19/02/2014

Extrême-droite et responsabilités de la gauche: le blogue du Plouc sur Canal +

 

L'émission de Gaël Legras "Vu de l'Extérieur" sur Canal + évoque souvent le blogue "Un Plouc chez les Bobos". Cette fois-ci, c'est le texte sur l'extrême-droite et les responsabilités de la gauche qui a été repris. Voici l'émission dans son entier.

 

 

 

VU DE L'EXTÉRIEUR DU 14/02/2014 from LEGRAS GAËL on Vimeo.

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17/02/2014

Votation contre l’immigration, Le Plouc cause dans le poste à France-Info

 

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Pas facile de présenter aux Français la votation suisse contre l’immigration... Avec sa consoeur portugaise Ana Navarro Pedro, correspondante à Paris de Visao, Le Plouc s’y est collé, dimanche, lors de l’émission de Marie-Christine Vallet, Micro Européen sur France-Info.

 

Bonne écoute !

10:22 | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook | | |

16/02/2014

Philippe Jaccottet entre dans La Pléïade: "Sois tranquille, cela viendra"

Le Plouc célèbre très modestement l'entrée du grand poète suisse Philippe Jaccottet dans la plus prestigieuse des éditions francophones, La Pléïade. Il est rare que Gallimard publie des écrivains de leur vivant. Jaccottet partage cet honneur avec René Char, Paul Claudel, André Gide... S'il est le parfait traducteur d'Homère,Goethe, Hölderlin, Leopardi, Ungaretti, Musil Rainer-Maria Rilke, Thomas Mann, il est aussi, et surtout, l'auteur de l'une des plus pénétrantes oeuvres poétiques contemporaines. 

Voici ce poème de Philippe Jaccottet, "Sois tranquille, cela viendra", tiré de L'Effraie paru chez Gallimard


Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,

tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin

du poème, plus que le premier sera proche

de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin.

 

Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branches

ou reprendre souffle pendant que tu écris.

Même quand tu bois à la bouche qui étanche

la pire soif, la douce bouche avec ses cris

 

doux, même quand tu serres avec force le noeud

de vos quatre bras pour être bien immobiles

dans la brûlante obscurité de vos cheveux,

 

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,

de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,

elle vient : d'un à l'autre mot tu es plus vieux.

 

Philippe Jaccottet

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14/02/2014

Herr Blocher, vous avez raison, Le Plouc n’est pas un vrai Suisse

Herr Blocher, ainsi les Romands ont eu le mauvais goût de ne pas approuver  votre initiative contre les immigrés. Ces Suisses qui ont l’insigne malheur de ne point gazouiller dans votre mélodieux idiome et se contentent de la langue de Rousseau pour s’exprimer sont donc affligés, selon vos propres («propres» ne seraient pas le mot propre, mais passons) déclarations, «d’une conscience nationale plus faible».  

 

Le Plouc étant un concentré de Vaudois et de Genevois, il ne peut que se sentir visé. Et au fond, Herr Blocher, tout au fond, bien au fond, vous avez raison. Votre Suisse n’est point celle du Plouc.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle d’Henri Dunant, révolté par la boucherie de Solférino et transformant son indignation pour créer la Croix-Rouge.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle du général Dufour, évitant à notre pays le bain de sang d’une longue guerre civile.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Ramuz, faisant sentir le vent de nos montagnes bien mieux qu’un tableau de votre Anker.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Chappaz, se révoltant contre les «Maquereaux des cimes blanches».

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Stéphane Eicher, chantant de par le monde des paroles en français, italien, anglais, allemand, bärndütsch.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Johann Heinrich Pestalozzi, ouvrant aux enfants de pauvres la porte du savoir.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Blaise Cendrars, traversant les frontières par la grâce de la poésie.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Mario Botta, créant sur toute la planète la beauté des formes architecturales.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle de Paul Grüninger, commandant de la police saint-galloise, sauvant des centaines de juifs entre 1938 et 1939, malgré les lois que vos semblables avaient édictées.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle d’Elisabeth Eidenbenz, tirant des griffes nazies plus de 600 enfants juifs et roms.

 

  • La Suisse, notre Suisse, et non la vôtre, est celle d’Ella Maillart, découvrant des horizons toujours nouveaux malgré les périls.

 

Voilà, Herr Blocher, la Suisse du Plouc. Il vous laisse celle que vous avez conservée dans le formol.

Jean-Noël Cuénod

 

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13/02/2014

Après l’initiative UDC: Fier ou honteux d’être Suisse? A sotte question… (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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Après la votation du 9 février contre l’immigration, maints acteurs politiques suisses se sont partagés entre deux attitudes : bomber le jabot façon moineau dans la volière ou se flageller pour solliciter une très hypothétique mansuétude européenne. Deux attitudes aussi improductives l’une que l’autre.

 

Côté moineau, il n’y a pas de quoi gonfler son maigre plumage. L’initiative que l’UDC a réussi à faire approuver d’un souffle, place la Suisse dans la pire des positions. Claquer la porte au nez de nos clients européens n’est certainement pas faire preuve de l’intelligence la plus pénétrante.

 

Côté flagellant, il n’y a pas de quoi exhiber sa honte devant les Européens. Si la question avait été posée par exemple en France, ce ne serait pas à 50,3% que l’initiative aurait été approuvée, mais à un taux nettement plus élevé.

L’europhobie est un sentiment largement partagé au sein de l’Union et les responsables de cette situation se trouvent aussi à la tête de cette technobureaucratie bruxelloise qui se soucie des peuples comme de son premier tampon. Peuples qui sont en train de se rappeler à son mauvais souvenir. Les partis europhobes risquent fort de faire un malheur, dans tous les sens du terme, lors des élections au Parlement européen des 22 au 25 mai prochain. Ils ne proposent rien qui puisse régler les problèmes sociaux et politiques du continent, mais offrent aux électeurs européens l’occasion de crier leur colère. Crier fait du bien sur le moment. Toutefois, après le cri, il est fréquent que l’on se mette à tousser.

 

Il est donc absurde de se sentir fier ou honteux d’être Suisse ­– avant ou après ­le 9 février 2014–, comme il est stupide de se vanter d’être né quelque part. Qu’y pouvons-nous, si le destin, Dieu ou le hasard (choisissez la formule qui vous sied) nous a fait voir le jour à Carouge plutôt qu’à Bombay, à Pontault-Combault plutôt qu’à Goumoëns-le-Jux ou à Kuala-Lumpur ? Nous pouvons être fiers de ce que nous faisons, voire de ce que nous sommes devenus. Mais chanter nos propres louanges parce que notre passeport est suisse, français ou guatémaltèque, c’est faire aveu que nous ne valons que par notre appartenance et non par notre mérite.

 

Au cours de ces prochains mois, il sera temps de tirer les leçons politiques et économiques du vote de dimanche. A cet égard, il faudra que l’UDC paye enfin les conséquences de sa propagande nocive. Et puisque Blocher se veut si malin, qu’il négocie donc avec Bruxelles!

Mais pour l’instant, épargnons-nous d’éprouver des sentiments qui n’ont pas lieu d’être.

 

Jean-Noël Cuénod

Photo: Matthieu Gigon, in linternaute

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09/02/2014

Non à l’immigration : la Suisse affronte un nouveau type de division

 

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D’un souffle, l’initiative UDC «contre l’immigration massive» l’a emporté : 50,34% de «oui» contre 49,66% de «non». Deux Suisses apparaissent: l’une qui souffre de l’économie mondialisée, ou du moins qui la redoute, et l’autre qui s’y adapte avec plus ou moins de succès, mais qui ne la craint pas. Ainsi, les grands centres urbains bien placés dans la course à la globalisation comme Zurich-Ville, Bâle-Ville, Genève et Lausanne ont-ils rejeté l’initiative UDC, alors que les parties «rurbaines» (urbaine et rurale) l’ont acceptée.

 

La division linguistique ou la lutte classe contre classe ne sauraient donc expliquer ce résultat. Si les cantons romands ont rejeté plus massivement l’initiative anti-immigration, ils ont été rejoints par des grandes cités alémaniques. De même, la Suisse du «non à l’initiative» comprend, selon toute vraisemblance, à la fois des employeurs et des salariés, surtout ceux qui tirent leurs activités professionnelle des industries d’exportation. Et la Suisse du «oui à l’initiative» abrite également des patrons, des ouvriers et des employés qui s’activent dans des domaines moins bien armés pour affronter la concurrence mondiale et qui se sentent ainsi dépossédés.

 

La Suisse a su vaincre ses querelles religieuses et harmoniser sa diversité culturelle. Elle devra désormais gérer cette nouvelle division. La Suisse «du grand large» ferait bien de se soucier de ceux que sa course mondialisée laisse dans l’ornière et devrait lutter plus efficacement contre le dumping salarial. La Suisse «du terroir» devrait cesser d’écouter les marchands d’illusions et de croire que l’on peut se protéger du monde en élevant des murailles de papier.

 

La petite victoire de l’UDC ne résoudra rien ; en revanche, elle créera de nouvelles difficultés dans nos relations avec l’Europe. Or, l’UDC peut bien faire de stupides bras d’honneur à Bruxelles, la réalité est là: nous avons besoin de nos voisins encore plus qu’ils ont besoin de nous.

 

Jean-Noël Cuénod 

    

 

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07/02/2014

L’extrême-droite s’agite - février 1934-février 2014 (2) : les lourdes responsabilités de la gauche

 

 

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Lors du dernier blogue, Le Plouc évoquait les ressemblances et les dissemblances entre l’émeute nationaliste à Paris du 6 février 1934 et les récentes manifs violentes de l’extrême droite. Après avoir mis en exergue cette sorte de fascisme démocratique qui progresse aujourd’hui un peu partout sous diverses formes, voyons donc si la gauche n’y aurait pas sa – grande – part de responsabilité.

C’est l’une des principales dissemblances entre février 1934 et février 2014 : il y a 80 ans, la gauche était solidement implantée dans le monde ouvrier et pouvait offrir une alternative au capitalisme. Le communisme s’appuyait sur le modèle soviétique pour écrire la partition de ses lendemains qui chantent. Certes, Staline avait transformé son empire en immense village Potemkine, mais les moyens d’information étaient encore trop peu développés pour le contredire avec certitude. Les dénonciations visant le régime étaient assimilées à de la vile propagande bourgeoise.

Le socialisme démocratique, malgré la vive concurrence exercée par les partis communistes, connaissait également ses premiers succès. En Suisse, les syndicats avaient réussis à contraindre le patronat à signer des conventions collectives qui ont amélioré le sort très peu enviable des ouvriers. En France, le gouvernement de front populaire du socialiste Léon Blum avait réalisé ce rêve caressé par des millions de femmes et d’hommes : les congés payés. Bref, la gauche parvenait à convaincre les classes populaires qu’elle s’occupait d’eux.

 

Depuis, le vermoulu village Potemkine s’est effondré ; le modèle communiste autoritaire ne peut même plus convaincre les staliniens les plus endurcis. Quant au modèle social-démocrate, il a eu son moment de gloire lors des Trente Glorieuses. La stratégie visant à faire pression sur le patronat pour augmenter les salaires et utiliser l’impôt comme moyen de redistribuer les richesses a bien fonctionné. Du moins, tant que les puissances capitalistes se limitaient aux pays occidentaux et que - sur la lancée de la reconstruction après les dévastations de la Seconde Guerre mondiale – les industries tournaient à plein régime.

Toutefois, la mondialisation des échanges économiques a pulvérisé cette donne. L’industrie occidentale s’est considérablement réduite; les délocalisations dans les pays pauvres et émergent ont accentué le phénomène. La social-démocratie n’a  donc plus de grains à moudre pour ses troupes de salariés. Quant aux impôts, ils jouent à saute-mouton par-dessus les frontières, sans qu’aucune force nationale ne puissent les capturer. Après l’effondrement du modèle communiste, celui de la social-démocratie menace ruine.

 

Privé de ses deux modèles, la gauche en cherche donc un nouveau. Pour l’instant, elle cherche toujours!

Après la défaite du candidat socialiste Jospin au premier tour de la présidentielle 2002, Le Plouc avait parié que de tous les mouvements social-démocrates, le Parti socialiste français se trouverait le mieux placé pour forger une nouvelle conception du socialisme. En effet, après une telle claque, on aurait pu supposer que le PS d’outre-Jura allait se remettre en question et, que de ce travail d’introspection collective, allait ressortir un nouveau modèle qui permettrait à la gauche de rester ancrée dans le peuple.

 

Le moins que l’on puisse écrire, est que Le Plouc s’est magistralement flanqué le doigt dans l’œil! Au lieu de chercher à conserver son socle populaire, le Parti socialiste français n’a eu de cesse de la détruire. Il a tout misé sur les problèmes de société au détriment des revendications sociales. Certes, le PACS, le mariage pour tous, la défense des minorités sont des sujets on ne peut plus dignes d’être défendus. Mais l’erreur du PS a été d’en faire le principal moteur de son action politique, donnant ainsi l’impression à son électorat populaire qu’il ne s’intéressait plus à lui.

En fait, le Parti socialiste français n’est aujourd’hui qu’une formation d’élus et  de technocrates, sans lien avec ce qui a toujours fait la force vive de la gauche, à savoir les syndicats.

 

Les autres partis social-démocrates d’Europe n’ont pas cherché, eux non plus, à définir un nouveau contenu politique. Le SPD de Schröder et les travaillistes de Blair se sont contentés de s’aligner sur les exigences du capitalisme ultralibéral et mondialisé.

 

Dans ces conditions, comment s’étonner que les classes populaires abandonnent cette gauche qui les ignore? Les salariés craignant pour leur emploi se réfugient tout naturellement dans les bras des nationalistes qui prétendent les protéger. Protection illusoire puisque, de toute façon, l’Etat-nation est en train d’être emporté par le tsunami de la mondialisation.

 

Pour s’opposer au fascisme démocratique – qui veut promouvoir le libre choix par le peuple de ses boucs émissaires ­– la gauche doit redevenir crédible auprès des classes populaires. Comment procéder ? Ce n’est pas en un blogue que l’on résout pareille équation. Mais lorsque tout va mal, il faut «retrouver les fondamentaux» comme l’on dit dans les vestiaires après avoir été relégué en division inférieure. Et les fondamentaux pour la gauche, c’est la défense des travailleurs.

 

Jean-Noël Cuénod 

 

 

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 L’économiste Daniel Cohen évoque la crise de la social-démocratie lors d’une interview donnée par Mediapart (www.mediapart.fr)
Daniel Cohen - La crise de la gauche (Mediapart) par Mediapart


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06/02/2014

L’extrême-droite s’agite. Entre le 6 février 1934 et le 6 février 2014, ressemblances et dissemblances (les Jeudis du Plouc)

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Il y a 80 ans, jour pour jour, éclatait l’émeute provoquée à Paris par les ligues d’extrême-droite. Elle a laissé quinze morts et 2000 blessés sur le pavé et fait vaciller la IIIème République qui allait tomber quatre ans plus tard sous les coups des troupes allemandes et des manœuvres de Pétain.

Le 6 février 1934 reste un mythe fondateur pour l’extrême-droite française, comme le souligne l’historien Olivier Dard dans Libération. A l’occasion de ce sinistre anniversaire, de nombreux commentaires dégagent plusieurs points communs entre cette manif violente et celles qui se sont récemment déroulées en France. Tout d’abord, la convergence de plusieurs mouvements et groupuscules d’origines très diverses et qui se réunissent dans une même détestation du pouvoir en exercice.

Ensuite, les thèmes de mobilisation qui se ressemblent comme deux morceaux de boue: l’antisémitisme ­– clairement revendiqué par les manifestants du «jour de la Colère» dimanche 26 janvier dernier­ – la haine de l’étranger, le rejet des valeurs républicaines, la lutte contre la Franc-Maçonnerie en ce qu’elle incarne cette laïcité que les fascistes de 1934 et leurs rejetons d’aujourd’hui rejettent.

 A cet égard, le récent «jour de colère» a révélé que les traditionnalistes catholiques aux patronymes en trombone à coulisse se liaient fort bien aux islamistes banlieusards et barbus. Tous font quenelle commune avec Dieudonné. Or, les différentes formes de fascismes du XXe siècle sont nées de cette alliance entre éléments des classes populaires et bourgeoises. Quand Christine Boutin fait mariage triste avec Dieudonné, il a lieu de s’inquiéter.

Toutefois, les dissemblances sont tout aussi nombreuses. L’imbrication des économies mondiales et les institutions européennes ont réduit les pouvoirs de l’Etat-nation comme peau de chagrin. En 1934, organiser un coup d’Etat avait encore un sens. Aujourd’hui, à quoi pourrait-il servir?

C’est ce que Marine Le Pen a bien compris. Elle laisse son ex-adversaire interne Bruno Gollnisch et son père évoquer le 6 février 1934 avec des trémolos dans la voix. Mais elle se garde bien d’en faire autant et célèbre cette République que les fondateurs de son Front national vouaient aux gémonies.

Le fascisme des années trente avait pour adversaire principal, la démocratie qu’elle a utilisée mais pour mieux la supprimer. Ses héritiers n’ont plus besoin de s’y attaquer, mis à part quelques nostalgiques de l’esthétique SS. On assiste donc à l’émergence d’une sorte de fascisme démocratique qui s’installe dans les consciences. C’est de façon tout à fait respectueuse des institutions qu’en Suisse l’UDC propose des lois xénophobes ou que Marine Le Pen veut instaurer sa «préférence nationale».

La perte de substance de l’Etat provoque cette angoisse du vide qui étreint, sous des symptômes divers, tous les pays d’Europe. Pas plus que les autres formations politiques, le fascisme démocratique ne possède de solutions réelles pour remplir ce vide. Mais mieux que les autres, il sait distiller l’illusion d’un retour à l’Etat protégé par la muraille des frontières.

Le fascisme des années trente a fait le lit des plus sanglantes horreurs que l’humanité a connu. A quels périls nous expose le fascisme démocratique de 2014? L’histoire ne se répète pas mais elle bégaie, dit-on. Lorsque les peuples se bercent d’illusions, le pire est à redouter. Et les leçons d’hier risquent fort d’être oubliées, comme l’illustre ces vers tirés du poème d’Aragon Epilogue:

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude

Vous aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris

Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix

Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le plis des habitudes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

 

Jean Ferrat chante Epilogue de Louis Aragon

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03/02/2014

Voltaire réveille-toi, les Français sont devenus fous!

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 Au secours, Voltaire, réveille-toi ! Quitte ce Panthéon où tu poursuis avec ton voisin Rousseau un échange éternel de noms d’oiseaux et envole-toi au-dessus de la France! Elle a bien besoin d’ouïr le ramage sarcastique de ta raison. Car les Français – d’une moins une partie d’entre eux – sont devenus fous, semble-t-il.

 

 Dimanche 26 janvier à Paris, ils étaient au moins 17 000 et sans doute plus à hurler des slogans racistes contre les Arabes mais aussi antisémites : «Juif, la France n’est pas à toi!», «Juifs hors de France!» Robert Badinter n’a pas manqué de souligner le peu d’indignations que cette démonstration fasciste – arrêtons de tourner autour du pot, et appelons les fachos par leur nom! –  a suscitée.

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Lors de ce rassemblement détestataire, on a pu constater l’alliance entre la quenelle de la racaille dieudonesque et les collets montés des cathos intégristes. Durant l’entre-deux-guerres, on avait déjà assisté à ce mariage (tout sauf gai) entre les ex-communistes devenus fascistes de Doriot et les intégristes monarchistes de Maurras. Ils se sont ensuite réunis pour collaborer avec Pétain.

 

 Une semaine plus tard, ce n’est plus la fachosphère qui battait le pavé parisien et lyonnais, mais la réacosphère représentée par la Manif pour Tous qui a pris soin de bannir les slogans racistes et antisémites. Hier, ils étaient entre 80 000 version policière et 500 000 selon les organisateurs.  Bref, cela faisait du monde pour protester.

 

Et protester contre quoi, je vous le demande ? Contre des projets de lois fantômes qui ne sont pas présentés au Parlement (la procréation et la gestation médicalement assistées), contre un enseignement ­– prétendument tiré de la «théorie du genre»[1] – qui n’est aucunement prodigué et pour défendre la famille que nul n’attaque.

 

Que le gouvernement Hollande soit la cible de manifs, on peut aisément le comprendre. Le président socialiste avait promis de redresser la courbe du chômage ; elle est plus décourageante que jamais. Il voulait mettre la finance au pas. Il se plie à ses exigences. Il a promis de s’opposer à la politique européenne d’austérité imposée par Berlin. Le voilà transformé en caniche replet tenu en laisse par la chancelière allemande. Il y a de quoi manifester, en effet. Mais pour des revendications qui concernent la réalité vécue par les Français et non pas pour des motifs ectoplasmiques.

 

Alors, des centaines de milliers de dingues auraient-ils manifesté, hier? Bien sûr que non! Les véritables motivations de la réacosphère – qui n’aime la famille que si elle devient un motif d’exclusion – relèvent d’un tout autre ordre et vient de très loin. Il s’agit de cette frange importante, certes, mais limitée à la tribu catholique, qui n’a jamais accepté que la France soit autre chose qu’un bloc monolithique sur le plan idéologique. C’est elle qui a provoqué la Saint-Barthélemy. C’est elle qui a révoqué l’Edit de Nantes. C’est elle qui s’est toujours opposée à la République. Désormais, elle ne l’accepte que si ses représentants la dirigent. La réacosphère puise son inspiration dans cette filiation bien plus que dans l’imitation du Tea Party américain.

 Voilà ce qui la meut: la détestation de tout ce qui est hors de sa norme.

 

 Cette réacosphère rencontrera-t-elle la fachosphère ? Il existe déjà des passerelles entre les deux, illustrées, notamment, par l’ancienne ministre de Sarkozy, Christine Boutin. Un jour ou l’autre, cette mayonnaise brune risque fort de prendre.

 

Voltaire et Rousseau, ne planez pas que sur la France, survolez donc aussi cette Suisse que vous connaissez si bien. Là aussi, il s’y exhale une remugle pestilentiel. Alors que la crise du logement sévit, l’extrême-droite lance une initiative contre l’immigration. Vous connaissez beaucoup de maçons suisses, vous?

Voltaire signait ses lettres par cet impératif : «Ecrasons l’infâme», c’est-à-dire l’obscurantisme qui se revêt d’habits sacerdotaux. Craignons aujourd’hui que l’infâme ne nous écrase.

 

Jean-Noël Cuénod  



[1] Le genre se réfère aux différences sociales et économiques entre hommes et femmes alors que le sexe correspond aux différences biologiques.  La réacosphère prétend que le gouvernement français actuel veut transformer les garçons en filles et réciproquement alors qu’il ne s’agit que de faire réfléchir les enseignants sur les stéréotypes sexistes. Mais réfléchir, pour ces gens-là, c’est encore trop. 

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01/02/2014

T’ATTENDRE

 

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Palissade bleue longue rue

T’attendre

Dans la danse des poussières

Trottoir

Vieux ciel à l’envers

Tordu

Et constellé de crachats

Une ombre

Animale a-t-elle surgit

Vraiment ?

L’air une seconde a frémi

Un songe

Oublié qui passait par là

Sans doute

Voulait-il rencontrer une âme

Perdue

Comme lui dans les méandres

Du temps ?

Vaine quête dans le brouillard

Rien

Ne s’est passé dans la rue vide

T’attendre

Jean-Noël Cuénod 


Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

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30/01/2014

Cavanna s’est fait la malle. Les Jeudis du Plouc en deuil

Cavanna,Hara-Kiri,Charlie Hebdo,vidéo

 Voilà, Le Plouc est bien avancé. Depuis près d’un demi-siècle, il rêvait de rencontrer, Cavanna, François de son prénom, l’homme par qui le journalisme nouveau ­– pertinent parce qu’impertinent ­– a débarqué dans l’espace francophone. Un espace qui exhalait alors l’odeur sucrée et nauséeuse du renfermé. Cavanna, le professeur Choron et leur bande de frapadingues ont vite fait d’ouvrir les fenêtres. Un sacré courant d’ère!

 

 Installé à Paris, Le Plouc s’était promis que, cette fois-ci, il prendrait son courage à deux pieds pour rendre visite au créateur d’Hara-Kiri et de Charlie-Hebdo et frapper d’un doigt tremblant à l’huis de sa maison de Seine-et-Marne.

Mais ce jeudi matin, la Seine est morne.  Ses célèbres moustaches ont laissé passer l’ultime souffle de François Cavanna à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Il avait 90 balais. Ce n’était pas de trop pour faire le ménage dans nos têtes. Trop tard, Le Plouc.

 

Fils de terrassier italien, émigré à Nogent-sur-Marne, près de Paris, Cavanna était le produit-modèle de l’école républicaine française, à l’image du prix Nobel de physique Georges Charpak. Aujourd’hui, cette école est aussi défunte que ces deux grandes figures. Mais passons.

L’école primaire lui  apprend le goût de lire et d’écrire. Toutefois, le bon élève est aussi un galapiat de première, attiré par la vie active et ses gisements de jupons festifs. Pendant l’Occupation, le jeune François est expédié en Allemagne par la grâce – si l’on ose dire – du travail obligatoire. Il y rencontre son amour de jeunesse Maria l’Ukrainienne. Dans son livre Les Russkofs, Cavanna raconte comment il a perdu la trace de cette compagne de misère.

 

De retour Paris, Cavanna survit en tant que dessinateur. Puis, il est engagé par le magazine Zéro dont il devient le rédacteur en chef. Il se lie d’amitié avec un aventurier qui vient de « faire l’Indo », Georges Bernier, le patron des colporteurs qui vendent Zéro dans la rue. Un directeur très actif, puisque chaque mois, il diffuse 35 000 exemplaires, malgré les flics qui reniflent des odeurs de sédition. Le titre Zéro paraissant, justement, trop provocateur, le directeur Jean Novi, le change. Il s’appellera Les Cordées. Trop cucul-la-praline pour Bernier et, surtout, Cavanna. Ils bavent d’envie devant la revue américaine Mad Magazine qui tourne les puissants en dérision et en bourriques.

 

 A la mort de Novi, le duo créé le mensuel Hara-Kiri en 1960. Une équipe de dessinateurs et rédacteurs aussi déjantés que talentueux les rejoint, parmi eux Wolinsky, Reiser, Siné, Cabu, Delfeil de Ton, Gébé, Fred et tant d’autres dont Pierre Fournier, Willem… La bande prend ses quartiers, 4 rue Choron à Paris. Bernier devient alors le professeur Choron.

 

Fausses pubs vraiment scatologiques, romans-photos dadaïstes, dessins coups de poing , textes rédigés avec une encre tellement corrosive qu’en comparaison le vitriol est un sirop de grenadine, le « mauvais goût » génial devient la marque de fabrique de Hara-Kiri. Une pluie d’injures s’abat aussitôt sur la rédaction. L’un des « pères de famille indignés au nom de plusieurs »(1) s’étrangle de rage dans une lettre : « Non seulement vous êtes bêtes mais encore, vous êtes méchants ». Bingo ! Cavanna tient le slogan qui restera accolé au magazine : « Hara-Kiri, le journal bête et méchant ».

 

Pour ceux qui n’ont pas connu la pesanteur des années 50 francophones, il est difficile de ressentir la déflagration déclenchée par Hara-Kiri. La France et la Belgique étaient engluées dans leurs sanglantes guerres coloniales et le respect compulsif de l’uniforme. La Suisse voyait des agents communistes sous le plus menu des edelweiss. Le conformisme encasquait partout les consciences. Ou du moins ce qu’il en restait. Cavanna et sa bande ont alors mené une véritable entreprise de salubrité publique.

 

Bien entendu, les interdictions de la censure gaulliste ont fréquemment interrompu le cours des publications nées d’Hara-KiriHara-Kiri Hebdo, Charlie Hebdo. Mais chaque fois, la bande est revenue pour semer le bousin dans les kiosques.

 

Cavanna s’est offert une seconde vie après celle de journaliste : romancier. Il racontera sa vie de fils de prolo émigré : Les Ritals, Les Russkofs, L’œil du Lapin. Et puis, sa maladie de Parkinson : Lune de Miel, la « salope infâme ». Justesse de l’image, rabelaisien sans faire du Rabelais, Cavanna était aussi un grand écrivain, irrespectueux de tout, sauf de la syntaxe.

 

François Cavanna nous a rendu un peu moins con. Voilà ce que Le Plouc voulait lui dire. Et qu’il ne pourra plus lui dire.

 

Jean-Noël Cuénod

 

  (1) La formule est d’un autre journaliste anticonformiste, le Suisse Jack Rollan

 

 

 

 

 

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27/01/2014

François Hollande, Valérie Trierweiler: Le Plouc cause dans le poste à France-Info

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Le Plouc a été invité à Micro-Européen, l'émission de Marie-Christine Vallet, en compagnie d'Anna-Maria Merlo-Poli, du Manifesto. On y cause François, Valérie, vie privée et toutes ces sortes de choses.

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25/01/2014

Hitler et les Roms évoqués par le maire. Incroyable clémence de la justice.

 

Les Roms ? «Comme quoi, Hitler n’en a peut-être pas tué assez!» Il est difficile de trouver propos plus immonde. D’autant plus qu’il a été proférée par un maire, premier magistrat de la commune de Cholet, dans l’Ouest de la France. Pour sa défense, Gilles Bourdouleix – c’est le nom de l’élu – a décrit une scène très tendue entre les Roms et lui. Sous le coup de la colère, on dit parfois n’importe quoi. Ou alors, on exprime sans fard, ce que l’on pense vraiment. En ce cas, il s’exhale des pensées de Monsieur le Maire une puanteur insoutenable.

 

A l’instar des vieux chevaux de retour, Bourdouleix a tout d’abord nié avoir prononcé cette phrase. Il a fallu qu’un journaliste du Courrier de l’Ouest diffuse l’enregistrement et que celui-ci lui soit authentifié par des spécialistes pour que le porteur d’écharpe tricolore admette l’évidence. Auparavant, il avait accusé ledit journaliste d’avoir trafiqué l’enregistrement en le traitant de « petit merdeux ».

 

La gravité de son comportement a été dûment soulignée, par l’avocat général qui voit en cette phrase sur Hitler et les Roms l’apologie d’un crime contre l’humanité: «Elle exalte le crime commis ; elle exprime le regret qu'on n'en ait pas tué assez ». Dans la foulée, il avait requis six mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende ferme.

Pourtant Bourdouleix a écopé d’une peine ridicule, pas même symbolique : 3000 euros d’amende AVEC SURSIS. Il ne les paiera donc pas, sauf s’il subit une seconde sanction. Précisons que l’amende maximale pour ce genre de délit est de 45 000 euros. Il a également été condamné à 600 euros (ferme, cette fois-ci) pour avoir diffamé et insulté le journaliste.

 

Le maire a tout de même été viré de son parti, l’UDI. Ce qui est le moins que pouvaient faire les centristes de Jean-Louis Borloo.

 

Quelle leçon peut-on tirer de ce lamentable verdict ?

 

Le recours à la justice ne suffit pas pour lutter contre le racisme et l’apologie des crimes contre l’humanité. Les lois antiracistes sont nécessaires, car elles fixent des limites. Mais elles ne sont pas suffisantes. Le danger est de se reposer sur ces textes et sur les juges pour combattre le fléau.

L’exemple de Cholet démontre qu’il ne faut pas trop compter sur la magistrature pour faire un travail qui nous incombe à tous : celui de répondre point par point, sans rien lâcher, aux Bourdouleix et s’il sont élus comme lui, d’organiser une campagne afin qu’ils débarrassent le plancher politique.

 

Jean-Noël Cuénod


 

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L’enregistrement de la phrase de Bourdouleix, dont le contenu a été authentifié par les enquêteurs.


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23/01/2014

Coup de boule contre un cheminot et 150 000 Parisiens mis à pied - VERSION ACTUALISEE

 

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Photo : une pub de la RATP contre les incivilités dont l’efficacité reste à démontrer.

Scène ordinaire de la vie parisienne mardi vers 21 h. 30. Un train de banlieue est encore à l’arrêt, gare Saint-Lazare ; le départ est imminent. Le conducteur s’apprête prendre place dans sa cabine lorsqu’il remarque un voyageur qui tire sans vergogne sur sa clope. Il rappelle au tabagique l’interdiction de fumer dans une voiture. Refus de l’accro du mégot. Le cheminot réitère. Fumer rend sourd, apparemment. Comme certaine pratique solitaire. Le conducteur insiste. Le fumeur se lève et lui balance un coup de boule à la tête. Le cheminot y laisse toutes ses dents de devant et doit être transporté pour recevoir des soins. Le furieux est interpellé par la police peu après.

 

Le lendemain matin, les collègues du conducteur blessé arrêtent le travail pour protester contre cette agression en particulier mais aussi contre toutes les incivilités que ces travailleurs subissent chaque jour.

Les 150 000 banlieusards qui utilisent les lignes qui mènent à la gare Saint-Lazare sont ainsi privés de déplacements et doivent se débrouiller comme ils le peuvent pour rejoindre leur lieu de travail à Paris. Pour certains, un retard au boulot peut signifier la fin d’un CDD, contrat de travail à durée déterminée. Une catastrophe, en ces temps où la courbe du chômage résiste aux ordres d’infléchissement que lui intime le président Hollande.

 

Pourquoi punir tous les usagers pour une agression commise par un individu ?

 

Eh bien, la décision des grévistes n’est pas si injuste que cela !

 

Le Plouc a eu l’occasion de constater à quel point les utilisateurs des transports publics parisiens manquent de solidarité à l’égard des conducteurs et acceptent passivement les multiples incivilités dans le métro ou les RER. Lorsque Le Plouc réagit pour faire cesser le trouble provoqué par des d’jeunes et des moins d’jeunes (et même des d’vieux !), chaque fois, c’est le même constat. Les autres voyageurs regardent ailleurs ou alors plongent dans la contemplation intense de leurs godasses, voire continuent à dodeliner du chef en écoutant leur daube grâce à leur casque d’extraterrestres demeurés. Ils laissent Le Plouc se démerder avec le ou les perturbateurs, comme autant de Ponce Pilate aux mains douteuses.

 

Certes, ils ont peur de recevoir un mauvais coup, à l’exemple du malheureux cheminot de la gare Saint-Lazare… Ce n’est pas une réponse valable, car si tous les passagers d’une voiture se rebiffaient contre les malfaisants, ceux-ci fileraient doux aussitôt.

 

«Mais on n’a pas à faire le boulot des keufs ! » C’est l’argument-matraque du passager lambda. Réponse : les flics ont d’autres chats de gouttière à fouetter. Etre citoyens, ce n’est pas seulement utiliser les biens publics, c’est aussi veiller sur eux. Cette disposition d’esprit est très loin d’être partagée par les Parisiens. C’est dommage. S’ils se prenaient plus en main, ils pleurnicheraient moins sur la dégradation de leur cadre de vie.

 

C’est peut-être le message que les cheminots grévistes de la gare Saint-Lazare ont voulu faire passer.

 

DERNIERE MINUTE: le Tribunal de Paris a jugé l'agresseur du cheminot en comparution immédiate. Il a été condamné, jeudi soir, à six mois de prison ferme et trois mois supplémentaires avec sursis. 

Jean-Noël  Cuénod 

 


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22/01/2014

Haïkus – BOUILLON DE VIE

L’œillet du matin

S’est ouvert sous la pluie

Pour offrir sa force

 

 

 

Trouver le lieu

Dans un repli de l’enfance

Y planter sa tente

 

 

Le ciel déchire

Sa peau grise et fait surgir

Des plaies colorées

 

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Soudaine pluie

Qui bondit sur nos épaules

Comme un chat sauvage

 

Bouillon plein de vies

La flaque dans l’ornière

Créé ses univers

 

 

Nuages en chemises

Qui passent en se boutonnant

Et filent ailleurs

 

Jean-Noël Cuénod 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

 

 

 

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19/01/2014

Pourquoi les Etats musulmans censurent Israël à l’UNESCO

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L’exposition «Les gens, le Livre, la terre: la relation de 3 500 ans du peuple juif avec la Terre Sainte» devait être inaugurée mardi à Paris, au siège de l’UNESCO. Devait, car vingt-deux Etats arabes ont contraint l’organisation internationale chargée de l’éducation, la science et la culture à annuler cette exposition.

Le motif avancé par les censeurs relève de cette mécanique tartuffe qui meut la diplomatie quel que soit son drapeau : cette exposition pourrait porter un coup fatal au processus de paix et aux négociations en cours au Proche-Orient.

 

Dans une déclaration des plus emberlificotées, l’UNESCO assure que l’exposition n’est que reportée : «Un certain nombre d'éléments doivent encore trouver un accord (…) sur des points historiques textuels ou visuels potentiellement contestables, qui pourraient être perçus par des Etats membres comme une mise en danger du processus de paix».

 

«Faux», réplique en substance Shimon Samuels, directeur des relations internationales du Centre Simon-Wiesenthal, à Paris. C’est la troisième fois que cette exposition est «reportée» ; cette fois-ci, l’exposition est bel et bien annulée, car l’UNESCO n’a avancé aucune nouvelle date pour l’organiser : «Tous les contenus susceptibles de choquer ou d’offenser un des États membres avaient été écartés, et toutes les modifications demandées par l’UNESCO, acceptées. Par conséquent, dire que certains points doivent trouver un accord est faux.»

 

Peu importent les raisons officielles ou officieuses qui ont poussé l’UNESCO à censurer l’exposition. Elles demeurent secondaires en regard de la cause principale: le refus des dirigeants politiques musulmans de considérer que les juifs ont droit à un Etat sur une terre qu’ils considèrent comme leur propriété exclusive.

 

C’est à dessein que Le Plouc use de l’adjectif «musulmans» pour qualifier ces dirigeants proche-orientaux et renonce à l’épithète «arabes». Durant des siècles, les nations ayant l’Islam pour religion principale ont toléré ­la présence en leur sein de juifs et de chrétiens. De nombreux rois ou sultans les ont même protégés. Mais  ils devaient rester à leur place subalterne et se contenter du statut de sujets de seconde zone (dhimis).

 

Aujourd’hui, les Arabes chrétiens sont perçus comme des corps étrangers sur leur propre sol natal, du fait de la proximité culturelle avec leurs coreligionnaires européens et américains, proximité assimilée (à tort mais c’est une autre histoire) à une forme de trahison potentielle. D’où les multiples persécutions qu’ils subissent en Egypte, en Irak et ailleurs, ce qui provoque leur émigration massive vers l’Occident.

 

La fondation de l’Etat d’Israël ­est vécue, elle aussi, comme un crime de lèse-Islam. Cette création a entraîné des mouvements de populations douloureux. Côté arabe et palestinien, certes. Mais aussi côté israélien. On oublie trop souvent que des milliers de juifs ont été expulsés  de leurs pays d’origine – Yémen, Egypte, Irak entre autres – lors des conflits israélo-arabes. Ils ont donc dû trouver refuge en Israël.

 

Durant la Guerre froide, les leaders des organisations palestiniennes plaçaient leur combat principal sur le terrain du nationalisme. Il s’agissait de revendiquer une terre mais non pas le monopole religieux sur tout le Proche-Orient. Désormais, cette vision nationaliste est supplantée par le combat religieux qu’incarne le Hamas. Il s’agit moins d’obtenir une terre que de faire régner l’Islam. Ou plutôt de faire triompher une version particulièrement intolérante et régressive de l’Islam.

 

Le Proche-Orient est ainsi vécu comme un espace qui doit être voué exclusivement à l’intégrisme musulman. Cette vision n’est pas partagée que par le Hamas ; les richissimes pétromonarchies la soutiennent également et combattent aussitôt toute allusion à une présence juive historique  dans cette région. La censure à l’UNESCO s’inscrit dans ce contexte.

 

Cette interdiction ne concerne pas seulement Israël. L’agressivité des intégristes de l’Islam vise les Arabes chrétiens mais aussi les autres musulmans, notamment ceux qui appartiennent aux confréries soufies. Accepter cette censure, c’est admettre que nous n’avons rien à objecter à l’obscurantisme.

 

Jean-Noël Cuénod

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16/01/2014

Vincent Lambert et l’euthanasie ou l’impossible justice

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La société n’en demande-t-elle pas trop aux juges ? Les magistrats du Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne ont été sommés de choisir entre laisser Vincent Lambert en vie ou autoriser sa mort.  Leur décision est tombée jeudi 16 janvier, en fin de matinée. Ils ont ordonné aux médecins qui soignent ce tétraplégique de le réalimenter et de le réhydrater afin que son existence se poursuive.

 

La décence interdit que l’on commente en bien ou en mal ce jugement. Personne n’aurait souhaité se trouver à la place de ces juges, ni partager leur fardeau qu’ils n’ont pas fini de porter.

 

Vincent Lambert, âgé de 38 ans, fut victime d’un accident de moto en 2008. Il a eu la vie sauve, mais à quel prix ! Entièrement paralysé, le jeune homme ne peut bouger que ses yeux. Les médecins ont mis un nom sur cet état, qui n’est pas encore végétatif : pauci-relationnel. Il qualifie un état de conscience minimal ; la personne qui en souffre n’est plus en mesure de répondre à des demandes simples mais certains signes, notamment le mouvement de son regard, indiquent qu’il reste très partiellement conscient de son environnement.

 

Vincent est hospitalisé à Reims, mais tout espoir d’amélioration de son cas est perdu. Il ne survit que par alimentation et hydratation artificielles. Les soignants de ce Centre hospitalier universitaire (CHU) ont constaté que leur patient leur donnait – à de multiples reprises – des signes montrant qu’il s’opposait aux soins, ce qui démontrerait un refus de vivre.

 

En avril 2013, le médecin soignant Vincent décida d’interrompre l’alimentation et l’hydratation afin de laisser la mort faire son œuvre. Il avait obtenu l’accord de la femme de M. Lambert, mais non pas celui de sa mère et de son père. Ces derniers ayant appris – « fortuitement » disaient-ils – qu’une telle décision avait été prise, l’ont aussitôt contestée devant le Tribunal administratif. Celui-ci  décida la reprise immédiate des soins, car le protocole décisionnaire de la Loi Leonetti (qui réglemente en France les situations des personnes en fin de vie) n’avait pas été respecté.

 

Après avoir respecté, cette fois-ci, les impératifs de cette loi, les médecins du CHU de Reims sont parvenus à la même conclusion qu’en avril dernier. Le père et la mère de Vincent ont à nouveau saisi le Tribunal administratif pour que leur fils continue à recevoir alimentation et hydratation. C’est donc cet épisode que les magistrats ont jugé ce jeudi. Ils acceptent le recours des deux parents et ordonnent aux médecins de rétablir l’assistance vitale.

 

Ce dossier a mis en lumière un autre drame : la famille du patient est profondément divisée. Le père et la mère veulent la poursuite des soins. L’épouse, la sœur, le neveu, notamment, y sont opposés.

D’ailleurs, la femme de Vincent contestera ce jugement du Tribunal administratif devant la plus haute instance française de ce domaine du droit, le Conseil d’Etat qui siège à Paris. La jurisprudence sera alors fixée. On saura alors définitivement si et comment la Loi Leonetti peut s'appliquer à un cas de cette nature.

 

C’est dire quel dilemme, les juges administratifs ont dû dénouer. Qui écouter ? Les parents qui ont donné la vie à Vincent ? La femme qui l’a partagée ? Les médecins qui ont tout entrepris pour la sauver ?  Les avis divergents des proches, associés aux doutes sur l’interprétation à donner quant aux signes ténus émis par Vincent Lambert, ont donc convaincu les juges à ne pas autoriser l’arrêt de l’alimentation.

 

Parmi les signes envoyés par le patient pour protester contre la poursuite de son existence, les soignants ont expliqué qu’il se laisse tomber de son fauteuil et que d’autres attitudes confirment son refus de recevoir des soins. Mais comment être certain que ces manifestations peuvent être interprétées comme un rejet de la survie ?

Le neveu de Vincent Lambert affirme que son oncle, infirmier de profession, a signifié à son entourage, avant son accident, qu’il ne voulait pas que l’on prolongeât sa vie s’il devait subir un tel sort. Toutefois, peut-on affirmer qu’il partage toujours cet avis ?

Pour que la justice prenne une décision de cette gravité, elle doit s’entourer de certitudes. Et comment en trouver dans pareille situation ?

 

Cette douloureuse affaire démontre que les textes légaux ne peuvent pas tout résoudre. La religion, sous nos cieux, n’est plus une instance décisionnelle. La science ne peut pas créer des miracles. Et la justice est condamnée à prendre des arrêts qui, quoiqu’elle fasse, ne sauraient être satisfaisantes.

L’euthanasie permet de soulager des douleurs insupportables que la médecine n’est pas encore en mesure d’apaiser. Mais elle donne aux humains un pouvoir de vie et de mort qui les écrase.

 Nous ne pouvons faire autrement que de naviguer à vue dans le brouillard en espérant causer le moins de mal possible. Nous devons donc nous satisfaire de cette insatisfaction.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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14/01/2014

François Hollande, apôtre du social-libéralisme à la recherche de nouveaux appuis.

Le président François Hollande a confirmé mardi, lors de la troisième conférence de presse de son quinquennat, le coup de barre à droite esquissé lors de ses vœux. Ce mouvement est la suite inéluctable du vice fondamental de sa présidence, à savoir l’acceptation du pacte budgétaire européen. Lors de sa campagne électorale, le candidat Hollande avait promis de le renégocier avant sa ratification par la France. Mais durant les premières semaines qui ont suivi son élection, le nouveau président n’a pas osé sauter le pas et s’est contenté d’ajustements cosmétiques. Ce pacte a donc permis à l’Allemagne de sortir son épingle du jeu en plombant ses partenaires et néanmoins concurrents. La logique de l’austérité a roulé – et roule encore ­– sur la France comme sur les autres.

 

François Hollande assume aujourd’hui les conséquences de cette faute initiale. Ceux qui se plaignent que le président français ne désigne pas de cap et qu’il se contente de naviguer dans le flou ont tort. Le cap est clairement défini : il est social-libéral, sans équivoque. Le président socialiste offre même au patronat une fleur que même la droite n’avait jamais osé lui cueillir : la fin des cotisations familiales qui ponctionnent les entreprises et les indépendants.

Pour développer cette politique ­– qui a pour cœur le « pacte de responsabilité » (les entreprises auront moins de charges et devront embaucher plus) – Hollande a besoin d’appuis sur les plans social et politique.

 

Sur le plan social, le courant semble bien passer entre le nouveau « patron des patrons » du Medef Pierre Gattaz et le président de la République. Côté salariés, le syndicat CFDT ­– mieux implantés que la CGT et FO dans le secteur privé et, surtout, plus déterminé que ces deux centrales à négocier ­– reste l’allié le plus sûr du gouvernement pour appuyer sa politique de concertation.

Sur le plan politique, François Hollande ne peut pas faire assumer son social-libéralisme par le seul Parti socialiste ; il doit chercher d’autres appuis pour le légitimer auprès d’un cercle plus large d’électeurs. En outre, le président éprouvera de la peine à convaincre son aile gauche de le suivre sur ce chemin. Mais quelques ministères judicieusement attribués transformeront les Che Guevara d’aujourd’hui en Tony Blair de demain. Les Verts ne comptent pas. Avec la gauche de la gauche, les ponts sont définitivement rompus. Il ne reste donc que le centre-droit, soit l’UDI, pour lui servir d’allié potentiel.

 

D’ailleurs, le leader des centristes, Jean-Louis Borloo a déclaré d’emblée qu’il soutiendrait le « pacte de responsabilité », « s’il est concret », ajoute-t-il. Dès lors, après les élections municipales et européennes du printemps prochain, pourquoi ne pas conclure une alliance gouvernementale entre l’UDI et le Parti socialiste ? La France aurait un exécutif de coalition comme cette Allemagne qu’elle a pris pour modèle.

 

Mais pour ce faire, les centristes doivent mettre de l’ordre dans leurs diverses maisons. La jonction entre l’UDI de Borloo et le Modem de Bayrou ne s’est pas encore réalisée. Dès lors, Hollande doit certainement brûler quelques cierges pour que la mayonnaise centriste finisse par prendre.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les points forts de la conférence de presse présidentielle 

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13/01/2014

François Hollande, Valérie Trierweiler, Julie Gayet… Vie privée ? Quelle vie privée ?

 

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La vie privée n’existe plus pour les dirigeants politiques, même en France. Pendant longtemps, les médias d’outre-Jura ont respecté la frontière entre vie privée et vie publique. Aujourd’hui, l’Hexagone s’est américanisé. Contre son gré, certes, mais désormais le pli est pris. Après Nicolas Sarkozy et ses ennuis conjugaux avec Cécilia, au tour de François Hollande d’être emporté dans la tourmente rose des histoires d’alcôve. Et comme le pouvoir dégage un puissant parfum aphrodisiaque, nous ne sommes pas sortis de cette auberge-là. François Hollande paie aussi le prix du slogan qui avait fait sa fortune électorale : « Je serai un président normal ».

 Il a donc cherché à concilier son engagement à la tête de la France avec la poursuite de sa vie personnelle et intime, comme si de rien n’était. Ce compromis était d’emblée voué à l’échec. Les idéologies ayant perdu leur attrait après la chute de l’Empire soviétique, l’attention s’est portée en premier lieu sur les trajets de vie des dirigeants puis, par glissements progressifs, sur leurs grandes et petites histoires personnelles, bien plus séduisantes pour les médias que la déprimante courbe du chômage et les soporifiques statistiques.

 

Dès lors, en croyant qu’il pouvait mener son existence comme bon lui semblait, François Hollande a couru le risque de parasiter son action politique, au moment même où elle doit prendre un cours décisif pour sortir la France de son marasme. D’autant plus que dans ce pays, la fonction présidentielle revêt une charge symbolique plus forte qu’ailleurs. Ce qui devrait inciter ceux qui l’incarnent à un surcroît de prudence.

 

Jean-Noël Cuénod

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12/01/2014

Ariel Sharon, d’une nuit à l’autre

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Sauveur de la patrie israélienne ? Criminel de guerre ? A chacun son Ariel Sharon. Un homme est mort, avec ses verses et controverses. L’histoire jugera, sans doute. Mais elle est un magistrat qui change ses verdicts au fil du temps. Alors, laissons le silence ouvrir le chemin à cette âme qui s’en va comme des millions d’autres au même moment.

 

C’est moins la vie de ce combattant, pour le pire et le meilleur, qui nous interpelle aujourd’hui que son entre-vie-et-mort, long de huit années. Peu importe les raisons qui ont poussé familles et médecins à prolonger ce coma. A notre place, nous ne pouvons que les ignorer. Les progrès éblouissants de la pratique médicale place l’humain devant des énigmes d’un type radicalement nouveau. Pour les résoudre, les expériences passées ne nous servent à rien. Naguère encore, il y avait un moment-clé précis où la vie se terminait et la mort commençait son ouvrage de destruction-reconstruction. Il n’appartenait à aucun humain de le déterminer. Aujourd’hui, nous pouvons jouer les prolongations. Mais pour quel match ? Qui donnera le coup de sifflet final ? Et quelle responsabilité ! Car il n’est pas facile à l’humain de se prendre pour Dieu.

 

Durant ces huit ans, quelle fut la vie intérieure d’Ariel Sharon ? L’an passé, il a été transporté à l’Hôpital Soroka de Beer-Sheva pour y passer une batterie de tests. Un examen IRM avait montré, selon le communiqué officiel, « une activité cérébrale significative, ce qui témoigne d’une mise en œuvre de l’information sensorielle ». En revanche, les médecins ignoraient si Sharon était ou non conscient de se passait autour de lui. 

 

A-t-il souffert, plus ou moins confusément, d’être ainsi enfermé dans cet entre-deux avec l’incapacité de rejoindre les siens ou de partir vers un autre rivage de nous inconnu ? Le saurons-nous un jour ?

 En tout cas, si souffrance il y a eu, elle reste indicible, dans tous les sens du terme. Indicible parce qu’il est impossible de la décrire. Indicible par son caractère rendu d’autant plus douloureux que celui qui l’éprouve ne peut, justement, pas la dire.

 

L’humain est assez avancé pour reculer l’heure de la mort. Mais il reste ignorant de ce qui fait le grand mystère de la vie qui va et qui vient. Les mortels feraient mieux de ne pas oublier qu’ils le sont, mortels, et de s’abstenir de prolonger des instants qui, dans cette dimension qui est la nôtre, ne seront jamais éternels.

 

Jean-Noël Cuénod

Photo Max Brice-CERN

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