30/08/2016

La droite aïoli se prend les pieds dans le burqini

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Valls, Sarkozy et les municipalités de la droite aïoli se sont pris les pieds dans le burqini. La ficelle était pourtant bien épaisse. Le Conseil d’Etat (équivalent en Suisse du Tribunal administratif fédéral) a donc annulé la décision prise par le maire LR de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) d’interdire le burqini sur les plages de son territoire. Les intégristes musulmans ont aujourd’hui beau jeu de crier victoire. Leur piège provocateur a parfaitement fonctionné. En plaçant cette question sur le plan du droit, les élus de droite et le gouvernement Valls leur ont fait une superbe passe dans les seize mètres… Et boum, tir en pleine lucarne !

Avant d’examiner la décision du Conseil d’Etat et ses conséquences, quelques considérations générales sur cette vestition hydro-islamiste. Que le burqini emblématise la régression des droits de la femme, c’est une évidence, même en pays musulmans. Le Plouc a bourlingué au Maroc dans les années 70, est parti en reportages à Alger en 1974 et 1988. A cette époque, le port du burqini aurait provoqué les rires et les moqueries des jolies «gazelles» qui bronzaient en maillot de bain deux pièces sans que des barbons barbus s’en offusquassent.

Revêtir un burqini n’est jamais un libre choix, quoiqu’en disent celles qui le portent. Il s’agit de cacher le corps féminin du regard des mâles, considérés comme des animaux incapables de maîtriser les élans priapiques de leur concupiscence satanique. C’est la plus détestable image des relations entre hommes et femmes qui soit.

Si la France a réagi de façon aussi «burqiniphobe», contrairement à certains pays voisins comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, c’est qu’elle a développé depuis des siècles la galanterie de cour qui a influencé toute sa société. Cette galanterie est faite de séduction légère, de badinerie réciproque, de joutes oratoires, de courtoisie taquine. La femme y règle son jeu et l’homme se plaît à s’y conformer. Transformer le corps féminin en une sorte de saucisson à la pelure de Néoprène est incompatible avec cette relation qui donne tant d’agrément aux relations humaines. Que les peuples qui ont le français en partage y tiennent, quoi de plus normal ? Mais éradiquer le burqini par la voie règlementaire, c’est une autre paire de manche. Elle a rapidement trouvé ses limites au Conseil d’Etat (voir ci-dessous l’extrait le plus important des considérants de cette juridiction).

La rapide généralisation du burqini induit à penser qu’il y avait anguille sous roche et qu’il s’agissait pour les intégristes musulmans de montrer qu’ils faisaient « corps à part » avec le reste de la société française. En cherchant à provoquer la réaction des autorités, pour mieux se draper dans la toge victimaire, ils ont réussi leur coup. Le burqini a reçu la bénédiction de la justice française qui, en l’occurrence, n’a fait qu’appliquer la loi.

Faut-il alors introduire un texte spécifique, voire changer la Constitution pour interdire une tenue de bain, comme l’a proclamé, lundi, Nicolas Sarkozy ? Le simple fait de poser cette question montre que nous nageons en pleine folie. La Constitution règle les grands principes mais ne doit pas s’abaisser à traiter des questions d’ordre textile au risque de diluer lesdits grands principes dans l’accessoire et le dérisoire.

 Si l’on suit cette pente vertigineuse, on peut s’attendre au pire pour notre liberté individuelle. Les intégristes musulmans pourraient alors se sentir en droit de faire interdire les minijupes, le string, les cuissettes (pour les Hexagonaux, il s’agit de l’expression suisse-romande pour le mot franglais short). Le droit serait ainsi transformé en vaste champ de bataille religieux.

Pour combattre le burqini, le dialogue dans la fermeté et la persuasion restent les meilleures armes. Il faut expliquer les raisons qui président à notre rejet de cet emblème de la servitude. Certes, cela fait moins de bruit dans les médias, c’est moins gratifiant pour le politicien en mal de « beuze ». Mais, petit à petit, au fil des discussions, avec le temps, le burqini retrouvera la seule place qui lui est légitime : la poubelle.

 Jean-Noël Cuénod

 

Principaux extraits de la décision du Conseil d’Etat annulant l’interdiction du burquini

 

(…)Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée. Dans ces conditions, le maire ne  pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la  plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre  public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle (…)

18:55 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : burqini, islam, france, sarkozy, valls | |  Facebook | | |

05/08/2016

France, Islam, Chevènement et le 1er -Aout du Plouc (Vidéo)

 

Deux interventions: Chevènement, symbole d’une France qui veut organiser «son» islam. Et une vidéo du Plouc en train de causer Suisse à TV5 Monde.

Unknown.jpegToutes les tentatives menées par divers gouvernements pour créer un «islam de France» ont échoué. Il n’est pas certain que le projet le plus récent du président Hollande – celui de pressentir Jean-Pierre Chevènement pour diriger la Fondation des œuvres de l’islam de France (FOIF) –, parvienne à surmonter cette fatalité. L’ancien ministre socialiste, devenu fondateur d’un parti souverainiste de gauche (Mouvement républicain et citoyen-MRC), se prononcera à la rentrée sur cette nomination qui reste donc à l’état virtuel.

 L’homme tout d’abord, pose problème. Son intégrité et sa compétence ne sont nullement en cause. Mais il est tout de même étrange de placer un politicien non-musulman à la tête d’un organisme qui sera chargé de trouver un financement, compatible avec les intérêts de la République, pour construire des mosquées et former des imams français. Les principaux dirigeants de la droite et du centre mais aussi de la gauche n’ont pas manqué de le souligner.

Certes, l’islam français est morcelé en une multitude d’entités en fonction des affinités nationales ou théologiques. Il n’est donc pas aisé de trouver une personnalité musulmane qui fasse consensus. Néanmoins, un non-musulman risque de faire l’unanimité… Mais contre lui!

Toutefois, la problématique ne se limite pas à une question de personnalité, loin de là. La difficulté fondamentale réside dans la méthode utilisée par l’Etat pour gérer ses relations avec l’islam, la deuxième religion de France en nombre de fidèles. Devant la difficulté à trouver un interlocuteur représentant l’ensemble des composantes de l’islam – du fait de l’inexistence d’un clergé structuré dans le sunnisme (très largement majoritaire dans l’Hexagone) – les gouvernements successifs ont tenté de susciter «d’en haut» une structure unique. Or, que ce soit le Conseil français du culte musulman, fondé en 2003 par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, sur une idée de son prédécesseur… Jean-Pierre Chevènement, ou la Fondation des œuvres de l’islam de France – voulue par le premier ministre Dominique de Villepin en 2005 et que le président Hollande veut réveiller aujourd’hui – ces organismes sont vécus comme des corps étrangers par la plupart des musulmans français. 

Ce type de rapport particulier entre l’Etat et l’islam relève, en partie du moins, de l’héritage colonial. A l’époque de l’Algérie française, Paris contrôlait étroitement les institutions islamiques, les lieux de culte et leurs officiants. Répéter aujourd’hui, même de façon beaucoup plus édulcorée, ce mécanisme construit «d’en haut» ne peut que susciter la méfiance, voire le désintérêt des musulmans français. Il appartient désormais à ces derniers de prendre des initiatives pour construire leur «islam de France». Il semble qu’aujourd’hui ils soient prêts à le faire.

Jean-Noël Cuénod

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22/06/2016

Comment dépanner la démocratie française

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Même si la manif contre la Loi Travail est finalement maintenue en version abrégée, il n’en demeure pas moins que l’Hexagone souffre d’un inquiétant déficit démocratique. Pour le combler, les cortèges ne sont pas forcément la seule solution et ne peuvent offrir toutes les garanties nécessaires à l’expression générale de tous les citoyens (Dessin Dacé).

Manifester sur la voie publique est l’une des rares possibilités pour les Français de faire entendre leur voix dans un système fortement centralisé et hiérarchisé. Aussi, l’interdiction, annoncée mercredi matin, de la manif de jeudi 23 juin contre la Loi Travail a-t-elle suscité une émotion bien légitime. D’autant plus qu’une telle mesure n’aurait fait qu’aggraver la situation car elle n’aurait pas dissuadé les manifestants de descendre dans la rue. Finalement, le cortège a été autorisé de La Bastille à… La Bastille en piétinant autour du Bassin de l’Arsenal. En cette circonstance, chacun a pu constater le degré himalayen de cafouillage atteint par la présidence Hollande. Mais le problème est bien plus vaste que le laisse penser cet épisode.

De par ses institutions très particulières, la France – aujourd’hui en pleine de crise de nerfs – donne tout le pouvoir à un seul homme qui s’entoure d’une caste d’autistes en souliers vernis et escarpins Louboutin. Dans chaque région, un roitelet organise sa cour locale de la même façon, en attendant du Centre une manne de plus en plus chiche. Pour quelqu’un qui vient de l’extérieur, entendre des politiciens français affirmer que la seule élection qui compte est la présidentielle, c’est hallucinant ! Aux Etats-Unis, par exemple, les élections parlementaires et celles des gouverneurs ne sont pas considérées comme secondaires, même par rapport au scrutin présidentiel. Et il en va ainsi de l’immense majorités des démocraties.

Les damnés de la rouspétance

Bien entendu, ils ne sont jamais contents de leur monarque, les Français, ces damnés de la rouspétance. Il en fait trop pour les autres, au détriment de ma pomme (ou de mon cageot de pommes). A l’étranger, on perçoit cette attitude comme consubstantielle au « caractère français ». Ne sachant pas ce qu’est un « caractère français » et répugnant à essentialiser un peuple, je préfère l’explication suivante : ces réactions infantiles sont la conséquence logique des institutions de la Cinquième République.

Soucieux de préserver leur « plan de carrière » et de conserver les institutions qui les nourrissent plus ou moins grassement, la plupart des politiciens français prétendent que changer de structures républicaines est tout sauf prioritaire. L’avalanche de catastrophes politico-sociales qui n’en finit pas depuis des décennies leur apporte le plus cinglant des démentis. Si la Ve République a permis de pallier ce vice majeur de la IVe, à savoir l’instabilité gouvernementale, cela ne signifie pas pour autant que modifier les structures républicaines ait pour conséquence automatique de retomber dans ce travers.

Dissoudre la dissolution !

Pourquoi ne pas envisager – comme aux Etats-Unis, comme en Suisse, notamment – d’ôter au parlement le pouvoir de faire tomber le gouvernement et au président, celui de dissoudre le parlement ? Ce droit réciproque provoque la paralysie : les députés n’osent pas renverser le gouvernement de peur que le président prononce la dissolution du parlement et les renvoie devant leurs électeurs, au risque de ne pas se faire réélire, ce qui nuirait gravement à leur « plan de carrière ».

Ce qui manque aux Français, c’est de se sentir responsables. Ils restent dans la posture, à la fois confortable et frustrante, du spectateur qui n’a pas d’autres droits que celui de huer ou d’applaudir.

Pour les en sortir, il n’y a pas d’autres solutions que la démocratie semi-directe, c’est-à-dire, comme en Suisse, un équilibre entre la démocratie représentative et la démocratie directe. Seule cette forme de démocratie permet au peuple d’être coresponsable des décisions politiques. Il arrive qu’au sein de la Confédération, le peuple prenne des décisions qui se révèlent en fin de compte néfastes. Il ne peut alors s’en prendre qu’à lui-même. Quitte à remettre un sujet controversé sur le tapis électoral.

Votation et « bascule à Charlot »: le mauvais procès

Les objections contre la démocratie semi-directe ne tiennent pas la route. La plupart des opposants français à ce type de régime font preuve d’une mauvaise foi patente lorsqu’ils abordent le système suisse en mettant en épingle la votation sur les quotas d’entrée des Européens, tout en oubliant les votations favorables à l’ouverture du pays. A gauche, cet argument est souvent avancé : « Si Mitterrand avait soumis à votation la suppression de la peine de mort, on guillotinerait encore dans les prisons françaises ». Pour appuyer ce qui n’est qu’une hypothèse, on se base sur les sondages fait à l’époque (1981) où fut prise la décision de l’alors président.

Tout d’abord, sondage ne vaut pas vote. En Suisse, nombreux sont les résultats référendaires qui se sont révélés fort différents des estimations d’opinion. Répondre à un sondeur où remplir son bulletin de vote, ce n’est pas du tout la même chose. La plupart du temps, les sondages de l’époque se déroulaient, à la demande des médias, juste après un crime particulièrement odieux. Le résultat était donc couru d’avance.

Entre sondage et vote, la différence la plus notable tient dans les débats souvent longs qui précèdent une votation importante. Ce temps du débat, du moins sous cette forme, n’existe guère en matière d’enquêtes d’opinions. Le sondé répond à brûle-pourpoint, dans la plupart des cas, d’où le poids considérable tenu par l’émotion.

Cela dit, plutôt qu’être la conséquence sympathique d’un fait du Prince, la suppression de la peine capitale aurait mérité un vaste débat public, à l’issue duquel il n’est pas du tout certain que la guillotine l’eût emporté.   

Toujours à propos du châtiment suprême, la critique la plus souvent formulée à gauche est qu’un référendum ou une initiative populaire en France pourrait rétablir la « Bascule à Charlot »[1]. Or, c’est un mauvais procès que l’on intente ainsi à la démocratie semi-directe. En effet, comme la Suisse, la France a signé tous les protocoles additionnels de la Convention européenne des droits de l’homme confirmant l’abolition de la peine de mort, notamment le treizième (abolition du châtiment suprême en toutes circonstances). Dès lors, un retour de la guillotine relève de la mission impossible, sauf à dénoncer, l’un après l’autre, les traités internationaux, procédure longue et hasardeuse qui mettrait la France au ban de l’Europe avec toutes les conséquences économiques désastreuses que cela entrainerait. Et le fric, que voulez-vous, ça fait réfléchir !

De la Suisse dans les idées

Toutefois, à force de réclamer des têtes, le peuple risque de perdre la sienne en votant des horreurs. A tout souverain, même populaire, il faut des garde-fous. Et lorsque l’on apprend que la cause de la torture progresse au sein de l’opinion française (lire en cliquant ici l’enquête d’opinion réalisée par l’ACAT), il convient, en effet, de se montrer prudents. Dès lors, il appartiendrait à une instance de magistrats de haut niveau d’annuler une votation si celle-ci porte manifestement atteinte à la Convention européenne des droits de l’homme. Pour que la démocratie semi-directe ne se retourne pas contre elle-même et contre la société, il faut donc lui instiller une goutte d’aristocratie. Une goutte. Pas plus.

L’autre objection couramment avancée affirme que les Français ne répondent jamais à la question posée et profitent de la votation pour exprimer leur aversion chronique contre l’exécutif. Dans le contexte actuel, avec un président à la fois omnipotent et impuissant, il est évident que voter contre lui est une tentation à laquelle il est difficile de ne pas céder. Mais ce vote grincheux n’est pas une fatalité dans une nouvelle République démonarchisée où les pouvoirs seraient mieux répartis entre le législatif, l’exécutif, le judiciaire, les régions et les métropoles.

Conclusion : la France ferait bien d’avoir un peu de Suisse dans les idées.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Référence aux prénoms portés par quatre représentants de la famille Samson, qui de père en fils, revêtaient la charge de bourreau.

16:21 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : démocratie, france, loitravail, hollande, république | |  Facebook | | |

03/06/2016

La France, de l’état d’urgence à l’état liquide

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 Alors que la Seine, cette gourgandine qui prend de l’ampleur, frise les glaouis du Zouave au pont de l’Alma, la France se dilue partout. L’inondation qui emporte tout sur son passage entre en résonance avec la politique qui va à vau-l’eau.

Cette association entre la colère du ciel et celle des hommes créé une synergie particulièrement déprimante. Tout se dilue. Les champs, l’extrême-gauche, les routes, l’extrême-droite, les chemins, la droite, les maisons, la gauche, les trottoirs, le gouvernement, les prairies, l’opposition, l’équipe de France de foot, Nuit Debout, les syndicats, les bosquets. Tout, on vous dit. Chacun se sent sucre en train de fondre dans une immense carafe au contenu trouble.

Le pédalo a chaviré mais tout va bien

Pour mémoire, rappelons que si le gouvernement n’a pas été dissous au sens juridique du terme, il surnage à peine au fil de l’eau. Le capitaine Hollande s’accroche à son pédalo qui a  chaviré en clamant, entre deux tasses : « Tout va bien… gloub… gloub… ça va.. blublub… mieux… Qui m’a piqué mon… glubs… gilet de sauvetage ? »

 Tels Macron et Valls, les rats veulent quitter le navire et courent comme des dératés sur le pont sans trouver d’issue, tout en se flanquant des coups de dents :

« Si je me jette à la flotte, je vais couler. Si je reste sur le pédalo, je vais couler aussi. Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? L’état de la France aujourd’hui ? Mais on s’en tape, de l’état de la France aujourd’hui ! La seule chose qui importe, c’est l’élection présidentielle de 2022. Le reste, on s’en fout !»

Primaire têtes à claques

L’opposition n’a pas encore retrouvé les chaises à porteur du pouvoir qu’elle se dispute les gamelles du futur. La primaire de la droite prend des allures d’équipe de foot avec ses onze candidats qui, dès septembre, vont disputer le Championnat de France du lancer de couteaux dans le dos et la Coupe des têtes à claques. Alain Juppé a la cote mais tiendra-t-il jusque-là ? En matière de coups tordus son rival Nicolas Sarkozy est insurpassable. Un homme qui, jadis, avait roulé Charles Pasqua dans la farine pour enlever la mairie de Neuilly n’est pas seulement un expert, c’est une référence.

Si la lutte des personnes est féroce, le combat des idées, lui, est aussi absent qu’un rayon de soleil. Les candidats de la droite prônent tous l’ultralibéralisme sans se poser la question de l’acceptation de ces mesures par les citoyens, alors que l’actuelle révision de la Loi Travail est en train de bloquer la France.

Extrême-gauche homéopathique

La dilution risque fort de réduire l’extrême-gauche à l’état de molécule homéopathique. Même le Parti communiste éclate en tendances, ce qui doit faire tourner la dépouille de Maurice Thorez à la manière d’une foreuse de tunnelier. Sans compter que Mélenchon ira à la bataille, seul contre tous. Et pas question de se lancer dans une autocritique comme autrefois, de se demander pour quelle raison tous les régimes que l’extrême-gauche a soutenu ont fait le malheur des peuples au lieu de les conduire vers les routes fleuries du bonheur ouvrier.

Le Blocher de Béziers

Cette France à l’état liquide coule sans obstacle vers les rives du Front national et de sa blonde harengère. Mais l’extrême-droite n’échappe pas pour autant au phénomène dilatoire. Passons sur le duel père-fille, en voie de résolution par l’écoulement du temps. Passons même sur le duel tante-nièce. Les médias ont beau jeu de souligner le discours ouvriériste de Marine Le Pen au nord de la France, en opposition avec les options nationales-libérales de Marion Maréchal-Le Pen, au sud. Mais intervertissez les positions géographiques des deux Lepenettes et vous aurez une Marion qui, devant les anciens mineurs et les ouvriers au chômage du nord, vantera les mérites de l’intervention de l’Etat et une Marine qui, face aux petits commerçants et aux retraités du sud, réclamera la liberté totale d’entreprise. Les partis nationalistes ont toujours développé ce double langage. C’est ce qui a fait leur succès dans les années 1930.

Le danger de dilution de l’extrême-droite se situe ailleurs. Vers Béziers, la ville qui a réussi à se donner un maire situé à la droite de Marine Le Pen, Robert Ménard, ex-gauchiste, ex-socialiste, ex-humanitaire devenu droitiste tendance TPMG (Tout pour ma gueule). Il y a peu, Robert Ménard a réuni dans son antre bitterois les multiples tendances qui vont de l’aile nationaliste du parti LR jusqu’à « la droite de la droite »: les villiéristes, les chrétiens-démocrates fondés par Christine Boutin, Debout La France de Dupont-Aignan et autres grenouilles des bénitiers intégristes ou crapauds des marais souverainistes.

Ménard a aussi invité le Front national. Après moult hésitations, les deux députés frontistes, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, ont fait le voyage de Béziers. Mais pour en partir aussitôt non sans avoir claqué la porte après s’être rendu compte que Ménard cherchait à faire de son mouvement « Oz la droite », un concurrent direct du Front national.

Robert Ménard affirme être d’accord avec 80% des idées de Marine Le Pen, à savoir la politique xénophobe et de fermeture totale des frontières, mais en opposition frontale avec le 20% restant, à savoir la protection sociale et le rôle dirigeant de l’Etat dans l’économie. Au fond, Ménard cherche à devenir pour la France, ce que Blocher est pour la Suisse, un conservateur national-libéral. Lapsus révélateur ? En faisant référence, pour nommer son mouvement, au Magicien d’Oz, Robert Ménard a oublié que ce personnage est un imposteur dans le livre de Lyman Frank Baum.

Dès lors, à peine l’extrême-droite a-t-elle le vent en poupe que la voilà prise dans les remous de la dilution.

Nuit Debout à dormir couché

Et le mouvement Nuit Debout ? Il a fait naître le fugitif espoir qu’un mouvement de type nouveau allait se créer à partir de la base. Pour l’instant, il n’a pas dépassé le stade oral, celui où, l’un après l’autre, chaque orateur d’occasion s’exprime pour s’écouter bavarder. En l’absence de perspective politique, il s’essouffle. On est loin de Podemos ou d’Occupy Wall Street. Quant à l’union nationale qui avait fait parcourir un frisson de ferveur collective après les attentats de Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, elle est l’une des victimes collatérales des autres attentats, aveugles ceux-là, de novembre dernier. Les grands défilés du 11 janvier 2015 ont sombré à leur tour.

Benzema en ligne de partage politique

Dans de nombreux pays, le foot constitue le seul élément fédérateur. La France ne peut même pas s’en prévaloir. Alors que son équipe nationale est capable d’emporter l’Eurofoot, dont la phase finale se déroule sur son sol, elle s’est embarquée dans une ahurissante polémique à propos de la non-sélection de Karim Benzema. Voilà le sélectionneur Didier Deschamps traité de raciste ou en tout cas d’avoir trop écouté la vox populi qui voulait bouter l’attaquant du Real hors les Bleus. Benzema est devenu une ligne de partage politique : à gauche, ceux qui le défendent ; à droite, ceux qui le vilipendent. Difficile de faire plus absurde. Mais c’est le Père Ubu qu’il faut élire à l’Elysée, Cornegidouille !

Tout élan retombe aussitôt. Tout espoir d’en sortir s’obscurcit, à peine est-il entrevu. Impression que la vie coule entre les doigts, de n’avoir prise sur rien. Alors, on vous dit, en continuant de filer la métaphore météorologique :

 « Vous savez pour que la France change, il faudrait un sacré coup de tonnerre, une vraie bourrasque sociale comme la tempête qui a rendu chauves les forêts du Sud-Ouest à l’orée de l’an 2000. »

Et chacun d’espérer et de redouter en même temps, ce coup de Trafalgar. Mais aucun bulletin météo n’est en mesure d’en fixer la date.

 Jean-Noël Cuénod

 

 

 

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20/05/2016

#NuitDebout ou comment sortir de l’impasse

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 Drôle d’ambiance, jeudi, à l’arrivée place d’Italie de la manif contre la Loi Travail. Impression d’avoir en face de soi, non pas une foule cohérente dans sa colère, mais un grand nombre de groupes détachés les uns des autres. Une pluralité d’entre-soi manifestant.

Des porteurs de drapeaux noirs conspuent le Service d’Ordre de la CGT. Et convergent vers la mairie du XIIIe arrondissement dirigée par le socialiste Jérôme Coumet (photo jnc). Des anars ? Si l’on veut. Apparemment, ils n’ont ni la tenue, ni l’organisation, ni la tactique, ni l’armement des activistes du Black Bloc. Sur les CRS chargés de protéger la mairie, on jette bouteilles et canettes, sans conviction. Comme une sorte de rituel obligé, accompli sans trop y croire.

Pourtant, la manif de jeudi est plutôt réussie. Les participants semblent plus nombreux que lors du dernier cortège, mardi. Mais ce face-à-face entre quelques manifestants et les forces de l’ordre, avec la mairie du treizième comme enjeu, illustre bien, par son caractère dérisoire, l’impasse dans laquelle risque de s’épuiser le mouvement Nuit Debout.

A quoi ça ressemble, je vous le demande, de s’attaquer à un édifice municipal, même si un maire du parti gouvernemental l’occupe ? Et à quoi ça sert, je vous le redemande, de s’attaquer à des flics qui obéissent aux ordres, sinon à les souder encore plus au Front national ?

La plupart des porte-paroles de Nuit Debout récusent toute récupération politique. Belle attitude. On fait dans le pur et dur, c’est bien. Sauf que si elle ne trouve pas une traduction dans la réalité sociale et dans la lutte politique, Nuit Debout tombera en sommeil.

Pour sortir de l’impasse, il convient de regarder ailleurs. Occupy Wall Street a provoqué l’incroyable percée de Bernie Sanders ; Los Indignados sont à la base des succès de Podemos. Ces mouvements ont accepté de mettre les mains dans le cambouis de la politique. Alors, oui, c’est salissant, c’est tout sauf glamour. Il faut même ­– ô horreur – consentir à des compromis pour avancer ses pions.

Certains préfèrent la pureté de l’inefficacité. On s’endort, l’âme immaculée, rejoindre le pays des rêves révolutionnaires. Quitte à se réveiller de temps à autres en traitant ceux qui bossent de social-traîtres. Pour après, cette noble indignation étant satisfaite, se rendormir dans des draps de soie, mais rouges.

L’utilité de Nuit Debout est de dérouler la parole afin de faire renaître de ses cendres la gauche française qui a perdu tout crédit avec l’action au pouvoir du Parti socialiste et l’impuissance totale des autres formations. Mais ce travail indispensable est parasité par des va-t-en-guérillas qui ne font que provoquer la désunion du mouvement.

Des canettes de bière sur des casques en kevlar n’ont jamais fait trembler le Système sur ses bases. Au contraire. Il est content, le Système. Pendant que des manifestants s’essoufflent à jouer aux Guevara pour terrasses de bistrots, il table sur le pourrissement du mouvement. Et à ce petit jeu, il gagnera, le Système. A coup sûr.

Jean-Noël Cuénod

 

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02/05/2016

La France à la recherche d’un Bonaparte

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 «La question de l’autorité de l’Etat est placée au cœur de l’élection présidentielle de 2017». Telle est la conclusion du politologue Luc Roubaud, chercheur au CEVIPOF (Science-Po à Paris) qui vient de publier une étude sur les tendances qui se dessinent pour ce grand rendez-vous politique.

Son analyse révèle, entre autres, la persistance du clivage gauche-droite que l’on croyait dépassé par le social-libéralisme. En effet, si les deux grands camps politiques veulent plus d’Etat, ce n’est pas du tout pour les mêmes raisons. En groupant certaines questions posées aux électeurs des principaux partis, l’analyse de Sciences-Po-Paris détermine quatre types d’indices : régalien (souveraineté), sécuritaire, identitaire et «libéralisme économique».

 Sans surprise, les sympathisants du Front national sont les champions des trois premiers indices. Mais leurs résultats ne sont pas outrageusement différents de ceux obtenus par les électeurs des partis de la droite, LR (ex-UMP), et du centre, UDI. Dès lors, le centre-droit et l’extrême-droite se battront sans relâche pour devenir la meilleure incarnation de l’autorité de l’Etat. Sur ce terrain, se jouera l’hégémonie au sein de la droite. Ainsi, l’un des principaux «candidats à la candidature» présidentielle, Alain Juppé, a-t-il publié un livre au titre révélateur, Pour un Etat fort, qui tranche avec son ton habituellement très modéré.

A gauche, si on réclame de l’Etat, c’est surtout par crainte du libéralisme. En effet, les électeurs de l’extrême-gauche, des Verts et même des socialistes font montre d’un indice «libéralisme économique» particulièrement faible. Cela démontre, notamment, que le président François Hollande, de par sa politique social-libérale (plus libérale d’ailleurs que sociale), ne dispose que d’un très modeste soutien auprès de ses propres électeurs.

Avantage Marine Le Pen

Dans cette situation, Marine Le Pen paraît la mieux placée. En matière de souveraineté, de revendication identitaire et de sécurité, son Front national est de tous les partis de droite, le mieux profilé. Mais la patronne frontiste peut aussi chasser sur les terres de la gauche grâce à son discours nettement antilibéral.

En revanche, Nicolas Sarkozy est le moins bien loti, coincé qu’il est entre la droite modérée et libérale représentée par Alain Juppé et l’extrême-droite dont il a épousé le discours. Il lui sera difficile de mordre sur l’électorat libéral et modéré, car cet espace est suroccupé par Juppé et deux autres concurrents internes, François Fillon et Bruno Le Maire. Sarkozy semble donc condamné à surenchérir dans ses discours régaliens, identitaires et sécuritaires afin de démontrer que lui seul incarne l’autorité de l’Etat. Mais en tentant de capter les voix de la droite dure, il risque de perdre celle des modérés et des centristes. Son rôle d’ancien président constitue à la fois un atout et une faiblesse. Un atout, car face à Marine Le Pen qui n’a jamais eu d’expérience dans un exécutif, il peut exciper d’une longue carrière dans les sphères dirigeantes, ce qui ne manquera pas de rassurer les électeurs âgés et de droite. Une faiblesse, car son bilan comme président de la République est tout sauf reluisant.

A gauche, c’est pire. En imposant à son électorat, sans le lui avoir expliqué, un spectaculaire virage à droite, tant sur le plan économique que sécuritaire, le président Hollande a complètement démoralisé son propre parti, sans pour autant lui rapporter de voix à droite. Son premier ministre Manuel Valls se veut le héraut de l’autorité de l’Etat. Mais pour l’instant, il ne dispose pas d’une assiette électorale digne de ce nom.

La France est le seul pays occidental a connaître une telle centralité de l’Etat. La faiblesse de ce type de gouvernement tient dans ses hommes…forts ! Pour que le régime fonctionne, son exécutif doit être incarné par une figure charismatique et autoritaire. Or, à notre époque, les Bonaparte se font de plus en plus rares.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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20/04/2016

Nuit Debout, l’insomnie sociale de Paris à Nontron

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 Comme tout le monde ou presque, Le Plouc a passé une Nuit Debout, place de la République. Mais il ne s’attendait pas, trois jours plus tard, à rencontrer un tentacule de ce mouvement à… Nontron, bourg de 3200 âmes et sous-préfecture de la Dordogne. Le désir d’instaurer une « autre politique » paraît aussi vif de Paris jusqu’au fin fond du Périgord vert.

A Paris, durant la nuit de mardi 12 à mercredi 13 avril, le mouvement Nuit Debout occupe, comme tous les soirs une moitié de la place de la République. Les stands des commissions ont déjà déployé bâches, banderoles, pancartes. Des commissions, il y a en pour tous les goûts, de la Commission Banlieue à la Commission Climat qui s’occupe aussi de collecter les déchets laissés sur la place. Tri écologique, cela va de soi.

 Celle du service d’ordre s’est parée d’un titre plus fleuri et moins baston : « Accueil-sérénité ». L’infirmerie improvisée est ouverte. « Radio et TV Debout » commencent leurs émissions transcrites sur les réseaux sociaux. Un « artisan poète » installe son vélo magique décoré d’une multitude de bibelots et d’un système complexe de petites fontaines. Entre délires poétiques et harangue anarchiste, l’artisan fait dans le décousu main ou plutôt le décousu bouche. Ce qui lui va bien, d’ailleurs. Et qui plaît à la cohorte de ses auditeurs souvent attentifs et interactifs, même si certains se sont mis sur orbite en tournant autour de leur canette de bière.

Bref, l’inorganisation est bien organisée. Cela rappellera aux vieux chnocks, genre Le Plouc, un incertain mois de mai. Vous aurez, en cliquant sur ce lien, tout le détail de la nuit de mardi (voir aussi la vidéo sous ce texte).

Les mecs tiennent le crachoir, ça vous étonne ?

Le lieu central est destiné aux assemblées générales. Le temps est limité, pas plus de trois minutes pour chaque orateur qui s’est inscrit préalablement. Comme d’habitude, le crachoir est monopolisé par les mecs. Un collectif féministe a noté que durant cette nuit de mardi à mercredi, 70% du temps de parole a été utilisé par des hommes. Les filles, si vous ne prenez pas la parole, ce ne sont pas les porteurs de slip kangourou qui vous la donneront !

Dans ce flot de mots, toutes les colères s’expriment. Un petit patron prend la parole pour expliquer comment l’administration l’a empêché de développer son entreprise sociale vouée à l’apprentissage de la conduite d’engins de chantier à des jeunes descolarisés. Un SDF crie son désespoir : « Ecoutez-nous, puisque personne veut nous voir ! ». Un Brésilien plaide, en portugais, la cause de Dilma Roussef. Un membre de la Commission de liaison avec les travailleurs annonce un 1er-Mai très chaud à Paris.

Un intervenant met en lumière l’une des raisons du succès de ces Nuits Debout : « Les gens sont heureux d’être ensemble ! » Dans une société médiamercantile qui cherche à isoler toujours plus les individus pour éviter qu’il ne fasse peuple, ce bonheur de partager quelque chose « en vrai » n’est surtout pas à négliger.

Expulsion de Finkielkraut : stalinisme et mauvaise foi

Samedi 16 avril, des jeunes communistes se sont vantés d’avoir « jeté » de la place de la République Alain Finkielkraut accusé d’être un « sale réac ». La filiation bolcho-autoritaire reste vivace. Comme d’habitude, qu’ils soient chenus ou boutonneux, les staliniens ont versé dans l’ornière sectaire. Pour les défendre, des sympathisants du mouvement soulignent que Jean-Luc Mélenchon, lui aussi, avait été expulsé de Nuit Debout. Tout d’abord, il était tout aussi sectaire d’expulser l’homme politique que d’avoir fait de même avec l’homme de lettres. Ensuite, dans le cas de Mélenchon, il s’agissait d’empêcher un dirigeant politique de détourner le mouvement à son profit alors que l’académicien ne demandait rien d’autre que de dialoguer.

Toutefois, les politiciens de droite qui profitent de cet incident pour flinguer le mouvement sont d’une insigne mauvaise foi. Durant les six heures où Le Plouc est resté à Nuit Debout, les assemblées générales se sont déroulée dans un climat plutôt serein et la circulation de la parole s’est accomplie assez harmonieusement, ce qui n’est pas si fréquent en France.

Hollandophobie en Périgord Vert de rage

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Changement radical de décors, samedi matin. A place de la République, a succédé celle du marché à Nontron. Entre deux étals de fruits et légumes, quelques jeunes et moins jeunes font groupe sous une pancarte « Nuit Debout à Nontron ».

Une Nuit Debout, dans cette petite sous-préfecture périgordine ? Fière réponse collective : « Oui m’sieur. Et hier soir, nous étions 150 devant la mairie, malgré une pluie battante », soit 4,6% de la population nontronnaise. Pas mal, en effet.

Ces nuitdeboutistes du Périgord militent souvent dans des mouvements associatifs de défense de la nature. Ils se montrent très attachés à la préservation du terroir. Un projet de circuit automobile vers Ribérac leur fait monter les tours. « Un projet avait été abandonné au lieu-dit Bagatelle. Et voilà qu’ils remettent ça ! »

Des paysans les regardent mi-goguenards, mi-solidaires. En milieu rural, la cote de François Hollande est tellement basse qu’elle atteint les terres australes. C’est même une haine carabinée qui l’accable : « On ne peut plus le voir, c’est simple ! » Tout ce qu’il dit, songe, projette, pense, fait ou ne fait pas énerve. Même quant il se tait, il agace. Le monde rural est abandonné à ses mornes plaines et la réforme des régions a encore accentué ce sentiment. « Tout est plus loin maintenant pour faire nos démarches administratives. On n’y comprend plus rien. On est assommé de taxes et les aides nous passent sous le nez ! » Si Nuit Debout emmouscaille le gouvernement, alors vive Nuit Debout !

Avant de quitter les nuideboutistes de Nontron, Le Plouc demande à l’un des militants, ce qu’il pense du mouvement « occupy Wall Street » et du succès de Bernie Sanders à la primaire démocrate aux Etats-Unis. « Heu, c’est quoi, c’est qui Sanders ? Moi vous savez, je ne veux pas perdre du temps à m’informer sur ce qui se passe ailleurs. » Et d’où vient-il, cet ermite de 20 ans ? De la région parisienne !

Jean-Noël Cuénod

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05/04/2016

#NuitDebout Faire rentrer les rêves dans les urnes

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 «Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes». Inscrite sur une pancarte, place de la République à Paris, cette formule dit bien des choses sur le mouvement «Nuit Debout» qui prend de l’ampleur mais aussi sur la France telle qu’elle est aujourd’hui. Contrairement aux mouvements d’apparence similaire en Espagne ou aux Etats-Unis, les jeunes «indignés» français n’ont pas l’intention de créer un parti ou d’investir une formation existante pour la transformer. Certes, ils évoquent une révolution dont les contours ne peuvent qu’être flous mais sans se référer à des contenus idéologiques précis, à la différence de leurs lointains aînés de Mai-68.

Ce mouvement spontané trahit surtout le désarroi français devant l’inefficacité de son système politique qui n’offre pas la moindre perspective à la jeunesse, quel que soit le parti au pouvoir. Un système qui ne «fabrique» que des nains politiques n’ayant d’autres stratégies que communicantes.

Cette prise de parole spontanée – qui s’est répandue dans tout l’Hexagone avec une stupéfiante rapidité grâce aux réseaux sociaux – suscitera-t-elle l’émergence d’une structure politique d’un type nouveau? La France l’avait déjà espéré après la grande manifestation qui avait suivi les attentats de janvier 2015 contre l’HyperCasher et Charlie-Hebdo. Mais le soufflé était retombé peu après.

Si les rêves ne rentrent pas dans les urnes. Se priver d’urne peut virer au cauchemar. Soit en retournant dans une impuissance décourageante, soit en provoquant un chaos qui ne peut que profiter au Front national. Le temps du débat collectif est essentiel. Mais il faudra le dépasser et donner à ce mouvement un contenu politique qui permettrait d’offrir une alternative crédible à des institutions françaises devenues inaptes à répondre aux défis actuels.

   Jean-Noël Cuénod

 Editorial paru dans le quotidien 24 Heures, mardi 5 avril 2016

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02/04/2016

François Hollande ou la déroute en chantant

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(Photo: François Hollande tentant de s'extirper d'un de ses Himalayas)

Inébranlable. A ses visiteurs – qui sont priés de le répéter aux médias en prenant la mine mystérieuse des favoris du sérail – François Hollande affirme qu’il tient bon, qu’il cache dans la manche de son costume gris taupe des atouts pour se faire réélire en 2017. Peu importent le million de jeunes (et d’anciens jeunes) qui déboulent dans les rues de France, les colossales finesses qui se retournent contre lui, les échecs qui font mal, les initiatives qui font pschiiit et les projets qui font plouf.

Sa fameuse loi travail est détricotée à chaque fois qu’un corps social montre les dents. Si bien que l’on aura un texte typiquement «hollandais» qui, de concessions en corrections, transforme la grrrrande rrrréforme  – roulez tambours !– qui allait rendre l’embauche des chômeurs attractive pour les chefs d’entreprise, en réformette – résonnez pipeaux ! – qui, en voulant ménager chacun mécontente tout le monde.

Billard à trois bandes et à un mauvais trou

Pour la constitutionnalisation de l’état d’urgence, même scénario pourri. François Hollande a voulu jouer au malin en puisant ses projets dans l’arsenal démagogique de l’extrême-droite afin de court-circuiter Nicolas Sarkozy. La déchéance de nationalité pour les terroristes était l’une des mesures mises en avant par le président – on ne rit pas ! – socialiste. Cette vieille lune du Front national ne sert strictement à rien pour lutter contre le djihadisme. Qu’importe, ça fait vibrer les réseaux sociaux et ça empiète sur la droite. Vous ne pouvez pas comprendre. C’est du billard à trois bandes. Mais l’ennui avec Hollande, c’est que la balle tombe souvent dans le mauvais trou.

Il est resté bloqué par ce piège pourtant bien prévisible : soit on ôte la nationalité à tous les terroristes, même à ceux qui n’ont que le passeport français et l’on créé des apatrides, contrairement au droit international ; soit, on ne l’enlève qu’aux terroristes binationaux et l’on suscite une inégalité de traitements entre deux types de Français. On connaît la suite : incapable d’obtenir la majorité des trois cinquièmes des parlementaires pour changer la Constitution, François Hollande a dû renoncer à inscrire l’état d’urgence dans le marbre de la Loi fondamentale. Heureusement d’ailleurs pour la liberté des Français. On frémit à l’usage qu’une Marine Le Pen aurait pu faire d’une telle réforme, offrant plus de pouvoirs à la police et moins à la justice.

Il en est allé de ce projet comme des autres grandes propositions présidentielles : on dessine un Himalaya sur les écrans médiatiques et c’est une taupinière, dans le meilleur des cas, qui surgit sur la terre du réel.

Le capitaine de pédalo coincé au milieu du gué

François Hollande a été élu sur une politique clairement axée à gauche, avec une augmentation d’impôt pour les plus riches qui aurait permis d’aider les petites et moyennes entreprises. Mais il s’est laissé bloquer d’emblée par la chancelière allemande en acceptant le traité européen sur la rigueur budgétaire. Dès lors, sa marge de manœuvre a été réduite à un mince filet. Il aurait dû ouvrir une crise au sein de l’Union en refusant, par le biais de son parlement, de parapher le traité européen. Cela aurait permis au moins de vider un abcès qui continue à infecter l’UE.

Mais Hollande n’est pas un homme de rupture. Il préfère louvoyer. A cet égard, la formule lancée par Jean-Luc Mélenchon, faisant du président un capitaine de pédalo, s’est cruellement vérifiée. En se pliant au diktat de Berlin, le président socialiste n’a pas eu d’autres choix que de mener une politique libérale. Mais alors, il aurait fallu expliquer ce revirement aux Français, notamment à ses électeurs, et définir clairement la nouvelle optique sociale-libérale de son gouvernement. Au lieu de cela, Hollande n’a pas assumé publiquement sa volte-face, distillant ici et là des réformettes plus ou moins libérales et rarement sociales, tout en prétendant mener une politique de gauche.

En suivant la logique du capitalisme, son action ne va pas assez loin dans le sens du libéralisme. Mais dans une optique socialiste, elle trahit tous les objectifs poursuivis par la gauche. A cause de cette politique chafouine, la France se trouve au milieu du gué au moment de la plus forte crue. D’où l’angoisse collective qui parcourt l’Hexagone.

Le désarroi français est d’autant plus grand que personne ne voit d’issue à la situation présente. Il n’y a guère que François Hollande pour croire en ses chances en 2017. Nicolas Sarkozy et son catastrophique quinquennat ne sauraient constituer une alternative. Malgré ses succès électoraux, le Front national ne possède pas un appareil politique compétent et Marine Le Pen a démontré lors de son calamiteux voyage au Canada – où aucune figure politique, même de second plan, n’a accepté de la rencontrer –qu’elle ne dispose d’aucune crédibilité internationale. Sauf dans la Russie poutinienne qui participe au financement de son parti.

Le centre introuvable

Tous les regards convergent donc vers Alain Juppé, l’ancien premier ministre de Jacques Chirac. Ce qui, d’ailleurs, en dit long sur l’absence de renouvellement des élites politiques françaises. Libéral mais soucieux de régulation, partisan d’un centre-droit ouvert à certaines idées sociales-démocrates mais fermé au racisme d’extrême-droite, Juppé paraît en situation de fédérer les électeurs du centre-gauche et du centre-droit qui, numériquement, constituent la grande majorité des Français. Mais cette majorité numérique n’a pas – pas encore ? – trouvé le vecteur politique qui lui permettrait de parvenir enfin au pouvoir. Le mode de scrutin – majoritaire à deux tours – ne le permet pas. Il a créé le bipartisme qui a scindé le centre en deux parties opposées. Avec le tripartisme qui se dessine par le surgissement du Front national, cette situation ne va pas s’améliorer. Au contraire, la présence du FN va radicaliser tant la gauche que la droite classique, au détriment du centre.

Dès lors, la France ne pourra pas se sortir de sa mélasse sans une réforme profonde de ses institutions. Le mode de scrutin actuel favorise les forts en gueule. Il devient indispensable d’avantager, sinon les forts en thème, plutôt les forts en cervelle.

Jean-Noël Cuénod

15:05 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : françois hollande, france, politique, 2017 | |  Facebook | | |

15/01/2016

Kippa ou pas kippa ?

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 La kippa décoiffe donc les médias français. Après l’agression d’un enseignant juif à Marseille, le président du Consistoire israélite de cette ville, Zvi Ammar a conseillé à ses ouailles de ne pas porter la kippa dans la rue, afin de ne pas servir de cibles aux islamistes intégristes et autres antisémites.

Le Grand Rabbin de France Haïm Korsia a critiqué cette décision tout en y décelant un appel au secours. Les agressions antisémites progressent en France. Nombre de Français de religion juive se sentent en insécurité dans leur pays et s’installent en Israël.

Certaines réactions d’auditeurs radiophoniques ont critiqué le port de la kippa, signe confessionnel qui n’aurait pas sa place sur la voie publique. A l’instar du voile ou de la croix, elle serait considérée comme un emblème à n’utiliser qu’entre les murs de sa maison ou de la synagogue. «Cachez cette kippa que la laïcité ne saurait voir!»

 Cette réaction trahit les idées fausses qui circulent à propos d’une laïcité mise à toutes les sauces, même les plus indigestes.

La laïcité a pour objet principal de séparer le pouvoir politique des institutions religieuses et d’assurer la neutralité confessionnelle de l’Etat. Mais les religions ont parfaitement le droit de s’exprimer publiquement, à l’instar de tout groupe humain, tels les partis, les syndicats, les associations, comme le garantit l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme (lire ci-dessous). Pourquoi interdirait-on à une communauté religieuse, ce qu’on autorise à un mouvement politique ? La seule réserve étant de respecter les lois et l’ordre public. Ce qui valable pour tous, politiques ou pas, religieux ou pas. Un juif a le droit de se promener avec sa kippa, comme la musulmane avec le foulard islamique ou le chrétien avec son collier porteur d’une croix, le nostalgique du castrisme avec son T-shirt à l’effigie du Che.

La kippa n’est pas un signe d’appartenance, c’est un signe d’humilité qui rappelle qu’il y a au-dessus de soi une puissance supérieure, comme l’a expliqué le Grand Rabbin de France. La porter relève surtout de la coutume. Un juif peut ou non s’en coiffer dans la rue. Lors des offices à la synagogue, il est prescrit, aux hommes et aux femmes, de se couvrir la tête mais pas forcément avec une kippa.

Alors, puisque ce n’est pas une obligation, ne tentons pas le diable antisémite, et que les juifs laissent leur kippa à la maison, semblent dire certains intervenants qui vibrionnent sur les réseaux sociaux. Insupportable recul devant l’intolérance ! On cède sur la kippa et demain sur quoi d’autres ?

Et pourquoi interdire la burka et pas la kippa ? Tout simplement parce que l’un et l’autre n’ont aucun point commun. Le voile intégral, imposé par les versions les plus intégristes de l’islam, cache la totalité d’un humain appartenant à un seul genre : féminin. Ce visage rendu invisible porte atteinte aux liens sociaux les plus fondamentaux. Il interdit tout échange entre les êtres. Cette pratique conduit donc à une négation de l’humanité, ni plus ni moins. Rien à voir avec un modeste et discret bout de tissu rond posé au sommet du crâne.

 Porter une kippa, ce n’est pas refuser l’autre, c’est assumer publiquement sa foi en une transcendance. De même, celui qui épingle un insigne de parti, expose ses opinions politiques sans pour autant rejeter ses interlocuteurs. Ceux qui se sentent rejetés ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes et à leur manque de tolérance.

Et si cet insigne arboré est une croix gammée? Celui qui le porte n’affirme pas une opinion mais signifie son appartenance à la plus puissante organisation criminelle de l’Histoire. En ce cas, on peut vraiment parler d’un acte de rejet de sa part. Mais il s’agit, comme avec la burka, d’une situation extrême. Des exceptions qui ne confirment aucune règle.

 

 Jean-Noël Cuénod

 

Article 9. Convention européenne des droits de l’homme

 Alinéa 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

 Alinéa 2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.

 

LE PLOUC CAUSE DANS LE POSTE

La Kippa, la porter ou pas ? Cette question sera abordée sur Europe1 par l'émission "Club de la presse étrangère" que Sophie Larmoyer anime entre 11h. 45 et 12h. 20, ce dimanche 17 janvier. Avec la correspondante à Paris de Visao, Ana Navarro Pedro, et ma pomme, représentant le mensuel La Cité

17:45 | Lien permanent | Commentaires (58) | Tags : judaïsme, djihad, france | |  Facebook | | |

06/01/2016

De l’état d’urgence à l’Etat policier, fausses et vraies polémiques

 

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La présidence Hollande et le gouvernement Valls, usant de leur babil ligneux, ont forgé un nouvel oxymore, l’urgence permanente. Si cette figure de style est appropriée au langage poétique, traduite en jargon politique, elle cache de périlleux projets sous un voile d’ambiguïté.

Depuis les attentats de novembre, l’exécutif français cherche à pérenniser l’état d’urgence en l’inscrivant dans les lois et la Constitution. Nous sommes en guerre contre l’islamoterrorisme. Il faut donc s’adapter à la situation nouvelle. Peu importe, les fioritures juridiques. Les libertés individuelles passent au second plan.

 Sur ce train de mesures qui s’enfonce à tombeaux ouverts dans le tunnel, les professionnels de la polémique ont, une fois de plus, visé les mauvais wagons. Ils s’acharnent sur la déchéance de nationalité que François Hollande veut graver dans la Constitution. La nationalité française serait enlevée aux terroristes qui auraient retourné leurs armes contre leur propre pays.

Les socialistes sont particulièrement divisés sur cette question. Pour les uns, cette mesure ne concernerait que les binationaux, puisque les textes internationaux interdisent à un pays de créer des apatrides. Faux, rétorquent d’autres en s’appuyant sur le professeur de droit constitutionnel Michel Lascombe. La France a signé – mais non pas ratifié – les deux textes internationaux concernés (la Convention de l’ONU de 1961 et la Convention du Conseil de l’Europe de 1997). Ne les ayant pas ratifiées, l’Etat français n’a donc pas à les appliquer et pourrait enlever leur passeport au « mono-nationaux ». Mais l’aile qui bat le plus à gauche ne se soucie pas de ses nuances ; elle refuse toute déchéance de nationalité au nom de l’idéal républicain.

La droite est moins partagée et soutient, sans trop le clamer, la déchéance pour les binationaux. Mais de cette rive politique, des voix se sont élevées contre le projet, comme celles de Patrick Devedjian, Hervé Mariton et Benoît Apparu, tous élus LR peu suspects d’angélisme gauchiste. Il n’y a que l’extrême droite qui est unanime pour réclamer une déchéance de nationalité « appliquée plus largement » à en croire Florian Philippot. Appliquée à tous les binationaux, même innocents ?

Pour rendre encore plus embrouillé ce projet fumeux, des voix éparses tentent de remplacer la déchéance de nationalité par l’ « indignité nationale », une vieille disposition qui s’appliquait aux collabos de Vichy à la Libération. C’est dire si elle ne colle pas aux réalités du XXIe siècle.

 Ils s’en tamponnent le kamis!

 La vigueur de cette polémique est pour le moins exagérée. La déchéance de nationalité ne concernerait que des terroristes qui, de toute façon, ont brûlé leur passeport français. Quant à l’indignité nationale, ils s’en tamponnent le kamis. L’efficacité de ces mesures contre le terrorisme est donc à égale au zéro absolu.

 Mais de là à crier à l’assassinat de la République, il y a un abîme. Après tout, la déchéance de nationalité est déjà prévue dans les lois actuelles à l’encontre de ceux qui sont devenus Français par naturalisation. On ne saurait dire que cette mesure a mis en péril la démocratie. D’autant plus que la gauche de la gauche avait proposé, naguère, le retrait du passeport français aux exilés fiscaux.

 Ce tintamarre cache d’autres mesures gouvernementales qui, elles, sont autrement plus dangereuses pour l’Etat de droit et qui ne concernent pas qu’une poignée de terroristes mais pourraient atteindre chaque citoyen.

 Le gouvernement socialiste envisage de rendre permanentes plusieurs mesures qui ne sont prévues qu’en état d’urgence. Certes, ces projets de lois ne sont pas tous à rejeter ; certains s’imposent même, compte tenu de la situation. Mais d’autres donnent au pouvoir politique et à la police des prérogatives dangereuses pour la liberté individuelle. Elles offrent aux représentants de l’Etat – préfets et procureurs – des pouvoirs exorbitants au regard des normes démocratiques et ce, au détriment des juges.

 Ainsi, jusqu’à maintenant seul un juge – indépendant du gouvernement – avait le droit d’ordonner des perquisitions domiciliaires pendant la nuit. Désormais, un procureur – soumis au gouvernement – pourra procéder à ces perquisitions. L’exécutif invoque la sécurité et la rapidité pour expliquer cette mesure. Calembredaine ! Les juges peuvent faire des permanences de nuit tout comme les procureurs. C’est une question d’organisation interne au sein des juridictions qui n’a pas besoin d’être résolue par la loi.

 De même, selon ces projets législatifs, les policiers pourront fouiller bagages et voitures s’ils ont « des raisons sérieuses de penser » qu’il pourrait y avoir, peut-être, un vague soupçon de terrorisme. Un conseil aux barbus : rasez-vous ! De même, les policiers auront le droit de contrôler l’identité de n’importe qui, n’importe quand, sans qu’il y ait la moindre présomption d’infraction. Conséquence : les contrôles au faciès vont se multiplier, ce qui ne manquera pas d’encourager les jeunes ainsi visés à écouter les semeurs de djihad d’une oreille complaisante.

 Plus de pouvoirs à l’Etat, moins aux juges

 D’une manière générale, ces dispositions augmentent les pouvoirs des agents du gouvernement – préfets, procureurs, policiers – au détriment des magistrats indépendants. Or, la France ne laisse à ces derniers qu’une part de plus en plus réduite et seuls les contre-pouvoirs sont à même d’endiguer la puissance de l’autorité politique. L’état d’urgence nous a montré que les représentants de l’Etat ne sont pas tous animés par le sens du bien commun, voir par le bon sens tout court. Souvenons-nous que les perquisitions et assignations à résidence permises par l’état d’urgence ont été trop souvent utilisées pour museler les militants écologistes pendant COP 21. Des « suspects » qui n’avaient pas le moindre lien avec le terrorisme.

Les islamoterroristes cherchent avant tout à abattre la démocratie et l’Etat de droit considérés comme œuvres impies. En transformant l’état d’urgence en Etat policier, nous leur facilitons le travail et leur donnons raison.

Tout détenteur d’un pouvoir ne résiste jamais longtemps à la tentation d’en abuser.

 

Jean-Noël Cuénod

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24/11/2014

Le Plouc cause dans le poste: Jean-Luc Mélenchon à "Tous Politiques" sur France-Inter

Jean-Luc Mélenchon, s'il a quitté officiellement la tête du Parti de Gauche pour s'investir dans le Mouvement pour la VIe République, a visiblement repris du poil de la bête (politique) après son coup de blues de l'été dernier où il déclarait vouloir se reposer "et bayer aux corneilles". A l'évidence, cette période de repos et de replis est terminée. Jugez-en par la vidéo de l'émission "Tous Politiques" sur France Inter de dimanche dernier. Elle est dirigée par Marc Fauvelle, avec Thierry Borsa directeur de la rédaction du Parisien et votre serviteur, Jean-Noël Cuénod.


J-L Mélenchon : "L'Europe va peut-être mourir... par franceinter

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10/11/2014

Sarkozy, Fillon, Jouyet… Une affaire d’Etat après des tas d’affaires

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C’est la nouvelle affaire qui affaire tous les médias qui n’ont plus rien d’autres à faire, dirait-on. Résumons la: deux journalistes du Monde – Gérard Davet et Fabrice Lhomme

– révèlent que François Fillon a demandé au secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet (à gauche sur la photo)  de hâter les enquêtes pénales contre Nicolas Sarkozy. François Fillon hurle à la diffamation et monte sur ses grands chevaux immaculés. Jamais, il ne se serait livré à une aussi vile vilenie. Jouyet nie tout d’abord le contenu de sa conversation avec les journalistes. Puis, finalement se ravise et admet la véracité des propos… Il faut dire qu’ils avaient été enregistrés par les journalistes.

 

Pour ceux qui ne suivent pas les méandres de la politique française, ce bref rappel : Fillon est l’ancien premier ministre UMP de Nicolas Sarkozy, son rival interne pour la candidature à la présidence de la République en 2017 ; Jean-Pierre Jouyet, l’homme qui se trouve toujours du côté du manche, est un ami très proche du président François Hollande, ce qui ne l’avait pas empêché d’être nommé par Fillon et Sarkozy, secrétaire d’Etat aux affaires européennes de mai 2007 à décembre 2008 ; bien entendu, Jouyet a rejoint le camp Hollande après l’élection de ce dernier à la magistrature suprême et occupe aujourd’hui le poste de numéro 2 de l’Elysée.

 

Comparé aux vrais défis de l’heure – Ebola, réchauffement climatique, prédation financière, chômage endémique– ce  scandale paraît bien anodin. Toutefois, il peut se révéler encore plus assassin que d’autres pour la caste[1] politique française. En quoi ?

Tout d’abord, il conforte la connivence entre les deux partis de gouvernement, connivence dont Jean-Pierre Jouyet est la figure emblématique puisqu’il a servi les deux camps. Certes, chacun pouvait entrevoir cette proximité, puisque Hollande applique à peu près la même politique que Sarkozy. Mais la chose s’étale désormais au grand jour. Un dirigeant de l’UMP demande l’aide de la présidence socialiste pour dégommer un autre dirigeant de l’UMP. Voilà ce qui restera dans les mémoires.

 

Ensuite,  ce gloubiboulga fangeux démontre que, malgré toutes les déclarations main sur le cœur, le pouvoir politique cherche encore et toujours à instrumentaliser la justice qui, en France, n’est pas considérée comme un pouvoir (Eh oui, Montesquieu, nul n’est prophète en son pays, même pas toi !). Certes, François Hollande aurait refusé que son gouvernement intervienne dans cette affaire, mais le simple fait qu’un ancien premier ministre émette cette demande, démontre que, pour lui, la soumission des juges et procureurs à l’exécutif ne fait pas l’ombre d’un doute.

 

C’est toute la propagande du Front national qui se trouve ainsi illustrée. L’ « UMPS » dénoncée par Marine Le Pen prend consistance. Le plus grave est que le caractère dangereux des propositions de la cheffe frontiste – notamment le retour au protectionnisme qui avait provoqué l’effondrement des économies mondiales dans les années 30 – passe au second plan. On oublie aussi le fonctionnement népotiste du FN, avec la famille Le Pen détenant tous les leviers de commande de ce parti (en cela, ce clan appartient pleinement à la caste qu’il entend dénoncer). Non seulement, Marine Le Pen apparaît comme la seule véritable opposante du gouvernement, mais encore les théories complotistes, qui font le fiel de l’extrême droite, trouvent en cet échange (avéré ou non) un écho retentissant. Comme d’habitude, les Le Pen’s emportent la mise.

 

A part eux, qui peut en tirer profit ? Nicolas Sarkozy ? Revanchator va crier qu’il l’avait bien dit, que les enquêtes pénales qui lui collent aux basques sont des manœuvres destinées à empêcher son retour à l’Elysée. Mais cette médaille à son revers. Selon les propos de Jouyet enregistrés par les journalistes, l’intervention de Fillon était mue par les frais de campagne extravagants de Sarkozy durant sa campagne présidentielle en 2012. Dès lors, cette question surgit aussitôt à l’esprit : comment un homme qui s’est révélé incapable de gérer son budget électoral peut-il prétendre redresser les finances publiques de tout un pays ? D’autant plus que durant son quinquennat, il a fortement contribué à les plomber.

 

François Fillon va apparaître comme le traître de celui qu’il a servi pendant cinq ans comme premier ministre. On peut faire confiance à Nicolas Sarkozy et à sa harde pour lui donner la chasse. Cela dit, Fillon continuera à nier en toute impunité puisque, contrairement à ceux de Jouyet, les propos qu’il aurait tenus n’ont pas été enregistrés. Il peut alors jouer les victimes d’une opération pilotée par l’Elysée.

 

Jean-Pierre Jouyet perd ce qui lui restait de crédibilité. Soit, il a inventé ces propos ; soit il les a restitués plus ou moins fidèlement. Dans les deux cas, on se demande pourquoi le numéro 2 de l’Elysée a pris le risque insensé d’être enregistré ; car les propos de Jouyet ne lui ont pas été volés ; le dictaphone de l’un des intervieweurs était posé devant lui et les deux journalistes prenaient ostensiblement des notes lors d’un entretien dont Jean-Pierre Jouyet devait bien se douter qu’il était sujet à publication.

 

Le secrétaire général entraîne aussi son patron dans sa chute, puisqu’on peut reprocher à François Hollande d’avoir placé à un poste aussi stratégique l’un de ses amis proches qui a démontré son peu de fiabilité. Manque de discernement, pour le moins.

 

La caste politique française a encore fait un pas de plus vers le gouffre qui l’attend. Encore une affaire d’Etat, après des tas d’affaires.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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C'est bien la voix de Jean-Pierre Jouyet
 

[1] On parle généralement de « classe politique » dans ce contexte. A tort, car il ne s’agit pas d’une classe sociale, c’est-à-dire un ensemble de dimensions importantes, partageant le même type de relations avec le travail et le pouvoir économique. La classe sociale comprend une certaine mobilité entre les échelons de la hiérarchie. Les ouvriers d’hier peuvent devenir les patrons de demain, même si l’inverse est nettement plus rare! Le mot « caste » convient mieux en l’occurrence, puisqu’il caractérise un groupe social plus limité qu’une classe et organisé de façon hiérarchique, endogame et héréditaire. La « caste politique » répond bien à ses critères. Son caractère hiérarchique saute aux yeux. Son endogamie est patente, puisque souvent les individus qui la composent se reproduisent entre eux. Quant à l’hérédité, il n’est qu’à voir le nombre de dynasties qui sévissent dans les allées du pouvoir pour en constater la réalité.

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04/09/2014

Avec Valérie Trierweiler et François Hollande, les «sans-dents» nous laissent sans voix! (Les Jeudis du Plouc)

 

 

 

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Elle paraît aux Arènes, la chose que Valérie Trierweiler consacre à son ci-devant compagnon, le président Hollande. Ce qui augure bien, et de la forme et du fond puisqu’il s’agit d’un règlement de mécompte amoureux.

 Tout d’abord, levons-nous et respectons une minute de silence à la mémoire des arbres qui ont été sacrifiés pour fabriquer ce machin imprimé.

 

 

Le seul avantage de cette publication (interdit de prononcer à son propos les mots «livre», «bouquin», «ouvrage», «œuvre»!) est qu’il est possible d’en causer sans le lire. Chaque média publie, en bonnes feuilles de mauvais aloi, un chapitre arraché à l’éditeur – au plein gré de son insu – pour une exclusivité vachement intergalactique. Il suffit donc de balayer son écran d’ordinateur pour placer dans son éprouvette virtuelle quelques gouttes de fiel distillées par la journaliste Trierweiler à propos de son ex.

 

Il y a quelques années, celui-ci déclarait détester les riches. Lors de son discours du Bourget en 2012, c’était la finance que le candidat vouait aux gémonies. Son ex-copine nous apprend aujourd’hui que le président ne peut pas encadrer les pauvres qu’il surnomme les «sans-dents». Voilà qui nous laisse sans voix.  François Hollande aurait-il une dent contre ses électeurs? Mais qui ment comme un arracheur de dents, chaque fois qu’il prend le crachoir?

 

En tout cas, ce truc en papier nous montre dans quelles profondeurs abyssales la société merdiatique entraîne la politique et le journalisme, ces mots nobles devenant vils par cette alchimie à l’envers  qui transforme l’or en plomb.

 

Une journaliste partage le lit du président. Et une fois larguée, la voilà qui balance à des milliers d’exemplaires les «misérables petits tas de secrets» (Malraux scribit) du ci-devant couple. Elle trahit ainsi deux fois sa profession. La première en entrant de plain-pied dans les sphères du pouvoir, sans quitter le journalisme mais sans pouvoir dire quoique ce soit sur l’exercice dudit pouvoir. La seconde, en se servant de son savoir-faire dans le seul but de satisfaire une vengeance personnelle.

Quant au président, il était discrédité par les méandres de sa politique, le voilà devenu ridicule par la divulgation de ses travers. Rien ne semble tenir droit chez lui.

 

Et l’on s’étonne que les politiciens et les journalistes perdent le peu de crédibilité qui leur reste?

 

Jean-Noël Cuénod

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28/08/2014

Montebourg l’imposteur – Les Jeudis du Plouc

 

images.jpg Ministre de l’économie s’opposant en paroles à la politique économique qu’il est chargé de conduire, Arnaud Montebourg a donc cessé – très provisoirement – de se payer la tête des Français. Remarquons qu’il n’a pas de lui-même renoncé à ses fonctions, ce qui lui aurait conféré un semblant d’allure. Il a été extrait du gouvernement par le premier ministre Valls et le président Hollande, comme une écharde.

 

Auteur en 2001, avec Vincent Peillon, d’un rapport sur la Suisse et le blanchiment d’argent sale truffé d’erreurs et d’approximations, Montebourg avait déjà montré à cette occasion que son faire-savoir dépassait de plusieurs coudées son savoir-faire. La Suisse et l’argent sale sont-ils des thèmes porteurs ? «Allons-y gaiement, ça nous propulsera au firmament médiatique. Et ne nous encombrons pas d’inutiles exactitudes». Cela lui avait valu de se faire appeler «Montebourde» par la presse romande. 

Bien entendu, ce fracassant rapport n’a eu aucun effet. Le secret bancaire suisse n’a été coulé, une douzaine d’années plus tard, que par la seule volonté de la puissance américaine. Montebourg n’a joué, dans cette affaire, que le rôle de mouche du coche. Il est vrai que cet agaçant diptère et le vrombissant politicien partagent plus d’un point commun.

 

Aujourd’hui, l’Ejecté de Frangy-en-Bresse affirme que la voie économique suivie par François Hollande mène à l’échec; il réclame la fin des mesures d’austérité et l’instauration de la relance par l’augmentation du pouvoir d’achat. La croissance qui en résulterait, permettrait de créer des emplois.

Tout d’abord, le France ayant perdu une grande partie de son tissu industriel, l’augmentation, aujourd’hui, du pouvoir d’achat des Français favoriserait surtout les importations, creusant encore plus le déficit commercial de ce pays. Dès lors, on voit mal comment l’emploi pourrait croître dans ces conditions. Cela dit, il est vrai que les mesures d’austérité adoptées par Hollande-Valls risquent fort de créer une déflation catastrophique.

 

Comment le gouvernement socialiste de la France s’est-il mis dans cette fâcheuse posture? Les causes sont nombreuses mais proviennent d’une erreur, «mère» de toutes les autres. A peine élu en juin 2012, François Hollande a renoncé à sa promesse de renégocier le pacte budgétaire européen – le tristement fameux TSCG ­– qui avait été adopté fort légèrement par l’alors président Sarkozy sous la pression de l’Allemagne d’Angela Merkel. Ce traité condamne ceux qui l’ont signé à suivre des mesures d’austérité budgétaires dictées, dans les faits, par Berlin. En le paraphant, la France s’est mise dans l’incapacité à reconstruire son industrie, notamment dans les domaines de l’environnement et du développement durable. Le candidat François Hollande avait bien vu l’écueil. Devenu président, il s’est aussitôt couché devant la chancelière allemande sans obtenir la moindre concession majeure.

 

Or, à la même époque, le ministre du Redressement économique (non, ce n’est pas drôle!) Arnaud Montebourg n’avait pas dénoncé cette capitulation concédée avant même le combat. Au contraire, il s’était montré solidaire de l’action du gouvernement auquel il appartenait de plein droit. Dès lors, lorsque Montebourg réclame aujourd’hui des mesures de relance rendues impossibles par le traité qu’il a approuvé, on ne frise plus l’imposture. On la défrise. Carrément.

 

De même,  ses rodomontades et tartarinades n’ont pas empêché le groupe Mittal de fermer ses hauts-fourneaux à Florange. Il avait tenté de faire oublier cet humiliant échec en lançant la promotion de produits français à la «une» des magazines, son torse télégénique enveloppé d’une marinière armoricaine (photo : sa marionnette aux « Guignols»).

 

L’action politique d’Arnaud Montebourg se borne donc à promouvoir son égo, à prendre la pose, à s’agiter mécaniquement lorsque pointe une caméra. Son modèle, c’est Sarkozy. Son anti-modèle, c’est Mendès-France.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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09/07/2014

Les perroquets fous du dialogue social à la française (les Jeudis du Plouc*)

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Le président François Hollande avait eu l’excellente idée de redonner vie au dialogue entre syndicats de salariés et organisations patronales, dialogue qui se trouvait bien malade depuis fort longtemps en France.

Mais du désir à la réalité, le fossé tient plus de l’Atlantique que de la Seymaz[1]. Car la France, c’est le pays, non pas du dialogue, mais du monologue à plusieurs. Chacun cause sans entendre l’autre. L’autre qui, de toute façon, ne cherche pas à vous à écouter puisqu’il bavarde de son côté. Le troisième fait la même chose. Et le quatrième. Et ainsi de suite.

 

Les tables rondes sociales, c’est en fait une assemblée de perroquets sourds mais non pas muets, hélas !

 

Chaque perroquet quitte ensuite son perchoir en gueulant encore plus fort que, décidemment personne ne l’écoute et que puisque c’est comme ça, il s’en va, non sans lâcher une fiente courroucée.

 

Enfin, chaque volatile glapissant se rend dans sa volière où l’attendent ses congénères pour leur brosser le topo de ses exploits de négociateur à la gauloise :

«Putain, les camarades, si vous aviez vu la mandale que je leur ai mis dans les gencives ! Ah, vous auriez dû voir ça! C’était du chaud et du lourd. Mais grâce à moi, on n’a rien lâché. Rien, j’vous dis!»

 

Une petite voix se fait entendre : «Ouai, euh, mais on n’a rien obtenu non plus». Tous ses camarades psittaciadae dardent alors sur l’intrus un œil aussi rond que furibard :

«Toi, le réformiste, tu fermes ta gueule! Compris?»

 

C’est donc ce qui s’est passé lors de la Conférence sociale que vient d’organiser par le président français et son premier ministre Manuel Valls. Le Medef, organisme patronal, a joué le grand air des maîtres chanteurs en affirmant qu’il refuserait de s’asseoir à côté du gouvernement et des syndicats si on ne le caressait pas dans le sens du plumage. Pour lui complaire, Valls a aussitôt annoncé le report d’une mesure en faveur des travailleurs qui subissent les travaux les plus pénibles[2].  Après cela, trois des syndicats les plus importants – FO, CGT et FSU (fonction publique et enseignants) ont claqué la porte, parfois même avant de l’ouvrir (la porte, bien sûr). Sont restés à négocier : la CFDT, la CFTC (les chrétiens), CFE-CGC (les cadres) et UNSA (les autonomes). Mais sans les trois autres syndicats, cette table ronde s’est révélée bancale.

 

Pourquoi la France est-elle l’un des rares pays avancés où le dialogue social relève de la mission impossible ? Comme toujours, les causes sont diverses. Parmi celles-ci, figure en bonne place l’esprit monarchique qui dort dans chaque français mais qui se réveille dès qu’il devient patron :

«Je suis le maître de ma boîte (de mon atelier, de mon entreprise, de mon groupe, de ma multinationale) et si je cède quoique ce soit, les gueux vont prendre ça pour de la faiblesse et n’hésiteront pas à me couper la tête, ou pis, à m’arracher une augmentation. On leur donne un ongle, à ces manants, et ils vous prennent un bras ou pis, une Rolex».

 

De plus, le syndicat des patrons joue sur du velours. Le Medef est, de loin, l’organisation la plus importante, côté employeurs, lors des négociations. En face de lui huit syndicats se disputent la représentation des travailleurs (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFE-CGC, Sud, CFTC, FSU). Or, malgré leur nombre pléthorique, ces organisations représentent moins de 8% de l’ensemble des salariés français. Elles sont donc à la fois divisées et peu ou pas représentatives. C’est un peu comme si les juniors suisses allaient défier l’équipe d’Allemagne en Coupe du Monde.

 

Cette situation provoque de la surenchère entre les syndicats et empêche la recherche de solutions de compromis qui débloqueraient la France.

 

Au fond, ni les syndicats ni le patronat ne souhaitent vraiment que le dialogue social réussisse. Le patronat reste au sommet de sa puissance et dicte ses volontés au gouvernement qu’il soit de droite ou de droite, je veux dire de droite ou de gauche. Il ne veut rien céder de son pouvoir monarchique. Et pourquoi le ferait-il face à des syndicats aussi nuls ?

Quant aux syndicats, leurs permanents (salariés par les syndiqués) sont trop heureux de disposer d’autant d’organisations dans lesquelles ils règnent, eux aussi, en petits monarques. La fusion en une seule organisation puissante risquerait de mettre en péril leurs privilèges bureaucratiques.

 

«Français, encore un effort si vous voulez être républicains!» clamait le Marquis de Sade dans sa « Philosophie dans le boudoir». Plus de deux siècles plus tard, l’ouvrage est resté sur le métier.

 

Jean-Noël Cuénod

 

*PS : certes, nous sommes mercredi, mais demain Le Plouc et La Plouquette rejoindront les hauteurs du Lötschental. D’où ce jeudi prématuré.



[1] Pour ceux qui ne sont pas de Piogre-sur-Rhône, la Seymaz figure dans Wikipédia. Jetez-y un œil. Vous ne risquez pas la noyade.

[2] Lexpress.fr : En fonction de leur temps d'exposition à différents facteurs de pénibilité, ces salariés pourront accumuler des points sur un compte personnel qui leur permettra de partir plus tôt à la retraite, de se former ou de travailler à temps partiel. A terme, ce seront ainsi 3 millions de salariés qui seront concernés, selon le gouvernement.

ESPACE VIDEO

Exemple de conférence sociale...


Les perroquets attaquent!!! par MiGhTyToM

 

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19/06/2014

Faire confiance aux politiciens ? Et quoi encore? Les Jeudis du Plouc

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Lors d’un dîner entre amis, lancez cette exclamation, histoire de raviver le feu d’une conversation en train de s’éteindre : « Eh bien, moi je fais confiance aux politiciens !» Retour d’ambiance garanti, avec ricanements, moqueries, lazzis, colères, démonstrations d’effarement. En effet, tous les sondages le démontrent, personne n’accorde son crédit à ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire. Seuls les journalistes attirent autant de méfiance et de défiance. Sans doute, le public les juge-t-il contaminés en raison de leur trop grande proximité – réelle ou fantasmée – avec le pouvoir politique.

 

Même en Allemagne, où Angela Merkel semble échapper à ce phénomène, la confiance de l’électeur envers le gouvernement n’est pas sans borne puisque, par son récent vote au législatif, il a installé les sociaux-démocrates à côté des démocrates-chrétiens au gouvernement, comme si associer l’ancienne opposition à l’exercice du pouvoir allait servir de garde-fou réciproque aux deux plus puissants partis allemands.

 

En Suisse, autre pays à l’économie florissante, la confiance paraît encore plus limitée, le Conseil fédéral recevant régulièrement moult claques à l’issue des votations populaires. Et lorsque ses projets sont approuvés, le gouvernement paraît tellement surpris que ses ministres se partagent entre larmes d’émotion et sourires illuminés par ce miracle.

 

Mais au moins dans ces Etats, sous le brouillard de la méfiance, les citoyens gardent tout de même une lueur de confiance envers la politique en général.

 

C’est en France, la belle dame malade de l’Europe, que ce phénomène atteint son paroxysme. Le stade de la méfiance y est dépassé depuis longtemps pour laisser place à celui de la défiance. Les deux partis de gouvernement, le PS et l’UMP, en sont les plus atteints. Il faut dire que ces deux larrons redoublent d’effort pour mériter les crachats qu’ils essuient. Mais les autres formations n’attirent pas plus la sympathie.

Même le Front national, qui parade avec ses 25% de voix récoltés aux Européennes, n’est guère mieux loti. En tenant compte des abstentions, on constate que seuls 10% des Français en âge de voter ont donné leur suffrage aux frontistes. Une vaguelette Marine, mais point de raz-de-marée. D’ailleurs, la tenancière de l’entreprise familiale Le Pen n’obtient pas des résultats bien probants dans les sondages à la rubrique «lui faites-vous confiance?» Dans un sondage BVA publié dans Le Parisien du 10 mai dernier, 78% des personnes interrogées ont déclaré ne pas lui faire confiance pour gouverner leur pays. Les Français se rendent bien compte qu’avec Marine au gouvernail, le paquebot France coulerait encore plus vite.

 

Interviewé par l’excellente revue CLES, Boris Cyrulnik, relève que «dans une démocratie, mille vérités et façons de vivre se contredisent. La liberté diversifie les normes et le partage du savoir complexifie les visions. C’est (…) stimulant. Mais le prix à payer est l’intranquillité et le doute. Et donc la défiance.»

 

Toutefois, cette défiance, effet secondaire inconfortable de la liberté, n’atteint pas la même intensité détestataire que la défiance exprimée par les Français sous la forme d’une répulsion chronique à l’égard des politiciens. Tout a été dit sur les raisons de ce phénomène (lire aussi notre blogue de la semaine passée «Du Front national au PS et l’UMP : la grande déglingue des partis français») : l’effet caste qui prend une ampleur particulière dans la politique française par rapport à ses voisins (même moule énarchique tous partis confondus, carriérisme, népotisme dont le Front national offre l’exemple le plus indécent), la contradiction criante entre la réduction des marges de manœuvres politiques sur le plan national et la concentration des pouvoirs dans les seules mains présidentielles, l’esprit lèche-escarpins, héritage des courtisans, qui enferme les dirigeants dans une bulle d’irréalité narcissique.

 Cette défiance détestataire est donc compréhensible. Et pour sortir d’épaisseur, la France devra en passer par bien des bouleversements, non seulement institutionnels et économiques, mais surtout moraux et spirituels. Comme pour les grands blessés en voie de convalescence, la rééducation sera nécessaire. Parmi ses réapprentissages, celui de la confiance ne sera pas le moins laborieux. Confiance en son destin, en son être collectif. Confiance envers ses institutions qui, bien sûr, devront être rebâties. La confiance est un moteur qui permet à l’action collective de se développer.

 

Mais il est malaisé de faire confiance. Cela suppose un certain abandon de soi-même à ce qui pourrait n’être qu’une illusion ; cela suppose aussi une prise de risque, celui de se tromper. Mais si la défiance demeure, elle fige tout un pays dans un gel acide qui le ronge. Rien n’avance et rien ne change, tout se bloque et se grippe.

La confiance, c’est accepter l’éventualité d’être déçu pour, peut-être, ne plus l’être. Qui sait? Les Français seront-ils un jour, à l’image de l’expression vaudoise, «déçus en bien» ?

 

Jean-Noël Cuénod 

   

LE PLOUC CAUSE DANS LE POSTE A EUROPE1

 

Le Plouc a récemment participé sur Europe1 à l’émission de Sophie Larmoyer «Carnet du Monde», en compagnie de son confrère néerlandais Stefan de Vries.


podcast

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13/06/2014

Du Front national au PS et l’UMP : la grande déglingue des partis français (Les Jeudis du Plouc)

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Le paysage politique français ressemble à un champ de ruines. De ruines ? Non, l’image est à jeter. Il y a de belles ruines, évocatrices et attachantes. Rien de tel en l’occurrence. Disons qu’il est semblable à un champ de détritus et n’en parlons plus. Enfin si, parlons-en. Car depuis la guerre d’Algérie, jamais la France n’a traversé une période aussi périlleuse.

 

Sa situation sociale bloquée et son économie en déclin accéléré sont encore aggravées par une caste politique d’une rare médiocrité et qui ne cesse de sombrer dans le ridicule. Vis-à-vis de ses voisins, la France décroche, même par rapport à l’Italie. Après avoir chaussé le clown Berlusconi, la Botte a sombré au fond du gouffre. Elle est en train d’en sortir grâce aux réformes que Matteo Renzi a su faire accepter à son peuple, en damant le pion aux partis démagogistes. A ce rythme, le fameux couple franco-allemand sera remplacé par le couple italo-allemand.

 

Le Parti socialiste au pouvoir est incapable d’expliquer aux citoyens les réformes qu’il envisage d’appliquer, réformes qui se transforment vite en demi-mesure, voire en chiffon de papier dans une poubelle. Son président n’est pas seulement impopulaire, il est méprisé, même par une grande partie de ses électeurs.

Les petites combinaisons de François Hollande qui ont fait merveille durant son règne de patron du PS ne lui servent à rien lorsqu’il s’agit de négocier les intérêts de son pays auprès des instances européennes. Hollande s’y est d’ailleurs fait rouler dans la farine par Angela Merkel qui a réussi à prendre le commandement de l’Union en imposant sa politique d’austérité qui sert les intérêts de l’Allemagne. Hollande suit donc la même politique d’abdication face à Berlin que celle qu’avait suivie de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Or, le socialiste a été élu pour, justement, en faire une autre.

 

Le principal parti d’opposition, l’UMP, réussit l’exploit de tomber encore plus bas que le PS au pouvoir. On ne compte plus le nombre d’affaires politico-financières qui accablent plusieurs de ses dirigeants, à commencer par Sarkozy qui veut, malgré tout, reprendre du service pour 2017. La casserole la plus récente – le dossier Bygmalion ­– déborde de fausses factures qui ont asséché les comptes de l’UMP, alors que les militants de base avaient dû cracher au bassinet pour renflouer les caisses de leur parti à la suite d’un Sarkothon resté dans toutes les mémoires. Et voilà que certains protagonistes murmurent qu’ils se pourraient bien que l’argent détourné ait servi à la campagne présidentielle de Sarkozy en 2012. Pour un parti qui veut gérer la France, voilà qui fait vraiment très sérieux !

 

Le Front national se montre tout aussi lamentable. Grand vainqueur des élections européennes, le FN offre l’hilarant spectacle d’une polémique familiale opposant publiquement les Le Pen père et fille, à propos de la « sortie » antisémite du paternel frontiste contre le chanteur Patrick Bruel. Mais ce n’est pas tout. Selon Mediapart, le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire afin de connaître l’origine d’un enrichissement personnel de Jean-Marie Le Pen, enrichissement évalué à 1,1 million d’euros entre 2004 et 2009.

 

Les trois principaux partis français perdent chaque jour de leur crédibilité. Les autres (centristes divers, Front de gauche, Verts) ne se montrent pas plus convaincants. Les Français sont désormais persuadés qu’avec de pareils bourrins son attelage ne sortira pas de l’ornière. Et c’est ce qui les angoisse. Par qui les remplacer ? En fait, c’est tout le système de la Ve République qui est mort et dont le cadavre ne cesse d’empuantir l’Hexagone. Deux tribus néfastes encombrent les allées du pouvoir. La plus ancienne, l’Enarchie, continue à pondre des textes de lois abscons, tarabiscotés, totalement déconnectés de la réalité, inapplicables et incompréhensibles. La plus jeune, la Comm’, multiplie les «éléments de langage» à l’intention des politiciens, ce qui consiste à diffuser un sabir tellement prévisible et formaté qu’il en devient comique.

Au sommet, trône un roi élu, revêtu de tous les pouvoirs symboliques mais ne pouvant plus guère en exercer. Car, le pouvoir politique ne s’active plus dans le pré carré national mais au sein des instances mondialisées. On peut s’en lamenter et grossir le chœur des pleureuses, la globalisation est un fait particulièrement têtu qui a transformé le Roi républicain en un bouffon qui agite ses grelots en croyant encore brandir un sceptre.

 

Mais pour élire ce Roi impotent dans son omnipotence de papier, il en faut de la galette! Les campagnes électorales deviennent des spectacles avec effets spéciaux (et spécieux) gigantesques et onéreux. D’où le recours à la gymnastique comptable dans le meilleur des cas et aux magouilles crapuleuses dans le pire.

 

Ce système n’est plus réformable et pour que la France se ressaisisse, il lui faudra passer par un changement radical et profond de ses structures. Seul son peuple, trouvant en lui des forces nouvelles, peut mener cette transformation. Ce pays s’est toujours réformé dans la douleur et parfois le drame. Espérons qu’il affrontera la douleur en évitant le drame.

 

Jean-Noël Cuénod


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ANALYSE D'UN JOURNALISTE POLITIQUE SUR L'UMP


Jeudy Politique : Fillon/Juppé 1 – Sarkozy 0 par lejdd

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05/06/2014

François Hollande reconstruit la France façon puzzle (Les Jeudis du Plouc)

 

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Plus un pays est centralisé, plus il est doté de sous-ensembles qui s’enchevêtrent. La France en offre l’illustration avec son mille-feuilles administratif devenu indigeste même pour les estomacs technocratiques qui doivent digérer régions, départements, cantons, communautés de communes, communautés de pays, communautés urbaines, syndicats intercommunaux, agglomérations, métropoles, communes. Le plus hallucinant est que les départements et régions bénéficient d’une clause de compétence générale qui leur permet d’intervenir dans à peu près n’importe quel domaine.

 

 C’est ainsi que Le Plouc a dû se taper deux aller-retour entre son village périgordin et le chef-lieu du Département, Périgueux, puis deux autres, entre son coin et le chef-lieu de la région Aquitaine, Bordeaux, pour tenter (en vain d’ailleurs) de résoudre une question d’ordre bureaucratique. Périgueux lui disait d’aller se faire voir à Bordeaux et Bordeaux lui rétorquait de retourner à Périgueux pour voir si Bordeaux y était. Après une telle expérience, on ne sait plus où on habite, que voulez-vous! En tout, Le Plouc a dû parcourir 828 kilomètres pour ne pas régler un problème.  

Que le président François Hollande s’empare de ce mille-feuilles coûteux pour le réduire à l’état de crêpe rapportant de la galette, voilà qui part d’une bonne intention.

 

L’ennui avec Hollande, c’est que les bonnes intentions sont souvent suivies de mauvaises décisions. Il a commencé par la réforme des régions, alors qu’elles ne constituent pas le niveau administratif le plus budgétivore. Il aurait été plus urgent et plus lucratif – mais il est vrai plus compliqué politiquement – de régler le sort des départements et de mettre de l’ordre dans les intercommunalités.

Toutefois, ce péché est véniel en regard de la démarche générale. Elle consiste à redécouper ces régions façon puzzle, dans l’arbitraire le plus complet, en écoutant plus certains que d’autres, en fonction des pouvoirs de nuisances :

«Tiens, je vais mettre le Poitou-Charentes présidée par Ségolène avec l’Aquitaine. Ah non, c’est impossible ! Mon ex ne veut pas faire région commune avec le Duc de Bordeaux Juppé qui lui porterait ombrage. Mais c’est qu’elle a de l’appétit Ségo ! Elle veut maintenant fusionner Poitou-Charentes avec les Pays de Loire. Oui, mais là, c’est Ayrault qui refuse et projette de s’aboucher avec la Bretagne. Contre l’avis de mon pote Le Drian qui n’est pas un facile… »

 Résultat : comme le relève Le Canard Enchaîné, lundi à 20 h. 40, l’Elysée envoyait un communiqué sous embargo aux rédactions en laissant en blanc le nombre de régions sur la nouvelle carte. Ce n’est qu’à 21 h. 10 que cette information a été donnée. On imagine les coups de fils de dernière minute qui ont dû crépiter sur la ligne présidentielle. C’est dire aussi le caractère improvisé de l’exercice. D’ailleurs, les maires, pourtant les premiers concernés, n’ont même pas été consultés et n’ont pris connaissance de la nouvelle carte à 14 régions (au lieu de 22 actuellement) qu’en lisant la presse, comme tout le monde. 

 

En France, c’est toujours d’en haut que l’on dessine la carte d’en bas. Depuis les Jacobins et l’instauration de leur République, Paris se méfie du sentiment d’appartenance locale qu’il perçoit comme un reliquat des provinces de l’Ancien Régime.

Sous la monarchie, les provinces, aux contours parfois assez flous, disposaient de statuts tout à fait différents, avec des prérogatives attachées aux unes mais pas aux autres, des hiérarchies qui ne correspondaient pas et des administrations qui, déjà, se chevauchaient. Le « mille-feuilles » français ne date pas d’aujourd’hui!

A la Révolution, les provinces ont fait place aux départements, de dimensions plus réduites et formés par le même moule. Il s’agissait de mettre de l’ordre dans le fouillis d’Ancien Régime pour libérer des échanges économiques entravés par ces inextricables buissons de particularités, de rapprocher le citoyen du pouvoir, mais aussi de permettre à ce même pouvoir de garder un œil sur le dit citoyen et ses capacités fiscales.

 

La suppression des provinces obéissait également à un autre but plus idéologique. Ces pays provinciaux avaient été formés par l’histoire et la géographie, ce qui a fait naître en leur sein une culture, voire une langue, des mœurs, des coutumes partagées par leurs habitants qui, de ce fait, éprouvaient un sentiment d’appartenance collective. Or, pour la Révolution, il fallait que tous ces sujets d’origines diverses devinssent des citoyens d’une même nation. Les Bretons, les Normands, les Provençaux, les Bourguignons et tant d’autres ne devaient n’avoir qu’une seule identité, française. L’égalité devait l’emporter sur les différences. Car la contre-révolution monarchiste pouvait utiliser ces différences comme autant de coins à enfoncer dans les positions d’une République qui venait de naître.

 

Cette méfiance du Centre parisien vis-à-vis des particularismes provinciaux a perduré lorsque la République s’est installée. Au XIXe et jusqu’à la Libération, l’influence du courant monarchiste – incarné par l’intellectuel antisémite Charles Maurras et son journal «L’Action française» – irriguait encore la vie politique, culturelle et sociale de la France. Or, Maurras prônait le retour des provinces, représentant le «pays réel» contre le «pays légal» illustré par les institutions républicaines. Ce qui ne pouvait que renforcer les républicains dans l’idée qu’il fallait réduire le plus possible les pouvoirs locaux au profit du Centre.  

 

La défiance républicaine a même repris de la virulence à la Libération, le régime de Pétain ayant tenté de rétablir les provinces afin d’achever la République. Dès lors, des gaullistes aux communistes, un consensus a été vite trouvé: retour au centralisme.

Cela explique, par exemple, pourquoi Nantes et son département de Loire-Atlantique n’ont pas été réunis à la Bretagne, contre toute logique historique et culturelle, lors des premières tentatives pour créer les régions, dès 1955. Derrière les arguments d’ordre technocratique, il est difficile de ne pas voir la persistance de cette vieille méfiance républicaine à l’égard d’une Bretagne reconstituée, ayant une forte identité culturelle et pouvant parasiter le dogme fondateur de la «République une et indivisible». Le même processus explique sans doute la réunion des deux départements savoyards dans cette construction artificielle qu’est la région Rhône-Alpes.

 

Au lieu de prendre en compte le fait que, désormais, personne n’aurait l’idée de mettre à bas la République pour la remplacer par un trône royal, François Hollande a repris la vieille démarche jacobine. Et le voilà avec sa paire de ciseaux en train de redécouper en solitaire, mais non sans pression de ses amis, des régions formées par une longue histoire, sans demander l’avis des populations concernées. Dans une démocratie, cette attitude est indigne et génératrice de troubles futurs. La révolte des bonnets rouges de cet hiver a pour origine le sentiment d’être dépossédé de sa vie collective au profit d’entités technocratiques. Mais Hollande reste sourd et aveugle. Jusqu’à la prochaine révolte.

 

Jean-Noël Cuénod 

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22/05/2014

Sarko-le-Bref n’aime pas les petits (Les Jeudis du Plouc)

 Sarko-le-Bref a un problème avec les petits. Un problème de taille : il ne les aime pas. Dans sa longuissime 2014.jpgtribune libre qu’il a adressée au Point, ce mépris surgit à maintes reprises comme un démon mal refoulé.

Photo prise au Carnaval de Düsseldorf

Sa grande idée est la création d’une Europe à deux vitesses. Plus d’intégration pour les dix-huit pays de la zone euros et moins d’intégration pour les autres. Ce projet n’a rien de nouveau ; il est partagé par un grand nombre d’acteurs politiques. Il repose sur un évident constat: l’Union européenne ne peut pas poursuivre selon son actuelle configuration. Le fait de partager une monnaie contraint à l’intégration.

Certes, mais quelle intégration ? La famille politique de Nicolas Sarkozy s’est toujours opposée à une Europe fédérale et l’ancien président de la République ne déroge pas à cette règle. L’intégration qu’il propose ménage un espace placé sous la domination conjointe de la France et de l’Allemagne. Citons-le :

 

Je plaide clairement pour la création d’une grande zone économique franco-allemande cohérente et stable au cœur de la zone euro qui nous permettra d’abord de mieux défendre nos intérêts face à la concurrence allemande en gommant nos handicaps fiscaux et sociaux et qui nous permettra ensuite de prendre le leadership des dix-huit pays qui composent notre union monétaire.

 

Voilà qui a au moins le mérite de la franchise, assortie d’une certaine dose de candeur. En effet, si cette zone aurait pour effet ­– comme le soutient Sarkozy – de mieux défendre les intérêts français vis-à-vis de l’Allemagne, il serait étonnant que cette dernière accepte d’entrer dans une zone économique dont l’un des buts serait de réduire ses avantages!

De même, l’ex-président français ne manque pas d’air (il faut dire que cet élément ne lui a jamais fait défaut) lorsqu’il propose aux seize autres pays de la zone d’accepter la domination franco-allemande. Croit-il sérieusement que ce leadership – pour reprendre son sabir – passera comme une lettre à la poste aux Pays-Bas, en Belgique, Italie, Espagne, Danemark, Pologne et auprès de tous les autres Etats de la zone euro ? Il risque fort de se faire rétorquer qu’avant de dominer l’Europe, Paris ferait bien de balayer devant sa porte et de construire des trains aux dimensions de ses gares!

Ce culot ainsi exprimé révèle la persistance au XXIe siècle du vieux fonds impérialiste de la droite bonapartiste. L’héritage culturel, historique et politique que porte Sarkozy veut faire de la France la nation qui dirige les autres. Mais ce rêve s’est écroulé à la fin des guerres napoléoniennes et il s’est définitivement évaporé en juin 1940. Pour cette partie de la droite française, ce rêve pourrait reprendre forme s’il se fixe sur la puissance économique allemande. Berlin aux fourneaux et Paris aux commandes. Et les autres, qu’ils suivent et se taisent. Ils n’existent que pour faire de la figuration. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy le leur signifie sans ambiguïté:

 

Ce n’est faire injure ni à Chypre, ni à Malte, ni au Luxembourg que d’affirmer que leurs responsabilités ne sont pas les mêmes (…) Je le dis aux dirigeants français comme allemands, le leadership n’est pas un droit, c’est un devoir. C’est à l’Allemagne et à la France d’assumer la plus grande part de la responsabilité dans la conduite du gouvernement économique de la zone euro.

 

Nicolas Sarkozy montre ainsi à quel point lui et sa famille politique sont incapables de comprendre les principes qui régissent le fédéralisme. Celui-ci puise sa force, non pas dans la domination d’une partie sur les autres, mais dans la concertation entre les parties. Les petites entités peuvent participer à la direction de  l’ensemble grâce à des mécanismes que chaque Etat fédéral a mis au point pour compenser la puissance des entités plus importantes.

 

Basée sur la domination de deux Etats sur les seize autres, l’Europe centralisatrice de Sarkozy se situe donc aux antipodes d’une Europe fédérale, seule à même, si elle voit le jour, d’assurer l’harmonie entre toutes ses composantes.

De plus, le tandem dominateur proclamé par le ci-devant président fait un peu alliance de l’aveugle et du paralytique. Dans ces conditions, on voit mal comment l’Europe sarkozienne pourrait avancer. Surtout, si c’est le paralytique qui porte l’aveugle.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Débat sur I-Télé à propos de la tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Point 

 

 

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