30/03/2014

François Hollande coupable du Waterloo de la rue de Solférino

 

 Les politologues avaient pronostiqué une courte défaite des socialistes lors des élections municipales françaises. En temps normal, dans ce type de scrutin, les thèmes nationaux sont occultés par les problèmes de rond-point ou de ramassage des ordures. Mais voilà, comme nous ne vivons pas une époque normale, le président «normal» a pris normalement une claque magistrale ! C’est Waterloo, rue de Solférino, siège parisien du Parti socialiste.

 

François Hollande paye au prix fort la déception profonde qu’il a causée, au sein même de son camp. Certes, les Français avaient plutôt écarté l’agité Sarkozy qu’ils ne l’avaient choisi de gaieté de cœur. Mais tout de même, sa volonté de réformer en respectant les impératifs de la justice sociale avait séduit une majorité d’électeurs. Ceux-ci ont vite déchanté. Hollande a, en effet, complètement raté les six premiers mois de son mandat, à l’instar de Nicolas Sarkozy.

 

 Tout d’abord, en nommant comme premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui s’est montré incapable de donner à son gouvernement ne serait-ce qu’une esquisse de cohérence. Ensuite, en tolérant que des ministres parlent à tort et à travers plutôt que de faire leur boulot. Enfin et surtout, en acceptant la politique d’austérité voulue par Angela Merkel afin de renforcer la domination économique de l’Allemagne sur l’Europe.

Or, justement, le candidat Hollande avait pourtant bien vu le danger en affirmant qu’il renégocierait le pacte budgétaire européen. Il n’a, en fait, rien négocié du tout et n’a pas eu le cran de résister à la pression de Berlin. La France s’est enfoncée dans l’austérité, avec ses corollaires, restrictions budgétaires et augmentations d’impôts, provoquant hausse du chômage et baisse du pouvoir d’achat.

 

Les socialistes supplient le président Hollande de changer de cap, après ce direct en pleine face. Mais comment le fera-t-il ? Il n’a plus de marge de manœuvre, après avoir accepté la logique du pacte budgétaire. Un changement de gouvernement ne suffira pas à redonner de l’espoir à ceux qui n’attendent plus rien du pouvoir politique. Dimanche soir, le Parti socialiste a perdu plus que des mairies.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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14/01/2014

François Hollande, apôtre du social-libéralisme à la recherche de nouveaux appuis.

Le président François Hollande a confirmé mardi, lors de la troisième conférence de presse de son quinquennat, le coup de barre à droite esquissé lors de ses vœux. Ce mouvement est la suite inéluctable du vice fondamental de sa présidence, à savoir l’acceptation du pacte budgétaire européen. Lors de sa campagne électorale, le candidat Hollande avait promis de le renégocier avant sa ratification par la France. Mais durant les premières semaines qui ont suivi son élection, le nouveau président n’a pas osé sauter le pas et s’est contenté d’ajustements cosmétiques. Ce pacte a donc permis à l’Allemagne de sortir son épingle du jeu en plombant ses partenaires et néanmoins concurrents. La logique de l’austérité a roulé – et roule encore ­– sur la France comme sur les autres.

 

François Hollande assume aujourd’hui les conséquences de cette faute initiale. Ceux qui se plaignent que le président français ne désigne pas de cap et qu’il se contente de naviguer dans le flou ont tort. Le cap est clairement défini : il est social-libéral, sans équivoque. Le président socialiste offre même au patronat une fleur que même la droite n’avait jamais osé lui cueillir : la fin des cotisations familiales qui ponctionnent les entreprises et les indépendants.

Pour développer cette politique ­– qui a pour cœur le « pacte de responsabilité » (les entreprises auront moins de charges et devront embaucher plus) – Hollande a besoin d’appuis sur les plans social et politique.

 

Sur le plan social, le courant semble bien passer entre le nouveau « patron des patrons » du Medef Pierre Gattaz et le président de la République. Côté salariés, le syndicat CFDT ­– mieux implantés que la CGT et FO dans le secteur privé et, surtout, plus déterminé que ces deux centrales à négocier ­– reste l’allié le plus sûr du gouvernement pour appuyer sa politique de concertation.

Sur le plan politique, François Hollande ne peut pas faire assumer son social-libéralisme par le seul Parti socialiste ; il doit chercher d’autres appuis pour le légitimer auprès d’un cercle plus large d’électeurs. En outre, le président éprouvera de la peine à convaincre son aile gauche de le suivre sur ce chemin. Mais quelques ministères judicieusement attribués transformeront les Che Guevara d’aujourd’hui en Tony Blair de demain. Les Verts ne comptent pas. Avec la gauche de la gauche, les ponts sont définitivement rompus. Il ne reste donc que le centre-droit, soit l’UDI, pour lui servir d’allié potentiel.

 

D’ailleurs, le leader des centristes, Jean-Louis Borloo a déclaré d’emblée qu’il soutiendrait le « pacte de responsabilité », « s’il est concret », ajoute-t-il. Dès lors, après les élections municipales et européennes du printemps prochain, pourquoi ne pas conclure une alliance gouvernementale entre l’UDI et le Parti socialiste ? La France aurait un exécutif de coalition comme cette Allemagne qu’elle a pris pour modèle.

 

Mais pour ce faire, les centristes doivent mettre de l’ordre dans leurs diverses maisons. La jonction entre l’UDI de Borloo et le Modem de Bayrou ne s’est pas encore réalisée. Dès lors, Hollande doit certainement brûler quelques cierges pour que la mayonnaise centriste finisse par prendre.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les points forts de la conférence de presse présidentielle 

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01/01/2014

Les vrais vœux cachés de François Hollande

 

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 Légende: Jean-Luc Mélenchon et François Hollande se tournent le dos, plus que jamais.

Depuis que Charles de Gaulle en a inauguré la pratique en 1958, chaque président français doit accomplir la cérémonie des vœux. Parfois, elle est le vecteur d’annonces lourdes de conséquences historiques. Ainsi, le 1er janvier 1961 (voir la première vidéo), le Général avait prévenu les Français que s’ils n’acceptaient pas l’autodétermination du peuple algérien en vue de son indépendance, « par un oui franc et massif », il démissionnerait aussitôt de ses fonctions présidentielles. Une semaine après, le corps électoral lui donnait satisfaction. Un an et demi plus tard, l’Algérie n’était plus française.

 Mais la plupart du temps, les vœux présidentiels sont aussi passionnants à suivre qu’un programme de figures imposées en patinage plus ou moins artistique.

 

Si François Hollande ne saurait être comparé à de Gaulle, ni par l’époque ni par la stature, il n’en demeure pas moins que ses vœux pour 2014 n’ont rien d’anodins (voir la seconde vidéo). Ils annoncent clairement que le gouvernement socialiste accentuera encore plus son mouvement vers la droite.

 

Il est tout de même fort rare d’entendre sortir de la bouche d’un chef d’Etat socialiste de telles prises de position :

 

–      « les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années » (mais alors pourquoi les a-t-il augmentés ? Pourrait-on lui rétorquer) ;

–      « je veux réduire la dépense publique » ;

–      « la sécurité sociale (…) doit en terminer avec les excès – nous les connaissons – et les abus » ;

–      « je veux simplifier (…) les démarches administratives  (…) c’est une condition pour que nous puissions être plus attractifs, plus modernes, plus souples ».

 

La mesure phare présentée par Hollande se situe dans la droite ligne de… cette ligne à droite ! Il s’agit du « pacte de responsabilité aux entreprises » : « Il est fondé sur un principe simple, moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social », praeses dixit !

D’ailleurs, le Medef, syndicat patronal français, a aussitôt approuvé cette proposition, par la voix de son président Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République. Il faut cependant avancer rapidement car il y a urgence». Le Medef revendique même la paternité  de cette idée qu’il avait émise mi-novembre dernier.

 

Il reste à savoir si le patronat va vraiment jouer le jeu hollandais ou s’il se contentera de ramasser la mise en faisant fi de ses contreparties. La faiblesse des syndicats français pourrait l’y inciter. En ce cas, l’Etat tapera-t-il du poing sur la table patronale ?

 

Lors de ses vœux, le président français a donc confirmé que les ponts avec la gauche de la gauche étaient définitivement coupés, comme le confirme la violence du commentaire diffusé par François Delapierre, secrétaire national du PG de Jean-Luc Mélenchon : « Pour 2014, les intentions exprimées par François Hollande lors de ses vœux  sont claires, continuer d'arroser les puissants et de maltraiter le peuple. Le président nous a resservi un pot-pourri des poncifs néolibéraux qu'il a appliqués cette année ». En comparaison, la réaction du secrétaire général adjoint de l’UMP, Geoffroy Didier, paraît presque tendre : « Si ces vœux  étaient sincères, ils étaient surtout stériles ». Et au sein de l’aile gauche du Parti socialiste la gêne est perceptible.

 

Dès lors, les vœux de François Hollande en cacheraient-ils d’autres ? Relevons tout d’abord que, contrairement à l’an passé, le président n’a pas prononcé une seule fois le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Serait-ce l’indice d’une prochaine éviction ? Sans doute puisqu’après les élections municipales et européennes (mars et  mai prochains), le chef de l’Etat changera son équipe gouvernementale. Si les socialistes peuvent éviter une déroute totale aux municipales ­– du fait de l’attachement des électeurs aux premiers magistrats de leurs communes et des triangulaires PS-Front national- UMP ­– ils risquent fort un Waterloo aux Européennes.

 

Dès lors, en plaçant la barre aussi à droite, le président socialiste ne prépare-t-il pas un gouvernement de coalition avec le centre-droit ? Certes, la Cinquième République n’a guère l’usage de ce mode de gouvernement. Mais rien n’est éternel en politique. Et la situation périlleuse que connaît la France pourrait induire une telle alliance. A ce propos, lors d’une interruption de séance à l’Assemblée nationale, lors du vote sur le budget en décembre dernier, Jean-Louis Borloo avait déclaré, devant des journalistes, qu’il était prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale.

 

Si Hollande n’est plus du tout compatible avec Mélenchon, il le devient de plus en plus avec Borloo.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les voeux de 1961...

Et ceux de 2014.


Le direct de la Présidence de la République by Présidence de la République

19/12/2013

Les Jeudis du Plouc : scandale, un ouvrier candidat PS aux élections européennes

 

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C’est le scandale de la semaine en France. Le métallurgiste Edouard Martin (50 ans) a été désigné tête de liste du Parti socialiste pour la région Grand Est lors des élections européennes de fin mai 2014. Un ouvrier, vous vous rendez compte ? Et, tenez-vous bien, un ouvrier SYNDICALISTE ! Incroyable ! Hallucinant ! Bouleversifiant ! Indécent, pour tout dire…

 

Dans n’importe quel autre démocratie, la nouvelle n’aurait même pas été relevée. Un parti social-démocrate qui choisit pour le représenter un ouvrier issu des rangs du syndicalisme, quoi de plus banal. Après tout, l’un de nos meilleurs présidents de la Confédération, le socialiste Willy Ritschard, était monteur en chauffage de profession et secrétaire syndical.

 

Mais en France, la chose fait événement. Le pauvre Martin, qui appartient à la CFDT (Confédération française démocratique du travail), se trouve attaqué de toutes parts. Son syndicat devrait se féliciter qu’un des siens brigue un siège au Parlement européen. Pas du tout ! Conformément il est vrai aux règles de ce syndicat, Edouard Martin a dû se défaire de ses mandats syndicaux et n’a reçu qu’un bref satisfecit pour son action. Il fut pourtant la figure charismatique de la lutte des métallos pour sauver le site sidérurgique de Florange en Lorraine. 

 

Ses anciens camarades des autres syndicats – FO et CGT – n’hésitent pas à lui coller l’étiquette de « traître », tel l’indigeste Broccoli (FO) qui l’accuse d’avoir utilisé la bataille de Florange « pour servir son ambition personnelle ». Au Front national, qui se revendique comme le seul défenseur des ouvriers français, la rage est à son comble. Son vice-président Florian Philippot crache : « Il est allé à la soupe, comme les autres ! » Parce que Philippot, il n’y va pas à la soupe ? Il se présente, comme Martin, aux élections européennes dans le Grand Est !

 

La réaction la plus arrogante, la plus méprisante vient de Raffarin : « Il y en aura au moins un de recasé à Florange. C’est assez spectaculaire ! » L’ancien premier ministre UMP - élevé dans la ouate protectrice de la bonne bourgeoisie terrienne du Poitou, fils de secrétaire d’Etat, homme d’affaires avant de faire de la politique sa profession fort joliment rémunérée - n’a jamais eu besoin d’être recasé. Il fut bien casé dès sa naissance.

 

On reproche même à Edouard Martin, son indemnité parlementaire (12.000 à 15.000 euros par mois), avant qu’il ne soit élu. On peut la juger importante, mais pourquoi souligne-t-on cet aspect lorsque c’est un ouvrier qui se porte candidat ? Son montant est donc scandaleux dans le cas d’un métallo et normal s’il s’agit d’un politicien professionnel, un comptable ou un médecin ?

 

Certes, le Parti socialiste utilise son charisme pour sa propagande. Mais comme les autres partis, qui n’hésitent pas à mettre en avant leur « pipole » ou leur vedette du sport. Certes, Edouard Martin trahira peut-être les siens, qui peut le savoir ? Mais qu’on le laisse siéger avant de lui faire un procès d’intention qui relève du racisme antiouvrier. Un sentiment qui, d’ailleurs,  persiste en France, ce pays qui reste marqué culturellement par la paysannerie.

 

Lors de sa fondation il y a plus d’un siècle, le Parti socialiste a été créé pour défendre la classe ouvrière. Il s’en est depuis bien éloigné, c'est le moins que l'on puisse écrire. Alors qu’un métallo syndicaliste soit placé au premier plan, au lieu du sempiternel énarque de service, c’est une très bonne nouvelle.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Edouard Martin réplique à ses adversaires et à la Reine de la Gaffe Morano.


BFM Story: Européennes 2014: la contre-attaque... par BFMTV

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27/10/2013

François Hollande affronte la révolte fiscale

 

Le président français pèche par là où il avait promis, le fisc. Durant sa campagne électorale de l’an passé, François Hollande avait annoncé une grande réforme des impôts et taxes en France, afin de rendre la fiscalité de ce pays plus juste et plus lisible. Ce domaine appartenant à sa spécialité, chacun était en droit d’espérer que, pour une fois, le passage de la parole aux actes ne relevait pas du mirage.

 

Or, aux usines à gaz qui existaient avant son arrivée à l’Elysée, le président socialiste en a bricolé bien d’autres, tout aussi tortueuses, et a renoncé à lancer le grand chantier de cette réforme indispensable. Au désordre précédent, François Hollande s’est contenté d’ajouter sa pagaille en prenant 84 mesures de prélèvements en un an.

 

Au lieu de tracer les grandes lignes de la future imposition des Français et de leur expliquer pédagogiquement les raisons de l’effort fiscal, le président a préféré finasser, manœuvrer, louvoyer, faire de la tactique plutôt que de la stratégie et prendre ses concitoyens pour des enfants auxquels il convient de taire les vérités les plus désagréables.

 

En instaurant une taxe ici, une autre là, une troisième dans ce domaine, une quatrième ailleurs et une cinquième n’importe où, sans que les Français puissent appréhender le tableau général, ce président pointilliste leur a brossé une croûte fumeuse, brumeuse et brouillonne. Impossible d’y reconnaître le paysage de l’Hexagone de ces prochaines années.

 

Ce faisant, Hollande et son gouvernement ont aggravé le sentiment d’angoisse qui se répand en France. A la peur du chômage, à la perte du pouvoir d’achat, à la dégradation des services publics, surtout en banlieue et dans les campagnes, s’est ajoutée l’exaspération fiscale avec cette question que maintes familles françaises se posent: quelle nouvelle taxe nous tombera-t-elle sur la tête?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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23/07/2013

Hitler, nomades et fausse bourde de Bourdouleix

 Le dérapage reste la principale activité des politiciens, même l’été. Si la route des vacances est sèche, le boulevard des médias demeure glissant. Mais le mot « dérapage » convient-il ? Nullement. C’est un de ces termes fourre-tout que les médiacrates utilisent par paresse et manque de temps.

 

Penchons-nous donc sur la dernière fausse bourde, celle commise par le bien nommé Bourdouleix. Rappel des faits : une communauté évangélique de nomades campe de façon sauvage sur la commune de Cholet dans l’Ouest de la France. Le député-maire Gilles Bourdouleix déboule sur les lieux pour exiger le départ des évangélistes en roulottes. On s’invective. On échange des noms d’oiseaux. Les nomades ont-ils fait le salut nazi devant le maire?  En tout cas le micro d’un journaliste capte ce soupir de l’illustre Bourdouleix : « Comme quoi, Hitler n’en a peut-être pas tué assez… ». Bien entendu, le député-maire criera au « bidouillage » ourdi par un « petit merdeux de journaliste ». Mais personne ne croît à ses dénégations, même pas son parti, l’Union des démocrates indépendants (UDI). Ses dirigeants, horrifiés par ce propos, l’ont exclu de leurs rangs manu militari, avant de se rendre compte qu'une éviction aussi prompte n'était pas conforme aux statuts de leur parti. Une démarche a donc été lancée afin de mettre Bourdouleix à la porte. Quant à la justice, le procureur de la République a ouvert une enquête préliminaire pour "apologie de crime contre l'humanité" afin de mieux connaître les détails de cet échange. 

 Il est sans doute nécessaire, hélas, de rappeler que le nazisme a développé une politique systématique d’extermination des Tziganes, Roms, Gitans et autre peuples nomades. Plus de 500 000 d’entre eux ont été massacrés.

 

Alors, Bourdouleix a-t-il « dérapé » ? Notons tout d’abord qu’il ne s’agit sans doute pas d’une provocation à la Jean-Marie Le Pen, qui préparait de façon savante ses prétendus « écarts de langage » lorsque les médias ne parlaient pas suffisamment de lui. Mais Le Plouc hésite à qualifier de « dérapage » la bourdouleixerie.

  Ne serait-elle pas plutôt l’expression d’une opinion enfouie que le politicien prenait soin d’occulter afin de ne pas nuire à sa précieuse carrière ? La chaleur estivale, l’énervement, les insultes ont alors fait sauter ce barrage pour laisser couler le fond de sa pensée, si on ose user d’un terme aussi noble en de si méprisables circonstances. N’oublions pas que ce député-maire est obsédé par les nomades contre lesquels il multiplie recours et démarches.

Sa référence à Hitler n’est pas une bourde, c’est une panne temporaire de surmoi.

 Politiquement, Bourdouleix-sed-lex ne vient pas de nulle part. Sa participation aux centristes très modérés de l’UDI dirigée par Jean-Louis Borloo ne doit pas faire illusion. Sa véritable formation est le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) qu’il préside depuis 2009. Ce petit parti s’est fondu récemment au sein de l’UDI. Créé en 1949, le CNIP a longtemps servi de sas de décontamination pour politiciens d’extrême-droite soucieux de faire carrière dans les grandes formations de la droite gouvernementale.

 

 Après la Libération, le CNIP a réuni des conservateurs venant de l’aile droite de la Résistance et d’autres ayant participé à la collaboration. Cette présence d’authentiques résistants au Centre des Indépendants a permis aux pétainistes de se retremper dans des eaux plus républicaines que celles de Vichy. Par la suite, le CNIP a continué sa fonction de machine à laver les anciens extrémistes de droite. Après sa rupture avec Poujade (le défenseur du petit commerce), Jean-Marie Le Pen a été député du CNIP de 1958 à 1962.

 

 Plus récemment, Hervé Novelli, secrétaire d’Etat durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, est passé par le Centre national des Indépendants et paysans après avoir milité à l’extrême-droite et avant de rejoindre des partis plus intéressants pour participer aux sphères nutritives du pouvoir, c’est-à-dire l’UDF de Giscard, puis l’UMP de Sarkozy. Le remugle qui émane du « centrisme » façon CNPI n’est donc pas sans rappeler celui qui s’exhale de l’Union démocratique du Centre de notre pays.

 

Il faut se garder de toute illusion : Bourdouleix recevra moult messages d’encouragements après sa « sortie » sur Hitler et les gens du voyage. L‘antagonisme entre peuples sédentaires et nomades est sans doute le plus ancien de l’histoire humaine. Il sévit à toutes les époques et sous toutes les latitudes. Il prend aujourd’hui une ampleur particulière avec la montée de la pauvreté. Car le plus souvent, les conflits entre nomades et sédentaires opposent des pauvres entre eux. Ceux qui cherchent un coin pour se loger et ceux qui entendent ne pas s’en faire déloger.

 

 Les nantis, eux, sont fort loin d’en être affectés. Ce qui ne les empêche pas de mettre un plein jerrican d’essence sur ce feu lorsque cela sert leurs intérêts. Avocat au Barreau de Paris, chargé de cours en droit constitutionnel à l‘Université d’Angers, député et maire, Gille Bourdouleix fait, de toute évidence, partie des nantis. Sa sortie médiatique va lui valoir sans doute maints suffrages dans sa ville de Cholet. Monsieur Bourdouleix est bien dans le sale air du temps.

 

Jean-Noël Cuénod

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Voici la vidéo qui a diffusé la bourdouleixerie. Tendez bien l'oreille, à la fin.

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27/06/2013

L’Europe et le désespoir des peuples

 

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La France et bien d’autres pays d’Europe ne parviennent pas à se débarrasser de ce désespoir qui vous colle à la peau comme une suie grasse. Chaque semaine apporte son lot «de hargne, de rogne et de grogne» comme le disait jadis le général de Gaulle qui fait aujourd’hui figure d’ancêtre de plus en plus éloigné. Triomphale défaite du Front national à Villeneuve-sur-Lot, tensions entre Paris et Bruxelles et désarroi à tous les étages.

 

Ce désespoir en passe d’être chronique pose la question du pouvoir politique. Tant que les peuples ne sauront pas le situer, ils sombreront dans l’abstention ou le vote en faveur des formations du nationalisme démagogique. Les citoyens se rendent compte, avec angoisse, que leur bulletin électoral ne désigne que des faiseurs de vent et des diseurs de bonjour. A quoi servent les institutions les plus démocratiques qui soient, si elles ne créent que de l’impuissance savamment déguisée par les communicants?

 

La Suisse est en train d’en faire l’expérience. Sa démocratie directe ne lui a pas servi de bouclier contre les grandes puissances qui, désormais, dictent leur loi à la Confédération. A l’exemple des Etats-Unis qui, au moment voulu par eux, ont pulvérisé le secret bancaire helvétique. Toutes les rodomontades blochériennes n’y ont rien fait, alors même que l’UDC est aux affaires.

 

Les décisions politiques d’envergure ne peuvent plus se prendre à l’intérieur du cadre national. Chacun désormais le sait. Mais, lancinante, la question revient nous tarauder: où est-il donc ce sacré pouvoir? Dans nos contrées, seule l’Europe dispose de la bonne taille pour affronter l’économie globalisée. Or, cette idée est de plus en plus impopulaire. Elle ne fait plus rêver et s’est muée en cauchemar.

Même en Allemagne, cheffe de file de l’Union, l’europhobie a trouvé son expression politique avec la création, en avril dernier de l’AfD (Alternative für Deutschland) qui a gagné 7 500 membres en quelques semaines.

 

Si l’Europe possède la taille idoine, elle n’est pas devenue crédible pour autant, en raison de la faiblesse de ses institutions, à la fois sur les plans structurel et démocratique. En fin de compte, elle reste dans les mains des gouvernements des Etats membres qui, au lieu de renoncer à leurs prérogatives - décoratives certes, mais sans substance - ont gardé leur vieux logiciel national.

 

Or, l’addition des impuissances ne crée pas la puissance. Seul le fédéralisme pourrait faire de l’Europe, le lieu du pouvoir réel. Mais ce grand saut, les peuples ne semblent pas prêts à l’accomplir. Ils pestent contre leurs gouvernants incapables de les sortir du marasme, vitupèrent l’opacité des institutions de l’Union, chargent Bruxelles de tous les maux; mais devant une Europe à reconstruire, ils éprouvent encore les affres du vertige.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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 "Europe ou chaos ? Reconstruire l'Europe ou mourir", ce manifeste a donné lieu à un débat organisé par Arte lundi 28 janvier 2013 au Théâtre du Rond-Point, à Paris. Avec les interventions de nombreux écrivains, comme Umberto Eco, Juan Luis Cebrián, Hans Christoph Buch, György Konrád, Julia Kristeva, Bernard-Henri Levy ou Peter Schneider. Un reportage de David Bornstein.

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31/05/2013

Nicolas Sarkozy, un obstacle de taille pour l’UMP

 

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Vous avez aimé le festival de fraudes et de vacheries lors de l’élection interne du président de l’UMP cet automne? Vous allez adorer la primaire de ce même parti pour désigner son candidat à la Mairie de Paris! Coups tordus, manipulations en tous genres, menaces de toutes sortes caractérisent cette campagne interne.

 

De plus, à peine le scrutin électronique était-il ouvert dès hier, que des journalistes ont pu le pirater avec une aisance déconcertante. Le grand parti de la droite française ne parvient pas à se débarrasser de ses deux démons, tripatouillage et division.

 

Pourquoi? Héritière en ligne directe des formations gaullistes, l’UMP souffre d’un mal rédhibitoire pour un parti de type bonapartiste: l’absence de chef. Aucune figure ne s’est encore imposée. Et pour cause, l’ancien patron de l’UMP fait tout pour empêcher l’émergence d’un successeur.

 

Après sa défaite à l’élection présidentielle de l’an passé, Nicolas Sarkozy devait soit abandonner la vie politique, soit prendre la tête de l’opposition en vue de la reconquête du pouvoir. Il n’a fait ni l’un ni l’autre. L’ex-président s’est retiré tout en ne se retirant pas complètement, a laissé percer sa volonté de revenir sur la scène politique, tout en ajoutant qu’il ne le ferait qu’en cas de catastrophe.

 

Bref, il frustre les militants de l’UMP de leur besoin d’être commandés. Ils ne savent s’il faut préparer le grand retour de celui qui reste leur héros ou s’il convient désormais de tourner la page pour s’investir dans une nouvelle figure dominatrice.

 

Tant que Nicolas Sarkozy ne choisit pas entre son retour ou sa retraite définitive, il reste un obstacle pour le développement de l’UMP. Sans chef, le parti de la droite est un bateau ivre livré aux remous des ambitions. Ne sachant sur quel pied danser et lassés par cette valse-hésitation, les électeurs UMP risquent fort d’être emportés par les bras musclés du Front national.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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03/05/2013

Le 1er Mai parisien le plus déprimant du Plouc

muguet_fane.jpg Un brin de muguet fané à la boutonnière, Le Plouc a donc traîné ses bottes dans tout Paris en ce 1er Mai. Le plus sinistre de toute sa longue carrière. Le moins enthousiasmant. Le plus déprimant. Le moins roboratif. Le plus gris. Le moins ensoleillé. Et surtout, le plus éclaté. Terminé, le grand défilé unitaire des syndicats qui drainait les foules dans la fumée des merguez grillées.

 

Certes, Force Ouvrière a toujours fait défilé à part en célébrant les fusillés de la Commune (1871) au Mur des Fédérés. Mais enfin, la plus grande partie du monde ouvrier battait le pavé de Paris, toutes tendances confondues.

Cette année, FO n’est plus la seule à faire bande à part. La CFDT et les autres syndicats réformistes s’expatrient dans la banlieue de Reims pour bien souligner leur refus de participer au cortège parisien de la CGT et de ses alliés qui accomplit le classique parcours révolutionnaire Bastille-Nation.

 

Pourquoi cette bouderie de la CFDT? Pour troquer le beaujolpif contre du champagne? Ou alors, le nouveau patron cédétiste, Laurent Berger, a-t-il voulu s’y faire sacrer, avec onction de Saint Chrême et de Sainte Ampoule, comme un vulgaire Roi de France? La réalité est moins pétillante et plus prosaïque. La CFDT et les autonomes ont signé avec le patronat le pacte de compétitivité voulu par le président Hollande, alors que la CGT, SUD, Solidaires et d’autres le rejettent en criant à la trahison de classe. Des militants de la CGT ont donc brûlé un drapeau de la CFDT, traitée de «collabo» des patrons. D’où la colère du bon Berger et de son troupeau.

 

Bien d’autres 1er Mai se sont déroulés à Paris. A l’Opéra, par exemple, avec celui du clan Le Pen et sa trinité blonde: le grand-père Jean-Marie, la fille Marine et la petite-fille Marion, la députée. Sous l’impulsion de la patronne du Front national, les fachos sont tenus à l’écart. Pas question de vendre des fanzines racistes ou de distribuer des tracts antisémites. Mais chez ces gens-là, le naturel revient au trot et au galop. Dès que Marine Le Pen sent du mou dans l’assistance – moins nombreuse que l’an passé (3000 au lieu de 10 000 personnes) – hop, elle entonne le couplet sur l’immigration. Le succès est garanti. Même Sarkozy et Hollande sont moins hués. Un slogan fuse: «Du PQ pour les sans-papiers!» Dans les rangs, les blagues racistes se répandent avant d’être réprimées: chut, il faut écouter la cheffe!

 

De l’autre côté de la Seine, à la Fontaine Saint-Michel, les «antifa» manifestent contre le Front national. On retraverse la Seine, vers la Bastille, les climato-complotistes défilent contre la «géoingénierie». Retour rive gauche, pour léviter avec les raéliens, partisans du «paradisme qui annonce la fin du travail». Le Plouc craint fort que cette fin soit déjà décrétée par l’«enférisme» de la finance sauvage.

 

Quant au Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il n’a guère figuré dans le cortège le plus proche de son idéologie, celui de la CGT, assez peu fourni lui aussi. Toutes les forces mélenchonienne sont mobilisées par la grande manif de la gauche anti-Hollande, dimanche 5 mai. Voilà qui est bien plus important que de participer à un traditionnel défilé syndical.

 

Et nous passons sur les autres micro-défilés. Chacun a donc fait son petit 1er Mai rien qu’à lui, dans son coin, en cultivant un frileux entre-soi. Jambon-beurre chez les frontistes. Brochette hallal chez les cégétistes. Voilà le 1er Mai 2013 : indigeste et pluvieux. Plus vieux, surtout.

 

Jean-Noël Cuénod

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10/01/2013

Georges Guingouin, une tragédie française

Qui se souvient de Georges Guingouin en France? Bien peu de monde, à la notable exception du Périgord et du Limousin, où le nom de ce héros de la Résistance reste ancré dans les mémoires. Heureusement, le téléfilm «Le grand Georges», diffusé mardi soir sur France 3, l’a extirpé de l’oubli. Il a été tourné par François Marthouret sur un scénario de Patrick Rotman.

 

Mêler, comme le fait cette œuvre, Histoire et fiction, reste une opération périlleuse. Le trait devient très appuyé et les zones grises sont soigneusement évitées. Même en couleur films et téléfilms privilégient le blanc et le noir. Mais ces considérations demeurent secondaires en regard de l’essentiel. Grâce à Marthouret et Rotman, l’un des destins les plus représentatifs du XXe siècle français a été remis en lumière.

 

Petit instituteur limousin, Georges Guingouin est entré au Parti communiste en 1934. Simple soldat en 1939, il évite d’être fait prisonnier par les troupes allemandes lors de la défaite de juin 1940. Alors que les dirigeants communistes français, englués dans le pacte germano-soviétique, attendront l’invasion nazie de l’URSS le 22 juin 1941 pour entrer en Résistance, le «grand Georges» l’a fait dès l’été 1940 et prend définitivement le maquis en avril 1941, contre l’avis du PCF. Il manifestera cette indépendance d’esprit tout au long de l’occupation et deviendra le chef de l’un des plus importants maquis de France, malgré les entraves de son propre parti.

 

Après la guerre, les dirigeants communistes lui feront payer très cher ce manque de souplesse stalinienne et l’acculeront à déchirer sa carte en 1952. Durant les années 50, Georges Guingouin subit l’assaut de ses anciens camarades mais aussi celui des ex-collabos de la police pétainiste, bien vite réhabilités par la IVe République. Après avoir été calomnié, accusé à tort, jeté en prison, passé à tabac, poussé vers la folie, rejeté de tous, sauf de ses plus proches, Guingouin est lavé de tout soupçon en 1959. Mais le Parti communiste français ne l’a réhabilité qu’en… 1998 dans la totale indifférence du héros, qui était redevenu le petit instituteur de sa jeunesse.

Le destin de Georges Guingouin symbolise à lui seul les illusions perdues de la France de l’après-Résistance. A la solidarité contre l’adversité a succédé la veulerie des compromissions.

 

Une fois de plus, le parallèle est établi entre fascisme et communisme. Même organisation pyramidale. Même obéissance aveugle. Même méthode de dénigrement. Même pression physique et psychique. Même ambition de soumettre le peuple à une entité totalitaire.

 

Cette proximité dans l’action ne doit pas pour autant masquer les différences idéologiques entre les deux formes de totalitarisme du XXe siècle. On serait bien en peine de trouver parmi les nazis et les SS, une figure qui possède la même trempe morale que Georges Guingouin.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Reportage sur la présentation de ce téléfilm

 

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09/12/2012

La France est de plus en plus choquée

 

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La France est sous le choc. Ou plutôt sous les chocs. Le grand patron de gauche couleur saumon sur canapé, Louis Gallois - qui vient de pondre son rapport sur la désindustrialisation - prône un «choc de compétitivité». Le gouvernement socialiste en est tout retourné.

 

La ministre écolo du Logement, Cécile Duflot, lui emboîte le pas en appelant à un «choc de solidarité». Elle vise l’Eglise catholique, propriétaire de logements vides qui pourraient être utilisés en faveur des familles pauvres. Mais la ministre tendance verte de rage subit, en retour, un choc de crosses épiscopales, les évêques lui rétorquant que l’Etat n’a aucune leçon à leur donner. La crosse épiscopale est instrument contondant qui peut causer de graves blessures, surtout d’amour-propre

 

Guillaume Pepy, le patron du rail français, la SNCF, ne saurait rester muet. Aussi plaide-t-il pour un «choc de citoyenneté» en lançant une grande action contre les incivilités dans les trains. Apparemment, l’onde de choc n’a pas encore traversé les tortillards de la banlieue parisienne. Les «djeunes» sont toujours aussi nombreux à installer leurs baskets délacées et puantes sur le siège d’en face.

 

Acé, le dessinateur exclusif du Plouc, se montre inquiet comme le montre son dessin. Cette bonne vieille France ne risque-t-elle pas la crise cardiaque en subissant tous ces chocs? A moins qu’il ne faille lui administrer un choc de défibrillation pour la sortir du coma.

 

En attendant, le Plouc, s’apprête à passer Noël dans sa Suisse natale, avec d’autres chocs. Ceux de la maison Lindt par exemple.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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31/10/2012

L’UMP ou l’irrésistible tentation du hara-kiri

Par son appel à recourir aux manifs si le mariage homosexuel et le vote des étrangers aux municipales sont adoptés par le parlement français, le secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé a rajouté ce week-end, une épaisse couche «droitiste» à son discours. Elle survient après l’épisode du pain au chocolat arraché de la bouche des petits Français par de vilains islamistes.

 

Comment une figure importante d’un grand parti conservateur peut-elle en appeler au désordre de la rue? La raison en est simple, Jean-François Copé doit rattraper François Fillon dans la course à la présidence de l’UMP. Et pour l’instant, son langage musclé plaît aux militants et aux sympathisants qui, toutefois, semblent préférer François Fillon, puisqu’il paraît être le seul à pouvoir mener son camp à la victoire lors de l’élection présidentielle en 2017.

 

Par ses discours extrémistes, Jean-François Copé lance des passerelles vers le Front national. Plusieurs facteurs l’y engagent. D’une part, 30% des sympathisants de l’UMP se déclarent favorables à des alliances électorales, selon un sondage d’OpinionWay. D’autre part, nombre d’élus locaux de l’UMP poussent leur parti à conclure des accords régionaux avec les frontistes de Marine Le Pen afin de sauvegarder leurs sièges. A court terme, la tactique de Copé paraît cohérente. A moyen et long terme, elle trahit l’inconfortable position de l’UMP sur l’échiquier politique français.

 

Tout d’abord, Marine Le Pen ne conçoit une alliance avec l’UMP que dans la mesure où le Front national se trouve en position hégémonique. Ensuite, les opinions des deux partis sont tellement éloignées sur des sujets majeurs comme l’Europe et l'économie, qu’un accord sur le plan national conduirait la formation de Copé et de Fillon à se faire hara-kiri.

 

En effet, l’électorat de l’UMP n’est pas homogène. Un autre sondage OpinionWay démontre qu’il est divisé en quatre grandes familles: les «gaullistes» (31% des sympathisants de l’UMP), les «conservateurs antilibéraux» (24%), les «libéraux» (21%) et les «progressistes» (24%). La part la plus favorable au Front national se trouve au sein des «conservateurs antilibéraux». En revanche, les «libéraux» et les «progressistes» seraient enclins à rejoindre les rangs du nouveau parti de Jean-Louis Borloo, l’UDI (centre-droit), en cas d’alliance avec le Front national. Dans cette configuration, le groupe «gaulliste» se partagerait sans doute entre pro et antifrontistes. Dès lors, l’UMP réduite à sa part la plus droitière risquerait fort d’être avalée par le Front national. Le champ serait ainsi laissé libre à l’UDI qui affiche clairement sa volonté de devenir le grand parti de la droite modérée et de gouvernement.

 

Borloo et Marine Le Pen ont au moins un point commun, ils veulent tous deux dévorer l’UMP. Le nouveau président de ce parti devra donc affronter des adversaires résolus et bien organisés au sein même de l’opposition.

Jean-Noël Cuénod

 Lors de la fête de l'Aït-el-Kébir, les musulmans français ont distribué un petit pain au chocolat en forme de croissant qu'ils ont, si l'on ose dire, baptisé le "Copé". Le secrétaire général  de l'UMP s'est au moins fait un nom dans la viennoiserie allal.

 

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13:03 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : islam, ump, france, front national, marine le pen, copé, fillon, borloo | |  Facebook | | |

17/10/2012

L’impossible débat politique en France

 

La classe politique française démontre avec la régularité d’un métronome bruyant son incapacité à mener un débat politique. Dernier exemple, celui offert par l’hystérie qui a suivi les déclarations du ministre Vincent Peillon. Celui-ci, pourtant, ne proposait rien de révolutionnaire, sinon que l’on réfléchisse à la dépénalisation — éventuelle — de l’usage de cannabis. Au lieu d’argumenter, l’opposition de droite, soutenue par une partie de la gauche, a hurlé: défense de poser cette question! Pourquoi? Parce que! Sur d’autres sujets, le constat est le même.

 

Cette incapacité à débattre plonge ses racines au plus profond de l’Histoire. Si l’on considère le pouvoir politique sous deux formes, l’une verticale, l’autre horizontale, force est de constater que, le plus souvent, la France a privilégié la verticalité. Dans cette optique, la division entre gauche et droite est dépassée. Il y a des «horizontalistes» à gauche comme à droite et des «verticalistes» dans les deux camps.

 

Roi «horizontaliste», Henri IV a permis à ses anciens coreligionnaires protestants de pratiquer leur foi sous certaines conditions, en signant l’Edit de Nantes le 13 avril 1598. La France devenait ainsi plurielle, ce qui aurait pu faire naître une lente évolution vers un Etat progressivement démocratique. C’est, en partie, pour arrêter ce processus que le roi «verticaliste» Louis XIV a révoqué cet Edit le 22 octobre 1685. La France régressait alors vers la monoculture religieuse, contraignant environ 300 000 (sur une vingtaine de millions d’habitants) de ses sujets protestants — la plupart, issus de la bourgeoisie intellectuelle en plein essor — à l’exil où ils ont participé à créer la richesse industrielle des pays du Nord de l’Europe et de l’Amérique.

 

A la Révolution, la France aurait pu prendre un autre pli. Mais les «horizontalistes» girondins — partisans d’une sorte de fédéralisme — ont été battus par les «verticalistes» jacobins qui ont fait triompher le centralisme autoritaire de la République «une et indivisible».

 

Si l’horizontalité offre aux débats politiques l’espace nécessaire pour se développer, tel n’est pas le cas de la verticalité. Dans l’optique verticale, le débat n’est qu’un babil retardant la mise en pratique des décisions prises par «en haut». Mais du fait de cet éloignement du «haut» par rapport au «bas», lesdites mesures ont de la peine à s’imbriquer dans le réel. Or, l’une des vertus du débat public est, justement, de rapprocher le «haut» et le «bas» et de permettre l’imbrication de la politique dans le réel.

 

La France saura-t-elle devenir plus «horizontale» malgré ses pesanteurs historiques? Les crises qui se succèdent vont sans doute la contraindre, qu’elle le veuille ou non, à revoir son type de fonctionnement politique.

Jean-Noël Cuénod

Faudra-t-il déconstruire la verticale du pouvoir en France?toureiffel1.jpg

 

03/10/2012

François Hollande et l’impuissance de la puissance

Serait-ce possible ailleurs qu’en France? Son président intervient un jour à la tribune des Nations Unies à New York pour y débattre de l’avenir de la planète, puis se retrouve le lendemain dans une cage d’escalier de la banlieue grenobloise pour essuyer les reproches d’une habitante excédée par la violence de son quartier. Voilà donc François Hollande bondissant d’un fait divers à l’autre, comme un vulgaire Sarkozy.

 

Il se voulait être chef d’Etat «normal». C’est raté. En France, le président de la République doit être «anormal». Contrairement aux apparences et aux analyses de nombreux médias outre-Jura, ce phénomène n’est pas dû à la frénésie que Nicolas Sarkozy n’a cessé d’alimenter durant son quinquennat. Le ci-devant président n’a fait qu’amplifier un mouvement naturel, créé par les institutions de la Ve République.

 

Celles-ci confèrent au «présimonarque» de l’Elysée des prérogatives qu’aucun autre chef d’Etat d’un pays démocratique ne possède. Barack Obama rêverait de disposer des mêmes pouvoirs que François Hollande et d’une chambre d’enregistrement aussi docile que l’Assemblée nationale.

 

Mais cet excès de puissance virtuelle se transforme en impuissance réelle. Seul au sommet de son autorité, le président français est comptable de tout: des hauts-fourneaux qui ferment à Florange, des marins-
pêcheurs qui veulent pêcher davantage de noix de Saint-Jacques, des loyers qui grimpent, de la violence scolaire, des incivilités sur les trottoirs et même – pourquoi pas? – du dérapage des handballeurs montpelliérains.

 

L’essence de la Constitution française est caractérisée par le recours à la notion d’«homme providentiel», à l’image de son créateur, le général de Gaulle. Et lorsque nos confrères de Paris espèrent l’émergence en France d’un «nouveau Roosevelt», c’est encore à la «providence» qu’ils se réfèrent. Curieuse nation qui se veut berceau de la laïcité tout en demeurant inspirée secrètement par la monarchie de droit divin!

Ce phénomène provoque deux situations négatives.

 

Tout d’abord, les problèmes affluant, en fin de compte, vers un seul homme, le pouvoir subit un embouteillage comparable à celui du «périphérique» parisien un dimanche soir. Tout est différé, dilué, bloqué dans des commissions.

 

Ensuite, cette «présimonarchie» induit une certaine infantilisation des esprits au sein de la population. Le peuple, déléguant tout à son chef, se contente de subir et de râler en évitant surtout de se remettre lui-même en cause.

 

L’actuelle Constitution est devenue obsolète. Pire, elle empêche la France de se défendre dans le monde globalisé. Démocratiser les institutions, de façon que le peuple se sente enfin responsable de lui-même, est devenu en France une ardente nécessité.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO. La scène de la cage d'escalier à Echirolles, près de Grenoble, après l'assassinat de deux jeunes.


François Hollande interpellé à Echirolles par BFMTV

16:00 | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : france, présidencele, faits divers, grenob | |  Facebook | | |

17/06/2012

François Hollande über alles!

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Le président François Hollande ne pouvait rêver meilleur résultat aux élections législatives françaises. Son Parti socialiste détient à lui seul la majorité absolue de la nouvelle Assemblée nationale. Il n'aura donc pas besoin des quelque vingt députés «verts» pour faire passer ses réformes. Quant au Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il est bien diminué. Avec une petite dizaine de députés, il ne comptera guère et ne pourra même pas former un groupe. Mélenchon était le caillou dans la chaussure de Hollande, le voilà rejeté à son destin de gravier.

Les socialistes détiennent désormais tous les leviers de commande. Majoritaires au Sénat, majoritaires absolus à l'Assemblée nationale, majoritaires dans les départements (6 sur 10 sont dirigés par des élus du PS), majoritaires écrasants dans les régions (21 sur 22). L'ennui, avec une telle domination, est que le parti présidentiel ne peut que perdre une si flatteuse position aux prochaines élections, notamment aux municipales en 2014.

François Hollande dispose ainsi d'une stature qui lui permet de parler haut, hors de France. Il va sans doute devenir le leader de l'Europe du Sud face à Angela Merkel, championne de l'Europe du Nord. Pour l'Hexagone, c'est une situation périlleuse certes, mais tout de même plus porteuse d'espoir que celle de pâle second de l'Allemagne qui était la sienne sous Nicolas Sarkozy.

Le débat européen continuera à opposer la France, tenante de la relance économique, à l'Allemagne, gardienne de l'orthodoxie budgétaire. François Hollande peut désormais exciper du soutien massif de son peuple pour avancer ses pions face à Angela Merkel. Mais le président français sait bien qu'un compromis est inévitable et il n'est pas homme à jouer les jusquauboutistes. Sa victoire lui donne l'assurance nécessaire, à la fois de pousser son avantage face à la chancelière fédérale et de faire accepter le compromis franco-allemand au parlement.

D'ailleurs, les positions entre Hollande et Merkel ne sont pas si opposées que cela. Mardi dernier, au Conseil économique, social et environnemental, le président français a bien averti que la relance économique ne pouvait pas naître de la dépense publique. La phrase est passée inaperçue dans les médias français, tout émoustillés par l'affaire Tweeterweiler. Mais elle constitue une rupture historique dans le discours, jusqu'alors keynésien, des socialistes.

Des mesures de restriction budgétaire se préparent donc en France. Grâce à sa victoire aux législatives, François Hollande pourra les faire voter par le parlement. Mais il devra alors faire face au mécontentement qui risque de s'exprimer dans les rues ou par le truchement de grèves sauvages. Le dialogue social promis par le nouveau pouvoir deviendra une ardente nécessité.

Jean-Noël Cuénod

 

15/06/2012

Requiem pour Bayrou. La France est orpheline de son centre

 

 

 Les élections législatives françaises signeront-elles l'acte du décès politique de François Bayrou? La capacité de résurrection du démocrate-chrétien béarnais ne saurait être sous-estimée. L'ancien ministre peut encore rebondir. Mais on n'en dira pas autant de son parti, le MoDem.

 

Depuis cinq ans, Bayrou a tenté de construire un pôle centriste indépendant de la droite et de la gauche. Depuis la création de la Ve République, le centre - sous ses diverses dénominations - a toujours servi d'alliés au parti gaulliste et à ses avatars RPR, puis UMP. Il apportait à cette formation autoritaire, souverainiste et dirigiste, un contrepoids modéré, ouvert sur le monde et libéral. Malgré les idées intéressantes qu'il agitait, le MoDem n'a pas réussi à s'imposer comme un acteur majeur sur la scène politique française.

 

Il en va de même pour les autres formations centristes qui n'avaient pas suivi François Bayrou dans son aventure du MoDem. Hervé Morin et son Nouveau Centre, Jean-Louis Borloo et son Parti radical, Jean-Pierre Raffarin et sa tendance humaniste au sein du parti sarkozyste se moquaient de Bayrou et prônaient l'alliance avec l'UMP. Or, leurs mouvements sont aujourd'hui au moins aussi moribonds que le MoDem. Ces centristes mous avaient choisi de faire carrière gouvernementale sous le règne de Sarkozy. Les gamelles ministérielles réjouissant aujourd'hui d'autres museaux plus roses, ils se trouvent dépourvus.

 

De plus, leur voix ne compte plus du tout au sein de l'UMP qui adopte les thèmes du Front national, voire son idéologie. Dans un tel contexte, le centrisme devient un corps étranger au sein de cette droite en voie de radicalisation. Avec un MoDem en coma dépassé et des formations réduites à l'état d'ectoplasmes, la France est ainsi vidée de son centre.

 

Cette situation risque d'être préjudiciable à la République voisine. En effet, une entente devient de plus en plus probable entre le Front national de Marine Le Pen et l'UMP dont le secrétaire général Jean-François Copé répète en boucle que la patronne du FN «n'est pas son père». Sous-entendu, avec elle, il sera possible de causer. D'ailleurs, la base de l'UMP pousse à la roue en faveur d'un accord entre son parti et le Front national.

 

Lorsque le Parti socialiste au pouvoir ordonnera des restrictions budgétaires impopulaires, vers qui se tournera-t-il? Les Verts? Ils n'ont ni maturité politique ni poids électoral. Le Front de Gauche et les communistes? Ils se suicideraient en soutenant de telles mesures. La majorité socialiste devra donc affronter - en solitaire et sans marge de manœuvre - un bloc nationaliste qui rivalisera de haine et de démagogie. Il faudra bien alors réinventer cet impossible centre afin de créer une zone tampon.

 Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Cette vidéo du spirituel Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen centriste et surtout remarquable politologue, nous en dit un peu plus sur ce centre qui a perdu sa boussole.


Conception du centrisme en France par ATTACHEE-PRESSE13

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06/06/2012

François Hollande victime d'«élysopathie»?

François Hollande voulait être un «président normal». C'est raté. Un mois après son élection, le voilà rejeté hors du cercle de la normalité. Ce qui est normal, compte tenu de la lourde charge symbolique qui pèse sur les épaules d'un président de la République française.

 

 Lors de sa première intervention télévisée, mardi 29 mai, il aurait prononcé 108 fois les mots «je» et «moi, je», selon des journalistes. Un linguiste français, Jean Véronis, a dénombré 22 «je» pour mille mots. François Hollande dépasse même Nicolas Sarkozy (17 pour mille) et s'approche de Dieu - c'est-à-dire François Mitterrand -, le recordman absolu (24 pour mille).

 

Ainsi, la malédiction de l'Elysée a-t-elle frappé une fois de plus. Car le diagnostic est sans pitié: François Hollande présente les premiers symptômes d'«élysopathie». Ce mal se caractérise par sa progression foudroyante: les chevilles enflent, le crâne gonfle, la myopie politique se transforme au fil du quinquennat en cécité, et la surdité gagne chaque jour du terrain. Seul l'organe de la parole n'est pas affecté. Au contraire, il se déploie façon perroquet.

 

 

Sur le plan psychique, le malheureux patient est sujet à des hallucinations. Chaque fois qu'il se rase, l'«élysopathe» voit Napoléon surgir du miroir. Chaque fois qu'il contemple son nombril, l'univers le salue avec révérence.

 

 

A l'exception peut-être de Georges Pompidou, décédé trop tôt en fonction, tous les présidents de la Ve République furent atteints. Même le généralTN-3402-Photo-officielle-du-President-De-Gaulle.jpg de Gaulle, dont on aurait pu penser que la stature historique le mettrait à l'abri de cette affection. En raison d'une atteinte aiguë d «élysopathie», il n'avait rien vu venir en Mai-68. (photo: élysopathe historique)

IM-3405-Photo-officielle-du-President-Giscard-D-Estaing.jpg Passons sur Giscard, dont l'«élysopathie» brillait comme sa calvitie sous le grand lustre du palais présidentiel. (photo: élysopathe luminescent)

 

Mitterrand fut un «élysopathe» assumé, tellement soucieux de prolonger les délices du pouvoir qu'il a cultivé le non-agir propre à la sagesse chinoise.TN-3403-Photo-officielle-du-President-Mitterrand.jpg (Photo: élysopathe mandarin)

Grand connaisseur de l'Asie, Chirac, «élysopathe» glouton, l'a suivi sur cette voie qui concilie Tao et tête de veau sauce gribiche. (photo: gastro-élysopathe )

 

IM-3401-Photo-officielle-du-President-Chirac.jpgA contrario, Nicolas Sarkozy a développé une «élysopathie» énervée. Mais énervante aussi. Lassés, les Français lui ont prescrit un arrêt de travail prolongé. (photoIM-3400-Photo-officielle-du-President-Sarkozy.jpg: élysopathe hystérique)

 

 

François Hollande (photo: élysopathe pluriel) n'a donc pu éviter de contracter ce virus, malgré les précautions prises,  tels voyages en train et en voiture, sans recours à la flotte aérienne. Mais ces mesures prophylactiques n'ont pas servi à endiguer la propagation des cellules malignes dites «moi-je» dans le nouvel organisme présidentiel.photo-officielle-hollande-bataillon-de-hollande.jpg

 

 

Il serait pourtant nécessaire que François Hollande trouve une potion magique pour terrasser ce mal. Car les temps ont changé. Le président annoncera bientôt de sévères mesures d'économie. Et celui qui s'est fait élire en se présentant comme un rassembleur devra réapprendre à dire «nous».

 

 

Jean-Noël Cuénod

20:47 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, politique, sarkozy, chirac, de gaulle | |  Facebook | | |

18/05/2012

Calvin s'invite au gouvernement de François Hollande

 

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Le plouc avait pondu un texte intitulé La France deviendrait-elle protestante? le 15 juillet 2010. Deux ans plus tard on peut se demander si Jean Calvin n'est pas devenu enfin prophète en son pays natal. Lors de sa première séance, jeudi de l'Ascension, le gouvernement du président François Hollande a fait figure vertueuse. Le chef de l'Etat et tous les ministres ont diminué leur rémunération de 30%. Le président et le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, percevront, chacun, 14 910 euros mensuels (18 000 francs) et les ministres 9940 euros (12 000 francs) par mois.

De même, chaque membre du nouveau gouvernement a signé une charte déontologique afin d'éviter les errements qui ont plombé le quinquennat Sarkozy. Les ministres devront remettre à l'Etat les cadeaux d'une valeur supérieure à 150 euros et refuser les invitations privées émanant d'un gouvernement étranger ou de personnes physiques ou morales en relation avec leur ministère. De même, la charte prohibe les conflits d'intérêts. L'affaire Woerth-Bettencourt a marqué les esprits.

Fin du bling-bling

Ces mesures symboliques signalent que la retenue a succédé au bling-bling. Elles annoncent surtout qu'après s'être serré la ceinture le nouveau gouvernement s'apprête à en faire de même avec celle des Français, en respectant les différents crans. Les gros contribuables et les grands groupes seront plus comprimés que les citoyens modestes et les petites entreprises.

Nommé mercredi, le gouvernement dirigé par Jean-Marc Ayrault respecte toutes les sensibilités du Parti socialiste, avec des dosages très subtils afin de tenir en respect tous ceux qui, à l'intérieur du gouvernement, pourraient freiner la politique du nouveau président. Ainsi, l'encombrant Laurent Fabius se tiendra-t-il tranquille aux Affaires étrangères et l'impétueux Vincent Peillon et le sécuritaire Manuel Valls ont reçu ce qu'ils désiraient, à savoir l'Education nationale pour l'un et l'Intérieur pour l'autre.

Personne ne peut se sentir lésé, pas même Martine Aubry qui, n'ayant pas Matignon, a jugé que le plus prestigieux des ministères se situerait encore au-dessous de Sa Dignité. Elle voit tout de même deux de ses proches - Marylise Lebranchu (réforme de l'Etat) et François Lamy (politique de la Ville) - installés à des postes importants.

L'arrivée de la "tueuse de Jospin"

Outre que ce cabinet Ayrault fait apparaître plusieurs visages nouveaux - sur trente-quatre membres du gouvernement, seuls cinq ont déjà occupé cette fonction -, sa caractéristique principale demeure la parité absolue - 17 ministres femmes, 17 ministres hommes, une première.

La grande surprise vient de la nomination de la députée apparentée socialiste Christiane Taubira, une Guyanaise de 60 ans, au Ministère clé de la justice. Au premier tour de l'élection présidentielle de 2002, elle s'était présentée sous l'étiquette des radicaux de gauche, et avait obtenu 2,32% des voix, un score qui avait contribué à la défaite historique de Lionel Jospin, alors premier ministre socialiste. Il faut dire que ce dernier avait refusé l'accord que lui proposait la Guyanaise, qui, dès lors, avait décidé de maintenir sa candidature.

Ce gouvernement traduit surtout l'extrême habileté de François Hollande;il reste cet incomparable architecte des synthèses, ce qui lui a permis de rester pendant onze ans à la tête d'un Parti socialiste français où fourmillent de multiples courants et d'innombrables ambitions personnelles. Le nouveau président est parvenu à ménager sur son bac la chèvre, le chou et, surtout, les intérêts du timonier. Le défi principal de son quinquennat relevant de l'économie, Hollande a créé à sa main un solide pôle social-démocrate composé de Pierre Moscovici (Finances-Economie), Michel Sapin (Travail-Emploi), Marisol Touraine (Affaires sociales) et Jérôme Cahuzac (Budget). Ce pôle appliquera les périlleuses mesures destinées à relancer l'industrie tout en réduisant la dette.

Hamon et Montebourg tenus en laisse

Cela dit, le président socialiste doit aussi compter avec l'aile gauche de son parti. Dès lors, il a nommé les deux principaux représentants de cette tendance, Arnaud Montebourg (Redressement productif) et Benoît Hamon (Economie sociale). Mais ce duo plus rouge que rose est placé sous le contrôle des principaux ministres «économiques» du pôle social-démocrate. François Hollande fait ainsi d'une pierre deux coups. D'une part, il oblige ses sociaux-démocrates à tenir compte de l'avis des «rouges» et à ne pas faire fi de l'aspect «justice sociale» des réformes; d'autre part, Montebourg et Hamon se voient contraints de respecter la solidarité gouvernementale lorsque le temps des mesures impopulaires sera venu. Et il ne saurait tarder.

Pour François Hollande, la prochaine étape sera de transformer sa majorité présidentielle en majorité parlementaire. Il cherchera à obtenir la majorité absolue afin de ne pas être contraint par les Verts et le Front de Gauche à redessiner les plans de ce bel édifice.

Jean-Noël Cuénod

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08/05/2012

François Hollande au pied de la citadelle Merkel

François Hollande n'a pas le temps de souffler. Il sera investi dans sa fonction présidentielle mardi prochain. Mais dès maintenant, les dirigeants des principaux pays européens le poursuivent de leurs appels téléphoniques. Voilà le nouveau président français sommé de prendre position sur le pacte budgétaire adopté par vingt-cinq Etats membres de l'UE. Les fameux marchés financiers s'impatientent, ce qui rend nerveux les dirigeants d'une Europe fragile.

François Hollande veut renégocier ce pacte qui prône l'austérité budgétaire. Jusqu'à maintenant, la chancelière allemande refusait même d'entrer en matière. Mais l'échec de son allié Nicolas Sarkozy, s'ajoutant aux six autres changements à la tête de pays membres de l'Union, change la donne. Désormais, Angela Merkel sait qu'elle peut connaître à son tour la défaite aux élections législatives allemandes de septembre 2013.

François Hollande a donc un petit atout à jouer afin d'ajouter au «pacte d'austérité» un volet destiné à prendre des mesures en faveur de la croissance. Alors que Nicolas Sarkozy avait brûlé toutes ses cartouches en acceptant d'emblée les positions allemandes, le nouveau président français peut arguer de sa victoire pour persuader Angela Merkel d'accepter un protocole «croissance» à ce pacte budgétaire. Mais il devra s'allier à d'autres dirigeants européens, à commencer par Mario Monti.

Certes, le président du Conseil italien souhaite, lui aussi, que l'Allemagne assouplisse sa position et accepte d'allier croissance et rigueur. Mais le libéral italien et le socialiste français parlent-ils de la même croissance? Quand l'un s'efforce de libéraliser l'économie, l'autre veut financer des grands travaux. François Hollande et Mario Monti devront donc se mettre d'accord sur leur définition du mot «croissance» avant de monter à l'assaut de la citadelle berlinoise.

 

(Cet éditorial a paru mardi 8 mai dans la Tribune de Genève. Le plouc le reprend à l'attention, notamment, de ses amis français)

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07/05/2012

A François Hollande, le droit de décevoir

François Hollande a donc obtenu des Français le droit de les décevoir. Il en va ainsi de chaque élection au sommet dans les démocraties dumonde globalisé. Un visage nouveau apparaît, suivi d'une cohorte d'espoirs souvent contradictoires. Puis vient le temps de la désillusion lorsque le mur de la réalité économique et financière surgit au tournant. «La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante», écrivait le poète soviétique Vladimir Maïakovski.

François Hollande sait qu'il ne pourra pas profiter de cet état de grâce qui avait embelli les premiersmois de pouvoir de ses prédécesseurs.
La situation du nouveau président français est d'autant plus inconfortable qu'il doit faire face à deux éléments contradictoires.

D'une part, ses concitoyens sont de plus en plus impatients devantleur économie qui se dégrade et veulent que le chef de l'Etat leur désigne rapidement des issues de secours. D'autre part, les marges demanoeuvre des Etats sont de plus en plus étroites, compte tenu des contraintes de l'Union européenne et de l'économie globalisée, qui laissent peu de champ au pouvoir politique national. La situation est d'autant plus périlleuse pour Hollande que le président français est nanti de pouvoirs exorbitants pour un Etat démocratique. Dès lors, le flot des mécontentements se dirigera presque exclusivement vers lui.

Toutefois, François Hollande a démontré durant cette campagne qu'il savait louvoyer tout en ne perdant jamais son cap. Il se pourrait bien que ce défaut apparent, que le président sortant et sorti fustigeait, devienne une précieuse qualité face à Angela Merkel; car il faudra la convaincre d'ajouter plusieurs louches de croissance dans les austères brouets qu'elle prescrit aux Européens de l'Union.

Cela dit, le socialiste doit tout d'abord gagner la prochaine manche, les élections législatives dans un mois. La France, qui apparaît aujourd'hui fort divisée, ne pourra pas se payer le luxe d'une cohabitation.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 7 mai 2012 dans "24 Heures" et en version un peu raccourcie dans la "Tribune de Genève")

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