10/01/2014

Valls et Dieudonné , vrai tango et faux-culs

Instrumentalisation de l’antisémitisme contre instrumentalisation de la justice.

 

Le ministre français de l’Intérieur Manuel Valls triomphe : il a réussi à faire interdire la représentation de Dieudonné au Zénith de Nantes et à Tours. D’autres villes suivront. Tous les médias sont à ses pieds. Y a-t-il un président à l’Elysée ? Non, il loge place Beauvau[1].

 

L’entrepreneur en spectacles antisémites Dieudonné exulte.  Il est enfin parvenu à devenir le martyr le plus célèbre de France. 5 596 spectateurs avaient acheté, jeudi, leur billet à Nantes pour assister à ses sinistres pantalonnades ; il a fallu une décision arrachée d’extrême justesse au Conseil d’Etat (plus haute instance administrative française) pour qu’ils en soient privés. Ce poussah poussif de la haine très ordinaire rebondira plus que jamais sur l’internet, puisque désormais, il risque fort de ne plus exhiber ses nauséeuses histrionneries en public.

 

Dieudonné est indéfendable, de toute évidence. Cela dit, l’instrumentalisation de la justice par le gouvernement français en dit long sur le triste état des institutions de la République.

Au début de la semaine, le préfet de Loire-Atlantique interdit le spectacle de Dieumachin à Nantes. L’histrion recourt au Tribunal administratif. Qui rend sa décision, jeudi, à 14 h. 20 et autorise le spectacle. Le ministre Valls saisit aussitôt l’instance supérieure à Paris, le Conseil d’Etat. Celui-ci, à 18 h. 40, interdit définitivement la chose, juste avant l’ouverture à Nantes du show devenu froid. Qui a dit qu’en France, la justice administrative est lente ? Les conseillers d’Etat ont donc délaissé leurs lourdes robes chargées d’hermine pour chausser les pointes d’Usain Bolt.

 

Même la justice pénale a été invitée à jouer sa partition. La police judiciaire s’intéresse tout d’un coup aux mouvements de fonds de Dieudonné entre la France et le Cameroun. Or, le « Canard Enchaîné » souligne que Tracfin – la cellule antiblanchiment d’argent – avait signalé son cas aux autorités françaises en … 2007 ! Sept ans après, voilà que le dossier ressurgit, juste au bon moment.

 

Conclusion : Valls s’est appuyé sur Dieudonné pour asseoir sa réputation d’homme fort du gouvernement. Dieudonné s’est appuyé sur Valls pour devenir une inévitable figure médiatique. Vrai tango et faux-culs.

 

Ce n’est certainement pas en usant de manœuvres et de censures que l’on dégonflera cette baudruche. La vraie réponse est de la ridiculiser. Dans ce rôle, Jamel Debbouze est mieux armé que Manuel Valls.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Siège du Ministère de l’Intérieur à Paris

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09/01/2014

Les Jeudis du Plouc: Marine le Pen, l' "horreur européenne" et les mots mous

 

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Dans la bouche des médiacrates, les mots deviennent tout mous. Ils vont se diluant dans ce flot de salive jusqu’à perdre leur signification. A cet égard, Marine le Pen démontre qu’elle est une télépoliticienne comme les autres, contrairement à l’image qu’elle veut imposer. Lors de ses vœux pour 2014, la présidente du Front national a lancé cet appel à ses militants : « Nous devons continuer d’ouvrir les yeux des Français sur l’horreur européenne».

Les Européens ne traversent pas une passe difficile, douloureuse parfois. Non, ils vivent dans l’ « horreur ». Au cours de sa longue histoire, ce continent a pu pourtant mesurer tout le poids de ce mot. Sans remonter aux guerres de religions qui l’ont ensanglanté durant des siècles, ni aux ravages des conflits napoléoniens, le XXe siècle européen fut marqué par de véritables « horreurs » :

 

–      la boucherie de la Première guerre mondiale – 900 morts par jour pendant quatre ans ;

–       la terreur stalinienne – un Soviétique adulte sur cinq a subi le Goulag, un à deux millions d’entre eux périrent dans les camps ;

–       la Shoah des nazis – au moins six millions de Juifs massacrés, soit les deux tiers de la population juive d’Europe ;

–      le monstrueux deuxième conflit mondial – 60 à 70 millions de morts. 

 

Le Plouc rougit de rappeler ces évidences. Mais la destruction du vocabulaire par les politiques pour plateau télé l’y contraint. Marine le Pen, en utilisant le mot « horreur » à propos de l’Europe, vise à frapper les esprits. Elle ne fait qu’ajouter à leur confusion.

 

Si tout est « horreur », alors rien n’est  horrible.

 

Certes, l’état économique du continent et, particulièrement celui de l’Union européenne, n’est guère reluisant. Le chômage apporte son lot de douleurs. Mais on ne saurait qualifier pour autant la période que nous traversons d’  « horrible ». Telle qu’elle est aujourd’hui, l’Union doit être critiquée : institutions de faible intensité démocratique, bureaucratie souvent absurde, structures opaques, manque de volonté politique commune. Mais les outrances verbales des démagogues forment un écran de fumée qui empêche toute critique pertinente de se développer. Paradoxe apparent : en utilisant les mots qui choquent, ils confortent l’ordre ou le désordre établi.

 

 N’oublions pas l’essentiel. Grâce au processus d’unification de l’Europe, ce continent jadis ravagé par les haines – réveillées à chaque génération – vit en paix. Et commet, certes des erreurs, mais non plus des... horreurs.

 

Jean-Noël Cuénod

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05/01/2014

Instants magiques / La Plouquette danse avec les poneys

 C’est la Belle et la Bête version périgordine. Dans l’un des prés du Domaine de Beaurecueil (commune de Saint-Sulpice-de-Mareuil dans le Périgord Vert), la Plouquette – Christine Zwingmann Cuénod – danse dans un pré devant deux chevaux visiblement émus par le spectacle.

 

Puis, tout d’un coup, une autre danseuse, nommée Topaze, entre en scène ­pour improviser un pas de deux (à deux et quatre pattes). Mais voyez plutôt…

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03/01/2014

Les Jeudis du Plouc:des Bonnets Rouges dans le rétroviseur

 

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Le Plouc a-t-il été assommé par le coup de barre à droite de François Hollande lors de ses voeux? En tout cas, voilà les Jeudis qui paraissent un vendredi. C'est du joli!

Pour cette occasion, le Plouc a jeté un dernier coup d'oeil dans le rétroviseur pour contempler l'une des scènes les plus curieuses de l'année 2013 en France: les manifs des Bonnets Rouges. Menées d'abord contre l'écotaxe - avec succès -, leurs démonstrations ne savent plus où donner de la détestation anti-gouvernementale ou, plutôt, anti-parisienne. Ces détestataires réunissent des gens de toutes provenances sociales et politiques: les régionalistes, les militants de droite, de gauche, du centre, les patrons, petits, moyens, gros, les industriels de l'agriculture, les petits paysans, les commerçants de tous calibres, les gauchistes du NPA et les poujadistes de tous poils.

Du grand rassemblement  de Carhaix en Bretagne, le Plouc en a tiré ce poème-reportage.

BONNETS ROUGES

 

Flammes humaines au bout du chemin

Feu froid des colères

Sous le ciel aux couleurs de fumée

Les prés lumineux

Effacent les traces de la nuit

Un vieux chant rampe dans les sous-bois

Vipère sonore

Langue de rocaille aux éclairs bifides

A la peau d’ardoise

Antique venin du peuple oublié

 

Que faire des révoltes avortées ?

Des cris sans écho ?

Des braises couvant sous la cendre humide ?

De la boue féconde 

Ou de la paille jetée au torrent ?


Jean-Noël Cuénod 

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01/01/2014

Les vrais vœux cachés de François Hollande

 

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 Légende: Jean-Luc Mélenchon et François Hollande se tournent le dos, plus que jamais.

Depuis que Charles de Gaulle en a inauguré la pratique en 1958, chaque président français doit accomplir la cérémonie des vœux. Parfois, elle est le vecteur d’annonces lourdes de conséquences historiques. Ainsi, le 1er janvier 1961 (voir la première vidéo), le Général avait prévenu les Français que s’ils n’acceptaient pas l’autodétermination du peuple algérien en vue de son indépendance, « par un oui franc et massif », il démissionnerait aussitôt de ses fonctions présidentielles. Une semaine après, le corps électoral lui donnait satisfaction. Un an et demi plus tard, l’Algérie n’était plus française.

 Mais la plupart du temps, les vœux présidentiels sont aussi passionnants à suivre qu’un programme de figures imposées en patinage plus ou moins artistique.

 

Si François Hollande ne saurait être comparé à de Gaulle, ni par l’époque ni par la stature, il n’en demeure pas moins que ses vœux pour 2014 n’ont rien d’anodins (voir la seconde vidéo). Ils annoncent clairement que le gouvernement socialiste accentuera encore plus son mouvement vers la droite.

 

Il est tout de même fort rare d’entendre sortir de la bouche d’un chef d’Etat socialiste de telles prises de position :

 

–      « les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années » (mais alors pourquoi les a-t-il augmentés ? Pourrait-on lui rétorquer) ;

–      « je veux réduire la dépense publique » ;

–      « la sécurité sociale (…) doit en terminer avec les excès – nous les connaissons – et les abus » ;

–      « je veux simplifier (…) les démarches administratives  (…) c’est une condition pour que nous puissions être plus attractifs, plus modernes, plus souples ».

 

La mesure phare présentée par Hollande se situe dans la droite ligne de… cette ligne à droite ! Il s’agit du « pacte de responsabilité aux entreprises » : « Il est fondé sur un principe simple, moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social », praeses dixit !

D’ailleurs, le Medef, syndicat patronal français, a aussitôt approuvé cette proposition, par la voix de son président Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République. Il faut cependant avancer rapidement car il y a urgence». Le Medef revendique même la paternité  de cette idée qu’il avait émise mi-novembre dernier.

 

Il reste à savoir si le patronat va vraiment jouer le jeu hollandais ou s’il se contentera de ramasser la mise en faisant fi de ses contreparties. La faiblesse des syndicats français pourrait l’y inciter. En ce cas, l’Etat tapera-t-il du poing sur la table patronale ?

 

Lors de ses vœux, le président français a donc confirmé que les ponts avec la gauche de la gauche étaient définitivement coupés, comme le confirme la violence du commentaire diffusé par François Delapierre, secrétaire national du PG de Jean-Luc Mélenchon : « Pour 2014, les intentions exprimées par François Hollande lors de ses vœux  sont claires, continuer d'arroser les puissants et de maltraiter le peuple. Le président nous a resservi un pot-pourri des poncifs néolibéraux qu'il a appliqués cette année ». En comparaison, la réaction du secrétaire général adjoint de l’UMP, Geoffroy Didier, paraît presque tendre : « Si ces vœux  étaient sincères, ils étaient surtout stériles ». Et au sein de l’aile gauche du Parti socialiste la gêne est perceptible.

 

Dès lors, les vœux de François Hollande en cacheraient-ils d’autres ? Relevons tout d’abord que, contrairement à l’an passé, le président n’a pas prononcé une seule fois le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Serait-ce l’indice d’une prochaine éviction ? Sans doute puisqu’après les élections municipales et européennes (mars et  mai prochains), le chef de l’Etat changera son équipe gouvernementale. Si les socialistes peuvent éviter une déroute totale aux municipales ­– du fait de l’attachement des électeurs aux premiers magistrats de leurs communes et des triangulaires PS-Front national- UMP ­– ils risquent fort un Waterloo aux Européennes.

 

Dès lors, en plaçant la barre aussi à droite, le président socialiste ne prépare-t-il pas un gouvernement de coalition avec le centre-droit ? Certes, la Cinquième République n’a guère l’usage de ce mode de gouvernement. Mais rien n’est éternel en politique. Et la situation périlleuse que connaît la France pourrait induire une telle alliance. A ce propos, lors d’une interruption de séance à l’Assemblée nationale, lors du vote sur le budget en décembre dernier, Jean-Louis Borloo avait déclaré, devant des journalistes, qu’il était prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale.

 

Si Hollande n’est plus du tout compatible avec Mélenchon, il le devient de plus en plus avec Borloo.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les voeux de 1961...

Et ceux de 2014.


Le direct de la Présidence de la République by Présidence de la République

En 2014, vous en aurez plein les mirettes!

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Phélix vous souhaite une année 2014 éblouissante!

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30/12/2013

Avec Dieudonné, Valls joue avec le feu

 

Dieudonné a réussi à merveille son plan com’. Cet épicier du spectacle antisémite est parvenu à devenir le centre de la France en cette fin d’année, depuis samedi. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, dans une interview au « Parisien », lui a fait l’honneur de ne parler que de ses spectacles en annonçant qu’il voulait les faire interdire.

 

Certes, la dernière provoc’ de Dieudonné est à vomir. Au cours de l’un de ses squaitches, l’antisémite professionnel s’attaque à un journaliste juif de Radio France : « Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage ». La première réaction est de saisir la justice et de punir le coupable. Mais justement, c’est bien là, le but poursuivi par cet homme d’affaires qui fait tourner ses sites et ses spectacles.  Il a été maintes fois condamné à des contraventions de 7 000, 10 000, voire 20 000 euros. Des amendes plutôt salées mais qui font son beurre, car elles s’inscrivent dans son budget publicitaire. Les juges sont ses meilleurs impresarii.

 

La seule digue à opposer à cette tactique de la nausée, reste le mur du silence. Il ne faudrait plus parler de Dieudonné, ne plus diffuser une seule photo ou vidéo, ne plus en faire une vedette de l’ignominie. Bref, le lâcher dans les oubliettes médiatiques. Car, si Dieudonné draine autant de spectateurs et d’internautes (400 000 soutiens sur Fesse-bouc et 11 600 abonnés sur Touiteur) c’est surtout en raison du bruit médiatique que ses interventions provoquent. Réduit à sa seule sphère, Dieudonné n’aurait qu’un public restreint et sa carrière se heurterait à ce solide mur d’insonorité.

 

Mais voilà, la chose n’est plus possible. La preuve, le Plouc en parle, comme tout le monde. Car depuis que le seul ministre populaire de François Hollande l’a attaqué,  Dieudonné est devenu un sujet de débat politique. La responsabilité de Manuel Valls, à cet égard, est colossale. En annonçant l’interdiction de ses spectacles, il entre totalement dans le jeu du provocateur qui se voit ainsi sacré martyr, son rôle préféré.

 

Personne ne doute de l’intelligence du ministre Valls. Il sait donc qu’en faisant mousser Dieuvendu, il a pris le risque de lui offrir la plus belle des promos. Alors pourquoi l’a-t-il quand même fait ? Sans doute, pour profiter lui aussi du bruit médiatique, se poser en défenseur implacable de la République et conforter sa stature de présidentiable.

 

Ce n’est donc pas aujourd’hui, hélas, que Dieumachin sera condamné à la seule peine qu’il redoute : le silence.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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26/12/2013

Les Jeudis du Plouc : Noël à Lampedusa et intervention de la France en Afrique

La divulgation - par la deuxième chaîne de la télévision publique italienne  - des conditions effroyables subies par les clandestins massés à Lampedusa a jeté un froid sur les bûches de Noël européennes. Sur la vidéo diffusée (voir ci-dessous) par le Telegiornale 2 , on y voit des migrants, dans une cour en plein air, ouverte aux courants d’air froids, faire la queue pour "être douchés" par des employés du centre et recevoir une solution contre la gale. Ils se déshabillent les uns après les autres devant des femmes et des hommes et attendent leur tour, nus. Une image qui rappelle celle des camps de concentration, a souligné la maire de l’ile sicilienne Giusi Nicolini.

 

Interrogée par « Médiapart », la magistrate met en cause les politiques migratoires des pays de l'Union européenne. Celles-ci doivent être profondément réformées, car elles se révèlent « inhumaines » à l'égard de personnes fuyant la faim ou la guerre et « injustes » pour les personnes vivant « dans les lieux de frontière », tels les habitants de Lampedusa. Elle dénonce « un holocauste moderne en train de se dérouler en Méditerranée ».

 

Ces images auraient été captées par l’un des candidats à l’exil grâce à un téléphone portable. Elles sont commentées par Khalid, un réfugié syrien présent depuis 65 jours dans le centre de rétention de Lampedusa «On est traités comme des chiens» accuse-t-il. Femmes et enfants subiraient le même traitement.

 

Pour le responsable de ce centre de traitement, ces images auraient été mises en scène par les clandestins eux-mêmes, ce qui, à voir les images, paraît douteux, compte tenu de la présence des employés du centre de rétention. On les imagine mal accepter un « rôle » dans cette « mise en scène » !

 

En Italie, ces images ont provoqué un électrochoc. Aussi, à la veille de Noël, le vice-ministre de l'Intérieur Filippo Bubbico, a-t-il annoncé la fermeture du Centre de Lampedusa: « D'ici la fin de la journée de mardi, il sera vidé de ses quelque 200 immigrés ». Ils ont été transférés par avion à Palerme. Mais le problème n’est nullement résolu pour autant.

 

 Il serait particulièrement injuste de faire porter la responsabilité sur la seule Italie. C’est elle qui doit, en solitaire, assumer la politique contre les immigrés décidées par les pays européens, Suisse comprise. La majorité des peuples européens refusent, en effet, de voir la réalité en face et préfèrent élever d’illusoires barricades pour se protéger des marées miséreuses. C’est leur angélisme frileux à eux.

 

On peut les tourner dans tous les sens, mais les faits restent indéformables. Nous avons d’un côté un continent jeune, traversé de guerres et de famines et de l’autre, à quelques encablures, un continent vieux où règne la paix et l’abondance malgré la crise. Il est inévitable que l’un veuille se réfugier chez l’autre. On peut élever tous les murs de Berlin sur les côtes européennes, rien n’empêchera les vases de communiquer.

 

Alors que fait-on avec cette réalité ? Aucune des politiques migratoires suivies par les Européens ne fonctionne. La fermeture des frontières relève de la sinistre farce démagogique comme on peut le constater chaque jour. Et leur ouverture ne fait qu’accroître les votes en faveur des nationalistes qui sont incapables d’émettre la moindre idée rationnelle.

 

En fait, le flux des clandestins qui risquent leur vie et leur santé pour aborder les rivages de l’Europe ne sera ralenti que lorsque l’Etat de droit sera établi dans les pays africains. C’est le point central. Sans Etat de droit, la corruption massive, l’arbitraire, le despotisme, la captation des biens publics par une poignée de gangsters politiques continueront à alimenter les réseaux des passeurs, ces exploiteurs de la misère humaine.

 

En intervenant au Mali et en Centrafrique, la France tente aujourd’hui d’aider au rétablissement d’Etats détruits. Ces opérations sont indispensables et ressortissent aux responsabilités particulières d’un pays qui, comme d’ailleurs toute l’Europe, a profité pendant des siècles de l’exploitation coloniale.

 Toutefois, l’Etat de droit ne peut pas être établi par une force extérieure à un pays. Il doit être l’émanation du peuple au sein duquel il se développera. Le rôle de la France et de l’Europe est d’aider à la pacification - sans laquelle aucun Etat de droit n’est possible - mais sans chercher à le construire à la place du peuple. L’équilibre est particulièrement délicat.

 

Il existe donc un lien direct entre l’intervention française en Afrique et Lampedusa.  Aux Européens, Suisses compris, de le constater et de soutenir la France.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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25/12/2013

Chacun voit Noël à sa porte

 

 

Noël,Hanoucca,Diwali,Moulud, sol invictus

Jésus n’est pas né un 25 décembre, affirment la plupart des historiens des religions. Personne n’a pu déterminer le moment exact de sa naissance. La fixation de celle-ci à cette date remonte à l’an 326 de notre ère,  sur décision de l’empereur romain Constantin. Soucieux d’apporter un symbole fédérateur à tous les cultes de son empire et de faire cesser les persécutions contre les chrétiens, Constantin a fusionné la Nativité du Christ avec la fête traditionnelle de l’Antiquité romaine du Sol Invictus,  (le soleil invaincu) qui se déroulait tous les 25 décembre pour célébrer le début de la croissance des jours et du déclin des nuits. Par la suite, le christianisme supplantant tous les cultes romains, seule la version du Noël chrétien subsistera.

 

Peu importe la date à laquelle Jésus est né. Le fait que nous fêtions sa naissance au moment où la lumière commence à prendre le pas sur l’ombre s’associe harmonieusement avec le message du Christ : l’Amour en pleine lumière, effaçant la nuit des limites humaines. Alors, vive le 25 décembre !

 

Un grand nombre de civilisations célèbrent ou ont célébré le solstice d’hiver. Que le Christ s’inscrive dans cette perpétuelle espérance des humains devant la lumière à naître, va donc de soi.

 

Pour le judaïsme, cette période (entre novembre et décembre, en fonction du calendrier juif) est célébrée par Hanoucca qui commémore le retour du Temple de Jérusalem au culte de l’Eternel (YHWH). Durant trois ans, ce Temple avait été profané par le Roi des Séleucides, Antioche IV, qui voulait le consacrer aux dieux grecs. Après la victoire de la révolte des Juifs, emmenés par Judas Maccabée, contre les troupes d’Antioche IV, le culte monothéiste a été rétabli.

 

La plupart des musulmans célèbrent la naissance du prophète Mohammed (le Mawlid ou Mouloud), le 12 de Rabia al Awal, le troisième mois du calendrier islamique. Il s’agit aussi de se rappeler la venue au monde d’un messager porteur de paroles divines.

 

Les Hindouistes du nord de l’Inde commémorent Diwali, la fête des lumières (photo en bas), lors de la nouvelle lune de novembre. C’est le moment où l’on s’offre des cadeaux en allumant moult feux d’artifice.

 

Et il y a certainement de multiples autres exemples qui démontrent que notre Noël n’est pas seul au monde.

 

Depuis l’aube de l’humanité, la lumière scintille toujours au bout de nos tunnels. L’humain ne cesse de parcourir des distances épuisantes pour l’atteindre. Jusqu’au moment où il se rend à l’évidence : cette lumière, il la porte en lui depuis belles lurettes.

 

Qui que vous soyez - croyants de toutes les traditions, incroyants de toutes les appartenances, agnostiques de toutes les interrogations – puisse votre lumière faire son chemin.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Noël,Hanoucca,Diwali,Moulud, sol invictus



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23/12/2013

La Russie de Poutine et la preuve par la grâce

 

 Après l’oligarque et opposant Mikhaïl Khodorkovski, les deux dernières chanteuses punks du groupe Pussy Riot ont été libérées par le président Vladimir Poutine, ce lundi. Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova purgeaient leur peine de deux ans de prison dans des camps de la Volga pour l’une, de la Sibérie orientale pour l’autre. Elles avaient été condamnées après avoir prié de façon iconoclaste et antipoutinienne dans la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou.

Très courageusement, Maria Alekhina a déclaré à sa sortie de geôle, à propos de la grâce accordée par Poutine: "Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un geste d'humanisme, mais plutôt d'une opération de communication." D’ailleurs, la Pussy Riot aurait refusé cette grâce si elle avait eu le choix.

 

Mikhaïl Khodorkovski a, lui aussi, placé une série de bémols sonores à cette mansuétude du président élu à perpétuité. Son geste tient surtout au fait que ses Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi risquaient d’être boudés par les chefs d’Etat. Et puis, la conjoncture économique induit Poutine à se montrer un peu moins arrogants vis-à-vis des autres puissances.

 

Les partisans de l’évolution de la Russie, telle que Poutine l’a engagée, souligneront que sous Staline les Pussy Riot et Khodorkovski auraient reçu une balle dans la nuque et sous Brejnev, des soins musclés dans une clinique psychiatrique. Certes, mais la Russie reste tout de même éloignée des standards les plus basiques de la démocratie et de l’Etat de droit. Mikhaïl Khodorkovski souligne bien le nombre élevé de prisonniers politiques russes qui n’ont pas eu la chance d’être aussi « visibles » que lui.

 

Pour Vladimir Poutine, cette clémence très intéressée se révèle à double tranchant. Car en libérant ces prisonniers par sa seule décision, il prouve l’absence de justice digne de ce nom puisqu’il peut, à son gré, enfermer et libérer.

 C’est la preuve par la grâce que son régime repose sur l’arbitraire.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Maria Alekhina : premières déclarations de femme libre (et qui l’est restée même en prison).

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22/12/2013

NKM : un week-end à s’arracher les cheveux !

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Nathalie Kosciusco-Morizet a passé un week-end effroyable. La candidate UMP à la mairie de Paris, à quelque cent jours des élections municipales, a dû s’arracher les cheveux, à défaut de pouvoir crêper le chignon de sa rivale socialiste Anne Hidalgo. Il faut dire que l’aspect capillaire ne relève pas de l’anodin dans la campagne de NKM. Elle a changé moult fois de coiffures, comme le démontre notre petit florilège photographique. Ratera-t-elle l’élection d’un cheveu ? De plusieurs même, si la scoumoune continue à l’accabler.

 

Samedi, l’une des figures de l’UMP parisienne, Charles Beigbeder, annonce qu’à ces municipales, il lancera sa propre liste « de droite, libre et indépendante » pour contrer celle de l’UMP menée par NKM, en compagnie des centristes UDI de Borloo, eux-mêmes associés avec le MoDem de Bayrou. Le frère de l’écrivain pour plateau télé veut occuper, voyez-vous, l’espace entre la liste de centre-droit et l’extrême-droite de la liste Front nationale. Il veut une droite toute droite, dépourvue de centre et indemne d’extrémités. Curieuse figure géométrique.

 

Explication pipeau à coulisse, bien sûr : en fait, NKM a éjecté Charles Beigbeder de sa deuxième place sur la liste UMP-UDI-MoDem dans le VIIIe arrondissement. C’est fragile, le petit cœur d’un candidat, ça brise. Et ça se recolle ailleurs.

 

Dépité, Beigbeder veut désormais fédérer tous les dissidents de l’UMP qui en veulent à Nathalie Kosciusco-Morizet. Et ils sont nombreux : seize en tout, dans sept arrondissements (sur vingt) dont le plus célèbre – mais pas le moins coriace – est le rejeton des Tibéri, clan d’origine corso-chiraquienne.

Ces dissidents ont créé leur propre liste d’arrondissement, ce qui fait que dans sept d’entre eux au moins, la liste UMP-UDI-MoDem aura une liste concurrente sur sa droite, en plus de celle du Front national. La situation sera pire, si Begbeider passe de la parole aux actes en déposant sa contre-liste dans tout Paris.

 

L’UMP a annoncé que tous les dissidents seront « suspendus » de leur appartenance au parti. « Suspendus » mais non pas « radiés », saisissez la nuance. C’est dire la légèreté de cette punition.

 

Brillante parfois, maladroite souvent (les lecteurs de ce blogue se souviennent de son ode au métro parisien), arrogante toujours, NKM s’est créé un nombre considérable d’ennemis au sein de l’UMP parisienne qui, il est vrai, relève plus du panier de crabes grouillant que de la troupe de scouts en quête de B.A. Elle a donc, du haut de ses talons interminables, enclenché avec beaucoup de classe, la machine à perdre.

 

Ce même samedi, la Madone chic et choc a dû essuyer encore un gros grain. Son principal allié, le patron centriste de l’UDI Jean-Louis Borloo, proteste publiquement contre la publication d'une première liste de candidats UMP-UDI-Modem aux municipales car, selon lui, elle ne respecte pas l'accord passé entre les trois partis le 5 décembre. Il y manque, en effet, quatre candidats UDI.

 

C’est peu dire que NKM est mal partie pour devenir la première femme maire de Paris. Certes, elle peut tabler sur l’impopularité des socialistes au gouvernement, mais dans la capitale, la candidate du PS Anne Hidalgo – première adjointe de l’actuel maire Delanoë qui ne se représente pas – ne paraît pas en souffrir. Il en sera d’ailleurs vraisemblablement de même dans d’autres villes tenues par des socialistes qui se révèlent meilleurs dans la gestion locale que dans l’action gouvernementale.

 

Nathalie Kosciusko-Morizet a donc de quoi se faire des cheveux.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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19/12/2013

Les Jeudis du Plouc : scandale, un ouvrier candidat PS aux élections européennes

 

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C’est le scandale de la semaine en France. Le métallurgiste Edouard Martin (50 ans) a été désigné tête de liste du Parti socialiste pour la région Grand Est lors des élections européennes de fin mai 2014. Un ouvrier, vous vous rendez compte ? Et, tenez-vous bien, un ouvrier SYNDICALISTE ! Incroyable ! Hallucinant ! Bouleversifiant ! Indécent, pour tout dire…

 

Dans n’importe quel autre démocratie, la nouvelle n’aurait même pas été relevée. Un parti social-démocrate qui choisit pour le représenter un ouvrier issu des rangs du syndicalisme, quoi de plus banal. Après tout, l’un de nos meilleurs présidents de la Confédération, le socialiste Willy Ritschard, était monteur en chauffage de profession et secrétaire syndical.

 

Mais en France, la chose fait événement. Le pauvre Martin, qui appartient à la CFDT (Confédération française démocratique du travail), se trouve attaqué de toutes parts. Son syndicat devrait se féliciter qu’un des siens brigue un siège au Parlement européen. Pas du tout ! Conformément il est vrai aux règles de ce syndicat, Edouard Martin a dû se défaire de ses mandats syndicaux et n’a reçu qu’un bref satisfecit pour son action. Il fut pourtant la figure charismatique de la lutte des métallos pour sauver le site sidérurgique de Florange en Lorraine. 

 

Ses anciens camarades des autres syndicats – FO et CGT – n’hésitent pas à lui coller l’étiquette de « traître », tel l’indigeste Broccoli (FO) qui l’accuse d’avoir utilisé la bataille de Florange « pour servir son ambition personnelle ». Au Front national, qui se revendique comme le seul défenseur des ouvriers français, la rage est à son comble. Son vice-président Florian Philippot crache : « Il est allé à la soupe, comme les autres ! » Parce que Philippot, il n’y va pas à la soupe ? Il se présente, comme Martin, aux élections européennes dans le Grand Est !

 

La réaction la plus arrogante, la plus méprisante vient de Raffarin : « Il y en aura au moins un de recasé à Florange. C’est assez spectaculaire ! » L’ancien premier ministre UMP - élevé dans la ouate protectrice de la bonne bourgeoisie terrienne du Poitou, fils de secrétaire d’Etat, homme d’affaires avant de faire de la politique sa profession fort joliment rémunérée - n’a jamais eu besoin d’être recasé. Il fut bien casé dès sa naissance.

 

On reproche même à Edouard Martin, son indemnité parlementaire (12.000 à 15.000 euros par mois), avant qu’il ne soit élu. On peut la juger importante, mais pourquoi souligne-t-on cet aspect lorsque c’est un ouvrier qui se porte candidat ? Son montant est donc scandaleux dans le cas d’un métallo et normal s’il s’agit d’un politicien professionnel, un comptable ou un médecin ?

 

Certes, le Parti socialiste utilise son charisme pour sa propagande. Mais comme les autres partis, qui n’hésitent pas à mettre en avant leur « pipole » ou leur vedette du sport. Certes, Edouard Martin trahira peut-être les siens, qui peut le savoir ? Mais qu’on le laisse siéger avant de lui faire un procès d’intention qui relève du racisme antiouvrier. Un sentiment qui, d’ailleurs,  persiste en France, ce pays qui reste marqué culturellement par la paysannerie.

 

Lors de sa fondation il y a plus d’un siècle, le Parti socialiste a été créé pour défendre la classe ouvrière. Il s’en est depuis bien éloigné, c'est le moins que l'on puisse écrire. Alors qu’un métallo syndicaliste soit placé au premier plan, au lieu du sempiternel énarque de service, c’est une très bonne nouvelle.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Edouard Martin réplique à ses adversaires et à la Reine de la Gaffe Morano.


BFM Story: Européennes 2014: la contre-attaque... par BFMTV

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18/12/2013

Offensive du gouvernement de François Hollande contre Médiapart et la presse numérique libre

Les gouvernements n’aiment pas la presse numérique. Utilisant des canaux virtuels difficilement contrôlables,  les sites d’information se révèlent moins vulnérables aux pressions étatiques et capitalistes, en raison de la modicité de leurs coûts comparés à ceux de la presse traditionnelle.

 

La présidence du président «pourtant-socialiste» François Hollande ne fait pas exception. Le journal numérique Médiapart et tous ses autres confrères français subissent actuellement une offensive menée par le gouvernement français. 

 

En résumé, le ministère des finances a décidé d’appliquer à la presse en ligne un taux de TVA de 19,6 %, alors que la presse imprimée bénéficie d’un taux de 2,1 %.  La kafkaïenne citadelle de Bercy mène cette offensive avec une brutalité étonnante venant d’un pays démocratique, comme en témoigne Edwy Plenel (1) :

 

«Médiapart a reçu, ce mardi 17 décembre, par huissier un avis de contrôle fiscal portant explicitement sur la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) appliquée à notre recette unique, les abonnements de nos lecteurs. Avalisé, selon nos informations, au plus haut sommet de l’administration du ministère des finances, ce contrôle est déclenché en urgence sur ordre de la hiérarchie des inspecteurs concernés, avec un premier rendez-vous fixé vendredi 20 décembre, au plus près des fêtes de fin d’année».

 

Le gouvernement voudrait-il ainsi compenser les frais plus lourds que doit consentir la presse traditionnelle ? L’argument ne tient pas. En 2010, l’Etat français a accordé plus d’un milliard (1.055.900.000€) d’euros en aides directes et indirectes aux journaux «papier». De même, les livres numériques sont taxés en France au même prix (5,5%) que les bouquins imprimés.

Relevons que les aides françaises à la presse ont été créées en 1942 par le chef du gouvernement collaborationniste Pierre Laval, fusillé à la Libération. Nul doute que ce ne sont pas de vertueuses intentions démocratiques qui sont la source de ces subventions.

 

Malgré les dénégations chafouines de la ministre de la Culture Filippetti, l’assaut contre Médiapart et ses confrères relève de la mise au pas. Le journal numérique est détesté par les deux grands partis de gouvernement pour avoir révélé leurs turpitudes politico-financières, illustrées par les affaires Woerth-Bettencourt et Cahuzac. A droite comme à gauche, chacun en a pris pour son rhume et pour son grade. D’ailleurs, le ministre socialiste Cahuzac n’a-t-il pas été ouvertement soutenu par de nombreux députés de l’UMP lorsque l’existence de son compte helvéto-singapourien a été révélée par Médiapart ?

 

Comment répondre à cette offensive et défendre la liberté d’informer ? S’indigner ne suffit pas. S’abonner aux sites d’informations de votre choix, voilà qui est plus efficace.

Jean-Noël Cuénod

(1) l'article intégral d'Edwy Plenel: http://www.mediapart.fr/journal/france/171213/l-etat-s-attaque-la-presse-en-ligne?page_article=2

 

 

 

 

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15/12/2013

LIBERATION

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S’ouvrir comme un tournesol

Pour rendre vie au matin

Notre mort est une fête

 

Joie solaire d’éclater

En molécules sans nombre

De pulvériser les bornes

Et cette prison de chair

 

Etre ici être là être

Insaisissable mouvant

Empereur sans sujets

Créateur sans créatures

                                  

Il faut nous laisser partir

Tant d’univers nous attendent

Vos larmes brouillent nos pistes

Vos prières nous enchaînent

 

Souhaitez-nous bon vent belle âme

Allumez notre mémoire

Lorsque le froid vous prendra

Tendez les mains vers nos cendres

 

Nous serons la vie qui va

Et qui bat d’autres campagnes

Explorateurs éternels

Voyageurs vers l’infini

 

Notre mort est une fête

Pour rendre vie au matin

S’ouvrir comme un tournesol


Jean-Noël Cuénod

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

 

 

- Circonstances

 

 

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

 

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

 

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

 

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).



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12/12/2013

Les Jeudis du Plouc : honneur aux frontaliers, immigrés et autres métèques morts pour Genève à l’Escalade

 

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Le Plouc, dans sa tanière parisienne, aimerait bien fêter l’Escalade. Mais point de marmite en nougat ou au chocolat chez les pâtissiers de la bourgade francilienne. Il reste la nostalgie qui est à nouveau ce qu’elle était. Et surtout la mémoire. Notamment, celle des dix-huit hommes qui ont sacrifié leur vie pour que Genève et sa République restent libres.

 

Le remarquable et superbe site de la Compagnie 1602 (facilement gouguelisable) présente ces héros qui venaient de tous les horizons.

 

Hommage aux frontaliers d’origine savoyarde, gessienne et jurassienne

 

Jean Canal, issu d’une famille de Collonges-sous-Salève et de Turin. Epicier à la grande gueule, il fut tour à tour juge dans le Pays de Gex et… prisonnier des geôles genevoises à la suite d’excès dans l’exercice de ses fonctions. Tiré de son lit par l’attaque des troupes ducales, il s’est lancé à la rencontre des ennemis qui l’ont tué près de la Porte Neuve. Il avait 60 ou 63 ans.

 

Jean Vandel, originaire de Septmoncel dans le Jura franc-comtois. Lui aussi avait la tête près du bonnet, ce qui lui a valu d’être emprisonné à la suite de rixes. Cette expérience l’a menée à diriger… la prison genevoise. Mais pour le plus vif mécontentement de ses anciens codétenus, semble-t-il.  A 61 ans, il s’est précipité au bas de la Treille où il fut tué par l’adversaire.

 

Louis Bandière, vient de Corly dans le Faucigny. Comme les deux premiers cités, il siégeait au Conseil des Deux Cents, l’ancêtre de notre Grand Conseil. Marchand d’étoffe et fromager, il a souvent tiré le diable par la queue. Ce qui ne l’a pas empêché de tirer aussi sur les troupes ducales. Bandière a été abattu en bas de la Cité, à l’emplacement actuel de la Fontaine de l’Escalade, à l’âge de 45 ans Dix jours après sa mort, sa femme a donné naissance à une fillette, leur cinquième enfant.

 

Louis Gallatin, originaire du village d’Arlod, près de Bellegarde. Ce petit commerçant de 28 ans a été tué les armes à la main au passage de la Monnaie.

 

Jacques Mercier,  né d’une famille de Saint-Claude dans le proche Jura, ce passementier très scrupuleux dans son travail, était sentinelle lorsqu’un moment d’inattention lui fut fatal à la Corraterie. Grièvement blessé, le soldat a été conduit chez son beau-frère au Grand-Mézel où il a expiré à l’aube. Mercier avait 30 ans.

 

Martin Debolo, né à Cruseilles, avait 14 ans lorsqu’il a accompagné ses parents qui se sont établis à Genève en 1588. Sergent mousquetaire, Debolo est mort à 35 ans à la Porte Neuve.

 

Michel Monard, originaire de Saint-Jeoire, ce tailleur et caporal de la milice avait été morigéné par les autorités car il avait joué les consommations aux Lion d’Or. Pas de jeu d’argent, même pour régler les sous-tasses, dans l’antre de Calvin ! Ce vice affreux ne l’a nullement dissuadé de prendre les armes et de donner sa vie à 40 ans, à la Corraterie.

 

François Bousezel, dit le « Grand François », venait d’une famille de Gex. Il était un commerçant habile. Un peu trop d’ailleurs, au goût de l’autorité. Pragmatique, la République a utilisé son sens des bonnes affaires pour lever les impôts sur les possessions genevoises dans le Faucigny. Entreprise couronnée de succès, autant pour ladite République que pour le Grand François. Mousquetaire, il a été tué sous la Tertasse à l’âge de 40 ans.

 

Jean Guignet, était également originaire de Gex. Gros travailleur, il a eu la douleur de perdre sa première femme en couches, de même que leur enfant. Il a lui aussi perdu la vie sous la Tertasse.

 

Girard Muzy, a quitté son Viuz-en-Sallaz natal quatre ans avant l’Escalade. Ce maçon est mort à 25 ans, deux semaines après la bataille, des suites de ses blessures. 

 

 

Hommage aux immigrés et « secondos » originaires d’Italie

 

Pierre Cabriol, sa famille était venue du Piémont. Son enfance fut marquée par le deuil de ses parents et la pauvreté. Grâce à sa bosse du commerce, il a pu s’en sortir.  Sergent dans la milice, il a été tué à 36 ans à la Corraterie.

 

Marc Cambiague, de son nom d’origine Cambiago. Son père, un riche soyeux de Crémone, s’est établi à Genève en 1559. A 25 ans, Marc est mort vers la Porte de la Treille.

 

Hommage aux immigrés et « secondos » français

 

Nicolas Bogueret, a quitté sa ville natale de Langres en Champagne, à l’âge de 34 ans, pour s’établir à Genève dont il est devenu rapidement le plus important maçon et architecte. Lors des premières alertes, il s’est éjecté de son lit pour quitter sa maison de la Cour Saint-Pierre et se précipiter, arquebuse à la main, vers la Porte de la Treille où il  été mortellement atteint à l’âge de 65 ans.

 

Philippe Poteau, issu d’une famille de la Flandre française, était sucrier et confiseur. Il est tombé au Passage de la Monnaie, âgé de 25 ans. Son fils est né juste après le trépas.

 

Hommage à celui qui n’était pas encore un Confédéré

 

Jacques Billon est venu de Neuchâtel, qui, bien sûr, n’est pas encore ville suisse mais qui fut acquise à la Réforme avant Genève. On ne sait pas grand chose de lui, sauf qu’il est mort un an après l’Escalade, n’ayant jamais pu se rétablir des blessures subies durant la bataille.

 

Hommage aux Genevois de souche

 

Abraham de Baptista (qui, d’après son patronyme, ne devait pas être de souche très ancienne !) était serviteur du couple Piaget, riches soyeux. Dame Piaget est restée célèbre par sa présence d’esprit qui a permis de repousser les troupes ducales. Elle avait lancé aux défenseurs genevois la clé de l’allée traversante de son immeuble, ce qui leur avait permis de prendre les adversaires à revers. Abraham de Baptista a été tué à la Corraterie, à l’âge de 25 ans.

 

Jacques Petit était un chalemardier, autrement dit un fabricant d’instruments à vent. Cet arquebusier de 41 ans est tué à son poste à la Corraterie.

 

Daniel Humbert, jeune marchand drapier, habitait à la Rôtisserie. Il est mort, non loin de son domicile, à la Corraterie, à 22 ans selon les uns, à 24 d’après les autres.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

Comme leurs compatriotes de 1602, ces petits Genevois qui chantent l’Escalade sont d'origines diverses.


Chants de l'escalade par Nybliss

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10/12/2013

Avec Mandela, l’Afrique au cœur du monde

 

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Cette fois-ci, Nicolas Sarkozy et son scribe Henri Guaino ne peuvent plus prétendre que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. » Tous les chefs d’Etat de la planète – et même les ex à l’instar du ci-devant président français ­– se réunissent maintenant au stade de Soweto pour y honorer la mémoire de Nelson Mandela. Quelle figure autre que celle de « Madiba » pourrait aujourd’hui réunir le monde autour de son cercueil ?

 

Certes,  Mandela a incarné la lutte de tout un peuple et le combat contre l’apartheid compte d’autres héros. Mais il reste celui qui a tendu la main à ses geôliers et initié le processus d’une réconciliation qui semblait impossible après des siècles de haine entre blancs et noirs.

Le grand humain n’est rien sans le peuple qui l’a créé. Mais les peuples ne peuvent rien sans figure fédératrice. Le grand humain, c’est celui qui dit non quand tout incline à dire oui et qui dit oui quand tout pousse à dire non. Mandela a dit non à l’apartheid, alors que la domination blanche semblait invincible. Contre ceux des siens qui rêvaient de vengeance, il a dit oui à la réconciliation.

 

L’Afrique occupe désormais le cœur des préoccupations des principaux décideurs de la sphère globalisée… Surtout depuis que les économistes ont désigné ce continent comme la force productrice et consommatrice de demain ! Naguère encore, elle n’intéressait personne, hormis les organisations de bienfaisance. Aujourd’hui, la voilà courtisée. On peut en ricaner avec amertume. Mais sans doute est-ce mieux ainsi. L’Afrique avait encore plus besoin de respect que de compassion.

 

Jean-Noël Cuénod

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06/12/2013

Mandela et les hommages du vice à la vertu

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Nelson Mandela n’a pas fini d’être enterré sous les hommages. La plupart d'entre eux sont suscités par l’émotion sincère des femmes et des hommes qui ont vu en lui un modèle. 

 

D’autres relèvent surtout de la récupération politicienne. Ainsi, Marine Le Pen se fend-elle d’un communiqué pour saluer en Mandela « un grand patriote » et affirme - avec  ce phénoménal culot qui fait l’essentiel de sa force – que son père a toujours admiré le héros de la lutte contre l’apartheid.

La vision d’une ancienne vidéo dans l’Espace Vidéo ci-dessous démontre l’étendue du mensonge. Jean-Marie Le Pen était très loin d’aduler Madiba.

 

L’hommage du président de notre Confédération Ueli Maurer est de la même eau saumâtre.  Notre crocodile fédéral,  tout à son effort dans l’extraction des larmes, a sans doute oublié les propagandes immondes de son parti, l’UDC, illustrant la haine de l’étranger – ah le « mouton noir » de nos extrémistes en pantoufles !

 Il est difficile de trouver plus éloigné de Mandela que ces deux spécimens de la démagogie européenne.

 

Voyons dans leurs propos, l’hommage du vice nationaliste à la vertu humaniste.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Le FN et Mandela : Les approximations de Marine... par 20Minutes

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04/12/2013

Les Jeudis du Plouc: les sévices commandés de feu le général Aussaresses

 

 Les Jeudis du Plouc remplaceront la chronique hebdomadaire qui paraissait dans la version papier de la Tribune de Genève et de 24 Heures. Mais le Plouc bloguera aussi les autres jours.

 

La mort du général Paul Aussaresses a été annoncée par l’association d’anciens parachutistes militaires « Qui ose gagne », ce mercredi. Le tortionnaire qui a envoyé à la mort, selon ses propres dires, tant d’Algériens est donc décédé dans son lit à 95 ans.

 

Le 23 novembre 2000, à 82 ans, cet officier de l’ombre – héros de la Résistance et exécuteur des basses œuvres de l’armée française en Algérie – décide de se mettre en lumière sous les projecteurs d’une interview qu’il a accordée au Monde.

 

Aucun remord n’explique cette démarche plutôt motivée par le désir de rompre l’ennui du vétéran et la tentative de justifier l’injustifiable. Avec une apparente indifférence, le général Aussaresses révèle toutes les exactions commises sous ses ordres pendant la guerre d’Algérie : emploi systématique de la torture, assassinats, exécutions sommaires. « La torture ne m’a jamais fait plaisir mais je m’y suis résolu quand je suis arrivé à Alger (c’est-à-dire en 1957) » explique-t-il au Monde. « A l’époque, elle était déjà généralisée. Si c’était à refaire, ça m’emmerderait mais je referais la même chose, car je ne crois pas qu’on puisse faire autrement. »

 

Il faut dire que dans l’Alger des années cinquante, les deux camps – français et indépendantistes algériens du FLN – trempent dans le sang. Les attentats du Front de libération nationale sèment la mort non seulement au sein de la population européenne, mais aussi – et surtout – dans les familles musulmanes.

Selon les chiffres donnés par Louis Joxe, ministre des affaires algériennes du général de Gaulle durant la dernière phase du conflit (1960-1962), le terrorisme du FLN aurait provoqué la mort de 19 166 personnes, dont 2 788 européens et 16 378 musulmans. Cette forte proportion de victimes musulmanes s’explique ainsi. A l’intérieur du conflit principal entre la puissance coloniale et les partisans de l’indépendance, s’est déclenchée une guerre interne au camp algérien. Très minoritaire à l’origine, le FLN a supplanté l’autre mouvement nationaliste, le MNA de Messali Hadj, à la suite de combats sanglants et fratricides.

 

Aussaresses a donc plaidé en faveur de la torture en mettant en exergue ce contexte. Pour lui, la torture reste le moyen le plus rapide de désamorcer un acte de terrorisme en train de se préparer. Toutefois, dans la même interview au Monde, il admet : « J’ai le plus souvent obtenus des résultats considérables sans la moindre torture, simplement par le renseignement et la dénonciation. Je dirais même que mes coups les plus réussis, je les ai obtenus sans donner une paire de claques. »

 

En fait, le recours à la torture relève plus de la terreur que l’on inflige à une population que de l’information à soutirer. En effet, sous l’effet de la douleur, le torturé est amené à dire n’importe quoi, sans lien certain avec la réalité.  La rumeur du recours à la violence est plutôt destinée à refroidir un peuple prêt à s’enflammer.

 

Mais à ce propos également, la torture se révèle en fin de compte inefficace. Elle n’a pas permis à la France de gagner la guerre d’Algérie qui s’est jouée principalement sur les terrains politique et diplomatique. Elle n’a pas éradiqué le terrorisme et n’a fait qu’offrir au FLN,  une popularité qu’il était loin d’avoir au sein des populations arabo-berbères.

 

Paul Aussaresses était donc en « sévices commandés », sans que cela ne serve la France.

 

Après ses révélations au Monde, le général s’est vu retirer sa Légion d’honneur par l’alors président Jacques Chirac : « On me reproche ce que j’ai dit mais pas ce que j’ai fait. » Sur ce point, on ne saurait le contredire.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Après son interview au Monde, le général s'explique devant les caméras.

 

 

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01/12/2013

Le Plouc en Bretagne: La flamme des "bonnets rouges" reste vive

"Ils ont des bonnets rouges vivent les Bretons"! Pour son ultime reportage en tant que salarié de la Tribune de Genève et de 24 Heures, le Plouc ne pouvait pas faire moins que d'assister au grand rassemblement des Bretons en colère à Carhaix. Nous verrons que le mouvement reste bien vivace mais qu'il ne fait pas l'unanimité, même au sein des agriculteurs bretons. Voici donc la chose. Les photos sont faites main par la Plouquette (Christine Zwingmann Cuénod).

 

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Les médias soutenaient que le mouvement des «bonnets rouges» bretons était en train de s’éteindre. Apparemment, la flamme reste vive. Nous avons pu le constater, samedi, lors du grand rassemblement organisé à Carhaix (Finistère). Ils étaient environ 30 000 à se presser sur le site de Kerampuil qui abrite chaque année le célèbre Festival de musique des Vieilles Charrues.

 

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Que veulent-ils? La suppression de l’écotaxe, destinée à faire payer les poids lourds, reste d’actualité. Pour l’instant, le gouvernement l’a suspendue. «Nous voulons la jeter au panier, c’est tout», nous dit Odile (photo) infirmière de 56 ans: «Depuis l’acte de mariage d’Anne de Bretagne avec Louis XII en 1499, nos routes ont toujours été gratuites. Pas de péage chez nous!» Les Bretons ont la mémoire longue…

 

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Le mouvement est en train d’élargir son champ d’action en revendiquant une véritable régionalisation comme le souhaite Jean-Loup Le Cuff, (photo) qui préside le Cercle du parlement de Bretagne: «Le centralisme jacobin empêche les Bretons de choisir leur avenir. Vous êtes Suisse? Ça tombe bien! Je suis un lecteur assidu de votre Constitution fédérale. Nous rêvons de l’instaurer chez nous.»

 

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Maire de Carhaix, cofondateur du Festival des Vieilles Charrues, Christian Troadec (photo) est devenu le principal leader politique des «bonnets rouges». Militant du Mouvement Bretagne et Progrès, il se situe clairement à gauche. Cela ne l’a pas empêché de faire huer le président socialiste François Hollande. «Et pourtant, j’ai voté pour lui dès les primaires du PS», nous affirme cet élu jovial et madré:

«Hollande avait promis d’entreprendre une grande réforme de la régionalisation. Au lieu de cela, nous subissons le carcan du centralisme parisien qui annihile les énergies locales sans pouvoir arrêter la débâcle économique. Tous les jours, des abattoirs, des entreprises agricoles et industrielles tombent en faillite. Nous voulons que le président vienne en Bretagne pour y lancer une véritable politique de régionalisation.»

Le mouvement est-il en passe d’être récupéré par Marine Le Pen? Réponse du maire Troadec: «Les «bonnets rouges» sont le meilleur antidote au Front national. Nous contestons le gouvernement mais nous nous refusons à cautionner la politique de haine du FN.» D’ailleurs, si Hollande a été hué, le chanteur nantais Rachid Bara, dit Claude Darmor, a fait conspuer le Front national par la foule.

 

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Qui sont-ils, ces «bonnets rouges»? Des marins-pêcheurs, des artisans, des petits patrons, des agriculteurs. Des ouvriers aussi, comme Yohan, 26 ans, (photo) salarié au groupe Cooperl qui transforme la viande porcine:

«Nous subissons de plein fouet la concurrence déloyale des Allemands qui sous-payent leurs travailleurs roumains à 600 euros par mois. Avec mon salaire mensuel de 1350 euros, je parviens tout juste à tourner. Mais avec 600 euros, comment voulez-vous que l’on vive? C’est ce système qui malade. Alors, si en plus, le gouvernement nous accable d’impôt…»

Le mouvement des «bonnets rouges» est hétéroclite, c’est ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. Pourra-t-il transformer ses revendications sectorielles en actions pour instaurer un autre type de relations entre gouvernants et gouvernés en France? C’est l’ambitieux défi qu’il veut relever.

«Non au faux modèle breton!»

 Le mouvement des «bonnets rouges» ne fait pas l’unanimité au sein des agriculteurs bretons. Porte-parole régional de la Confédération paysanne, Jean Cabaret nous le confirme. Ce producteur de lait et éleveur de volaille «label rouge» à Rostrenen, dans les Côtes-d’Armor – situé à 20 kilomètres de Carhaix – explique les raisons pour lesquelles il n’a pas rejoint le rassemblement de samedi:

«Pour la Confédération paysanne, il n’est pas question de participer à une démonstration hétéroclite, comme celle de Carhaix, qui tient du mariage de la carpe et du lapin. Elle réunit, pêle-mêle, les gauchistes du NPA, les patrons du Medef, les dirigeants ultralibéraux de l’agroalimentaire et leurs salariés. Comment trouver une ligne de défense commune avec des positions aussi contradictoires?»

A propos du «ras-le-bol fiscal» exprimé par les manifestants de Carhaix, Jean Cabaret note:

«Les grandes organisations agricoles viennent d’obtenir de Bruxelles, et grâce au ministre de l’Agriculture Le Foll, 19 millions d’euros pour subventionner l’exportation de volaille. Or, ces mêmes organisations ont manifesté samedi contre les impôts. Mais ces 19 millions d’euros, ils viennent bien de quelque part, non? Ils ont bien été collectés par les impôts des Etats membres de l’Union européenne, non? Alors, où est la logique dans cette position?»

Cette subvention de Bruxelles est également sévèrement critiquée par Jean Cabaret:

«40% des volailles consommées en France ont été importées. Alors pourquoi subventionner à coups de millions l’exportation de volailles françaises? C’est aberrant!»

Pour Jean Cabaret, ce qui est surtout aberrant, c’est de s’accrocher au «modèle breton», à savoir une industrie agricole basée sur le tout-volume et le recours massif aux agents polluants:

«Ce modèle coûteux et destructeur pour l’environnement, est aujourd’hui dépassé. La manif de Carhaix a donc surtout pour but de masquer les responsabilités des dirigeants de l’industrie agroalimentaire qui refusent de se remettre en cause et s’accrochent à ce modèle néfaste.»

Jean-Noël Cuénod

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28/11/2013

La dernière chronique «papier»… mais sans nostalgie

 

«C’était mieux avant.» A Paris, cette phrase est devenue, encore plus qu’un leitmotiv, une de ces expressions passe-partout qui permet à deux inconnus attendant en vain le bus numéro 27 – «avant, les bus arrivaient au moins à l’heure!» – dans un abri percé comme une passoire – «avant, «ils» réparaient, maintenant «ils» s’en foutent!» – de lier connaissance.

On ne parle plus de la pluie ou du beau temps, mais de la météo si ensoleillée des enfances révolues.

 

Sous François Hollande, les Français regrettent Nicolas Sarkozy. Sous Nicolas Sarkozy, ils ont pleuré Jacques Chirac. Sous Jacques Chirac, ils n’en avaient que pour François Mitterrand. Sous François Mitterrand, ils imploraient Charles de Gaulle. Et sous Charles de Gaulle, fondateur de la Ve République, ils soupiraient devant le portrait de Charles de Gaulle, général de la Libération.

Sous la IVe République, ils n’avaient pas le temps de regretter qui que ce soit, les chefs de gouvernement se succédant à une allure trop rapide. Mais la nostalgie se nichait dans le regret de la traction hippomobile, à l’aube des premiers bouchons routiers.

 

«Ah, que la République était belle sous l’Empire!» s’exclamait déjà l’historien Alphonse Aulard en 1885, quinze ans après la chute de Napoléon III. Reprise par un journaliste du quotidien La Justice dirigé par Clemenceau, la formule avait fait mouche.

 

Cela dit, si elle est ardemment pratiquée en France, la nostalgie est une invention très helvétique. C’est le médecin Johannes Hofer qui, en 1688, a défini à Bâle ce mot tiré du grec afin de qualifier l’épidémie de mal du pays qui décimait les troupes suisses au service du roi de France.

Rien qu’en écoutant le Ranz des vaches, nos vaillants guerriers pleuraient comme des veaux.

 

Les charmes vénéneux de la nostalgie plongent les populations d’hier et d’aujourd’hui dans la morosité paralysante et la crise de nerfs à répétition. Ce n’est pas ainsi que nous remonterons le courant. Quand on est dans la galère, le mieux encore, c’est de ramer.

 Non, avant, ce n’était pas mieux. Aimerions-nous revivre l’année 1940 et les hivers de 14-18? L’ère des pestes et celle de l’Inquisition?

 

La chronique que vous lisez en ce moment est la dernière à avoir été en version «papier» sous ma signature, du moins dans la Tribune de Genève et 24 heures. Le couperet de l’AVS est tombé. Mais foin de nostalgie pesante! La vie, toujours, continue sous des formes différentes. Mes «cyberchroniques» restent diffusées sur ce blogue, «Un plouc chez les bobos», à l’adresse habituelle: http://jncuenod.blog.tdg.ch. Vous en retrouverez d’autres dans le mensuel La Cité. Sans oublier les bouquins.

Alors, au revoir les lecteurs «papier», quelle belle vie vous m’avez offerte! J’en aurais besoin de plus d’une pour vous remercier. Et elle continue sur la blogosphère et à La Cité.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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