19/09/2012

Islam, Charlie-Hedbo et le grand paradoxe des intégristes

 

Les intégristes musulmans ne savent plus où donner du cocktail Molotov. Après avoir semé la violence pour protester contre un film islamophobe, voilà qu’ils forcent la France à protéger ses ambassades parce que l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a publié, hier, des caricatures du prophète Mohammed.

 

«Il faut défendre l’honneur de Dieu!», proclament-ils. Principe éternel et créateur, en quoi Dieu serait-il atteint par les pires des insanités humaines? Tout ce qu’on peut dire de Lui se perd dans la nuit infinie et n’a pas plus d’importance que le bourdonnement d’un moucheron. «Certes, mais en l’occurrence, c’est un homme, un prophète, que les impies caricaturent. C’est sa mémoire qu’il s’agit de venger.»

 

Pour les musulmans, Mohammed n’est pas Dieu mais un homme, le plus parfait d’entre les humains, le modèle à suivre, celui qui porte la parole divine. Mais cet état si élevé ne le place-t-il pas hors d’atteinte des attaques portées contre sa mémoire? Si l’on suit la logique des dévots, ses propos, ses explications, l’exemple qu’il a donné à ses compagnons sont d’une force telle qu’ils résistent même à l’érosion du temps.

 

Alors pourquoi ce prophète aurait-il besoin qu’on le défende puisqu’il le fait si bien lui-même? En quoi quelques dessins qui seront oubliés demain pourraient-ils lui porter ombrage?

 

Voilà le grand paradoxe des  intégristes. En voulant honorer Dieu, ils Le rabaissent à l’état d’opinion qu’il faut défendre. En voulant venger la mémoire de Mohammed par la violence et la menace, ils le transforment en facteur de haine et de mort. Les dévots furieux restent les meilleurs propagandistes de l’athéisme.

 

Les textes fondateurs des trois religions monothéistes proclament que Dieu a fait de l’humain, un être libre. Libre de L’apostropher. Libre de Le louer. Libre de Le renier. Libre de L’aimer. Et même libre de Le caricaturer.

 

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

 CHARLIE-HEBDO S'EXPLIQUE

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26/03/2012

Nicolas Sarkozy et les « musulmans d'apparence »

Le candidat-président Nicolas Sarkozy aime la France qui se lève tôt. Cette affection est d'autant plus méritoire que lui-même n'est pas « du matin » comme le démontre sa dernière balourdise. En prenant leur petit-déjeuner ce lundi, les auditeurs de France-Info ont pu ouïr l'Hyperomni bredouiller à propos des militaires assassinés par le terroriste Mohamed Merah :

« Je rappelle que deux de nos soldats étaient - comment dire ? - musulmans, en tout cas d'apparence, puisque l'un était catholique. D'apparence... Comme on dit : de la diversité visible. »

 Tout d'abord, s'il devait passer l'examen de français qu'il a imposé début janvier aux candidats à la naturalisation, il n'est pas sûr que Sarkozy obtienne son passeport. Ensuite, enfermé dans sa bulle - certes portative - élyséenne, le présimonarque reste prisonnier des vieux clichés. Non, tous les Arabes ne sont pas musulmans et dans leur grande majorité, les musulmans ne sont pas Arabes. D'ailleurs le pays qui compte le plus de fidèles de l'Islam est l'Indonésie. En outre, il existe des Européens de souche qui se sont convertis à la religion du Coran comme feu Maurice Béjart.

A force de simplifier leur discours, persuadés que leur auditoire est composé d'imbéciles, les politiciens se prennent les pieds dans le tapis persan.

Si l'habit ne fait pas le moine, le bronzage ne fait pas l'imam !  

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

VIDEO : Nicolas Sarkozy en plein exercice de natation verbale.

 

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11/09/2011

Les musulmans, autres victimes du Nine-Eleven

Les 2976 hommes et femmes qui ont péri dans les Twin Towers le 11 septembre 2001 ne sont pas les seules victimes de feu Oussama Ben Laden et de ses 19 séides qui ont détourné et piloté les avions pour les lancer contre leurs objectifs. Les terroristes islamistes ont aussi pourri la vie des millions de musulmans vivant en Occident et ne demandant qu’une chose: faire prospérer leur famille en bonne intelligence avec les voisins.

Du jour au lendemain, le regard sur eux a changé. Ils sont devenus les adversaires de l’intérieur, la cinquième colonne du terrorisme mondial ; au pire des ennemis irréductibles, au mieux des suspects encombrants. A cet égard, les scènes de joie qui ont éclaté à Beyrouth, à Gaza et dans de nombreuses villes arabes ont causé au moins autant de tort aux musulmans que les attentats eux-mêmes.

Ainsi, même s’il cherche à effacer ce sentiment, Le Plouc ne peut s’empêcher de songer à l’islam chaque fois qu’il doit subir les interminables mesures de sécurité dans les aéroports ou les bâtiments officiels. Bien sûr, il relativise aussitôt, Le Plouc. Se dit qu’il ne faut pas confondre l’islam majoritaire et pacifique avec l’islam ultraminoritaire et radical. Mais le mal est fait. La confusion, malgré tout, s’insinue; la moindre barbe hérisse le poil et la bourka le défrise.

Auparavant, la mosquée était vue comme un lieu de prière parmi d’autres dans nos rues européennes. Désormais, en passant devant elle, ces questions s’insinuent: «Prient-ils ou complotent-ils? Le prédicateur prône-t-il la concorde ou prêche-t-il la violence?». Le Plouc les chasse aussitôt. Il se dit qu’après tout les pseudo-évangélistes américains et les intégristes papistes doivent être jetés au fond du même sac d’opprobre que les nazislamistes. Mais rien à faire. La méchante petite musique islamophobe revient dans les oreilles.

A cet égard, le but visé par Ben Laden et les islamoterroristes a pleinement réussi. Le fossé entre musulmans et non-musulmans n’a jamais été aussi profond. D’autant plus qu’en réponse au rejet dont ils sont victimes, certains fidèles de l’islam en ont rajouté dans l’application stricte de leurs préceptes, notamment à l’encontre des femmes. Et en réponse à cette réponse, les non-musulmans ont monté encore d’un cran leur hostilité contre la religion du prophète Mohamed.

Pourtant, dans notre société mondialisée, les communautés sont condamnées à cohabiter. Pour ce faire, la seule solution durable est d’instaurer ou de renforcer la laïcité, puis de la faire respecter par tous. Et si quelqu’un en déniche une meilleure que celle-ci, qu’il ne se gêne surtout pas pour la proposer!


Jean-Noël Cuénod

 

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27/01/2011

Epuration religieuse et folie de la pureté

 

C’est fou comme les politiciens adorent les termes hygéniques... Un mot surtout revient de façon — si l’on ose écrire! — récurrente: «épuration».

Sous le nazisme, l’ «épuration raciale» était prônée sur les ondes jusqu’à la transformer en obsession nationale. Staline, lui, a rempli ses Goulags avec «l’épuration de classe». A la Libération, les pays qui avaient été occupés par l’Allemagne hitlérienne ont recouru à l’ «épuration des collabos» qui a parfois conduit à l’exécution sommaire d’innocents par des résistants de la dernière minute. Durant les guerres de l’ex-Yougoslavie, c’est «l’épuration ethnique»—l’adjectif «racial» étant trop connoté— qui a prévalu.

Aujourd’hui, la tendance est à l’ «épuration religieuse». Le 7 janvier dernier, après l’attentat islamiste contre l’église copte d’Alexandrie qui a causé la mort de 21 chrétiens égyptiens, le président français Sarkozy a utilisé cette formule en stigmatisant «un plan particulièrement pervers d’épuration du Moyen-Orient, d’épuration religieuse».

Nicolas Sarkozy n’exagère pas. Les persécutions antichrétiennes se multiplient à un tel rythme, qu’il faut désormais qualifier d’ «épuration religieuse», cette vague de «christianophobie» qui submerge les nations arabes. Le site «missionchretienne.net» constate pour la seule année 2009: «Sur cinquante Etats où les chrétiens sont le plus persécutés, trente-cinq sont des pays où l’islam est majoritaire». Ainsi au Yémen, neuf travailleurs humanitaires ont été kidnappés par des hommes armés. Six d’entre eux n’ont toujours pas été retrouvés. Les corps des trois autres ont été découverts, atrocement mutilés. En Somalie, toujours en 2009, onze chrétiens ont été sauvagement assassinés. L’Iran en a emprisonné 85.
Dès lors, les critiques acerbes des Etats musulmans contre la votation suisse sur les minarets ou la loi française interdisant le port de la burka sur la voie publique rappellent la célèbre interpellation du Christ rapportée par les Evangiles: «Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans le puits de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton puits à toi, tu ne la remarques pas!»

Cela dit, dans une mesure bien moindre qu’au Proche-Orient, «l’épuration religieuse» apparaît aussi comme une tentation dans les pays d’Europe. Tant Blocher que Marine Le Pen veulent bannir les mosquées de nos paysages. On commence par les minarets, et après?

Toute «épuration» déclinée sur le mode politique et religieux relève de cette folie de la pureté qui a conduit l’humanité aux pires horreurs de son Histoire. La blancheur immaculée tourne souvent au rouge sang. Le seul rempart contre l’ «épuration religieuse» est l’instauration de la laïcité comme espace de neutralité confessionnelle. Les pays de l’islam ne sont pas forcément condamnés à ignorer cette notion.

 Après tout, la Turquie, même avec un parti musulman conservateur au pouvoir, a cantonné le religieux dans sa sphère. Demain, si la Tunisie réussit sa révolution démocratique, elle pourra, espérons-le, traduire pour ses voisins le mot «laïcité» en arabe.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte est paru dans cette version en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et en version légèrement raccourcie en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève.)

 

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29/04/2010

Le voile islamique, masque de l'impuissance politique

Il n’y a donc pas sujet d’actualité plus brûlant que l’interdiction sur la voie publique du voile islamique en version intégrale et intégriste.
La Belgique assiste à l’implosion de son Etat. Mais ses parlementaires viennent d'interdire la burqa à leur ordre du jour.
La dette publique italienne atteindra sans doute 112% du produit intérieur brut (PIB) en 2010. Et la Ligue du Nord concocte un projet de loi antivoile islamique assorti de lourdes peines. Sans parler de la Suisse et de sa «minaretophobie».
En France aussi, les difficultés ne manquent pas. Les paysans crient leur angoisse. Le chômage reste élevé. Le médiateur de la République lui-même, Jean-Paul Delevoye, dénonce la «fatigue psychique» des Français assaillis par le stress et la peur du lendemain. Toutefois, ces thèmes paraissent bien secondaires devant l’ampleur de ce débat sans fin sur l’interdiction du voile intégral.

 

Nous avons eu droit à divers épisodes depuis juin 2009, lorsqu’à l’initiative du député communiste André Gerin, l’Assemblée nationale a mis le voile sur le tapis, au plus vif plaisir du gouvernement, trop heureux de disposer ainsi d’un moyen de faire diversion. Les «idiots utiles» de Lénine aurait-il changé de camp?

 

Le dernier chapitre met aux prises le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux à un sous-sultan de la banlieue nantaise, qui disposerait d’un harem voilé — et socialement assisté — en son logis. Et voilà le moulin à sornettes qui repart de plus belle.
Il aurait été possible de régler rapidement cette affaire textile, en interdisant de cacher son visage sur la voie publique pour des raisons de sécurité. L’attaque en février dernier de la poste d’Athis-Mons (près de Paris) par deux malfrats dissimulés sous des burqas aurait pu servir d’illustration.

 

Mais le président Sarkozy et le chef de sa majorité Jean-François Copé ont choisi la voie compliquée, celle d’une interdiction générale du voile intégral en tant que tel. Il s’ensuit des avis juridiques, politiques, théologiques divers et contradictoires qui alimentent la pompe à bruits médiatiques.

 

En fait, la burqa sert de voile à l’impuissance politique qui est le véritable nœud de l’angoisse sociale dans toute l’Europe. Les Etats-nations n’ont plus la taille nécessaire pour infléchir les politiques économiques et sociales. A cette échelle, on peut essayer toutes les recettes que l’on veut, — socialistes, sociales-démocrates, libérales, ultralibérales — elles n’aboutissent à rien et ne règlent, au mieux, que des problèmes isolés et ce, de façon temporaire.

 

Quant à l’Union européenne, ses institutions démontrent leur incapacité à offrir des perspectives de sortie de crise. Une organisation fédérale aurait sans doute mieux convenu par sa répartition rationnelle des compétences, de la base au sommet. Mais aucun des Etats-nations composant l’Union n’a accepté cette solution, par souci de conserver des pouvoirs qui, pourtant, perdent chaque jour de leur substance. Dès lors, on ne voit pas comment l’angoisse sociale qui monte pourrait être apaisée.
Avant d’entreprendre quoi que ce soit, il faudrait d’abord affronter cette réalité-là, sans voile.

Jean-Noël Cuénod

Vidéo ci-dessous: débat entre deux musulmanes, l'une voilée et l'autre non, sur France5

08:26 | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : niqab, burqa, voile intégral, islam, laïcité, vidéo | |  Facebook | | |