08/01/2008

Les vacheries et bons mots du président Sarkozy

Des lustres élyséens pleins les yeux, le Plouc n'en revient pas d'avoir serré la main du Majuscule Président Nicolas Sarkozy à l'issue de sa conférence de presse. Mais il faut si peut pour émouvoir un plouc... Même si Sarkozy l'a ramené sur terre en ironisant sur la presse suisse qui "dit beaucoup de bien" de lui.

En grande forme, Sarkozy a décoché au cours de ses deux heures d'intervention un nombre important de vacheries et de formules choc. En voici un florilège.

 Réponse à Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de "Libération" qui évoquait le goût présidentiel pour la monarchie élective: "La monarchie est héréditaire... Croyez-vous que je suis le fils légitime de Jacques Chirac et qu'il m'a assis sur le trône? C'est du recyclage, M'sieur Joffrin!"

Le même Laurent Joffrin - qui en a pris pour son rhume - avait abordé sa dilection pour le pouvoir personnel. Réplique: "Mais c'est vous qui faites mon pouvoir personnel avec toutes les "unes" que vous me consacrez!"

Un autre confrère lui demande s'il est inquiet: "Si j'étais inquiet, je ne ferais pas président de la République. Je ferais éditorialiste."

Et les photographes qu'il attire comme un aimant? "Eh bien, ne les envoyez pas sur mes traces. Nous nous en porterons que mieux!"

S'engagera-t-il dans la campagne pour les municipales? " Vous croyez sérieusement que je vais les attendre passivement, comme le "Ravi" de la crèche?"

Et terminons par cette belle envolée qui frise la raffarinade: "Un pays marche sur la tête, lorsque sa tête ne ressemble pas à son corps."

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

18:56 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

05/01/2008

A la poursuite du diamant noir

 

 

Loin des bals bobos et du Magic Sarko-Circus, le Plouc s’est refait une santé – escalope de foie gras à la fleur de sel, magret flambé au cognac, pommes de terre à la sarladaise – au Paradis. C’est-à-dire au Périgord, nom bien plus évocateur pour les papilles que la dénomination bureaucratique: département de la Dordogne. Personne n’aurait dans l’idée d’appeler le perdreau à la périgordine, perdreau à la dordognaise, n’est-ce pas? Et puis, ne copiez pas les bobos qui nomment les gens de ce coin béni du sud-ouest des «Périgourdins». Ils feraient bien de prendre dans les gencives ce «gourdin» qu’ils manient avec tant de désinvolture. Suivez plutôt l’exemple du grand écrivain local, Eugène Le Roy («Jacquou le Croquant», «L’Ennemi de la Mort»), qui rendait à ses compatriotes leur légitime identité en les appelant Périgordins.

Passons aux choses sérieuses. Et les choses sérieuses au Périgord, ce sont les truffes. A mille euros le kilo, on peut en effet envisager ce diamant noir avec respect. Le Plouc, lui, considère la «tuber melanosporum» uniquement avec gourmandise. Son goût et son parfum sont d’une telle qualité qu’on ne saurait la comparer avec d’autres produits de la nature. Elle donne une idée olfactive et gustative de l’Eternité. La truffe, c’est la larme d’ébène que Dieu laisse tomber sur la planète pour consoler l’humanité souffrante.

Assez de lyrisme pour aujourd’hui. Comment cueille-t-on ce trésor? Comme tous les trésors, en fouillant le sol. D’ordinaire, la truffe noire préfère les terrains calcaires et se cache sous la terre à plusieurs centimètres de profondeurs. Généralement, elle se trouve dans une place caillouteuse à proximité d’un chêne. Mais comme il est habituel en matière de champignons, les exceptions sont nombreuses. Et les chênes truffiers ne sont pas de ceux qui se prennent pour Louis XIV mais présentent souvent un physique souffreteux et tourmenté, voire malingre. La truffe est une obsédée de la discrétion.

 

De la truie à la mouche en passant par le chien

 

Pour la débusquer, il existe trois méthodes. La plus spectaculaire consiste à conclure un contrat avec une truie qui, si elle est bien disposée, vous dénichera la perle du Périgord en quelques snifs de groin. Une truie donc. Et non pas un porc ou un verrat (qui est un porc auquel l’homme n’a pas fait subir le supplice d’Abélard). Car, le parfum de la truffe est identique à celui d’une phéromone sécrétée par les testicules du verrat. Lorsqu’elle capte cette érotique fragrance, la truie fouille avec frénésie le sol, persuadée qu’elle va se livrer à une inoubliable partie de jambons en l’air. La truie est une vraie cochonne.

Ce ne sont pas des considérations morales qui ont induit le Plouc à éviter de recourir à cette gourgandine de soie vêtue, mais des raisons pratiques nées de l’expérience. Tout d’abord, la truie se précipite d’emblée sur la truffe pour la dévorer (si j’étais verrat, je me ferais du souci). Il faut donc retenir ce puissant mammifère, ce qui est tout sauf aisé. Ensuite, vous devez lui donner une partie de votre récolte, car sans récompense la truie est aussi gréviste qu’un cheminot. De plus, le Plouc se rappelle le jour où, avec ses proches, il a dû remonter Rosalie – 200 kilos de lard – qui avait roulé comme un tonneau en bas d’une grande pente après avoir fait un faux pas.

Certains chiens se montrent particulièrement doués et d’un maniement plus aisé que le suidé femelle. La truffe de «Nina» par exemple est d’une rare efficacité pour localiser ses homonymes. Et une croquette suffit comme récompense. Cette chienne, mélange de labrador et de border collie, appartient à Gilles Brun, un maître d’hôtel savant en matière trufficologique, qui vit à Vieux-Mareuil dans le Périgord Vert (au nord du département). Elle a permis au Plouc de dénicher une demi-douzaine de belles truffes juste après Nouvel-An.

 

 

La troisième méthode est la moins aisée mais la plus jouissive pour qui a la patience d’observer la nature. Après la truie et le chien, la mouche peut aussi être utilisée dans ces investigations fouillées. En l’occurrence, il s’agit d’un minuscule spécimen que l’on observe lorsque les rayons du soleil sont rasants. En faisant preuve d’une attention soutenue, le truffilâtre remarque que cette petite mouche arrête son vol à la façon d’un hélicoptère et reste en surplomb sur un endroit précis. Il faut alors délicatement creuser dans cette partie - à la main de préférence pour ne pas tout saccager ou alors avec un petit instrument aratoire – et renifler la terre. Si une odeur de truffe s’en dégage, la victoire est toute proche. Vient alors l’émouvant moment de la découverte. Entre vos doigts apparaît cette noire rondeur parfumée qui vaut toutes les pierres précieuses. Et vous ferez aussi connaissances des milles parfums différents que cache notre sol. Lorsqu’il n’est pas pollué.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Saint-Sulpice-de-Mareuil

PS: Je laisse le soin à mon copain Jérôme de vous mitonner une recette aux truffes dans son incomparable «Top Slurp»

17:33 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

03/01/2008

Après les Sarkovoeux, il est urgent d’urgenter

Par de nombreux ruisselets de fuites, l’Omniprésident avait alléché le chaland: ses vœux de Nouvel-An ne ressembleront en rien à ceux de ses ringards de prédécesseurs. Il est vrai qu’avec les discours chiraquiens – langue de bois clapotant dans de l’eau tiède – Nicolas Sarkozy ne risquait pas grand-chose à se comparer. Quant à faire oublier les derniers propos que François Mitterrand avait adressés aux Français au crépuscule de sa vie et à l’aube de 1994 – «Je crois aux forces de l’esprit, je ne vous quitterai pas» - c’est tout autre chose. La droite Rolex a le sens des paillettes mais pas celui du tragique. Or, pour régner en digne successeur de ces Rois qui ont fait la France – et qui continuent à la faire par présidents interposés - il faut allier les deux.

Il n’empêche que Sarkozy a réussi son coup dans un premier temps: les Français ont cessé d’ouvrir les huîtres pour se brancher sur les Etranges Lucarnes (le cumul des deux activités se révélant hautement préjudiciable à l’intégrité corporelle). Toutefois, une certaine déception n’a pas tardé à embrumer l’ambiance. Que le président nouveau ait innové en débitant son petit compliment en direct n’a pas rendu cette figure obligée plus attrayante. Pourtant, dans l’ensemble, Nicolas Sarkozy nous a offert une bonne prestation. Il n’a pas oublié les pauvres, les malades et ceux qui travaillent pendant que les autres festoient, tout en balayant l’ensemble des problèmes actuels avec, à la clé, la volonté farouche de les résoudre. L’Omniprésident a même piqué au grand sociologue de gauche Edgar Morin l’expression «politique de civilisation» tout en se gardant de nous en dire plus. Il serait pour le moins surprenant que Nicolas Sarkozy développe la même «politique de civilisation» que celle préconisée par Edgar Morin. Mais avec l’ouverture tous azimuts, sait-on jamais? Le sociologue sera-t-il nommé «ministre de la civilisation» lors du remaniement gouvernemental qui se profile? On imagine la tête de Jack Lang!

Alors d’où nous vient-elle cette légère frustration? Risquons cette hypothèse. Trop de communication tue la communication (formule pratique, car on peut l’appliquer à tout bout de champs: trop d’impôts tuent l’impôt, trop de sports tuent le sport, trop de Ségolène tue Royal etc.). On espérait «quelque chose» d’inédit, sans savoir quoi. Mais on nous avait tant fait saliver… Alors qu’il est impossible – même au créateur du Magic Sarko Circus – de provoquer la surprise dans un genre aussi convenu.

Que restera-t-il de cette allocution? Le mot «urgence» répété par le président à… douze reprises, des fois que l’on aurait de la peine à comprendre! Il y a partout de l’«urgence» qui est pour Sarkozy comme «le poumon» pour Toinette qui se fait passer pour un médecin itinérant dans «Le Malade Imaginaire». Rappelez-vous ces moliéresques échanges.

Argan: Je sens de temps en temps des douleurs de tête
Toinette: Justement, le poumon.
Argan: Il me semble parfois que j’ai un voile devant les yeux…
Toinette: le poumon
Argan: J’ai quelquefois des maux de cœur
Toinette: le poumon
Etc.
 

En sarkozien dans le texte, cela donne: pouvoir d’achat? Urgence! Autonomie des universités? Urgence! Régimes spéciaux des retraites? Urgence! Environnement? Urgence! Modernisation de l’Etat? Urgence! Et ainsi de suite. Reste à savoir si en accumulant tous ces états d’urgence, les réformes seront enfin appliquées ou si les erreurs commises dans la précipitation provoqueront leur paralysie durant plusieurs années. Ce n’est pas toujours en voulant aller vite que l’on parvient rapidement à bon port.

Mais Sarkozy demeure un homme pressé. C’est tout juste, s’il ne nous a pas souhaité une belle année 2009!

Jean-Noël Cuénod

13:35 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

26/12/2007

Le Magic Sarko-Circus lance sa grande parade de Noël

 

Pas de trêve des confiseurs pour le Magic Sarko-Circus! Au contraire, à Noël le chapiteau Elyséen chauffe à plein régime: les numéros se succèdent à un rythme effréné.

La méthode Sarkozy consiste à frapper tel cœur de cible médiatique, puis de faire oublier les inévitables effets négatifs de cette opération en menant un nouveau spectacle radicalement différent du premier.

Après la tente parisienne de l’insurpassable clown sanguinaire libyen et ses caprices de despote oriental, le Magic Sarko-Circus devait remonter la pente subito. C’est alors que les magazines sur papier glacé et propos gluants ont été invités à photographier l’Omniprésident à Disneyland en compagnie de sa nouvelle conquête féminine, la chanteuse et ci-devant mannequin Carla Bruni. Sarkozy prend ainsi place dans la longue liste des prestigieux amants de la belle. Et hop, voilà Kadhafi relégué aux oubliettes par les jambes interminables de la beauté italienne! Mission accomplie.

Voyons maintenant les effets négatifs de l’opération. Parmi les électeurs- spectateurs du Magic Sarko-Circus, figurent moult grenouilles de bénitier. Qu’un président deux fois divorcé s’exhibe ainsi avec une créature issue – circonstance très aggravante - de la gauche caviar, que dis-je, de la gauche osciètre, voilà qui fait coasser dans les sacristies. Surtout, à deux doigts de Noël. Vite, vite, changeons de décors!

Et pour contenter les batraciens ecclésiastiques, coâ, euh, quoi de mieux qu’une visite à Sa Sainteté? Pour la circonstance, Carla a été casée «a casa». Sa maman, nettement plus vaticano-compatible, a néanmoins fait partie de la suite présidentielle. Au cours de ce voyage au pays de Benoît XVI, l’Omniprésident a été sacré par le pape Chanoine honoraire de la basilique de Saint-Jean de Latran. Ce titre est attribué systématiquement au chef de l’Etat français. Mais les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy avaient le bon goût laïque soit de décliner poliment l’offre, soit de l’accepter discrètement.

De la discrétion? Vous n’y pensez pas? Par ici les caméras! Venez illustrer la gloire du chanoine honoraire! Et pour faire bonne mesure, le nouveau prélat remet une couche épaisse de bigoterie devant le Saint-Père qui n’en revient pas de cette divine surprise. Bien entendu, l’opposition fustige aussitôt cette grave entorse à la laïcité républicaine. Mais plus elle clabaude, plus les grenouilles de bénitiers font corps avec celui qui est redevenu leur président.

Après le goupillon, le sabre doit suivre. Le Magic Sarko-Circus effectue donc un voyage-éclair en Afghanistan afin de montrer un chef des Armées soucieux de sécurité mondiale et du bien-être de ses troupes en mission. Autre avantage: après l’escapade amoureuse au pays des petits Mickey et les génuflexions devant les soutanes, il fallait viriliser l’image du maître de l’Elysée.

Retour à la compassion durant la journée de Noël. Les sans-abri étant dévolus à la ministre Christine Boutin – qui doit se refaire une santé médiatique après les mésaventures locatives de son ex-bras droit – Nicolas Sarkozy s’est donc rabattu sur les hôpitaux pour enfants malades. Larme à l’œil garantie.

Mais le malheur ne doit pas persister dans la rétine des télécitoyens. Des vacances de luxe s’imposent pour se rappeler au bon souvenir des pipoles qui votent et font voter. C’est donc dans le Falcon 900X du milliardaire Vincent Bolloré que l’Omniprésident embarque sa Carla pour gagner Louxor. La droite Rolex est ainsi rassurée. Sarkozy veut toujours rendre aux riches leur honneur perdu par des décennies de mitterando-chiraquisme.

Bonne année à tous et à la prochaine tournée du Magic Sarko-Circus!

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

15:00 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

18/12/2007

Aragon, le poète des banlieues en flammes

 

Après les deux jours d’émeute à Villiers-le-Bel, le Plouc est tombé sur ce poème d’Aragon tiré du «Fou d’Elsa» et se dit que, vraiment, il n’y a rien de nouveau sous le gris soleil parisien. Ce «Chant des Vauriens» a été écrit au début des années soixante. Déjà, les «blousons noirs» semaient la violence aux portes de Paris. Comme avant eux les «Apaches» de 1900. Et les tire laines de la médiévale Cour des Miracles. Le «grand malaise des banlieues» n’a pas été inventé au XXIe siècle!

Voici des extraits de ce poème, éternellement actuel.

 

(…)

Sans or que pris sans droit que d’être
Bagarreurs des quartiers éteints
Qui sentez le sang du prochain

 

Poulains d’enfer ô frénétiques

 

Qu’importent les murs et les hommes
Ce sont des verres renversés
Le plaisir est dans les fossés

 

A quitte ou double ô loups de terre

 

Violeurs des lois et des femmes
Ivre de vivre à pas vingt ans
Vous que l’on prend avant le temps

 

Chenapans ô célibataires

 

Blasphémez quand vos dents sont blanches
Jetez votre âme à vos pieds nus
Battez-vous premier qu’on vous tue

 

Comme gibier au coin des rues

 

Etouffez dans vos bras les ombres
Criez Dieu est mort et faux l’amour
Brisez comme paille les jours

 

Enfants nés pour la fin du monde.

 

Louis Aragon – Le Chant des Vauriens

 

Les poètes comprennent le monde qui ne les comprend pas.

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

10:22 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

13/12/2007

Les découvertes du Plouc: Akira Kasaï, la danse en Seine

 

Au bord de la Seine, le Plouc a été envoûté par le danseur nippon Akira Kasai. Il vient de présenter un spectacle à la Maison de la Culture du Japon, qui dresse ses parois de verre au bord du fleuve parisien. Malgré ses 65 ans, Kasai déploie une énergie juvénile stupéfiante. Quel traité a-t-il donc signé avec le Démon? Son nom est indissolublement lié au butô et aux chorégraphes Kazuo Ohno et Tatsumi Hijikata, fondateurs de ce mouvement contemporain de la danse japonaise. Akira Kasai est un peu au butô ce que Nijinski fut aux ballets russes.

Trop superficiellement, ce prodigieux metteur en geste est qualifié d’androgyne en regard de son aspect physique. En fait, il est – tour à tour et à la fois – homme et femme, homme ou femme, puis dépasse ces oppositions pour parvenir à exprimer un être humain total qui aurait ainsi réuni en lui l’unicité du yin et du yang, des forces de coagulation et de dilution.

 En d’autres termes, il figure la terre qui s’unit à l’eau pour parvenir au ciel. Comme la pluie qui s’évade du sol pour devenir nuage et retourne à la terre dans un éternel mouvement d’échange.

Akira Kasaï raconte avec son corps le destin humain inscrit dans la nature et l’impermanence de ce monde, conformément à la tradition bouddhique. A un moment de son interprétation, il dénude en partie son corps d’une maigreur ascétique. Et c’est dans cette nudité squelettique qu’il mène le combat contre l’angoisse de la mort avant d’accepter l’inéluctable. Puis, revêtu de nouveaux habits, il réapparaît plus jeune que jamais dans une danse énergique. Akira Kasaï n’est pas seulement un danseur, il est aussi le prêtre d’un culte voué à l’éphémère éternel.

Malheureusement, ce spectacle n’a duré que deux soirées. Cela dit, la Maison de la Culture du Japon à Paris vaut le déplacement en raison de sa belle scène et des spectacles qui, régulièrement, s’y créent.

 

Adresse: Maison de la Culture du Japon, 101bis quai Branly, 75 015 Paris. Métros: Dupleix ou Passy (la station Bir-Akheim est en rénovation). RER: Champ de Mars. Site Internet: wwww.mcjp.asso.fr. Réservation: 00 33 1 44 37 95 95

 

Ø      En outre, le mouvement artistique «La Peau de l’Ours» a de nouveau frappé. Il organise un véritable marathon: «Les 10 heures de la poésie» samedi 15 décembre à la galerie Valeurs d’Art, 11, 13 rue Henri Michaux, 75 013 Paris (derrière la place d’Italie, métro Tolbiac) à l’occasion de sa désormais traditionnelle exposition de fin d’année «Artistes en fêtes». Bien entendu, les spectateurs sont libres d’aller et de venir. On ne va pas vous enfermer pendant dix heures. Même si pour la poésie une telle claustration est légitime. Vous restez bien devant TF1 pendant un temps quasi égal!
http://www.valeursdart.com
http://lapeaudelours.free.fr

 

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

 

12:40 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

11/12/2007

La tyrannie des cages d’escalier

 

Lors du blogue précédent, le Plouc évoquait le tous-ménages effectué par la police à Villiers-le-Bel pour inciter, contre rémunération, la population à dénoncer les émeutiers qui ont tiré sur les forces de l’ordre. Eh bien, ça marche! Les policiers ont reçu plus d’une centaine de renseignements, dont une bonne partie sera exploitée dans l’enquête. Le plus curieux, du moins à première vue: la quasi-totalité de ces dénonciateurs n’ont pas demandé leurs primes comme ils en avaient le droit. En fait, ces témoins avaient peur de perdre leur anonymat en réclamant leur dû.

On peut tirer deux leçons, au moins, de cette attitude. D’une part, la population des quartiers devient tellement excédée par la dictature que font peser sur eux les «lascars» qu’ils n’hésitent plus à les balancer aux autorités. Alors même que la police demeure toujours aussi impopulaire, même auprès des habitants les plus âgés. Mais d’autre part, le refus de toucher ces primes alléchantes – malgré la maigreur des revenus – illustre bien la peur que font régner les apprentis-gangsters. Alors, oui, les émeutes ont une cause sociale, contrairement à ce que prétendent les déclarations sarkoziennes. Mais avant d’engager la renaissance civique de ces quartiers, il faudra éradiquer cette tyrannie des cages d’escalier. Avec elle, rien de stable ne peut être construit. L’argent réservé à la rénovation et la socialisation de ces quartiers subira le sort de l’eau versée sur du sable brûlant. Aujourd’hui, c’est le temps de la répression pénale. Identifier les petits «parrains» des mafias adolescentes. Les arrêter.

Mais qu’en faire, après? La prison, c’est un peu leur ENA à eux. Ils en sortent plus aguerris et nimbés d’une gloire sulfureuse. Elle reste le passage obligé pour gagner du galon dans les bandes. Les alternatives à la prison - travaux d’intérêt général, bracelets électroniques – concernent les «lascars» les moins englués dans la délinquance, ceux qui peuvent comprendre la portée d’une telle sanction. Cependant, elles ne constituent pas une réponse à la gravité des crimes commis par les chefs de bande, ceux qui tiennent les quartiers. Ni le pouvoir politique, ni les médias n’ont trouvé de solutions. Lors de la dernière campagne présidentielle française, la candidate socialiste Ségolène Royal avait émis l’idée d’encadrer ces jeunes dans des formations disciplinaires sous le contrôle de l’armée. Elle a dû aussitôt effacer cette idée pourtant intéressante, ses amis politiques l’ayant qualifiée de «réactionnaire».

Toutefois, devant ce tissu humain qui se défait, ces huées qui se soulèvent lorsque l’équipe de France joue à domicile contre une équipe maghrébine, ce sentiment de ne posséder qu’une vie réduite au quartier, l’armée aurait pu créer ce grand brassage à la fois régional et social qui aide à l’intégration. Et l’on se dit qu’en supprimant le service militaire obligatoire, le ci-devant président Chirac s’est taillé un très éphémère succès dans les sondages mais n’a pas forcément rendu… service à sa nation.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

14:15 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

07/12/2007

Villiers-le-Bel: du fric contre l’omerta

 

Du fric contre l’omerta. La police française a distribué dans toutes les boîtes aux lettres de Villiers-le-Bel un tract appelant à dénoncer, contre rémunération, les voyous qui ont tiré sur les policiers lors des dernières émeutes de cette cité du Val d’Oise, sise à une vingtaine de kilomètres de Paris. Grosse émotion dans les médias. Payer les délateurs, voilà qui relèverait de l’immonde et de l’ignoble.

On se calme. Tout d’abord, ce n’est pas la première fois qu’un appel de ce genre est lancé en France. La police avait procédé ainsi pour retrouver les «lascars» qui avaient bouté le feu à Marseille au bus 32, provoquant de terribles brûlures à une jeune passagère. Et c’est grâce à cet «appel à témoin récompensé» que les auteurs de cette agression ont pu être arrêtés.

Faut-il condamner cette pratique pour des raisons morales? Mais en quoi rechercher des agresseurs lorsqu’on est policier est-il immoral? C’est bien ce que la société exige de lui, non? Alors, certes, la fin ne justifie pas les moyens. Le recours à la torture ou au tabassage est un moyen inacceptable qui dégrade la fin qu’il poursuit. Et l’on ne saurait soutenir que promettre des sous pour inviter un quidam à dénoncer des apprentis tueurs est d’une incontestable élégance éthique. Mais cela reste un moyen acceptable qui n’altère pas la fin. A un suspect battu pour qu’il passe aux aveux, préférons un témoin rémunéré.

Les risques existent, bien sûr: fausses dénonciations pour se débarrasser d’un gêneur tout en ramassant des billets, accusations fantaisistes qui parasitent les enquêteurs. Mais lorsque règne une omerta aussi épaisse que dans certains quartiers de Villiers-le-Bel, il n’y a pas trente-six méthodes pour ramasser des renseignements. Dans la masse des tuyaux crevés, il s’en trouvera bien un ou deux qui conduiront à des suspects.

 

Cela dit, ces «appels à témoin récompensé» démontrent à quel point la police ignore tout de ces bandes et reste impuissante à les infiltrer. Une fois de plus, il apparaît que le président Nicolas Sarkozy, à l’époque où il dirigeait le Ministère de l’intérieur, aurait dû éviter de passer au Kärcher la police de proximité!

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

15:11 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

05/12/2007

Les découvertes du Plouc: ours artistes ou artistes ours

 

Vous a-t-on assez bourré les oreilles avec ce proverbe: «Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué». Mais c’est tous les jours qu’on met sur le marché ces peaux-là avant que les plantigrades ne soient occis! En langage financier, on appelle ça «vente d’actions à terme». A ce jeu-là, on peut transformer la peau de l’ours en fourrure de vison. Ou alors se retrouver à poils.

Aujourd’hui, le Plouc ne va pas vendre mais louer, «La Peau de l’Ours». Rien à voir avec la bête noire des bergers pyrénéens. Il s’agit du nom que s’est donné en France un mouvement d’artistes professionnels qui comprend de nombreux talents reconnus des cercles initiés mais que le grand public ignore le plus souvent, les médias ayant perdu toute curiosité en matière artistique. Et pas seulement qu’en matière artistique, mais c’est une autre histoire…

Plusieurs participants du mouvement «La Peau de l’Ours» exposent jusqu’au 22 décembre dans le treizième arrondissement à Paris, juste derrière la place d’Italie (métro Tolbiac) à la galerie «Valeurs d’Art» qui appartient à Gérard Payen. Son adresse est, en soi, tout un programme puisqu’elle niche au 11 de la rue Henri Michaux!

Vous y contemplerez des tableaux et de sculptures de Théa Bernard, Xavier Bertheau, Odile Frachet, Pascal Hemery, K. Vasili, Pierre Guerchet-Jeannin, Anne-marie Guerchet-Jannin, Frédéric Marquis, Dina Pickard, Anne Pourny, Philippe Rillon, Raurich.

Pour vous former une petite – ou grande – idée sur leurs œuvres, il suffit de surfer sur les sites internet de la galerie et de «La Peau de l’Ours», dont voici les adresses:

http://www.valeursdart.com

http://lapeaudelours.free.fr

Sur ce dernier site, vous découvrirez le manifeste du mouvement. Son but: revivifier la notion d’art qui est embrumée par la société médiatique, en rejetant les modes du «non-art» et des «non-œuvres». Mais «La Peau de L’Ours» refuse aussi de se transformer en défenderesse du retour à la tradition classique et figée qui ferait de l’art, non pas une force vivante mais un cadavre empaillé.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

12:33 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

03/12/2007

Comprendre et excuser: la grande confusion

Les émeutes de Villiers-le-Bel se sont donc éteintes. Mais que se passera-t-il lorsque les 1000 policiers quitteront cette cité et ses voisines? En tout cas, les commentaires, eux, poursuivent leurs feux de bouche. Une grande partie d’entre eux se résume ainsi: «ceux qui cherchent à savoir ce qui s’est passé excusent les actes barbares des émeutiers et font de l’angélisme.»

Cette réaction est typique de la confusion mentale qui sévit actuellement. Ce que nous avons vu à Villiers-le-Bel demeure inacceptable et inexcusable à tous points de vue: tirs à balle sur les policiers, lynchage d’un commissaire qui a échappé à la mort par miracle, tabassage de journalistes, pillages de magasins bien ciblés (ceux des amis sont épargnés), incendies de bâtiments publics.

Alors, oui, ça fait du bien de s’indigner un bon coup devant ces porteurs de capuchons qui roupillent la journée pour mieux, le soir venu, mettre leurs propres équipements à feu et à sang, dans une sorte de grand sabbat autodestructeur.

Mais s’arrêter à cette légitime indignation ne fait que perpétuer l’aveuglement devant des réalités gênantes. Pourquoi ces émeutes se déroulent-elles toujours dans les mêmes lieux? Comment les parents de ces «lascars» se sont-ils laissé déborder? Pourquoi les milliards promis lors des émeutes de 2005 n’ont pas amélioré la situation des banlieues? Pourquoi le fait de vivre à Sarcelles ou à Gonesse ou à Villiers-le-Bel constitue un facteur de rejet à l’embauche? Pourquoi la police est-elle si détestée – même par des citoyens âgés et peu portés à la violence – dans les quartiers dits «sensibles»?

On ne saurait répondre par des clichés mais par une réflexion. Et pour que cette réflexion s’engage, il est nécessaire de ne pas se complaire dans les plis confortables de l’indignation. Le mot même de «réflexion» devient incongru dans la société médiatique qui dicte sa dictature de l’émotion par l’emploi surabondant d’images-choc. Réfléchir, c’est d’une certaine manière résister. Au flux télévisuel, mais aussi à la barbarie. A toutes les barbaries.

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

11:44 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

30/11/2007

Villiers-le-Bel: une violence muette

Voyoucrates, les émeutiers de Villiers-le-Bel? Pour les meneurs, cela ne fait aucun doute. Ils sont juste un peu plus âgés que les membres de leurs troupes et cachent sur les toits des immeubles, revolvers à grenailles, parpaings, fusils de chasse. Pour eux, il s'agit de préserver leur territoire de tout regard étranger. Ce qui est facile en temps normal, puisque la présence policière dans ces cités est inversement proportionnelle à celle que l'on remarque aux abords des ministères. Il est donc peu probable que les voyoucrates aient mis le feu aux poudres à Villiers-le-Bel. Ils n'avaient pas intérêt à attirer des compagnies de CRS. La colère des jeunes du quartier de la ZAC était vraisemblablement spontanée, après l'accident mortel qui a mis en cause une voiture de police. Mais lorsque les premiers éléments des forces de l'ordre sont parvenus dans le quartier en ébullition, les voyoucrates ont pris l'émeute en main, comme le montre le caractère structuré de la guérilla suburbaine qu'ils ont menée contre les CRS. Des embuscades aussi bien montées, avec la volonté délibérée de tuer des policiers, cela ne doit rien au hasard ou à la colère débridée. Il s'agissait pour eux de défendre leur territoire trafiquant. Dès lors, on ne saurait confondre les meneurs avec ceux qu'ils manipulent. Cela dit, pour quelles raisons, ces jeunes qui ne sont pas forcément des délinquants suivent-ils les apprentis caïds? Les raisons sont multiples. L'une d’entre elles relève, semble-t-il, de l'impossibilité de ces jeunes à verbaliser leur révolte. Durant trois jours, nous avons tenté de nouer, ne serait-ce qu'une banale conversation avec ceux qui se nomment "les lascars". Certains d'entre eux ont accepté le dialogue. Mais l'extrême pauvreté de leur langage les a rendus quasi muets. Ils avaient la rage, la haine - et même "la mort" comme l'a dit l'un d'entre eux. Mais dans leur besace scolaire, ils ne possédaient pas suffisamment de termes pour qualifier leur mal-être. Et à la moindre contrariété, les "lascars" se montraient physiquement menaçants. Le geste remplaçait aussitôt l'embryon de parole. Demain que feront-ils de leur révolte sans mots? Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

16:12 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

28/11/2007

Le journaliste face à la haine des émeutiers

Suivre les émeutes de Villiers-le-Bel, dans la région parisienne constitue une rude leçon pour le journaliste. D'habitude, lorsque le reporter couvre une manif, il est généralement bien reçu. Les protestataires n'ont aucun intérêt à brusquer celui qui, bien ou mal, relaie le contenu de leur révolte. A Villiers-le-Bel, à Sarcelles, à Gonesse  et dans ces cités du Val d'Oise (le 9 - 5 ainsi que ses habitants le nomment comme s'il s'agissait d'un numéro matricule), rien de tout cela. D'ailleurs, on ne saurait parler de manifs en l'occurrence. Point de défilés avec drapeaux rouges ou noirs, de calicots moqueurs contre le gouvernement, de slogans scandant des revendications.  Les "lascars" cassent en se taisant. Il y a la rage - qui s'explique par une situation sociale dramatique. Mais il y a aussi le sentiment de garder un territoire. Le policier est un intrus qui va mettre son nez dans les trafics de l'économie souterraine. Mais aussi le pompier. Et maintenant le journaliste. Un reporter porte-t-il une caméra? Il est agressé. Moins pour voler son appareil que pour le fracasser. Les photographes subissent un sort semblable. Epargnés jusqu'alors, les journalistes de l'écrit deviennent eux aussi des indésirables. Un de ces "lascars"  n'a pas hésité à prendre sous mon nez le carnet de note de mon confrère de "Ouest-France" pour en lire son contenu. Avant de le rendre d'un air las, n'ayant pas réussi à décrypter les hiéroglyphes.

Naguère encore, le reporter de manif avait l'impression de servir de trait d'union entre une colère et les institutions. Il en tirait, sinon de la fierté, du moins le sentiment de se rendre utile à la société. Aujourd'hui, les damnés du macadam le regardent comme un rouage de cette Grande Machine dont ils ne comprennent pas le mécanisme. Notre rôle pourrait être de leur en donner le mode d'emploi. Encore faudrait-il qu'ils le souhaitent. Ce qui est une tout autre histoire.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

17:43 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

22/11/2007

Internet fait grève à son tour

Le plouc est enfermé à Paris. Non pas "à la Santé pour se refaire une honnêteté" (merci Georges Brassens), mais par les murs d'embouteillage qui ceinturent la Plus Belle Capitale du Monde. Car ne croyez pas un mot des dépêches d'agences qui claironnent que la fin de la grève est arrivée, en vous assénant des taux de grévistes à la baisse. Dans le réel parisien, les métros se font toujours aussi rarissimes. Explication de mon vendeur de journaux à la Butte-aux-Cailles: "Ceux qui reprennent le travail à la RATP sont employés dans les bureaux et aux guichets. Mais la plupart des conducteurs, eux, poursuivent la grève. Alors ça nous fait une belle jambe que les comptables bossent à nouveau, hein?" Cher Monsieur, si le mouvement social continue, ça va effectivement nous faire une très belle jambe. Et des mollets de lutteurs suisses. 

Le plouc n'est pas seulement embastillé par la grève. Trahi par Internet, il a été privé de connexion avec Lausanne et Genève. Et a dû dicter son papier, comme autrefois. Explication des informaticiens: un pirate aurait désorgarnisé les liaisons de Swisscom, hier entre 17 h. et 22 h. isolant ainsi une partie de la Suisse. Nous vivons une époque formidable, comme le dessinait feu le génial Reiser. Il suffit d'un conflit social mettant en cause une seule branche d'activité pour bloquer un pays. Et un pirate tout seul dans son coin peut isoler une région. Plus la société progresse dans les technologies de la communication, plus elle devient fragile. A quand le retour des signaux de fumée? Ah non, ça c'est impossible! La fumée sera interdite dans tous les bars-tabac en france dès le 1er janvier.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

 

10:18 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

20/11/2007

Le plouc cloué au sol

Aujourd'hui, c'est jour de grève en France. Vous allez me dire: "ben comme d'habitude, rien de nouveau sous le cumulus!". Ah mais cette fois-ci, c'est toute la fonction publique qui se croise les bras. Et pas qu'elle: les typos font de même. Donc pas de journaux. Et puis, le coiffeur du quartier ferme aussi. Il en a marre sans doute de se taper des kilomètres de bouchon chaque matin pour couper les cheveux en quatre.

Ayant dû faire un saut de puce à la Républiquetcanton, le plouc a cru malin de prendre son avion lundi soir pour parvenir à Paris juste avant la grève des fonctionnaires. Mais les grèvomaniaques sont beaucoup plus finauds. Les contrôleurs aériens d'Orly ont décidé d'arrêter le travail la veille. Histoire de mettre encore un peu plus d'ambiance dans le chaos gaulois. Et voilà le Plouc cloué à Cointrin toute la soirée, comme un vulgaire jet de feue la Swissair zurichoise. Un espoir, l'aéroport de Roissy est encore ouvert. Air-France a encore des places libres. Chic. Mais une hôtesse de terre très terre -à - terre, d'un air sadique, claironne le prix du billet: 557 francs. L'arnaque totale! Et de toute façon, une fois parvenu à Roissy, qu'est-ce qu'on fait? Le RER? Autant espérer gagner au Millionnaire. Le taxi? Autant être millionnaire. Par chance, le plouc à une belle-mère à Chambésy qui lui offre un repli stratégique bienvenu. Ceux qui n'ont pas de belle-mère à Chambésy, comment font-ils? Qu'ils se débrouillent.

Mardi matin 4 h. 15, le plouc se réveille en espérant qu'un avion décollera vers Orly. Il y en a un qui part avec un retard de 45 minutes. C'est vraiment un détail. A Orly, l'attente d'un bus est encore plus longue. Qu'importe. Et pour rejoindre le XIIIe, il faut marcher. Comme d'habitude. L'important, c'est d'être à Paris pour suivre la grande manif des fonctionnaires. Et marcher avec eux. La France est un pays qui marche de mieux en mieux.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

 

11:21 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

16/11/2007

Le plouc se les gèle à l'Elysée

Mission pour le plouc: il doit se rendre à l'Elysée afin d'assister à la rencontre entre Sarkozy et notre Micheline Calmy-Rey fédérale. En temps ordinaires, du XIIIe arrondissement au palais présidentiel, le trajet est aussi aisé que de joindre Carouge à la Place des Nations. Ou Renens à l'EPFL (vous choisissez la formule qui vous convient). Mais en temps grévistes, tout change. En premier lieu, vous devez consulter le site internet de la RATP (les TL ou les TPG du coin) pour connaître les lignes de métro qui circulent un peu et celles qui ne roulent plus du tout. Bien entendu, les métros de votre quartier appartiennent à la deuxième catégorie. En fonction de ces paramètres, vous choisissez ensuite votre parcours en essayant d'additionner les lignes qui fonctionnent et concevez le meilleur itinéraire pédestre pour parvenir à plus ou moins bon port.

Une heure et demi plus tard, le plouc parvient au Saint des Saints de la République française, une et indivisible (ça reste à voir...): la Cour d'honneur de l'Elysée. Il y sévit un froid glacial.  Une vingtaine de journalistes, de perchistes et d' hommes-caméra, engoncés dans des doudounes attendent la présidente. En face, une compagnie de Gardes républicains - uniformes d'hiver noirs et bleus, képis Second Empire rouge et blanc (seuls les sous-offs ont droit aux trois couleurs) - prend la position "au repos". Le capitaine, moustaches à la Guillaume II au vent, se tient devant eux sabre au clair. L'esthétique militaire de la Monarchie Républicaine, c'est quand même quelque chose! Le plouc en est  tout ebaubi.

"Gaaarde à vous!" Du haut du perron, un gradé avec plein de tagliatelles sur son képi hurle l'ordre. Exécuté aussitôt. La présidente de la Conféderation quitte la Mercédès pour passer en revue la compagnie. Ensemble-pantalon noir. Très sobre. Malgré le froid, sa silhouette longiligne défile d'un pas majestueux devant les Gardes. Belle allure. Sur les marches du perron, neuf cuirassiers - portant un casque façon opérette d'Offenbach muni d'une longue queue de cheval - ont tiré le sabre pour rendre les honneurs. Et c'est alors que l'Omniprésident Sarkozy - superbe complet gris avec chemise saumon pâle de l'Atlantique - descend vigoureusement les marches, congratule la conseillère fédérale, l'attire vers les caméras, prend soin de monter une marche afin de ne pas paraître plus petit qu'elle sur les photos et l'emmène à l'intérieur du palais.

Les journalistes, eux, attendent dans le froid ou se réchauffent dans une sorte d'étroit cagibi nommé abusivement "salle de presse". Une modestie destinée sans doute à ramener à sa place la gent journalistique. Les médias, on s'en sert. Mais on ne va pas les servir, hein? Une heure après, le ballet inverse se met en place. Le président dégringole les marches avec la présidente. Re-sourires devant les caméras. Poignées de mains savamment chaleureuse. Et hop, Micheline Calmy-Rey s'embarque dans la Mercédès après avoir discuter "vacances" avec Bernard Kouchner.

Le plouc, lui, est fasciné par les escarpins présidentiels. Fines chaussures noires, presque féminines, miroitantes comme le Palais des Glaces à Versailles. Avez-vous remarqué la dilection particulière des politiciens français pour les beaux escarpins? Les pompes Berlutti de l'ancien ministre Roland Dumas - valant un salaire minimum par godasse - ne figurent-elles pas désormais dans l'Histoire de France? Toujours terre-à-terre, le plouc se dit que ces élégants écrase-bouse ne sont pas faits pour affronter une grève des métros!

Jean-Noël Cuénod

 

09:56 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

15/11/2007

Le bizutage du plouc

Pour un premier jour à Paris, le plouc que je suis a subi a sacré bizutage: la grève des transports qui transforme le quidam en piéton et le piéton en galérien. Première mission journalistique: se rendre dans les gares pour y sentir l'air de la contestation syndicale. Encore faut-il y arriver, à la gare. Et c'est là que le plouc possède un avantage indéniable sur le bobo (pour les ploucs encore plus ploucs, bobo signifie "bourgeois-bohème", classe sociale dominante dans le Paris delanoësque): il sait marcher, lui. Et parvient à la gare de Lyon sans trop d'encombres grâce à la ligne miracle, la 14 qui fonctionne automatiquement. (Le rêve de sarkozy: transformer toutes les autres lignes, en métro 14)

A la gare de Lyon, c'est le désert. Beaucoup d'uniformes et peu de civils. Les CRS montent la garde pour empêcher les étudiants - gréviste eux aussi - de bloquer les rares trains qui circulent. Et les cheminots en colère, où se cachent-ils? Un agent de la SNCF inspecte les trains. Il porte un uniforme azur, un beau badge qui montre combien il est vachement chef. Et surtout, une immense casquette blanche comme celles qu'en portaient les amiraux de la flotte soviétique. Le plouc journaliste déploie son sourire numéro 1bis pour aborder ce magnifique spécimen de la fonction ferroviaire. Mais l'interlocuteur affiche une mine de tchékiste (c'est dû à la casquette, sans doute) pour aboyer: "pas de déclaration!" Bon. On élargit le sourire et on tente de reprendre le dialogue par un autre bout: "Pas de déclaration!". Le sourire devient banane. Mais rien n'y fait: "Pas de déclaration!". Alors tant pis, au revoir Monsieur: "Pas de déclaration!" éructe la casquette blanche derrière mon dos. Je repense alors ce que disait ma grand-mère savoyarde: "Mets un uniforme à un Parisien, affuble-le d'un titre bien ronflant. Et il se prendra aussitôt pour Napoléon en plein soleil d'Austerlitz." Cette maxime se confirme avec d'autres casquettes, tout aussi blanches et tout aussi avenantes. Les casquettes bleues (elles sont moins cheffes sans doute) sont plus sympas. Mais ne savent rien. Je dois d'ailleurs expliquer moi-même à des touristes éberlués comment faire pour prendre un billet de la ligne 14, en usant d'un anglais digne de Jacques Delors.

  A la gare Saint-Lazare, même schéma. Seul changement, les CRS sont remplacés par des...chasseurs alpins aisément reconnaissables à leur immense béret en forme de bouse de vache éclaffée. Fiasco total. Retour à la maison. A pieds bien sûr. De ce premier jour à Paris, j'ai donc rencontré des couvre-chefs grognons et des chaussures fatiguées.

Jean-Noël Cuénod

11:15 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |