21/11/2013

Les nouveaux rebelles en charentaises

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Les nouveaux rebelles sont arrivés. Comme le beaujolais, tout aussi nouveau et imbuvable. Devant les caméras, les voilà se dressant sur leurs charentaises pour clamer leur rejet du «politiquement correct».

 

De quoi s’agit-il vraiment? L’expression nous vient des Etats-Unis. A la fin des années 70, les milieux de la gauche universitaire voulaient, par ce terme, se moquer de leurs propres excès dans l’euphémisation. C’est ainsi qu’un aveugle était transformé en non-voyant, et un nettoyeur devenait, par la magie des mots, technicien de surface. Un brin ridicule, en effet.

 

Quelques années plus tard, les conservateurs américains ont repris le "politiquement correct" à leur compte pour s’attaquer, non plus aux excès, mais à la racine même de l’opposition au racisme et des mesures prises contre les discriminations sexistes, ethniques et culturelles. Leur but était – et reste – de ridiculiser les décisions adoptées dans les années 1960 et 70 pour ouvrir les droits civiques aux Noirs américains et promouvoir l’égalité entre les sexes. Lois votées à la suite de longs et pénibles combats.

 

Comme d’habitude, la mode a mis plusieurs années à franchir l’Atlantique. Le «politiquement correct» est désormais la cible de commentateurs plus ou moins patentés, d’amuseurs plus ou moins professionnels et de tous ceux qui se drapent dans le linceul des martyrs avant d’aller, suprême audace, à la soupe que leur touille l’extrême droite un peu partout en Europe.

 

Toute pensée un peu généreuse, tout acte humain envers les étrangers, tout appel à la raison plutôt qu’au fanatisme sont aussitôt stigmatisés sous l’appellation honnie du «politiquement correct».

Loin d’être ostracisés comme ils s’en plaignent sur tous les tons et toutes les ondes, ces révolutionnaires en peau de lapin domestique imposent aujourd’hui leur propre «politiquement correct», celui qui fait du racisme une opinion aussi légitime que d’autres, au nom de la liberté d’expression.

 

Or, le racisme n’est pas une opinion, c’est un sentiment régressif qui puise dans les peurs que chaque humain peut concevoir lorsqu’il est confronté à l’autre. Etre à la fois individu et membre de l’humanité ne va pas sans conflit. Grande est la tentation de rejeter ce qui ne nous ressemble pas. Pour progresser dans ce chantier en perpétuelle construction qu’est l’humanité, les civilisations s’efforcent donc de surmonter ces peurs ancestrales qui bloquent toute avancée.

 

Prendre le bonnet rouge du révolté pour tirer l’humain vers le bas relève de la supercherie, de la pose et, surtout, du dérisoire. Quand les bourgeois se griment en Gavroche et les épiciers télécrates en Che Guevara chevauchant dans la pampa médiatique, le ridicule se tient en embuscade. Qu’on se rassure, il ne tue plus.

 

Nouveaux rebelles? Plutôt vieilles outres remontées à la surface de l’actualité.

Jean-Noël Cuénod

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20/11/2013

NKM victime du métro, une fois de plus!

 

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Comme 610 050 usagers (jusqu’à la corde) quotidiens, le Plouc affronte régulièrement la ligne 13 du métro parisien. En comparaison, le calvaire est un voyage dans la ouate. Une foule monstrueuse s’y presse aux heures de pointe. Ou plutôt s’y pointe aux heures de presse. Vous y êtes entassés, malaxés, broyés, le nez écrasé sur la vitre ou le corps pris en sandwich entre des masses malodorantes. Un claustrophobe qui pète les plombs et c’est la catastrophe assurée (photo).

 

nkm-metro-sipa-meigneux.jpgMais dans le monde enchanté de Nathalie Kosciusko-Morizet – NKM (photos)– la ligne 13 est un lieu de magie toujours renouvelée. La candidate UMP – tendance Marie-Chantal – à la mairie de Paris nous l’a dessiné joliment dans une interview publiée par Elle:

 

«Le métro est pour moi un lieu de charme, à la fois anonyme et familier. Je prends souvent les lignes 13 et 8 et il m’arrive de faire des rencontres incroyables. Je ne suis pas en train d'idéaliser le métro, c'est parfois pénible, mais il y a des moments de grâce.»

 

Succès comique énorme sur le Net. Les Parisiens se gondolent comme des Vénitiens. Car chacun à son histoire de galère sur la 13. Prenons un cas au hasard, tiens, le Plouc, par exemple! Un vilain jour, il doit se rendre à l’ambassade de Suisse qui se trouve sur le trajet de cette ligne maudite. Après avoir enfilé sa tenue de camouflage pour petits-fours-champagne, soit son costard-cravate, il insinue sa grosse carcasse entre des doudounes crasseuses dans l’une des voitures. Le métro part dans un claquement de portes automatiques et de cris poussés par un type qui s’est fait coincer le bras.

 Le Plouc avise un jeune gars, juste face à lui, qui ne tient sur ses jambes que par la grâce (oui NKM, il y a bien des moments de grâce, parfois, dans le métro!) de la compression collective. Son teint de craie, ses yeux vagues, ses hoquets font craindre le pire. Et le pire survient: le type vomit sur l’imper du Plouc juste avant qu’il ne descende à la station Varenne. Impensable de débouler dans un pince-fesses diplomatique dans cet état. Il a fallu le secours d’un lavabo de bistrot pour réparer les dégâts.

 

Sans doute, NKM a-t-elle voulu changer son image de Diva chic des quartiers smart en chantant ainsi, pour faire peuple, les mérites de la ligne 13. Le résultat est terrible: elle fait plus chipie du XVIe arrondissement que jamais! Dans cet exercice, elle est aussi à l’aise que le pauvre Balladur juché sur une chaise lors d’un meeting de la campagne présidentielle 1995.

 Nathalie et Balla sont du bois dont on fait les chaises à porteurs. C’est ainsi. Ils n’y peuvent rien, les malheureux.

 

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que NKM se prend un métro en pleine poire. L’an passé, alors que, juchée sur ses escarpins, elle portait la parole de Nicolas Sarkozy, la ministre avait dû répondre à la classique question du journaliste qui veut embêter son politicien, à savoir, quel est le prix du ticket? «4 euros» avait-elle rétorqué. Eclat de rire général. Le billet coûte 1.70 euros sur le réseau parisien. Faire semblant de prendre le métro, c’est un métier, Mme Kosciusko-Morizet! Demandez donc à Jacques Chirac.

 

La journaliste d’Elle la décrivait ainsi: «Une frondeuse qui voit les Parisiennes à son image». Il n’est pas certain qu’après cette interview les Parisiennes voient NKM à la leur.

 

Jean-Noël Cuénod

 

nkm,métro,vidéo

 

ESPACE VIDEO

 

Les aventures de NKM dans le métro ont inspiré beaucoup d’internautes. Un exemple.


NKM et le charme du Métro Parisien par ericko75

 

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16/11/2013

POSSIBLES

 

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Décantation du vin lunaire

L’aube se repose dépôt pourpre

Dans le verre ballon du matin

Sur la prairie la marée nocturne

Se retire emportant ses silences

Laissant à la bouche un goût de sable

 

C’est le moment juste l’instant-clé

Avant que tout bascule et s’ébroue

La brèche ouverte à l’Eternité

Tout est possible même la vie

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo prise par Guy Coissac au Col de la Bataille (Drôme)

 

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14/11/2013

«Minute» et Christiane Taubira, un remugle qui vient de loin

 

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 En traitant de singe la ministre française Christiane Taubira, l’hebdomadaire d’extrême droite Minute a exhalé un remugle qui rappelle les pires heures de la presse raciste de l’entre-deux-guerres.

Dans leurs caricatures, leurs titres, leurs écrits, ces journaux d’encre brune utilisaient deux catégories de style pour salir leurs victimes, à savoir les métaphores médicales et animales.

Leur cible préférée était Léon Blum, juif, socialiste et chef du gouvernement de Front populaire (1936-1938). Ce «fils de Moïse», affirmaient-ils, allait inoculer le «virus cosmopolite» à la France, qui allait en être «gangrenée». Lorsque la médecine ne suffisait plus, ces folliculaires antisémites se rendaient au zoo. Blum en sortait caricaturé en hyène, en vautour, en serpent.

Minute s’est donc directement inspiré de cette école pour concocter sa couverture injuriant Christiane Taubira. Certes, elle n’est pas juive et vient de Guyane. Toutefois, on retrouve la même association entre un responsable politique, son origine et un animal. Ce processus n’a rien d’anodin car il nie sa cible en tant qu’être humain. Le terrain est ainsi aménagé pour commettre les pires horreurs.

Après l’Holocauste, le racisme s’est fait discret. Le souvenir des écrits qui l’avaient rendu possible était encore frais. Puis, au fil des ans, la mémoire s’est estompée, les freins se sont usés. Aujourd’hui, le racisme s’affiche sans pudeur.

Ce phénomène n’atteint pas que la France et s’étend à d’autres pays, comme l’Italie, où la ministre de l’Intégration, Cécile Kyenge, native du Congo, a essuyé des jets de bananes et a été comparée à un orang-outan par le sénateur de la Ligue du Nord Roberto Calderoli.

L’affaire Minute suscite aujourd’hui l’indignation quasi générale. Sursaut momentané ou prise de conscience? Parions sur la conscience, en espérant ne pas être déçus.

Jean-Noël Cuénod

 

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13/11/2013

La France brisée en mille morceaux

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Qui aujourd’hui ne manifeste pas en France? A part le président Hollande et les membres de son gouvernement, personne.

La tête près du bonnet rouge, les paysans bretons lancent une vaste jacquerie contre l’écotaxe. Les élus alsaciens montent au créneau pour la défendre. Les vétérinaires font grève et les footeux de luxe itou. Les artisans bricolent leur riposte antifiscale. Les plombiers rêvent de dessouder l’Elysée. Les fonctionnaires ne fonctionnent plus quand la rage revendicatrice les saisit. Même les policiers se gendarment contre le gouvernement.

 

Le temps n’est plus aux grands rassemblements solidaires pour incarner une cause commune. L’époque est aux manifs corporatistes pour défendre les acquis d’un groupe particulier. Chacun voit midi à sa porte, quitte à la claquer au nez de ses voisins.

 

Que les Français se rassurent, ils ne sont pas les seuls en Europe à partager ces chouanneries chouineuses et ces humeurs aigres. Ce n’est certes pas à un Suisse de faire la leçon à ce propos, nous aussi connaissons ces égoïsmes collectifs et grincheux qui, chez nous, s’expriment plus dans les urnes que dans les rues.

 

Toutefois, cette France cassée en mille morceaux a pour particularité de chérir plus que d’autres pays l’unité nationale. Aucune autre démocratie ne sécrète un Etat aussi centralisé. De Dunkerque à Marseille, de Perpignan à Lille, de Brest à Annecy, Paris ne veut pas voir émerger une autre tête que la sienne. Cette structure rigide devait assurer la cohésion de populations aussi diverses que Bretons, Alsaciens, Savoyards, Tourangeaux, Provençaux, sans oublier les Corses. Aujourd’hui, la voilà mise en échec par cette accumulation de revendications véhémentes, souvent contradictoires qui déboulent dans le champ gouvernemental en ordre – ou plutôt en désordre – dispersé.

 

Le président Hollande est coincé. Dès qu’il cède à l’un, les autres Calimero crient: «C’est trop injuste». De reculades en désaveux, son autorité se voit réduite au caquet. Ce qui, en démocratie centralisée, risque de précipiter le pays dans le chaos des extrémismes.

Les Français sont d’autant plus désemparés que l’UMP, principale forme d’opposition, végète dans un état aussi lamentable que le Parti socialiste et que les centristes ne les rassurent pas plus avec l’attelage Borloo-Bayrou promis aux coups de pied en vache. Quant au Front national, même s’ils le plébiscitent dans les sondages, les Français se doutent bien que leur programme économique ne les sortira pas du bourbier.

 

Déprimés par le présent, ils peignent en noir le futur, persuadés que leur passé glorieux ne leur sert plus à rien. L’Hexagone se perçoit comme un jardin à la française que le tsunami mondialisé dévaste. Il faudra bien un jour ramasser les branches mortes et replanter, avec des jardiniers plus soucieux du paysage commun que de leur pré carré.

 

Jean-Noël Cuénod

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11/11/2013

Mauro Poggia à l’épreuve du réel

 

Pour la première fois dans la longue histoire de Genève, l’extrême droite est parvenue à faire élire l'un de ses candidats au gouvernement de la République et canton. Une partie de la population a donc été attirée par la propagande gluante de haine fétide du MCG. Le nouveau «politiquement correct» - tout à son blanchiment d’idées sales - exige désormais que l’on comprenne ces votes «populistes» qui traduisent un malaise profond. Bien entendu, qu’ils «traduisent un malaise profond», le dire équivaut à enfoncer des portes ouvertes ! Eprouver «un malaise profond» est une chose. Voter pour un mouvement qui n’a pour tout horizon idéologique que la traque des boucs émissaires en est une autre.

 

Certes, Mauro Poggia s’est habilement dédouané des outrances les plus nauséabondes de son mouvement en désignant d’un regard prudent son colistier Stauffer. Toutefois, par sa présence sur la liste du MCG, le nouveau conseiller d’Etat a cautionné les affiches les plus immondes et les discours les plus malsains. Utiliser les ficelles de l’extrémisme grossier avec le costume trois-pièces de la respectabilité bourgeoise se révèle diablement efficace sur le plan électoral. Mais celui qui use de cet artifice démontre le peu de cas qu’il fait de la morale en politique.

 

Toutefois, force est de reconnaître que les électeurs du MCG ont choisi le moins pire des candidats extrémistes, et de loin. Comme avocat, Poggia a démontré une efficacité indéniable dans la défense des assurés. Passé à la moulinette gouvernementale, le nouveau conseiller d’Etat pourrait devenir un magistrat, en fin de compte, acceptable.

 Mais justement, c’est là où le bât blesse le flanc des extrémistes de droite. Devenant un politicien comme les autres, Mauro Poggia perdra tout charme aux yeux de ses électeurs. Il devra passer des compromis, reculer, composer, affadir son propos, affronter une gauche et un centre droit qui ne lui feront aucun cadeau. Même Blocher n’a pas pu faire grand-chose lorsqu’il était conseiller fédéral.

 Les institutions suisses sont tellement bien huilées qu’elles broient les extrémistes. Soit ils se plient aux impératifs de la collégialité, et ils perdent leur caractère attractif. Soit ils tentent de lui résister, et ils finissent par être rejetés.

 

Quelle sera la politique de Mauro Poggia lorsque le Conseil d’Etat devra régler les problèmes transfrontaliers, alors que son MCG a tout fait pour attiser la mésentente stérile entre Genève et son arrière-pays? Quelle sera la position de ce mouvement sur cette question? C’est facile de hurler sur les bancs de l’opposition, mais se transformer en parti responsable de la politique gouvernementale relève du défi himalayen pour une formation fondée sur la démagogie.

 

Poggia part avec un handicap supplémentaire: son colistier Stauffer. Il l’a devancé très largement de 9 127 voix. Pour le fondateur du MCG, la claque est d’autant plus sonore qu’elle vient de ses propres rangs. Or, l’ego de Stauffer donnant une idée assez précise de l’infini, on imagine que la vie de Poggia ne sera pas facile, au sein même de son mouvement. Ses amis qui l’ont hissé dimanche soir sur leurs épaules risquent fort de le laisser tomber à la première occasion qui leur sera offerte

 

Le réel est une rude épreuve. Pour tous. Et particulièrement pour Mauro Poggia.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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08/11/2013

Le plouc cause dans le poste: écotaxe, manifs bretonnes et bonnets rouges

 

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Le Plouc a fait partie des invités, samedi dernier, de Jean-Marc Four, directeur de la rédaction de France-Culture et producteur de l'émission "Secret des sources". Au programme: l'écotaxe, la colère bretonne et l''impuissance du politique. Voici la chose.

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06/11/2013

Politiciens à plan de vol ou à bulletin météo?

 

En ces temps d’élections, il n’est peut-être pas inutile d’évoquer deux grandes catégories de femmes et d’hommes politiques. Celles et ceux qui utilisent un plan de vol pour piloter l’action gouvernementale. Et les autres, qui se contentent de se conformer au bulletin météo.

 

Les premiers choisissent leur lieu de départ et leur point d’atterrissage. Le bulletin météo ne leur sert qu’à prendre de l’altitude pour s’écarter d’un courant adverse ou en perdre afin d’éviter des masses nuageuses. Mais la météo ne leur fera pas changer de cap, sauf tempête exceptionnelle.

 

Les seconds, eux, font du bulletin météo, leur plan de vol. De Genève, ils voulaient aller à Barcelone, mais le temps se gâte vers le sud. Alors, rendons-nous plutôt à Berlin. Ah, la pluie s’abat sur l’Allemagne! Voyons plutôt si à Rome, le soleil luit…

Ces politiciens de tendance météorologiste n’ont d’autre vision que leur élection. Ils ne savent pas où se rendre et peu leur importe. L’essentiel est de siéger et pour ce faire, tout est bon.

 

S’ils sentent que la population pourrait bien prendre tel bouc émissaire pour exprimer sa colère, les voilà qui poursuivent la proie à cor et à cri, la caricaturent sur leurs affiches, en font l’unique objet de leur ressentiment.

 

Mais tout change, même les boucs émissaires. Peu importe, capturons en un autre. Et tout recommence. Avant-hier, les Juifs figuraient comme victimes expiatoires. Hier, c’étaient au tour des ouvriers italiens et espagnols d’être assigné à ce rôle. Aujourd’hui, il est dévolu aux Roms, aux émigrés, aux frontaliers. Et demain, qui d’autres?

 

La haine des Juifs a conduit à la Shoah. La xénophobie a rendu plus difficile l’intégration des Italiens et des Espagnols, mais elle ne l’a pas empêchée. Leurs enfants sont désormais des Suisses comme les autres. Notre pays aurait simplement pu s’épargner des haines stupides et improductives. Les recettes toxiques de jadis et naguère aboutiront aux mêmes plats empoisonnés.

 

La Suisse, la France et un grand nombre de pays européens fourmillent de ces politiciens à verbe haut et vision basse qui brandissent leur drapeau national, alors qu’ils n’ont pas d’autre patrie que celle de leur ego surdimensionné. Leurs solutions n’ont jamais apporté que ruines dans le pire des cas ou impasses dans le meilleur.

Certes, les politiciens à plan de vol n’ont pas la superbe des grandes gueules. Leurs affiches sont moins colorées. Leurs discours manquent de flammes. Mais il est préférable de les installer aux commandes. Sinon…

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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03/11/2013

La Bretagne «brûle» le président Hollande qu’elle avait élu

 

La Bretagne a de nouveau connu un week-end chaud. Samedi jusqu’à tard dans la soirée, une vingtaine de milliers de manifestants, coiffés de leurs fameux bonnets rouges, ont envahi le centre de Quimper pour protester contre la politique pilotée par Paris. Cinq personnes, dont un policier, ont été légèrement blessées et deux autres, interpellées.

 

Front «uni» du syndical patronal aux trotskistes !

 

Le gouvernement avait espéré qu’en suspendant l’écotaxe, le calme allait revenir en Bretagne. Peine perdue. L’écotaxe n’était qu’une goutte de fioul dans un réservoir empli de rognes et de grognes. La manif de samedi a réuni des groupes aussi disparates et antagonistes que le syndicat patronal Medef, le syndicat ouvrier FO, le syndicat paysan FDSEA proche de l’UMP, les trotskistes du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), les indépendantistes bretons, les extrémistes de droite de la mouvance identitaire. Et le porte-parole du comité d’organisation de la manifestation n’est autre qu’un maire de gauche, Christian Troadec, du Mouvement Bretagne et Progrès.

 

Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a proposé dimanche aux organisateurs d’élaborer avec le gouvernement un «Pacte d’avenir pour la Bretagne», afin de poser sur la table tous les - nombreux - problèmes sociaux et économiques de la région. Les réunions de travail se tiendront vraisemblablement dès après-demain à Paris. Les organisateurs de la démonstration de Quimper ont saisi la main tendue par le chef du gouvernement, tout en exigeant que «des mesures immédiates et concrètes» soient prises dans la foulée.

 

Le caractère pour le moins hétérogène des organisations protestataires ne va certainement pas faciliter le dialogue avec le gouvernement. Pourtant, celui-ci doit absolument réussir à calmer la fureur bretonne, afin qu’elle ne contamine pas les autres régions françaises qui, elles aussi, sont au bord de la crise de nerfs.

Ce désamour de la Bretagne est d’autant plus inquiétant pour le président François Hollande que cette région constitue l’un de ses bastions les plus solides. Elle avait placé Hollande largement en tête devant Sarkozy, lors de la présidentielle de 2012, avec 56,16% des voix, alors que sur le plan national le candidat socialiste en engrangeait 51,6%.

 

Les multiples causes de l’incendie

 

Pourquoi la Bretagne s’enflamme-t-elle? Les causes sont à la fois structurelles et conjoncturelles. Située à la pointe occidentale de la France, la région souffre d’être éloignée des centres de décisions économiques de l’Europe (Bruxelles et l’Allemagne) et du pouvoir politique national, ancré dans la capitale française. D’ailleurs, l’ire des Bretons se focalise principalement contre Paris, François Hollande étant surtout perçu comme symbole du pouvoir central.

En outre, le secteur agroalimentaire - principale activité de la Bretagne - subit une crise majeure depuis plusieurs années, crise qui s’est concrétisée récemment par la fermeture d’abattoirs et de centres de production carnée, mettant en péril 8000 emplois.

 

Editorial : Paris piégé par son centralisme

 

La colère des Bretons ne faiblit toujours pas. Et il sera bien difficile pour le gouvernement français de la calmer, car le mal vient de loin et dépasse de plusieurs coudées la personnalité du président Hollande. Le fait que les protestataires se coiffent du bonnet rouge, arboré en 1675 par leurs ancêtres en lutte contre Colbert - le Moscovici de Louis XIV - démontre que depuis des siècles la Bretagne accumule les rancœurs contre Paris.

 

Jadis, la capitale détenait une puissance autoritaire mais effective. Et malheur à ceux qui se révoltaient contre le Centre, qu’il soit royal ou républicain. Aujourd’hui, Paris est perçu comme le lieu d’un pouvoir resté centralisé, mais devenu à la fois omnipotent en théorie et impotent en pratique, arrogant et ignorant des réalités locales qu’il triture, malaxe, déforme dans les tuyaux de sa machinerie bureaucratique, cette usine à frustrations.

 

Dès lors, le gouvernement du président Hollande ne pourra, au mieux, qu’éteindre provisoirement un incendie, prêt à reprendre flammes dès qu’un vent mauvais se lèvera à l’Ouest. Car le mal français - et non pas seulement breton - relève avant tout des institutions de ce pays. Le système centralisé de l’Hexagone ne correspond plus à la réalité d’un monde qui a fondamentalement changé avec la globalisation des échanges internationaux.

 

 La nouvelle donne a induit ce mouvement dialectique: à l’émergence des centres de décisions économiques supranationaux, a répondu la création d’un tissu de solidarités plus proches de la vie quotidienne des peuples, au sein des régions ou provinces.

 

Entre ces deux entités, les Etats-nations naviguent avec plus ou moins de bonheur, les structures fédérales y étant mieux préparées que les pays fortement centralisés. Certes, la République fédérale française ne verra pas le jour dans un proche avenir. Mais l’Hexagone ne pourra désormais plus faire l’économie d’une véritable décentralisation et d’une répartition plus équilibrée des pouvoirs.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Christian Troadec, maire de gauche appartenant au Mouvement Bretagne et Progrès, est le porte-parole des "bonnets rouges".


Suspension de l’écotaxe : Interview de... par TeBeO

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27/10/2013

François Hollande affronte la révolte fiscale

 

Le président français pèche par là où il avait promis, le fisc. Durant sa campagne électorale de l’an passé, François Hollande avait annoncé une grande réforme des impôts et taxes en France, afin de rendre la fiscalité de ce pays plus juste et plus lisible. Ce domaine appartenant à sa spécialité, chacun était en droit d’espérer que, pour une fois, le passage de la parole aux actes ne relevait pas du mirage.

 

Or, aux usines à gaz qui existaient avant son arrivée à l’Elysée, le président socialiste en a bricolé bien d’autres, tout aussi tortueuses, et a renoncé à lancer le grand chantier de cette réforme indispensable. Au désordre précédent, François Hollande s’est contenté d’ajouter sa pagaille en prenant 84 mesures de prélèvements en un an.

 

Au lieu de tracer les grandes lignes de la future imposition des Français et de leur expliquer pédagogiquement les raisons de l’effort fiscal, le président a préféré finasser, manœuvrer, louvoyer, faire de la tactique plutôt que de la stratégie et prendre ses concitoyens pour des enfants auxquels il convient de taire les vérités les plus désagréables.

 

En instaurant une taxe ici, une autre là, une troisième dans ce domaine, une quatrième ailleurs et une cinquième n’importe où, sans que les Français puissent appréhender le tableau général, ce président pointilliste leur a brossé une croûte fumeuse, brumeuse et brouillonne. Impossible d’y reconnaître le paysage de l’Hexagone de ces prochaines années.

 

Ce faisant, Hollande et son gouvernement ont aggravé le sentiment d’angoisse qui se répand en France. A la peur du chômage, à la perte du pouvoir d’achat, à la dégradation des services publics, surtout en banlieue et dans les campagnes, s’est ajoutée l’exaspération fiscale avec cette question que maintes familles françaises se posent: quelle nouvelle taxe nous tombera-t-elle sur la tête?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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26/10/2013

POLLEN

 

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Eternel matin

           L’esprit est un corps

 

 Un corps libéré

 De sa puissance

Et de ses rictus

 

Un corps délié

             Aux formes sans forme

 Sans lieu ni jour

 

 Un grain de pollen

 Porté par le souffle

        Pour d’autres semences

 

                                          Joie d’être éclaté

                                         En feu d’artifice

                                      Se décomposer

                                      Se recomposer

 

 

Devenir toujours

Toujours devenir

 

     Rien n’arrête la mort

     La mort n’arrête rien

 

Jean-Noël Cuénod

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

- Circonstances

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

- Liens (Editions Editinter Paris)

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

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23/10/2013

La grande errance de la gauche française

 

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En France, la gauche se demande où elle habite. François Hollande ne navigue même plus à vue. Il erre à la recherche d’un introuvable gouvernail. Le Parti socialiste ne sait plus à quel ministre se vouer, puisque les membres du gouvernement passent plus de temps à se taper à coups de rame plutôt que de souquer dans la galère. Ce n’est même plus le Titanic où, au moins, l’orchestre continuait à jouer sans fausse note pendant le naufrage.

 

Pourquoi ce sinistre de la senestre? Comme toujours les causes sont diverses. L’une d’entre elles réside dans le caractère hors-sol des partis qui la composent. Le PS est surtout formé d’élus et de fonctionnaires. Les autres formations n’ont pas ou plus d’assises au sein de la classe ouvrière. Or, celle-ci ne s’est pas évaporée. Il ne faudrait pas prendre son évolution, dictée par celle des technologies, pour une disparition.

 

Le principal parti ouvrier français s’appelle aujourd’hui Front national. Faute de trouver appui dans les formations censées les représenter, les travailleurs ont choisi celle qui offre l’apparence d’un changement radical. Apparence, car s’il parvenait un jour aux affaires, le FN de Marine Le Pen serait bien en peine d’appliquer son programme nationaliste dans un monde où les véritables décisions ne se prennent plus dans le cadre étroit des Etats-nations.

 

En renonçant à rester le porte-parole d’une classe ouvrière qu’il supposait à tort reléguée dans le passé, le PS a voulu devenir celui des minorités de toutes natures, croyant ainsi suivre l’exemple des démocrates américains. Croyance erronée, car le président démocrate Obama n’a, lui, jamais délaissé la classe ouvrière dont il s’est fait l’ardent défenseur lors de la crise de l’industrie automobile en 2009.

 

Les minorités – sexuelles, culturelles… - ne constituent pas un ensemble cohérent mais forment une coalition instable d’intérêts qui peuvent se contredire à tout moment. Elles ne sauraient devenir l’épine dorsale d’un parti, à l’instar d’une classe sociale.

 

Certes, le droit des minorités doit aussi être défendu, mais en lien avec «l’épine dorsale» et non pas malgré elle ou contre elle. Pour l’avoir ignoré, le PS et François Hollande en paient le prix fort et participent de façon notable à la progression du Front national.

 

Pour la gauche, il n’y aura pas de reconquête de la classe ouvrière sans retisser des liens avec les syndicats. Certes, en France, ils sont faibles et divisés. Mais ils ont le mérite d’exister et de plonger leurs racines dans la réalité quotidienne. Le jour où les élites des syndicats auront remplacé les énarques à la tête du PS, celui-ci et la France se porteront mieux.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Et maintenant, prenons un bon bol d'intelligence avec Régis Debray, sur le même sujet.


Régis Debray analyse la crise de la gauche par prince_de_conde

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20/10/2013

L'affaire Léonarda illustre l'angoissante fragilité de la présidence Hollande

L’expulsion d’une famille - qui, manifestement, n’avait aucun droit à rester en France - est parvenue à ébranler le gouvernement de notre voisin qui révèle à cette occasion une inquiétante fragilité.

 

-        Déclaration publique du président ;

-        interruption du très important déplacement aux Antilles du ministre de l’Intérieur Manuel Valls ;

-        panique des socialistes au pouvoir devant les manifs des lycéens ;

-        attaques de membres du gouvernement contre leur collègue Valls,

-         lutte entre ce dernier et le premier ministre Ayrault…

 

Voilà ce que le cas d’une adolescente de 15 ans - Léonarda - a provoqué en quelques jours.

 

Alors qu’il s’est toujours refusé d’intervenir «à chaud», contrairement à son prédécesseur Nicolas Sarkozy, le président François Hollande a dû se fendre ce week-end d’une déclaration publique à propos de l’expulsion au Kosovo de la collégienne Léonarda et de sa famille. Déclaration des plus étranges, puisque le chef de l’Etat propose à cette adolescente de 15 ans de revenir en France mais… sans les siens! Il envoie ainsi ce message emberlificoté : la loi d’être appliquée mais bon, pas tout à fait.

 

Hollande faisait ainsi suite au rapport d’enquête administrative diligenté pour jeter la lumière sur les circonstances de l’interpellation de Léonarda le 8 octobre lors d’une course d’école dans le Doubs. Ledit rapport relève qu’aucune faute n’a été commise par les autorités mais regrette le «manque de discernement» qui a présidé à la décision de faire arrêter le car qui transportait Léonarda et ses camarades de collège. Dans le Journal du Dimanche d’hier, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls annonce qu’il fera rédiger une circulaire renforçant la préservation de l’environnement scolaire lors d’expulsions du territoire.

 

Cela dit, Valls reste ferme: pas de retour en France de toute la famille de Léonarda.

Le ministre de l’Intérieur est d’ailleurs l’unique figure socialiste à tirer son épingle de ce jeu de dupes. Sa popularité - déjà bien établie - se renforce encore. Selon un sondage BVA paru samedi dans Le Parisien, 74% des personnes interrogées - et 57% d’électeurs de gauche - soutiennent la position de Manuel Valls.

 

 Ce soutien est d’autant plus résolu que les révélations sur le père de Léonarda donnent de ce dernier l’image d’un homme plus pressé de mentir pour recevoir les aides sociales de la France que de s’y intégrer par son travail.

A l’issue des élections municipales de 2014, les jours du premier ministre Ayrault seront comptés. Pour le remplacer, Manuel Valls part hyperfavori.

 

Le gouvernement français doit d’autant plus se ressaisir qu’une récente note - publiée par le site du Nouvel Observateur - synthétisant les rapports des préfets sur l’état de leurs départements, met en exergue «la colère» qui anime les Français, à tous les niveaux et dans toutes les régions. A l’angoisse née du chômage persistant, s’est ajoutée l’exaspération due à la hausse de la fiscalité. La synthèse des notes des préfets craint même une «désobéissance fiscale». Cahuzac fera-t-il des émules dans les classes moyennes françaises ?

 

Jean-Noël Cuénod

 

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18/10/2013

Léonarda et immigration : l’émotion au pouvoir

 

L’émotion soulevée par l’expulsion de France vers le Kosovo de Léonarda (15 ans) et de sa famille illustre l’attitude irrationnelle des Européens de l’Ouest vis-à-vis de l’immigration. Pourquoi cette reconduite à la frontière a-t-elle suscité un tel déchaînement médiatique? Parce que la collégienne, en pleine course d’école, a dû rejoindre sa famille sur requête de la police pour que l’ordre d’expulsion soit exécuté. Les policiers étaient pressés car l’avion affrété pour l’occasion était sur le point de partir.

 

 

 

S’ils avaient attendu la fin de la course d’école et le retour de la collégienne auprès de ses parents pour organiser un autre départ, Léonarda et les siens auraient été expulsés sans bruit. Les médias ne lui auraient même pas consacré un entrefilet. Des expulsions de ce genre, il s’en produit tous les jours en France, Suisse, Allemagne, sans que cela provoque le moindre émoi.

 

 

 

La course d’école d’une collégienne interrompue par la police a brusquement donné un visage humain à la politique d’immigration devenue restrictive dans les pays de l’Europe occidentale. Or, cette politique est voulue par une majorité - et souvent une très large majorité - des populations de nos Etats. Lorsque l’étranger est une sorte d’entité anonyme, il devient l’objet de tous les fantasmes xénophobes, ce qui se traduit dans les lois votées par des parlementaires soucieux de se faire réélire.

 

 Mais lorsque, soudain, l’étranger devient un être humain avec son histoire, ses angoisses, ses projets, ses espoirs et ses désespérances, tout change. L’intrus que l’on voulait chasser, devient un proche qu’il faut protéger.

 

 

 

L’émotion, à chaque fois, est au pouvoir. Lorsqu’il s’agit d’adopter des lois anti-immigration et lorsqu’on proteste contre leur application à un cas personnalisé. Il est temps de ramener enfin la raison sur le devant de la scène politique pour chasser fantasmes xénophobes et sensibleries superficielles.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Léonarda : Les lycéens se mobilisent contre l... par GrandLilleTv

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16/10/2013

Ma grand-mère savoyarde et le MCG

 

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Il faut du temps pour se remettre du dégoût et de la colère. Le titre en gros caractères du journal MCG Le Citoyen – «L’épidémie de frontaliers n’est de loin pas éradiquée» – suivi par la propagande électorale gluante de haine de cette formation extrémiste ont sali ma mémoire. Ou plutôt celle de ma grand-mère savoyarde qui, aujourd’hui, habite un autre monde, au-delà de toutes les frontières trop humaines. Elle aussi était frontalière, fille d’une famille de frontaliers qui faisaient des allers et retours entre Viry et Carouge, avant de se fixer il y a un siècle rue Ancienne, puis à Plainpalais.

 

C’est ma «granny» – on l’appelait ainsi en prononçant le mot à la française – qui m’a initié à l’Histoire de Genève, a illustré la vaillance des Genevois devant les troupes ducales, m’a fait grimper sur les canons de la Treille, m’a conduit à mon premier cortège de l’Escalade.

 

Si j’aime cette République et canton d’une affection qu’aucune élection n’altérera, c’est à une Savoyarde que je le dois. Car si «granny» adulait Genève, elle n’avait pas pour autant renié sa Savoie d’origine et encore moins la partie de notre famille restée de l’autre côté de la frontière. Elle était «Grand Genevoise» avant la lettre.

 

Ce n’est pas rendre hommage à «granny» que de descendre au même niveau de basse invective que celui des extrémistes. Cela dit, il appartient sans doute à un vieux Genevois de remettre certaines pendules cantonales à l’heure frontalière.

Le destin de Genève et celui de sa région savoyarde-gessienne ont toujours été indissolublement liés. Il ne peut en aller autrement. La géographie et l’Histoire sont plus têtues que le MCG.

 

Un exemple parmi tant d’autres: l’Escalade. Alors que les troupes du duc de Savoie étaient surtout composées de Napolitains, de Piémontais et d’Espagnols, onze des dix-huit Genevois morts au combat étaient originaires de régions aujourd’hui françaises, à savoir cinq Savoyards, trois Franc-Comtois, deux Gessiens, un Bellegardien et un Champenois.

 

Durant l’entre-deux-guerres, de nombreux Genevois travaillaient en Haute-Savoie, surtout dans les usines de la vallée de l’Arve. La crise horlogère en Suisse et la saignée qu’avait subie la France en 14-18 expliquaient ce flux frontalier Genève-France. Aujourd’hui, ledit flux est inversé. Mais demain ou après-demain qu’en sera-t-il? Reverrons-nous des travailleurs genevois traverser la frontière pour être embauchés à Annemasse ou Annecy? Il ne faut insulter personne, et surtout pas l’avenir!

 

Comme toujours, «granny» a raison. Par-delà les tempêtes dans un verre d’eau de l’Arve, le pays genevois restera ce qu’il a toujours été, un trait d’union.

 

Jean-Noël Cuénod

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13/10/2013

Le Front national gagne à Brignoles et le "front républicain" est bien malade

 

 Laurent Lopez (48 ans) est désormais conseiller général du Var. Ce candidat du Front national l’a largement emporté, hier soir, au second tour de cette élection cantonale partielle à Brignoles. Il a battu de plus de mille voix, sur une dizaine de milliers, la prétendante de l’UMP Catherine Delzers.

 

La victoire de Lopez est d’autant plus étonnante que sa rivale était soutenue par toutes les autres formations, à savoir les socialistes, les communistes, les verts ainsi que par un ancien frontiste recalé par son parti et qui a été battu au premier tour, comme les deux candidats de la gauche, le communiste Laurent Carratala et la verte Magda Igyarto-Arnoult.

 

Sur pression de leurs états-majors à Paris, les instances socialiste, communiste et verte de Brignoles ont, non sans réticences, appelé à voter en faveur de la candidate de l’UMP, conformément au principe du «front républicain» défendu par le PS. Il consiste à faire barrage systématiquement au Front national, quitte à contribuer à élire le représentant de la droite classique.

 

Ce «front républicain» n’a donc pas fonctionné à Brignoles. Il faut dire que l’UMP fait actuellement tout pour le saborder. Certains de ses dirigeants renvoient dos à dos socialistes et frontistes, tel François Fillon qui multiplie les déclarations ambiguës à propos du FN. Dès lors, le Parti socialiste éprouve de plus en plus de peine à convaincre ses électeurs à voter pour des candidats UMP; maints sympathisants socialistes se rendent bien compte que ce «front républicain» ne fonctionne qu’à sens unique.

 Pourquoi se déplacer aux urnes pour élire un adversaire dont le discours se distingue de moins en moins du Front national et qui voue aux gémonies le PS?

 

A Brignoles, Mme Delzers a payé le prix fort des déclarations émises par son compagnon de parti François Fillon.

 

En outre, le principe du «front républicain» a pour grave inconvénient qu’il conforte la propagande de la patronne du FN, Marine Le Pen, qui, avec sa formule «UMPS» fourre dans le même sac d’opprobre l’UMP et le PS.

 

 Dans cette optique, le soutien de la gauche a peut-être même nuit à la candidate UMP. Une partie de l’électorat traditionnel de la droite aurait alors voté pour le frontiste, par rejet de la gauche, sans que l’électorat de gauche ne se mobilise pour autant en faveur de Mme Delzers. Ce «front républicain» ne va-t-il pas mourir au fil des consultations électorales?

 

La tentation est grande de ne voir dans cette élection d’un frontiste qu’un épisode anecdotique. Certes, il ne s’agit que d’une élection cantonale partielle dans un petit territoire et non d’un scrutin national. Certes, l’abstention est importante - 55,74% - même si elle a diminué de 12% par rapport au premier tour.

Il n’empêche que cette victoire – associée au récent sondage IFOP qui place le Front national en tête des élections européennes – démontre que la montée du parti de Marine Le Pen est, pour le moment, irrésistible.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Invitée du Grand Jury : Marine Le Pen salue la... par rtl-fr

 

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09/10/2013

Marine Le Pen interdit que l’on appelle un chat, un chat

 

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Pour Marine Le Pen, un chat n’est pas un chat. C’est un félin, un félidé, un felis silvestris, un felis felis. Mais pas un chat. Et le premier qui prétend le contraire sera traduit devant les tribunaux.

 

Nous vivons des temps étonnants. Le candidat UDC au Conseil d’Etat Yves Nidegger propose de créer une enclave suisse au Maroc pour y envoyer les vieux Genevois désargentés. Marine Le Pen interdit aux journalistes d’indiquer que son parti d’extrême droite est d’extrême droite. Ces énormités n’empêchent nullement l’UDC en Suisse et le Front national en France de prospérer électoralement. Et ce sont ces partis, extrémistes quoiqu’ils en disent, qui taxent les autres d’irréalisme!

 

De la part de Marine Le Pen, le seul fait de vouloir traîner en justice les journalistes plaçant son mouvement à l’extrême droite, signe son extrémisme. Il en serait de même si Mélenchon et son Front de Gauche annonçaient des poursuites contre ceux qui les rangeraient à l’extrême gauche. Les extrémistes, d’où qu’ils viennent, ne supportent pas que l’on donne d’eux une autre image que celle diffusée par leur propagande… C’est même à cela qu’on les reconnaît.

 

En prônant le référendum pour la peine de mort, le repli de son pays à l’intérieur de ses frontières, en faisant des immigrés les boucs-émissaires de la crise économique, le Front national se place sur une ligne politique qui a toujours été celle de l’extrême droite, de tout temps et en tous lieux.

 

En revanche, il serait tout à fait erroné de prétendre que Marine Le Pen ou Blocher sont fascistes. Contrairement aux mouvements fascistes ou nazis, le Front national et l’UDC acceptent pleinement le jeu démocratique et n’organisent pas de milices destinées à prendre le pouvoir par la force.

 

L’extrême droite ne se résume pas qu’au fascisme. Elle est formée de plusieurs courants distincts les uns des autres: royaliste (en France, bien sûr), intégriste chrétien, conservateur radical, républicain nationaliste entre autres. Certains d’entre eux se réclament du racisme mais d’autres ne sauraient y être associés. Ces composantes diverses ont pour dénominateur commun le «nationalisme intégral», formule chère à Charles Maurras, le penseur royaliste qui fut l’intellectuel majeur de ces droites extrêmes au début du XXe siècle.

 

De même, l’extrême gauche ne doit pas être réduite au seul communisme autoritaire. L’anarchisme, le stalinisme, le trotskisme sont séparés par des gouffres et non par de subtiles nuances.

 

Dire que Blocher ou Marine Le Pen appartiennent à l’extrême droite ne revient pas à les traiter de fascistes. Et qualifier Mélenchon de leader d’extrême gauche ne signifie pas qu’on lui colle l’étiquette de chef stalinien. Mme Le Pen fustige le «politiquement correct» des «bobos de gauche». Voilà qu’elle veut désormais imposer la novlangue du Front national.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 

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Excellente analyse du rédenchef de L’Express, Christophe Barbier

 

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04/10/2013

François Hollande en enfer ; Marine Le Pen au paradis

 

 

 

hollandepluie.jpgFrançois Hollande vient de battre un triste record: il est désormais le président de la Ve République le plus impopulaire après dix-sept mois de pouvoir. Vendredi, le baromètre mensuel TNS Sofres indique que seuls 23% des Français lui font confiance. Au pire moment de son quinquennat, Nicolas Sarkozy n’était jamais tombé aussi bas.

 

Que le président soit impopulaire, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est plus en revanche, c’est l’étendue des dégâts que cette impopularité provoque sur son socle électoral, soit les 28,6% de suffrages qu’il a remportés lors du premier tour de la présidentielle de 2012. En effet, François Hollande subit ses plus lourdes pertes dans son propre électorat. Il perd ainsi 11 % de confiance en un mois auprès des socialistes. Même chute au sein des classes moyennes qui l’ont conduit à l’Elysée.

 

Le président socialiste ne capte de la confiance que dans une seule couche sociale, la «catégorie aisée» où il gagne 6% entre septembre et octobre. Un comble! Pourquoi une telle performance chez ces riches que Hollande affirmait «ne pas aimer»?

 

Risquons cette hypothèse. Le «ras-le-bol fiscal» des Français, constaté par le ministre des Finances Pierre Moscovici, accable plus les classes moyennes que les catégories supérieures qui, soit se sentent moins touchées compte tenu de leur surface financière, soit ont déjà pris leurs précautions sous forme d’«optimisation fiscale», les deux parties de cette alternative étant cumulables.

 

Cette impopularité chronique qui contamine le propre électorat manuel-valls-portrait-serre_4011545.jpgdu président Hollande entame la légitimité de ce dernier. Il se trouvera de plus en plus mal placé pour imposer sa loi à un gouvernement qui apparaît divisé et, surtout, au ministre de l’Intérieur Manuel Valls qui est le seul socialiste à faire preuve de popularité. Il est même le politicien français qui a la meilleure cote d’avenir. 43% des personnes interrogées lors du Baromètre TNS Sofres souhaitent lui voir jouer un rôle important.

 

 La polémique sur les Roms lui a donc pleinement profité, preuve que pour récolter des points de popularité, il faut aborder - sans forcément y adhérer - les thèmes du Front national. Les récents faits-divers spectaculaires ont profité aux deux figures politiques qui les ont traités médiatiquement, Valls et Marine Le Pen. Car la cote de confiance de la frontiste progresse de façon constante; elle se situe désormais au même niveau que les politiciens de gouvernement tels Fillon, Juppé et Christine Lagarde.

 

marine-le-pen-a-exprime-tout-son-respect.jpgLa montée du FN doit donc tout à sa présidente qui accélère le processus de «dédiabolisation» de son parti en luttant contre le classement de celui-ci à l’extrême droite de l’échiquier politique. Dans cette démarche, elle doit surmonter un écueil de taille, son père. Celui-ci est resté fidèle aux thèmes traditionnels de l’extrême droite et supporte mal cette banalisation de «son» Front national.

 

Jean-Noël Cuénod

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02/10/2013

La petite Fiona et les leçons de l’émotion

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Pendant quatre mois, le comité de soutien à la mère de la petite Fiona s’est mobilisé pour tenter de retrouver cette fillette de cinq ans portée disparue à Clermont-Ferrand. Des milliers de personnes ont fait part de leur solidarité par le truchement des réseaux sociaux. Une chaîne de compassion s’est ainsi forgée, pour protéger la maman éplorée et l’aider à retrouver sa petite perdue.

 

Et puis, d’un coup, la chaîne se rompt. La mère de famille passe aux aveux. Fiona est morte dans des circonstances encore non élucidées; l’enfant a été enterrée quelque part près d’un lac auvergnat. Selon le quotidien Le Parisien, la mère et son compagnon auraient consulté des documents sur internet afin de bien préparer leur opération «disparition».

 

Inutile d’en rajouter dans l’invective et l’écœurement devant cette manipulation. Nous sommes tous tombés dans le panneau. Tentons plutôt d’en tirer leçon.

 

A tous les niveaux, notre société «médiamercantile» privilégie l’image et l’émotion au détriment du texte et de la raison. Elle est fondée sur l’articulation entre les médias de toute nature et le mercantilisme sous toutes ses formes. L’image d’une maman angoissée fait le tour de la planète en quelques minutes grâce à Twitter et Facebook. Et cette image devient icône gravée dans nos cœurs.

 

Pourtant, en relisant les articles les plus complets parus au moment de l’annonce de la disparition, on se rend compte que des contradictions avaient été relevées dans les déclarations de la mère et de son compagnon. Mais il ne s’agissait que de textes, prudemment rédigés, incapables de rivaliser avec la force d’une larme coulant sur un visage maternel. L’image a interdit le doute suscité par le texte.

 

De telles intoxications, nous en subissons tous les jours sans forcément en être conscients. Rien de tel qu’un bombardement d'émotion pour vous faire acheter un objet inutile. En politique, les mêmes manœuvres manipulatoires sont utilisées avec de moins en moins de retenue. Pourquoi se gêner?

 

Bien entendu, les périodes électorales sont particulièrement propices au déferlement d’images toxiques, excitant les angoisses et flattant les aspects les plus vils de l’âme humaine. Mais en dehors de ces vibrionnantes époques, c’est tout un climat d’hypersensiblerie qui est créé par la société «médiamercantile»; elle nous baigne dans un bruit de fond émotif afin de réduire au maximum l’espace dévolu à la réflexion.

 

Cette société a pour ennemi naturel la raison, cette empêcheuse de consommer et gouverner en rond, cette enquiquineuse qui clame la nudité du roi, cette désenchanteuse qui refuse de prendre les vessies pour des lanternes.

Que la sinistre affaire de Clermont-Ferrand nous rappelle les dangers de l’apparence et les pièges de l’émotion.

 

Jean –Noël Cuénod

 

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30/09/2013

Les Roms, ingrédients pour cuisine politique

 

La polémique qui sévit au sein du gouvernement français à propos des Roms, démontre à quel point la classe politique est incapable d’avoir à leur sujet une vision à la fois réaliste et humaniste. Et ce constat ne se limite pas à Paris.

 

 En assimilant les Roms à la délinquance, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls stigmatise tout un peuple, ce qui ne fait qu’attiser un problème déjà brûlant au lieu de chercher à l’éteindre. Mais en niant l’exaspération des populations locales qui ne supportent plus les troubles provoqués par les campements sauvages, sa collègue écologiste Cécile Duflot fait preuve d’une impardonnable cécité.

 

Ils ne s’intéressent pas aux Roms mais s’adressent tous deux à leur électorat respectif. Manuel Valls veut conforter son image de ministre protecteur de la loi et de l’ordre, apte à capter des voix d’électeurs excédés par la délinquance. De son côté, Cécile Duflot, après toutes les couleuvres que lui a fait avaler le président Hollande en matière de politique environnementale, doit se refaire une beauté gauchisante pour conserver son emprise sur le parti Europe Ecologie -Les Verts.

 

Au lieu de touiller dans leur petite gamelle politicienne, les gouvernants feraient mieux d’examiner les questions liées aux Roms avec sérénité.

 

Les responsabilités sont multiples, à commencer par celles des pays d’origine de ce peuple, la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie notamment. Que fait Bucarest des 2,2 milliards d’euros que son gouvernement reçoit, chaque année, de l’Union européenne pour améliorer le sort désastreux réservé à ses deux millions de Roms?

 

Apparemment rien ou très peu de chose, les Roms préférant dormir sur un trottoir parisien plutôt que de retrouver la misère hostile qui les attend dans leur pays. C’est donc sur le plan européen que cette question doit être réglée, en exigeant des Etats concernés qu’ils engagent enfin à bon escient les fonds qui leur sont généreusement alloués.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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