22/06/2014

Coupe du Monde (suite): mini-traité zen à usage footballistique

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Il existe de multiples voies pour parvenir à la sagesse. Toute expérience est bonne à prendre dans ce contexte. En ces temps de Coupe du Monde, Le Plouc vous propose d’utiliser les passions  footballistiques comme exercice de zénitude.

 

Première étape. Préparez-vous à assister au match sans vous préoccuper de rien d’autres que de la rencontre qui va se dérouler. Piquez une petite bière (voire une grande, voire plusieurs) dans le réfrigérateur, si vous le désirez. Affalez-vous sur le canapé, sans complexe. Ne fuyez pas le ridicule. Au contraire, recherchez-le. La panoplie du supporteur comprend en masse maillots grotesques, chapeaux de bouffon à clochettes, casques de viking en fer blanc avec corne de vache en plastique ou perruques aux couleurs criardes qui feraient passer Achille Zavatta pour un pasteur méthodiste. Puisez dans cet arsenal clownesque de quoi vous transformer en parfait crétin. Non, ne reculez pas! Votre recherche de la sagesse exige que vous ne zappiez point cette épreuve.

 

Deuxième étape, version exaltée. La suite des événements est conforme à vos souhaits. Votre équipe a marqué et prend le pas sur votre adversaire. Laissez alors parler ce monstre intérieur que, d’ordinaire, vous muselez avec ce qui vous reste d’éducation. Hurlez votre joie de la façon la plus provocante ; lancez à l’endroit (mais surtout à l’envers) de l’équipe adverse les épithètes les plus méprisantes, les plus insultantes et les plus grossières. Joignez même le geste à la parole en faisant divers bras d’honneur devant votre téléviseur. Vous aurez l’air assez couillon, certes. Mais justement, cette étape nécessite que vous assumiez votre couillonnade, expression de ce monstre intérieur qu’il vous faut, littéralement, déchaîner.

 

Deuxième étape, version déprimée. Rien ne va plus. Votre équipe joue comme un troupeau de chèvres anémiques. Votre attaque est ectoplasmique et votre défense se transforme en passoire poinçonnée à la kalachnikov. N’insultez pas tout de suite vos favoris. Lâchez tout d’abord votre monstre intérieur aux basques des arbitres et de certains joueurs adverses. Là, vous les traitez de tous les noms, les plus orduriers, les plus ignobles, les plus révoltants. Point de filtre. Du brut de brute.  Puis, lorsque votre répertoire sera épuisé, retournez-vous contre vos joueurs. Ne lésinez pas sur les allusions malveillantes quant à leurs capacités sexuelles, voire à l’absence de leur appareil reproducteur. Si vous doutez de cette absence pour une raison ou une autre, promettez de passer ledit appareil au hachoir de boucher.

 

Troisième étape. Le match est terminé. Laissez-vous aller à la joie ou au désespoir. Ne cherchez surtout pas à brider l’un ou l’autre de ces sentiments. Vous commencerez ensuite votre processus de rumination. Au fur et à mesure que votre monstre intérieur donne des signes de fatigue, une légère sensation de honte monte en vous, rafraîchissante d’abord, avant de devenir froide, puis glaciale. Concentrez-vous sur les différentes phases de votre comportement durant le match. Vous y verrez alors le vrai visage de votre monstre intérieur: haineux, raciste, xénophobe, sexiste. Tout ce que vous avez recouvert d’un épais vernis de bienséance craque et tombe en poussière. Vous prenez conscience que vous n’êtes pas toujours ce gentil social-démocrate qui cotise à Amnesty International ou ce sympathique libéral qui finance le WWF.

 

Quatrième étape. Vous savez désormais que vous abritez le pire en vous. Un pire prêt à s’éveiller lorsque l’émotion collective le secoue. Ce monstre intérieur est du genre coriace. Il semble se faire oublier, mais c’est pour mieux déchiqueter votre raison à la première occasion. Vous n’allez pas vous en débarrassez comme ça,  avec une petite prière ou un sermon raisonneur. Il faut le fatiguer, comme le fait un pêcheur à la truite qui épuise le poisson qu’il a ferré avant de l’amener sur la rive. A chaque match, vous répéterez ce processus, en laissant au monstre libre course afin de l’essouffler, avant de vous livrer à l’introspection.

 

Cinquième étape. Quand vous pourrez assister à un match sans que votre cœur ne s’emballe lorsque votre équipe gagne ou perd, ce sera le signe que votre monstre intérieur se sera éteint. La sagesse alors pourra prendre sa place. Mais restez sur vos gardes. Ce monstre intérieur dispose d’un grand nombre de vies.

 

Jean-Noël Cuénod

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21/06/2014

Coupe du Monde : survie d’un Suisse à Paris après la déculottée

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 Le Plouc a bien souffert, vendredi soir, lorsqu’en se riant l’équipe de France de foot a enfoncé ses cinq coups d’épée dans le ventre mou de la défense helvète. Une sorte Morgarten à l’envers. Les rochers en avalanche roulaient dans le mauvais sens. Et les deux buts marqués par les Suisses n’ont même pas sauvé un honneur définitivement compromis sur cette pelouse pelée de Salvador de Bahia.

 

Même s’ils parviennent tout de même à se qualifier pour la suite de la Coupe du Monde, les Suisses traineront cette déculottée comme un boulet rouillé. D’autant plus qu’elle leur a été infligée par ces Français qu’ils aiment tant brocarder avec la suffisance des bons élèves vis-à-vis des cancres. Le dépit en est d’autant plus vif côté Suisse et la joie d’autant plus intense côté France.

 

Au milieu de la foule en liesse dans les rues parisiennes, Le Plouc s’est senti très seul. Furieuse envie de descendre de la Butte-aux-Cailles pour se terrer dans les catacombes à Denfert-Rochereau. Et ne plus en sortir, jusqu’à ce que la joyeuse rumeur s’éteigne. Voilà pour les mauvais sentiments. Car Le Plouc était vraiment envahi par cette bile noire. Le foot réveille en vous un animal intérieur aussi effrayant qu’effarant.

 

Et puis, petit à petit l’animal footeux regagne sa niche. La raison revient avec ses baumes analgésiques pour réduire les bleus, non pas à l’âme – faut pas exagérer! – mais à l’instinct. Au fond, – mais alors tout au fond – cette calamiteuse défaite suisse est une bonne chose.

 

D’une part, elle nous remet les pieds sur terre. Nous autres Helvètes avons la fâcheuse tendance à plastronner sur la scène européenne en donnant en exemple notre prospérité, notre harmonie sociale, notre stabilité politique comme signe de notre supériorité sur les autres. Oubliant ainsi qu’il s’agit là d’un état précaire et que si nos mérites ne sont pas minces, la chance y tient aussi son rôle.

D’autre part, cette victoire éclatante de la France sera peut-être la petite goutte de confiance nécessaire pour que ce pays, qui est au fond du gouffre sur le plan moral, reprenne confiance en son destin.

 

Romands mes compatriotes, l’Histoire nous apprend que lorsque la France est affaiblie notre influence en Suisse diminue vis-à-vis des Alémaniques. Et lorsqu’elle parle haut dans le monde, notre voix se fait mieux entendre au-delà de la Sarine. 

Jean-Noël Cuénod

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19/06/2014

Faire confiance aux politiciens ? Et quoi encore? Les Jeudis du Plouc

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Lors d’un dîner entre amis, lancez cette exclamation, histoire de raviver le feu d’une conversation en train de s’éteindre : « Eh bien, moi je fais confiance aux politiciens !» Retour d’ambiance garanti, avec ricanements, moqueries, lazzis, colères, démonstrations d’effarement. En effet, tous les sondages le démontrent, personne n’accorde son crédit à ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire. Seuls les journalistes attirent autant de méfiance et de défiance. Sans doute, le public les juge-t-il contaminés en raison de leur trop grande proximité – réelle ou fantasmée – avec le pouvoir politique.

 

Même en Allemagne, où Angela Merkel semble échapper à ce phénomène, la confiance de l’électeur envers le gouvernement n’est pas sans borne puisque, par son récent vote au législatif, il a installé les sociaux-démocrates à côté des démocrates-chrétiens au gouvernement, comme si associer l’ancienne opposition à l’exercice du pouvoir allait servir de garde-fou réciproque aux deux plus puissants partis allemands.

 

En Suisse, autre pays à l’économie florissante, la confiance paraît encore plus limitée, le Conseil fédéral recevant régulièrement moult claques à l’issue des votations populaires. Et lorsque ses projets sont approuvés, le gouvernement paraît tellement surpris que ses ministres se partagent entre larmes d’émotion et sourires illuminés par ce miracle.

 

Mais au moins dans ces Etats, sous le brouillard de la méfiance, les citoyens gardent tout de même une lueur de confiance envers la politique en général.

 

C’est en France, la belle dame malade de l’Europe, que ce phénomène atteint son paroxysme. Le stade de la méfiance y est dépassé depuis longtemps pour laisser place à celui de la défiance. Les deux partis de gouvernement, le PS et l’UMP, en sont les plus atteints. Il faut dire que ces deux larrons redoublent d’effort pour mériter les crachats qu’ils essuient. Mais les autres formations n’attirent pas plus la sympathie.

Même le Front national, qui parade avec ses 25% de voix récoltés aux Européennes, n’est guère mieux loti. En tenant compte des abstentions, on constate que seuls 10% des Français en âge de voter ont donné leur suffrage aux frontistes. Une vaguelette Marine, mais point de raz-de-marée. D’ailleurs, la tenancière de l’entreprise familiale Le Pen n’obtient pas des résultats bien probants dans les sondages à la rubrique «lui faites-vous confiance?» Dans un sondage BVA publié dans Le Parisien du 10 mai dernier, 78% des personnes interrogées ont déclaré ne pas lui faire confiance pour gouverner leur pays. Les Français se rendent bien compte qu’avec Marine au gouvernail, le paquebot France coulerait encore plus vite.

 

Interviewé par l’excellente revue CLES, Boris Cyrulnik, relève que «dans une démocratie, mille vérités et façons de vivre se contredisent. La liberté diversifie les normes et le partage du savoir complexifie les visions. C’est (…) stimulant. Mais le prix à payer est l’intranquillité et le doute. Et donc la défiance.»

 

Toutefois, cette défiance, effet secondaire inconfortable de la liberté, n’atteint pas la même intensité détestataire que la défiance exprimée par les Français sous la forme d’une répulsion chronique à l’égard des politiciens. Tout a été dit sur les raisons de ce phénomène (lire aussi notre blogue de la semaine passée «Du Front national au PS et l’UMP : la grande déglingue des partis français») : l’effet caste qui prend une ampleur particulière dans la politique française par rapport à ses voisins (même moule énarchique tous partis confondus, carriérisme, népotisme dont le Front national offre l’exemple le plus indécent), la contradiction criante entre la réduction des marges de manœuvres politiques sur le plan national et la concentration des pouvoirs dans les seules mains présidentielles, l’esprit lèche-escarpins, héritage des courtisans, qui enferme les dirigeants dans une bulle d’irréalité narcissique.

 Cette défiance détestataire est donc compréhensible. Et pour sortir d’épaisseur, la France devra en passer par bien des bouleversements, non seulement institutionnels et économiques, mais surtout moraux et spirituels. Comme pour les grands blessés en voie de convalescence, la rééducation sera nécessaire. Parmi ses réapprentissages, celui de la confiance ne sera pas le moins laborieux. Confiance en son destin, en son être collectif. Confiance envers ses institutions qui, bien sûr, devront être rebâties. La confiance est un moteur qui permet à l’action collective de se développer.

 

Mais il est malaisé de faire confiance. Cela suppose un certain abandon de soi-même à ce qui pourrait n’être qu’une illusion ; cela suppose aussi une prise de risque, celui de se tromper. Mais si la défiance demeure, elle fige tout un pays dans un gel acide qui le ronge. Rien n’avance et rien ne change, tout se bloque et se grippe.

La confiance, c’est accepter l’éventualité d’être déçu pour, peut-être, ne plus l’être. Qui sait? Les Français seront-ils un jour, à l’image de l’expression vaudoise, «déçus en bien» ?

 

Jean-Noël Cuénod 

   

LE PLOUC CAUSE DANS LE POSTE A EUROPE1

 

Le Plouc a récemment participé sur Europe1 à l’émission de Sophie Larmoyer «Carnet du Monde», en compagnie de son confrère néerlandais Stefan de Vries.


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15/06/2014

La stèle de Grisélidis Réal ou Tartuffe au Conseil administratif

 

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En 2010, Piogre-sur-Rhône faisait un beau geste, un brin rebelle. Le Conseil administratif de la Ville de Genève acceptait l’inhumation de Grisélidis Réal au Cimetière des Rois, non loin de l’homme de théâtre François Simon et de l’écrivain argentin Jose-Luis Borgès. Mais comme s’il était effrayé par sa propre audace – pourtant si ténue – notre exécutif municipal a refusé par trois voix contre deux (des noms ! Des noms ! Des noms !) la stèle proposée par la famille de notre chère Grisélidis. Trop osée. Trop évocatrice. Trop sexuelle. Cachez cette stèle que nos Tartuffes administratifs ne sauraient voir !

 

Petit aparté à destination de ceux qui, par un caprice de leur destin, ne seraient pas Genevois. Ou pas encore. Grisélidis Réal est une écrivaine, artiste et prostituée qui revendiquait l’aspect social et profondément humain de son métier. Une grande et belle femme pleine de feux et de bontés. Une amazone du bonheur de vivre. A jamais révoltée contre ce qui brise l’humain.

 Quant au cimetière des Rois, il s’agit de notre Panthéon où reposent nos célébrités venues d’ici et d’ailleurs. Son nom n’a rien de monarchique. Jadis sur ce champ, les Rois des concours de tirs recevaient leurs couronnes, les seules admises par ce peuple genevois viscéralement républicain.

 

Revenons à notre monument refusé. Et contemplez ci-dessus la photo l’illustrant. La trouvez-vous choquante ? Les angelots fessus qui font les intéressants sur d’autres tombes se montrent nettement plus lubriques, non ? Les mômiers qui excipent de la présence des restes de Calvin pour refuser la stèle de Grisélidis n’ont pourtant pas exigé qu’on leur mette des slips !

D’ailleurs, personne ne sait vraiment si Calvin repose dans ce cimetière. Il a mis ses ultimes énergies de vivant à exiger qu’aucun marque distinctive ne soit posée sur sa sépulture, qu’il voulait anonyme afin de ne pas donner à la superstition un prétexte pour s’exprimer.

Cette œuvre du sculpteur Jo Fontaine est belle, tout simplement. Sobre, presqu’austère calviniste, en un mot. Elle serait même trop sage, au goût du Plouc, pour signifier le passage sur cette terre d’une rebelle indomptée. Sans doute, Jo Fontaine a-t-il dû brider son grand talent pour ne point choquer nos Tartuffes. Peine perdue, choqués, ils le sont quand même ! Parce qu’il est de la nature des Tartuffes de l’être lorsque la vérité surgit à leurs yeux dans sa nudité. Qu’ils sachent que sans cette stèle, notre Panthéon est décousu !

 

Mais laissons-les à leurs tartufferies et relisons les livres de Grisélidis Réal qui continue, de là où elle est, à nous flanquer des coups de pieds au cul.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Bibliographie de Grisélidis Réal

 

– Le Noir est une couleur, Paris, Éditions Balland, 1974 ; Lausanne, Éditions d'en bas, 1989; Paris, Éditions Verticales, 2005.

La Passe imaginaire, Vevey, Éditions de l'Aire/Manya, 1992 ; Paris, Verticales, 2006.

À feu et à sang, recueil de poèmes écrits entre mai 2002 et août 2003, Genève, Éditions Le Chariot 2003

Carnet de bal d'une courtisane, Paris, Verticales, 2005.

Les Sphinx, Paris, Verticales, 2006.

Le carnet de Griselidis, paroles de Grisélidis Réal et Pierre Philippe, musique de Thierry Matioszek et Alain Bashung, chanson interprétée par Jean Guidoni sur l'album "Putains", 1985.

Suis-je encore vivante? Journal de prison, Paris, Verticales/phase deux, octobre 2008. 

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14/06/2014

Ces librairies qu’on abat

 

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Revoir sa ville vous provoque souvent un sacré crève-cœur. Il y a peu, Le Plouc traînait ses sabots à Genève, du côté de ce collège Calvin qu’il n’a fréquenté que distraitement. Cancre jusqu’au bout des ongles (pas très nets, les ongles). Mais cancre passionné de littérature. Aux salles de classe, Le Plouc en herbe préférait les recoins de la Librairie Descombes, à l’angle des rues Verdaine et du Vieux-Collège (photo).

 

Et voilà qu’en voulant lorgner sur les vitrines, à la découverte de ces étalages de livres que les Descombes savaient rendre attractifs, Le Plouc reçoit un coup de matraque. Symbolique, certes. Mais d’autant plus douloureux. Disparus, les bouquins. Tuée, la librairie. A la place, des fringues, des fringues et encore des fringues, comme autant de bouts de tissus formant le drapeau de la connerie triomphante.

Jadis, Le Plouc aurait eu le courage de flanquer un pavé vengeur sur ces vitrines impies. Mais voilà, il se fait vieux, Le Plouc. Et puis, à quoi bon pulvériser une vitrine ? En un clin d’œil elle sera remplacée par l’assurance du commerçant en nippes.

 

Alors, les souvenirs remontent au cœur comme un doux venin. Voilà M. Descombes père, avec son visage de chef indien, sa silhouette mince et sportive, son costume impeccable… Guide incomparable pour lecteurs adolescents à l’appétit livresque désordonné ; n’imposant jamais, suggérant toujours. Erudition et discrétion.

 

Comme la bande de galapiats à laquelle Le Plouc appartenait avait les yeux plus gros que le portemonnaie, elle est souvent tombée dans la tentation du vol de bouquins, subrepticement glissés sous l’épaisse parka, voire dans le capuchon de l’anorak. L’été, c’était plus difficile, forcément. Mais nous étions passés maîtres dans la fauche, au nez et à la barbe du libraire. Enfin, c’était ce que nous croyions jusqu’à ce que nous lisions l’interview de M. Descombes… La Tribune de Genève avait consacré une page d’enquête sur les vols dans les commerces. Interrogé, le libraire avait expliqué qu’effectivement, un certain nombre de ses clients lui barbotaient des bouquins mais que jamais il ne les dénoncerait, préférant voir des jeunes piquer des livres plutôt que des objets futiles. Dès cet instant, les galapiats n’avaient plus eu le cœur à subtiliser, ne serait-ce que le plus petit opuscule chez Descombes.

 

Riche en ouvrages surréalistes, la librairie possédait un joyau, une édition originale et de luxe de l’œuvre du poète Benjamin Péret, « Le gigot, sa vie, son œuvre » avec une eau-forte de Toyen. Le Plouc en était obsédé. Ce gigot-là le faisait saliver mieux que ne pourrait le faire le plus délectable des agneaux de prés-salés. Régulièrement, il demandait à M. Descombes de le lui présenter, ce que le libraire faisait sans rechigner. Mais, prudent, il se tenait juste à côté. C’est que le bouquin valait 300 francs ! Dans les années 60, cela représentait une somme. Surtout, pour des étudiants.

Un très beau jour, Le Plouc avait fait ses comptes, après avoir payé le loyer de sa chambre, ce qui lui donnait au moins un mois de répit. Il lui restait 305 frs. sur son salaire d’aide-déménageur. Fauché pour fauché, autant tout claquer. Le Plouc allait enfin enfoncer son esprit dans ce gigot bien saignant.  Le regard brillant, un sourire malicieux à peine esquissé, M. Descombes lui avait remis l’ouvrage avec une pointe de cérémonie dans le geste, comme s’il l’avait jugé enfin digne de recevoir ce précieux dépôt.

En sortant de la librairie, « Le gigot, sa vie, son œuvre » sous le bras  - ou plutôt sur les bras, étant donnée sa taille imposante –  Le Plouc s’était rendu chez Davidoff pour s’offrir un Havane avec la thune restante. Luxe suprême : feuilleter un livre rare en fumant un Davidoff dans un gourbi d’étudiant, alors que plus un sou ne garnit la boîte en fer blanc…  

 

Mais que faire de tous ces souvenirs ? Se lamenter sur le temps perdu à jamais ? Pleurnicher sur les méchancetés actuelles ? Se complaire dans le sirop amer de la nostalgie ? Vitupérer l’époque comme le fourreur dans le poème d’Aragon ? Ce serait baisser pavillon.

 

Décrétons plutôt la résistance de l’écrit. Les nouvelles technologies déversent des flots confus d’images qui confondent le crétin et le génial. Or, avec ce gloubiboulga, le crétinisme contamine le génial mais l’inverse, hélas, ne se vérifie pas. Seule l’écriture permet de décrypter l’image, d’en dénoncer les manipulations, d’en subvertir le caractère stupéfiant, de distinguer le subtil de l’épais. Témoignons de la force de l’écrit partout. Occupons tous les espaces, les virtuels, les réels. Inoculons la poésie dans ce grand corps mous de l’Internet. Nos voix se perdent-elles dans ce chaos frénétique ? Il en restera toujours quelque chose, une graine, un mot qui sera, peut-être, le germe d’un monde moins stupidement brutal.

 

 

Jean-Noël Cuénod


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La rentrée littéraire par Europe1fr

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13/06/2014

Du Front national au PS et l’UMP : la grande déglingue des partis français (Les Jeudis du Plouc)

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Le paysage politique français ressemble à un champ de ruines. De ruines ? Non, l’image est à jeter. Il y a de belles ruines, évocatrices et attachantes. Rien de tel en l’occurrence. Disons qu’il est semblable à un champ de détritus et n’en parlons plus. Enfin si, parlons-en. Car depuis la guerre d’Algérie, jamais la France n’a traversé une période aussi périlleuse.

 

Sa situation sociale bloquée et son économie en déclin accéléré sont encore aggravées par une caste politique d’une rare médiocrité et qui ne cesse de sombrer dans le ridicule. Vis-à-vis de ses voisins, la France décroche, même par rapport à l’Italie. Après avoir chaussé le clown Berlusconi, la Botte a sombré au fond du gouffre. Elle est en train d’en sortir grâce aux réformes que Matteo Renzi a su faire accepter à son peuple, en damant le pion aux partis démagogistes. A ce rythme, le fameux couple franco-allemand sera remplacé par le couple italo-allemand.

 

Le Parti socialiste au pouvoir est incapable d’expliquer aux citoyens les réformes qu’il envisage d’appliquer, réformes qui se transforment vite en demi-mesure, voire en chiffon de papier dans une poubelle. Son président n’est pas seulement impopulaire, il est méprisé, même par une grande partie de ses électeurs.

Les petites combinaisons de François Hollande qui ont fait merveille durant son règne de patron du PS ne lui servent à rien lorsqu’il s’agit de négocier les intérêts de son pays auprès des instances européennes. Hollande s’y est d’ailleurs fait rouler dans la farine par Angela Merkel qui a réussi à prendre le commandement de l’Union en imposant sa politique d’austérité qui sert les intérêts de l’Allemagne. Hollande suit donc la même politique d’abdication face à Berlin que celle qu’avait suivie de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Or, le socialiste a été élu pour, justement, en faire une autre.

 

Le principal parti d’opposition, l’UMP, réussit l’exploit de tomber encore plus bas que le PS au pouvoir. On ne compte plus le nombre d’affaires politico-financières qui accablent plusieurs de ses dirigeants, à commencer par Sarkozy qui veut, malgré tout, reprendre du service pour 2017. La casserole la plus récente – le dossier Bygmalion ­– déborde de fausses factures qui ont asséché les comptes de l’UMP, alors que les militants de base avaient dû cracher au bassinet pour renflouer les caisses de leur parti à la suite d’un Sarkothon resté dans toutes les mémoires. Et voilà que certains protagonistes murmurent qu’ils se pourraient bien que l’argent détourné ait servi à la campagne présidentielle de Sarkozy en 2012. Pour un parti qui veut gérer la France, voilà qui fait vraiment très sérieux !

 

Le Front national se montre tout aussi lamentable. Grand vainqueur des élections européennes, le FN offre l’hilarant spectacle d’une polémique familiale opposant publiquement les Le Pen père et fille, à propos de la « sortie » antisémite du paternel frontiste contre le chanteur Patrick Bruel. Mais ce n’est pas tout. Selon Mediapart, le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire afin de connaître l’origine d’un enrichissement personnel de Jean-Marie Le Pen, enrichissement évalué à 1,1 million d’euros entre 2004 et 2009.

 

Les trois principaux partis français perdent chaque jour de leur crédibilité. Les autres (centristes divers, Front de gauche, Verts) ne se montrent pas plus convaincants. Les Français sont désormais persuadés qu’avec de pareils bourrins son attelage ne sortira pas de l’ornière. Et c’est ce qui les angoisse. Par qui les remplacer ? En fait, c’est tout le système de la Ve République qui est mort et dont le cadavre ne cesse d’empuantir l’Hexagone. Deux tribus néfastes encombrent les allées du pouvoir. La plus ancienne, l’Enarchie, continue à pondre des textes de lois abscons, tarabiscotés, totalement déconnectés de la réalité, inapplicables et incompréhensibles. La plus jeune, la Comm’, multiplie les «éléments de langage» à l’intention des politiciens, ce qui consiste à diffuser un sabir tellement prévisible et formaté qu’il en devient comique.

Au sommet, trône un roi élu, revêtu de tous les pouvoirs symboliques mais ne pouvant plus guère en exercer. Car, le pouvoir politique ne s’active plus dans le pré carré national mais au sein des instances mondialisées. On peut s’en lamenter et grossir le chœur des pleureuses, la globalisation est un fait particulièrement têtu qui a transformé le Roi républicain en un bouffon qui agite ses grelots en croyant encore brandir un sceptre.

 

Mais pour élire ce Roi impotent dans son omnipotence de papier, il en faut de la galette! Les campagnes électorales deviennent des spectacles avec effets spéciaux (et spécieux) gigantesques et onéreux. D’où le recours à la gymnastique comptable dans le meilleur des cas et aux magouilles crapuleuses dans le pire.

 

Ce système n’est plus réformable et pour que la France se ressaisisse, il lui faudra passer par un changement radical et profond de ses structures. Seul son peuple, trouvant en lui des forces nouvelles, peut mener cette transformation. Ce pays s’est toujours réformé dans la douleur et parfois le drame. Espérons qu’il affrontera la douleur en évitant le drame.

 

Jean-Noël Cuénod


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ANALYSE D'UN JOURNALISTE POLITIQUE SUR L'UMP


Jeudy Politique : Fillon/Juppé 1 – Sarkozy 0 par lejdd

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10/06/2014

Marine Le Pen contre son père... Fausse querelle?

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 Gratinés, les repas de famille chez les Le Pen! Ce samedimanche, le père, la fille et le gendre (pas de Saint-Esprit à l’horizon) se sont lancés dans de sévères invectives intrafamiliales par médias interposés. A l’origine, une vidéo diffusée par le site du Front national au cours de laquelle Jean-Marie Le Pen se moque des chanteurs qui ont proclamé leur déception après la victoire frontiste aux Européennes.

Vient le tour de Patrick Bruel: «Oh, ça ne m’étonne pas… On fera une fournée la prochaine fois !»  Parler de fournée, à propos d’un chanteur de religion juive, nous ramène au Front national des origines et de son antisémitisme fondamental.

Ce faisant, le père semble saboter tout le travail de dédiabolisation entrepris par Marine Le Pen et son entourage, au grand dam du député Bleu Marine Gilbert Collard et de Florian Philipot, numéro 2 du FN.

Le compagnon de Marine Le Pen (qui est aussi vice-président du FN) Louis Aliot s’est lâché devant les micros à propos de la déclaration de beau-papa: «C’est stupide politiquement et consternant». Sentant sa moutarde lui monter au nez, le père Le Pen a ensuite traité son gendre et les amis de ce dernier d’ «imbéciles» pour avoir mal interprété ses propos qui sont pourtant d’une couleur brune tout à fait voyante. 

 

C’est alors que Marine Le Pen en a rajouté une louche: «Je suis convaincue que le sens donné à ses propos relève d’une interprétation malveillante. Il n’en demeure pas moins qu’avec sa très longue expérience, ne pas avoir anticipé l’interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique.»

 De plus, cette «sortie» paternelle intervient peu après une autre où le «président d’horreur» du FN invoque «Monseigneur Ebola» pour éradiquer l’«immigration massive» due à l’«explosion démographique».    

 

Bien entendu, il ne s’agit pas de dérapages, contrairement à ce que les médias radios-TV ânonnent façon mantra. Jamais le père Le Pen ne dérape. Il faut lui laisser au moins cette qualité, il est l’un des rares politiciens français qui usent de notre langue à la perfection; Le Pen dispose d’un large registre d’expressions qu’il utilise chaque fois avec précision. Dès lors, que cherche-t-il? Subirait-il les vicissitudes du grand âge – 86 ans aux cerises? Il n’y paraît guère à le voir aussi prompt à la réplique.    

 

Tentons deux explications.

 

Version divergence réelle. Jean-Marie Le Pen – furieux de se voir dépossédé de «son» parti – mine la politique actuelle de sa fille qu’il juge coupable de vouloir émasculer le Front national en n’utilisant plus la rhétorique néofasciste paternelle.  Déjà que les fils tuent les pères à l’instigation de Freud (encore un Juif, ils sont partout !), si les filles s’y mettent, c’est la fin des haricots patriarcaux.

Version divergence bidon. Le père et la fille miment leurs désaccords en utilisant la classique tactique, en l’honneur chez les vieux flics, du «bon» et du «méchant». D’un côté, Marine Le Pen fait des risettes à l’électorat de la droite modérée mais aussi aux ouvriers et aux laissés-pour-compte du social-hollandisme. Elle élargit ainsi de façon notable l’audience du FN. De l’autre, Jean-Marie Le Pen rassérène le noyau dur des frontistes par ses déclarations racistes et antisémites. Et de cette façon, il conserve au sein du Front national, ces militants très actifs qui pourraient être tentés de rejoindre d’autres mouvements encore plus extrémistes.

 

Quelle que soit l’explication, c’est le noyau dur du FN qui est en cause. Soit, Marine Le Pen veut le réduire à son minimum, en multipliant les gestes symboliques contre son père. Soit, elle veut conserver ce précieux héritage militant en laissant son père batifoler dans la forêt brune.

«Marinistes» contre «gollnischiens» au congrès de Tours du FN  

 

Lors du Congrès FN à Tours en janvier 2011, deux camps bien distincts se font face. Il s’agit de procéder à l’acte final de l’élection interne qui paraphe la victoire de Marine Le Pen contre son rival Bruno Gollnisch. Les «marinistes» se présentent comme des Français moyens, aux idées tout aussi moyennes. Dès que Marine parle de «justice sociale» sur le mode gauchisant et de «République» sur le mode gaulliste, ces garçons et filles applaudissent à tout rompre, dans un joyeux désordre, quitte à huer Gollnisch. En face, les «gollnischiens», nettement plus machos, sont groupés au cordeau. De l’ordre, de la discipline. Pas de huées contre la fille du Chef, seulement un silence glacial lorsqu’elle discourt sur les mérites de la République.

 Leur patron Gollnisch fait un discours totalement opposé à Marine Le Pen et reprend tous les vieux mythes du fascisme français. Il met du baume sur la nuque rasée de ses troupes en évoquant, avec des trémolos, l’émeute antirépublicaine du 6 février 1936. Pour les «gollnischiens», cette République célébrée par Marine Le Pen n’est que la «Gueuse», pour reprendre l’expression de leurs grands-parents, lecteurs de feu L’Action Française. 

 

Les «gollnischiens» sont nettement moins nombreux que les «marinistes». Mais contrairement à ces derniers, ils sont bien organisés et disposent d’un corpus idéologique cohérent. Ce sont de tels éléments qui constituent la colonne vertébrale de tous les partis extrémistes; ils sont les garants de leur pérennité. Il est donc difficile de s’en passer, même s’ils sont encombrants. Les «marinistes», eux, sont idéologiquement flottants et se montrent plus enclins à butiner ici ou là au gré des modes politiques. Il est difficile de pétrir des militants avec cette pâte un peu molle. A la première bourrasque, ils peuvent quitter le navire.

Pour filer la métaphore fromagère, les «gollnischiens» représentent le ferment lactique du Front national.

 

C’est pourquoi Le Plouc penche en faveur de la version «divergence mimée» entre le père et la fille. Certes, il peut se tromper car personne ne se promène dans la tête des Le Pen. Mais de toute évidence, le noyau «gollnischien» constitue un enjeu important dans la vie interne du FN, même si Bruno Gollnisch n’est plus qu’une relique d’Ancien Régime.

 

DERNIERE MINUTE

 

 

 

Les événements se précipitent au Front national. Lundi après-midi, l’avocat du parti, Wallerand de Saint-Just, annonce que le blogue de Jean-Marie Le Pen – dans lequel le vieux chef avait déblatéré sur Patrick Bruel et sa «fournée» ­– ne sera plus hébergé par le site du FN. Explication avancée: Marine Le Pen, responsable du site frontiste, en avait marre d’essuyer les plaintes provoquées par les propos paternels. Dès lors, ce serait plutôt la thèse de la divergence réelle qui prendrait de la consistance. Que fera le noyau dur des frontistes ? 


 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

La première vidéo montre Jean-Marie Le Pen prononçant sa formule contre Patrick Bruel ; la seconde met en scène les JAG (Jeunes avec Gollnisch), le noyau «gollnischien» du FN.


Le Pen attaque Bedos, Madonna, Noah et Bruel... par LeLab_E1



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07/06/2014

BILAN

 

 

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Dans les sillons du ciel

                                                          Homme petit homme

Tu as semé tes larmes

 

Creuse creuse creuse

Ta tombe tu tombes

Tu tombes

Dans le sein moelleux puant

                                                           De la sous-terre

 

Tu te terres

Te taire

Tu n’es qu’un bruit qui fait tinter

                                                          Le silence

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

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05/06/2014

François Hollande reconstruit la France façon puzzle (Les Jeudis du Plouc)

 

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Plus un pays est centralisé, plus il est doté de sous-ensembles qui s’enchevêtrent. La France en offre l’illustration avec son mille-feuilles administratif devenu indigeste même pour les estomacs technocratiques qui doivent digérer régions, départements, cantons, communautés de communes, communautés de pays, communautés urbaines, syndicats intercommunaux, agglomérations, métropoles, communes. Le plus hallucinant est que les départements et régions bénéficient d’une clause de compétence générale qui leur permet d’intervenir dans à peu près n’importe quel domaine.

 

 C’est ainsi que Le Plouc a dû se taper deux aller-retour entre son village périgordin et le chef-lieu du Département, Périgueux, puis deux autres, entre son coin et le chef-lieu de la région Aquitaine, Bordeaux, pour tenter (en vain d’ailleurs) de résoudre une question d’ordre bureaucratique. Périgueux lui disait d’aller se faire voir à Bordeaux et Bordeaux lui rétorquait de retourner à Périgueux pour voir si Bordeaux y était. Après une telle expérience, on ne sait plus où on habite, que voulez-vous! En tout, Le Plouc a dû parcourir 828 kilomètres pour ne pas régler un problème.  

Que le président François Hollande s’empare de ce mille-feuilles coûteux pour le réduire à l’état de crêpe rapportant de la galette, voilà qui part d’une bonne intention.

 

L’ennui avec Hollande, c’est que les bonnes intentions sont souvent suivies de mauvaises décisions. Il a commencé par la réforme des régions, alors qu’elles ne constituent pas le niveau administratif le plus budgétivore. Il aurait été plus urgent et plus lucratif – mais il est vrai plus compliqué politiquement – de régler le sort des départements et de mettre de l’ordre dans les intercommunalités.

Toutefois, ce péché est véniel en regard de la démarche générale. Elle consiste à redécouper ces régions façon puzzle, dans l’arbitraire le plus complet, en écoutant plus certains que d’autres, en fonction des pouvoirs de nuisances :

«Tiens, je vais mettre le Poitou-Charentes présidée par Ségolène avec l’Aquitaine. Ah non, c’est impossible ! Mon ex ne veut pas faire région commune avec le Duc de Bordeaux Juppé qui lui porterait ombrage. Mais c’est qu’elle a de l’appétit Ségo ! Elle veut maintenant fusionner Poitou-Charentes avec les Pays de Loire. Oui, mais là, c’est Ayrault qui refuse et projette de s’aboucher avec la Bretagne. Contre l’avis de mon pote Le Drian qui n’est pas un facile… »

 Résultat : comme le relève Le Canard Enchaîné, lundi à 20 h. 40, l’Elysée envoyait un communiqué sous embargo aux rédactions en laissant en blanc le nombre de régions sur la nouvelle carte. Ce n’est qu’à 21 h. 10 que cette information a été donnée. On imagine les coups de fils de dernière minute qui ont dû crépiter sur la ligne présidentielle. C’est dire aussi le caractère improvisé de l’exercice. D’ailleurs, les maires, pourtant les premiers concernés, n’ont même pas été consultés et n’ont pris connaissance de la nouvelle carte à 14 régions (au lieu de 22 actuellement) qu’en lisant la presse, comme tout le monde. 

 

En France, c’est toujours d’en haut que l’on dessine la carte d’en bas. Depuis les Jacobins et l’instauration de leur République, Paris se méfie du sentiment d’appartenance locale qu’il perçoit comme un reliquat des provinces de l’Ancien Régime.

Sous la monarchie, les provinces, aux contours parfois assez flous, disposaient de statuts tout à fait différents, avec des prérogatives attachées aux unes mais pas aux autres, des hiérarchies qui ne correspondaient pas et des administrations qui, déjà, se chevauchaient. Le « mille-feuilles » français ne date pas d’aujourd’hui!

A la Révolution, les provinces ont fait place aux départements, de dimensions plus réduites et formés par le même moule. Il s’agissait de mettre de l’ordre dans le fouillis d’Ancien Régime pour libérer des échanges économiques entravés par ces inextricables buissons de particularités, de rapprocher le citoyen du pouvoir, mais aussi de permettre à ce même pouvoir de garder un œil sur le dit citoyen et ses capacités fiscales.

 

La suppression des provinces obéissait également à un autre but plus idéologique. Ces pays provinciaux avaient été formés par l’histoire et la géographie, ce qui a fait naître en leur sein une culture, voire une langue, des mœurs, des coutumes partagées par leurs habitants qui, de ce fait, éprouvaient un sentiment d’appartenance collective. Or, pour la Révolution, il fallait que tous ces sujets d’origines diverses devinssent des citoyens d’une même nation. Les Bretons, les Normands, les Provençaux, les Bourguignons et tant d’autres ne devaient n’avoir qu’une seule identité, française. L’égalité devait l’emporter sur les différences. Car la contre-révolution monarchiste pouvait utiliser ces différences comme autant de coins à enfoncer dans les positions d’une République qui venait de naître.

 

Cette méfiance du Centre parisien vis-à-vis des particularismes provinciaux a perduré lorsque la République s’est installée. Au XIXe et jusqu’à la Libération, l’influence du courant monarchiste – incarné par l’intellectuel antisémite Charles Maurras et son journal «L’Action française» – irriguait encore la vie politique, culturelle et sociale de la France. Or, Maurras prônait le retour des provinces, représentant le «pays réel» contre le «pays légal» illustré par les institutions républicaines. Ce qui ne pouvait que renforcer les républicains dans l’idée qu’il fallait réduire le plus possible les pouvoirs locaux au profit du Centre.  

 

La défiance républicaine a même repris de la virulence à la Libération, le régime de Pétain ayant tenté de rétablir les provinces afin d’achever la République. Dès lors, des gaullistes aux communistes, un consensus a été vite trouvé: retour au centralisme.

Cela explique, par exemple, pourquoi Nantes et son département de Loire-Atlantique n’ont pas été réunis à la Bretagne, contre toute logique historique et culturelle, lors des premières tentatives pour créer les régions, dès 1955. Derrière les arguments d’ordre technocratique, il est difficile de ne pas voir la persistance de cette vieille méfiance républicaine à l’égard d’une Bretagne reconstituée, ayant une forte identité culturelle et pouvant parasiter le dogme fondateur de la «République une et indivisible». Le même processus explique sans doute la réunion des deux départements savoyards dans cette construction artificielle qu’est la région Rhône-Alpes.

 

Au lieu de prendre en compte le fait que, désormais, personne n’aurait l’idée de mettre à bas la République pour la remplacer par un trône royal, François Hollande a repris la vieille démarche jacobine. Et le voilà avec sa paire de ciseaux en train de redécouper en solitaire, mais non sans pression de ses amis, des régions formées par une longue histoire, sans demander l’avis des populations concernées. Dans une démocratie, cette attitude est indigne et génératrice de troubles futurs. La révolte des bonnets rouges de cet hiver a pour origine le sentiment d’être dépossédé de sa vie collective au profit d’entités technocratiques. Mais Hollande reste sourd et aveugle. Jusqu’à la prochaine révolte.

 

Jean-Noël Cuénod 

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02/06/2014

Le Djihad des banlieues, un mal français

 

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Qui n’a pas passé un dimanche après-midi à Rosny-sous-Bois ne sait pas ce qu’est l’ennui. Il suinte de partout et, surtout, des barres d’immeubles. Elles ne sont même pas dégradées d’ailleurs,  ces boîtes à dormir. Elles sont simplement moches et mornes, comme de grands cercueils posés ça-et-là, à la va-comme-je-te-crève. Le silence serpente comme un petit vent aigrelet sur les maigres pelouses pelées où aucun enfant ne joue.

 

 

 

Dans les allées, personne, sinon quelques jeunes noirs, portant des maillots du Barça ou du Réal, qui tentent de réparer un tacot hors d’âge. Où sont-ils, ces habitants? «Devant la télé ou au centre commercial, non pas pour acheter mais seulement pour regarder», explique cette habituée des cités de la Seine-Saint-Denis, département de la banlieue  parisienne plus connu sous son matricule façon cellule: le 9-3.

 

 

 

Le djihad apparaît alors aux déclassés comme une échappée vers un monde fait d’aventure, d’héroïsme, de fraternité d’armes. Un monde où, enfin, on se sent vivre quitte à tuer, quitte à en mourir. Qu’attendraient-ils de la France qui, pour eux, symbolise leurs échecs scolaires ou professionnels? Rien.

 

 

 

Ce n’est sans doute pas par hasard que Mohamed Merah a vécu dans un quartier toulousain du même genre, cité Bellefontaine au Mirail, ni que Mehdi Nemmouche, le suspect du massacre au Musée Juif de Bruxelles, a poussé comme il a pu Cité Bourgogne à Tourcoing. Que ce soit au Sud ou Nord de l’Hexagone, la météo des banlieues est toujours au gris.

 

 

 

 

 

Islam radical: les politiques ont-ils fermé… par LCP

 

 

 

Le Djihad en Syrie a formaté Merah comme il l’a fait pour Nemmouche. De retour en France, ils se sont mués en bombes à retardement, allumées par des idéologues comme Adam Gadahn, ressortissant des Etats-Unis, né dans une famille judéo-protestante (les Pearlman) et converti à l’islam à 17 ans.

 

 

 

Cette nouvelle génération d’islamoterroristes, –­souvent musulmans de fraîche date –, constatant que des opérations comme celles du 11-Septembre ne sont plus possibles, table désormais sur des actions individuelles, menées à peu de frais et visant des cibles, généralement juives, peu protégées. C’est une sorte de 11-Septembre rampant qui est ainsi mis en œuvre.

 

 

 

Tous les pays occidentaux sont visés. Et chacun est touché en fonction des propres faiblesses de son Etat. Ainsi, les affaires Merah et Nemmouche offrent un concentré des souffrances qui accablent la France.

 

 

 

Malgré les multiples «plans banlieue» et les centaines de millions d’euros qui y ont été investis en pure perte (200 millions en 2008 d’après le Sénat et 600 millions annoncés en avril dernier par la ministre Najat-Belkacem, sans compter les autres plans), la situation dans les cités, dites par euphémisme «sensibles», s’est détériorée. Nombre d’entre elles se trouvent gouvernées de facto par l’économie criminelle – qu’on ne peut même pas appeler souterraine puisqu’elle agit au grand jour.

 

 

 

Ces zones de non-droit ne cessent de s’élargir. Les services de l’Etat sont remplacés par les structures délinquantes qui s’organisent autour des trafics d’armes et de stupéfiants, notamment. Dans ces cités où vous ne trouverez ni poste ni commissariat ni bureau d’aides; ce sont les trafiquants qui assurent le gros de la redistribution sociale, évidemment dans l’inégalité et l’arbitraire.

 

 

 

Ainsi, de vénérables grands-mamans servent-elles de «nourrices» à ces bandes, c’est-à-dire qu’elles leur ménagent des planques pour y stocker la drogue. Bien sûr, cette prestation est rémunérée. Les gamins sont aussi sollicités dès le plus jeune âge pour servir de guetteurs et prévenir toute présence hostile. «Qu’est-ce tu feras plus tard quand tu seras grand, mon petit?» «Ben dileur, comme mon grand frère, c’te question!»

 

 

 

Pourquoi cet échec constant? Comme toujours, les causes sont multiples. Mais l’idéologie centralisatrice – qui traverse tous les courants politiques de l’extrême-droite à l’extrême-gauche – en constitue une qu’on ne saurait qualifier autrement que de … centrale.

 

 

 

Le centralisme français n’est pas qu’un mode de gouvernement, c’est une sorte de mentalité collective qui s’est progressivement installée dès la royauté avec la place centrale du Roi, qui a été forgée à la Révolution par la victoire des Jacobins sur les Girondins, le 2 juin 1793,  puis peaufinée par le Premier Empire et consolidée au fil des régimes.

 

 

 

Il s’en est suivi la création d’une caste d’«ingénieurs de l’administration» basée à Paris qui s’est progressivement, par effet entropique, dégradée en bureaucratie. Au nom de l’égalité, il s’agissait – et il s’agit toujours – pour le Centre (c’est-à-dire Paris) de concevoir des cadres juridiques, administratifs, sociaux dans lesquels tous les éléments de la France doivent se débrouiller pour s’y insérer.

 

 

 

Le Centre décide, la périphérie exécute. La base du centralisme est donc autoritaire par essence, fût-ce dans une démocratie. Toutes les tentatives de décentralisations, même si elles ont apporté quelques améliorations secondaires, sont condamnées à l’échec, car on ne peut pas réformer un  système aussi rigide. Le Centre ne veut pas abandonner sa primauté dans la mesure où il parvient à persuader une majorité de Français que lui seul peut assurer l’unité de la France.

 

 

 

Les banlieues pauvres se situent à la périphérie des périphéries, sorte de rebut en bout de ligne où le Centre exile tout ce qui ne peut pas s’inscrire dans ses cadres. Alors que le discours officiel en France condamne le communautarisme et encense la laïcité, l’Etat central a fait exactement l’inverse dans les cités déshéritées.

 

 

 

Le Centre devant s’occuper de tout, il fixe ses priorités dans son proche environnement.  C’est là qu’il s’investit, parce que c’est là que se trouvent ses électeurs, ses contribuables, ses zones d’activités principales. Dès lors, il était commode pour lui de laisser les cités aux mains d’imams autoproclamés, de petits trafiquants qui ne le gênaient pas trop et de laisser deux pétromonarchies, Qatar et Arabie Saoudite, y investir massivement.

 

 

 

Bien entendu, ces Etats islamistes particulièrement rétrogrades et antidémocratiques, ont financé diverses officines salafistes, celles qui prônent le retour à l’Islam médiéval et le rejet des idées issues des Lumières. Pris par son mouvement centralisateur, le Centre n’a rien vu venir. Ou plutôt n’a rien voulu voir venir, malgré les émeutes de 2005 à Clichy-sous-Bois et 2007 à Villiers-le-Bel.

 

 

 

Cet humus, formé d’intégrismes et de trafics, fait naître une génération qui n’a pour signe d’appartenance à la France qu’une carte d’identité. Mais elle reste foncièrement étrangère à ce qui fait ce pays, puisque le Centre l’a laissée croupir dans sa périphérie des périphéries.

 

 

 

Le Centre, aujourd’hui, s’étonne de ce surgissement sauvage d’islamoterrorisme et s’agite alors qu’il en est l’auteur par dol éventuel. Il n’a pas voulu le résultat de son absence d’acte mais n’a rien fait pour changer de pratique et de politique.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 


ESPACE VIDEO

Ce débat évoque une autre affaire intervenue en octobre 2012.


Islam radical : les politiques ont-ils fermé... par LCP


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01/06/2014

Comment – avec dignité – fêter le 200e anniversaire de l’entrée de Genève dans la Confédération

 

 

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Première pensée émue pour les Vieux-Grenadiers qui sont en train de suer dans leur «ourson», le célèbre bonnet à poils. Seconde pensée émue pour les milliers de Genevois qui vont fêter ce 200e anniversaire de l’entrée de Genève dans la Confédération avec tout le faste que requiert cette joyeuse commémoration.

De Piogre-sur-Seine, le Plouc ne peut que suivre virtuellement les réjouissances de Piogre-sur-Rhône. Et se rappeler le 150e anniversaire en 1964, le cortège costumé vers le Port-Noir et son oncle Jean-Etienne qui avait bien de la peine à ne pas faire exploser son uniforme de capitaine des troupes de montagnes et s’essuyait régulièrement le crâne sous son képi.

 

En 1814, les Genevois ont eu le nez creux en demandant à devenir canton suisse. Il s’en est suivi deux siècles de paix, de liberté et de prospérité, malgré les crises économiques. Imaginons notre sort si notre ville était restée chef-lieu du département français du Léman, ce qu’elle fut du 15 avril 1798 au 31 décembre 1813. La Genève française a subi les guerres, la disette, les privations, l’oppression et la haine de l’Empereur Napoléon qui trouvait que cette ville «parlait beaucoup trop anglais». Il n’est donc pas difficile de revivre la joie des Genevois d’alors, lorsqu’ils ont acclamé les troupes suisses mettant pied au Port-Noir.

Saluons la Suisse et les bienfaits qu’elle nous a prodigués durant ces deux siècles. Elle le mérite tellement.

 

Est-ce une raison pour vilipender la France comme le font certains internautes, sans doute Genevois de trop fraîche date pour reconnaître tout ce que nous devons à la France?  Certainement pas.

 

Genève est indissolublement liée à la culture française à laquelle elle participe de plein droit. De Rousseau à Nicolas Bouvier, Genève a donné de grands écrivains à notre langue française. Mais le rayonnement culturel de la France a aussi apporté à leurs œuvres une reconnaissance mondiale.

 C’est à un Français, Jean Calvin, que nous devons la place centrale de notre petite cité dans la diffusion de la Réforme, jusqu’aux lointaines Amérique. Et c’est grâce à tous les réfugiés huguenots que nous avons développé nos industries de pointe.

 

Ceux qui, pour célébrer la Suisse, se croient obligés de cracher sur la France, sont des infirmes du cœur et des empêchés du cerveau.

 

Jean-Noël Cuénod

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31/05/2014

Vous avez aimé Marine Le Pen? Vous allez adorer Udo Voigt!

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Le tintamarre provoqué par le succès du Front national aux élections européennes a relégué au fond de l’actualité cette information: un néo-nazi allemand siègera au Parlement européen. Vous avez aimé Marine Le Pen? Vous allez adorer Udo Voigt! Cet admirateur de Hitler – un «grand homme d’Etat» affirmait-il en 2004 dans l’hebdomadaire berlinois Junge Freiheit – est en effet l’heureux élu, tête de liste du NPD, créé en 1964 par d’anciens membres du parti nazi qui ont contourné ainsi l’interdiction de reconstituer le NSDAP du führer.

Agé de 62 ans, ingénieur d’aviation de formation, Udo Voigt n’avait pas été titularisé dans la Bundeswehr, en raison de son engagement au NPD, dès 1968. Il faut dire que ce garçon a été à brune école, puisque son père et modèle fut un milicien de la SA. A l’instar de l’Autrichien Haider, Voigt a dit aussi tout le bien qu’il pensait de ces grands humanistes de la Waffen-SS. En cela, il a fait preuve d’un certain œcuménisme national-socialiste puisque ce sont les SS qui ont massacré les dirigeants de la SA, devenus encombrants pour Hitler, lors de la «Nuit des Longs Couteaux».

 

En outre, on appréciera la touche délicate de l’affiche (photo) montrant celui qui veut «donner des gaz» à la Germanie éternelle.

 

Comment un tel personnage a-t-il pu être élu dans une Allemagne devenue pacifique et démocratique? Berlin vient de changer sa loi électorale en instaurant la proportionnelle intégrale pour les Européennes. Auparavant, une liste devait atteindre au moins 3% pour pouvoir élire un eurodéputé. Avec seulement 1% des suffrages, le NPD a donc pu envoyer à Strasbourg son mini-führer. 1%, cela n’a l’air de rien. Mais lorsqu’on traduit le pourcentage en nombre de voix obtenues par le parti de Voigt, la perspective change. Il s’est trouvé tout de même 300 000 électeurs allemands pour voter NPD, soit l’équivalent du nombre d’habitants de Bonn, l’ancienne capitale fédérale. Il ne faut jamais sous-estimer la connerie.

 

En surfant sur la Toile, on s’aperçoit à quel point il est gratiné, le Voigt! Outre son admiration pour Hitler, son régime et ses milices, il fait partie également de ceux qui relativisent la Shoah. Le 10 décembre  2007 à la chaîne allemande ARD, le nouvel eurodéputé contestait le chiffre de 6 millions de juifs massacrés par Hitler pour lui préférer celui de 340 000.  Il réclame également le retour dans le giron teuton de la Poméranie et de la Silésie, entre autres. Ah, «lebensraum» quand tu nous tiens!

 

Udo Voigt pue tellement le remugle brun que même Marine Le Pen n’en veut pas dans le groupe qu’elle tente, non sans mal, de constituer au Parlement européen. Pourtant, sur certains de ses chapitres, le programme du NPD devrait séduire les frontistes. On sait qu’à chaque compétition, Jean-Marie Le Pen vitupère l’équipe de France de foot et ses joueurs multicolores. Dans le même ordre de sous-idée, le NPD a diffusé une affiche représentant l’international Patrick Owomoyela revêtu du maillot de la sélection nationale allemande, avec ce slogan : «Blanc mais pas seulement comme couleur du maillot» («Weiß - nicht nur eine Trikotfarbe»). Ce qui a d’ailleurs valu à Udo Voigt d’être condamné par la justice berlinoise à sept mois de prison avec sursis. De même, la stigmatisation des Roms et immigrés constitue un autre dénominateur xénophobe commun entre le FN et le NPD.

 

Conclusion: qui se ressemble ne s’assemble pas forcément.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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29/05/2014

Les amanites blondes et le grand vertige (Les Jeudis du Plouc)

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Tout s’écroule. Devant nos pas, un grand vide s’ouvre. Un grand vide sans fond. Fascinés, nous chutons. Affolés, nous nous tentons de nous accrocher aux branches. Des branches situées à main droite (extrême). Certains pays, comme l’Allemagne, semblent épargnés, en raison de leur bonne santé économique. Mais pour combien de temps ? D’ailleurs, la prospérité du Danemark et de la Suisse n’empêche nullement leurs partis nationalistes de s’imposer.  Car la cause du mal n’est pas qu’économique. Il n’y a que François Hollande pour croire qu’en faisant baisser le chômage ­–  la France en est bien loin ­– on éradiquera ipso facto le nationalisme. Ou plutôt les nationalismes, tant ils paraissent divers dans leurs origines et leurs programmes.

 

Les partis nationalistes n’ont pas surgi dans la forêt comme champignons après l’ondée. C’est toute la forêt qui s’est effondrée, laissant apparaître les amanites blondes, genre Marine Le Pen et Geert Wilders. Cette forêt était constituée par les partis qui privilégiaient la raison plutôt que l’émotion.

 

Ces partis de la raison étaient constitués de deux grandes familles : le libéralisme et la social-démocratie. C’est de leur camp respectif que l’un et l’autre ont subi les premiers coups, ceux qui leur ont causé des dégâts irréversibles.

 

L’infernal couple anglo-saxon Reagan-Thatcher a détruit, au nom du libéralisme, ce qui constituait un élément fondamental dudit libéralisme, à savoir la régulation. Le libéralisme avait pour principe de ménager le plus possible d’espace à la liberté d’entreprendre et prônait la libre concurrence. Mais, conscients qu’un laisser-faire absolu allait créer des désordres sociaux considérables, les libéraux de jadis ont encadré cette liberté par la loi et l’Etat de droit. Pour reprendre une vieille image, le renard disposait certes d’une grande liberté dans le poulailler, mais il lui était interdit de tuer toutes les poules. L’ultralibéralisme à la Reagan-Thatcher a fait voler en éclat ce vieux libéralisme permettant au renard de se lancer dans tous les carnages qu’exige son appétit sans frein.

 

Le libéralisme s’efforçait – sans forcément y parvenir – à ce que le meilleur l’emporte en fixant les règles du jeu. Avec l’ultralibéralisme, ce n’est pas le meilleur qui triomphe, mais le plus pervers, celui dont la course folle n’est entravée par aucun scrupule, aucune limite. L’industrie du porc breton paie-t-elle ses ouvriers au salaire minimal ? L’industrie porcine allemande réplique en rémunérant ses ouvriers roumains au lance-pierre pour vendre sa cochonnerie à vil prix. Les tisserands pakistanais des multinationales chinoises et occidentales demandent-ils quelques grains de riz supplémentaires dans leur bol? Leurs collègues bangladais sont prêts à prendre la relève. Le phénomène a été mille fois rabâché. Après la crise des «subprimes» – un sommet dans l’immondice ultralibérale – les partis libéraux ont promis que, cette fois-ci, on allait dresser le renard capitaliste. Qu’a-t-on vu ? Rien.  Ces formations «raisonnables» se sont montrées incapables de faire entendre raison à ce renard enragé.

Et l’on voudrait que le peuple vote pour eux?

 

Côté social-démocrate, ce n’est pas plus brillant, au contraire. Après la chute du Mur de Berlin, les partis socialistes démocratiques ont été privés de leur épouvantail favori : l’Empire rouge. Ils ne pouvaient plus l’agiter au nez des dirigeants économiques et des partis libéraux en leur disant : «Laissez aux travailleurs une part de votre gâteau, sinon ils se tourneront vers le Kremlin qui vous bouffera tout cru.» Au lieu de faire leur aggiornamento idéologique pour s’adapter à la nouvelle donne, les sociaux-démocrates ont continué comme si de rien n’était. La classe ouvrière, qui formait leur base, a été éclatée dans les miroirs brisés de l’individualisme induit par le capitalisme nouveau et ses stupéfiants technologiques. Or, sans conscience de classe, il n’y a pas de classe du tout, disait un certain Marx. Au lieu de parer au danger pour reconstituer cette conscience – ce qui est le boulot d’un parti de gauche ­– nombre de formations socialistes ont préféré s’investir dans les sujets de société, plus à la mode communicante. Certaines d’entre elles ont même abandonné leur camp en suivant docilement les traces du renard ultralibéral.

Et l’on voudrait que les travailleurs leur en soient reconnaissants?

 

A cela s’ajoute la sensation d’être emporté par le magma mou de la sous-culture américaine. Dans la pub, dans les conversations, partout, ce sabir américanolâtre s’insinue pour formater ce qui reste de nos neurones aux produits technologiques qu’il est chargé de promouvoir. Cet aspect est loin d’être secondaire, car il fait partie de la sensation d’être dépossédé.

 

 Pour que l’angoisse ainsi créée perde de sa virulence, nous cherchons à lui trouver un point ce fixation. Ayant mille visages, l’ultralibéralisme n’en a aucun. C’est donc l’autre le plus proche qui transformera l’angoisse en colère, à savoir l’immigré, le Rom, le frontalier, le bronzé, celui qu’on ne peut plus sentir. Le racisme devient ainsi un moyen d’expression qui trouve sa traduction politique dans les partis nationalistes qui ont la raison pour ennemie.

 

Or, si le nationalisme permet d’assouvir les passions, de tout temps il n’a créé que guerres et désolations. Ce qui fut vrai en 1914 et en 1939, entre autres, se vérifiera demain, sous d’autres formes.

 

Le libéralisme et la social-démocratie sont morts. Le temple de la raison politique et humaniste est à reconstruire sur leurs ruines. Le défi est à la mesure du grand vertige qui saisit le monde. Mais voilà, nous reste-t-il encore assez de temps? Commençons tout de suite par dresser l’acte de décès des partis de la raison, afin de ne pas se contenter de rafistoler un vieux moteur qui ne tiendra plus la route, et par dénoncer les impostures des partis nationalistes.

 

Jean-Noël Cuénod

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27/05/2014

Jean-François Copé, la politique française et les andouillettes avariées

 

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«La politique, c’est comme les andouillettes. Il faut que sa sente la merde, mais pas trop». Grande figure de la IIIe République et inamovible maire de Lyon, Edouard Herriot s’y connaissait aussi bien andouillettes qu’en politique. Un homme capable d’engloutir à lui seul une poularde demi-deuil de la Mère Brasier a de l’estomac et sait apprécier le fumet du bouillon où mijote le parlement.

 

Que dirait-il aujourd’hui? Sans doute que les andouillettes sontimgres.jpg avariées et qu’elles empestent la fosse d’aisance surmenée.

 

 La corruption est de tout temps attachée au pouvoir, comme la tique l’est au chien. En France comme ailleurs. Actuellement, c’est l’UMP qui s’est emparée du maillot jaunâtre au Tour de Frasques. Entre l’affaire Bygmalion et ses fausses factures plus vraies que nature, qui auraient servi à payer la Sarkocampagne présidentielle, et l’implication de Claude Guéant ,l ’ex-bras droit de l’ex-président, dans le cadeau de 400 millions d’euros à Tapie, le parti héritier du gaullisme fait fort. Son président Jean-François Copé a été contraint de démissionner dans le plus grand désordre. L’un de ses proches mis en cause bénéficie d’une exfiltration vers le parlement européen où il vient d’être élu. Une place à lui offerte pour qu’il bénéficie de l’immunité parlementaire, supputeront les méchantes langues. Voilà qui donne à la cuisine politicienne un arôme de parmesan «alla Berlusconi».

 

Bien entendu, Copé et Sarkozy sont dûment blanchis par leurs collaborateurs pris la main dans le pot de confiture. «On ignorait tout», clament-ils en ajoutant dans un soupir lamento: «On tombe de l’armoire!» Pas de risque qu’ils se fassent mal ; ils ne tombent pas de si haut. Disons plutôt que les grands dirigeants ne voulaient pas savoir: «Qu’ils se démerdent pour trouver du fric. C’est leur problème. Le mien c’est de le dépenser au mieux pour conquérir (ou conserver) le pouvoir». Le schéma est vieux comme les campagnes électorales. Les fusibles sont faits pour ça. Les bouchons de champagne sautent en cas de victoire ; les fusibles font de même quand le juge débarque.

 

Côté socialiste, ça ne sent pas la rose non plus. Le PS a permis au Front national de s’implanter au Nord-Pas-de-Calais à la suite d’actes de corruption. Sans parler de Marseille et du système Guérini qui a gangrené le parti actuellement au pouvoir. Et par charité, nous éviterons de renchérir avec le Cahuzac, un cas aussi désespéré que désespérant.

 

Conclusion du chœur des commentateurs : «Ces malversations asphaltent un boulevard au profit du Front national». Pour l’instant, cela semble bien être le cas. Mais le comportement des frontistes est-il si différend de celui des autres politiciens? A peine avaient-ils revêtu l’écharpe tricolore que nombre de maires du FN se sont octroyés des augmentations d’indemnités, jusqu’à 15% de hausse, comme dans la commune du Luc en Provence. Certes, cette auto-gratification est légale. Mais pour un parti qui entend donner à tout le monde des leçons de morale et de gestion scrupuleuse des deniers publics, voilà qui relève de la tartufferie la plus grossière.

 

Le président Hollande est totalement discrédité par son incapacité à convaincre les Français du bien-fondé de sa politique. Sa majorité ne sait plus où elle habite et court dans tous les sens. L’UMP est bien mal placée pour prétendre diriger la France, elle qui se montre incapable de gérer correctement ses comptes et de mettre de l’ordre dans ses affaires. Les frontistes défendent une politique de fermeture aussi irréaliste que celle prônée par Mélenchon et le Front de Gauche, mais dans une version xénophobe. Les centristes restent divisés en chapelles dirigées par autant de sous-papes qui s’envoient des coups crosses mutuels.

 

On ne voit donc pas comment la caste politique française pourrait tirer d’épaisseur ce pays qu’elle n’a cessé d’enfoncer au plus bas.

 

Ce n’est plus aux politiciens de réagir mais au peuple. C’est à lui de réclamer la poubellisation de la Ve République – qui ne fabrique plus que des nains en compétence et des géants en égotisme – et l’instauration de nouvelles institutions qui lui permettront de mieux prendre en compte sa volonté. Qu’il trouve en son sein les talents pour organiser les forces nouvelles, qu’il fasse circuler des pétitions, qu’il descende dans la rue, qu’il se bouge enfin, avant de se faire bouger par d’autres.

 

Jean-Noël Cuénod 

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24/05/2014

Pierre Larrouturou:une Nouvelle Donne pour une nouvelle gauche

 

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Même si l’été n’est pas loin, voilà le président Hollande habillé pour l’hiver. De tous ceux qui lui confectionnent un costume, l’économiste français Pierre Larrouturou – proche de Michel Rocard et Stéphane Hessel – est le tailleur le plus affûté. Dans son livre «La Grande Trahison» (Editions Flammarion), il démonte la politique «austéritaire» du gouvernement. A retenir, un élément particulièrement inquiétant, abordé lors d’un entretien récent que Le Plouc a eu à Paris avec lui:

 « Durant les quatre derniers mois, la consommation alimentaire des Français a reculé». 

 C’est tout le système des fausses élites françaises, qui se succèdent en de déprimantes alternances, que dénonce Larrouturou; il est présenté par les médias français comme l’un des cinq économistes mondiaux qui avaient prévu, dès le début des années 2000, la grande crise financière.

Démissionnaire du Parti socialiste et conseiller régional en Ile-de-France, Pierre Larrouturou a lancé un nouveau parti en novembre dernier, Nouvelle Donne.  A peine créée, cette formation est montée à l’assaut du Parlement européen (les Français éliront leurs eurodéputés le 25 mai). Pour l’instant, les sondages estiment à 2% les intentions de vote en faveur de ses listes. Mais il est fort possible que Nouvelle Donne n’en reste pas là. Un signe qui ne trompe pas,  dans l’émission de Ruquier sur France2 «On n’est pas couché», Pierre Larrouturou a réuni, le 25 janvier, plus de deux millions de téléspectateurs, surpassant même «Les Experts» sur TF1. A en croire les quotidiens régionaux, les meetings de campagne de Nouvelle Donne sont fréquentés par un grand nombre de personnes, ce qui est rare pour une consultation qui ne passionne pas les Français. Il faut dire que Pierre Larrouturou peut compter sur le soutien de Bruno Gaccio,l'ancien rédacteur des Guignols de l'info, pour secouer les médias. Une recrue de taille.

Pour des électeurs de gauche complètement déboussolés par la politique libérale du gouvernement socialiste et qui ne sont pas convaincus par les diatribes europhobes d’un Mélenchon de plus en plus isolé, Larrouturou peut allumer une braise d’espoir.

Sa politique économique ne consiste pas à nier le poids de la dette publique, contrairement à nombre d’élus de l’aile gauche du PS : «Pas question de laisser filer le déficit public. Mais les 50 milliards d’euros d’économies ordonnées par le gouvernement ne fera qu’aggraver la situation. Il y a d’autres solutions moins douloureuses pour l’ensemble de la population, comme de financer les «vieilles dettes» publiques à 1% en empruntant auprès de la Banque centrale européenne et en menant une chasse active contre les paradis fiscaux qui coûtent chaque année 50 milliards d’euros».

Et de citer l’exemple des Etats-Unis qui ont circonvenu le secret bancaire suisse avec l’accord FATCA. On pourrait lui rétorquer que les paradis fiscaux se trouvent désormais dans certains Etats américains, comme le Delaware. Et là, pour traquer l’évasion fiscale ce sera une tout autre histoire.


Jean-Noël Cuénod


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22/05/2014

Sarko-le-Bref n’aime pas les petits (Les Jeudis du Plouc)

 Sarko-le-Bref a un problème avec les petits. Un problème de taille : il ne les aime pas. Dans sa longuissime 2014.jpgtribune libre qu’il a adressée au Point, ce mépris surgit à maintes reprises comme un démon mal refoulé.

Photo prise au Carnaval de Düsseldorf

Sa grande idée est la création d’une Europe à deux vitesses. Plus d’intégration pour les dix-huit pays de la zone euros et moins d’intégration pour les autres. Ce projet n’a rien de nouveau ; il est partagé par un grand nombre d’acteurs politiques. Il repose sur un évident constat: l’Union européenne ne peut pas poursuivre selon son actuelle configuration. Le fait de partager une monnaie contraint à l’intégration.

Certes, mais quelle intégration ? La famille politique de Nicolas Sarkozy s’est toujours opposée à une Europe fédérale et l’ancien président de la République ne déroge pas à cette règle. L’intégration qu’il propose ménage un espace placé sous la domination conjointe de la France et de l’Allemagne. Citons-le :

 

Je plaide clairement pour la création d’une grande zone économique franco-allemande cohérente et stable au cœur de la zone euro qui nous permettra d’abord de mieux défendre nos intérêts face à la concurrence allemande en gommant nos handicaps fiscaux et sociaux et qui nous permettra ensuite de prendre le leadership des dix-huit pays qui composent notre union monétaire.

 

Voilà qui a au moins le mérite de la franchise, assortie d’une certaine dose de candeur. En effet, si cette zone aurait pour effet ­– comme le soutient Sarkozy – de mieux défendre les intérêts français vis-à-vis de l’Allemagne, il serait étonnant que cette dernière accepte d’entrer dans une zone économique dont l’un des buts serait de réduire ses avantages!

De même, l’ex-président français ne manque pas d’air (il faut dire que cet élément ne lui a jamais fait défaut) lorsqu’il propose aux seize autres pays de la zone d’accepter la domination franco-allemande. Croit-il sérieusement que ce leadership – pour reprendre son sabir – passera comme une lettre à la poste aux Pays-Bas, en Belgique, Italie, Espagne, Danemark, Pologne et auprès de tous les autres Etats de la zone euro ? Il risque fort de se faire rétorquer qu’avant de dominer l’Europe, Paris ferait bien de balayer devant sa porte et de construire des trains aux dimensions de ses gares!

Ce culot ainsi exprimé révèle la persistance au XXIe siècle du vieux fonds impérialiste de la droite bonapartiste. L’héritage culturel, historique et politique que porte Sarkozy veut faire de la France la nation qui dirige les autres. Mais ce rêve s’est écroulé à la fin des guerres napoléoniennes et il s’est définitivement évaporé en juin 1940. Pour cette partie de la droite française, ce rêve pourrait reprendre forme s’il se fixe sur la puissance économique allemande. Berlin aux fourneaux et Paris aux commandes. Et les autres, qu’ils suivent et se taisent. Ils n’existent que pour faire de la figuration. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy le leur signifie sans ambiguïté:

 

Ce n’est faire injure ni à Chypre, ni à Malte, ni au Luxembourg que d’affirmer que leurs responsabilités ne sont pas les mêmes (…) Je le dis aux dirigeants français comme allemands, le leadership n’est pas un droit, c’est un devoir. C’est à l’Allemagne et à la France d’assumer la plus grande part de la responsabilité dans la conduite du gouvernement économique de la zone euro.

 

Nicolas Sarkozy montre ainsi à quel point lui et sa famille politique sont incapables de comprendre les principes qui régissent le fédéralisme. Celui-ci puise sa force, non pas dans la domination d’une partie sur les autres, mais dans la concertation entre les parties. Les petites entités peuvent participer à la direction de  l’ensemble grâce à des mécanismes que chaque Etat fédéral a mis au point pour compenser la puissance des entités plus importantes.

 

Basée sur la domination de deux Etats sur les seize autres, l’Europe centralisatrice de Sarkozy se situe donc aux antipodes d’une Europe fédérale, seule à même, si elle voit le jour, d’assurer l’harmonie entre toutes ses composantes.

De plus, le tandem dominateur proclamé par le ci-devant président fait un peu alliance de l’aveugle et du paralytique. Dans ces conditions, on voit mal comment l’Europe sarkozienne pourrait avancer. Surtout, si c’est le paralytique qui porte l’aveugle.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Débat sur I-Télé à propos de la tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Point 

 

 

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19/05/2014

Malgré l’hystérie antifrontalière, construire le Grand Genève

 

 

Ainsi, une courte majorité de Genevois a rejeté le projet de financement des parkings en France très voisine. Certes, le premier mouvement serait de rire ou pleurer après ce vote émis par des citoyens qui, chaque jour, vitupèrent les bouchons causés par les frontaliers. Eh bien, ils auront désormais encore plus d’embarras routiers ! Ont-ils voulu sauvegarder leur principal sujet de grogne ? Il faut dire que râler est un plaisir amer et délectable comme une amande. Comme tout le monde, même les plus grands génies, il arrive au peuple de commettre des, restons polis, de monumentales stupidités. Il ne sert à rien de s’en lamenter. Le peuple a toujours raison. Et c’est bien ainsi.

 

Toutefois, cette votation présentée par d’aucuns comme la mort du Grand Genève, est susceptible de lui prodiguer une vigueur nouvelle. Car la démocratie directe peut tout, sauf effacer les réalités géographiques. Qu’on s’en afflige ou qu’on s’en loue, Genève continuera à se développer, conformément à son statut international qui est le sien depuis la Réforme. Pour ce faire, il lui faudra des espaces, des accès et de la main d’œuvre que les seules terres vaudoises seraient bien en peine de lui apporter. Or, ces espaces, ces accès, cette main d’œuvre, c’est  son arrière-pays savoyard et gessien qui les lui a toujours fournis et lui fournira encore. A moins de jumeler notre Piogre avec Proxima du Centaure et créer de vastes liaisons intergalactiques (ce qui, d’ailleurs, n’exclurait pas d’éventuels référendums).

 

Il faut donc prendre acte de ce rejet et d’en tirer les leçons. Le Conseil d’Etat a présenté le Grand Genève comme une superstructure technocratique sans âme, sans saveur. Or, le peuple rejette toutes les technostructures. Ce Grand Genève il faut désormais le faire vivre ailleurs que dans les plans conçus par les hauts fonctionnaires. Cela passe par la culture, les échanges, les émotions partagées de part et d’autres d’une frontière mouvante. Pourquoi ne pas soutenir l’aventure du Servette Rugby Club qui s’apprête à participer au championnat de France , entre autres exemples ?

Le Grand Genève, pour qu’il vive, il faut le faire vibrer. A quand un forum de la frontière ? A quand les états-généraux du Genevois ? D’un rejet peut naître un projet.

 

Jean-Noël Cuénod

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17/05/2014

Elections européennes : Chevènement, Grand Timonier des pêcheurs à la ligne

 

union européenne,campagne,élections,politique,FranceAncien ministre de Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement se fait l’héroïque héraut des vertus républicaines, de l’engagement citoyen, de la participation active à la vie démocratique. Pour civiliser ceux qu’ils qualifiaient de «sauvageons» – avec ce phrasé caractéristique du pédant en train de manger de la purée de patate – il leur prescrivait une bonne dose de Marseillaise à entonner en classe tous les matins. Ah, avec lui, Madame Taubira[1] aurait marché droit et chanté juste.

Ce donneur de leçon et son parti, le Mouvement républicain et citoyen, mènent actuellement campagne pour les élections européennes. « Ben oui », allez-vous me répliquer (si, si vous allez me répliquer, je vous connais !), « comme tout le monde ! » Ben non, pas comme tout le monde ! Les chevènementistes répandent sur les murs des villes françaises de grandes affiches pour inviter les citoyens à… s’abstenir le 25 mai: « Nous appelons tous les citoyens à consacrer ce dimanche à leurs proches et aux activités qui leur sont chères. » Et d’ajouter : « Notre appel au boycott est un « non » républicain de résistance. » Sauf que les résistants, eux, ne se contentaient pas de bronzer au soleil dominical.

Que le Mouvement républicain et citoyen défende des positions souverainistes et combatte les actuelles institutions européennes, rien n’est plus légitime. Mais qu’un parti qui se prétend « citoyen » prône l’incivisme de l’abstention, voilà qui est aussi incohérent politiquement qu’inacceptable moralement. Le Parlement est la seule institution démocratique et le boycotter favorise ce pouvoir technocratique de Bruxelles que les chevènementistes vilipendent à tours de langues fourchues.

Voilà donc le « Che » du territoire de Belfort qui s’installe dans son nouveau rôle de Grand Timonier des pêcheurs à la ligne. « Un ministre ça démissionne ou ça ferme sa gueule », disait-il autrefois. En écho, Pierre Dac lui répond : « Ceux qui l’ouvrent avant de la fermer feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir».

Jean-Noël Cuénod



[1] Pour les extraterrestres qui viendrait d’atterrir sur la planète France : la ministre de la Justice a été accusée de ne pas avoir chanté la Marseillaise lors d’une cérémonie. Cela a enclenché une de ces ridicules polémiques montées de toutes pièces pour alimenter l’opinion avec des sujets qui ne fatiguent pas la tête.

 

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15/05/2014

Faut-il prendre le Gripen en grippe? (Les Jeudis du Plouc)

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Les sondages le donnent perdant dimanche prochain, à l’issue de la votation fédérale sur l’achat de 22 avions de chasse au groupe suédois Saab. Faut-il donc prendre le Gripen en grippe? Avouons-le tout cru: Le Plouc ne connaît rien à ces engins ; à peine serait-il capable de distinguer un Gripen d’une aile delta. Fallait-il choisir le Rafale français plutôt que le chasseur suédois? Autant demander à Rataplan de résoudre la suite de Fibonacci.

Toutefois, Le Plouc, comme les autres Suisses, se sent interpellé au niveau du portemonnaie. Car il s’y agrippe, le Gripen, à nos sous! 3,126 milliards de francs, ça ne se trouve pas sous l’aile d’une poule. Bonheur de la démocratie directe, le peuple payeur sera aussi le peuple décideur. Dès lors, ce n’est pas sur le plan technique qu’il convient d’aborder le sujet mais sur celui de l’avenir de notre Défense nationale.

Le Gripen serait donc un élément indispensable pour préserver notre espace aérien. Mais il n’y a pas de défense sans stratégie. Alors qu’elle est notre stratégie ? Quels sont les ennemis potentiels qui feraient du Gripen un atout majeur dans notre arsenal ? On attend toujours la réponse. L’argument principal des avocats suisses de l’avion suédois est de nature tautologique – et pas trop logique : « Il nous faut le Gripen parce qu’il nous faut le Gripen». Devant les résistances d’une grande partie des citoyens, le président de l’UDC Toni Brunner excipe maintenant de la situation en Ukraine pour nous vendre cet appareil magique. Ah bon ? Et que feraient nos Gripen en Ukraine ? Clouer au sol les Sukhoï russes ? Pulvériser la flotte moscovite dans le port de Sébastopol ? Défendre l’espace aérien suisse, des fois qu’un Mig 35 aurait pris Nyon pour Kiev ?

A quoi sert notre flotte aérienne ? Il aurait fallu poser cette question avant d’aborder celle de l’achat d’un appareil en particulier. Et au-delà, c’est notre stratégie globale de défense qu’il faudrait interroger, au lieu de s’en tenir à des arguments d’autorité.

En fait, nous ne savons plus quelle place l’armée doit tenir dans notre pays. Depuis des années, elle subit de régulières coupes budgétaires. D’aucuns, même à droite, se posent la question de son utilité et de sa pérennité. Comme nous ne vivons pas dans le monde enchanté des doudous en peluche, la question de notre défense nationale est on ne peut plus légitime. Mais se contenter, comme nous le faisons, de faire vivoter une armée sans stratégie, sans but, en croyant que les recettes de la Seconde Guerre mondiale sont éternelles et que notre neutralité relève du droit divin, c’est poursuivre une illusion aussi vaine que celle des béatitudes pacifistes.

A quand un vrai grand débat sur notre défense ?

 

Jean-Noël Cuénod

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10/05/2014

PARIS SUR SCENES

 

 

Fillette rêveuse

Qui attend son Prince bleu

Devant les poubelles

 

 

Un clown dépressif

         Traverse la rue des rêves

   En dehors des clous

 

                                                         

                                      Une rose noire

                Est emportée par la Seine

            Mais en quel honneur ?

 


Statue de chiffons

La mendiante emmitouflée

Ne tend plus la main

                                                                                                Elégantes pouffes

   Qui arpentent la rue d’Ulm

D’un cul dédaigneux

 



Halo de bruine

Le réverbère est un saint

Tout auréolé

 

                                 

                                  Soudain joie céleste

   Le grand rire du soleil

Fait trembler la rue

 



Sommeil de volcan

       Paris est prêt à exploser

                                   Mais l’ignore encore


Jean-Noël Cuénod


Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

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