapide de désamorcer un acte de terrorisme en train de se préparer. Toutefois, dans la même interview au Monde, il admet : « J’ai le plus souvent obtenus des résultats considérables sans la moindre torture, simplement par le renseignement et la dénonciation. Je dirais même que mes coups les plus réussis, je les ai obtenus sans donner une paire de claques. »

     

    En fait, le recours à la torture relève plus de la terreur que l’on inflige à une population que de l’information à soutirer. En effet, sous l’effet de la douleur, le torturé est amené à dire n’importe quoi, sans lien certain avec la réalité.  La rumeur du recours à la violence est plutôt destinée à refroidir un peuple prêt à s’enflammer.

     

    Mais à ce propos également, la torture se révèle en fin de compte inefficace. Elle n’a pas permis à la France de gagner la guerre d’Algérie qui s’est jouée principalement sur les terrains politique et diplomatique. Elle n’a pas éradiqué le terrorisme et n’a fait qu’offrir au FLN,  une popularité qu’il était loin d’avoir au sein des populations arabo-berbères.

     

    Paul Aussaresses était donc en « sévices commandés », sans que cela ne serve la France.

     

    Après ses révélations au Monde, le général s’est vu retirer sa Légion d’honneur par l’alors président Jacques Chirac : « On me reproche ce que j’ai dit mais pas ce que j’ai fait. » Sur ce point, on ne saurait le contredire.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

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    Après son interview au Monde, le général s'explique devant les caméras.

     

     

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  • Le Plouc en Bretagne: La flamme des "bonnets rouges" reste vive

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    "Ils ont des bonnets rouges vivent les Bretons"! Pour son ultime reportage en tant que salarié de la Tribune de Genève et de 24 Heures, le Plouc ne pouvait pas faire moins que d'assister au grand rassemblement des Bretons en colère à Carhaix. Nous verrons que le mouvement reste bien vivace mais qu'il ne fait pas l'unanimité, même au sein des agriculteurs bretons. Voici donc la chose. Les photos sont faites main par la Plouquette (Christine Zwingmann Cuénod).

     

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    Les médias soutenaient que le mouvement des «bonnets rouges» bretons était en train de s’éteindre. Apparemment, la flamme reste vive. Nous avons pu le constater, samedi, lors du grand rassemblement organisé à Carhaix (Finistère). Ils étaient environ 30 000 à se presser sur le site de Kerampuil qui abrite chaque année le célèbre Festival de musique des Vieilles Charrues.

     

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    Que veulent-ils? La suppression de l’écotaxe, destinée à faire payer les poids lourds, reste d’actualité. Pour l’instant, le gouvernement l’a suspendue. «Nous voulons la jeter au panier, c’est tout», nous dit Odile (photo) infirmière de 56 ans: «Depuis l’acte de mariage d’Anne de Bretagne avec Louis XII en 1499, nos routes ont toujours été gratuites. Pas de péage chez nous!» Les Bretons ont la mémoire longue…

     

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    Le mouvement est en train d’élargir son champ d’action en revendiquant une véritable régionalisation comme le souhaite Jean-Loup Le Cuff, (photo) qui préside le Cercle du parlement de Bretagne: «Le centralisme jacobin empêche les Bretons de choisir leur avenir. Vous êtes Suisse? Ça tombe bien! Je suis un lecteur assidu de votre Constitution fédérale. Nous rêvons de l’instaurer chez nous.»

     

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    Maire de Carhaix, cofondateur du Festival des Vieilles Charrues, Christian Troadec (photo) est devenu le principal leader politique des «bonnets rouges». Militant du Mouvement Bretagne et Progrès, il se situe clairement à gauche. Cela ne l’a pas empêché de faire huer le président socialiste François Hollande. «Et pourtant, j’ai voté pour lui dès les primaires du PS», nous affirme cet élu jovial et madré:

    «Hollande avait promis d’entreprendre une grande réforme de la régionalisation. Au lieu de cela, nous subissons le carcan du centralisme parisien qui annihile les énergies locales sans pouvoir arrêter la débâcle économique. Tous les jours, des abattoirs, des entreprises agricoles et industrielles tombent en faillite. Nous voulons que le président vienne en Bretagne pour y lancer une véritable politique de régionalisation.»

    Le mouvement est-il en passe d’être récupéré par Marine Le Pen? Réponse du maire Troadec: «Les «bonnets rouges» sont le meilleur antidote au Front national. Nous contestons le gouvernement mais nous nous refusons à cautionner la politique de haine du FN.» D’ailleurs, si Hollande a été hué, le chanteur nantais Rachid Bara, dit Claude Darmor, a fait conspuer le Front national par la foule.

     

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    Qui sont-ils, ces «bonnets rouges»? Des marins-pêcheurs, des artisans, des petits patrons, des agriculteurs. Des ouvriers aussi, comme Yohan, 26 ans, (photo) salarié au groupe Cooperl qui transforme la viande porcine:

    «Nous subissons de plein fouet la concurrence déloyale des Allemands qui sous-payent leurs travailleurs roumains à 600 euros par mois. Avec mon salaire mensuel de 1350 euros, je parviens tout juste à tourner. Mais avec 600 euros, comment voulez-vous que l’on vive? C’est ce système qui malade. Alors, si en plus, le gouvernement nous accable d’impôt…»

    Le mouvement des «bonnets rouges» est hétéroclite, c’est ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. Pourra-t-il transformer ses revendications sectorielles en actions pour instaurer un autre type de relations entre gouvernants et gouvernés en France? C’est l’ambitieux défi qu’il veut relever.

    «Non au faux modèle breton!»

     Le mouvement des «bonnets rouges» ne fait pas l’unanimité au sein des agriculteurs bretons. Porte-parole régional de la Confédération paysanne, Jean Cabaret nous le confirme. Ce producteur de lait et éleveur de volaille «label rouge» à Rostrenen, dans les Côtes-d’Armor – situé à 20 kilomètres de Carhaix – explique les raisons pour lesquelles il n’a pas rejoint le rassemblement de samedi:

    «Pour la Confédération paysanne, il n’est pas question de participer à une démonstration hétéroclite, comme celle de Carhaix, qui tient du mariage de la carpe et du lapin. Elle réunit, pêle-mêle, les gauchistes du NPA, les patrons du Medef, les dirigeants ultralibéraux de l’agroalimentaire et leurs salariés. Comment trouver une ligne de défense commune avec des positions aussi contradictoires?»

    A propos du «ras-le-bol fiscal» exprimé par les manifestants de Carhaix, Jean Cabaret note:

    «Les grandes organisations agricoles viennent d’obtenir de Bruxelles, et grâce au ministre de l’Agriculture Le Foll, 19 millions d’euros pour subventionner l’exportation de volaille. Or, ces mêmes organisations ont manifesté samedi contre les impôts. Mais ces 19 millions d’euros, ils viennent bien de quelque part, non? Ils ont bien été collectés par les impôts des Etats membres de l’Union européenne, non? Alors, où est la logique dans cette position?»

    Cette subvention de Bruxelles est également sévèrement critiquée par Jean Cabaret:

    «40% des volailles consommées en France ont été importées. Alors pourquoi subventionner à coups de millions l’exportation de volailles françaises? C’est aberrant!»

    Pour Jean Cabaret, ce qui est surtout aberrant, c’est de s’accrocher au «modèle breton», à savoir une industrie agricole basée sur le tout-volume et le recours massif aux agents polluants:

    «Ce modèle coûteux et destructeur pour l’environnement, est aujourd’hui dépassé. La manif de Carhaix a donc surtout pour but de masquer les responsabilités des dirigeants de l’industrie agroalimentaire qui refusent de se remettre en cause et s’accrochent à ce modèle néfaste.»

    Jean-Noël Cuénod

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  • La dernière chronique «papier»… mais sans nostalgie

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    «C’était mieux avant.» A Paris, cette phrase est devenue, encore plus qu’un leitmotiv, une de ces expressions passe-partout qui permet à deux inconnus attendant en vain le bus numéro 27 – «avant, les bus arrivaient au moins à l’heure!» – dans un abri percé comme une passoire – «avant, «ils» réparaient, maintenant «ils» s’en foutent!» – de lier connaissance.

    On ne parle plus de la pluie ou du beau temps, mais de la météo si ensoleillée des enfances révolues.

     

    Sous François Hollande, les Français regrettent Nicolas Sarkozy. Sous Nicolas Sarkozy, ils ont pleuré Jacques Chirac. Sous Jacques Chirac, ils n’en avaient que pour François Mitterrand. Sous François Mitterrand, ils imploraient Charles de Gaulle. Et sous Charles de Gaulle, fondateur de la Ve République, ils soupiraient devant le portrait de Charles de Gaulle, général de la Libération.

    Sous la IVe République, ils n’avaient pas le temps de regretter qui que ce soit, les chefs de gouvernement se succédant à une allure trop rapide. Mais la nostalgie se nichait dans le regret de la traction hippomobile, à l’aube des premiers bouchons routiers.

     

    «Ah, que la République était belle sous l’Empire!» s’exclamait déjà l’historien Alphonse Aulard en 1885, quinze ans après la chute de Napoléon III. Reprise par un journaliste du quotidien La Justice dirigé par Clemenceau, la formule avait fait mouche.

     

    Cela dit, si elle est ardemment pratiquée en France, la nostalgie est une invention très helvétique. C’est le médecin Johannes Hofer qui, en 1688, a défini à Bâle ce mot tiré du grec afin de qualifier l’épidémie de mal du pays qui décimait les troupes suisses au service du roi de France.

    Rien qu’en écoutant le Ranz des vaches, nos vaillants guerriers pleuraient comme des veaux.

     

    Les charmes vénéneux de la nostalgie plongent les populations d’hier et d’aujourd’hui dans la morosité paralysante et la crise de nerfs à répétition. Ce n’est pas ainsi que nous remonterons le courant. Quand on est dans la galère, le mieux encore, c’est de ramer.

     Non, avant, ce n’était pas mieux. Aimerions-nous revivre l’année 1940 et les hivers de 14-18? L’ère des pestes et celle de l’Inquisition?

     

    La chronique que vous lisez en ce moment est la dernière à avoir été en version «papier» sous ma signature, du moins dans la Tribune de Genève et 24 heures. Le couperet de l’AVS est tombé. Mais foin de nostalgie pesante! La vie, toujours, continue sous des formes différentes. Mes «cyberchroniques» restent diffusées sur ce blogue, «Un plouc chez les bobos», à l’adresse habituelle: http://jncuenod.blog.tdg.ch. Vous en retrouverez d’autres dans le mensuel La Cité. Sans oublier les bouquins.

    Alors, au revoir les lecteurs «papier», quelle belle vie vous m’avez offerte! J’en aurais besoin de plus d’une pour vous remercier. Et elle continue sur la blogosphère et à La Cité.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

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  • Les nouveaux rebelles en charentaises

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    Les nouveaux rebelles sont arrivés. Comme le beaujolais, tout aussi nouveau et imbuvable. Devant les caméras, les voilà se dressant sur leurs charentaises pour clamer leur rejet du «politiquement correct».

     

    De quoi s’agit-il vraiment? L’expression nous vient des Etats-Unis. A la fin des années 70, les milieux de la gauche universitaire voulaient, par ce terme, se moquer de leurs propres excès dans l’euphémisation. C’est ainsi qu’un aveugle était transformé en non-voyant, et un nettoyeur devenait, par la magie des mots, technicien de surface. Un brin ridicule, en effet.

     

    Quelques années plus tard, les conservateurs américains ont repris le "politiquement correct" à leur compte pour s’attaquer, non plus aux excès, mais à la racine même de l’opposition au racisme et des mesures prises contre les discriminations sexistes, ethniques et culturelles. Leur but était – et reste – de ridiculiser les décisions adoptées dans les années 1960 et 70 pour ouvrir les droits civiques aux Noirs américains et promouvoir l’égalité entre les sexes. Lois votées à la suite de longs et pénibles combats.

     

    Comme d’habitude, la mode a mis plusieurs années à franchir l’Atlantique. Le «politiquement correct» est désormais la cible de commentateurs plus ou moins patentés, d’amuseurs plus ou moins professionnels et de tous ceux qui se drapent dans le linceul des martyrs avant d’aller, suprême audace, à la soupe que leur touille l’extrême droite un peu partout en Europe.

     

    Toute pensée un peu généreuse, tout acte humain envers les étrangers, tout appel à la raison plutôt qu’au fanatisme sont aussitôt stigmatisés sous l’appellation honnie du «politiquement correct».

    Loin d’être ostracisés comme ils s’en plaignent sur tous les tons et toutes les ondes, ces révolutionnaires en peau de lapin domestique imposent aujourd’hui leur propre «politiquement correct», celui qui fait du racisme une opinion aussi légitime que d’autres, au nom de la liberté d’expression.

     

    Or, le racisme n’est pas une opinion, c’est un sentiment régressif qui puise dans les peurs que chaque humain peut concevoir lorsqu’il est confronté à l’autre. Etre à la fois individu et membre de l’humanité ne va pas sans conflit. Grande est la tentation de rejeter ce qui ne nous ressemble pas. Pour progresser dans ce chantier en perpétuelle construction qu’est l’humanité, les civilisations s’efforcent donc de surmonter ces peurs ancestrales qui bloquent toute avancée.

     

    Prendre le bonnet rouge du révolté pour tirer l’humain vers le bas relève de la supercherie, de la pose et, surtout, du dérisoire. Quand les bourgeois se griment en Gavroche et les épiciers télécrates en Che Guevara chevauchant dans la pampa médiatique, le ridicule se tient en embuscade. Qu’on se rassure, il ne tue plus.

     

    Nouveaux rebelles? Plutôt vieilles outres remontées à la surface de l’actualité.

    Jean-Noël Cuénod

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  • NKM victime du métro, une fois de plus!

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    Comme 610 050 usagers (jusqu’à la corde) quotidiens, le Plouc affronte régulièrement la ligne 13 du métro parisien. En comparaison, le calvaire est un voyage dans la ouate. Une foule monstrueuse s’y presse aux heures de pointe. Ou plutôt s’y pointe aux heures de presse. Vous y êtes entassés, malaxés, broyés, le nez écrasé sur la vitre ou le corps pris en sandwich entre des masses malodorantes. Un claustrophobe qui pète les plombs et c’est la catastrophe assurée (photo).

     

    nkm-metro-sipa-meigneux.jpgMais dans le monde enchanté de Nathalie Kosciusko-Morizet – NKM (photos)– la ligne 13 est un lieu de magie toujours renouvelée. La candidate UMP – tendance Marie-Chantal – à la mairie de Paris nous l’a dessiné joliment dans une interview publiée par Elle:

     

    «Le métro est pour moi un lieu de charme, à la fois anonyme et familier. Je prends souvent les lignes 13 et 8 et il m’arrive de faire des rencontres incroyables. Je ne suis pas en train d'idéaliser le métro, c'est parfois pénible, mais il y a des moments de grâce.»

     

    Succès comique énorme sur le Net. Les Parisiens se gondolent comme des Vénitiens. Car chacun à son histoire de galère sur la 13. Prenons un cas au hasard, tiens, le Plouc, par exemple! Un vilain jour, il doit se rendre à l’ambassade de Suisse qui se trouve sur le trajet de cette ligne maudite. Après avoir enfilé sa tenue de camouflage pour petits-fours-champagne, soit son costard-cravate, il insinue sa grosse carcasse entre des doudounes crasseuses dans l’une des voitures. Le métro part dans un claquement de portes automatiques et de cris poussés par un type qui s’est fait coincer le bras.

     Le Plouc avise un jeune gars, juste face à lui, qui ne tient sur ses jambes que par la grâce (oui NKM, il y a bien des moments de grâce, parfois, dans le métro!) de la compression collective. Son teint de craie, ses yeux vagues, ses hoquets font craindre le pire. Et le pire survient: le type vomit sur l’imper du Plouc juste avant qu’il ne descende à la station Varenne. Impensable de débouler dans un pince-fesses diplomatique dans cet état. Il a fallu le secours d’un lavabo de bistrot pour réparer les dégâts.

     

    Sans doute, NKM a-t-elle voulu changer son image de Diva chic des quartiers smart en chantant ainsi, pour faire peuple, les mérites de la ligne 13. Le résultat est terrible: elle fait plus chipie du XVIe arrondissement que jamais! Dans cet exercice, elle est aussi à l’aise que le pauvre Balladur juché sur une chaise lors d’un meeting de la campagne présidentielle 1995.

     Nathalie et Balla sont du bois dont on fait les chaises à porteurs. C’est ainsi. Ils n’y peuvent rien, les malheureux.

     

    D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que NKM se prend un métro en pleine poire. L’an passé, alors que, juchée sur ses escarpins, elle portait la parole de Nicolas Sarkozy, la ministre avait dû répondre à la classique question du journaliste qui veut embêter son politicien, à savoir, quel est le prix du ticket? «4 euros» avait-elle rétorqué. Eclat de rire général. Le billet coûte 1.70 euros sur le réseau parisien. Faire semblant de prendre le métro, c’est un métier, Mme Kosciusko-Morizet! Demandez donc à Jacques Chirac.

     

    La journaliste d’Elle la décrivait ainsi: «Une frondeuse qui voit les Parisiennes à son image». Il n’est pas certain qu’après cette interview les Parisiennes voient NKM à la leur.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    nkm,métro,vidéo

     

    ESPACE VIDEO

     

    Les aventures de NKM dans le métro ont inspiré beaucoup d’internautes. Un exemple.


    NKM et le charme du Métro Parisien par ericko75

     

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  • POSSIBLES

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    Décantation du vin lunaire

    L’aube se repose dépôt pourpre

    Dans le verre ballon du matin

    Sur la prairie la marée nocturne

    Se retire emportant ses silences

    Laissant à la bouche un goût de sable

     

    C’est le moment juste l’instant-clé

    Avant que tout bascule et s’ébroue

    La brèche ouverte à l’Eternité

    Tout est possible même la vie

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    Photo prise par Guy Coissac au Col de la Bataille (Drôme)

     

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  • «Minute» et Christiane Taubira, un remugle qui vient de loin

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     En traitant de singe la ministre française Christiane Taubira, l’hebdomadaire d’extrême droite Minute a exhalé un remugle qui rappelle les pires heures de la presse raciste de l’entre-deux-guerres.

    Dans leurs caricatures, leurs titres, leurs écrits, ces journaux d’encre brune utilisaient deux catégories de style pour salir leurs victimes, à savoir les métaphores médicales et animales.

    Leur cible préférée était Léon Blum, juif, socialiste et chef du gouvernement de Front populaire (1936-1938). Ce «fils de Moïse», affirmaient-ils, allait inoculer le «virus cosmopolite» à la France, qui allait en être «gangrenée». Lorsque la médecine ne suffisait plus, ces folliculaires antisémites se rendaient au zoo. Blum en sortait caricaturé en hyène, en vautour, en serpent.

    Minute s’est donc directement inspiré de cette école pour concocter sa couverture injuriant Christiane Taubira. Certes, elle n’est pas juive et vient de Guyane. Toutefois, on retrouve la même association entre un responsable politique, son origine et un animal. Ce processus n’a rien d’anodin car il nie sa cible en tant qu’être humain. Le terrain est ainsi aménagé pour commettre les pires horreurs.

    Après l’Holocauste, le racisme s’est fait discret. Le souvenir des écrits qui l’avaient rendu possible était encore frais. Puis, au fil des ans, la mémoire s’est estompée, les freins se sont usés. Aujourd’hui, le racisme s’affiche sans pudeur.

    Ce phénomène n’atteint pas que la France et s’étend à d’autres pays, comme l’Italie, où la ministre de l’Intégration, Cécile Kyenge, native du Congo, a essuyé des jets de bananes et a été comparée à un orang-outan par le sénateur de la Ligue du Nord Roberto Calderoli.

    L’affaire Minute suscite aujourd’hui l’indignation quasi générale. Sursaut momentané ou prise de conscience? Parions sur la conscience, en espérant ne pas être déçus.

    Jean-Noël Cuénod

     

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  • La France brisée en mille morceaux

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    Qui aujourd’hui ne manifeste pas en France? A part le président Hollande et les membres de son gouvernement, personne.

    La tête près du bonnet rouge, les paysans bretons lancent une vaste jacquerie contre l’écotaxe. Les élus alsaciens montent au créneau pour la défendre. Les vétérinaires font grève et les footeux de luxe itou. Les artisans bricolent leur riposte antifiscale. Les plombiers rêvent de dessouder l’Elysée. Les fonctionnaires ne fonctionnent plus quand la rage revendicatrice les saisit. Même les policiers se gendarment contre le gouvernement.

     

    Le temps n’est plus aux grands rassemblements solidaires pour incarner une cause commune. L’époque est aux manifs corporatistes pour défendre les acquis d’un groupe particulier. Chacun voit midi à sa porte, quitte à la claquer au nez de ses voisins.

     

    Que les Français se rassurent, ils ne sont pas les seuls en Europe à partager ces chouanneries chouineuses et ces humeurs aigres. Ce n’est certes pas à un Suisse de faire la leçon à ce propos, nous aussi connaissons ces égoïsmes collectifs et grincheux qui, chez nous, s’expriment plus dans les urnes que dans les rues.

     

    Toutefois, cette France cassée en mille morceaux a pour particularité de chérir plus que d’autres pays l’unité nationale. Aucune autre démocratie ne sécrète un Etat aussi centralisé. De Dunkerque à Marseille, de Perpignan à Lille, de Brest à Annecy, Paris ne veut pas voir émerger une autre tête que la sienne. Cette structure rigide devait assurer la cohésion de populations aussi diverses que Bretons, Alsaciens, Savoyards, Tourangeaux, Provençaux, sans oublier les Corses. Aujourd’hui, la voilà mise en échec par cette accumulation de revendications véhémentes, souvent contradictoires qui déboulent dans le champ gouvernemental en ordre – ou plutôt en désordre – dispersé.

     

    Le président Hollande est coincé. Dès qu’il cède à l’un, les autres Calimero crient: «C’est trop injuste». De reculades en désaveux, son autorité se voit réduite au caquet. Ce qui, en démocratie centralisée, risque de précipiter le pays dans le chaos des extrémismes.

    Les Français sont d’autant plus désemparés que l’UMP, principale forme d’opposition, végète dans un état aussi lamentable que le Parti socialiste et que les centristes ne les rassurent pas plus avec l’attelage Borloo-Bayrou promis aux coups de pied en vache. Quant au Front national, même s’ils le plébiscitent dans les sondages, les Français se doutent bien que leur programme économique ne les sortira pas du bourbier.

     

    Déprimés par le présent, ils peignent en noir le futur, persuadés que leur passé glorieux ne leur sert plus à rien. L’Hexagone se perçoit comme un jardin à la française que le tsunami mondialisé dévaste. Il faudra bien un jour ramasser les branches mortes et replanter, avec des jardiniers plus soucieux du paysage commun que de leur pré carré.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Mauro Poggia à l’épreuve du réel

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    Pour la première fois dans la longue histoire de Genève, l’extrême droite est parvenue à faire élire l'un de ses candidats au gouvernement de la République et canton. Une partie de la population a donc été attirée par la propagande gluante de haine fétide du MCG. Le nouveau «politiquement correct» - tout à son blanchiment d’idées sales - exige désormais que l’on comprenne ces votes «populistes» qui traduisent un malaise profond. Bien entendu, qu’ils «traduisent un malaise profond», le dire équivaut à enfoncer des portes ouvertes ! Eprouver «un malaise profond» est une chose. Voter pour un mouvement qui n’a pour tout horizon idéologique que la traque des boucs émissaires en est une autre.

     

    Certes, Mauro Poggia s’est habilement dédouané des outrances les plus nauséabondes de son mouvement en désignant d’un regard prudent son colistier Stauffer. Toutefois, par sa présence sur la liste du MCG, le nouveau conseiller d’Etat a cautionné les affiches les plus immondes et les discours les plus malsains. Utiliser les ficelles de l’extrémisme grossier avec le costume trois-pièces de la respectabilité bourgeoise se révèle diablement efficace sur le plan électoral. Mais celui qui use de cet artifice démontre le peu de cas qu’il fait de la morale en politique.

     

    Toutefois, force est de reconnaître que les électeurs du MCG ont choisi le moins pire des candidats extrémistes, et de loin. Comme avocat, Poggia a démontré une efficacité indéniable dans la défense des assurés. Passé à la moulinette gouvernementale, le nouveau conseiller d’Etat pourrait devenir un magistrat, en fin de compte, acceptable.

     Mais justement, c’est là où le bât blesse le flanc des extrémistes de droite. Devenant un politicien comme les autres, Mauro Poggia perdra tout charme aux yeux de ses électeurs. Il devra passer des compromis, reculer, composer, affadir son propos, affronter une gauche et un centre droit qui ne lui feront aucun cadeau. Même Blocher n’a pas pu faire grand-chose lorsqu’il était conseiller fédéral.

     Les institutions suisses sont tellement bien huilées qu’elles broient les extrémistes. Soit ils se plient aux impératifs de la collégialité, et ils perdent leur caractère attractif. Soit ils tentent de lui résister, et ils finissent par être rejetés.

     

    Quelle sera la politique de Mauro Poggia lorsque le Conseil d’Etat devra régler les problèmes transfrontaliers, alors que son MCG a tout fait pour attiser la mésentente stérile entre Genève et son arrière-pays? Quelle sera la position de ce mouvement sur cette question? C’est facile de hurler sur les bancs de l’opposition, mais se transformer en parti responsable de la politique gouvernementale relève du défi himalayen pour une formation fondée sur la démagogie.

     

    Poggia part avec un handicap supplémentaire: son colistier Stauffer. Il l’a devancé très largement de 9 127 voix. Pour le fondateur du MCG, la claque est d’autant plus sonore qu’elle vient de ses propres rangs. Or, l’ego de Stauffer donnant une idée assez précise de l’infini, on imagine que la vie de Poggia ne sera pas facile, au sein même de son mouvement. Ses amis qui l’ont hissé dimanche soir sur leurs épaules risquent fort de le laisser tomber à la première occasion qui leur sera offerte

     

    Le réel est une rude épreuve. Pour tous. Et particulièrement pour Mauro Poggia.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

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  • Le plouc cause dans le poste: écotaxe, manifs bretonnes et bonnets rouges

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    Le Plouc a fait partie des invités, samedi dernier, de Jean-Marc Four, directeur de la rédaction de France-Culture et producteur de l'émission "Secret des sources". Au programme: l'écotaxe, la colère bretonne et l''impuissance du politique. Voici la chose.

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  • Politiciens à plan de vol ou à bulletin météo?

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    En ces temps d’élections, il n’est peut-être pas inutile d’évoquer deux grandes catégories de femmes et d’hommes politiques. Celles et ceux qui utilisent un plan de vol pour piloter l’action gouvernementale. Et les autres, qui se contentent de se conformer au bulletin météo.

     

    Les premiers choisissent leur lieu de départ et leur point d’atterrissage. Le bulletin météo ne leur sert qu’à prendre de l’altitude pour s’écarter d’un courant adverse ou en perdre afin d’éviter des masses nuageuses. Mais la météo ne leur fera pas changer de cap, sauf tempête exceptionnelle.

     

    Les seconds, eux, font du bulletin météo, leur plan de vol. De Genève, ils voulaient aller à Barcelone, mais le temps se gâte vers le sud. Alors, rendons-nous plutôt à Berlin. Ah, la pluie s’abat sur l’Allemagne! Voyons plutôt si à Rome, le soleil luit…

    Ces politiciens de tendance météorologiste n’ont d’autre vision que leur élection. Ils ne savent pas où se rendre et peu leur importe. L’essentiel est de siéger et pour ce faire, tout est bon.

     

    S’ils sentent que la population pourrait bien prendre tel bouc émissaire pour exprimer sa colère, les voilà qui poursuivent la proie à cor et à cri, la caricaturent sur leurs affiches, en font l’unique objet de leur ressentiment.

     

    Mais tout change, même les boucs émissaires. Peu importe, capturons en un autre. Et tout recommence. Avant-hier, les Juifs figuraient comme victimes expiatoires. Hier, c’étaient au tour des ouvriers italiens et espagnols d’être assigné à ce rôle. Aujourd’hui, il est dévolu aux Roms, aux émigrés, aux frontaliers. Et demain, qui d’autres?

     

    La haine des Juifs a conduit à la Shoah. La xénophobie a rendu plus difficile l’intégration des Italiens et des Espagnols, mais elle ne l’a pas empêchée. Leurs enfants sont désormais des Suisses comme les autres. Notre pays aurait simplement pu s’épargner des haines stupides et improductives. Les recettes toxiques de jadis et naguère aboutiront aux mêmes plats empoisonnés.

     

    La Suisse, la France et un grand nombre de pays européens fourmillent de ces politiciens à verbe haut et vision basse qui brandissent leur drapeau national, alors qu’ils n’ont pas d’autre patrie que celle de leur ego surdimensionné. Leurs solutions n’ont jamais apporté que ruines dans le pire des cas ou impasses dans le meilleur.

    Certes, les politiciens à plan de vol n’ont pas la superbe des grandes gueules. Leurs affiches sont moins colorées. Leurs discours manquent de flammes. Mais il est préférable de les installer aux commandes. Sinon…

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

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  • La Bretagne «brûle» le président Hollande qu’elle avait élu

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    La Bretagne a de nouveau connu un week-end chaud. Samedi jusqu’à tard dans la soirée, une vingtaine de milliers de manifestants, coiffés de leurs fameux bonnets rouges, ont envahi le centre de Quimper pour protester contre la politique pilotée par Paris. Cinq personnes, dont un policier, ont été légèrement blessées et deux autres, interpellées.

     

    Front «uni» du syndical patronal aux trotskistes !

     

    Le gouvernement avait espéré qu’en suspendant l’écotaxe, le calme allait revenir en Bretagne. Peine perdue. L’écotaxe n’était qu’une goutte de fioul dans un réservoir empli de rognes et de grognes. La manif de samedi a réuni des groupes aussi disparates et antagonistes que le syndicat patronal Medef, le syndicat ouvrier FO, le syndicat paysan FDSEA proche de l’UMP, les trotskistes du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), les indépendantistes bretons, les extrémistes de droite de la mouvance identitaire. Et le porte-parole du comité d’organisation de la manifestation n’est autre qu’un maire de gauche, Christian Troadec, du Mouvement Bretagne et Progrès.

     

    Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a proposé dimanche aux organisateurs d’élaborer avec le gouvernement un «Pacte d’avenir pour la Bretagne», afin de poser sur la table tous les - nombreux - problèmes sociaux et économiques de la région. Les réunions de travail se tiendront vraisemblablement dès après-demain à Paris. Les organisateurs de la démonstration de Quimper ont saisi la main tendue par le chef du gouvernement, tout en exigeant que «des mesures immédiates et concrètes» soient prises dans la foulée.

     

    Le caractère pour le moins hétérogène des organisations protestataires ne va certainement pas faciliter le dialogue avec le gouvernement. Pourtant, celui-ci doit absolument réussir à calmer la fureur bretonne, afin qu’elle ne contamine pas les autres régions françaises qui, elles aussi, sont au bord de la crise de nerfs.

    Ce désamour de la Bretagne est d’autant plus inquiétant pour le président François Hollande que cette région constitue l’un de ses bastions les plus solides. Elle avait placé Hollande largement en tête devant Sarkozy, lors de la présidentielle de 2012, avec 56,16% des voix, alors que sur le plan national le candidat socialiste en engrangeait 51,6%.

     

    Les multiples causes de l’incendie

     

    Pourquoi la Bretagne s’enflamme-t-elle? Les causes sont à la fois structurelles et conjoncturelles. Située à la pointe occidentale de la France, la région souffre d’être éloignée des centres de décisions économiques de l’Europe (Bruxelles et l’Allemagne) et du pouvoir politique national, ancré dans la capitale française. D’ailleurs, l’ire des Bretons se focalise principalement contre Paris, François Hollande étant surtout perçu comme symbole du pouvoir central.

    En outre, le secteur agroalimentaire - principale activité de la Bretagne - subit une crise majeure depuis plusieurs années, crise qui s’est concrétisée récemment par la fermeture d’abattoirs et de centres de production carnée, mettant en péril 8000 emplois.

     

    Editorial : Paris piégé par son centralisme

     

    La colère des Bretons ne faiblit toujours pas. Et il sera bien difficile pour le gouvernement français de la calmer, car le mal vient de loin et dépasse de plusieurs coudées la personnalité du président Hollande. Le fait que les protestataires se coiffent du bonnet rouge, arboré en 1675 par leurs ancêtres en lutte contre Colbert - le Moscovici de Louis XIV - démontre que depuis des siècles la Bretagne accumule les rancœurs contre Paris.

     

    Jadis, la capitale détenait une puissance autoritaire mais effective. Et malheur à ceux qui se révoltaient contre le Centre, qu’il soit royal ou républicain. Aujourd’hui, Paris est perçu comme le lieu d’un pouvoir resté centralisé, mais devenu à la fois omnipotent en théorie et impotent en pratique, arrogant et ignorant des réalités locales qu’il triture, malaxe, déforme dans les tuyaux de sa machinerie bureaucratique, cette usine à frustrations.

     

    Dès lors, le gouvernement du président Hollande ne pourra, au mieux, qu’éteindre provisoirement un incendie, prêt à reprendre flammes dès qu’un vent mauvais se lèvera à l’Ouest. Car le mal français - et non pas seulement breton - relève avant tout des institutions de ce pays. Le système centralisé de l’Hexagone ne correspond plus à la réalité d’un monde qui a fondamentalement changé avec la globalisation des échanges internationaux.

     

     La nouvelle donne a induit ce mouvement dialectique: à l’émergence des centres de décisions économiques supranationaux, a répondu la création d’un tissu de solidarités plus proches de la vie quotidienne des peuples, au sein des régions ou provinces.

     

    Entre ces deux entités, les Etats-nations naviguent avec plus ou moins de bonheur, les structures fédérales y étant mieux préparées que les pays fortement centralisés. Certes, la République fédérale française ne verra pas le jour dans un proche avenir. Mais l’Hexagone ne pourra désormais plus faire l’économie d’une véritable décentralisation et d’une répartition plus équilibrée des pouvoirs.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    ESPACE VIDEO

     

    Christian Troadec, maire de gauche appartenant au Mouvement Bretagne et Progrès, est le porte-parole des "bonnets rouges".


    Suspension de l’écotaxe : Interview de... par TeBeO

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  • François Hollande affronte la révolte fiscale

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    Le président français pèche par là où il avait promis, le fisc. Durant sa campagne électorale de l’an passé, François Hollande avait annoncé une grande réforme des impôts et taxes en France, afin de rendre la fiscalité de ce pays plus juste et plus lisible. Ce domaine appartenant à sa spécialité, chacun était en droit d’espérer que, pour une fois, le passage de la parole aux actes ne relevait pas du mirage.

     

    Or, aux usines à gaz qui existaient avant son arrivée à l’Elysée, le président socialiste en a bricolé bien d’autres, tout aussi tortueuses, et a renoncé à lancer le grand chantier de cette réforme indispensable. Au désordre précédent, François Hollande s’est contenté d’ajouter sa pagaille en prenant 84 mesures de prélèvements en un an.

     

    Au lieu de tracer les grandes lignes de la future imposition des Français et de leur expliquer pédagogiquement les raisons de l’effort fiscal, le président a préféré finasser, manœuvrer, louvoyer, faire de la tactique plutôt que de la stratégie et prendre ses concitoyens pour des enfants auxquels il convient de taire les vérités les plus désagréables.

     

    En instaurant une taxe ici, une autre là, une troisième dans ce domaine, une quatrième ailleurs et une cinquième n’importe où, sans que les Français puissent appréhender le tableau général, ce président pointilliste leur a brossé une croûte fumeuse, brumeuse et brouillonne. Impossible d’y reconnaître le paysage de l’Hexagone de ces prochaines années.

     

    Ce faisant, Hollande et son gouvernement ont aggravé le sentiment d’angoisse qui se répand en France. A la peur du chômage, à la perte du pouvoir d’achat, à la dégradation des services publics, surtout en banlieue et dans les campagnes, s’est ajoutée l’exaspération fiscale avec cette question que maintes familles françaises se posent: quelle nouvelle taxe nous tombera-t-elle sur la tête?

     

    Jean-Noël Cuénod

     

     

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  • POLLEN

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    Eternel matin

               L’esprit est un corps

     

     Un corps libéré

     De sa puissance

    Et de ses rictus

     

    Un corps délié

                 Aux formes sans forme

     Sans lieu ni jour

     

     Un grain de pollen

     Porté par le souffle

            Pour d’autres semences

     

                                              Joie d’être éclaté

                                             En feu d’artifice

                                          Se décomposer

                                          Se recomposer

     

     

    Devenir toujours

    Toujours devenir

     

         Rien n’arrête la mort

         La mort n’arrête rien

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

    - Circonstances

    - Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

    Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

     - Matriarche (Editions Editinter Paris)

    - Liens (Editions Editinter Paris)

    - Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

     

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  • La grande errance de la gauche française

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    En France, la gauche se demande où elle habite. François Hollande ne navigue même plus à vue. Il erre à la recherche d’un introuvable gouvernail. Le Parti socialiste ne sait plus à quel ministre se vouer, puisque les membres du gouvernement passent plus de temps à se taper à coups de rame plutôt que de souquer dans la galère. Ce n’est même plus le Titanic où, au moins, l’orchestre continuait à jouer sans fausse note pendant le naufrage.

     

    Pourquoi ce sinistre de la senestre? Comme toujours les causes sont diverses. L’une d’entre elles réside dans le caractère hors-sol des partis qui la composent. Le PS est surtout formé d’élus et de fonctionnaires. Les autres formations n’ont pas ou plus d’assises au sein de la classe ouvrière. Or, celle-ci ne s’est pas évaporée. Il ne faudrait pas prendre son évolution, dictée par celle des technologies, pour une disparition.

     

    Le principal parti ouvrier français s’appelle aujourd’hui Front national. Faute de trouver appui dans les formations censées les représenter, les travailleurs ont choisi celle qui offre l’apparence d’un changement radical. Apparence, car s’il parvenait un jour aux affaires, le FN de Marine Le Pen serait bien en peine d’appliquer son programme nationaliste dans un monde où les véritables décisions ne se prennent plus dans le cadre étroit des Etats-nations.

     

    En renonçant à rester le porte-parole d’une classe ouvrière qu’il supposait à tort reléguée dans le passé, le PS a voulu devenir celui des minorités de toutes natures, croyant ainsi suivre l’exemple des démocrates américains. Croyance erronée, car le président démocrate Obama n’a, lui, jamais délaissé la classe ouvrière dont il s’est fait l’ardent défenseur lors de la crise de l’industrie automobile en 2009.

     

    Les minorités – sexuelles, culturelles… - ne constituent pas un ensemble cohérent mais forment une coalition instable d’intérêts qui peuvent se contredire à tout moment. Elles ne sauraient devenir l’épine dorsale d’un parti, à l’instar d’une classe sociale.

     

    Certes, le droit des minorités doit aussi être défendu, mais en lien avec «l’épine dorsale» et non pas malgré elle ou contre elle. Pour l’avoir ignoré, le PS et François Hollande en paient le prix fort et participent de façon notable à la progression du Front national.

     

    Pour la gauche, il n’y aura pas de reconquête de la classe ouvrière sans retisser des liens avec les syndicats. Certes, en France, ils sont faibles et divisés. Mais ils ont le mérite d’exister et de plonger leurs racines dans la réalité quotidienne. Le jour où les élites des syndicats auront remplacé les énarques à la tête du PS, celui-ci et la France se porteront mieux.

     

    Jean-Noël Cuénod

     

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    Et maintenant, prenons un bon bol d'intelligence avec Régis Debray, sur le même sujet.


    Régis Debray analyse la crise de la gauche par prince_de_conde

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  • L'affaire Léonarda illustre l'angoissante fragilité de la présidence Hollande

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    L’expulsion d’une famille - qui, manifestement, n’avait aucun droit à rester en France - est parvenue à ébranler le gouvernement de notre voisin qui révèle à cette occasion une inquiétante fragilité.

     

    -        Déclaration publique du président ;

    -        interruption du très important déplacement aux Antilles du ministre de l’Intérieur Manuel Valls ;

    -        panique des socialistes au pouvoir devant les manifs des lycéens ;

    -        attaques de membres du gouvernement contre leur collègue Valls,

    -         lutte entre ce dernier et le premier ministre Ayrault…

     

    Voilà ce que le cas d’une adolescente de 15 ans - Léonarda - a provoqué en quelques jours.

     

    Alors qu’il s’est toujours refusé d’intervenir «à chaud», contrairement à son prédécesseur Nicolas Sarkozy, le président François Hollande a dû se fendre ce week-end d’une déclaration publique à propos de l’expulsion au Kosovo de la collégienne Léonarda et de sa famille. Déclaration des plus étranges, puisque le chef de l’Etat propose à cette adolescente de 15 ans de revenir en France mais… sans les siens! Il envoie ainsi ce message emberlificoté : la loi d’être appliquée mais bon, pas tout à fait.

     

    Hollande faisait ainsi suite au rapport d’enquête administrative diligenté pour jeter la lumière sur les circonstances de l’interpellation de Léonarda le 8 octobre lors d’une course d’école dans le Doubs. Ledit rapport relève qu’aucune faute n’a été commise par les autorités mais regrette le «manque de discernement» qui a présidé à la décision de faire arrêter le car qui transportait Léonarda et ses camarades de collège. Dans le Journal du Dimanche d’hier, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls annonce qu’il fera rédiger une circulaire renforçant la préservation de l’environnement scolaire lors d’expulsions du territoire.

     

    Cela dit, Valls reste ferme: pas de retour en France de toute la famille de Léonarda.

    Le ministre de l’Intérieur est d’ailleurs l’unique figure socialiste à tirer son épingle de ce jeu de dupes. Sa popularité - déjà bien établie - se renforce encore. Selon un sondage BVA paru samedi dans Le Parisien, 74% des personnes interrogées - et 57% d’électeurs de gauche - soutiennent la position de Manuel Valls.

     

     Ce soutien est d’autant plus résolu que les révélations sur le père de Léonarda donnent de ce dernier l’image d’un homme plus pressé de mentir pour recevoir les aides sociales de la France que de s’y intégrer par son travail.

    A l’issue des élections municipales de 2014, les jours du premier ministre Ayrault seront comptés. Pour le remplacer, Manuel Valls part hyperfavori.

     

    Le gouvernement français doit d’autant plus se ressaisir qu’une récente note - publiée par le site du Nouvel Observateur - synthétisant les rapports des préfets sur l’état de leurs départements, met en exergue «la colère» qui anime les Français, à tous les niveaux et dans toutes les régions. A l’angoisse née du chômage persistant, s’est ajoutée l’exaspération due à la hausse de la fiscalité. La synthèse des notes des préfets craint même une «désobéissance fiscale». Cahuzac fera-t-il des émules dans les classes moyennes françaises ?

     

    Jean-Noël Cuénod

     

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