15/03/2011

Le Jasmin et le retour des Etats-Nations

Les peuples du Proche-Orient qui se soulèvent contre leurs tyrans ne brandissent ni le drapeau rouge de la révolution internationaliste, ni celui, vert, de l’islamisme radical panarabe. Les Tunisiens, Egyptiens, Algériens agitent la bannière de leurs Etats respectifs. Et les rebelles libyens – qui subissent bien des revers dans l’indifférence générale -  ont ressorti l’ancien emblème banni par Kadhafi après son arrivée au pouvoir.

Ce choix, apparemment anodin, marque la persistance de la notion d’Etat-Nation dans les consciences, voire de son retour, tant elle semblait rangée au musée par la globalisation qui, en apparence, a transformé les villes en villages et les Etats en provinces. Brandir son drapeau devient ou redevient un acte révolutionnaire et n’est plus le seul symptôme d’une hystérie de nature footballistique.

Cela signifie-t-il que la globalisation n’a rien modifié dans les rapports entre peuples, Etats, institutions mondiales? En aucun cas. Le monde a bel et bien changé «de pôle et d’épaule» — dixit le poète Aragon — depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la mise en réseaux informatiques de la planète et l’intensification des échanges qui en est résulté.

 L’Etat-Nation est en passe de changer d’aspect mais il n’a pas été supprimé pour autant. Il reste l’un des éléments principaux de ce puzzle mondial qui se constitue. Dans son remarquable ouvrage «La Voie» qui vient de paraître chez Fayard, le penseur français Edgar Morin aborde, parmi bien d’autres thèmes, la question de l’Etat telle qu’elle se pose maintenant:

«S’il faut que se constitue une conscience de Terre-Patrie (...) il faut aussi promouvoir le développement du local dans le global». Parmi les voies qu’il distingue, malgré son pessimisme, pour assurer un avenir à l’humanité, Edgar Morin évoque la tension entre «mondialisation» et«démondialisation»: «Il faut à la fois mondialiser et démondialiser (...) La démondialisation signifie le retour d’une autorité des Etats, abandonnée dans les privatisations au profit d’un capitalisme déterritorialisé, comportant le retour aux services publics».

Si des formes nouvelles de gouvernance mondiale doivent trouver désormais une légitimité qui leur fait défaut — afin de régler des problèmes politiques, économiques ou écologiques qui ne peuvent être traités qu’à grande échelle — il n’en demeure pas moins que l’Etat-Nation reste le lieu adéquat pour établir le lien entre les solidarités de proximité et la vastitude mondialisée.

En Europe, les succès des partis nationaux-populistes illustrent cette volonté des électeurs à ne pas être dépossédé de ce «lieu adéquat». Ils expriment un malaise qui est bien réel mais en offrant des solutions ineptes qui ne conduisent qu’à l’exclusion et à la haine. Aux partis de la droite libérale et de la gauche de gouvernement de reprendre ce drapeau national qu’ils ont laissé tomber.

Jean-Noël Cuénod

En bonus, voilà la vidéo d'une conférence données par Edgar Morin dans les locaux du Palais Bourbon où il explique les réformes à entreprendre pour rendre l'avenir vivable.

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09/03/2011

Jacques Chirac échappe une fois de plus à la justice

Le Plouc avait commencé à vous entretenir du procès Chirac. Mais hier, hop, plus de procès! Voilà donc, destiné aux internautes, le papier paru ce mercredi 9 mars dans la Tribune de Genève et 24 Heures. En fin d'article, vous pourrez voir et ouïr la vidéo du reportage de BFMTV sur cette étrange journée au Palais de Justice de Paris.

Jacques Chirac sera-t-il jugé un jour? On peut en douter. mardi, le juge Dominique Pauthe, qui dirige la XIe Chambre correctionnelle de Paris, a annoncé qu’il reportait le procès de l’ancien président de la République.

Il a bien avancé une date de reprise, le 20   juin prochain, mais il ne s’agit que d’une audience de fixation du calendrier des débats. Or, les avocats de Chirac et des coaccusés – ses amis politiques en grande partie – ont d’ores et déjà brandi des agendas dont la plénitude contraste avec la vacuité du casier judiciaire de l’ex-chef de l’Etat. Aucun ne sera disponible à cette date, «hélas», ont-ils soupiré en chœur avec des mines de chattemites et une sincérité que chacun appréciera à sa juste mesure.

Le principal conseil de Chirac, Me Jean Veil — le fils de l’ancienne ministre Simone Veil —, a même déclaré au président Pauthe, soulevant des grondements réprobateurs dans la salle: «En juin, nous serons entrés en période électorale et il me semble inenvisageable d’examiner cette affaire dans un tel contexte. » Alors quand? Après les élections de 2012? Autant dire aux calendes grecques. L’ancien président aurait alors 80 ans.

«Ce n'est pas républicain, Monsieur!»

Et puis, Jacques Chirac n’est pas candidat, pourquoi le procès ne se poursuivrait-il pas en période électorale? «Ce ne serait pas républicain, Monsieur!» nous a rétorqué un avocat. Voilà qui clôt le débat.

Ce report du procès a pour origine la décision de la XIe Chambre correctionnelle de transmettre à la Cour de cassation la «question prioritaire de constitutionnalité» (QPC) déposée par Me Leborgne, avocat de Rémy Chardon, l’ancien directeur du cabinet de Chirac. Cette QPC ne concernait qu’un seul des deux volets du dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris. Mais le président Pauthe a décidé avec ses assesseurs de ne pas disjoindre les deux causes et de reporter l’ensemble du dossier.

Souvent soupçonné

Accusé d’avoir fait rémunérer des permanents de son parti, le RPR, par la ville de Paris lorsqu’il en était le maire, Chirac bénéficie donc, une fois de plus, d’un répit. Suspecté dans de nombreuses affaires politico-judiciaires depuis une vingtaine d’années, il est toujours parvenu à éviter d’être jugé. Douze magistrats instructeurs ont enquêté à son propos mais leurs dossiers ont été étouffés par les habiles manœuvres procédurières de ses brillants avocats et aussi grâce à la mansuétude du Parquet (l’accusation) qui, en France, dépend hiérarchiquement du gouvernement.

De plus, pendant douze ans, Jacques Chirac a bénéficié de l’immunité présidentielle, ce qui a rallongé d’autant les procédures. Seules deux affaires d’emplois fictifs ont pu parvenir jusqu’à l’audience de jugement, les deux dont, justement, le procès vient d’être reporté.

Commentaire d’un de nos confrères parisiens à la sortie du Palais de Justice: «Voilà qui fera encore grimper Marine Le Pen dans les sondages.»

 

Jean-Noël Cuénod

Procès Chirac: Vidéo de BFMTV

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10/02/2011

Voyages des ministres, la bulle et les bulles

Devenir ministre en France vous introduit dans un monde magique. Vous voilà lové dans la chaleur d’une bulle sur laquelle le quotidien glisse comme une flaque sale sur la vitrine d’une bijouterie. Dans cet univers enchanté, le métro 13 surpeuplé, les rackets à Clichy-sous-Bois, la dernière classe d’un village creusois qui se ferme, les médecins qu’on appelle en vain au fin fond de la Dordogne, les SDF qui grelottent sur le trottoir, les chômeurs qui s’énervent à Pôle Emploi se métamorphosent en quelques lignes d’un rapport que personne n’aurait l’idée de lire.

Pourquoi briserait-on ce charme? Au paradis ministériel, les enfers n’ont point leur place. Les statistiques se révèlent toujours encourageantes et l’action du gouvernement reste positive, quoi qu’il advienne.

Dans cette bulle, le ministre oublie ces deux contingences ennuyeuses: la décence et le bon sens. Se faire inviter par un dictateur durant ses vacances de Noël? Voler au-dessus de la Tunisie en pleine révolution, aux frais d’un ami du tyran, quoi de plus normal? Après tout, le Grand Maître de la Bulle en personne a passé les premiers jours de sa présidence sur le yacht d’un richissime homme d’affaires qui l’avait invité. Sans la moindre arrière-pensée, bien sûr.

L’ennui avec la bulle, c’est qu’elle vous en fait commettre, des bulles. Naguère encore, les Français acceptaient, en râlant, que leurs gouvernants prissent leurs aises. Aujourd’hui, ils éprouvent une furieuse envie de faire crever cette bulle devenue maudite. La crise qui persiste et l’impuissance du pouvoir face à la tourmente de la mondialisation ont changé la grogne en colère.

Qui en récoltera les raisins? Ayant gambadé durant des lustres dans la bulle et se perdant en disputes égolâtres, les socialistes paraissent fort mal placés. S’ils ne redeviennent pas crédibles, le vote en faveur de Marine Le Pen en 2012 s’annonce massif.

(Cet éditorial est paru jeudi 10 février 2011 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

 

Jean-Noël Cuénod

Voici la vidéo filmée par Europe1 et captée par le Télégramme de Brest. On y apprend que la ministre des affaires étrangères passe aux aveux après des jours de dénégations.

 

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04/02/2011

L’Occident et son irréaliste «realpolitik»

La Révolution du Jasmin, soufflant de Tunisie vers l’Egypte et au-delà, présente quelques traits communs avec le «printemps des peuples» qui a secoué les trônes de notre continent en 1847-1848. Partie de Suisse, cette première révolution véritablement européenne avait gagné ensuite la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie.

 Cet élan commun vers plus de liberté et de justice prenait dans chaque pays des formes différentes et a connu des fortunes diverses : réussite complète en Suisse, succès temporaire en France – la République ayant sombré dans le Second Empire quatre ans plus tard - échec ailleurs. Peut-être en ira-t-il de même de l’actuel soulèvement du monde arabe.

Autre trait commun entre les printemps des peuples arabes et européens, les classes moyennes se sont soulevées car les castes dirigeantes entravaient leur développement, ce qui est d’ailleurs le schéma classique de moult révolutions. Là s’arrêtent les comparaisons entre lieux et siècles fort différents. Mais là commence la remise en cause de l’irréaliste «realpolitik» de l’Occident.

Durant la Guerre froide, chacun des deux camps soutenait «ses» dictateurs. Puis, dès l’effondrement de l’empire soviétique, les Etats-Unis lâchèrent la bride aux Etats latino-américains. Ceux-ci ont alors entamé leur marche vers la démocratie, par différentes voies.

Rien de tel au Proche-Orient. Les Etats-Unis et leurs supplétifs européens ont pris la succession des Soviétiques dans de nombreux Etats arabes, dont le principal, l’Egypte, clé de voûte de tout le Proche-Orient. Khrouchtchev soutenait la dictature nassérienne. Les présidents américains en ont fait de même avec la tyrannie de Moubarak. C’est qu’au spectre rouge, avait succédé l’épouvantail vert de l’islamoterrorisme. En bonne «realpolitik», on ne fait pas les difficiles et les angélistes chichiteux, on se bouche le nez en tenant à bout de bras les potentats sanguinaires et cléptocrates. Pour l’Occident, les Ben Ali et les Moubarak avaient peut-être tous les défauts, mais ils présentaient l’avantage suprême de s’ériger en remparts contre Ben Laden et le terrorisme islamiste.

Beaux remparts en vérité! Cette politique a eu pour principal effet d’associer la démocratie occidentale aux pires dictatures, donnant ainsi l’impression à ces classes moyennes arabes — dont l’Occident allait même jusqu’à nier l’existence— que la liberté leur était confisquée par ceux-là même qui s’en glorifiait.

Au lieu de soutenir les démocrates arabes, l’Occident a choisi de fermer les yeux sur l’oppression dont ils étaient les victimes, de crainte qu’en laissant la fenêtre ouverte à un filet d’air de liberté, la tempête islamiste ne s’engouffre dans la maison arabe, emportant tout sur son passage. Derrière cette «realpolitik» devenue bien irréaliste depuis quelques semaines, il y avait ce préjugé teinté de racisme: «les Arabes ne sont pas faits pour la démocratie». En 1848, les rois et princes disaient la même chose de leurs peuples. On a vu la suite.

 

Jean-Noël Cuénod

VIDEO

Actuellement, la chasse aux journalistes est ouverte au Caire comme en témoigne le correspondant permanent d'Euronews dans la  capitale égyptienne.

10:03 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : egypte, tunisie, révolution du jasmin, monde arabe, vidéo | |  Facebook | | |

09/12/2010

WikiLeaks et la transparence opaque

Triomphe de la transparence, progrès de la démocratie, exemple d’irresponsabilité, initiative pleine de périls, 11 Septembre diplomatique? Tout et son contraire a été dit à propos de WikiLeaks, ce site de la Toile qui a transmis 251 287 messages du gouvernement des Etats-Unis à cinq grands journaux.

Relevons tout d’abord qu’aucun de ces documents n’est classé «top-secret». Ils sont soit «confidentiels», «secrets», voire sans mention. Les «vrais» secrets restent à l’abri des regards. Ce qui explique l’absence de révélations fracassantes, du moins jusqu’à maintenant. Certes, ces divulgations vont placer les ambassadeurs américains en position délicate vis-à-vis des chefs d’Etat qu’ils ont critiqués. Sans doute, certains d’entre eux devront-ils changer de capitale. Mais ces vexations ne pèsent pas grand-chose en regard des intérêts politico-économiques.

Notons que WikiLeaks s’est trouvé en position de mettre la main sur ces documents parce que les Etats-Unis sont une démocratie. Il n’aurait pas pu le faire dans les nombreuses dictatures de la planète dont l’opacité est,elle, bien assurée.
Cet épisode ne révélerait-il pas plutôt cet oxymore qui semble caractériser notre société, à savoir la «transparence opaque»?
Le concepteur de WikiLeaks lui-même, Julian Assange – qui vient d’être arrêté en Grande-Bretagne - ne fait-il pas preuve d’opacité quant aux véritables buts qu’il poursuit au nom de la transparence? On ne sait pas grand-chose de lui, ni de sa démarche.

La «transparence opaque» nous suit partout, même au supermarché. Consultez les notices qui garnissent le moindre tube de moutarde, le plus modeste pot de yoghourt, vous y lirez les explications les plus détaillées sur leur composition. Reste à savoir si l’on comprend grand-chose à ce galimatias. L’une des ruses actuelles consiste justement à noyer l’individu dans un flot d’informations plus ou moins utiles afin que l’essentiel échappe au regard des populations. WikiLeaks constitue un parfait exemple de ce phénomène.

Que l’ambassadeur américain juge que les nuits du président italien sont décidément bien agitées ou que le roi d’Arabie Saoudite considère le dictateur iranien avec autant d’aménité que s’il s’agissait d’un cobra serpentant vers ses babouches, voilà qui ne nous apprend pas grand-chose.

En revanche, à part quelques spécialistes hautement qualifiés, le grand public ignore toujours le nom des dirigeants des «hedge funds» qui organisent la panique sur l’euro pour contraindre les Etats européens vulnérables à payer des intérêts toujours plus élevés. Leurs citoyens devront s’acquitter de hausses d’impôts, subir des baisses de salaire ou des licenciements. Les classes moyennes s’appauvriront et les pauvres tomberont dans la misère. Mais dans ce domaine, réclamer la transparence relève de l’utopie.

Jean-Noël Cuénod

Sur cette vidéo du "Télégramme de Brest", le journaliste Rémy Ourdan explique pourquoi "Le Monde" a accepté les messages captés par WikiLeaks.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24/11/2010

Sarkozy, la tête à l’envers

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Nicolas Sarkozy ne comprend décidément rien au fonctionnement des médias. Lui qui passait pour les maîtriser de façon machiavélique, il s’en est fait d’irréductibles ennemis. Comme les juges, les professeurs et tous ces corps intermédiaires qu’il méprise sans chercher à les comprendre. Des corps intermédiaires qui ne vont cesser de lui balancer des peaux de bananes jusqu’au verdict de l’élection présidentielle en 2012.

Le général de Gaulle, lui aussi, voulait établir un rapport direct entre sa personne et le peuple. Mais comparer cette grande figure à l’actuel roitelet élyséen serait par trop cruel. N’est pas de Gaulle qui veut.  D’ailleurs le Général, s’il n’aimait guère les journalistes,  ne s’abaissait jamais à les insulter. Il respectait  même ceux qui le brocardaient avec talent comme le « Canard Enchaîné » qu’il appelait « le volatile » avec une certaine tendresse.

En traitant de « pédophiles », les journalistes qui avaient osé lui poser des questions sur l’affaire de Karachi – ce qui était la moindre des choses de leur part – Nicolas Sarkozy a surtout démontré à quel point ce dossier l’affole et lui met la tête à l’envers. Et alors, le public de se demander : « S’il réagit comme ça, c’est qu’il a peur de la vérité. » Peut-être que Sarkozy n’a joué aucun rôle dans l’affaire de Karachi. Mais par ce « pétage de plomb », il a lui-même instillé le doute, bien mieux que le plus vachard des brûlots.

Cela dit, s’il a provoqué une certaine émotion dans les médias français, ce feu de bouche élyséen n’a pas non plus soulevé des torrents de fureur. Ce qui n’est pas forcément un indicateur favorable pour le président. Il a lâché une gugusserie de plus. On hausse les épaules en soupirant et on passe à autre chose. Si même ses dérapages deviennent insignifiants, le locataire de l’Elysée peut se faire des soucis quant à la reconduction de son bail.

Et voilà Nicolas Sarkozy dégradé en Berlusconi. A ce propos, ces deux intéressants personnages se sont livrés en spectacle lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne. Voici la vidéo des duettistes.

Jean-Noël Cuénod

 

19:40 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nicolas sarkozy, silvio berlusconi, vidéo, journalistes | |  Facebook | | |

04/11/2010

Les Lumières sont de plus en plus tamisées

Sale temps pour la Raison. Les Lumières nées au XVIIIème siècle tremblotent sous le coup des vents mauvais de l’obscurantisme, quand elles ne sont pas tamisées, voire éteintes par des délires d’ordre — ou plutôt de désordre — politico-théologique.

 C’est vrai qu’elle est ennuyeuse, pour ne pas dire plus, la Raison. Au lieu de vous narrer des contes à tuer debout, elle vous invite à réfléchir avant de hurler et de tirer. Elle remplace les images fortes par la pensée subtile, l’émotion par la réflexion, la distraction par la concentration. Quelle barbe! L’idéologie «brutaliste», qui tend aujourd’hui à étendre partout son empire d’étincelles crépitantes, se révèle tellement plus séduisante, plus captivante, plus ludique aussi. Elle se résume à ce court-circuit mental: tout ce qui est différent est ipso facto mon ennemi et, comme tel, doit être supprimé.

Le «brutalisme» a l’avantage de coller à tous les masques qu’ils soient de gauche ou de droite (plutôt de ce côté pour l’instant, mais cela peut changer), chrétien, juif, musulman ou athée. Et se déploie avec des formes différentes tant dans les dictatures qu’au sein des démocraties.

L’intégrisme musulman est la figure la plus spectaculaire du «brutalisme». Il n’est de vérité que dans l’Islam. Ceux qui se situent en dehors doivent être éradiqués. Les chrétiens arabes en font régulièrement  l’amère expérience. A cette «christianophobie» proche-orientale, répond une «islamophobie» occidentale, moins sanglante, certes, mais tout aussi stupide, comme l’illustrent ces «brutalistes» américains accusant Barack Obama de professer l’Islam.
Il est vrai qu’en matière d’occultation de la pensée, la première puissance de l’Occident sait se montrer performante. Lors des récentes campagnes électorales,  les partisans des «tea parties» ont repoussé les bornes de la bêtise de plusieurs kilomètres.

Entre parenthèses, cela démontre la nocivité du thé sur l’intellect, par rapport à d’autres breuvages autrement plus spiritueux!

Cette tendance n’est pas qu’une expression ultraminoritaire, comme l’indique ce sondage de l’Institut Harris annonçant que 14% des Américains – ce taux grimpe à 24% chez les électeurs républicains   se disent persuadés qu’Obama est l’antéchrist. Ils le clament même sur leurs maillots (photo). ¨

obama antéchrist.jpg

Voyons… Voyons… Que faisait dire l’inoubliable Michel Audiard à Lino Ventura dans les « Tontons Flingueurs » ? Vite un petit tour sur DailyMotion : 
« Les cons, ça ose tout et c’est même à ça qu’on les reconnaît »... Tout juste ! Le Plouc remercie dailymachin. Non seulement, ça ose tout, mais encore, ça s’affiche...


Les racines du «brutalisme» à l’occidentale sont bien connues. La mondialisation sauvage des échanges économiques a entraîné la paupérisation d’une part importante des classes moyennes dans les pays industrialisés. C’est une chose de rester confiné dans la pauvreté. C’en est une autre d’avoir grimpé les échelons de la société, puis d’être rejeté au bas de l’échelle. L’amertume en est d’autant plus intense. Le réflexe premier est alors de s’en prendre à ceux qui se trouvaient déjà au sol, les étrangers, les exclus avec lesquels, on ne veut surtout pas être confondus, car l’espoir de remonter un jour persiste.

L’Histoire nous a montré où le «brutalisme», par un enchaînement fatal, se termine. Mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre les leçons du passé.

Jean-Noël Cuénod

(Version enrichie pour le ouèbe du texte paru jeudi 4 novembre 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures).

09:54 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : tea party, lumières, obama, tonton fligueur, vidéo | |  Facebook | | |

28/09/2010

Rachida Dati a la langue qui fourche

Rachida Dati l’avait sur le bout de la langue, ce mot « inflation » à placer dans une interview télévisée. Mais c’est un autre qui est venu : « Je vois certains qui demandent des taux de rentabilité à 20-25%, avec une fellation quasi nulle... ». Le succès est immédiat. En unité de bruits médiatiques, cette interview – qui aurait dû passer inaperçue – remet en selle l’ex-garde des sceaux et des sacs Vuitton. Voilà un lapsus qui rapporte gros. Tapez le mot « fellation » sur Google et vous verrez le nom Rachida Dati se placer en quatrième position.
 
C’est l’occasion pour tous les sites de la Toile de rappeler les lapsus les plus célèbres : le fameux « Moustaku » de l’éternel ministre de la mousse-ta-culture Jack Lang qui décorait Moustaki, le pâtre grec le plus célèbre de l’Ile Saint-Louis ; l’inoubliable cri du… cœur de Robert-André Vivien, député gaulliste : « Enfin Monsieur le Ministre, durcissez votre sexe, heu pardon, votre texte » à l'occasion d'un débat parlementaire sur la classification des films pornos en 1975. Mais dans ce cas, le lapsus n’est pas certain. Il est possible que ce député – amateur de calembours olé-olé- se fût volontairement trompé, à la suite d’un pari conclu à la buvette parlementaire !

En Suisse, Couchepin avait également passé de Mörgeli à Mengele. Ce qui prouve que même en se trompant les politiciens suisses sont moins rigolos que leurs collègues français. A moins qu’ils ne se mettent à délirer en suisse-allemand comme Hans-Rudolf Merz à propos d’une histoire de viande salée (et non pas une histoire salée de viande). Mais là, c’est le bruit que fait son dialecte qui est drôle.

Rachida Dati n’est donc pas la seule dont la langue, pourtant bien pendue, fourche. Ce qui peut faire mal. Il semble même que ces lapsus deviennent de plus en plus fréquents. Une explication saute aux yeux : les mini-caméras et  l’Internet diffusent aujourd’hui ce qui n’était connu, naguère encore, que d’un petit cercle de rieurs sous capes. Mais il en est une autre : les interventions des politiciens sont aujourd’hui calibrées au millimètre par les conseillers médias. Ce qui rend la parole de nos chers zélus aussi intéressante que la lecture à haute voix de la Pravda des années Brejnev. A force de débiter leurs discours creux, les raboteurs de langue de bois ne pensent plus à ce qu’ils disent. Et disent alors vraiment n’importe quoi.

Jean-Noël Cuénod

Puisque vous avez été sages voici les deux vidéos, celle de Rachida Dati et celle de Hans-Rudolf Merz.
Lapsus: Dati confond "inflation" et... "fellation"
envoyé par LePostfr. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

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26/09/2010

Deux beaux films d’amour noir

Deux films fort différents l’un de l’autre ont marqué la rentrée sur les écrans parisiens. Deux beaux films d’amour noir: «Des dieux et des hommes» de Xavier Beauvois et «Le bruit des glaçons» de Bertrand Blier. Ou plutôt, deux films d’outrenoir, comme le formule le peintre Pierre Soulages qui nous fait voir la lumière et ses chatoiements derrière les vibrations des ténèbres.

L’un se confronte au terrorisme; l’autre danse avec le cancer. Le mal collectif et le mal individuel. En les tressant, voilà qu’apparaît la trame du destin tragique de la face riche de la planète. La face pauvre, elle, est submergée par tant d’autres maux...

Du tréfond de chacun des acteurs, Xavier Beauvois a fait émerger la part divine, ce noyau insecable qui est l’Etre en soi, au-delà de tous les masques. «Des dieux et des hommes» va donc plus loin et surtout plus haut que l’évocation du martyr subi en 1996 par les sept moines du monastère de Tibéhirine, dans l’Atlas algérien. Les assassins sont-ils les terroristes qui tuent les hommes de Dieu au nom de Dieu? Ou les militaires à la solde d’un pouvoir corrompu? Le film ne livre aucune réponse prête à l’emploi. D’ailleurs, aujourd’hui encore, les circonstances du massacre de ces moines de l’Ordre cistercien-trappiste restent floues.

Placés face à la mort, tant par les djihadistes que par les officiers, les moines doivent lutter avec ce dilemme: partir et survivre ou rester quitte à en mourir. Même pour ces hommes habités par la foi, le débat remue en eux l’effroi, le doute, l’angoisse. Certains seront tentés de regagner la France. Mais aucun ne franchira le seuil du monastère. Ils resteront par fraternité envers les villageois de Tibéhirine  qui, eux aussi, endurent les violences de part et d’autre. Mais ils refuseront aussi de partir pour s’affirmer en tant qu’hommes libres et pour témoigner que l’amour ne fuit pas devant la haine. Les moines sont morts. Qu’ils vivent en chacun de nous et la mort sera terrassée.

Le triangle vital

Dans «Le bruit des glaçons», le héros qu’incarne Jean Dujardin n’a, lui, rien de sublime. Du moins en apparence. Il s’agit d’un écrivain alcoolique accroché à son ego et à sa bouteille de blanc nichée dans un seau à glace. Son cancer, interprêté par Albert Dupontel, sonne au portail de sa belle maison. La mort a la mine d’un quadragénaire en costume trois pièces. Le cancer et son hôte s’apprivoisent, se détestent, renouent, s’attendrissent, s’insultent et luttent sans répit.
Alors que l’écrivain va céder à son ennemi et lui lâcher sa vie comme un objet encombrant, un adversaire se dresse pour barrer la route au cancer: l’amour. Le seul miracle à disposition des humains, pour autant qu’ils l’acceptent.

La mort recule. Elle reviendra, un jour ou l’autre. Pour l’instant le cancer prend ses cliques et ses claques. Et c’est l’instant qui compte. Toute échappée vers la vie est bonne à saisir. Avec l’amour — qui se trouvait, là, sous ses yeux mais qu’il ne voyait pas — l’écrivain retrouve ce goût de pain qu’a la liberté.

En usant de styles radicalement étrangers, les deux films nous lancent cette vérité: l’amour, la liberté, la vie... Impossible d’enlever un seul point du triangle.

Jean-Noël Cuénod

La bande annonce des deux films

 

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22/09/2010

Ces mauvais chemins qui mènent aux Roms

Ainsi, la France est accusée de discriminer les Roms, qui forment ce peuple de lointaine origine indienne, naguère nomade et sédentarisé de force sous le régime communiste en Roumanie, notamment. La commissaire européenne à la Justice Viviane Reding a employé – en anglais, pour bien remettre une couche d’opprobre – les mots qui fâchent vis-à-vis de Paris. L’objet de son ire: la circulaire ministérielle désignant les Roms comme cible prioritaire de la destruction des camps illégaux.

Ici, les moulinets

Et la commissaire — une Luxembourgeoise sociale-chrétienne d’ordinaire fort modérée — de tracer un parallèle avec la Seconde guerre mondiale. La comparaison fait hurler Paris. Se rendant jeudi à Bruxelles pour participer au sommet de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy s’est pris de bec avec le président de la Commission Barroso. Le président français a ensuite provoqué un incident avec la chancelière  Angela Merkel en prétendant que Berlin allait également prendre des mesures anti-Roms, ce qui lui a valu un cinglant démenti. Sarkozy a donc mouliné ses petits bras et bombé son bréchet de moineau persuadé d’avoir  gagné des voix pour l’élection présidentielle de 2012 en insultant ses partenaires européens.

 L’éternel candidat, une fois de plus, ne parvient pas à devenir président. Sans doute son cas est-il désespéré. Et désespérant.

Basse politique

Même si elle obéit à des raisons de basse politique, on peut comprendre la réaction du gouvernement français. Lorsque les nazis et leurs collaborateurs français ou d’autres Etats occupés expulsaient des Roms, ce n’était certes pas pour les ramener dans leur pays d’origine mais afin de les exterminer. Et il n’était vraiment pas question de leur donner — comme le fait la France actuellement — un pécule de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant. En l’occurrence, comparaison est déraison.

Nazisme à toutes les sauces

Brandir à tout bout de champ le nazisme et la collaboration pour illustrer le présent provoque deux effets pervers: on brouille le réel et on banalise l’horreur.
 
Si la commissaire Viviane Reding a déraillé, le gouvernement français lui a tout de même offert un fagot de verges pour se faire fouetter. Le ministre de l’immigration Eric Besson et le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Pierre Lellouche avaient expliqué fin juillet à Bruxelles que les expulsions d’Européens clandestins en France s’effectueraient sans discrimination contre tel ou tel groupe ethnique. Or, un mois et demi plus tard, la commissaire Reding apprend en lisant la presse l’existence de circulaire du ministère de l’Intérieur qui ordonne clairement de prendre des mesures discriminatoires vis-à-vis d’un groupe particulier, les Roms. On comprend la colère de la commissaire européenne devant cette attitude, pour le moins, légère.

Circulaire indéfendable

Ensuite, la circulaire ministérielle est indéfendable sur le fond. Il y aurait donc en France, plusieurs sortes de clandestins et il faudrait les soumettre à une manière de tri en fonction de leur appartenance ethnique. On expulserait ainsi les Roms en priorité. Pourquoi les Roms? Parce que les chemins de l’opinion publique mènent à eux actuellement? Pour le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, c’est une nouvelle bévue qui s’ajoute à son impressionnante collection. Le premier responsable de cette situation n’est autre que le président Sarkozy. Quelle idée de nommer Gaston Lagaffe à un poste aussi sensible, où le doigté doit toujours s’associer à la fermeté!

Cela dit, la France n’a pas le monopole de la «romophobie» qui affecte nombre d’autres nations, y compris la nôtre. Dans les pays de l’Europe riche, les Roms se sont «nomadisés» à nouveau, en quête de ce pain qu’ils ne trouvent pas dans leurs pays d’origine. Ils ont ainsi réveillé le vieil antagonisme qui les oppose aux sédentaires.

L’Europe doit désormais apprendre à maîtriser cette question de façon intelligente. Et les feux de bouche n’apporteront aucune lumière.

Jean-Noël Cuénod

Pour donner une autre image des Roms, voici cet extrait du film de Tony Gatlif "Latcho Drom".

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10/09/2010

Démocratie directe ou démocratie pédestre?


Qu’elle soit de droite ou de gauche, la France éprouve une certaine appétence pour la démocratie directe. Mardi, (voir la vidéo de BFMTV) dans le cortège parisien contre la réforme des retraites, le Parti de Gauche — la formation de l’eurodéputé Jean-Luc Mélenchon qui a quitté le PS pour cause de tiédeur idéologique — distribuait cet autocollant: «Retraites - Il faut un référendum». Sur le bord opposé du fleuve politique, le Front national prône lui aussi le recours à la consultation populaire sauce helvétique. Toutefois, la caste intello-médiatique française la repousse avec horreur. Ce serait, dit-elle, faire le jeu de tous les populismes.  

 

Tout d’abord, cessons une bonne fois pour toutes d’appeler «populisme» ce qui relève du «démagogisme». Que les politiciens débattent avec le peuple et l’écoutent, c’est la moindre des choses en démocratie. Cette démarche doit être distinguée de celle des démagogues qui agitent le peuple avant de s’en servir.

Pour dénigrer référendum et initiative populaire, certains adversaires outre-Jura n’hésitent pas à rappeler l’usage que fit Hitler du référendum pour asseoir sa dictature. Le parallèle est d’un ridicule achevé. L’Allemagne nazie n’organisait pas un référendum, au sens où nous l’entendons, mais un plébiscite.

Dans un référendum, le peuple est consulté soit parce qu’il le veut, soit parce que la Constitution l’exige. Le plébiscite, lui, reste dans les mains du tyran qui décide de sa propre initiative de consulter le peuple, après s’être assuré que le résultat sera conforme à sa volonté.

En outre, la démocratie directe n’est pas une machine à fabriquer des extrémistes, puisque des partis «démagogistes» ont triomphé dans des pays qui ne connaissent pas notre système, comme les Pays-Bas. Cela dit, comme à toute entreprise humaine, il lui faut des garde-fous. Le peuple pourrait aussi, sans y être poussé par un despote, attenter aux droits fondamentaux. Une Cour constitutionnelle remplirait ainsi ce rôle de vigie. Elle fait défaut en Suisse, hélas.

L’une des vertus de la votation réside dans cette obligation qu’elle induit à négocier. Dans la réforme des retraites qu’engage le gouvernement français, l’observateur suisse est frappé par l’autisme organisé qui caractérise tant l’exécutif que les syndicats.
Ces derniers nient les conséquences du bouleversement de la pyramide des âges. De son côté, le président Sarkozy impose sa réforme en refusant d’avance toute remise en cause, sauf à la marge.

Alors, pour tenter de faire entendre leur voix, les syndicats recourent à une sorte de démocratie pédestre en lançant ce pari: plus les manifestants sont nombreux à battre le pavé, plus les concessions seront substantielles. L’ennui, c’est que les évaluations du nombre de marcheurs protestataires ne sont crédibles ni de la part des policiers, ni de celle des organisateurs.

De plus, même s’ils furent fort bien garnis, les cortèges de mardi 7 septembre n’ont réuni, en s’en tenant aux chiffres des syndicats, qu’environ 10% de la population active. Ce qui ne confère pas à ce genre d’action une légitimité en béton armé. La démocratie directe aurait eu pour effet de contraindre les syndicats à tenir compte de la réalité présente, et le gouvernement à laisser tomber sa défroque autoritaire.


Jean-Noël Cuénod

 

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29/07/2010

Prière de ne pas enterrer la France, elle bouge encore

Prière de ne pas enterrer la France, elle bouge encore. Elle s’agitera même beaucoup à la rentrée sous l’incandescent soleil social. Toutefois, c’est plus en profondeur que l’on sent vraiment ses forces se ranimer, alors qu’en surface tout va de travers.

Comme chacun peut le constater, la France vit des moments calamiteux. Avec l’un des plus importants ministres du gouvernement obligé tous les deux jours de clamer son innocence en manière de mantra, un système de connivences politico-financières qui s’étale dans toute son obscénité, un hyperprésident dont les batteries semblent à plat, une équipe de France qui paraît plus en jambes dans les lupanars que sur les terrains, une situation économique à rendre déprimé le plus joyeux des lurons et des mesures de rigueur à refroidir les canicules, la République traîne une sacrée gueule de bois et cherche avec une frénésie accablée son tube d’Alka-Seltzer. Sans le trouver.

Mais ce sont là des maux quotidiens. Le trouble est plus général, traverse toutes les catégories sociales et se traduit par le sentiment d’échec collectif, l’absence de perspective, l’impression d’appartenir à une société en déclin.

Cela dit, nous vivons dans le règne de l’impermanence, comme l’exprimeraient les bouddhistes. Tout passe en ce bas monde. Même le pire. Non pour se consoler mais afin de puiser dans leur histoire les forces qui s’y nichent, les Français feraient bien de se souvenir que leurs ancêtres ont subi des chutes encore plus vertigineuses, ce qui ne les a nullement empêchés de rebondir de plus belle.

La chute du Second Empire

Ainsi, en perdant la guerre de 1870 contre la Prusse, la France a connu la famine à Paris, la répression sanglante de la Commune, l’effondrement du Second Empire et la douloureuse amputation de deux provinces importantes, l’Alsace et la Lorraine, conquises par le Deuxième Reich. Puis, prenant conscience de ses faiblesses, la France les a surmontées. Le Paris vaincu et famélique d’hier devint, quelques années à peine après cette cuisante défaite, la ville phare de la planète. Sur le plan culturel, l’Hexagone donnait naissance à une école qui bouleversa de façon définitive la peinture, l’impressionnisme, et un style littéraire, le symbolisme, qui influença jusqu’à la poésie russe. En sciences, Pasteur et son vaccin contre la rage changèrent la face du monde médical. Et la France fut, à l’aube du XXe   siècle, l’un des pays de pointe de l’industrie automobile et aéronautique.

La débâcle de 1940

De même, il est difficile d’imaginer naufrage plus humiliant que celui de juin 1940, lorsqu’en quelques semaines, l’armée de la République a sombré face à la Wehrmacht. Pourtant, dès la Libération, la poésie française s’était refait une beauté et le monde se passionnait pour les débats entre Sartre et Camus. Un lustre à peine après l’effondrement historique, la France se replaçait au centre de la pensée. Elle est même parvenue à devenir une puissance nucléaire vingt après sa débâcle militaire.

Un trait commun apparaît à la lecture de cette histoire française en forme de montagnes russes: chaque renaissance s’est accompagnée d’un sursaut culturel. Il en sera donc ainsi lorsque le désarroi actuel déclinera. Contrairement à ce que prétendent les médias américains, la pensée française est riche. Les travaux d’Edgar Morin, de Michel Maffesoli (1) et de tant d’autres le démontrent. Et la danse, entre autres disciplines, fourmille de talents dans les villes et banlieues françaises. Ces forces demeurent encore souterraines. Elles jailliront, un beau jour.

Jean-Noël Cuénod

(1) Voici une vidéo d'amateur qui présente une conférence de Michel Maffesoli sur le réenchantement du monde.

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11/07/2010

A l’Opéra-Bastille, Kaguyahime et la lumière resplendit dans la nuit

 Il kaguyahime.jpgserait vain de coller un adjectif à « Kaguyahime », ballet chorégraphié par Jiri Kylian sur une musique du compositeur japonais Maki Ishii (1936-2003) et présenté à l’Opéra-Bastille. Ce serait le profaner, comme si l’on avait l’idée de barrer La Joconde d’un autocollant publicitaire. Cette œuvre s’élève au-delà des mots pour créer un espace sacré. Elle dure une heure et demi. Mais Le Plouc et La Plouquette se sont regardés, interdits, à la fin de ce rituel dansé. Il leur avait semblé qu’à peine un quart d’heure s’était écoulé. Espace sacré hors du temps. Telle est la définition d’un rite initiatique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit et non d’un spectacle. Un rituel accomplit par la maîtrise de tous ses célébrants (voir l'extrait vidéo à la fin de ce texte qui représente Fiona Lummis du Nederlands Dans Theatre).

L’argument du ballet est tiré de l’un des plus anciens contes japonais, matrice de la littérature du Soleil Levant. Un vieux coupeur de bambou fend une tige et y découvre en son milieu une fillette minuscule qui rayonne. Il l’élève chez lui et à force d’amour, l’enfant – nommée Kaguyahime, soit « Lumière qui resplendit dans la nuit » - grandit et devient jeune femme d’une éblouissante beauté.

L’homme étant ce qu’il est, les aristocrates et les villageois se lancent dans des batailles pour conquérir Kaguyahime. Le Mikado (l’empereur) se rend au village du coupeur de bambou pour s’informer des causes de ces troubles. Il est aussitôt embrasé d’amour pour Kaguyahime et veut l’épouser. Mais la jeune femme lui explique qu’elle ne vient pas de ce monde mais de la Lune et qu’elle doit y retourner. Malgré le déploiement de toutes ses forces, le Mikado ne peut empêcher Kaguyahime de rejoindre son astre.

Pour personnifier cette fille de la lune, il fallait bien une « étoile », Marie-Agnès Gillot (Agnès Letestu dans la deuxième distribution des rôles) qui, en compagnie de ses co-célébrants du Ballet de l’Opéra de Paris, a vécu le moindre mouvement de son corps avec la plénitude de la grâce. Ordinairement reléguée, la fosse d’orchestre a participé de plein pied à cet office ; à l'exception de trois instrumentistes à vent japonais en costume traditionnel, la part belle était réservée aux percussionnistes, dont les célèbres tambourinaires nippons du groupe Kodo. A la chorégraphie des danseurs répondait celle des musiciens dans une harmonie impressionnante de densité.

Lorsque Kaguyahime-Marie-Agnès Gillot rejoint la Lune, le verset de l’Evangile de Jean  ‑ « La lumière est venue dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas comprise » - se dévoile. Les ténèbres sont incarnées par nous autres, les humains. Et la lumière, où se niche-t-elle la lumière ? Dans la tige d’un bambou ? Dans l’âme d’un petit ?

Jean-Noël Cuénod

Voici un extrait vidéo de "Kaguyahime" (l'"étoile" en scène est Fiona Lummis du Nederlands Dans Theatre et non Agnès Letestu comme indiqué par erreur par Le Plouc décidément très plouc. Et grand merci à l'internaute correcteur )

 

 

13:46 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : vidéo, japon, ballet, opéra de paris, kodo, jiri kylian | |  Facebook | | |

24/06/2010

La France souffre de Bleus à l'âme

La déroute sportive et, surtout, morale de l’équipe de France de football relègue toutes les autres informations dans l’ombre, outre-Jura. Même les inondations massives dans le Var ont subi ce sort médiatique. La mort de 25  personnes dans des circonstances effroyables émeut moins que les turpitudes d’une bande de joueurs grossiers et surpayés. Cela en dit long sur notre échelle des valeurs.

Pourquoi la France souffre-t-elle autant de ses Bleus à l’âme? Il faut tout d’abord se rendre compte que le football est devenu une sorte de transcendance païenne dans la société mondialisée. Une transcendance qui génère ses stades-temples, ses dieux, demi-dieux, sa hiérarchie de prêtres avec leurs thuriféraires, ses habits sacerdotaux, ses rituels, ses prières et ses cantiques.

Libre à chacun de juger grotesque cette tendance. Il n’empêche que le foot est devenu l’une des rares activités — peut-être la seule — qui permette au monde de communier avec lui-même. Longtemps réticents, les Etats-Unis se mettent aujourd’hui au diapason, eux qui ont toujours préféré les sports qu’ils étaient les seuls, ou presque, à pratiquer. C’est dire le règne, la puissance et la gloire de la religion Foot.
Dès lors, les sélections qui s’affrontent au Mondial sont devenues le miroir des nations qu’elles représentent. Il est donc inévitable que le comportement lamentable des Bleus révulse les Français puisque ces agissements font apparaître les failles profondes de leur pays. Par l’attitude inacceptable qu’ils ont adoptée — sur le terrain mais surtout hors de la pelouse — ils ont tiré le tapis qui recouvrait ces béances.
Le philosophe Alain Finkielkraut a d’ailleurs réagi en ce sens dans une tribune qu’il a donnée au Journal du Dimanche en écrivant, entre autres:


Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. (A la fin du texte, écouter-voir la vidéo où Alain Finkielkraut parle football en général

C’est bien le modèle français d’intégration multiculturel qui est en cause. Les Bleus n’ont pas constitué une équipe mais un ensemble éclaté en plusieurs clans établis en fonction des origines et des confessions. Après des années de discours sur «l’intégration des cultures dans le moule républicain», il est stupéfiant de lire cette réponse de l’attaquant Bleu Sidney Govou à un journaliste de L’Equipe (16 juin):

Dans la vie de tous les jours, on cherche des affinités, alors en équipe de France aussi. Et quand on cherche des affinités, la couleur, c’est la première chose qui vient à l’esprit.

Cette culture de clans qui a fait imploser les Bleus, elle corrode aussi la France en général. Car ces clans ne divisent pas que les cités des banlieues, ils pullulent aussi dans les hautes sphères de la République. Le clan le plus fermé se situe d’ailleurs au sommet. Les privilèges de la caste politique sont l’objet de régulières dénonciations, chaque mercredi, par le Canard Enchaîné. Or, cette même caste qui exige des citoyens qu’ils s’efforcent de réduire la dette publique se révèle incapable de comprendre en quoi ses prébendes pourraient susciter les révoltes.

 Il y a vraiment un côté Marie-Antoinette chez les gouvernants français! Et il n’y a pas que l’équipe de France qui doit être rebâtie.

 

Jean-Noël Cuénod

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28/05/2010

La France, l’Algérie et les passions aveugles

Le Festival de Cannes 2010 a été marqué par les tensions, jamais dépassées, entre la France et l’Algérie. Le film de Rachid Bouchareb, «Hors-la-loi» a ouvert le débat sur le massacre de Sétif du 8 mai 1945. Et le Grand Prix du jury a été attribué à «des Hommes et des Dieux» de Xavier Beauvois qui évoque l’assassinat en 1996 par le Groupe islamiste armé (GIA), des moines du monastère de Tibhirine, près de Médéa.
Près d’un demi-siècle après l’indépendance algérienne, arrachée à la suite d’une guerre qui a duré huit ans, les plaies restent vives. Pour qu’elles se cicatrisent, il faudrait que les passions aveugles qui caractérisent l’Histoire croisée de l’Algérie et de la France s’éteignent. Ce qui n’est pas demain la veille, comme l'llustre cette bande-annonce de "Hors-la-loi".

 

 


Certes, Paris a caché sous le tapis bien des actes inacceptables contre les Algériens. Ainsi, la manifestation d’indépendantistes, réprimée violemment le 17 octobre 1961 sur ordre du préfet de la police parisienne Maurice Papon, a été occultée jusqu’au procès de ce dernier en 1998. Encore maintenant, on ignore le nombre exact de morts dont certains avaient été trouvés noyés dans la Seine. Il en va de même pour le massacre de Sétif, les estimations variant de moins d’un millier à... 45 000 morts algériens!

 


Cela dit, si la France doit mettre de l’ordre dans sa mémoire, il en va de même pour l’Algérie actuelle. Or le gouvernement de ce pays reste attaché à une vision mythique et sélective de la guerre d’indépendance. Il faut dire que son président, Abdelaziz Bouteflika, a joué un rôle important durant ce conflit, dans les rangs du Front de libération nationale (FNL), ce qui ne facilite pas la tâche de tous ceux qui souhaitent éclairer les zones — plutôt les continents! — d’ombre.

 


Il faudra bien, tôt ou tard, que l’Algérie évoque la sanglante lutte interne qui a opposé le FLN à l’autre composante indépendantiste, le Mouvement national algérien (MNA) créé par Messali Hadj, qui fut la première figure politique à défendre la séparation d’avec la France, alors que cette idée était encore ultraminoritaire au sein même des musulmans

 


Les deux mouvements se sont livrés à des règlements de compte fratricides. Cette «guerre civile» poursuivie à l’intérieur de la guerre d’indépendance aurait provoqué la mort de 4 000 personnes. Mais là aussi, les données exactes restent dans l’ombre.
De même, l’Algérie devra s’expliquer sur le rejet des Juifs, installés pourtant dans ce pays depuis des temps immémoriaux. Ainsi que sur les attentats commis par le FLN contre des civils, femmes et enfants.

 


Le combat pour l’indépendance algérienne était une cause juste. La présence française sur cette terre marquée par le colonialisme devait prendre fin. Des militants du FLN ont fait souvent preuve d’un courage impressionnant sous la torture de la soldatesque.
Mais ces actes de bravoure ne sauraient servir de paravent. Après avoir réclamé de la France qu’elle fasse œuvre de mémoire, l’Algérie sera conduite à son tour devant sa face ténébreuse. Libérées enfin de leurs fantômes, ces deux nations pourront alors partir sur un autre pied. Ces sœurs ennemies sont condamnées à s’entendre.

29/04/2010

Le voile islamique, masque de l'impuissance politique

Il n’y a donc pas sujet d’actualité plus brûlant que l’interdiction sur la voie publique du voile islamique en version intégrale et intégriste.
La Belgique assiste à l’implosion de son Etat. Mais ses parlementaires viennent d'interdire la burqa à leur ordre du jour.
La dette publique italienne atteindra sans doute 112% du produit intérieur brut (PIB) en 2010. Et la Ligue du Nord concocte un projet de loi antivoile islamique assorti de lourdes peines. Sans parler de la Suisse et de sa «minaretophobie».
En France aussi, les difficultés ne manquent pas. Les paysans crient leur angoisse. Le chômage reste élevé. Le médiateur de la République lui-même, Jean-Paul Delevoye, dénonce la «fatigue psychique» des Français assaillis par le stress et la peur du lendemain. Toutefois, ces thèmes paraissent bien secondaires devant l’ampleur de ce débat sans fin sur l’interdiction du voile intégral.

 

Nous avons eu droit à divers épisodes depuis juin 2009, lorsqu’à l’initiative du député communiste André Gerin, l’Assemblée nationale a mis le voile sur le tapis, au plus vif plaisir du gouvernement, trop heureux de disposer ainsi d’un moyen de faire diversion. Les «idiots utiles» de Lénine aurait-il changé de camp?

 

Le dernier chapitre met aux prises le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux à un sous-sultan de la banlieue nantaise, qui disposerait d’un harem voilé — et socialement assisté — en son logis. Et voilà le moulin à sornettes qui repart de plus belle.
Il aurait été possible de régler rapidement cette affaire textile, en interdisant de cacher son visage sur la voie publique pour des raisons de sécurité. L’attaque en février dernier de la poste d’Athis-Mons (près de Paris) par deux malfrats dissimulés sous des burqas aurait pu servir d’illustration.

 

Mais le président Sarkozy et le chef de sa majorité Jean-François Copé ont choisi la voie compliquée, celle d’une interdiction générale du voile intégral en tant que tel. Il s’ensuit des avis juridiques, politiques, théologiques divers et contradictoires qui alimentent la pompe à bruits médiatiques.

 

En fait, la burqa sert de voile à l’impuissance politique qui est le véritable nœud de l’angoisse sociale dans toute l’Europe. Les Etats-nations n’ont plus la taille nécessaire pour infléchir les politiques économiques et sociales. A cette échelle, on peut essayer toutes les recettes que l’on veut, — socialistes, sociales-démocrates, libérales, ultralibérales — elles n’aboutissent à rien et ne règlent, au mieux, que des problèmes isolés et ce, de façon temporaire.

 

Quant à l’Union européenne, ses institutions démontrent leur incapacité à offrir des perspectives de sortie de crise. Une organisation fédérale aurait sans doute mieux convenu par sa répartition rationnelle des compétences, de la base au sommet. Mais aucun des Etats-nations composant l’Union n’a accepté cette solution, par souci de conserver des pouvoirs qui, pourtant, perdent chaque jour de leur substance. Dès lors, on ne voit pas comment l’angoisse sociale qui monte pourrait être apaisée.
Avant d’entreprendre quoi que ce soit, il faudrait d’abord affronter cette réalité-là, sans voile.

Jean-Noël Cuénod

Vidéo ci-dessous: débat entre deux musulmanes, l'une voilée et l'autre non, sur France5

08:26 | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : niqab, burqa, voile intégral, islam, laïcité, vidéo | |  Facebook | | |

08/04/2010

Sarkozy : l’indécollable sparadrap de la rumeur


Comme le capitaine Haddock qui ne parvient pas à décoller ce maudit sparadrap, Nicolas Sarkozy et la Première Dame numéro 2 demeurent empêtrés dans la rumeur. Alors que celle-ci commençait à fléchir, voilà Pierre Charon, le conseiller en communication de Carla Bruni-Sarkozy, qui remet une couche en prononçant des propos hallucinants sur « une espèce de complot organisé avec des mouvements financiers » et des vilains graphomanes allemands, anglais et – berk ! – suisses. « Il faut que la peur change de camp », poursuivait-il à la manière d’un Deubelyou Bush lançant ses GI’S sur l’Irak. Il est heureux pour ce personnage que le ridicule ne tue plus depuis l’interdiction – très regrettée – des duels. En revanche, ce Charon aurait voulu remettre en route le moulin à rumeurs qu’il ne s’y serait pas mieux pris !
Il s’en est suivi une série impressionnante de couacs dignes des marxistes tendances Brothers. A Europe 1, mercredi 7 avril (voir la vidéo), Carla Bruni-Sarkozy dément haut et fort qu’une enquête de police fût diligentée pour connaître la source des rumeurs : « On ne fait pas une enquête sur des commérages… C'est inimaginable de dire des choses pareilles ! »

 

 

La Première Dame n'est pas la première informée

 

Deux heures plus tard – patatras ! - « l’inimaginable » devient réalité. Le site Médiapart annonce : le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, lui a confirmé que ses services ont bien «mené une enquête pour déterminer l'origine des rumeurs qui se sont propagées sur Internet concernant la vie privée de Nicolas Sarkozy et celle de Carla Bruni».

 Apparemment, la Première Dame n’est pas la première informée. Ou alors, c'est le chef du renseignement qui est mal renseigné.


Autre épisode, l’inévitable Rachida Dati qui se faisait – presque – oublier. Le « Canard Enchaîné » et « Le Monde » relèvent que des proches de l’Elysée soupçonnent l’ancienne Garde des Sceaux d’avoir alimenté la rumeur. Hurlement de louve : la députée européenne dément à tours de langue courroucée.

 
A la Genèse de ces mécomptes à dormir debout, l’Elysée a dénoncé des scribouillards-twitteurs qui auraient parasité le site du JDD (Journal du Dimanche), début mars, en lançant des inepties sur le couple. En fait, ces rumeurs ne cessaient de courir les rédactions parisiennes depuis la mi-février, avec un pic à la fin de ce mois que Le Plouc a pu constater en se rendant au Salon de l’Agriculture. Sarkozy n’avait pas honoré de son omniprésidentielle présence l’inauguration de ce plus grand rendez-vous de la France profonde, contrairement aux usages.  

Et comme les paysans apprécient le respect des traditions, cette absence a fait jaser entre un coup de Calva au stand de la Basse-Normandie et une descente de Pécharmant (non, je ne me suis pas trompé d’orthographe, il s’agit d’un magnifique vin de Bergerac) chez les Périgordins.

 

Ces rumeurs ne sont pas autres choses que… des rumeurs. Mais elles sont consubstantielles au sarkozysme. Avant même que Sarkozy ne se hisse sur le trône élyséen, elles circulaient à propos de ses relations avec Cécilia, sa deuxième femme. On se rappelle son bureau à Bercy, lorsque son mari occupait le Ministère des Finances. Et son escapade à New-York. Et les retrouvailles sous le regard larmoyant des caméras attendries. Et son ambassade officielle pour arracher les infirmières bulgares aux griffes de l’Hirsute des Sables (Merz aurait pu en prendre de la graine !). Et enfin, le premier divorce présidentiel sous la Ve République.

 

Puis, a succédé, la saga Carla, supervedette de la pipolerie mondialisée. Le Plouc est tombé de sa chaise dorée lorsque le 8 janvier 2008, dans la grande salle de l’Elysée, pendant une conférence de presse où le sort du Sarkoland devait se dessiner, Nicolas Sarkozy clamait aux médias de la France et du monde : « Avec Carla, c’est du sérieux ». Le Plouc voit encore ses confrères britanniques et américains se tordre les côtes alors que les journalistes allemands en avalaient leur parapluie.

 

Dans ces conditions, la rumeur n’est pas un accident, c’est une seconde nature.

 

Jean-Noël Cuénod

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