15/11/2010

Editorial: l’adieu à la rupture selon Sarkozy

 

Il est difficile d’imaginer autobut plus spectaculaire. En annonçant, en juin dernier, la nomination d’un nouveau gouvernement, Nicolas Sarkozy pensait donner un coup de fouet à l’action gouvernementale après les affaires Woerth-Bettencourt et la réforme des retraites. Cinq mois plus tard, voilà le président français contraint par les députés de son parti, l’UMP, à reconduire, hier, François Fillon à Matignon, et à accepter le retour aux affaires d’un poids lourd chiraquien, Alain Juppé. Le fouet est tombé des mains de Sarkozy. Et le premier ministre s’en est aussitôt emparé.

Ce remaniement mollasson signifie la fin de la rupture sarkozyste et de l’omniprésidence ainsi que le retour de l’actuel président dans le sillon des institutions. Avant lui, aucun élu suprême de la Ve République – y compris le général de Gaulle – ne s’était transformé à ce point en «super-premier ministre», décidant de tout et dans tous les détails, ravalant le chef de son gouvernement au rang de collaborateur subalterne.

 A ce jeu, l’«omniprésident» s’est épuisé en multipliant les erreurs sur le plan intérieur, entre la calamiteuse gestion des affaires Woerth, le maintien de l’impopulaire bouclier fiscal et le passage en force, sans aucune pédagogie, de la réforme des retraites. Désormais, les rôles traditionnels seront distribués. Au président le soin de représenter la France à l’étranger, notamment à la tête du G20 pendant un an. Au premier ministre, la tâche de mener à bien la politique intérieure.

Enfant de Neuilly, cette banlieue privilégiée de Paris, Nicolas Sarkozy est en train de payer sa méconnaissance de la France qui compte, celle de la province. Sans précaution, il a voulu bousculer ce vieux peuple rebelle et conservateur. Or, même la droite qui le soutenait préfère maintenant François Fillon, qu’elle reconnaît pour l’un des siens et qui la réconforte par sa tranquille assurance.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 15 novembre 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

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19/10/2010

Manifs parisiennes contre la réforme des retraites : notre palmarès des pancartes

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Le Plouc vous offre son palmarès de pancartes, à peine extirpé des deux cortèges parisiens contre la réforme des retraites, ce mardi après-midi.


La plus rabelaisienne :


En haut, couilles en or
En bas, nouilles encore

La plus bucolique :

Les jeunes au turbin
Les vieux au jardin

La plus hygiénique :

Retrait de la réforme
Retraite en pleine forme

La plus fumante :

Sarko nuit gravement à notre santé

La plus sarkofestive :

Elle est bientôt finie, cette nuit de Fouquet’s ?

La plus agacée :

Une vraie retraite pour les vieux, un vrai travail pour les jeunes, retraite à 55 ans pour les présidents de la République pénibles.

La plus statistique :

La retraite à 62 ans selon la police, 60 ans selon les manifestants.


La plus genevoise :

« On a tout avec de l’argent, hormis des mœurs et des citoyens. » Jean-Jacques Rousseau.

La plus lausannoise :

« Que l’autorité se borne à être juste. Nous nous chargeons d’être heureux ». Benjamin Constant.

 

Jean-Noël Cuénod

Et voici quelques photos prises au vol à Paris entre la Place d'Italie et les Invalides par Le Plouc.

Cette grande marionnette est actionnée par les comédiens du Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine. Sans doute, représente-t-elle la République en marche.

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Et voilà un Jacobin qui veut limiter son nombre de balais même si l'envie de balayer le gouvernement lui monte au bonnet phrygien.

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22/09/2010

Ces mauvais chemins qui mènent aux Roms

Ainsi, la France est accusée de discriminer les Roms, qui forment ce peuple de lointaine origine indienne, naguère nomade et sédentarisé de force sous le régime communiste en Roumanie, notamment. La commissaire européenne à la Justice Viviane Reding a employé – en anglais, pour bien remettre une couche d’opprobre – les mots qui fâchent vis-à-vis de Paris. L’objet de son ire: la circulaire ministérielle désignant les Roms comme cible prioritaire de la destruction des camps illégaux.

Ici, les moulinets

Et la commissaire — une Luxembourgeoise sociale-chrétienne d’ordinaire fort modérée — de tracer un parallèle avec la Seconde guerre mondiale. La comparaison fait hurler Paris. Se rendant jeudi à Bruxelles pour participer au sommet de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy s’est pris de bec avec le président de la Commission Barroso. Le président français a ensuite provoqué un incident avec la chancelière  Angela Merkel en prétendant que Berlin allait également prendre des mesures anti-Roms, ce qui lui a valu un cinglant démenti. Sarkozy a donc mouliné ses petits bras et bombé son bréchet de moineau persuadé d’avoir  gagné des voix pour l’élection présidentielle de 2012 en insultant ses partenaires européens.

 L’éternel candidat, une fois de plus, ne parvient pas à devenir président. Sans doute son cas est-il désespéré. Et désespérant.

Basse politique

Même si elle obéit à des raisons de basse politique, on peut comprendre la réaction du gouvernement français. Lorsque les nazis et leurs collaborateurs français ou d’autres Etats occupés expulsaient des Roms, ce n’était certes pas pour les ramener dans leur pays d’origine mais afin de les exterminer. Et il n’était vraiment pas question de leur donner — comme le fait la France actuellement — un pécule de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant. En l’occurrence, comparaison est déraison.

Nazisme à toutes les sauces

Brandir à tout bout de champ le nazisme et la collaboration pour illustrer le présent provoque deux effets pervers: on brouille le réel et on banalise l’horreur.
 
Si la commissaire Viviane Reding a déraillé, le gouvernement français lui a tout de même offert un fagot de verges pour se faire fouetter. Le ministre de l’immigration Eric Besson et le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Pierre Lellouche avaient expliqué fin juillet à Bruxelles que les expulsions d’Européens clandestins en France s’effectueraient sans discrimination contre tel ou tel groupe ethnique. Or, un mois et demi plus tard, la commissaire Reding apprend en lisant la presse l’existence de circulaire du ministère de l’Intérieur qui ordonne clairement de prendre des mesures discriminatoires vis-à-vis d’un groupe particulier, les Roms. On comprend la colère de la commissaire européenne devant cette attitude, pour le moins, légère.

Circulaire indéfendable

Ensuite, la circulaire ministérielle est indéfendable sur le fond. Il y aurait donc en France, plusieurs sortes de clandestins et il faudrait les soumettre à une manière de tri en fonction de leur appartenance ethnique. On expulserait ainsi les Roms en priorité. Pourquoi les Roms? Parce que les chemins de l’opinion publique mènent à eux actuellement? Pour le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, c’est une nouvelle bévue qui s’ajoute à son impressionnante collection. Le premier responsable de cette situation n’est autre que le président Sarkozy. Quelle idée de nommer Gaston Lagaffe à un poste aussi sensible, où le doigté doit toujours s’associer à la fermeté!

Cela dit, la France n’a pas le monopole de la «romophobie» qui affecte nombre d’autres nations, y compris la nôtre. Dans les pays de l’Europe riche, les Roms se sont «nomadisés» à nouveau, en quête de ce pain qu’ils ne trouvent pas dans leurs pays d’origine. Ils ont ainsi réveillé le vieil antagonisme qui les oppose aux sédentaires.

L’Europe doit désormais apprendre à maîtriser cette question de façon intelligente. Et les feux de bouche n’apporteront aucune lumière.

Jean-Noël Cuénod

Pour donner une autre image des Roms, voici cet extrait du film de Tony Gatlif "Latcho Drom".

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10/09/2010

Démocratie directe ou démocratie pédestre?


Qu’elle soit de droite ou de gauche, la France éprouve une certaine appétence pour la démocratie directe. Mardi, (voir la vidéo de BFMTV) dans le cortège parisien contre la réforme des retraites, le Parti de Gauche — la formation de l’eurodéputé Jean-Luc Mélenchon qui a quitté le PS pour cause de tiédeur idéologique — distribuait cet autocollant: «Retraites - Il faut un référendum». Sur le bord opposé du fleuve politique, le Front national prône lui aussi le recours à la consultation populaire sauce helvétique. Toutefois, la caste intello-médiatique française la repousse avec horreur. Ce serait, dit-elle, faire le jeu de tous les populismes.  

 

Tout d’abord, cessons une bonne fois pour toutes d’appeler «populisme» ce qui relève du «démagogisme». Que les politiciens débattent avec le peuple et l’écoutent, c’est la moindre des choses en démocratie. Cette démarche doit être distinguée de celle des démagogues qui agitent le peuple avant de s’en servir.

Pour dénigrer référendum et initiative populaire, certains adversaires outre-Jura n’hésitent pas à rappeler l’usage que fit Hitler du référendum pour asseoir sa dictature. Le parallèle est d’un ridicule achevé. L’Allemagne nazie n’organisait pas un référendum, au sens où nous l’entendons, mais un plébiscite.

Dans un référendum, le peuple est consulté soit parce qu’il le veut, soit parce que la Constitution l’exige. Le plébiscite, lui, reste dans les mains du tyran qui décide de sa propre initiative de consulter le peuple, après s’être assuré que le résultat sera conforme à sa volonté.

En outre, la démocratie directe n’est pas une machine à fabriquer des extrémistes, puisque des partis «démagogistes» ont triomphé dans des pays qui ne connaissent pas notre système, comme les Pays-Bas. Cela dit, comme à toute entreprise humaine, il lui faut des garde-fous. Le peuple pourrait aussi, sans y être poussé par un despote, attenter aux droits fondamentaux. Une Cour constitutionnelle remplirait ainsi ce rôle de vigie. Elle fait défaut en Suisse, hélas.

L’une des vertus de la votation réside dans cette obligation qu’elle induit à négocier. Dans la réforme des retraites qu’engage le gouvernement français, l’observateur suisse est frappé par l’autisme organisé qui caractérise tant l’exécutif que les syndicats.
Ces derniers nient les conséquences du bouleversement de la pyramide des âges. De son côté, le président Sarkozy impose sa réforme en refusant d’avance toute remise en cause, sauf à la marge.

Alors, pour tenter de faire entendre leur voix, les syndicats recourent à une sorte de démocratie pédestre en lançant ce pari: plus les manifestants sont nombreux à battre le pavé, plus les concessions seront substantielles. L’ennui, c’est que les évaluations du nombre de marcheurs protestataires ne sont crédibles ni de la part des policiers, ni de celle des organisateurs.

De plus, même s’ils furent fort bien garnis, les cortèges de mardi 7 septembre n’ont réuni, en s’en tenant aux chiffres des syndicats, qu’environ 10% de la population active. Ce qui ne confère pas à ce genre d’action une légitimité en béton armé. La démocratie directe aurait eu pour effet de contraindre les syndicats à tenir compte de la réalité présente, et le gouvernement à laisser tomber sa défroque autoritaire.


Jean-Noël Cuénod

 

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02/09/2010

La Croix et le Triangle contre Nicolas Sarkozy

croix-mer-bretagne.jpg

 
portait-nicolas-sarkozy.jpgdelta-lumineux-or.jpgLes  mesures sécuritaires à relents xénophobes prises cet été par le président Nicolas Sarkozy suscitent la vive opposition des deux piliers antagoniques mais complémentaires de la morale française: l’Eglise catholique romaine et le Grand Orient de France.
L’une est la dépositaire des traditions chrétiennes de sa «fille aînée» contre les vents et les marées de l’Histoire. L’autre, principal pôle fédérateur de Loges maçonniques en France, est le vigilant gardien des traditions laïques et républicaines du pays voisin.
L’Histoire a souvent opposé ces deux piliers — la croix et le triangle. Aujourd’hui encore, le regard qu’ils portent l’un envers l’autre reste empreint d’une grande méfiance. Mais le renvoi massif des Roms et la remise en cause de la naturalisation française de certains criminels les placent dans la même position de refus, au nom des valeurs chrétiennes et républicaines.
 
 
La réaction de l’Eglise romaine s’est révélée d’une particulière virulence. Ainsi, un prêtre lillois — le Père Arthur — a-t-il renvoyé au ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux sa médaille de l’Ordre du Mérite en guise de protestation. En proie à une sacrée colère, le Père Arthur a même déclaré qu’il priait «pour que Nicolas Sarkozy ait une crise cardiaque», tout en regrettant peu après cette prière peu catholique. Le pape a usé de mots plus choisis pour stigmatiser l’action sécuritaire du président français, mais son propos ne s’en montre pas moins ferme lorsque Benoît XVI exhorte le chef de l’Etat à «accueillir les légitimes diversités humaines».
 
 
Quant au Grand Orient de France, qui tient ses assises aujourd’hui et demain, il proclame à l’endroit de l’Elysée: «La stigmatisation et l'exclusion, la confusion et l’amalgame, ne sauraient résoudre les problèmes qui se posent».
Elevé à la dignité de chanoine du Latran par Benoît XVI au début de son quinquennat, le président français n’est donc plus en odeur de sainteté au Vatican. Et le fait que le secrétaire général du parti sarkozyste UMP Xavier Bertrand appartienne à une Loge du Grand Orient, comme il l’a publiquement annoncé, ne met aucune eau dans le vin des agapes maçonniques.
 
 
A notre connaissance, Nicolas Sarkozy est le premier chef d’Etat français à prendre le risque d’affronter l’Eglise et le Temple en même temps. Depuis le Consulat, le pouvoir politique a tenté, soit de se concilier les deux piliers, soit de jouer l’un contre l’autre, mais a toujours évité de les prendre de front ensemble. Certes, leur influence politique n’est plus celle qui prévalait au début du XXème siècle. Il n’en demeure pas moins que les 47 000 francs-maçons du Grand Orient de France pèsent encore d’un poids certain dans la vie associative, de même que les catholiques.
 
 
Par ses discours que ne renierait pas Blocher, Sarkozy a voulu récupérer ses électeurs d’extrême droite qui sont en train de rentrer au bercail de la famille Le Pen. Le pari est des plus hasardeux, car il risque aussi de légitimer le discours du Front national et de lui donner ainsi des voix. Tout en perdant celles de la droite chrétienne et du centre républicain.
Jean-Noël Cuénod
(Ce texte a paru en rubrique "Perspective" de la "Tribune de Genève" et en rubrique "Réflexion" de "24 Heures" jeudi 2 septembre)

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22/07/2010

Sarkozy signe-t-il la fin de la Ve République?

sarko-grimace.jpgL’actuelle Constitution, base de la Ve République, a permis à la France de se sortir des guerres coloniales qui, de 1945 à 1962, ont fait perdre à ce pays des milliers d’hommes. La caste militaire française — assoiffée de revanche et de gloriole — avait précipité cette nation dans de ruineux conflits perdus d’avance. Il fallait l’immense figure du général de Gaulle pour venir à bout de cette camarilla en képi. La faiblesse des institutions de la IVe République — avec sa valse des gouvernements aussitôt nommés, aussitôt déchus — ne le permettait pas. D’où cette constitution gaullienne qui réconcilie la lettre républicaine avec l’esprit monarchique.

 

Après la disparition du Général, la Ve République a tenu le coup mais en s’étiolant un peu à chaque changement de président. Georges Pompidou est décédé trop tôt pour que l’on tire un enseignement de sa présidence. Giscard d’Estaing a — déjà! — voulu marquer une rupture avec le style empesé du gaullisme traditionnel. Avec l’insuccès que l’on sait. Par l’élection de François Mitterrand, la Ve a prouvé qu’elle pouvait être présidée par un socialiste qui, grand procureur de la Constitution lorsqu’il était dans l’opposition, s’en est fait l’habile avocat durant ses quatorze ans de règne.

 

Ses deux premières années de présidence ont été marquées par des trains — que dis-je? Des TGV! — de réformes qui se sont écrasés sur le mur de l’économie. Surnage de ces années de mitterrandisme à dose concentrée, la suppression de la peine de mort, qui a valeur historique. Dès 1983, après son «tournant de la rigueur», le président socialiste a adopté cette tactique que son successeur Jacques Chirac a élevée au rang des beaux-arts: en faire le moins possible pour durer le plus longtemps possible. Mission accomplie dans les deux cas.

Rompre avec l'omnipotence impuissante

Nicolas Sarkozy a voulu rompre avec l’oxymore chiraco-mitterrandien, l’omnipotence impuissante, en piétinant de ses talonettes courroucées la couronne des Rois fainéants. Il a donc concentré sur sa personne tous les pouvoirs. Mises à part quelques heureuses exceptions comme Christine Lagarde, Pierre Lellouche ou Bruno Le Maire, les ministres étaient choisis en fonction de critères médiatiques, voire télégéniques plus que pour leurs compétences.

 

 Quant aux corps constitués, le nouveau président a d’emblée saccagé leurs plates-bandes, comparant les magistrats «à des petits pois», humiliant le plus haut gradé de l’armée, traitant les préfets comme des larbins à son service, méprisant les diplomates. Il s’est aussi transformé en prince des médias, nommant les dirigeants des chaînes publiques, intervenant auprès des patrons de presse, réclamant souvent des têtes et les obtenant parfois.

 

Les jouets du pouvoir sont usés

Sa modeste réforme du Parlement, sa désignation de deux socialistes à la direction de la commission des finances de l’Assemblée nationale et de la Cour des comptes ne suffisent pas à briser son image d’autocrate «criseux». Comme un enfant grisé par l’avalanche de jouets à Noël, il a usé de tous les pouvoirs, directs et indirects, que lui offre la Constitution. Même de Gaulle s’est bien gardé de tomber dans ce travers en se consacrant à l’essentiel.
Par cet emploi frénétique, ces jouets paraissent aujourd’hui esquintés. La magie de l’hyperprésidence s’efface. Dès lors, Nicolas Sarkozy n’est-il pas en train de signer la fin de la Ve République? La France devra éviter de recourir aux errements de la IVe République. Mais en donnant trop de pouvoirs à un seul homme, l’actuelle Constitution a atteint ses limites. Les Français, à court ou moyen terme, se reposeront la question de leurs institutions.

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08/04/2010

Sarkozy : l’indécollable sparadrap de la rumeur


Comme le capitaine Haddock qui ne parvient pas à décoller ce maudit sparadrap, Nicolas Sarkozy et la Première Dame numéro 2 demeurent empêtrés dans la rumeur. Alors que celle-ci commençait à fléchir, voilà Pierre Charon, le conseiller en communication de Carla Bruni-Sarkozy, qui remet une couche en prononçant des propos hallucinants sur « une espèce de complot organisé avec des mouvements financiers » et des vilains graphomanes allemands, anglais et – berk ! – suisses. « Il faut que la peur change de camp », poursuivait-il à la manière d’un Deubelyou Bush lançant ses GI’S sur l’Irak. Il est heureux pour ce personnage que le ridicule ne tue plus depuis l’interdiction – très regrettée – des duels. En revanche, ce Charon aurait voulu remettre en route le moulin à rumeurs qu’il ne s’y serait pas mieux pris !
Il s’en est suivi une série impressionnante de couacs dignes des marxistes tendances Brothers. A Europe 1, mercredi 7 avril (voir la vidéo), Carla Bruni-Sarkozy dément haut et fort qu’une enquête de police fût diligentée pour connaître la source des rumeurs : « On ne fait pas une enquête sur des commérages… C'est inimaginable de dire des choses pareilles ! »

 

 

La Première Dame n'est pas la première informée

 

Deux heures plus tard – patatras ! - « l’inimaginable » devient réalité. Le site Médiapart annonce : le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, lui a confirmé que ses services ont bien «mené une enquête pour déterminer l'origine des rumeurs qui se sont propagées sur Internet concernant la vie privée de Nicolas Sarkozy et celle de Carla Bruni».

 Apparemment, la Première Dame n’est pas la première informée. Ou alors, c'est le chef du renseignement qui est mal renseigné.


Autre épisode, l’inévitable Rachida Dati qui se faisait – presque – oublier. Le « Canard Enchaîné » et « Le Monde » relèvent que des proches de l’Elysée soupçonnent l’ancienne Garde des Sceaux d’avoir alimenté la rumeur. Hurlement de louve : la députée européenne dément à tours de langue courroucée.

 
A la Genèse de ces mécomptes à dormir debout, l’Elysée a dénoncé des scribouillards-twitteurs qui auraient parasité le site du JDD (Journal du Dimanche), début mars, en lançant des inepties sur le couple. En fait, ces rumeurs ne cessaient de courir les rédactions parisiennes depuis la mi-février, avec un pic à la fin de ce mois que Le Plouc a pu constater en se rendant au Salon de l’Agriculture. Sarkozy n’avait pas honoré de son omniprésidentielle présence l’inauguration de ce plus grand rendez-vous de la France profonde, contrairement aux usages.  

Et comme les paysans apprécient le respect des traditions, cette absence a fait jaser entre un coup de Calva au stand de la Basse-Normandie et une descente de Pécharmant (non, je ne me suis pas trompé d’orthographe, il s’agit d’un magnifique vin de Bergerac) chez les Périgordins.

 

Ces rumeurs ne sont pas autres choses que… des rumeurs. Mais elles sont consubstantielles au sarkozysme. Avant même que Sarkozy ne se hisse sur le trône élyséen, elles circulaient à propos de ses relations avec Cécilia, sa deuxième femme. On se rappelle son bureau à Bercy, lorsque son mari occupait le Ministère des Finances. Et son escapade à New-York. Et les retrouvailles sous le regard larmoyant des caméras attendries. Et son ambassade officielle pour arracher les infirmières bulgares aux griffes de l’Hirsute des Sables (Merz aurait pu en prendre de la graine !). Et enfin, le premier divorce présidentiel sous la Ve République.

 

Puis, a succédé, la saga Carla, supervedette de la pipolerie mondialisée. Le Plouc est tombé de sa chaise dorée lorsque le 8 janvier 2008, dans la grande salle de l’Elysée, pendant une conférence de presse où le sort du Sarkoland devait se dessiner, Nicolas Sarkozy clamait aux médias de la France et du monde : « Avec Carla, c’est du sérieux ». Le Plouc voit encore ses confrères britanniques et américains se tordre les côtes alors que les journalistes allemands en avalaient leur parapluie.

 

Dans ces conditions, la rumeur n’est pas un accident, c’est une seconde nature.

 

Jean-Noël Cuénod

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01/04/2010

Guillon et Zemmour: un vent de censure souffle sur le Sarkoland

Le Plouc ne peut pas encadrer le polémiste Figaroïde Eric Zemmour et l’amuseur France-interrien Stéphane Guillon le fait bailler. Cela dit, les poursuites judiciaires et les attaques du pouvoir qui pourfendent l’un et matraquent l’autre relèvent de l’inacceptable. Elles sont autant d’effluves délétères portés par le vent de censure qui souffle actuellement sur le Sarkoland.

 

Eric Zemmour est accusé d’avoir dérapé lors d’une émission de Thierry Ardisson  sur Canal + en affirmant : "les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres, parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C'est un fait" (voir la vidéo).


Certes, le propos est d’une bêtise confondante.  Si les blancs se faisaient contrôler autant que les noirs, il est évident que les policiers trouveraient plus de trafiquants parmi eux ! La cocaïne serait-il un produit inconnu dans les quartiers chicos de Neuilly-sur-Seine ou sous les Tours de la Défense qui abritent les courtiers et autres traideurs ?

 

Les keufs cherchent de la drogue dans les quartiers déshérités. Et ils en trouvent. S’ils la traquaient avec autant d’ardeur dans  le XVIe, ils en dénicheraient aussi. Mais alors, les fouineurs devraient s’expliquer avec leur supérieur aux prises avec les coups de téléphones courroucés de Papa-bien-placé-et-qui- a-le-bras-long. Mauvais pour l’avancement, ça ! En arrêtant les dileurs de Garges-lès-Gonesse, les flics dopent leurs statistiques et reçoivent les félicitations de leur hiérarchie. S’ils s’avisaient de faire la même chose à Auteuil, ils ne récolteraient qu’une gerbe d’emmerdements.

 

De plus, le trafic de drogue est une activité dont la complexité dépasse les propos de bistrots ou de Canal +. Elle fait vivre des mafieux au teint très clair, passe par des financiers tout aussi pâles et la demande provient en majorité des pays occidentaux. Or, sans mafias, sans intermédiaires financiers et sans demande, pas de trafic.

 

Alors, faut-il punir Zemmour d’avoir proféré une idiotie ? S’il en était ainsi, autant transformer la planète en prison. On doit répondre à ce genre de propos raciste, plutôt que de traîner leurs auteurs en justice.  Débattre avec des personnes qui sont de notre avis n’a aucun intérêt. Ce n’est plus un débat mais une aimable conversation qui ne produit rien d’autre que la mutuelle satisfaction des participants. On débat donc avec des adversaires, voire des ennemis.  Si le juge devient l’arbitre, le débat meurt aussitôt et avec lui, un élément essentiel de la démocratie.

 

Stéphane Guillon  batifole sur la rive opposée avec la légèreté d’un rhinocéros qui, à heure fixe, serait pris d’une crise de paludisme sarkophobique. Il n’aime pas Eric Besson qui a trahi son parti d’origine – le PS -  pour une belle gamelle gouvernementale. Et lors d’une chronique à France-Inter (voir la vidéo), Guillon met évidence « les yeux de fouine » et le « menton fuyant » du ministre, ce qui lui donnerait « un profil à la Iago, idéal pour la traîtrise ».

 Besson monte sur ses grands chevaux et le patron de Radio-France, Jean-Luc Hees, doit présenter à Monsieur le Ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale, ses excuses les plus ampoulées.

 

Utiliser les traits physiques dans un portrait charge est une méthode périlleuse qui mène parfois à l’injure raciste. On pense aux descriptions  des Juifs par les antisémites. Lorsqu’elle vise un homme dans son identité collective, la caricature peut alors verser dans cette inacceptable ornière. Dans le cas présent, Guillon décrit le physique de Besson -  comme individu et non en tant que membre de telle ou telle communauté -  à la manière d’un dessinateur. Imaginerait-on notre formidable Hermann renoncer à brosser la coupe bol de Micheline Calmy-Rey ou dessiner la lippe pendante de Blocher ? Tant qu’on y est, pourquoi ne pas obliger son confrère du Monde Plantu à représenter Sarkozy avec la taille d’un pivot de basket ?

 

Ces deux affaires interviennent à un moment où la presse française craint d’évoquer la vie privée du président de la République, alors que celui-ci a toujours voulu la mettre en scène, à sa façon et selon ses intérêts politiques. 
Défendre Zemmour et Guillon relève donc de l’hygiène démocratique, à opposer aux miasmes que colporte ce vent de censure.

Jean-Noël Cuénod

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