03/04/2014

Pourquoi Valls a raté son tango avec les Verts (les Jeudis du Plouc)

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Disons-le sans fard. Le Plouc s’est planté en affirmant, lors de son précédent blogue, que les écolos français allaient rejoindre leur niche après avoir reçu une belle gamelle bien remplie par Manuel Valls. Les anciens ministres Cécile Duflot et Pascal Canfin ont refusé toutes les gentillesses du nouveau premier ministre.

Leur parti Europe-Ecologie-Les Verts refuse de participer à l’exécutif en affirmant rester dans la majorité présidentielle, tout en ne faisant plus partie de la majorité gouvernementale. Jadis, le Parti communiste en avait fait de même avec le Front populaire en 1936 avec sa formule, «soutien sans participation». Comme dans le gouvernement Ayrault les Verts faisaient de la «participation sans soutien», la formule se muera peut-être en «sans participation sans soutien».

 

Cela dit, Le Plouc n’avait pas tout à fait fort en surestimant le fumet de la gamelle, car la plupart des députés Verts ont hurlé d’horreur devant le «niet» de leur PolitBuro. Dany Cohn-Bendit, s’est même exclamé à propos de ce refus: «Mais quelle connerie!». Et d’ailleurs, l’instance de ce parti qui a pris cette décision, le Bureau exécutif, ne l’a votée que de justesse par 7 voix contre 3 et 5 abstentions.

 

Il faut dire que Manuel Valls, conscient du danger, avait multiplié les concessions au profit de ses ex-alliés en cédant sur leurs principales revendications :

 

– introduction d’une dose de proportionnelle dans l’élection des députés (25% d’élus), ce qui garantissait une présence appréciable des écolos sur les bancs de l’Assemblée nationale (mais aussi un nombre important de parlementaires Front national);

– arrêt définitif des réacteurs nucléaires de troisième génération (EPR);

– fermeture de vingt-cinq centrales atomiques;

­– la nomination de Cécile Duflot, devenue numéro 2 du gouvernement, à la tête d’un puissant ministère de l’écologie, du logement et, surtout, de l’énergie, ce qui aurait permis aux verts de diriger cette transition écologique qu’ils appellent de leurs vœux.

 

Résultat des courses: c’est notre Royal Ségolène qui hérite de ce maroquin maousse. Ce qui signifie que, même s’ils voulaient revenir un jour au gouvernement – ce qui est le souhait le plus cher d’au moins 75% de leurs députés – les écolos auront bien du mal à en déloger l’ancienne compagne du président Hollande qui sait conserver une bonne position, bien mieux que ces bleus de verts.

 

Bref, tout ce que les écolos ont toujours rêvé d’obtenir, le premier ministre le leur offrait sur un plateau d’argent. Alors pourquoi, une petite majorité de leur direction a-t-elle refusé de danser le tango avec Valls?

 

Une partie d’Europe-Ecologie-Les Verts ne croit plus aux chances des socialistes de sortir des sables mouvants de leur impopularité. L’effondrement historique du PS aux municipales, ajouté au fait que les écolos ont, eux, bien mieux résisté, l’ont confortée dans cette position. D’autant plus qu’alliés au Front de Gauche, ils ont enlevé aux socialistes l’importante ville de Grenoble. Dès lors, tablant sur le naufrage du paquebot rose emporté par des vagues bleues (voire bleue Marine) successives, ces rats verts préfèrent le quitter et préparer avec les rouges du Front de Gauche, l’opposition de demain.

 

Mais une autre partie, sans doute plus importante, ne veut pas entendre parler d’un tel accord avec l’extrême-gauche, ce qui les relègueraient dans une opposition stérile et morne, sinon éternellement (l’éternité est un concept inconnu en politique), du moins pour de nombreux lustres. Ils le feront payer très cher à Cécile Duflot. Pour l’instant, elle tient EELV, mais ce parti risque fort d’éclater.

Pour les écolos réalistes, on a toujours tort d’avoir raison dans l’impuissance.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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L'excellente et claire explication de Daniel Cohn-Bendit à Europe1


Cohn-Bendit dénonce la "faute politique" d'EELV par Europe1fr

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04/03/2014

Le football s’empêtre dans le voile islamique

 

 

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Amis de la bigoterie en crampons, bonjour! La FIFA ­– qui est au football ce que la Curie romaine est au catholicisme – a fulminé une bulle qui autorise désormais les footballeuses musulmanes à s’affubler du voile islamique durant leurs matchs. Certes, afin de donner à cette mesure une couleur plus universaliste, elle s’étend aux hommes. Les Sikhs pourront donc garder leur turban sur le terrain. Pour faire une «tête» dans les seize mètres, ce ne doit pas être pratique. A moins de placer une plaque d’acier sous le voile ou le turban. Mais justement la FIFA a prévu cette triche éventuelle en édictant le Saint Canon footballistique du voile:

 «Il doit être collé à la tête, être en accord avec la tenue du joueur, ne pas être attaché, ne pas constituer un danger pour autrui, exempt de partie qui dépasse comme des épinglettes pour attacher les cheveux».

Le diable se cache dans les détails, même chez les dieux du stade.

 

Cette mesure était réclamée depuis quelques années par les Fédérations de pays musulmans.  Surtout après la plainte déposée par l’Iran contre la FIFA ; Téhéran se plaignait que ses footballeuses fussent empêchées de participer aux qualifications pour les Jeux Olympiques de 2012, faute de pouvoir jouer voilées. Après une période d’essai autorisée par le «Board», l’ange gardien des Ecritures du foot, le voile a donc reçu la bénédiction de la FIFA et de son pape haut-valaisan Sepp Blatter.

 

A ce propos, Le Plouc est partagé en deux parts égales, ce qui est d’un inconfort manifeste. Examinons donc les deux parties du problème.

 

Côté face

 

De prime abord, ce voile islamofooteux hérisse le poil. Celui des dirigeants français du football, par exemple. Frédéric Thiriez, patron de la Ligue de football professionnel, a vraiment la tête près du bonnet:

«Alors que la Charte olympique exclut tout signe religieux, cette autorisation va à l’encontre du droit des femmes et menace la neutralité d’un football préservé des querelles religieuses et politiques». D’ailleurs, la Fédération française continuera d’interdire le port du voile sur ses terrains et ses joueuses, même musulmanes, ne porteront pas cet attribut religieux lors des rencontres internationales.

En effet, comment ne pas voir dans ce blanc-seing de la FIFA une lamentable régression ? L’emblème de la soumission de la femme devient ainsi un signe tout à fait acceptable pour les plus hautes instances internationales du sport. Le machisme au front bas de certains dirigeants musulmans vient de marquer un but décisif. Au moment où le football féminin se développe, la FIFA accepte que les joueuses soient forcées de s’enchiffonner le crâne, même sous des chaleurs torrides. Alors que les messieurs, eux, peuvent jouer la tête libre.

Sauf les Sikhs, vous allez me dire. Oui, sauf les Sikhs. Heureusement qu’ils sont là pour servir  de prétexte au jésuitisme de cette sacrée FIFA. Même si le Sikh est, si l’on ose s’exprimer ainsi, l’arbuste en turban qui cache une forêt de sexisme voilé.

 

Côté pile

 

Pour les jeunes musulmanes, le sport est une fenêtre ouverte sur un monde plus libre. La possibilité leur est ainsi offerte de s’exprimer sur un terrain qui, jusqu’alors, n’était réservé qu’aux seuls mollets poilus. Elles démontrent à leurs coreligionnaires qu’une femme n’est pas seulement vouée à la procréation et à l’entretien du potentat domestique, mais qu’elle peut s’imposer dans l’espace public. C’est un premier pas vers une égalité encore très lointaine. Un premier pas timide, certes, mais qu’on ne saurait qualifier de négligeable, compte tenu de l’aura universelle du football.

D’autant plus que pour les Iraniennes, le foot féminin est devenu un moyen de défier l’ordre des Mollahs, comme l’indique le sociologue français Pascal Boniface dans une interview aux Inrocks.

 

Si la FIFA avait maintenu l’interdiction de jouer voilé, le football féminin ne serait pas développé en terre d'Islam. Et cette fenêtre vers un monde plus libre pour les femmes se serait refermée. Espérons qu’un jour, les footballeuses musulmanes oublieront leur voile au vestiaire. Mais pour l’instant, il peut leur servir de viatique vers le grand large. Et c’est à elle seule de décider quelle route prendre.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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27/02/2014

Ukraine : pourquoi Poutine utilise le mot «fasciste» (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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Poutine use du principe oratoire stalino-tsariste: pour peser, la parole du Maître doit se faire rare. A propos de la révolution de Kiev, il laisse donc son entourage lâcher les missiles médiatiques. Les insurgés de la place Maidan sont associés aux «fascistes». Certes, parmi les révoltés ukrainiens figurent des militants d’extrême-droite nationalistes. Mais les revendications principales du mouvement ­– lutter contre une corruption monstrueuse, pour établir un Etat de droit et tisser des liens étroits avec l’Union européenne ­– ne sauraient être qualifiées de programme «fasciste», même après une absorption gargantuesque de vodka. 

 

En l’occurrence, il ne s’agit pas de proférer des insultes à l’emporte-pièce. L’emploi du terme « fascisme» a une connotation bien précise. Poutine est un requin des eaux froides. Ses insultes ne sont jamais gratuites et visent un but particulier. Il existe d’ailleurs un répertoire d’injures en russe très élaboré et beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît à nos oreilles occidentales. On peut même parler d’un «code des injures».

 

Lorsque le procureur de Staline, Andreï Vychinski, qualifiait un prévenu de «vipère lubrique» lors des procès de Moscou, chaque auditeur comprenait qu’il s’agissait d’un responsable bolchevique accusé d’avoir trahi le Parti. Ledit Parti ayant réchauffé en son sein cette vipère dont la lubricité violait la virginité de la cause stalinienne.

De même, l’épithète «rat visqueux» était plutôt  destinée aux prétendus «saboteurs», ingénieurs et techniciens traînés au Goulag parce qu’ils n’avaient pas atteint les quotas irréalistes de productions fixés par un Plan démentiel.

 

C’est donc bien ce «code des injures»  qui est aujourd’hui employé par les petites mains et grandes bouches de Poutine. En qualifiant l’insurrection ukrainienne de «fasciste», les poutiniens s’adressent surtout à leur propre opinion. Depuis plusieurs années, l’actuel Maître de toutes les Russies réhabilite la figure de Staline, en tant que vainqueur de Hitler, et reprend la terminologie soviétique pour qualifier le second conflit mondial : la Grande Guerre patriotique. Et il a d’ailleurs rétabli pour la Fédération de Russie, l’hymne soviétique décrété par le Petit Père des Peuples en 1944. Le qualificatif de «fasciste» ou de «fascisme» s’inscrit donc dans ce contexte.

 

D’autant plus, qu’il fait référence à la situation en Ukraine. Sous-entendu: «Les Ukrainiens de l’Ouest qui veulent se joindre à l’Europe occidentale sont les héritiers des nationalistes ukrainiens qui, dans la même région, se sont alliés aux troupes fascistes de l’Allemagne, contre nos aînés de l’Armée rouge». En réalité, si une partie des indépendantistes ukrainiens s’étaient engagés dans les troupes allemandes, ce n’était pas le cas de tous, loin de là. Et les résistants antinazis ont été nombreux dans toutes les régions de l’Ukraine.  Mais qualifier tout le mouvement ukrainien de «fasciste» est un bon moyen pour Poutine de réveiller le nationalisme russe, afin de faire oublier l’affront qu’il a subi avec la chute de Ianoukovytch.

 

On notera qu’à l’instar de Staline, Poutine utilise peu le terme de «nazi» qui serait pourtant plus approprié que le mot «fascisme», créé par l’Italie mussolinienne. C’est que «nazi» vient de la contraction allemande de «national-socialisme». Staline, régnant sur une nation autoproclamée «socialiste», ne pouvait donc l’utiliser dans sa propagande qu’avec parcimonie. Alors, que «fascisme», ne renvoyant pas directement au «socialisme», était plus aisément utilisable. Poutine a suivi cette tradition soviétique.

 

Que cherche-t-il par ses invocations ? Montrer ses muscles ? Menacer l’Ukraine de partition ? Encourager la sécession de la Crimée ? Peut-être, mais ses marges de manœuvres restent étroites. Il a besoin de tranquillité pour écouler, via l’Ukraine, ses hydrocarbures vers l’Europe occidentale.

Il s’agit aussi pour lui, de donner un signal d’unité nationale au sein de la Fédération de Russie et de force à l’endroit des autres nations de l’ancien empire soviétique. A cet égard, le rappel des grandes heures de la victoire contre l’Allemagne est un élément de propagande qui peut rencontrer un écho certain au sein de la population russe et de son «étranger proche». 

 

Jean-Noël Cuénod


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20/02/2014

Après la votation sur l’immigration, nouveaux nomades et sédentaires ne parlent plus la même langue (Les Jeudis du Plouc avec vidéo)

 

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Le vote suisse contre l’immigration illustre un phénomène que l’on retrouve dans tous les pays, sous des formes diverses. C’est devenu une évidence que nous avons tout de même du mal à intérioriser, tant nous restons figés sur d’anciennes positions: la globalisation de l’économie mondiale bouleverse tous nos repères et… balaie tous nos repaires. Elle a provoqué de nouvelles oppositions au sein de chaque société, notamment entre les différents types de nomadisme et la sédentarité.

 

Il y a le nomadisme économique. Les grandes sociétés et entreprises ont rompu depuis longtemps les ponts d’avec leurs nations d’origine. Elles installent leurs usines là où la main d’œuvre est la plus rentable et leurs sièges sociaux là où l’Etat se montre le plus fiscalement complaisant. Les hauts cris poussés par les médias et les gouvernements n’y font rien. Aucune instance ne paraît à même de mettre ne serait-ce qu’un cure-dent dans les rouages de cette machinerie volante.

Cet état de fait ne satisfait pas que les seuls dirigeants capitalistes. Il peut aussi contenter les cadres et même les salariés des entreprises qui exportent massivement. Ceux-là sont peut-être sédentaires physiquement mais tout en adhérant à ce nomadisme économique.

 

Il y a le nomadisme des hyper-riches. Il ne s’agit plus de grandes sociétés financières ou de groupes industriels mais d’individus qui peuvent en être (ou non) les dirigeants. Propriétaires dans tous les azimuts, ils ont de multiples ports d’attache. Attache est d’ailleurs un mot qui ne leur convient pas du tout. Ils sont avant tout détachés et vivent ici ou là en fonction de leurs envies et de leurs intérêts. Les hyper-riches utilisent à plein les infrastructures publiques (hôpitaux, notamment) en s’efforçant de réduire leurs contributions fiscales au triste minimum. Ils ne forment certes pas une masse énorme – même si leur nombre semble croître – mais pèsent d’autant plus lourd sur les pays qu’ils fréquentent que les impôts dont ils s’acquittent sont légers. Et leur exemple, largement diffusé par les médias pipolesques, y suscite démoralisation et écoeurement.

 

Il y le nomadisme des cerveaux. Le savoir scientifique a toujours été tissé d’échanges à travers les frontières. Ce qui était vrai hier, l’est encore plus aujourd’hui. Les nomades de l’intelligence se forment ici et ailleurs, vont à Sandford ou au MIT, puis à Cambridge pour retourner à Lausanne en passant par Bologne. Ce sont eux qui vont subir en premier lieu les conséquences de l’initiative UDC, puisque la Commission européenne vient d’annoncer le gel des crédits de recherches scientifiques et de formation Erasmus+ pour la Suisse. Or, si l’industrie helvétique parvient encore à tirer son épingle du jeu, c’est principalement dû à la plus-value créée par ses «cerveaux». Sans cette plus-value, l’industrie suisse ne vaut plus tripettes. Toutefois, les nomades de l’intelligence auront toujours la possibilité de quitter la Suisse pour offrir leurs compétences à d’autres pays.

 

Il y a le nomadisme de la misère. Fuyant la famine ou les guerres qui sèment la mort dans leurs pays d’origine, ces nomades s’installent où ils le peuvent dans les parkings souterrains à Genève, les stations de métro à Paris, les portes cochères, les bancs publics. Clandestins, mendiants, chassés d’ici puis de là, ils offrent aux passants sans yeux l’insupportable visage de la dèche. «Et si un jour, ça m’arrivait de devenir comme eux?» Cette phrase a sans doute traversé l’esprit de plus d’un sédentaire.

 

Nous y voilà donc. Les sédentaires, eux, restent attachés à leur sol natal comme le serf l’était jadis à son seigneur. Leur seul nomadisme relève du tourisme. Ils sont patrons ou salariés d’entreprises tournées surtout vers le marché intérieur, paysans, artisans, retraités. Ils ressentent les différents types de nomadisme comme une agression. L’hyper-riche les révolte et le miséreux les révulse. Les sédentaires vitupèrent tour à tour la finance sans visage, la culture métissée, l’étranger perçu comme un concurrent sur le marché de l’emploi. Et n’ont pas de portes de sortie, contrairement aux nomades, même les plus pauvres.

 

Nouveaux nomades et sédentaires de toujours possèdent de moins en moins de points communs. Parlent-ils la même langue? Ce monde qui bouge ses méridiens comme s’il était agité par la danse de Saint-Guy, les uns s’y adaptent en risquant de perdre leurs racines et les autres tentent de le freiner en risquant d’être jetés dans les ornières de l’Histoire.

 

Cette nouvelle opposition est apparue clairement en Suisse un certain 9 février 2014. Mais elle sévit dans chacun des pays de la planète. Une contradiction d’une telle ampleur  ne saurait se résoudre en un clic de souris. Mais on peut d’ores et déjà abandonner quelques illusions.

Celle des nomades qui pensent que les frontières ne forment qu’un reliquat d’un passé dépassé. Or, elles restent un élément indispensable pour structurer les populations ; elles vont évoluer mais leur disparition n’est pas à l’ordre du jour. Même les nomades ont besoin de cet élément structurant.

Celle des sédentaires qui cherchent frénétiquement à élever des murailles pour empêcher le vent de l’Histoire de balayer le sol national. Aucune forteresse ne saurait résister à ce mouvement de fond. Cette vaine tentative ira même à fin contraire en affaiblissant un Etat-nation, rendu incapable de s’adapter à la nouvelle donne mondiale.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod  

 

 

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Table ronde organisée par le laboratoire d’idées Fondapol en 2007. Mais la problématique de fond n’a pas changé.


Les frontières dans la mondialisation par fondapol

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07/02/2014

L’extrême-droite s’agite - février 1934-février 2014 (2) : les lourdes responsabilités de la gauche

 

 

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Lors du dernier blogue, Le Plouc évoquait les ressemblances et les dissemblances entre l’émeute nationaliste à Paris du 6 février 1934 et les récentes manifs violentes de l’extrême droite. Après avoir mis en exergue cette sorte de fascisme démocratique qui progresse aujourd’hui un peu partout sous diverses formes, voyons donc si la gauche n’y aurait pas sa – grande – part de responsabilité.

C’est l’une des principales dissemblances entre février 1934 et février 2014 : il y a 80 ans, la gauche était solidement implantée dans le monde ouvrier et pouvait offrir une alternative au capitalisme. Le communisme s’appuyait sur le modèle soviétique pour écrire la partition de ses lendemains qui chantent. Certes, Staline avait transformé son empire en immense village Potemkine, mais les moyens d’information étaient encore trop peu développés pour le contredire avec certitude. Les dénonciations visant le régime étaient assimilées à de la vile propagande bourgeoise.

Le socialisme démocratique, malgré la vive concurrence exercée par les partis communistes, connaissait également ses premiers succès. En Suisse, les syndicats avaient réussis à contraindre le patronat à signer des conventions collectives qui ont amélioré le sort très peu enviable des ouvriers. En France, le gouvernement de front populaire du socialiste Léon Blum avait réalisé ce rêve caressé par des millions de femmes et d’hommes : les congés payés. Bref, la gauche parvenait à convaincre les classes populaires qu’elle s’occupait d’eux.

 

Depuis, le vermoulu village Potemkine s’est effondré ; le modèle communiste autoritaire ne peut même plus convaincre les staliniens les plus endurcis. Quant au modèle social-démocrate, il a eu son moment de gloire lors des Trente Glorieuses. La stratégie visant à faire pression sur le patronat pour augmenter les salaires et utiliser l’impôt comme moyen de redistribuer les richesses a bien fonctionné. Du moins, tant que les puissances capitalistes se limitaient aux pays occidentaux et que - sur la lancée de la reconstruction après les dévastations de la Seconde Guerre mondiale – les industries tournaient à plein régime.

Toutefois, la mondialisation des échanges économiques a pulvérisé cette donne. L’industrie occidentale s’est considérablement réduite; les délocalisations dans les pays pauvres et émergent ont accentué le phénomène. La social-démocratie n’a  donc plus de grains à moudre pour ses troupes de salariés. Quant aux impôts, ils jouent à saute-mouton par-dessus les frontières, sans qu’aucune force nationale ne puissent les capturer. Après l’effondrement du modèle communiste, celui de la social-démocratie menace ruine.

 

Privé de ses deux modèles, la gauche en cherche donc un nouveau. Pour l’instant, elle cherche toujours!

Après la défaite du candidat socialiste Jospin au premier tour de la présidentielle 2002, Le Plouc avait parié que de tous les mouvements social-démocrates, le Parti socialiste français se trouverait le mieux placé pour forger une nouvelle conception du socialisme. En effet, après une telle claque, on aurait pu supposer que le PS d’outre-Jura allait se remettre en question et, que de ce travail d’introspection collective, allait ressortir un nouveau modèle qui permettrait à la gauche de rester ancrée dans le peuple.

 

Le moins que l’on puisse écrire, est que Le Plouc s’est magistralement flanqué le doigt dans l’œil! Au lieu de chercher à conserver son socle populaire, le Parti socialiste français n’a eu de cesse de la détruire. Il a tout misé sur les problèmes de société au détriment des revendications sociales. Certes, le PACS, le mariage pour tous, la défense des minorités sont des sujets on ne peut plus dignes d’être défendus. Mais l’erreur du PS a été d’en faire le principal moteur de son action politique, donnant ainsi l’impression à son électorat populaire qu’il ne s’intéressait plus à lui.

En fait, le Parti socialiste français n’est aujourd’hui qu’une formation d’élus et  de technocrates, sans lien avec ce qui a toujours fait la force vive de la gauche, à savoir les syndicats.

 

Les autres partis social-démocrates d’Europe n’ont pas cherché, eux non plus, à définir un nouveau contenu politique. Le SPD de Schröder et les travaillistes de Blair se sont contentés de s’aligner sur les exigences du capitalisme ultralibéral et mondialisé.

 

Dans ces conditions, comment s’étonner que les classes populaires abandonnent cette gauche qui les ignore? Les salariés craignant pour leur emploi se réfugient tout naturellement dans les bras des nationalistes qui prétendent les protéger. Protection illusoire puisque, de toute façon, l’Etat-nation est en train d’être emporté par le tsunami de la mondialisation.

 

Pour s’opposer au fascisme démocratique – qui veut promouvoir le libre choix par le peuple de ses boucs émissaires ­– la gauche doit redevenir crédible auprès des classes populaires. Comment procéder ? Ce n’est pas en un blogue que l’on résout pareille équation. Mais lorsque tout va mal, il faut «retrouver les fondamentaux» comme l’on dit dans les vestiaires après avoir été relégué en division inférieure. Et les fondamentaux pour la gauche, c’est la défense des travailleurs.

 

Jean-Noël Cuénod 

 

 

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 L’économiste Daniel Cohen évoque la crise de la social-démocratie lors d’une interview donnée par Mediapart (www.mediapart.fr)
Daniel Cohen - La crise de la gauche (Mediapart) par Mediapart


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06/02/2014

L’extrême-droite s’agite. Entre le 6 février 1934 et le 6 février 2014, ressemblances et dissemblances (les Jeudis du Plouc)

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Il y a 80 ans, jour pour jour, éclatait l’émeute provoquée à Paris par les ligues d’extrême-droite. Elle a laissé quinze morts et 2000 blessés sur le pavé et fait vaciller la IIIème République qui allait tomber quatre ans plus tard sous les coups des troupes allemandes et des manœuvres de Pétain.

Le 6 février 1934 reste un mythe fondateur pour l’extrême-droite française, comme le souligne l’historien Olivier Dard dans Libération. A l’occasion de ce sinistre anniversaire, de nombreux commentaires dégagent plusieurs points communs entre cette manif violente et celles qui se sont récemment déroulées en France. Tout d’abord, la convergence de plusieurs mouvements et groupuscules d’origines très diverses et qui se réunissent dans une même détestation du pouvoir en exercice.

Ensuite, les thèmes de mobilisation qui se ressemblent comme deux morceaux de boue: l’antisémitisme ­– clairement revendiqué par les manifestants du «jour de la Colère» dimanche 26 janvier dernier­ – la haine de l’étranger, le rejet des valeurs républicaines, la lutte contre la Franc-Maçonnerie en ce qu’elle incarne cette laïcité que les fascistes de 1934 et leurs rejetons d’aujourd’hui rejettent.

 A cet égard, le récent «jour de colère» a révélé que les traditionnalistes catholiques aux patronymes en trombone à coulisse se liaient fort bien aux islamistes banlieusards et barbus. Tous font quenelle commune avec Dieudonné. Or, les différentes formes de fascismes du XXe siècle sont nées de cette alliance entre éléments des classes populaires et bourgeoises. Quand Christine Boutin fait mariage triste avec Dieudonné, il a lieu de s’inquiéter.

Toutefois, les dissemblances sont tout aussi nombreuses. L’imbrication des économies mondiales et les institutions européennes ont réduit les pouvoirs de l’Etat-nation comme peau de chagrin. En 1934, organiser un coup d’Etat avait encore un sens. Aujourd’hui, à quoi pourrait-il servir?

C’est ce que Marine Le Pen a bien compris. Elle laisse son ex-adversaire interne Bruno Gollnisch et son père évoquer le 6 février 1934 avec des trémolos dans la voix. Mais elle se garde bien d’en faire autant et célèbre cette République que les fondateurs de son Front national vouaient aux gémonies.

Le fascisme des années trente avait pour adversaire principal, la démocratie qu’elle a utilisée mais pour mieux la supprimer. Ses héritiers n’ont plus besoin de s’y attaquer, mis à part quelques nostalgiques de l’esthétique SS. On assiste donc à l’émergence d’une sorte de fascisme démocratique qui s’installe dans les consciences. C’est de façon tout à fait respectueuse des institutions qu’en Suisse l’UDC propose des lois xénophobes ou que Marine Le Pen veut instaurer sa «préférence nationale».

La perte de substance de l’Etat provoque cette angoisse du vide qui étreint, sous des symptômes divers, tous les pays d’Europe. Pas plus que les autres formations politiques, le fascisme démocratique ne possède de solutions réelles pour remplir ce vide. Mais mieux que les autres, il sait distiller l’illusion d’un retour à l’Etat protégé par la muraille des frontières.

Le fascisme des années trente a fait le lit des plus sanglantes horreurs que l’humanité a connu. A quels périls nous expose le fascisme démocratique de 2014? L’histoire ne se répète pas mais elle bégaie, dit-on. Lorsque les peuples se bercent d’illusions, le pire est à redouter. Et les leçons d’hier risquent fort d’être oubliées, comme l’illustre ces vers tirés du poème d’Aragon Epilogue:

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude

Vous aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris

Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix

Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le plis des habitudes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Jean Ferrat chante Epilogue de Louis Aragon

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30/01/2014

Cavanna s’est fait la malle. Les Jeudis du Plouc en deuil

Cavanna,Hara-Kiri,Charlie Hebdo,vidéo

 Voilà, Le Plouc est bien avancé. Depuis près d’un demi-siècle, il rêvait de rencontrer, Cavanna, François de son prénom, l’homme par qui le journalisme nouveau ­– pertinent parce qu’impertinent ­– a débarqué dans l’espace francophone. Un espace qui exhalait alors l’odeur sucrée et nauséeuse du renfermé. Cavanna, le professeur Choron et leur bande de frapadingues ont vite fait d’ouvrir les fenêtres. Un sacré courant d’ère!

 

 Installé à Paris, Le Plouc s’était promis que, cette fois-ci, il prendrait son courage à deux pieds pour rendre visite au créateur d’Hara-Kiri et de Charlie-Hebdo et frapper d’un doigt tremblant à l’huis de sa maison de Seine-et-Marne.

Mais ce jeudi matin, la Seine est morne.  Ses célèbres moustaches ont laissé passer l’ultime souffle de François Cavanna à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Il avait 90 balais. Ce n’était pas de trop pour faire le ménage dans nos têtes. Trop tard, Le Plouc.

 

Fils de terrassier italien, émigré à Nogent-sur-Marne, près de Paris, Cavanna était le produit-modèle de l’école républicaine française, à l’image du prix Nobel de physique Georges Charpak. Aujourd’hui, cette école est aussi défunte que ces deux grandes figures. Mais passons.

L’école primaire lui  apprend le goût de lire et d’écrire. Toutefois, le bon élève est aussi un galapiat de première, attiré par la vie active et ses gisements de jupons festifs. Pendant l’Occupation, le jeune François est expédié en Allemagne par la grâce – si l’on ose dire – du travail obligatoire. Il y rencontre son amour de jeunesse Maria l’Ukrainienne. Dans son livre Les Russkofs, Cavanna raconte comment il a perdu la trace de cette compagne de misère.

 

De retour Paris, Cavanna survit en tant que dessinateur. Puis, il est engagé par le magazine Zéro dont il devient le rédacteur en chef. Il se lie d’amitié avec un aventurier qui vient de « faire l’Indo », Georges Bernier, le patron des colporteurs qui vendent Zéro dans la rue. Un directeur très actif, puisque chaque mois, il diffuse 35 000 exemplaires, malgré les flics qui reniflent des odeurs de sédition. Le titre Zéro paraissant, justement, trop provocateur, le directeur Jean Novi, le change. Il s’appellera Les Cordées. Trop cucul-la-praline pour Bernier et, surtout, Cavanna. Ils bavent d’envie devant la revue américaine Mad Magazine qui tourne les puissants en dérision et en bourriques.

 

 A la mort de Novi, le duo créé le mensuel Hara-Kiri en 1960. Une équipe de dessinateurs et rédacteurs aussi déjantés que talentueux les rejoint, parmi eux Wolinsky, Reiser, Siné, Cabu, Delfeil de Ton, Gébé, Fred et tant d’autres dont Pierre Fournier, Willem… La bande prend ses quartiers, 4 rue Choron à Paris. Bernier devient alors le professeur Choron.

 

Fausses pubs vraiment scatologiques, romans-photos dadaïstes, dessins coups de poing , textes rédigés avec une encre tellement corrosive qu’en comparaison le vitriol est un sirop de grenadine, le « mauvais goût » génial devient la marque de fabrique de Hara-Kiri. Une pluie d’injures s’abat aussitôt sur la rédaction. L’un des « pères de famille indignés au nom de plusieurs »(1) s’étrangle de rage dans une lettre : « Non seulement vous êtes bêtes mais encore, vous êtes méchants ». Bingo ! Cavanna tient le slogan qui restera accolé au magazine : « Hara-Kiri, le journal bête et méchant ».

 

Pour ceux qui n’ont pas connu la pesanteur des années 50 francophones, il est difficile de ressentir la déflagration déclenchée par Hara-Kiri. La France et la Belgique étaient engluées dans leurs sanglantes guerres coloniales et le respect compulsif de l’uniforme. La Suisse voyait des agents communistes sous le plus menu des edelweiss. Le conformisme encasquait partout les consciences. Ou du moins ce qu’il en restait. Cavanna et sa bande ont alors mené une véritable entreprise de salubrité publique.

 

Bien entendu, les interdictions de la censure gaulliste ont fréquemment interrompu le cours des publications nées d’Hara-KiriHara-Kiri Hebdo, Charlie Hebdo. Mais chaque fois, la bande est revenue pour semer le bousin dans les kiosques.

 

Cavanna s’est offert une seconde vie après celle de journaliste : romancier. Il racontera sa vie de fils de prolo émigré : Les Ritals, Les Russkofs, L’œil du Lapin. Et puis, sa maladie de Parkinson : Lune de Miel, la « salope infâme ». Justesse de l’image, rabelaisien sans faire du Rabelais, Cavanna était aussi un grand écrivain, irrespectueux de tout, sauf de la syntaxe.

 

François Cavanna nous a rendu un peu moins con. Voilà ce que Le Plouc voulait lui dire. Et qu’il ne pourra plus lui dire.

 

Jean-Noël Cuénod

 

  (1) La formule est d’un autre journaliste anticonformiste, le Suisse Jack Rollan

 

 

 

 

 

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14/01/2014

François Hollande, apôtre du social-libéralisme à la recherche de nouveaux appuis.

Le président François Hollande a confirmé mardi, lors de la troisième conférence de presse de son quinquennat, le coup de barre à droite esquissé lors de ses vœux. Ce mouvement est la suite inéluctable du vice fondamental de sa présidence, à savoir l’acceptation du pacte budgétaire européen. Lors de sa campagne électorale, le candidat Hollande avait promis de le renégocier avant sa ratification par la France. Mais durant les premières semaines qui ont suivi son élection, le nouveau président n’a pas osé sauter le pas et s’est contenté d’ajustements cosmétiques. Ce pacte a donc permis à l’Allemagne de sortir son épingle du jeu en plombant ses partenaires et néanmoins concurrents. La logique de l’austérité a roulé – et roule encore ­– sur la France comme sur les autres.

 

François Hollande assume aujourd’hui les conséquences de cette faute initiale. Ceux qui se plaignent que le président français ne désigne pas de cap et qu’il se contente de naviguer dans le flou ont tort. Le cap est clairement défini : il est social-libéral, sans équivoque. Le président socialiste offre même au patronat une fleur que même la droite n’avait jamais osé lui cueillir : la fin des cotisations familiales qui ponctionnent les entreprises et les indépendants.

Pour développer cette politique ­– qui a pour cœur le « pacte de responsabilité » (les entreprises auront moins de charges et devront embaucher plus) – Hollande a besoin d’appuis sur les plans social et politique.

 

Sur le plan social, le courant semble bien passer entre le nouveau « patron des patrons » du Medef Pierre Gattaz et le président de la République. Côté salariés, le syndicat CFDT ­– mieux implantés que la CGT et FO dans le secteur privé et, surtout, plus déterminé que ces deux centrales à négocier ­– reste l’allié le plus sûr du gouvernement pour appuyer sa politique de concertation.

Sur le plan politique, François Hollande ne peut pas faire assumer son social-libéralisme par le seul Parti socialiste ; il doit chercher d’autres appuis pour le légitimer auprès d’un cercle plus large d’électeurs. En outre, le président éprouvera de la peine à convaincre son aile gauche de le suivre sur ce chemin. Mais quelques ministères judicieusement attribués transformeront les Che Guevara d’aujourd’hui en Tony Blair de demain. Les Verts ne comptent pas. Avec la gauche de la gauche, les ponts sont définitivement rompus. Il ne reste donc que le centre-droit, soit l’UDI, pour lui servir d’allié potentiel.

 

D’ailleurs, le leader des centristes, Jean-Louis Borloo a déclaré d’emblée qu’il soutiendrait le « pacte de responsabilité », « s’il est concret », ajoute-t-il. Dès lors, après les élections municipales et européennes du printemps prochain, pourquoi ne pas conclure une alliance gouvernementale entre l’UDI et le Parti socialiste ? La France aurait un exécutif de coalition comme cette Allemagne qu’elle a pris pour modèle.

 

Mais pour ce faire, les centristes doivent mettre de l’ordre dans leurs diverses maisons. La jonction entre l’UDI de Borloo et le Modem de Bayrou ne s’est pas encore réalisée. Dès lors, Hollande doit certainement brûler quelques cierges pour que la mayonnaise centriste finisse par prendre.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les points forts de la conférence de presse présidentielle 

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23/12/2013

La Russie de Poutine et la preuve par la grâce

 

 Après l’oligarque et opposant Mikhaïl Khodorkovski, les deux dernières chanteuses punks du groupe Pussy Riot ont été libérées par le président Vladimir Poutine, ce lundi. Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova purgeaient leur peine de deux ans de prison dans des camps de la Volga pour l’une, de la Sibérie orientale pour l’autre. Elles avaient été condamnées après avoir prié de façon iconoclaste et antipoutinienne dans la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou.

Très courageusement, Maria Alekhina a déclaré à sa sortie de geôle, à propos de la grâce accordée par Poutine: "Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un geste d'humanisme, mais plutôt d'une opération de communication." D’ailleurs, la Pussy Riot aurait refusé cette grâce si elle avait eu le choix.

 

Mikhaïl Khodorkovski a, lui aussi, placé une série de bémols sonores à cette mansuétude du président élu à perpétuité. Son geste tient surtout au fait que ses Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi risquaient d’être boudés par les chefs d’Etat. Et puis, la conjoncture économique induit Poutine à se montrer un peu moins arrogants vis-à-vis des autres puissances.

 

Les partisans de l’évolution de la Russie, telle que Poutine l’a engagée, souligneront que sous Staline les Pussy Riot et Khodorkovski auraient reçu une balle dans la nuque et sous Brejnev, des soins musclés dans une clinique psychiatrique. Certes, mais la Russie reste tout de même éloignée des standards les plus basiques de la démocratie et de l’Etat de droit. Mikhaïl Khodorkovski souligne bien le nombre élevé de prisonniers politiques russes qui n’ont pas eu la chance d’être aussi « visibles » que lui.

 

Pour Vladimir Poutine, cette clémence très intéressée se révèle à double tranchant. Car en libérant ces prisonniers par sa seule décision, il prouve l’absence de justice digne de ce nom puisqu’il peut, à son gré, enfermer et libérer.

 C’est la preuve par la grâce que son régime repose sur l’arbitraire.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Maria Alekhina : premières déclarations de femme libre (et qui l’est restée même en prison).

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19/12/2013

Les Jeudis du Plouc : scandale, un ouvrier candidat PS aux élections européennes

 

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C’est le scandale de la semaine en France. Le métallurgiste Edouard Martin (50 ans) a été désigné tête de liste du Parti socialiste pour la région Grand Est lors des élections européennes de fin mai 2014. Un ouvrier, vous vous rendez compte ? Et, tenez-vous bien, un ouvrier SYNDICALISTE ! Incroyable ! Hallucinant ! Bouleversifiant ! Indécent, pour tout dire…

 

Dans n’importe quel autre démocratie, la nouvelle n’aurait même pas été relevée. Un parti social-démocrate qui choisit pour le représenter un ouvrier issu des rangs du syndicalisme, quoi de plus banal. Après tout, l’un de nos meilleurs présidents de la Confédération, le socialiste Willy Ritschard, était monteur en chauffage de profession et secrétaire syndical.

 

Mais en France, la chose fait événement. Le pauvre Martin, qui appartient à la CFDT (Confédération française démocratique du travail), se trouve attaqué de toutes parts. Son syndicat devrait se féliciter qu’un des siens brigue un siège au Parlement européen. Pas du tout ! Conformément il est vrai aux règles de ce syndicat, Edouard Martin a dû se défaire de ses mandats syndicaux et n’a reçu qu’un bref satisfecit pour son action. Il fut pourtant la figure charismatique de la lutte des métallos pour sauver le site sidérurgique de Florange en Lorraine. 

 

Ses anciens camarades des autres syndicats – FO et CGT – n’hésitent pas à lui coller l’étiquette de « traître », tel l’indigeste Broccoli (FO) qui l’accuse d’avoir utilisé la bataille de Florange « pour servir son ambition personnelle ». Au Front national, qui se revendique comme le seul défenseur des ouvriers français, la rage est à son comble. Son vice-président Florian Philippot crache : « Il est allé à la soupe, comme les autres ! » Parce que Philippot, il n’y va pas à la soupe ? Il se présente, comme Martin, aux élections européennes dans le Grand Est !

 

La réaction la plus arrogante, la plus méprisante vient de Raffarin : « Il y en aura au moins un de recasé à Florange. C’est assez spectaculaire ! » L’ancien premier ministre UMP - élevé dans la ouate protectrice de la bonne bourgeoisie terrienne du Poitou, fils de secrétaire d’Etat, homme d’affaires avant de faire de la politique sa profession fort joliment rémunérée - n’a jamais eu besoin d’être recasé. Il fut bien casé dès sa naissance.

 

On reproche même à Edouard Martin, son indemnité parlementaire (12.000 à 15.000 euros par mois), avant qu’il ne soit élu. On peut la juger importante, mais pourquoi souligne-t-on cet aspect lorsque c’est un ouvrier qui se porte candidat ? Son montant est donc scandaleux dans le cas d’un métallo et normal s’il s’agit d’un politicien professionnel, un comptable ou un médecin ?

 

Certes, le Parti socialiste utilise son charisme pour sa propagande. Mais comme les autres partis, qui n’hésitent pas à mettre en avant leur « pipole » ou leur vedette du sport. Certes, Edouard Martin trahira peut-être les siens, qui peut le savoir ? Mais qu’on le laisse siéger avant de lui faire un procès d’intention qui relève du racisme antiouvrier. Un sentiment qui, d’ailleurs,  persiste en France, ce pays qui reste marqué culturellement par la paysannerie.

 

Lors de sa fondation il y a plus d’un siècle, le Parti socialiste a été créé pour défendre la classe ouvrière. Il s’en est depuis bien éloigné, c'est le moins que l'on puisse écrire. Alors qu’un métallo syndicaliste soit placé au premier plan, au lieu du sempiternel énarque de service, c’est une très bonne nouvelle.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Edouard Martin réplique à ses adversaires et à la Reine de la Gaffe Morano.


BFM Story: Européennes 2014: la contre-attaque... par BFMTV

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12/12/2013

Les Jeudis du Plouc : honneur aux frontaliers, immigrés et autres métèques morts pour Genève à l’Escalade

 

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Le Plouc, dans sa tanière parisienne, aimerait bien fêter l’Escalade. Mais point de marmite en nougat ou au chocolat chez les pâtissiers de la bourgade francilienne. Il reste la nostalgie qui est à nouveau ce qu’elle était. Et surtout la mémoire. Notamment, celle des dix-huit hommes qui ont sacrifié leur vie pour que Genève et sa République restent libres.

 

Le remarquable et superbe site de la Compagnie 1602 (facilement gouguelisable) présente ces héros qui venaient de tous les horizons.

 

Hommage aux frontaliers d’origine savoyarde, gessienne et jurassienne

 

Jean Canal, issu d’une famille de Collonges-sous-Salève et de Turin. Epicier à la grande gueule, il fut tour à tour juge dans le Pays de Gex et… prisonnier des geôles genevoises à la suite d’excès dans l’exercice de ses fonctions. Tiré de son lit par l’attaque des troupes ducales, il s’est lancé à la rencontre des ennemis qui l’ont tué près de la Porte Neuve. Il avait 60 ou 63 ans.

 

Jean Vandel, originaire de Septmoncel dans le Jura franc-comtois. Lui aussi avait la tête près du bonnet, ce qui lui a valu d’être emprisonné à la suite de rixes. Cette expérience l’a menée à diriger… la prison genevoise. Mais pour le plus vif mécontentement de ses anciens codétenus, semble-t-il.  A 61 ans, il s’est précipité au bas de la Treille où il fut tué par l’adversaire.

 

Louis Bandière, vient de Corly dans le Faucigny. Comme les deux premiers cités, il siégeait au Conseil des Deux Cents, l’ancêtre de notre Grand Conseil. Marchand d’étoffe et fromager, il a souvent tiré le diable par la queue. Ce qui ne l’a pas empêché de tirer aussi sur les troupes ducales. Bandière a été abattu en bas de la Cité, à l’emplacement actuel de la Fontaine de l’Escalade, à l’âge de 45 ans Dix jours après sa mort, sa femme a donné naissance à une fillette, leur cinquième enfant.

 

Louis Gallatin, originaire du village d’Arlod, près de Bellegarde. Ce petit commerçant de 28 ans a été tué les armes à la main au passage de la Monnaie.

 

Jacques Mercier,  né d’une famille de Saint-Claude dans le proche Jura, ce passementier très scrupuleux dans son travail, était sentinelle lorsqu’un moment d’inattention lui fut fatal à la Corraterie. Grièvement blessé, le soldat a été conduit chez son beau-frère au Grand-Mézel où il a expiré à l’aube. Mercier avait 30 ans.

 

Martin Debolo, né à Cruseilles, avait 14 ans lorsqu’il a accompagné ses parents qui se sont établis à Genève en 1588. Sergent mousquetaire, Debolo est mort à 35 ans à la Porte Neuve.

 

Michel Monard, originaire de Saint-Jeoire, ce tailleur et caporal de la milice avait été morigéné par les autorités car il avait joué les consommations aux Lion d’Or. Pas de jeu d’argent, même pour régler les sous-tasses, dans l’antre de Calvin ! Ce vice affreux ne l’a nullement dissuadé de prendre les armes et de donner sa vie à 40 ans, à la Corraterie.

 

François Bousezel, dit le « Grand François », venait d’une famille de Gex. Il était un commerçant habile. Un peu trop d’ailleurs, au goût de l’autorité. Pragmatique, la République a utilisé son sens des bonnes affaires pour lever les impôts sur les possessions genevoises dans le Faucigny. Entreprise couronnée de succès, autant pour ladite République que pour le Grand François. Mousquetaire, il a été tué sous la Tertasse à l’âge de 40 ans.

 

Jean Guignet, était également originaire de Gex. Gros travailleur, il a eu la douleur de perdre sa première femme en couches, de même que leur enfant. Il a lui aussi perdu la vie sous la Tertasse.

 

Girard Muzy, a quitté son Viuz-en-Sallaz natal quatre ans avant l’Escalade. Ce maçon est mort à 25 ans, deux semaines après la bataille, des suites de ses blessures. 

 

 

Hommage aux immigrés et « secondos » originaires d’Italie

 

Pierre Cabriol, sa famille était venue du Piémont. Son enfance fut marquée par le deuil de ses parents et la pauvreté. Grâce à sa bosse du commerce, il a pu s’en sortir.  Sergent dans la milice, il a été tué à 36 ans à la Corraterie.

 

Marc Cambiague, de son nom d’origine Cambiago. Son père, un riche soyeux de Crémone, s’est établi à Genève en 1559. A 25 ans, Marc est mort vers la Porte de la Treille.

 

Hommage aux immigrés et « secondos » français

 

Nicolas Bogueret, a quitté sa ville natale de Langres en Champagne, à l’âge de 34 ans, pour s’établir à Genève dont il est devenu rapidement le plus important maçon et architecte. Lors des premières alertes, il s’est éjecté de son lit pour quitter sa maison de la Cour Saint-Pierre et se précipiter, arquebuse à la main, vers la Porte de la Treille où il  été mortellement atteint à l’âge de 65 ans.

 

Philippe Poteau, issu d’une famille de la Flandre française, était sucrier et confiseur. Il est tombé au Passage de la Monnaie, âgé de 25 ans. Son fils est né juste après le trépas.

 

Hommage à celui qui n’était pas encore un Confédéré

 

Jacques Billon est venu de Neuchâtel, qui, bien sûr, n’est pas encore ville suisse mais qui fut acquise à la Réforme avant Genève. On ne sait pas grand chose de lui, sauf qu’il est mort un an après l’Escalade, n’ayant jamais pu se rétablir des blessures subies durant la bataille.

 

Hommage aux Genevois de souche

 

Abraham de Baptista (qui, d’après son patronyme, ne devait pas être de souche très ancienne !) était serviteur du couple Piaget, riches soyeux. Dame Piaget est restée célèbre par sa présence d’esprit qui a permis de repousser les troupes ducales. Elle avait lancé aux défenseurs genevois la clé de l’allée traversante de son immeuble, ce qui leur avait permis de prendre les adversaires à revers. Abraham de Baptista a été tué à la Corraterie, à l’âge de 25 ans.

 

Jacques Petit était un chalemardier, autrement dit un fabricant d’instruments à vent. Cet arquebusier de 41 ans est tué à son poste à la Corraterie.

 

Daniel Humbert, jeune marchand drapier, habitait à la Rôtisserie. Il est mort, non loin de son domicile, à la Corraterie, à 22 ans selon les uns, à 24 d’après les autres.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Comme leurs compatriotes de 1602, ces petits Genevois qui chantent l’Escalade sont d'origines diverses.


Chants de l'escalade par Nybliss

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20/11/2013

NKM victime du métro, une fois de plus!

 

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Comme 610 050 usagers (jusqu’à la corde) quotidiens, le Plouc affronte régulièrement la ligne 13 du métro parisien. En comparaison, le calvaire est un voyage dans la ouate. Une foule monstrueuse s’y presse aux heures de pointe. Ou plutôt s’y pointe aux heures de presse. Vous y êtes entassés, malaxés, broyés, le nez écrasé sur la vitre ou le corps pris en sandwich entre des masses malodorantes. Un claustrophobe qui pète les plombs et c’est la catastrophe assurée (photo).

 

nkm-metro-sipa-meigneux.jpgMais dans le monde enchanté de Nathalie Kosciusko-Morizet – NKM (photos)– la ligne 13 est un lieu de magie toujours renouvelée. La candidate UMP – tendance Marie-Chantal – à la mairie de Paris nous l’a dessiné joliment dans une interview publiée par Elle:

 

«Le métro est pour moi un lieu de charme, à la fois anonyme et familier. Je prends souvent les lignes 13 et 8 et il m’arrive de faire des rencontres incroyables. Je ne suis pas en train d'idéaliser le métro, c'est parfois pénible, mais il y a des moments de grâce.»

 

Succès comique énorme sur le Net. Les Parisiens se gondolent comme des Vénitiens. Car chacun à son histoire de galère sur la 13. Prenons un cas au hasard, tiens, le Plouc, par exemple! Un vilain jour, il doit se rendre à l’ambassade de Suisse qui se trouve sur le trajet de cette ligne maudite. Après avoir enfilé sa tenue de camouflage pour petits-fours-champagne, soit son costard-cravate, il insinue sa grosse carcasse entre des doudounes crasseuses dans l’une des voitures. Le métro part dans un claquement de portes automatiques et de cris poussés par un type qui s’est fait coincer le bras.

 Le Plouc avise un jeune gars, juste face à lui, qui ne tient sur ses jambes que par la grâce (oui NKM, il y a bien des moments de grâce, parfois, dans le métro!) de la compression collective. Son teint de craie, ses yeux vagues, ses hoquets font craindre le pire. Et le pire survient: le type vomit sur l’imper du Plouc juste avant qu’il ne descende à la station Varenne. Impensable de débouler dans un pince-fesses diplomatique dans cet état. Il a fallu le secours d’un lavabo de bistrot pour réparer les dégâts.

 

Sans doute, NKM a-t-elle voulu changer son image de Diva chic des quartiers smart en chantant ainsi, pour faire peuple, les mérites de la ligne 13. Le résultat est terrible: elle fait plus chipie du XVIe arrondissement que jamais! Dans cet exercice, elle est aussi à l’aise que le pauvre Balladur juché sur une chaise lors d’un meeting de la campagne présidentielle 1995.

 Nathalie et Balla sont du bois dont on fait les chaises à porteurs. C’est ainsi. Ils n’y peuvent rien, les malheureux.

 

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que NKM se prend un métro en pleine poire. L’an passé, alors que, juchée sur ses escarpins, elle portait la parole de Nicolas Sarkozy, la ministre avait dû répondre à la classique question du journaliste qui veut embêter son politicien, à savoir, quel est le prix du ticket? «4 euros» avait-elle rétorqué. Eclat de rire général. Le billet coûte 1.70 euros sur le réseau parisien. Faire semblant de prendre le métro, c’est un métier, Mme Kosciusko-Morizet! Demandez donc à Jacques Chirac.

 

La journaliste d’Elle la décrivait ainsi: «Une frondeuse qui voit les Parisiennes à son image». Il n’est pas certain qu’après cette interview les Parisiennes voient NKM à la leur.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Les aventures de NKM dans le métro ont inspiré beaucoup d’internautes. Un exemple.


NKM et le charme du Métro Parisien par ericko75

 

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27/10/2013

François Hollande affronte la révolte fiscale

 

Le président français pèche par là où il avait promis, le fisc. Durant sa campagne électorale de l’an passé, François Hollande avait annoncé une grande réforme des impôts et taxes en France, afin de rendre la fiscalité de ce pays plus juste et plus lisible. Ce domaine appartenant à sa spécialité, chacun était en droit d’espérer que, pour une fois, le passage de la parole aux actes ne relevait pas du mirage.

 

Or, aux usines à gaz qui existaient avant son arrivée à l’Elysée, le président socialiste en a bricolé bien d’autres, tout aussi tortueuses, et a renoncé à lancer le grand chantier de cette réforme indispensable. Au désordre précédent, François Hollande s’est contenté d’ajouter sa pagaille en prenant 84 mesures de prélèvements en un an.

 

Au lieu de tracer les grandes lignes de la future imposition des Français et de leur expliquer pédagogiquement les raisons de l’effort fiscal, le président a préféré finasser, manœuvrer, louvoyer, faire de la tactique plutôt que de la stratégie et prendre ses concitoyens pour des enfants auxquels il convient de taire les vérités les plus désagréables.

 

En instaurant une taxe ici, une autre là, une troisième dans ce domaine, une quatrième ailleurs et une cinquième n’importe où, sans que les Français puissent appréhender le tableau général, ce président pointilliste leur a brossé une croûte fumeuse, brumeuse et brouillonne. Impossible d’y reconnaître le paysage de l’Hexagone de ces prochaines années.

 

Ce faisant, Hollande et son gouvernement ont aggravé le sentiment d’angoisse qui se répand en France. A la peur du chômage, à la perte du pouvoir d’achat, à la dégradation des services publics, surtout en banlieue et dans les campagnes, s’est ajoutée l’exaspération fiscale avec cette question que maintes familles françaises se posent: quelle nouvelle taxe nous tombera-t-elle sur la tête?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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18/10/2013

Léonarda et immigration : l’émotion au pouvoir

 

L’émotion soulevée par l’expulsion de France vers le Kosovo de Léonarda (15 ans) et de sa famille illustre l’attitude irrationnelle des Européens de l’Ouest vis-à-vis de l’immigration. Pourquoi cette reconduite à la frontière a-t-elle suscité un tel déchaînement médiatique? Parce que la collégienne, en pleine course d’école, a dû rejoindre sa famille sur requête de la police pour que l’ordre d’expulsion soit exécuté. Les policiers étaient pressés car l’avion affrété pour l’occasion était sur le point de partir.

 

 

 

S’ils avaient attendu la fin de la course d’école et le retour de la collégienne auprès de ses parents pour organiser un autre départ, Léonarda et les siens auraient été expulsés sans bruit. Les médias ne lui auraient même pas consacré un entrefilet. Des expulsions de ce genre, il s’en produit tous les jours en France, Suisse, Allemagne, sans que cela provoque le moindre émoi.

 

 

 

La course d’école d’une collégienne interrompue par la police a brusquement donné un visage humain à la politique d’immigration devenue restrictive dans les pays de l’Europe occidentale. Or, cette politique est voulue par une majorité - et souvent une très large majorité - des populations de nos Etats. Lorsque l’étranger est une sorte d’entité anonyme, il devient l’objet de tous les fantasmes xénophobes, ce qui se traduit dans les lois votées par des parlementaires soucieux de se faire réélire.

 

 Mais lorsque, soudain, l’étranger devient un être humain avec son histoire, ses angoisses, ses projets, ses espoirs et ses désespérances, tout change. L’intrus que l’on voulait chasser, devient un proche qu’il faut protéger.

 

 

 

L’émotion, à chaque fois, est au pouvoir. Lorsqu’il s’agit d’adopter des lois anti-immigration et lorsqu’on proteste contre leur application à un cas personnalisé. Il est temps de ramener enfin la raison sur le devant de la scène politique pour chasser fantasmes xénophobes et sensibleries superficielles.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Léonarda : Les lycéens se mobilisent contre l... par GrandLilleTv

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25/07/2013

A Trappes, le voile islamiste!

 Le contrôle d’identité d’une musulmane portant le voile islamiste a provoqué une émeute à Trappes, ville de la banlieue parisienne qui est le fief de l’acteur Djamel Debbouze. Il était patent que l’application de loi contre la bourka et le niquabe provoquerait des troubles de ce type, tant les tensions entre communautés s’échauffent dans les cités françaises. Fallait-il pour autant que le parlement renonçât à la voter?

 

Relevons tout d’abord que le couple qui se trouve à l’origine de cette flambée s’est converti à l’Islam; ni le mari ni l’épouse ne sont nés dans une famille musulmane. Le schéma est d’un classicisme évident, les convertis en font souvent trop dans la bigoterie afin de se sentir introduits dans leur nouveau cercle. Nombre d’islamoterroristes sont d‘ailleurs des musulmans de fraîche date. Leur connaissance de l’Islam risque fort d’être élémentaire et réduite aux clichés dont le voile intégral est la plus flamboyante et médiatique figure. Les musulmans feraient bien de se méfier de ces convertis qui rendent détestable leur religion aux yeux des autres citoyens.

 

Revenons à nos brebis intégralement voilées. Deux visions s’affrontent en Occident vis-à-vis de cette prison ambulante pour femmes. L’une, inspirée du libéralisme protestant et de la culture anglo-saxonne, l’autre, suscitée par les principes républicains et laïques qui croissent sur le terreau du monarchisme absolu centré sur le catholicisme. Pour la première, l’Etat n’a pas à légiférer sur le port d’un bout de tissu et n’a pas à dicter sa loi aux communautés religieuses; chacun est libre de s’habiller comme il l’entend. Pour la seconde, l’Etat doit préserver l’espace public (au sens large du terme) de toute invasion religieuse.

 

Ces deux visions ont leur ambiguïté et leurs limites. Le libéralisme communautaire des Anglo-Saxons n’a évité ni le 11-Septembre ni les attentats sanglants de Londres. Quant à la loi anti-bourka, son application est empreinte d’une hypocrisie qui la déconsidère. Des policiers ont donc interpellé une femme voilée dans une cité défavorisée de la banlieue parisienne. Mais promenez-vous avenue Montaigne, haut lieux des boutiques de luxe parisiennes. Vous y verrez maintes Séoudiennes et Quataries intégralement niquabées claquer chez Dior et Boucheron les pétrodollars de leurs cheikhs (bien provisionnés). Aucun policier n’aurait l’indécence de soulever leur voile et de contrôler leur identité, sous peine de se retrouver laveur de paniers à salade dans un commissariat de Forbach ou d’Issoudun. La loi s’applique aux pauvres mais pas aux riches. C’est peut-être «populiste» comme constat. Mais il est bien réel. Que vaut donc une loi dont l’exécution provoque une émeute dans une banlieue et que l’on s’ingénie à ignorer lorsque cela complaît au grand commerce?

 

Pourtant, à écouter la remarquable Elisabeth Badinter dans la vidéo que Le Plouc vous réserve ci-dessous, on en conclut que cette loi doit être conservée. Ce que la philosophe dit de la réciprocité est particulièrement convainquant: en me voilant, j’interdis la vision de mon visage mais moi, je peux contempler celui de mes interlocuteurs. Or, toute la société est fondée sur la réciprocité. Sans elle, il n’est point d’humanité possible.

 

Alors, comment appliquer cette loi avec le maximum de justice et d’efficacité? Il n’y a pas de recettes magiques. Les ambiguïtés, les malentendus persisteront. On peut espérer les limiter par une meilleure formation des policiers mais aussi par l’enseignement des religions. Non pas l’enseignement religieux prodigué par un ecclésiastique mais l’explication donnée aux enfants des multiples formes que prennent la foi et l’athéisme. Dans ce contexte, les responsables religieux de l’Islam ont un rôle essentiel à jouer. C’est à eux qu’incombe le devoir de rappeler que le port du voile intégral est une coutume ne relevant nullement des prescriptions coraniques. S’ils ne fournissent pas cet effort collectif, la bigoterie et la superstition rongeront, en premier lieu, leur propre religion.

Jean-Noël Cuénod

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mission parlementaire sur le voile intégral... par noop

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27/06/2013

L’Europe et le désespoir des peuples

 

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La France et bien d’autres pays d’Europe ne parviennent pas à se débarrasser de ce désespoir qui vous colle à la peau comme une suie grasse. Chaque semaine apporte son lot «de hargne, de rogne et de grogne» comme le disait jadis le général de Gaulle qui fait aujourd’hui figure d’ancêtre de plus en plus éloigné. Triomphale défaite du Front national à Villeneuve-sur-Lot, tensions entre Paris et Bruxelles et désarroi à tous les étages.

 

Ce désespoir en passe d’être chronique pose la question du pouvoir politique. Tant que les peuples ne sauront pas le situer, ils sombreront dans l’abstention ou le vote en faveur des formations du nationalisme démagogique. Les citoyens se rendent compte, avec angoisse, que leur bulletin électoral ne désigne que des faiseurs de vent et des diseurs de bonjour. A quoi servent les institutions les plus démocratiques qui soient, si elles ne créent que de l’impuissance savamment déguisée par les communicants?

 

La Suisse est en train d’en faire l’expérience. Sa démocratie directe ne lui a pas servi de bouclier contre les grandes puissances qui, désormais, dictent leur loi à la Confédération. A l’exemple des Etats-Unis qui, au moment voulu par eux, ont pulvérisé le secret bancaire helvétique. Toutes les rodomontades blochériennes n’y ont rien fait, alors même que l’UDC est aux affaires.

 

Les décisions politiques d’envergure ne peuvent plus se prendre à l’intérieur du cadre national. Chacun désormais le sait. Mais, lancinante, la question revient nous tarauder: où est-il donc ce sacré pouvoir? Dans nos contrées, seule l’Europe dispose de la bonne taille pour affronter l’économie globalisée. Or, cette idée est de plus en plus impopulaire. Elle ne fait plus rêver et s’est muée en cauchemar.

Même en Allemagne, cheffe de file de l’Union, l’europhobie a trouvé son expression politique avec la création, en avril dernier de l’AfD (Alternative für Deutschland) qui a gagné 7 500 membres en quelques semaines.

 

Si l’Europe possède la taille idoine, elle n’est pas devenue crédible pour autant, en raison de la faiblesse de ses institutions, à la fois sur les plans structurel et démocratique. En fin de compte, elle reste dans les mains des gouvernements des Etats membres qui, au lieu de renoncer à leurs prérogatives - décoratives certes, mais sans substance - ont gardé leur vieux logiciel national.

 

Or, l’addition des impuissances ne crée pas la puissance. Seul le fédéralisme pourrait faire de l’Europe, le lieu du pouvoir réel. Mais ce grand saut, les peuples ne semblent pas prêts à l’accomplir. Ils pestent contre leurs gouvernants incapables de les sortir du marasme, vitupèrent l’opacité des institutions de l’Union, chargent Bruxelles de tous les maux; mais devant une Europe à reconstruire, ils éprouvent encore les affres du vertige.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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 "Europe ou chaos ? Reconstruire l'Europe ou mourir", ce manifeste a donné lieu à un débat organisé par Arte lundi 28 janvier 2013 au Théâtre du Rond-Point, à Paris. Avec les interventions de nombreux écrivains, comme Umberto Eco, Juan Luis Cebrián, Hans Christoph Buch, György Konrád, Julia Kristeva, Bernard-Henri Levy ou Peter Schneider. Un reportage de David Bornstein.

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19/06/2013

Sous Hitler, des blagues qui en disent long

Evoquer les «blagues chuchotées» qu’échangeaient les Allemands sous la dictature de Hitler paraît d’une insoutenable indécence, compte tenu de la Shoah. Pourtant, le rire est révélateur d’un comportement collectif qu’il est utile de décrypter, au moment où le courant brun qui a empoisonné le XXe siècle ressurgit sous des formes diverses.

 

 Les éditions Michalon à Paris viennent de sortir un livre document fort éclairant dans ce contexte: «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich» du cinéaste allemand Rudolph Herzog (le fils du réalisateur Werner Herzog). Cet ouvrage est tiré d’un film documentaire qui a remporté un grand succès outre-Rhin.

 

Dès son arrivée à la Chancellerie allemande, par les voies légales, le 30 janvier 1933, Hitler a détruit la démocratie et instauré sa tyrannie en quelques semaines. Aussitôt, les «blagues chuchotées» ont fleuri. Parmi bien d’autres éléments, ce phénomène met en évidence deux aspects.

 

Tout d’abord, le pouvoir nazi utilisait souvent ces plaisanteries à son profit. Elles «n’étaient pas une forme de résistance active et servaient plutôt de soupape permettant à la colère refoulée du peuple de s’exprimer (…) Tout cela ne pouvait que convenir au régime nazi (…)», note Rudolph Herzog. Bien entendu, selon les événements, cette tolérance très relative se muait aussitôt en féroce répression.

 

Ensuite, ces «witze» démontrent le caractère fallacieux de l’argument avancé par nombre d’Allemands après la chute du IIIe Reich, comme le relève le livre de Herzog: «La génération de ceux qui avaient vécu la guerre persista à soutenir qu’elle ne s’était doutée de rien. Les blagues de l’époque de la prise de pouvoir prouvent au contraire que cette affirmation était déjà fausse en ce qui concerne les premières années de domination nationale-socialiste».

 

L’autre leçon à tirer de ce livre est que le fait d’être conscient de l’horreur consubstantielle à tout régime totalitaire n’est pas suffisant pour se soulever contre lui. «De larges cercles de la population devinaient déjà à l’époque quelle escroquerie Goebbels et consorts tentaient de leur faire gober. Cela ne changea toutefois rien au fait que leur pays fut emporté dans un tourbillon criminel en l’espace de quelques années seulement», souligne «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich».

 

Lorsque le pouvoir totalitaire a étendu sa toile, il est trop tard pour le contrer. Il suit alors sa pente inexorable vers l’inhumain. C’est avant qu’il faut agir, ne serait-ce qu’en refusant de confier les clés du pouvoir à n’importe qui.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Le philologue juif Viktor Klemperer a décortiqué la langue utilisée par les nazis pour asseoir leur pouvoir. Son journal a été présenté par Arte au cours d'un documentaire  de Stan Neumann "La langue ne ment pas".


LA LANGUE NE MENT PAS - 1/4 par ESTETTE  

11:28 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : nazisme, vidéo, dictature | |  Facebook | | |

12/06/2013

Extrême droite et extrême gauche, même violence?

Après la mort en France d’un jeune militant antifasciste frappé par un membre des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, le président de l’UMP Jean-François Copé a mis l’extrême droite et l’extrême gauche dos à dos.

 

Les violences de ces deux extrémismes sont-elles de nature identique et doivent-ils être jetés dans le même panier de crabes aux pinces tranchantes? Non. Une fois encore, les politiciens français parlent plus vite qu’ils ne pensent. Du moins, quand ils pensent.

 

Certes, recevoir un coup provenant d’un néofasciste ou d’un anar du «Black Bloc» fait mal dans les deux cas. L’auteur de ces lignes peut témoigner, dans sa chair, de la brutalité du service d’ordre de la CGT, à l’époque où ce syndicat servait de courroie de transmission au Parti communiste. De même, les méthodes des hitlériens et des staliniens se rejoignent dans le totalitarisme.

 

Mais nous ne vivons plus dans les années 1920-1930, lorsque l’extrême gauche et l’extrême droite étaient de taille à peu près équivalente dans de nombreux pays d’Europe. Aujourd’hui, l’extrême droite atteint un volume plus important que celui de l’extrême gauche et la dépasse nettement en virulence. En France, l’extrême gauche n’a que rarement débordé les manifs mises sur pied par les syndicats, notamment contre le régime des retraites. En revanche, la plupart des défilés menés par les catholiques et la droite contre le mariage homosexuel se sont terminés en violences organisées par des groupes néofascistes qui ont cherché, de façon systématique, l’affrontement avec la police.

 

Aujourd’hui, en France et partout en Europe, le danger, c’est l’extrême droite. La Hongrie nous en offre un sinistre exemple. Mais le phénomène magyar ne se circonscrit pas qu’à ce pays.

 

Certes, les «Black blocs» qui sévissent dans les cortèges de gauche ne sont pas des bisounours aux auréoles couleur pastel. Mais on ne saurait les comparer aux meutes bien entraînées, organisées, dressées des groupes néofascistes. Leur idéologie centrée sur le chef constitue d’ailleurs un gage quant à l’efficacité de leur violence. Alors qu’en face, c’est plutôt l’anarchie qui règne. Par ce seul aspect, confondre les deux violences relève donc de l’absurde.

 

Pour les extrémistes de gauche non pacifiques, la violence est un moyen et non pas une fin, le but idéal étant d’atteindre la justice sociale. Cette attitude est périlleuse et erronée, comme l’Histoire nous l’a montré, des moyens violents conduisant à instaurer une société violente.

 

Mais l’état d’esprit qui la guide n’est pas le même que celui qui anime les extrémistes de droite pour qui la violence est toujours une fin. Elle est revendiquée comme le ferment d’une société organisée en fonction d’une hiérarchie rigide et fondée sur la discrimination raciste et sexiste, cette violence des violences.

 

Jean-Noël Cuénod

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L'avis d'un spécialiste de l'extrême droite interviewé par France 3. A noter son constat: les policiers français se sont plus occupés des extrémistes de gauche que de ceux de droite.

 

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24/05/2013

Georges Moustaki, éternel métèque, tire sa révérence

La poésie en chanson porte le deuil de Georges Moustaki, décédé, mercredi à Nice, d’une affection des bronches. Il venait de fêter ses 79 ans. Depuis plusieurs mois, les habitués de l’île Saint-Louis, au cœur de Paris, ne le côtoyaient plus dans les rues ou chez le glacier Berthillon. Il avait choisi le climat de la Côte d’Azur pour apaiser les symptômes de sa maladie pulmonaire qu’il savait irréversible.

Georges Moustaki a tiré sa révérence en enregistrant, avec la chanteuse franco-israélienne Orlika, ce titre éloquent: « Il est trop tard », qui est sorti en disque au mois de mars.

Sa passion pour les voyages et sa faculté de s’adapter à des styles de musique de toutes provenances ont pour source Alexandrie, où il est né le 3 mai 1934. A cette époque, la ville égyptienne est la quintessence du cosmopolitisme. Dans ce chaudron grouillent les cultures juives, musulmanes, chrétiennes, italiennes, arabes, turques, arméniennes, maltaises britanniques et françaises. De son vrai nom Youssef Mustacchi, le futur chanteur est le fils d’un couple grec de religion juive. Son père Nessim parle cinq langues et sa mère Sarah, six. Ils inscrivent Youssef à l’Ecole française d’Alexandrie, qui l’initie à notre culture.

Les succès de Charles Trenet l’éblouissent. Alors qu’il a 13 ans, sa mère l’accompagne au tour de chant d’Edith Piaf, dont il deviendra le fugitif compagnon onze ans plus tard.

Bedos, Brassens…

La tête pleine de chansons françaises, Moustaki s’installe à Paris dès 1951, où son beau-frère le poète Jean-Pierre Rosnay l’embarque dans son groupe, le JAR (Jeunes auteurs réunis), dont les membres s’appellent par dérision les «jarivistes». Parmi eux figure Guy Bedos. Peu après, Georges Brassens les rejoint. Convaincu par les premières chansons de Moustaki, il devient son mentor. Youssef abandonne son prénom pour choisir celui de Georges, en hommage à son modèle et soutien.

Vendeur de livres de poésie au porte-à-porte — une nourriture plus spirituelle que calorique —, chanteur de rue et de terrasse, Georges Moustaki devient pianiste de bar, activité qui lui permet de pousser parfois sa propre chansonnette. Il parvient à se faire engager dans les cabarets parisiens des années 50, lieux d’éclosion des plus grands talents de la poésie chantée. Il enrichit son répertoire qu’il propose à des vedettes comme Henri Salvador, et collabore avec le sublime guitariste Henri Crolla. Après son mariage avec la seule femme que ce séducteur a épousée, Moustaki devient en 1954 père de Pia, qui choisira, elle aussi, de faire carrière dans la chanson.

Intense rencontre avec Piaf

Sa rencontre, grâce à Crolla, avec Edith Piaf en 1958 va bouleverser sa vie. La liaison de Georges Moustaki avec ce volcan à la voix d’or ne tiendra qu’une année mais elle lui a semblé «avoir duré dix ans», avouera-t-il plus tard, tant la vie avec la Piaf est trépidante. Il compose pour elle les paroles de l’un des plus grands succès de la star,Milord.

Malgré quelques essais discographiques comme interprète, Georges Moustaki, au début des années 60, est surtout apprécié en tant qu’auteur et compositeur. L’acteur devenu chanteur Serge Reggiani lui doit ses meilleurs tubes. En tout, Moustaki a écrit 300 titres pour Yves Montand, Juliette Gréco, Barbara… Ce travailleur aura l’élégance de paraître paresseux.

Le métèque sort de l’ombre

Georges Moustaki connaît la gloire en tant qu’auteur-compositeur-interprète en 1969, avecLe métèque. Sa voix sourde et lumineuse à la fois, solaire mais voilée de brume marine séduit enfin. Surtout, la chanson correspond à l’air du temps — celui de Mai 68, auquel Moustaki participe avec enthousiasme — en évoquant un monde sans borne, fait de liberté pour chacun et de pain pour tous. Un engagement qui dure, puisque l’an passé, ce doux révolutionnaire appelle à voter Philippe Poutou, le candidat trotskiste du NPA, à l’élection présidentielle. Le voilà un an après qui part ailleurs avec sa guitare.

Jean-Noël Cuénod

Ecoutons-le

Je vous chante ma nostalgie

Ne riez pas si je rougis

Mes souvenirs n’ont pas vieilli

J’ai toujours le mal du pays

Alexandrie.  

Dir’ qu´il faudra mourir encor

Moi qui suis souvent déjà mort

Oui, mort d´amour et de plaisir

De quoi pourrais-je mieux mourir?

 

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22/05/2013

Tactiques parallèles de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont en commun la véhémence. Aujourd’hui, c’est ainsi que l’on fait de la politique en France et aussi ailleurs, à ouïr nos «grandes gueules» de l’UDC en Suisse et du MCG à Genève. Il est vrai que vociférer des imprécations est un exercice nettement moins épuisant pour les cervelles politiciennes que de réfléchir à une situation sociale et économique diablement compliquée par la société globalisée.

 

Les deux figures françaises des extrêmes de droite et de gauche partagent une autre similitude: elles déploient la même tactique vis-à-vis de leurs grands voisins idéologiques. Leurs objectifs sont parallèles: Marine Le Pen cherche à démolir l’UMP et Jean-Luc Mélenchon veut en faire de même à l’égard du Parti socialiste. S’ils lancent leurs assauts maintenant, c’est que la calamiteuse situation des deux formations de gouvernement les y engage.

 

L’UMP paraît plus divisée que jamais. La récente réconciliation entre François Fillon et Jean-François Copé n’est que de façade. Leurs dévorantes ambitions sont trop concurrentes pour qu’une véritable entente intervienne. A ce conflit s’ajoute une myriade d’autres qui opposent entre eux les seconds couteaux (habiles à se planter dans le dos du voisin). Mais le mal qui ronge l’UMP ne se résume pas qu’à ces fumantes et fumeuses batailles d’ego boursouflés. L’aile droite de cette «Union», qui ne mérite pas son nom, partage bien plus de convictions avec le Front national qu’avec son aile modérée que rien ne sépare des centristes de l’UDI fondée par Jean-Louis Borloo.

 

Cette configuration permet à Marine Le Pen de jouer sur du velours. Avec son mouvement «Bleu marine», elle a créé un sas pour les membres de l’UMP que l’étiquette Front national gênerait encore.

 

L’autre parti de gouvernement, le PS, ne se porte guère mieux. Les socialistes se montrent eux aussi divisés entre sociaux-libéraux et aile gauche. Les uns veulent assouplir le Code du travail et faire avaler d’amères pilules à leur électorat des classes moyennes. Les autres rêvent d’une participation active et centrale de l’Etat dans la réindustrialisation. Plus le temps passe, plus ces divergences s’exacerbent.

 

Le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon attise donc les contradictions internes du PS afin de provoquer une rupture radicale entre les deux grandes tendances qui se déchirent jusqu’au sein du gouvernement. Une partie des troupes du PS serait alors aimantée vers Mélenchon qui se verrait bien en soleil autour duquel graviteraient les communistes, les divers mouvements gauchistes, les socialistes de gauche, sans oublier les Verts.

 

Si les scénarios des deux Fronts se réalisaient, la France aurait pour figures politiques dominantes Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il faudrait alors débaptiser aussitôt la place de la Concorde*.

 

Jean-Noël Cuénod

 

*Voir la vidéo

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