30/03/2014

François Hollande coupable du Waterloo de la rue de Solférino

 

 Les politologues avaient pronostiqué une courte défaite des socialistes lors des élections municipales françaises. En temps normal, dans ce type de scrutin, les thèmes nationaux sont occultés par les problèmes de rond-point ou de ramassage des ordures. Mais voilà, comme nous ne vivons pas une époque normale, le président «normal» a pris normalement une claque magistrale ! C’est Waterloo, rue de Solférino, siège parisien du Parti socialiste.

 

François Hollande paye au prix fort la déception profonde qu’il a causée, au sein même de son camp. Certes, les Français avaient plutôt écarté l’agité Sarkozy qu’ils ne l’avaient choisi de gaieté de cœur. Mais tout de même, sa volonté de réformer en respectant les impératifs de la justice sociale avait séduit une majorité d’électeurs. Ceux-ci ont vite déchanté. Hollande a, en effet, complètement raté les six premiers mois de son mandat, à l’instar de Nicolas Sarkozy.

 

 Tout d’abord, en nommant comme premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui s’est montré incapable de donner à son gouvernement ne serait-ce qu’une esquisse de cohérence. Ensuite, en tolérant que des ministres parlent à tort et à travers plutôt que de faire leur boulot. Enfin et surtout, en acceptant la politique d’austérité voulue par Angela Merkel afin de renforcer la domination économique de l’Allemagne sur l’Europe.

Or, justement, le candidat Hollande avait pourtant bien vu le danger en affirmant qu’il renégocierait le pacte budgétaire européen. Il n’a, en fait, rien négocié du tout et n’a pas eu le cran de résister à la pression de Berlin. La France s’est enfoncée dans l’austérité, avec ses corollaires, restrictions budgétaires et augmentations d’impôts, provoquant hausse du chômage et baisse du pouvoir d’achat.

 

Les socialistes supplient le président Hollande de changer de cap, après ce direct en pleine face. Mais comment le fera-t-il ? Il n’a plus de marge de manœuvre, après avoir accepté la logique du pacte budgétaire. Un changement de gouvernement ne suffira pas à redonner de l’espoir à ceux qui n’attendent plus rien du pouvoir politique. Dimanche soir, le Parti socialiste a perdu plus que des mairies.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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29/03/2014

A CORPS PERDU

A CORPS PERDU

  

Sur les rues désertes je dessine ton corps

Les épais nuages ne charrient que du vide

Et dans le ciel vaine attente de l’éclair

Le silence étrangle même les rossignols

 

Refuge plein de bruits au fond du bistrot

Buée sur les vitres les songes se dissipent

Le café glisse lentement son ombre amère

Au creux du ventre serpent fraternel et chaud

 Devant la carafe d’eau tristesse plaisante

Sur ses flancs roulent des larmes multicolores

Sur le formica la crasse trace ses plans

Les épaisses vapeurs de bière s’incrustent

Comme l’encens qui colle au mur des cathédrales

A la pendule le temps ne bat plus ses cartes

Tous les vieux joueurs ont quitté la partie

Et tous les néons sont rendus à leur néant

 

La porte s’ouvre le silence sort ses griffes

Le ciel distille ses menaces de plomb

Mais je suis hors d’atteinte ma chair est sauve

Je sais maintenant que ton corps est éternel

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo Adrian Radu

 

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27/03/2014

Devant des journalistes étrangers, Jean-François Copé multiplie les vacheries sur ses «compagnons» de parti (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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«Monsieur Jean-François Copé organise cet après-midi une petite réunion pour quelques journalistes étrangers. Etes-vous libre ?» Au téléphone, une voix flûtée tire Le Plouc de sa torpeur parisienne. Qu’est-ce que le président de l’UMP peut bien leur annoncer, à ces scribouillards allogènes? Ils n’apporteront aucune voix à ses candidats pour le second tour, dimanche, des élections municipales françaises. Certes, les ressortissants de l’Union européenne ont le droit de voter à cette consultation. Mais il est douteux que les Anglais du Périgord attendent la BBC pour choisir le maire de Saint-Sulpice-de-Mareuil ou de Rudeau-Ladosse.

 

Au siège parisien de l’UMP, rue de Vaugirard, – un immeuble tout en verre qui sent encore le neuf, de style clinique et qui a coûté 40 millions d’euros – huit journalistes ont donc bavardé avec le grand patron du parti de la droite française. Il s’agit pour lui de recadrer la presse étrangère qui s’est fait enfumer par les vilains médias français en présentant le Front national comme le principal vainqueur du premier tour des municipales.

 

En d’autres termes, les vrais gagnants, c’est nous à l’UMP. Ou plutôt, c’est moi, grâce à ma ligne, celle du «ni-ni». Ni accord avec le FN, ni Front républicain avec les socialistes, même pour barrer la route aux lepénistes. «La digue de l’UMP n’a pas cédé face au Front national. Nous n’avons conclu aucune alliance avec les frontistes. La seule fusion d’une liste de droite avec le Front national  s’est conclue à Villeneuve-Saint-Georges. J’ai aussitôt viré les 3 ou 4 conseillers municipaux UMP qui se sont prêtés à ce jeu».

 

Voilà pour le principal «élément de langage» à faire avaler aux journaleux. Mais Jean-François Copé a aussi réservé une série de vacheries contre ses rivaux au sein de son propre parti : François Fillon, Alain Juppé et même Nicolas Sarkozy, l’homme le plus écouté de France. Se serait-il laissé aller en causant avec des journalistes étrangers? Ou veut-il ringardiser, sur le plan international, ceux qui lui feront de l’ombre en 2017 pour succéder à un François Hollande qu’il voit battu d’avance?

 

Copé rappelle illico que cette tactique du «ni-ni» , c’est lui ­– et personne d’autres ­– qui l’a mise au point à l’occasion des élections cantonales de 2011: «Juppé et Fillon voulaient partir avec la gauche contre le FN. Nos électeurs étaient fous de rage» et d’ajouter aussitôt : «Il est vrai que depuis, Fillon s’est montré plus ambigu en disant qu’entre un socialiste et un frontiste, il choisirait le moins sectaire. Mais moi, j’ai établi une ligne claire, cohérente». 

 

Le président de l’UMP se voit donc en président de la République. Il ne le dit pas aussi ouvertement mais dans une conversation censée ne concerner que les municipales, il se met à décliner un programme tout ce qui a de plus présidentiel:

«Suppression des 35 heures, retraite à 65 ans, réforme fiscale, immigration choisie, réforme de l’école, baisse des dépenses publiques… Un président peut amorcer ce programme dans les six premiers mois de son mandat, par ordonnances». Mais alors il se voit déjà à l’Elysée! Et lorsque Le Plouc lui en fait la remarque, Copé se marre : «N’allez surtout pas dire ça! » Il ajoute dans la foulée : «J’ai une grosse difficulté par rapport à mes aînés (sous-entendu, des vieux impropres à la consommation électorale). C’est que moi, je suis en pleine bataille au quotidien à la tête de l’UMP. Je participe à une course de haies, les municipales, les européennes, les sénatoriales. Alors qu’eux peuvent se placer pour la présidentielle».

Et son impopularité? Copé continue à flinguer les copains : «Lorsqu’un homme politique se tait dans les médias, il atteint des sommets de popularité, à l’exemple d’Alain Juppé. Cela fait au moins un an qu’il n’a plus participé à une grande émission de télé. Remarquez que François Fillon, lui aussi, se tait mais cela ne le rend pas plus populaire pour autant!»

Même Sarkozy n’est pas épargné, lui qui reste le préféré des électeurs de droite : «J’attends qu’il parle et on verra. Vous savez, cela se passe toujours ainsi lorsqu’un homme politique est en retrait. Dès qu’il parle, sa popularité baisse. Si Sarkozy déclare qu’il va supprimer les 35 heures, on lui demandera pourquoi il ne l’a pas fait durant son quinquennat. Et sa cote baissera de 5%. S’il annonce que les 35 heures seront maintenues, les électeurs de droite seront déçus et  sa cote baissera aussi».

 

A l’UMP, on s’aime vraiment beaucoup. Dans la défaite comme dans la victoire.

 

Jean-Noël Cuénod

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25/03/2014

MESSE BASSE


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MESSE BASSE

 

Légère cantate montant l’escalier

Dans un nuage froufroutant de jupons blancs

Les champignons infiltrés dans les vieilles pierres

Dégagent un lourd parfum de bénitier

 

Une porte s’ouvre une autre claque

Des voix d’outre-mur marmonnent leur liturgie

Fantômes sonores sans parole distincte

Qui passent repassent trépassent et renaissent

Entre les cantiques confus des radios

Et les prêches caverneux des téléviseurs

 

La messe du soir se dilate comme un ventre

Et l’ennui se relève de son tombeau

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photos Olivier Rochette (www.corse-photos.fr)

 

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23/03/2014

Elections municipales françaises : triomphe du désarroi national

 

 La bataille pour la mairie était la compétition électorale préférée des Français, mise à part la présidentielle. L’imparfait s’impose désormais. Avec près de 40% d’abstention, le premier tour des municipales illustre le désamour des citoyens d’outre-Jura vis-à-vis de la politique.

 

 Les raisons sont multiples : impuissance des gouvernants à proposer une issue au déclin économique ; multiplication des affaires politico-judiciaires qui polluent autant la gauche que la droite de gouvernement ; coupure totale entre la sphère politique et la vie quotidienne ; incapacité de désigner une stratégie pour civiliser une mondialisation de plus en plus sauvage. A ce constat – qui pourrait s’appliquer à d’autres pays – s’ajoute une spécificité bien française : le millefeuille administratif.

 

Naguère encore, le maire était le symbole du pouvoir local ; chacun pouvait remarquer ses réalisations ou déplorer son inertie. Aujourd’hui, les communes sont devenues trop petites dans un monde trop grand et qui tourne trop vite. Mais pour satisfaire l’ego des roitelets de bourgades, l’Etat a préféré conserver les communes dans leur taille originelle.

Toutefois, comme il faut bien résoudre des problèmes qu’elle n'est plus en mesure de gérer, les gouvernements successifs ont ajouté d’autres structures au-dessus de l’entité municipale : syndicats intercommunaux, communautés de communes, communautés de pays, intercommunalités, entre autres «supramachins». Dès lors, petit à petit, même la commune a perdu sa visibilité. Le monde politique a disparu aux yeux des Français dans un épais brouillard, le laissant au bord de l’autoroute mondial où les poids lourds de l’économie globalisée menacent de l’écraser à chaque instant. Ce dimanche a rendu tangible le désarroi national.

 

Dans ce brouillard, perce une voix rendue éraillée par les cigarettes : celle de Marine Le Pen qui dit des choses simples : préférence nationale, retour dans le chaud giron de la France maternelle, loin des croquemitaines bronzés de la mondialisation. Peu importe que son programme soit irréalisable. Ce ne sont pas les paroles de la chanson frontiste que les Français apprécient mais sa musique. Il faut dire que celle des partis de gouvernement sonne tellement faux…

Quels que soient les résultats du second tour, le Front national sort d’ores et déjà vainqueur de ces élections municipales. Ne serait-ce que par la victoire, dès le premier tour, du frontiste Steeve Briois à Hénin-Beaumont.

Marine Le Pen semble avoir pris la mesure de la gestion catastrophique qui fut celle des maires frontistes dans les années 90 et dont les échecs ont tenu un rôle essentiel dans le déclin provisoire du FN.

Toutefois, la gestion au quotidien forcera les élus frontistes aux compromis. Ce qu’ils gagneront en respectabilité, ils le perdront en charisme. Le temps est venu, pour le Front national, de décevoir.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

Marine Le Pen,Front national,maire


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20/03/2014

La Suisse rend le gouvernement français schizophrène (les Jeudis du Plouc)

 

Horreur! Un opérateur français de téléphonie pourrait devenir suisse! Numericable s’apprête à acquérir SFR. Le premier nommé appartient au groupe Altice dont le siège se trouve au Luxembourg. Jusque là, tout va bien. Mais ça se gâte vite : le patron d’Altice, Patrick Drahi, vit à – beurk ! – Genève. La gentille fiscalité luxembourgeoise ne gêne pas l’odorat parisien. Mais la vilaine fiscalité suisse, elle, pue à dix pas. 

           

 Dans ce style chantourné, élégant, fluide qui est la marque des ministres d’outre-Jura depuis quelques lustres, la porte-parole du gouvernement Ayrault, Najat Vallaud-Belkacem, s’en est émue mercredi, publiquement :

« Ce n’est pas neutre pour les consommateurs de savoir qu’une entreprise comme SFR est susceptible de devenir une entreprise suisse, donc c’est une vraie question qui est posée».

On sait que le gouvernement français cherche à favoriser Bouygues dans le rachat de SFR, même s’il n’a pas les moyens légaux de l’imposer. Bouygues étant aussi propriétaire de la chaîne TF1 avec son audimat mammouth, on comprend que le pouvoir politique veuille lui brosser la manche. Ce qui relève du dérisoire est l’argument «suisse» pour tenter de flinguer Numericable. Après tout,  cela ne gêne nullement Paris que le constructeur français Peugeot devienne en partie chinois.

 

Un jour après que la ministre Vallaud-Belkacem a débité son galimatias helvétophobe, son collègue Pierre Moscovici a, lui, tressé des couronnes de lauriers au groupe italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC). Le numéro 2 mondial des armateurs vient de commander deux paquebots au chantier naval STX France (photo) à Saint-Nazaire, en déposant la somme de 1,5 milliard d’euros. Et pourtant, le siège de MSC est à Genève, comme le lieu de domicile du patron de Numericable. Mais là,  plus de «beurk», ce serait plutôt «miam-miam» !

Le ministre de l’économie Pierre Moscovici s’en pourlèche d’ailleurs les babines :

«Cette commande est une récompense pour la compétitivité des entreprises françaises. Elle représente seize millions d'heures de travail, ce qui donne une sécurité à 2000 personnes pour plusieurs années». Et surtout le chantier naval est sauvé pour un bon bout de temps. Là, pour le coup, Genève embaume la rose et Paris ne songe plus à lui chercher des poux dans sa fiscalité.

 

Et puis que la marine suisse vienne au secours du port de Saint-Nazaire, voilà qui nous fait bien gondoler!

 

Jean-Noël Cuénod 

 

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18/03/2014

La Russie, cet ennemi que nous aimons tant détester

 

 

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Le retour de la Guerre froide sonne dans les médias comme ces vieux refrains qui nous énervaient tant jadis, mais sans lesquels la vie nous paraissait si fade. Il faut dire que le maître de toutes les Russies (et un poil au-delà) a tout fait pour nous rappeler le réfrigérant passé. Tout d’abord, un bon coup de force et après un petit coup de référendum pour faire passer le tout. Un bortch bien gras et après, hop, une lampée de vodka ! Tout ça vous tient bien au corps.

 

La question posée aux Criméens était un petit bijou de manipulation digne du Grand Staline lui-même. Les votants n’avaient pas à choisir entre la Russie et l’Ukraine mais entre la Russie et un statut d’autonomie tellement large que de toute façon, l’Ukraine aurait perdu, de fait, la Crimée. Le choix entre «oui» et «oui» voilà qui nous ramène aux listes uniques de la démocratie version tchékiste. Avec une superbe invention moderne, le portage des urnes au domicile des votants.

Le résultat de cette consultation – 96,77% en faveur de la Russie – nous rappelle aussi quelque chose. Surtout, le taux de participation semble aussi sincère que celui des consultations brejnéviennes : 86% alors que les minorités ukrainienne et tatare (37%) avaient appelé au boycott.

Toutefois, Moscou n’aurait même pas eu besoin d’artifices pour l’emporter (mais que voulez-vous ? On ne se refait pas !), les Russes étant majoritaires en Crimée ; ils s’étaient réveillées Ukrainiens le 20 février 1954, sans que Khrouchtchev, alors patron du Parti soviétique, ait songé à demander leur avis. Dans les Républiques populaires, le peuple n’est là que pour faire adjectif.

 

Ces apparences ­– car il ne s’agit que de cela – d’un passé récupéré ont semé chez nous autres Européens, un drôle de sentiment : à l’angoisse de découvrir une situation de guerre à nos portes, s’est ajouté le soulagement de compter à nouveau avec un ennemi connu. Après la chute de l’Empire soviétique, nous nous sommes sentis dépourvus. Contre qui se construire? A qui se comparer pour pouvoir se rassurer et se dire qu’en ce miroir, l’Europe est toujours la plus belle? Sur quelle poupée vaudoue planterions-nous nos aiguilles?

 

Certes, l’islamoterrorisme s’est inscrit comme ennemi de substitution. Mais il demeure à l’état gazeux. Il peut couver ses vapeurs dans une cité des banlieues européennes, au fond des grottes du Sahel, sur les sommets afghans. Il est toxique, bien sûr, mais insaisissable. Il a le visage de Mohammed Merah qui pourrait être n’importe quel voisin de métro. Il n’a ni lieu bien circonscrit ni frontière et ses chefs paraissent interchangeables sous leur turban. On en tue un au Pakistan et son clone surgit à l’autre bout de la planète. Ce n’est pas du jeu, a-t-on envie de crier à ces ectoplasmes sanguinaires!

 

Alors qu’avec Poutine, c’est du solide, du charpenté. Il joue le jeu, lui, avec sa tronche d’espion qui venait du froid et ses gros sabots garnis de chenilles tankistes. C’est un ennemi d’Etat qui a l’obsession des frontières. Il veut les élargir, bien sûr, mais justement, en visant ce but, il en respecte le principe, contrairement aux islamoterroristes. L’agressivité russe a même quelque chose de rassurant. L’Europe se dit qu’avec Poutine, il est possible, en fin de compte, de lire ses desseins et de parler la même langue.

Et puis, ce retour de l’ennemi moscovite entrainera celui des kréminologues qui nous manquaient tellement. Les plus anciens d’entre nous avaient la nostalgie de ces savants politologues qui – rien qu’en scrutant sur l’estrade du 1er Mai la position de tel membre du Bureau politique par rapport au Secrétaire général du Parti ­– pouvait prédire son avenir. Une place plus loin par rapport au précédent 1er Mai, et la disgrâce voire le goulag se profilaient. Une place plus près, et le nirvâna bolchevique s’illuminait.

 

Aujourd’hui bien sûr, plus de 1er Mai à Moscou. Pour exercer leurs talents, les nouveaux kréminologues choisiront plutôt les cérémonies officielles qui se tiennent en la Cathédrale  de l’Annonciation lorsque le Patriarche de toutes les Russies, Sa Béatitude Kirill, accueille et glorifie le Pouvoir temporel. Quel ministre est-il plus proche de Poutine? Quel autre stagne derrière ses collègues? Qui reçoit la bénédiction juste après que Sa Présidence a baisé la croix tendue par le Patriarche ? Pour les kréminologues, c’est une véritable résurrection.

 

L’annexion de la Crimée nous a donc offert le retour de notre vieil ennemi bien aimé. L’ennui, c’est que l’autre, le fantôme islamoterroriste, continuera à nous hanter.

 

Jean-Noël Cuénod

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16/03/2014

VANILLE

 

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VANILLE

 

Rayon de soleil vanillé

Sur le toit garni de corbeaux

Hésitation du matin

Frémissement  dans les plumages

Un parfum féminin s’envole

Douce prière de la peau

 

 

                                   *****************

 

L’AILE DU DOUTE

 

Sur l’aile du doute

Navigue ma foi

Vers d’autres matins

Elle s’est envolée

Mais le soir venu

Elle revient

Plumage nouveau

Et même regard

 

Jean-Noël Cuénod

PHOTO: BLOG moniquetdany.typepad.fr

 

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14/03/2014

Pics de pollution, Le Plouc en a ras le pot d’échappement !

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Visez donc la photo prise par l’excellent Stefan de Vries, correspondant néerlandais à Paris pour RTL4.  Une partie montre Paris un jour de pollution, si l’on ose dire, «normale» et l’autre, prise sous le même angle de vue, représente la capitale telle qu’elle est actuellement, au moment où l’empoisonnement de l’air atteint l’un de ses pics monstrueux. L’anticyclone qui apporte le soleil, transforme la cuvette parisienne en un vaste cloaque poussiéreux. 

 

Alors que chacun pourrait se réjouir de ce temps splendide, nous voilà en train de fermer les fenêtres, d’éviter toute sortie inutile, de laisser tomber les balades à vélo et les flâneries sur les boulevards. Nous en sommes réduits à espérer le retour des jours pluvieux qui, pourtant, ont accablé les Parisiens pendant des semaines, longues, grises et enrhumées. Nous avons le choix entre le coryza causé par l’humidité et la bronchite due aux particules fines.

 

Ces micro-organismes restent en suspension dans l’air et pénètrent à l’intérieur des poumons, pouvant provoquer cancers, crises d’asthme, infections respiratoires, maladies cardio-vasculaires et autres joyeusetés qui font le bonheur des petits et des grands.

 Ces saloperies ont diverses origines : les volcans en éruption, mais ils sont assez rares dans la région parisienne ; les feux de forêts, mais le Bois de Boulogne est plus enflammé par des allumeuses que par des allumettes ; le chauffage, mais qui fait marcher sa chaudière par une météo aussi estivale ?

Restent les seuls grands coupables : les bagnoles, surtout celles qui roulent au diesel ; elles abondent en France, puisque ses gouvernements successifs ont été  assez stupides – ou alors soumis aux groupes de pression bagnolards ­– pour avantager fiscalement ce carburant.

 

La version démagogique de la plaidoirie des bagnolards a pour thème : ce sont les pauvres des banlieues qui sont contraints d’utiliser leurs caisses au diesel, alors que les Bobos parigots bénéficiant de formidables réseaux de transports publics, peuvent s’en passer. C’est réducteur. Mais ce n’est pas faux.

 

Les RER amenant les banlieusards dans la Ville Lumière (tamisée aujourd’hui par les gaz), se transforment trop souvent en galère. Au zinc des bistrots, on raconte souvent qu’un tel a perdu son boulot parce qu’il arrivait systématiquement en retard à cause de son maudit train. Cela dit,  si les RER tombent en rideau, les voitures restent bloquées dans les bouchons. Les banlieusards sombrent donc de rideaux en bouchons. Ce qui n’est pas la plus enthousiasmante des perspectives.  Et rien n’est fait pour améliorer la situation.

 

Alors qui faut-il accuser ? L’incroyable millefeuille administratif qui dilue les responsabilités entre municipalités, intercommunalités, départements, régions, Etat au fur et à mesure que les gaz polluants se concentrent ? Cela saute aux yeux (qui piquent).

Les groupes de pression des constructeurs autos, des compagnies pétrolières, des transporteurs routiers ? Certes, mais enfin, ils font leur boulot.

Les sphères dirigeantes qui sont tellement élevées dans la stratosphère que même la pollution de l’air ne les concerne pas ? Certainement, puisqu’elles cèdent aux pressions desdits groupes.

 Les médias ? Bien sûr, puisqu’au lieu de battre le tambour à propos de ces pics polluants, ils nous jouent du pipeau à coulisse sur de vaseuses histoires d’écoutes sarkophages.

 

Mais l’accusé principal n’est autre que le citoyen bagnolard. Si le gouvernement fait mine d’augmenter les impôts sur le diesel, il s’embrase. Si le parlement adopte l’écotaxe, il prend son bonnet rouge. Si la vitesse est réduite, il démolit les radars de contrôle.

 

Bref, le Français aime sa bagnole. A en mourir.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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09/03/2014

FRUIT

           Quel fruit dans les mains des humains

  Vert ou moisi ? Volé ou donné ?

       Fruit défendu par qui ? Pour quoi ?

 

         Sous l’écorce, pomme de discorde ?

Chaque question est un pépin

       Planté dans l’épaisseur de la terre

           Où nos morts remplissent leur office

         D’anges pourris et transformateurs

     Laissez leur âme mûrir le germe

Car il n’est pas encor revenu

Le temps du soleil et du ciel

 

   De ce fruit tombé en disgrâce

 Naîtra la forêt des questions

                   Entre ses troncs l’homme doit s’y perdre

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Photo Brigitte Brissard, Bellac (Limousin)

 

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07/03/2014

Sarkozy, Copé and Co ou la vertigineuse descente aux enfers de la droite française

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Il y a quelque chose de fascinant, d’effarant mais aussi d’angoissant à assister à la vertigineuse descente aux enfers de l’UMP, le parti de la droite française de gouvernement.

 

C’est tout d’abord, le calamiteux président de l’UMP Jean-François Copé qui est accusé par le magazine «Le Point», qu’on ne saurait qualifier de brûlot gauchiste, d’avoir favorisé, avec l’argent de son parti, la boîte de communication appartenant à deux de ses proches, à hauteur de huit millions d’euros. Or, l’UMP avait supplié ses adhérents de la renflouer pour onze millions. La réplique de Copé s’est révélée lamentable. Pour faire contre-feu, il a annoncé le dépôt d’un projet de loi pour assurer la transparence des partis. Malheureusement, cette loi existe déjà et Copé s’y était opposé au moment de son adoption au parlement!

 

C’est ensuite, le conseiller d’extrême-droite de Sarkozy, Patrick Buisson, qui avait enregistré l’alors président de la République, à l’insu de ce dernier. Ces conversations ne relèvent rien d’autres que la vulgarité fricarde de la Sarkosphère, la dinguerie Buissonière et le mépris que le ci-devant locataire de l’Elysée vouait à certains de ces ministres. Mais ces conversations captées sur un dictaphone de poche auraient pu aussi dévoiler des secrets relevant de la sécurité nationale. Et à ce propos–puisque ces bandes semblent se promener un peu partout (Qui les diffuse? En voilà une question qu’elle est bonne, comme dirait Coluche !) ­– l’avenir nous réserve peut-être de mauvaises surprises.

 

C’est enfin Nicolas Sarkozy lui-même, qui est décidément un homme très écouté. Les juges d’instruction parisiens Serge Tournaire et René Grouman sont chargés d’enquêter sur des accusations de «corruption», visant l’éventuel soutien financier que Kadhafi aurait apporté à Sarkozy lors de sa campagne présidentielle de 2007. Dans ce contexte, les magistrats décident de placer sous écoutes l'ancien président, ainsi que deux de ses anciens ministres de l'intérieur, Claude Guéant et Brice Hortefeux. En soi, l’information est étonnante: c’est la première fois qu’une telle mesure est prise à propos d’un ex-chef de l’Etat en France.

Mais il y a plus explosif encore: ces écoutes montrent que Nicolas Sarkozy et son avocat Me Thierry Herzog sont très bien renseignés sur un autre dossier qui concernait l’ancien président – l’affaire Bettencourt – grâce à un haut magistrat de la Cour de cassation. Celui-ci a informé le camp sarkozyste sur l'évolution des tendances au sein de cette Cour, grâce à son accès à l’intranet de la juridiction.

Ces transcriptions évoquent un échange particulièrement délicat, entre Me Herzog et Sarkozy. L’avocat indique à son client que le magistrat, proche de la retraite, souhaite que l’ancien président use de son influence afin de le propulser conseiller d’Etat à Monaco, une sinécure de rêve.

 

Le gouvernement socialiste semble incapable de sortir la France de son marasme qui est au moins aussi moral que social et économique. Son principal opposant, l’UMP, s’effondre dans une série de scandales consternants, au moment même où son champion Sarkozy prépare sa reconquête de l’Elysée en 2017.  L’ex-président s’apprête sans doute à créer son propre parti sur les décombres de l’UMP. Ce tour de prestidigitation lui permettrait d’éviter d’en passer par d’humiliantes «primaires» en 2017. Mais il ne saurait le débarrasser du magma d’affaires qui colle à ses semelles.

 

Pendant ce temps, Marine Le Pen compte les points, entre deux bouffées de cigarette électronique.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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06/03/2014

Poutine et son éventuelle guerre en Ukraine feront-ils le jeu du gaz de schiste? (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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Si la guerre éclate en Ukraine, le gaz de schiste ne risque-t-il pas de devenir l’un des vainqueurs de ce conflit? Comment? De quelle manière?

 

Vieux cliché : l’argent est le nerf de la guerre. Certes, mais ce nerf par quels fluides est-il irrigué? Pour la Russie, la réponse relève de l’évidence: les hydrocarbures. D’après un rapport du Sénat français qui vient d’être publié – bizarrement, il n’a guère suscité d’intérêt – «en 2012, le secteur de l’énergie a représenté environ 34% du produit intérieur brut (PIB) russe, mais a procuré 67% de l’ensemble des recettes d’exportation et 50% des recettes budgétaires de la Fédération». (lire ici le rapport sénatorial).

 

L’Union européenne absorbe les trois quarts des exportations de pétrole de la Russie et les quatre cinquièmes de ses exportations de gaz. Alors, les Européens sont-ils à ce point dépendants des hydrocarbures russes? Oui, mais cette dépendance va dans les deux sens, souligne le rapport: «Sans exportation d’énergie (…), la Russie ne pourrait  pas importer sans mettre en péril sa situation financière. Elle a, de fait, un besoin vital de vendre, ce qui relativise pour le moins la dépendance énergétique de ses clients, notamment de l’Union européenne». D’autant plus que la Russie n’a que deux gros acheteurs: l’Union européenne et la Chine.

 

Dès lors, si un conflit éclate en Ukraine, menaçant les voies d’approvisionnement énergétique du continent (mais aussi la manne pétrogazière perçue par  Moscou), l’Union européenne pourrait être tentée par l’extraction du gaz de schiste. Elle dispose d’importantes réserves en la matière. La compagnie française Total les estime entre 3 000 et 12 000 milliards de mètres-cube. Grâce au gaz de schiste, les Etats-Unis sont en train de passer d’importateurs à exportateurs d’énergie.

 

Certes, on ne saurait plaquer l’exemple américain sur la situation géologique et géographique de l’Europe. La forte densité démographique de notre continent par rapport aux Etats-Unis (113 habitants au kilomètres-carré contre 31) aura pour effet que le nombre d’ouvertures de puits sera nettement plus restreint qu’en Amérique du Nord ; par conséquent, cette production sera plus coûteuse en Europe.

Toutefois, le gaz de schiste, s’il devient réalité sur notre continent, constituera une alternative sérieuse aux hydrocarbures russes. Pour la Fédération de Russie, il s’agit d’un véritable scénario catastrophe.

 

Certes, le sous-sol russe semble riche en gaz de schiste. Mais pour l’extraire, il faut user d’une technologie de les Russes ne maîtrisent pas encore seuls ; ils devraient donc s’allier à des compagnies américaines ou européennes pour y parvenir. Mais ce genre d’accord n’est guère compatible avec un état de guerre.

 

A propos d’extraction, oublierais-je  un léger détail? Ah, oui, l’environnement.  Les forages pour capter le gaz de schiste s’effectuent par l’injection, à plus de mille mètres sous le sol, d’un mélange d’eau, de sable et de détergents sous pression, afin de fracturer les roches qui abritent le gaz. D’où des risques intenses de pollution des nappes phréatiques et d’empoisonnement des eaux. 

C’est pourquoi l’Europe a, pour le moment, renoncé au gaz de schiste. Mais si une crise énergétique majeure intervient entre notre continent et la Russie, il ne fait aucun doute que notre goinfrerie énergétique triomphera de notre très modeste sagesse écologique.

 

 

Jean-Noël Cuénod


 

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04/03/2014

Le football s’empêtre dans le voile islamique

 

 

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Amis de la bigoterie en crampons, bonjour! La FIFA ­– qui est au football ce que la Curie romaine est au catholicisme – a fulminé une bulle qui autorise désormais les footballeuses musulmanes à s’affubler du voile islamique durant leurs matchs. Certes, afin de donner à cette mesure une couleur plus universaliste, elle s’étend aux hommes. Les Sikhs pourront donc garder leur turban sur le terrain. Pour faire une «tête» dans les seize mètres, ce ne doit pas être pratique. A moins de placer une plaque d’acier sous le voile ou le turban. Mais justement la FIFA a prévu cette triche éventuelle en édictant le Saint Canon footballistique du voile:

 «Il doit être collé à la tête, être en accord avec la tenue du joueur, ne pas être attaché, ne pas constituer un danger pour autrui, exempt de partie qui dépasse comme des épinglettes pour attacher les cheveux».

Le diable se cache dans les détails, même chez les dieux du stade.

 

Cette mesure était réclamée depuis quelques années par les Fédérations de pays musulmans.  Surtout après la plainte déposée par l’Iran contre la FIFA ; Téhéran se plaignait que ses footballeuses fussent empêchées de participer aux qualifications pour les Jeux Olympiques de 2012, faute de pouvoir jouer voilées. Après une période d’essai autorisée par le «Board», l’ange gardien des Ecritures du foot, le voile a donc reçu la bénédiction de la FIFA et de son pape haut-valaisan Sepp Blatter.

 

A ce propos, Le Plouc est partagé en deux parts égales, ce qui est d’un inconfort manifeste. Examinons donc les deux parties du problème.

 

Côté face

 

De prime abord, ce voile islamofooteux hérisse le poil. Celui des dirigeants français du football, par exemple. Frédéric Thiriez, patron de la Ligue de football professionnel, a vraiment la tête près du bonnet:

«Alors que la Charte olympique exclut tout signe religieux, cette autorisation va à l’encontre du droit des femmes et menace la neutralité d’un football préservé des querelles religieuses et politiques». D’ailleurs, la Fédération française continuera d’interdire le port du voile sur ses terrains et ses joueuses, même musulmanes, ne porteront pas cet attribut religieux lors des rencontres internationales.

En effet, comment ne pas voir dans ce blanc-seing de la FIFA une lamentable régression ? L’emblème de la soumission de la femme devient ainsi un signe tout à fait acceptable pour les plus hautes instances internationales du sport. Le machisme au front bas de certains dirigeants musulmans vient de marquer un but décisif. Au moment où le football féminin se développe, la FIFA accepte que les joueuses soient forcées de s’enchiffonner le crâne, même sous des chaleurs torrides. Alors que les messieurs, eux, peuvent jouer la tête libre.

Sauf les Sikhs, vous allez me dire. Oui, sauf les Sikhs. Heureusement qu’ils sont là pour servir  de prétexte au jésuitisme de cette sacrée FIFA. Même si le Sikh est, si l’on ose s’exprimer ainsi, l’arbuste en turban qui cache une forêt de sexisme voilé.

 

Côté pile

 

Pour les jeunes musulmanes, le sport est une fenêtre ouverte sur un monde plus libre. La possibilité leur est ainsi offerte de s’exprimer sur un terrain qui, jusqu’alors, n’était réservé qu’aux seuls mollets poilus. Elles démontrent à leurs coreligionnaires qu’une femme n’est pas seulement vouée à la procréation et à l’entretien du potentat domestique, mais qu’elle peut s’imposer dans l’espace public. C’est un premier pas vers une égalité encore très lointaine. Un premier pas timide, certes, mais qu’on ne saurait qualifier de négligeable, compte tenu de l’aura universelle du football.

D’autant plus que pour les Iraniennes, le foot féminin est devenu un moyen de défier l’ordre des Mollahs, comme l’indique le sociologue français Pascal Boniface dans une interview aux Inrocks.

 

Si la FIFA avait maintenu l’interdiction de jouer voilé, le football féminin ne serait pas développé en terre d'Islam. Et cette fenêtre vers un monde plus libre pour les femmes se serait refermée. Espérons qu’un jour, les footballeuses musulmanes oublieront leur voile au vestiaire. Mais pour l’instant, il peut leur servir de viatique vers le grand large. Et c’est à elle seule de décider quelle route prendre.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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01/03/2014

La Russie menace militairement l’Ukraine : à Bruxelles, l’urgence peut attendre.

 

 

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Le parlement de la Fédération de Russie a donc approuvé l’envoi de ses troupes en Ukraine. Il fallait s’y attendre : aucun pouvoir russe, quel qu’il soit, ne peut accepter de voir sa présence remise en cause à Sébastopol, le grand port-forteresse de la marine de guerre en Crimée. La flotte du Kremlin y bénéficie d’un « bail » consenti par l’Ukraine. Sa position stratégique est essentielle pour la puissance russe, sans compter la force symbolique de cette ville martyre de la Seconde guerre mondiale.

 

Si la présence militaire de Moscou se limite à protéger Sébastopol, on voit mal quiconque lui contester cette attitude. Mais l’autorisation votée par le parlement russe évoque l’Ukraine dans son entier et non la seule Crimée, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les aventures militaires.

 

Que fait l’Occident ? Obama se contente d’avertir Poutine qu’une intervention russe en Ukraine aurait « un coût ». Pas de quoi faire trembler le hockeyeur du Kremlin. Quant à l’Union européenne, sa décision prêterait à rire, si les circonstances n’étaient pas aussi inquiétantes : les ministres des affaires étrangères ont annoncé qu'ils tiendront à Bruxelles une réunion d'urgence afin d'évoquer la situation en Ukraine. Quand ? Maintenant ? Ce soir ? Demain matin ? Non, lundi 3 mars. Pour l’Union, l’urgence peut attendre.

 

Ce faisant, les ministres des affaires étrangères européens donnent un signe d’encouragement à Poutine : s’il faut plus de deux jours pour convoquer une réunion de ce genre, c’est qu’au fond Bruxelles ne la considère pas si urgente que cela. Certes, personne n’imagine l’UE envoyer des forces militaires en Ukraine pour aider les insurgés de Kiev. Il n’empêche que des sanctions d’ordre économique pourraient gêner Moscou qui se trouve aux prises avec de sérieuses difficultés financières. Mais il faudrait qu’elles soient au moins brandies tout de suite, avant que Poutine ne provoque en Ukraine une situation de fait accompli.

Il flotte sur Bruxelles comme un parfum légèrement munichois.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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28/02/2014

La Crimée ou la vengeance de la poupée soviétique

 

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La situation en Crimée, parcourue par le bruit des grosses bottes russes, illustre la complexité de cet espace jadis occupé par l’Union soviétique. Celle-ci avait organisé son Etat de façon fédérale, du moins en apparence. Car les principales décisions étaient prises par les instances du Parti communiste à Moscou et même, sous Staline, par un seul homme. Mais pour administrer le plus vaste pays du monde, il fallait bien prévoir une certaine autonomie sous le vigilant contrôle du Parti.

Dès lors, les peuples de l’Union soviétique ont été disposés à la ressemblance des matriochkas, ces poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres. Aujourd’hui, le système matriochka se rappelle à notre bon ou mauvais souvenir.

 

Voici, en résumé, comment s’imbriquaient les matriochkas :

 

1-    Au sommet, trônait l’Union soviétique placée sous la férule du Parti communiste (PCUS).

2-    En-dessous, figuraient les quinze (voire seize selon les époques) Républiques socialistes soviétiques (RSS), avec un statut spécial pour l’immense République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR), l’actuelle Fédération de Russie. Parmi ces RSS, on trouvait, outre la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, la Géorgie, l’Arménie etc. Avec pour les RSS d’Ukraine et de Biélorussie, un petit plus après la Deuxième guerre mondiale : elles pouvaient siéger comme Etats «indépendants» à l’Organisation des Nations-Unies, comme l’URSS. Il s’agissait de marquer symboliquement la part prise par ces deux RSS à la victoire contre l’Allemagne nazie. En fait, grâce à ce tour de passe-passe, Staline disposait de trois voix supplémentaires à l’ONU. Car, bien entendu, il était impossible aux représentants biélorusses et ukrainiens aux Nations-Unies de voter contre la volonté du Kremlin.  

3-    Le troisième étage était dévolu aux Républiques socialistes soviétiques autonomes (RSSA) qui se trouvaient placées au sein de certaines RSS aux vastes territoires. Elle n’avait pas accès direct à Moscou et devait en passer par la capitale de leur RSS.

4-    Appartenant soit directement à la RSS, soit à la RSSA, on trouvait l’Oblast autonome

5-    Sous l’oblast, se nichait le district autonome.

 

 La hiérarchie de l’organisation «matriochka»  permet de comprendre ce qu’il adviendra de la Crimée.

Cette péninsule a été arrachée à l’Empire ottoman en 1783 par l’impératrice russe Catherine II, annexion confirmée par le Traité d’Iaşi en 1792. Après le coup d’Etat léniniste en 1917, la Crimée est restée dans le giron russe où elle a connu fortunes et infortunes diverses. Après la création de l’Union soviétique, la Crimée disposait du statut de République socialiste soviétique autonome (RSSA), au sein de la RSFS de Russie ; elle occupait donc le troisième étage de l’organigramme, tout en appartenant directement à la Russie. La ville-forteresse portuaire, stratégiquement décisive, de Sébastopol a été attribuée à la RSSA de Crimée dès 1921.

 

La Crimée dégradée 

Après la guerre, Staline a pris des décisions à la fois positive et négative à l’égard de la Crimée. En 1945, il a attribué le titre de ville-héros de Sébastopol en raison de la résistance de ses habitants aux troupes nazies. Toutefois, cette année-là, il a rétrogradé la RSSA de Crimée au quatrième étage de son édifice. La péninsule est ainsi devenue un simple oblast, toujours au sein de la RSFS de Russie. Un an auparavant, à l’initiative de son sinistre de l’Intérieur Béria, Staline avait fait déporter 193 865 Tatars de Crimée dans les RSS d’Asie centrale.

Le Kremlin accusait ce peuple musulman d’origine turque d’avoir collaboré avec l’armée allemande. Ne s’agissait-il pas plutôt de russifier la Crimée ? En effet, les Tatars déportés ont été remplacés le plus souvent par des Russes. Finalement, justice a été rendue aux Tatars en 1967, lorsqu’un décret du Kremlin a effacé les accusations portées contre eux par Staline, toutefois sans que Moscou n’ait songé à réparer ses torts de façon autre que symbolique.

 Comme on le verra par la suite, la «question tatare» reste au centre de l’actualité.

Le "cadeau" empoisonné de Khroutchev 

En 1954, le nouveau maître du Kremlin, Nikita Khroutchev a offert l’oblast de Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine, afin de célébrer le 300e anniversaire du Traité de Pereyaslav qui scellait le rattachement de l’Ukraine à l’Empire russe. Pourquoi ce «cadeau» ? Ancien patron du Parti à Kiev dès 1937, natif d’un village russe mais situé tout près de l’Ukraine, Khroutchev a toujours clamé son affection pour ce pays. Sentiment ambigu, dans la mesure où il était un rouage important de la machine à broyer stalinienne et qu’à ce titre il a porté une lourde responsabilité dans la famine organisée qui avait ravagé l’Ukraine au début des années 30, ainsi que dans l’organisation des purges sanglantes prescrites par le Petit Père des Peuples. 

 

A-t-il voulu faire oublier ce passé en offrant ainsi la Crimée à l’Ukraine ? Nina Khrushcheva – petite-fille de Nikita Khroutchev, aujourd’hui professeure  à New York – suppose que son grand-père trouvait simplement plus rationnel de détacher la Crimée de la RSFS de Russie pour la «coller» à la RSS d’Ukraine. (lire ce lien) Ce «don» ne mangeait pas de pain, dans la mesure où tout cela restait dans le contexte de l’Union soviétique ! Toutefois, ce «cadeau» paraît aujourd’hui bien empoisonné.

 Sébastopol et l'emprise russe

Lorsque l’Ukraine a quitté les décombres de l’URSS pour redevenir indépendante en 1991, la Crimée est restée dans son giron avec le statut de république autonome, la ville de Sébastopol étant placée sous un régime administratif particulier.

 En emportant la Crimée avec elle, l’Ukraine a hérité d’une population majoritairement russophone et attachée à la Russie, mais aussi d’une autre source d’ennuis potentiels : la flotte de guerre russe à Sébastopol. Un élément crucial pour Moscou. Un accord entre Kiev et Moscou assure à la flotte militaire russe la jouissance de la rade jusqu’en 2017. Par la suite, ce «bail» a été prolongé jusqu’en 2047, en échange d’un «loyer» annuel de 100 millions de dollars. Et il ne faudra pas compter sur Poutine pour céder quoique ce soit à Sébastopol qui reste donc sous emprise moscovite.

Le retour des Tatars 

En consultant la carte, on pourrait se dire : «Pourquoi l’Ukraine tient-elle à cette Crimée qui ne lui a été attribuée qu’en 1954 et qui est de culture russophone?» C’est oublier un peu vite les Tatars! Après leur réhabilitation en 1967, certains d’entre eux sont revenus en Crimée où ils forment aujourd’hui entre 10 et 12% de la population. Or, ces Tatars ne veulent pas entendre parler d’un rattachement de la Crimée avec la Russie et soutiennent activement l’insurrection de Kiev.

 

Pour paraphraser Sempé, en Crimée, rien n’est simple et tout se complique.

 

 Jean-Noël Cuénod

 

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27/02/2014

Ukraine : pourquoi Poutine utilise le mot «fasciste» (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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Poutine use du principe oratoire stalino-tsariste: pour peser, la parole du Maître doit se faire rare. A propos de la révolution de Kiev, il laisse donc son entourage lâcher les missiles médiatiques. Les insurgés de la place Maidan sont associés aux «fascistes». Certes, parmi les révoltés ukrainiens figurent des militants d’extrême-droite nationalistes. Mais les revendications principales du mouvement ­– lutter contre une corruption monstrueuse, pour établir un Etat de droit et tisser des liens étroits avec l’Union européenne ­– ne sauraient être qualifiées de programme «fasciste», même après une absorption gargantuesque de vodka. 

 

En l’occurrence, il ne s’agit pas de proférer des insultes à l’emporte-pièce. L’emploi du terme « fascisme» a une connotation bien précise. Poutine est un requin des eaux froides. Ses insultes ne sont jamais gratuites et visent un but particulier. Il existe d’ailleurs un répertoire d’injures en russe très élaboré et beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît à nos oreilles occidentales. On peut même parler d’un «code des injures».

 

Lorsque le procureur de Staline, Andreï Vychinski, qualifiait un prévenu de «vipère lubrique» lors des procès de Moscou, chaque auditeur comprenait qu’il s’agissait d’un responsable bolchevique accusé d’avoir trahi le Parti. Ledit Parti ayant réchauffé en son sein cette vipère dont la lubricité violait la virginité de la cause stalinienne.

De même, l’épithète «rat visqueux» était plutôt  destinée aux prétendus «saboteurs», ingénieurs et techniciens traînés au Goulag parce qu’ils n’avaient pas atteint les quotas irréalistes de productions fixés par un Plan démentiel.

 

C’est donc bien ce «code des injures»  qui est aujourd’hui employé par les petites mains et grandes bouches de Poutine. En qualifiant l’insurrection ukrainienne de «fasciste», les poutiniens s’adressent surtout à leur propre opinion. Depuis plusieurs années, l’actuel Maître de toutes les Russies réhabilite la figure de Staline, en tant que vainqueur de Hitler, et reprend la terminologie soviétique pour qualifier le second conflit mondial : la Grande Guerre patriotique. Et il a d’ailleurs rétabli pour la Fédération de Russie, l’hymne soviétique décrété par le Petit Père des Peuples en 1944. Le qualificatif de «fasciste» ou de «fascisme» s’inscrit donc dans ce contexte.

 

D’autant plus, qu’il fait référence à la situation en Ukraine. Sous-entendu: «Les Ukrainiens de l’Ouest qui veulent se joindre à l’Europe occidentale sont les héritiers des nationalistes ukrainiens qui, dans la même région, se sont alliés aux troupes fascistes de l’Allemagne, contre nos aînés de l’Armée rouge». En réalité, si une partie des indépendantistes ukrainiens s’étaient engagés dans les troupes allemandes, ce n’était pas le cas de tous, loin de là. Et les résistants antinazis ont été nombreux dans toutes les régions de l’Ukraine.  Mais qualifier tout le mouvement ukrainien de «fasciste» est un bon moyen pour Poutine de réveiller le nationalisme russe, afin de faire oublier l’affront qu’il a subi avec la chute de Ianoukovytch.

 

On notera qu’à l’instar de Staline, Poutine utilise peu le terme de «nazi» qui serait pourtant plus approprié que le mot «fascisme», créé par l’Italie mussolinienne. C’est que «nazi» vient de la contraction allemande de «national-socialisme». Staline, régnant sur une nation autoproclamée «socialiste», ne pouvait donc l’utiliser dans sa propagande qu’avec parcimonie. Alors, que «fascisme», ne renvoyant pas directement au «socialisme», était plus aisément utilisable. Poutine a suivi cette tradition soviétique.

 

Que cherche-t-il par ses invocations ? Montrer ses muscles ? Menacer l’Ukraine de partition ? Encourager la sécession de la Crimée ? Peut-être, mais ses marges de manœuvres restent étroites. Il a besoin de tranquillité pour écouler, via l’Ukraine, ses hydrocarbures vers l’Europe occidentale.

Il s’agit aussi pour lui, de donner un signal d’unité nationale au sein de la Fédération de Russie et de force à l’endroit des autres nations de l’ancien empire soviétique. A cet égard, le rappel des grandes heures de la victoire contre l’Allemagne est un élément de propagande qui peut rencontrer un écho certain au sein de la population russe et de son «étranger proche». 

 

Jean-Noël Cuénod


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25/02/2014

NOCTURNE

 

 

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Ta peau de lune dans la nuit

Luit comme un serpent lisse et nu

Le sombre sang du sol te nourrit

Le passage de la dame blanche

Veille sur tes étreintes secrètes

 

Sous le chêne étique et tourmenté

Un chat fait son œuvre d’assassin

Et la mort s’échappe sans bruit

Entre les buissons d’épineux

 

Sur ton ventre des ombres propices

Ont fait main basse et hautes caresses

Les herbes frémissent sous ton corps

Au loin très loin le son d’une cloche

Dénoue tes doigts crispés sur le vide

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

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23/02/2014

Ukraine : le moment magique des révolutions avant les trahisons

Dans toutes les révolutions, il y a un moment magique. Les individus qui ne formaient jusque là qu’un assemblage disparate font corps. Naissance du peuple qui devient un être autonome et fait basculer l’Histoire dans le sens qu’il veut lui donner. Impression éprouvée par chacun de ses atomes de conduire son  destin.

 

Moment magique, le 4 juillet 1776 à Philadelphie, lorsque les délégués des régions alors colonisées par la couronne britannique proclament la Déclaration d’Indépendance de  ce qui deviendra les Etats-Unis d’Amérique.

Moment magique, le 20 septembre 1792 à Valmy, lorsque 32 000 citoyens français en armes, bourgeois, sans-culottes et va-nu-pieds triomphent des armées coalisées de la noblesse européenne.

Moment magique, le 27 février 1917 à Petrograd (l’actuelle Saint-Pétersbourg) lorsque la foule en feu depuis de nombreux jours de défilés contre la faim et la guerre  fraternisent avec l’armée pour abattre le tsarisme.

 

C’est un semblable moment que les Ukrainiens ont vécu samedi, place Maïdan à Kiev, lorsque le parlement a éjecté de président corrompu Ianoukovitch et que les foules devenues peuple ont entonné l’hymne national.

 

Et puis, à ces moments magiques succède le temps des trahisons et des déceptions. Les Etats-Unis ont longtemps toléré la discrimination raciale sur leur territoire. L’unité forgée au feu de Valmy a été éteinte par les massacres de Vendée et la Terreur. Le bonheur du peuple russe libéré a été dissipé par la nuit totalitaire.

Les Ukrainiens seront-ils trahis et déçus, à leur tour ? Sans doute. Mais ce moment magique qu’ils ont vécu, ils le garderont en eux. Cet instant de grâce, personne ne pourra le leur voler.

 

L’étincelle qui s’est allumée un jour sera étouffée. Mais elle ne sera jamais éteinte et s’enflammera à nouveau. L’étincelle de Philadelphie a brillé lorsque les Etats-Unis ont barré la route à la barbarie nazie. L’étincelle de Valmy a éclairé la France lorsque tout semblait perdu en 1940. L’étincelle de Pétrograd a réchauffé les cœurs dans les Goulags.

 

«L’Ukraine n’est pas encore morte», chante l’hymne de ce pays.  Que vive, malgré tout, l’espérance.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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22/02/2014

Le bêtisier identitaire de l’UDC s’enrichit

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Il s’est encore enrichi d’une perle (en verroterie), le bêtisier identitaire de l’UDC. Après la sentence péremptoire de Blocher jugeant que les citadins et les Romands avaient «une conscience nationale plus faible», son congénère Mörgeli en a remis une couche bien épaisse. Les Helvètes pur sucre poussent en Suisse centrale et nulle part ailleurs (1 en appel de note sa citation complète à une question posée par Swissinfo).

Si Mörgeli parle de la Suisse de 1291, il est difficile de le contredire. S’il évoque la Suisse actuelle, son affirmation est grotesque. Tout d’abord, si notre pays en était encore réduit aux trois cantons primitifs, où en serait-il actuellement ? Ce sont les grands centres urbains – romands et alémaniques – qui ont fait, font et feront la Suisse. L’Helvétie de Blochergeli n’existe plus depuis des siècles.

Ensuite, la Suisse moderne est née de la guerre du Sonderbund en 1847. Or, son principal protagoniste, le général Dufour, était – ô stupeur ! – Genevois. Et qui plus est, formé à l’Ecole Polytechnique de Paris. C’est grâce à sa modération, à sa grande intelligence politique et stratégique que Guillaume-Henri Dufour a évité un bain de sang, tout en réduisant les catholiques conservateurs à accepter les nouvelles normes démocratiques.

L’accoucheur de la Suisse moderne parlait français, voyez-vous, Herr Mörglecher, et n’a pas eu besoin de descendre des alpes uranaises pour accomplir son devoir historique, mais de celles, nettement moins élevées, de sa maison de Contamines (alors sur le territoire des Eaux-Vives).

Et puis, Herr Blöcherli, saviez-vous que le drapeau que vous arborez à propos de tout et surtout n’importe quoi, a été dessiné dans sa forme actuelle par ce même Dufour en 1817 ?

 Il est ridicule de borner l’identité suisse aux trois cantons primitifs. Ce qui forme son essence, c’est tout au contraire la pluralité des cultures, des religions et des langues.

Il paraît que Mörgeli est historien. Pour paraphraser Clemenceau disons que les historiens UDC sont à l’Histoire, ce que la musique militaire est à la musique.

 

Jean-Noël Cuénod

 

(1) Swissinfo.ch: Comment jugez-vous les déclarations de Christoph Blocher pour qui les Romands et les citadins ont «une conscience nationale plus faible»?

C.M.: Je ne comprends pas toute l’agitation faite là autour. Le conseiller fédéral Guiseppe Motta avait jadis déclaré: «C’est la Suisse allemande qui a fondé la Suisse. L’une des qualités les plus remarquable de la Suisse allemande est son calme réfléchi, son besoin de peser le pour et le contre pour toutes les questions». Bien évidemment, les grandes villes, avec leurs majorités rouge-verte et leurs naturalisations massives, ont une compréhension plus limitée de la liberté et de l’indépendance. En revanche, les cantons de la Suisse centrale prennent en compte les 723 ans d’histoire de la Confédération.

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20/02/2014

Après la votation sur l’immigration, nouveaux nomades et sédentaires ne parlent plus la même langue (Les Jeudis du Plouc avec vidéo)

 

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Le vote suisse contre l’immigration illustre un phénomène que l’on retrouve dans tous les pays, sous des formes diverses. C’est devenu une évidence que nous avons tout de même du mal à intérioriser, tant nous restons figés sur d’anciennes positions: la globalisation de l’économie mondiale bouleverse tous nos repères et… balaie tous nos repaires. Elle a provoqué de nouvelles oppositions au sein de chaque société, notamment entre les différents types de nomadisme et la sédentarité.

 

Il y a le nomadisme économique. Les grandes sociétés et entreprises ont rompu depuis longtemps les ponts d’avec leurs nations d’origine. Elles installent leurs usines là où la main d’œuvre est la plus rentable et leurs sièges sociaux là où l’Etat se montre le plus fiscalement complaisant. Les hauts cris poussés par les médias et les gouvernements n’y font rien. Aucune instance ne paraît à même de mettre ne serait-ce qu’un cure-dent dans les rouages de cette machinerie volante.

Cet état de fait ne satisfait pas que les seuls dirigeants capitalistes. Il peut aussi contenter les cadres et même les salariés des entreprises qui exportent massivement. Ceux-là sont peut-être sédentaires physiquement mais tout en adhérant à ce nomadisme économique.

 

Il y a le nomadisme des hyper-riches. Il ne s’agit plus de grandes sociétés financières ou de groupes industriels mais d’individus qui peuvent en être (ou non) les dirigeants. Propriétaires dans tous les azimuts, ils ont de multiples ports d’attache. Attache est d’ailleurs un mot qui ne leur convient pas du tout. Ils sont avant tout détachés et vivent ici ou là en fonction de leurs envies et de leurs intérêts. Les hyper-riches utilisent à plein les infrastructures publiques (hôpitaux, notamment) en s’efforçant de réduire leurs contributions fiscales au triste minimum. Ils ne forment certes pas une masse énorme – même si leur nombre semble croître – mais pèsent d’autant plus lourd sur les pays qu’ils fréquentent que les impôts dont ils s’acquittent sont légers. Et leur exemple, largement diffusé par les médias pipolesques, y suscite démoralisation et écoeurement.

 

Il y le nomadisme des cerveaux. Le savoir scientifique a toujours été tissé d’échanges à travers les frontières. Ce qui était vrai hier, l’est encore plus aujourd’hui. Les nomades de l’intelligence se forment ici et ailleurs, vont à Sandford ou au MIT, puis à Cambridge pour retourner à Lausanne en passant par Bologne. Ce sont eux qui vont subir en premier lieu les conséquences de l’initiative UDC, puisque la Commission européenne vient d’annoncer le gel des crédits de recherches scientifiques et de formation Erasmus+ pour la Suisse. Or, si l’industrie helvétique parvient encore à tirer son épingle du jeu, c’est principalement dû à la plus-value créée par ses «cerveaux». Sans cette plus-value, l’industrie suisse ne vaut plus tripettes. Toutefois, les nomades de l’intelligence auront toujours la possibilité de quitter la Suisse pour offrir leurs compétences à d’autres pays.

 

Il y a le nomadisme de la misère. Fuyant la famine ou les guerres qui sèment la mort dans leurs pays d’origine, ces nomades s’installent où ils le peuvent dans les parkings souterrains à Genève, les stations de métro à Paris, les portes cochères, les bancs publics. Clandestins, mendiants, chassés d’ici puis de là, ils offrent aux passants sans yeux l’insupportable visage de la dèche. «Et si un jour, ça m’arrivait de devenir comme eux?» Cette phrase a sans doute traversé l’esprit de plus d’un sédentaire.

 

Nous y voilà donc. Les sédentaires, eux, restent attachés à leur sol natal comme le serf l’était jadis à son seigneur. Leur seul nomadisme relève du tourisme. Ils sont patrons ou salariés d’entreprises tournées surtout vers le marché intérieur, paysans, artisans, retraités. Ils ressentent les différents types de nomadisme comme une agression. L’hyper-riche les révolte et le miséreux les révulse. Les sédentaires vitupèrent tour à tour la finance sans visage, la culture métissée, l’étranger perçu comme un concurrent sur le marché de l’emploi. Et n’ont pas de portes de sortie, contrairement aux nomades, même les plus pauvres.

 

Nouveaux nomades et sédentaires de toujours possèdent de moins en moins de points communs. Parlent-ils la même langue? Ce monde qui bouge ses méridiens comme s’il était agité par la danse de Saint-Guy, les uns s’y adaptent en risquant de perdre leurs racines et les autres tentent de le freiner en risquant d’être jetés dans les ornières de l’Histoire.

 

Cette nouvelle opposition est apparue clairement en Suisse un certain 9 février 2014. Mais elle sévit dans chacun des pays de la planète. Une contradiction d’une telle ampleur  ne saurait se résoudre en un clic de souris. Mais on peut d’ores et déjà abandonner quelques illusions.

Celle des nomades qui pensent que les frontières ne forment qu’un reliquat d’un passé dépassé. Or, elles restent un élément indispensable pour structurer les populations ; elles vont évoluer mais leur disparition n’est pas à l’ordre du jour. Même les nomades ont besoin de cet élément structurant.

Celle des sédentaires qui cherchent frénétiquement à élever des murailles pour empêcher le vent de l’Histoire de balayer le sol national. Aucune forteresse ne saurait résister à ce mouvement de fond. Cette vaine tentative ira même à fin contraire en affaiblissant un Etat-nation, rendu incapable de s’adapter à la nouvelle donne mondiale.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod  

 

 

ESPACE VIDEO

 

Table ronde organisée par le laboratoire d’idées Fondapol en 2007. Mais la problématique de fond n’a pas changé.


Les frontières dans la mondialisation par fondapol

11:43 | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : immigration, frontières, udc, nation, nomades, sédentaires, vidéo | |  Facebook | | |