29/11/2017

Ariane Ferrier, un hommage

asset-version-32d611045c-24_ma_invit-1.jpg

Ainsi Ariane[1], tu ne seras pas une vieille dame. Devant ton visage de madone, le temps en est resté interdit. Piteux, il s’en est retourné avec ses âges et ses outrages. Te voilà jeune à jamais. Grâce à toi, l’éternité ne prendra pas une ride.

Mais cela nous fait une belle jambe, puisque nous ne te verrons plus, puisque nous n’écouterons plus tes formules caustiques décochées de ta voix flûtée, mine de rien. Courtoisie narquoise. Nuage persiffleur dans la tasse de Darjeeling. Griffe dans la tapisserie, rue des Granges. Fêlure sur un vase de Sèvres.

Les patriciens genevois ont de l’esprit mais point d’humour, dit-on. Tu avais le bon goût de partager et l’un et l’autre. La cascade de ton rire ne sera pas tarie de sitôt. Il nous reste tes chroniques à relire et à découvrir ta «Dernière gorgée de bière», Dieu merci… Mais faut-il vraiment Le remercier ? Envie de lui faire la gueule, aujourd’hui. Car tu aurais pu en écrire tant d’autres sur l’avalanche de ridicules qui encombrent nos voies de façon bien plus massive que des amas neigeux sur la ligne du Simplon.

Tu avais le chic pour débusquer la bouffonnerie cachée sous les lourdes tentures de la componction, pour faire sortir le burlesque de ses buissons médiatiques, pour traquer le Père Ubu dans les plis de la mode.

Ariane, tu avais l’élégance de la légèreté. N’ayons pas le cœur lourd. Enfin, essayons. Pour toi.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Ariane Ferrier vient de nous quitter à 59 ans. Journaliste et chroniqueuse de talent, elle a travaillé aux quotidiens La Suisse, La Tribune de Genève, La Liberté, entre autres ainsi qu’à la Télévision suisse romande. A lire « La Dernière gorgée de bière » Éditions BSN Press qui sort aujourd’hui.

12:17 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

16/11/2012

Le Plouc et son croco Lacoste à Canal +

Il y a peu, le Plouc a commis son blogue sur le crocodile Lacoste croqué par un groupe suisse. Ledit blogue a été évoqué vendredi 16 novembre vers 13 h. 15 par l'émission en clair de Canal + "Nouvelle Edition". Le voici, pur croco garanti plouc. Le sujet est à la fin de cette vidéo. Avec votre souris, vous avancez la bande vidéo jusqu'à 16:02 (facile: vous pensez à l'année de l'Escalade) et vous tombez pile dessus. Ou alors regardez en entier l'émission, plutôt marrante

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

19:21 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/03/2008

Tibet: quand le sport pourrit la politique

«Ne soyons pas plus Tibétains que les Tibétains, n’est-ce pas?» Cette phrase court le long des ondes médiatiques dès que la question du boycottage des Jeux olympiques à Pékin est abordée. Après tout, le Dalaï-Lama lui-même ne le réclame pas. Pourquoi donc s’indigner devant le massacre des Tibétains par la dictature chinoise, au risque de fâcher cette puissance qui n’en finit pas d’émerger?
C’est oublier que, dans sa position, le Dalaï-Lama ne peut pas évoquer publiquement le boycottage, car il espère toujours renouer le dialogue avec Pékin pour tenter de négocier au moins une certaine forme d’autonomie du Tibet au sein de la Chine. Mais les Occidentaux auraient pu au moins laisser planer cette menace pour accentuer la pression sur ce monstrueux régime qui allie capitalisme sauvage et socialisme barbare. En l’abandonnant d’emblée, ils ont envoyé ce message aux massacreurs de la culture tibétaine: «Faites ce que bon vous semble à Lhassa mais discrètement, s’il vous plaît».

 

Certes, le boycottage ne constitue pas la panacée. Toutefois, les Chinois placent tellement d’espoirs dans la réussite de «leurs» Jeux olympiques qu’il aurait dû rester l’arme du dernier recours.

La veulerie des gouvernements occidentaux n’a rien d’étonnant, compte tenu de l’imbrication des grandes sphères de l’économie mondiale. Cela n'excuse pas la réaction de certains sportifs interrogés, notamment, par France-Info sur l’éventualité d’un boycottage confine à l’obscène. «Vous vous rendez compte? Cela fait des années que nous nous sacrifions pour ces Jeux. Et on veut nous empêcher d’y aller! Mais c’est l’attente de toute une vie qui serait ainsi liquidée», s’étrangle l’un. «On en a assez que les politiciens prennent les sportifs en otages!», éructe un autre.
La belle affaire! Le peuple tibétain, n’est-il pas pris en otage depuis un demi-siècle, peut-être? Et dans des conditions sans commune mesure avec le drame minuscule d’un athlète privé de médailles rémunératrices ou d’un sponsor dépourvu d’arguments publicitaires. L’un et l’autre s’en remettront. Le peuple tibétain, lui, risque de voir sa culture écrasée par le rouleau compresseur pékinois, ses enfants fusillés et embastillés. Mais dans le classement de nos priorités, cela compte si peu…

 

Nous n’hésitons pas à frapper la poitrine de nos grands-pères en fustigeant leur pusillanimité devant l’Allemagne nazie et la Shoah. Mais notre génération, que fait-elle devant le génocide culturel qui se déroule au Tibet, là, maintenant, sous nos yeux? Durant la Deuxième Guerre mondiale, les informations ne circulaient pas et Hitler écrasait l’Europe continentale qui ne pouvait guère crier. Aujourd’hui, nous sommes bien en peine de présenter de telles excuses. Des Rolex et des Jeux, telle est notre devise.

 

Il y a quelques années encore, aucun sportif n’aurait osé étaler au grand jour un tel cynisme. Après l’écrasement de la révolte hongroise de 1956 par les chars de Khroutchev, les athlètes suisses n’avaient-ils pas refusé de participer aux Jeux de Melbourne? Autre temps où le sport n’avait pas encore atteint sa dimension d’opium massif du peuple.
Avec les affaires de dopage à répétition, l’omniprésence du fric et l’aveuglement devant les dictatures, c’est bien le sport qui pourrit la politique. Et non l’inverse.

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

 

00:42 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook | | |

19/03/2008

Euthanasie et douleur sans retour (2): Chantal Sébire dans l'Eternel présent

Dans le brouhaha des ondes, une nouvelle surgit: le calvaire de Chantale Sébire a pris fin et rejoint l'Eternel présent. Que l'on garde d'elle dans nos mémoires vives, ce sympathique visage d'avant la tumeur. Et qu'en son souvenir, les invectives s'effacent.

Les commentaires à un blogue sont libres. Aussi en règle générale certains blogueurs évitent-ils de répondre. Mais j'apporterai une précision à un commentaire qui se présente comme une rectification de fait. Et sur ce fait, je dois donc m’expliquer. J’avais écrit qu’avec l’article 115 du Code pénal suisse, l’assistance au suicide n’était pas réprimée lorsqu’elle était entreprise dans un but non-égoïste. Ce correspondant, que je remercie, indique que la justice n’est pas écartée en l’occurrence puisqu’il y a enquête qui se conclut - si les conditions de l’application de l’article 115 ne sont pas remplies - par un non-lieu. C’est-à-dire par la renonciation à organiser un procès.

 

Dans mon propos, il appartient au juge (ou le jury) de constater que telle personne a aidé une autre à se suicider, que ce «don de la mort» reste interdit par la loi mais que compte tenu des circonstances particulières posées par ce cas, il ne prononce pas de peine. Or, cette démarche ne peut être accomplie que dans le contexte d’un procès public et contradictoire. Un procès qui, dans toutes les sociétés, développe cet élément essentiel à la vie en commun, la «catharsis», c’est-à-dire à la «purgation des passions». Par définition, le non-lieu empêche le procès public et s’oppose donc à la «catharsis». Et c’est bien ce que je reproche à cet article 115.

 

 

 

Pâques est là pour rappeler à chacune, à chacun d’entre nous, que la vie triomphe de la mort. Mais ces mots sonnent forcément faux à ceux qui se battent contre la douleur et qui ne peuvent en témoigner tant elle leur paraît incommunicable. Le Christ est la seule figure qui apparaît réelle dans ce brouillard de souffrances et de paroles vaines. Non pas le Christ sanglant et crucifié des peintres magnifiques du Quattrocento. Mais le Christ vainqueur de la souffrance et de la mort, tel que le représente génialement Salvador Dalí.

Bien à vous tous Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

15:42 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | |

15/03/2008

Euthanasie et douleur sans retour

 

Des millions de téléspectateurs et lecteurs ont été saisis par cette image de la douleur sans retour: le visage de Chantal Sébire qu’une tumeur torture. Comment réagir? Tous les mots se révèlent impuissants. Seul le silence d’une prière intérieure paraît approprié. Mais notre société n’aime pas le silence. Alors, elle bavarde, laisse fleurir son émotion et sa compassion. Ce qui est la moindre des choses devant un drame d’une telle ampleur. Mais dès que l’on veut examiner avec nuances la requête déposée par Mme Sébire – qui a saisi la justice pour qu’elle donne le droit à son médecin de lui administrer une dose mortelle – l’opinion crie à la sécheresse de cœur. A la vision de cette souffrance intolérable, une seule issue paraît possible: changer la loi française et autoriser le suicide assisté puisqu’aucun traitement ne semble efficace pour effacer les douleurs de cette mère de famille. Or, ces diktats de l’émotion peuvent mener la société à des périls collectifs.

Introduire dans la loi le droit à la mort consiste à faire éclater le socle de principes sur lequel notre société s’est élevée. Dès son origine, la loi a pour but principal de protéger la vie humaine et sortir l’humanité du chaos des haines, des vengeances, des cupidités. Insérer la mort – ne serait-ce qu’à dose modeste - dans ce principe fondamental revient à nier ce qui fait la substance même de la loi.

Donner à la loi cette puissance inouïe d’autoriser qu’une vie puisse être ôtée pour de nobles motifs – faire taire les souffrances – ouvrira la porte à toutes les dérives. Surtout dans l’état moral de notre société obnubilée par le profit à court terme, la rentabilité à tout prix et l’économisme à tout va. Tout d’abord, la loi autorise le «don de la mort» pour les malades incurables et crucifiés de souffrances. Puis, petit à petit, on abaisse le seuil de la loi. Et à l’avenir, le risque d’euthanasier les seniors qui coûtent trop cher à la société ne saurait être écarté.

 

Les médias français citent, à cet égard, l’exemple suisse, manifestement sans le connaître. Or, l’article 115 (1) de notre Code pénal n’autorise pas l’assistance au suicide, contrairement à ce qui est diffusé en France. Il réprime l’assistance au suicide lorsqu’elle est mue par un mobile égoïste. Il se tait lorsque cette assistance au suicide est prodiguée pour des motifs compassionnels. Il se tait mais n’ordonne pas la mort pour autant. Toutefois, comme notre société médiamercantile ignore la valeur des nuances, cet article 115 est perçu comme un «droit à mourir». En ce sens, il n’est donc pas satisfaisant. D’ailleurs, si l’on suit la vision extensive du texte, on peut se trouver devant cette situation: une personne dépressive, mais ne souffrant pas d’un mal incurable, obtient d’un ami qu’il lui donne la mort sans que celle-ci ne lui profite. Le dit ami n’aurait donc pas à répondre de son geste devant les juges.

 

 

 

Il aurait mieux valu continuer à réprimer toute assistance au suicide, quitte à laisser à la justice le droit de ne pas appliquer de peine. Aux juges de dire: vous avez donné la mort. Cet acte est gravissime. Mais compte tenu des circonstances, nous renonçons à prononcer une peine contre vous. Exclure la justice de ce processus, c’est banaliser l’acte de donner la mort.

 

 

«Vous écrivez cela bien confortablement installé dans votre fauteuil. Mais si l’un de vos proches subissait le même martyr que celui de Mme Sébire, que feriez-vous?» L’interpellation est légitime. Mais il est impossible d’y répondre. Il faut vivre le cas pour mesurer notre réaction personnelle. Cela dit, il est de situations où la loi doit être transgressée. En pleine connaissance de cause, on ne lui obéit pas. Mais on ne la nie pas pour autant. Le philosophe français Jacques Ricot a beaucoup étudié l’euthanasie. Voici un extrait d'un de ses écrits puisés sur l'Internet:.

(…) il se trouve des situations où l’on ne peut pas faire autrement que de transgresser ses propres principes, non pas en raison d’un laxisme coupable ou d’une négation de la loi, mais plus prosaïquement, parce que l’on n’a pas pu faire autrement. Mais la transgression d’une loi n’a rien à voir avec sa négation. Et ce n’est point parce qu’il peut arriver qu’on soit obligé de transgresser la loi que celle-ci devient obsolète.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

 

(1)Article 115 CPS :  Celui qui, poussé par un mobile égoïste, aura incité une personne au suicide, ou lui aura prêté assistance en vue du suicide, sera, si le suicide a été consommé ou tenté, puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire.

12:59 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook | | |

10/03/2008

Elections municipales françaises: faut que ça roule!

Oubliez tous les commentaires que vous avez lus sur les élections municipales. Le Plouc va vous livrer, ici et maintenant, le vrai secret de la réussite électorale. Nanti de ce viatique, tout marche comme sur des roulettes pour le candidat, qu'il soit de gauche, du centre, de droite, de partout, de nulle part.

 

Quel est-il, ce secret, demanderez-vous avec cette hâte qui vous caractérise?

Avant de dévoiler tout à trac l'énigme, le Plouc vous pose cette question à un ticket de carte orange. Quel est le point commun entre les grands vainqueurs du premier tour des élections municipales, Alain Juppé, Duc de Bordeaux, Gérard Collomb, Primat des Gaules à Lyon et Bertrand Delanoë, Imperator Lutetiae? LES ROUES!

Oui, les roues. Demandez à un Bordelais, ce qu'il retient du règne de Juppé. Il vous rétorquera aussitôt, sans même y réfléchir: LE TRAM. Il a certes pécloté au début - le tram veux-je dire, quoique Juppé aussi ...-. Mais aujourd'hui, il se meut sur l'asphalte bordelais avec des airs de boa repu tout à fait sympathique - toujours le tram, bien sûr, quoiqu'aujourd'hui l'ancien premier ministre a des petits airs de boa repu.

 Traversez la France d'Ouest en Est et posez la même question à un Lyonnais à propos de Gérard Collomb. Entre deux mâchonnements de mâchon, il vous répondra: LE VELO'V (pas facile à prononcer en enfournant un tablier de sapeur). Il s'agit de ces vélos installés à chaque coin de rue et loués aux passants. Lyon a d'ailleurs précédé Paris à ce propos.

Justement, Paris. restons-y. Bertrand Delanoë, lui, a cumulé. Les Parisiens ont eu droit aux deux: LE VELIB' et LE TRAM! Normal, me direz-vous, il n'est pas Imperator Lutetiae pour des prunes. 

 

Dès lors, gageons que ces prochaines années, la France sera couverte de Vélib', de Vélo'v, de tram's. Les autres maires auront compris la leçon: les élections, faut que ça roule. Et si possible que ça roule écologiquement correct. Sinon, ce sont les électeurs qui les rouleront. Dans la farine. Et essayez de rouler dans la farine...

 

Jean-Noël Cuénod

11:42 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

09/03/2008

Elections municipales françaises. Paris vote sous la pluie

Ce dimanche matin, les cartes d'électeurs sont embuées. Une petite pluie opiniâtre, fine, serrée huile les pavés d'une graisse périlleuse pour les cols du fémur fragiles. Un temps à rester chez soi pour humer la blanquette de veau qui mitonne. Un temps à ne pas voter. Même le sourire béat des candidats sur les affiches se transforme en rictus.

 

Le Plouc a  secoué sa flemme pour accomplir un petit tour des bureaux de vote dans certains coins du Sud parisien. Premier constat: les électeurs sont plus nombreux que dans nos locaux électoraux helvétiques. Il faut dire qu'en France, il n'est pas question de voter de façon anticipée, ni par internet, ni par correspondance. Et le vote se déroule en un seul jour, le dimanche. De plus, voter pour les Français est chose plutôt rare comparée à nos consultations quasi-bimestrielles. Les Suisses sont des blasés de la démocratie. Les Français, pas encore.

Et ne croyez pas qu'en France, les jurés électoraux prennent leur rôle à la légère comme le démontre cette scène vue dimanche matin à 11 h. 15 au bureau numéro 57, rue Vendrezanne dans le treizième arrondissement. Un citoyen s'avance vers la table où sont déposés les bulletins - ils ne sont pas placés dans l'isoloir comme chez nous - fait son petit marché de listes, en choisit une, la glisse dans l'enveloppe idoine pour la jeter dans l'urne transparente. "Halte là!" s'écrie la présidente du bureau."Vous devez passer dans l'isoloir. C'est la loi." Le monsieur râle pour la forme, se rend dans l'isoloir, y esquisse un pas de danse et en sort:"ça va comme ça". "C'est parfait. Vous pouvez voter maintenant." Preuve est ainsi offerte qu'à Paris, on peut être raide comme la justice de Berne!

 

Cela dit, à l'aune française, les électeurs sont relativement peu nombreux, de l'avis d'une dizaine de responsables de bureau. "Aujourd'hui, ils ne sont que quelques uns. Mais lors des présidentielles, il y avait une longue file d'attente", explique l'un d'entre eux. Un autre précise:"De toute façon, les élections municipales attirent moins d'électeurs que les présidentielles".

Au bureau numéro un, mairie du treizième arrondissement, à 11 h. 30 le président avait compté 237 électeurs sur quelque 1300 inscrits. "C'est quand même un bon score. Après tout, les Parisiens sont encore en vacances et comme ils peuvent voter jusqu'à 20 heures, ils se rendront aux urnes, le soir, à leur retour."

La pluie a-t-elle douché les passions? Pas la moindre invective, pas le plus menu murmure. Les opérations électorales se déroulent dans un calme absolu. On entendrait voter un faux électeurs du Ve arrondissement!

 

DERNIERES NOUVELLES: A 17 h., le ministère de l'Intérieur annonce une participation de 56,25%, légèrement supérieure à celle des élections locales de 2001 (53,20%)

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

12:06 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

04/03/2008

Dieu, Sarkozy et nous (7): un «R» suspect!

Un «R» arrive et voilà qu’une société change d’ère! Cet «R» suspect, en s’introduisant dans le mot «cultuel», le transformerait en «cultuRel».

 

 Nous touchons là au fond de la polémique qui mobilise le camp laïque contre les propos de Nicolas Sarkozy sur la «laïcité positive». Une sorte de la laïcité qui permettrait à l’Etat d’intervenir dans le domaine religieux sous certaines conditions.
En France, la loi de 1905 interdit aux organismes publics de subventionner les institutions religieuses et les associations cultuelles. En revanche, la loi de 1901, qui régit les sociétés sans but lucratif, permet aux collectivités publiques, notamment locales, d’apporter leur soutien financier aux associations cultuRelles.

 


Le Grand Maître du Grand Orient de France Jean-Michel Quillardet craint fort qu’en amendant la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, le président Sarkozy cherche à transformer les associations cultuelles et associations cultuRelles «loi de 1901», ce qui leur permettrait de recevoir les deniers publics. «Et cela, nous ne l’acceptons pas» a prévenu le patron de l’obédience maçonnique française la plus riche en nombre de membres, lors d’un débat avec le père Verdin («Figaro Magazine» du 29 janvier dernier). Signalons en passant que le père Verdin est l’un des coauteurs avec Thibaud Collin et… Nicolas Sarkozy du livre «La République, les religions, l’espérance» (Editions Pocket).

 

Sarkozy – ou plus vraisemblablement son conseiller Henri Guaino - veut utiliser les religions, non seulement comme une sorte de tranquillisant social pour quartiers énervés, mais aussi en tant que fabriques de sens.
Mener une politique en rupture avec ce qu’il qualifie de «politique étatiste»  - et que d’autres nomment de plus noble façon le «colbertisme» - ne peut s'accomplir sans accompagnement idéologique. L’homme ne vit pas que de pain. Et encore moins de statistiques. Il faut lui donner un rêve et lui assigner un but plus élevé que les performances économiques. Sarkozy cherche donc à employer les religions à cette fin.

 


Voilà qui paraît dangereux tant pour l’Etat que pour la Foi. A suivre…

 

11:53 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

29/02/2008

Dieu, Sarkozy et nous (6): l’esprit monarchique sous les masques de la République

Certes, nul séant dynastique ne se posera sur le trône de France. Néanmoins, l’esprit monarchique peut grimacer sous les masques de la République.

En instaurant une démocratie centrée sur un homme, de Gaulle a redonné une teinte monarchique à la France. A titres divers, les présidents français, du Général à Jacques Chirac, ont plus ou moins avivé cette teinte en fonction de leur tempérament. Mais avec Nicolas le Frénétique, cette personnalisation est poussée à son paroxysme. Dès lors, le terme de «monarchie élective» utilisé par Laurent Joffrin, directeur de «Libération» caractérise fort bien la situation actuelle créée par un personnage qui fait tourner autour de lui tous les acteurs sociaux, politiques, économiques, médiatiques et juridiques.
Dès lors, la volonté de Sarkozy de redéfinir la société française pour qu’elle puisse enfin s’insérer dans la globalisation, devient un acte avant tout personnel. Dans son optique, c’est à lui qu’il revient de tirer la France vers ce but. Mais pour ce faire, il a besoin d’alliés et de forces idéologiques d’accompagnement.

 

Or, justement, les grandes idéologies sont mortes ou moribondes. Le communisme repose désormais dans son mausolée. C’était l’un des rares systèmes politiques à proposer à ses fidèles une transcendance, l’avènement du communisme – société où les antagonismes ont trouvé leur résolution dans le dépassement de l’Histoire - remplaçant l’avènement du Messie. Les autres idéologies ont mauvaise mine. La social-démocratie ne sait plus où elle habite. Quant au libéralisme, il est rejeté par une grande partie des Français. De toute façon, contrairement au communisme, elles ne se situent pas dans la transcendance et se contentent de gérer le réel. Elles ne cherchent pas à produire du sens.

 


Dans sa recherche de forces idéologiques d’accompagnement, Nicolas Sarkozy doit donc se retourner vers les rares institutions productrices de sens: les confessions. D’où ses discours répétés sur leur importance et sa volonté d’en faire ses interlocuteurs privilégiés.
A l’autocratisme de la démarche sarkozienne s’ajoute donc le dessein de replacer les institutions confessionnelles dans les mécanismes du pouvoir. Voilà autant de signes prouvant que la République se monarchise de façon encore plus affirmée que durant les précédentes présidences. Il était inévitable que cette tendance réveille les esprits républicains et fasse sortir de ses gonds le Grand Orient de France, gardien des valeurs laïques qui les irriguent.

 


Comment Nicolas Sarkozy va-t-il s’y prendre pour insérer les confessions dans son jeu? Nous le verrons lors de notre prochain blogue. Il y sera question de l’importance capitale de… la lettre «r».

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

 

22:54 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

24/02/2008

Dieu, Sarkozy et nous (5) : les racines de la polémique


Si l’Omniprésident s’agite dans les bénitiers avec autant de vigueur que de constance, c’est en partie pour faire diversion chaque fois que les médias embouchent leur trompette par le mauvais embout : baisse du pouvoir d’achat, politique des caisses vides, drame familial à Neuilly-sous-Sarko, députés de droite ulcérés, sondages en berne. Mais surtout Nicolas Sarkozy veut s’appuyer sur la religion pour redéfinir la société française, qu’il voit empêtrée dans un conservatisme qui tient à l’alliance objective entre la social-démocratie hexagonale et le bonapartisme revu et corrigé par de Gaulle.

 Les gaullistes traditionnels et les socialistes ont toujours suivi la même ligne par rapport à la religion : ne pas toucher à la Loi de 1905 séparant l’Eglise de l’Etat. Sur ce point au moins, Sarkozy a démontré sa volonté de rupture. Ce qui suscite des réactions hostiles non seulement à gauche mais aussi à droite au sein, justement des gaullistes traditionnels emmenés, entre autres, par Dominique de Villepin qui attend son non-lieu dans l’affaire Clearstream pour sonner la charge contre Nicolas le Frénétique.

 

Ce retour des institutions confessionnelles dans les préoccupations de l’Etat français réveille les anciens antagonismes qui opposaient au XIXe siècle et durant les deux premières décennies du XXe, l’Eglise romaine, puissante, totalitaire et monarchiste, au camp des républicains. Dans ce camp cohabitaient athées et agnostiques mais aussi des catholiques qui ne suivaient pas les diktats romains contre la République, une grande partie des communautés juives et des églises protestantes.
La Franc-Maçonnerie – née dans un contexte chrétien mais qui, au cours de sa très longue Histoire, a souvent entretenu des relations tendues avec le pouvoir ecclésiastique – a constitué la principale élite fédératrice de ce courant vaste et hétéroclite, du moins son obédience la plus importante en nombre de membres et de loges, le Grand Orient de France. D’autres obédiences maçonniques, notamment celles qui partageaient les sensibilités déistes voire théistes de la Franc-Maçonnerie anglo-saxonne, se sont montrées plus circonspectes, voire franchement hostiles à cette démarche qu’ils jugeaient – et jugent toujours – contraire aux traditions de non-engagement politique et de réflexion ésotérique sur la destinée humaine et ses rapports avec le Grand Architecte de l’Univers.

 


Pour que la République puisse croître dans un terreau – la France – qui, malgré les clichés, ne lui était pas favorable, ses partisans ont donc dû s’attaquer à l’Eglise catholique romaine, foyer idéologique du camp monarchiste. Certes, la République a été proclamée dès 1870, toutefois, elle essuyait les attaques incessantes des monarchistes et de l’Eglise. Or, celle-ci, par sa place éminente au sein de l’enseignement entre autres, demeurait la grande formatrice des intelligences. Le Grand Orient de France a donc tenu le rôle de « contre-Eglise romaine » à cette époque. A la liturgie et aux prêches ecclésiastiques, il opposait ses rituels et ses « planches » (textes écrit par des francs-maçons et lu en Loges).
La loi de 1905 séparant l’Etat de l’Eglise, conçue en partie par des responsables politiques appartenant au Grand Orient de France ou proches de lui, a changé radicalement cette donne. La « fille aînée de l’Eglise » y a perdu ses liens ancestraux avec l’Etat, ce qui a suscité la vive hostilité des milieux catholiques et provoqué de larges déchirures dans le tissu social français.

 La Première Guerre mondiale a, paradoxalement, pacifié cette querelle entre République française et Eglise romaine. Face à l’ennemi allemand, les principales forces politiques, culturelles et morales de la France ont décrété l’union sacrée. L’Eglise a aussitôt suivi le mouvement. C’est ainsi que des officiers monarchistes portant des noms à particule sont morts pour la République. Certes, le mouvement antirépublicain a connu son dernier soubresaut avec le régime de Pétain. Mais la République avait définitivement remporté la guerre des idées après l’armistice de 1918.

 

Cela dit, comme l’écrit Aragon dans son poème « Epitaphe », « avoir vaincu est trois fois rien, du moment que l’homme, de l’homme est comptable. » La République n’est pas acquise une fois pour toute. Affaire à suivre donc, à la lumière, éblouissante et sombre, du sarkozysme.

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

18:51 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

19/02/2008

Ben-Ami Koller, au nom de tous les siens qu’il n’a pas connus


Pour votre prochain séjour à Paris ne manquez pas l’exposition que la captivante Galerie Pierre Marie Vitoux consacre aux œuvres récentes d’un peintre majeur de l’art contemporain, Ben-Ami Koller.
Comme le metteur en scène Roman Polanski a réalisé le chef-d’œuvre de sa vie avec «Le Pianiste» en faisant monter en mémoire la révolte du Ghetto de Varsovie, Ben-Ami Koller a créé le sien avec sa série «Auschwitz». Il a fallu toute une vie d’homme, toute une vie d’artiste pour parvenir à ce sommet. Un sommet qui fait partie d’une chaîne alpestre. Car Ben-Ami Koller peut en envisager d’autres. Son chemin vers lui-même et les siens, avec leurs ombres lumineuses, est loin d’être achevé. Mais c’est une étape décisive que le peintre vient de franchir.

 

Cette exposition ne contient pas d’autres mots que ceux-ci: «A tous les miens que je n’ai pas connus». Et tout est dit, l’essentiel étant évoqué (invoqué?) par les œuvres présentées à la Galerie Vitoux. Né en 1948 à Oradea (Roumanie), Ben-Ami Koller n’a donc pas pu vivre avec ses grands-parents déportés vers Auschwitz par le système antisémite des nazis. Mais il porte leur présence. Une présence qu’il a suffisamment mûrie en lui pour qu’elle puisse prendre forme sur la toile. Dès lors, Ben-Ami Koller n’illustre pas la souffrance des martyrs de la Shoah, il ne la re-présente pas, il est cette souffrance. C’est elle qui s’inscrit dans le tableau comme une inaliénable partie de son être. Cette distance - source de malaise pour celui ou celle qui regarde les scènes de la Douleur majuscule – se voit ainsi abolie. La femme et l’homme qui contemplent l’un des tableaux de la série «Auschwitz» se trouvent placés en position de témoin et non pas de voyeur.

 

La démarche de Ben-Ami Koller se situe à l’opposé de celle choisie par l’écrivain Jonathan Little et de ses «Bienveillante». Pour ce dernier, la complaisance qu’on lui reproche souvent n’est pas une faute puisqu’elle fait partie de son propos. Il lui fallait étaler l’ignominie froide de son anti-héros et le spectacle de l’horreur pour aller jusqu’au bout de ce qu’il voulait dire.
Si Ben-Ami Koller avait pris ce parti, il serait allé à fin contraire de ce témoignage qu’il nous fait vivre. En évitant toute complaisance, il donne à ses œuvres une vérité qui puise sa force dans la pudeur. Le peintre restitue le cri silencieux des martyrs, sans concession mais sans la moindre once de spectacle. En ce sens, Koller fait un acte de vie qui va bien au-delà d’un réquisitoire.

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

 

La Galerie Pierre Marie Vitoux est située dans une petite venelle du Marais, tout près de la place du Marché Sainte-Catherine, au 3, rue d’Ormesson (Paris IVe), métro Saint-Paul. Pour tous renseignements, se référer au site: http://www.galeriepierremarievitoux.com
L’exposition de Ben-Ami Koller se tiendra jusqu’à samedi 1er mars.

On peut aussi visiter le site de l'artiste à cette adresse:

http://www.benamikoller.com

15:06 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook | | |

15/02/2008

Pour aimer la France, faut-il en dénigrer les voisins?

Sympathique écrivain, Denis Tillinac! Voilà le genre d’homme avec lequel il ferait bon boire un petit sancerre tout embué de charme malicieux sur le comptoir d’un bistrot de village où ronronne un antique morbier et ronfle un matou du même âge. A moins que ce ne soit l’inverse. J’allais donc cheminer vers mon libraire pour y acquérir son dernier livre, «Dictionnaire amoureux de la France» paru chez Plon. Mais l’interview de l’écrivain sur France-Info vendredi matin m’en a dissuadé.

 

Que Denis Tillinac célèbre les beautés de la France, voilà qui est légitime, louable même. Qu’il le fasse en dénigrant les pays voisins, voilà qui est insupportable. Sur les ondes, Tillinac a, en effet, réduit les nations qui ont l’insigne honneur de border la France, au rang de «banlieue». Et lorsqu’on sait en quelle estime les Français tiennent ces «lieux bannis», on mesure l’indignité qui frappe les Suisses, Belges, Espagnols, Italiens, Luxembourgeois et Allemands. Il ajoutait que, jeune encore, il aimait passer la frontière luxembourgeoise ou suisse et y rouler quelques centaines de mètres, pour le seul plaisir de revenir aussitôt au bercail.
C’est avec pareilles remarques que les étrangers amis de la France ont soudainement envie de dire pis que pendre de ce pays et de voir dans le moindre étron canin déposé sur un trottoir parisien une preuve de décadence. Réaction injuste et même infantile, certes. Mais humaine. Pour mettre en valeur ce que l’on aime, faut-il vraiment mépriser ce qui vous est étranger?

 


La France est un pays magnifique et Paris, une ville que l’on a dans la peau comme une maîtresse qui ne se fane jamais. Mais Denis Tillinac, emporté par un fol esprit aventurier, aurait dû rouler un peu plus loin après le poste frontière, mettons, d’Anières, par exemple. Il se serait alors rendu compte que la rade de Genève vue de la route de Vésenaz, ce n’est pas mal non plus.

 


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

 

16:13 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook | | |

11/02/2008

La torture est-elle efficace contre le terrorisme?

Quelle avalanche de commentaires à propos de la torture légalisée par Bush ! Respectant la liberté de chacun d’émettre son point de vue – même celui des courageux anonymes – je ne me permettrai pas de les juger. Néanmoins, certains demeurent persuadés que la torture est efficace lorsqu’il s’agit de déjouer les plans ourdis par des terroristes.

 

Certes, il peut y avoir, ici ou là, quelques projets déjoués grâce à la force brutale. Mais ils sont peu fréquents comme le démontre l’Histoire. Voici d’ailleurs ce que constate le philosophe et consultant en entreprises français Bernard Girard (nous recommandons son site: http://www.bernardgirard.com.):

Si l’efficacité de la torture est souvent affirmée, les preuves avancées sont inconsistantes.
On ne trouve dans toute la littérature que deux cas vraiment documentés et vérifiables: celui d’Abdul Hakim Murad qui a donné en 1995 aux services de renseignement philippins des informations sur des attentats en préparation et celui plus récent d’un preneur d’otage allemand qui a révélé aux policiers qui le menaçaient de torture l’endroit où il avait caché l’enfant qu’il avait kidnappé. On remarquera que dans ces deux cas ce ne sont pas des violences physiques qui ont fait céder les suppliciés, mais des menaces, celle d’être envoyé en Israël pour le premier, celle d’être brutalisé pour le second. Ce qui n’est pas du tout la même
chose. Les textes des militaires qui ont participé à la bataille d’Alger suggèrent, d’ailleurs, qu’ils ont beaucoup plus utilisé la torture pour créer un sentiment de terreur dans la population que comme un outil d’interrogation fiable des combattants du FLN.

Sur ce dernier point ajoutons que le recours à la torture par l’armée française n’a pas empêché la République de perdre l’Algérie. La France avait peut-être vaincu – provisoirement – par les armes mais le général de Gaulle avait eu la lucidité de dresser ce constat: sur le plan politique, la guerre était perdue. Et c’est finalement ce qui a compté. On peut même dire que le recours à la torture a accéléré la défaite politique de la France en Algérie, en démoralisant la population et en isolant Paris sur le plan diplomatique.
Ce qui est déterminant dans la lutte contre toutes les formes de criminalité, y compris le terrorisme, demeure le renseignement, l’ « intelligence » tant au sens français qu’anglo-saxon de ce terme.
Et n’oublions pas, si la fin justifie les moyens, les moyens peuvent pourrir la fin.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à paris

14:37 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | |

08/02/2008

Bush: les pestilences d’un cadavre politique

Le cadavre politique de George W. Bush n’en finit pas d’exhaler ses pestilences et de pourrir le corpus des lois américaines. Après les prisons clandestines, les arrestations illégales et la monstruosité pénitentiaire d’Abou Graïb, Dobelyou a donc franchi un pas supplémentaire en légalisant la torture. Ah, pardon, le porte-parole de la Maison-Blanche, le dénommé Tony Fratto, ne veut pas qu’on emploie ce vilain mot! Il faut dire «waterboarding». Ce qui change tout. «Waterboarding», cela sonne comme un slogan du Club Med’et non comme une technique de la GestapoKGB. Il s’agit pour les GT (Gentils Tortionnaires) de tenir la tête d’un GS (Gentil Suspect) sous l’eau et de la ressortir juste avant qu’il ne défunte, afin qu’il dise où sont cachés ses GE (Gentils Explosifs).

 

Et quand cette pratique du supplice convivial sera-t-elle appliquée? L’inénarrable Fratto se gratte la tête et lâche: «Selon les circonstances». Voilà une précision digne du regretté Fernand Raynaud qui, imitant l’adjudant instructeur, répond «un certain temps» à la question «pendant combien de temps un canon refroidit-il?» Donc, pour l’instant, ce traitement serait réservé aux terroristes très très dangereux. Puis, comme l’humain prend vite le pli de l’ignoble, on l’appliquera aux terroristes très dangereux, puis simplement dangereux. Et pour finir à tous ceux qui pensent mal. La torture est un engrenage qui ne broie pas que les suspects mais qui pulvérise aussi la démocratie.

 

Le plus choquant dans cette légalisation reste le peu de vagues qu’elle a soulevées dans les médias. Certes, la plupart des journaux ont diffusé la nouvelle avec parfois des commentaires critiques, mais sans la mettre particulièrement en exergue. Comme si les médias s’étaient habitués à l’intolérable. Et puis, peut-être ont-ils senti qu’une partie de la population – en Amérique et ailleurs – approuvait plus ou moins ce blanc-seing donné à la torture d’Etat. «Après tout, si le coup de la baignoire pouvait éviter un 11-Septembre, pourquoi pas?» Chaque fois que déferle un raz-de-marée terroriste, cette opinion est aussitôt partagée par un grand nombre de citoyens, sous le coup de l’émotion. Une émotion qui fait oublier deux vérités qui n’ont jamais été démenties par l’Histoire.
Tout d’abord, la torture n’est pas un moyen efficace pour contrer le terrorisme. Sous l’effet du supplice, le suspect est amené à avouer n’importe quoi, des éléments véridiques mais surtout d’autres que lui a dictés son imagination exacerbée par la douleur.
En outre, la torture renforce la détermination du groupe déclaré «terroriste»   sous l’Occupation, les nazis appelaient «terroristes» les résistants français – et donne une légitimation supplémentaire à son action. Toutes les guerres l’ont démontré, l’emploi des supplices dégrade, puis démoralise le camp des tortionnaires, alors qu’il renforce la popularité et la cohésion de celui de leurs adversaires.

 

Dobelyou avait voulu faire de son combat contre le terrorisme, l’illustration de la supériorité de la démocratie sur les autres régimes. Désormais, cette idéologie est devenue synonyme de barbarie pour la plupart des peuples du Proche-Orient et Bush a introduit des notions totalitaires, comme la torture et les détentions arbitraires, dans le droit américain.
Jusqu’alors, les Etats-Unis se montraient particulièrement scrupuleux dans le respect des libertés personnelles, ce qui a expliqué, dans une bonne mesure, leur prospérité et leur prééminence. Aujourd’hui, on se demande si cette grande nation partage encore les mêmes valeurs que les nôtres.
Le successeur du plus pitoyable des présidents américains aura de nombreuses miches de pain sur la planche!

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

15:14 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (33) | |  Facebook | | |

05/02/2008

Dieu, Sarkozy et nous (4): le Grand Orient ne veut pas perdre le Nord

 

L’Omniprésident et ses prises de positions en faveur d’une laïcité ouverte aux religions ont élevé d’un cran la polémique qui l’oppose aux défenseurs de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Dans ce camp, c’est traditionnellement l’obédience maçonnique du Grand Orient de France qui sert de boussole. Aujourd’hui, il veut empêcher la République de perdre le Nord en matière de laïcité. Aussi samedi dernier, le Grand Maître Jean-Michel Quillardet, invité par le Conseil général des Pyrénées-Orientales, a-t-il réagi aux récents propos sarkodivins:

«C'est la première fois dans l'histoire de la République qu'un chef d'Etat va aussi loin dans la manifestation d'une opinion personnelle, d'une conviction personnelle et dans une nouvelle formulation des rapports entre la religion et l'Etat».

Qu’un président de la République expose ses opinions philosophiques et religieuses, cela n’a rien de choquant. Après tout, il s’agit de traits essentiels de sa personnalité que ses électeurs ont le droit de connaître. Il vaut mieux un président qui énonce clairement ses sentiments religieux qu’un élu qui tente de les cacher. Au moins, ses administrés savent-ils à qui ils ont à faire. Dès lors, la position dudit Grand Maître paraît critiquable sur ce point. Il en irait autrement si Nicolas Sarkozy voulait imposer sa propre lecture religieuse à l’ensemble du pays. Mais de nos jours et sous nos latitudes une telle démarche relève, Dieu merci, de la mission impossible.

 

En revanche, le patron du Grand Orient de France a raison de sonner le tocsin dans la mesure où le maître de l’Elysée veut réformer la loi de 1905 qui sépare l’Etat des religions. Or, la pratique sarkozienne est, en la matière, aventureuse et périlleuse. En créant de toutes pièces, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, le Conseil français du culte musulman, en lui imposant son président (le recteur de la Grande Mosquée de Paris Dalil Boubakeur), Nicolas Sarkozy a gravement violé les principes de la laïcité qui interdit à l’Etat de reconnaître un culte. En l’occurrence, l’Etat n’a pas seulement reconnu un culte, il l’a organisé!
«Mais c’était pour la bonne cause!» plaident les sarkozystes. «Il s’agissait d’empêcher les imams incendiaires de répandre leurs propos islamoterroristes dans les caves et entrepôts qui servent de mosquées sauvages». Tout d’abord, les pyromanes du Coran demeurent à pied d’œuvre. A ce propos, une visite dans les cités de la banlieue parisienne convaincra les sceptiques. Ensuite, cette démarche a provoqué de la rancœur chez les musulmans qui se sont vus instrumentalisés par le pouvoir politique. Enfin, en sortant de sa neutralité confessionnelle, l’Etat s’est mis en positions de déséquilibre par rapport aux autres religions.
 Ainsi, les nouvelles églises évangéliques ne manquent-elles pas de souligner la différence de traitement entre elles et les communautés islamiques. Or, les évangéliques connaissent une progression considérable de leurs fidèles dans les mêmes quartiers défavorisés que ceux abritant une importante population musulmane. Cela peut provoquer des sujets majeurs de tensions.

 


La laïcité repose sur un concept de base: l’Etat ne reconnaissant aucune religion, il les respecte toutes de manière égale. Cela dit, les sociétés évoluent. Et la laïcité doit en faire de même, au risque que les aléas de l’Histoire ne la brisent par trop de rigidité. Et comment l’adapter aux réalités actuelles, sans en trahir les principes ? Affaire à suivre

 


Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

15:51 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (24) | |  Facebook | | |

01/02/2008

Les bons plans du plouc: tous à Grenoble!

Le saviez-vous? Il n’y a pas que Paris dans la vie en général et dans l’Hexagone en particulier. Il y a aussi Grenoble, à quelques tours de roues de Genève et Lausanne. Alors ce week-end, au lieu de descendre bêtement des pistes en fausse neige au milieu d’un troupeau de Gonozos qui ont appris à skier par correspondance, prenez plutôt le chemin du chef-lieu de l’Isère pour y admirer une exposition de peinture, ARTENIM, sise au Saem Alpexpo, 2, avenue d’Innsbrück (suivre rocade sud, puis prendre la sortie numéro 6 «Alpexpo», parking visiteurs gratuit).

 

Vous pourrez y contempler les œuvres d’artistes présentés par la galerie parisienne Valeurs d’Art. Malheureusement, le Plouc, avec ses gros doigts, est fort malhabile dans la manipulation de photos sur Internet. Il n’a donc pu copier qu’une seule illustration de cette exposition et encore, elle ne rend qu’un hommage très très très (pour causer comme Sarko) pâle à ce tableau de Philippe Rillon. Les œuvres de ce peintre sont regroupées sous l’intitulé global d’«Architextures» qui définit parfaitement sa démarche. Travaillées avec des couches épaisses et différents matériaux (trames de chiffons, par exemple), elles sont à la fois charpentées, oniriques et sensuelles. Elles s’adressent autant au toucher qu’au regard et appellent la caresse comme elles provoquent l’effroi devant ces rêves qui prennent une consistance diablement matérielle.

 

Ne manquez pas les œuvres de K. Vasili qui, débarrassées de tout superflu, atteignent l’essentiel. Un essentiel qui a dépassé la question «Dieu existe-t-il?». Il s’agit non pas d’un art mystique mais d’un art au-delà du mysticisme en ce sens qu’il a renoncé à toute pose bondieusarde. Avec Philippe Rillon, on songe. Avec K. Vasili, on prie. Ou plutôt, on fait action de grâce à la vie. Une vie simple, mais jamais tranquille.

 

Avec Xavier Bertheau, l’âme prend corps. Ses lignes suivent la courbe d’une rivière qui coule entre les terres du désir clandestin. Seins, bras, abdomen, cuisses sont perçus comme des reflets sur un étang frissonnant. Bertheau invite à s’y noyer afin de réintégrer le Ventre Premier.

 

Site d'ARTENIM: http://www.artenimgrenoble.com

 

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

 

LE PLOUC CAUSE DANS LE MICRO!

Dimanche 3 février sur France-Info à 15 h. 45, avec reprise à 19 h. 45 puis à 23 h. 15, le Plouc, soit Jean-Noël Cuénod, évoque l'affaire de la Société Générale avec son confrère du Financial Times, Ben Hall, sous l'experte direction et animation de Marie-Christine Vallet.

 

 

 

16:42 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

29/01/2008

Dieu,Sarkozy et nous (3): les francs-maçons montent au créneau

Rappel des épisodes précédents: Nicolas Sarkozy veut donc nettoyer les âmes françaises au Kärcher d’eau bénite. Ses prêches au Vatican et à Ryad ont fait naître des craintes sur sa volonté de maintenir la République dans le cadre laïque qui est le sien depuis 1905.
Et lorsque la séparation de l’Eglise et de l’Etat est en cause, la principale obédience maçonnique (fédération de loges) du pays, le Grand Orient de France, monte au créneau pour la défendre.

 A cette déclaration de l’Omniprésident:

«Que s’il existe une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée des convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas associée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini».

 Le Grand Maître du Grand Orient de France, Jean-Michel Quillardet, a répondu:

 «Agnostiques, athées, chrétiens ou non chrétiens se trouvent en quelque sorte blessés par l’affirmation du président de la République. Chacun dans la République laïque, justement, est libre d’espérer, de désespérer, ou de ne rien attendre… Qui peut juger la justesse de la recherche de chacun d’entre nous et de ses positionnements à l’égard des origines, des mystères de la vie et de la mort? Pas le président de la République, certainement pas la République, pas un quelconque Etat. Il y là une tentative d’imposer, en quelque sorte, à chaque citoyen la nécessité d’une dimension spirituelle qui ne peut que provoquer la colère de ceux qui partagent ce projet d’un pacte républicain et laïque».

 Pourquoi la Franc-Maçonnerie s’impliquerait-elle dans la laïcité? Relevons tout d’abord la diversité des démarches maçonniques. Les unes postulent en l’existence de Dieu révélé, à l’instar de la plupart des loges anglo-saxonnes. D’autres préfèrent évoquer un Etre Suprême, un Principe créateur sans lui donner le contenu d’un Divin révélé. Et certaines défendent la liberté absolue de conscience en renonçant à tout ce qui pourrait ressembler à l’invocation d’une puissance supérieure. Le Grand Orient de France (GODF) se range dans cette dernière catégorie avec de gros bémols: certaines de ses Loges continuent à utiliser la Bible comme Volume de la loi Sacrée dans leurs rituels, à invoquer le Grand Architecte de l’Univers et quelque 68 Ateliers (synonyme de Loges) du GODF pratiquent le Rite Ecossais Rectifié qui est, lui, ouvertement chrétien. Lorsque les médias parlent de Franc-Maçonnerie – en général lorsqu’il s’agit de combler un creux dans l’actualité – ils font fi de ces différences pourtant essentielles.
 Le point commun de toutes ces franc-maçonneries est - par une approche basée sur les symboles de la construction – de s’efforcer à répondre aux questions fondamentales, telle que celle-ci: que fais-je dans cette vie?

 

 Quelles que soient leurs tendances, les loges maçonniques professent toutes à des degrés divers la liberté de conscience. Dès lors, elles se sont heurtées d’emblée aux systèmes théologiques qui enseignaient Dieu en usant du principe d’autorité. Dans la chrétienté, l’Eglise romaine et son imprégnation autocratique représentaient le plus clairement cette tendance. Il était donc inévitable que les deux démarches – maçonnique et romaine – s’opposassent. Dès lors, dans les pays catholiques, la Franc-Maçonnerie s’est progressivement installée comme une opposante naturelle au césaro-papisme en défendant la séparation de l’Eglise et de l’Etat. 

 

En revanche, dans les pays protestants, la franc-maçonnerie n’a pas rencontré un tel obstacle, la Réforme défendant comme elle la liberté de conscience. D’ailleurs, de nombreux pasteurs figurent parmi les fondateurs de la Franc-Maçonnerie moderne. Ainsi, la question de la laïcité s’est posée pour les francs-maçons protestants d’une façon tout à fait différente que pour leurs Frères vivant en nations catholiques. Pour eux, la laïcité n’était pas un problème majeur. A Genève, par exemple, de nombreux francs-maçons étaient opposés à la séparation de l’Etat et de l’Eglise nationale protestante. 

 

Ces fondements historiques expliquent donc l’énergie avec laquelle le Grand Orient de France défend les principes laïques de la République face à un président qui, à son gré, agite trop le goupillon à tout va.

 Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

 

11:22 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook | | |

22/01/2008

Dieu,Sarkozy et nous (2): le discours de Ryad

Le mot «Dieu» fleurit sur les lèvres de l’Omniprésident comme les primevères à Pâques. Peut-être veut-il faire oublier à son électorat catholique ses frasques et frusques pipolesques. Poursuivons donc notre petit florilège des dévotions sarkoziennes.
Au cours de son voyage en Arabie saoudite, Nicolas-le-Preux a débité ce prêche aux membres du Conseil consultatif de la monarchie saoudienne à Ryad:

 

«Le Dieu unique des religions du Livre. Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme. Dieu qui n'asservit pas l'homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d'humilité et d'amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect.»

 

S’il écorchera les oreilles sensibles des athées militants, ce discours ne manque pas d’allure. Quant à ceux qui sont mus par la foi, comment refuserait-il ce «Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère»? Certes, lorsque le monarque électif parle du «message d’humilité» prodigué par ce «Dieu transcendant», on ne manquera pas d’être surpris tant cette vertu paraît éloignée de la pompe élyséenne et de ce Pipole 1er tout en Rolex, jet-set et bling-bling. Mais enfin, nous savons tous que les voies du Seigneur sont aussi impénétrables que Ses desseins.

 

Ce n’est donc pas tant le discours en lui-même qui pose question que la fonction de l’homme qui le fait sien et le lieu où il est prononcé.
Depuis la séparation de l’Eglise romaine et de l’Etat en 1905, le président de la République et son gouvernement ne doivent pas s’immiscer dans la religion. Les médias ont récemment rappelé que Charles de Gaulle, grand catholique devant l’Eternel, ne communiait jamais en public et s’interdisait toute allusion religieuse dans ses allocutions. Certes il y a, en France, une conception dogmatiste et même intégriste qui fait de la laïcité une vache sacrée et interdit toute évolution dans les rapports entre le religieux et le politique. Et cet intégrisme laïcard doit être bousculé, comme tous les intégrismes, pour que la société ne reste pas figée. Il faut donc repenser constamment ces rapports complexes entre Dieu et César. Mais il n’en demeure pas moins que le rôle du chef de l’Etat n’est pas de défendre une profession de foi. Il doit garantir à toutes les formes de croyances et de non-croyances le droit à l’expression, tout en renonçant pour sa part à prêcher.

 

De plus, les discours présidentiels ne sont jamais dépourvus de vues intéressées sur le plan matériel. Dans le contexte de celui de Ryad, on ne peut s’empêcher de penser que Nicolas Sarkozy, par ses paroles édifiantes, a voulu séduire son auditoire en vue d’obtenir des avantages diplomatiques et économiques. Réduire Dieu à un argument de vente pour la maison Dassault ou l’industrie nucléaire a de quoi révulser les croyants.

 

Enfin, le lieu où cette allocution s’est tenue – le Conseil consultatif du Royaume saoudien – était particulièrement mal choisi. Ce pays défend une conception intégriste et liberticide de l’islam qu’il colporte dans le monde entier avec ses pétrodollars. D’ailleurs, de nombreux islamoterroristes, à commencer par Ben Laden lui-même, sont issus de cette idéologie politico-religieuse. De plus, toutes les autres religions sont interdites sur le territoire saoudien. C’est ainsi que le drapeau suisse avec sa croix ne peut être arboré à l’ambassade de la Confédération helvétique à Ryad! Dès lors, parler de Dieu dans un tel contexte revient à légitimer l’ignoble usage que fait l’Arabie saoudite de la religion.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.

09:00 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

18/01/2008

Sarkozy, Dieu et nous

  Comme autant de diables dans les bénitiers, les médias français s'agitent beaucoup à propos de Dieu dont Sarkozy serait le Prophète. L'Omniprésident aurait-il une nouvelle casquette sous forme d'auréole?

 

En tout cas, ses propos ont alarmé les défenseurs de la laïcité. A tort. Et à raison. Examinons d'abord, l'une des phrases qui les a fait bondir, celle que le président français a prononcée au Latran, le Saint des Saints de l'Eglise romaine: "Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes". Essentiellement? C'est-à-dire que, par essence, la France serait chrétienne? Que son christianisme serait la cause première de sa naissance? A l'évidence, cette essence-là est frelatée. La France est née de la Gaule qui existait avant l'apparition du Christ.

 

Sans doute Sarkozy a-t-il voulu dire. "La France est principalement chrétienne". C'est moins faux. Il est évident que le christianisme a nourri la France comme les autres pays d'Europe. Mais ce "principalement" fait bon marché des héritages gréco-romains qui irriguent notre droit et notre pensée. De même, elle laisse à l'écart l'apport décisif du judaïsme sans lequel le christianisme n'aurait jamais pu voir le jour. Outre Rome, l'autre source de notre droit et de notre morale remonte aux Dix Commandements qui figurent dans la Thora. De même, l'Islam a tenu un rôle essentiel dans la transmission à nos pays de la philosophie grecque.

 

 Réduire la France et l'Europe à une entité chrétienne ne rend service ni à l'Europe, ni au christianisme. L'Europe s'est formée de tous ces apports divers. Quant au christianisme, il ne borne pas son message à un seul continent.

 

Nous aborderons plus tard, les autres aspects des discours sarkoziens. En attendant, le Plouc se fait un petit coup de pub. Tous ces problèmes de laïcité sont abordés dans le bouquin TOUCHE PAS A MON DIEU (auteur: Jean-Noël Cuénod, éditeur: La Tribune de Genève). En vente dans toutes les très bonnes librairies. Bonne lecture.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris 

19:58 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

17/01/2008

Les bons plans du Plouc: Marivaux le détour

Comme maints Romands, vous tégévisez ce week-end vers Paris. Alors ne manquez par cette pièce de Marivaux, «La Dispute» qui est présentée jusqu’au 17 février au Théâtre 13. Pour les renseignements pratiques, descendez au bas de ce texte, le Plouc vous fait le guide bénévolement. Non, non pas besoin de dire merci.

 

Marivaux (1688-1763) est desservi par le terme issu de son patronyme: le «marivaudage» que Larousse qualifie de «badinage spirituel et superficiel». Larousse raisonne parfois comme une blonde. Car, il n’y a rien de superficiel dans cette «Dispute». Ce conte de fées cruel met en scène toutes les phases des relations entre femmes et hommes. C’est la trame même des existences que tisse Marivaux sans tabou, sans afféterie mais avec une constante élégance de la pensée et du propos. En usant de cette langue magnifique de précision et de grâce qui est celle du XVIIIe siècle, Marivaux nous parle de notre vie affective et sexuelle d’aujourd’hui. A saute-mouton sur les époques, cette «Dispute» démontre que toutes les nouveautés technologiques qui nous encombrent ne changent rien à la quête amoureuse, jeune et vieille comme le monde.

 

 

Ce conte cruel est parfaitement servi par la mise en scène de Filip Forgeau. Il a évité deux écueils: la vision muséale qui figerait la pièce dans les atours du XVIIIe siècle et le choix modernolâtre qui transformerait les personnages en rappeurs. Forgeau a donc choisi l’intemporalité pour faire ressortir ces grains d’éternité que recèle le texte de Marivaux. Et les comédiens jouent au diapason de cette tonalité. Un vrai plaisir.

 

 

DISTRIBUTION: Féodor Atkine (Le Prince), Hélène Bosc (Adine). Arno Chéron (Azor), Julien Defaye (Mesrin), Soizic Gourvil (Eglé), Hervé Herpe (Le Serviteur), Nicole Kaufmann (Hermiane)

 

 RENSEIGNEMENTS PRATIQUES: «La Dispute» se joue jusqu’au 17 février au Théâtre 13 (103A boulevard Auguste-Blanqui Paris XIIIe arrondissement) mardi, mercredi et vendredi à 20 h 30, jeudi et samedi à 19 h 30 et dimanche à 15 h 30. Prix des places 22 euros (le 13 de chaque mois, tarif unique à 13 euros).

 

COMMENT S’Y RENDRE. Dès votre arrivée à Paris Gare de Lyon, vous prenez le métro 14 (direction Olympiades) et vous descendez à la première station, Bercy. De là, vous montez dans le métro 6 (direction Charles de Gaulle Etoile) et vous vous arrêtez à la station Glacière.

Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris

11:35 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |