24/05/2014

Pierre Larrouturou:une Nouvelle Donne pour une nouvelle gauche

 

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Même si l’été n’est pas loin, voilà le président Hollande habillé pour l’hiver. De tous ceux qui lui confectionnent un costume, l’économiste français Pierre Larrouturou – proche de Michel Rocard et Stéphane Hessel – est le tailleur le plus affûté. Dans son livre «La Grande Trahison» (Editions Flammarion), il démonte la politique «austéritaire» du gouvernement. A retenir, un élément particulièrement inquiétant, abordé lors d’un entretien récent que Le Plouc a eu à Paris avec lui:

 « Durant les quatre derniers mois, la consommation alimentaire des Français a reculé». 

 C’est tout le système des fausses élites françaises, qui se succèdent en de déprimantes alternances, que dénonce Larrouturou; il est présenté par les médias français comme l’un des cinq économistes mondiaux qui avaient prévu, dès le début des années 2000, la grande crise financière.

Démissionnaire du Parti socialiste et conseiller régional en Ile-de-France, Pierre Larrouturou a lancé un nouveau parti en novembre dernier, Nouvelle Donne.  A peine créée, cette formation est montée à l’assaut du Parlement européen (les Français éliront leurs eurodéputés le 25 mai). Pour l’instant, les sondages estiment à 2% les intentions de vote en faveur de ses listes. Mais il est fort possible que Nouvelle Donne n’en reste pas là. Un signe qui ne trompe pas,  dans l’émission de Ruquier sur France2 «On n’est pas couché», Pierre Larrouturou a réuni, le 25 janvier, plus de deux millions de téléspectateurs, surpassant même «Les Experts» sur TF1. A en croire les quotidiens régionaux, les meetings de campagne de Nouvelle Donne sont fréquentés par un grand nombre de personnes, ce qui est rare pour une consultation qui ne passionne pas les Français. Il faut dire que Pierre Larrouturou peut compter sur le soutien de Bruno Gaccio,l'ancien rédacteur des Guignols de l'info, pour secouer les médias. Une recrue de taille.

Pour des électeurs de gauche complètement déboussolés par la politique libérale du gouvernement socialiste et qui ne sont pas convaincus par les diatribes europhobes d’un Mélenchon de plus en plus isolé, Larrouturou peut allumer une braise d’espoir.

Sa politique économique ne consiste pas à nier le poids de la dette publique, contrairement à nombre d’élus de l’aile gauche du PS : «Pas question de laisser filer le déficit public. Mais les 50 milliards d’euros d’économies ordonnées par le gouvernement ne fera qu’aggraver la situation. Il y a d’autres solutions moins douloureuses pour l’ensemble de la population, comme de financer les «vieilles dettes» publiques à 1% en empruntant auprès de la Banque centrale européenne et en menant une chasse active contre les paradis fiscaux qui coûtent chaque année 50 milliards d’euros».

Et de citer l’exemple des Etats-Unis qui ont circonvenu le secret bancaire suisse avec l’accord FATCA. On pourrait lui rétorquer que les paradis fiscaux se trouvent désormais dans certains Etats américains, comme le Delaware. Et là, pour traquer l’évasion fiscale ce sera une tout autre histoire.


Jean-Noël Cuénod


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22/05/2014

Sarko-le-Bref n’aime pas les petits (Les Jeudis du Plouc)

 Sarko-le-Bref a un problème avec les petits. Un problème de taille : il ne les aime pas. Dans sa longuissime 2014.jpgtribune libre qu’il a adressée au Point, ce mépris surgit à maintes reprises comme un démon mal refoulé.

Photo prise au Carnaval de Düsseldorf

Sa grande idée est la création d’une Europe à deux vitesses. Plus d’intégration pour les dix-huit pays de la zone euros et moins d’intégration pour les autres. Ce projet n’a rien de nouveau ; il est partagé par un grand nombre d’acteurs politiques. Il repose sur un évident constat: l’Union européenne ne peut pas poursuivre selon son actuelle configuration. Le fait de partager une monnaie contraint à l’intégration.

Certes, mais quelle intégration ? La famille politique de Nicolas Sarkozy s’est toujours opposée à une Europe fédérale et l’ancien président de la République ne déroge pas à cette règle. L’intégration qu’il propose ménage un espace placé sous la domination conjointe de la France et de l’Allemagne. Citons-le :

 

Je plaide clairement pour la création d’une grande zone économique franco-allemande cohérente et stable au cœur de la zone euro qui nous permettra d’abord de mieux défendre nos intérêts face à la concurrence allemande en gommant nos handicaps fiscaux et sociaux et qui nous permettra ensuite de prendre le leadership des dix-huit pays qui composent notre union monétaire.

 

Voilà qui a au moins le mérite de la franchise, assortie d’une certaine dose de candeur. En effet, si cette zone aurait pour effet ­– comme le soutient Sarkozy – de mieux défendre les intérêts français vis-à-vis de l’Allemagne, il serait étonnant que cette dernière accepte d’entrer dans une zone économique dont l’un des buts serait de réduire ses avantages!

De même, l’ex-président français ne manque pas d’air (il faut dire que cet élément ne lui a jamais fait défaut) lorsqu’il propose aux seize autres pays de la zone d’accepter la domination franco-allemande. Croit-il sérieusement que ce leadership – pour reprendre son sabir – passera comme une lettre à la poste aux Pays-Bas, en Belgique, Italie, Espagne, Danemark, Pologne et auprès de tous les autres Etats de la zone euro ? Il risque fort de se faire rétorquer qu’avant de dominer l’Europe, Paris ferait bien de balayer devant sa porte et de construire des trains aux dimensions de ses gares!

Ce culot ainsi exprimé révèle la persistance au XXIe siècle du vieux fonds impérialiste de la droite bonapartiste. L’héritage culturel, historique et politique que porte Sarkozy veut faire de la France la nation qui dirige les autres. Mais ce rêve s’est écroulé à la fin des guerres napoléoniennes et il s’est définitivement évaporé en juin 1940. Pour cette partie de la droite française, ce rêve pourrait reprendre forme s’il se fixe sur la puissance économique allemande. Berlin aux fourneaux et Paris aux commandes. Et les autres, qu’ils suivent et se taisent. Ils n’existent que pour faire de la figuration. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy le leur signifie sans ambiguïté:

 

Ce n’est faire injure ni à Chypre, ni à Malte, ni au Luxembourg que d’affirmer que leurs responsabilités ne sont pas les mêmes (…) Je le dis aux dirigeants français comme allemands, le leadership n’est pas un droit, c’est un devoir. C’est à l’Allemagne et à la France d’assumer la plus grande part de la responsabilité dans la conduite du gouvernement économique de la zone euro.

 

Nicolas Sarkozy montre ainsi à quel point lui et sa famille politique sont incapables de comprendre les principes qui régissent le fédéralisme. Celui-ci puise sa force, non pas dans la domination d’une partie sur les autres, mais dans la concertation entre les parties. Les petites entités peuvent participer à la direction de  l’ensemble grâce à des mécanismes que chaque Etat fédéral a mis au point pour compenser la puissance des entités plus importantes.

 

Basée sur la domination de deux Etats sur les seize autres, l’Europe centralisatrice de Sarkozy se situe donc aux antipodes d’une Europe fédérale, seule à même, si elle voit le jour, d’assurer l’harmonie entre toutes ses composantes.

De plus, le tandem dominateur proclamé par le ci-devant président fait un peu alliance de l’aveugle et du paralytique. Dans ces conditions, on voit mal comment l’Europe sarkozienne pourrait avancer. Surtout, si c’est le paralytique qui porte l’aveugle.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Débat sur I-Télé à propos de la tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Point 

 

 

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19/05/2014

Malgré l’hystérie antifrontalière, construire le Grand Genève

 

 

Ainsi, une courte majorité de Genevois a rejeté le projet de financement des parkings en France très voisine. Certes, le premier mouvement serait de rire ou pleurer après ce vote émis par des citoyens qui, chaque jour, vitupèrent les bouchons causés par les frontaliers. Eh bien, ils auront désormais encore plus d’embarras routiers ! Ont-ils voulu sauvegarder leur principal sujet de grogne ? Il faut dire que râler est un plaisir amer et délectable comme une amande. Comme tout le monde, même les plus grands génies, il arrive au peuple de commettre des, restons polis, de monumentales stupidités. Il ne sert à rien de s’en lamenter. Le peuple a toujours raison. Et c’est bien ainsi.

 

Toutefois, cette votation présentée par d’aucuns comme la mort du Grand Genève, est susceptible de lui prodiguer une vigueur nouvelle. Car la démocratie directe peut tout, sauf effacer les réalités géographiques. Qu’on s’en afflige ou qu’on s’en loue, Genève continuera à se développer, conformément à son statut international qui est le sien depuis la Réforme. Pour ce faire, il lui faudra des espaces, des accès et de la main d’œuvre que les seules terres vaudoises seraient bien en peine de lui apporter. Or, ces espaces, ces accès, cette main d’œuvre, c’est  son arrière-pays savoyard et gessien qui les lui a toujours fournis et lui fournira encore. A moins de jumeler notre Piogre avec Proxima du Centaure et créer de vastes liaisons intergalactiques (ce qui, d’ailleurs, n’exclurait pas d’éventuels référendums).

 

Il faut donc prendre acte de ce rejet et d’en tirer les leçons. Le Conseil d’Etat a présenté le Grand Genève comme une superstructure technocratique sans âme, sans saveur. Or, le peuple rejette toutes les technostructures. Ce Grand Genève il faut désormais le faire vivre ailleurs que dans les plans conçus par les hauts fonctionnaires. Cela passe par la culture, les échanges, les émotions partagées de part et d’autres d’une frontière mouvante. Pourquoi ne pas soutenir l’aventure du Servette Rugby Club qui s’apprête à participer au championnat de France , entre autres exemples ?

Le Grand Genève, pour qu’il vive, il faut le faire vibrer. A quand un forum de la frontière ? A quand les états-généraux du Genevois ? D’un rejet peut naître un projet.

 

Jean-Noël Cuénod

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17/05/2014

Elections européennes : Chevènement, Grand Timonier des pêcheurs à la ligne

 

union européenne,campagne,élections,politique,FranceAncien ministre de Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement se fait l’héroïque héraut des vertus républicaines, de l’engagement citoyen, de la participation active à la vie démocratique. Pour civiliser ceux qu’ils qualifiaient de «sauvageons» – avec ce phrasé caractéristique du pédant en train de manger de la purée de patate – il leur prescrivait une bonne dose de Marseillaise à entonner en classe tous les matins. Ah, avec lui, Madame Taubira[1] aurait marché droit et chanté juste.

Ce donneur de leçon et son parti, le Mouvement républicain et citoyen, mènent actuellement campagne pour les élections européennes. « Ben oui », allez-vous me répliquer (si, si vous allez me répliquer, je vous connais !), « comme tout le monde ! » Ben non, pas comme tout le monde ! Les chevènementistes répandent sur les murs des villes françaises de grandes affiches pour inviter les citoyens à… s’abstenir le 25 mai: « Nous appelons tous les citoyens à consacrer ce dimanche à leurs proches et aux activités qui leur sont chères. » Et d’ajouter : « Notre appel au boycott est un « non » républicain de résistance. » Sauf que les résistants, eux, ne se contentaient pas de bronzer au soleil dominical.

Que le Mouvement républicain et citoyen défende des positions souverainistes et combatte les actuelles institutions européennes, rien n’est plus légitime. Mais qu’un parti qui se prétend « citoyen » prône l’incivisme de l’abstention, voilà qui est aussi incohérent politiquement qu’inacceptable moralement. Le Parlement est la seule institution démocratique et le boycotter favorise ce pouvoir technocratique de Bruxelles que les chevènementistes vilipendent à tours de langues fourchues.

Voilà donc le « Che » du territoire de Belfort qui s’installe dans son nouveau rôle de Grand Timonier des pêcheurs à la ligne. « Un ministre ça démissionne ou ça ferme sa gueule », disait-il autrefois. En écho, Pierre Dac lui répond : « Ceux qui l’ouvrent avant de la fermer feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir».

Jean-Noël Cuénod



[1] Pour les extraterrestres qui viendrait d’atterrir sur la planète France : la ministre de la Justice a été accusée de ne pas avoir chanté la Marseillaise lors d’une cérémonie. Cela a enclenché une de ces ridicules polémiques montées de toutes pièces pour alimenter l’opinion avec des sujets qui ne fatiguent pas la tête.

 

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15/05/2014

Faut-il prendre le Gripen en grippe? (Les Jeudis du Plouc)

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Les sondages le donnent perdant dimanche prochain, à l’issue de la votation fédérale sur l’achat de 22 avions de chasse au groupe suédois Saab. Faut-il donc prendre le Gripen en grippe? Avouons-le tout cru: Le Plouc ne connaît rien à ces engins ; à peine serait-il capable de distinguer un Gripen d’une aile delta. Fallait-il choisir le Rafale français plutôt que le chasseur suédois? Autant demander à Rataplan de résoudre la suite de Fibonacci.

Toutefois, Le Plouc, comme les autres Suisses, se sent interpellé au niveau du portemonnaie. Car il s’y agrippe, le Gripen, à nos sous! 3,126 milliards de francs, ça ne se trouve pas sous l’aile d’une poule. Bonheur de la démocratie directe, le peuple payeur sera aussi le peuple décideur. Dès lors, ce n’est pas sur le plan technique qu’il convient d’aborder le sujet mais sur celui de l’avenir de notre Défense nationale.

Le Gripen serait donc un élément indispensable pour préserver notre espace aérien. Mais il n’y a pas de défense sans stratégie. Alors qu’elle est notre stratégie ? Quels sont les ennemis potentiels qui feraient du Gripen un atout majeur dans notre arsenal ? On attend toujours la réponse. L’argument principal des avocats suisses de l’avion suédois est de nature tautologique – et pas trop logique : « Il nous faut le Gripen parce qu’il nous faut le Gripen». Devant les résistances d’une grande partie des citoyens, le président de l’UDC Toni Brunner excipe maintenant de la situation en Ukraine pour nous vendre cet appareil magique. Ah bon ? Et que feraient nos Gripen en Ukraine ? Clouer au sol les Sukhoï russes ? Pulvériser la flotte moscovite dans le port de Sébastopol ? Défendre l’espace aérien suisse, des fois qu’un Mig 35 aurait pris Nyon pour Kiev ?

A quoi sert notre flotte aérienne ? Il aurait fallu poser cette question avant d’aborder celle de l’achat d’un appareil en particulier. Et au-delà, c’est notre stratégie globale de défense qu’il faudrait interroger, au lieu de s’en tenir à des arguments d’autorité.

En fait, nous ne savons plus quelle place l’armée doit tenir dans notre pays. Depuis des années, elle subit de régulières coupes budgétaires. D’aucuns, même à droite, se posent la question de son utilité et de sa pérennité. Comme nous ne vivons pas dans le monde enchanté des doudous en peluche, la question de notre défense nationale est on ne peut plus légitime. Mais se contenter, comme nous le faisons, de faire vivoter une armée sans stratégie, sans but, en croyant que les recettes de la Seconde Guerre mondiale sont éternelles et que notre neutralité relève du droit divin, c’est poursuivre une illusion aussi vaine que celle des béatitudes pacifistes.

A quand un vrai grand débat sur notre défense ?

 

Jean-Noël Cuénod

17:46 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : armée, suisse, forces aériennes | |  Facebook | | |

10/05/2014

PARIS SUR SCENES

 

 

Fillette rêveuse

Qui attend son Prince bleu

Devant les poubelles

 

 

Un clown dépressif

         Traverse la rue des rêves

   En dehors des clous

 

                                                         

                                      Une rose noire

                Est emportée par la Seine

            Mais en quel honneur ?

 


Statue de chiffons

La mendiante emmitouflée

Ne tend plus la main

                                                                                                Elégantes pouffes

   Qui arpentent la rue d’Ulm

D’un cul dédaigneux

 



Halo de bruine

Le réverbère est un saint

Tout auréolé

 

                                 

                                  Soudain joie céleste

   Le grand rire du soleil

Fait trembler la rue

 



Sommeil de volcan

       Paris est prêt à exploser

                                   Mais l’ignore encore


Jean-Noël Cuénod


Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

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08/05/2014

Merci Poutine ! (Les Jeudis du Plouc)

 

L’Union européenne ronronnait comme une chatte au ventre plein de croquettes. Endormie sur son mol oreiller, elle remettait à des calendes de plus en plus grecques, ces devoirs pleins de casse-têtes chinois: sa gouvernance, sa défense, sa diplomatie, sa politique énergétique. Et voilà que les appétits de Poutine en Ukraine ont donné un grand coup de pied aux fesses bruxelloises.

 

En se faisant damer le pion, à chaque coup, par l’autocrate moscovite, l’Union européenne ne peut plus cacher ce qui est devenu une évidence: son mode de direction est d’une constante inefficacité. Avec un parlement croupion, sorte de communauté réduite au caquet, et une Commission représentée par un ectoplasme qui, selon certaines rumeurs, s’appellerait Barroso, l’Union reste dirigée, si l’on peut appeler les choses ainsi, par les 28 chefs d’Etat ou de gouvernement des pays qui la composent. Alors que de son côté, Poutine décide de tout, tout seul, selon les antiques principes du despotisme oriental. Imaginez une équipe de hockey avec 28 entraîneurs pour décider de la tactique de jeu. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que Bruxelles touche le puck?   

 

Concernant sa défense, le fait que personne ne songe une seconde à engager le moindre trouffion sur les frontières de l’Union démontre bien son inexistence. Or, l’OTAN est dans les mains des Etats-Unis qui ne veulent surtout pas s’engager militairement. Sans défense, la diplomatie ne sert pas à grand-chose; la baronne Ashton (photo) est donc la ministre d’affaires qui sont très étrangères à Bruxelles. Son charisme de théière oubliée au fond de l’armoire l’illustre d’éloquente façon.

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Quant à la politique énergétique, la dépendance des pays européens vis-à-vis de la Russie est patente. La Fédération est le premier fournisseur de gaz de l’Union (19% de sa consommation) et le second, de pétrole (16% de sa consommation). Certes, cette dépendance est à double tranchant, dans la mesure où les achats européens d’énergie représentent 40% du budget annuel de la Fédération. Sans cette manne, Poutine n’aurait guère d’huile financière pour rouler ses mécaniques. Mais il n’en demeure pas moins que si Moscou ferme le robinet énergétique, les pays européens risquent fort de s’enrhumer. Pour le coup, les médias pourront légitimement parler d’un retour de la Guerre froide! 

 

Sous les coups du grand ménage de printemps que l’oligotsar mène en Ukraine, tous les sujets embêtants que Bruxelles avait mis sous le tapis réapparaissent. Cette fois-ci, il va bien falloir les régler d’une manière ou d’autre autre. 

Soit l’Europe abandonne tout projet politique et se contente d’être une zone de libre-échange, prête à être avalée par le Traité transatlantique, abdiquant ainsi toute indépendance à l’égard des Etats-Unis. Et alors, Poutine réalisera son rêve de reconstituer l’Empire perdu lors de la chute du communisme. 

Soit, l’Union européenne choisira la voie fédérale, donnant à une gouvernance démocratiquement élue des pouvoirs accrus en matière de diplomatie, de défense et d’énergie, ces trois domaines fondamentaux qui ne peuvent plus être réglés à l’échelle de pays de modestes dimensions, comme ceux qui forment l’Union.

 Mais le statu quo ne sera plus possible après la séquence russo-ukrainienne. Si l’UE repart d’un bon pied, elle pourra dire: merci Poutine!

 

 

Jean-Noël Cuénod

17:12 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

06/05/2014

François Hollande et la fabrique des nains

 

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Franchement, vous feriez président de la République française, vous ? Sifflets, huées, injures, lynchage médiatique, mépris, haine de la part du camp adversaire, coups de poignard portés par les amis. Voilà le lot quotidien de François Hollande qui, chaque jour que Satan fait, doit ceindre sa couronne d’épines. Le voilà réduit à se cacher pour aller visiter un centre d’apprentissage à Villiers-le-Bel, mardi.

Vous allez me dire que Sarkozy aussi, devait subir son lot d’impopularité. Mais il avait au moins Le Figaro pour le consoler et le caresser dans le sens du poil, même si celui-ci était quelque peu roussi par les feux de bouche.

Hollande, lui, ne peut même pas compter sur Le Monde ou Libération pour lui remonter le moral. Si un journaliste voulait se montrer original, il pondrait un papier favorable au président le plus détesté de la Ve République. Mais cela ne risque pas d’arriver. La moindre tentation hollandophile est aussitôt réprimée. La meute a ses exigences.

 

A croire que le masochisme a été conçu pour lui et par lui ! Non content de subir des avalanches d’avanies, François Hollande en redemande. Ainsi, il a accepté d’être le premier président à répondre en direct à des auditeurs de radio et de télévision. La chose s’est déroulée mardi matin, sur les ondes de RMC (Radio Monte-Carlo) et BFMtv. Auparavant, Hollande a dû se coltiner une interview avec Jean-Jacques Bourdin qui n’est pas du genre onctueux (voir notre vidéo).

 

Inutile de s’attarder sur les réponses de François Hollande qui ont aussitôt fait l’objet d’une pluie de salive et d’encre, virtuelle ou non. Le plus intéressant peut-être se niche dans les questions. Ou plutôt LA question. Car toutes les interventions des auditrices (massivement représentées, les hommes devaient encore roupiller) aboutissaient à cette interrogation :

« Que faites-vous pour ma retraite/me trouver un emploi/ augmenter mon salaire/ baisser mes impôts / réduire mes charges ? (Rayer les mentions inutiles).

En d’autres temps et d’autres lieux, John Kennedy disait à ses concitoyens : « Ne vous demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, mais ce que vous, vous pouvez faire pour l’Amérique ». Aujourd’hui, en France, la célèbre interpellation de JFK tomberait dans un océan d’oreilles sourdes.

 

Cette réaction traduit surtout l’obsolescence des institutions de la Ve République. Taillée dans le moule d’un géant, Charles de Gaulle, elle ne fabrique plus que des nains, comme il l’a déjà été relevé dans ce blogue.

 L’élection présidentielle est la seule consultation décisive, en fin de compte. Tous les cinq ans, le peuple choisit son monarque, lui confie tout le pouvoir en exigeant des résultats, non pas pour le pays, mais pour sa propre boutique. Comme il est impossible de satisfaire une clientèle aussi variée et aux intérêts aussi opposés, les récriminations ne cessent de croître au guichet du service après-vente, pardon, après-élections.   

 

Si les politiques doivent se remettre en cause, il en va de même pour les citoyens qui se contentent trop souvent d’être les clients grincheux du pouvoir. A cet égard, la meilleure solution pour les responsabiliser est d’introduire une dose de démocratie directe au sein de la République française. Non pas à la manière suisse où le peuple est consulté sur tout et parfois sur rien. Mais en choisissant une voie française qui permettent aux citoyens de ce pays de voter en fonction de la question posée et non pas avec l’arrière-pensée de faire un bras d’honneur au pouvoir en place.

Cela provoquerait un changement considérable dans la manière qu’ont les Français d’envisager le pouvoir. Mais sans une profonde réforme de ses institutions, cette République est vouée à fabriquer des nains que leur omnipotence rend impotents.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

16:36 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : république, france, rmc, bfmtv, bourdin, vidéo | |  Facebook | | |

04/05/2014

Le nouveau numéro de La Cité est sorti. Plein feu sur le traité qui fait peur

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Le numéro de mai du mensuel La Cité vient de sortir avec plein de reportages – de Saint-Gingolph jusqu’au Texas, en passant par Lausanne, Genève, l’Indonésie et l’Arménie–, de chroniques, de photos, d’illustrations d’art.

 

L’édito de ma pomme aura pour titre, «De l’impermanence en politique» 

 

La Cité consacre son Grand Angle (Jean-Noël Cuénod) au «traité qui fait peur», celui que l’Union européenne et les Etats-Unis sont en train de négocier en secret. Il s’agit de créer la plus grande zone de libre-échange de la planète ; elle risque de vider de leurs substances les pouvoirs légitimes et démocratiques.

Face à ce mastodonte, quelle sera la place de la Suisse ? Réponse de l’ambassadeur Didier Chambovey – délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux ­– qui a accordé une interview exclusive à notre mensuel.

 

Nos deux chroniqueurs sont, à n’en pas douter, en pleines formes. Avec son «Vous prendrez bien un peu de recul?», Ariane Ferrier vous dira tout sur une très curieuse machine. Je ne saurai déflorer le sujet. Dans «Science & Conscience», le professeur André Langaney nous expliquera que la communication n’est pas le propre de l’humain.

 

Barbara Santos a mené l’enquête à la Bibliothèque de la Riponne à Lausanne qui abrite plusieurs dizaines de personnes en situation précaire. Ils y trouvent chaleur, lecture et… connexion internet.

 

Fabio Lo Verso fait le point sur l’état des banques genevoises qui vont affronter une nouvelle vague de licenciements.

 

 

Notre partenaire Mediapart publie une grande enquête sur le «dumping fiscal» qui est en train de ruiner l’Europe. Concernant ce même domaine, La Cité publie les bonnes feuilles d’un ouvrage d’Eric Walravens sur les cabinets d’audit.

 

Sevan Pearson s’est rendu en Arménie et nous raconte comment la Russie a fait main basse sur ce pays. Intéressant parallèle avec la crise ukrainienne.

 

Bouleversant, le reportage de Cécile Fandos (texte) et Mélinda Trochu (photos) sur la traite sexuelle des immigrées clandestines au Texas.

 

Sur l’Ile de Bangka en Indonésie, ces nouveaux damnés de la terre risquent leur vie pour quelques grammes d’un minerai, indispensable au fonctionnement de nos téléphones portables. Arnaud Guiguitant (texte) et Steven Wasenaar (photos) ont mené l’enquête, sur place.

 

Entre France et Suisse, Haute-Savoie et Valais, le cœur de Saint-Gingolph ne cesse de battre. Comment ce village vit-il aujourd’hui le fait d’appartenir à deux pays? Clément Girardot (texte) et Céline Michel (photos) nous apportent leur réponse fort illustrée.

 

Le Musée d’Orsay présente une exposition exceptionnelle : Van Gogh vu par le poète Artaud, deux veilleurs au bord de notre folie (Jean-Noël Cuénod).

 

Dans notre série sur la Première Guerre mondiale, La Cité rappelle comment le train de Lénine a failli faire dérailler la Suisse (Jean-Noël Cuénod).

 

En dernière page, sous une superbe reproduction d’un «paysage» du peintre Jean-François Taburet, Marianne Rillon nous fait découvrir un grand philosophe injustement méconnu, Henri Maldiney.

 

 

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02/05/2014

LES APHORISMES DU PLOUC. DIEU SAIT...

  •  Dieu est toujours là où plus personne ne l’attend.

 

  • Dès que l’on croit saisir Dieu, il n’est plus là. Divine truite, sautant au fil du torrent, qu’on ne saurait pêcher sans pécher.

 

  • Dieu n’a pas de noms puisqu’il les possède tous.

 

  • Quand je pense Dieu, Dieu me pense aussitôt.

 

  •  Au fur et à mesure que je crée Dieu à mon image, Dieu me crée à la sienne. 
 
  •  Dans le doute fleurit Dieu.
 
  •  La foi est un vent chaud qui souffle à l’intérieur.
 
  •  Sentir Dieu comme un parfum de jasmin dans la ville.
 
  • Tout ce que l’on dit sur Dieu est vrai ; Tout ce que l’on dit sur Dieu est faux.
 
  • Lorsque l’athéisme n’était professé que par une poignée d’hommes résolus, c’était une révolte de la raison ; aujourd’hui qu’il est partagé par la foule indifférente, ce n’est plus qu’un manque d’imagination.

 

  • Le silence est ce lieu du Grand Vide qui fait tourner le ciel.



  •  Quand l’espoir meurt, naît l’espérance



  • Dieu se fait sourd et muet lorsqu’on parle trop de lui.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo tirée du site http://venezziamente.blogspot.fr

 

 

 

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- Liens (Editions Editinter Paris)

 

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29/04/2014

Manuel Valls n’a plus de majorité

 

imgres.jpgManuel Valls a déployé mardi tous ses talents – réels ­– d’orateur pour faire voter son plan d’économie de 50 milliards d’euros de la façon la plus large possible. Mais l’anaphore (répétition du même thème à chaque début de phrase) – «J’assume, oui, j’assume!» – est tombée dans l’oreille de plus en plus sourde des députés de son Parti socialiste. Finalement, le plan a été voté par 265 voix contre 232 et 67 abstentions. Certes, ce vote n’avait pas de force obligatoire et de toute façon, Valls étaient certain de l’emporter.

 

 Mais l’important n’était pas là. Il s’agissait pour lui de recoller les morceaux de sa majorité, afin de disposer de l’assise politique nécessaire pour conduire le plan de réduction de la dette publique le plus sévère depuis des décennies. D’où la dramatisation que le nouveau premier ministre a orchestrée depuis plusieurs jours pour faire de cette consultation, un vote de confiance bis. Or, l’opération a échoué. 

Sur 275 députés siégeant sur les bancs socialistes, 41 se sont abstenus, alors que le premier ministre estimait ces abstentionnistes à 25, voire 30 au grand maximum. Trois députés apparentés au PS ont même voté contre le plan, les chevènementistes Marie-Françoise Bechtel, Christian Hutin et Jean-Luc Laurent.

Théoriquement, les Verts font encore partie de la majorité. Théoriquement, car en pratique, c’est autre chose.  Sur 17 députés écolos, 12 ont carrément voté contre le plan, deux se sont abstenus ; seuls trois ont soutenu le gouvernement. Les radicaux de gauche se sont montrés les plus fidèles à la majorité. Aucun d’entre eux n’a refusé le projet, deux se sont abstenus et les 13 autres ont choisi de faire encore un tour de Valls dans l’hémicycle.

Dès lors, le premier ministre qui souhaitait avoir son camp uni derrière lui a manqué son coup.

 

Toutefois, des fissures sont aussi apparues dans le bloc de l’opposition. Passons sur  l’UMP et ancien ministre Frédéric Lefebvre  qui a voté pour le plan Valls et trois autres députés qui se sont abstenus. Ils n’ont guère pesé face aux 192 représentants de leur parti qui ont rejeté le gouvernement. En revanche, les centristes de l’UDI se sont montrés beaucoup plus sensibles aux arguments de Manuel Valls. Sur 30 députés, 17 se sont abstenus, trois ont voté pour le plan et seuls sept l’ont refusé.

 

La majorité absolue étant de 289 députés, le chef du gouvernement voit sa marge de manœuvres se réduire. La mésentente avec les Verts tourne au divorce. Preuve de la colère de Manuel Valls à leur endroit: alors qu’il avait inscrit la transition énergétique dans le texte écrit de son discours, il l’a zappée à l’oral, sans doute lorsque le premier ministre a appris la volte-face des Verts qui lui avaient donné des signes d’apaisement quelques heures encore avant le vote.

 

Ses relations avec une partie désormais importante ­des députés de son propre parti se sont encore tendues. Le chef du gouvernement sait qu’il ne pourra pas compter sur leur soutien automatique. Pour arracher leur vote sur d’autres coupes budgétaires, il devra leur donner des gages. Ou alors, s’entendre avec les centristes au coup par coup pour faire passer les pilules les plus amères qui ne manqueront pas d’être prescrites aux Français.

 

Dans un pays normal, ce genre de situation appellerait un gouvernement de coalition entre sociaux démocrates et centristes. Mais voilà, la France n’est pas un pays normal. Elle aime les paysages politiques nets et rectilignes comme les jardins de Le Nôtre. Elle devra désormais s’habituer aux terrains vagues.

 

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

 

L'intervention de Valls à l'Assemblée nationale


"J'assume": L'anaphore de Manuel Valls - 29/04 par BFMTV

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24/04/2014

Bernard Thomas-Roudeix : défigurer pour reconfigurer (Les Jeudis du Plouc)

 

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Qu’est-ce qu’un artiste peut bien figurer, alors que des entrepreneurs en installations diverses réinventent chaque année le pissoir de Duchamp? Remarquable ustensile, au demeurant, qui fait encore usage plus de cent ans après sa conception. Saluons le non-artiste. Voilà de la plomberie sanitaire qui vous nourrit son homme et qui, en même temps, le soulage.

A quoi peut bien servir la figure, je vous le demande? A faire de la figuration peut-être? Oui, mais alors, pas de la figuration intelligente.

Elle ne sert à rien, figurez-vous, puisqu’elle est bonne à tout. Avec l’image, sa mère maquerelle, la figure a fait tous les trottoirs sous ses diverses parures: après les clichés sur verre, les instantanés, les polaroïds, elle atteint le sommet de ses formes par la grasse grâce de la photo numérique que diffusent les réseaux sociaux à jet tiède continu. Avec la photo argentique, tout le monde s’est figuré devenir peintre. Avec la photo numérique, tout le monde se figure être photographe.

Depuis plus d’un siècle, les artistes n’ont donc eu de cesse que de besogner cette figure qui ne figure plus rien. Le Plouc parle bien sûr des artistes authentiques et non des entrepreneurs en installations diverses qu’il évoquait au début de ce papier. Eux, font des sous mais non des œuvres.

 

Parmi ces pétrisseurs de formes, figure le peintre, sculpteur et céramiste Bernard Thomas-Roudeix. La figure, il s’en saisit, la lave, la nettoie, la débarrasse de toutes ses souillures merdiatiques, la travaille, l’alchimise, la transmue. Bref, il l’a dé-figure. En la défigurant, l’artiste la sort de l’empire du dérisoire, pour la restituer à sa véritable vocation qui est celle d’être une porte. Car c’est par la figure que l’on entre dans les êtres.

Ouvrez donc les portes de Bernard Thomas-Roudeix. Vous y verrez des mondes intranquilles, bouleversés, bouleversants, traversés d’éclats de larmes, zébrés de sanglots de rire, semés de lambeaux de sourire, formés d’organes à vif, abreuvés de sang solaire.  Ces mondes-là, sont les vôtres, en vrai. Non pas en toc. Il y a du réel plus réel que toutes vos réalités chez Thomas-Roudeix.

Comme il faut éteindre l’ordinateur pour le reconfigurer, il faut défigurer la forme pour qu’elle revive.

 

L'Incertain… regard sur Thomas-Roudeix

 

 Pour approcher le travail de cet artiste, la lecture de L'Incertain, remarquable «revue de création littéraire et critique», se révèle bien utile, tant il est vrai que les poètes savent dire ce qui se cache dans les replis d’une œuvre. Elle a donc consacré son deuxième numéro à Bernard Thomas-Roudeix. Le poète Jean-Durosier Desrivières publie une interview de l’artiste et six de ses planches de gravures que Desrivières éclaire d’autant de poèmes courts.

A une époque où rien n’est plus certain que l’incertain, on ne saurait d’ailleurs trouver à une revue un titre plus adéquat. Elle est publiée, sous forme d’un livre format «poche», par les Editions K à Fort-de-France. Donc loin du remugle parisien, là où soufflent les tempêtes florales et charnelles des poètes antillais.

 

La démarche de L'Incertain s’inscrit parfaitement dans celle de Thomas-Roudeix. Cette dé-figuration en vue d’une re-configuration, on la retrouve aussi dans les poèmes  de Jean-Durosier Desrivières et plusieurs textes des autres auteurs de la revue (Cécile Baltz, Gérald Désert, Alexander Dickow, Frankito, André Lucrèce, Fanfan Mahotière, Buata Maléla, Charles Edgar Mombo, Jean-Marc Rosier). Elle est particulièrement perceptible dans un poème de Francky Lauret «Rozoir-Arrosoir»  écrit en créole et en français, sur deux pages face à face.

 Voilà une expérience que L'Incertain ferait bien de renouveler. Affadie par l’actuel plat babil littéraire, la langue française aurait bien besoin d’une bonne transfusion de sang créole.

 

Jean-Noël Cuénod

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Deux oeuvres de Bernard Thomas-Roudeix: en haut, Etreinte III; en bas, Remords.

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20/04/2014

Le Christ et sa libre parole

 

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Voilà le Christ quittant son tombeau, son linceul, ses bandelettes qui attachaient son corps d’humain. Il est revêtu de lumière nue, marche en plein midi et invite les femmes et les hommes qui le veulent à se dépouiller de tous les métaux qui sont autant d’entraves qui empêchent la marche. Serait-ce un acte simple comme bonjour ?

 

C’est aller trop vite en besogne, et faire bon marché de l’extraordinaire génie des humains qui les pousse à forger leurs propres chaînes avec tant d’ingéniosité et de raffinement. Chaîne de la cupidité qui entraîne les riches dans la spirale sans fin du «toujours plus». Chaîne de la soumission qui force les pauvres à accepter l’inacceptable sans révolte. Chaîne des stupéfiants, légaux ou illégaux peu importe, qui obnubile tous les autres dans l’illusion d’une consommation sans frein et sans autre but que sa satisfaction jamais satisfaite. Tant de chaînes qui font de nous des êtres assis. Tant de chaînes à jeter bas…

 

Dans sa marche de Pâques, le Christ nous désigne le chemin pour devenir libre. Mais il ne saurait être libre à notre place. Cette liberté, c’est à nous de la conquérir, jour après jour. Lorsque nous refusons d’être soumis aux puissances économiques, aux pouvoirs politiques, aux institutions ecclésiastiques, c’est le Christ qui parle en nous. En faisant nôtre sa libre parole, nous sommes hors d’atteinte de toute oppression.

 

 

Jean-Noël Cuénod

Photo: la foudre du Christ de Corcovado, au-dessus de Rio

20:10 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pâques, jésus, liberté | |  Facebook | | |

17/04/2014

Madame Jésus Christ a-t-elle existé ? La belle affaire !(Les Jeudis du Plouc avec vidéo)

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Dès qu’il s’agit de revêtir le Christ avec les oripeaux de l’actualité, la planète Média se met à tourner encore plus vite. La récente publication d’une découverte a jeté les Saintes Huiles sur un sacré feu. Le fragment d’un papyrus datant du IVe siècle –rédigé en copte et découvert en Egypte ou en Syrie – révèle la mention suivante: «Jésus leur a dit, ma femme…» 

Faux forgé par une main sataniquement habile? Document authentique remettant la femme au milieu de l’Eglise? Les historiens se battent comme des diables dans un bénitier. Les prélats se voilent la face devant ce sein peut-être saint qu’ils ne sauraient voir.

 

La belle affaire! Que Jésus soit ou non marié, qu’il ait connu bibliquement ou non Marie Madeleine, voilà qui ne relève que de l’anecdote. En quoi cela change-t-il le message fondamental du Christ qui a traversé les déserts, les océans, les plaines, les montagnes ainsi que les siècles? Ce message est inscrit dans la célébration de Pâques: Dieu –  l’Etre des Etres ou quel que soit le nom dont on l’affuble – s’est incarné, a subi les violences que l’humanité s’inflige à elle-même, et fait l’expérience de la mort pour en triompher. Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu, disait Saint Irénée (IIe siècle). En d’autres termes, le Christ a montré la voie pour arracher les chaînes qui attachent l’humain à son angoisse de mourir. Il n’est pas de plus grande liberté.

 

Les institutions, sous leurs diverses formes, n’ont eu de cesse d’enfermer Jésus Christ dans des normes et des rôles: est-il Dieu ou homme? Est-il Dieu et homme ? Est-il Dieu hominisé? Dieu humanisé? Mais le Christ n’a que faire de nos catégories carcérales. Il est libre. Il est même la Liberté. Celle qui triomphe de tout, de l’injustice et des bourreaux, de l’oppression et des tombeaux. Aucune Eglise, aucun Etat, aucune organisation ne saurait l’enfermer car le Christ est toujours là où on ne l’attend pas. On le croit au ciel? Il partage le quignon de pain du prisonnier. On le croit cloué à sa croix? Il vibre dans notre cœur.  On le croit en majesté? Il reçoit les crachats de la foule. On le croit à la droite de Dieu? Il se proclame Fils de l’Homme. On le croit particule ? Il est onde.

 

Alors qu’il soit ou non marié ne change rien au fait qu’à une époque où les femmes étaient méprisées, il a choisi l’une d’entre elle, Marie de Magdala, pour annoncer sa résurrection. C’est-à-dire la victoire définitive de la vie sur la mort.

 

Tout le reste n’est que vain babil.

 

A toutes et à tous, belles Pâques

 

Jean-Noël Cuénod


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12/04/2014

LE SANG DES ETOILES

LE SANG DES ETOILES

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Molle molécule dans le sol

Infime reste de mon corps

Rendu à sa glèbe initiale

Glissant coulant dans les replis

De l’infini minuscule

Voyage au centre de la terre

Par les veines diamantifères

Par l’eau noire pailletée d’or

Quelle fête pour un cadavre !

Ce moi-même infime et caduc

Mélangé à d’autres déchets

Nourrira le sang des étoiles



Jean-Noël Cuénod 

Photo: http://www.picdumidi.com/soirees-etoilees

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

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10/04/2014

Manuel Valls et la perruque poudrée de Monsieur Désir (les Jeudis du Plouc)

valls,hollande,ps,france

 

  A peine quelques heures après avoir réussi son grand oral devant les députés, patatras, le nouveau premier ministre français Manuel Valls commet plus qu’un crime, une faute, en nommant secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, l’ex-patron du Parti socialiste Harlem Désir. « Il s’agit moins d’une promotion  que d’une exfiltration », susurre le site de «Libération». En effet, le désormais ancien premier secrétaire du PS ayant démontré toute l’étendue de son incompétence, il fallait d’urgence lui trouver un autre poste, encore plus haut placé, encore plus important. Lamentable !

 

A la tête de son parti, Harlem Désir s’est montré au-dessous de tout. Au lieu de l’animer, il l’a assoupi. Au lieu de le réveiller, il lui a chanté des berceuses. Il s’est montré incapable d’assurer l’unité des socialistes et de préparer le tournant social-libéral impulsé par les choix de François Hollande. La punition a été sévère : le PS a subi une déroute effarante aux municipales. Certes, l’impopularité du président socialiste, empêtré dans ses promesses de Gascon hollandais, et la hausse continue du chômage sont les principaux facteurs de la débâcle. Mais un parti ne perd pas des élections locales aussi massivement, malgré une solide implantation, sans que sa direction n’en porte une lourde responsabilité.

 

Harlem Désir ayant notoirement démérité, son éjection de la direction du parti présidentiel devenait donc inévitable. Les salariés qui se trouvent dans cette situation doivent pointer à l’assurance-chômage en essayant de se former en vue d’une reconversion. Mais Monsieur Désir ne fait point partie de cette valetaille. Il est du sérail. Il a sa perruque poudrée, sa culotte moirée et ses bas de soie. La Nation lui doit les égards qu’elle réserve à ses grands incapables. Voilà donc le Secrétariat d’Etat aux affaires européennes à lui offert sur un plateau doré.

 

Dans leurs discours, le président Hollande et le premier ministre Valls n’ont que l’Europe à la bouche. L’Europe, unique objet de leur assentiment. L’Europe comme seule voie possible pour parvenir à la croissance. L’Europe comme lieu décisif pour impulser une politique dans la tourmente mondialisée. Mais dès qu’il s’agit de passer aux actes, ils n’ont rien de plus pressé que de confier les clés de ce domaine, si décisif à leurs yeux, au type qui n’a même pas réussi à faire le ménage dans son parti.

 

Ce faisant, le président et le chef de son gouvernement ont fait fi de la pitoyable image qu’ils allaient donner aux autres pays européens et ont pris le risque d’affaiblir la France – qui n’a déjà pas bonne réputation à Bruxelles – au sein de l’Union, pour un motif futile. « Mais Harlem Désir, ne fera pas beaucoup de dégâts puisqu’il sera placé sous la coupe du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius », répliquera-t-on. Ah bon ? Mais en ce cas, pourquoi s’encombrer d’un secrétaire d’Etat aux affaires européennes, s’il n’est là que pour porter les valises du ministre ?

 

François Hollande voulait « présider autrement », mais il fait comme les autres en plaçant ses copains et en traitant l’Europe par-dessus la jambe. Manuel Valls n’a pas eu le cran de lui résister, malgré ses jolis coups de menton à l’Assemblée nationale.

 

 

Jean-Noël Cuénod


 

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08/04/2014

Manuel Valls un bon discours dans la pire des situations (avec vidéo)

 

 

Pour son discours engageant, mardi après-midi, la responsabilité du nouveau gouvernement socialiste français, Manuel Valls était condamné à être bon. Il le fut. Les premiers pas d’une nouvelle équipe dirigeante sont déterminants à une époque où tout va très vite, du fait de l’hystérie médiatique généralisée et du quinquennat qui, en raccourcissant le mandat présidentiel de deux ans, a accéléré tout le processus politique en France. Le défi était d’autant plus important à relever pour le premier ministre que son parti a subi un effondrement historique à l’issue des élections municipales. Il fallait tourner la page, au plus vite.

Manuel Valls a donc plutôt réussi son grand oral à la forme et au fond.

 

A la forme.

Son ton clair, ferme mais calme a tranché avec les vociférations infantiles d’une partie des députés UMP, les moins présentables d’entre eux, tel Balkany, se montrant les plus odieux. Ce qui a plutôt servi le nouveau chef du gouvernement. Valls a ensuite ajouté juste ce qu’il faut d’émotion en rappelant qu’il fut Français par choix et non d’origine :

« La France a cette même grandeur qu’elle avait dans mon regard d’enfant, la grandeur de Valmy, celle de 1848, la grandeur de Jaurès, de Clemenceau, du général de Gaulle, la grandeur du maquis. C’est pourquoi, j’ai voulu devenir Français ».

Sachant que ses compatriotes ne supportent plus les euphémismes façon Hollande, Valls a choisi de parler dru dès les premiers mots de son allocution :

« Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France. Et c’est conscient de cette réalité que je me présente devant vous (…) Disons les choses simplement, beaucoup de nos compatriotes n’y croient plus. Ils ne nous entendent plus. La parole publique est devenue pour eux une langue morte ».

 

Au fond.

Le premier ministre a annoncé des mesures qui vont frapper l’opinion. En bien ou en mal. Mais l’important est de sortir de ce magma informe de mesurettes. En présentant le détail du pacte de responsabilité voulu par le président Hollande, Manuel Valls nous balance du lourd. Ainsi, les charges sociales payées par les patrons seront entièrement supprimées pour l’employeur d’un salarié payé au salaire minimum (SMIC). Cette mesure va avantager les petites et moyennes entreprises qui sont les plus nombreuses à payer leurs travailleurs au  SMIC. La droite en avait rêvé. La gauche va le faire. Les charges des artisans seront également revues à la baisse. Les cotisations sociales des salariés seront diminuées pour les salariés payés au SMIC, ce qui représentera pour eux l’équivalent d’une hausse annuelle de 500 euros sur leur fiche de paye. Une série de taxes frappant les entreprises seront également abandonnées. Le but du premier ministre : baisser de 30 milliards d’euros le coût du travail en deux ans.

 

 

Comment financer tout ça, alors que la France doit dégonfler sa dette publique ? Le président François Hollande avait déjà annoncé que l’Etat devait réduire ses dépenses de 50 milliards d’euros par an d’ici 2017. Valls désigne les secteurs qui seront touchés : l’Etat et ses fonctionnaire, 19 milliards ; l’assurance-maladie, 10 milliards ; les collectivités locales (communes, communautés de communes, départements, régions), 10 milliards. Il demeure tout de même 11 milliards à dénicher. Là, Valls nous fait du Hollande :

« Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations ». Mouais… On sent que ces 11 milliards risquent fort de sombrer dans le gouffre à promesses.

 

Sur le plan de l’organisation du pays, Manuel Valls va s’attaquer à rude partie : les baronnies locales qui profitent de l’indigeste millefeuille administratif français. Il veut donc diminuer les régions de moitié mais aussi – enfin ! – clarifier les compétences des régions et des départements afin de supprimer les multiples doublons entre ces deux entités qui ne sont pas pour rien dans l’incroyable « chenit » de l’Hexagone. Mais à entendre mugir du fond des travées parlementaires les faces rubicondes des roitelets provinciaux, cette grande réforme n’est pas gagnée d’avance.

 

 En y mettant ce souffle et cette énergie qui manquaient cruellement au ci-devant premier ministre Ayrault, Manuel Valls s’impose désormais comme le patron de la majorité. Toutefois, son gouvernement est placé dans la pire des situations. Le Parti socialiste a perdu une grande partie de ce qui faisait sa substance, à savoir les mairies. Les ouvriers l’avaient abandonné avant même l’élection de François Hollande. Mais le président socialiste a aussi été abandonné par cette coalition des classes moyennes, inférieures et supérieures, qui a puissamment contribué à son élection.  

 

Certes, mardi soir, Manuel Valls a finalement obtenu des députés un vote de confiance plus large que prévu : 306 pour, 239 contre, 26 abstentions dont 11 socialistes. Les quelque 88 députés socialistes de l’aile gauche n’ont pas mis leur menace de s’abstenir à exécution, à l'exception des onze qui viennent d'être évoqués. Même les écologistes – qui ont renoncé à participer au gouvernement – ont très majoritairement voté pour lui. Toutefois, ce succès relatif ne doit pas être surestimé. L’un des leaders de la gauche du PS a déclaré que son vote favorable ne signifiait pas autre chose que sa volonté d’éviter une crise institutionnelle ; elle aurait abouti à la dissolution du parlement et à de nouvelles élections qui auraient été cataclysmiques pour les députés socialistes.  Les concessions que Valls et Hollande ont faites au patronat risquent donc de diviser le PS pour longtemps.

 

Avec des socialistes qui ne savent plus où ils habitent, des écolos qui ne savent plus où aller, des ennemis irréductibles à la gauche de la gauche et une opposition de droite requinquée par sa victoire éclatante aux municipales, le gouvernement Valls commence sous les pires auspices. D’autant plus qu’il doit trouver 50 milliards d’euros d’économie en trois ans, tout en favorisant la croissance, en recréant le tissu industriel et en s’attaquant au millefeuille administratif. En comparaison, les travaux d’Hercule font tournois de pétanque pour maisons de retraite.

 

 

Jean-Noël Cuénod


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Le discours de Manuel Valls demandant la confiance de l'Assemblée nationale

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05/04/2014

La Suisse à la conquête de l’or noir africain. Enquête exclusive de La Cité

 

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Le mensuel La Cité vient de sortir son numéro d’avril. Ne comptons pas sur les confrères pour en parler et puis, on n’est jamais si bien servi que par soi-même.  Voici donc un bref aperçu de quelques-uns des articles que vous lirez dans La Cité.

 

A citer d’emblée, une enquête aussi exclusive que passionnante sur une société fort discrète logée au Tessin; elle a tissé un réseau d’influences à travers plusieurs pays africains. Le but ? Se placer dans la grande bataille qui se déroule actuellement pour faire main basse sur le pétrole africain. Un vrai cas d’école. Et un vrai thriller dû au talent de Federico Franchini que vous découvrirez dès la «couverture» de La Cité.

 

Autre exclusivité, un grand reportage d’Allan Kaval sur la Turquie qui s’efforce, non sans mal, «d’ajuster sa ceinture kurde». Les médias laissent dans l’ombre cette partie du monde où pourtant se joue l’avenir de cet Orient qui nous est très proche.

 

L’immigration et les réfugiés sont des sujets récurrents en Suisse. Mais en Belgique aussi. Comment nos cousins en francophonie abordent-ils ces questions brûlantes? Vous le saurez en lisant le remarquable reportage de Luisa Pace (texte) et Alberto Campi (photos) nos envoyés à Bruxelles.

 

Marco Motta (texte) et Michaël Cordey (photo) nous emmènent dans le monde étrange des «zombies» du Zanzibar. On ne vous en dit pas plus. A découvrir d’urgence.

 

Nous vivons la période stressante des playoffs. Mais savez-vous que le hockey sur glace est le miroir à facettes de la Suisse? Interviewé par Jean-Christophe Aeschlimann, le journaliste-vedette alémanique Klaus Zaugg vous l’expliquera.   

 

A lire aussi l’impressionnante – et inquiétante - enquête de notre partenaire Mediapart sur la grandeur et la décadence d’une monnaie virtuelle, le Bitcoin. Vous saurez comment on peut perdre 460 millions de dollars dans les fumées de la virtualité non régulée.

 

«Le rock est éternel, même en Suisse». Alexandre Wälti trace l’histoire de ce genre culturel et musical qui a transformé le monde. Et même la Confédération. 

 

Vous retrouverez encore dans La Cité les chroniques «Science & Conscience»  du professeur André Langaney et «Vous prendrez bien un peu de recul?» d’Ariane Ferrier qui vous parlera d’un bien curieux soutien-gorge. Ajoutons l’éditorial du Plouc – il signe de son vrai nom ­– qui ne sera diffusé qu’en version «papier». 

 

Le mensuel La Cité ne peut vivre que grâce aux abonnements. Il n’a ni publicité ni mécène afin de conforter son indépendance.  Si vous désirez sauvegarder une presse libre et exigeante, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire!

 

Jean-Noël Cuénod

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03/04/2014

Pourquoi Valls a raté son tango avec les Verts (les Jeudis du Plouc)

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Disons-le sans fard. Le Plouc s’est planté en affirmant, lors de son précédent blogue, que les écolos français allaient rejoindre leur niche après avoir reçu une belle gamelle bien remplie par Manuel Valls. Les anciens ministres Cécile Duflot et Pascal Canfin ont refusé toutes les gentillesses du nouveau premier ministre.

Leur parti Europe-Ecologie-Les Verts refuse de participer à l’exécutif en affirmant rester dans la majorité présidentielle, tout en ne faisant plus partie de la majorité gouvernementale. Jadis, le Parti communiste en avait fait de même avec le Front populaire en 1936 avec sa formule, «soutien sans participation». Comme dans le gouvernement Ayrault les Verts faisaient de la «participation sans soutien», la formule se muera peut-être en «sans participation sans soutien».

 

Cela dit, Le Plouc n’avait pas tout à fait fort en surestimant le fumet de la gamelle, car la plupart des députés Verts ont hurlé d’horreur devant le «niet» de leur PolitBuro. Dany Cohn-Bendit, s’est même exclamé à propos de ce refus: «Mais quelle connerie!». Et d’ailleurs, l’instance de ce parti qui a pris cette décision, le Bureau exécutif, ne l’a votée que de justesse par 7 voix contre 3 et 5 abstentions.

 

Il faut dire que Manuel Valls, conscient du danger, avait multiplié les concessions au profit de ses ex-alliés en cédant sur leurs principales revendications :

 

– introduction d’une dose de proportionnelle dans l’élection des députés (25% d’élus), ce qui garantissait une présence appréciable des écolos sur les bancs de l’Assemblée nationale (mais aussi un nombre important de parlementaires Front national);

– arrêt définitif des réacteurs nucléaires de troisième génération (EPR);

– fermeture de vingt-cinq centrales atomiques;

­– la nomination de Cécile Duflot, devenue numéro 2 du gouvernement, à la tête d’un puissant ministère de l’écologie, du logement et, surtout, de l’énergie, ce qui aurait permis aux verts de diriger cette transition écologique qu’ils appellent de leurs vœux.

 

Résultat des courses: c’est notre Royal Ségolène qui hérite de ce maroquin maousse. Ce qui signifie que, même s’ils voulaient revenir un jour au gouvernement – ce qui est le souhait le plus cher d’au moins 75% de leurs députés – les écolos auront bien du mal à en déloger l’ancienne compagne du président Hollande qui sait conserver une bonne position, bien mieux que ces bleus de verts.

 

Bref, tout ce que les écolos ont toujours rêvé d’obtenir, le premier ministre le leur offrait sur un plateau d’argent. Alors pourquoi, une petite majorité de leur direction a-t-elle refusé de danser le tango avec Valls?

 

Une partie d’Europe-Ecologie-Les Verts ne croit plus aux chances des socialistes de sortir des sables mouvants de leur impopularité. L’effondrement historique du PS aux municipales, ajouté au fait que les écolos ont, eux, bien mieux résisté, l’ont confortée dans cette position. D’autant plus qu’alliés au Front de Gauche, ils ont enlevé aux socialistes l’importante ville de Grenoble. Dès lors, tablant sur le naufrage du paquebot rose emporté par des vagues bleues (voire bleue Marine) successives, ces rats verts préfèrent le quitter et préparer avec les rouges du Front de Gauche, l’opposition de demain.

 

Mais une autre partie, sans doute plus importante, ne veut pas entendre parler d’un tel accord avec l’extrême-gauche, ce qui les relègueraient dans une opposition stérile et morne, sinon éternellement (l’éternité est un concept inconnu en politique), du moins pour de nombreux lustres. Ils le feront payer très cher à Cécile Duflot. Pour l’instant, elle tient EELV, mais ce parti risque fort d’éclater.

Pour les écolos réalistes, on a toujours tort d’avoir raison dans l’impuissance.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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L'excellente et claire explication de Daniel Cohn-Bendit à Europe1


Cohn-Bendit dénonce la "faute politique" d'EELV par Europe1fr

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31/03/2014

François Hollande s’offre un tour de Valls. Et pour la première fois un Tessinois, à Matignon!

 

 

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Evacuons tout de suite l’info qui fait mouche en Suisse. Pour la première fois, un Tessinois est nommé premier ministre en France. Un demi-Tessinois, certes, mais de la meilleure moitié, la féminine, puisque la mère de Manuel Valls est originaire de Ludiano, près de Biasca. Son père, lui, est Catalan. Lorsque Le Plouc l’avait rencontré en 2008 à l’occasion de la sortie d’un livre et de la création de son Club 21, Valls s’était rappelé ses vacances estivales dans le village maternel. Mais nos compatriotes de la Banque seraient mal avisés de compter sur ces gènes suisses pour infléchir la position de Paris vis-à-vis de l’évasion fiscale. Fin de la séquence émotion helvétique.

 

Passons aux choses sérieuses. Sans surprise, le président Hollande a renvoyé son chef de gouvernement Jean-Marc Ayrault à ses chères études nantaises. Il va pouvoir enfin se consacrer à plein temps à son dada: l’implantation d’un aéroport dans les bocages verdoyants (en attendant d’être merdoyants à cause du kérosène) à Notre-Dame-des-Landes. Après la défaite historique du Parti socialiste – la perte de 155 villes ­– l’éjection d’Ayrault relevait du service minimum. Sans surprise, l’Elysée a nommé Manuel Valls à Matignon.

 

«Ah, mais Valls va diviser le PS ! Son aile gauche et les écolos rejettent ce social-traître. Hollande va perdre sa majorité!» Calmons-nous! Les députés verts et rouges ne sont pas de bleus. S’ils provoquent une crise gouvernementale majeure, l’Assemblée nationale risque d’être dissoute. Ont-ils vraiment envie de retourner devant les électeurs après la claque mémorable qu’ils viennent de subir ? Ils vont donc grogner, râler, gronder. Hollande et Valls devront les calmer en leur caressant l’égo dans le sens du poil. Et ils rentreront à la niche comme d’habitude.

 

En fait, comme Le Plouc l’a souligné dans son précédent blogue, François Hollande n’a pas le choix. En renonçant à renégocier le Pacte budgétaire européen qu’Angela Merkel avait réussi à refiler son prédécesseur Sarkozy, l’actuel président est obligé de continuer sur la voie de l’austérité. Il ne peut pas arrêter ses réformes au milieu du gué. Il est obligé de les faire passer coûte que coûte. Une politique économique de cet ordre ne se pilote pas comme un tricycle mais comme un énorme paquebot.

 

Et pour faire ce boulot, Manuel Valls a le bon profil. Autoritaire et bien vu par les électeurs de droite, il est l’un des rares ministres à rester populaires dans les sondages. L’opposition n’est pas encore parvenue à le déstabiliser.

 

Enfin, en matière de social-libéralisme, Valls se trouve sur la même ligne que François Hollande.  A preuve, ce qu’il disait au Plouc il y a six ans, lorsque le nouveau chef du gouvernement n’était encore qu’un député-maire de l’opposition:

 

«Il y a de la cohérence à accepter pleinement la société de marché tout en construisant un service public fort et adapté. Il faut que nous, socialistes, ayons le courage de dire aux Français, oui, nous devrons travailler plus longtemps et prendre en charge l’apparition du 4e âge, celui de la dépendance.»

 

La mission confiée au premier ministre Valls est plutôt compliquée: il doit expliquer aux Français qu’il ne faut rien changer au… changement qui a été initié. Son rôle sera avant tout celui d’un super-communiquant destiné à persuader des Français à bout de nerfs que la patience est plus qu’une vertu, une nécessité. S’il réussit ce tour de force – qui relève plus du ministère de Lourdes que de celui de Matignon – les plus hautes destinées sont promises au catalo-tessinois d’Evry

 

Avec son nouveau tour de Valls, Hollande va-t-il vraiment redonner de l’air à son quinquennat qui est déjà à bout de souffle? 

 

 

Jean-Noël Cuénod

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