10/06/2014

Marine Le Pen contre son père... Fausse querelle?

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 Gratinés, les repas de famille chez les Le Pen! Ce samedimanche, le père, la fille et le gendre (pas de Saint-Esprit à l’horizon) se sont lancés dans de sévères invectives intrafamiliales par médias interposés. A l’origine, une vidéo diffusée par le site du Front national au cours de laquelle Jean-Marie Le Pen se moque des chanteurs qui ont proclamé leur déception après la victoire frontiste aux Européennes.

Vient le tour de Patrick Bruel: «Oh, ça ne m’étonne pas… On fera une fournée la prochaine fois !»  Parler de fournée, à propos d’un chanteur de religion juive, nous ramène au Front national des origines et de son antisémitisme fondamental.

Ce faisant, le père semble saboter tout le travail de dédiabolisation entrepris par Marine Le Pen et son entourage, au grand dam du député Bleu Marine Gilbert Collard et de Florian Philipot, numéro 2 du FN.

Le compagnon de Marine Le Pen (qui est aussi vice-président du FN) Louis Aliot s’est lâché devant les micros à propos de la déclaration de beau-papa: «C’est stupide politiquement et consternant». Sentant sa moutarde lui monter au nez, le père Le Pen a ensuite traité son gendre et les amis de ce dernier d’ «imbéciles» pour avoir mal interprété ses propos qui sont pourtant d’une couleur brune tout à fait voyante. 

 

C’est alors que Marine Le Pen en a rajouté une louche: «Je suis convaincue que le sens donné à ses propos relève d’une interprétation malveillante. Il n’en demeure pas moins qu’avec sa très longue expérience, ne pas avoir anticipé l’interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique.»

 De plus, cette «sortie» paternelle intervient peu après une autre où le «président d’horreur» du FN invoque «Monseigneur Ebola» pour éradiquer l’«immigration massive» due à l’«explosion démographique».    

 

Bien entendu, il ne s’agit pas de dérapages, contrairement à ce que les médias radios-TV ânonnent façon mantra. Jamais le père Le Pen ne dérape. Il faut lui laisser au moins cette qualité, il est l’un des rares politiciens français qui usent de notre langue à la perfection; Le Pen dispose d’un large registre d’expressions qu’il utilise chaque fois avec précision. Dès lors, que cherche-t-il? Subirait-il les vicissitudes du grand âge – 86 ans aux cerises? Il n’y paraît guère à le voir aussi prompt à la réplique.    

 

Tentons deux explications.

 

Version divergence réelle. Jean-Marie Le Pen – furieux de se voir dépossédé de «son» parti – mine la politique actuelle de sa fille qu’il juge coupable de vouloir émasculer le Front national en n’utilisant plus la rhétorique néofasciste paternelle.  Déjà que les fils tuent les pères à l’instigation de Freud (encore un Juif, ils sont partout !), si les filles s’y mettent, c’est la fin des haricots patriarcaux.

Version divergence bidon. Le père et la fille miment leurs désaccords en utilisant la classique tactique, en l’honneur chez les vieux flics, du «bon» et du «méchant». D’un côté, Marine Le Pen fait des risettes à l’électorat de la droite modérée mais aussi aux ouvriers et aux laissés-pour-compte du social-hollandisme. Elle élargit ainsi de façon notable l’audience du FN. De l’autre, Jean-Marie Le Pen rassérène le noyau dur des frontistes par ses déclarations racistes et antisémites. Et de cette façon, il conserve au sein du Front national, ces militants très actifs qui pourraient être tentés de rejoindre d’autres mouvements encore plus extrémistes.

 

Quelle que soit l’explication, c’est le noyau dur du FN qui est en cause. Soit, Marine Le Pen veut le réduire à son minimum, en multipliant les gestes symboliques contre son père. Soit, elle veut conserver ce précieux héritage militant en laissant son père batifoler dans la forêt brune.

«Marinistes» contre «gollnischiens» au congrès de Tours du FN  

 

Lors du Congrès FN à Tours en janvier 2011, deux camps bien distincts se font face. Il s’agit de procéder à l’acte final de l’élection interne qui paraphe la victoire de Marine Le Pen contre son rival Bruno Gollnisch. Les «marinistes» se présentent comme des Français moyens, aux idées tout aussi moyennes. Dès que Marine parle de «justice sociale» sur le mode gauchisant et de «République» sur le mode gaulliste, ces garçons et filles applaudissent à tout rompre, dans un joyeux désordre, quitte à huer Gollnisch. En face, les «gollnischiens», nettement plus machos, sont groupés au cordeau. De l’ordre, de la discipline. Pas de huées contre la fille du Chef, seulement un silence glacial lorsqu’elle discourt sur les mérites de la République.

 Leur patron Gollnisch fait un discours totalement opposé à Marine Le Pen et reprend tous les vieux mythes du fascisme français. Il met du baume sur la nuque rasée de ses troupes en évoquant, avec des trémolos, l’émeute antirépublicaine du 6 février 1936. Pour les «gollnischiens», cette République célébrée par Marine Le Pen n’est que la «Gueuse», pour reprendre l’expression de leurs grands-parents, lecteurs de feu L’Action Française. 

 

Les «gollnischiens» sont nettement moins nombreux que les «marinistes». Mais contrairement à ces derniers, ils sont bien organisés et disposent d’un corpus idéologique cohérent. Ce sont de tels éléments qui constituent la colonne vertébrale de tous les partis extrémistes; ils sont les garants de leur pérennité. Il est donc difficile de s’en passer, même s’ils sont encombrants. Les «marinistes», eux, sont idéologiquement flottants et se montrent plus enclins à butiner ici ou là au gré des modes politiques. Il est difficile de pétrir des militants avec cette pâte un peu molle. A la première bourrasque, ils peuvent quitter le navire.

Pour filer la métaphore fromagère, les «gollnischiens» représentent le ferment lactique du Front national.

 

C’est pourquoi Le Plouc penche en faveur de la version «divergence mimée» entre le père et la fille. Certes, il peut se tromper car personne ne se promène dans la tête des Le Pen. Mais de toute évidence, le noyau «gollnischien» constitue un enjeu important dans la vie interne du FN, même si Bruno Gollnisch n’est plus qu’une relique d’Ancien Régime.

 

DERNIERE MINUTE

 

 

 

Les événements se précipitent au Front national. Lundi après-midi, l’avocat du parti, Wallerand de Saint-Just, annonce que le blogue de Jean-Marie Le Pen – dans lequel le vieux chef avait déblatéré sur Patrick Bruel et sa «fournée» ­– ne sera plus hébergé par le site du FN. Explication avancée: Marine Le Pen, responsable du site frontiste, en avait marre d’essuyer les plaintes provoquées par les propos paternels. Dès lors, ce serait plutôt la thèse de la divergence réelle qui prendrait de la consistance. Que fera le noyau dur des frontistes ? 


 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

La première vidéo montre Jean-Marie Le Pen prononçant sa formule contre Patrick Bruel ; la seconde met en scène les JAG (Jeunes avec Gollnisch), le noyau «gollnischien» du FN.


Le Pen attaque Bedos, Madonna, Noah et Bruel... par LeLab_E1



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07/06/2014

BILAN

 

 

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Dans les sillons du ciel

                                                          Homme petit homme

Tu as semé tes larmes

 

Creuse creuse creuse

Ta tombe tu tombes

Tu tombes

Dans le sein moelleux puant

                                                           De la sous-terre

 

Tu te terres

Te taire

Tu n’es qu’un bruit qui fait tinter

                                                          Le silence

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

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05/06/2014

François Hollande reconstruit la France façon puzzle (Les Jeudis du Plouc)

 

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Plus un pays est centralisé, plus il est doté de sous-ensembles qui s’enchevêtrent. La France en offre l’illustration avec son mille-feuilles administratif devenu indigeste même pour les estomacs technocratiques qui doivent digérer régions, départements, cantons, communautés de communes, communautés de pays, communautés urbaines, syndicats intercommunaux, agglomérations, métropoles, communes. Le plus hallucinant est que les départements et régions bénéficient d’une clause de compétence générale qui leur permet d’intervenir dans à peu près n’importe quel domaine.

 

 C’est ainsi que Le Plouc a dû se taper deux aller-retour entre son village périgordin et le chef-lieu du Département, Périgueux, puis deux autres, entre son coin et le chef-lieu de la région Aquitaine, Bordeaux, pour tenter (en vain d’ailleurs) de résoudre une question d’ordre bureaucratique. Périgueux lui disait d’aller se faire voir à Bordeaux et Bordeaux lui rétorquait de retourner à Périgueux pour voir si Bordeaux y était. Après une telle expérience, on ne sait plus où on habite, que voulez-vous! En tout, Le Plouc a dû parcourir 828 kilomètres pour ne pas régler un problème.  

Que le président François Hollande s’empare de ce mille-feuilles coûteux pour le réduire à l’état de crêpe rapportant de la galette, voilà qui part d’une bonne intention.

 

L’ennui avec Hollande, c’est que les bonnes intentions sont souvent suivies de mauvaises décisions. Il a commencé par la réforme des régions, alors qu’elles ne constituent pas le niveau administratif le plus budgétivore. Il aurait été plus urgent et plus lucratif – mais il est vrai plus compliqué politiquement – de régler le sort des départements et de mettre de l’ordre dans les intercommunalités.

Toutefois, ce péché est véniel en regard de la démarche générale. Elle consiste à redécouper ces régions façon puzzle, dans l’arbitraire le plus complet, en écoutant plus certains que d’autres, en fonction des pouvoirs de nuisances :

«Tiens, je vais mettre le Poitou-Charentes présidée par Ségolène avec l’Aquitaine. Ah non, c’est impossible ! Mon ex ne veut pas faire région commune avec le Duc de Bordeaux Juppé qui lui porterait ombrage. Mais c’est qu’elle a de l’appétit Ségo ! Elle veut maintenant fusionner Poitou-Charentes avec les Pays de Loire. Oui, mais là, c’est Ayrault qui refuse et projette de s’aboucher avec la Bretagne. Contre l’avis de mon pote Le Drian qui n’est pas un facile… »

 Résultat : comme le relève Le Canard Enchaîné, lundi à 20 h. 40, l’Elysée envoyait un communiqué sous embargo aux rédactions en laissant en blanc le nombre de régions sur la nouvelle carte. Ce n’est qu’à 21 h. 10 que cette information a été donnée. On imagine les coups de fils de dernière minute qui ont dû crépiter sur la ligne présidentielle. C’est dire aussi le caractère improvisé de l’exercice. D’ailleurs, les maires, pourtant les premiers concernés, n’ont même pas été consultés et n’ont pris connaissance de la nouvelle carte à 14 régions (au lieu de 22 actuellement) qu’en lisant la presse, comme tout le monde. 

 

En France, c’est toujours d’en haut que l’on dessine la carte d’en bas. Depuis les Jacobins et l’instauration de leur République, Paris se méfie du sentiment d’appartenance locale qu’il perçoit comme un reliquat des provinces de l’Ancien Régime.

Sous la monarchie, les provinces, aux contours parfois assez flous, disposaient de statuts tout à fait différents, avec des prérogatives attachées aux unes mais pas aux autres, des hiérarchies qui ne correspondaient pas et des administrations qui, déjà, se chevauchaient. Le « mille-feuilles » français ne date pas d’aujourd’hui!

A la Révolution, les provinces ont fait place aux départements, de dimensions plus réduites et formés par le même moule. Il s’agissait de mettre de l’ordre dans le fouillis d’Ancien Régime pour libérer des échanges économiques entravés par ces inextricables buissons de particularités, de rapprocher le citoyen du pouvoir, mais aussi de permettre à ce même pouvoir de garder un œil sur le dit citoyen et ses capacités fiscales.

 

La suppression des provinces obéissait également à un autre but plus idéologique. Ces pays provinciaux avaient été formés par l’histoire et la géographie, ce qui a fait naître en leur sein une culture, voire une langue, des mœurs, des coutumes partagées par leurs habitants qui, de ce fait, éprouvaient un sentiment d’appartenance collective. Or, pour la Révolution, il fallait que tous ces sujets d’origines diverses devinssent des citoyens d’une même nation. Les Bretons, les Normands, les Provençaux, les Bourguignons et tant d’autres ne devaient n’avoir qu’une seule identité, française. L’égalité devait l’emporter sur les différences. Car la contre-révolution monarchiste pouvait utiliser ces différences comme autant de coins à enfoncer dans les positions d’une République qui venait de naître.

 

Cette méfiance du Centre parisien vis-à-vis des particularismes provinciaux a perduré lorsque la République s’est installée. Au XIXe et jusqu’à la Libération, l’influence du courant monarchiste – incarné par l’intellectuel antisémite Charles Maurras et son journal «L’Action française» – irriguait encore la vie politique, culturelle et sociale de la France. Or, Maurras prônait le retour des provinces, représentant le «pays réel» contre le «pays légal» illustré par les institutions républicaines. Ce qui ne pouvait que renforcer les républicains dans l’idée qu’il fallait réduire le plus possible les pouvoirs locaux au profit du Centre.  

 

La défiance républicaine a même repris de la virulence à la Libération, le régime de Pétain ayant tenté de rétablir les provinces afin d’achever la République. Dès lors, des gaullistes aux communistes, un consensus a été vite trouvé: retour au centralisme.

Cela explique, par exemple, pourquoi Nantes et son département de Loire-Atlantique n’ont pas été réunis à la Bretagne, contre toute logique historique et culturelle, lors des premières tentatives pour créer les régions, dès 1955. Derrière les arguments d’ordre technocratique, il est difficile de ne pas voir la persistance de cette vieille méfiance républicaine à l’égard d’une Bretagne reconstituée, ayant une forte identité culturelle et pouvant parasiter le dogme fondateur de la «République une et indivisible». Le même processus explique sans doute la réunion des deux départements savoyards dans cette construction artificielle qu’est la région Rhône-Alpes.

 

Au lieu de prendre en compte le fait que, désormais, personne n’aurait l’idée de mettre à bas la République pour la remplacer par un trône royal, François Hollande a repris la vieille démarche jacobine. Et le voilà avec sa paire de ciseaux en train de redécouper en solitaire, mais non sans pression de ses amis, des régions formées par une longue histoire, sans demander l’avis des populations concernées. Dans une démocratie, cette attitude est indigne et génératrice de troubles futurs. La révolte des bonnets rouges de cet hiver a pour origine le sentiment d’être dépossédé de sa vie collective au profit d’entités technocratiques. Mais Hollande reste sourd et aveugle. Jusqu’à la prochaine révolte.

 

Jean-Noël Cuénod 

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02/06/2014

Le Djihad des banlieues, un mal français

 

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Qui n’a pas passé un dimanche après-midi à Rosny-sous-Bois ne sait pas ce qu’est l’ennui. Il suinte de partout et, surtout, des barres d’immeubles. Elles ne sont même pas dégradées d’ailleurs,  ces boîtes à dormir. Elles sont simplement moches et mornes, comme de grands cercueils posés ça-et-là, à la va-comme-je-te-crève. Le silence serpente comme un petit vent aigrelet sur les maigres pelouses pelées où aucun enfant ne joue.

 

 

 

Dans les allées, personne, sinon quelques jeunes noirs, portant des maillots du Barça ou du Réal, qui tentent de réparer un tacot hors d’âge. Où sont-ils, ces habitants? «Devant la télé ou au centre commercial, non pas pour acheter mais seulement pour regarder», explique cette habituée des cités de la Seine-Saint-Denis, département de la banlieue  parisienne plus connu sous son matricule façon cellule: le 9-3.

 

 

 

Le djihad apparaît alors aux déclassés comme une échappée vers un monde fait d’aventure, d’héroïsme, de fraternité d’armes. Un monde où, enfin, on se sent vivre quitte à tuer, quitte à en mourir. Qu’attendraient-ils de la France qui, pour eux, symbolise leurs échecs scolaires ou professionnels? Rien.

 

 

 

Ce n’est sans doute pas par hasard que Mohamed Merah a vécu dans un quartier toulousain du même genre, cité Bellefontaine au Mirail, ni que Mehdi Nemmouche, le suspect du massacre au Musée Juif de Bruxelles, a poussé comme il a pu Cité Bourgogne à Tourcoing. Que ce soit au Sud ou Nord de l’Hexagone, la météo des banlieues est toujours au gris.

 

 

 

 

 

Islam radical: les politiques ont-ils fermé… par LCP

 

 

 

Le Djihad en Syrie a formaté Merah comme il l’a fait pour Nemmouche. De retour en France, ils se sont mués en bombes à retardement, allumées par des idéologues comme Adam Gadahn, ressortissant des Etats-Unis, né dans une famille judéo-protestante (les Pearlman) et converti à l’islam à 17 ans.

 

 

 

Cette nouvelle génération d’islamoterroristes, –­souvent musulmans de fraîche date –, constatant que des opérations comme celles du 11-Septembre ne sont plus possibles, table désormais sur des actions individuelles, menées à peu de frais et visant des cibles, généralement juives, peu protégées. C’est une sorte de 11-Septembre rampant qui est ainsi mis en œuvre.

 

 

 

Tous les pays occidentaux sont visés. Et chacun est touché en fonction des propres faiblesses de son Etat. Ainsi, les affaires Merah et Nemmouche offrent un concentré des souffrances qui accablent la France.

 

 

 

Malgré les multiples «plans banlieue» et les centaines de millions d’euros qui y ont été investis en pure perte (200 millions en 2008 d’après le Sénat et 600 millions annoncés en avril dernier par la ministre Najat-Belkacem, sans compter les autres plans), la situation dans les cités, dites par euphémisme «sensibles», s’est détériorée. Nombre d’entre elles se trouvent gouvernées de facto par l’économie criminelle – qu’on ne peut même pas appeler souterraine puisqu’elle agit au grand jour.

 

 

 

Ces zones de non-droit ne cessent de s’élargir. Les services de l’Etat sont remplacés par les structures délinquantes qui s’organisent autour des trafics d’armes et de stupéfiants, notamment. Dans ces cités où vous ne trouverez ni poste ni commissariat ni bureau d’aides; ce sont les trafiquants qui assurent le gros de la redistribution sociale, évidemment dans l’inégalité et l’arbitraire.

 

 

 

Ainsi, de vénérables grands-mamans servent-elles de «nourrices» à ces bandes, c’est-à-dire qu’elles leur ménagent des planques pour y stocker la drogue. Bien sûr, cette prestation est rémunérée. Les gamins sont aussi sollicités dès le plus jeune âge pour servir de guetteurs et prévenir toute présence hostile. «Qu’est-ce tu feras plus tard quand tu seras grand, mon petit?» «Ben dileur, comme mon grand frère, c’te question!»

 

 

 

Pourquoi cet échec constant? Comme toujours, les causes sont multiples. Mais l’idéologie centralisatrice – qui traverse tous les courants politiques de l’extrême-droite à l’extrême-gauche – en constitue une qu’on ne saurait qualifier autrement que de … centrale.

 

 

 

Le centralisme français n’est pas qu’un mode de gouvernement, c’est une sorte de mentalité collective qui s’est progressivement installée dès la royauté avec la place centrale du Roi, qui a été forgée à la Révolution par la victoire des Jacobins sur les Girondins, le 2 juin 1793,  puis peaufinée par le Premier Empire et consolidée au fil des régimes.

 

 

 

Il s’en est suivi la création d’une caste d’«ingénieurs de l’administration» basée à Paris qui s’est progressivement, par effet entropique, dégradée en bureaucratie. Au nom de l’égalité, il s’agissait – et il s’agit toujours – pour le Centre (c’est-à-dire Paris) de concevoir des cadres juridiques, administratifs, sociaux dans lesquels tous les éléments de la France doivent se débrouiller pour s’y insérer.

 

 

 

Le Centre décide, la périphérie exécute. La base du centralisme est donc autoritaire par essence, fût-ce dans une démocratie. Toutes les tentatives de décentralisations, même si elles ont apporté quelques améliorations secondaires, sont condamnées à l’échec, car on ne peut pas réformer un  système aussi rigide. Le Centre ne veut pas abandonner sa primauté dans la mesure où il parvient à persuader une majorité de Français que lui seul peut assurer l’unité de la France.

 

 

 

Les banlieues pauvres se situent à la périphérie des périphéries, sorte de rebut en bout de ligne où le Centre exile tout ce qui ne peut pas s’inscrire dans ses cadres. Alors que le discours officiel en France condamne le communautarisme et encense la laïcité, l’Etat central a fait exactement l’inverse dans les cités déshéritées.

 

 

 

Le Centre devant s’occuper de tout, il fixe ses priorités dans son proche environnement.  C’est là qu’il s’investit, parce que c’est là que se trouvent ses électeurs, ses contribuables, ses zones d’activités principales. Dès lors, il était commode pour lui de laisser les cités aux mains d’imams autoproclamés, de petits trafiquants qui ne le gênaient pas trop et de laisser deux pétromonarchies, Qatar et Arabie Saoudite, y investir massivement.

 

 

 

Bien entendu, ces Etats islamistes particulièrement rétrogrades et antidémocratiques, ont financé diverses officines salafistes, celles qui prônent le retour à l’Islam médiéval et le rejet des idées issues des Lumières. Pris par son mouvement centralisateur, le Centre n’a rien vu venir. Ou plutôt n’a rien voulu voir venir, malgré les émeutes de 2005 à Clichy-sous-Bois et 2007 à Villiers-le-Bel.

 

 

 

Cet humus, formé d’intégrismes et de trafics, fait naître une génération qui n’a pour signe d’appartenance à la France qu’une carte d’identité. Mais elle reste foncièrement étrangère à ce qui fait ce pays, puisque le Centre l’a laissée croupir dans sa périphérie des périphéries.

 

 

 

Le Centre, aujourd’hui, s’étonne de ce surgissement sauvage d’islamoterrorisme et s’agite alors qu’il en est l’auteur par dol éventuel. Il n’a pas voulu le résultat de son absence d’acte mais n’a rien fait pour changer de pratique et de politique.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 


ESPACE VIDEO

Ce débat évoque une autre affaire intervenue en octobre 2012.


Islam radical : les politiques ont-ils fermé... par LCP


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01/06/2014

Comment – avec dignité – fêter le 200e anniversaire de l’entrée de Genève dans la Confédération

 

 

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Première pensée émue pour les Vieux-Grenadiers qui sont en train de suer dans leur «ourson», le célèbre bonnet à poils. Seconde pensée émue pour les milliers de Genevois qui vont fêter ce 200e anniversaire de l’entrée de Genève dans la Confédération avec tout le faste que requiert cette joyeuse commémoration.

De Piogre-sur-Seine, le Plouc ne peut que suivre virtuellement les réjouissances de Piogre-sur-Rhône. Et se rappeler le 150e anniversaire en 1964, le cortège costumé vers le Port-Noir et son oncle Jean-Etienne qui avait bien de la peine à ne pas faire exploser son uniforme de capitaine des troupes de montagnes et s’essuyait régulièrement le crâne sous son képi.

 

En 1814, les Genevois ont eu le nez creux en demandant à devenir canton suisse. Il s’en est suivi deux siècles de paix, de liberté et de prospérité, malgré les crises économiques. Imaginons notre sort si notre ville était restée chef-lieu du département français du Léman, ce qu’elle fut du 15 avril 1798 au 31 décembre 1813. La Genève française a subi les guerres, la disette, les privations, l’oppression et la haine de l’Empereur Napoléon qui trouvait que cette ville «parlait beaucoup trop anglais». Il n’est donc pas difficile de revivre la joie des Genevois d’alors, lorsqu’ils ont acclamé les troupes suisses mettant pied au Port-Noir.

Saluons la Suisse et les bienfaits qu’elle nous a prodigués durant ces deux siècles. Elle le mérite tellement.

 

Est-ce une raison pour vilipender la France comme le font certains internautes, sans doute Genevois de trop fraîche date pour reconnaître tout ce que nous devons à la France?  Certainement pas.

 

Genève est indissolublement liée à la culture française à laquelle elle participe de plein droit. De Rousseau à Nicolas Bouvier, Genève a donné de grands écrivains à notre langue française. Mais le rayonnement culturel de la France a aussi apporté à leurs œuvres une reconnaissance mondiale.

 C’est à un Français, Jean Calvin, que nous devons la place centrale de notre petite cité dans la diffusion de la Réforme, jusqu’aux lointaines Amérique. Et c’est grâce à tous les réfugiés huguenots que nous avons développé nos industries de pointe.

 

Ceux qui, pour célébrer la Suisse, se croient obligés de cracher sur la France, sont des infirmes du cœur et des empêchés du cerveau.

 

Jean-Noël Cuénod

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31/05/2014

Vous avez aimé Marine Le Pen? Vous allez adorer Udo Voigt!

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Le tintamarre provoqué par le succès du Front national aux élections européennes a relégué au fond de l’actualité cette information: un néo-nazi allemand siègera au Parlement européen. Vous avez aimé Marine Le Pen? Vous allez adorer Udo Voigt! Cet admirateur de Hitler – un «grand homme d’Etat» affirmait-il en 2004 dans l’hebdomadaire berlinois Junge Freiheit – est en effet l’heureux élu, tête de liste du NPD, créé en 1964 par d’anciens membres du parti nazi qui ont contourné ainsi l’interdiction de reconstituer le NSDAP du führer.

Agé de 62 ans, ingénieur d’aviation de formation, Udo Voigt n’avait pas été titularisé dans la Bundeswehr, en raison de son engagement au NPD, dès 1968. Il faut dire que ce garçon a été à brune école, puisque son père et modèle fut un milicien de la SA. A l’instar de l’Autrichien Haider, Voigt a dit aussi tout le bien qu’il pensait de ces grands humanistes de la Waffen-SS. En cela, il a fait preuve d’un certain œcuménisme national-socialiste puisque ce sont les SS qui ont massacré les dirigeants de la SA, devenus encombrants pour Hitler, lors de la «Nuit des Longs Couteaux».

 

En outre, on appréciera la touche délicate de l’affiche (photo) montrant celui qui veut «donner des gaz» à la Germanie éternelle.

 

Comment un tel personnage a-t-il pu être élu dans une Allemagne devenue pacifique et démocratique? Berlin vient de changer sa loi électorale en instaurant la proportionnelle intégrale pour les Européennes. Auparavant, une liste devait atteindre au moins 3% pour pouvoir élire un eurodéputé. Avec seulement 1% des suffrages, le NPD a donc pu envoyer à Strasbourg son mini-führer. 1%, cela n’a l’air de rien. Mais lorsqu’on traduit le pourcentage en nombre de voix obtenues par le parti de Voigt, la perspective change. Il s’est trouvé tout de même 300 000 électeurs allemands pour voter NPD, soit l’équivalent du nombre d’habitants de Bonn, l’ancienne capitale fédérale. Il ne faut jamais sous-estimer la connerie.

 

En surfant sur la Toile, on s’aperçoit à quel point il est gratiné, le Voigt! Outre son admiration pour Hitler, son régime et ses milices, il fait partie également de ceux qui relativisent la Shoah. Le 10 décembre  2007 à la chaîne allemande ARD, le nouvel eurodéputé contestait le chiffre de 6 millions de juifs massacrés par Hitler pour lui préférer celui de 340 000.  Il réclame également le retour dans le giron teuton de la Poméranie et de la Silésie, entre autres. Ah, «lebensraum» quand tu nous tiens!

 

Udo Voigt pue tellement le remugle brun que même Marine Le Pen n’en veut pas dans le groupe qu’elle tente, non sans mal, de constituer au Parlement européen. Pourtant, sur certains de ses chapitres, le programme du NPD devrait séduire les frontistes. On sait qu’à chaque compétition, Jean-Marie Le Pen vitupère l’équipe de France de foot et ses joueurs multicolores. Dans le même ordre de sous-idée, le NPD a diffusé une affiche représentant l’international Patrick Owomoyela revêtu du maillot de la sélection nationale allemande, avec ce slogan : «Blanc mais pas seulement comme couleur du maillot» («Weiß - nicht nur eine Trikotfarbe»). Ce qui a d’ailleurs valu à Udo Voigt d’être condamné par la justice berlinoise à sept mois de prison avec sursis. De même, la stigmatisation des Roms et immigrés constitue un autre dénominateur xénophobe commun entre le FN et le NPD.

 

Conclusion: qui se ressemble ne s’assemble pas forcément.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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29/05/2014

Les amanites blondes et le grand vertige (Les Jeudis du Plouc)

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Tout s’écroule. Devant nos pas, un grand vide s’ouvre. Un grand vide sans fond. Fascinés, nous chutons. Affolés, nous nous tentons de nous accrocher aux branches. Des branches situées à main droite (extrême). Certains pays, comme l’Allemagne, semblent épargnés, en raison de leur bonne santé économique. Mais pour combien de temps ? D’ailleurs, la prospérité du Danemark et de la Suisse n’empêche nullement leurs partis nationalistes de s’imposer.  Car la cause du mal n’est pas qu’économique. Il n’y a que François Hollande pour croire qu’en faisant baisser le chômage ­–  la France en est bien loin ­– on éradiquera ipso facto le nationalisme. Ou plutôt les nationalismes, tant ils paraissent divers dans leurs origines et leurs programmes.

 

Les partis nationalistes n’ont pas surgi dans la forêt comme champignons après l’ondée. C’est toute la forêt qui s’est effondrée, laissant apparaître les amanites blondes, genre Marine Le Pen et Geert Wilders. Cette forêt était constituée par les partis qui privilégiaient la raison plutôt que l’émotion.

 

Ces partis de la raison étaient constitués de deux grandes familles : le libéralisme et la social-démocratie. C’est de leur camp respectif que l’un et l’autre ont subi les premiers coups, ceux qui leur ont causé des dégâts irréversibles.

 

L’infernal couple anglo-saxon Reagan-Thatcher a détruit, au nom du libéralisme, ce qui constituait un élément fondamental dudit libéralisme, à savoir la régulation. Le libéralisme avait pour principe de ménager le plus possible d’espace à la liberté d’entreprendre et prônait la libre concurrence. Mais, conscients qu’un laisser-faire absolu allait créer des désordres sociaux considérables, les libéraux de jadis ont encadré cette liberté par la loi et l’Etat de droit. Pour reprendre une vieille image, le renard disposait certes d’une grande liberté dans le poulailler, mais il lui était interdit de tuer toutes les poules. L’ultralibéralisme à la Reagan-Thatcher a fait voler en éclat ce vieux libéralisme permettant au renard de se lancer dans tous les carnages qu’exige son appétit sans frein.

 

Le libéralisme s’efforçait – sans forcément y parvenir – à ce que le meilleur l’emporte en fixant les règles du jeu. Avec l’ultralibéralisme, ce n’est pas le meilleur qui triomphe, mais le plus pervers, celui dont la course folle n’est entravée par aucun scrupule, aucune limite. L’industrie du porc breton paie-t-elle ses ouvriers au salaire minimal ? L’industrie porcine allemande réplique en rémunérant ses ouvriers roumains au lance-pierre pour vendre sa cochonnerie à vil prix. Les tisserands pakistanais des multinationales chinoises et occidentales demandent-ils quelques grains de riz supplémentaires dans leur bol? Leurs collègues bangladais sont prêts à prendre la relève. Le phénomène a été mille fois rabâché. Après la crise des «subprimes» – un sommet dans l’immondice ultralibérale – les partis libéraux ont promis que, cette fois-ci, on allait dresser le renard capitaliste. Qu’a-t-on vu ? Rien.  Ces formations «raisonnables» se sont montrées incapables de faire entendre raison à ce renard enragé.

Et l’on voudrait que le peuple vote pour eux?

 

Côté social-démocrate, ce n’est pas plus brillant, au contraire. Après la chute du Mur de Berlin, les partis socialistes démocratiques ont été privés de leur épouvantail favori : l’Empire rouge. Ils ne pouvaient plus l’agiter au nez des dirigeants économiques et des partis libéraux en leur disant : «Laissez aux travailleurs une part de votre gâteau, sinon ils se tourneront vers le Kremlin qui vous bouffera tout cru.» Au lieu de faire leur aggiornamento idéologique pour s’adapter à la nouvelle donne, les sociaux-démocrates ont continué comme si de rien n’était. La classe ouvrière, qui formait leur base, a été éclatée dans les miroirs brisés de l’individualisme induit par le capitalisme nouveau et ses stupéfiants technologiques. Or, sans conscience de classe, il n’y a pas de classe du tout, disait un certain Marx. Au lieu de parer au danger pour reconstituer cette conscience – ce qui est le boulot d’un parti de gauche ­– nombre de formations socialistes ont préféré s’investir dans les sujets de société, plus à la mode communicante. Certaines d’entre elles ont même abandonné leur camp en suivant docilement les traces du renard ultralibéral.

Et l’on voudrait que les travailleurs leur en soient reconnaissants?

 

A cela s’ajoute la sensation d’être emporté par le magma mou de la sous-culture américaine. Dans la pub, dans les conversations, partout, ce sabir américanolâtre s’insinue pour formater ce qui reste de nos neurones aux produits technologiques qu’il est chargé de promouvoir. Cet aspect est loin d’être secondaire, car il fait partie de la sensation d’être dépossédé.

 

 Pour que l’angoisse ainsi créée perde de sa virulence, nous cherchons à lui trouver un point ce fixation. Ayant mille visages, l’ultralibéralisme n’en a aucun. C’est donc l’autre le plus proche qui transformera l’angoisse en colère, à savoir l’immigré, le Rom, le frontalier, le bronzé, celui qu’on ne peut plus sentir. Le racisme devient ainsi un moyen d’expression qui trouve sa traduction politique dans les partis nationalistes qui ont la raison pour ennemie.

 

Or, si le nationalisme permet d’assouvir les passions, de tout temps il n’a créé que guerres et désolations. Ce qui fut vrai en 1914 et en 1939, entre autres, se vérifiera demain, sous d’autres formes.

 

Le libéralisme et la social-démocratie sont morts. Le temple de la raison politique et humaniste est à reconstruire sur leurs ruines. Le défi est à la mesure du grand vertige qui saisit le monde. Mais voilà, nous reste-t-il encore assez de temps? Commençons tout de suite par dresser l’acte de décès des partis de la raison, afin de ne pas se contenter de rafistoler un vieux moteur qui ne tiendra plus la route, et par dénoncer les impostures des partis nationalistes.

 

Jean-Noël Cuénod

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27/05/2014

Jean-François Copé, la politique française et les andouillettes avariées

 

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«La politique, c’est comme les andouillettes. Il faut que sa sente la merde, mais pas trop». Grande figure de la IIIe République et inamovible maire de Lyon, Edouard Herriot s’y connaissait aussi bien andouillettes qu’en politique. Un homme capable d’engloutir à lui seul une poularde demi-deuil de la Mère Brasier a de l’estomac et sait apprécier le fumet du bouillon où mijote le parlement.

 

Que dirait-il aujourd’hui? Sans doute que les andouillettes sontimgres.jpg avariées et qu’elles empestent la fosse d’aisance surmenée.

 

 La corruption est de tout temps attachée au pouvoir, comme la tique l’est au chien. En France comme ailleurs. Actuellement, c’est l’UMP qui s’est emparée du maillot jaunâtre au Tour de Frasques. Entre l’affaire Bygmalion et ses fausses factures plus vraies que nature, qui auraient servi à payer la Sarkocampagne présidentielle, et l’implication de Claude Guéant ,l ’ex-bras droit de l’ex-président, dans le cadeau de 400 millions d’euros à Tapie, le parti héritier du gaullisme fait fort. Son président Jean-François Copé a été contraint de démissionner dans le plus grand désordre. L’un de ses proches mis en cause bénéficie d’une exfiltration vers le parlement européen où il vient d’être élu. Une place à lui offerte pour qu’il bénéficie de l’immunité parlementaire, supputeront les méchantes langues. Voilà qui donne à la cuisine politicienne un arôme de parmesan «alla Berlusconi».

 

Bien entendu, Copé et Sarkozy sont dûment blanchis par leurs collaborateurs pris la main dans le pot de confiture. «On ignorait tout», clament-ils en ajoutant dans un soupir lamento: «On tombe de l’armoire!» Pas de risque qu’ils se fassent mal ; ils ne tombent pas de si haut. Disons plutôt que les grands dirigeants ne voulaient pas savoir: «Qu’ils se démerdent pour trouver du fric. C’est leur problème. Le mien c’est de le dépenser au mieux pour conquérir (ou conserver) le pouvoir». Le schéma est vieux comme les campagnes électorales. Les fusibles sont faits pour ça. Les bouchons de champagne sautent en cas de victoire ; les fusibles font de même quand le juge débarque.

 

Côté socialiste, ça ne sent pas la rose non plus. Le PS a permis au Front national de s’implanter au Nord-Pas-de-Calais à la suite d’actes de corruption. Sans parler de Marseille et du système Guérini qui a gangrené le parti actuellement au pouvoir. Et par charité, nous éviterons de renchérir avec le Cahuzac, un cas aussi désespéré que désespérant.

 

Conclusion du chœur des commentateurs : «Ces malversations asphaltent un boulevard au profit du Front national». Pour l’instant, cela semble bien être le cas. Mais le comportement des frontistes est-il si différend de celui des autres politiciens? A peine avaient-ils revêtu l’écharpe tricolore que nombre de maires du FN se sont octroyés des augmentations d’indemnités, jusqu’à 15% de hausse, comme dans la commune du Luc en Provence. Certes, cette auto-gratification est légale. Mais pour un parti qui entend donner à tout le monde des leçons de morale et de gestion scrupuleuse des deniers publics, voilà qui relève de la tartufferie la plus grossière.

 

Le président Hollande est totalement discrédité par son incapacité à convaincre les Français du bien-fondé de sa politique. Sa majorité ne sait plus où elle habite et court dans tous les sens. L’UMP est bien mal placée pour prétendre diriger la France, elle qui se montre incapable de gérer correctement ses comptes et de mettre de l’ordre dans ses affaires. Les frontistes défendent une politique de fermeture aussi irréaliste que celle prônée par Mélenchon et le Front de Gauche, mais dans une version xénophobe. Les centristes restent divisés en chapelles dirigées par autant de sous-papes qui s’envoient des coups crosses mutuels.

 

On ne voit donc pas comment la caste politique française pourrait tirer d’épaisseur ce pays qu’elle n’a cessé d’enfoncer au plus bas.

 

Ce n’est plus aux politiciens de réagir mais au peuple. C’est à lui de réclamer la poubellisation de la Ve République – qui ne fabrique plus que des nains en compétence et des géants en égotisme – et l’instauration de nouvelles institutions qui lui permettront de mieux prendre en compte sa volonté. Qu’il trouve en son sein les talents pour organiser les forces nouvelles, qu’il fasse circuler des pétitions, qu’il descende dans la rue, qu’il se bouge enfin, avant de se faire bouger par d’autres.

 

Jean-Noël Cuénod 

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24/05/2014

Pierre Larrouturou:une Nouvelle Donne pour une nouvelle gauche

 

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Même si l’été n’est pas loin, voilà le président Hollande habillé pour l’hiver. De tous ceux qui lui confectionnent un costume, l’économiste français Pierre Larrouturou – proche de Michel Rocard et Stéphane Hessel – est le tailleur le plus affûté. Dans son livre «La Grande Trahison» (Editions Flammarion), il démonte la politique «austéritaire» du gouvernement. A retenir, un élément particulièrement inquiétant, abordé lors d’un entretien récent que Le Plouc a eu à Paris avec lui:

 « Durant les quatre derniers mois, la consommation alimentaire des Français a reculé». 

 C’est tout le système des fausses élites françaises, qui se succèdent en de déprimantes alternances, que dénonce Larrouturou; il est présenté par les médias français comme l’un des cinq économistes mondiaux qui avaient prévu, dès le début des années 2000, la grande crise financière.

Démissionnaire du Parti socialiste et conseiller régional en Ile-de-France, Pierre Larrouturou a lancé un nouveau parti en novembre dernier, Nouvelle Donne.  A peine créée, cette formation est montée à l’assaut du Parlement européen (les Français éliront leurs eurodéputés le 25 mai). Pour l’instant, les sondages estiment à 2% les intentions de vote en faveur de ses listes. Mais il est fort possible que Nouvelle Donne n’en reste pas là. Un signe qui ne trompe pas,  dans l’émission de Ruquier sur France2 «On n’est pas couché», Pierre Larrouturou a réuni, le 25 janvier, plus de deux millions de téléspectateurs, surpassant même «Les Experts» sur TF1. A en croire les quotidiens régionaux, les meetings de campagne de Nouvelle Donne sont fréquentés par un grand nombre de personnes, ce qui est rare pour une consultation qui ne passionne pas les Français. Il faut dire que Pierre Larrouturou peut compter sur le soutien de Bruno Gaccio,l'ancien rédacteur des Guignols de l'info, pour secouer les médias. Une recrue de taille.

Pour des électeurs de gauche complètement déboussolés par la politique libérale du gouvernement socialiste et qui ne sont pas convaincus par les diatribes europhobes d’un Mélenchon de plus en plus isolé, Larrouturou peut allumer une braise d’espoir.

Sa politique économique ne consiste pas à nier le poids de la dette publique, contrairement à nombre d’élus de l’aile gauche du PS : «Pas question de laisser filer le déficit public. Mais les 50 milliards d’euros d’économies ordonnées par le gouvernement ne fera qu’aggraver la situation. Il y a d’autres solutions moins douloureuses pour l’ensemble de la population, comme de financer les «vieilles dettes» publiques à 1% en empruntant auprès de la Banque centrale européenne et en menant une chasse active contre les paradis fiscaux qui coûtent chaque année 50 milliards d’euros».

Et de citer l’exemple des Etats-Unis qui ont circonvenu le secret bancaire suisse avec l’accord FATCA. On pourrait lui rétorquer que les paradis fiscaux se trouvent désormais dans certains Etats américains, comme le Delaware. Et là, pour traquer l’évasion fiscale ce sera une tout autre histoire.


Jean-Noël Cuénod


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22/05/2014

Sarko-le-Bref n’aime pas les petits (Les Jeudis du Plouc)

 Sarko-le-Bref a un problème avec les petits. Un problème de taille : il ne les aime pas. Dans sa longuissime 2014.jpgtribune libre qu’il a adressée au Point, ce mépris surgit à maintes reprises comme un démon mal refoulé.

Photo prise au Carnaval de Düsseldorf

Sa grande idée est la création d’une Europe à deux vitesses. Plus d’intégration pour les dix-huit pays de la zone euros et moins d’intégration pour les autres. Ce projet n’a rien de nouveau ; il est partagé par un grand nombre d’acteurs politiques. Il repose sur un évident constat: l’Union européenne ne peut pas poursuivre selon son actuelle configuration. Le fait de partager une monnaie contraint à l’intégration.

Certes, mais quelle intégration ? La famille politique de Nicolas Sarkozy s’est toujours opposée à une Europe fédérale et l’ancien président de la République ne déroge pas à cette règle. L’intégration qu’il propose ménage un espace placé sous la domination conjointe de la France et de l’Allemagne. Citons-le :

 

Je plaide clairement pour la création d’une grande zone économique franco-allemande cohérente et stable au cœur de la zone euro qui nous permettra d’abord de mieux défendre nos intérêts face à la concurrence allemande en gommant nos handicaps fiscaux et sociaux et qui nous permettra ensuite de prendre le leadership des dix-huit pays qui composent notre union monétaire.

 

Voilà qui a au moins le mérite de la franchise, assortie d’une certaine dose de candeur. En effet, si cette zone aurait pour effet ­– comme le soutient Sarkozy – de mieux défendre les intérêts français vis-à-vis de l’Allemagne, il serait étonnant que cette dernière accepte d’entrer dans une zone économique dont l’un des buts serait de réduire ses avantages!

De même, l’ex-président français ne manque pas d’air (il faut dire que cet élément ne lui a jamais fait défaut) lorsqu’il propose aux seize autres pays de la zone d’accepter la domination franco-allemande. Croit-il sérieusement que ce leadership – pour reprendre son sabir – passera comme une lettre à la poste aux Pays-Bas, en Belgique, Italie, Espagne, Danemark, Pologne et auprès de tous les autres Etats de la zone euro ? Il risque fort de se faire rétorquer qu’avant de dominer l’Europe, Paris ferait bien de balayer devant sa porte et de construire des trains aux dimensions de ses gares!

Ce culot ainsi exprimé révèle la persistance au XXIe siècle du vieux fonds impérialiste de la droite bonapartiste. L’héritage culturel, historique et politique que porte Sarkozy veut faire de la France la nation qui dirige les autres. Mais ce rêve s’est écroulé à la fin des guerres napoléoniennes et il s’est définitivement évaporé en juin 1940. Pour cette partie de la droite française, ce rêve pourrait reprendre forme s’il se fixe sur la puissance économique allemande. Berlin aux fourneaux et Paris aux commandes. Et les autres, qu’ils suivent et se taisent. Ils n’existent que pour faire de la figuration. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy le leur signifie sans ambiguïté:

 

Ce n’est faire injure ni à Chypre, ni à Malte, ni au Luxembourg que d’affirmer que leurs responsabilités ne sont pas les mêmes (…) Je le dis aux dirigeants français comme allemands, le leadership n’est pas un droit, c’est un devoir. C’est à l’Allemagne et à la France d’assumer la plus grande part de la responsabilité dans la conduite du gouvernement économique de la zone euro.

 

Nicolas Sarkozy montre ainsi à quel point lui et sa famille politique sont incapables de comprendre les principes qui régissent le fédéralisme. Celui-ci puise sa force, non pas dans la domination d’une partie sur les autres, mais dans la concertation entre les parties. Les petites entités peuvent participer à la direction de  l’ensemble grâce à des mécanismes que chaque Etat fédéral a mis au point pour compenser la puissance des entités plus importantes.

 

Basée sur la domination de deux Etats sur les seize autres, l’Europe centralisatrice de Sarkozy se situe donc aux antipodes d’une Europe fédérale, seule à même, si elle voit le jour, d’assurer l’harmonie entre toutes ses composantes.

De plus, le tandem dominateur proclamé par le ci-devant président fait un peu alliance de l’aveugle et du paralytique. Dans ces conditions, on voit mal comment l’Europe sarkozienne pourrait avancer. Surtout, si c’est le paralytique qui porte l’aveugle.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Débat sur I-Télé à propos de la tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Point 

 

 

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19/05/2014

Malgré l’hystérie antifrontalière, construire le Grand Genève

 

 

Ainsi, une courte majorité de Genevois a rejeté le projet de financement des parkings en France très voisine. Certes, le premier mouvement serait de rire ou pleurer après ce vote émis par des citoyens qui, chaque jour, vitupèrent les bouchons causés par les frontaliers. Eh bien, ils auront désormais encore plus d’embarras routiers ! Ont-ils voulu sauvegarder leur principal sujet de grogne ? Il faut dire que râler est un plaisir amer et délectable comme une amande. Comme tout le monde, même les plus grands génies, il arrive au peuple de commettre des, restons polis, de monumentales stupidités. Il ne sert à rien de s’en lamenter. Le peuple a toujours raison. Et c’est bien ainsi.

 

Toutefois, cette votation présentée par d’aucuns comme la mort du Grand Genève, est susceptible de lui prodiguer une vigueur nouvelle. Car la démocratie directe peut tout, sauf effacer les réalités géographiques. Qu’on s’en afflige ou qu’on s’en loue, Genève continuera à se développer, conformément à son statut international qui est le sien depuis la Réforme. Pour ce faire, il lui faudra des espaces, des accès et de la main d’œuvre que les seules terres vaudoises seraient bien en peine de lui apporter. Or, ces espaces, ces accès, cette main d’œuvre, c’est  son arrière-pays savoyard et gessien qui les lui a toujours fournis et lui fournira encore. A moins de jumeler notre Piogre avec Proxima du Centaure et créer de vastes liaisons intergalactiques (ce qui, d’ailleurs, n’exclurait pas d’éventuels référendums).

 

Il faut donc prendre acte de ce rejet et d’en tirer les leçons. Le Conseil d’Etat a présenté le Grand Genève comme une superstructure technocratique sans âme, sans saveur. Or, le peuple rejette toutes les technostructures. Ce Grand Genève il faut désormais le faire vivre ailleurs que dans les plans conçus par les hauts fonctionnaires. Cela passe par la culture, les échanges, les émotions partagées de part et d’autres d’une frontière mouvante. Pourquoi ne pas soutenir l’aventure du Servette Rugby Club qui s’apprête à participer au championnat de France , entre autres exemples ?

Le Grand Genève, pour qu’il vive, il faut le faire vibrer. A quand un forum de la frontière ? A quand les états-généraux du Genevois ? D’un rejet peut naître un projet.

 

Jean-Noël Cuénod

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17/05/2014

Elections européennes : Chevènement, Grand Timonier des pêcheurs à la ligne

 

union européenne,campagne,élections,politique,FranceAncien ministre de Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement se fait l’héroïque héraut des vertus républicaines, de l’engagement citoyen, de la participation active à la vie démocratique. Pour civiliser ceux qu’ils qualifiaient de «sauvageons» – avec ce phrasé caractéristique du pédant en train de manger de la purée de patate – il leur prescrivait une bonne dose de Marseillaise à entonner en classe tous les matins. Ah, avec lui, Madame Taubira[1] aurait marché droit et chanté juste.

Ce donneur de leçon et son parti, le Mouvement républicain et citoyen, mènent actuellement campagne pour les élections européennes. « Ben oui », allez-vous me répliquer (si, si vous allez me répliquer, je vous connais !), « comme tout le monde ! » Ben non, pas comme tout le monde ! Les chevènementistes répandent sur les murs des villes françaises de grandes affiches pour inviter les citoyens à… s’abstenir le 25 mai: « Nous appelons tous les citoyens à consacrer ce dimanche à leurs proches et aux activités qui leur sont chères. » Et d’ajouter : « Notre appel au boycott est un « non » républicain de résistance. » Sauf que les résistants, eux, ne se contentaient pas de bronzer au soleil dominical.

Que le Mouvement républicain et citoyen défende des positions souverainistes et combatte les actuelles institutions européennes, rien n’est plus légitime. Mais qu’un parti qui se prétend « citoyen » prône l’incivisme de l’abstention, voilà qui est aussi incohérent politiquement qu’inacceptable moralement. Le Parlement est la seule institution démocratique et le boycotter favorise ce pouvoir technocratique de Bruxelles que les chevènementistes vilipendent à tours de langues fourchues.

Voilà donc le « Che » du territoire de Belfort qui s’installe dans son nouveau rôle de Grand Timonier des pêcheurs à la ligne. « Un ministre ça démissionne ou ça ferme sa gueule », disait-il autrefois. En écho, Pierre Dac lui répond : « Ceux qui l’ouvrent avant de la fermer feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir».

Jean-Noël Cuénod



[1] Pour les extraterrestres qui viendrait d’atterrir sur la planète France : la ministre de la Justice a été accusée de ne pas avoir chanté la Marseillaise lors d’une cérémonie. Cela a enclenché une de ces ridicules polémiques montées de toutes pièces pour alimenter l’opinion avec des sujets qui ne fatiguent pas la tête.

 

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15/05/2014

Faut-il prendre le Gripen en grippe? (Les Jeudis du Plouc)

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Les sondages le donnent perdant dimanche prochain, à l’issue de la votation fédérale sur l’achat de 22 avions de chasse au groupe suédois Saab. Faut-il donc prendre le Gripen en grippe? Avouons-le tout cru: Le Plouc ne connaît rien à ces engins ; à peine serait-il capable de distinguer un Gripen d’une aile delta. Fallait-il choisir le Rafale français plutôt que le chasseur suédois? Autant demander à Rataplan de résoudre la suite de Fibonacci.

Toutefois, Le Plouc, comme les autres Suisses, se sent interpellé au niveau du portemonnaie. Car il s’y agrippe, le Gripen, à nos sous! 3,126 milliards de francs, ça ne se trouve pas sous l’aile d’une poule. Bonheur de la démocratie directe, le peuple payeur sera aussi le peuple décideur. Dès lors, ce n’est pas sur le plan technique qu’il convient d’aborder le sujet mais sur celui de l’avenir de notre Défense nationale.

Le Gripen serait donc un élément indispensable pour préserver notre espace aérien. Mais il n’y a pas de défense sans stratégie. Alors qu’elle est notre stratégie ? Quels sont les ennemis potentiels qui feraient du Gripen un atout majeur dans notre arsenal ? On attend toujours la réponse. L’argument principal des avocats suisses de l’avion suédois est de nature tautologique – et pas trop logique : « Il nous faut le Gripen parce qu’il nous faut le Gripen». Devant les résistances d’une grande partie des citoyens, le président de l’UDC Toni Brunner excipe maintenant de la situation en Ukraine pour nous vendre cet appareil magique. Ah bon ? Et que feraient nos Gripen en Ukraine ? Clouer au sol les Sukhoï russes ? Pulvériser la flotte moscovite dans le port de Sébastopol ? Défendre l’espace aérien suisse, des fois qu’un Mig 35 aurait pris Nyon pour Kiev ?

A quoi sert notre flotte aérienne ? Il aurait fallu poser cette question avant d’aborder celle de l’achat d’un appareil en particulier. Et au-delà, c’est notre stratégie globale de défense qu’il faudrait interroger, au lieu de s’en tenir à des arguments d’autorité.

En fait, nous ne savons plus quelle place l’armée doit tenir dans notre pays. Depuis des années, elle subit de régulières coupes budgétaires. D’aucuns, même à droite, se posent la question de son utilité et de sa pérennité. Comme nous ne vivons pas dans le monde enchanté des doudous en peluche, la question de notre défense nationale est on ne peut plus légitime. Mais se contenter, comme nous le faisons, de faire vivoter une armée sans stratégie, sans but, en croyant que les recettes de la Seconde Guerre mondiale sont éternelles et que notre neutralité relève du droit divin, c’est poursuivre une illusion aussi vaine que celle des béatitudes pacifistes.

A quand un vrai grand débat sur notre défense ?

 

Jean-Noël Cuénod

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10/05/2014

PARIS SUR SCENES

 

 

Fillette rêveuse

Qui attend son Prince bleu

Devant les poubelles

 

 

Un clown dépressif

         Traverse la rue des rêves

   En dehors des clous

 

                                                         

                                      Une rose noire

                Est emportée par la Seine

            Mais en quel honneur ?

 


Statue de chiffons

La mendiante emmitouflée

Ne tend plus la main

                                                                                                Elégantes pouffes

   Qui arpentent la rue d’Ulm

D’un cul dédaigneux

 



Halo de bruine

Le réverbère est un saint

Tout auréolé

 

                                 

                                  Soudain joie céleste

   Le grand rire du soleil

Fait trembler la rue

 



Sommeil de volcan

       Paris est prêt à exploser

                                   Mais l’ignore encore


Jean-Noël Cuénod


Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

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08/05/2014

Merci Poutine ! (Les Jeudis du Plouc)

 

L’Union européenne ronronnait comme une chatte au ventre plein de croquettes. Endormie sur son mol oreiller, elle remettait à des calendes de plus en plus grecques, ces devoirs pleins de casse-têtes chinois: sa gouvernance, sa défense, sa diplomatie, sa politique énergétique. Et voilà que les appétits de Poutine en Ukraine ont donné un grand coup de pied aux fesses bruxelloises.

 

En se faisant damer le pion, à chaque coup, par l’autocrate moscovite, l’Union européenne ne peut plus cacher ce qui est devenu une évidence: son mode de direction est d’une constante inefficacité. Avec un parlement croupion, sorte de communauté réduite au caquet, et une Commission représentée par un ectoplasme qui, selon certaines rumeurs, s’appellerait Barroso, l’Union reste dirigée, si l’on peut appeler les choses ainsi, par les 28 chefs d’Etat ou de gouvernement des pays qui la composent. Alors que de son côté, Poutine décide de tout, tout seul, selon les antiques principes du despotisme oriental. Imaginez une équipe de hockey avec 28 entraîneurs pour décider de la tactique de jeu. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que Bruxelles touche le puck?   

 

Concernant sa défense, le fait que personne ne songe une seconde à engager le moindre trouffion sur les frontières de l’Union démontre bien son inexistence. Or, l’OTAN est dans les mains des Etats-Unis qui ne veulent surtout pas s’engager militairement. Sans défense, la diplomatie ne sert pas à grand-chose; la baronne Ashton (photo) est donc la ministre d’affaires qui sont très étrangères à Bruxelles. Son charisme de théière oubliée au fond de l’armoire l’illustre d’éloquente façon.

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Quant à la politique énergétique, la dépendance des pays européens vis-à-vis de la Russie est patente. La Fédération est le premier fournisseur de gaz de l’Union (19% de sa consommation) et le second, de pétrole (16% de sa consommation). Certes, cette dépendance est à double tranchant, dans la mesure où les achats européens d’énergie représentent 40% du budget annuel de la Fédération. Sans cette manne, Poutine n’aurait guère d’huile financière pour rouler ses mécaniques. Mais il n’en demeure pas moins que si Moscou ferme le robinet énergétique, les pays européens risquent fort de s’enrhumer. Pour le coup, les médias pourront légitimement parler d’un retour de la Guerre froide! 

 

Sous les coups du grand ménage de printemps que l’oligotsar mène en Ukraine, tous les sujets embêtants que Bruxelles avait mis sous le tapis réapparaissent. Cette fois-ci, il va bien falloir les régler d’une manière ou d’autre autre. 

Soit l’Europe abandonne tout projet politique et se contente d’être une zone de libre-échange, prête à être avalée par le Traité transatlantique, abdiquant ainsi toute indépendance à l’égard des Etats-Unis. Et alors, Poutine réalisera son rêve de reconstituer l’Empire perdu lors de la chute du communisme. 

Soit, l’Union européenne choisira la voie fédérale, donnant à une gouvernance démocratiquement élue des pouvoirs accrus en matière de diplomatie, de défense et d’énergie, ces trois domaines fondamentaux qui ne peuvent plus être réglés à l’échelle de pays de modestes dimensions, comme ceux qui forment l’Union.

 Mais le statu quo ne sera plus possible après la séquence russo-ukrainienne. Si l’UE repart d’un bon pied, elle pourra dire: merci Poutine!

 

 

Jean-Noël Cuénod

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06/05/2014

François Hollande et la fabrique des nains

 

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Franchement, vous feriez président de la République française, vous ? Sifflets, huées, injures, lynchage médiatique, mépris, haine de la part du camp adversaire, coups de poignard portés par les amis. Voilà le lot quotidien de François Hollande qui, chaque jour que Satan fait, doit ceindre sa couronne d’épines. Le voilà réduit à se cacher pour aller visiter un centre d’apprentissage à Villiers-le-Bel, mardi.

Vous allez me dire que Sarkozy aussi, devait subir son lot d’impopularité. Mais il avait au moins Le Figaro pour le consoler et le caresser dans le sens du poil, même si celui-ci était quelque peu roussi par les feux de bouche.

Hollande, lui, ne peut même pas compter sur Le Monde ou Libération pour lui remonter le moral. Si un journaliste voulait se montrer original, il pondrait un papier favorable au président le plus détesté de la Ve République. Mais cela ne risque pas d’arriver. La moindre tentation hollandophile est aussitôt réprimée. La meute a ses exigences.

 

A croire que le masochisme a été conçu pour lui et par lui ! Non content de subir des avalanches d’avanies, François Hollande en redemande. Ainsi, il a accepté d’être le premier président à répondre en direct à des auditeurs de radio et de télévision. La chose s’est déroulée mardi matin, sur les ondes de RMC (Radio Monte-Carlo) et BFMtv. Auparavant, Hollande a dû se coltiner une interview avec Jean-Jacques Bourdin qui n’est pas du genre onctueux (voir notre vidéo).

 

Inutile de s’attarder sur les réponses de François Hollande qui ont aussitôt fait l’objet d’une pluie de salive et d’encre, virtuelle ou non. Le plus intéressant peut-être se niche dans les questions. Ou plutôt LA question. Car toutes les interventions des auditrices (massivement représentées, les hommes devaient encore roupiller) aboutissaient à cette interrogation :

« Que faites-vous pour ma retraite/me trouver un emploi/ augmenter mon salaire/ baisser mes impôts / réduire mes charges ? (Rayer les mentions inutiles).

En d’autres temps et d’autres lieux, John Kennedy disait à ses concitoyens : « Ne vous demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, mais ce que vous, vous pouvez faire pour l’Amérique ». Aujourd’hui, en France, la célèbre interpellation de JFK tomberait dans un océan d’oreilles sourdes.

 

Cette réaction traduit surtout l’obsolescence des institutions de la Ve République. Taillée dans le moule d’un géant, Charles de Gaulle, elle ne fabrique plus que des nains, comme il l’a déjà été relevé dans ce blogue.

 L’élection présidentielle est la seule consultation décisive, en fin de compte. Tous les cinq ans, le peuple choisit son monarque, lui confie tout le pouvoir en exigeant des résultats, non pas pour le pays, mais pour sa propre boutique. Comme il est impossible de satisfaire une clientèle aussi variée et aux intérêts aussi opposés, les récriminations ne cessent de croître au guichet du service après-vente, pardon, après-élections.   

 

Si les politiques doivent se remettre en cause, il en va de même pour les citoyens qui se contentent trop souvent d’être les clients grincheux du pouvoir. A cet égard, la meilleure solution pour les responsabiliser est d’introduire une dose de démocratie directe au sein de la République française. Non pas à la manière suisse où le peuple est consulté sur tout et parfois sur rien. Mais en choisissant une voie française qui permettent aux citoyens de ce pays de voter en fonction de la question posée et non pas avec l’arrière-pensée de faire un bras d’honneur au pouvoir en place.

Cela provoquerait un changement considérable dans la manière qu’ont les Français d’envisager le pouvoir. Mais sans une profonde réforme de ses institutions, cette République est vouée à fabriquer des nains que leur omnipotence rend impotents.

 

Jean-Noël Cuénod


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04/05/2014

Le nouveau numéro de La Cité est sorti. Plein feu sur le traité qui fait peur

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Le numéro de mai du mensuel La Cité vient de sortir avec plein de reportages – de Saint-Gingolph jusqu’au Texas, en passant par Lausanne, Genève, l’Indonésie et l’Arménie–, de chroniques, de photos, d’illustrations d’art.

 

L’édito de ma pomme aura pour titre, «De l’impermanence en politique» 

 

La Cité consacre son Grand Angle (Jean-Noël Cuénod) au «traité qui fait peur», celui que l’Union européenne et les Etats-Unis sont en train de négocier en secret. Il s’agit de créer la plus grande zone de libre-échange de la planète ; elle risque de vider de leurs substances les pouvoirs légitimes et démocratiques.

Face à ce mastodonte, quelle sera la place de la Suisse ? Réponse de l’ambassadeur Didier Chambovey – délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux ­– qui a accordé une interview exclusive à notre mensuel.

 

Nos deux chroniqueurs sont, à n’en pas douter, en pleines formes. Avec son «Vous prendrez bien un peu de recul?», Ariane Ferrier vous dira tout sur une très curieuse machine. Je ne saurai déflorer le sujet. Dans «Science & Conscience», le professeur André Langaney nous expliquera que la communication n’est pas le propre de l’humain.

 

Barbara Santos a mené l’enquête à la Bibliothèque de la Riponne à Lausanne qui abrite plusieurs dizaines de personnes en situation précaire. Ils y trouvent chaleur, lecture et… connexion internet.

 

Fabio Lo Verso fait le point sur l’état des banques genevoises qui vont affronter une nouvelle vague de licenciements.

 

 

Notre partenaire Mediapart publie une grande enquête sur le «dumping fiscal» qui est en train de ruiner l’Europe. Concernant ce même domaine, La Cité publie les bonnes feuilles d’un ouvrage d’Eric Walravens sur les cabinets d’audit.

 

Sevan Pearson s’est rendu en Arménie et nous raconte comment la Russie a fait main basse sur ce pays. Intéressant parallèle avec la crise ukrainienne.

 

Bouleversant, le reportage de Cécile Fandos (texte) et Mélinda Trochu (photos) sur la traite sexuelle des immigrées clandestines au Texas.

 

Sur l’Ile de Bangka en Indonésie, ces nouveaux damnés de la terre risquent leur vie pour quelques grammes d’un minerai, indispensable au fonctionnement de nos téléphones portables. Arnaud Guiguitant (texte) et Steven Wasenaar (photos) ont mené l’enquête, sur place.

 

Entre France et Suisse, Haute-Savoie et Valais, le cœur de Saint-Gingolph ne cesse de battre. Comment ce village vit-il aujourd’hui le fait d’appartenir à deux pays? Clément Girardot (texte) et Céline Michel (photos) nous apportent leur réponse fort illustrée.

 

Le Musée d’Orsay présente une exposition exceptionnelle : Van Gogh vu par le poète Artaud, deux veilleurs au bord de notre folie (Jean-Noël Cuénod).

 

Dans notre série sur la Première Guerre mondiale, La Cité rappelle comment le train de Lénine a failli faire dérailler la Suisse (Jean-Noël Cuénod).

 

En dernière page, sous une superbe reproduction d’un «paysage» du peintre Jean-François Taburet, Marianne Rillon nous fait découvrir un grand philosophe injustement méconnu, Henri Maldiney.

 

 

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02/05/2014

LES APHORISMES DU PLOUC. DIEU SAIT...

  •  Dieu est toujours là où plus personne ne l’attend.

 

  • Dès que l’on croit saisir Dieu, il n’est plus là. Divine truite, sautant au fil du torrent, qu’on ne saurait pêcher sans pécher.

 

  • Dieu n’a pas de noms puisqu’il les possède tous.

 

  • Quand je pense Dieu, Dieu me pense aussitôt.

 

  •  Au fur et à mesure que je crée Dieu à mon image, Dieu me crée à la sienne. 
 
  •  Dans le doute fleurit Dieu.
 
  •  La foi est un vent chaud qui souffle à l’intérieur.
 
  •  Sentir Dieu comme un parfum de jasmin dans la ville.
 
  • Tout ce que l’on dit sur Dieu est vrai ; Tout ce que l’on dit sur Dieu est faux.
 
  • Lorsque l’athéisme n’était professé que par une poignée d’hommes résolus, c’était une révolte de la raison ; aujourd’hui qu’il est partagé par la foule indifférente, ce n’est plus qu’un manque d’imagination.

 

  • Le silence est ce lieu du Grand Vide qui fait tourner le ciel.



  •  Quand l’espoir meurt, naît l’espérance



  • Dieu se fait sourd et muet lorsqu’on parle trop de lui.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo tirée du site http://venezziamente.blogspot.fr

 

 

 

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Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29/04/2014

Manuel Valls n’a plus de majorité

 

imgres.jpgManuel Valls a déployé mardi tous ses talents – réels ­– d’orateur pour faire voter son plan d’économie de 50 milliards d’euros de la façon la plus large possible. Mais l’anaphore (répétition du même thème à chaque début de phrase) – «J’assume, oui, j’assume!» – est tombée dans l’oreille de plus en plus sourde des députés de son Parti socialiste. Finalement, le plan a été voté par 265 voix contre 232 et 67 abstentions. Certes, ce vote n’avait pas de force obligatoire et de toute façon, Valls étaient certain de l’emporter.

 

 Mais l’important n’était pas là. Il s’agissait pour lui de recoller les morceaux de sa majorité, afin de disposer de l’assise politique nécessaire pour conduire le plan de réduction de la dette publique le plus sévère depuis des décennies. D’où la dramatisation que le nouveau premier ministre a orchestrée depuis plusieurs jours pour faire de cette consultation, un vote de confiance bis. Or, l’opération a échoué. 

Sur 275 députés siégeant sur les bancs socialistes, 41 se sont abstenus, alors que le premier ministre estimait ces abstentionnistes à 25, voire 30 au grand maximum. Trois députés apparentés au PS ont même voté contre le plan, les chevènementistes Marie-Françoise Bechtel, Christian Hutin et Jean-Luc Laurent.

Théoriquement, les Verts font encore partie de la majorité. Théoriquement, car en pratique, c’est autre chose.  Sur 17 députés écolos, 12 ont carrément voté contre le plan, deux se sont abstenus ; seuls trois ont soutenu le gouvernement. Les radicaux de gauche se sont montrés les plus fidèles à la majorité. Aucun d’entre eux n’a refusé le projet, deux se sont abstenus et les 13 autres ont choisi de faire encore un tour de Valls dans l’hémicycle.

Dès lors, le premier ministre qui souhaitait avoir son camp uni derrière lui a manqué son coup.

 

Toutefois, des fissures sont aussi apparues dans le bloc de l’opposition. Passons sur  l’UMP et ancien ministre Frédéric Lefebvre  qui a voté pour le plan Valls et trois autres députés qui se sont abstenus. Ils n’ont guère pesé face aux 192 représentants de leur parti qui ont rejeté le gouvernement. En revanche, les centristes de l’UDI se sont montrés beaucoup plus sensibles aux arguments de Manuel Valls. Sur 30 députés, 17 se sont abstenus, trois ont voté pour le plan et seuls sept l’ont refusé.

 

La majorité absolue étant de 289 députés, le chef du gouvernement voit sa marge de manœuvres se réduire. La mésentente avec les Verts tourne au divorce. Preuve de la colère de Manuel Valls à leur endroit: alors qu’il avait inscrit la transition énergétique dans le texte écrit de son discours, il l’a zappée à l’oral, sans doute lorsque le premier ministre a appris la volte-face des Verts qui lui avaient donné des signes d’apaisement quelques heures encore avant le vote.

 

Ses relations avec une partie désormais importante ­des députés de son propre parti se sont encore tendues. Le chef du gouvernement sait qu’il ne pourra pas compter sur leur soutien automatique. Pour arracher leur vote sur d’autres coupes budgétaires, il devra leur donner des gages. Ou alors, s’entendre avec les centristes au coup par coup pour faire passer les pilules les plus amères qui ne manqueront pas d’être prescrites aux Français.

 

Dans un pays normal, ce genre de situation appellerait un gouvernement de coalition entre sociaux démocrates et centristes. Mais voilà, la France n’est pas un pays normal. Elle aime les paysages politiques nets et rectilignes comme les jardins de Le Nôtre. Elle devra désormais s’habituer aux terrains vagues.

 

 

Jean-Noël Cuénod


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L'intervention de Valls à l'Assemblée nationale


"J'assume": L'anaphore de Manuel Valls - 29/04 par BFMTV

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24/04/2014

Bernard Thomas-Roudeix : défigurer pour reconfigurer (Les Jeudis du Plouc)

 

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Qu’est-ce qu’un artiste peut bien figurer, alors que des entrepreneurs en installations diverses réinventent chaque année le pissoir de Duchamp? Remarquable ustensile, au demeurant, qui fait encore usage plus de cent ans après sa conception. Saluons le non-artiste. Voilà de la plomberie sanitaire qui vous nourrit son homme et qui, en même temps, le soulage.

A quoi peut bien servir la figure, je vous le demande? A faire de la figuration peut-être? Oui, mais alors, pas de la figuration intelligente.

Elle ne sert à rien, figurez-vous, puisqu’elle est bonne à tout. Avec l’image, sa mère maquerelle, la figure a fait tous les trottoirs sous ses diverses parures: après les clichés sur verre, les instantanés, les polaroïds, elle atteint le sommet de ses formes par la grasse grâce de la photo numérique que diffusent les réseaux sociaux à jet tiède continu. Avec la photo argentique, tout le monde s’est figuré devenir peintre. Avec la photo numérique, tout le monde se figure être photographe.

Depuis plus d’un siècle, les artistes n’ont donc eu de cesse que de besogner cette figure qui ne figure plus rien. Le Plouc parle bien sûr des artistes authentiques et non des entrepreneurs en installations diverses qu’il évoquait au début de ce papier. Eux, font des sous mais non des œuvres.

 

Parmi ces pétrisseurs de formes, figure le peintre, sculpteur et céramiste Bernard Thomas-Roudeix. La figure, il s’en saisit, la lave, la nettoie, la débarrasse de toutes ses souillures merdiatiques, la travaille, l’alchimise, la transmue. Bref, il l’a dé-figure. En la défigurant, l’artiste la sort de l’empire du dérisoire, pour la restituer à sa véritable vocation qui est celle d’être une porte. Car c’est par la figure que l’on entre dans les êtres.

Ouvrez donc les portes de Bernard Thomas-Roudeix. Vous y verrez des mondes intranquilles, bouleversés, bouleversants, traversés d’éclats de larmes, zébrés de sanglots de rire, semés de lambeaux de sourire, formés d’organes à vif, abreuvés de sang solaire.  Ces mondes-là, sont les vôtres, en vrai. Non pas en toc. Il y a du réel plus réel que toutes vos réalités chez Thomas-Roudeix.

Comme il faut éteindre l’ordinateur pour le reconfigurer, il faut défigurer la forme pour qu’elle revive.

 

L'Incertain… regard sur Thomas-Roudeix

 

 Pour approcher le travail de cet artiste, la lecture de L'Incertain, remarquable «revue de création littéraire et critique», se révèle bien utile, tant il est vrai que les poètes savent dire ce qui se cache dans les replis d’une œuvre. Elle a donc consacré son deuxième numéro à Bernard Thomas-Roudeix. Le poète Jean-Durosier Desrivières publie une interview de l’artiste et six de ses planches de gravures que Desrivières éclaire d’autant de poèmes courts.

A une époque où rien n’est plus certain que l’incertain, on ne saurait d’ailleurs trouver à une revue un titre plus adéquat. Elle est publiée, sous forme d’un livre format «poche», par les Editions K à Fort-de-France. Donc loin du remugle parisien, là où soufflent les tempêtes florales et charnelles des poètes antillais.

 

La démarche de L'Incertain s’inscrit parfaitement dans celle de Thomas-Roudeix. Cette dé-figuration en vue d’une re-configuration, on la retrouve aussi dans les poèmes  de Jean-Durosier Desrivières et plusieurs textes des autres auteurs de la revue (Cécile Baltz, Gérald Désert, Alexander Dickow, Frankito, André Lucrèce, Fanfan Mahotière, Buata Maléla, Charles Edgar Mombo, Jean-Marc Rosier). Elle est particulièrement perceptible dans un poème de Francky Lauret «Rozoir-Arrosoir»  écrit en créole et en français, sur deux pages face à face.

 Voilà une expérience que L'Incertain ferait bien de renouveler. Affadie par l’actuel plat babil littéraire, la langue française aurait bien besoin d’une bonne transfusion de sang créole.

 

Jean-Noël Cuénod

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Deux oeuvres de Bernard Thomas-Roudeix: en haut, Etreinte III; en bas, Remords.

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