14/01/2018

Maria Dolorès, ondulante Diva du burlesque

fullsizeoutput_61b.jpeg

Un phénomène. Maria Dolorès correspond du talon aiguille jusqu’aux cils anthracites à plusieurs définitions de ce mot. Phénomène : « personne qui fait preuve de qualités exceptionnelles dans ses actes, dans son comportement, qui est connue pour accomplir de grandes performances. » Ou alors, sur un mode plus tellurique : « Fait naturel qui frappe la vue ou l'imagination. »  

En effet, le spectacle qu’elle a donné et donnera au Bal Blomet, puis présentera à l’Auguste Théâtre a de quoi secouer les morosités hivernales.

Maria Dolorès, c’est le personnage de Diva espagnole que Lou Hugot a créé et qu’elle incarne avec une folie aux couleurs de sang et de sable digne d’Almodovar. Dans le spectacle que Le Plouc a vu récemment au Bal Blomet, Lou Hugot, alias Maria Dolorès, a pris à bras le corps et le cœur le tango avec son histoire, ses fantasmes, son érotisme, son désespoir et ses espérances. Elle chante, danse, met en scène avec pour complices les magnifiques musiciens de l’Amapola quartet[1] .

Maria Dolorès (ou bien Lou Hugot, je suis un peu perdu, là…) joue dans tous les sens du terme. Et avec tous les sens, avec la musique, avec les musiciens, avec les spectateurs. Sa voix chaude, sensuelle, impérieuse enroule les chants du tango pour les faire danser; son corps généreux ondule et fait songer aux dunes de sable qui serpentent au gré du vent. La passion, le charme, certes. Mais le burlesque surgit au moment où l’on ne s’y attend pas. Lou Hugot (à moins que ce ne soit Maria Dolorès) émaille son récital de gags qu’il convient de ne pas décrire afin que les futurs spectateurs ne soient pas privés de leurs effets de surprise.

Amour et humour ne font pas que rimer. Ils rament aussi. Ils rament sur les flots agités du Rio de la Plata. Ils rament parce que la vie, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Pleurer, rire, aimer. Voilà la terrestre Trinité de nos destinées. Voilà le fil conducteur de ce spectacle brillant, original, enlevé.

Le tango, cette danse cosmopolite et interlope a inspiré de nombreux écrivains. Maria Hugot (à moins que ce ne soit Lou Dolorès, je ne sais plus où j’habite…) cite parfois quelques-unes de leurs formules. Par exemple, celle du poète et compositeur argentin Enrique Santos Discépolo : « Le tango est une pensée triste qui se danse.»

Le Plouc aime aussi ce propos de Georges Clemenceau : « Dans le tango, on ne voit que des figures qui s’ennuient et des derrières qui s’amusent. » Laissons le mot de la fin à Jose Luis Borges, dont on peut voir l’inspirante tombe au cimetière de Plainpalais à Genève : « Nous pouvons discuter le tango et nous le discutons, mais il renferme, comme tout ce qui est authentique, un secret ! »

Jean-Noël Cuénod

Et où peut-on voir « Maria Dolorès y Amapola quartet » ?

  • ­Vendredi 19 janvier à 20h.30 au Bal Blomet – 33 rue Blomet 75015 Paris balblomet.fr;
  • Mercredi 14 février à 20h.30 à l’Auguste Théâtre, 6 impasse Lamier 75011 Paris augustetheatre.com

Si vous aimez Maria Dolorès, vous allez adorer « Le Cabaret Extraordinaire » !

Le Plouc a déjà dit tout le bien qu’il pensait du « Cabaret Extraordinaire » (lire « Un Plouc chez les Bobos » du 23 mars 2017), dont le fil rouge et noir est déroulé par Maria Dolorès au cours d’un spectacle multifolies : clowns chanteurs, chanteurs danseurs, danseurs funambules, musiciens azimutés.

Composition de l’équipe :

Maria Dolorès, Christian Tétard, Elise Roche, Yanowski, Fred Parker ; artistes invités : Thomas Trichet et sa roue Cyr hypnotique et l’hilarante Dame en Verte. Mise en scène : Armelle Hédin ; direction musicale et piano : Fred Parker.

« Le Cabaret Extraordinaire » effectue cette année une tournée en France :

  • 20 janvier à 20h30 à l’Espace Charles Vanel de Lagny sur Marne (77) 
  • 23 janvier à 20h30 à l’Espace Malraux de Joué-les- Tours (37) ;
  • 2 - 3 février à 20h30 à L’Odyssud de Blagnac (31) ;
  • 6 février à 20h45 à l’Olympia d’Arcachon (33) ;
  • 9 février à 20h30 au Firmament de Firminy (42) ;
  • 15 février à 20h45 au Théâtre Alexandre Dumas de St Germain en Laye (77) ;
  • 16 -17mars à 20h30, 18 mars à 16h au Festi’Val Breon à Neufmoutiers-en- Brie (77) ;
  • 24 mars à 20h30 au Festival d’humour de Bordeaux (33) ;
  • 25 mai à 20h30 à L’Allegro de Miribel (01).
  • ESPACE VIDEO

[1] Violon : Ariane Lysimaque ; piano : Sandrine Roche ; bandonéon : Michel Capelier ; contrebasse : Christophe Doremus.

 

18:44 Publié dans Cult(e)ure | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : show, spectacle, tango, burlesque | |  Facebook | | |

10/03/2017

Au Théâtre 14, le patient malgré lui

PhotoLot LeSerment05.jpg

Voici une ordonnance qu’il convient de suivre. A la lettre. Ne ratez pas «Le Serment d’Hippocrate» de Louis Calaferte que présente le Théâtre 14 jusqu’au 22 avril. Calaferte prolonge Molière mais sans le copier le moins du monde. Au «Médecin malgré lui», répond le patient malgré lui.(Photo Lot)

Ou plutôt la patiente malgré elle, puisque Calaferte a choisi comme victime des médicastres, une septuagénaire gracile mais en bonne santé. En bonne santé jusqu’à ce qu’une brève syncope la fasse verser dans l’univers médical.

La pièce se situe durant les années Giscard puisque l’on y entend l’animatrice Danièle Gilbert pérorer à la télé sur les risques de syncope chez les personnes âgées. La scène se déroule dans un salon petit-bourgeois présenté à la façon d’une de ces photos polaroïd qui saisissaient les menues joies quotidiennes et que l’usage des smartphones a relégué au rang de reliques. L’appartement est celui d’un couple de quinquagénaires. La femme (Madeleine) a recueilli sa mère (Bon Maman) et l’homme (Lucien), son père (Papa) qui ne pense qu’à se remplir la panse.

Bon Maman tombe dans les pommes ce qui provoque l’affolement de Madeleine qui déverse un torrent de demandes contradictoires sur Lucien, complètement dépassé. Le médecin de famille est parti à la chasse. Lucien en trouve un autre. Mais finalement, deux toubibs vont se succéder. Tout d’abord, le père qui, ne supportant pas la retraite, subtilise les rendez-vous de son fils. Ensuite ce dernier qui arrive juste après le départ de son paternel. Le père est adepte de la vieille école qui se fie surtout au diagnostic pifométrique. Le fils célèbre les plus récentes avancées de la médecine. Mais la mentalité reste inchangée. Pour le père, l’organe essentiel est l’intestin et pour le fils, c’est le foie. Clin d’œil à la célèbre tirade du poumon dans «Le Malade Imaginaire» de Molière (Le poumon, le poumon, vous dis-je !) Entre le règne de Louis XIV et celui de Giscard d’Estaing, la médecine a progressé plus vite que les médecins, dirait-on…

Père et fils s’accordent aussi sur la manière de traiter la pauvre Bon Maman (interprétée de façon hilarante par Yvette Poirier) qui est jetée sur le sofa, désarticulée comme une poupée, triturée, secouée en tous sens. Interdite de parole, la septuagénaire n’est plus qu’un objet aux mains des démiurges. La vieille dame résiste, revendique, s’oppose. Ah, que la maladie serait plus agréable à traiter sans les malades, ces empêcheurs d’ausculter en rond ! Les médecins successifs ordonnent avec l’autorité conférée par leurs diplômes, en s’appuyant sur Madeleine et Lucien qui répètent leurs sentences contradictoires sans les comprendre et deviennent les complices des bourreaux médicaux. Mais Bon Maman résiste, quitte à ce que Madeleine transforme la robe de chambre de sa mère en camisole de force.

Pendant ce temps, Papa revient régulièrement, toujours obsédé par la table (que l’on ne voit pas) où trône un coulommiers encore vierge. Devant l’attention que l’on prête à Bon Maman, il aimerait lui aussi que l’on s’occupe de ses ballonnements. Mais personne ne l’écoute. Alors, il retourne à son coulommiers.

«Le Serment d’Hippocrate» n’illustre pas seulement la pérennité du regard médical sur les malades, ces éternels emmerdeurs, l’arrogance de celui sait, la jobardise de ceux qui ne savent pas. Elle met aussi en scène l’inversion qui, au fil des ans, transforme les vieux parents en enfants de leur progéniture. Le rire cache et révèle à la fois ces déchirures que personne ne peut ravauder.

Jean-Noël Cuénod

Distribution par ordre d’entrée en scène:

Yvette Poirier (Bon Maman), Christine Peyssens (Madeleine), Patrick Pelloquet (Lucien), Gérard Darman (Papa), Pierre Gondard (Docteur Blondeau père) et Georges Richardeau (Docteur Blondeau fils). Mise en scène : Patrick Pelloquet ; assistante : Hélène Gay.

Théâtre 14, 20 avenue Marc-Sangnier, 75014 Paris ; location : +33 (0)1 45 45 49 77. Site: www.theatre14.fr

ESPACE VIDEO


18:37 Publié dans Cult(e)ure | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : théâtre, calaferte, médecine, molière, vidéo | |  Facebook | | |