23/11/2016

Fillon et Juppé, un vrai désert… rural !

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Connaissez-vous Champeaux-la-Chapelle-Pommier ? Non ? Vous avez tort. Avec ses deux Eglises romanes et son Château des Bernardières, cette commune vaut le détour. Elle présente aussi un autre aspect, plus troublant.

Avec ses 148 habitants, elle se situe au centre du Périgord Vert, au Nord du Département de la Dordogne, dans le canton de Brantôme. On y cultive son verger. On y chasse la palombe. On y traque les sangliers qui vous massacrent les cultures, ces sagouins de cochons ! Ses bois touffus de châtaigniers, de chênes, de pins, ses sentiers où les noisetiers égrènent leurs chapelets, ses prés d’un vert tellement lumineux qu’il font pâlir le soleil, cachent un désert qui n’est pas fait de sable mais de vide républicain.

Tranquilles, les Champenois ? Tranquilles car on n’est pas des furieux dans le coin. Tranquilles mais la colère rentrée comme un sanglot qu’on étouffe. Toutefois, elle commence à sortir, cette colère, et à prendre le chemin des urnes. Au premier tour des élections régionales de 2010, la liste du Front national parvenait tout juste à dépasser la barre des 5% à Champeaux-La-Chapelle-Pommier. Lors de la même élection en 2015, le candidat frontiste y est arrivé largement en tête avec 46,27% des voix. Une progression supérieure à 40% en cinq ans !

Or, l’extrême-droite n’a pas de racine sur cette terre périgordine dont les habitants ont été façonnés par le radicalisme anticlérical, le communisme rural et le gaullisme social. Le Parti socialiste avait progressivement capté le vote communiste en déclin. Pendant des années, le Front national ne mordait pas sur cet électorat profondément républicain.

« On cherche médecins, désespérément ! »

Les choses ont commencé à changer à la fin de la première décennie 2000. Pourquoi ? Celui qui ne désigne qu’une cause est certain de se tromper. Mais lorsqu’on partage un pineau avec les habitants du lieu, un motif de plainte revient souvent sur la toile cirée : « Ici, c’est le désert. Il n’y a plus rien. Tenez, à Mareuil (un bourg de plus de 1000 habitants) – ils en sont réduits à planter une banderole pour chercher un médecin ! » (Voir la photo).

 Il y a une trentaine d’années, j’allais le dimanche chercher ma tarte chez le boulanger de Champeaux. Tout le village embaumait le gâteau juste sorti du four. Quant à la poste, elle était à côté, à Rudeau. Puis, la poste a fermé. Et le boulanger s’en est allé à Nontron, la sous-préfecture. Les gendarmes ? On pouvait se rendre à leur poste de Mareuil, il y a encore quelques années. Aujourd’hui, la caserne est bouclée. Ailleurs, des classes ferment et des écoles menacent de disparaître. La justice ? Naguère, Nontron disposait de son Tribunal d’Instance. C’était pratique pour trancher les différends entre propriétaires forestiers ou régler les nombreuses embrouilles de voisinages. Et puis, ça faisait vivre les commerces et les bistrots. Depuis la réforme Dati, le Tribunal est rayé de la carte judiciaire et la salle d’audience n’accueille plus que des concerts. Les dossiers des justiciables de la région s’empilent au Palais de Justice de Périgueux, déjà fort embouteillé.

L’essence du problème

La moindre démarche administrative provoque la perte d’une journée pour accomplir les 40 ou 50 kilomètres qui séparent ces villages de Périgueux, le chef-lieu du Département. Et comme il manque TOUJOURS une pièce ou un document, c’est une journée supplémentaire qui sera fichue. Bonjour la facture de carburant !

Internet ? N’en bénéficient que ceux dont la ligne est « éligible » par un opérateur. Les autres – la majorité – sont bons pour ramer au lieu de surfer.

Bref, le désert rural s’est désormais installé dans le Périgord Vert qui n’est d’ailleurs pas forcément le plus mal loti de la province. Car ce phénomène se vérifie un peu partout dans ces immenses espaces qui s’étendent entre les métropoles régionales surpeuplées. Que disent les candidats à l’élection présidentielle ? Sous Sarkozy, le désert rural n’a cessé de s’accroître. Mais la gauche avec Hollande n’a pas fait mieux. Quant aux deux candidats de la droite, Alain Juppé et François Fillon, on ne peut pas dire qu’ils prêchent dans le désert rural ! Il faut fouiller dans leurs programmes pour trouver bien peu de biscuits. Aucun d’entre eux n’a prévu un chapitre entier sur la ruralité.

Fillon et Juppé peut diserts sur le désert

Chez Fillon, des mesurettes figurent sous la rubrique « collectivités locales », mais qui recouvre aussi les grandes villes. La moins anodine de ses propositions : « Donner aux communes une véritable autonomie fiscale, c’est-à-dire des ressources fiscales propres dont elles puissent faire varier les taux. » Une méthode à l’Helvétique mais qui est formulée en termes tellement vagues qu’elle a la consistance d’une motte de beurre oubliée au soleil.

Chez Juppé, c’est pire. En rubrique « numérique », on déniche une vague promesse d’améliorer la couverture du haut débit sur tout le territoire.

Il ne fait aucun doute que Marine Le Pen, elle, va s’engouffrer dans la brèche laissée béante par les autres dirigeants pour s’adresser à ces ruraux qui sont sortis des radars politiciens.

Au-delà des ennuis quotidiens qu’il suscite, le désert rural sape aussi, peut-être surtout, le moral. L’impression d’être abandonné, délaissé, ignoré, méprisé prend le dessus. Quand on parle des banlieues, les médias évoquent « ces territoires perdus de la République ». Il est d’autres « territoires perdus de la République ». Leurs habitants ne brûlent pas de voitures. Mais ils votent Front national. On peut les désapprouver. Mais on doit les comprendre.

Jean-Noël Cuénod

18:01 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : juppé, fillon, présidentielle2017, france, ruralité | |  Facebook | | |

21/11/2016

Le bedeau Fillon et ses cathos-trotskistes

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Le triomphe de François Fillon au premier tour de la primaire de droite marque la revanche du mouvement anti-mariage gay. Ce digne représentant de la France des diocèses a misé, mieux que ses adversaires, sur les réseaux du catholicisme qui restent d’importants pourvoyeurs de voix, outre-Jura. Il a reçu l’actif soutien du mouvement Sens Commun, ces cathos-trotskistes qui ont pratiqué l’entrisme au sein du Parti dit « Les Républicains » (LR).

Réaliste, l’ancien premier collaborateur de Sarkozy sait qu’il ne peut pas abolir la loi sur le mariage homosexuel, même si ce n’est pas l’envie qui lui manque. Mais de tous les candidats de la droite – l’extrême-droite comprise, à part le caricatural Poisson –, c’est lui a développé le plus nettement la rhétorique anti-gay. A maintes reprises durant sa campagne, il a promis d’interdire l'adoption plénière aux couples homosexuels.

Parmi les réseaux les plus efficaces, Fillon a pu compter dès septembre sur le soutien du mouvement Sens Commun. Fondé en décembre 2013, il est composé de jeunes gens bien coiffés, bien nés, bien élevés, bien baptisés, bien organisés, bien formés intellectuellement et portant parfois des noms de trombones à coulisse. Une grande partie d’entre eux sont issus des manifs contre le mariage homosexuel. Leur ancien président, Sébastien Pilard, et leur porte-parole, Madeleine Bazin de Jessey — furent les figures les plus en vue des Veilleurs, ces jeunes cathos intégristes qui priaient devant le ministère de la Justice pour qu’une intervention divine vienne interrompre le cours satanique de la Loi Taubira.

Afin de donner un contenu plus terrestre à leur action, ces Taubirophobes ont créé Sens Commun qui ne compterait, selon son site, que 9000 adhérents. Mais au nombre, ils préfèrent la cohérence idéologique. Se développer dans le seul but de grossir le volume des cartes d’adhérents n’a guère de sens pour…Sens Commun. Il s’agit surtout d’assurer à ses partisans une forte ossature politique pour qu’ils soient à même d’investir les postes à responsabilité au sein du parti LR.

Le site de Sens Commun est, à cet égard, fort explicite. Il revendique « 22 élus départementaux et régionaux et plus de 250 élus municipaux ainsi que de très nombreuses personnes œuvrant au sein des Républicains, tant au Conseil National que dans les Comités de circonscription ou encore au sein des délégations de fédération sur l’ensemble du territoire. » Le nouveau président de Sens Commun, Christophe Billan, est d’ailleurs membre du Secrétariat national du parti LR.

Les trotskistes français avaient appliqué la même tactique à l’endroit du Parti socialiste durant les années 1980. L’actuel premier secrétaire du PS, Cambadélis, en est un exemple ainsi que Lionel Jospin et Julien Dray entre autres.

Il est probable que Sens Commun parviendra encore à gravir les échelons du parti de la droite de gouvernement. Il a déjà trouvé son cheval de Troie, en la personne de l’ex-premier ministre : « Nous saluons avec joie la qualification de François Fillon au second tour de la primaire, illustration de sa droiture, cohérence et dignité » a proclamé ce mouvement dans un communiqué.

En abandonnant Sarkozy pour soutenir Fillon, Sens Commun a, semble-t-il, misé sur le bon cheval.

Jean-Noël Cuénod

17:13 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fillon, sarkozy, présidentielle, france, catholiques | |  Facebook | | |

27/10/2016

L’inquiétant divorce entre l’Etat et ses forces de l’ordre

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Des policiers qui manifestent en cagoule contre le gouvernement comme des activistes du Black Block… Ce spectacle s’est déroulé à Paris et dans d’autres villes françaises. Lorsqu’une scène de divorce éclate entre l’Etat et les détenteurs par procuration de sa violence légitime, il y a toujours de quoi s’inquiéter.

Certes, par le passé, les fonctionnaires de police ont déjà défilé dans la rue, notamment lorsque Robert Badinter et Christiane Taubira étaient gardes des Sceaux. Mais leur grogne se tournait principalement vers un ministre représentant la justice, dénoncée de façon sempiternelle comme « laxiste ». Aujourd’hui, si les policiers en colère visent aussi le « laxisme des juges », ils fourrent dans le même sac d’opprobre le gouvernement, leur hiérarchie et même leurs syndicats qui s’efforceraient plus de les calmer que de les défendre. En France, ce phénomène s’est déjà constaté dans d’autres secteurs avec les « coordinations » émanant de la base et débordant les syndicats.

La réaction classiquement complotiste à ce genre de phénomène est d’y voir la main, ou plutôt « la patte » – pour reprendre l’expression du premier secrétaire socialiste Jean-Christophe Cambadélis – du Front national comme organisateur de la révolte. Naguère, le patronat dénonçait le Parti communiste comme source des troubles sociaux. Jadis, l’Eglise catholique vilipendait la Franc-Maçonnerie coupable d’avoir dirigé la Révolution française. Réaction dangereuse dans la mesure où, désignant un bouc émissaire agissant ex machina pour semer le désordre, elle occulte les véritables maux qui ne viennent pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Le Front national va certainement récolter les raisins de la colère policière. Mais il n’a pas attendu les mouvements policiers de cet automne pour en tirer sa piquette. Une étude du CEVIPOF (Sciences-Po à Paris), publiée en décembre 2015, démontrait que 51,5% des policiers et militaires ont voté FN l’an passé contre 30% en 2012.

La colère des policiers couvait depuis plusieurs années : travaillant dans des conditions souvent indignes, mal payés, peu considérés par la hiérarchie qui leur donne des ordres contradictoires (à méditer en France, cette formule de l’Armée suisse : ordre + contrordre= désordre !), taillable et corvéable à merci et désormais cibles, non seulement des terroristes, mais des voyous qui cherchent à les assassiner en leur tendant des guets-apens. Nul besoin du FN pour se mettre en colère !

La grande faute du gouvernement socialiste est d’avoir cru qu’oindre les policiers de belles paroles et leur faire miroiter d’émouvantes promesses suffiraient à les rendre patients. Hélas, les améliorations ont bien du mal à descendre jusqu’à la base, freinées qu’elles sont par un appareil hiérarchique pesant. Dès lors, agacés par ces discours lénifiants qui ne trouvaient aucune traduction sur le terrain, les policiers ont explosé. C’était couru d’avance.

Gonflé, Sarkozy !

Toutefois, à la source des maux actuels, on ne trouve ni François Hollande, ni le premier ministre Valls, ni le ministre de l’Intérieur Cazeneuve mais le ci-devant président Nicolas Sarkozy. L’ancien « premier flic de France » tente, avec sa frénésie coutumière, de profiter de la situation pour se poser en défenseur de la police. Vraiment, Sarko ose tout, et c’est d’ailleurs à ça qu’on le reconnaît ! Quelles sont les principales revendications des policiers, outre l’anonymat dans certaines procédures et la mise au même niveau que les gendarmes en matière de légitime défense ? L’augmentation des effectifs et l’arrêt de l’absurde politique du chiffre. Or, dans les deux cas, l’ancien chef de l’Etat français est en cause.

Sarkozy et Cazeneuve se sont jetés des statistiques à la tête concernant le nombre d’emplois supprimés dans la police. Qu’en est-il vraiment ? L’estimation la plus fiable est tirée d’un rapport de l’Assemblée nationale daté du 9 octobre 2014 que l’on peut lire en cliquant ici. Il en ressort que durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy les effectifs policiers ont baissé de 6 093 postes. C’est surtout, sa « culture du résultat », sa « politique du chiffre » qui ont exercé leurs  ravages dans la police. Certes, il est fort légitime d’améliorer le taux d’élucidation des affaires. Mais en fixant des objectifs « d’en haut », à la française, sans tenir compte de la base, le président Sarkozy a abouti à la déplorable situation actuelle.

Les échelons supérieurs de l’usine à gaz hiérarchique reçoivent les objectifs fixés par le gouvernement et les font descendre vers les échelons inférieurs sans trop s’en préoccuper. L’important, à ce haut niveau, étant de participer à la lutte des places et non de se soucier de la piétaille. Dès lors, les policiers de base sont accablés d’objectifs souvent incohérents, compte tenu de la réalité du terrain. Que se passe-t-il souvent ? Les responsables des commissariats demandent à leur troupe de cibler les affaires faciles « qui font du chiffre » au détriment d’autres plus longues, plus difficiles à élucider ; il s’agit alors de dissuader les victimes de porter plainte. Résultat : mécontentement de la population et frustration des policiers. « La justice poursuit le crime mais en boîtant » pour reprendre l’expression de feu Raymond Foëx, procureur général genevois.

Police-justice, le lieu des malentendus

Il existe un autre mal policier, plus profond et bien plus ancien que l’époque « SarkHollande », à savoir l’incompréhension entre policiers et magistrats. Depuis la nuit des temps, les premiers accusent les seconds de « laxisme » en sortant ici ou là moult chiffres ébouriffants. S’il convient de prendre les statistiques en général avec circonspection, il faut d’autant plus s’en méfier en matière pénale ; les situations y sont tellement complexes qu’elles ne sont guère quantifiables. Ces chiffres-là ne donnent que des idées toujours vagues et souvent fausses.

Avec cette prudente réserve que nous venons d’invoquer, constatons que les prisons françaises sont pleines à craquer (106% de taux d’occupation). Entre 2000 et 2012, le nombre de condamnations pour violences volontaires a augmenté de 62% selon l’Observatoire français de la délinquance et des réponses pénales. Il ajoute que cette hausse n’est pas due à une explosion des méfaits mais plutôt à une meilleure prise en compte par la société et à une réponse pénale plus ferme qu’auparavant.

L’impression de « laxisme » semble surtout provoquée par le fait que nombre de jugements pénaux ne sont pas exécutés. Ainsi, au 1er avril 2016 ­– nul poisson à l’horizon, rassurez-vous ! –  7.300 peines fermes prononcées au Tribunal de grande instance de Bobigny étaient en attente d'exécution, faute de personnel. On comprend dès lors, la rage des policiers qui sont nargués par les délinquants qu’ils ont arrêtés, qui ont été condamnés et qui, malgré cela, restent en liberté. Mais c’est bien à tort que leur rage est dirigée contre les magistrats. Ils sont les premières victimes d’un système complexe qui réclamerait, pour avoir un semblant d’efficacité, un personnel bien plus nombreux.

En fait, cette incompréhension entre policiers et magistrats trahit l’hypertrophie centralisatrice de l’Etat en France qui multiplie les rouages administratifs. Dans d’autres pays, les corps intermédiaires entre police et justice sont moins nombreux. L’une et l’autre connaissent donc mieux leurs missions respectives et leurs problèmes spécifiques.

La révolte policière est, au sens premier du terme, une affaire d’Etat.

Jean-Noël Cuénod

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30/08/2016

La droite aïoli se prend les pieds dans le burqini

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Valls, Sarkozy et les municipalités de la droite aïoli se sont pris les pieds dans le burqini. La ficelle était pourtant bien épaisse. Le Conseil d’Etat (équivalent en Suisse du Tribunal administratif fédéral) a donc annulé la décision prise par le maire LR de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) d’interdire le burqini sur les plages de son territoire. Les intégristes musulmans ont aujourd’hui beau jeu de crier victoire. Leur piège provocateur a parfaitement fonctionné. En plaçant cette question sur le plan du droit, les élus de droite et le gouvernement Valls leur ont fait une superbe passe dans les seize mètres… Et boum, tir en pleine lucarne !

Avant d’examiner la décision du Conseil d’Etat et ses conséquences, quelques considérations générales sur cette vestition hydro-islamiste. Que le burqini emblématise la régression des droits de la femme, c’est une évidence, même en pays musulmans. Le Plouc a bourlingué au Maroc dans les années 70, est parti en reportages à Alger en 1974 et 1988. A cette époque, le port du burqini aurait provoqué les rires et les moqueries des jolies «gazelles» qui bronzaient en maillot de bain deux pièces sans que des barbons barbus s’en offusquassent.

Revêtir un burqini n’est jamais un libre choix, quoiqu’en disent celles qui le portent. Il s’agit de cacher le corps féminin du regard des mâles, considérés comme des animaux incapables de maîtriser les élans priapiques de leur concupiscence satanique. C’est la plus détestable image des relations entre hommes et femmes qui soit.

Si la France a réagi de façon aussi «burqiniphobe», contrairement à certains pays voisins comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, c’est qu’elle a développé depuis des siècles la galanterie de cour qui a influencé toute sa société. Cette galanterie est faite de séduction légère, de badinerie réciproque, de joutes oratoires, de courtoisie taquine. La femme y règle son jeu et l’homme se plaît à s’y conformer. Transformer le corps féminin en une sorte de saucisson à la pelure de Néoprène est incompatible avec cette relation qui donne tant d’agrément aux relations humaines. Que les peuples qui ont le français en partage y tiennent, quoi de plus normal ? Mais éradiquer le burqini par la voie règlementaire, c’est une autre paire de manche. Elle a rapidement trouvé ses limites au Conseil d’Etat (voir ci-dessous l’extrait le plus important des considérants de cette juridiction).

La rapide généralisation du burqini induit à penser qu’il y avait anguille sous roche et qu’il s’agissait pour les intégristes musulmans de montrer qu’ils faisaient « corps à part » avec le reste de la société française. En cherchant à provoquer la réaction des autorités, pour mieux se draper dans la toge victimaire, ils ont réussi leur coup. Le burqini a reçu la bénédiction de la justice française qui, en l’occurrence, n’a fait qu’appliquer la loi.

Faut-il alors introduire un texte spécifique, voire changer la Constitution pour interdire une tenue de bain, comme l’a proclamé, lundi, Nicolas Sarkozy ? Le simple fait de poser cette question montre que nous nageons en pleine folie. La Constitution règle les grands principes mais ne doit pas s’abaisser à traiter des questions d’ordre textile au risque de diluer lesdits grands principes dans l’accessoire et le dérisoire.

 Si l’on suit cette pente vertigineuse, on peut s’attendre au pire pour notre liberté individuelle. Les intégristes musulmans pourraient alors se sentir en droit de faire interdire les minijupes, le string, les cuissettes (pour les Hexagonaux, il s’agit de l’expression suisse-romande pour le mot franglais short). Le droit serait ainsi transformé en vaste champ de bataille religieux.

Pour combattre le burqini, le dialogue dans la fermeté et la persuasion restent les meilleures armes. Il faut expliquer les raisons qui président à notre rejet de cet emblème de la servitude. Certes, cela fait moins de bruit dans les médias, c’est moins gratifiant pour le politicien en mal de « beuze ». Mais, petit à petit, au fil des discussions, avec le temps, le burqini retrouvera la seule place qui lui est légitime : la poubelle.

 Jean-Noël Cuénod

 

Principaux extraits de la décision du Conseil d’Etat annulant l’interdiction du burquini

 

(…)Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée. Dans ces conditions, le maire ne  pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la  plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre  public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle (…)

18:55 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : burqini, islam, france, sarkozy, valls | |  Facebook | | |

04/05/2008

Faut-il tuer le mot «socialisme»

1894325202.jpgDéputé-maire de la ville d’Evry dans la région parisienne, Manuel Valls (45 ans) est l’  « éléphanteau » qui barrit le plus fort dans le marigot socialiste français. Il vient de publier un bouquin «Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche!» (éditeur : Robert Laffont) qui a le mérite de sortir le PS d’outre-Jura de sa torpeur idéologique. Certes, le propos n’a rien d’un texte doctrinal. Il s’agit d’un livre d’entretien (avec le journaliste Claude Askolovitch, du «Nouvel Observateur») qui préfère le raccourci saisissant à l’analyse fouillée. On attend toujours l’ouvrage de fond qui se consacrera à l’aggiornamento du socialisme démocratique vis-à-vis de la nouvelle donnée géopolitique imposée par la mondialisation. Et vu le niveau actuel du débat au sein de ce parti, il serait surprenant que cet ouvrage naisse dans le contexte du PS français.

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