17/03/2017

Présidentielle: la France livrée aux cratopathes

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La monarchie républicaine possède au moins un avantage sur l’autre, la vraie. Pour s’en débarrasser, nul besoin de couper des têtes, elle en est dépourvue. Avec cette présidentielle 2017, voilà un pays, la France livrée à ses cratopathes. Rappelons-le, la cratopathie (cratos=pouvoir, pathos=maladie) a pour effet de vider les têtes et de remplir les grandes gueules.

C’est dans le langage que la cratopathie exerce ces ravages en premier lieu. Orwell l’a dit mieux que personne : la première tâche que s’assigne le pouvoir totalitaire est de transformer la langue, de la plier à ses contraintes, de l’appauvrir pour mieux rendre idiots ses sujets, d’en extirper sa substantifique moelle poétique pour la dévitaliser, car la poésie cachant de multiples significations dans les replis de ses vers, elle doit être réduite à la platitude de l’inique sens unique.

 De grands cratopathes comme Hitler, Staline et Mao ont porté à cette castration du verbe une attention toute particulière. Il est d’ailleurs très symptomatique de constater qu’en tant que poète Mao-Tsé-Toung composait des textes en style classique, alors que tyran, il déniait aux autres écrivain le droit d’en écrire.

Trump, le grand saut des sots

La cratopathie et la Nov’langue orwellienne étaient donc, jusqu’à un passé récent, réservées aux dictatures. Mais voilà que le mal atteint désormais nos démocraties. A cet égard, l’élection de Trump a constitué une « première ». Certes, la parole politique a toujours été sujette à caution. «Les promesses rendent les fous joyeux», comme l’on dit à Genève. Toutefois, Donald Trump l’a réduite à néant, en hurlant des insanités, balbutiant des injures, disant tout, n’importe quoi et son contraire, se faisant une gloire d’être imprévisible, ne connaissant de ses dossiers que les 140 caractères limitant ses tweets. Devant cette trogne qui éructe ses barbarismes incohérents, le monde est saisi de vertige.

Tous les pays d’Europe sont, peu ou prou, affectés par la cratopathie. Toutefois, sur notre continent, c’est en France que cette épidémie sévit avec le plus d’intensité. La plupart des principaux protagonistes de l’ahurissante campagne présidentielle 2017 osent vraiment tout.  Et c’est à ça qu’on les reconnaît, dirait Michel Audiard.

François Fillon, la cratopathie foudroyante

L’exemple le plus consternant de cratopathie en mode foudroyant est, de toute évidence, offert par François Fillon. Il suffit de rappeler ses plus mémorables sorties : «Imagine-t-on (à propos de Sarkozy) le général de Gaulle mis en examen ?» «Si je suis mis en examen, je retirai ma candidature à la présidence». «Je suis mis en examen et je maintiens ma candidature» ; sans oublier les cascades de mensonges quotidiens tellement énormes qu’ils sont démentis le lendemain.

Avec de tels boulets, il plombe son parti dit «Les Républicains». Mais de l’intérêt de son camp, il s’en fiche comme de son premier costume Arnys. Et s’il est tout de même élu, comment compte-t-il gouverner avec toutes ses casseroles qui feront un boucan d’enfer au moindre de ses gestes ? De telles considérations glissent comme des gouttes de pluie sur sa  veste forestière à 5000 euros. Le bien du pays ? Vous voulez rire ! Le cratopathe veut le pouvoir pour le pouvoir, c’est tout, c’est obsessionnel, compulsif, addictif, orgasmique. Si vous n’êtes pas cratopathes, vous ne pouvez pas comprendre.

Fillon se réclame du gaullisme. Qu’il se rappelle l’attitude de son général préféré ; lors de la campagne électorale de 1965, il a interdit à son entourage de diffuser la photo de François Mitterrand recevant la francisque des mains de Pétain. Selon les propos rapportés par Alain Peyrefitte, De Gaulle ne voulait pas porter atteinte à la fonction présidentielle au cas où Mitterrand l’occuperait un jour. C’était en 1965, donc… Autant dire, il y a un millénaire.

Hamon et Mélenchon, la cratopathie sourde et aveugle

La cratopathie a traversé le fleuve de salive électorale pour atteindre la rive gauche. Hamon et Mélenchon disposent à peu près du même volume d’électeurs (de 10 à 15%). Cette division rend impossible la présence de la gauche au second tour et possible la victoire de Marine Le Pen. Devant deux périls de cette ampleur, des responsables politiques normaux, se diraient : «On ne peut pas se piffer. Mais on ravale nos rancœurs et on fait cause commune pour faire front contre le Front et obtenir une chance de figurer au second tour». Mais voilà, la gauche, comme la droite, n’a plus comme dirigeants que des irresponsables politiques anormaux, habités par la cratopathie. La cause du peuple ? Cause toujours, tu m’intéresses ! Enfin, non tu ne m’intéresses plus…

Marine Le Pen, la cratopathie gonflée

Marine Le Pen, elle, a la cratopathie gonflée. Elle donne des leçons de morale à tout l’univers, alors que son Front vachement national siphonne les fonds européens à un point tel que la justice en a été alertée. Le FN est devenu, rappelle «Le Canard Enchaîné», le parti le plus poursuivi de France.  En comparaison, Fillon fait petit casserolier. Le vieux Le Pen fustigeait la «Ripoublique». Le Front l’a conquise, cette «Ripoublique», avant même d’arriver au pouvoir. Très fort. Et pour l’instant, ces poursuites judiciaires n’entament guère le crédit de Marine Le Pen. Pour l’instant…

Emmanuel Macron, la cratopathie effervescente

Emmanuel Macron a la cratopathie juvénile et effervescente. Plus subtile aussi que celle qui accable les autres. Cela dit, le pouvoir, Macron ne pense qu’à ça, quitte à planter tous les couteaux du monde dans tous les dos qui passent à sa portée. Mais en gardant toujours le sourire. François Hollande peut en témoigner. Le futur ex-président n’en est toujours pas revenu.

Il a le crime politique élégant, ce jeune homme. Et il ratisse large. Dans un marais, il se fait grenouille. Dans un nid, il gazouille. En banlieue, le voilà lascar de luxe. Devant la flamme du Soldat Inconnu, il y va de son étincelle. Jaurès lui arrache des larmes de bonheur et Barrès inspire ses collines. Vous êtes un patron, il annonce la diminution de l’impôt sur les sociétés (de 33,3% à 25%). Vous êtes un rurbain ? Il vous promet aussitôt d’exonérer de la taxe d’habitation 80%  des familles. Vous êtes un libéral ? Il réduira de 15 milliards d’euros les dépenses liées à l’assurance-maladie. Vous êtes une infirmière qui bondit d’effroi en apprenant un tel projet ? Smiling Macron vous rassure aussitôt en frisant son regard céleste : le secteur hospitalier ne sera pas concerné. Vous l’attendez là ? Il est ici. Vous l’attendez ici ? Il est ailleurs. A gauche, à droite, au centre, au zénith, au nadir. Aucune particule d’espace ne lui échappe.

Et comment fera-t-il, lui aussi, pour gouverner sans majorité claire et avec autant de supporteurs contradictoires ? De tous les cratopathes, Emmanuel Macron est le moins caricatural mais le plus retors, le plus ficelle. Le pouvoir pour le pouvoir toujours et encore. On verra après.

Pour l’instant, son sourire s’installe partout comme les moustaches de Plekszy-Gladz dans l’album de Tintin «L’Affaire Tournesol». Un sourire qui, par cette omniprésence en devient aussi inquiétant que celui de Joker dans le film «Batman».

Jean-Noël Cuénod 

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10/03/2017

Au Théâtre 14, le patient malgré lui

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Voici une ordonnance qu’il convient de suivre. A la lettre. Ne ratez pas «Le Serment d’Hippocrate» de Louis Calaferte que présente le Théâtre 14 jusqu’au 22 avril. Calaferte prolonge Molière mais sans le copier le moins du monde. Au «Médecin malgré lui», répond le patient malgré lui.(Photo Lot)

Ou plutôt la patiente malgré elle, puisque Calaferte a choisi comme victime des médicastres, une septuagénaire gracile mais en bonne santé. En bonne santé jusqu’à ce qu’une brève syncope la fasse verser dans l’univers médical.

La pièce se situe durant les années Giscard puisque l’on y entend l’animatrice Danièle Gilbert pérorer à la télé sur les risques de syncope chez les personnes âgées. La scène se déroule dans un salon petit-bourgeois présenté à la façon d’une de ces photos polaroïd qui saisissaient les menues joies quotidiennes et que l’usage des smartphones a relégué au rang de reliques. L’appartement est celui d’un couple de quinquagénaires. La femme (Madeleine) a recueilli sa mère (Bon Maman) et l’homme (Lucien), son père (Papa) qui ne pense qu’à se remplir la panse.

Bon Maman tombe dans les pommes ce qui provoque l’affolement de Madeleine qui déverse un torrent de demandes contradictoires sur Lucien, complètement dépassé. Le médecin de famille est parti à la chasse. Lucien en trouve un autre. Mais finalement, deux toubibs vont se succéder. Tout d’abord, le père qui, ne supportant pas la retraite, subtilise les rendez-vous de son fils. Ensuite ce dernier qui arrive juste après le départ de son paternel. Le père est adepte de la vieille école qui se fie surtout au diagnostic pifométrique. Le fils célèbre les plus récentes avancées de la médecine. Mais la mentalité reste inchangée. Pour le père, l’organe essentiel est l’intestin et pour le fils, c’est le foie. Clin d’œil à la célèbre tirade du poumon dans «Le Malade Imaginaire» de Molière (Le poumon, le poumon, vous dis-je !) Entre le règne de Louis XIV et celui de Giscard d’Estaing, la médecine a progressé plus vite que les médecins, dirait-on…

Père et fils s’accordent aussi sur la manière de traiter la pauvre Bon Maman (interprétée de façon hilarante par Yvette Poirier) qui est jetée sur le sofa, désarticulée comme une poupée, triturée, secouée en tous sens. Interdite de parole, la septuagénaire n’est plus qu’un objet aux mains des démiurges. La vieille dame résiste, revendique, s’oppose. Ah, que la maladie serait plus agréable à traiter sans les malades, ces empêcheurs d’ausculter en rond ! Les médecins successifs ordonnent avec l’autorité conférée par leurs diplômes, en s’appuyant sur Madeleine et Lucien qui répètent leurs sentences contradictoires sans les comprendre et deviennent les complices des bourreaux médicaux. Mais Bon Maman résiste, quitte à ce que Madeleine transforme la robe de chambre de sa mère en camisole de force.

Pendant ce temps, Papa revient régulièrement, toujours obsédé par la table (que l’on ne voit pas) où trône un coulommiers encore vierge. Devant l’attention que l’on prête à Bon Maman, il aimerait lui aussi que l’on s’occupe de ses ballonnements. Mais personne ne l’écoute. Alors, il retourne à son coulommiers.

«Le Serment d’Hippocrate» n’illustre pas seulement la pérennité du regard médical sur les malades, ces éternels emmerdeurs, l’arrogance de celui sait, la jobardise de ceux qui ne savent pas. Elle met aussi en scène l’inversion qui, au fil des ans, transforme les vieux parents en enfants de leur progéniture. Le rire cache et révèle à la fois ces déchirures que personne ne peut ravauder.

Jean-Noël Cuénod

Distribution par ordre d’entrée en scène:

Yvette Poirier (Bon Maman), Christine Peyssens (Madeleine), Patrick Pelloquet (Lucien), Gérard Darman (Papa), Pierre Gondard (Docteur Blondeau père) et Georges Richardeau (Docteur Blondeau fils). Mise en scène : Patrick Pelloquet ; assistante : Hélène Gay.

Théâtre 14, 20 avenue Marc-Sangnier, 75014 Paris ; location : +33 (0)1 45 45 49 77. Site: www.theatre14.fr

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08/03/2017

François Fillon affole ses rats

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Mea culpa. Les filloneries se succèdent à un rythme tellement rapide que le pauvre Plouc est parfois dépassé. Il n’est pas le seul, c’est sa piètre consolation. Il écrivait donc dans son papier paru samedi dans les deux Julies, celle de Genève et celle de Lausanne, que le parti Les Républicains avait tourné la page Fillon. Grosse erreur.

Il faut dire que la semaine dernière, chaque minute apportait son lot massif de défections dans les rangs du candidat conservateur qui ne conservait plus grand-chose en matière de partisans. Le quotidien Libération avait même publié sur son site le « compteur des lâcheurs de Fillon ». Qu’il tournait vite, ce compteur ! Les rats quittaient le Titanic avec un turbo dans l’arrière-train pour se propulser plus rapidement sur les flots déchaînés. Et les voilà qui prenaient abri dans la grande roue pour la faire tourner de plus en plus vite … 50 défections … 120… 200… 305…

Le Titanic de Fillon est devenu une coquille de noix – même pas un pédalo hollandais – mais enfin, le capitaine reste crispé sur le gouvernail. Impossible de l’en déloger. « Trop tard » a dit Juppé qui pensait aussi « trop cher » en songeant au coût monstrueux d’une campagne électorale, alors que le candidat adoubé par la primaire, tient la cassette aux euros. Et vous voyez Fillon lâcher une cassette, vous ?

Affolement chez les rats. Que faire ? Continuer à faire tourner la roue dans le sens « défection » ? Se retourner pour qu’elle s’agite dans le sens « retour » ?

Certains continuent dans le premier sens, songeant que le rafiot Fillon se fracassera dès le premier tour en les entraînant dans son naufrage. D’autres, se ravisent en tournant dans le second sens, de peur de rater un morceau de fromage au cas où. Comme d’habitude, les rats centristes tentent d’aller dans les deux sens. Ils veulent bien revenir dans l’embarcation, même pourrie, mais à condition que le capitaine leur donne des croûtes de comté supplémentaires et tout en faisant savoir qu’ils pourraient bien changer d’avis. Là, on les croit sur parole. D’autant plus que le destroyer Macron, dont les nickels scintillent sous le soleil des sondages, croise dans leurs eaux.

Quant à savoir, s’il est élu, comment François Fillon pourra bien gouverner le paquebot France dans de telles conditions, cela n’intéresse pas les rats ; une seule passion les aveugle : entasser des circonscriptions gagnables aux élections législatives. Ils refusent de voir cette grosse chatte qui se dandine vers eux pour les croquer.

Jean-Noël Cuénod

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05/03/2017

Fillon a rétréci la Manif Pour Tous !

 

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Le Plouc a bravé les éléments déchaînés pour suivre, dimanche à Paris, la manif du dernier carré des partisans de François Fillon. Qui sont toujours fâchés avec les chiffres. Les organisateurs annoncent la présence de 200 000, voire 500 000 personnes pour une place du Trocadéro qui ne peut en contenir que 45 000. Ambiance très défilé contre le mariage gay. Mais en beaucoup plus petit. Fillon a rétréci la Manif Pour Tous.

Parmi la foule qui sort de la station Passy pour se rendre au Trocadéro, un manifestant explique à sa femme : « Ces salopard de la Météo annoncent grêle, vent, pluie pour empêcher les gens de venir. Ah vraiment, tout ça me dégoute. C’est un complot ! Tu m’entends ? Un-com-plot ! »

Il veut rire le monsieur, non ? Non ! Il est tout ce qu’il y a de plus sérieux, le monsieur. Et il n’a rien d’un Néandertalien au crâne rasé. Avec sa soixantaine manucurée, ses lunettes Dior, sa casquette plate en velours côtelé, sa veste de chasse Barbour, ses pantalons pour sortie à Fontainebleau et ses souliers de marche « Vieux Campeur », il est le symbole du Bonobo, ce  Bourgeois-Non-Bohème qui peuple les XVe et XVIe arrondissements de Paris et les beaux quartiers des métropoles françaises.

Pour qu’une personne de son style et de son rang en vienne à proférer de tels délires, cela démontre à quel point, les ultimes soutiens de François Fillon ont perdu tout bon sens et sont prêts à soutenir l’insoutenable.

Le climat général de la démonstration filloniste correspond à celui qui régnait dans les défilés de la Manif Pour Tous. Même Bonobos d’un âge certain, voire très certain, jeunes cathos en loden et mocassins à glands ou jupes plissées et serre-tête, parents de familles nombreuses encombrés de poussettes « design ». A un détail près, il y a, ce dimanche, beaucoup moins de monde que lors des cortèges contre le mariage gay.

L’organisateur du rassemblement de soutien à Fillon, Pierre Danon, estimait qu’il fallait 45 000 personnes pour remplir la place du Trocadéro. Or, si le centre était plein, les abords étaient loin de l’être. (voir photos). Selon l’IPP (Institut Pifométrique Personnel), il y avait entre 30 000 et 40 000 personnes, à tout casser. Ce qui est honorable mais loin des 200 000 personnes réunies par Sarkozy au même endroit en 2012. A cette occasion, les participants avaient débordé très largement sur toutes les avenues avoisinantes. Ce n’était pas du tout le cas avec le meeting de Fillon.

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Les organisateurs se sont efforcés de réchauffer l’atmosphère, refroidie par les rafales de pluie et de grésil (le complot de Météo France continue !) en faisant huer François Hollande et les islamoterroristes. Mais ceux-ci étaient nettement moins accablés par la foule que le président honni !

Les « chapeaux à plumes » de la droite étaient, eux, bien à l’abri sur l’estrade couverte. On reconnaissait, notamment, François Baroin, présenté comme un Plan B au cas où Fillon se désisterait. Le baiser de la mort ? Lorsque François Fillon se place à son pupitre pour haranguer la foule, celle-ci se réveille, agite ses drapeaux tricolores. Place au Chef-qui-est-encore-Chef. Fillon, comme à son habitude, s’excuse du bout des lèvres:

« Même si toute cette charge contre moi est injuste, révoltante et instrumentalisée, je vous dois des excuses, celles de devoir défendre mon honneur et celui de mon épouse alors que l’essentiel, c’est de défendre mon pays. »

Fillon s'adresse aux dirigeants de son parti

Mais c’est aussitôt pour démontrer à quel point sa précieuse personne est indispensable à la sauvegarde de la France. Conscient que dès lundi à 18 h., les membres du Bureau politique de son parti Les Républicains se réunissent pour savoir s’ils continuent à soutenir sa candidature à la présidentielle, Fillon s’adresse à eux : « Laisserez-vous les intérêts de factions et de carrière et les arrière-pensées de tous ordres l'emporter sur la grandeur et la cohérence d'un projet adopté par plus de quatre millions d'électeurs ? » Et il réserve une manière de menace voilée aux figures de son parti qui se sont retirés de sa campagne :

« On m'attaque de toute part et je dois vous écouter, écouter cette foule qui me pousse vers l'avant. Je dois aussi m’interroger sur ceux qui doutent et fuient le navire, leur responsabilité est immense, et la mienne aussi. »

Pénélope Fillon est venue rejoindre son mari sous les vivats. Après la « Marseillaise », tout le monde s’en va au moment même où le soleil revient. Météo France aura exécuté son infâme complot jusqu’au bout !

Jean-Noël Cuénod

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01/03/2017

François Fillon et Marine Le Pen même combat contre la justice

 

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Convoqué par les juges d’instruction pour être mis en examen, Fillon crie à l’assassinat politique. Dans le tohu-bohu médiatique, on oublie juste un détail, la mise en examen est un droit en justice pénale et non pas une pré-condamnation.

Maladroit dans ses bottes, François Fillon a fait ce midi une déclaration solennelle, courroucée et empreinte de mauvaise foi pour dire que même mis en examen, il maintient sa candidature à l’élection présidentielle. Voici son introduction :

« Mesdames et messieurs, mon avocat a été informé que je serai convoqué le 15 mars par les juges d'instruction afin d’être mis en examen. Il est sans exemple qu'une convocation de mise en examen soit lancée quelques jours après la désignation par les juges, sans qu'ils aient pris connaissance du dossier, sur la simple base d'un rapport de police, manifestement à charge. »

Sur la base d’un simple rapport de police ? A l’entendre, on croirait qu’un flic a tapé avec deux doigts sur son clavier un rapport comme ça, juste pour embêter Fillon parce qu’il s’embêtait au fond de son commissariat. En fait, c’est le Parquet national financier qui a ordonné cette enquête « pour détournements de fonds publics et abus de biens sociaux », le 25 janvier, sitôt connues grâce à la presse les accusations concernant les emplois par Fillon de sa femme et de ses enfants.

Sur ordre du Parquet, les policiers spécialisés en matière financière ont établi leur rapport. Celui-ci a été transmis au Parquet. Les magistrats l’ont étudié et en ont conclu qu’en l’état, un classement sans suite n’était pas possible. Dès lors, le Parquet n’avait pas d’autre solution que de se dessaisir du dossier pour le confier à des juges indépendants du pouvoir, afin qu’ils instruisent à charge et à décharge. Rien de plus normal, contrairement à ce que prétend le candidat de la droite bien coiffée.

Précipitations de la justice ? Qu’aurait-on dit si elle n’avait pas réagi rapidement dès que l’affaire Fillon était devenue l’information principale de l’actualité française ? De toute façon, l’ancien premier ministre aurait trainé le boulet des accusations morales, justice ou pas justice. Même pour lui, autant crever l’abcès le plus vite possible.

Fillon : « assassinat politique » !

Parler d’assassinat politique, et même d’assassinat de l’élection présidentielle comme l’a proféré Fillon, relève de l’imposture. Débarrassée des fausses idées à son sujet, la mise en examen n’est rien d’autre qu’un acte de procédure parfaitement banal. Et qu’un juge convoque, avant de l’entendre, un justiciable à titre de mis en examen n’a rien d’anormal. Au contraire. Car la mise en examen, contrairement à ce qu’on cherche à faire croire, offre des droits fondamentaux au justiciable. Ce statut lui donne accès à son dossier ; le justiciable peut donc prendre connaissance des accusations précises qui sont portées contre lui et préparer ainsi, dans de bonnes conditions, son système de défense. Il peut aussi se taire et même mentir sans être poursuivi pour faux témoignages. En revanche, si les juges d’instruction avaient convoqué Fillon à titre de témoin, la défense aurait pu, à bon droit, crier au piège.

De plus, François Fillon peut fort bien sortir de cette audience du 15 mars avec un autre statut, celui de témoin assisté d’un avocat ou de simple témoin, cela dépendra de ses explications et de la façon dont elles s’inscrivent dans le dossier.

Marine Le Pen menace

Le candidat du parti LR a sonné contre la justice une charge d’une telle violence qu’elle rejoint celle de Marine Le Pen, dont le parti est lui aussi empêtré dans des affaires d’emplois fictifs. Dimanche dernier à Nantes, la candidate du Front national a déclaré qu’une fois élue elle mettra en cause les fonctionnaires et les magistrats qui auraient, à l’en croire, participé aux « attaques antidémocratiques » dont elle s’estime victime.

Une procédure judiciaire normale est donc perçue comme une « attaque antidémocratique » par des gens qui n’hésitent pas à briguer le poste de président de la République qui, selon l’article 64 de la Constitution française, « est garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire ». Le culot de ce genre de personnage reste une source inépuisable d’étonnement effaré !

Si attaques il y a, elles sont le fait des deux candidats de la droite dont l’une se flatte d’être « de gouvernement ». Que deux forces politiques de ce calibre cherchent à déstabiliser l’institution judiciaire, voilà qui est plus qu’inquiétant. Aux Etats-Unis, la justice a démontré à quel point son rôle de contre-pouvoir est essentiel dans une démocratie.

Jean-Noël Cuénod

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24/02/2017

Meklat, le Dibbouk et le facho en moi

Un dibbouk par Ephraim Moshe Lilien (1874–1925) dans le Livre de Job.jpg

Les tweets immondes du « double » de Mehdi Meklat ont fait un bruit tel qu’il a même couvert celui de la campagne électorale. C’est dire. Cet épisode illustre-t-il la confrontation entre deux sociétés, comme l’affirme Le Monde ou celle qui naît en nous ? Les deux sans doute. (Illustration tirée du Livre de Job. "Un Dibbouk" par Ephraim Moshe Lilien; 1874–1925)

Meklat, c’était le chouchou des médias. Un jeune (24 ans) de la banlieue parisienne, formé au Bondy Blog, devenu chroniqueur vedette dans les médias les plus courus, auteur de bouquins, icône de la France des Beurs, modèle des lascars qui soutiennent les murs de leur barre HLM. C’était, car son aura s’est éteinte comme l’ampoule d’un réverbère en panne après son passage, jeudi 16 février, à l’émission « La Grande Librairie » sur France 5.

Parmi les téléspectatrices, une enseignante qui connaît la face cachée de Mehdi Meklat. Elle ne supporte pas de le voir se pavaner devant les caméras et balance sur la Toile un florilège des tweets que Meklat a signés sous le pseudonyme de « Marcelin Deschamps » de 2011 à 2016. De clic en clic, la nouvelle s’est répandue causant un beau scandale dans la sphère médiatique. A titre d’exemples, citons quelques tweets de « Marcelin Deschamps », dans les catégories « antisémitisme », « pro-djihadisme » et « homophobie » : « Faites entrer Hitler pour tuer les juifs » (24 février 2012) ; « Je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie Hebdo » (30 décembre 2012) ; « Vive les PD Vive le Sida avec Hollande » (3 décembre 2013).

Piégé par l’éphémère à longue mémoire

Sommé de s’expliquer sur les médias, son terrain de jeu favori, Mehdi Meklat a soutenu que « Marcelin Deschamps » n’était que son « double maléfique », ajoutant, façon Docteur Jekyll et Mister Hyde : «A travers Marcelin Deschamps, je questionnais la notion d'excès et de provocation. Mais aujourd'hui je tweete sous ma véritable identité » et de battre sa coulpe d’un poing mou : « Je m'excuse si ces tweets ont pu choquer certains d'entre vous : ils sont obsolètes. »

Cet usager impénitent des réseaux sociaux aurait dû savoir que sur la Toile, rien n’est obsolète. Vos photos les plus scabreuses, vos vidéos les plus intimes, vos discours les plus idiots, vos écrits les plus ineptes peuvent vous revenir en pleine poire, même des années plus tard. La Toile, c’est l’éphémère à longue mémoire.

Pour sa défense, Meklat aurait pu plaider qu’il avait « fait du second degré », voire du centième ou du millième degré mais que les réseaux sociaux ne le supportent plus et prennent tout au pied de la lettre. Imaginez, ajouterait-il, le sort réservé à Georges Brassens s’il avait publié sur Facebook le texte de sa chanson Au Marché de Brive-la-Gaillarde (comme je suis moi aussi un brin pervers, la voici)…

 Mais voilà, à partir du moment où vous exaltez l’antisémitisme, crachez sur les victimes du terrorisme et les malades du Sida, il n’y a plus de second degré possible, pas plus hier qu’aujourd’hui. C’est intolérable. C’est tout. Quel que soit le support.

Cela dit, l’excuse du « double manifeste », pour minable qu’elle apparaisse, nous dit tout de même quelque chose. Dans un bel édito, Le Monde de mercredi 22 février souligne que « cette duplicité en reflète une autre, celle de deux sociétés parallèles qui n’arrivent toujours pas à converger ». D’une part, « la société médiatique (…) consciente des ratés de l’intégration des minorités issues de l’immigration, mais réticente à faire elle-même le lent et laborieux effort d’intégration (…) » et d’autre part, « la société des quartiers, que ces difficultés d’intégration rendent de plus en plus rebelles (…)».

Les dibboukeries

Il y a une autre duplicité que révèlent les éclats de Meklat. Si nous cessons de nous raconter des fables roses sur nous-mêmes, nous devons admettre que nous portons tous un facho dans les replis de notre ombre intérieure.

 Un sale reptile qui vient du fond des âges et s’excite contre tout ceux qui ne font pas partie des siens, qui veut dominer son entourage tout en acceptant, dans le même mouvement, d’être dominé par les porte-paroles de ses passions tristes, par tous ceux qui savent le réveiller et l’agiter en nous pour mieux s’en servir dans leurs propres intérêts.

Il est formé par toutes nos frustrations réelles ou imaginaires, nos angoisses non-dites, nos peurs inavouées, nos regrets refoulés, les erreurs d’aiguillage de notre existence, nos remords mal digérés, nos préjugés lourdingues. Il grossit à mesure que s’étiole notre estime de soi.

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Illustration tirée du webzine Ymaginères

 La mythologie juive appelait ce monstre intérieur, le Dibbouk. Meklat l’a nommé « Marcelin Deschamps », un nom bien « français de souche » comme pour le mettre à l’extérieur, en faire une entité noire qui n’aurait rien à voir avec sa personnalité, même si c’est sa main à lui, Mehdi Meklat, qui s’agite sur le clavier du smartphone. S’il avait voulu exorciser son Dibbouk en procédant ainsi, alors c’est vraiment raté. On ne se débarrasse pas comme ça de son Dibbouk. D’autant plus que le reptile en s’extériorisant s’est nourri de tous ses « followers », ses « suiveurs » qui ont applaudi à ses dibboukeries. Il est devenu costaud, bien alimenté, en pleine forme. Et les autres Dibbouk ont été confortés par cette avalanche d’immondices. De Dibbouk en Dibbouk, on en arrive à ce que le pire vienne au pouvoir. Au pouvoir de notre petite vie. Au pouvoir de la société.

Le fascisme, c’est le Dibbouk en liberté. Et ce n’est pas qu’une affaire de blancs ou de chrétiens. Tout le monde en est affecté. L’erreur serait de nous croire forcément meilleur que Mehdi Meklat. C’est d’abord, en nous que le combat contre le Dibbouk doit commencer. Devenir conscients de notre facho interne pour mieux le jeter dans un néant salvateur.

Jean-Noël Cuénod

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22/02/2017

Bayrou centre sur Macron !

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 Lucide, François Bayrou ne briguera pas l’Elysée. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. En septembre dernier, le patron du Modem étrillait Emmanuel Macron. Aujourd’hui, il soutient sa candidature à la présidentielle en lui proposant une alliance.

En choisissant le siège du son parti centriste, le MoDem, pour faire sa conférence de presse, François Bayrou avait donné un petit signe, ce mercredi après-midi. Il y a plus solennel comme cadre pour annoncer que l’on se porte candidat à la Suprême Magistrature. En revanche, pour expliquer que l’on renonce à concourir tout en lançant une proposition d’alliance avec l’un des principaux concurrents de l’épreuve, le lieu était adéquat.

Visiblement, se présenter une quatrième fois démangeait l’« éternel troisième ». Mais la menace d’une victoire possible de Marine Le Pen a servi d’onguent émollient à ce prurit compétiteur. Sans doute aussi, la prudence a sa part dans ce choix. Partir si tard dans la campagne, avec tous les frais que cela suppose pour un résultat qui s’annonçait plus ou moins médiocre, pouvait mettre en cause l’existence même de son MoDem.

Cela dit, lorsque François Bayrou dénonce « la parole politique qui ne vaut plus rien », il doit s’inclure dans cette critique. En septembre dernier, lors d’une interview diffusée par BFMTV, il n’avait pas de mots assez durs pour qualifier Emmanuel Macron, stigmatisé comme « l’homme des puissances financières ». Voici un passage assez croquignolet :

« Il y a là une tentative qui a déjà été faite plusieurs fois par plusieurs grands intérêts financiers et autres, qui ne se contentent pas d'avoir le pouvoir économique, mais qui veulent avoir le pouvoir politique. On a déjà essayé plusieurs fois… On a déjà essayé en 2007 avec Nicolas Sarkozy, et ça n'a pas très bien marché. On a essayé en 2012 avec Dominique Strauss-Kahn… Et ce sont les mêmes forces qui veulent réussir avec Macron ce qu'elles ont raté avec Strauss-Kahn ».

On peut considérer ce revirement sous deux angles. Soit, on qualifie Bayrou de girouette qui grince n’importe comment. Soit on considère qu’il a eu le courage de surmonter sa méfiance de vieux paysan catholique vis-à-vis de l’argent en choisissant de soutenir « l’homme des puissances financières » contre « la femme des puissances obscures ».

Pour sauver la face, Bayrou a proposé à Macron une alliance ponctuée de quatre exigences qui ne mangent pas de pain : primo, créer une « véritable alternance » en rejetant « un recyclage des vieilles idées », secundo, « rédiger une loi de moralisation de la vie publique », tertio, revaloriser de la rémunération du travail pour les salariés et les indépendants, quarto, introduire la proportionnelle aux élections législatives. Toutes ces propositions, Emmanuel Macron peut les signer sans barguigner, elles vont toutes dans son sens. Et bien entendu, l’ex- « homme des puissances financières » a accepté cette alliance quelques minutes après avoir été lancée.

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Cela dit, pour spectaculaire qu’elle soit, cette entente n’en demeure pas moins fragile. Le MoDem a perdu sa substance militante et ne compte, selon les estimations des médias, qu’entre 10 000 et 15 000 membres. Quant au mouvement En Marche de Macron, il revendique 192 000 adhérents. Mais comme on peut s’y inscrire en quelques clics, ce nombre peut tout aussi bien se dégonfler en un clin d’œil. Ou de souris. Or, jusqu’à maintenant, aucun président n’a été élu sans l’aide de grandes machines électorales. Le centriste Giscard d’Estaing – dont le profil est un peu semblable à celui de Macron – l’avait, certes, emporté en 1974 mais grâce à Jacques Chirac qui lui avait apporté, clef en main, le soutien du puissant mouvement gaulliste.

Toutefois, les temps ont changé. Les grands appareils politiques se sont grippés, à gauche comme à droite. Ils n’ont plus auprès des électeurs l’aura qui fut la leur, naguère encore.

  C’est le pari que tente Macron, avec Bayrou comme garant moral : donner au social-libéralisme une incarnation politique dont l’attractivité soit basée sur les nouvelles formes de sociabilité crées par la technologie communicante. Il est jouable, ce pari. Cela dit, à trop miser sur le virtuel, on risque de perdre de vue le réel.

Jean-Noël Cuénod

LA VIDEO DE LA CONFERENCE DE PRESSE DE BAYROU

19:29 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : bayrou, macron, présidentielle2017, france, vidéo | |  Facebook | | |

19/02/2017

La police est un art

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Avec l’affaire Théo, la police française subit une crise de plus. Pour tenter de comprendre le phénomène, il faut tout d’abord accepter d’entrer dans un monde complexe et bannir deux réactions aussi fausses que traditionnelles : réduire les policiers à un corps de brutes racistes ou les idolâtrer au point de les placer au-dessus des lois (Dessin d’Acé).

Comme localier, puis chroniqueur judiciaire, reporter et enfin correspondant à Paris, le Plouc a fréquenté les policiers pendant quarante ans,en Suisse, en France, en Belgique et en Italie principalement. Délicate cohabitation faite de méfiance réciproque et d’acceptation mutuelle.

Rien n’est plus complexe qu’assurer l’ordre public dans une démocratie. Les accusations de « servir le pouvoir en place » fusent d’emblée. Que ce pouvoir soit de gauche, du centre ou de droite. Le flic… Ce sempiternel suspect qui est toujours présent quand on n’a pas besoin de lui et systématiquement absent en cas d’urgence.

Il est le plus souvent pris entre des feux croisés. Sa hiérarchie, particulièrement en France, exerce des pressions contradictoires en exigeant « du chiffre », quitte à gonfler les statistiques en multipliant les contrôles d’identité, la chasse aux petits délinquants en laissant de côté les gros, source d’ennuis sans fin avec leur cohorte d’avocats. Les contrôles d’identité s’exercent vers la population qui est considérée a priori comme « dangereuse », en premier lieu les jeunes. Le contrôle au faciès n’est jamais bien loin. Selon l’« Enquête sur l’accès aux droits », publiée début 2017 par le Défenseur français des droits, « les hommes perçus comme Arabes/Magrébins ou Noirs (…) rapportent être de 6 à 11 fois plus concernés par des contrôles fréquents (plus de cinq fois en cinq ans) que le reste de la population » (accès au lien du document).

Cette pression de la hiérarchie provoque des tensions toujours plus intenses entre policiers et jeunes Français issus d’une immigration ancienne ou récente. Ces tensions induisent un cycle de haine qui pourrit le climat depuis des décennies. Ponctuellement, les « cités sensibles » le sont tellement, sensibles, qu’elles explosent. Ou alors, les policiers tombent, au péril de leur vie, dans des guets-apens organisés par les petits caïds.

Les commissariats Fort Knox

Des deux côtés, les insultes montent en mayonnaise. Une partie croissante des flics cèdent aux sirènes du Front national  ­– selon une étude du CEVIPOF (Sciences-Po à Paris)  d’octobre 2016, 57% des policiers se disent prêts à voter pour Marine Le Pen à la présidentielle – dont l’idéologie se répand dans leurs rangs. Ce qui, bien entendu, ne fait qu’envenimer une situation déjà bien dégradée.  

La hiérarchie, elle, songe surtout à garder ses fesses au chaud. Quant au pouvoir politique, que ce soit sous Chirac, Sarkozy ou Hollande, il se contente de distribuer des médailles aux policiers méritants, sans remettre en cause cette « politique du chiffre » qui mène à la catastrophe.

Dans cette espèce de guerre larvée entre deux camps, comment voulez-vous que les renseignements de terrain puissent remonter vers la police, puis la justice ? Certes, les fonctionnaires de police judiciaire savent se ménager une clientèle chez les indics. Mais, en bonne police, ce devrait être à l’ensemble des personnels de faire remonter les renseignements. Il arrive à ma mémoire d’ancien localier à Genève que nombre d’affaires résolues avaient eu, à la source, un tuyau ramassé dans la rue par un agent de terrain. Evidemment, claquemurés dans un commissariat tellement bunkerisé qu’en comparaison Fort Knox ferait presque auberge de jeunesse, lesdits agents ne risquent pas d’être submergés par les infos du bitume (photo : le commissariat de Villiers-le-Bel, ville de la banlieue de Paris qui avait essuyé plusieurs jours d’émeute en novembre 2007).

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Assécher le marais stupéfiant

Compte tenu de la situation présente, on ne saurait lâcher des policiers de proximité dans les quartiers les plus chauds. C’est tout un programme à long terme qu’il faudrait élaborer pour que, progressivement, les forces de la République puissent réinvestir ces lieux dans lesquels elle ne peut aujourd’hui pénétrer qu’en formation de combat, lorsque tout est à feu et à sang. Cette réappropriation républicaine passe par l’assèchement des trafics de drogue et autres qui dominent ces cités dites « sensibles » et leur impose la tyrannie des caïds de tous calibres. Or, seule la dépénalisation de l’usage des stupéfiants ferait s’écrouler ce marché souterrain. Mais, en France du moins, ce message ne passe toujours pas. Il faudra pourtant bien s’y résoudre, après cinquante ans d’échecs cinglants de toutes les politiques répressives en la matière.

Il faut aussi que la société française développe une vision plus saine et moins infantile de sa police. Un jour, elle l’encense et lui fait des bisous place de la République. Un autre, elle la traite plus bas que terre. Qu’elle prenne conscience, cette société, que la police est un art et non une science, malgré les nouvelles technologies. Un art bien plus subtil qu’on ne le croit. Il requiert à la fois de la fermeté et de l’empathie, du sang-froid en toutes circonstances, une bonne estime de soi pour ne pas être déstabilisé par les injures, sans oublier cette lucidité qui permet de savoir quand il faut fermer les yeux  – lorsqu’une intervention amène plus de troubles que de bienfaits pour le quartier –  et quand il faut les ouvrir pour frapper lorsque cela est nécessaire. Or, des policiers de ce genre ne tombent pas du ciel. Le pouvoir devra mettre la main à la poche pour leur assurer la formation adéquate. Une formation qui aura aussi pour objet principal de renforcer l’esprit républicain afin de donner à la police les anticorps nécessaires pour résister aux influences frontistes.

La police doit être respectée, il en va de la cohésion sociale. Mais le respect, ça se mérite. La société ne saurait accepter que son délégué à la violence légitime piétine les lois qu’il est chargé de faire respecter.

Jean-Noël Cuénod 

18:48 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : police, théo, france, politique | |  Facebook | | |

09/02/2017

OMBRE ET MERVEILLE

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Un moment pour respirer et se rappeler la prière d’avant toutes les prières. La prière d’avant la parole. Quand nous étions une idée dans le ventre de l’Eternel.

 Marcher dans l’ombre avec ses merveilles tapies

Dans ses replis succulents ses recoins moussus

Cathédrale de bois, de feuilles et de parfums

Qui frémit aux chants de ses oiseaux liturgiques

Respirer est la prière du fond des âges

La prière d’avant le don de la parole

 

Marcher dans l’éclat bleuté de la clairière

Mais sous les pieds du pèlerin que de pièges !

Il en est de toutes tailles de tous calibres

Prêts à s’ouvrir à la moindre inattention

Le sol n’est pas si sûr le pire peut arriver

Tous, nous sommes nus quand la terre se dérobe

Jean-Noël Cuénod

Photo JNC, photo prise entre La Combe Grasse et Saint-Cergue.

18:40 Publié dans Poésie L'Or du temps | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : poésie, instants, jura | |  Facebook | | |

07/02/2017

François Fillon: Calvin redevient Français

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Lors de sa conférence de presse, François Fillon a constaté que certaines mœurs politiques ne sont aujourd’hui plus acceptées par les Français. Il y a mis du temps! Ajoutons d’emblée, qu’il n’est pas, de loin, le seul politicien à accuser un tel retard à l’allumage moral. Mais pour un candidat qui brigue l’Elysée, ce manque de lucidité est tout de même inquiétant.

Il démontre ainsi que, décidément, les plus hauts responsables de l’Hexagone continuent à vivre dans leur bulle. Et lorsqu’elle crève, ils tombent de l’armoire. A moins que ce ne soit l’armoire qui leur tombe sur la tête.

Pourtant, cela fait tout de même une dizaine d’années que les Français sont devenus plus exigeants en matière de morale politique. Les conséquences de l’affaire Bettencourt ont sans doute tenu un rôle important dans l’échec de Nicolas Sarkozy en 2012. Et l’affaire Cahuzac a plombé le début du quinquennat Hollande. Certes, ces dossiers s’oublient plus ou moins vite. Mais il en reste désormais quelque chose dans la conscience publique.

La France des élus n’a pas encore adhéré aux vertus scandinaves. Mais elle sait maintenant que l’emploi, même légal, des fonds publics à usage familial insupporte les citoyens qui sont confrontés à la difficulté à trouver ne serait-ce qu’un stage pour leurs enfants. D’autant plus que la population est priée – par le candidat François Fillon ­– de se serrer la ceinture. Si l’on promet l’austérité, autant prêcher par l’exemple, sinon l’électeur s’en va déserter l’isoloir ou butiner ailleurs.

Quelques gouttes d’éthique protestante sont ainsi giclées dans les rouages d’une machine électorale qui n’a guère l’habitude de recevoir un tel adjuvant. Sous les yeux écarquillés de Fillon, les temps ont changé. La transparence devient tendance et sera bientôt exigence. Les Français l’ont oublié, mais enfin «notre» Calvin est né sur leur sol ! 

Jean-Noël Cuénod

Editorial paru dans la Tribune de Genève et 24 Heures de mardi 7 février 2017

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02/02/2017

Fillon et le syndrome de la Rolex

 

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Chacun se rappelle l’aérienne formule de Chirac : «Les emmerdes volent en escadrille». Pour François Fillon, ce n’est plus une escadrille qui le vise mais un pont aérien avec tapis de bombes. Lorsqu’il ne s’enferre pas dans de nouveaux mensonges, c’est un média qui sort le dernier scoupe ravageur. Qui sera suivi d’autres.

Lorsqu’une campagne politique déraille dès son début, il est bien difficile de la remettre sur les rails. La faute initiale du candidat de la droite «loden-mocassins à glands» ne concerne pas Pénélope et ses emplois fantômes mais son programme de démantèlement de la sécurité sociale, suivi d’un rétropédalage très laborieux.

Alors qu’il fut premier ministre pendant cinq ans, Fillon n’a toujours pas compris que s’attaquer à la sécu en France, c’est allumer un barbecue de vaches sacrées sur la place centrale de Bénarès.

Dès lors, toutes les accusations qu’il a subies par la suite ont été encore plus vivement ressenties par les citoyens qui tremblent pour leur système de soins. D’autant plus que les prêches austères de ce Savonarole bien coiffé étaient démentis par les largesses qu’il s’octroyait ainsi qu’à sa famille. Sang et larmes pour les poires, champagne et caviar pour ma pomme.

Cela dit, l’affaire Fillon n’est qu’un épisode parmi d’autres dans la grande saga qui lie, souvent pour le pire, argent et pouvoir. Eternelle question mais qui, aujourd’hui, prend une acuité particulière.

Avant que les Trente Glorieuses n’emballent le monde occidental dans le Tout-Economique et sa société de surconsommation, une sorte de statut non-écrit régnait dans de nombreuses démocraties européennes : les magistrats, les députés, les ministres étaient mal payés mais jouissaient d’une position prestigieuse aux yeux du public. Certes, il s’est toujours trouvé des petits malins et des gros corrompus dans ces hautes sphères mais dans l’ensemble, les détenteurs du pouvoir respectaient cette manière de contrat social. Bonne renommée valait mieux que ceinture dorée.

Il en allait de même pour d’autres émetteurs d’influence au sein de l’Etat, comme les instituteurs et professeurs. Ils ne roulaient qu’à vélo mais au village, dans le quartier, chacun levait son chapeau à leur passage. Pour leurs voisins, ils étaient des Messieurs. Pour la plupart de ces hommes de pouvoir et de savoir, le prestige suffisait à leur donner une belle estime de soi et leur permettre d’avancer dans la vie du pas assuré de celui qui se sait reconnu.

Aujourd’hui, ce genre de considération est balayée par l’unique valeur qui ne soit pas relative, celle incarnée par le Veau d’Or. Moïse n’a pas fini de briser de rage les Tables de la Loi.

Le publicitaire Séguéla fut naguère vilipendé pour avoir énoncé, à propos de Sarkozy, sa célébrissime tirade: «Un président qui, à 50 ans, n'a pas de Rolex a raté sa vie.» Il ne formulait pourtant qu’une évidence. Les écoliers ricanent maintenant devant leur prof qui gagne en un mois, ce qu’un dileur empoche en trois jours. Quant aux politiciens, s’ils font du vélo, c’est pour la galerie écolo. Ces hommes, ces femmes qui ont souvent accompli de longues études, voient leurs anciens condisciples faire fortune dans la haute finance ou les grands groupes industriels, alors qu’ils doivent se contenter de revenus qui, en comparaison, relèvent de la roupie de sansonnet. D’où les empilements de mandats. Et les magouilles pour rendre plus valorisantes leurs rémunérations. Histoire de ne pas paraître trop plouc dans les réunions des anciens de HEC ou d’autres grandes écoles.

L’affaire Fillon n’est pas seulement la faillite d’un homme, ni même d’une caste politique. Elle est la conséquence directe de l’effondrement des cadres moraux voulu par la société de l’hypercapitalisme.

Jean-Noël Cuénod

Et pour détendre un peu l’atmosphère, voilà la vidéo d’une chanson de Frédéric Fromet «Femme de François Fillon». A se tordre ! 


Femme de François Fillon - La chanson de... par franceinter

 

15:55 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : fillon, politique, france, affaire, vidéo | |  Facebook | | |

31/01/2017

Quand Trump sert la soupe aux islamistes

 

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Il voulait faire un gros coup bien gras pour marquer son territoire. Avec ses mesures contre l’immigration visant les musulmans, Trump a réussi au-delà de ses espérances. Il s’est mis une grande partie du monde à dos, à commencer par les chrétiens d’Orient qu’il voulait avantager.

Certes, les remontrances de François Hollande et d’Angela Merkel lui en ont touché une – et encore – sans faire bouger l’autre, pour reprendre l’expression favorite de Jacques Chirac. Des couinements de souris, pas plus.

Une pétition lancée sur le site Avaaz  est en train de réunir des millions de signatures (4,1 millions, ce mardi à 14h35), voilà qui n’empêche pas Donald de roupiller à la Maison-Blanche.

Lorsque les dirigeants des grands groupes de la nouvelle technologie – Apple, Google, Microsoft – l’ont vertement remis à l’ordre en lui rappelant que sans les étrangers ­– dont Steve Jobs, fils d’immigré syrien – les Etats-Unis n’auraient jamais pu occuper la première place dans cette industrie, Trump s’en tamponne l’urne électorale. La Sillicon Valley a toujours voté contre lui et massivement soutenu Hillary Clinton. Au contraire, le nouveau président se présente ainsi comme l’ennemi de cette élite mondialisée qu’une partie importante des Américains poursuivent de leur haine. Et c’est cette Amérique qui l’a élu, pas l’autre, celle des industries du présent et de l’avenir.

La justice s’y met à son tour. Sa ministre ne veut pas exécuter son décret anti-immigration en raison de son illégalité ? Il la vire. En revanche, il ne pourra pas botter les fesses impies de Bob Ferguson, le procureur général de l’Etat de Washington, qui a lancé, lundi, une procédure judiciaire pour annuler le décret anti-immigration en raison de son inconstitutionnalité. « Personne n’est au-dessus des lois, pas même le président » a déclaré le procureur en ajoutant : « Au Tribunal, ce n’est pas toujours celui qui parle le plus fort qui l’emporte, c’est la Constitution » (vidéo).

Voilà qui est plus gênant pour Blabbermouth Donald. Car les contrepouvoirs aux Etats-Unis sont aussi nombreux que solides et tout aussi légitimes que le président qui est moins monarque qu’en France (imaginons un Trump ou une Trumpette à l’Elysée, comme ça, juste pour voir !). Et ils ne vont pas le ménager. Le président immobilier va, un jour ou l’autre, trembler sur ses fondations.

Mais la pire critique portée contre les mesures antimusulmanes provient de ceux-là même que Trump se vante de protéger. Le président américain a souligné à gros traits que les réfugiés chrétiens des pays arabes pourront entrer aux Etats-Unis contrairement à leurs compatriotes musulmans.

Mgr Sako, à propos du décret Trump: "Un piège pour les chrétiens du Proche-Orient"

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 « Merci du cadeau !» répond, en substance, le patriarche chaldéen, Mgr Sako (photo), à la tête de la majorité des Irakiens de confession chrétienne. Il ne mâche pas ses mots contre l’offre empoissonnée de Trump qui « représente un piège pour les chrétiens du Proche-Orient ». Dans une déclaration publique prononcée dimanche, il met en pièce cette nouvelle Trumperie :

Toute politique d’accueil qui discrimine les persécutés et les souffrants sur base religieuse finit par nuire aux chrétiens d’Orient parce que, entre autres choses, elle fournit des arguments à toutes les propagandes et à tous les préjudices qui attaquent les communautés autochtones du Proche-Orient en tant que corps étrangers et groupes soutenus et défendus par les puissances occidentales. Ces propos discriminatoires – ajoute-t-il – créent et alimentent des tensions avec nos compatriotes musulmans. Les souffrants qui demandent de l’aide n’ont pas besoin d’être divisés sur la base d’étiquettes religieuses et nous ne voulons pas de privilèges. L’Evangile nous l’enseigne et le Pape François nous l’a montré également en accueillant à Rome des réfugiés ayant fui le Proche-Orient, tant chrétiens que musulmans, sans faire de distinctions.

Donald Trump a donc jeté un jerricane plein d’essence sur les feux du Proche-Orient. En frappant indistinctement tous les musulmans, il confirme la propagande de Daech et autres islamoterroristes qui s’érigent en défenseurs de leurs coreligionnaires. Nul doute que les mesures de Trump contribueront à grossir les rangs des islamistes radicaux au Proche-Orient mais aussi chez nous en Europe. Sa stratégie de la provocation permanente ne peut avoir pour conséquence que de déstabiliser encore plus le monde actuel. Un jour ou l’autre, les grenades de Trump lui sauteront à la figure. Malheureusement, nous ne serons pas épargnés par les éclats.

Jean-Noël Cuénod

15:25 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : trump, islam, christianisme, etats-unis | |  Facebook | | |

26/01/2017

Au malheur des femmes

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C’est entendu, le pire du pire en matière de haine des femmes est l’œuvre des islamistes. Cela dit, dans la Russie de Poutine et les Etats-Unis de Trump, elles ne sont pas à la noce.

Le patriarcat est en train de vivre ses derniers moments. Mais il bouge encore, le bougre! Et son agonie se révèle aussi lente et épuisante qu’agitée et sanglante. C’est qu’il s’agit d’une révolution à nulle autre pareille : faire tomber la multimillénaire domination de l’homme sur la femme.

Comme toutes les révolutions, elle est faite d’une série de petits bonds en avant, suivis d’un grand bon en arrière. A la Révolution française, ont succédé l’Empire et la Restauration, puis une autre révolution a éclaté, donnant une forme plus libérale de monarchie, et encore une troisième révolution qui a sombré dans le Second Empire pour, enfin, aboutir à la République. La longue vue est le seul instrument qui vaille pour juger pareils mouvements de fond.

Humiliation et repli en terre d’islam

Les combats d’arrière-garde sont toujours les plus acharnés et les plus cruels car l’énergie du désespoir anime ceux qui s’accrochent à leur pouvoir comme Harpagon à sa cassette. C’est au sein du monde musulman que le patriarcat déploie sa résistance la plus acharnée. Sans doute, les Occidentaux n’ont-ils pas mesuré à quel point la colonisation des pays d’islam a été ressentie par leurs habitants comme une humiliation. Elle s’est révélée d’autant plus aiguë que, jadis, ces sont les musulmans qui dominaient une grande partie du monde, à commencer par l’Europe, en Espagne et dans l’espace ottoman. Cette humiliation a conduit à un repli sur les traditions avec ce sentiment que, si l’on a échoué, c’est que l’on ne les avait pas suffisamment respectées. Or, lorsque des peuples amorcent ce retour en arrière, ils simplifient leurs traditions et, partant, en viennent à les caricaturer. Ainsi, en lisant attentivement le Coran, l’inégalité entre femmes et hommes n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît à première vue. Il n’empêche que c’est cette « première vue » qui est privilégiée par les intégristes prônant le repli.  Dès lors, empêcher la femme d’atteindre l’égalité devient une sorte de résistance au monde occidental honni, confortée par la lecture littérale – et non symbolique – du Saint Livre. C’est une explication possible ; il en est bien d’autres.

Cette simplification de l’islam a été déployée par le wahhabisme sur les ailes des pétrodollars. Les premières victimes de cet islam saoudifié furent les femmes ainsi que les confréries soufies et les écoles musulmanes qui vivaient leur religion avec ses milles et une subtilités. Or l’intégrisme abhorre les subtilités qui parasitent son discours massif.

On ne le sait que trop bien, cette régression a servi d’aliment idéologique aux islamoterroristes d’Al Qaeda, Daech et autres Talibans.

Trump et Poutine, une misogynie active

En Occident, en Europe, régions du monde où elle se porte pourtant nettement mieux, la cause des femmes vient d’essuyer de sérieux revers. Aux Etats-Unis, Trump commence à mettre en acte la misogynie dont il avait fait montre durant sa campagne. L’un de ses premiers décrets présidentiels, signé lundi 23 janvier, interdit le financement d’œuvres d’entraide internationales qui soutiennent le libre-choix de procréation pour les femmes, sous prétexte de lutter contre l’avortement. Or, ces organismes prodiguent des soins vitaux dans les régions les plus pauvres de la planète. Mais de cela, Trump se fiche comme de sa première moumoute, l’important étant de complaire aux franges intégristes du catholicisme et de l’évangélisme de son électorat.

En Russie, le parlement a adopté, mercredi, une loi dépénalisant les violences commises dans le cercle familial, si elles n’entrainent pas une hospitalisation. Jusqu’alors ces violences relevaient du Code pénal et pouvaient valoir à leur auteur une peine maximale de deux ans d’emprisonnement. Avec cette loi, elles ne figurent plus dans le code et deviennent une infraction administrative qui ne prévoit, au maximum, qu’une amende de 30 000 roubles, soit 496 francs ou 464 euros. Il faut encore que ce projet passe au Sénat puis soit signé par la présidence pour devenir effectif. Mais comme il a été porté par Russie Unie, le parti de Poutine, son issue favorable est assurée. Or, le simple fait de lever la main sur son conjoint est en soi suffisamment grave pour que la justice intervienne, même si la victime n’a pas été hospitalisée. Attendre une blessure grave pour agir est une manière d’encourager l’escalade de la violence.

Qu’une Russe meurt toutes les 63 minutes à la suite de violences domestiques et que plus de 650 000 femmes de ce pays soient battues par leurs maris ou compagnons[1], cela pèse peu devant les pressions exercées par l’Eglise orthodoxe. Celle-ci a soutenu activement cette dépénalisation « afin de sauvegarder les valeurs familiales traditionnelles ». Ah, mais ça change tout ! En flanquant une rouste à son épouse, on n’est plus une brute mais le sourcilleux gardien des « valeurs familiales traditionnelles ». A quand la décoration de l’Ordre de Sainte-Catherine-La-Grande-Martyre ?

Ne pas confondre religion et confession

Dans de nombreux cas de régression misogyne, on retrouve donc une institution confessionnelle, c’est-à-dire une instance du pouvoir qui tord une religion dans le sens qu’elle veut afin de conserver des privilèges pour elle même ou pour la caste qu’elle représente. La religion, c’est l’aspiration des êtres humains à se relier avec ce qui les dépasse. La confession, c’est une approche particulière de la religion. Sur cette approche particulière, se construit une institution confessionnelle qui, au mieux, véhicule une partie de cette aspiration religieuse et, au pire, en utilise la force pour exercer un pouvoir sur les humains. D’où l’importance sociale, mais aussi spirituelle, de la laïcité qui vise à empêcher l’institution confessionnelle de se dévoyer dans l’exercice du pouvoir politique.

Dès lors, l’émancipation des femmes passe forcément par la laïcité et par une vision antiautoritaire de la religion.

Mais comme rien n’est simple en ce bas monde, il arrive parfois que des femmes se fassent les alliées de la domination masculine, comme ces jeunes filles qui participent à l’islamoterrorisme, comme cette députée de Russie Unie, Olga Batalina, qui a défendu le projet de loi dépénalisant les violences intrafamiliales, comme toutes ces Américaines qui ont voté pour celui qui les insultait.

Depuis qu’il est apparu sur terre, l’humain a suivi un chemin tortueux vers son émancipation, comme évoqué au début de ce texte à propos du féminisme. Un chemin fait de retours, de drôles de zigs et d’étranges zags. Et souvent, il se fait l’artisan de son oppression. Il n’est pas incorrigible, non, car, malgré tout, il avance, l’humain. Mais avec quelle peine… « Frères humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis ».

Jean-Noël Cuénod

 

 

[1] Chiffres cités par l’ONG russe « Anna » Centre national contre la violence familiale en se référant aux stastistiques de la police russe.

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24/01/2017

Depardieu-Dussollier, les deux Staline

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Staline continue à hanter les esprits et crever le grand écran. Deux monstres sacrés français, Gérard Depardieu et André Dussollier, ont tenté de se glisser dans la peau du sacré monstre géorgien. Deux façons diamétralement opposées d’approcher un rôle. L’un met tout son talent à s’incarner dans le personnage. L’autre investit toute son énergie à développer sa propre personnalité.

Il serait stupide de mettre ces deux démarches en concurrence et d’attribuer des bons points à l’une, des mauvais à l’autre. Dans leur opposition radicale, elles nous parlent toutes deux de l’Art et de l’Etre.

 

A l’Ogre rouge joué par Depardieu dans le Divan de Staline réalisé par Fanny Ardant et qui sort maintenant en salle, répond le pervers père des peuples représenté par André Dussollier pour le film de Marc Dugain Une exécution ordinaire, diffusé en 2010.

Ceci n’est pas Staline

A aucun moment, Depardieu cherche à ressembler à Staline, même en arborant la moustache-emblème. C’est Depardieu qui joue Depardieu. Pour un peu, ce serait Staline qui joue Depardieu. Le corps blême éclate de partout. Ses chairs débordent. Gros plan sur les vallées et les ravines du nez, sur les yeux rapprochés et vides comme ceux d’un ours. Staline n’est qu’un prétexte pour situer un lieu et marquer une époque, une sorte de véhicule d’expression.

Pour faire contraste, la voix douce se fraie un sentier dans cette montagne carnée pour tomber, à bout de souffle, dans nos oreilles rendues ainsi attentives. Depardieu exprime autant son Etre affalé sur le divan de Fanny Ardant que suant dans le moite motel de Valley of Love.

Sa personnalité a tout envahi. Il n’y a plus de place pour un autre rôle que lui-même. Cela n’a rien à voir avec un quelconque égotisme. Aucune volonté de tirer la couverture à lui. D’ailleurs, à quoi lui servirait une couverture ? Il est nu en permanence même revêtu de la rêche vareuse stalinienne.

Depardieu est mort à son Art, mais c’est par surabondance de son Etre. Il n’est plus un comédien puisqu’il ne « joue » plus. Il est, au sens propre, un acteur. Il se met en acte, bien plus qu’on ne le met en scène. Chaque fois, le spectateur sort fasciné par cette profusion d’Etre. C’est toujours le même film qui tourne avec Depardieu. Toutefois, l’Etre est tellement puissant qu’on ne saurait parler de répétition mais d’une évocation en continu. Comme le calligraphe chinois qui n’a besoin que d’un trait pour figurer un oiseau, Depardieu n’a plus qu’à être pour paraître.

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C’est Staline craché

Passons au versant inverse, tout aussi impressionnant, avec Une exécution ordinaire. Dans le film que Marc Dugain a tiré de la première partie de son livre, André Dussollier s’est tellement immergé dans son personnage que pour le spectateur, nul doute, il a Staline devant lui. Pas le Staline des défilés du 1er-Mai, ni celui des immenses panneaux de propagande. Le vrai Staline, authentique jusqu’à la bouffarde.

André Dussollier se modifie physiquement, se soumettant à de fastidieuses et interminables séances de maquillage. Pour ressentir l’arthrite dont souffrait Staline, il est allé jusqu’à porter des poids sous son uniforme. Etude approfondie des discours de Staline. Ce qui n’a rien d’une sinécure. Contrairement au brillant Trotski, le Coryphée des Sciences était un piètre orateur à la voix monocorde. Ce n’est point par son verbe qu’il s’est imposé dans les Congrès du Parti, mais par sa poigne, sa connaissance des faiblesses des hommes, ses réseaux patiemment tissés parmi les cadres bolchéviques et sa maîtrise du mécanisme de la terreur. Ce manque de brio, il fallait lui trouver une traduction pour le grand écran. Dussollier a su rendre le ton juste. Et pourtant, il est difficile de trouver un comédien aussi éloigné, à tout point de vue, du Tsar bolchévique.

L’Art du comédien s’est attaché à saisir, non seulement l’écorce physique, mais surtout le tronc mental du tyran. Loin des clichés du bolchévique au couteau entre les dents, Staline était lettré. Ancien séminariste, il appréciait la poésie contemporaine en connaisseur – quitte à expédier au Goulag les auteurs jugés trop dangereux – et a défendu maintes fois ce fou de Maïakovski devant Lénine lui-même qui avait en matière de littérature des jugements aussi étriqués que ses costumes de notaire sans pratiques.

Le Staline d’André Dussollier est d’autant plus effrayant qu’il n’a pas l’apparence d’un monstre. Lorsqu’il mime l’empathie, la modestie, la simplicité, c’est pour mieux griffer ses proies et le comédien doit composer avec toutes ces nuances de rouge. Le maquillage intérieur doit sans doute se révéler encore plus épuisant que le maquillage extérieur.

Le gentil Dussollier s’est donc mué en Suprême Salaud par une maîtrise totale, absolue, de l’Art… Comédien qui joue à en donner le vertige. Pour ce faire, il doit mettre de côté, cet Etre qui surabonde chez Depardieu. Ou plutôt, prendre la force de l’Etre pour le transformer en personnage.

Depardieu n’en ressent plus le besoin, son Etre a tout absorbé. Dussollier respire au sommet de son Art. Ne pas choisir. Ce serait de mauvais goût.

Jean-Noël Cuénod

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20/01/2017

Pourquoi il faut achever ce PS

Entre Mélenchon qui verdit son discours et Macron qui veut donner une forme sympathique au social-libéralisme européen, il n’y a plus d’espace pour les dinosaures roses. Plus vite le cycle mitterrandien sera achevé, plus efficace sera la reconstruction de la gauche. Mourir pour renaître.

Ce ne sera d’ailleurs pas la première fois. Le PS initial – né en 1905 de l’union forcée par l’Internationale entre partisans de Jaurès et de Guesde ­– a explosé des suites de la Première Guerre mondiale pour donner naissance au futur Parti communiste et à une nouvelle SFIO. Cette dernière s’est effondrée définitivement en 1969, après s’être déshonorée en menant la politique colonialiste de la droite durant la Guerre d’Algérie[1]. Sur ses ruines, François Mitterrand a construit son Parti socialiste qui lui a permis de rester au pouvoir pendant 14 ans, plus long règne de la Ve République. Aujourd’hui, ce PS est mort.

Les plus courageux d’entre nous ont pu le constater en suivant les débats de la primaire du Parti socialiste et de son allié radical de gauche. Qu’a-t-on subi ? Des catalogues de mesures « marketing » faites pour se démarquer du voisin : et que je te brandis le salaire universel, et que je te fais du patriotisme économique, et que je te défends – quand même – le bilan du quinquennat. Pas de colonne vertébrale. Pas de programme convainquant. Que de petites personnalités qui, visiblement, se détestent. Aucune d’entre elles ne s’est montrée capable de prendre en compte l’effondrement idéologique du Parti socialiste, sa transformation en un appareil de notables et son désintérêt pour la vraie raison d’être de tous les partis socialistes, à savoir la défense de la classe ouvrière. Aucune d’entre elles n’apparait en capacité de rassembler les électeurs.

Dès lors, lorsque Jean-Luc Mélenchon affirme qu’il représente le seul vote utile à gauche, il a raison, qu’on s’en loue ou qu’on le déplore. On peut être agacé par sa propension à pleurer sur la dépouille de Castro, mais le héraut de la France Insoumise est aujourd’hui le seul à défendre un véritable programme ancré à gauche et l’un des rares à ne pas faire de l’environnement une note en bas de page pour enjoliver un tract sur papier recyclable. Son programme pour la transition énergétique peut – et doit – être discuté mais au moins il est sérieux et bien étayé.

Surtout, Jean-Luc Mélenchon est le seul à gauche à se placer sur le terrain de la classe ouvrière pour tenter de l’arracher aux tentacules marines du Front national.

De l’autre côté du bras gauche de la rivière, Emmanuel Macron a choisi la voie ambiguë du « et de gauche et de droite ». Différent, notez-le bien, du slogan frontiste « ni gauche ni droite » ! Un volume de mesure sociale pour cinq volumes de mesures libérales. Il s’agit d’organiser la « flexisécurité » de façon à aider les salariés à affronter l’hyperglobalisation, sans chercher à mettre trop de barrières à celle-ci. Macron veut apprendre à nager aux Français et non leur garantir des acquis qu’il juge dépassés par la tempête mondiale.

En ce sens, il est en train de mettre au point un projet social-libéral qui peut séduire les cadres supérieurs, les dirigeants de la nouvelle économie et tous ceux qui espèrent recueillir les fruits de l’hyperglobalisation des échanges. On peut apprécier ou non cette démarche, mais elle aussi a sa cohérence. Toutefois, Macron laisse la classe ouvrière classique – qui n’est pas morte – dans l’ornière.

Dès lors, entre le centre-gauche social-libéral qui s’adresse aux acteurs de la nouvelle économie et la gauche rouge-verte qui s’adresse à l’ensemble des travailleurs en s’opposant frontalement à Marine Le Pen, il n’y a rien. Entre Macron et Mélenchon, entre le libéralisme teinté d’humanisme et la gauche revendicative, il faudra choisir. Ce qui reste du Parti socialiste n’est plus qu’un cadavre politique dont il convient de se débarrasser au plus vite pour ne pas éparpiller inutilement des voix. On cherche d’urgence un croque-mort !

Jean-Noël Cuénod

Et Trump ? Rien sur Trump ?

Non rien sur Trump, il est en train de débiter son discours d’investiture. Comme sa parole ne signifie strictement rien, pourquoi l’évoquer ? Attendons les actes. Et si vous n’êtes pas fatigués du Plouc, voici le lien de l’émission « Pas de Quartier » de notre excellente et sympathique consoeur Mariama Keita sur les libres ondes de Radio-Libertaire.Cliquez sur ce lien: Elle est consacrée à quelques sombres affaires franco-suisses. 

 

[1] Sur les diverses mues du PS français lire Le Plouc du 14 avril 2016.

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17/01/2017

Macron, rockstar qui déchire sa race

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Impressionnant, le métinge d’Emmanuel Macron, samedi à Lille ! (Photo JNC) Le Plouc s’est rendu dans la capitale des Hauts-de-France pour voir comment fonctionne cette rockstar qui déchire sa race, comme le disent les vieux quand ils veulent faire djeunes. Une Macromania qui déchire aussi la classe politique.

Le Zénith lillois – qui a accueilli Macron et son mouvement En Marche, samedi en fin d’après-midi – contient 7000 places, ramenées à 5000. La vaste salle a été remplie rapidement. Une masse de partisans ou de curieux n’ont pas pu trouver place et sont restés dehors sous un crachin grésileux.

 A chaque étape de sa campagne, « Gueule d’Ange » remplit les plus vastes salles. Qu’on le déteste, qu’on l’adore ou qu’on soit indifférent, force est de reconnaître l’existence d’un phénomène Macron. D’autant plus que les gradins du Zénith ont été pris d’assaut par un grand nombre de ces jeunes, d’ordinaire présentés comme étrangers à la politique. Parmi l’assistance, il se trouvait aussi pléthore d’enseignants qui ont ovationné l’orateur dès qu’il abordait des thèmes chers à leur cœur. Et lorsque l’Habile a promis que, lui élu, il allait revaloriser leur rémunération, ce ne fut pas seulement un triomphe, mais un délire macromaniaque, carrément ! Le corps enseignant, la grande clientèle électorale du PS, s’est-il trouvé un nouveau port d’attache après l’effondrement socialiste ? C’est probable. Voilà qui ne doit pas améliorer le moral des dirigeants de la rue de Solférino qui est aussi dévasté que ce champ de bataille, cher à Henry Dunant.

« Gueule d’Ange » sait tirer

Bulle de savon ? Feu d’artifice d’un soir ? Amorce d’un mouvement de fond ? L’actualité a déjoué tous les pronostics, donc point de prédiction. Lorsque Macron siégeait encore au gouvernement Valls, Le Plouc avait écrit que le jeune ministre devait quitter rapidement son ministère des Finances s’il voulait participer à la présidentielle mais qu’il ne disposait que d’un fusil à un coup pour atteindre son objectif. Jusqu’à maintenant « Gueule d’ange » a démontré qu’il savait tirer. Contrairement à Manuel Valls, il a sauté du pédalo Hollande suffisamment tôt pour ne pas rester englué et pour planifier sa campagne dans de bonnes conditions.

La tactique macronienne consiste à distiller son programme, petit à petit. Il fait l’inverse de Bruno Lemaire, qui, à la primaire de la droite, avait assommé ses électeurs avec un pavé de mille pages. Tellement assommés, les électeurs, qu’ils sont restés évanouis au moment de voter.

Macron, lui, sort un bouquin de 200 pages légères, intitulé « Révolution » – en France tout le monde est révolutionnaire, surtout les conservateurs – qui nous dit tout sur sa grand-maman et ses grandes idées. Non pas un catalogue de propositions mais une amorce de « storytelling » qui en français signifie « amuse-gogos » ou, en version plus salée, « flatte-couillons ». Ses propositions, il préfère les égrener au fil des villes-étapes de sa campagne (Pour le métinge lillois, vous avez le fil de ses interventions sur le compte Twitter @Cuenod).

Faire une campagne « jeune » ne signifie pas renoncer aux bonnes vieilles grosses ficelles. Comme Chirac – un expert jusqu’alors inégalé quoique souvent imité – Macron sert à son public ce que celui-ci souhaite avaler. Avec lui, pas d’hésitation, c’est fromage ET dessert, gauche ET droite. Il fait applaudir François Mitterrand, le général de Gaulle, né à Lille, Martine Aubry, maire de la ville et son prédécesseur Pierre Mauroy, mais aussi Xavier Bertrand, le président de droite des Hauts-de-France et Roger Salengro, ministre lillois du Front populaire qui s’était suicidé en novembre 1936 à cause d’une ignoble campagne de calomnies orchestrée par les journaux d’extrême-droite. Emmanuel Macron ne se contente pas de surplomber le clivage gauche-droite, il plante ses pieds dans les deux camps. Comme la chauve-souris de La Fontaine, Je suis oiseau, voyez mes ailes. Je suis souris, vivent les rats ! » « Bienveillant » tel est le mot d’ordre véhiculé par ses partisans.

L’alcoolisme au Nord, Macron est-il à l’Ouest ?

Et lorsqu’il évoque les ravages du tabagisme et de l’alcoolisme dans les régions du Nord de la France dévastée par la mondialisation, le public ne semble pas lui en tenir rigueur, même s’il se fait rouler dans l’opprobre par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. D’ailleurs, cette attaque conjointe de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite a plutôt pour effet de le placer en ennemi principal des extrêmes, ce qui est favorable à son positionnement politique. De plus, cette « sortie » d’apparence maladroite peut casser son image trop lisse et fait de lui un adepte, toujours en apparence, de ce « parler vrai » qui fait saliver les micros.

A Lille, cette métropole d’une région en souffrance économique, « Gueule d’ange » a déployé ses ailes pour porter secours aux chômeurs. Il y a détaillé ses propositions inspirées par cette « flexisécurité » qui a bien réussi dans les pays scandinaves. Là, nous sommes au cœur du social-libéralisme avec cette proposition nouvelle : remplacer les charges sociales par l’impôt, avec une couverture sociale égale pour les indépendants, les chômeurs et les travailleurs précaires. Ce ne sont plus les salariés et les employeurs qui casquent, mais le contribuable par le truchement d’un impôt, la CSG (Contribution sociale généralisée) que tout le monde paye. Le revenu net se rapproche donc du revenu brut. Le salarié a l’apparence d’une augmentation de salaire et l’employeur voit ses charges se dégonfler. Pour le social-libéralisme à la Macron, c’est une opération doublement gagnante. D’une part, les entrepreneurs pourront davantage investir. D’autre part, les salariés auront plus de pouvoir d’achat. Deux causes nécessaires pour faire repartir la machine à donner du travail. Les patrons sont contents, leurs salariés aussi et le chômage va baisser, que demande le peuple ?

 On pourrait lui objecter qu’au lieu d’investir, les dirigeants d’entreprise seraient tentés de profiter de l’aubaine pour gâter leurs actionnaires. Quant au pouvoir d’achat des salariés, il ne tarderait guère à être rongé par la hausse des prix. Dans ces conditions, la machine à donner du travail risque fort d’être grippée, une fois de plus. Mais le Magicien a certainement une parade. C’est d’ailleurs ce qui fait sa force. Il a réponse à tout. Use du charme de son physique et de son verbe mais aussi de la force de sa culture, qui est réelle, contrairement aux bourrins qui braient dans la classe politique.

Toujours concernant le chômage, Emmanuel Macron propose de créer un service public de la formation continue qui aura pour but de donner une qualification, adaptée aux besoins de l’économie, à chaque chômeur. La proposition a fait un tabac fumant auprès des sympathisants lillois du Zénith.

L’Europe au coeur

L’un des points forts du discours macronien reste cette Europe dont ses partisans brandissent le drapeau à côté de celui de la France. La chose est plutôt rare dans un métinge en Hexagone. C’est peut-être indice montrant que nombre de ses partisans font partie de cette catégorie de Français qui profitent de la mondialisation, comme entrepreneurs ou comme salariés dans les secteurs de pointe. Allez déployer la bannière européenne dans un métinge du Front national et vous m’en direz des nouvelles ! A Lille, Macron a plaidé pour une Europe de la Défense et il commence à dévoiler son plan pour rebouter l’Union : engager une réflexion dans l’ensemble des pays membres, par consultations en ligne des citoyens européens. Le but : fixer les grandes orientations de l’UE pour cinq ou dix ans et les proposer en votation populaire afin de commencer le processus de relégitimation de l’Europe. Preuve que, lui aussi, Macron a de la Suisse dans les idées.

Sur la sécurité, « Gueule d’Ange » se démarque de Manuel Valls « Gueule d’Acier ». Il récuse le mot « guerre » pour qualifier la situation de la France face à l’islamoterrorisme. La guerre suppose l’affrontement avec un ennemi bien précis. Macron préfère parler de lutte contre un mal qui tire sa force de son caractère protéiforme. Une lutte à développer à plusieurs niveaux et dans de multiples domaines, à l’intérieur de la France comme ailleurs. Mais là, Emmanuel Macron ne fait que répéter ce que l’on a mille fois entendu. Il est nettement plus inventif en matière économique ou d’organisation européenne. Que voulez-vous, Macron sent plus la lotion après-rasage que la poudre.

Environnement ? C’est le néant

Economie, Europe, éducation, travail, chômage… Mais rien concernant l’environnement, ce qui est tout de même stupéfiant en pleine saison de pics de pollution. Sans doute, Emmanuel Macron a-t-il estimé que ce sujet n’était pas le plus porteur à Lille. Mais Le Plouc prend les paris que si le Caméléon aux yeux bleus se trouvait dans la Vallée de l’Arve, il débiterait son argumentaire antipollution avec solutions incorporées.

L’une des forces d’Emmanuel Macron est de savoir capter des fonds. Comme ancien jeune prodige de la Banque Rothschild & Cie, c’est la moindre des choses. Organisation de dîners à 7500 euros (le maximum autorisé en campagne électorale) pour riches partisans, mais aussi financement participatif pour récolter les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. A une échelle française beaucoup plus modeste, Macron utilise la méthode Hillary Clinton (financement par les grands décideurs économiques) et celle de l’adversaire de cette dernière au sein du Parti démocrate, Bernie Senders (financement participatif). On retrouve là aussi, la stratégie gauche ET droite de Macron :  il tape les riches ET les pauvres.         

S’y ajoute un prêt bancaire – il ne manque pas de relais dans la finance ­– pour parvenir au plafond de 16 851 000 euros, limite autorisée pour les participants au premier tour de la présidentielle.

Ramassera-t-il les socialistes ?

Pour l’instant, tout roule à la perfection pour « Gueule d’Ange ». Les médias sont à ses pieds et une grande partie du public est enthousiasmée par sa personnalité et son côté, « je prends les bonnes idées à droite et à gauche ». Les jeunes notamment sont indifférents aux querelles droite-gauche qui leur paraissent relever de la chikaya anecdotique plus que d’un vrai débat.

 Mais ce qui fonde aujourd’hui sa force peut faire sa faiblesse. Lorsqu’il devra préciser vraiment son programme, Macron subira des attaques plus ciblées, donc plus efficaces qui chercheront à le pousser dans un camp ou un autre, à sortir ce loup flou, du bois de l’ambiguïté pour le flinguer à découvert. Et puis, l’engouement des médias est aussi passager qu’un rayon de soleil dans l’hiver parisien. Selon la jolie formule de Jean-François Kahn : on lèche, on lâche, on lynche. Pour l’instant, les médias lèchent beaucoup. Cela prédirait-il un lynchage de même intensité ? Macron s’y prépare sans doute.

Autre faiblesse, son mouvement En Marche compte près de 150 000 membres. Mais on y adhère en un seul clic sur le site EM. Cela signifie que l’on peut se désengager tout aussi facilement. Et l’on sait la fragilité des mouvements politiques qui ne repose que sur un seul homme. Toutefois, il n’est pas impossible que le Parti socialiste soit finalement obligé de le soutenir, soit parce que la primaire socialiste ne parvient pas à réunir un nombre suffisamment élevé de votants, ce qui affaiblirait considérablement le gagnant, soit en cas de victoire de l’un des représentants de l’aile gauche du PS, Montebourg ou Hamon, ce qui ferait fuir une grande partie des membres de l’appareil du Parti, alors tentés de voler vers la victoire de Macron. D’ailleurs, derrière le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb – qui a un flair sans pareil pour sentir le vent ­– un nombre croissant d’élus PS se sont d’ores et déjà ralliés à la cause macronienne. Récemment Jean-Marc Ayrault a adoubé

Emmanuel Macron «homme de gauche ». On prépare le terrain, dirait-on. Dès lors, le pari de « Gueule d’Ange » de figurer au second tour reste très aléatoire, mais il ne paraît pas impossible.

Jean-Noël Cuénod

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Cette vidéo captée par Huffington Post diffuse un moment assez cocasse du métinge de Lille

16:15 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : macron, lille, election, france.vidéo | |  Facebook | | |

11/01/2017

Après Charlie et l’HyperCasher, voici le monde Tefal

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Il y a deux ans, jour pour jour, Le Plouc était fourmi parmi 1,5 million d’autres, place de la République, pour célébrer la démocratie et la laïcité après les massacres islamoterroristes à la rédaction de Charlie-Hebdo et à l’HyperCasher de la Porte de Vincennes à Paris. Immense masse marchante: 4 millions de participants dans tout l’Hexagone. Plus grand rassemblement de l’Histoire moderne de la France, comme le proclame Mister Google.

Qu’allait-on faire de cette énergie humaniste ? Vers quelle turbine politique – politique au sens élevé du terme – canaliserait-on ce flux puissant ? De quel bois de haute futaie allait-on réchauffer nos ardeurs militantes ? Tous les espoirs de redressement républicain semblaient permis en ce dimanche de chaleureuse froidure. Tiens ! On a même embrassé les flics !

Et après ? Et après, rien.

Rien que d’autres attentats commis au nom d’un dieu incompris, avec l’appli Telegram pour prophète de malheur.

 La France voulait se rassembler pour faire front. Elle ne cesse de se diviser devant un Front de plus en plus national. Une enquête d’opinion menée en septembre dernier par IFOP a montré que 46% des Français musulmans se sentaient intégrés ou en bonne voie de l’être. Bonne nouvelle ? Certes … Mais de l’autre côté, 28% d’entre eux ont adopté « un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République ». Après tout ce sang qui a coulé au nom d’un Allah pour réseaux sociaux, une partie importante des pratiquants de la deuxième religion de France n’a donc toujours pas compris qu’elle devait se défaire de ce salafisme mortifère implanté par les pétro-monarchies, sous les yeux indifférents des pouvoirs publics. Ah, maintenant ils se réveillent ces pouvoirs publics ! Alors que depuis des années, le fossé entre leur centre et la périphérie a pris des allures d’océan. Mais voilà, les pauvres n’intéressent personne. Qu’ils marinent dans leur jus. Mais, voyez-vous, le jus, ça fermente, ça monte à la tête et ça vous la fait perdre.

Et que dire de ces autres territoires abandonnés ? Cet « espace rural » comme l’on dit dans les discours de l’Enarchie. Plus de médecin. Plus d’école. Plus de poste. Plus de boulanger. Rien qu’un mégamachin situé à vingt mornes bornes. Et pas de réseau, bien sûr. Ou si peu.

Alors, le « vivre-ensemble » et même le « survivre-ensemble », ce sera pour une autre vie.

La France n’est pas la seule à se déchirer. En Amérique, ses Etats n’ont jamais paru aussi désunis depuis la Guerre de Sécession. Pourtant, là aussi, un vent nouveau avait soufflé. Les jeunes démocrates avaient poussé devant un eux le vieux socialiste Bernie Senders qui avait trouvé les mots justes pour leur donner des ailes. Mais le clan Clinton a fini, non sans peine, par les arracher. Sa machine à broyer les espoirs a fonctionné à plein régime. Et pour quel résultat ! Après la victoire de Trump, la Californie menace de faire sécession. Paroles en l’air ? Sans doute, mais un tabou est tombé.

En Allemagne, l’extrême-droite reprend du poil de la Bête Immonde en harcelant Angela Merkel, coupable d’avoir ouvert la porte aux réfugiés. Les islamoterroristes ont vite fait de servir les desseins de Pegida et de l’AfD en commettant l’attentat de Berlin. L’Internationale de l’intolérance vole de succès en succès !

En France, aux Etats-Unis, en Allemagne, ailleurs, tous les élans généreux retombent comme des soufflés abandonnés dans un coin de la cuisine.  Tout se dilue dans la soupe maussade. Rien n’attache. Bienvenue dans le monde Tefal.           

Tout se perd et rien ne vous touche/ Ni mes paroles ni mes mains/ Et vous passez votre chemin/ Sans savoir ce que dit ma bouche écrivait Aragon[1]. Pour nous aider à respirer, voilà ci-dessous ce poème dans son entier, mis en musique et chanté par Jean Ferrat.

« Tout est impermanent » dit la sagesse bouddhiste. Tout est impermanent. Même la soupe maussade, même le monde Tefal. Seule la poésie est, malgré tout, permanente.

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

[1] Poème « J’entends, j’entends » tiré du recueil Les Poètes

 

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01/01/2017

Le Plouc cause 2017 dans le poste

 

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"Quelles perspectives pour 2017?"  Tel était le thème, hier, de l'émission Micro-Européen, Animée et présentée par Marie-Christine Vallet, sur France-info avec pour complices Aline Robert, rédactrice en chef du site Euractiv.fr et Le Plouc, votre serviteur.

En guise d'illustration, un tableau du Douanier Rousseau, La Guerre. Comme on le sait, ce faux naïf et vrai génie peignait sans perspective...

En cliquant sur ce lien, vous pourrez ouïr cette émission. Bonne écoute (et re-bonne année).

 Jean-Noël Cuénod

14:23 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook | | |

30/12/2016

De l’impossibilité d’adresser des vœux pour 2017

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Présenter ses bons vœux se révèle opération particulièrement laborieuse, tant les tuiles du monde semblent mal arrimées et menacent de tomber sur nos crânes. Les sondeurs d’opinion étant aussi myopes que les voyants pour horoscope, une seule certitude: rien n’est certain.

En 2017, Trump exercera sa présidence dans le brouillard le plus épais. Nous fera-t-il la divine surprise de nous décevoir en bien, comme l’on dit chez moi ? A-t-il fait sciemment l’imbécile pour attraper des voix et sitôt entré à la Maison Blanche révèlera-t-il des ressources d’intelligence qu’il s’était évertué, avec un succès éclatant, à cacher ? Cet ami des pétroliers s’abstiendra-t-il de jeter des jerricanes d’essence sur le conflit israélo-palestinien ? Brisera-t-il l’accord sur le nucléaire avec l’Iran en limitant la casse? Parviendra-t-il à ne pas perdre son bras de fer contre la Chine ? Réussira-t-il à ne pas se faire rouler dans la farine par son allié, pour ne pas dire complice, Poutine ? Trump veut mener sa politique étrangère à coup de « deals ». Cette méthode sera-t-elle plus efficace que celle utilisée par l’administration Obama ?

Nous sommes condamnés à l’espérer en se disant que le pire n’est jamais sûr.

La France aussi aura un nouveau président. Depuis la victoire surprenante de François Fillon à la primaire de la droite, personne ne prend le risque du pronostique. De toute façon, le successeur de François Hollande héritera d’une pétaudière qui menace d’exploser. L’Allemagne aura un nouveau parlement fédéral qui risque fort d’accueillir l’extrême-droite. La Grande-Bretagne aura entamé la procédure de divorce d’avec l’Union. Or, les divorces commencent souvent par une rupture à l’amiable pour se terminer dans le déballage sordide.

Le pire n’est jamais sûr, disions-nous. C’est vrai. Mais tout de même, le meilleur semble improbable. Alors, la Plouquette et le Plouc (photo au sommet de La Dôle) vous souhaitent bon vent pour nous protéger des zones de tempêtes.

Jean-Noël Cuénod

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23/12/2016

Que reste-t-il de Noël ?

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Que reste-t-il de Noël ? A première vue, peu de chose. Le père Noël des hypermarchés, de la pub Coca-cola ou de l’opticien Afflelou écrase de son gros cul de velours rouge le petit Jésus dans sa crèche. (Sublime tableau de Georges La Tour Le Nouveau Né peint vers 1648. Musée des Beaux-Arts à Rennes)

Né dans la pauvreté des réfugiés sans papier, ne trouvant asile qu’auprès des plus humbles et besogneux animaux de la ferme, Jésus ne peut pas rivaliser avec la grosse machine consommatrice, les sapins qui clignotent, les clients qui bavotent devant des vitrines débordant de richesses technologiques. Et ce n’est pas d’hier que le petit Jésus a été chassé par les marchands du Temple.

Noël, fête bâtarde. Jésus n’est pas né un 25 décembre, même le pape retraité Benoît XVI vous le confirmera. A propos de sa date de naissance, les historiens et théologiens se crêpent toujours le chignon – ou se râclent la calvitie. Il serait né plutôt au début de l’automne, d’après les plus récentes suppositions.

La fête de Noël a été forgée par l’habile pape Libère qui, vers 354, a décidé que la naissance de Jésus serait commémorée tous les 25 décembre afin de supplanter la fête de la Rome antique, le Sol Invictus, qui se déroulait à ce moment-là. Ces festivités, à l’instar de bien d’autres civilisations, célébraient le solstice d’hiver. Le retour de la lumière, quel meilleur symbole pour célébrer la venue au monde du Réparateur ? Donc, Noël a été créé par un sacré coup de marketing. Dans cette brèche, se sont engouffrées des générations de commerçants. Quant au sapin de Noël, chacun sait qu’il s’agit d’une tradition païenne d’origine germanique dûment détournée par les églises chrétiennes.

Pourtant, malgré les chants de Noël – de moins en moins français et de plus en plus américains – qui ensirotent nos oreilles sitôt franchies les portes des magasins, il reste des lambeaux de magie, comme des bouts de papiers d’emballage éparpillés sous le sapin.

Le retour de la lumière, la faiblesse confiante d’un petit, voilà qui réveille dans les cœurs un rêve caché, un retour à l’émerveillement qui change le monde. Sous cet angle de vision, Noël a développé un mythe d’une force telle qu’il a traversé les mers et les siècles. Ce mythe est celui du dieu qui s’est fait homme pour que l’homme se fasse dieu. Un dieu avec une minuscule, contrairement à ses rutilants concurrents Jupiter ou Zeus, un dieu trahi, méprisé, insulté, trahi, condamné, torturé, laissé seul face à sa mort et sombrant dans les ténèbres. Mais un dieu qui se relève, répare les crimes humains et revient à la vie, baigné dans la lumière.

Que reste-t-il de Noël ? Peu de chose. L’espérance.

Jean-Noël Cuénod

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