01/08/2013

Succès franco-suisse au Festival du mime de Périgueux : «Les Paraconteurs» démontrent qu’au paradis aussi, l‘enfer c’est les autres

 

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Pas de feu du 1er-Août mais une chaleur torride à Périgueux, ville du sud-ouest de la France qui, désormais, est moins renommée pour ses foies gras que pour son Festival international des arts du mime et du geste "Mimos", le plus important en Europe dans cette spécialité par essence transfrontalière. Il a commencé lundi et se terminera demain. Entre «Off» et «In», le spectacle est permanent à Périgueux qui, depuis 30 ans, a donné au mime toute son éloquence.

 

Parmi les spectacles du «In», celui du duo franco-suisse de clowns «Les Paraconteurs» - a fait un tabac. Ce qui, après tout, est normal puisqu’il y est notamment questions de cendres. La partie française du duo est représentée par Eric Druel (à gauche sur la photo) et le côté suisse est assumé par le Genevois de Paris Mathieu van Berchem qui est aussi, dans son autre vie, journaliste et signe de nombreux articles à la « Tribune de Genève » et à « 24 Heures ».

 

Dans un espace théâtral situé en forêt, aux environs de Périgueux, «Les Paraconteurs» ont fait, jeudi après-midi et soir, salle comble. Et comblée. «Cela fait longtemps que je n’ai plus autant ri à un spectacle», s’exclame une spectatrice à l‘éventail frénétique et enthousiaste. « Digne de Marceau » commente un autre.

 

Leur spectacle intitulé «ConSéquences» se présente sous la forme de saynètes sans paroles qui s’enchâssent pour former un récit qui subvertit les codes des rapports entre humains. Parmi les mises en situation, une évocation de la mort qui réussit à être hilarante sans provocation. La seule provocation est celle qui pousse le spectateur à faire de son rire un sujet de réflexion. Il apprendra ainsi qu’au paradis aussi, l‘enfer c’est les autres. Et que les cendres funéraires ne sont que ce qu’elles sont, de la poussière et rien d‘autres.

Le terme de clowns est-il approprié pour qualifier ce spectacle tout en finesse? Mathieu van Berchem l’assume tout en mesurant l’ambiguïté du mot: «Contrairement aux autres amuseurs, le clown révèle toujours quelque chose de lui-même, de ses faiblesses et fait rire à ses dépens».

Les amuseurs de la Télécratie, eux, font rire au dépens des autres.

 

 Jean-Noël Cuénod

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31/07/2013

MAIS OÙ SONT-ILS DONC PASSES LES HOMMES ?

 

Entendez-vous sonner la nuit

Au fond des impasses assoupies ?

Les nuages sont déchiquetés

Par la ronce des rayons lunaires

Le vent des barbelés s’est levé

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que poubelles vidées

Fugitifs fantômes de rongeurs

Filant glissant comme des reproches

 

Entendez-vous sonner la nuit

Au-dessus du fleuve gras et gris ?

Les rives et les ponts sont dissous

Par l’acide du crachin jaunâtre

L’eau des venins a tourbillonné

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois qu’entrepôts désertés

Ombres épaisses des rafiots

Dansant grinçant comme des menaces

 

Entendez-vous sonner la nuit

Sur les éclats brisés de nos rêves ?

La peau de la ville est écorchée

Par nos courses d’aveugles errants

La terre des tombes est semée

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que voitures brûlées

Squelettes fardés par la fumée

Puants béants comme des injures

 

Entendez-vous sonner la nuit

Près des sanctuaires endormis ?

Les murs sont lavés de lumière

Par la salive des réverbères

Le feu va dérouler ses tapis

 

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?

 

Je ne vois que débandade en bande

Vieux masques jetés à la hâte

Flottants coulants comme des regrets

 

Entendez-vous sonner la nuit ?

Mais où sont-ils donc passés les hommes ?    

 

Jean-Noël Cuénod 

 

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29/07/2013

L’Egypte, la Tunisie et les révolutions musulmanes et la réaction patriarcale (2)

Suite de la première partie dont voici la fin, afin de vous permettre d’accrocher les wagons :

 Dans le cas du monde musulman, on ne saurait parler de révolution au singulier. Entre l’Egypte, la Tunisie, la Syrie les situations diffèrent. Les contradictions fourmillent dans ce contexte ; conflit ancestral confrontant les sunnites aux chiites, divergences entre organisations sunnites soutenues par les Qatari et celles, tout aussi sunnites, financées par les Séoudiens, et, bien sûr, tensions chroniques entre tenants d’un islam ouvert – le terme « laïque » n’a pas grand sens dans ce contexte – et les différents courant islamo-obscurantistes.

Dans cet empilement de contradictions, il en est une qui paraît plus universelle que d’autres, celle qui oppose la société patriarcale aux droits de la femme.

 Les « contre-évolutionnaires »

  La traditionnelle hiérarchie basée sur la prééminence du mâle, investi pater familias de droit divin, la relégation de la femme, au  mieux comme mineure à protéger, au pire comme esclave domestique et la criminalisation des homosexualités a amorcé son très lent déclin, en Occident, dès la fin de la Première Guerre mondiale, lorsque les femmes ont remplacé leurs maris à l’usine et dans la gestion de la ferme familiale. Progressivement, et de façon trop lente au gré des mouvements féministes, les femmes ont commencé à occuper les postes monopolisés par la gent masculine et à obtenir l’égalité des droits politiques. Mais ce mouvement « évolutionnaire » - appelé ainsi car il tient à la fois de l’évolution des mœurs et des luttes revendicatives – a connu bien des résistances.

 

Aujourd’hui, elles s’expriment plus particulièrement chez les « contre-évolutionnaires » machistes des mouvements islamistes. Car la place des femmes constitue le noyau dur des mouvements qui secouent les pays musulmans. Conserver à la partie féminine son statut d’humain de seconde zone est perçu, par les barbus au front bas et aux idées étroites, comme l’ultime rempart à défendre contre les assauts de la modernité. Le rempart qu’il faut défendre à tout prix, quoiqu’il en coûte. Toute l’énergie régressive des islamistes se tend vers la préservation des privilèges masculins, quitte, à l’instar des Talibans, à assassiner des fillettes qui ont l’incroyable culot d’aller à l’école.

 

Les révolutions arabo-musulmanes doivent donc  être observées tout particulièrement sous cet angle. Il sera de plus en plus malaisé aux enturbannés d’expliquer aux jeunes femmes de la classe moyenne intellectuelle de rester cloîtrées au foyer, à la disposition des désirs domestiques de leur seigneur et maîtres. Certes, la majorité des musulmanes est encore loin de partager les opinions libératrices de son avant-garde. Mais les mentalités évoluent bien plus vite que ne le souhaitent les idolâtres du temps jadis. Les tensions entre modernistes et rétrogrades vont donc encore s’accentuer, ce qui laisse augurer un regain de violences.

 

 Le scénario de fin est connu : aucune force rétrograde n’a pu triompher à long terme dans l’Histoire. Mais d’ici là, bien des souffrances seront endurées. Le penseur marxiste italien Antonio Gramsci a qualifié d’efficace façon cette phase que nous traversons : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à naître et dans le clair-obscur surgissent les monstres ».

 

L’Occident ne saurait éviter les conséquences de la décrépitude du patriarcat. Le mouvement « contre-évolutionnaire » y prend des aspects fort différents si on le compare à son homologue islamiste mais le fond reste le même : il s’agit de préserver le patriarcat. Les « contre-évolutionnaires » occidentaux se sont montrés particulièrement virulents aux Etats-Unis, avec l’imbuvable « Tea Party » et  en France avec le mouvement, largement soutenu par l’Eglise romaine dite « catholique », contre le mariage homosexuel.

 

Certes, les violences des « contre-évolutionnaires » occidentaux sont sans commune mesure avec celles des « contre-évolutionnaires » islamistes mais, répétons-le, leur démarche est semblable : retenir à la surface ce patriarcat qui est en train de sombrer dans les abysses de l’Histoire. D’ailleurs, ce n’est pas par hasard que de nombreux groupes islamistes ont défilé côte à côte avec les intégristes catholiques contre le mariage gay.

 

Dans ce « clair-obscur où surgissent les monstres », il est aisé de distinguer ce qui est en train, péniblement, de mourir, à savoir le patriarcat. Mais il est malaisé de concevoir le monde qui lui succédera. Peut-être verra-t-on apparaître une société où les distinctions de genres et d’appartenance seront perçues comme des étrangetés, à l’instar, pour nous, des préséances de l’ordre féodal. Le pire n’est pas certain. Le meilleur non plus.

Fin

 

Jean-Noël Cuénod      

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Si vous avez le temps, assistez donc à cette conférence universitaire sur l'Islam

 

 

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28/07/2013

L’Egypte, la Tunisie et les révolutions musulmanes et la réaction patriarcale (1)

 Le coup d’Etat  qui a mis sur la touche le calamiteux président Morsi, représentant des Frères musulmans, en Egypte, le climat de pré-guerre civile qui y règne, le retour en force des salafistes dans ce pays, en Tunisie et ailleurs provoquent deux types de réactions en Occident. Ceux qui fustigeaient l’an passé la révolution du Jasmin ironisent sur le ton : « On vous l’avait bien dit ». Les autres, qui y voyaient le signe d’une évolution favorable des pays de l’Islam se claquemurent dans un mutisme chafouin. Les deux ont tort.

 

Leur erreur vient du fait que les médias, tout à leur course à l’instantané, ont la mémoire d’une mouche décérébrée. Dans ce monde où tout zappe en zig-zag, où la danse de Saint-Guy fait office de pensée, le temps historique est une notion aussi étrange et étrangère que la recette de la blanquette de veau pour un Martien.

 

Or, à la manière des paquebots qui, tous moteurs éteints, continuent à glisser sur leur erre, les grands ensembles humains ne changent pas aisément de cap, même en période révolutionnaire. Il a fallu un siècle à la République française pour qu’elle parvienne  à instaurer durablement son pouvoir. Commencée en 1763, la révolution américaine ne s’est véritablement stabilisée qu’à partir de 1865, après la Guerre de Sécession. Croire qu’en quelques mois, les révolutions musulmanes allaient résoudre toutes leurs contradictions relève de la surdicécité.

 De tels mouvements historiques aussi profonds et aussi étendus connaissent des hauts, des bas, des pas en avant puis des reculades, de retours à l’ordre ancien suivi de reprises du cours révolutionnaire. La ligne droite leur est inconnue.

 

 D’autant plus que dans le cas du monde musulman, on ne saurait parler de révolution au singulier. Entre l’Egypte, la Tunisie, la Syrie les situations diffèrent. Les contradictions fourmillent dans ce contexte ; conflit ancestral confrontant les sunnites aux chiites, divergences entre organisations sunnites soutenues par les Qatari et celles, tout aussi sunnites, financées par les Séoudiens, et, bien sûr, tensions chroniques entre tenants d’un islam ouvert – le terme « laïque » n’a pas grand sens dans ce contexte – et les différents courant islamo-obscurantistes.

 

Dans cet empilement de contradictions, il en est une qui paraît plus universelle que d’autres, celle qui oppose la société patriarcale aux droits de la femme.

 

(A suivre)

 

Jean-Noël Cuénod

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 L’une des meilleures flûtistes de la planète, l’Egyptienne Ines Abdel Dayem dirigeait l’Opéra du Caire avant d’en être éjectée par le président Morsi avant d’être lui-même écarté du pouvoir. Elle aurait dû devenir ministre de la Culture après le coup d’Etat. Mais elle a finalement renoncé à ce poste ; ses relations conflictuelles avec les islamistes l’ont-elles dissuadée ?  

 

 

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25/07/2013

A Trappes, le voile islamiste!

 Le contrôle d’identité d’une musulmane portant le voile islamiste a provoqué une émeute à Trappes, ville de la banlieue parisienne qui est le fief de l’acteur Djamel Debbouze. Il était patent que l’application de loi contre la bourka et le niquabe provoquerait des troubles de ce type, tant les tensions entre communautés s’échauffent dans les cités françaises. Fallait-il pour autant que le parlement renonçât à la voter?

 

Relevons tout d’abord que le couple qui se trouve à l’origine de cette flambée s’est converti à l’Islam; ni le mari ni l’épouse ne sont nés dans une famille musulmane. Le schéma est d’un classicisme évident, les convertis en font souvent trop dans la bigoterie afin de se sentir introduits dans leur nouveau cercle. Nombre d’islamoterroristes sont d‘ailleurs des musulmans de fraîche date. Leur connaissance de l’Islam risque fort d’être élémentaire et réduite aux clichés dont le voile intégral est la plus flamboyante et médiatique figure. Les musulmans feraient bien de se méfier de ces convertis qui rendent détestable leur religion aux yeux des autres citoyens.

 

Revenons à nos brebis intégralement voilées. Deux visions s’affrontent en Occident vis-à-vis de cette prison ambulante pour femmes. L’une, inspirée du libéralisme protestant et de la culture anglo-saxonne, l’autre, suscitée par les principes républicains et laïques qui croissent sur le terreau du monarchisme absolu centré sur le catholicisme. Pour la première, l’Etat n’a pas à légiférer sur le port d’un bout de tissu et n’a pas à dicter sa loi aux communautés religieuses; chacun est libre de s’habiller comme il l’entend. Pour la seconde, l’Etat doit préserver l’espace public (au sens large du terme) de toute invasion religieuse.

 

Ces deux visions ont leur ambiguïté et leurs limites. Le libéralisme communautaire des Anglo-Saxons n’a évité ni le 11-Septembre ni les attentats sanglants de Londres. Quant à la loi anti-bourka, son application est empreinte d’une hypocrisie qui la déconsidère. Des policiers ont donc interpellé une femme voilée dans une cité défavorisée de la banlieue parisienne. Mais promenez-vous avenue Montaigne, haut lieux des boutiques de luxe parisiennes. Vous y verrez maintes Séoudiennes et Quataries intégralement niquabées claquer chez Dior et Boucheron les pétrodollars de leurs cheikhs (bien provisionnés). Aucun policier n’aurait l’indécence de soulever leur voile et de contrôler leur identité, sous peine de se retrouver laveur de paniers à salade dans un commissariat de Forbach ou d’Issoudun. La loi s’applique aux pauvres mais pas aux riches. C’est peut-être «populiste» comme constat. Mais il est bien réel. Que vaut donc une loi dont l’exécution provoque une émeute dans une banlieue et que l’on s’ingénie à ignorer lorsque cela complaît au grand commerce?

 

Pourtant, à écouter la remarquable Elisabeth Badinter dans la vidéo que Le Plouc vous réserve ci-dessous, on en conclut que cette loi doit être conservée. Ce que la philosophe dit de la réciprocité est particulièrement convainquant: en me voilant, j’interdis la vision de mon visage mais moi, je peux contempler celui de mes interlocuteurs. Or, toute la société est fondée sur la réciprocité. Sans elle, il n’est point d’humanité possible.

 

Alors, comment appliquer cette loi avec le maximum de justice et d’efficacité? Il n’y a pas de recettes magiques. Les ambiguïtés, les malentendus persisteront. On peut espérer les limiter par une meilleure formation des policiers mais aussi par l’enseignement des religions. Non pas l’enseignement religieux prodigué par un ecclésiastique mais l’explication donnée aux enfants des multiples formes que prennent la foi et l’athéisme. Dans ce contexte, les responsables religieux de l’Islam ont un rôle essentiel à jouer. C’est à eux qu’incombe le devoir de rappeler que le port du voile intégral est une coutume ne relevant nullement des prescriptions coraniques. S’ils ne fournissent pas cet effort collectif, la bigoterie et la superstition rongeront, en premier lieu, leur propre religion.

Jean-Noël Cuénod

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mission parlementaire sur le voile intégral... par noop

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23/07/2013

Hitler, nomades et fausse bourde de Bourdouleix

 Le dérapage reste la principale activité des politiciens, même l’été. Si la route des vacances est sèche, le boulevard des médias demeure glissant. Mais le mot « dérapage » convient-il ? Nullement. C’est un de ces termes fourre-tout que les médiacrates utilisent par paresse et manque de temps.

 

Penchons-nous donc sur la dernière fausse bourde, celle commise par le bien nommé Bourdouleix. Rappel des faits : une communauté évangélique de nomades campe de façon sauvage sur la commune de Cholet dans l’Ouest de la France. Le député-maire Gilles Bourdouleix déboule sur les lieux pour exiger le départ des évangélistes en roulottes. On s’invective. On échange des noms d’oiseaux. Les nomades ont-ils fait le salut nazi devant le maire?  En tout cas le micro d’un journaliste capte ce soupir de l’illustre Bourdouleix : « Comme quoi, Hitler n’en a peut-être pas tué assez… ». Bien entendu, le député-maire criera au « bidouillage » ourdi par un « petit merdeux de journaliste ». Mais personne ne croît à ses dénégations, même pas son parti, l’Union des démocrates indépendants (UDI). Ses dirigeants, horrifiés par ce propos, l’ont exclu de leurs rangs manu militari, avant de se rendre compte qu'une éviction aussi prompte n'était pas conforme aux statuts de leur parti. Une démarche a donc été lancée afin de mettre Bourdouleix à la porte. Quant à la justice, le procureur de la République a ouvert une enquête préliminaire pour "apologie de crime contre l'humanité" afin de mieux connaître les détails de cet échange. 

 Il est sans doute nécessaire, hélas, de rappeler que le nazisme a développé une politique systématique d’extermination des Tziganes, Roms, Gitans et autre peuples nomades. Plus de 500 000 d’entre eux ont été massacrés.

 

Alors, Bourdouleix a-t-il « dérapé » ? Notons tout d’abord qu’il ne s’agit sans doute pas d’une provocation à la Jean-Marie Le Pen, qui préparait de façon savante ses prétendus « écarts de langage » lorsque les médias ne parlaient pas suffisamment de lui. Mais Le Plouc hésite à qualifier de « dérapage » la bourdouleixerie.

  Ne serait-elle pas plutôt l’expression d’une opinion enfouie que le politicien prenait soin d’occulter afin de ne pas nuire à sa précieuse carrière ? La chaleur estivale, l’énervement, les insultes ont alors fait sauter ce barrage pour laisser couler le fond de sa pensée, si on ose user d’un terme aussi noble en de si méprisables circonstances. N’oublions pas que ce député-maire est obsédé par les nomades contre lesquels il multiplie recours et démarches.

Sa référence à Hitler n’est pas une bourde, c’est une panne temporaire de surmoi.

 Politiquement, Bourdouleix-sed-lex ne vient pas de nulle part. Sa participation aux centristes très modérés de l’UDI dirigée par Jean-Louis Borloo ne doit pas faire illusion. Sa véritable formation est le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) qu’il préside depuis 2009. Ce petit parti s’est fondu récemment au sein de l’UDI. Créé en 1949, le CNIP a longtemps servi de sas de décontamination pour politiciens d’extrême-droite soucieux de faire carrière dans les grandes formations de la droite gouvernementale.

 

 Après la Libération, le CNIP a réuni des conservateurs venant de l’aile droite de la Résistance et d’autres ayant participé à la collaboration. Cette présence d’authentiques résistants au Centre des Indépendants a permis aux pétainistes de se retremper dans des eaux plus républicaines que celles de Vichy. Par la suite, le CNIP a continué sa fonction de machine à laver les anciens extrémistes de droite. Après sa rupture avec Poujade (le défenseur du petit commerce), Jean-Marie Le Pen a été député du CNIP de 1958 à 1962.

 

 Plus récemment, Hervé Novelli, secrétaire d’Etat durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, est passé par le Centre national des Indépendants et paysans après avoir milité à l’extrême-droite et avant de rejoindre des partis plus intéressants pour participer aux sphères nutritives du pouvoir, c’est-à-dire l’UDF de Giscard, puis l’UMP de Sarkozy. Le remugle qui émane du « centrisme » façon CNPI n’est donc pas sans rappeler celui qui s’exhale de l’Union démocratique du Centre de notre pays.

 

Il faut se garder de toute illusion : Bourdouleix recevra moult messages d’encouragements après sa « sortie » sur Hitler et les gens du voyage. L‘antagonisme entre peuples sédentaires et nomades est sans doute le plus ancien de l’histoire humaine. Il sévit à toutes les époques et sous toutes les latitudes. Il prend aujourd’hui une ampleur particulière avec la montée de la pauvreté. Car le plus souvent, les conflits entre nomades et sédentaires opposent des pauvres entre eux. Ceux qui cherchent un coin pour se loger et ceux qui entendent ne pas s’en faire déloger.

 

 Les nantis, eux, sont fort loin d’en être affectés. Ce qui ne les empêche pas de mettre un plein jerrican d’essence sur ce feu lorsque cela sert leurs intérêts. Avocat au Barreau de Paris, chargé de cours en droit constitutionnel à l‘Université d’Angers, député et maire, Gille Bourdouleix fait, de toute évidence, partie des nantis. Sa sortie médiatique va lui valoir sans doute maints suffrages dans sa ville de Cholet. Monsieur Bourdouleix est bien dans le sale air du temps.

 

Jean-Noël Cuénod

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Voici la vidéo qui a diffusé la bourdouleixerie. Tendez bien l'oreille, à la fin.

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21/07/2013

Fiscalité France et Suisse: le tango des faux-culs

 

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Suivant le même chemin ascensionnel que le mercure des thermomètres, les relations franco-suisses prennent un tour torride. Deux douaniers français, pas très malins, se font pincer à Genève en train de reluquer la banque Pictet; le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan traite la Suisse d’«Etat voyou»; notre conseillère fédérale au nom de nain bleu et d’éternuement, Mme Eveline Widmer-Schlumpf, signe une convention sur les successions entre les deux pays qui privilégie outrageusement la France au détriment des cantons romands (vive la solidarité francophone!); tels sont les derniers pas de ce tango belliqueux entre Paris et Berne, qui a pour partition la fiscalité.

 

Tango des faux-culs, plutôt. Car tant les dirigeants suisses et français font, dans ce contexte, assaut d’hypocrisie. La Suisse, un Etat voyou? Mais alors que dire de la France qui a réussi cette performance mondiale de nommer un fraudeur fiscal, ministre des Impôts? Même le Roi Ubu avec son croc à phynances n’y avait pas pensé! Si depuis des lustres la politique française prend Genève comme havre de ressourcement financier, qui faut-il blâmer en premier? La corruption gagne de nombreux secteurs au sein des dirigeants français, et ce n’est guère nouveau. Alors, de quel côté du Foron se trouvent les voyous?

 

Des deux côtés, serait-on tenté de répondre. Car en matière de voyouterie, certains de nos banquiers n’ont rien à envier aux gouvernants français qui, parfois, font partie de leur clientèle. Utiliser les combines les plus retorses pour aider les fortunes françaises à ne pas passer à la caisse tout en captant les ressources de leur pays d’origine, est une attitude parfaitement méprisable. Ceux qui se livrent à ces pratiques sont des voyous. Des voyous avec attaché-case et sans capuche. Mais des voyous quand même. Des supervoyous, même. Car contrairement aux voyous au bas de l’échelle, ils parviennent, le plus souvent, à se tirer des flûtes.

 

Alors que nos faux-culs franco-suisses se déhanchent tant qu’ils le voudront. Ce ne sont pas eux qui danseront devant le buffet vidé par les crises.

  Jean-Noël Cuénod

(Photo tirée du blog de Charles Le Brusselier)

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19/07/2013

LE MATIN OUVRE SA CHEMISE

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Le matin ouvre sa chemise

Et laisse glisser l’air tiède

Sur les jambes nues des passantes

Sur leur poitrine au goût soleil

 

Prépare-toi pour la rencontre

Aiguise-toi au fil de ton cœur

 

De quelle bouche de métro

Sortira-t-elle comme un chant ?

Glissera-t-elle comme un songe ?

De quel coin de trottoir ombreux

Bondira-t-elle comme un faon ?

 

Ne crains rien homme amputé

Car l’autre partie de toi-même

En se dévoilant t’offrira

Les signes de reconnaissance

 

Plaisir éprouvant de l’espoir

Dans la ville au parfum d’orange

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles:

 

Dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

 

 

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat)

 

 

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10/07/2013

BONHEUR DU JOUR

 

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Mousse effervescente du matin

Bière fraîche au nez des enfants

Sous les platanes tout est possible

Les jambes font de l’œil aux passants

Sur les terrasses les femmes éclosent

Leurs dents solaires mordent la ville

 

Goûter la fugitive caresse

Glissant sur le corps du monde en sang

Jean-Noël Cuénod

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07/07/2013

EAU SOLAIRE

 

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Au creux de la main l’eau solaire

Eau de pierre foudroyée

Surgie des entrailles célestes

Air terre jetés dans le four

Elémentaire fusion

 

Dans les cristaux vérité pure

Cœur liquide aux parois rigides

Dieu au fond des cailloux

Pourquoi le chercher ailleurs ?

 

C’est Lui qui va te trouver

Bois-Le par petites gorgées

Et tu deviendras soleil

 

Jean-Noël Cuénod

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles:

Dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

- Circonstances

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke)

 

Par Internet auprès d'Amazon ou de la FNAC

- Matriarche (Editions Editinter Paris)

- Liens (Editions Editinter Paris)

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat)

 

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05/07/2013

Nicolas Sarkozy victime d'un complot ou de la "Sarkophobie" qu'il a créée?

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Après les ennuis judiciaires de l'ex-président français et la ruineuse - pour son parti UMP - invalidation de ses comptes de campagne, les proches de Nicolas Sarkozy dénoncent un complot destiné à l'empêcher de reconquérir l’Elysée. L’hebdomadaire de droite Valeurs Actuelles s’en fait l’écho en révélant l’existence d’un «cabinet noir» organisé par le président Hollande et dirigé par un colonel au nom de produit écologique: Eric Bio-Farina.

 

Cela signifierait donc que le Conseil constitutionnel - dont sept des neuf membres ont été nommés par la droite - et de nombreux juges d’instruction aux opinions diverses formeraient le bras armé de ce «cabinet noir-fumée».

 

La réalité est sans doute moins romantique. Durant son quinquennat, Sarkozy n’a cessé d’humilier les corps intermédiaires et les magistrats. Ainsi, il a suscité une synergie des «Sarkophobes» qui, désormais, ne lui font aucun cadeau et sautent sur toutes ses erreurs. Mais ces erreurs, ils ne les ont pas inventées. C’est bien lui qui les a commises.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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03/07/2013

François Hollande, un président vert d'indifférence

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 Il ne fait pas bon devenir ministre de l’Ecologie dans le gouvernement socialiste français. A peine avait-elle été nommée à ce poste périlleux, au début du quinquennat de François Hollande, que Nicole Bricq a été priée de se faire voir au Commerce extérieur. Elle avait suspendu les forages pétroliers au large de la Guyane, ce qui avait fort déplu à Shell. Sitôt l’encombrante casée ailleurs, la compagnie a pu reprendre ses travaux.
 
 
Mardi, c’est au tour de Delphine Batho d’être débarquée de ce ministère, après avoir vitupéré la baisse de 7% du budget qui lui a été alloué. Plus encore que cette coupe claire, le fait qu’aucun investissement d’avenir n’a été prévu pour l’écologie a provoqué la colère de la désormais ex-ministre. Son successeur Philippe Martin doit aujourd’hui partager le même sentiment de précarité qu’un entraîneur engagé par le FC Sion.

 
Arnaud Montebourg a émis moult avis bien plus dissonants aux oreilles présidentielles que ceux qui ont valu le limogeage de Mme Batho. Et il est encore à son poste au gouvernement. Certes, au sein du Parti socialiste, Montebourg pèse bien plus lourd que son ancienne collègue et dispose d’un pouvoir de nuisance qui tient en respect l’Elysée. Toutefois, cette désinvolture envers les ministres de l’Ecologie traduit aussi le désintérêt total de François Hollande pour tout ce qui concerne ce domaine. Les rares fois où il en parle, le président français se montre aussi convainquant qu’un prêtre athée célébrant la messe.

 
Pendant quelques mois, son prédécesseur s’était efforcé de s’intéresser à la chose verte. Après tout, même s’il n’est pas mirobolant, le bilan du Grenelle de l’Environnement créé par Nicolas Sarkozy n’est pas mince. Au moins a-t-il inauguré une nouvelle forme de concertation. Il est vrai qu’après avoir fourni cet effort, l’ancien président avait soupiré: «L’écologie, ça commence à bien faire». François Hollande, lui, n’a même pas fait semblant. Les propositions vertes de son programme n’avaient d’autres buts que capter le vote écolo. Le vert est une couleur qui ne figure pas dans son logiciel d’énarque.

 
Les mauvais esprits établiront peut-être le rapprochement entre l’éviction de Delphine Batho et son refus, réitéré le mois dernier, de modifier la loi interdisant la fracturation hydraulique en vue de l’exploitation du gaz de schiste. Or, de nombreux groupes de pression économiques et pétroliers multiplient les danses du ventre devant le gouvernement français pour autoriser cette pratique qui, aux Etats-Unis, a créé autant de profits que de dégâts à l’environnement.
 
L’exploitation de ce gaz risque fort d’apparaître aux yeux de l’Elysée comme le dopant miracle pour une industrie française en pleine déroute. Cette tentation pourrait bien devenir un jour plus forte que la menace des alliés verts de quitter le gouvernement socialiste. Il faudra donc se montrer attentif aux prises de position du nouveau ministre de l’Ecologie Philippe Martin.
 
 
Jean-Noël Cuénod 

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28/06/2013

Tour de France, Lance Armstrong & Co.: quand le pape Léon XIII se dopait comme un cycliste!

 

 

Cyclisme,dopage

Pour marquer le centième Tour de France qui commence ce samedi en Corse, Lance Armstrong - le septuple vainqueur déchu de la Grande Boucle - ne l’a pas bouclée. Il l’a même bien ouverte. En affirmant au monde en général et au «Monde» en particulier, qu’il est impossible de gagner le Tour sans se doper. Peu après, il a nuancé son propos: «Je ne parle que de mon époque. Aujourd’hui, je ne sais pas… J’espère que c’est désormais possible».

 

Comme toutes les années depuis 110 ans, nous allons donc causer dopage à propos du Tour. C’est une fatalité. Comme les criquets, les avalanches, les impôts et les protestations d’innocence de Bernard Tapie. Qui, lui aussi, en connaît un rayon question cyclisme, puisqu’il fut le patron de l’équipe « La Vie Claire » et de Bernard Hinault. Mais Le Plouc s’égare. Tapie est accusé de tout, sauf de dopage.

 

Cette pratique est née bien avant le Tour de France. Son premier martyr se nomme Arthur Linton, un cycliste gallois mort en 1886, peu après l’arrivée de Bordeaux-Paris, suite à l’ingestion d’une mixture explosive. Par conséquent, lorsque la première Grande Boucle prend son envol à l’été 1903, personne n’est surpris de voir les coureurs s’enfiler de belles rasades de Vin Mariani, du nom d’un Corse préparateur en pharmacie. Cette mixture inspirera les créateurs du futur Coca-Cola ; elle est composée de vin de Bordeaux, d’extrait de feuille de coca du Pérou avec 6 à 7 milligrammes de cocaïne. Remarquez qu’à l’époque la coco n’est pas encore frappée par les foudres pénales.

 

Le breuvage est également en odeur de sainteté auprès du Saint-Siège. Léon XIII accepte même que son portrait figure sur une «réclame» de ce précieux liquide dont on nous dit que le Saint-Père en conserve toujours une fiole sur lui, en cas de nécessité.

 A l’époque des coureurs cyclistes aux moustaches en guidon de vélo, certain pape ne carbure donc pas qu’à l’eau bénite.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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27/06/2013

L’Europe et le désespoir des peuples

 

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La France et bien d’autres pays d’Europe ne parviennent pas à se débarrasser de ce désespoir qui vous colle à la peau comme une suie grasse. Chaque semaine apporte son lot «de hargne, de rogne et de grogne» comme le disait jadis le général de Gaulle qui fait aujourd’hui figure d’ancêtre de plus en plus éloigné. Triomphale défaite du Front national à Villeneuve-sur-Lot, tensions entre Paris et Bruxelles et désarroi à tous les étages.

 

Ce désespoir en passe d’être chronique pose la question du pouvoir politique. Tant que les peuples ne sauront pas le situer, ils sombreront dans l’abstention ou le vote en faveur des formations du nationalisme démagogique. Les citoyens se rendent compte, avec angoisse, que leur bulletin électoral ne désigne que des faiseurs de vent et des diseurs de bonjour. A quoi servent les institutions les plus démocratiques qui soient, si elles ne créent que de l’impuissance savamment déguisée par les communicants?

 

La Suisse est en train d’en faire l’expérience. Sa démocratie directe ne lui a pas servi de bouclier contre les grandes puissances qui, désormais, dictent leur loi à la Confédération. A l’exemple des Etats-Unis qui, au moment voulu par eux, ont pulvérisé le secret bancaire helvétique. Toutes les rodomontades blochériennes n’y ont rien fait, alors même que l’UDC est aux affaires.

 

Les décisions politiques d’envergure ne peuvent plus se prendre à l’intérieur du cadre national. Chacun désormais le sait. Mais, lancinante, la question revient nous tarauder: où est-il donc ce sacré pouvoir? Dans nos contrées, seule l’Europe dispose de la bonne taille pour affronter l’économie globalisée. Or, cette idée est de plus en plus impopulaire. Elle ne fait plus rêver et s’est muée en cauchemar.

Même en Allemagne, cheffe de file de l’Union, l’europhobie a trouvé son expression politique avec la création, en avril dernier de l’AfD (Alternative für Deutschland) qui a gagné 7 500 membres en quelques semaines.

 

Si l’Europe possède la taille idoine, elle n’est pas devenue crédible pour autant, en raison de la faiblesse de ses institutions, à la fois sur les plans structurel et démocratique. En fin de compte, elle reste dans les mains des gouvernements des Etats membres qui, au lieu de renoncer à leurs prérogatives - décoratives certes, mais sans substance - ont gardé leur vieux logiciel national.

 

Or, l’addition des impuissances ne crée pas la puissance. Seul le fédéralisme pourrait faire de l’Europe, le lieu du pouvoir réel. Mais ce grand saut, les peuples ne semblent pas prêts à l’accomplir. Ils pestent contre leurs gouvernants incapables de les sortir du marasme, vitupèrent l’opacité des institutions de l’Union, chargent Bruxelles de tous les maux; mais devant une Europe à reconstruire, ils éprouvent encore les affres du vertige.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 ESPACE VIDEO

 

 "Europe ou chaos ? Reconstruire l'Europe ou mourir", ce manifeste a donné lieu à un débat organisé par Arte lundi 28 janvier 2013 au Théâtre du Rond-Point, à Paris. Avec les interventions de nombreux écrivains, comme Umberto Eco, Juan Luis Cebrián, Hans Christoph Buch, György Konrád, Julia Kristeva, Bernard-Henri Levy ou Peter Schneider. Un reportage de David Bornstein.

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23/06/2013

L’UMP bat le Front national pour conquérir le siège de Cahuzac : les ambiguités du «Front républicain»

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Le «Front républicain» a permis au candidat de l’UMP Jean-Louis Costes de l’emporter sur le jeune frontiste Etienne Bousquet-Cassagne à l’issue de l’élection partielle de Villeneuve-sur-Lot au parlement français. Dans cette circonscription, détenue jusqu’à maintenant par l’ancien ministre Cahuzac (photo), une part importante de l’électorat socialiste a reporté ses voix sur le représentant de la droite démocratique.

 

 Mais si le pire a été évité, il n’a pas pour autant été écarté, loin de là. Car, même battu, le Front national sort vainqueur de cette confrontation. Qu’un blanc-bec frontiste de 23 ans - sans autre expérience que des études commerciales à peine achevées - parvienne à battre le candidat socialiste au premier tour, à se qualifier pour le second et à talonner un vieux routier de la politique locale, voilà qui relève de l’exploit.

 

Le «Front républicain» n’est pas une alliance conclue entre les partis de la gauche et de la droite de gouvernement, c’est une sorte de réflexe des électeurs démocrates de droite et de gauche pour faire barrage à l’extrême droite. Mais il n’a aucun contenu politique, c’est pourquoi le terme de «Front» pour le qualifier est trompeur.

 

Cette «alliance», qui n’en est pas une, permet à Marine Le Pen de faire son beurre démagogique en réunissant les deux partis de gouvernement en un seul sigle, «UMPS», et de capitaliser sur son thème favori: «Tous pourris, sauf moi!» Même perdue - de justesse - par le Front national, l’élection de Villeneuve-sur-Lot, participe de cette dynamique qui ne cesse de lui profiter. D’ailleurs, les dirigeants frontistes n’ont pas manqué de souligner que leur candidat a recueilli, seul contre tous, plus de 47% des suffrages. Comme lors de la partielle dans l’Oise en mars dernier, le FN a engrangé une forte progression entre les deux tours.

 

Pour éviter que la France ne bascule dans l’extrémisme, il faudra plus qu’un «Front républicain» qui n’a d’autre réalité que celle de sa vacuité.

 

Jean-Noël Cuénod

20:28 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

22/06/2013

LE PASSANT

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Le passant hâte le pas

A la poursuite de l’ombre

Qui toujours lui échappe

Gravée sur le mur ses peines

Ne peuvent le retenir

 

Il s’en arrache avec rage

Et court la peau lacérée

Le soleil brandit son knout

Et fait danser le passant

Mais n’arrête pas sa course

L’ombre toujours se dérobe

Et sa robe tourne tourne

Tout l’univers virevolte

 

Le passant enfin comprend

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo: poullaouec-jac.blogspot.com

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19/06/2013

Sous Hitler, des blagues qui en disent long

Evoquer les «blagues chuchotées» qu’échangeaient les Allemands sous la dictature de Hitler paraît d’une insoutenable indécence, compte tenu de la Shoah. Pourtant, le rire est révélateur d’un comportement collectif qu’il est utile de décrypter, au moment où le courant brun qui a empoisonné le XXe siècle ressurgit sous des formes diverses.

 

 Les éditions Michalon à Paris viennent de sortir un livre document fort éclairant dans ce contexte: «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich» du cinéaste allemand Rudolph Herzog (le fils du réalisateur Werner Herzog). Cet ouvrage est tiré d’un film documentaire qui a remporté un grand succès outre-Rhin.

 

Dès son arrivée à la Chancellerie allemande, par les voies légales, le 30 janvier 1933, Hitler a détruit la démocratie et instauré sa tyrannie en quelques semaines. Aussitôt, les «blagues chuchotées» ont fleuri. Parmi bien d’autres éléments, ce phénomène met en évidence deux aspects.

 

Tout d’abord, le pouvoir nazi utilisait souvent ces plaisanteries à son profit. Elles «n’étaient pas une forme de résistance active et servaient plutôt de soupape permettant à la colère refoulée du peuple de s’exprimer (…) Tout cela ne pouvait que convenir au régime nazi (…)», note Rudolph Herzog. Bien entendu, selon les événements, cette tolérance très relative se muait aussitôt en féroce répression.

 

Ensuite, ces «witze» démontrent le caractère fallacieux de l’argument avancé par nombre d’Allemands après la chute du IIIe Reich, comme le relève le livre de Herzog: «La génération de ceux qui avaient vécu la guerre persista à soutenir qu’elle ne s’était doutée de rien. Les blagues de l’époque de la prise de pouvoir prouvent au contraire que cette affirmation était déjà fausse en ce qui concerne les premières années de domination nationale-socialiste».

 

L’autre leçon à tirer de ce livre est que le fait d’être conscient de l’horreur consubstantielle à tout régime totalitaire n’est pas suffisant pour se soulever contre lui. «De larges cercles de la population devinaient déjà à l’époque quelle escroquerie Goebbels et consorts tentaient de leur faire gober. Cela ne changea toutefois rien au fait que leur pays fut emporté dans un tourbillon criminel en l’espace de quelques années seulement», souligne «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich».

 

Lorsque le pouvoir totalitaire a étendu sa toile, il est trop tard pour le contrer. Il suit alors sa pente inexorable vers l’inhumain. C’est avant qu’il faut agir, ne serait-ce qu’en refusant de confier les clés du pouvoir à n’importe qui.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Le philologue juif Viktor Klemperer a décortiqué la langue utilisée par les nazis pour asseoir leur pouvoir. Son journal a été présenté par Arte au cours d'un documentaire  de Stan Neumann "La langue ne ment pas".


LA LANGUE NE MENT PAS - 1/4 par ESTETTE  

11:28 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : nazisme, vidéo, dictature | |  Facebook | | |

16/06/2013

Parlez-vous le politikar?

 

Langage politique.jpg

 

Voulez-vous mieux connaître nos amis, les politiciens en France ? Pour ce faire, il faut tout d’abord décrypter leur langage, comme avec n’importe quelle autre espèce animale. Ainsi, lorsque le chien remue la queue, cela veut dire « soyez les bienvenus dans ma niche ».  Mais lorsque le chat en fait de même, il signifie : « Tu vas prendre un bon coup de patte griffue sur ton museau ». Il importe donc de bien maîtriser les codes - appelés "éléments de langage" - avant de  s’aventurer dans la jungle parlementaire. Le Plouc se fait un devoir de vous y aider avec son complice le dessinateur Acé.

                                

Première étape : discours inaugural

 

« Françaises, Français », comprendre : « Les autres, je m’en balance, ils ne votent pas ».

 

« Je serai le rassembleur de la Nation », comprendre : « Il ne faut pas que l’opposition m’emmerde ».

 

« Je n’irai pas par quatre chemins », comprendre : « Je vais en prendre un cinquième qui est tellement long que je ne sais pas s’il se terminera un jour ».

 

« J’ai de hautes ambitions pour mon pays », comprendre : « J’ai de très hautes ambitions pour ma pomme ».

 

« Je suis au service des citoyens », comprendre : « Je suis au service de ceux qui ont financé ma campagne électorale ».

                   

Deuxième étape : interviewes et débats

 

« Je vais tout de suite répondre à votre question », comprendre : « Laissez-moi le temps de vous répondre à côté ».

 

« C’est une excellente question et je vous remercie de me l’avoir posée », comprendre : « Ce salaud m’a glissé une peau de banane; noyons le poisson pour ne pas répondre ».

 

« Vous dites une contre-vérité ! », comprendre : « Tu es un sale menteur ! »

 

« Je suis prêt à…», comprendre : « Je suis prêt à dire n’importe quelle connerie ».

 

Troisième étape : ça se gâte

 

« Nous prendrons nos responsabilités », comprendre : « Nous allons nous tirer des flûtes ».

 

« Nous allons passer à la vitesse supérieure », comprendre : « Nous allons ralentir en marche arrière »

 

« Nous allons droit dans le mur ! », comprendre : « Avec moi, on foncera aussi dans le mur mais en klaxonnant ».

 

Quatrième étape : garde à vue

 

« Je reste droit dans mes bottes », comprendre : « Où est la sortie? ».

 

« Il faut savoir raison garder », comprendre : « Je suis en train péter un câble ».

 

« J’ai confiance dans la justice de mon pays », comprendre : « J’ai confiance dans la cupidité de mes avocats que je paie cher pour me sortir du pétrin ».

 

 

Jean-Noël Cuénod

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14/06/2013

IMMEUBLE IVROGNE

IMMEUBLE IVROGNE

 VieilImmeuble.jpg

Vieil immeuble isolé

Antique verrue puante

Tu traînes dans ma mémoire

Ton cortège de remugles

 

Salpêtre et moellons moisis

Grasse humidité moussue

Cadavres de plantes vertes

Agressif pissat de chat

 

Dans l’incendie du couchant

Ta silhouette titube

Pauvre ivrogne de pierre

A la façade vineuse

 

La nuit te rendra sobre

Et ton corps sera percé

De troubles étoiles bleues

Qui s’éteindront une à une

Jean-Noël Cuénod 

 

 

unephoto.canalblog.com Photo GT Valck

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12/06/2013

Extrême droite et extrême gauche, même violence?

Après la mort en France d’un jeune militant antifasciste frappé par un membre des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, le président de l’UMP Jean-François Copé a mis l’extrême droite et l’extrême gauche dos à dos.

 

Les violences de ces deux extrémismes sont-elles de nature identique et doivent-ils être jetés dans le même panier de crabes aux pinces tranchantes? Non. Une fois encore, les politiciens français parlent plus vite qu’ils ne pensent. Du moins, quand ils pensent.

 

Certes, recevoir un coup provenant d’un néofasciste ou d’un anar du «Black Bloc» fait mal dans les deux cas. L’auteur de ces lignes peut témoigner, dans sa chair, de la brutalité du service d’ordre de la CGT, à l’époque où ce syndicat servait de courroie de transmission au Parti communiste. De même, les méthodes des hitlériens et des staliniens se rejoignent dans le totalitarisme.

 

Mais nous ne vivons plus dans les années 1920-1930, lorsque l’extrême gauche et l’extrême droite étaient de taille à peu près équivalente dans de nombreux pays d’Europe. Aujourd’hui, l’extrême droite atteint un volume plus important que celui de l’extrême gauche et la dépasse nettement en virulence. En France, l’extrême gauche n’a que rarement débordé les manifs mises sur pied par les syndicats, notamment contre le régime des retraites. En revanche, la plupart des défilés menés par les catholiques et la droite contre le mariage homosexuel se sont terminés en violences organisées par des groupes néofascistes qui ont cherché, de façon systématique, l’affrontement avec la police.

 

Aujourd’hui, en France et partout en Europe, le danger, c’est l’extrême droite. La Hongrie nous en offre un sinistre exemple. Mais le phénomène magyar ne se circonscrit pas qu’à ce pays.

 

Certes, les «Black blocs» qui sévissent dans les cortèges de gauche ne sont pas des bisounours aux auréoles couleur pastel. Mais on ne saurait les comparer aux meutes bien entraînées, organisées, dressées des groupes néofascistes. Leur idéologie centrée sur le chef constitue d’ailleurs un gage quant à l’efficacité de leur violence. Alors qu’en face, c’est plutôt l’anarchie qui règne. Par ce seul aspect, confondre les deux violences relève donc de l’absurde.

 

Pour les extrémistes de gauche non pacifiques, la violence est un moyen et non pas une fin, le but idéal étant d’atteindre la justice sociale. Cette attitude est périlleuse et erronée, comme l’Histoire nous l’a montré, des moyens violents conduisant à instaurer une société violente.

 

Mais l’état d’esprit qui la guide n’est pas le même que celui qui anime les extrémistes de droite pour qui la violence est toujours une fin. Elle est revendiquée comme le ferment d’une société organisée en fonction d’une hiérarchie rigide et fondée sur la discrimination raciste et sexiste, cette violence des violences.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

L'avis d'un spécialiste de l'extrême droite interviewé par France 3. A noter son constat: les policiers français se sont plus occupés des extrémistes de gauche que de ceux de droite.

 

13:03 | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : fascisme, communisme, néofascisme, vidéo | |  Facebook | | |