21/10/2011

L’Hirsute des Sables mord la poussière. Kadhafi tué sans autre forme de procès

 

 
 

Il a donc péri, l’Hirsute des Sables. Dans quelles circonstances? On ne sait pas trop. Le monde entier regarde de mauvaises vidéos captées par des smartphones atteints de Parkinson. Lynché? Abattu d’une balle dans la nuque? Fauché par une balle perdue (pas pour tout le monde)? En tout cas, l’Encombrant Kadhafi débarrasse le plancher des dromadaires. Tout était mal qui finit bien. Pas de procès gênant, surtout. Ouf!
 
A la faveur, si l’on ose dire, de cette exécution, le Ouèbe diffuse un extrait des mémoires de Condoleezza Rice, l’ancienne tête diplomatique de Deubelyou Busch (lire le lien). Elle y glose sur la passion que lui vouait l’Hirsute. Le portrait qu’elle en dresse est celui d’un malade mental au dernier degré. Ce n’est pas exactement une info hyperexclusive. On se doutait bien que Kadhafi éprouvait quelques difficultés à mettre de l’ordre dans ses neurones tordus.
 

Mais comment un type aussi malade a-t-il pu régner pendant 40 ans? Par un réseau dense de complicités, tout d’abord à l’intérieur de la Libye où les chefs de tribus ont reçu une part de la manne pétrolière. Cette manne leur a permis de tenir leurs gens et de vivre sans se contenter d’une poignée de dattes et d’un verre de lait de chamelle. Servir un fou dangereux peut se révéler profitable. Aujourd’hui, ces roitelets ont sans doute changé leur kalachnikov d’épaule en sautant à pied joint dans le bon camp.
 

Croyez-vous qu’ils ressentent l’urgente nécessité de traduire l’Hirsute devant un tribunal et d’organiser un procès qui les mettrait aussitôt en accusation?
 
Mais les complices du cinglé se situaient aussi dans les plus hautes sphères de la politique internationale. Bush a remis en selle Khadafi. Sarkozy a fait planter une tente de bédouin en plein Paris pour lui montrer à quel point la France l’appréciait.
 

Croyez-vous que les chefs d’Etat convenables auraient sauté de joie en apprenant que l’accusé Kadhafi – on imagine la plaidoirie de Me Vergès – allait rappeler toutes les papouilles qu’ils prodiguèrent au tyran de Syrte?
 
Désormais, l’Hirsute des Sables redevient poussière dans un désert plombé par le silence.

Jean-Noël Cuénod

 

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14/10/2011

Ségolène Royal, Martine Aubry et François Hollande: le coup de poignard de la reine déchue

 

 Dimanche soir, la France pleurait au rythme des sanglots versés par Ségolène Royal, reine déchue avec ses pauvres 7% d’électeurs au premier tour de la primaire du PS. Trois jours après, elle revient sur scène en provoquant la seule surprise de cet avant second tour. Quitte à ne plus être reine, autant couronner elle-même le futur prétendant socialiste à l’Elysée.

 Elle n’a pas laissé longtemps ce plaisir à Montebourg qui faisait assez «ravi de la crèche» avec ses 17% de votants qu’il n’espérait pas conquérir.

 

En soutenant son ancien compagnon François Hollande — alors que tout portait à croire qu’elle choisirait Martine Aubry — Ségolène Royal lui a donné un coup de pouce qui peut se révéler décisif, en même temps qu’elle poignardait dans le dos celle qui l’avait écartée de la direction du PS. Car ses 7% d’électeurs pèsent plus que les 17% d’Arnaud Montebourg qui, lui aussi, soutient François Hollande, mais à titre personnel, sans donner de consignes de votes à ses supporteurs. De toute façon, le «troisième homme» a reçu un grand nombre de voix provenant de l’extrême gauche. Or, les militants rouge vif ne se déplaceront certainement pas au second tour pour départager deux sociaux-démocrates. Quant aux autres électeurs de Montebourg, ils se partageront entre François Hollande et Martine Aubry, au gré de leurs intérêts ou de leurs opinions.

 

En revanche, les partisans de Ségolène Royal sont affectivement très attachés à leur héroïne. Dans les réunions socialistes, elle traîne son long manteau de dévotes et de dévots qui ont pour elle le regard des adorateurs de la Madone. Si elle soutient le père de ses enfants, nul doute que ces «royalistes» se feront aussitôt «Hollandais».

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

(Editorial paru dans 24 Heures vendredi 14 octobre 2011 et réactualisé)

 

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04/10/2011

« René L’Enervé »: Jean-Michel Ribes s’énerve trop tard

Paris se gondole au Théâtre du Rond-Point à Paris. Maître des lieux et formidable homme de spectacle, Jean-Michel Ribes vogue vers le succès avec son «Opéra-bouffe et tumultueux» intitulé «René l’Enervé». Salles pleine et éclats de rire.

Sur le plan formel, la performance de Ribes, auteur et metteur en scène, du compositeur Reinhardt Wagner, ainsi que de tous ses acteurs-chanteurs et musiciens est époustouflante. Du grand opéra-bouffe comme on les aimait jadis. «René l’Enervé» est l’agité qui s’agrippe à son fauteuil présidentiel de plus en plus branlant. Il fallait bien consacrer un «Opéra-bouffe» à celui qui a goinfré ses amis au Fouquet’s. Tout le camp Sarkozy est ainsi croqué avec épouses successives et conseillers calamiteux. Les adversaires de René se partagent entre Gaufrette et Ginette, avec un Coiffeur International qui aime beaucoup les dames. Allez savoir pourquoi, le voilà foudroyé juste au moment où il allait «coiffer au poteau» les deux opposantes. Il y a aussi une charge contre les écolos-bobos et, surtout, les inquiétants "Cons nationaux" au front aussi bas que national.

Le Plouc et sa Plouquette, comme les autres spectateurs, ont ri. Un rire un rien teinté de jaune. Tout d’abord, «René l’Enervé» est tellement plaqué sur les circonstances du moment qu’il en reste anecdotique. Or, Sarkozy n’est que le symptôme d’un mal plus profond. En braquant les feux sur sa seule petite personne, l’essentiel est laissé dans l’ombre. Si le personnage principal avait été plus dégagé de sa gangue d’actualité, il aurait acquis une dimension plus universelle, mieux à même de mettre au jour les entrailles de ce capitalisme rapace qui ronge le corps social. Même si Reinhardt Wagner est à l'évidence influencé par Hanns Eisler, l'un des compositeurs de Bertold Brecht, nous restons fort éloignés de l'auteur de la "Résistible ascension d'Arturo Ui". 

En outre, cogner sur Nicolas Sarkozy au moment où tout le monde tape sur lui, y compris dans son propre camp, rend la satire plus plate. Cet acharnement sarkophobe peut d’ailleurs faire l’effet inverse et, en fin de compte, rendre sympathique l’Enervé de l’Elysée. Si cet Opéra-bouffe avait été créé il y a deux ans, cela aurait eu une tout autre allure. Il aurait provoqué plus de controverses intéressantes qu’aujourd’hui. Bref, avec son «René l’Enervé», Jean-Michel Ribes s’est énervé trop tard.

Toutefois, le spectacle en lui-même vaut d’être vu.

« René L’Enervé » jusqu’au 29 octobre, Théâtre du Rond-Point, salle Renaud-Barrault à 21 h. ; dimanche à 15 h. relâche les lundis.

Jean-Noël Cuénod

Voici d’ailleurs une vidéo pour vous en faire une petite idée.


René l'énervé au Rond-Point : les premières images par WebTV_du_Rond-Point

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28/09/2011

Sarkozy sème la chicaya entre profs et ouvriers

Il n’a pas pu s’en empêcher. C'est plus fort que lui. Un démon démangeur l'habite. En réponse à la claque historique de dimanche aux élections sénatoriales et à l’étonnante union sacrée, mardi, entre les enseignants des écoles publiques et privées contre sa politique scolaire, le président Nicolas Sarkozy n’a rien trouvé de mieux que de sombrer, une fois de plus, dans la provocation.

Au moment où les profs de la «laïque» et de la «catho» défilaient ensemble dans les villes de son pays, le président français a pris à témoin, contre les enseignants, les ouvriers d’une usine en Picardie: «Mon devoir est d’abord de penser aux ouvriers et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale (…). Les fonctionnaires ont un travail difficile, mais ont un statut qui les protège. Vous, vous êtes exposés. »

Si la France éprouve tellement de peine à exporter ses produits, la cause réside, en partie, dans une formation scolaire et professionnelle moins performante qu’ailleurs. Au plus fort de l’impitoyable concurrence internationale, les atouts majeurs s’appellent «écoles», «universités», «centres d’apprentissage». Et le rôle que tient le professeur est aussi essentiel que celui joué par l’ouvrier, le cadre, le délégué commercial. Opposer une catégorie à l’autre est non seulement contre-productif mais aussi malsain. Au moment où le monde tangue, ce n’est pas le moment d’embrigader les ouvriers contre les profs. Au lieu de l’unité qu’un véritable chef de l’Etat devrait prôner, il attise la chicaya, fomente la dispute, ourdit la mésentente.

Par ses feux de bouche, Sarkozy nous montre qu’il est désormais candidat et ressort ses recettes pimentées de 2007. Mais, depuis, bien des choses ont changé. Et l’ancien candidat est devenu le premier président de droite à perdre le Sénat et à mobiliser contre lui l’école des laïcards et celle des jésuites. Cela inciterait à l’humilité. Un mot intraduisible en sarkozien.

Jean-Noël Cuénod

Voici la vidéo complète de l'allocution du président de la République devant les ouvriers de cette usine picarde.


Allocution informelle devant les ouvriers du... par elysee

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13/09/2011

Crise grecque: mais qu'ils la ferment!


N. Sarkozy, la langue française et la crise... par bichoii

Ce montage vidéo créé par Le Post.fr illustre parfaitement la confusion semée par la crise grecque. Durant tout l'été et aujourd'hui encore, les dirigeants politiques européens ont multiplié les propos lénifiants: "Une faillite de la Grèce? Mais personne n'y songe un seul instant!" Tu parles! Ils n'ont que ça en tête, nos responsables qui le sont de moins en moins. Et chaque fois qu'ils veulent calmer le jeu boursier, celui-ci s'emballe. Plus ils en rajoute une couche dans l'apaisement, plus la crise se creuse. Leur parole vaut encore moins que le papier des actions des banques françaises. Mais qu'ils se taisent donc!

 Les pontes de la finance et les experts de l'économie ne se montrent pas plus convaincants. Les uns affirment que la Grèce doit sortir de l'euro; les autres répliquent en affirmant qu'une telle décision tournerait à la catastrophe générale. Tout le monde cause et personne ne sait. De son paradis loufoque, Pierre Dac laisse tomber cette maxime: "Ceux qui l'ouvrent avant de la fermer feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir".

Aucun chef d'orchestre n'apparaît dans cette cacophonie. Ou plutôt, il y en a trop. Ce qui revient au même. Seul compte le profit immédiat que peuvent soutirer les pirates du capitalisme financier en pariant sur ce système que les ordres informatiques rendent encore plus incontrôlable.  Dans ce casino sans croupier, il y a toujours des gros malins pour empocher la mise. Quitte à la perdre le lendemain.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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23/08/2011

L'affaire Strauss-Kahn se termine en pantalonnade

Ainsi, le district attorney (procureur) Cyrus Vance junior a-t-il abandonné ses accusations contre Dominique Strauss-Kahn. Tout ce cirque à grand spectacle pour se terminer en pantalonnade! Enfin si l’on ose dire, puisque, justement, c’est l’absence de pantalon qui a servi d’ouverture à cette mauvaise farce américaine. Quant à celle qui affirme avoir été violée, Naffissatou Diallo, elle s’apprête à réclamer à DSK de grosses indemnités. En France, tout se termine par des chansons. Aux Etats-Unis, tout se conclut par des chantages.

Cet épisode montre d’ailleurs à quel point la justice des Etats-Unis peut sombrer dans l’incohérence. DSK risque de payer des indemnités devant la justice civile pour des faits qui ne sont pas poursuivis par la justice pénale. C’est arrivé à l’ex-vedette du football américain O.J. Simpson. Acquitté du meurtre de sa femme et de son amant, Simpson avait été condamné à verser 33,5 millions de dollars en dommages-intérêts au père dudit amant. L’innocent – du moins selon la vérité judiciaire, la seule qui importe dans ce contexte – indemnise donc sa victime que la justice pénale ne reconnaît pas pour telle. On ne fustigera jamais assez l’abus de bourbon lors de la rédaction des lois états-uniennes.

Pour les socialistes, ce rebondissement ne fait pas leur affaire, bien qu’ils manifestent leur hypocrite soulagement devant ce dénouement. Si Strauss-Kahn déclare se présenter à l’élection présidentielle, toute l’organisation des primaires d’octobre volera en éclats. Normalement, les candidatures sont bouclées. Mais comment refuser à DSK – fort de son expérience unique en matière de politique économique – de briguer l’Elysée, s’il le souhaite?

Cela dit, cette hypothèse ne paraît guère plausible. Même si DSK n’est pas poursuivi par la justice new-yorkaise, cette affaire a déchiré son image. C’est moins l’accusation de viol en elle-même – les déclarations de Naffissatou Diallo sont décrédibilisées par ses mensonges – qui accable l’ex-patron du FMI que son train de vie saoudien, le luxe indécent de sa résidence surveillée, les honoraires plantureux de ses avocats et sa propension à tomber dans les pièges dès qu’un jupon frémit à la brise.

Dominique Strauss-Kahn pourrait alors se poser en mentor de Martine Aubry - avec laquelle il avait conclu un pacte de soutien mutuel - lors de la primaire qui désignera le candidat socialiste à l’Elysée. C’est incontestablement un atout pour la patronne du PS. DSK deviendrait le «Deus ex machina» de la France martinisée, si, bien sûr, la fille de Jacques Delors est élue à l’Elysée, ce qui est très loin d’être le cas.

Un attelage Strauss-Kahn-Hollande est peu probable, puisque les deux hommes se situent sur le même terrain de la compétence économique et de la réforme fiscale. «François Hollande, c’est un peu DSK mais avec les ennuis en moins», ironisait – avant l’épisode new-yorkais – la journaliste du «Point» Sylvie Pierre-Brossolette.

Un tandem DSK-Martine Aubry comblera-t-il le retard de la première secrétaire du PS vis-à-vis de François Hollande qui caracole dans les sondages? Ce n’est pas du tout certain. Tout d’abord, Hollande colle au sentiment général des Français en se présentant comme un «président normal». Après le quinquennat de Sarkozy et sa tintinnabulante fricardise, une grande partie des électeurs ne souhaitent guère remettre au pouvoir, fût-ce indirectement, un autre membre – DSK en l’occurrence - de la caste dorée sur Porsche dont les conditions de vie sont tellement éloignées du reste de la population qu’elle est incapable d’en saisir les attentes.

Demeure l’indéniable compétence de Strauss-Kahn en matière de politique économique et financière. Son passage à la direction du Fonds monétaire internationale a été salué comme une réussite. S’il est un politicien français qui connaît les rouages de la finance, c’est bien DSK. Mais justement, à force de les pratiquer, Strauss-Kahn n’en est-il pas trop proche? Ne va-t-il pas abonder dans le sens des puissances financières par cet effet de proximité?

Durant sa présence au ministère des Finances sous Jospin, Strauss-Kahn a appliqué une politique favorable aux banques et aux sociétés financières qui a fait douter de ses convictions de gauche. Ce social-démocrate à l’étiquette pâlie fonctionne selon le logiciel libéral. Mais a-t-on besoin vraiment de ce logiciel-là qui, crise après crise, démontre sa nocivité? DSK risque fort d’avoir une guerre politico-financière de retard. Contrairement aux apparences, même avant son «affaire», Strauss-Kahn n’était pas le meilleur prétendant socialiste à la présidentielle.

Reste à savoir si les autres candidats du PS défendent des idées nouvelles en matière de régulation des puissances financières. Pour l’instant, tel n’est pas le cas. Ce qui n’est  pas étonnant dans la mesure où une telle régulation ne peut s’accomplir qu’à l’échelon international. Cela réduit d’ailleurs l’intérêt réel de l’élection présidentielle française, mais n’empêchera pas la campagne qui commence de produire une mousse médiatique abondante.


Jean-Noël Cuénod

VIDEO Et maintenant, rigolons un bon coup avec l'affaire DSK telle qu'elle est racontée sur Europe 1 par Nicolas Canteloup et Laurent Gerra.

00:30 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : dsk, naffissatou diallo, vidéo, nicolas canteloup, laurent gerra | |  Facebook | | |

05/08/2011

Affaire Lagarde-Tapie: la France malade de son élite politique

Certes, les deux affaires sont de nature fort différente. Mais tout de même! Au nom de la France, Nicolas Sarkozy propulse Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international (FMI). Patatras! Voilà DSK accusé de viol à New-York. Pour le remplacer, le président français parvient à persuader le FMI de nommer sa ministre Christine Lagarde. Caramba, encore raté! Depuis hier, elle est visée par une enquête pénale en «complicité de détournement de biens publics» et «de faux». L’Elysée prend soin de claironner que cette accusation n’empêchera pas la directrice du FMI de poursuivre ses activités.

Sur le plan technique, le pouvoir français a raison. Cette instruction ne remet pas en cause la présence de Mme Lagarde à la tête des finances mondiales. Sur le plan politique, il se moque du monde.

Si Christine Lagarde est mise en examen, comment peut-on soutenir que cette position lui permettra d’être au meilleur de sa forme pour venir au secours d’une économie mondiale qui menace d’exploser à tout moment? L’avocat de Christine Lagarde se veut rassurant: l’enquête durera longtemps avant d’aboutir à un résultat. C’est bien là le problème.

Au lieu de consacrer tout son temps et toute son énergie à piloter les finances de la planète, Mme Lagarde devra régulièrement se mobiliser pour assurer sa défense. Sa nomination à la direction du FMI a été conclue avec une insoutenable légèreté.

Cet épisode démontre aussi à quel point la France est malade de son élite politique. Entre affaires à connotation sexuelle et dossiers politico-financiers, nombre de ses responsables doivent répondre de leurs actes devant la justice. Ils se placent tous au bénéfice de la présomption d’innocence, oubliant que, selon l’adage romain, la femme de César doit être irréprochable.

 C’est encore plus vrai lorsque Mme César dirige les finances mondiales!

(Ce texte est paru en éditorial dans la Tribune de Genève de vendredi 5 août 2011 et en commentaire dans 24 Heures du même jour).

VIDEO

Le 10 mai 2011 au micro d'Europe 1, Bernard Tapie affirme qu'il n'est pas inquiet et l'ancien président de l'OM passe le ballon judiciaire à Christine Lagarde.

 

12:55 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : christine lagarde, bernard tapie, fmi, justice, vidéo | |  Facebook | | |

07/07/2011

La saga DSK et les zombies sidérés

Nous vivons des temps fabuleux. Au sens premier de ce terme qui vient du latin fabula, soit «fable» en français. Naguère encore, les séries télévisées s’inspiraient de la réalité. Aujourd’hui, la réalité copie les séries télévisées. L’an passé, le feuilleton Woerth-Bettencourt avait de quoi nous esbaudir, nous autres les gobeurs d’images, en faisant parade de ses rebondissements, son Scapin avec enregistreur incorporé, son Turlupin pour vieilles dames emperlousées, sa Gérontine aux mille châteaux, sa digne fille indigne, son ministre intègre et désintégré.

C’était de la jolie confection française. Mais la grosse production américaine a relégué cette saga de Neuilly-sur-Seine dans ces greniers où l’on entrepose les dentelles du temps jadis. L’affaire DSK, c’est tout de même autre chose en matière de coups de théâtre.

Premier épisode: le riche, vilain et pervers, souille de son ADN élitaire l’immigrée pauvre et méritante. La plaignante est alors dépeinte comme un Sainte coranique ayant bravé les océans pour y trouver de quoi nourrir son enfant.

Deuxième épisode: la voilà prostituée, complice de trafiquants et menteuse professionnelle.

Troisième épisode: celui que les tabloïds new-yorkais surnommaient le «perv» se mue en victime d’un odieux complot, en agneau immaculé promis au poignard sacrificiel.

 Quatrième épisode: déboule sur la scène française, une plaignante, fille d’une «camarade» de DSK, qui saisit la justice huit après. Strauss-Kahn redevient aussi noir que les truffes qui ont garni ses pâtes lors de son festif repas de libération.

Plus la fable est énorme, plus son succès est assuré. Dans ce contexte, la vérité — qui manque de talent, c’est bien connu — reste une emmerdeuse avec ses zones grisâtres où le salaud cohabite avec le brave type, où la femme pauvre se débrouille comme elle le peut pour s’en sortir. Impossible d’être sidérés par un tel scénario.
Nous voilà donc réduits à l’état de zombies errant à la recherche d’un rebondissement. Pendant ce temps, le monde globalisé tourne à l’envers. Les Etats-Unis s’enfoncent dans la dette et s’apprêtent à y engloutir la planète, la Chine fait un grand écart toujours plus douloureux pour relier Staline au capitalisme, l’Europe Unie se désunit, la Russie s’empoutine.

Faut-il voir dans la monopolisation strauss-kahnienne, un complot de plus ourdi par des financiers sans visage qui tissent cette tapisserie médiatique pour faire paravent à leurs manœuvres? Là encore, la vérité est sans doute plus banale. Même les décideurs les plus hauts placés ne comprennent plus rien à la complexité du monde globalisé. La finance est désormais un marteau sans maître, comme celui du poète René Char. Sans maître mais pas sans profiteurs. Qui d’ailleurs risquent de recevoir un coup sur la tête à la prochaine crise. La puissance capitaliste ne s’incarne plus dans les «200 familles» et ces trognes patronales dans lesquelles étaient fichés les cigares-totem.

Aujourd’hui, devant l’impossibilité de déchiffrer le réel, l’âme humaine, par un mouvement naturel, s’attache aux contes à rêver couché et délaisse les comptes à dormir debout.

Jean-Noël Cuénod

ET maintenant, un peu de détente avec cette vidéo sur la campagne présidentielle française qui, paraît-il, fait bien rigoler l'équipe de François Hollande.


Fun - 2012, Mission Elysée par Ali-Fredo

 

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22/06/2011

Emilie innocente Loïc Sécher et s’explique à huis-clos

Juste avant d’aller écouter Galliano expliquer les bas-fonds de la haute couture aux juges de la XVIIème Chambre correctionnelle de Paris, Le Plouc a fait un saut au procès Loïc Sécher (lire le précédent texte).

 


Pourquoi Emilie, lorsqu'elle avait 14 ans,  a-t-elle accusé à tort Loïc Sécher de l'avoir violée? Son audition à huis-clos, mardi après-midi, s'est révélée déterminante. En voici le résumé que l'avocat genevois François Canonica, qui défend Sécher avec Me Eric Dupont-Moretti, a livré au Plouc .

 


Le jeune fille traversait à l'époque une crise d'adolescence particulièrement aiguë. Aujourd'hui, à 21 ans, Emilie se porte mieux et décrit l'engrenage du mensonge. Tout d'abord, elle réaffirme l'innocence de Loïc Sécher. Ensuite, elle décrit son mal-être qu'elle traînait comme un boulet. Ses parents l'ont interrogée sur  l'origine des bleus et des griffures qu'elle présentait aux bras. Emilie a bredouillé une histoire d'agression. Au fil des questions, l'adolescente donnait un signalement qui pouvait correspondre à celui d'un ex-ami de la famille, Loïc Sécher. Son père lui a demandé s'il s'agissait bien de Sécher. Emilie a acquiescé.

 


Et la broyeuse juridico-policière s'est mise en route. Affolée, Emilie qui barbotait encore dans le monde de l'enfance était propulsée dans le monde des adultes avec leurs codes étranges, leurs mots incompréhensibles, leur autorité qui fait peur. Gendarmes, juges, procureurs, avocats, experts psychiatres devenaient autant d'ombres menaçantes et implacables. Comment auraient-ils pu comprendre ce moment d'égarement où l'on dit, comme ça, un peu n'importe quoi. Impossible pour la très jeune Emilie d'appuyer sur la touche "retour" du film.
Ce n'est qu'après plusieurs années, devenue adulte, qu'Emilie a révélé dans une lettre l'innocence de Loïc Sécher. "A l'issue de cette déposition, tout le monde avait larme à l'oeil. C'était vraiment un très grand moment de justice", nous explique Me Canonica. "Les parents d'Emilie se sont approchés de nous et de Loïc Sécher dans un acte de réconciliation. Voilà pourquoi ce procès devait se tenir".

 


Jeudi, l'avocat général François-Louis Costes devait requérir mais non pas contre l'accusé. Il devrait détailler, pendant trois heures, le mécanisme de l'erreur judiciaire.

Jean-Noël Cuénod


VIDEO  DE BAKCHICH TV : l’avocat français Dominique Inchauspé évoque les risques d’erreurs judiciaires aux Etats-Unis et en Europe.
Un avocat en chasse de l'erreur judiciaire par bakchichinfo

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20/06/2011

La dernière étape du calvaire de Loïc Sécher

VERSION COMPLETE DE LA CHRONIQUE JUDICIAIRE A PARAITRE EN VERSION PAPIER MARDI 21 JUIN 2011 DANS LA TRIBUNE DE GENEVE ET 24 HEURES

 

«Dans cette affaire, les gendarmes se sont pris pour des experts psychiatres et les experts psychiatres pour des gendarmes». Avec ses mines d’ours lorgnant sur un baril de miel, Me Eric Dupont-Moretti résume fort bien le drame de cette horreur judiciaire dont Loïc Sécher est la victime. Son calvaire: sept ans et demi de prison – «2655 jours, exactement», rectifie-t-il   subis dans les pires conditions. Battu par d’autres détenus en raison des accusations de viols sur une adolescente de 14 ans, Loïc Sécher a failli perdre son seul œil valide. Il a donc préféré ne pas quitter sa cellule plutôt que de risquer d’être aveugle en sortant pour la promenade quotidienne.

Il commence aujourd’hui l’ultime étape de son supplice qui remonte au 27 novembre 2000 lorsque des gendarmes lui ont mis les menottes aux poignets. Lundi s’est ouvert son troisième procès, cette fois-ci devant la Cour d’assises d’appel de Paris. Les deux autres avaient conclu à sa culpabilité de viols sur la jeune Emilie, commis dans un village près de Nantes en Loire-Atlantique, et prononcé contre lui 16 ans de réclusion criminelle. Mais la Cour de Révision a annulé cette condamnation, fait rarissime, puisque depuis 1945, seuls huit verdicts ont été révisés. Le 13 avril 2010, ce quinquagénaire au chômage a été mis en liberté, mais provisoire. Il attend donc d’être acquitté définitivement vendredi.

Ses chances paraissent évidentes. Emilie, son accusatrice (née en 1980) affirme aujourd’hui qu’elle l’avait accusé à tort et souffre de savoir un innocent prisonnier par sa faute. «Elle est très fragile sur le plan psychiatrique», assure son avocate Me Cécile de Oliveira. Emilie n’explique guère son geste. Voulait-elle innocenter des camarades de classe qui l’avaient piégée dans des jeux sexuels? Peut-être en dira-t-elle plus, mardi, devant les juges et les jurés qui l’interrogeront à huis clos.

Mais la justice a tellement commis d’erreurs dans cette affaire que les deux «rois de l’acquittement» qui assurent sa défense   le Français Eric Dupont-Moretti et le Genevois François Canonica –, ne seront pas de trop.

Pas la moindre trace ADN qui accablerait Loïc Sécher, pas la plus petite poussière accusatrice ne vient conforter le ministère public. Ce monstrueux et brinquebalant échafaudage ne repose que sur les seules déclarations d’Emilie, alors adolescente mal dans sa peau. Mais quatre experts psychiatriques ont décrété, des hauteurs divines de leurs diplômes, que sa parole était d’Evangile. Cela a suffi pour faire exploser la vie d’un homme.

Ouvrier agricole besogneux, il a mené de front l’exploitation de la ferme familiale et le jardinage d’un golf près de Nantes : «J’ai souffert de dépression pour plusieurs raisons. Trop de travail, la mésentente avec mon supérieur au golf et ma difficulté d’assumer mon homosexualité. Alors, oui, j’ai bu trop d’alcool et fumé parfois de la résine de cannabis, mais pas autant que certains témoins à charge l’ont prétendu». Cette personnalité en souffrance a fait de lui un coupable idéal aux yeux des pandores de Loire-Atlantique, d’autant plus qu’il fréquentait souvent les parents d’Emilie et connaissait bien la jeune fille.

«Comment expliquez-vous les accusations d’Emilie?» demande, lundi, la présidente de la Cour d’assises parisienne Nadia Ajjan.

Loïc Sécher: «Je me suis cogné la tête contre les murs pour essayer de comprendre. Mais je n’y suis pas parvenu…»

La présidente pose la même question aux parents d’Emilie.

Le père: «Ma fille a fait une déclaration, il y a onze ans. Et puis une autre, maintenant. Où est la vérité? Je ne sais pas. On attend de la justice qu’elle nous dise où elle se trouve».

La mère acquiesce et ajoute : «On est là pour aider notre fille…»

La vérité? La justice? Plutôt que de se payer de mots devant tant de maux, les juges devraient se contenter de limiter les dégâts.

 

Jean-Noël Cuénod

VIDEO. LE DEBUT DU PROCES (AFP).

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16/06/2011

DSK (suite mais pas fin!): la justice est-elle une guerre comme une autre?

Après le cas Polanski, l’affaire Dominique Strauss-Kahn illustre les différences fondamentales qui séparent les conceptions européennes continentales et nord-américaines en matière de justice.

 

Contrairement aux apparences, ce ne sont pas les usines à scénarios de Hollywood qui ont rédigé les lois de procédure pénale aux Etats-Unis. Mais les législateurs américains ont intégré de façon étonnante tous les ingrédients qui font d’un dossier une bonne histoire. L’enchaînement des étapes judiciaires s’articule comme le découpage d’un film. Cela explique l’abondance et la qualité des séries américaines qui prennent la justice comme personnage principal.

 

Mais la réalité pénale des Etats-Unis se révèle encore plus rude que ne le suggère la fiction de ces séries télévisées. Alors qu’en Europe continentale, le but de la justice pénale est d’apaiser les conflits entre les parties — dans la mesure du possible — celle des Etats-Unis intègre et même développe la notion de guerre entre deux camps.

 

Dans un premier temps, le suspect est dans les mains de la police qui en fait d’emblée son ennemi. Si elle arrive à convaincre le bureau du procureur de la solidité de ses griefs, alors le suspect devient également l’ennemi du procureur. L’accusation n’étant qu’à charge, le procureur s’assied sur la présomption d’innocence, du moins telle que nous la concevons en Europe continentale. Les policiers vont donc mettre en scène la culpabilité du suspect en le poussant, menotté, vers les projecteurs et caméras. Cela dit, ce coup bas ne réduira pas forcément les chances du prévenu de s’en sortir. Car le procureur devra, le cas échéant, soumettre ses charges au Grand Jury qui établira l’acte d’accusation ou ordonnera l’équivalent d’un non-lieu.

 

Si le procureur franchit cette étape, la guerre va changer de camp. La défense utilisera tous les arguments légaux pour balancer des missiles contre l’accusation, en recourant souvent à des enquêteurs privés dont les honoraires peuvent atteindre 300 dollars l’heure. La violence subie jusqu’alors par le suspect, se retournera contre le plaignant et les témoins-clé. Leur passé, leurs amours, leurs petits ou grands secrets , leur intimité seront scrutés et décortiqués dans les moindres détails. La défense se montrera aussi impitoyable que l’accusation.

 

Comme lors toute guerre, des armistices sont toujours possibles. Dans 90% des cas, les procureurs de New-York transigent une peine avec les suspects (plea bargain ). Mais pour en arriver là, que de sueur et de larmes! Du moins dans de nombreuses affaires. Sans parler de l’argent dépensé par l’accusé. Car si le système américain offre d’incontestables droits à la défense, le justiciable doit avoir les moyens de se payer d’excellents avocats et détectives privés.

En cela, la justice américaine est profondément inégalitaire. Nés dans la violence des conquêtes et promoteurs du profit individuel, les Etats-Unis ont créé une justice à leur image.

 

Jean-Noël Cuénod

VIDEO: intervention à France-Info, candidate à la primaire des Verts pour l'Elysée et ancienne juge d'instruction (affaire Elf)
"La justice américaine est violente" Eva Joly par FranceInfo

11:46 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : strauss-kahn, justice américaine, vidéo | |  Facebook | | |

09/06/2011

DSK, Jean-François Kahn: grandeur et décadence de Twitter

 Le grand journaliste Jean-François Kahn fait partie des victimes collatérales de la bombe DSK qui a explosé à New York. Pour avoir laissé tomber une formule odieuse lors d’une interview à France Culture – il a évoqué un «troussage de domestique» à propos de l’affaire Strauss-Kahn – voilà Kahn voué au mitraillage médiatique. Dans un récent numéro de Marianne, il est revenu sur cette bévue, se livrant à un réquisitoire contre lui-même. Et en a tiré une conclusion à la mesure de son désarroi: le créateur de tant de journaux anticonformistes abandonne le journalisme.

Tout le monde a oublié la teneur générale de l’interview de Kahn; chacun se rappelle l’ineptie car elle a été diffusée en boucle. Avec ses 21 caractères, elle présente un avantage essentiel pour toute diffusion par Twitter, qui limite chaque message à 140 signes. 
Certes, la réduction du débat politique aux petites phrases est antérieure à l’invention de Twitter, nouveau truchement pour réseaux sociaux branchés. Ce vice a été introduit par les formats radiophoniques et tient au remplacement du débat d’idées par la guerre des personnalités. Les twits n’ont fait qu’amplifier ce phénomène. Et les médias réclamant de leurs intervenants de se prononcer, ici et maintenant, sur des sujets dont on ignore les tenants et aboutissants, il est inévitable que, dans ce flot de salive, surnagent en masse les détritus de la pensée.

La souplesse et la rapidité de ce mode de communication permettent de mobiliser des foules en passant à travers les mailles de la censure, comme on l’a vu lors du Printemps arabe. Ce qui a conduit les médias à célébrer la «révolution Twitter».

Les réseaux sociaux de l’internet allaient faire tomber l’une après l’autre les dictatures de la planète. Or,aujourd’hui, ces révolutions font du surplace car elles butent sur un obstacle majeur: comment transformer la communion créée par les réseaux sociaux en programme politique détaillant la marche à suivre pour forger les instruments de la démocratie et de l’Etat de droit? Cent quarante caractères ne servent à rien pour relever ce défi. Ils suffisent à exprimer cette indignation qui est dans l’air du temps. Mais une indignation collective ne fait pas le printemps des peuples. Si les réseaux sociaux ont provoqué l’étincelle, leur aspect réducteur empêche le feu de la pensée de se communiquer pour parvenir à dépasser l’état d’indignation; sauf s’ils permettent, par le jeu des liens hypertextes, l’accès à des documents plus substantiels. Mais à ne se concentrer que sur eux, l’expression se réduit et la pensée s’anémie.

La globalisation intense des échanges et la perte des repères politiques traditionnels font que notre époque ne ressemble à aucune autre. Nous devons inventer une société, et l’on ne sait pas par quel bout commencer.
Il n’y a ni miracle ni baguette magique électronique. Il faut s’embarquer dans une réflexion au long cours.

 

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru jeudi 9 juin 2011 en version complète dans la rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version légèrement raccourcie dans la rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève)

VIDEO

Jean-François Kahn s'explique au micro de France-Inter.


Jean-François Kahn par franceinter

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19/05/2011

Les médias ont-ils protégé Dominique Strauss-Kahn?

Après la sidération, la flagellation. L’arrestation de Dominique Strauss-Kahn traumatise la France au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. C’est plus qu’un futur président de la République qui est tombé. C’est aussi une façon de concevoir les rapports politiques et même humains qui s’est déchirée. Au pays de la gauloiserie, les turpitudes galantes des dirigeants provoquaient l’admiration plus que la réprobation. A part de Gaulle — figure marmoréenne du Père de la Nation— tous les maîtres de l’Elysée et de ses boudoirs ont reçu leur lot de murmures égrillards. A la puissance politique, répondait la puissance sexuelle. Vieux souvenir d’une monarchie absolue et dissolue.

Mais le marivaudage est une chose. L’agression en est une autre, fort différente. Après Feydeau, James Ellroy. Dès lors, une polémique a éclaté en France sur le rôle des médias qui n’auraient pas voulu dessiner la frontière entre la drague adultère et la prédation sexuelle. «Tout le monde savait» titre à la «une» France-Soir d’hier, en évoquant l’attitude, disons offensive, de Strauss-Kahn dès que fleurissait un jupon sur son champ de... vision.

 Dans une tribune publiée mardi par Le Monde, le journaliste Christophe Deloire évoque le livre qu’il a écrit en 2006 avec son confrère Christophe Dubois. Son titre est éloquent: Sexus politicus (Albin Michel). Un chapitre était consacré à DSK et à son comportement «hors norme» à l’égard des femmes. «Les scènes racontées ne relevaient pas que de la séduction de salon», souligne Deloire qui accuse ses confrères: «Les médias, quoique disert sur l’ensemble du livre, se sont montrés plus que discrets sur les informations concernant Dominique Strauss-Kahn». Prenant à son tour le fouet confraternel, un autre journaliste, Jean Quatremer, rappelle qu’en 2007 dans son blogue, il avait tenté, en vain d’attirer l’attention sur les risques qu’il y avait à propulser DSK à la tête du FMI.

Le Canard Enchaîné paru hier prend le contre-pied et n’entend pas se faire fouetter: «DSK courait les jupons et les boîtes échangistes. La belle affaire! C’est sa vie privée et elle n’en fait pas un violeur en puissance (...) Pour le «Canard», l’information s’arrête toujours à la porte de la chambre à coucher».

Malheureusement, la chambre à coucher tend aujourd’hui à envahir tout l’espace de notre maison commune. Pédomanie au sein des églises, frasques des gouvernants, la sexualité devient une sorte de passage obligé de l’actualité. Comme si le vernis des idéologies ayant éclaté, surgissait à la surface politique cette force éternelle que la société était parvenue à canaliser dans le combat entre opinions partisanes.

 Les médias devront désormais faire avec cette tendance lourde. Tout en ne perdant jamais de vue la dignité humaine qui en subit un méchant coup. L’équilibre est encore à trouver. Il sera, de toute façon, fragile.


Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru jeudi 19 mai 2011 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures)


Si vous désirez prolonger ce débat en voici un qui met aux prises des journalistes français dont l'excellent spécialiste des médias Daniel Schneidermann

09:50 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : dsk, sexualité, politique, vidéo | |  Facebook | | |

17/05/2011

Dominique Strauss-Kahn accusé d'agression sexuelle: à qui profite le scandale? VERSION ACTUALISEE

Dans l'avant-dernier texte de son blogue, Le Plouc évoquait la Porsche grand style qui transportait Dominique Strauss-Kahn. Il avait un peu vite écrit: "Pour DSK, il eût mieux valu qu’il fût surpris le pantalon sur les chevilles – une situation qu’il connaît assez bien et qui, finalement, ne lui a pas porté préjudice". Erreur, une nouvelle affaire de sexe risque fort, cette fois-ci, de le tuer politiquement. Il est accusé par la justice new-yorkaise d'agression sexuelle, ce que le directeur français du Fonds monétaire international (FMI) conteste (voir la vidéo).

Est-il tombé dans un piège? Sera-t-il finalement innocenté? Peu importe. Il doit désormais se défendre et n'aura plus le temps, ni l'énergie pour se présenter à l'élection présidentielle. Son image "bling-bling" en faisait, de toute façon, un candidat fragile. L'amour du luxe insupporte les Français. C'est nouveau, certes. Mais ce sentiment va fortissimo.

Alors, à qui profite le scandale DSK?

Nicolas Sarkozy voit son principal adversaire être éliminé. Mais, pour autant, il ne roule pas sur un boulevard, avec ou sans Porsche. Tout d’abord, c’est lui qui a fait nommer DSK à la tête du FMI. L’actuel président porte donc sa part de responsabilité dans cette humiliation que subit la France sur la scène internationale. Ensuite, nombre d’électeurs vont ranger Sarkozy et ses amis du Fouquet’s dans la même catégorie des politiciens «bling-bling» dont Strauss-Kahn était l’une des plus rutilantes figures.

Martine Aubry avait déclaré que si DSK ne se présentait pas à l’investiture du Parti socialiste pour la présidentielle, elle se porterait candidate. Fera-t-elle le pas? Seule son aversion pour François Hollande pourrait l’y pousser. Car la première secrétaire du PS doit maintenant se mobiliser à fond pour préserver son parti qui, une fois de plus, est secoué de toutes parts. Cette rude mission semble difficilement compatible avec une épuisante campagne électorale.


Prétendant déclaré à la primaire du PS, François Hollande paraît l’un des principaux bénéficiaires. Sa cote dans les sondages ne cesse de grimper. Désormais, il devient la meilleure chance socialiste pour remporter l’élection de 2012. Habilement, Hollande a récemment déclaré: "Il faut que le Parti socialiste présente un candidat normal". Sous-entendu, "ma bonne pomme, avec mon scooter, ma présidence de la Corrèze, mon allure de type sympa et malin, je suis vachement normal". Il sait que la plupart des Français commencent à en avoir ras le béret de tous ces supermen de la politique, ces êtres extra-ordinaires, ces hommes providentiels et providentiellement inefficaces.

 Les premiers sondages enregistrés après l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn démontrent que François Hollande est soutenu par 49% des sympathisants socialistes interrogés (sondage Harris International) et dépasse largement Martine Aubry (23%) et Ségolène Royal (10%). 

Mais la haine de Martine Aubry envers François Hollande pourrait profiter à Laurent Fabius qui dispose d'une longue expérience gouvernementale, contrairement au président de la Corrèze qui n'a jamais décroché le moindre ministère.L'ancien premier ministre socialiste avait conclu un "pacte à trois" avec DSK et Martine Aubry aux termes duquel aucun d'entre eux ne se ferait concurrence lors de la primaire du PS. Ce acte lie toujours Martine Aubry et Fabius. Or, ce dernier voue la même animosité envers Hollande que la première secrétaire du PS. Pourquoi cette phobie? Durant les dix ans que François Hollande a passés à la tête du Parti socialiste, il a eu le temps de se créer bien des ennemis dans cette formation où grouillent les egos surdimensionnés. D'autant plus qu'il a roulé plus d'un "éléphant" dans la farine, grâce à son talent de manoeuvrier. Et ça laisse des traces dans les mémoires! Dès lors, Martine Aubry, si elle ne se porte pas elle-même candidate, pourrait bien pousser Fabius sur la route de François Hollande. Fabius qui a publiquement déclaré à propos de son "camarade" Hollande devant les étudiants de Sciences-Po de Bordeaux: "Franchement, vous l'imaginez président de la République? On rêve!"

Le radical Jean-Louis Borloo peut lui aussi tirer les marrons du feu. Une partie des électeurs modérés de DSK se reportera sans doute sur sa candidature à la présidentielle. Si le centriste dispose, lui aussi, d'une jolie surface financière et d'un plantureux carnet d'adresses, il sait la jouer modeste en peaufinant son apparence de type avec lequel on descenderait volontiers le petit beaujolpif du patron sur un coin de comptoir.


Enfin, Marine Le Pen est, une nouvelle fois, la grande gagnante. Elle trouvera encore plus d’oreilles pour écouter son discours «tous pourris, sauf moi». Devant la prudence affichée par les sarkozystes dans l'affaire DSK - ils mettent systématiquement en avant la présomption d'innocence, comme les socialistes -  elle n'hésite pas à dénoncer la «collusion UMPS».

 

Jean-Noël Cuénod

 

Voir le Dossier consacré à l'affaire Strauss-Kahn

15:02 | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : dsk, justice, sexe, politique, ps, vidéo | |  Facebook | | |

14/05/2011

Le témoin inconnu de l’affaire Bettencourt

L’affaire Bettencourt s’est fondue dans le chaudron des médias, remplacée par d’autres turpitudes outre-Jura. Mais elle continue à faire le bonheur du théâtre, de l’édition et même du cinéma. Deux projets cinématographiques s’inspirent de cette saga du fric et de la frime. L’un conçu par Edouard Baer qui aimerait confier le rôle de Liliane Bettencourt à... Jean Rochefort (voir ci-dessous la vidéo d'Europe 1) — on se réjouit d’assister à pareille fête — et l’autre concocté par le producteur Thomas Langmann, avec Jeanne Moreau— elle le vaudrait bien — pour incarner l’héritière de L’Oréal.

Ces projets prendront-ils vie sur le grand écran? En tout cas, la pièce de Laurent Ruquier, Parce que je la vole bien, fait d’ores et déjà courir Paris au Théâtre Saint-Georges. De même, le dessinateur Riss, directeur de Charlie Hebdo, et le journaliste Laurent Léger ont publié aux Editions Les Echappés un album de bande dessinée intitulé Tout le monde aime Liliane. Quant aux livres à elle consacrés, la pyramide qu’ils forment découragerait le plus papivore des lecteurs.

Dans cette catégorie, l’un des meilleurs bouquins vient de sortir des presses de Robert Laffont. Son titre: Un milliard de secrets. Son auteur: Marie-France Etchegoin, rédactrice en chef au Nouvel Observateur. Son propos n’est pas de décortiquer les mécanismes politico-financiers et les relations entre L’Oréal et Nestlé — ce livre reste à écrire — mais de mettre en scène le huis clos qui s’est déroulé dans l’hôtel particulier des Bettencourt, rue Delabordère à Neuilly qui est à Paris ce que Cologny et Pully sont à Genève et Lausanne. En un poil moins chic tout de même.

Marie-France Etchegoin accorde une grande place aux rôles tenus par le père de Liliane Bettencourt, Eugène Schueller, dans le financement de partis fascistes français et par le mari de l’héritière, le ministre André Bettencourt, auteur d’articles antisémites dans la presse collaborationniste avant de rejoindre la Résistance.

Parmi les nombreux personnages croqués dans Un milliard de secrets, un témoin jusqu’alors ignoré déboule sur la scène avec ses petites pattes: Thomas, le teckel à poil dur de Liliane Bettencourt qui mange dans une gamelle ciselée des repas bio servis par un majordome, dispose d’un garde du corps (à deux pattes) et même d’une rampe d’accès au lit de sa maîtresse. Mais au-delà du ridicule de la situation, cette importance de Thomas — qui, lui au moins, n’a rien d’un imposteur contrairement au héros de Jean Cocteau — traduit bien notre époque. Le teckel est sans doute le seul être vivant auprès de la milliardaire à ne pas être «tenu par les liens du commerce et de l’argent». La fortune Bettencourt est telle que tous ceux qui en jouissent et en souffrent ne peuvent entretenir de rapports sains avec leur entourage, même familial.

 Dans ce désert affectif, l’héritière Bettencourt rejoint les SDF dont les chiens sont les seuls à ne pas leur en vouloir d’être pauvres.


Jean-Noël Cuénod

(Texte par en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures jeudi 12 mai 2011)


"Nous voulons faire un film polémique" par Europe1fr

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11/05/2011

Dominique Strauss-Kahn ou la Porsche tranquille

Voilà une pompe à feu qui n’a rien d’un tracteur de Plouc (quoique...), à savoir la Porsche dans laquelle Dominique Strauss-Kahn a installé son imposante carrosserie. C’est le grand beuze du mois qui mouline sur les réseaux internets. Pour nos amis qui viennent de la galaxie du Centaure et ne connaîtraient pas cette histoire, en voici le résumé. Jeudi 28 avril, un photographe pigeant pour l’Agence France Presse a saisi au vol DSK en train d’entrer dans une guimbarde de grand luxe, une Porsche Panamera S, babiole à roulettes qui coûte, selon les options, de 96 000 à 136 000 euros, soit entre 121 000 et 172 000 dollars carougeois.

Les communicants de l’UMP se font alors un plaisir de la distribuer sur tous les sites où elles tournent à la vitesse d’un Derviche dopé. Gros gros succès ! Le directeur général du FMI et futur candidat à l’Elysée voit ainsi confirmée, illustrée, mythifiée, son appartenance à l’inaccessible sphère de la fortunitude comme brûle de le dire sa Royal rivale. Pour Strauss-Kahn, il eût mieux valu qu’il fût surpris le pantalon sur les chevilles – une situation qu’il connaît assez bien et qui, finalement, ne lui a pas porté préjudice.

Le Parti socialiste monte au créneau pour défendre le camarade Superfinancier en précisant à gros traits roses : DSK n’est pas le propriétaire de la Porsche. C’est celle d’un copain. Au lieu d’éteindre l’incendie, le PS jette de l’huile sur le brasier. Et c’est qui le copain, Mmmh ? Ben euh, c’est M’sieur Ramzi Khiroun. Et c’est qui M’sieur Ramzi Khiroun ? Hum, hum, c’est… euh, et bien voilà, c’est le porte-parole du groupe Lagardère et conseiller en communication du camarade Strauss-Kahn. Ah, ah, donc DSK a pour communicant celui de l’un des plus puissants groupes capitalistes… C’est le socialisme à visage boursier, ça !

Alors que le parti sarkozyste prend eau de toutes parts, un autre porte-parole, celui de l’UMP François Baroin, s’accroche aussitôt à cette Panamera S comme un naufragé à sa bouée. Il trouve cette jolie formule (voir la vidéo) : « DSK, c’est la Porsche tranquille ! ». Il fait ainsi d’une pierre deux coups : il raille l’adversaire majeur de Sarkozy et se moque de la célébration du  10 mai qui marque l’anniversaire de l’arrivée à l’Elysée de François Mitterrand. En effet, le seul président socialiste de la Vème République avait choisi pour victorieux slogan : « La Force tranquille ».

Piquante tournure certes, mais peu efficace en fin de compte. Les sarkophobes de la Toile n’ont pas manqué d’aligner les belles voitures sur la banquette desquelles les dignitaires de la Sarkozie aiment à déposer leur fessier emballé dans la soie. Sans oublier, la fameuse soirée présidentielle du Fouquet’s au cours de laquelle, Nicolas Sarkozy a dit tout l’amour qu’il portait à la cause des riches.

Les candidats à la présidentielle de 2012 ne devraient jamais oublier d’enfiler leur costume de pauvre.

Jean-Noël Cuénod


 

10:58 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : dsk, porsche, baroin, vidéo, ps, ump | |  Facebook | | |

09/05/2011

François Mitterrand atteint son âge d’oraison

Le 10   mai 1981, la France de droite courait ventre à terre vers les coffres-forts suisses, persuadée que les chars soviétiques allaient défiler sur les Champs-Elysées. Celle de gauche célébrait la victoire de la Lumière sur les ténèbres et rêvait de conquérir de nouvelles Bastilles.

Aujourd’hui, nous avons peine à imaginer l’ampleur prise par l’élection du socialiste François Mitterrand à la présidence française. La pluie du temps a délavé le drapeau rouge. A la ferveur a succédé la rigueur. Comme l’a écrit Maïakovski dans son ultime poème: «La barque de l’amour s’est brisée contre la vie courante. »

Pourtant, trente ans après, «Tonton» Mitterrand semble atteindre son âge d’oraison, tant la nostalgie qu’il suscite demeure largement partagée en France, y compris par ses anciens adversaires et ceux qui sont trop jeunes pour avoir vécu sous son règne. Les causes de cette «Tonton mania» sont nombreuses, à commencer par la comparaison entre le Sphinx Mitterrand et le frénétique Sarkozy, entre un président sédatif et un chef d’Etat anxiogène.

Une autre raison a trait sans doute aux bouleversements induits par la globalisation des échanges économiques et la redistribution des influences géopolitiques au détriment de l’Europe et, tout particulièrement, de la France. Dans le film de Robert GuédiguianLe promeneur du Champ-de-Mars, François Mitterrand, incarné par le génial Michel Bouquet, affirme au soir de sa vie: «Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura plus que des comptables. »

En effet, ses successeurs ont perdu la plupart de leurs prérogatives et de leur prestige après l’abandon de la monnaie nationale, le décrochement vis-à-vis de l’économie allemande et le retour dans le commandement militaire de l’OTAN. En versant une larme en souvenir de Mitterrand, les Français pleurent aussi sur leur gloire passée.

(Texte paru en éditorial de 24 Heures de lundi 9 mai 2011)

 

 Vidéo: annonce de la victoire de Mitterrand dimanche 10 mai 1981

 

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05/05/2011

Ben Laden exécuté, justice est-elle faite?

En annonçant la mort d’Oussama Ben Laden, le président Barack Obama a lâché ce commentaire qui, désormais, restera dans l’Histoire: «Justice est faite». Alors, justice est-elle vraiment faite ? Non, car cette opération militaire qui s’est terminée par la liquidation du fondateur d’Al-qaida constitue un acte de guerre, légitime certes, mais en aucun d’un acte de justice. Que l’on ne se méprenne point.

Nous n’allons pas ajouter une seule larme à l’océan qui a englouti le corps de ce terroriste. Mais les mots ont un sens et celui de «justice» est des plus malvenus en l’occurrence. En multipliant les attentats depuis vingt ans et, surtout, en organisant le massacre des «Twin Towers», Oussama Ben Laden a franchi un palier de plus dans le terrorisme. C’est bien un acte de guerre qu’il a commis le 11 septembre 2001. L’intégriste a été tué autant par la mécanique qu’il a enclenchée de sa propre volonté que par les soldats américains. Le fou d’Allah a récolté la mort qu’il a semée.
Les Etats-Unis ont agi en position de légitime défense, mais celle-ci n’est pas synonyme de justice. La justice la reconnaît pour un état qui rend excusable un acte qui, hors de ce contexte, ne le serait pas. Mais la légitime défense n’est pas un auxiliaire de la justice. Cette dernière obéit à des règles et à des procédures, mène des débats qui aboutissent à une prise de décision dont la plupart peuvent être contestées par une instance supérieure. Cette construction complexe ne saurait être érigée en terrain guerrier.

Aurait-il fallu capturer Ben Laden pour le juger en bonne et due forme? Tout d’abord, le tueur intégriste n’avait, selon toute vraisemblance, nulle intention de se rendre. Il est difficile de l’imaginer se faisant menotter pendant qu’un flic-soldat lui lit ses droits en vertu de l’arrêt Miranda. Ensuite, un procès de ce genre n’aurait pas apporté grand-chose, sinon une tribune au chef d’Al-quaida. Avec pour conséquence possible, d’offrir un regain d’énergie à une organisation terroriste à bout de souffle, de la replacer pour un bon moment dans l’actualité alors qu’elle se trouve actuellement ringardisée par les révolutions arabes démocratiques.

Sa mort n’est donc pas la plus mauvaise solution, même si le fait d’avoir immergé son cadavre sans l’exposer suscite de nombreux commentaires dubitatifs sur la réalité de ce trépas. Ce corps qui n’est plus visible alimente d’ores et déjà l’usine à fantasmes des théoriciens du complot et le fantôme d’Oussama Ben Laden hantera la Toile pendant de nombreuses années.

En parlant de «justice» à propos d’une opération militaire qui lui est étrangère, le président Obama ajoute à cette confusion sémantique qui ne cesse de polluer le discours politique.

D’aucuns diront que c’est jouer avec les mots, que peu importe le terme, l’essentiel est que ce terroriste majuscule débarrasse enfin le globe de sa sanglante présence. C’est oublier que les mots ne sont pas innocents. Que le président assume cette guerre contre le terrorisme qu’il a été contraint de mener. Mais qu’il n’en fasse pas une œuvre de justice. Lorsque celle-ci se marie avec le canon, c’est plus souvent pour le pire, l’une servant de masque à l’autre.

Jean-Noël Cuénod

La Maison-Blanche refuse de montrer la photo de Ben Laden mort, non sans en avoir débattu (vidéo tirée de France 24)

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02/05/2011

La vraie mort d’Oussama Ben Laden

Oussama Ben Laden fait partie de ces rares criminels de l’Histoire dont l’annonce du trépas est saluée. Il a vécu par l’épée. Et c’est par l’épée qu’il a péri. Mais la vraie mort du chef d’Al Qaïda n’est pas le fait d’une section hyperprofessionnelle de l’armée armée des Etats-Unis. Ce sont les révolutions arabes qui ont porté un coup fatal à son programme de haine régressive. Les peuples en colère du Maghreb et du Proche-Orient n’ont pas appelé à la destruction d’Israël, du Grand Satan américain et des Petits Satan français et britanniques, ni hurlé des slogans intégristes. Ils se sont soulevés pour établir, non pas un califat rétrograde, mais la démocratie et l’Etat de droit, toutes notions défendues par l’Occident.

Certes, ce qui reste d’Al Qaïda frappera encore ici ou là, notamment au Maghreb, comme l’attentat de Marrakech l’a démontré. Raison de plus pour les Occidentaux de ne pas réitérer les erreurs de jadis. Qu’elles soutiennent politiquement et économiquement les jeunes démocraties arabes. Si nous ratons ce train-là, alors des clones de Ben Laden risquent fort de ressurgir.

La vidéo de l'annonce par le président Obama de la mort d'Oussama Ben Laden

07:31 | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : mort, ben laden, obama, video, révolutions arabes | |  Facebook | | |

15/03/2011

Le Jasmin et le retour des Etats-Nations

Les peuples du Proche-Orient qui se soulèvent contre leurs tyrans ne brandissent ni le drapeau rouge de la révolution internationaliste, ni celui, vert, de l’islamisme radical panarabe. Les Tunisiens, Egyptiens, Algériens agitent la bannière de leurs Etats respectifs. Et les rebelles libyens – qui subissent bien des revers dans l’indifférence générale -  ont ressorti l’ancien emblème banni par Kadhafi après son arrivée au pouvoir.

Ce choix, apparemment anodin, marque la persistance de la notion d’Etat-Nation dans les consciences, voire de son retour, tant elle semblait rangée au musée par la globalisation qui, en apparence, a transformé les villes en villages et les Etats en provinces. Brandir son drapeau devient ou redevient un acte révolutionnaire et n’est plus le seul symptôme d’une hystérie de nature footballistique.

Cela signifie-t-il que la globalisation n’a rien modifié dans les rapports entre peuples, Etats, institutions mondiales? En aucun cas. Le monde a bel et bien changé «de pôle et d’épaule» — dixit le poète Aragon — depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la mise en réseaux informatiques de la planète et l’intensification des échanges qui en est résulté.

 L’Etat-Nation est en passe de changer d’aspect mais il n’a pas été supprimé pour autant. Il reste l’un des éléments principaux de ce puzzle mondial qui se constitue. Dans son remarquable ouvrage «La Voie» qui vient de paraître chez Fayard, le penseur français Edgar Morin aborde, parmi bien d’autres thèmes, la question de l’Etat telle qu’elle se pose maintenant:

«S’il faut que se constitue une conscience de Terre-Patrie (...) il faut aussi promouvoir le développement du local dans le global». Parmi les voies qu’il distingue, malgré son pessimisme, pour assurer un avenir à l’humanité, Edgar Morin évoque la tension entre «mondialisation» et«démondialisation»: «Il faut à la fois mondialiser et démondialiser (...) La démondialisation signifie le retour d’une autorité des Etats, abandonnée dans les privatisations au profit d’un capitalisme déterritorialisé, comportant le retour aux services publics».

Si des formes nouvelles de gouvernance mondiale doivent trouver désormais une légitimité qui leur fait défaut — afin de régler des problèmes politiques, économiques ou écologiques qui ne peuvent être traités qu’à grande échelle — il n’en demeure pas moins que l’Etat-Nation reste le lieu adéquat pour établir le lien entre les solidarités de proximité et la vastitude mondialisée.

En Europe, les succès des partis nationaux-populistes illustrent cette volonté des électeurs à ne pas être dépossédé de ce «lieu adéquat». Ils expriment un malaise qui est bien réel mais en offrant des solutions ineptes qui ne conduisent qu’à l’exclusion et à la haine. Aux partis de la droite libérale et de la gauche de gouvernement de reprendre ce drapeau national qu’ils ont laissé tomber.

Jean-Noël Cuénod

En bonus, voilà la vidéo d'une conférence données par Edgar Morin dans les locaux du Palais Bourbon où il explique les réformes à entreprendre pour rendre l'avenir vivable.

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