22/08/2014

Etat islamique, Russie, Iran and Co : à la recherche de l’ennemi principal (les Jeudis du Plouc)

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Mao Tsé-Tung en fit l’une de ses grandes réflexions stratégiques durant sa conquête du pouvoir. Il est essentiel de déterminer l’ennemi principal et, pour l’abattre, de s’allier avec l’ennemi secondaire. Quitte, lorsque l’ennemi principal est vaincu, à se retourner contre l’allié provisoire redevenu ennemi principal. Vous me suivez? Le Plouc vous avertit qu’il s’agit, en l’occurrence, d’une Longue Marche…

C’est ainsi que les troupes Parti communiste chinois ont pactisé avec celles de leurs adversaires nationalistes du Kuomintang, tout d’abord entre 1924 et 1927 contre les puissants seigneurs de la guerre, puis entre 1937 et fin 1945, contre les envahisseurs japonais. Dès les Nippons battus, la guerre civile a repris ; elle s’est conclue le 1er octobre 1949 par la victoire des communistes de Mao. Le Kuomintang a dû se contenter de régner sur Taïwan.

Mais à l’époque, les rapports de force se présentaient de façon ­– relativement – simple en Chine. Il fallait choisir entre faire la guerre à son ennemi national ou s’allier avec lui contre l’envahisseur.

 

Aujourd’hui, pour les Etats démocratiques, déterminer l’ennemi principal devient un casse-tête qu’on n’ose à peine qualifier de chinois. Il y a surabondance de facteurs hostiles. Or, il est impossible de vaincre en luttant sur plusieurs fronts à la fois. Pour l’instant, les démocraties n’ont pas encore choisi leur ennemi principal.

Ou plutôt, cet ennemi principal change tout le temps de tête: il y a trois ans, c’était le dictateur syrien Bachar al-Assad ; l’an passé, l’AQMI et divers groupes djihadistes au Mali lui ont volé la vedette ; au début de l’année les agressions de Poutine en Ukraine ont pris le dessus sur la scène médiatique. Et lorsque la météo belliqueuse s’apaise pendant un bref moment, on reparle du nucléaire iranien ou alors le couple infernal Netanyahou-Hamas se déchaîne une fois de plus. Dans ces conditions, on ne sait plus où donner de la haine.

 

Il s’ensuit que jamais, dans la période contemporaine, la situation internationale n’est apparue aussi confuse, aussi déstabilisante, aussi angoissante. Les chefs d’Etat paraissent tous dépassés par des événements ; ils ne feignent même plus d’en être les organisateurs.

 

Mais la donne risque de changer maintenant. Une petite organisation djihadiste active en Irak, puis en Syrie, portant le fer à la fois contre Bachar al-Assad et ses opposants démocrates, a pris tout le monde de court – et en premier lieu Obama. Elle est parvenue à s’emparer de manière fulgurante d’une grande partie de l’Irak et de la Syrie, créant ainsi l’Etat islamique (anciennement Etat islamique en Irak et au Levant-EIIL), une sorte de "Djihadistan". Son chef Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi – qui se fait désormais appeler Ibrahim – s’est proclamé Calife, rétablissant l’ordre islamique de l’époque ottomane. Il n’entend pas en rester là et veut étendre son Etat à l’ensemble de l’Irak et de la Syrie mais aussi de la Jordanie et de toutes les terres de la région. En tant que Calife, les musulmans lui doivent obéissance partout, affirme-t-il.

En égorgeant le journaliste américain James Foley, en terrorisant les Arabes chrétiens et les Yézidis, en appliquant la dictature la plus implacable au nom de la charia, en s’emparant de pans entiers de deux pays, l’Etat islamique a décuplé le pouvoir de nuisance de l’islamoterrorisme.

A cet égard, il convient de remercier les pétromonarchies du Golfe qui ont largement financé la bande du Calife avant de se rendre compte, mais un peu tard, que ce chien enragé allait mordre la main de ceux qui l’ont nourri pendant si longtemps. Un grand merci aussi à la Turquie qui a fermé les yeux sur l’approvisionnement en armes de l’Etat islamique.

 

D’aucuns ont cru que le pseudo-Calife Ibrahim n’était qu’un chef de bande ensauvagé à la tête de brutes épaisses incapables de concevoir une politique cohérente. Rappelez-vous, on disait jadis la même chose à propos de Hitler.

La presse américaine relate qu’en fait, l’Etat islamique est en train de constituer une autorité de façon fort habile, en prélevant un impôt bien inférieur aux pots-de-vin de rigueur dans les régimes précédents en Syrie ou en Irak, en ouvrant des hôpitaux, des dispensaires, des centres alimentaires afin de répartir la nourriture de façon équitable, en réorganisant la vie sociale. Nul doute que cette politique va séduire une large part des habitants, épuisés par des guerres civiles dévastatrices. Actuellement, les troupes de l’Etat Islamique comptent entre 20 000 et 40 000 hommes. Chaque jour, de nouveaux volontaires viennent d’un peu partout, attirés par le versement d’un salaire régulier et la dynamique du succès.

 

Alors, voilà enfin l’ennemi principal rêvé pour les démocraties ! Certes, Poutine risque fort de profiter de cette situation pour pousser ses pions en Ukraine. Mais il sait aussi que l’islamoterrorisme peut faire rage à l’intérieur de ses propres frontières. Dès lors, la puissance américaine saura-t-elle amener la Russie à se contenter d’avaler la Crimée et à laisser l’Ukraine en paix ? Sera-t-elle capable de convaincre le gouvernement israélien et le Hamas à mettre une sourdine à leurs affrontements sans fin? Espérons-le car, avec cet Etat islamique fondé sur le terrorisme, il y a péril en nos demeures, encore plus qu’à l’époque de Ben Laden. Mais les hésitations du décevant Obama au Proche-Orient ne sont pas pour nous rassurer.

 

Jean-Noël Cuénod

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Le reportage de Meydan Dairieh, un journaliste palestinien, qui décrit l'embrigadement des enfants au "djihadistan" ou Etat islamique 


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17/08/2014

Pavel Korbel, le peintre mystique vient d’atteindre le bleu éternel

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Le grand peintre de l’esprit incarné, Pavel Korbel (photo), a rejoint le 11 août cet Eternel qui lui était si présent. Il avait 82 ans. La cérémonie religieuse donnée en son honneur se déroulera mardi 19 août à 14 h. à l’Eglise catholique du Sacré-Cœur à Montreux. Depuis quelques années, il avait quitté Genève pour gagner les hauteurs montreusiennes et les splendeurs de ce panorama inspiré, inspirant.

Né à Szarvas en Hongrie, le 18 janvier 1932, dans une famille slovaque, il a été envoyé dès 14 ans en Tchécoslovaquie, afin de poursuivre ses études ; il y restera vingt-deux ans. Après le bac, les études pédagogiques et les Beaux-Arts de Bratislava, Pavel Korbel se partage entre peinture et enseignements.

 

Les chars soviétiques envahissant Prague en août 1968, il quitte la Tchécoslovaquie pour se réfugier en Suisse dont il adoptera la citoyenneté en 1981. Cet exode sera pour lui une libération dans tous les sens du terme, comme il l’expliquera au Plouc, trente-trois ans plus tard :

« Ce ne sont pas les troupes soviétiques qui m’ont chassé de Tchécoslovaquie. Mon départ était dicté, avant tout par un choix d’ordre philosophique, artistique, spirituel. L’Armée Rouge n’aurait pas envahi mon pays que je serai tout de même parti. Ma décision prise et mon départ accompli, je me suis senti libre, pleinement. » 

L’un de ses premiers actes outre Rideau de Fer est d’entreprendre l’indispensable voyage en Italie et surtout, à Venise, ville qui restera l’un des lieux-phare de son inspiration :

« En accomplissant ce pèlerinage aux sources italiennes, je voulais, en quelque sorte, me laver le regard, me déconditionner de toutes les années que j’avais passées dans un univers totalitaire. » Il retirera de cette imprégnation italienne, une structure classique qui, comme une colonne vertébrale, ne se remarque pas mais permet au tableau de se tenir debout.

 

 L’une des caractéristiques de Pavel Korbel est son va-et-vient entre la peinture d’inspiration mystique et le portrait. Dans l’une, le tableau dépasse la frontière entre le figuratif et l’abstrait pour les unir dans un espace de non-dualité. Ses figures anthropomorphiques sont multivoques. Dans l’autre, Pavel Korbel revient vers l’humain, la sensualité, l’incarnation. 

 

Même s’il maîtrise le trait à la perfection, cet artiste complet se distingue tout particulièrement comme coloriste. Il existe un « bleu Pavel » que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Un bleu qui n’est pas une couleur froide ; au contraire, elle réchauffe comme l’eau d’un lagon. Ce bleu, allumé par une touche orangée, est une porte vers notre ciel intérieur que nous enfermons à double tour. Les tableaux de Pavel nous donnent les clefs et, surtout, l’envie de s’en servir.

 

En Suisse, il a été reconnu par de nombreuses personnalités comme Peter Ustinov et son fils, le sculpteur Igor. Durant ces dernières années, Pavel Korbel a été célébré dans ses pays d’origine, la Hongrie et la Slovaquie. Un film a d’ailleurs été consacré à son œuvre et à sa vie.

 

Ces prochains jours, contemplez le ciel. Vous le verrez, le bleu ne sera plus comme avant. Le Grand Architecte vient d’embaucher un sacré peintre.

 

Jean-Noël Cuénod


Le labyrinthe de la vie - Pavel Korbel

 

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16/08/2014

Au cœur du Débarquement en Provence : René Char, la résistance corps et âme

 

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Il y a septante ans, les Forces françaises libres et les Alliés débarquent en Provence, le 15 août 1944. Un mois plus tard, ils gagneront les premiers contreforts des Vosges. Parmi ceux qui ont préparé ce débarquement de 580 000 hommes, l’un des plus grands poètes de notre langue, René Char (1907-1988). Après avoir été convoqué en juillet 1944 à Alger par le général de Gaulle[1] qui préside alors le Gouvernement provisoire de la République française, le capitaine Alexandre – nom de résistant du poète – revient dans sa Provence natale pour l’assaut final.

 

René Char commande alors le Service action parachutage (SAP) de la zone Durance et installe son quartier général à Céreste dans les Basses-Alpes. De 1943 jusqu’au débarquement en Provence, le SAP réceptionne 53 parachutages d’armes, gère 21 arsenaux secrets, dont aucun ne sera découvert par les troupes allemandes, et distribue munitions et armements venant de Grande-Bretagne. Le capitaine Alexandre est donc l’un des principaux officiers de l’ « Armée de l’ombre » en Provence.

 

Son engagement dans la Résistance a commencé très tôt. Démobilisé après le désastre de juin 1940, il regagne sa maison de l’Ile-sur-la-Sorgue mais doit prendre le maquis presqu’aussitôt, le préfet du Vaucluse l’ayant dénoncé comme « communiste ». Certes, René Char n’a jamais appartenu au PC, toutefois sa réputation de poète surréaliste suffit à le rendre hautement suspect. Après la perquisition de son domicile, le 20 décembre 1940, par la Gestapo, l’écrivain se cache dans son pays provençal qu’il connaît par cœur. Et s’installe à Céreste dans une clandestinité qui durera près de quatre ans. A vélo, à pied à travers forêts et garrigues, Char recherche tous ceux qui refusent l’occupation et les recrute pour former son maquis à Céreste. Dès 1941, ce maquis et son chef – qui s’appelle désormais capitaine Alexandre –se mettent au service des premiers réseaux de résistance qui, avec d’autres, formeront en novembre 1942, l’Armée Secrète.

 

Lorsque la France est occupée, René Char a 33 ans. Depuis toujours, il est habité par la poésie. Ses premiers poèmes, diffusés de façon confidentielle, seront remarqués par Aragon et Eluard, puis par Breton qui adoube ce colosse rugbyman au sein du groupe surréaliste. En 1935, Char publie l’un de ses recueils les plus connus, Le Marteau sans Maître qui inspirera vingt ans plus tard au compositeur Pierre Boulez une œuvre pour voix d’alto et six instruments. A cette époque, le poète de l’Ile-sur-la-Sorgue n’a que peu de lecteurs… Mais quels lecteurs ! Ses aînés Breton, Aragon, Eluard, l’éditeur José Corti le tiennent pour l’un des leurs. A l’époque de la Seconde Guerre mondiale, Char a pourtant tiré un trait sur le groupe surréaliste ; il ne renie aucunement cette appartenance mais n’est pas homme à supporter les diktats, d’où qu’ils viennent. Cela dit, même au plus fort de son adhésion au mouvement, René Char a toujours pris ses distances avec les théories élaborées par André Breton, comme il l’explique dans sa préface au Marteau sans Maître :

J’ai toujours ignoré l’écriture automatique et tout ce que j’ai écrit était consciemment élaboré.

 

Dès le début de l’occupation, René Char renonce à publier, « aussi longtemps que ne se sera pas produit quelque chose qui retournera entièrement l'innommable situation dans laquelle nous sommes plongés », comme il l’écrit à son ami Francis Curel. De son point de vue, il n’est pas question de soumettre ses écrits à la censure. A toutes les censures. Celle de Vichy et des nazis, cela va de soi. Mais aussi celle des camarades et des compagnons de combat : « Tu ne devrais pas écrire ça ; tu risques de nuire à notre cause ». La poésie et l’être qui la porte sont formés de la même substance. Publier à un moment où tout est servitude, c’est participer à son propre esclavage.

 

C’est le choix de René Char. D’autres poètes de la Résistance, comme Aragon et Eluard, font alors le chemin inverse et publient soit clandestinement, soit en Suisse. Qui avait tort ? Qui avait raison ? Répondre serait indécent. Bien installés dans nos pantoufles fourrées qui sommes-nous pour jouer les arbitres ? En publiant Liberté en 1944, poème parachuté par la Royal Air Force, Paul Eluard a offert un grain de soleil aux Français. Et ça ne se refuse pas, un grain de soleil lorsque la nuit dure quatre ans. Mais René Char, en renonçant à diffuser sa poésie sous la botte, a témoigné de son incorruptibilité. Incorruptibilité de l’homme. Incorruptibilité de la poésie.

 

Ne pas publier ne signifie pas renoncer à écrire. A l’époque où il recrute, organise, planifie, commande des embuscades et fait le coup de feu, René Char rédige les Feuillets d’Hypnos, publiés en 1946 et repris dans Fureur et Mystère en 1948. Le jour, le poète a pour nom capitaine Alexandre, meneur d’hommes en colère. La nuit, il devient Hypnos, divinité grecque du sommeil qui peut endormir même les dieux. Mais Hypnos est aussi celui qui veille lorsque tout est endormi. Hypnos-Alexandre sera le veilleur combattant.

 

Les allusions à la guerre sont plutôt rares dans Feuillets d’Hypnos. Ci-dessous figure l’une d’entre elles qui se passe de tout commentaire. René Char y évoque l’assassinat  par les SS de l’un de ses hommes auquel il était fraternellement attaché, Roger Bernard, lui aussi poète, âgé de 23 ans.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Feuillets d’Hypnos – Fragment 138

 

Horrible journée! J’ai assisté, distant de quelque cent mètres, à l’exécution de B. Je n’avais qu’à presser, sur la gâchette du fusil mitrailleur et il pouvait être sauvé!

Nous étions sur les hauteurs dominant Céreste, des armes à faire craquer les buissons et au moins égaux en nombre aux SS. Eux ignorant que nous étions là.

Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal d’ouvrir le feu, j’ai répondu non de la tête. Le soleil de juin glissait un froid polaire dans mes os.

Il est tombé comme s’il ne distinguait pas ses bourreaux et si léger, il m’a semblé, que le moindre souffle de vent eût dû le soulever de terre.

Je n’ai pas donné le signal parce que ce village devait être épargné à tout prix. Qu’est ce qu’un village? Un village pareil à un autre ? Peut être l’a-t-il su, lui, à cet ultime instant.

 

René Char


 

ESPACE VIDEO

 

 

Cette vidéo a été tournée en 1967 par le remarquable cinéaste genevois Michel Soutter (1932-1991).



[1] De Gaulle avait réuni les principaux chefs de la Résistance intérieure pour leur transmettre ses ordres pour les dernières étapes de la Libération ; le moins que l’on puisse dire est que le  courant n’a pas passé entre ces deux forts caractères. 

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14/08/2014

SANG NOIR

 

 

 

 

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Photo Arbralettres 

Cher ange où laves-tu donc tes os ?

Dans quel récipient les trempes-tu ?


Toute la suie que tu essuies

Dans ton ciel si souillé qui suinte

A passé ton squelette au brou de noix

Tu n’es plus que cet oiseau mazouté

Que l’homme a crucifié comme l’Autre

 

Nous avons tout corrompu même toi

Qui fut la plus belle part de nos rêves

Lave tes os, l’ange, lave tes os

Que nous puissions voir un peu de blanc

Au-dessus de tout ce sang noir qui coule

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

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12/08/2014

Michel Halpérin, hommage à un grand homme libre

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 Genève a perdu, lundi, l’une de ses plus belles voix, au sens propre comme au sens figuré, celle de Michel Halpérin. Elle ne s’élèvera donc plus des prétoires du Palais de justice ou de la salle du Grand Conseil. Chaude, dans les tonalités de baryton, elle ne déferlait pas en vagues tempétueuses mais coulait dans votre pensée comme un fleuve calme et puissant, pour la porter au-delà des préjugés.

Cette voix a convaincu maints jurés d’Assises que les apparences sont souvent trompeuses, que sous le masque déformant des rapports de police et des articles de presse, vit un humain, rien qu’un humain. Avec toutes ses failles, certes. Mais Michel Halpérin savait montrer aux juges les éclats de lumière qu’elles laissaient filtrer.

 

L’une de ses plus saisissantes plaidoiries fut celle qu’il a prononcée lors d’un procès hors norme, celui d’un ancien légionnaire accusé d’avoir tué sa maîtresse et qui était resté pendant plusieurs jours à côté du cadavre, afin de procéder à une sorte de rituel funéraire constitué d’offrandes et de bougies allumées. A la conclusion de sa plaidoirie toute de finesse, d’empathie et d’intelligente sensibilité, Me Halpérin a fixé du regard, le président, puis les jurés en prononçant sans monter le ton – il n’avait pas besoin de crier, chacun l’en écoutait d’autant mieux – « Memento mori !» Feu le président Jean Maye (autre belle âme) qui, pourtant en avait vu bien d’autres, a enlevé ses lunettes pour écraser furtivement une larme.

« Memento mori »… Les paroles de Michel Halpérin résonnent encore et prennent maintenant un ton d’Eternité.

 

Au Grand conseil aussi, cette voix s’est élevée pour sortir de leur marais les débats lorsqu’ils s’embourbent dans le dérisoire. Michel Halpérin n’avait nul besoin du fauteuil présidentiel – qu’il a occupé en 2006 – pour prendre de l’altitude et, ce qui est plus rare, pour la faire prendre à bien de ses collègues parlementaires. Libéral par amour de la liberté, il savait regarder au-delà des frontières partisanes.

 

Aujourd’hui, chacun se rappelle une anecdote à son propos. C’est souvent une façon pour les vivants de capter la lumière d’un défunt. Le Plouc va donc tomber dans ce travers mais il doit cette dette à Michel Halpérin, celle de lui avoir donné sa première leçon de liberté journalistique. Jeune rédacteur, Le Plouc hésitait à pondre un édito contre une décision du Tribunal fédéral. Comment un chroniqueur judiciaire encore balbutiant pouvait-il avoir le toupet de vilipender des juges fédéraux éminents et compétents ? « Pensez-vous que leur décision soit juste ? Non ? Alors, c’est votre devoir de le dire et surtout de l’écrire, point final. »

 

Point final? Non. Cette voix-là, cette voix libre, comment l’oublier?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Allocution de Michel Halpérin au moment de quitter la présidence du Parti libéral genevois, en mai 2010.


Michel Halpérin quitte la présidence du PLG par TVduPLG

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11/08/2014

VERS LE MUR

   


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Que savons-nous de l’horizon ?

 

Nous qui passons notre chemin

Comme d’autres passent leur temps

Yeux vides tête baissée

 

La paresse de nos regards

A étouffé tous nos destins

Nous suivons la folie des chefs

 

Marchant vers la mort en baillant

Prenant le sang pour de la rouille

Et les cris pour des chansonnettes

 

Jugeant odieux l’étranger

Et glorifiant le bourreau

Nous n’avons plus ni faim ni soif

 

Que savons-nous de l’horizon ?

 

 Jean-Noël Cuénod


Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

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08/08/2014

Persécution des chrétiens d’Irak : où sont les manifestants ?

 

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Deux poids, deux mesures. C’est le reproche formulé par les manifestants européens propalestiniens – principalement français – à l’endroit de la politique occidentale dans le conflit israélo-palestinien. Les démocraties européennes et américaine soutiennent Israël et laissent tomber les Palestiniens. Pendant la bataille de Gaza – qui vient de reprendre feu – des dizaines de milliers de manifestants ont ainsi protesté contre cette politique «deux poids deux mesures». A Paris, ces démonstrations ont été marquées par la violence antisémite.

Aujourd’hui, les chrétiens d’Irak sont persécutés par les djihadistes, de même que les yézidis, fidèles d’une religion monothéiste issue de la Perse antique. Obligés de quitter leurs maisons, leur travail, leur ville natale par l’Etat Islamique qui veut se former entre l’Irak et la Syrie.

Les djihadistes leur ont laissé ce choix : soit ils se convertissent, soit il payent un impôt spécial en tant que sujets de seconde zone, soit ils sont passés «par le glaive». Sans oublier les Eglises détruites et le riche patrimoine des Arabes chrétiens et des yézidis réduit systématiquement en cendre, au nom d’un islam dévoyé mais diablement virulent.

Et où sont les manifestants de la semaine passée ? Les rues de Paris et d'ailleurs n’ont jamais été aussi calmes. Mais que voulez-vous, cette fois-ci, les victimes sont ces mécréants de chrétiens et de yézidis, alors que les bourreaux figurent parmi les combattants du Calife. Alors, ça change tout, forcément. Qui a dit, deux poids deux mesures ? Le sang des chrétiens et des yazidis serait-il moins purs que celui des musulmans ?

 L’actuel silence des musulmans d’Europe n’est pas supportable. Certes, des voix se font entendre ici ou là, parmi les fidèles les plus éclairés de l’islam. Mais elles n’ont pas suffisamment d’ampleur pour percer ce mur de silence. Où sont les démonstrations de solidarité ? Que font les grandes voix autorisées qui clameraient leur indignation devant ces persécutions commises au nom de l’Islam ?

Ce silence risque d’être interprêté comme un acquissement muet aux violences antichrétiennes et antiyazidies, mais aussi d’approfondir et d’élargir le fossé entre les musulmans et les autres citoyens des pays européens.

Aux musulmans d’Europe de démontrer qu’eux, au moins, refusent le « deux poids, deux mesures ».


PS: n'ayant ni le temps ni l'envie de vérifier chaque IP et compte tenu du nombre d'anonymes qui utilisent des pseudos qui ne sont ordinairement pas les leurs, je ferme les commentaires concernant ce texte ainsi que l'autre sur le même sujet. Mille excuses pour ceux qui sont de bonne foi.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Cette jeune femme appartenant à la religion yézidie dénonce devant le parlement irakien les persécutions dont les siens, mais aussi d’autres minorités, sont les victimes.

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07/08/2014

Danse de la femme et du cheval (les Jeudis du Plouc)

Le Plouc vous offre cette vidéo, sans coupure, avec toutes les longueurs qui font son charme. Nous avons le temps. C'est l'été.

Au début, Christine danse en dehors de l’objectif, quelque part dans le Périgord Vert. Le cheval, qui broutait, lève la tête. Ses oreilles et ses yeux se braquent sur la danseuse et ses mouvements doux. Il vient la chercher. Elle arrive lentement dans l’écran ; la danse avec le cheval commence. C’est la première fois que la femme et l’animal se rencontrent. L’une et l’autre s’apprivoisent comme le Petit Prince et le Renard.

 

Fasciné, le cheval suit la courbe des mouvements comme s’il cherchait à décrypter quelque message. Puis, il esquisse à son tour un mouvement dansé, jambe tendue pour répondre à celle qui s’approche.

 

Autour, le silence s’accomplit pour laisser parler l’émotion qui passe de la danseuse à son danseur, puis du danseur à sa danseuse. Pas de deux. Ou plutôt pas de six. La musique est dans leur cœur réciproque. Il n’y a plus ni humain ni animal mais un seul être aux formes changeantes. La vie. Et puis, c’est tout.

 

Jean-Noël Cuénod

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04/08/2014

A Gaza, Netanyahou remet le Hamas en selle

 

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Si le but du premier ministre israélien Netanyahou était de remettre le Hamas en selle, alors son bombardement massif sur Gaza a pleinement réussi.

Cette métastase palestinienne des Frères musulmans égyptiens subissait une nette perte de vitesse. Son alignement sur le sunnisme radical en lutte contre les organisations chiites en Syrie menaçait son approvisionnement en armes par l’Iran, principale force antisunnite avec son allié libanais Hezbollah au Proche-Orient. L’éviction du président égyptien Morsi, prélude à la répression contre les Frères musulmans, a privé le Hamas d’un soutien vital. A l’intérieur de Gaza, sa politique économique désastreuse –  basée sur la corruption et les trafic de produits circulant dans les tunnels qui relient la Bande à l’Egypte – l’a rendu très impopulaire. L’accord signé avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, après une longue rupture, tenait surtout de la planche de salut pourrie, dans la mesure où, pour une fois, le rapport de force était favorable à l’OLP d’Abbas, qui a, elle, admet l’existence de cet Israël que le Hamas veut détruire.

 

L’opération lancée par le gouvernement israélien a bouleversé cette donne défavorable au Hamas. La fâcherie syrienne étant reléguée au second plan, l’Iran le soutient à nouveau. Le flot d’armes, loin de se tarir, va déferler de plus belle. Le peuple gazaoui, qui ne supportait plus le Hamas, se tient derrière lui comme un seul homme, puisqu’il reste son seul défenseur militaire. Le rapport de force entre l’OLP et le Hamas s’est retourné en faveur de ce dernier, devenu intouchable grâce à l’aura de martyr. D’autant plus, que le bombardement par Israël d’une école de l’ONU à Rafah a soulevé l’indignation générale. Dès qu’Israël cessera les combats, le Hamas se donnera les gants du vainqueur qui, encore et toujours, tient tête à l’ennemi.

 

Alors, pourquoi Netanyahou s’est-il lancé dans cette aventure militaire ? Pour boucher les tunnels entre Gaza et Israël ? Le Hamas en construira d’autres, il en a fait sa mafieuse industrie. Pour faire cesser les tirs de roquettes ? Ils reprendront comme d’habitude, avec peut-être plus d’efficacité, compte tenu de l’expérience accumulée et de la reprise de l’approvisionnement en armes.

 

Le seul avantage – mais il n’est pas mince – pour Netanyahou est d’avoir conservé son ennemi favori. Il est difficile de grimer l’OLP et Mahmoud Abbas en antisémites sanguinaires et de les transformer en diables peints sur les murs séparant Israël de la Cisjordanie. Alors qu’avec le Hamas, c’est du solide : sa charte (en lire ici le texte intégral, traduit par le chercheur français au CNRS, Jean-François Legrain) est clairement fascisante, reprenant tous les fantasmes contre les Juifs, les Francs-Maçons, et la démocratie créés par Hitler et Mussolini.

Faute d’opposition crédible – où est la gauche israélienne ? – le clan Netanyahou continuera donc d’utiliser le Hamas pour faire oublier les problèmes intérieurs.

 

Alors, la paix peut attendre. Comme d’habitude.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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31/07/2014

Ils n’ont pas fini de tuer Jaurès (Les Jeudis du Plouc)

 

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Ce soir à 21 h. 40, il y aura cent ans que Jean Jaurès a été assassiné. Et si vous l’ignoriez, c’est que vous passez vos vacances dans une dimension quantique inconnue des réseaux sociaux. Car Jaurès est vachement tendance aujourd’hui. Personne ne l’a lu. Mais tout le monde en cause. Sa belle barbe et ses yeux doux s’affichent sur toutes les « une » en France.

 

De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, tous les politiciens le prennent en otage. Même Sarkozy l’a embarqué dans son Panthéon pneumatique (l’Ex n’a jamais manqué d’air). Le pire est le Front national qui a utilisé son portrait (photo) sur une affiche électorale pour éructer ce slogan : « Jaurès aurait voté Front national ». Ah oui, Jaurès aurait certainement voté pour les héritiers de ceux qui l’ont tué ! Le fanatique Raoul Villain, son assassin, faisait partie d’un de ces groupes nationalistes[1] dont le FN, dans sa version blonde, est le continuateur chafouin.  

 

Mais Villain ne fut que le premier des assassins de Jaurès. Le pauvre n’a cessé d’être occis moralement après sa mort physique. La justice française a tout d’abord acquitté son tueur et faisant payer à la veuve Jaurès les frais du procès. Mais c’est surtout dans son propre camp que le fondateur (avec Jules Guesde) du Parti socialiste SFIO n’a cessé de recevoir des coups de revolver symboliques.

Alors qu’il a payé de sa vie la lutte contre la guerre, son parti – cinq jours à peine après l’assassinat ! – vote les crédits en faveur de l’armée française, rendant ainsi possible la grande boucherie de 14-18. La SFIO deviendra un parti belliciste tout au long de la Première guerre mondiale, au nom de l’Union Sacrée.

 

Par la suite, les communistes – qui avaient pris le contrôle du quotidien créé par Jaurès, L’Humanité ­– se réclameront de sa grande figure. Alors qu’il s’est toujours opposé au concept marxiste de la dictature du prolétariat, mise au point par Lénine et perfectionnée par Staline avec le succès que l’on sait. Ainsi, les créateurs du Goulag glorifient Jaurès… C’est un peu comme si Pol Pot s’était placé sous l’égide de François d’Assise, toutes proportions gardées, bien sûr, Jaurès n’étant ni saint ni ange.

 

Le président paraît-il socialiste François Hollande n’a pas manqué d’ajouter sa balle à ces crimes en série et revendique, avec Manuel Valls, l’héritage jauressien, alors que de reniements en reculades, son gouvernement s’est plié au desiderata austéritaire de l’Allemagne. Celui qui voulait faire de la finance son ennemie est devenu son allié. Cette abdication aurait commandé de sa part un peu plus de retenue dans la célébration de Jaurès.

Mais pourquoi se retenir puisque les mots ne veulent plus rien dire, puisque la trahison est devenue une vertu et l’impudence, une valeur ?

 

Ils n’ont pas fini de tuer Jaurès.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE AUDIO

 

Evidemment, Jacques Brel s’impose…



[1] La Ligue des jeunes amis de l’Alsace-Lorraine, proche de l’Action Française, revue et mouvement royaliste et antisémite.

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30/07/2014

Festival Mimos : Josef Nadj recrée son monde

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Lorsque la chorégraphie parvient à faire du mouvement corporel une recréation du monde, elle dépasse l’art pour devenir un acte sacré. Le danseur est alors ce chaman que les humains délèguent pour se concilier les forces de l’univers. Il efface l’espace-temps de la salle pour former le sien.

 

 Ce moment rare, les spectateurs du Festival Mimos à Périgueux l’ont vécu mardi soir grâce à ce génial sorcier qu’est Josef Nadj[1]. Il y a présenté en première française son Paysage inconnu, un duo avec le danseur costaricain Ivan Fatjo qui lui donne parfaite réplique, de même que les deux musiciens – Gildas Etevenard (percussions) et Akosh S., de son vrai nom, Akosh Szelevényi (percussions, divers instruments, un saxophone ténor et une clarinette basse) – dont la performance impressionne autant que celle des deux danseurs.

Pour élaborer cette chorégraphie, Josef Nadj, serbe d’expression hongroise, s’est inspiré de sa ville natale Kanjiza qui appartient à cette étrange province autonome de Voïvodine, rattachée à Belgrade et qui compte six langues officielles[2] ! C’est donc le monde de son enfance qu’il refait. Mais, preuve qu’il a réussi pleinement son coup, ce monde-là est universel. Comme Ramuz qui, en évoquant Derborence, faisait sentir le poids de tous les rochers de la Terre. Alors, voilà ce que Le Plouc et sa Plouquette ont vécu ce soir-là.

 

Au début était le chaos. Deux hommes perdus dans cette arène aride cherchent à quoi, à qui s’accrocher pour ne pas être emportés par ce mortel trop-plein de vie. Entre les deux, le combat est inévitable, suivi par des phases de solidarité, d’entraide, de compassion. Mais toujours, cette apparente maladresse lorsque l’un touche le corps de l’autre.

Après cette phase où ils cherchent et se cherchent, Nadj et Fatjo plantent un totem. Axe autour duquel doit s’organiser la vie des hommes. Mais il n’est pas grand, le totem. Il est même plus petit que les hommes. Les dieux sont nécessaires puisqu’il faut un point d’équilibre, mais enfin il ne faudrait tout de même pas qu’ils se prennent pour des dieux !

 

La civilisation s'installe avec ses masques noirs, son Histoire, sa grande hache. Que l’ordre règne! Le poète siffleur et persiffleur en perd, d’un coup de hache, son sifflet. Castration de la voix qui démange, de la voie qui dérange. Mais l’ordre est une illusion ; le désordre revient bien vite avec ses folies créatrices. Jusqu’à la mort. Et puis, voilà, tout recommencera. Tout, toujours, recommence. Monde du cycle et non pas monde de la ligne.

 

Vous auriez certainement vécu une autre histoire, vu un autre paysage. Voilà pourquoi, les gestes, parfois, dépassent les mots. A chacun son théâtre.

 

Si vous passez dans le Sud-Ouest de la France, un crochet à Périgueux vous permettra d’assister, jusqu’à samedi 2 août, aux multiples spectacles de Mimos – Festival international des arts du mime et du geste – tant « in » que « off ». Tous les renseignements figurent sur le site http://www.mimos.fr.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Portrait de Josef Nadj



[1] Il dirige aujourd’hui le Centre chorégraphique national d’Orléans.

[2] Serbe, magyar, slovaque, roumain, croate et ruthène.

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28/07/2014

CRI

 

Ciel en sueur

Qui laisse tomber ses gouttes

Sur la terre sèche

 

 

 

 

                                                       Un murmure glisse

                                                       Sur le fil du temps qui passe

                                                       Et devient cri

 

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Vieil homme courbé

Tu contemples cette terre

Qui déjà t’absorbe

 

 

                                                          Etre de lumière

                                                          Dis-moi es-tu né à Pâques

                                                          Et mort à Noël ?

Photo JNC

Jean-Noël Cuénod


 Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

 

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24/07/2014

La nouvelle outre du vieil antisémitisme (les Jeudis du Plouc)

 

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Ouf! La manif de soutien aux Gazaouis s’est déroulée sans heurts, mercredi soir à Paris. Parce qu’elle avait été autorisée, contrairement à celles qui se sont déroulées de façon violente, il y a peu, à Barbès et à Sarcelles? L’équation interdiction=troubles s’est-elle vérifiée? La réalité est sans doute moins algébrique. Le cortège parisien a été très solidement encadré par les services d’ordre de la CGT et du Parti communiste qui s’y connaissent en contrôle des éléments perturbateurs et autres agents provocateurs.

Pas de drapeaux israéliens brûlés, contrairement à ce qui s'est passé à Barbès (photo). Des groupes de juifs orthodoxes antisionistes acclamés tout au long de la démonstration. Dès que des jeunes tentent une incursion pour aller casser du flic ou du juif ou de la vitrine, hop, les voilà solidement encadrés pour les faire revenir dans le droit chemin du défilé en leur faisant crier des slogans de soutien aux habitants de Gaza! Du vrai travail de pro. Et dans ce domaine, la CGT et le PCF se montrent nettement plus efficaces que les forces de l’ordre dont la tenue Robokop ne fait qu’exciter les têtes les plus échauffées.

 

Cette manifestation, qui s’est déroulée pacifiquement, ne saurait faire oublier le déferlement de haine antisémite qui a éclaté dans le quartier Barbès et à Sarcelles. Les images diffusées sur les réseaux sociaux d’enfants tués par les bombes israéliennes seraient la cause de cette explosion, répète-t-on. Mais alors pourquoi les mêmes manifestants n’ont-ils pas pris d’assaut les pavés lorsque Mohamed Merah a froidement tué, dans un pays en paix, des enfants de trois, six et huit ans, uniquement parce qu’ils étaient juifs? Merah a commis ce que les SS avaient perpétré jadis, pas moins. Et si les balles de la police n’avaient pas arrêté le cours de sa vie prédatrice, il aurait encore cherché à liquider d’autres petits «coupables» de judéité. Difficile de trouver plus monstrueux.  

 

Pour qualifier ce phénomène, les médias parlent souvent de «nouvel antisémitisme». Il serait né à l’extrême-gauche dans la mouvance des comités propalestiniens et viserait Israël en tant qu’ «agent de l’impérialisme américain». Dans les manifs, ils trouveraient des appuis auprès des jeunes musulmans venus des quartiers défavorisés de Paris (Barbès, La Goutte d’Or) ou des banlieues. Cette mouvance récuse tout antisémitisme pour se qualifier d’ «antisioniste». Elle combat donc le sionisme mais non pas les Juifs et cite parfois en exemple certaines écoles orthodoxes du judaïsme qui s’opposent à la création de l’Etat d’Israël avant l’arrivée du Messie.

 

Toutefois, s’attaquer au sionisme ­– au-delà des arguments théologiques pour ou contre la création de l’Etat d’Israël – c’est refuser au peuple juif de développer un mouvement national. La nation est sans doute source de bien des maux, mais enfin, elle demeure tout de même un moment décisif dans l’Histoire de l’Humanité! Aujourd’hui, personne ne cherche à contester la légitimité des mouvements d’émancipation nationale en Algérie, au Maroc, en Indonésie ou ailleurs. Pourquoi donc s’attaquer au mouvement national d’émancipation des Juifs? Parce qu’ils ont pris la terre des Arabes?

Cette terre est certes arabe, mais elle est aussi juive. C’est bien là tout le problème. Et c’est la partie arabe qui a refusé le partage de la Palestine de 1947, alors que la partie juive l’avait acceptée, même si cette répartition ne lui était pas particulièrement favorable (voir la carte ci-dessous). Cet argument tombe donc à l’eau. Tout mouvement national cherche à s’établir, souvent par la force, avec son cortège de violences et d’injustices. Il en va ainsi pour tous les peuples et toutes les nations. Même en Suisse, la conquête de nos frontières actuelles ne s’est pas toujours faite dans l’harmonie et la concorde.

 

Reposons la question: pourquoi s’opposer au mouvement national juif et non pas aux autres mouvements de même nature? Parce qu’il est soutenu par la puissance américaine? Bien des mouvements d’émancipation nationale ont aussi reçu le soutien d’autres puissances impériales, celle de l’Union soviétique par exemple. Cherche-t-on pour autant à contester leur légitimité? Nullement. Alors, pourquoi se focaliser sur le mouvement national illustré par le sionisme, sinon parce qu’il représente un groupe humain que l’on rejette, à savoir les Juifs?

De l’antisionisme à l’antisémitisme, il n’y pas un fossé, tout juste un ruisselet à sec.

 

Cet antisémitisme né à l’extrême-gauche n’a rien d’un phénomène nouveau. Au XIXe siècle, plusieurs penseurs de gauche l’ont développé tels Auguste Chirac et, dans une moindre mesure, Proudhon, le Juif étant assimilé au capitalisme. Hitler a également usé de cette figure de propagande. Ce faisant, l’antisémitisme d’extrême-gauche rend bien service à la stratégie de l’extrême-droite qui a toujours utilisé le faux mythe du juif capitaliste pour diviser la gauche.

Les erreurs d’hier se répètent aujourd’hui. L’outre de l’antisémitisme est enduite d’un vernis plus actuel. Mais c’est le même vinaigre empoisonné qui clapote à l’intérieur.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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22/07/2014

LÖTSCHENTAL DÉMASQUÉ

 

 

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 Le long tissu des nuages

 S’est déchiré à la pointe

       Du clocher tranchant vibrant

   Village au manteau troué

Agrippé à sa montagne

          Vieillard craignant pour son or

  Fondu depuis longtemps

     Dans les sables du torrent

 

      Mais la mémoire est avare

          Et grimace dans son masque

 

      D’un coup de rein le soleil

Disperse ses oripeaux

         Les chalets reprennent chair

       Odeur de femme et de foin

         Murets au ventre de mousse

   Un homme lance sa faux

A l’assaut de son talus

  La mort attendra encore

 

Jean-Noël Cuénod

 

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 (Photos jnc à Ferden, Lötschental, Valais)

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

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- Liens (Editions Editinter Paris)

 

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20/07/2014

L’après-Gaza et l’antisémitisme suburbain

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Samedi, au quartier Barbès à Paris. 


«Il ne faut pas importer dans nos banlieues, ni la bataille de Gaza ni le conflit israélo-palestinien», psalmodient le président français Hollande et son premier ministre Manuel Valls. Vaine prière. Cela fait des années que cette guerre sans fin s’est installée à La Courneuve, aux quartiers Nord de Marseille, à Vaulx-en-Velin et autres ghettos où sont confinés les anciens colonisés musulmans et leurs descendants. Les chaînes de télévision arabes diffusent à haute dose les images les plus horribles; les commentaires font d’Israël le Shaïtan sanguinaire installé par cet Occident qui fascine et révulse, qui attire et qui rejette.

 

Il faut avoir erré un dimanche après-midi dans ces allées toutes semblables de ces départements de la couronne parisienne – que l’on n’appelle plus que par leur numéro matricule,93,94,95, comme des prisonniers – pour en mesurer le degré d’ennui. Sans travail, sans formation, sans espoir, ces jeunes s’emmerdent à soutenir les murs, à partir dans des embrouilles, à tendre l’oreille à ces frères djihadistes qui parlent de sacrifices sacrés, d’aventures exaltantes, du Bien musulman vengeant le Mal juif.

 Alors, lorsque Gaza est attaqué, la cité leur semble changer de visage. Elle n’est plus un coin de la Seine-Saint-Denis et devient un morceau de Palestine. Eux, ne sont plus des paumés de la périphérie mais des combattants de la cause la plus sacrée. Leur cinéma intérieur est enclenché sur fond d’images télévisées répétant les horreurs guerrières, en boucle, comme des psaumes de sang.

 

Dans ce précipité d’icônes confuses, toutes les rancoeurs contre une France qui les rejette, contre une terre d’origine qui ne les reconnaît plus, contre leurs échecs scolaires à répétitions, contre leurs complexes d’infériorité, contre les flics qui réclament leur identité plusieurs fois par jour, contre le mépris des grandes métropoles, se réunissent en une seule figure honnie: le Juif.

 

Ce processus a un nom: antisémitisme.  Et que l’on ne prétende pas que ces jeunes, étant d’origine arabe et donc sémite, ne sauraient être antisémites! Tout d’abord, être sémite ne signifie rient d’autres que d’user d’une langue sémitique comme l’hébreu ou l’arabe. Cela ne constitue en aucun cas une manière de vaccin contre l’antisémitisme.

 

 Né en Allemagne au XIXe siècle, l’antisémitisme consiste à faire du Juif le symbole de toutes les frustrations sociales. En supprimant le symbole, on efface la cause. La mort du Juif est le but, avoué ou caché, de l’antisémite. Dans les médias, sous les lambris du pouvoir, on ne veut surtout pas employer ce mot, de peur de faire advenir ce fléau. Mais ce fléau, il est  là, depuis laide lurette!

L’antisémitisme des banlieues existe, le nier ne fait que retarder la prise de conscience de ce phénomène qui a pris une ampleur inquiétante, comme on le constate avec les débordements nés de la bataille de Gaza.

Le mal est profond, tant la République française a laissé des territoires entiers lui échapper en confiant à l’économie délinquante et aux islamistes violents les clés des cités. Il est d’ailleurs décourageant de constater que la réforme territoriale qui redécoupe la France n’a pas ou peu abordé la question de ces terrains vagues de l’Hexagone.

 Que le pouvoir politique écoute d’abord les associations qui tentent de sortir les cités de leur état de ghetto. C’est à la base qu’il faut recréer une nouvelle France.

 

Jean-Noël Cuénod 

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17/07/2014

Un parc à bagnoles nommé Paul Eluard (Jeudis du Plouc)

 

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Elle a abrité la naissance d’œuvres majeures de l’art pictural et de la poésie du XXe siècle, cette bicoque de 50 mètres carré environ, sise à Saint-Brice-sous-Forêt, en banlieue parisienne. Et pourtant, elle va bientôt être livrée à la démolition afin de laisser la place à un parc à bagnoles . Ainsi en a décidé le Conseil municipal de cette commune dirigée par un maire UMP, Alain Lorand. De fin 1920 à l’automne 1923, cette maison aujourd’hui laissée à l’abandon a abrité le ménage à trois le plus prolifique du surréalisme, celui formé par le poète français Paul Eluard, sa femme d’alors la Russe Gala et le peintre allemand Max Ernest (1).

 

Paul Eluard et Max Ernst revenaient de la Grande Guerre qu’ils avaient subies l’un sous le casque à pointe, l’autre sous la vareuse bleu-horizon. Ils sont sortis de cette boucherie plus révoltés que jamais contre le désordre savamment établi. Entre eux, s’est produit l’un de ses coups de foudre d’amitié qui ont fait éclore nombre d’œuvres novatrices. Foin de fraternité d’arme. Vive la fraternité d’art! Le peintre et le poète se sont donnés mutuellement leur regard; les mots et les images ont fait ménage commun.

 

Fin 1920, Paul Eluard, Gala et leur fillette Cécile emménagent dans la maison de Brice-sous-Forêt qui appartient au père du poète. En 1922, Max Ernst les rejoint. Gala, qui chasse les grands hommes comme d’autres les grands fauves, séduit le beau Max Ernst (par la suite elle jettera son dévolu sur Dali dont elle a géré la carrière avec une redoutable efficacité).

Il s’ensuit un trio amoureux qui est traversé par toutes les tensions, les ambiguïtés, les jalousies inexprimées, les chagrins refoulés comme des sanglots honteux que suscite ce triangle rouge et noir. Mais jamais l’amitié entre Max Ernst et Paul Eluard ne se démentira. Cette situation où les deux hommes et la femme cherchent leur équilibre sur le fil du rasoir devient un creuset de créations.

 

A Brice-sous-Forêt, Max Ernst peint l’un des tableaux devenus icône du surréalisme, Au rendez-vous des amis, qui représente les figures majeures du mouvement alors en pleine expansion: André Breton, René Crevel, Robert Desnos, Max Morise, Georges Ribemont-Dessaignes, Jean Paulhan, Benjamin Péret, Philippe Soupault, Roger Vitrac, Jacques Rigaut, Jean Arp, Louis Aragon et Francis Picabia.

Dans cette même maison, Eluard écrit Répétitions, la première partie de son chef-d’œuvre Capitale de la Douleur (qui sera publié en 1926). Le poème liminaire est intitulé – et c’est vraiment tout un programme – Max Ernst. Il sublimera grâce à la métaphore et à la métrique bouleversée son angoisse devant la perte possible, de la femme certes, mais aussi de l’ami. Ce poème donne, au sens plein du terme, le ton à tout le recueil.

 

 A en croire Le Figaro, les autorités municipales avaient caressé le projet de faire de cette bâtisse une Maison du Patrimoine. Mais prétextant la crise, la mairie a préféré l’option parc à voitures. Présidente de l'Association des amis du vieux Saint-Brice, Monique Borde-Germain tente de s’opposer à cette obscène démolition qui, hélas, ne paraît pas soulever en France des torrents d’indignation. 

Aujourd'hui, comme nous le signale aimablement une de nos excellentes commentatrices, le parking vient d'être ouvert. Mais la maison, dans un piteux, semble être très provisoirement conservée. Semble, car tout est fait pour que cette bâtisse devenue masure soit démolie. La justice sera peut-être saisie. Mais le sort de la demeure d'Eluard paraît scellé.

 

Ah, j’oubliais un détail essentiel. La mairie a tout de même fait une concession à l’histoire de l’art et de la littérature: le nouveau parking s’appelle Paul Eluard. Comme c’est mignon d’offrir le nom de l’un des plus grands poètes français à un espace dévolu au stationnement automobile!

 

Dans quelques années, on pourra peut-être saisir ce dialogue entre un conducteur et son fils :

 

- Dis papa, pourquoi il s’appelle Paul Eluard, le parking?

- Ben, j’sais pas moi…

- C’est le nom d’un type?

- Ouai. Tiens, c’est sans doute celui d’un vieux coureur de formule 1.

 

Pour terminer sur une note plus enthousiasmante, voici le poème L’Amoureuse, rédigé par Eluard à l’époque où il vivait à Saint-Brice-sous-Forêt.

 

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s'engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

 

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s'évaporer les soleils

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.

 

Jean-Noël Cuénod 

 

(1) Photo de gauche à droite: Max Ernst, Gala et Paul Eluard à l'époque où ils vivaient dans la maison vouée à la démolition. 

ESPACE VIDEO

 

L’inoubliable Gérard Philippe dit l’un de plus célèbres poèmes de la langue française, Liberté, composé par Paul Eluard au moment où participait à la Résistance contre l’occupation nazie. Ces vers ont été parachutés sur la France par les avions de la Royal Air Force.

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13/07/2014

En Israël, à Gaza et partout… De la guerre comme système de vie

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La guerre, reine de la nuit et des calamités? Pire fléau de l’humanité? Et si elle n’était pas plutôt le système de vie préféré des humains? Après tout, depuis que notre espèce a envahi la planète, elle n’a cessé de guerroyer. Certes, des zones demeurent, ici ou là, épargnées. Mais la paix n’a jamais régné sur la totalité du globe.

 

Prenons le conflit israélo-palestinien qui fait rage à Gaza. Les antagonistes cherchent-ils vraiment la paix? Toutes leurs attitudes démontrent qu’au contraire, ils la fuient. Depuis plus de six décennies, les médias regrettent ponctuellement «les occasions manquées» par l’un ou l’autre camp. Ne s’agirait-il pas plutôt d’occasions qu’il fallait surtout ne pas saisir, au risque de tomber dans cette paix inopportune?

Les morts et les larmes de leurs mères, leurs détresses exprimées en hébreu ou en arabe, ne pèsent rien en regard du système de vie collective qui s’est instaurée autour de ce noyau qu’est l’état de guerre permanent.

 

En Israël et en Palestine, toute une économie a été ainsi créée qui dépasse largement les étroites frontières de cette région. Les Etats-Unis soutiennent économiquement Israël et maintiennent à bout de bras l’Egypte. Les pétro-monarchies financent tant Gaza que la Cisjordanie. Et pour les complexes militaro-industriels de la planète, cette guerre de plus de soixante ans devient une rente de situation difficilement remplaçable. Croyez-vous que tous ces braves gens qui – à Tel-Aviv, à Ramallah, à Gaza, à Washington, au Caire et ailleurs – vivent de l’économie du sang versé souhaiteraient la fin d’une telle aubaine?

 

Sur le plan politique, l’état de guerre permet à des politiciens israéliens d’une rare médiocrité, à l’instar d’Avigdor Liberman, de se maintenir au pouvoir, l’exploitation de la peur restant d’un grand rapport sur le plan électoral. A Gaza, cette situation profite au Hamas qui, détenant les armes, contrôle forcément la population. Sa dictature islamo-fasciste s’effondrerait aussitôt si la paix était, par malheur, instaurée! Et d’une manière générale en Palestine, chaque pas vers des négociations avec l’ennemi se traduit par une poussée intégriste et terroriste.

 

Toutes les parties sont donc d’accord au moins sur ce point: surtout ne pas faire la paix!

 

Il en va de ce conflit comme de tous les autres. Et tant que les humains redouteront plus la paix que la guerre, tous les efforts pacifistes resteront lettre morte. Prendre conscience de cet état d’esprit au lieu de se bercer d’illusions, c’est accomplir un petit pas dans la longue marche pour devenir femmes et hommes, nous qui ne sommes que des brouillons d’êtres humains.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

 

Conférence de Pierre Hassner, philosophe et géopolitiste, à l'Université de tous les savoirs (Paris): "Guerre et Paix à l'âge de la mondialisation".


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09/07/2014

Les perroquets fous du dialogue social à la française (les Jeudis du Plouc*)

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Le président François Hollande avait eu l’excellente idée de redonner vie au dialogue entre syndicats de salariés et organisations patronales, dialogue qui se trouvait bien malade depuis fort longtemps en France.

Mais du désir à la réalité, le fossé tient plus de l’Atlantique que de la Seymaz[1]. Car la France, c’est le pays, non pas du dialogue, mais du monologue à plusieurs. Chacun cause sans entendre l’autre. L’autre qui, de toute façon, ne cherche pas à vous à écouter puisqu’il bavarde de son côté. Le troisième fait la même chose. Et le quatrième. Et ainsi de suite.

 

Les tables rondes sociales, c’est en fait une assemblée de perroquets sourds mais non pas muets, hélas !

 

Chaque perroquet quitte ensuite son perchoir en gueulant encore plus fort que, décidemment personne ne l’écoute et que puisque c’est comme ça, il s’en va, non sans lâcher une fiente courroucée.

 

Enfin, chaque volatile glapissant se rend dans sa volière où l’attendent ses congénères pour leur brosser le topo de ses exploits de négociateur à la gauloise :

«Putain, les camarades, si vous aviez vu la mandale que je leur ai mis dans les gencives ! Ah, vous auriez dû voir ça! C’était du chaud et du lourd. Mais grâce à moi, on n’a rien lâché. Rien, j’vous dis!»

 

Une petite voix se fait entendre : «Ouai, euh, mais on n’a rien obtenu non plus». Tous ses camarades psittaciadae dardent alors sur l’intrus un œil aussi rond que furibard :

«Toi, le réformiste, tu fermes ta gueule! Compris?»

 

C’est donc ce qui s’est passé lors de la Conférence sociale que vient d’organiser par le président français et son premier ministre Manuel Valls. Le Medef, organisme patronal, a joué le grand air des maîtres chanteurs en affirmant qu’il refuserait de s’asseoir à côté du gouvernement et des syndicats si on ne le caressait pas dans le sens du plumage. Pour lui complaire, Valls a aussitôt annoncé le report d’une mesure en faveur des travailleurs qui subissent les travaux les plus pénibles[2].  Après cela, trois des syndicats les plus importants – FO, CGT et FSU (fonction publique et enseignants) ont claqué la porte, parfois même avant de l’ouvrir (la porte, bien sûr). Sont restés à négocier : la CFDT, la CFTC (les chrétiens), CFE-CGC (les cadres) et UNSA (les autonomes). Mais sans les trois autres syndicats, cette table ronde s’est révélée bancale.

 

Pourquoi la France est-elle l’un des rares pays avancés où le dialogue social relève de la mission impossible ? Comme toujours, les causes sont diverses. Parmi celles-ci, figure en bonne place l’esprit monarchique qui dort dans chaque français mais qui se réveille dès qu’il devient patron :

«Je suis le maître de ma boîte (de mon atelier, de mon entreprise, de mon groupe, de ma multinationale) et si je cède quoique ce soit, les gueux vont prendre ça pour de la faiblesse et n’hésiteront pas à me couper la tête, ou pis, à m’arracher une augmentation. On leur donne un ongle, à ces manants, et ils vous prennent un bras ou pis, une Rolex».

 

De plus, le syndicat des patrons joue sur du velours. Le Medef est, de loin, l’organisation la plus importante, côté employeurs, lors des négociations. En face de lui huit syndicats se disputent la représentation des travailleurs (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFE-CGC, Sud, CFTC, FSU). Or, malgré leur nombre pléthorique, ces organisations représentent moins de 8% de l’ensemble des salariés français. Elles sont donc à la fois divisées et peu ou pas représentatives. C’est un peu comme si les juniors suisses allaient défier l’équipe d’Allemagne en Coupe du Monde.

 

Cette situation provoque de la surenchère entre les syndicats et empêche la recherche de solutions de compromis qui débloqueraient la France.

 

Au fond, ni les syndicats ni le patronat ne souhaitent vraiment que le dialogue social réussisse. Le patronat reste au sommet de sa puissance et dicte ses volontés au gouvernement qu’il soit de droite ou de droite, je veux dire de droite ou de gauche. Il ne veut rien céder de son pouvoir monarchique. Et pourquoi le ferait-il face à des syndicats aussi nuls ?

Quant aux syndicats, leurs permanents (salariés par les syndiqués) sont trop heureux de disposer d’autant d’organisations dans lesquelles ils règnent, eux aussi, en petits monarques. La fusion en une seule organisation puissante risquerait de mettre en péril leurs privilèges bureaucratiques.

 

«Français, encore un effort si vous voulez être républicains!» clamait le Marquis de Sade dans sa « Philosophie dans le boudoir». Plus de deux siècles plus tard, l’ouvrage est resté sur le métier.

 

Jean-Noël Cuénod

 

*PS : certes, nous sommes mercredi, mais demain Le Plouc et La Plouquette rejoindront les hauteurs du Lötschental. D’où ce jeudi prématuré.



[1] Pour ceux qui ne sont pas de Piogre-sur-Rhône, la Seymaz figure dans Wikipédia. Jetez-y un œil. Vous ne risquez pas la noyade.

[2] Lexpress.fr : En fonction de leur temps d'exposition à différents facteurs de pénibilité, ces salariés pourront accumuler des points sur un compte personnel qui leur permettra de partir plus tôt à la retraite, de se former ou de travailler à temps partiel. A terme, ce seront ainsi 3 millions de salariés qui seront concernés, selon le gouvernement.

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Exemple de conférence sociale...


Les perroquets attaquent!!! par MiGhTyToM

 

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06/07/2014

Les drones à l’attaque pulvérisent les ultimes vestiges de la chevalerie

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Vous allez me dire : «Pff… la chevalerie est morte, incinérée et ses cendres furent moulues par le moulin du temps depuis des siècles! Les drones n’y sont pour rien». Abjections, Votre Horreur! C’est vrai que les beaux principes des chevaliers  ­– intrépidité pendant le combat et mansuétude pour les vaincus ; sauvagerie dans l’action et courtoisie après la bataille – étaient passés de mode dès l’apparition de l’artillerie lourde. Et les beaux chevaliers du Moyen-Age se livraient aussi aux viols, carnages et massacres.

 Mais il y avait le Code d’Honneur de la Chevalerie qui, s’il était plus ou moins respecté comme toutes les lois, n’en consistait pas moins un frein aux pulsions les plus monstrueuses. Le seul fait de son existence témoignait de la présence de l’humanité dans l’inhumanité, ainsi que de la grandeur d’âme d’une société irriguée par la Foi. Les combats se déroulaient au corps à corps. L’ennemi m’était tellement proche qu’il portait une part de moi-même.

 

Avec l’artillerie lourde, changement d’optique : les canons fauchaient des soldats situés au loin ; on les distinguait à peine au milieu des fumées. Mais enfin, les artilleurs risquaient aussi leur peau. Ils étaient les premières cibles des confrères d’en face.

Le recours au bombardement aérien a encore éloigné le militaire de ses ennemis. Le largueur de bombes n’apercevait qu’un troupeau de maisons sous le ventre de l’appareil, sans autre vie que celle d’une fourmilière. Toutefois, l’équipage mettait aussi sa vie en jeu, entre les tirs de la DCA et la chasse des aviateurs ennemis.

 

Les guerriers donnaient la mort mais savaient aussi qu’ils pouvaient la recevoir à tout moment. Il restait donc, ça et là, quelques micropoussières de la chevalerie en ruine, qui se sont réduites à l’état moléculaire au fur et à mesure des progrès – vous avez dit, «progrès»? – de la technologie militaire. 

 

Aujourd’hui, l’emploi des drones permet, pour la première fois, à des militaires – peut-on encore leur donner ce titre? ­– de téléguider la mort sans aucun risque pour leur petite personne.  Sinon celui de se faire renverser par une voiture en sortant de la caserne.

 

Les Etats-Unis sont les plus gros – et de loin – consommateurs de ces engins d’un futur déjà bien présent. En 2011, le nombre d’opérateurs de drones (350) formés par les armées américaines a dépassé celui des pilotes d’avions de combat (250).

Dans des lieux tenus secrets, au Nouveau Mexique, au Texas, au Nevada, ces fonctionnaires cybertueurs pilotent à distance un appareil sans pilote pouvant disposer d’une autonomie de vol de quarante heures. La caméra installée dans le corps du drone offre au téléguideur la vision parfaite du champ de bataille. Ses supérieurs désignent les cibles. Et en un clic la mort débarque à 10 000 kilomètres de là, en Irak, au Pakistan, en Somalie, en Afghanistan.

 

Tuer sans être tué, sans même être éclaboussé par le sang. Tuer en restant propre sur soi. Tuer sans même avoir besoin de s’en laver les mains. A l’étape suivante, l’opérateur sera remplacé par un ensemble de logiciels qui accomplira toute ses tâches. L’ordinateur prendra même la décision de s’enclencher sans ordre dès que s’agitera une «cible» correspondant aux données de son programme.

 

Et ­– qui sait? ­– provoquera-t-il peut-être la troisième guerre mondiale. Un beugue est si vite arrivé. Pleure chevalier! Tu n’étais qu’un pauvre couillon.images.jpg

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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03/07/2014

Sarkozy, le retour : «L’Etat, c’est à moi!» (Les Jeudis du Plouc)

 

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Nicolas Sarkozy est un mis en examen privilégié. Les inculpés ordinaires n’ont pas la chance qu’une grande chaîne de télévision (TF1) et une autre, de radio (Europe1), leur offrent la plus large audience pour exposer leur défense, traîner les juges dans la boue et accuser le gouvernement d’ourdir des complots contre eux. « Justiciable comme les autres », l’ancien président de la République?  Tu parles! Enfin… C’est plutôt lui qui a parlé pendant de longues minutes, mercredi soir.

 

Au moins après ce show post-inculpation, le doute n’est plus permis : Sarkozy n’est qu’un Berlusconi sans empire économique mais avec amis financiers, sans bimba juvénile mais avec femme riche.  Même stratégie, même tactique, même culot, même arrogance, même passion pour le fric et la frime. Berlu avait brigué ses mandats pour échapper à la justice. Sarko suit son exemple.

 

Sa téléplaidoirie pro domo avait pour but de créer un agenda politique pour cacher l’agenda judiciaire. En accusant nommément des ministres, le premier d’entre eux et l’actuel président – avec autant de flou que de véhémence – Nicolas Sarkozy a jeté sa défroque d’ancien président oint de sagesse pour enfiler son bleu de chauffe d’opposant en chef. Il fait ainsi d’un pavé deux coups. D’une part, chaque fois que la justice l’atteindra Sarkozy pourra hurler que la majorité s’attaque au chef de l’opposition. D’autre part, il brûle la politesse à ses rivaux au sein de l’UMP (Alain Juppé, François Fillon, Xavier Bertrand, notamment) qui veulent à tout prix l’écarter de la course présidentielle en 2017.

 

Sarkozy prend donc son propre camp – la droite de gouvernement – en otage afin de tenter d’échapper aux griffes de la justice. Pour ce faire, il n’hésite pas à crier au complot mis en œuvre par les juges et téléguidé par la gauche au pouvoir. Cette thèse ne tient pas une seconde, à moins d’accuser les magistrats de forger de faux indices, ce que l’ex-président se garde bien d’affirmer. Mais cela n’a pas d’importance. Ce qui importe, ce n’est pas le fond mais le bruit, ce ne sont pas les faits mais les gesticulations. Par exemple, Sarkozy et ses séides enfoncent le clou dans la paume de l’une des juges d’instruction qui l’a mis en examen en soulignant son appartenance au Syndicat de la Magistrature, situé très à gauche et qui avait appelé à voter Hollande en 2012. Mais si tous les magistrats qui n’avaient pas voté pour lui devaient se désister, ce serait le désert dans les Palais de Justice français! A ce que compte-là, aucun politicien ne pourrait être jugé.

 

Si Nicolas Sarkozy parle fort, c’est qu’il joue gros. Voici les six dossiers dans lequel figure l’Ex qui veut devenir Néo.

 

1- Trafic d’influence. C’est dans cette procédure que Sarkozy a été mis en examen pour «trafic d’influence», «corruption active» et «recel de secret de l’instruction». Il est accusé d’avoir instrumentalisé un haut magistrat de la Cour de cassation afin de connaître le déroulement de l’instruction sur l’affaire Bettencourt.

2- Affaire Bygmalion. Les proches de l’ex-président de l’UMP Jean-François Copé sont accusés d’avoir fait des fausses factures qui auraient servi à payer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.

3- Affaire Tapie. En juillet 2008, un arbitrage intervenu lors de la présidence Sarkozy accorde 403 millions d’euros à Bernard Tapie dans son litige avec la structure (étatique) de défaisance du Crédit Lyonnais. Tapie n’a pas manqué de soutenir politiquement Sarkozy. Une instruction pénale est menée sur cet étrange arbitrage.

4- Affaire Karachi. Elle concerne des rétrocommissions consenties, après signatures de contrats d’armement, par l’Arabie Séoudite et le Pakistan au profit supposé de la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Nicolas Sarkozy était son directeur de campagne.

5-Affaire Kadhafi. Le fils de feu le dictateur libyen affirme que son père avait financé la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007. Accusation contestée, bien sûr.

6- Sondages de l’Elysée. Sous Sarkozy, la présidence signe des contrats avec la société de Patrick Buisson (conseiller d’extrême-droite de l’alors chef de l’Etat) en juin 2007 pour des études de sondages payées 1,5 million d’euros par an et 10 000 par mois, sans passer par des appels d’offre. La Cour des Comptes a jugé ces contrats irréguliers.

 

Enfin citons pour mémoire la célèbre affaire Bettencourt que nous ne comptons pas dans ce florilège, puisque Nicolas Sarkozy y a bénéficié d’un non-lieu. Toutefois, son ancien trésorier de campagne et ci-devant ministre des Finances Eric Woerth a été mis en examen et renvoyé en jugement devant un Tribunal correctionnel.

 

Au-delà de la démarche sarkozienne instrumentalisant la politique 20080210022912-sarkozy-bonaparte-fullblock.jpgpour se défendre en justice, tout le comportement de l’ancien président révèle qu’il n’a jamais accepté la défaite et qu’il est, non pas le serviteur de l’Etat, mais son propriétaire. «L’Etat, c’est moi!» aurait déclaré Louis XIV. En écho, Nicoléon Sarkonaparte lui répond : «L’Etat, c’est à moi!»

 

 

Jean-Noël Cuénod


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