25/04/2013

Le droitisme souffle sur l’hivernal printemps français

 

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«Le gauchisme, maladie infantile du communisme», écrivait Lénine. En cet hivernal printemps français - traversé par les giboulées des manifs antimariage gay qui tournent à l’homophobie et à la contestation violente de la présidence socialiste - la formule pourrait changer de rive: «Le droitisme, maladie sénile du conservatisme.»

 

Malgré des buts et des idéaux diamétralement opposés, les gauchistes d’hier et les droitistes d’aujourd’hui ont en commun certains traits. Lesquels? Idéologies radicales, volonté d’affrontement physique avec la police, organisation sous forme de nébuleuses et non sous celle de mouvements structurés à la façon des partis traditionnels.

 

L’actuelle contestation conservatrice en France fait réapparaître à la surface des mouvements qui ne relèvent ni de l’UMP ni du Front national. Il s’agit des rejetons de cette droite catholique, intégriste, bourgeoise qui, au fond d’elle-même, n’a jamais accepté la Révolution et la République, pour laquelle la séparation de l’Eglise romaine et de l’Etat français reste un scandaleux divorce. Cette droite traditionaliste applaudissait jadis Pétain avec son retour à la terre, «qui, elle, ne ment pas», et conspuait le général de Gaulle dans son entreprise de décolonisation.

 

Elle est la résurgence de la droite légitimiste que l’on croyait définitivement éteinte par la prépondérance des autres droites, orléaniste (les libéraux ou centristes) et bonapartiste (les héritiers du gaullisme). On constate aujourd’hui la persistance de ce phénomène décrit dès 1954 par l’historien René Rémond. Du fait de cette longue histoire, il paraît hasardeux de ne voir en ce contre-Mai 68 qu’une traduction française du Tea Party américain.

 

Les droitistes veulent rompre avec le discours social et laïque de Marine Le Pen, avec laquelle ils se sentent bien peu d’affinités. De même, l’UMP actuelle - qui végète dans l’état de mort cérébrale - ne peut guère leur inspirer que du mépris. Toutefois, comme les gauchistes de jadis, les droitistes ne semblent pas en mesure de créer une force autonome apte à prendre, seule, le commandement de la droite. Selon le politologue Jean-Yves Camus (lire aussi nos éditions de lundi), quelque 5000 militants composent cette mouvance. Ce n’est donc pas à ce niveau que les droitistes vont agir.

 

Ils seront sans doute le moteur - ou l’une de ses pièces essentielles - de la recomposition de la droite. A ce titre, leur action consistera surtout à influencer les partis établis. Après tout, nombre de dirigeants des actuelles formations de la gauche sont d’anciens gauchistes. Pourquoi les droitistes de l’hivernal printemps 2013 ne feraient-ils pas la pluie et le beau temps au sein du Front national, devenu principale force de la droite ou d’une UMP qui renaîtrait de ses cendres? Le courant Gollnisch au sein du FN et la Droite forte, l’une des tendances de l’UMP, sont prêts à les accueillir.

 

Jean-Noël Cuénod

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23/04/2013

Mariage gay et passions tristes

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(Dessin d'Acé. François Hollande ne compte sans doute pas sur le mariage pour tous pour se refaire une santé dans les sondages)

 

 

Le mariage pour tous est définitivement voté par l’Assemblée nationale française. Les recours que déposeront les adversaires de la loi auprès du Conseil constitutionnel semblent aléatoires. Mais dans la rue la mobilisation continue. De grandes manifs contre le mariage homosexuel se dérouleront à Paris les dimanches 5 et 26 mai.
 
 
La droite parlementaire a trouvé dans cette proposition socialiste un abcès de fixation qui dépasse désormais son objet initial. Mais elle est souvent débordée par les groupuscules d’extrême droite les plus virulents et ne sait plus s’il faut calmer le jeu ou souffler sur les braises. Apaiser, au risque d’être taxé de mollesse. Attiser, au risque d’être brûlé.
 
 
Cette question du mariage gay a aussi révélé les passions tristes - comme les appelait Spinoza - qui traversent la France: amour du passé, haine du présent, angoisse de l’avenir. Pour cette partie de la population, la famille de toujours - un père, une mère, un enfant comme le proclament les pancartes antimariage gay - est l’axe autour duquel tourne son monde. On ne saurait donc le toucher en quoi que ce soit, sous peine de destruction.
 
 
Cette réforme est aussi perçue comme un avatar diabolique de la globalisation des échanges économiques. A cet égard, si les sujets sont complètement différents et ne portent pas sur les mêmes enjeux, il existe certains points communs entre les manifestants de droite contre le mariage gay et les manifestants de gauche, l’an passé, contre la réforme des retraites. Ces deux positions démontrent à quel point la France éprouve de la peine à entrer dans le XXIe siècle. Alors que bien d’autres pays ont réformé leurs retraites et adopté le mariage gay sans trop de remous, l’Hexagone résiste encore et toujours, à l’image d’Astérix et son village gaulois. On peut certes comprendre ce rejet de la société globalisée. Mais en la niant, les Français s’interdisent de l’affronter et d’en contrecarrer les effets délétères.
 
Jean-Noël Cuénod

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17/04/2013

"Pépère" Hollande montre ses muscles

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«Pépère est-il à la hauteur?» «Monsieur Faible». Ces deux récents titres de couverture des hebdomadaires Le Point et L’Express sont, comme il se doit, accompagnés de photos montrant un François Hollande situé quelque part entre «Lou Ravi» de la crèche et le vieil écolier penaud et benêt. Même dans le camp du président français, la sauce hollandaise paraît insipide.

 

Le général-président guerroyant au Mali et poursuivant les terroristes jusqu’au fond des trous de fennec laisse place à un Fabrice del Dongo errant à Waterloo dans les fumées d’une bataille qui le dépasse.

 

Les adversaires de François Hollande – à l’extérieur et à l’intérieur de son camp – feraient pourtant bien de se méfier. Tout au long de sa car- rière, le président socialiste n’a cessé d’être sous-estimé et a su utiliser à son profit cette fausse vision de son personnage.

 

Martine Aubry, la principale rivale de Hollande au sein du Parti socialiste, et l’ancien président Nicolas Sarkozy sont tombés dans ce piège. Les mesures que vient de prendre le chef de l’Etat contredisent d’ailleurs l’image «flanby» complaisamment entretenue par la plupart des médias qui ont la mémoire d’une mouche.

 

Il faut tout de même une certaine poigne pour exiger que les ministres déballent leur patrimoine devant une opinion française qui hait les riches tout en les enviant. Une poigne qui doit se faire encore plus ferme envers les parlementaires et les présidents de collectivités territoriales, qui, si le projet de lois de Hollande est voté, devront également publier leurs biens. A ouïr les cris de douleur qui retentissent au Sénat et à l’Assemblée nationale, à gauche comme à droite, cet effeuillage se mue en écorchage. Car l’argent est à la France ce que le sexe est à l’Amérique, un fantasme qui doit rester caché derrière les paravents. Comme l’a titré Libération, Hollande a fait sauter un tabou.

 

De même, en pressant l’Assemblée nationale d’avancer le vote final de la loi sur le mariage gay à mardi prochain, alors qu’il était prévu fin mai, le président Hollande prouve que «Flanby» ne manque pas de piment. D’ailleurs, la droite catholique qui se mobilise depuis des mois contre ce projet ne cesse de traiter Hollande de dictateur depuis qu’il a décidé de faire adopter le «mariage pour tous» à marche forcée.

Désormais, le président Hollande devra poursuivre cette voie. Il voulait devenir un président rassembleur et consensuel. Les institutions qu’il préside l’en empêchent. L’exécutif concentre l’essentiel du pouvoir; toute tentative de le partager est aussitôt interprétée comme une marque de faiblesse. Or, dès qu’un régime fort donne un tel signe, il devient lapin poursuivi par la meute.

 

François Hollande voulait diriger «avec», il devra présider «contre». Contre ses adversaires et souvent contre ses amis.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE DOCUMENTATION

Voici le lien qui vous permettra de lorgner sur le patrimoine de chaque ministre français. Bonne visite, gratuitement offerte par le plouc.

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14/04/2013

Marseille Notre-Dame de la Came


La basilique Notre-Dame de la Garde domine Marseille. Mais dans les quartiers Nord de la métropole portuaire, c’est Notre-Dame de la Came qui dicte sa loi. Maire d’une partie de cette zone, la sénatrice socialiste Samia Ghali ne cesse de sonner le tocsin contre l’emprise que les trafiquants exercent sur la deuxième ville de France et le cinquième port européen. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a renforcé les dispositifs policiers. Avec un certain succès. Mais la mainmise de la criminalité n’est pas levée pour autant. Car la police n’est qu’une partie de la solution d’un problème qui dépasse le seul aspect criminel.

 

Il y a tout d’abord le poids de l’Histoire. Marseille et le crime organisé ont eu souvent partie liée. Durant l’entre-deux-guerres, le clan Spirito et Carbone a mis l’antique Massalia en coupe réglée. Après la Libération, c’est le clan des frères Antoine et Mémé Guérini qui a repris les affaires. Quant à la drogue, Marseille était l’une des principales plates-formes de la French Connection dans les années 70.

 

Il y a aussi le poids social. La drogue est devenue l’une des principales sources de revenus de certains quartiers, avec l’explosion du chômage et la désindustrialisation massive. Dès lors, espérer éradiquer ce cancer avec un simple renforcement de la répression revient à écoper un paquebot avec une cuillère à soupe.

 

Le coup le plus terrible à porter aux trafiquants serait de légaliser la drogue. Mais dans l’opinion politique française cette solution n’est pas acceptée. D’autant plus qu’elle ne pourrait être efficace que si l’Europe prenait la même décision avec un ensemble de mesures concertées entre les pays.

 

 Pour l’instant, le plus urgent est le réinvestissement de l’Etat - à tous les niveaux et dans tous les domaines - au coeur de ces zones qu’il a désertées. Même en ces temps de disette budgétaire, il faudra que la France «mette le paquet» pour réduire la criminalité. Et cette situation concerne aussi Genève qui n’est située qu’à 462 kilomètres du Vieux-Port.

Jean-Noël Cuénod

 

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Interview de la sénatrice-maire Samia Ghali qui avait réclamé l'envoi de la troupe dans certains quartiers marseillais.

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10/04/2013

Le paradis fiscal risque bien d’être éternel

 L’affaire Cahuzac et les révélations de l’Offshore Leaks vont sonner le glas des paradis fiscaux, dit-on un peu partout. Le glas du secret bancaire suisse, selon toute vraisemblance. Le glas des paradis fiscaux en général, rien n’est moins sûr.

 

Si, vue de l’étranger, la Suisse figure encore parmi ces paradis où coulent le lait et le miel défiscalisés, c’est surtout en raison du secret bancaire. Mais, depuis l’adoption en février dernier de l’accord FATCA avec les Etats-Unis – qui impose aux banques suisses de transmettre au fisc américain toute information sur les comptes détenus chez nous par ses contribuables –, ce cher secret a reçu un sacré coup dans l’aile.

Il y a tout lieu de penser que l’Union européenne exigera de la Suisse un pareil accord. Elle finira bien par l’obtenir un jour ou l’autre. Une époque du secret bancaire et fiscal made in Switzerland sera dès lors achevée. La Suisse sera touchée mais n’en mourra pas pour autant.

 

 Notre pays n’est pas une monoculture financière comme Chypre ou d’autres véritables paradis fiscaux. Il a bien d’autres atouts à jouer sur la scène économique, en premier lieu l’excellence de ses formations professionnelles et universitaires.

 

Les paradis fiscaux seront-ils définitivement enterrés dans le sable des îles Caïmans? Nous faisons le pari qu’ils continueront à prospérer sous d’autres formes et en d’autres lieux. Car la fraude fiscale – ô pardon! – l’«optimisation fiscale» n’est qu’un effet et non la cause.

 

Celle-ci réside dans le capitalisme financier qui prend le pas sur le capitalisme industriel. Ce dernier doit prêter attention à son environnement social. Ford payait bien ses ouvriers afin qu’ils disposent des fonds nécessaires pour acheter les voitures qui sortaient de ses usines. Le capitalisme financier, lui, n’a pas ce genre de soucis. Il vit hors-sol, mû par la puissante et inventive énergie cupide.

Au moment où politiques, hauts fonctionnaires et magistrats élaborent lois, règlements, accords internationaux destinés à vaincre la fraude fiscale, des ingénieurs de la finance sont en train de concevoir les structures dans lesquelles les paradis fiscaux de demain pourront accueillir ces fruits juteux réservés par l’énergie cupide à ceux qui savent l’utiliser.

 

S’attaquer à l’effet plutôt qu’à la cause paraît donc illusoire. Mais, alors, comment faire rendre gorge au capitalisme financier afin qu’il restitue, au moins en partie, ce qu’il a pris à la société? Du socialisme autoritaire à la social-démocratie en passant par le libéralisme, aucun modèle n’a pu répondre à cette question. Elle constitue donc le grand défi politique et économique du XXIe siècle.

 

Si l’on continue à ne braquer son regard que sur le palmier des paradis fiscaux, on s’interdit de comprendre et, par conséquent, de maîtriser cette jungle financière sans limites.

 

Jean-Noël Cuénod

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07/04/2013

Une nouvelle galerie d'art qui préfére le savoir-faire au faire-savoir

La galerie ART Aujourd’hui vient de s’ouvrir à Paris, dans le neuvième arrondissement. Une galerie de plus ouverte par une Gwendoline qui a trouvé une manière sympa, à la fois de claquer le pognon de son mari, meubler son ennui et se faire mousser dans les salons de thé? En aucun cas.

Sculpture de Gisèle Lacroix actuellement présentée

à la Galerie ART Aujourd'hui

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L’enseignante en philosophie Marianne Rillon se situe à l’exact opposé des Gwendoline. C’est elle qui dirige cette nouvelle galerie, avec la complicité du peintre Philippe Rillon, son mari, et l’amateur d’art Daniel Chassagne. Son but: exposer des artistes qui défendent et illustrent la notion d’œuvres. Car ce que les merdias appellent «art contemporain» est en fait une entreprise de mercatique (marketing en franglais) destinée à détruire l’œuvre en tant que telle pour ne promouvoir que le concept et, surtout, l’auteur dudit concept qui, cent ans après le premier «ready made» («Roue de Vélo», 1913), continue à se soulager, l’air béat, dans l’urinoir signé Marcel Duchamp.

 

Dans son Manifeste de La Peau de l’Ours (http://lapeaudelours.free.fr/html/page_manifeste2.php) le peintre Philippe Rillon a fort bien résumé la chose:

«Sans œuvre, pas d'émotion ni de jugement esthétique possible! Réinvestir le champ du jugement et du plaisir esthétique, c'est aussi revaloriser la «notion d'œuvre» et l'œuvre elle-même, avilie aujourd'hui jusqu'à ne plus se distinguer des autres produits de la société média-mercantile».

 

Défendre l’œuvre en art, c’est prendre à rebrousse-poil notre époque média-mercantile, mélange wharolien de quart d’heure de célébrité et de comptes bancaires occultés. Elle privilégie systématiquement le faire-savoir sur le savoir-faire. Car à quoi sert le savoir-faire dans cette société où l’apparence est à la fois le fond et la surface? Pire, le savoir-faire est un gêneur car il rappelle la notion de travail dans une société qui n’a de cesse que de le détruire. Or, sans main à la pâte, sans travail patient et obstiné, il n’est point de poésie. L’étymologie grecque de ce mot «poiein» se réfère d’ailleurs directement au verbe «faire». A preuve, on n’écrit pas un poème mais on le compose, on travaille la pâte des mots. Si elles ne s’appuient pas sur cette notion de «faire», la poésie et toutes les disciplines de l’art ne sont que slogans publicitaires. Et un monde sans poésie est, au sens premier du mot, irrespirable. De l’air! De l’air! Eh bien voilà au moins une galerie qui n’en manque pas, d’air!

 

Actuellement et jusqu'au 5 mai, Marianne Rillon présente sa première expo qui a pour thème «l'aquarelle ou l'éloge de la délicatesse»: trois peintres, Gottfried Salzmann, Nicole Bottet, Wolfram et une sculptrice, Gisèle Lacroix, se partagent les quatre espaces de la galerie. Une magnifique galerie de 115 mètres carrés, à un jet de porte-jarretelle de Pigalle.

 Jean-Noël Cuénod

Renseignements pratiques: Galerie ART aujourd’hui

8 rue Alfred Stevens - 75009 Paris +33 (0) 1 71 37 93 51 - contact@galerie-art-aujourdhui.com

 

Aquarelle de Wolfram actuellement exposée à la Galerie ART Aujourd'hui

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06/04/2013

Jérôme Cahuzac et la malédiction du clan Strauss-Kahn

Chaque jour, l’affaire Cahuzac apporte son lot de nouvelles délirantes. Que l’ex-ministre du Budget veuille retrouver illico son siège de député après la catastrophe qu’il a provoquée démontre à quel point un homme de pouvoir peut perdre tout rapport avec le réel. L’une des causes – il y en a certainement plusieurs – de cette attitude stupéfiante réside dans l’ambiance qui régnait au sein du clan de Dominique Strauss-Kahn, dont Jérôme Cahuzac était l’une des importantes figures.

 

Saisis par la passion du fric, comme Monsieur le Trouhadec le fut par la débauche dans la pièce de Jules Romain, ces élus de gauche à la fibre plus boursière qu’ouvrière ont mené une double vie.

 

Côté public, ils s’ancraient au cœur de leur terroir électoral, DSK à la cité populaire de Sarcelles en banlieue parisienne; Cahuzac en sa mairie de Villeneuve-sur-Lot. Dans ce rôle, ils développaient leurs discours aux couleurs chatoyantes, alliant gestion sérieuse et intentions généreuses.

 

Côté privé, ces socialistes tendance Picsou, évoluaient dans les sphères de la finance hors-sol. Là était leur vraie vie. Celle où tout est permis.

 

Ce sentiment les a détachés du sort commun, convaincus qu’ils étaient d’appartenir à une espèce supérieure que le vulgaire ne saurait atteindre. Certes, on voulait bien lui serrer la main, à ce vulgaire, mais uniquement au cours de la liturgie électorale.

 

Cependant, lorsqu’il est nié, le réel se venge toujours. Ce qui faisait l’apparence de leur force – le sentiment d’impunité – s’est mué en faiblesse. Eblouis par eux- mêmes, ils n’ont pas vu les obstacles et ont abandonné toute prudence, toute décence. Il appartient désormais au Parti socialiste français de méditer sur ce qui est une trahison de ses origines, encore plus qu’une dérive.

 

Jean-Noël Cuénod

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Petite revue des mensonges

 

 

 

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03/04/2013

Affaire Jérôme Cahuzac: "Tous pourris", du slogan au lieu commun

«Tous pourris!» Ce n’est plus un slogan des extrémistes de gauche et de droite. C’est devenu, en France, un lieu commun.

 

 Au moment où le patron du socialisme tendance bouillabaisse Jean-Noël Guérini est plongé dans une affaire aux relents mafieux, ce dossier est relégué à l’état de péripétie par l’électrochoc Cahuzac. Pour le président Hollande qui s’était fait de la vertu un drapeau, la trahison de l’ex-ministre des impôts n’est pas une tuile, c’est toute la maison qui tombe sur sa tête.

 

Certes, il est ridicule d’affirmer que le président français connaissait les comptes cachés de Cahuzac à Genève et à Singapour. On imagine mal Hollande le nommer pourfendeur des fraudeurs fiscaux en sachant la vérité.

 

La faute gravissime de Hollande est de ne pas avoir pris au sérieux les informations diffusées par Mediapart dès le 4 décembre dernier. Ce journal numérique fondé par l’ancien directeur du Monde Edwy Plenel a démontré dans les affaires Woerth-Bettencourt et Karachi qu’il menait des enquêtes sérieuses.

 

 L’autre faute impardonnable du président est d’avoir accepté cette rocambolesque démarche du ministre des Finances Moscovici auprès du fisc suisse afin de tenter de blanchir Cahuzac. Dans ces cas-là, on saisit la justice pour mener une enquête et non pas les propres services du suspect!

Et sa troisième faute n'est pas la moins lourde. Au choc de l'affaire Cahuzac, il aurait fallu un contre-choc. La démission du gouvernement Ayrault, par exemple. Au lieu de cela, le président Hollande s'est contenté de mesurettes, la plupart déjà prévues de longue date.

 

Mais à l’UMP le paysage est tout aussi nauséeux, avec les magouilles des élections internes, la mise en examen pour «abus de faiblesse» de Nicolas Sarkozy, les attaques indignes subies par le juge d’instruction Gentil «coupable» d’avoir osé poursuivre l’ex-président, sans oublier les autres dossiers dans lesquels le nom de Sarkozy revient souvent.

 

Bien entendu, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon mènent une course effrénée au populisme. Mais est-on certain que leur placard est dépourvu de tout cadavre? Le discrédit jeté sur la classe politique est tel qu’il atteint tout le monde.

 

En fait, ce n’est même pas d’un changement de gouvernement dont la France a besoin mais d’une refonte complète de ses institutions. Ce système de monarchie élective donne un pouvoir exorbitant au président de la République et, par délégation, à ses ministres; un pouvoir quasi-absolu qui peut rendre fou, comme on le voit avec l’affaire Cahuzac. Pour résister à ce vertige élyséen, il faut avoir la stature d’un de Gaulle. On serait bien en peine de dénicher sa réplique à notre époque. Cette construction pyramidale empêche de faire naître une nouvelle relation entre élus et citoyens.

 

 Aujourd’hui, la Ve République est morte, mais elle ne le sait pas encore.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Voici la décevante intervention télévisée de François Hollande, mercredi 3 avril.


Hollande: "l'"exemplarité des responsables... par lemondefr

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02/04/2013

Le mensonge destructeur de Jérôme Cahuzac

«Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de comptes à l’étranger. Ni maintenant ni avant (…) C’est ahurissant (…) Je poursuivrai tous ceux qui reprendront cette calomnie».

 

 Depuis décembre 2012, lorsque Mediapart a révélé l’existence de son compte non déclaré à Genève, le ministre du Budget Jérôme Cahuzac a multiplié les dénégations sur tous les tons, devant tous les micros et dans toutes les instances, y compris à l’Elysée et au parlement. Pendant quatre mois, l’ex-ministre a joué l’innocence odieusement outragée. Et voilà qu’hier l’ancien chef du fisc français se met à table, enfin. S’il avait avoué d’emblée, l’affaire Cahuzac serait aujourd’hui reléguée dans l’oubli où stagnent bien d’autres dossiers politico-financiers. L’abcès aurait été vidé tout de suite, permettant au président Hollande et à son gouvernement de ne pas être éclaboussés.

 

En jouant sa comédie pendant si longtemps, l’ex-ministre a tiré contre son propre camp. Le président Hollande est ainsi ridiculisé pour avoir accordé autant de crédit au mensonge destructeur de celui qui était l’une des pièces majeures de son jeu. D’un chef d’Etat, on attend une perspicacité et une lucidité nettement au-dessus de la moyenne, puisqu’il doit conduire des négociations au plus haut niveau dans son pays et sur la scène internationale. Aujourd’hui, de quoi à l’air François Hollande après avoir été roulé dans la farine par son ancien responsable du fisc?

 

Empêtrée dans ses divisions, entravée par les dossiers judiciaires qui tournent autour de Nicolas Sarkozy, son «homme providentiel», l’UMP ne profitera guère de cet affaiblissement, au plus niveau, de l’exécutif socialiste. En revanche, Marine Le Pen et son Front national tireront sans doute bénéfice de cette aubaine, dès les élections municipales de 2014. La patronne frontiste n’a même pas besoin d’en faire trop. Les deux grands partis de gouvernement se chargent de lui faciliter la tâche.

 Jean-Noël Cuénod

Mardi à 15 h. 52, Jérôme Cahuzac diffuse ses aveux sur son blogue.

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31/03/2013

LE GRAND IMMOBILE

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Ô Eternel écoute mon silence

Parce que tout te nie je crois en toi

Tu es l’évidence que je ne vois pas

Mais qui éclaire mon chemin nocturne

Au bout de la route tu seras là

Et je te découvrirai sous mes traits

 

Grand Immobile tout autour de toi

S’agite se jette se meut s’émeut

S’étripe se triture se torture

Mais il y a cette musique en nous

Ô Eternel écoute mon silence

Jean-Noël Cuénod

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29/03/2013

Pâque, Pâques et la libération des préjugés

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Pâque juive et Pâques chrétiennes coulent de la même source. Toutes deux célèbrent la libération. Libération du joug de l’esclavage par l’Eternel. Libération du joug de la mort par la Résurrection (illustration: "La Crucifixion Blanche" de Chagall). Libération des préjugés par la réflexion. Eux aussi nous pourrissent la vie et nous obscurcissent la vue. Eux aussi nous enferment dans le prêt-à-penser, cette prison de l’esprit humain. Libération enfin de la Parole divine, trop souvent prise en otages pour des motifs de passions politiciennes, tirées de ci, de là, à gauche, à droite, à hue, à dia. Et à diable.

L’exemple donné par les adversaires du mariage gay est particulièrement illustratif de cette instrumentalisation de Dieu, fomentée non seulement par des politiciens mais aussi par des prêtres. Ni les partisans du «mariage pour tous» ni ses opposants ne trouveront dans les Evangiles un programme idéologique à leurs convenances. Nul ne saurait s’arroger le droit de faire parler Dieu ou Son Fils en faveur ou en défaveur d’un pacte d’union homosexuelle.

 

A l’époque où les Ecrits Saints ont été rédigés, l’homosexualité était, certes, strictement interdite. Mais aucun juif, aucun chrétien ne revendique aujourd’hui la mise à mort des homosexuels, comme le prescrit le Lévitique (chapitre XX, verset 13) qui n’évoque d’ailleurs que l’homosexualité masculine. Et lorsque Paul dans sa première épître aux Corinthiens (VI, 10) les bannit de l’héritage du Royaume de Dieu, ce n’est pas l’Eternel qui parle mais un homme mortel qui s’adresse à d’autres hommes mortels de son temps, avec les images, les mots et les mœurs de son temps. Si on ne remet pas les Ecritures dans leur contexte, on les condamne à devenir lettres mortes. Dieu a créé la vie, donc le mouvement. Le pasteur français Louis Pernot, que l’on peut lire avec fruit sur le site «Evangile et Liberté», a fort bien mis en lumière la nature profonde de la Bible:

«Ce n’est pas un livre qui essaie de nous expliquer gentiment ce que nous devons être, faire et croire, c’est un livre qui véhicule toute la profondeur de l’expérience humaine. Lorsqu’on le lit, on est plongé dans un livre qui vit».

Dans ce mouvement de la vie, les Ecritures nous signalent cet axe qui demeure fixe, l’Amour. Et cela seul importe, comme l’évoque l’Evangile de Marc (XII, 29 et suivants). Le premier commandement est d’aimer «le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force» et le second, d’aimer «ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là». Tout est dit. Le reste n’est que propagande.

 

Jean-Noël Cuénod

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28/03/2013

François Hollande sur France 2: une bonne prestation qui vient trop tard

 

Malgré son débit vocal beaucoup plus précipité que d’habitude, le président François Hollande a allongé d’une demi-heure son intervention télévisée, face au téléjournaliste de France 2 David Pujadas, jeudi soir. Pourtant, aucune mesure spectaculaire n’a été annoncée. La plus symbolique: lorsque la rémunération des chefs d’entreprise dépassera un million d’euros, leurs entreprises devront verser à l’Etat une taxe de 75% sur ce montant. Comme un chat, le président français retombe sur ses pattes. Ce taux de 75% avait été refusé par le Conseil constitutionnel dans le contexte de l’impôt sur le revenu payé par les ménages; il était alors considéré comme confiscatoire. Mais dans ce nouvel habillage, il devrait passer la rampe puisque cette taxe ne sera pas acquittée par les ménages mais par les sociétés ou les entreprises. En l’occurrence, Hollande démontre qu’il sait faire preuve de ténacité. Et qu’il sait aussi analyser le résultat de certaine initiative populaire en Suisse.

 

Autre élément intéressant, mais par omission: le chef de l’Etat n’a pas mentionné le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault, ce qui est rare lors d’une intervention présidentielle. Cela marque sans doute, un certain désaveu devant ce chef du gouvernement qui tient si mal ses ministres, prodigues en couacs. D’ailleurs, ils ont été dûment avertis par un François Hollande souriant mais agacé : la prochaine bévue ministérielle sera punie par une éviction séance tenante.

 

Excellent sur la guerre du Mali, le président s’est montré moins convaincant sur le plan économique. Or, il l’a maintes fois répété, ce n’est qu’à l’aune de l’emploi qu’il sera jugé à la fin de son mandat. Il a présenté les principales mesures – contrat d’emplois  pour les jeunes, pacte de compétitivité, aides diverses à la formation – prises il y a plusieurs mois en affirmant: «La boîte à outils est là. Aux entreprises de s’en servir». Or, les Français n’attendent pas de leur président qu’il détaille l’un après l’autre les outils sortis de leur boîte. Ils veulent connaître le plan général de la maison à bâtir. François Hollande n’a pas comblé cette lacune qui est la sienne depuis le début de sa présidence et se résume ainsi: absence de vision globale des mesures à prendre pour relancer la machine industrielle française.

 

Telle qu’il l’a donnée au téléspectateur jeudi, cette intervention aurait été parfaite il y a dix mois, lorsque François Hollande commençait son mandat. Aujourd’hui, elle risque fort de tomber à plat.

 

Jean-Noël Cuénod

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L'extrait de l'intervention concernant la taxe de 75% sur les rémunérations des grands patrons, dès un million d'euros.


Hollande veut mettre l'entreprise à... par LeNouvelObservateur

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François Hollande, le mauvais non-choix entre chômage et déficit


Président de la France… Quel rude métier! Sitôt le pouvoir atteint, l’impopularité vous assomme au coin d’un sondage. Ce jeudi soir devant les caméras de France 2 (20 h. 15), François Hollande devra se surpasser pour tenter de convaincre ses administrés, plus moroses que jamais, de l’existence d’une lumière au bout de cet interminable tunnel qu’ils traversent depuis plusieurs années. Le président n’a certes pas été servi par ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, qui ont laissé filer le déficit public. Celui-ci atteint désormais des sommets himalayens.

 

Mais il est impossible de courir deux lièvres marathoniens en même temps. En bonne politique, on réduit le déficit de l’Etat lorsque l’économie est au beau fixe et on investit l’argent public dans des programmes de relance lorsque le chômage sévit. En choisissant de ne pas choisir, en luttant sur deux fronts à la fois — réduire le déficit en même temps que le chômage — le président français s’est mis dans une situation impossible.

 

Au sein même de son Parti socialiste, des voix s’élèvent pour qu’il donne enfin la priorité à la seule lutte pour l’emploi, quitte à réserver la réduction du déficit à des temps meilleurs. C’est le chômage qui fait souffrir la population et divise la société. Mais avant de lancer un vaste programme de relance, la France doit d’abord convaincre l’Union européenne et, surtout, l’Allemagne de l’ardente nécessité de faire une pause dans les politiques d’austérité. Quitte à ce que François Hollande use de cette attitude qui le répugne: taper du poing sur la table.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Parmi les voix qui s'élèvent au sein du Parti socialiste français pour que François Hollande abandonne l'austérité, celle du député du XIVe arrondissement de Paris Pascal Cherki perce les oreilles élyséennes

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27/03/2013

TOUCHE PAS A MES JULIES!!!

Le Plouc faisait part lors de son précédent blogue de sa solidarité avec ses collègues de la Tribune de Genève, 24 Heures, Le Matin et 20 Minutes et évoquait ce slogan "touche pas à ma Julie". En fait, il faudrait plutôt écrire TOUCHE PAS A MES JULIES. Rappelons que le sobriquet de "Julie" était traditionnellement réservé à la Tribune de Genève et la Feuillle d'Avis de Lausanne - qui ne s'appelait pas encore 24 Heures - lorsque ces deux quotidiens paraissaient le soir. Etendons-le à l'ensemble de nos chers canards lémaniques.

Et voici le dessin de Burki, de 24 Heures

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Et voici le texte du tract distribué à Lausanne. Lors du précédent "Plouc" , nous avions publié celui diffusé à Genève.

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TOUCHE PAS A MA JULIE!

Le Plouc est totalement solidaire de ses camarades de la Tribune de Genève, de 24 Heures, du Matin et de 20 Minutes. Amis lecteurs, ce combat est aussi le vôtre. Alors, TOUCHE PAS A MA JULIE! 

 

STOPPONS LES FOSSOYEURS DE LA PRESSE ROMANDE!

 

Le groupe de presse alémanique Tamedia, propriétaire entre autres de la Tribune de Genève, du Matin, de 20 Minutes et de 24 Heures, veut économiser 34 millions en trois ans, dont 17,8 millions rien qu'en Suisse romande.

 

De plus, un rendement de 15% en moyenne est demandé à ces journaux, ce qui semble parfaitement illusoire dans le contexte économique difficile que nous connaissons actuellement. Malgré les dénégations des dirigeants du groupe, il sera impossible d'atteindre ces objectifs sans sabrer lourdement dans les emplois. Certains cadres l'ont d'ailleurs confirmé dans les médias.

 

Même en trouvant de nouvelles et hypothétiques recettes, il faudra supprimer des dizaines de postes dans les journaux, dont le contenu et la qualité baisseront en conséquence. Vu l'ampleur des économies exigées, certains titres pourraient même purement et simplement disparaître! Le coup sera fatal pour la diversité de la presse en Suisse romande, ainsi que pour sa qualité.

 

De telles exigences sont absolument inacceptables! Surtout de la part d'un groupe qui, malgré le contexte économique, arrive encore à dégager 152 millions de bénéfice net en 2012, année dernièrement qualifiée de "bon cru" par le président du conseil d'administration Pietro Supino. Cela lui a permis de redistribuer 47 millions à ses actionnaires, ce qui n'a visiblement pas suffi à calmer leur appétit. Tamedia est d'ailleurs en suffisamment bonne santé pour se permettre de racheter un journal au Danemark.

 

Devons-nous accepter qu'un des deux plus grands groupes de presse du pays sacrifie des emplois en Suisse pour investir à l'étranger? Non!

 

Les employés du secteur de la presse ont déjà fait assez d'efforts ces dernières années, qui ont été marquées par les restructurations, vague de licenciements, baisses de prestations et mesures d’économie en tout genre. Cerise sur le gâteau, en décembre, nous apprenions que la convention collective de travail (CCT) des journalistes romands était résiliée par les éditeurs, qui veulent revoir les salaires à la baisse. Les journalistes suisses alémaniques et tessinois, ainsi que les imprimeurs, sont d’ailleurs déjà privés de CCT.

 

Cela suffit! Nous appelons les citoyens, les lecteurs, les politiques à se mobiliser pour défendre la diversité et la qualité de l'information, essentielles pour la démocratie et le débat d'idées.

 

La Société des rédacteurs et du personnel de la Tribune de Genève

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25/03/2013

Marine Le Pen et l'UMP: la tentation du baiser de la mort

La victoire obtenue de justesse - à 768 voix près - dans l’Oise par l’UMP contre le Front national repose la question d’une éventuelle alliance en France entre la droite et l’extrême droite, à l’occasion des élections municipales de 2014.

 

Même si les dirigeants des deux partis refusent pour l’instant cette perspective, leurs électeurs la souhaitent, comme le confirme un sondage CSA publié, hier, par le site d’information Atlantico (lire le lien ici). 51% des sympathisants de l’UMP et 66% de ceux du Front national se déclarent favorables à un accord électoral entre les deux formations.

 

Poussés par leurs propres électeurs, les futurs candidats UMP aux municipales de l’an prochain risquent de céder à la tentation d’une alliance avec les frontistes, en constatant la perte de vitesse de leur parti.

 

 Ressortiraient-ils requinqués de ce tango avec l’extrême droite? Rien n’est moins sûr. Alors que Marine Le Pen est parvenue à créer l’unité autour d’elle et à mettre sur la touche son principal adversaire interne Bruno Gollnisch, l’UMP apparaît plus divisée que jamais entre les partisans de Jean-François Copé, ceux de François Fillon, sans compter les seconds couteaux prêts à se tailler une place au premier rang. Sur le plan idéologique, le Front national a pris le dessus, puisque l’UMP est tellement à court d’idées qu’il en est réduit à singer celles du FN.

 

Dès lors, pour le parti de la droite classique, un tel accord se transformerait en baiser de la mort. Lorsqu’une formation politique en déclin s’associe à un mouvement en pleine dynamique d’ascension, c’est toujours ce dernier qui avale l’allié en position de régression.

 

 La voie est donc étroite pour l’UMP. Elle ne passe pas par une alliance mortifère mais par l’élaboration d’une nouvelle idéologie libérale et démocratique.

 

Jean-Noël Cuénod

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Marine Le Pen évoque le Front national comme "centre de gravité de la vie politique française"

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24/03/2013

En France, la tristesse devient très tendance

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Les médias n’ont d’yeux que pour Gérard Depardieu (dessin d'Acé). Lâche-t-il d’une voix pâteuse que la France est triste, que les gens en ont marre, mon bon Monsieur, et que tout ça, c’est la faute au gouvernement? Micros et caméras accourent aussitôt pour se prosterner devant ce prophète déprimé et déprimant.

 

Il faut vraiment que la France soit triste pour que Depardieu préfère à sa superbe maison au cœur de Paris, l’ancienne douane belge de Néchin qui donnerait des envies de suicide au plus joyeux des labradors et la riante Mordovie, capitale des goulags ex-soviétiques et néo-russes.

 

Alors, tristes les Français? Septante-six pour cent des lecteurs du quotidien Le Progrès partagent cette opinion. Les habitants de l’Hexagone le seraient-ils davantage que ceux de la Péninsule qui, désormais, célèbrent plus le «Vaffanculo-Day» que le Carnaval? Jean Cocteau disait des Français qu’ils sont des Italiens de tempérament maussade. Aujourd’hui, les deux sœurs latines sont d’aussi mauvais poil l’une que l’autre. Et ne parlons pas des Espagnols, des Portugais, des Grecs, des Chypriotes, d’humeur carrément massacrante.

 

Le moral se porte donc au ras des chaussettes, selon la dernière mode en France mais aussi dans l’Europe du Sud. Et il n’est pas certain que le Nord reste épargné. Il n’est rien de plus contagieux qu’une dépression. La tristesse se dessine sur un fond européen. Depardieu, tout à sa Sarkolâtrie, l’attribue à sa tête de Turc Hollande. Mais le mal est bien plus profond. Ce n’est pas la crise qui en est la cause. Une crise, ce n’est qu’un sale moment à passer comme chez le dentiste. Ce qui déprime, c’est l’installation d’une permanente précarité et la certitude que notre continent sera rejeté vers la banlieue du monde.

 

Sur cette partition commune, chaque nation décline la tristesse qui lui est propre. En France, elle dirige ses larmes vers l’Etat devenu impuissant. Car rien n’est plus déstabilisant pour les citoyens de ce pays qu’un Pouvoir qui ne peut plus montrer ses muscles. Or, l’Etat n’a plus la taille suffisante pour endiguer le tsunami de la mondialisation. Les Français commencent à s’en rendre compte et regardent tout naturellement vers l’Union européenne. Ils n’y voient qu’usines à gaz et eurocrates assoupis. L’horizon paraît aussi aride que le crâne de Monsieur Van Rompuy et aussi atone que le regard de la baronne Ashton, deux des principaux dirigeants — on ne rit pas! — de l’Union.

 

Comme la notion d’engagement social et politique a été détruite par l’individualisation due aux nouvelles méthodes de travail et aux technologies de la communication, cette tristesse ne peut même pas se muer en colère. Dans son jus, elle marine et profite à… Marine Le Pen. Pour sortir de cette impasse morose, il faudrait que naisse une véritable conscience collective des Européens. Sans elle, il sera impossible de faire bouger les lignes molles de Bruxelles.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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22/03/2013

Sarkozy, Cahuzac et les voyages Paris-Genève

«Le poisson pourrit toujours par la tête». Si cet adage de Mao Tsé Toung dit vrai, alors la France a de légitimes raisons de s’inquiéter sur son état de santé. Durant la même semaine, deux scandales judiciaires ébranlent ses deux principaux partis de gouvernement. Le socialiste Jérôme Cahuzac doit démissionner de son poste de ministre du Budget, après l’ouverture d’une information pénale le concernant. Et l’ancien président Nicolas Sarkozy est mis en examen pour abus de faiblesse dans l’affaire Bettencourt, au moment même où il est en train d’orchestrer son retour sur la scène politique.

 

Bien sûr, la présomption d’innocence s’applique à ces deux politiciens, comme nous le serinent les communicants de chaque bord. Mais tout de même, comment ne pas voir le point commun de ces deux dossiers, à savoir les noces diaboliques du fric et de la politique? Quelles que soient les issues judiciaires de ces procédures, c’est ce que retiendront les citoyens français. Et Marine Le Pen ne se fait pas faute de le leur rappeler tous les jours.

 

La politique de l’Hexagone se révèle particulièrement onéreuse car elle se caractérise par l’extrême personnalisation de ses joutes électorales. Ce phénomène est encore renforcé par le scrutin majoritaire qui prévaut outre-Jura. Il faut donc déployer une débauche d’énergie communicante pour parvenir à se faire entendre dans cette foire aux ego. Et cela requiert force appuis financiers. D’où la tentation de recourir à des moyens que le fisc et la justice tolèrent de moins en moins.

 

Autre point commun à ces deux affaires, la lancinante présence des banques genevoises. Comme d’habitude, allez-vous me dire. Certes, mais il est de mauvaises habitudes que la place financière genevoise ferait bien de perdre. Car son image — mais aussi celle de notre canton — ressort chaque fois défigurée de ces grands déballages politico-financiers.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial pour la Tribune de Genève)

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Sur les ondes de RMC, le député-maire UMP Patrick Balkany, ami très proche de Nicolas Sarkozy, s'est lâché. Voici le son...


Patrick Balkany : "Je vous emmerde" dans... par rmc

 

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20/03/2013

La justice française se prend les pieds dans le voile islamique.

Le Plouc a traîné ses bottes, mardi, dans l’imposante chambre sociale de la Cour de cassation de Paris. Il en est ressorti tout perplexe car les hauts juges ont rendu deux décisions contradictoires concernant le port du voile islamique sur les lieux de travail. Dès lors, l’application quotidienne des principes de la laïcité va s’en trouver perturbée. Examinons d’abord les faits.

 

La première affaire a été très suivie par les médias français. Elle met en scène une crèche appartenant à une association privée sans but lucratif, Baby-Loup, située à Chanteloup-les-Vignes dans une cité déshéritée de la banlieue parisienne. Ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, elle reçoit les enfants de toutes origines et religions. Une directrice-adjointe de cette crèche - qui assurait aussi la charge d’éducatrice auprès des petits enfants - a été licenciée le 19 décembre 2008 pour faute grave: elle avait refusé d’enlever son voile islamique durant son travail, entrant ainsi en contradiction avec le règlement intérieur de Baby-Loup. S’estimant victime d’une discrimination, l’éducatrice avait contesté, en vain, ce licenciement aux Prud’hommes, puis en Cour d’appel. Dans une ultime tentative, l’éducatrice musulmane a saisi la Cour de cassation qui lui a donc finalement donné gain de cause.

 

Deux principes sont à prendre en considération.

 D’une part, l’article 1er de la Constitution française qui proclame la laïcité comme faisant partie des principes fondateurs de la République. Il en découle que tous les agents de l’Etat doivent s’y conformer et ne pas arborer des signes religieux sur les lieux de leurs fonctions.

D’autre part, les articles du Code français du Travail, inspirés par une directive de l’Union européenne, qui interdit les discriminations fondées sur la religion dans le contexte des activités professionnelles.

 

Dans le cas de Baby-Loup, les magistrats de la Cour de cassation ont donc fait pencher la balance vers le second terme de l’alternative. Même s’il s’agit d’une association sans but lucratif, même si elle reçoit des subventions de l’Etat, même si elle remplit une mission d’intérêt général, la crèche Baby-Loup n’est pas un organe de l’Etat ou d’une collectivité territoriale. Elle ne peut pas, non plus, être assimilée à une entité privée qui gère un service public. Dès lors, empêcher l’éducatrice de porter le voile islamique sur son lieu de travail ressortit à une discrimination.

 

Par conséquent, la Cour de cassation annule le licenciement de l’éducatrice. Mais l’affaire n’est pas close pour autant, les hauts magistrats ayant renvoyé le dossier à la Cour d’appel de Paris pour nouvelle décision qui devra, néanmoins, suivre les considérants (explications) de la Cassation.

 

L’ancienne secrétaire d’Etat à la jeunesse UMP Jeannette Bougrab, qui soutient les responsables de Baby-Loup qui avaient ordonné le licenciement, s’insurge contre cet arrêt: «C’est un échec pour la République.»

 

Dans un autre dossier ayant trait à la même problématique, la Cour de cassation a pris une décision diamétralement opposée. En l’occurrence, elle concerne une employée de la Caisse primaire d’assurance-maladie du département de la Seine-Saint-Denis qui jouxte Paris. Elle avait été licenciée pour avoir refusé d’enlever son bonnet-foulard marquant son appartenance à l’islam. Mais dans ce cas, la Cassation a confirmé ce licenciement.

 Pourquoi cette radicale différence de traitement?

 La Caisse primaire d’assurance-maladie, en France, n’est pas directement liée à l’Etat. Cette branche est gérée par un organisme paritaire associant organisations patronales et syndicales. Mais à la différence de la crèche Baby-Loup, les magistrats de la Cassation estiment que la Caisse primaire d’assurance-maladie, même si elle n’appartient pas à l’Etat, assure une mission de service public. Pour la première fois, la plus haute juridiction française juge donc que «les principes de neutralité et de laïcité du service public sont applicables à l’ensemble des services publics, y compris lorsque ceux-ci sont assurés par des organismes de droit privé».

 

En d’autres termes, la crèche Baby-Loup est un organisme privé qui sert l’intérêt général mais qui ne peut pas être assimilé à un service public. Donc, la laïcité ne s’y applique pas. La Caisse primaire d’assurance-maladie est aussi un organisme privé mais qui accomplit, à la place de l’Etat, une mission de service public. Donc, la laïcité s’y applique. C’est ce «à la place de l’Etat» qui, sans doute, fait toute la différence. Mais cette nuance, si elle doit réjouir le juriste, laissera pantois le citoyen qui risque fort de ne pas savoir à quel saint se vouer en matière de laïcité.

 

Le plouc pond son commentaire

 

Le communautarisme continue d’exercer ses ravages en France et ailleurs. La religion devrait être le truchement – qui revêt forcément des formes différentes d’une culture à l’autre - entre les humains et le Créateur, quel que soit son nom. Mais elle remplit aussi une autre fonction qui n’a rien à voir avec Dieu mais tout à voir avec les hommes, celle de marqueur identitaire. Il s’agit moins de s’adresser à Dieu que d’affirmer son appartenance à un groupe humain particulier. Lorsque les tensions sociales sont de moindre intensité, ces marqueurs identitaires se fondent dans l’indifférence. Mais lorsqu’elles s’exacerbent, ils deviennent des signes de ralliement. De ralliement contre l’autre, forcément ennemi.

Lorsqu’il ne vivait qu’en Suisse, chaussant ses lunettes de protestant libéral, Le Plouc avait critiqué la volonté du gouvernement français de réglementer le port du voile islamique avec cet argument: en quoi l’Etat serait-il compétent pour légiférer sur des pièces d’habillement?

Après cinq ans de présence à Paris, Le Plouc a changé de lunettes. Les tensions sociales prennent une telle ampleur en France que les communautés culturelles et cultuelles entrent souvent en conflit. De nombreux jeunes musulmans se déclarent ouvertement antisémites; des prêcheurs salafistes sèment la haine contre tout ce qui ne relève pas de l’islamisme le plus intégriste et vouent aux flammes de l’enfer leurs coreligionnaires qui ne suivraient pas cette voie criminelle; l’islamophobie gagne chaque jour du terrain dans les autres communautés et chacune d’entre elles se replie sur elle-même; chaque fait-divers devient un prétexte à discriminations réciproques.

Dans ces conditions, l’Etat républicain est obligé d’intervenir pour défendre l’espace laïque qui diminue comme peau de chagrin.

Dans ce contexte, les jugements contradictoires pris mardi par la Cour de cassation concernant le port du voile au travail sont particulièrement mal venus. Il aurait été souhaitable que les hauts juges plaçassent la laïcité, principe fondateur de la République française, avant la liberté religieuse en édictant une interdiction générale de porter des signes distinctifs confessionnels sur les lieux de travail non-religieux ouverts au public. Un coup d’arrêt à cette bataille des marqueurs identitaires aurait été ainsi donné.

Défendre la paix entre tous les citoyens, au-delà des choix religieux ou philosophiques, devient une ardente nécessité qui est de nature supérieure à l’affichage provocateur des signes communautaires.

 

Jean-Noël Cuénod

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Il n'est pas - encore - interdit de rire un brin.

 

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19/03/2013

Jérôme Cahuzac démissionne et François Hollande descend aux enfers

Trois heures après l’ouverture, mardi après-midi, d’une information pénale concernant son ministre du Budget, François Hollande a tranché: il s’en sépare. Après l’intervention militaire au Mali, le président français avait déjà montré sa détermination. Désormais, il sera malaisé de lui reprocher son manque de décision.

 

 C’est bien là le seul élément positif que le chef de l’Etat peut retirer de cette journée. Elle a marqué une étape supplémentaire dans sa descente aux enfers, au moment où il est en train de battre tous les records d’impopularité. Certes, Jérôme Cahuzac est présumé innocent. Mais le simple fait qu’il soit accusé d’avoir fraudé le fisc alors qu’il en était, jusqu’à mardi soir, le zélé gardien, noircit encore plus l’image de ce gouvernement. Sa crédibilité est ainsi entamée au moment même où les contribuables français doivent passer à la caisse.

 

Le journal numérique Médiapart et son fondateur Edwy Plenel sortent grands vainqueurs de cette folle soirée. Ils ont révélé plusieurs affaires durant la présidence Sarkozy et avaient déjà fait mordre la poussière à un autre ministre du Budget, l’UMP Eric Woerth. Aujourd’hui, c’est le tour de son homologue socialiste.

Accusés d’avoir roulé pour la gauche lorsque la droite était au pouvoir, Plenel et Médiapart viennent de prouver qu’ils ne portaient aucune casquette de chauffeur de maître.

 

Jean-Noël Cuénod

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