19/06/2014

Faire confiance aux politiciens ? Et quoi encore? Les Jeudis du Plouc

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Lors d’un dîner entre amis, lancez cette exclamation, histoire de raviver le feu d’une conversation en train de s’éteindre : « Eh bien, moi je fais confiance aux politiciens !» Retour d’ambiance garanti, avec ricanements, moqueries, lazzis, colères, démonstrations d’effarement. En effet, tous les sondages le démontrent, personne n’accorde son crédit à ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire. Seuls les journalistes attirent autant de méfiance et de défiance. Sans doute, le public les juge-t-il contaminés en raison de leur trop grande proximité – réelle ou fantasmée – avec le pouvoir politique.

 

Même en Allemagne, où Angela Merkel semble échapper à ce phénomène, la confiance de l’électeur envers le gouvernement n’est pas sans borne puisque, par son récent vote au législatif, il a installé les sociaux-démocrates à côté des démocrates-chrétiens au gouvernement, comme si associer l’ancienne opposition à l’exercice du pouvoir allait servir de garde-fou réciproque aux deux plus puissants partis allemands.

 

En Suisse, autre pays à l’économie florissante, la confiance paraît encore plus limitée, le Conseil fédéral recevant régulièrement moult claques à l’issue des votations populaires. Et lorsque ses projets sont approuvés, le gouvernement paraît tellement surpris que ses ministres se partagent entre larmes d’émotion et sourires illuminés par ce miracle.

 

Mais au moins dans ces Etats, sous le brouillard de la méfiance, les citoyens gardent tout de même une lueur de confiance envers la politique en général.

 

C’est en France, la belle dame malade de l’Europe, que ce phénomène atteint son paroxysme. Le stade de la méfiance y est dépassé depuis longtemps pour laisser place à celui de la défiance. Les deux partis de gouvernement, le PS et l’UMP, en sont les plus atteints. Il faut dire que ces deux larrons redoublent d’effort pour mériter les crachats qu’ils essuient. Mais les autres formations n’attirent pas plus la sympathie.

Même le Front national, qui parade avec ses 25% de voix récoltés aux Européennes, n’est guère mieux loti. En tenant compte des abstentions, on constate que seuls 10% des Français en âge de voter ont donné leur suffrage aux frontistes. Une vaguelette Marine, mais point de raz-de-marée. D’ailleurs, la tenancière de l’entreprise familiale Le Pen n’obtient pas des résultats bien probants dans les sondages à la rubrique «lui faites-vous confiance?» Dans un sondage BVA publié dans Le Parisien du 10 mai dernier, 78% des personnes interrogées ont déclaré ne pas lui faire confiance pour gouverner leur pays. Les Français se rendent bien compte qu’avec Marine au gouvernail, le paquebot France coulerait encore plus vite.

 

Interviewé par l’excellente revue CLES, Boris Cyrulnik, relève que «dans une démocratie, mille vérités et façons de vivre se contredisent. La liberté diversifie les normes et le partage du savoir complexifie les visions. C’est (…) stimulant. Mais le prix à payer est l’intranquillité et le doute. Et donc la défiance.»

 

Toutefois, cette défiance, effet secondaire inconfortable de la liberté, n’atteint pas la même intensité détestataire que la défiance exprimée par les Français sous la forme d’une répulsion chronique à l’égard des politiciens. Tout a été dit sur les raisons de ce phénomène (lire aussi notre blogue de la semaine passée «Du Front national au PS et l’UMP : la grande déglingue des partis français») : l’effet caste qui prend une ampleur particulière dans la politique française par rapport à ses voisins (même moule énarchique tous partis confondus, carriérisme, népotisme dont le Front national offre l’exemple le plus indécent), la contradiction criante entre la réduction des marges de manœuvres politiques sur le plan national et la concentration des pouvoirs dans les seules mains présidentielles, l’esprit lèche-escarpins, héritage des courtisans, qui enferme les dirigeants dans une bulle d’irréalité narcissique.

 Cette défiance détestataire est donc compréhensible. Et pour sortir d’épaisseur, la France devra en passer par bien des bouleversements, non seulement institutionnels et économiques, mais surtout moraux et spirituels. Comme pour les grands blessés en voie de convalescence, la rééducation sera nécessaire. Parmi ses réapprentissages, celui de la confiance ne sera pas le moins laborieux. Confiance en son destin, en son être collectif. Confiance envers ses institutions qui, bien sûr, devront être rebâties. La confiance est un moteur qui permet à l’action collective de se développer.

 

Mais il est malaisé de faire confiance. Cela suppose un certain abandon de soi-même à ce qui pourrait n’être qu’une illusion ; cela suppose aussi une prise de risque, celui de se tromper. Mais si la défiance demeure, elle fige tout un pays dans un gel acide qui le ronge. Rien n’avance et rien ne change, tout se bloque et se grippe.

La confiance, c’est accepter l’éventualité d’être déçu pour, peut-être, ne plus l’être. Qui sait? Les Français seront-ils un jour, à l’image de l’expression vaudoise, «déçus en bien» ?

 

Jean-Noël Cuénod 

   

LE PLOUC CAUSE DANS LE POSTE A EUROPE1

 

Le Plouc a récemment participé sur Europe1 à l’émission de Sophie Larmoyer «Carnet du Monde», en compagnie de son confrère néerlandais Stefan de Vries.


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13/06/2014

Du Front national au PS et l’UMP : la grande déglingue des partis français (Les Jeudis du Plouc)

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Le paysage politique français ressemble à un champ de ruines. De ruines ? Non, l’image est à jeter. Il y a de belles ruines, évocatrices et attachantes. Rien de tel en l’occurrence. Disons qu’il est semblable à un champ de détritus et n’en parlons plus. Enfin si, parlons-en. Car depuis la guerre d’Algérie, jamais la France n’a traversé une période aussi périlleuse.

 

Sa situation sociale bloquée et son économie en déclin accéléré sont encore aggravées par une caste politique d’une rare médiocrité et qui ne cesse de sombrer dans le ridicule. Vis-à-vis de ses voisins, la France décroche, même par rapport à l’Italie. Après avoir chaussé le clown Berlusconi, la Botte a sombré au fond du gouffre. Elle est en train d’en sortir grâce aux réformes que Matteo Renzi a su faire accepter à son peuple, en damant le pion aux partis démagogistes. A ce rythme, le fameux couple franco-allemand sera remplacé par le couple italo-allemand.

 

Le Parti socialiste au pouvoir est incapable d’expliquer aux citoyens les réformes qu’il envisage d’appliquer, réformes qui se transforment vite en demi-mesure, voire en chiffon de papier dans une poubelle. Son président n’est pas seulement impopulaire, il est méprisé, même par une grande partie de ses électeurs.

Les petites combinaisons de François Hollande qui ont fait merveille durant son règne de patron du PS ne lui servent à rien lorsqu’il s’agit de négocier les intérêts de son pays auprès des instances européennes. Hollande s’y est d’ailleurs fait rouler dans la farine par Angela Merkel qui a réussi à prendre le commandement de l’Union en imposant sa politique d’austérité qui sert les intérêts de l’Allemagne. Hollande suit donc la même politique d’abdication face à Berlin que celle qu’avait suivie de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Or, le socialiste a été élu pour, justement, en faire une autre.

 

Le principal parti d’opposition, l’UMP, réussit l’exploit de tomber encore plus bas que le PS au pouvoir. On ne compte plus le nombre d’affaires politico-financières qui accablent plusieurs de ses dirigeants, à commencer par Sarkozy qui veut, malgré tout, reprendre du service pour 2017. La casserole la plus récente – le dossier Bygmalion ­– déborde de fausses factures qui ont asséché les comptes de l’UMP, alors que les militants de base avaient dû cracher au bassinet pour renflouer les caisses de leur parti à la suite d’un Sarkothon resté dans toutes les mémoires. Et voilà que certains protagonistes murmurent qu’ils se pourraient bien que l’argent détourné ait servi à la campagne présidentielle de Sarkozy en 2012. Pour un parti qui veut gérer la France, voilà qui fait vraiment très sérieux !

 

Le Front national se montre tout aussi lamentable. Grand vainqueur des élections européennes, le FN offre l’hilarant spectacle d’une polémique familiale opposant publiquement les Le Pen père et fille, à propos de la « sortie » antisémite du paternel frontiste contre le chanteur Patrick Bruel. Mais ce n’est pas tout. Selon Mediapart, le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire afin de connaître l’origine d’un enrichissement personnel de Jean-Marie Le Pen, enrichissement évalué à 1,1 million d’euros entre 2004 et 2009.

 

Les trois principaux partis français perdent chaque jour de leur crédibilité. Les autres (centristes divers, Front de gauche, Verts) ne se montrent pas plus convaincants. Les Français sont désormais persuadés qu’avec de pareils bourrins son attelage ne sortira pas de l’ornière. Et c’est ce qui les angoisse. Par qui les remplacer ? En fait, c’est tout le système de la Ve République qui est mort et dont le cadavre ne cesse d’empuantir l’Hexagone. Deux tribus néfastes encombrent les allées du pouvoir. La plus ancienne, l’Enarchie, continue à pondre des textes de lois abscons, tarabiscotés, totalement déconnectés de la réalité, inapplicables et incompréhensibles. La plus jeune, la Comm’, multiplie les «éléments de langage» à l’intention des politiciens, ce qui consiste à diffuser un sabir tellement prévisible et formaté qu’il en devient comique.

Au sommet, trône un roi élu, revêtu de tous les pouvoirs symboliques mais ne pouvant plus guère en exercer. Car, le pouvoir politique ne s’active plus dans le pré carré national mais au sein des instances mondialisées. On peut s’en lamenter et grossir le chœur des pleureuses, la globalisation est un fait particulièrement têtu qui a transformé le Roi républicain en un bouffon qui agite ses grelots en croyant encore brandir un sceptre.

 

Mais pour élire ce Roi impotent dans son omnipotence de papier, il en faut de la galette! Les campagnes électorales deviennent des spectacles avec effets spéciaux (et spécieux) gigantesques et onéreux. D’où le recours à la gymnastique comptable dans le meilleur des cas et aux magouilles crapuleuses dans le pire.

 

Ce système n’est plus réformable et pour que la France se ressaisisse, il lui faudra passer par un changement radical et profond de ses structures. Seul son peuple, trouvant en lui des forces nouvelles, peut mener cette transformation. Ce pays s’est toujours réformé dans la douleur et parfois le drame. Espérons qu’il affrontera la douleur en évitant le drame.

 

Jean-Noël Cuénod


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ANALYSE D'UN JOURNALISTE POLITIQUE SUR L'UMP


Jeudy Politique : Fillon/Juppé 1 – Sarkozy 0 par lejdd

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17/05/2014

Elections européennes : Chevènement, Grand Timonier des pêcheurs à la ligne

 

union européenne,campagne,élections,politique,FranceAncien ministre de Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement se fait l’héroïque héraut des vertus républicaines, de l’engagement citoyen, de la participation active à la vie démocratique. Pour civiliser ceux qu’ils qualifiaient de «sauvageons» – avec ce phrasé caractéristique du pédant en train de manger de la purée de patate – il leur prescrivait une bonne dose de Marseillaise à entonner en classe tous les matins. Ah, avec lui, Madame Taubira[1] aurait marché droit et chanté juste.

Ce donneur de leçon et son parti, le Mouvement républicain et citoyen, mènent actuellement campagne pour les élections européennes. « Ben oui », allez-vous me répliquer (si, si vous allez me répliquer, je vous connais !), « comme tout le monde ! » Ben non, pas comme tout le monde ! Les chevènementistes répandent sur les murs des villes françaises de grandes affiches pour inviter les citoyens à… s’abstenir le 25 mai: « Nous appelons tous les citoyens à consacrer ce dimanche à leurs proches et aux activités qui leur sont chères. » Et d’ajouter : « Notre appel au boycott est un « non » républicain de résistance. » Sauf que les résistants, eux, ne se contentaient pas de bronzer au soleil dominical.

Que le Mouvement républicain et citoyen défende des positions souverainistes et combatte les actuelles institutions européennes, rien n’est plus légitime. Mais qu’un parti qui se prétend « citoyen » prône l’incivisme de l’abstention, voilà qui est aussi incohérent politiquement qu’inacceptable moralement. Le Parlement est la seule institution démocratique et le boycotter favorise ce pouvoir technocratique de Bruxelles que les chevènementistes vilipendent à tours de langues fourchues.

Voilà donc le « Che » du territoire de Belfort qui s’installe dans son nouveau rôle de Grand Timonier des pêcheurs à la ligne. « Un ministre ça démissionne ou ça ferme sa gueule », disait-il autrefois. En écho, Pierre Dac lui répond : « Ceux qui l’ouvrent avant de la fermer feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir».

Jean-Noël Cuénod



[1] Pour les extraterrestres qui viendrait d’atterrir sur la planète France : la ministre de la Justice a été accusée de ne pas avoir chanté la Marseillaise lors d’une cérémonie. Cela a enclenché une de ces ridicules polémiques montées de toutes pièces pour alimenter l’opinion avec des sujets qui ne fatiguent pas la tête.

 

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08/04/2014

Manuel Valls un bon discours dans la pire des situations (avec vidéo)

 

 

Pour son discours engageant, mardi après-midi, la responsabilité du nouveau gouvernement socialiste français, Manuel Valls était condamné à être bon. Il le fut. Les premiers pas d’une nouvelle équipe dirigeante sont déterminants à une époque où tout va très vite, du fait de l’hystérie médiatique généralisée et du quinquennat qui, en raccourcissant le mandat présidentiel de deux ans, a accéléré tout le processus politique en France. Le défi était d’autant plus important à relever pour le premier ministre que son parti a subi un effondrement historique à l’issue des élections municipales. Il fallait tourner la page, au plus vite.

Manuel Valls a donc plutôt réussi son grand oral à la forme et au fond.

 

A la forme.

Son ton clair, ferme mais calme a tranché avec les vociférations infantiles d’une partie des députés UMP, les moins présentables d’entre eux, tel Balkany, se montrant les plus odieux. Ce qui a plutôt servi le nouveau chef du gouvernement. Valls a ensuite ajouté juste ce qu’il faut d’émotion en rappelant qu’il fut Français par choix et non d’origine :

« La France a cette même grandeur qu’elle avait dans mon regard d’enfant, la grandeur de Valmy, celle de 1848, la grandeur de Jaurès, de Clemenceau, du général de Gaulle, la grandeur du maquis. C’est pourquoi, j’ai voulu devenir Français ».

Sachant que ses compatriotes ne supportent plus les euphémismes façon Hollande, Valls a choisi de parler dru dès les premiers mots de son allocution :

« Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France. Et c’est conscient de cette réalité que je me présente devant vous (…) Disons les choses simplement, beaucoup de nos compatriotes n’y croient plus. Ils ne nous entendent plus. La parole publique est devenue pour eux une langue morte ».

 

Au fond.

Le premier ministre a annoncé des mesures qui vont frapper l’opinion. En bien ou en mal. Mais l’important est de sortir de ce magma informe de mesurettes. En présentant le détail du pacte de responsabilité voulu par le président Hollande, Manuel Valls nous balance du lourd. Ainsi, les charges sociales payées par les patrons seront entièrement supprimées pour l’employeur d’un salarié payé au salaire minimum (SMIC). Cette mesure va avantager les petites et moyennes entreprises qui sont les plus nombreuses à payer leurs travailleurs au  SMIC. La droite en avait rêvé. La gauche va le faire. Les charges des artisans seront également revues à la baisse. Les cotisations sociales des salariés seront diminuées pour les salariés payés au SMIC, ce qui représentera pour eux l’équivalent d’une hausse annuelle de 500 euros sur leur fiche de paye. Une série de taxes frappant les entreprises seront également abandonnées. Le but du premier ministre : baisser de 30 milliards d’euros le coût du travail en deux ans.

 

 

Comment financer tout ça, alors que la France doit dégonfler sa dette publique ? Le président François Hollande avait déjà annoncé que l’Etat devait réduire ses dépenses de 50 milliards d’euros par an d’ici 2017. Valls désigne les secteurs qui seront touchés : l’Etat et ses fonctionnaire, 19 milliards ; l’assurance-maladie, 10 milliards ; les collectivités locales (communes, communautés de communes, départements, régions), 10 milliards. Il demeure tout de même 11 milliards à dénicher. Là, Valls nous fait du Hollande :

« Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations ». Mouais… On sent que ces 11 milliards risquent fort de sombrer dans le gouffre à promesses.

 

Sur le plan de l’organisation du pays, Manuel Valls va s’attaquer à rude partie : les baronnies locales qui profitent de l’indigeste millefeuille administratif français. Il veut donc diminuer les régions de moitié mais aussi – enfin ! – clarifier les compétences des régions et des départements afin de supprimer les multiples doublons entre ces deux entités qui ne sont pas pour rien dans l’incroyable « chenit » de l’Hexagone. Mais à entendre mugir du fond des travées parlementaires les faces rubicondes des roitelets provinciaux, cette grande réforme n’est pas gagnée d’avance.

 

 En y mettant ce souffle et cette énergie qui manquaient cruellement au ci-devant premier ministre Ayrault, Manuel Valls s’impose désormais comme le patron de la majorité. Toutefois, son gouvernement est placé dans la pire des situations. Le Parti socialiste a perdu une grande partie de ce qui faisait sa substance, à savoir les mairies. Les ouvriers l’avaient abandonné avant même l’élection de François Hollande. Mais le président socialiste a aussi été abandonné par cette coalition des classes moyennes, inférieures et supérieures, qui a puissamment contribué à son élection.  

 

Certes, mardi soir, Manuel Valls a finalement obtenu des députés un vote de confiance plus large que prévu : 306 pour, 239 contre, 26 abstentions dont 11 socialistes. Les quelque 88 députés socialistes de l’aile gauche n’ont pas mis leur menace de s’abstenir à exécution, à l'exception des onze qui viennent d'être évoqués. Même les écologistes – qui ont renoncé à participer au gouvernement – ont très majoritairement voté pour lui. Toutefois, ce succès relatif ne doit pas être surestimé. L’un des leaders de la gauche du PS a déclaré que son vote favorable ne signifiait pas autre chose que sa volonté d’éviter une crise institutionnelle ; elle aurait abouti à la dissolution du parlement et à de nouvelles élections qui auraient été cataclysmiques pour les députés socialistes.  Les concessions que Valls et Hollande ont faites au patronat risquent donc de diviser le PS pour longtemps.

 

Avec des socialistes qui ne savent plus où ils habitent, des écolos qui ne savent plus où aller, des ennemis irréductibles à la gauche de la gauche et une opposition de droite requinquée par sa victoire éclatante aux municipales, le gouvernement Valls commence sous les pires auspices. D’autant plus qu’il doit trouver 50 milliards d’euros d’économie en trois ans, tout en favorisant la croissance, en recréant le tissu industriel et en s’attaquant au millefeuille administratif. En comparaison, les travaux d’Hercule font tournois de pétanque pour maisons de retraite.

 

 

Jean-Noël Cuénod


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Le discours de Manuel Valls demandant la confiance de l'Assemblée nationale

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14/01/2014

François Hollande, apôtre du social-libéralisme à la recherche de nouveaux appuis.

Le président François Hollande a confirmé mardi, lors de la troisième conférence de presse de son quinquennat, le coup de barre à droite esquissé lors de ses vœux. Ce mouvement est la suite inéluctable du vice fondamental de sa présidence, à savoir l’acceptation du pacte budgétaire européen. Lors de sa campagne électorale, le candidat Hollande avait promis de le renégocier avant sa ratification par la France. Mais durant les premières semaines qui ont suivi son élection, le nouveau président n’a pas osé sauter le pas et s’est contenté d’ajustements cosmétiques. Ce pacte a donc permis à l’Allemagne de sortir son épingle du jeu en plombant ses partenaires et néanmoins concurrents. La logique de l’austérité a roulé – et roule encore ­– sur la France comme sur les autres.

 

François Hollande assume aujourd’hui les conséquences de cette faute initiale. Ceux qui se plaignent que le président français ne désigne pas de cap et qu’il se contente de naviguer dans le flou ont tort. Le cap est clairement défini : il est social-libéral, sans équivoque. Le président socialiste offre même au patronat une fleur que même la droite n’avait jamais osé lui cueillir : la fin des cotisations familiales qui ponctionnent les entreprises et les indépendants.

Pour développer cette politique ­– qui a pour cœur le « pacte de responsabilité » (les entreprises auront moins de charges et devront embaucher plus) – Hollande a besoin d’appuis sur les plans social et politique.

 

Sur le plan social, le courant semble bien passer entre le nouveau « patron des patrons » du Medef Pierre Gattaz et le président de la République. Côté salariés, le syndicat CFDT ­– mieux implantés que la CGT et FO dans le secteur privé et, surtout, plus déterminé que ces deux centrales à négocier ­– reste l’allié le plus sûr du gouvernement pour appuyer sa politique de concertation.

Sur le plan politique, François Hollande ne peut pas faire assumer son social-libéralisme par le seul Parti socialiste ; il doit chercher d’autres appuis pour le légitimer auprès d’un cercle plus large d’électeurs. En outre, le président éprouvera de la peine à convaincre son aile gauche de le suivre sur ce chemin. Mais quelques ministères judicieusement attribués transformeront les Che Guevara d’aujourd’hui en Tony Blair de demain. Les Verts ne comptent pas. Avec la gauche de la gauche, les ponts sont définitivement rompus. Il ne reste donc que le centre-droit, soit l’UDI, pour lui servir d’allié potentiel.

 

D’ailleurs, le leader des centristes, Jean-Louis Borloo a déclaré d’emblée qu’il soutiendrait le « pacte de responsabilité », « s’il est concret », ajoute-t-il. Dès lors, après les élections municipales et européennes du printemps prochain, pourquoi ne pas conclure une alliance gouvernementale entre l’UDI et le Parti socialiste ? La France aurait un exécutif de coalition comme cette Allemagne qu’elle a pris pour modèle.

 

Mais pour ce faire, les centristes doivent mettre de l’ordre dans leurs diverses maisons. La jonction entre l’UDI de Borloo et le Modem de Bayrou ne s’est pas encore réalisée. Dès lors, Hollande doit certainement brûler quelques cierges pour que la mayonnaise centriste finisse par prendre.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les points forts de la conférence de presse présidentielle 

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01/01/2014

Les vrais vœux cachés de François Hollande

 

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 Légende: Jean-Luc Mélenchon et François Hollande se tournent le dos, plus que jamais.

Depuis que Charles de Gaulle en a inauguré la pratique en 1958, chaque président français doit accomplir la cérémonie des vœux. Parfois, elle est le vecteur d’annonces lourdes de conséquences historiques. Ainsi, le 1er janvier 1961 (voir la première vidéo), le Général avait prévenu les Français que s’ils n’acceptaient pas l’autodétermination du peuple algérien en vue de son indépendance, « par un oui franc et massif », il démissionnerait aussitôt de ses fonctions présidentielles. Une semaine après, le corps électoral lui donnait satisfaction. Un an et demi plus tard, l’Algérie n’était plus française.

 Mais la plupart du temps, les vœux présidentiels sont aussi passionnants à suivre qu’un programme de figures imposées en patinage plus ou moins artistique.

 

Si François Hollande ne saurait être comparé à de Gaulle, ni par l’époque ni par la stature, il n’en demeure pas moins que ses vœux pour 2014 n’ont rien d’anodins (voir la seconde vidéo). Ils annoncent clairement que le gouvernement socialiste accentuera encore plus son mouvement vers la droite.

 

Il est tout de même fort rare d’entendre sortir de la bouche d’un chef d’Etat socialiste de telles prises de position :

 

–      « les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années » (mais alors pourquoi les a-t-il augmentés ? Pourrait-on lui rétorquer) ;

–      « je veux réduire la dépense publique » ;

–      « la sécurité sociale (…) doit en terminer avec les excès – nous les connaissons – et les abus » ;

–      « je veux simplifier (…) les démarches administratives  (…) c’est une condition pour que nous puissions être plus attractifs, plus modernes, plus souples ».

 

La mesure phare présentée par Hollande se situe dans la droite ligne de… cette ligne à droite ! Il s’agit du « pacte de responsabilité aux entreprises » : « Il est fondé sur un principe simple, moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social », praeses dixit !

D’ailleurs, le Medef, syndicat patronal français, a aussitôt approuvé cette proposition, par la voix de son président Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République. Il faut cependant avancer rapidement car il y a urgence». Le Medef revendique même la paternité  de cette idée qu’il avait émise mi-novembre dernier.

 

Il reste à savoir si le patronat va vraiment jouer le jeu hollandais ou s’il se contentera de ramasser la mise en faisant fi de ses contreparties. La faiblesse des syndicats français pourrait l’y inciter. En ce cas, l’Etat tapera-t-il du poing sur la table patronale ?

 

Lors de ses vœux, le président français a donc confirmé que les ponts avec la gauche de la gauche étaient définitivement coupés, comme le confirme la violence du commentaire diffusé par François Delapierre, secrétaire national du PG de Jean-Luc Mélenchon : « Pour 2014, les intentions exprimées par François Hollande lors de ses vœux  sont claires, continuer d'arroser les puissants et de maltraiter le peuple. Le président nous a resservi un pot-pourri des poncifs néolibéraux qu'il a appliqués cette année ». En comparaison, la réaction du secrétaire général adjoint de l’UMP, Geoffroy Didier, paraît presque tendre : « Si ces vœux  étaient sincères, ils étaient surtout stériles ». Et au sein de l’aile gauche du Parti socialiste la gêne est perceptible.

 

Dès lors, les vœux de François Hollande en cacheraient-ils d’autres ? Relevons tout d’abord que, contrairement à l’an passé, le président n’a pas prononcé une seule fois le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Serait-ce l’indice d’une prochaine éviction ? Sans doute puisqu’après les élections municipales et européennes (mars et  mai prochains), le chef de l’Etat changera son équipe gouvernementale. Si les socialistes peuvent éviter une déroute totale aux municipales ­– du fait de l’attachement des électeurs aux premiers magistrats de leurs communes et des triangulaires PS-Front national- UMP ­– ils risquent fort un Waterloo aux Européennes.

 

Dès lors, en plaçant la barre aussi à droite, le président socialiste ne prépare-t-il pas un gouvernement de coalition avec le centre-droit ? Certes, la Cinquième République n’a guère l’usage de ce mode de gouvernement. Mais rien n’est éternel en politique. Et la situation périlleuse que connaît la France pourrait induire une telle alliance. A ce propos, lors d’une interruption de séance à l’Assemblée nationale, lors du vote sur le budget en décembre dernier, Jean-Louis Borloo avait déclaré, devant des journalistes, qu’il était prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale.

 

Si Hollande n’est plus du tout compatible avec Mélenchon, il le devient de plus en plus avec Borloo.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les voeux de 1961...

Et ceux de 2014.


Le direct de la Présidence de la République by Présidence de la République

19/12/2013

Les Jeudis du Plouc : scandale, un ouvrier candidat PS aux élections européennes

 

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C’est le scandale de la semaine en France. Le métallurgiste Edouard Martin (50 ans) a été désigné tête de liste du Parti socialiste pour la région Grand Est lors des élections européennes de fin mai 2014. Un ouvrier, vous vous rendez compte ? Et, tenez-vous bien, un ouvrier SYNDICALISTE ! Incroyable ! Hallucinant ! Bouleversifiant ! Indécent, pour tout dire…

 

Dans n’importe quel autre démocratie, la nouvelle n’aurait même pas été relevée. Un parti social-démocrate qui choisit pour le représenter un ouvrier issu des rangs du syndicalisme, quoi de plus banal. Après tout, l’un de nos meilleurs présidents de la Confédération, le socialiste Willy Ritschard, était monteur en chauffage de profession et secrétaire syndical.

 

Mais en France, la chose fait événement. Le pauvre Martin, qui appartient à la CFDT (Confédération française démocratique du travail), se trouve attaqué de toutes parts. Son syndicat devrait se féliciter qu’un des siens brigue un siège au Parlement européen. Pas du tout ! Conformément il est vrai aux règles de ce syndicat, Edouard Martin a dû se défaire de ses mandats syndicaux et n’a reçu qu’un bref satisfecit pour son action. Il fut pourtant la figure charismatique de la lutte des métallos pour sauver le site sidérurgique de Florange en Lorraine. 

 

Ses anciens camarades des autres syndicats – FO et CGT – n’hésitent pas à lui coller l’étiquette de « traître », tel l’indigeste Broccoli (FO) qui l’accuse d’avoir utilisé la bataille de Florange « pour servir son ambition personnelle ». Au Front national, qui se revendique comme le seul défenseur des ouvriers français, la rage est à son comble. Son vice-président Florian Philippot crache : « Il est allé à la soupe, comme les autres ! » Parce que Philippot, il n’y va pas à la soupe ? Il se présente, comme Martin, aux élections européennes dans le Grand Est !

 

La réaction la plus arrogante, la plus méprisante vient de Raffarin : « Il y en aura au moins un de recasé à Florange. C’est assez spectaculaire ! » L’ancien premier ministre UMP - élevé dans la ouate protectrice de la bonne bourgeoisie terrienne du Poitou, fils de secrétaire d’Etat, homme d’affaires avant de faire de la politique sa profession fort joliment rémunérée - n’a jamais eu besoin d’être recasé. Il fut bien casé dès sa naissance.

 

On reproche même à Edouard Martin, son indemnité parlementaire (12.000 à 15.000 euros par mois), avant qu’il ne soit élu. On peut la juger importante, mais pourquoi souligne-t-on cet aspect lorsque c’est un ouvrier qui se porte candidat ? Son montant est donc scandaleux dans le cas d’un métallo et normal s’il s’agit d’un politicien professionnel, un comptable ou un médecin ?

 

Certes, le Parti socialiste utilise son charisme pour sa propagande. Mais comme les autres partis, qui n’hésitent pas à mettre en avant leur « pipole » ou leur vedette du sport. Certes, Edouard Martin trahira peut-être les siens, qui peut le savoir ? Mais qu’on le laisse siéger avant de lui faire un procès d’intention qui relève du racisme antiouvrier. Un sentiment qui, d’ailleurs,  persiste en France, ce pays qui reste marqué culturellement par la paysannerie.

 

Lors de sa fondation il y a plus d’un siècle, le Parti socialiste a été créé pour défendre la classe ouvrière. Il s’en est depuis bien éloigné, c'est le moins que l'on puisse écrire. Alors qu’un métallo syndicaliste soit placé au premier plan, au lieu du sempiternel énarque de service, c’est une très bonne nouvelle.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Edouard Martin réplique à ses adversaires et à la Reine de la Gaffe Morano.


BFM Story: Européennes 2014: la contre-attaque... par BFMTV

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16/06/2013

Parlez-vous le politikar?

 

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Voulez-vous mieux connaître nos amis, les politiciens en France ? Pour ce faire, il faut tout d’abord décrypter leur langage, comme avec n’importe quelle autre espèce animale. Ainsi, lorsque le chien remue la queue, cela veut dire « soyez les bienvenus dans ma niche ».  Mais lorsque le chat en fait de même, il signifie : « Tu vas prendre un bon coup de patte griffue sur ton museau ». Il importe donc de bien maîtriser les codes - appelés "éléments de langage" - avant de  s’aventurer dans la jungle parlementaire. Le Plouc se fait un devoir de vous y aider avec son complice le dessinateur Acé.

                                

Première étape : discours inaugural

 

« Françaises, Français », comprendre : « Les autres, je m’en balance, ils ne votent pas ».

 

« Je serai le rassembleur de la Nation », comprendre : « Il ne faut pas que l’opposition m’emmerde ».

 

« Je n’irai pas par quatre chemins », comprendre : « Je vais en prendre un cinquième qui est tellement long que je ne sais pas s’il se terminera un jour ».

 

« J’ai de hautes ambitions pour mon pays », comprendre : « J’ai de très hautes ambitions pour ma pomme ».

 

« Je suis au service des citoyens », comprendre : « Je suis au service de ceux qui ont financé ma campagne électorale ».

                   

Deuxième étape : interviewes et débats

 

« Je vais tout de suite répondre à votre question », comprendre : « Laissez-moi le temps de vous répondre à côté ».

 

« C’est une excellente question et je vous remercie de me l’avoir posée », comprendre : « Ce salaud m’a glissé une peau de banane; noyons le poisson pour ne pas répondre ».

 

« Vous dites une contre-vérité ! », comprendre : « Tu es un sale menteur ! »

 

« Je suis prêt à…», comprendre : « Je suis prêt à dire n’importe quelle connerie ».

 

Troisième étape : ça se gâte

 

« Nous prendrons nos responsabilités », comprendre : « Nous allons nous tirer des flûtes ».

 

« Nous allons passer à la vitesse supérieure », comprendre : « Nous allons ralentir en marche arrière »

 

« Nous allons droit dans le mur ! », comprendre : « Avec moi, on foncera aussi dans le mur mais en klaxonnant ».

 

Quatrième étape : garde à vue

 

« Je reste droit dans mes bottes », comprendre : « Où est la sortie? ».

 

« Il faut savoir raison garder », comprendre : « Je suis en train péter un câble ».

 

« J’ai confiance dans la justice de mon pays », comprendre : « J’ai confiance dans la cupidité de mes avocats que je paie cher pour me sortir du pétrin ».

 

 

Jean-Noël Cuénod

10:33 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : politique | |  Facebook | | |

31/05/2013

Nicolas Sarkozy, un obstacle de taille pour l’UMP

 

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Vous avez aimé le festival de fraudes et de vacheries lors de l’élection interne du président de l’UMP cet automne? Vous allez adorer la primaire de ce même parti pour désigner son candidat à la Mairie de Paris! Coups tordus, manipulations en tous genres, menaces de toutes sortes caractérisent cette campagne interne.

 

De plus, à peine le scrutin électronique était-il ouvert dès hier, que des journalistes ont pu le pirater avec une aisance déconcertante. Le grand parti de la droite française ne parvient pas à se débarrasser de ses deux démons, tripatouillage et division.

 

Pourquoi? Héritière en ligne directe des formations gaullistes, l’UMP souffre d’un mal rédhibitoire pour un parti de type bonapartiste: l’absence de chef. Aucune figure ne s’est encore imposée. Et pour cause, l’ancien patron de l’UMP fait tout pour empêcher l’émergence d’un successeur.

 

Après sa défaite à l’élection présidentielle de l’an passé, Nicolas Sarkozy devait soit abandonner la vie politique, soit prendre la tête de l’opposition en vue de la reconquête du pouvoir. Il n’a fait ni l’un ni l’autre. L’ex-président s’est retiré tout en ne se retirant pas complètement, a laissé percer sa volonté de revenir sur la scène politique, tout en ajoutant qu’il ne le ferait qu’en cas de catastrophe.

 

Bref, il frustre les militants de l’UMP de leur besoin d’être commandés. Ils ne savent s’il faut préparer le grand retour de celui qui reste leur héros ou s’il convient désormais de tourner la page pour s’investir dans une nouvelle figure dominatrice.

 

Tant que Nicolas Sarkozy ne choisit pas entre son retour ou sa retraite définitive, il reste un obstacle pour le développement de l’UMP. Sans chef, le parti de la droite est un bateau ivre livré aux remous des ambitions. Ne sachant sur quel pied danser et lassés par cette valse-hésitation, les électeurs UMP risquent fort d’être emportés par les bras musclés du Front national.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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03/05/2013

Le 1er Mai parisien le plus déprimant du Plouc

muguet_fane.jpg Un brin de muguet fané à la boutonnière, Le Plouc a donc traîné ses bottes dans tout Paris en ce 1er Mai. Le plus sinistre de toute sa longue carrière. Le moins enthousiasmant. Le plus déprimant. Le moins roboratif. Le plus gris. Le moins ensoleillé. Et surtout, le plus éclaté. Terminé, le grand défilé unitaire des syndicats qui drainait les foules dans la fumée des merguez grillées.

 

Certes, Force Ouvrière a toujours fait défilé à part en célébrant les fusillés de la Commune (1871) au Mur des Fédérés. Mais enfin, la plus grande partie du monde ouvrier battait le pavé de Paris, toutes tendances confondues.

Cette année, FO n’est plus la seule à faire bande à part. La CFDT et les autres syndicats réformistes s’expatrient dans la banlieue de Reims pour bien souligner leur refus de participer au cortège parisien de la CGT et de ses alliés qui accomplit le classique parcours révolutionnaire Bastille-Nation.

 

Pourquoi cette bouderie de la CFDT? Pour troquer le beaujolpif contre du champagne? Ou alors, le nouveau patron cédétiste, Laurent Berger, a-t-il voulu s’y faire sacrer, avec onction de Saint Chrême et de Sainte Ampoule, comme un vulgaire Roi de France? La réalité est moins pétillante et plus prosaïque. La CFDT et les autonomes ont signé avec le patronat le pacte de compétitivité voulu par le président Hollande, alors que la CGT, SUD, Solidaires et d’autres le rejettent en criant à la trahison de classe. Des militants de la CGT ont donc brûlé un drapeau de la CFDT, traitée de «collabo» des patrons. D’où la colère du bon Berger et de son troupeau.

 

Bien d’autres 1er Mai se sont déroulés à Paris. A l’Opéra, par exemple, avec celui du clan Le Pen et sa trinité blonde: le grand-père Jean-Marie, la fille Marine et la petite-fille Marion, la députée. Sous l’impulsion de la patronne du Front national, les fachos sont tenus à l’écart. Pas question de vendre des fanzines racistes ou de distribuer des tracts antisémites. Mais chez ces gens-là, le naturel revient au trot et au galop. Dès que Marine Le Pen sent du mou dans l’assistance – moins nombreuse que l’an passé (3000 au lieu de 10 000 personnes) – hop, elle entonne le couplet sur l’immigration. Le succès est garanti. Même Sarkozy et Hollande sont moins hués. Un slogan fuse: «Du PQ pour les sans-papiers!» Dans les rangs, les blagues racistes se répandent avant d’être réprimées: chut, il faut écouter la cheffe!

 

De l’autre côté de la Seine, à la Fontaine Saint-Michel, les «antifa» manifestent contre le Front national. On retraverse la Seine, vers la Bastille, les climato-complotistes défilent contre la «géoingénierie». Retour rive gauche, pour léviter avec les raéliens, partisans du «paradisme qui annonce la fin du travail». Le Plouc craint fort que cette fin soit déjà décrétée par l’«enférisme» de la finance sauvage.

 

Quant au Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il n’a guère figuré dans le cortège le plus proche de son idéologie, celui de la CGT, assez peu fourni lui aussi. Toutes les forces mélenchonienne sont mobilisées par la grande manif de la gauche anti-Hollande, dimanche 5 mai. Voilà qui est bien plus important que de participer à un traditionnel défilé syndical.

 

Et nous passons sur les autres micro-défilés. Chacun a donc fait son petit 1er Mai rien qu’à lui, dans son coin, en cultivant un frileux entre-soi. Jambon-beurre chez les frontistes. Brochette hallal chez les cégétistes. Voilà le 1er Mai 2013 : indigeste et pluvieux. Plus vieux, surtout.

 

Jean-Noël Cuénod

16:46 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : france, paris, politique | |  Facebook | | |

24/03/2013

En France, la tristesse devient très tendance

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Les médias n’ont d’yeux que pour Gérard Depardieu (dessin d'Acé). Lâche-t-il d’une voix pâteuse que la France est triste, que les gens en ont marre, mon bon Monsieur, et que tout ça, c’est la faute au gouvernement? Micros et caméras accourent aussitôt pour se prosterner devant ce prophète déprimé et déprimant.

 

Il faut vraiment que la France soit triste pour que Depardieu préfère à sa superbe maison au cœur de Paris, l’ancienne douane belge de Néchin qui donnerait des envies de suicide au plus joyeux des labradors et la riante Mordovie, capitale des goulags ex-soviétiques et néo-russes.

 

Alors, tristes les Français? Septante-six pour cent des lecteurs du quotidien Le Progrès partagent cette opinion. Les habitants de l’Hexagone le seraient-ils davantage que ceux de la Péninsule qui, désormais, célèbrent plus le «Vaffanculo-Day» que le Carnaval? Jean Cocteau disait des Français qu’ils sont des Italiens de tempérament maussade. Aujourd’hui, les deux sœurs latines sont d’aussi mauvais poil l’une que l’autre. Et ne parlons pas des Espagnols, des Portugais, des Grecs, des Chypriotes, d’humeur carrément massacrante.

 

Le moral se porte donc au ras des chaussettes, selon la dernière mode en France mais aussi dans l’Europe du Sud. Et il n’est pas certain que le Nord reste épargné. Il n’est rien de plus contagieux qu’une dépression. La tristesse se dessine sur un fond européen. Depardieu, tout à sa Sarkolâtrie, l’attribue à sa tête de Turc Hollande. Mais le mal est bien plus profond. Ce n’est pas la crise qui en est la cause. Une crise, ce n’est qu’un sale moment à passer comme chez le dentiste. Ce qui déprime, c’est l’installation d’une permanente précarité et la certitude que notre continent sera rejeté vers la banlieue du monde.

 

Sur cette partition commune, chaque nation décline la tristesse qui lui est propre. En France, elle dirige ses larmes vers l’Etat devenu impuissant. Car rien n’est plus déstabilisant pour les citoyens de ce pays qu’un Pouvoir qui ne peut plus montrer ses muscles. Or, l’Etat n’a plus la taille suffisante pour endiguer le tsunami de la mondialisation. Les Français commencent à s’en rendre compte et regardent tout naturellement vers l’Union européenne. Ils n’y voient qu’usines à gaz et eurocrates assoupis. L’horizon paraît aussi aride que le crâne de Monsieur Van Rompuy et aussi atone que le regard de la baronne Ashton, deux des principaux dirigeants — on ne rit pas! — de l’Union.

 

Comme la notion d’engagement social et politique a été détruite par l’individualisation due aux nouvelles méthodes de travail et aux technologies de la communication, cette tristesse ne peut même pas se muer en colère. Dans son jus, elle marine et profite à… Marine Le Pen. Pour sortir de cette impasse morose, il faudrait que naisse une véritable conscience collective des Européens. Sans elle, il sera impossible de faire bouger les lignes molles de Bruxelles.

 

 

Jean-Noël Cuénod

11:28 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : depardieu, politique, europe, ras-le-bol | |  Facebook | | |

09/12/2012

La France est de plus en plus choquée

 

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La France est sous le choc. Ou plutôt sous les chocs. Le grand patron de gauche couleur saumon sur canapé, Louis Gallois - qui vient de pondre son rapport sur la désindustrialisation - prône un «choc de compétitivité». Le gouvernement socialiste en est tout retourné.

 

La ministre écolo du Logement, Cécile Duflot, lui emboîte le pas en appelant à un «choc de solidarité». Elle vise l’Eglise catholique, propriétaire de logements vides qui pourraient être utilisés en faveur des familles pauvres. Mais la ministre tendance verte de rage subit, en retour, un choc de crosses épiscopales, les évêques lui rétorquant que l’Etat n’a aucune leçon à leur donner. La crosse épiscopale est instrument contondant qui peut causer de graves blessures, surtout d’amour-propre

 

Guillaume Pepy, le patron du rail français, la SNCF, ne saurait rester muet. Aussi plaide-t-il pour un «choc de citoyenneté» en lançant une grande action contre les incivilités dans les trains. Apparemment, l’onde de choc n’a pas encore traversé les tortillards de la banlieue parisienne. Les «djeunes» sont toujours aussi nombreux à installer leurs baskets délacées et puantes sur le siège d’en face.

 

Acé, le dessinateur exclusif du Plouc, se montre inquiet comme le montre son dessin. Cette bonne vieille France ne risque-t-elle pas la crise cardiaque en subissant tous ces chocs? A moins qu’il ne faille lui administrer un choc de défibrillation pour la sortir du coma.

 

En attendant, le Plouc, s’apprête à passer Noël dans sa Suisse natale, avec d’autres chocs. Ceux de la maison Lindt par exemple.

 

 

Jean-Noël Cuénod

18:58 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, france, pepy, louis gallois, cécile duflot, eglise catholique | |  Facebook | | |

17/10/2012

L’impossible débat politique en France

 

La classe politique française démontre avec la régularité d’un métronome bruyant son incapacité à mener un débat politique. Dernier exemple, celui offert par l’hystérie qui a suivi les déclarations du ministre Vincent Peillon. Celui-ci, pourtant, ne proposait rien de révolutionnaire, sinon que l’on réfléchisse à la dépénalisation — éventuelle — de l’usage de cannabis. Au lieu d’argumenter, l’opposition de droite, soutenue par une partie de la gauche, a hurlé: défense de poser cette question! Pourquoi? Parce que! Sur d’autres sujets, le constat est le même.

 

Cette incapacité à débattre plonge ses racines au plus profond de l’Histoire. Si l’on considère le pouvoir politique sous deux formes, l’une verticale, l’autre horizontale, force est de constater que, le plus souvent, la France a privilégié la verticalité. Dans cette optique, la division entre gauche et droite est dépassée. Il y a des «horizontalistes» à gauche comme à droite et des «verticalistes» dans les deux camps.

 

Roi «horizontaliste», Henri IV a permis à ses anciens coreligionnaires protestants de pratiquer leur foi sous certaines conditions, en signant l’Edit de Nantes le 13 avril 1598. La France devenait ainsi plurielle, ce qui aurait pu faire naître une lente évolution vers un Etat progressivement démocratique. C’est, en partie, pour arrêter ce processus que le roi «verticaliste» Louis XIV a révoqué cet Edit le 22 octobre 1685. La France régressait alors vers la monoculture religieuse, contraignant environ 300 000 (sur une vingtaine de millions d’habitants) de ses sujets protestants — la plupart, issus de la bourgeoisie intellectuelle en plein essor — à l’exil où ils ont participé à créer la richesse industrielle des pays du Nord de l’Europe et de l’Amérique.

 

A la Révolution, la France aurait pu prendre un autre pli. Mais les «horizontalistes» girondins — partisans d’une sorte de fédéralisme — ont été battus par les «verticalistes» jacobins qui ont fait triompher le centralisme autoritaire de la République «une et indivisible».

 

Si l’horizontalité offre aux débats politiques l’espace nécessaire pour se développer, tel n’est pas le cas de la verticalité. Dans l’optique verticale, le débat n’est qu’un babil retardant la mise en pratique des décisions prises par «en haut». Mais du fait de cet éloignement du «haut» par rapport au «bas», lesdites mesures ont de la peine à s’imbriquer dans le réel. Or, l’une des vertus du débat public est, justement, de rapprocher le «haut» et le «bas» et de permettre l’imbrication de la politique dans le réel.

 

La France saura-t-elle devenir plus «horizontale» malgré ses pesanteurs historiques? Les crises qui se succèdent vont sans doute la contraindre, qu’elle le veuille ou non, à revoir son type de fonctionnement politique.

Jean-Noël Cuénod

Faudra-t-il déconstruire la verticale du pouvoir en France?toureiffel1.jpg

 

06/06/2012

François Hollande victime d'«élysopathie»?

François Hollande voulait être un «président normal». C'est raté. Un mois après son élection, le voilà rejeté hors du cercle de la normalité. Ce qui est normal, compte tenu de la lourde charge symbolique qui pèse sur les épaules d'un président de la République française.

 

 Lors de sa première intervention télévisée, mardi 29 mai, il aurait prononcé 108 fois les mots «je» et «moi, je», selon des journalistes. Un linguiste français, Jean Véronis, a dénombré 22 «je» pour mille mots. François Hollande dépasse même Nicolas Sarkozy (17 pour mille) et s'approche de Dieu - c'est-à-dire François Mitterrand -, le recordman absolu (24 pour mille).

 

Ainsi, la malédiction de l'Elysée a-t-elle frappé une fois de plus. Car le diagnostic est sans pitié: François Hollande présente les premiers symptômes d'«élysopathie». Ce mal se caractérise par sa progression foudroyante: les chevilles enflent, le crâne gonfle, la myopie politique se transforme au fil du quinquennat en cécité, et la surdité gagne chaque jour du terrain. Seul l'organe de la parole n'est pas affecté. Au contraire, il se déploie façon perroquet.

 

 

Sur le plan psychique, le malheureux patient est sujet à des hallucinations. Chaque fois qu'il se rase, l'«élysopathe» voit Napoléon surgir du miroir. Chaque fois qu'il contemple son nombril, l'univers le salue avec révérence.

 

 

A l'exception peut-être de Georges Pompidou, décédé trop tôt en fonction, tous les présidents de la Ve République furent atteints. Même le généralTN-3402-Photo-officielle-du-President-De-Gaulle.jpg de Gaulle, dont on aurait pu penser que la stature historique le mettrait à l'abri de cette affection. En raison d'une atteinte aiguë d «élysopathie», il n'avait rien vu venir en Mai-68. (photo: élysopathe historique)

IM-3405-Photo-officielle-du-President-Giscard-D-Estaing.jpg Passons sur Giscard, dont l'«élysopathie» brillait comme sa calvitie sous le grand lustre du palais présidentiel. (photo: élysopathe luminescent)

 

Mitterrand fut un «élysopathe» assumé, tellement soucieux de prolonger les délices du pouvoir qu'il a cultivé le non-agir propre à la sagesse chinoise.TN-3403-Photo-officielle-du-President-Mitterrand.jpg (Photo: élysopathe mandarin)

Grand connaisseur de l'Asie, Chirac, «élysopathe» glouton, l'a suivi sur cette voie qui concilie Tao et tête de veau sauce gribiche. (photo: gastro-élysopathe )

 

IM-3401-Photo-officielle-du-President-Chirac.jpgA contrario, Nicolas Sarkozy a développé une «élysopathie» énervée. Mais énervante aussi. Lassés, les Français lui ont prescrit un arrêt de travail prolongé. (photoIM-3400-Photo-officielle-du-President-Sarkozy.jpg: élysopathe hystérique)

 

 

François Hollande (photo: élysopathe pluriel) n'a donc pu éviter de contracter ce virus, malgré les précautions prises,  tels voyages en train et en voiture, sans recours à la flotte aérienne. Mais ces mesures prophylactiques n'ont pas servi à endiguer la propagation des cellules malignes dites «moi-je» dans le nouvel organisme présidentiel.photo-officielle-hollande-bataillon-de-hollande.jpg

 

 

Il serait pourtant nécessaire que François Hollande trouve une potion magique pour terrasser ce mal. Car les temps ont changé. Le président annoncera bientôt de sévères mesures d'économie. Et celui qui s'est fait élire en se présentant comme un rassembleur devra réapprendre à dire «nous».

 

 

Jean-Noël Cuénod

20:47 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, politique, sarkozy, chirac, de gaulle | |  Facebook | | |

18/05/2012

Calvin s'invite au gouvernement de François Hollande

 

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Le plouc avait pondu un texte intitulé La France deviendrait-elle protestante? le 15 juillet 2010. Deux ans plus tard on peut se demander si Jean Calvin n'est pas devenu enfin prophète en son pays natal. Lors de sa première séance, jeudi de l'Ascension, le gouvernement du président François Hollande a fait figure vertueuse. Le chef de l'Etat et tous les ministres ont diminué leur rémunération de 30%. Le président et le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, percevront, chacun, 14 910 euros mensuels (18 000 francs) et les ministres 9940 euros (12 000 francs) par mois.

De même, chaque membre du nouveau gouvernement a signé une charte déontologique afin d'éviter les errements qui ont plombé le quinquennat Sarkozy. Les ministres devront remettre à l'Etat les cadeaux d'une valeur supérieure à 150 euros et refuser les invitations privées émanant d'un gouvernement étranger ou de personnes physiques ou morales en relation avec leur ministère. De même, la charte prohibe les conflits d'intérêts. L'affaire Woerth-Bettencourt a marqué les esprits.

Fin du bling-bling

Ces mesures symboliques signalent que la retenue a succédé au bling-bling. Elles annoncent surtout qu'après s'être serré la ceinture le nouveau gouvernement s'apprête à en faire de même avec celle des Français, en respectant les différents crans. Les gros contribuables et les grands groupes seront plus comprimés que les citoyens modestes et les petites entreprises.

Nommé mercredi, le gouvernement dirigé par Jean-Marc Ayrault respecte toutes les sensibilités du Parti socialiste, avec des dosages très subtils afin de tenir en respect tous ceux qui, à l'intérieur du gouvernement, pourraient freiner la politique du nouveau président. Ainsi, l'encombrant Laurent Fabius se tiendra-t-il tranquille aux Affaires étrangères et l'impétueux Vincent Peillon et le sécuritaire Manuel Valls ont reçu ce qu'ils désiraient, à savoir l'Education nationale pour l'un et l'Intérieur pour l'autre.

Personne ne peut se sentir lésé, pas même Martine Aubry qui, n'ayant pas Matignon, a jugé que le plus prestigieux des ministères se situerait encore au-dessous de Sa Dignité. Elle voit tout de même deux de ses proches - Marylise Lebranchu (réforme de l'Etat) et François Lamy (politique de la Ville) - installés à des postes importants.

L'arrivée de la "tueuse de Jospin"

Outre que ce cabinet Ayrault fait apparaître plusieurs visages nouveaux - sur trente-quatre membres du gouvernement, seuls cinq ont déjà occupé cette fonction -, sa caractéristique principale demeure la parité absolue - 17 ministres femmes, 17 ministres hommes, une première.

La grande surprise vient de la nomination de la députée apparentée socialiste Christiane Taubira, une Guyanaise de 60 ans, au Ministère clé de la justice. Au premier tour de l'élection présidentielle de 2002, elle s'était présentée sous l'étiquette des radicaux de gauche, et avait obtenu 2,32% des voix, un score qui avait contribué à la défaite historique de Lionel Jospin, alors premier ministre socialiste. Il faut dire que ce dernier avait refusé l'accord que lui proposait la Guyanaise, qui, dès lors, avait décidé de maintenir sa candidature.

Ce gouvernement traduit surtout l'extrême habileté de François Hollande;il reste cet incomparable architecte des synthèses, ce qui lui a permis de rester pendant onze ans à la tête d'un Parti socialiste français où fourmillent de multiples courants et d'innombrables ambitions personnelles. Le nouveau président est parvenu à ménager sur son bac la chèvre, le chou et, surtout, les intérêts du timonier. Le défi principal de son quinquennat relevant de l'économie, Hollande a créé à sa main un solide pôle social-démocrate composé de Pierre Moscovici (Finances-Economie), Michel Sapin (Travail-Emploi), Marisol Touraine (Affaires sociales) et Jérôme Cahuzac (Budget). Ce pôle appliquera les périlleuses mesures destinées à relancer l'industrie tout en réduisant la dette.

Hamon et Montebourg tenus en laisse

Cela dit, le président socialiste doit aussi compter avec l'aile gauche de son parti. Dès lors, il a nommé les deux principaux représentants de cette tendance, Arnaud Montebourg (Redressement productif) et Benoît Hamon (Economie sociale). Mais ce duo plus rouge que rose est placé sous le contrôle des principaux ministres «économiques» du pôle social-démocrate. François Hollande fait ainsi d'une pierre deux coups. D'une part, il oblige ses sociaux-démocrates à tenir compte de l'avis des «rouges» et à ne pas faire fi de l'aspect «justice sociale» des réformes; d'autre part, Montebourg et Hamon se voient contraints de respecter la solidarité gouvernementale lorsque le temps des mesures impopulaires sera venu. Et il ne saurait tarder.

Pour François Hollande, la prochaine étape sera de transformer sa majorité présidentielle en majorité parlementaire. Il cherchera à obtenir la majorité absolue afin de ne pas être contraint par les Verts et le Front de Gauche à redessiner les plans de ce bel édifice.

Jean-Noël Cuénod

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02/03/2012

Du désir d’être républicain en France

Le Suisse qui vit en France est frappé par l’usage constant – parfois un brin abusif – de l’adjectif «républicain». Un bon débat ne saurait être que «républicain». Traduisons: les échanges entre adversaires politiques se sont révélés vifs, tout en restant dans les limi- tes de la courtoisie. Doit-on comprendre qu’un débat «monarchiste» tournerait forcément à la foire d’empoigne?

Telle attitude est célébrée comme «républicaine», notamment lorsqu’un maire socialiste reçoit le président Sarkozy. Ce qui relève moins de l’exploit surhumain que de la simple application des institutions dont les deux protagonistes sont, à leur échelle respective, les magistrats.

Il y a aussi les partis «républicains» – l’UMP, le PS, les diverses formations centristes, le Front de gauche – et les autres, principalement le Front national. Certes, le parti de la famille Le Pen comprend dans ses rangs quelques monarchistes. Mais il ne prétend pas installer le comte de Paris sur le trône de France. On peut contester sa vision, dénoncer son racisme et sa violence sous-jacente. Toutefois, il fait partie du paysage politique de la république, et l’en exclure ne réduit nullement sa nocivité.

Pourquoi cette obsession «républicaine»? En quoi le régime actuel serait-il menacé? La France des rois paraît bien lointaine… Lointaine? Vraiment? Pas autant qu’il n’y paraît. Depuis le premier roi chrétien des Francs, Clovis Ier, en 481, jusqu’au dernier empereur, Napoléon III, déchu le 4   septembre 1870, la France a vécu 1373 ans en régime monarchique sous des dynasties et des formes diverses, avec deux parenthèses républicaines de 1792 à 1804 puis de 1848 à 1852. En revanche, elle n’a connu la république que durant 153 ans.

En France, la république ne va donc pas de soi. D’où la persistance de comportements politiques et sociaux qui restent imprégnés d’esprit monarchique. Passons sur les fastes élyséens, ils sautent aux yeux. Mais on relève ces attitudes monarchisantes à de plus modestes échelons. Ainsi, même socialistes, certains présidents de Conseils généraux (départements) ou maires de grandes villes se voient en vicomtes poudrés.

Cette particularité recèle plusieurs avantages. Elle fait naître un «désir de république» qui semble s’étioler en Suisse. La tension entre l’idéal républicain et la persistance du comportement monarchique se révèle stimulante en ce qu’elle induit les Français à répondre à la question que nous autres, Suisses, ne nous posons plus: que signifie «être républicain»?

Au moment où le capitalisme mondialisé et son exploitation des nouvelles technologies favorisent l’individualisme et la séparation des humains en micro-unités, il est essentiel de comprendre les mécanismes qui font vivre ensemble une pluralité d’individus. Le roi symbolisait cette unité dans sa personne. La république la représente dans son esprit. Encore faut-il le faire vivre, cet esprit.

 

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru jeudi 1er mars en rubrique "Réflexion" à 24 Heures et, en version un peu plus courte, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève) 

 Et voici en vidéo un chant des plus républicains avec la place de la République sous toutes ses contures. Son titre est-il prémonitoire?

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01/01/2012

Sarkozy a présenté ses vœux brouillés

L'an passé, Sarkozy se voulait encore l'hyperomni qui allait bouleverser toutes les barrières placées entre la France et la modernité: «L'année 2011 s'annonce pleine de promesses». En effet, pleine de ses promesses non-tenues. Et dans ce même discours, il se félicitait de ce que la récession fût «plus courte» que dans d'autres pays. Un an plus tard, chacun a pu mesurer la brièveté de cette récession.

Pour 2012, le président et quasi-candidat, revêtu d'un complet gris très foncé, a pris un ton plus austère. La pompe élyséenne s'est voulue funèbre. C'est en ce morose apparat que Nicolas Sarkozy a présenté au peuple de France ses vœux brouillés.

Brouillés par deux informations parasitaires, tombées dans les dernières heures de 2011. La première: le déficit commercial de la France a plongé, passant en un an de 55 à 75 milliards d'euros. «C'est la faute à la crise qui touche toute la planète», a plaidé Sarkozy lors de son discours. Mais alors, par quel miracle la voisine allemande affiche-t-elle un excédent de 154 milliards? Second sarkoparasite: la France compte désormais 2 844 800 chômeurs; elle n'avait plus subi pareil score depuis 1999. La barre symbolique des trois millions sera sans doute franchie dans la première moitié de 2012.

Or, l'élection présidentielle, qui se déroulera dans cinq mois se jouera sur cette question. Nicoléon Sarkonaparte a donc revêtu son uniforme de Maître des batailles pour l'emploi. A cet effet, il organisera le 18 janvier un grand sommet social, avec les syndicats et organisations patronales: «Nous écouterons. Et nous déciderons».

En fait, tout semble déjà décidé comme le laissent entendre les vœux présidentiels. Sans mentionner le nom de la chose, il annonce clairement l'instauration de la TVA sociale, ce qui consiste à faire payer par l'impôt indirect une partie des cotisations sociales. L'idée est de baisser le coût du travail afin de rendre l'économie française plus compétitive et frapper ainsi les exportations. Reste à savoir si cette TVA sociale ne va pas grever encore plus le budget des ménages déjà mis à mal par les restrictions diverses.

Mais si le principal est décidé que restera-t-il à négocier avec les partenaires sociaux? Des clopinettes, comme d'habitude. Car depuis cinq ans, Sarkozy n'a pas dérogé à sa méthode: imposer ses décisions en calmant les ardeurs revendicatives par des «sommets» ou des «Grenelle» qui sont au dialogue social ce que furent les villages Potemkine à l'urbanisme. Cela dit, en multipliant les passages en force, Sarkozy s'affaiblit dans les sondages.

Ces vœux présidentiels qui manquent de fraîcheur seront sans doute restés sur l'estomac des Français. Leur déprime semble d'autant plus profonde que les adversaires de Nicolas Sarkozy n'offrent pas une alternative enthousiasmante. François Hollande patine, Marine Le Pen éructe, François Bayrou vaticine, Eva Joly grince et Jean-Luc Mélenchon clabaude. Bonne année quand même.

 Jean-Noël Cuénod

ET VOICI LES VOEUX PRESIDENTIELS EN VIDEO POUR CEUX QUI LES AURAIENT MANQUES!

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03/06/2011

DSK, Tron et les accusations de Luc Ferry: «Tout le monde savait...»

«Tout le monde savait». Ce mantra est débité, en guise d'oraison libératoire, par la caste politico-médiatique dans les trois affaires à connotation sexuelle qui embrasent actuellement la France: DSK, Tron et maintenant les accusations du philosophe et politicien Luc Ferry contre un mystérieux ministre qui serait impliqué dans des actes pédomaniaques au Maroc.

Alors, non! A part les petits marquis emperruqués qui pérorent dans le cocktails et sautillent dans les soirées du Paris chic, personne ne savait. Et cette formule - «tout le monde» - traduit bien le mépris que ladite caste voue aux Français qui sont 65 millions à ne pas faire partie de ce «tout le monde». Désormais, les petits marquis devront se mettre à table. Ce sera le cas de l'un d'entre eux, Luc Ferry qui sera bientôt convoqué à la police pour en dire plus sur ses brides de révélations.

 Philosophe suffisant - mais bon présentateur de la pensée kantienne - qui fut un ministre insuffisant - il n'a pas fait d'étincelle à l'Education nationale - Ferry est l'incarnation de cette caste méprisante. A-t-il rapporté des ragots sans fondement pour faire sa roue devant les caméras? Révèlera-t-il des faits d'une criminelle gravité? Dans les deux cas, il y aura scandale. Pendant ce temps, Marine Le Pen compte les points et n'a même plus besoin de se démener pour engranger des suffrages. La droite, elle, se contente de s'offusquer des propos de Luc Ferry qui est l'un des siens. Et la gauche, à l'exception notoire de Ségolène Royal, regarde ostensiblement ailleurs. Les partis de gouvernement semblent subir la marée polluée qui les submerge.
 
«Le poisson pourrit par la tête», constate le proverbe chinois. Politiquement, il faudra en couper, des têtes; celles des dirigeants qui, à droite comme à gauche, embourbent leur pays dans ces marécages. Mais quand donc la Bastille sera-t-elle enfin prise? 


Jean-Noël Cuénod

(Cet éditorial a paru vendredi 3 juin dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

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19/05/2011

Les médias ont-ils protégé Dominique Strauss-Kahn?

Après la sidération, la flagellation. L’arrestation de Dominique Strauss-Kahn traumatise la France au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. C’est plus qu’un futur président de la République qui est tombé. C’est aussi une façon de concevoir les rapports politiques et même humains qui s’est déchirée. Au pays de la gauloiserie, les turpitudes galantes des dirigeants provoquaient l’admiration plus que la réprobation. A part de Gaulle — figure marmoréenne du Père de la Nation— tous les maîtres de l’Elysée et de ses boudoirs ont reçu leur lot de murmures égrillards. A la puissance politique, répondait la puissance sexuelle. Vieux souvenir d’une monarchie absolue et dissolue.

Mais le marivaudage est une chose. L’agression en est une autre, fort différente. Après Feydeau, James Ellroy. Dès lors, une polémique a éclaté en France sur le rôle des médias qui n’auraient pas voulu dessiner la frontière entre la drague adultère et la prédation sexuelle. «Tout le monde savait» titre à la «une» France-Soir d’hier, en évoquant l’attitude, disons offensive, de Strauss-Kahn dès que fleurissait un jupon sur son champ de... vision.

 Dans une tribune publiée mardi par Le Monde, le journaliste Christophe Deloire évoque le livre qu’il a écrit en 2006 avec son confrère Christophe Dubois. Son titre est éloquent: Sexus politicus (Albin Michel). Un chapitre était consacré à DSK et à son comportement «hors norme» à l’égard des femmes. «Les scènes racontées ne relevaient pas que de la séduction de salon», souligne Deloire qui accuse ses confrères: «Les médias, quoique disert sur l’ensemble du livre, se sont montrés plus que discrets sur les informations concernant Dominique Strauss-Kahn». Prenant à son tour le fouet confraternel, un autre journaliste, Jean Quatremer, rappelle qu’en 2007 dans son blogue, il avait tenté, en vain d’attirer l’attention sur les risques qu’il y avait à propulser DSK à la tête du FMI.

Le Canard Enchaîné paru hier prend le contre-pied et n’entend pas se faire fouetter: «DSK courait les jupons et les boîtes échangistes. La belle affaire! C’est sa vie privée et elle n’en fait pas un violeur en puissance (...) Pour le «Canard», l’information s’arrête toujours à la porte de la chambre à coucher».

Malheureusement, la chambre à coucher tend aujourd’hui à envahir tout l’espace de notre maison commune. Pédomanie au sein des églises, frasques des gouvernants, la sexualité devient une sorte de passage obligé de l’actualité. Comme si le vernis des idéologies ayant éclaté, surgissait à la surface politique cette force éternelle que la société était parvenue à canaliser dans le combat entre opinions partisanes.

 Les médias devront désormais faire avec cette tendance lourde. Tout en ne perdant jamais de vue la dignité humaine qui en subit un méchant coup. L’équilibre est encore à trouver. Il sera, de toute façon, fragile.


Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru jeudi 19 mai 2011 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et en rubrique "Réflexion" de 24 Heures)


Si vous désirez prolonger ce débat en voici un qui met aux prises des journalistes français dont l'excellent spécialiste des médias Daniel Schneidermann

09:50 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : dsk, sexualité, politique, vidéo | |  Facebook | | |

17/05/2011

Dominique Strauss-Kahn accusé d'agression sexuelle: à qui profite le scandale? VERSION ACTUALISEE

Dans l'avant-dernier texte de son blogue, Le Plouc évoquait la Porsche grand style qui transportait Dominique Strauss-Kahn. Il avait un peu vite écrit: "Pour DSK, il eût mieux valu qu’il fût surpris le pantalon sur les chevilles – une situation qu’il connaît assez bien et qui, finalement, ne lui a pas porté préjudice". Erreur, une nouvelle affaire de sexe risque fort, cette fois-ci, de le tuer politiquement. Il est accusé par la justice new-yorkaise d'agression sexuelle, ce que le directeur français du Fonds monétaire international (FMI) conteste (voir la vidéo).

Est-il tombé dans un piège? Sera-t-il finalement innocenté? Peu importe. Il doit désormais se défendre et n'aura plus le temps, ni l'énergie pour se présenter à l'élection présidentielle. Son image "bling-bling" en faisait, de toute façon, un candidat fragile. L'amour du luxe insupporte les Français. C'est nouveau, certes. Mais ce sentiment va fortissimo.

Alors, à qui profite le scandale DSK?

Nicolas Sarkozy voit son principal adversaire être éliminé. Mais, pour autant, il ne roule pas sur un boulevard, avec ou sans Porsche. Tout d’abord, c’est lui qui a fait nommer DSK à la tête du FMI. L’actuel président porte donc sa part de responsabilité dans cette humiliation que subit la France sur la scène internationale. Ensuite, nombre d’électeurs vont ranger Sarkozy et ses amis du Fouquet’s dans la même catégorie des politiciens «bling-bling» dont Strauss-Kahn était l’une des plus rutilantes figures.

Martine Aubry avait déclaré que si DSK ne se présentait pas à l’investiture du Parti socialiste pour la présidentielle, elle se porterait candidate. Fera-t-elle le pas? Seule son aversion pour François Hollande pourrait l’y pousser. Car la première secrétaire du PS doit maintenant se mobiliser à fond pour préserver son parti qui, une fois de plus, est secoué de toutes parts. Cette rude mission semble difficilement compatible avec une épuisante campagne électorale.


Prétendant déclaré à la primaire du PS, François Hollande paraît l’un des principaux bénéficiaires. Sa cote dans les sondages ne cesse de grimper. Désormais, il devient la meilleure chance socialiste pour remporter l’élection de 2012. Habilement, Hollande a récemment déclaré: "Il faut que le Parti socialiste présente un candidat normal". Sous-entendu, "ma bonne pomme, avec mon scooter, ma présidence de la Corrèze, mon allure de type sympa et malin, je suis vachement normal". Il sait que la plupart des Français commencent à en avoir ras le béret de tous ces supermen de la politique, ces êtres extra-ordinaires, ces hommes providentiels et providentiellement inefficaces.

 Les premiers sondages enregistrés après l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn démontrent que François Hollande est soutenu par 49% des sympathisants socialistes interrogés (sondage Harris International) et dépasse largement Martine Aubry (23%) et Ségolène Royal (10%). 

Mais la haine de Martine Aubry envers François Hollande pourrait profiter à Laurent Fabius qui dispose d'une longue expérience gouvernementale, contrairement au président de la Corrèze qui n'a jamais décroché le moindre ministère.L'ancien premier ministre socialiste avait conclu un "pacte à trois" avec DSK et Martine Aubry aux termes duquel aucun d'entre eux ne se ferait concurrence lors de la primaire du PS. Ce acte lie toujours Martine Aubry et Fabius. Or, ce dernier voue la même animosité envers Hollande que la première secrétaire du PS. Pourquoi cette phobie? Durant les dix ans que François Hollande a passés à la tête du Parti socialiste, il a eu le temps de se créer bien des ennemis dans cette formation où grouillent les egos surdimensionnés. D'autant plus qu'il a roulé plus d'un "éléphant" dans la farine, grâce à son talent de manoeuvrier. Et ça laisse des traces dans les mémoires! Dès lors, Martine Aubry, si elle ne se porte pas elle-même candidate, pourrait bien pousser Fabius sur la route de François Hollande. Fabius qui a publiquement déclaré à propos de son "camarade" Hollande devant les étudiants de Sciences-Po de Bordeaux: "Franchement, vous l'imaginez président de la République? On rêve!"

Le radical Jean-Louis Borloo peut lui aussi tirer les marrons du feu. Une partie des électeurs modérés de DSK se reportera sans doute sur sa candidature à la présidentielle. Si le centriste dispose, lui aussi, d'une jolie surface financière et d'un plantureux carnet d'adresses, il sait la jouer modeste en peaufinant son apparence de type avec lequel on descenderait volontiers le petit beaujolpif du patron sur un coin de comptoir.


Enfin, Marine Le Pen est, une nouvelle fois, la grande gagnante. Elle trouvera encore plus d’oreilles pour écouter son discours «tous pourris, sauf moi». Devant la prudence affichée par les sarkozystes dans l'affaire DSK - ils mettent systématiquement en avant la présomption d'innocence, comme les socialistes -  elle n'hésite pas à dénoncer la «collusion UMPS».

 

Jean-Noël Cuénod

 

Voir le Dossier consacré à l'affaire Strauss-Kahn

15:02 | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : dsk, justice, sexe, politique, ps, vidéo | |  Facebook | | |